A l'occasion des 70 ans de la création du journal Tintin et des éditions du Lombard (qui sont nées dans le giron de ce journal grâce à l'élan d'un entrepreneur audacieux, Raymond Leblanc, et d'un auteur génial, Hergé), cet ouvrage exceptionnel rend un hommage superbe à sa glorieuse histoire à travers 777 pages de rédactionnel et surtout de BD.
Je ne pensais pas qu'on pouvait poster ce genre de compilation sur BDT, et je trouve que c'est une bonne idée, j'avais repéré ce pavé dès sa sortie fin aout-début septembre, et comme j'ai de bons amis, on m'a entendu discrètement en faire les louanges ; résultat, c'est mon cadeau d'anniversaire qu'on vient de m'offrir en ce début janvier, je ne vous dis pas la joie que j'ai eue en le recevant, car je m'étais plaint de son prix un peu onéreux pour moi... bref ce souhait est exaucé, et j'en suis ravi.
Ce qui est formidable pour moi, c'est qu'il me replonge dans de belles années d'insouciance et d'enfance heureuse car j'ai grandi avec le journal Tintin, c'était ma bible, je n'en manquais pas un numéro entre 1966-67, époque où je fus à peu près en âge de lire toutes ces Bd mythiques qui m'ont bercé, et les années 1980-81 où j'ai délaissé le journal. Mon père achetait le journal dès 1964, je les ai découvert après lorsque je fus plus grand, mais je me souviens avec certitude avoir vraiment découvert le journal en 1967 avec l'arrivée de Martin Milan. On rentrait dans une période très riche, probablement la plus riche de l'hebdo qui voyait l'arrivée de Olivier Rameau, Bruno Brazil, Bernard Prince (sous la forme qu'on lui connait car il avait débuté seul), Robin Dubois, ou encore Comanche (qui avec Blueberry sévissant dans Pilote, a sans aucun doute conditionné ma passion pour le western).
Les générations actuelles comme les trentenaires ne peuvent s'imaginer ce que pouvait être une telle époque où la bande dessinée n'était pas naturelle comme elle l'est aujourd'hui, mais surtout qu'elle était absolument dépendante de journaux comme Tintin, Spirou ou Pilote, c'est une époque qui fut certes un peu rigide pour des auteurs se sentant à l'étroit à l'intérieur d'une structure éditoriale, mais grisante et bénéfique car en même temps, se retrouver à l'intérieur d'un journal comme Tintin, était pour un auteur une garantie de succès et de pérennité ; en plus, les auteurs avait une très grande liberté, malgré Hergé qui s'investissait et contrôlait beaucoup d'étapes. Ce qu'avait voulu Raymond Leblanc, c'est d'offrir à une époque où la BD n'était encore destinée qu'à un public d'enfants et d'ados, un journal avec des récits historiques, de l'humour et de l'aventure, sans être mièvre ou naïf. La disparition du journal Tintin en 1988 a marqué une vraie rupture pour Le Lombard qui s'appuyait sur la force de cet organe.
Ce gros recueil rassemble donc un générique exceptionnel, avec les auteurs qui ont fait la réputation de ce journal, comme Tibet, Cuvelier, Aidans, Reding, Graton, Vance, Franquin (fâché avec Spirou), Hermann, Dany, Rosinski et bien d'autres, en présentant des récits courts qui pour certains n'avaient jamais été publiés en albums. A côté des classiques, c'est bien de (re)découvrir des héros oubliés comme Flamme d'Argent, Harald le Viking, Le Chevalier blanc, Strapontin, Rataplan, Cobalt ou Les Panthères... c'est bien aussi de voir l'évolution graphique des auteurs comme sur la première apparition d' Alix ou celle de Ric Hochet... qui se sont ensuite bien amélioré. Les dernières années du journal permettent de voir aussi de nouveaux héros qui n'ont eu parfois qu'une maigre chance, parce que le coeur n'y était plus, parce que l'époque avait changé et que l'argent et la politique éditoriale avaient pris le pas sur la création, je pense à des séries comme "Papilio", Niky, "Gilles Roux et Marie Meuse" ou Ali Beber... Mais le journal a vu aussi paraitre dans ses dernières années des séries qui ont fait du chemin, comme Thorgal, Lou Smog, Brelan de Dames, Bruce J. Hawker, Aria, Hans, Vasco, Lester Cockney, Adler, Capitaine Sabre, Rork ou Neige...
J'aurais pu mettre les 5 étoiles, mais 2 éléments m'en empêchent : dans la rétrospective qui marche par paire d'années, je trouve les introductions vraiment trop succinctes, une telle richesse dans ce journal aurait mérité plus de texte. Ensuite, les fausses présentations des héros dans des cartouches oranges ne me plaisent pas, au lieu de présenter le personnage ou la série, il s'agit d'un texte imaginaire qui n'apporte rien, j'ai trouvé ces parties vraiment stupides, alors que des lecteurs d'aujourd'hui auraient pu avoir en quelques lignes une présentation du héros avec sa date de création, ses auteurs, ses caractéristiques etc...
Je regrette aussi pour certains héros que leurs premiers récits ne soient pas sélectionnés, au détriment de récits plus récents, ça aurait permis de voir les graphismes à leur début, comme c'est le cas pour Alix, il aurait été intéressant de montrer les premiers récits de Chick Bill où les personnages avaient des têtes d'animaux, ou encore la première apparition de Robin Dubois où le dessin assuré par De Groot (et non Turk comme ensuite) était beaucoup plus carré et épais.
Mis à part ces quelques réserves, je suis pleinement satisfait de ce cadeau, c'est un bel ouvrage qui s'adresse surtout aux nostalgiques comme moi qui ont bien connu ce journal, mais aussi pourquoi pas, aux curieux désireux de découvrir comment c'était avant.
Il y a dans cette bd une délicatesse et vraie poésie qui vous touche avec douceur.
Je trouve que c'est assez rare et on sort de sa lecture, comme si on était dans un coin de ciel bleu entre les nuages.
Ps : mention particulière au traitement de Pluto, fin et très bien vu.
J'ai eu l'occasion de lire l'album en intégrale prêté par mon pote de la Fnac, c'est un gros volume, un bel objet en grand format qui se lit assez longuement à cause de la partie texte qui est abondante et qui freine un peu la lecture, mais le sujet est suffisamment captivant pour donner du courage à lire ce récit. Je ne sais pas si c'est une adaptation du roman de Jules Verne fidèle, ne l'ayant pas lu, je n'ai pas non plus vu le film en live des studios Disney réalisé en 1962 avec Maurice Chevalier, mais j'en ai l'impression devant la somme de péripéties vécues par les personnages.
Sinon, la première chose qui m'a frappé, c'est évidemment le dessin d'un auteur que je ne connaissais pas et que je trouve absolument superbe ; un dessin soigné, précis, d'une finesse incroyable, bourré de détails à tel point que ça allonge encore le temps de lecture car on prend plaisir à scruter chaque case. La luminosité des couleurs est magnifique, tout comme les ciels et les images en grandes cases, quoique par endroits, ce dessin apparaît un peu sombre. Même les cartouches de hors-texte, les têtes de chapitres, les parties en sépia, les cartes... tout est beau. Le choix de donner des physiques animaliers m'a paru original, et d'ailleurs chaque tête d'animaux est parfaitement proportionnée, surtout en gros plan, notamment sur les physiques de loup, de renard, de chat, de chien ou d'ours... qui sont très expressifs, et un peu comme dans Blacksad, bien choisis en fonction des caractères.
Même en grand format, ces dessins paraissent assez petits, il y a un manque de place évident car les cases sont souvent très chargées, et comme je l'ai dit, c'est très bavard, le texte tend parfois à réduire la partie graphique ; c'est aussi sans doute dû au fait que le texte de Verne me semble avoir été reproduit à la lettre, parce que la narration est typique des romanciers du XIXème siècle, on retrouve ce style aussi chez Dumas, Gautier, Dickens, Walter Scott ou Melville... C'est de la grande aventure à la Jules Verne, au ton rocambolesque, avec un détail qui m'a fait sourire : le nombre de fois où les personnages échappent à un sort funeste est impressionnant, ils ont une chance de cocu, mais c'est un truc qu'on accepte tant l'ensemble est captivant. J'en ressors conquis.
Voici pour moi la 1ère claque de l’année 2011, une œuvre sortie de nulle part mais qui ne méritera pas de finir brulée sur le bucher… Une œuvre qui ne risque pas de plaire au plus grand nombre par le sujet qu’elle traite et la mise en scène radicale qu’elle propose mais une œuvre nécessaire se voulant aussi divertissante qu’idéologiquement pertinente…
Choisis ton camp camarade !
Imaginez un conte où le petit Chaperon Rouge est remplacé par un chien de combat, un homme dont on ne connaitra que peu de choses et dénommé Köstler face à une meute de loups assoiffés et abrutis de violence dans un monde rétro futuriste et totalitaire s’inspirant grandement de l’idéologie nazie et dont on reconnait facilement tous les codes, des uniformes aux symboles et surtout aux méthodes similaires.
Voici en gros ce que Skraeling propose...
Köstler aurait pu faire partie de l’élite si ses origines étaient « pures ».
Élevé dès l’enfance pour être une machine de guerre, c’est un fantassin sans peur et au dévouement sans égal qui brave tous les dangers non pas pour s’illustrer mais simplement pour faire son boulot car il ne sait faire que cela.
Il va être remarqué pour ses exploits et être amené à intégrer la prestigieuse division Skraelings qui recrute les meilleurs éléments. Son parcours ne va pas aller sans heurts car n’étant pas de « sang pur » il devient l’objet de toutes les railleries et humiliations possibles...
Mais il y a autre chose : sa conscience se réveille et les Skraelings cachent un énorme secret…
Pour une découverte en voilà une belle… Une uchronie qui pourra rappeler Block 109 mais ici on est bien dans un conte kafkaïen et pas seulement dans un roman d’aventures.
Les dessins superbes ne laissent aucune lucarne d’espoir dans ce monde désolé et désolant. La violence est certes physique mais se veut bien plus morale.
Seuls quelques flashbacks éclairant le passé de Köstler et habités de lueurs rouges peuvent redonner foi en l’espèce humaine puisqu’à de très rares exceptions, tout le monde est dévoué à l’idéal fasciste et pourri de l’intérieur.
Cette œuvre a beau être 100% originale elle me rappelle le film Brazil pour ses décors et ses machines ainsi que la rébellion intérieure du principal protagoniste que le film d’animation Jin-Roh pour ces fameuses armures reprises dans bon nombres d’autres œuvres et qui servent également à illustrer la magnifique couverture.
Du grand art malgré parfois une certaine confusion pour certains personnages aussi identiques qu’aseptisés…
Mais là où un Starship Troopers menait le combat et le tableau du fascisme avec une certaine ironie, ici nulle place pour rire ou en sourire.
Noir c’est noir il n’y a guère d’espoir.
Les décors (dont certains très réussis et retravaillés avec une photo réelle) et les couleurs froides contribuent grandement à une compréhension visuelle. Skraelings c’est une œuvre unique en bande dessinée qui réussit de surcroit à divertir avec une intrigue montant crescendo et qui se conclut sur un diabolique cliffhanger…
Prévue en 3 tomes cette histoire m’a réellement intrigué et tranche littéralement avec ce que l’on a l’habitude de lire ou de voir…
Je n’osais espérer que mon roman de chevet, l’inégalable 1984 de George Orwell trouve une illustration en dessins et voici que ce bouquin débarque sans crier gare et en poursuit des voies distinctes mais parallèles…
Un gros coup de cœur inhabituel dont j’espère lire rapidement la suite afin d’y voir tomber cet empire. Intelligent, percutant donc à ne louper sous aucun prétexte… La BD française a de beaux jours à voir devant elle. Chapeau bas.
EDIT : après lecture des 2 tomes suivants.
Le premier tome de Skraeling se terminait sur un gros cliffhanger dans la perception même de son histoire qu'il est impossible de raconter ici sans en déflorer la surprise. J'étais donc curieux et inquiet par la tournure du scénario de Thierry Lamy mais n'en ai pas été déçu. Il y a suffisamment d'indices (dans le nom du héros) pour pouvoir appréhender l'issue finale de cette jolie trilogie.
Néanmoins je dois y faire quelques reproches. Le travail de Damien Venzi est absolument exemplaire lorsqu'il reproduit des architectectures et décors écrasant l'individu par sa noirceur. Il y a un tel souci du détail malgré ces couleurs volontairement ternes qu'on sort un peu sonné par la lecture graphique. Néanmoins les personnages sont parfois un peu trop figés et ressemblants ce qui amène une grande confusion dans la compréhension globale du tome 2 notamment qui développe beaucoup d'intrigues secondaires. Mais si on s'éloigne du personnage principal c'est aussi pour mieux le retrouver dans un troisième tome forcément explosif et bien mieux rythmé à la conclusion plus que satisfaisante.
Je descends donc ma note de 4 à 3 étoiles simplement pour le léger passage à vide ressenti lors de ma lecture du tome 2 qui aurait pu être plus court malgré un travail énorme pour épaissir un univers hélas tout à fait crédible tant dans sa construction que le parallèle qu'il établit avec notre société actuelle.
Il s'agira probablement également hélas du dernier travail de Damien Venzi dont le travail titanesque sur cette oeuvre aura eu raison de ses espoirs les plus fous (la série n'a pas remporté le succès escompté et c'est bien dommage) qui nous laisse un sacré héritage que je vous recommande vivement de lire dans tous les cas.
Voilà une lecture qui détonne ! C'est impétueux à souhait ! J'adore les dialogues et l'humour fin qui s'en dégage. C'est tout à fait mon style ! Le dessin est véritablement somptueux et tout en nuance. Par moment, c'est même incroyablement divin de beauté. Cela apporte un incontestable Les Plus Grands Super-Heros du Monde à ce récit d'aventure.
Il est vrai que c'est un véritable monument de la bd largement plébiscité sur ce site que je n'avais pas encore avisé. J'avoue sans conteste avoir eu beaucoup de mal à me décider pour la lire. La raison ? Les 20 premières pages ne m'avaient pas tout à fait convaincu il y a deux ans et j'avais arrêté net ma lecture.
J'avais peur d'un verbiage façon comédia dell'arte tout le long qui m'aurait épuisé dans tous les sens du terme. Heureusement, il n'en est rien. Bien m'en a pris de reprendre la lecture. Comme quoi, je donne raison à tout ceux qui pensent qu'il faut juger une oeuvre après avoir tout lu.
Pour la petite histoire, mon cauchemar était de mettre une seule étoile à cette bd auquel cas, je me serais fais beaucoup d'ennemis tant l'objet est sacré. C'est dire que j'ai abordé ma lecture avec beaucoup de crainte. Ma note est donc très sincère car j'ai véritablement ressenti la grande aventure mêlée à de la poésie.
C'est un savant mélange qui fait la singularité de cette oeuvre unique en son genre, bien qu'on assiste actuellement à la montée en puissance d'autres bd qui tentent d'imiter le style avec plus ou moins de bonheur (Célestin Gobe-la-lune, Spoogue...).
Par ailleurs, je n'avais pas l'impression qu'il y a une baisse de régime dans les derniers tomes. Bien au contraire! Cependant, comme pratiquement toutes les séries cultes, ce sont bien les premiers volumes qui sont les meilleurs. Cela est indéniable ce qui n'empêche pas de trouver une suite de haut niveau. Comme la plupart des lecteurs, on attend la fin du cycle lunaire pour espérer le retour de la grande aventure sur Terre.
Le 10ème tome marque donc la fin des aventures de cette joyeuse bande. J'apprécie surtout qu'il y ait une fin même si elle reste ouverte. Voilà une série qui ne s'éternise pas et qui sait tirer sa révérence finale comme une vraie pièce de théâtre. Le dessin culmine par sa beauté. Les dialogues sont toujours aussi exquis. En conclusion, nous avons là une série tout à fait originale qui aura fini par nous séduire.
C’est un plaisir de retrouver un nouveau diptyque pour cette série mythique. Le récit est censé se passer 20 mois avant la série initiale et cela sera un diptyque. On se concentre sur l’aventure du mignon petit lapin Eusèbe dont le mystère de son passé a toujours été conservé. J’avoue avoir pris du plaisir à revoir ce sympathique personnage dont la gentillesse et la naïveté se confondent pour nous donner des scènes très décalées. Certes, les inconditionnels crieront au scandale surtout ceux qui ont acquis le coffret de l’intégral en 2012. Quand il n’y en a plus, il y en a encore ! On devrait tous le savoir. Le dessin frise encore une fois la perfection. C’est franchement sublime. La poésie est toujours présente. Bref, ce n’est que du bonheur !
En résumé: une richesse de texte et un dessin sublime pour constituer une pure merveille !
Note Dessin : 4.75/5 - Note Scénario : 4.25/5 - Note Globale : 4.5/5
Amis de la cohérence et de la logique, au revoir !
Car autant vous prévenir tout de suite que si vous n’êtes amateurs que de récits linéaires et carrés la déconvenue de cette nouvelle œuvre de Charles Burns va en décontenancer et en décourager plus d’un.
Bien assis dans sa réputation d’artiste underground au trait si particulier et un noir et blanc qui aura influencé Mezzo et Pirus, je connaissais aussi l’artiste pour sa pochette déjantée de Brick by Brick de l’iguane et ses couleurs barrées.
C’est donc avec intérêt et bien motivé que je me suis lancé dans la lecture de ce « Toxic » coloré et dont la couverture renvoie directement à l’ile mystérieuse de Tintin.
Outre l’hommage appuyé au reporter d’Hergé et les couleurs inédites, la source d’émerveillement ou le rejet sont constitués par le déroulement sauvage de cette histoire,
En effet, l’histoire ou plutôt les histoires partent dans tous les sens, présentant tour à tour un monde parallèle avec un tintin en robe de chambre à la recherche de son chat noir dans un univers complètement barré et loufoque pour revenir à une réalité non moins exigeante avec un jeune adulte solitaire et de son coup de foudre pour une jeune femme à la sensibilité à fleur de peau.
Pour ne rien faciliter, Burns nous transporte d’une dimension à une autre mélangeant paradoxes temporels et géographiques pour ne faire qu’une seule et même histoire avec des reflets ne cessant de renvoyer l’histoire d’un point à un autre, mélangeant personnages d’un monde vers un autre et abusant de dialogues qui peuvent vite devenir absurdes une fois sorti de leur contexte.
Mais quel contexte ? D’ailleurs cela ne vous rappelle rien ? Moi si avec ce fameux film Lost Highway de David Lynch dont je n’avais rien compris mais avais pris beaucoup de plaisir à essayer d’en extraire la substance…
D’ailleurs chacun sera libre d’aimer ou de détester les deux opus de cette trilogie annoncée qui se lit relativement rapidement mais laisse volontairement le lecteur un peu sur place à la marge des évènements qui s’y déroulent. Pourtant pour peu qu’on aime un peu les jeux de réflexion, il est amusant d’y relever les clins d’œil à Tintin, les lieux parallèles et un point d’ancrage dans cette histoire dont j’espère que le dernier tome y amènera certaines clés.
Ceux qui apprécient la narration pourtant si évidente des autres œuvres de Charles Burns vont se retrouver perdus car rien n’est classique et le ton froid et détaché des protagonistes du monde réel ne va rien faire pour arranger la compréhension. Pourtant cette histoire me parle davantage que les flottements poétiques de Wazem dans son Mars Aller-Retour récemment lu dont je peux en faire quelque peu le comparatif ici.
Nul doute que le prix et la globalité vont en rebuter plus d’un mais pour les initiés ou les plus curieux, le chemin a l’air d’en valoir la peine. Et puis quel style graphique ! Quelle belle mise en page (encore merci à Cornelius pour réaliser de si beaux bouquins).
Pour tout cela je n’en recommande pas nécessairement l’acquisition mais laissez-vous tenter par une lecture, aucun risque de s’ennuyer même si l’on s’y sent régulièrement perdu. Et il est parfois de bon augure que de fermer les yeux et se laisser porter par une ambiance inconnue mais pas désagréable….
Alors Charles Burns écrit-il un récit sans queue ni tête ou un diffuseur d’encens narcotiques ? C’est bien dans ce doute et cet esthétisme réussi qu’il réussit le pari de m’intéresser malgré le fait que cette série soit la moins passionnante de toutes celles qu’il a rédigées jusqu’ à présent mais cela sera peut-être révisé à hauteur lorsque l’intégralité de ce délire sera édité. A suivre donc…
Mise à jour du 16/01/2017 après lecture de la trilogie complète :
Prévue comme une histoire en 3 chapitres où chaque chapitre était publié en suscitant une attente certaine, les choses apparaissent comme beaucoup plus clair une fois l'intégralité relue à la suite.
Si Charles Burns ne répond pas nécessairement à toutes les questions, la plupart trouvent une réponse sur les regrets amoureux d'un adolescent devenu adulte et son repli vers un monde intérieur dans lequel son subconscient se cache (le masque en carton de Tintin qu'il porte lorsqu'il énonce sa prose n'est pas là pour rien).
Pire, les dernières pages laissent supposer d'une empathie complètement différente pour certains personnage tout en me rappelant un roman qui m'avait bien marqué il y a une vingtaine d'années "Une jeune fille" de Dan Franck.
Ce qui est passionnant c'est de voir que même en colorisant intégralement son oeuvre (une première pour Burns), ses dessins restent toujours aussi hypnotiques et fascinants. On comprend en quelques pages toute la symbolique de ces dessins mystérieux ainsi même que le titre des chapitres, finalement rien n'aura été laissé au hasard et la page finale donne furieusement envie de tout relire immédiatement, clés en mains.
Malgré la noirceur des propos, la superficialité du héros (qui n'en est pas un vraiment, ni dans la réalité ni dans ses rêves), on ne retient que la mélancolie d'un drame ordinaire, d'actes manqués et de choix capricieux mais Burns a réussi à sublimer l'ensemble pour en dresser une fois de plus un tableau onirique d'une rare beauté.
Edifiant.
Après avoir lu Dans l'intimité de Marie, j'avais envie de découvrir davantage l’œuvre de cet auteur et je suis tombé sur cet excellent manga et je suis content de le voir sortir en français.
L'histoire met en vedette un ado ordinaire dont le seul truc spécial est qu'il aime la lecture, dont Les Fleurs du mal de Baudelaire. Puis un jour sa vie bascule lorsque des événements l'obligent à s'enfuir de l'école avec les vêtements de gym de la fille qu'il aime. Il a été vu par une autre fille qui est étrange et qui va le faire chanter et se servir de lui comme un jouet.
Ce manga est captivant du début jusqu'à la fin. C'est rempli de rebondissements et je ne savais jamais ce qui allait arriver. Les personnages sont intéressants et le scénario est bien maîtrisé. Toutefois, ce n'est pas une série pour tout le monde. Le thème majeur de l’œuvre est la perversion et il y a des scènes assez malsaines qui pourraient rendre la lecture difficile et écœurante pour plusieurs lecteurs. En tout cas, moi j'ai trouvé que c'était intéressant et différent de ce que l'on retrouve dans un manga ordinaire.
Et bien dites moi, voilà un album qui mérite franchement le détour.
L'Afrique! Pour certains j'ai cru comprendre que c'était un continent envoûtant qui une fois que vous y aviez mis les pieds ne vous lâchait plus. Pourquoi pas encore faut-il avoir envie d'y mettre les pieds sus dits. Personnellement cela n'a jamais été mon truc, je ne suis pas attiré par l'endroit. Cela ne veut pas dire que je suis un ignare complet et que je ne m'intéresse pas à ce qui s'y passe ceci par le biais de livres, de films, de documentaires et j'en passe (à ce sujet Le monde diplomatique est une mine !). Pour autant le trip du lion superbe et généreux n'est pas le mien.
Pour en revenir à ce récit je trouve que par certains côtés il mériterait d'être lu dans les écoles. C'est en effet une bien belle démonstration d'une situation qui prêterai à sourire si elle n'était pas aussi dramatique.
Au fil du temps sous couvert "d’œuvre" civilisatrice les pays occidentaux, au temps du colonialisme, ont mis en coupe réglée ce continent. Aujourd'hui, les mêmes, dans une moindre mesure s'y ébattent joyeusement, aidés en cela par de nouveaux venus qui exploitent à bon compte qui les richesses qui les populations.
Attention nous n'avons pas affaire ici à un pamphlet alter mondialiste ou de je ne sais quelle obédience, mais par petites touches, par quelques propos anodins les auteurs nous montrent toute la complexité des choses. De ce fait ils n'évitent pas totalement la caricature mais le trait est suffisamment léger, subtil pour que les choses soient dites intelligemment et avec percussion.
Le trait presque hachuré est du meilleur effet mais la palme revient à une colorisation toute en teintes pastels. Au final cette découverte d'Angoulême 2016 est amplement conseillée et malgré son ancienneté j'en fais mon coup de cœur de ce début d'année.
Eh bien, c’est un réel coup de cœur que cet album, qui mélange du désuet et du déjanté, dans une intrigue au départ anodine (deux potes partent à la recherche d’un capybara (gros rongeur) échappé d’un refuge (et portant le nom improbable de « John Wesley Harding » !).
Et pourtant, j’ai eu du mal au début à me faire au dessin, surtout des visages, figés (comme chez Léo) et avec un air simiesque (renforcé par les pieds de singe d’un des deux personnages principaux !).
Mais rapidement je suis tombé sous le charme de cet album. Et d’abord de ses qualités graphiques. Car finalement le dessin est vraiment sympa, très ligne clair, et aussi une colorisation vraiment chouette.
L’intrigue elle-même bascule rapidement dans une enquête policière, mâtinée de fantastique. Et là, avec ce dessin et cette colorisation, on ressent l’ambiance « Journal de Tintin ». En effet, les deux tiers de l’intrigue, la partie enquête, est pleine de références à Tintin (manière d’agir, ambiance), voire à Jacobs (le passage nocturne chez Baxter par exemple, ou les hypothèses fantastiques autour du générateur de rayons).
Sauf que ce serait du Tintin qui aurait fumé de la Marijuana, les deux potes hyper cool (« frère », « man » sortent de leur bouche comme des volutes de fumée) sont un brin déjantés – et que dire du détective qui les aide ?
Par contre, les rebondissements de la fin (par ailleurs un peu trop brutaux à mon goût) se démarquent clairement de l’univers Tintin.
De toute façon, même si l’on fait abstraction de ces références, c’est une histoire qui se laisse lire, pas révolutionnaire, mais esthétiquement très agréable. Une lecture que je vous recommande fortement.
Selon le Larousse, la Surprise est définie comme telle : évènement inattendu.
Et comment être davantage surpris par une œuvre sortie de nulle part, avec des dessins aussi épurés que celles qui illustrent le Canard Enchainé au pitch d'une banalité affolante et mettant en scène le frère jumeau graphiquement du méchant Gru, nez en pointe et calvitie en prime ?
L'Ombre de Moi-Même est un titre qui se lit et se dévore comme on peut apprécier un bon vin sans pour autant être un amateur avisé.
Superficiellement, on peut s'attendre à lire le quotidien banal d'un homme mur de 55 ans, à la retraite (donc fort éloigné de nos turpitudes professionnelles mais je m'égare), divorcé et aisé.
Vivant à Paris dans un appartement confortable, Serge n'est entouré que d'une ex-femme, d'une petite amie trentenaire et d'un ami écrivain dépressif.
Et c'est tout. Martiny divise ce quotidien en autant de petites scénettes journalières de 2 à 6 pages ou plus où Serge est omniprésent. Toujours présent pour les siens mais orgueilleux et fier, Serge a surtout peur de vieillir, de ne plus pouvoir séduire et de se sentir inutile.
Je ne sais comment l'alchimie s'est opérée avec un trait si éloigné de mes affinités mais absolument tout le contenu de ce gros bouquin qui se dévore m'a séduit... Petit-Roulet utilise une ligne volontairement épurée mais maitrisée et très agréable finalement à la lecture pendant que Martiny multiplie les lignes de dialogue se succèdant à de longs silences contemplatifs.
Face à la mer, à son ex-belle mère ou à son docteur, Serge est loin d'être le con odieux et réac que l'on adorerait détester mais tout simplement un homme pétri de qualités comme de défauts le rendant bien plus humain que d'autres profils plus explicites.
On passe constamment du sourire au rire et de la consternation à l'empathie dans un récit rythmé et homogène. Difficile de faire apprécier un vieux bobo Parisien aux apparences égoïstes et capricieuses par un dessin aussi aride et dépouillé et pourtant le pari est remporté haut la main.
Ici personne ne juge personne, libre au lecteur d'apprécier des visages si expressifs ou des situations éloquentes sans apport de paroles (une amitié est remise en cause en quelques cases et sans un mots mais chuuut).
La fin en suspens pourra décevoir en premier lieu mais après réflexion, il ne pouvait pas en être autrement.
Ici la mélancolie se veut réaliste et finalement pudique à défaut d'être joyeuse. Pourtant il peut s'agir d'une Happy End comme d'une fin plus sarcastique. C'est le propre de ce récit unique qui peut être lu comme une Comédie ou une Poésie de prose, le trademark des ouvrages importants indéniablement.
Oui, vraiment quelle belle surprise.
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La Grande Aventure du Journal Tintin
A l'occasion des 70 ans de la création du journal Tintin et des éditions du Lombard (qui sont nées dans le giron de ce journal grâce à l'élan d'un entrepreneur audacieux, Raymond Leblanc, et d'un auteur génial, Hergé), cet ouvrage exceptionnel rend un hommage superbe à sa glorieuse histoire à travers 777 pages de rédactionnel et surtout de BD. Je ne pensais pas qu'on pouvait poster ce genre de compilation sur BDT, et je trouve que c'est une bonne idée, j'avais repéré ce pavé dès sa sortie fin aout-début septembre, et comme j'ai de bons amis, on m'a entendu discrètement en faire les louanges ; résultat, c'est mon cadeau d'anniversaire qu'on vient de m'offrir en ce début janvier, je ne vous dis pas la joie que j'ai eue en le recevant, car je m'étais plaint de son prix un peu onéreux pour moi... bref ce souhait est exaucé, et j'en suis ravi. Ce qui est formidable pour moi, c'est qu'il me replonge dans de belles années d'insouciance et d'enfance heureuse car j'ai grandi avec le journal Tintin, c'était ma bible, je n'en manquais pas un numéro entre 1966-67, époque où je fus à peu près en âge de lire toutes ces Bd mythiques qui m'ont bercé, et les années 1980-81 où j'ai délaissé le journal. Mon père achetait le journal dès 1964, je les ai découvert après lorsque je fus plus grand, mais je me souviens avec certitude avoir vraiment découvert le journal en 1967 avec l'arrivée de Martin Milan. On rentrait dans une période très riche, probablement la plus riche de l'hebdo qui voyait l'arrivée de Olivier Rameau, Bruno Brazil, Bernard Prince (sous la forme qu'on lui connait car il avait débuté seul), Robin Dubois, ou encore Comanche (qui avec Blueberry sévissant dans Pilote, a sans aucun doute conditionné ma passion pour le western). Les générations actuelles comme les trentenaires ne peuvent s'imaginer ce que pouvait être une telle époque où la bande dessinée n'était pas naturelle comme elle l'est aujourd'hui, mais surtout qu'elle était absolument dépendante de journaux comme Tintin, Spirou ou Pilote, c'est une époque qui fut certes un peu rigide pour des auteurs se sentant à l'étroit à l'intérieur d'une structure éditoriale, mais grisante et bénéfique car en même temps, se retrouver à l'intérieur d'un journal comme Tintin, était pour un auteur une garantie de succès et de pérennité ; en plus, les auteurs avait une très grande liberté, malgré Hergé qui s'investissait et contrôlait beaucoup d'étapes. Ce qu'avait voulu Raymond Leblanc, c'est d'offrir à une époque où la BD n'était encore destinée qu'à un public d'enfants et d'ados, un journal avec des récits historiques, de l'humour et de l'aventure, sans être mièvre ou naïf. La disparition du journal Tintin en 1988 a marqué une vraie rupture pour Le Lombard qui s'appuyait sur la force de cet organe. Ce gros recueil rassemble donc un générique exceptionnel, avec les auteurs qui ont fait la réputation de ce journal, comme Tibet, Cuvelier, Aidans, Reding, Graton, Vance, Franquin (fâché avec Spirou), Hermann, Dany, Rosinski et bien d'autres, en présentant des récits courts qui pour certains n'avaient jamais été publiés en albums. A côté des classiques, c'est bien de (re)découvrir des héros oubliés comme Flamme d'Argent, Harald le Viking, Le Chevalier blanc, Strapontin, Rataplan, Cobalt ou Les Panthères... c'est bien aussi de voir l'évolution graphique des auteurs comme sur la première apparition d' Alix ou celle de Ric Hochet... qui se sont ensuite bien amélioré. Les dernières années du journal permettent de voir aussi de nouveaux héros qui n'ont eu parfois qu'une maigre chance, parce que le coeur n'y était plus, parce que l'époque avait changé et que l'argent et la politique éditoriale avaient pris le pas sur la création, je pense à des séries comme "Papilio", Niky, "Gilles Roux et Marie Meuse" ou Ali Beber... Mais le journal a vu aussi paraitre dans ses dernières années des séries qui ont fait du chemin, comme Thorgal, Lou Smog, Brelan de Dames, Bruce J. Hawker, Aria, Hans, Vasco, Lester Cockney, Adler, Capitaine Sabre, Rork ou Neige... J'aurais pu mettre les 5 étoiles, mais 2 éléments m'en empêchent : dans la rétrospective qui marche par paire d'années, je trouve les introductions vraiment trop succinctes, une telle richesse dans ce journal aurait mérité plus de texte. Ensuite, les fausses présentations des héros dans des cartouches oranges ne me plaisent pas, au lieu de présenter le personnage ou la série, il s'agit d'un texte imaginaire qui n'apporte rien, j'ai trouvé ces parties vraiment stupides, alors que des lecteurs d'aujourd'hui auraient pu avoir en quelques lignes une présentation du héros avec sa date de création, ses auteurs, ses caractéristiques etc... Je regrette aussi pour certains héros que leurs premiers récits ne soient pas sélectionnés, au détriment de récits plus récents, ça aurait permis de voir les graphismes à leur début, comme c'est le cas pour Alix, il aurait été intéressant de montrer les premiers récits de Chick Bill où les personnages avaient des têtes d'animaux, ou encore la première apparition de Robin Dubois où le dessin assuré par De Groot (et non Turk comme ensuite) était beaucoup plus carré et épais. Mis à part ces quelques réserves, je suis pleinement satisfait de ce cadeau, c'est un bel ouvrage qui s'adresse surtout aux nostalgiques comme moi qui ont bien connu ce journal, mais aussi pourquoi pas, aux curieux désireux de découvrir comment c'était avant.
Une mystérieuse mélodie ou comment Mickey rencontra Minnie
Il y a dans cette bd une délicatesse et vraie poésie qui vous touche avec douceur. Je trouve que c'est assez rare et on sort de sa lecture, comme si on était dans un coin de ciel bleu entre les nuages. Ps : mention particulière au traitement de Pluto, fin et très bien vu.
Les Enfants du Capitaine Grant, de Jules Verne
J'ai eu l'occasion de lire l'album en intégrale prêté par mon pote de la Fnac, c'est un gros volume, un bel objet en grand format qui se lit assez longuement à cause de la partie texte qui est abondante et qui freine un peu la lecture, mais le sujet est suffisamment captivant pour donner du courage à lire ce récit. Je ne sais pas si c'est une adaptation du roman de Jules Verne fidèle, ne l'ayant pas lu, je n'ai pas non plus vu le film en live des studios Disney réalisé en 1962 avec Maurice Chevalier, mais j'en ai l'impression devant la somme de péripéties vécues par les personnages. Sinon, la première chose qui m'a frappé, c'est évidemment le dessin d'un auteur que je ne connaissais pas et que je trouve absolument superbe ; un dessin soigné, précis, d'une finesse incroyable, bourré de détails à tel point que ça allonge encore le temps de lecture car on prend plaisir à scruter chaque case. La luminosité des couleurs est magnifique, tout comme les ciels et les images en grandes cases, quoique par endroits, ce dessin apparaît un peu sombre. Même les cartouches de hors-texte, les têtes de chapitres, les parties en sépia, les cartes... tout est beau. Le choix de donner des physiques animaliers m'a paru original, et d'ailleurs chaque tête d'animaux est parfaitement proportionnée, surtout en gros plan, notamment sur les physiques de loup, de renard, de chat, de chien ou d'ours... qui sont très expressifs, et un peu comme dans Blacksad, bien choisis en fonction des caractères. Même en grand format, ces dessins paraissent assez petits, il y a un manque de place évident car les cases sont souvent très chargées, et comme je l'ai dit, c'est très bavard, le texte tend parfois à réduire la partie graphique ; c'est aussi sans doute dû au fait que le texte de Verne me semble avoir été reproduit à la lettre, parce que la narration est typique des romanciers du XIXème siècle, on retrouve ce style aussi chez Dumas, Gautier, Dickens, Walter Scott ou Melville... C'est de la grande aventure à la Jules Verne, au ton rocambolesque, avec un détail qui m'a fait sourire : le nombre de fois où les personnages échappent à un sort funeste est impressionnant, ils ont une chance de cocu, mais c'est un truc qu'on accepte tant l'ensemble est captivant. J'en ressors conquis.
Skraeling
Voici pour moi la 1ère claque de l’année 2011, une œuvre sortie de nulle part mais qui ne méritera pas de finir brulée sur le bucher… Une œuvre qui ne risque pas de plaire au plus grand nombre par le sujet qu’elle traite et la mise en scène radicale qu’elle propose mais une œuvre nécessaire se voulant aussi divertissante qu’idéologiquement pertinente… Choisis ton camp camarade ! Imaginez un conte où le petit Chaperon Rouge est remplacé par un chien de combat, un homme dont on ne connaitra que peu de choses et dénommé Köstler face à une meute de loups assoiffés et abrutis de violence dans un monde rétro futuriste et totalitaire s’inspirant grandement de l’idéologie nazie et dont on reconnait facilement tous les codes, des uniformes aux symboles et surtout aux méthodes similaires. Voici en gros ce que Skraeling propose... Köstler aurait pu faire partie de l’élite si ses origines étaient « pures ». Élevé dès l’enfance pour être une machine de guerre, c’est un fantassin sans peur et au dévouement sans égal qui brave tous les dangers non pas pour s’illustrer mais simplement pour faire son boulot car il ne sait faire que cela. Il va être remarqué pour ses exploits et être amené à intégrer la prestigieuse division Skraelings qui recrute les meilleurs éléments. Son parcours ne va pas aller sans heurts car n’étant pas de « sang pur » il devient l’objet de toutes les railleries et humiliations possibles... Mais il y a autre chose : sa conscience se réveille et les Skraelings cachent un énorme secret… Pour une découverte en voilà une belle… Une uchronie qui pourra rappeler Block 109 mais ici on est bien dans un conte kafkaïen et pas seulement dans un roman d’aventures. Les dessins superbes ne laissent aucune lucarne d’espoir dans ce monde désolé et désolant. La violence est certes physique mais se veut bien plus morale. Seuls quelques flashbacks éclairant le passé de Köstler et habités de lueurs rouges peuvent redonner foi en l’espèce humaine puisqu’à de très rares exceptions, tout le monde est dévoué à l’idéal fasciste et pourri de l’intérieur. Cette œuvre a beau être 100% originale elle me rappelle le film Brazil pour ses décors et ses machines ainsi que la rébellion intérieure du principal protagoniste que le film d’animation Jin-Roh pour ces fameuses armures reprises dans bon nombres d’autres œuvres et qui servent également à illustrer la magnifique couverture. Du grand art malgré parfois une certaine confusion pour certains personnages aussi identiques qu’aseptisés… Mais là où un Starship Troopers menait le combat et le tableau du fascisme avec une certaine ironie, ici nulle place pour rire ou en sourire. Noir c’est noir il n’y a guère d’espoir. Les décors (dont certains très réussis et retravaillés avec une photo réelle) et les couleurs froides contribuent grandement à une compréhension visuelle. Skraelings c’est une œuvre unique en bande dessinée qui réussit de surcroit à divertir avec une intrigue montant crescendo et qui se conclut sur un diabolique cliffhanger… Prévue en 3 tomes cette histoire m’a réellement intrigué et tranche littéralement avec ce que l’on a l’habitude de lire ou de voir… Je n’osais espérer que mon roman de chevet, l’inégalable 1984 de George Orwell trouve une illustration en dessins et voici que ce bouquin débarque sans crier gare et en poursuit des voies distinctes mais parallèles… Un gros coup de cœur inhabituel dont j’espère lire rapidement la suite afin d’y voir tomber cet empire. Intelligent, percutant donc à ne louper sous aucun prétexte… La BD française a de beaux jours à voir devant elle. Chapeau bas. EDIT : après lecture des 2 tomes suivants. Le premier tome de Skraeling se terminait sur un gros cliffhanger dans la perception même de son histoire qu'il est impossible de raconter ici sans en déflorer la surprise. J'étais donc curieux et inquiet par la tournure du scénario de Thierry Lamy mais n'en ai pas été déçu. Il y a suffisamment d'indices (dans le nom du héros) pour pouvoir appréhender l'issue finale de cette jolie trilogie. Néanmoins je dois y faire quelques reproches. Le travail de Damien Venzi est absolument exemplaire lorsqu'il reproduit des architectectures et décors écrasant l'individu par sa noirceur. Il y a un tel souci du détail malgré ces couleurs volontairement ternes qu'on sort un peu sonné par la lecture graphique. Néanmoins les personnages sont parfois un peu trop figés et ressemblants ce qui amène une grande confusion dans la compréhension globale du tome 2 notamment qui développe beaucoup d'intrigues secondaires. Mais si on s'éloigne du personnage principal c'est aussi pour mieux le retrouver dans un troisième tome forcément explosif et bien mieux rythmé à la conclusion plus que satisfaisante. Je descends donc ma note de 4 à 3 étoiles simplement pour le léger passage à vide ressenti lors de ma lecture du tome 2 qui aurait pu être plus court malgré un travail énorme pour épaissir un univers hélas tout à fait crédible tant dans sa construction que le parallèle qu'il établit avec notre société actuelle. Il s'agira probablement également hélas du dernier travail de Damien Venzi dont le travail titanesque sur cette oeuvre aura eu raison de ses espoirs les plus fous (la série n'a pas remporté le succès escompté et c'est bien dommage) qui nous laisse un sacré héritage que je vous recommande vivement de lire dans tous les cas.
De Cape et de Crocs
Voilà une lecture qui détonne ! C'est impétueux à souhait ! J'adore les dialogues et l'humour fin qui s'en dégage. C'est tout à fait mon style ! Le dessin est véritablement somptueux et tout en nuance. Par moment, c'est même incroyablement divin de beauté. Cela apporte un incontestable Les Plus Grands Super-Heros du Monde à ce récit d'aventure. Il est vrai que c'est un véritable monument de la bd largement plébiscité sur ce site que je n'avais pas encore avisé. J'avoue sans conteste avoir eu beaucoup de mal à me décider pour la lire. La raison ? Les 20 premières pages ne m'avaient pas tout à fait convaincu il y a deux ans et j'avais arrêté net ma lecture. J'avais peur d'un verbiage façon comédia dell'arte tout le long qui m'aurait épuisé dans tous les sens du terme. Heureusement, il n'en est rien. Bien m'en a pris de reprendre la lecture. Comme quoi, je donne raison à tout ceux qui pensent qu'il faut juger une oeuvre après avoir tout lu. Pour la petite histoire, mon cauchemar était de mettre une seule étoile à cette bd auquel cas, je me serais fais beaucoup d'ennemis tant l'objet est sacré. C'est dire que j'ai abordé ma lecture avec beaucoup de crainte. Ma note est donc très sincère car j'ai véritablement ressenti la grande aventure mêlée à de la poésie. C'est un savant mélange qui fait la singularité de cette oeuvre unique en son genre, bien qu'on assiste actuellement à la montée en puissance d'autres bd qui tentent d'imiter le style avec plus ou moins de bonheur (Célestin Gobe-la-lune, Spoogue...). Par ailleurs, je n'avais pas l'impression qu'il y a une baisse de régime dans les derniers tomes. Bien au contraire! Cependant, comme pratiquement toutes les séries cultes, ce sont bien les premiers volumes qui sont les meilleurs. Cela est indéniable ce qui n'empêche pas de trouver une suite de haut niveau. Comme la plupart des lecteurs, on attend la fin du cycle lunaire pour espérer le retour de la grande aventure sur Terre. Le 10ème tome marque donc la fin des aventures de cette joyeuse bande. J'apprécie surtout qu'il y ait une fin même si elle reste ouverte. Voilà une série qui ne s'éternise pas et qui sait tirer sa révérence finale comme une vraie pièce de théâtre. Le dessin culmine par sa beauté. Les dialogues sont toujours aussi exquis. En conclusion, nous avons là une série tout à fait originale qui aura fini par nous séduire. C’est un plaisir de retrouver un nouveau diptyque pour cette série mythique. Le récit est censé se passer 20 mois avant la série initiale et cela sera un diptyque. On se concentre sur l’aventure du mignon petit lapin Eusèbe dont le mystère de son passé a toujours été conservé. J’avoue avoir pris du plaisir à revoir ce sympathique personnage dont la gentillesse et la naïveté se confondent pour nous donner des scènes très décalées. Certes, les inconditionnels crieront au scandale surtout ceux qui ont acquis le coffret de l’intégral en 2012. Quand il n’y en a plus, il y en a encore ! On devrait tous le savoir. Le dessin frise encore une fois la perfection. C’est franchement sublime. La poésie est toujours présente. Bref, ce n’est que du bonheur ! En résumé: une richesse de texte et un dessin sublime pour constituer une pure merveille ! Note Dessin : 4.75/5 - Note Scénario : 4.25/5 - Note Globale : 4.5/5
Toxic / La Ruche / Calavera
Amis de la cohérence et de la logique, au revoir ! Car autant vous prévenir tout de suite que si vous n’êtes amateurs que de récits linéaires et carrés la déconvenue de cette nouvelle œuvre de Charles Burns va en décontenancer et en décourager plus d’un. Bien assis dans sa réputation d’artiste underground au trait si particulier et un noir et blanc qui aura influencé Mezzo et Pirus, je connaissais aussi l’artiste pour sa pochette déjantée de Brick by Brick de l’iguane et ses couleurs barrées. C’est donc avec intérêt et bien motivé que je me suis lancé dans la lecture de ce « Toxic » coloré et dont la couverture renvoie directement à l’ile mystérieuse de Tintin. Outre l’hommage appuyé au reporter d’Hergé et les couleurs inédites, la source d’émerveillement ou le rejet sont constitués par le déroulement sauvage de cette histoire, En effet, l’histoire ou plutôt les histoires partent dans tous les sens, présentant tour à tour un monde parallèle avec un tintin en robe de chambre à la recherche de son chat noir dans un univers complètement barré et loufoque pour revenir à une réalité non moins exigeante avec un jeune adulte solitaire et de son coup de foudre pour une jeune femme à la sensibilité à fleur de peau. Pour ne rien faciliter, Burns nous transporte d’une dimension à une autre mélangeant paradoxes temporels et géographiques pour ne faire qu’une seule et même histoire avec des reflets ne cessant de renvoyer l’histoire d’un point à un autre, mélangeant personnages d’un monde vers un autre et abusant de dialogues qui peuvent vite devenir absurdes une fois sorti de leur contexte. Mais quel contexte ? D’ailleurs cela ne vous rappelle rien ? Moi si avec ce fameux film Lost Highway de David Lynch dont je n’avais rien compris mais avais pris beaucoup de plaisir à essayer d’en extraire la substance… D’ailleurs chacun sera libre d’aimer ou de détester les deux opus de cette trilogie annoncée qui se lit relativement rapidement mais laisse volontairement le lecteur un peu sur place à la marge des évènements qui s’y déroulent. Pourtant pour peu qu’on aime un peu les jeux de réflexion, il est amusant d’y relever les clins d’œil à Tintin, les lieux parallèles et un point d’ancrage dans cette histoire dont j’espère que le dernier tome y amènera certaines clés. Ceux qui apprécient la narration pourtant si évidente des autres œuvres de Charles Burns vont se retrouver perdus car rien n’est classique et le ton froid et détaché des protagonistes du monde réel ne va rien faire pour arranger la compréhension. Pourtant cette histoire me parle davantage que les flottements poétiques de Wazem dans son Mars Aller-Retour récemment lu dont je peux en faire quelque peu le comparatif ici. Nul doute que le prix et la globalité vont en rebuter plus d’un mais pour les initiés ou les plus curieux, le chemin a l’air d’en valoir la peine. Et puis quel style graphique ! Quelle belle mise en page (encore merci à Cornelius pour réaliser de si beaux bouquins). Pour tout cela je n’en recommande pas nécessairement l’acquisition mais laissez-vous tenter par une lecture, aucun risque de s’ennuyer même si l’on s’y sent régulièrement perdu. Et il est parfois de bon augure que de fermer les yeux et se laisser porter par une ambiance inconnue mais pas désagréable…. Alors Charles Burns écrit-il un récit sans queue ni tête ou un diffuseur d’encens narcotiques ? C’est bien dans ce doute et cet esthétisme réussi qu’il réussit le pari de m’intéresser malgré le fait que cette série soit la moins passionnante de toutes celles qu’il a rédigées jusqu’ à présent mais cela sera peut-être révisé à hauteur lorsque l’intégralité de ce délire sera édité. A suivre donc… Mise à jour du 16/01/2017 après lecture de la trilogie complète : Prévue comme une histoire en 3 chapitres où chaque chapitre était publié en suscitant une attente certaine, les choses apparaissent comme beaucoup plus clair une fois l'intégralité relue à la suite. Si Charles Burns ne répond pas nécessairement à toutes les questions, la plupart trouvent une réponse sur les regrets amoureux d'un adolescent devenu adulte et son repli vers un monde intérieur dans lequel son subconscient se cache (le masque en carton de Tintin qu'il porte lorsqu'il énonce sa prose n'est pas là pour rien). Pire, les dernières pages laissent supposer d'une empathie complètement différente pour certains personnage tout en me rappelant un roman qui m'avait bien marqué il y a une vingtaine d'années "Une jeune fille" de Dan Franck. Ce qui est passionnant c'est de voir que même en colorisant intégralement son oeuvre (une première pour Burns), ses dessins restent toujours aussi hypnotiques et fascinants. On comprend en quelques pages toute la symbolique de ces dessins mystérieux ainsi même que le titre des chapitres, finalement rien n'aura été laissé au hasard et la page finale donne furieusement envie de tout relire immédiatement, clés en mains. Malgré la noirceur des propos, la superficialité du héros (qui n'en est pas un vraiment, ni dans la réalité ni dans ses rêves), on ne retient que la mélancolie d'un drame ordinaire, d'actes manqués et de choix capricieux mais Burns a réussi à sublimer l'ensemble pour en dresser une fois de plus un tableau onirique d'une rare beauté. Edifiant.
Les Fleurs du mal
Après avoir lu Dans l'intimité de Marie, j'avais envie de découvrir davantage l’œuvre de cet auteur et je suis tombé sur cet excellent manga et je suis content de le voir sortir en français. L'histoire met en vedette un ado ordinaire dont le seul truc spécial est qu'il aime la lecture, dont Les Fleurs du mal de Baudelaire. Puis un jour sa vie bascule lorsque des événements l'obligent à s'enfuir de l'école avec les vêtements de gym de la fille qu'il aime. Il a été vu par une autre fille qui est étrange et qui va le faire chanter et se servir de lui comme un jouet. Ce manga est captivant du début jusqu'à la fin. C'est rempli de rebondissements et je ne savais jamais ce qui allait arriver. Les personnages sont intéressants et le scénario est bien maîtrisé. Toutefois, ce n'est pas une série pour tout le monde. Le thème majeur de l’œuvre est la perversion et il y a des scènes assez malsaines qui pourraient rendre la lecture difficile et écœurante pour plusieurs lecteurs. En tout cas, moi j'ai trouvé que c'était intéressant et différent de ce que l'on retrouve dans un manga ordinaire.
Les Heures Noires
Et bien dites moi, voilà un album qui mérite franchement le détour. L'Afrique! Pour certains j'ai cru comprendre que c'était un continent envoûtant qui une fois que vous y aviez mis les pieds ne vous lâchait plus. Pourquoi pas encore faut-il avoir envie d'y mettre les pieds sus dits. Personnellement cela n'a jamais été mon truc, je ne suis pas attiré par l'endroit. Cela ne veut pas dire que je suis un ignare complet et que je ne m'intéresse pas à ce qui s'y passe ceci par le biais de livres, de films, de documentaires et j'en passe (à ce sujet Le monde diplomatique est une mine !). Pour autant le trip du lion superbe et généreux n'est pas le mien. Pour en revenir à ce récit je trouve que par certains côtés il mériterait d'être lu dans les écoles. C'est en effet une bien belle démonstration d'une situation qui prêterai à sourire si elle n'était pas aussi dramatique. Au fil du temps sous couvert "d’œuvre" civilisatrice les pays occidentaux, au temps du colonialisme, ont mis en coupe réglée ce continent. Aujourd'hui, les mêmes, dans une moindre mesure s'y ébattent joyeusement, aidés en cela par de nouveaux venus qui exploitent à bon compte qui les richesses qui les populations. Attention nous n'avons pas affaire ici à un pamphlet alter mondialiste ou de je ne sais quelle obédience, mais par petites touches, par quelques propos anodins les auteurs nous montrent toute la complexité des choses. De ce fait ils n'évitent pas totalement la caricature mais le trait est suffisamment léger, subtil pour que les choses soient dites intelligemment et avec percussion. Le trait presque hachuré est du meilleur effet mais la palme revient à une colorisation toute en teintes pastels. Au final cette découverte d'Angoulême 2016 est amplement conseillée et malgré son ancienneté j'en fais mon coup de cœur de ce début d'année.
The Red Monkey dans John Wesley Harding
Eh bien, c’est un réel coup de cœur que cet album, qui mélange du désuet et du déjanté, dans une intrigue au départ anodine (deux potes partent à la recherche d’un capybara (gros rongeur) échappé d’un refuge (et portant le nom improbable de « John Wesley Harding » !). Et pourtant, j’ai eu du mal au début à me faire au dessin, surtout des visages, figés (comme chez Léo) et avec un air simiesque (renforcé par les pieds de singe d’un des deux personnages principaux !). Mais rapidement je suis tombé sous le charme de cet album. Et d’abord de ses qualités graphiques. Car finalement le dessin est vraiment sympa, très ligne clair, et aussi une colorisation vraiment chouette. L’intrigue elle-même bascule rapidement dans une enquête policière, mâtinée de fantastique. Et là, avec ce dessin et cette colorisation, on ressent l’ambiance « Journal de Tintin ». En effet, les deux tiers de l’intrigue, la partie enquête, est pleine de références à Tintin (manière d’agir, ambiance), voire à Jacobs (le passage nocturne chez Baxter par exemple, ou les hypothèses fantastiques autour du générateur de rayons). Sauf que ce serait du Tintin qui aurait fumé de la Marijuana, les deux potes hyper cool (« frère », « man » sortent de leur bouche comme des volutes de fumée) sont un brin déjantés – et que dire du détective qui les aide ? Par contre, les rebondissements de la fin (par ailleurs un peu trop brutaux à mon goût) se démarquent clairement de l’univers Tintin. De toute façon, même si l’on fait abstraction de ces références, c’est une histoire qui se laisse lire, pas révolutionnaire, mais esthétiquement très agréable. Une lecture que je vous recommande fortement.
L'Ombre de moi-même
Selon le Larousse, la Surprise est définie comme telle : évènement inattendu. Et comment être davantage surpris par une œuvre sortie de nulle part, avec des dessins aussi épurés que celles qui illustrent le Canard Enchainé au pitch d'une banalité affolante et mettant en scène le frère jumeau graphiquement du méchant Gru, nez en pointe et calvitie en prime ? L'Ombre de Moi-Même est un titre qui se lit et se dévore comme on peut apprécier un bon vin sans pour autant être un amateur avisé. Superficiellement, on peut s'attendre à lire le quotidien banal d'un homme mur de 55 ans, à la retraite (donc fort éloigné de nos turpitudes professionnelles mais je m'égare), divorcé et aisé. Vivant à Paris dans un appartement confortable, Serge n'est entouré que d'une ex-femme, d'une petite amie trentenaire et d'un ami écrivain dépressif. Et c'est tout. Martiny divise ce quotidien en autant de petites scénettes journalières de 2 à 6 pages ou plus où Serge est omniprésent. Toujours présent pour les siens mais orgueilleux et fier, Serge a surtout peur de vieillir, de ne plus pouvoir séduire et de se sentir inutile. Je ne sais comment l'alchimie s'est opérée avec un trait si éloigné de mes affinités mais absolument tout le contenu de ce gros bouquin qui se dévore m'a séduit... Petit-Roulet utilise une ligne volontairement épurée mais maitrisée et très agréable finalement à la lecture pendant que Martiny multiplie les lignes de dialogue se succèdant à de longs silences contemplatifs. Face à la mer, à son ex-belle mère ou à son docteur, Serge est loin d'être le con odieux et réac que l'on adorerait détester mais tout simplement un homme pétri de qualités comme de défauts le rendant bien plus humain que d'autres profils plus explicites. On passe constamment du sourire au rire et de la consternation à l'empathie dans un récit rythmé et homogène. Difficile de faire apprécier un vieux bobo Parisien aux apparences égoïstes et capricieuses par un dessin aussi aride et dépouillé et pourtant le pari est remporté haut la main. Ici personne ne juge personne, libre au lecteur d'apprécier des visages si expressifs ou des situations éloquentes sans apport de paroles (une amitié est remise en cause en quelques cases et sans un mots mais chuuut). La fin en suspens pourra décevoir en premier lieu mais après réflexion, il ne pouvait pas en être autrement. Ici la mélancolie se veut réaliste et finalement pudique à défaut d'être joyeuse. Pourtant il peut s'agir d'une Happy End comme d'une fin plus sarcastique. C'est le propre de ce récit unique qui peut être lu comme une Comédie ou une Poésie de prose, le trademark des ouvrages importants indéniablement. Oui, vraiment quelle belle surprise.