Les dernier avis (29909 avis)

Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Poulet aux Prunes
Poulet aux Prunes

Cette BD est une découverte rafraichissante, un peu éloignée du monument de l'auteure, son fameux Persépolis, mais qui apporte à nouveau ce regard très humain et un peu en dehors de nos standards. Et le tout enrobé dans une histoire qui m'a réservé son lot de surprises. Le trait voluptueux de Marjane Satrapi, avec ses courbes et ses utilisations du noir comme unique couleur, serpentant entre les dessins, a toujours un caractère qui mêle la réalité de son histoire avec les mythes qu'elle affectionne. Le mélange est savamment dosé pour faire une pagination tout en beauté, mais aussi des cases sublimes et des mises en scènes inventives. Marjane Satrapi a une réelle inventivité dans ses compositions et son dessin, qui donne à elle seule l'intérêt à une BD. Mais en plus de cela, l'histoire n'est pas en reste. Les derniers jours de la vie de cet homme sont une sorte d'enquête sur lui-même : qui est-il, comment en est-il arrivé là et pourquoi veut-il mourir ? C'est dévoilé petit à petit, en reconstruisant son passé et en comprenant son présent. On navigue au fur et à mesure dans ses souvenirs jusqu'à comprendre, dans les dernières pages, l'origine du geste. C'est à la fois triste et beau, mais en même temps il y a une cruauté de la vie, un couperet implacable du temps qui s’abat. Il y a une beauté dans l'histoire mais aussi une dureté qui sait appuyer là où ça peut faire mal. Il est assez étonnant qu'un ouvrage aussi court soit si riche, je m'en rends compte en rédigeant cette critique. Il contient un bon nombre de scènes, chacune traitant d'un autre sujet sur un ton parfois humoristique, mais souvent triste et désabusé. C'est une belle découverte, pas autant que ne le fut Persépolis, mais qui ne doit pas être comparée à son ainée selon moi. Il s'agit d'une bonne BD, honnête et prenante, je ne lui en demande pas plus.

21/11/2019 (modifier)
Couverture de la série Animabilis
Animabilis

J’ai longtemps cru à la lecture de cet album que c’était une adaptation. Non que je reconnaisse un quelconque texte préexistant, mais le texte, justement – à la fois sobre et omniprésent ici – a une telle tonalité littéraire (et cela peut sans doute rebuter certains – à tort je pense), que j’ai été surpris de voir que ce n’était pas le cas. L’intrigue, s’il faut en repérer, en souligner une, est des plus difficiles à définir. A la fois transparente et obscure, cette histoire s’impose par petites touches, et s’avère être une sorte de long poème, autour d’une histoire d’amour, entre Victor (journaliste parisien) et une jeune femme énigmatique, Meÿ, qui se transforme souvent en animal ou élément naturel. L’album, relativement épais, se laisse lire agréablement – il faut savoir se laisser porter par la poésie du texte –, mais aussi rapidement. En effet, il n’y a pas beaucoup de textes (le plus souvent en off, lecture d’un texte « écrit » par Victor, très rarement un ou deux dialogues). Le dessin de Thierry Murat est bon, et surtout beau. Il joue sur quelques nuances, une colorisation n’usant généralement que de deux couleurs, avec quelques nuances intermédiaires, et surtout des tons très sombres, en accord avec les textes et « l’intrigue » plus générale, très contemplative et quelque peu nihiliste. C’est un album à réserver aux amateurs de récits contemplatifs. Note réelle 3,5/5.

20/11/2019 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Kobane Calling
Kobane Calling

Qu'il s'agisse de Passage Afghan, de Kaboul Disco ou encore avant elles de la plupart des albums de Joe Sacco (Gorazde, Palestine...), les séries de ce genre où un auteur de BD joue les reporters en territoire en guerre sont en général instructives mais aussi souvent un peu rébarbatives. Kobane Calling pallie à ce problème avec une bonne part d'humour dans le ton et un zeste d'auto-dérision. C'est l'histoire d'un jeune auteur Italien travaillant pour différents journaux et petites maisons d'édition qui décide sans vraiment savoir pourquoi de partir quelques jours pour le Kurdistan pour à la fois aider et s'informer par lui-même sur le terrain. Son premier séjour aura lieu en 2014 à la frontière côté Turc, juste à côté de Kobane qui est alors occupé par Daesh contre lesquels les Kurdes se battent avec acharnement. Visite de découverte, il ne passera pas en Syrie et repartira vers Rome en ayant juste eu une vision certes intense mais superficielle de la situation. L'année suivante, il a la possibilité de retourner dans la région en se rendant cette fois au Kurdistan Irakien puis véritablement en Syrie. C'est l'occasion pour lui non seulement de découvrir de plus près les combattants du YPG (combattants kurdes mixtes) et du YPJ (combattantes kurdes féminines) mais aussi et surtout ce territoire baptisé Rojava, ou Kurdistan Syrien, où les Kurdes tentent de maintenir un tout jeune état utopique basé sur une fédération démocratique où tous les peuples de la région pourraient vivre en bonne entente et sur un pied d'égalité aussi bien religieuse qu'en terme de droit des femmes. Sur le fond, cela ressemble aux autres BD du genre. Un graphisme noir et blanc assez proche du dessin d'actualité et des blogs BD. Une mise en scène commençant par une brève explication de pourquoi l'auteur est parti là-bas (d'ailleurs, il n'en est pas tout à fait sûr) puis du voyage et de la première découverte des lieux. Et ensuite, au fil de son séjour sur place, il va approfondir son sujet et en apprendre de plus en plus et transmettre l'info aux lecteurs. Sur la forme, il y a une petite différence provenant du personnage de l'auteur lui-même. Car le gars est un pur Italien, ancien punk mais fier de son quartier populaire romain, et qui a pour références culturelles le foot et les dessins animés japonais. Du coup, c'est amusant de le voir jurer sans arrêt dans l'argot de Rome, de le voir s'imaginer Daesh comme les méchants post-apocalyptique de Ken Le Survivant et plein d'autres références geeks qui donnent une touche humoristique à un récit qui aurait pu être nettement plus grave autrement. Il se tourne aussi lui-même et ses compagnons de voyage italiens bien souvent en dérision, insistant sur leur côté un peu pitoyable et ridicule comparé à l'engagement et à l'organisation des combattants Kurdes. Cela permet de rendre la lecture agréable et d'éviter le côté documentaire ennuyeux qui aurait pu en découler. Et cela n'empêche pas la partie documentaire justement d'être très instructive. Certes Daesh ne sera jamais abordé précisément et restera une affreuse menace aussi terrifiante qu'incompréhensible. Mais à l'inverse, l'auteur approfondit vraiment le sujet sur le Rojava et on sent une sincère admiration de sa part pour les Kurdes et leur ambition d'une fédération multi-culturelle, admiration qui reste toutefois toujours mesurée et réfléchie, conscient que rien ne peut être ni blanc ni noir. A l'inverse, le gouvernement Turc lui s'en prend vraiment plein la figure. L'auteur et les témoignages des Kurdes mais aussi des opposants Turcs qu'il interroge sont sans appel sur le comportement criminel d'Ankara et de l'armée Turque, complice de Daesh du moment que cela peut nuire au YPG et à ces Kurdes taxés de terrorisme. La condamnation par l'auteur est manifeste. Mais heureusement il rappelle en fin d'album qu'il ne faut pas forcément assimiler le gouvernement turc et les Turcs eux-mêmes qui sont plus nuancés et moins coupables. En tous les cas, il est particulièrement intéressant de lire cette BD de nos jours, alors que l'actualité du moment raconte comment l'armée turque est entrée de force en Syrie pour combattre les Kurdes et s'en prendre de front au fameux Rojava. Cela recadre le contexte, condamne encore plus cette décision d'Erdogan et le soutien plus ou moins passif de Trump et Poutine et rappelle que si les Européens ont les mains liés c'est parce qu'ils ont trop peur que la Turquie ne s'occupe plus des si nombreux réfugiés qu'elle abrite sur son territoire et qu'ils préfèrent du coup éviter de trop s'indigner de la situation.

19/11/2019 (modifier)
Couverture de la série Les Esclaves oubliés de Tromelin
Les Esclaves oubliés de Tromelin

J’ai beaucoup apprécié ce récit, et particulièrement le fait qu’il s’articule sur deux époques. La première époque est une époque historique. Dans ce récit, l’auteur nous raconte le triste destin d’esclaves malgaches. D’abord vendus, les plus chanceux d’entre eux auront ensuite le malheur de s’échouer sur un caillou isolé au milieu de l’océan en compagnie des autres membres de l’équipage (les autres mourront enfermés dans les cales). Et comble de malheur, leurs compagnons d’infortune les abandonneront une fois un nouvel esquif construit. S’ensuivront 15 ans de survie avec les moyens du bord, marquée par les drames, le désespoir et cette indécrottable volonté de survivre envers et contre tout. Ironiquement, cette aventure on ne peut plus dramatique aura permis à ces esclaves de (sur)vivre en hommes libres le temps de leur naufrage. Outre la retranscription du quotidien de ces naufragés, il y a une dimension psychologique qui m’a beaucoup intéressé. Faut-il risquer de mourir en mer en tentant de s’évader de cette île-prison ou rester sur ce caillou où seule la survie à court terme peut être envisagée ? Cette question reviendra fréquemment et le destin et les interrogations des personnages m’ont touché. La deuxième époque prend la forme d’un documentaire. En préparation à l’écriture de cet album, l’auteur a en effet participé à une expédition scientifique sur l’île de Tromelin. Au travers de ce compte rendu de l’expédition, nous, lecteurs, découvrons l’avancée des découvertes, la réalité ‘physique’ de cette île qui, même avec nos moyens actuels, reste isolée du monde et violemment soumise aux aléas climatiques. Ce documentaire est intéressant par de multiples aspects. Tout d’abord, il nous permet de comprendre comment il est possible grâce à des recherches archéologiques de reconstruire le quotidien de personnes mortes depuis des siècles alors que celles-ci n’ont laissé aucune trace écrite. Par ailleurs, il propose une belle mise en abyme puisque les participants de l’expédition vont se retrouver eux aussi isolés sur l’île. Malgré des moyens techniques bien plus importants, ils vont ainsi faire l’expérience de l’isolement. Et voir que l’un d’entre eux, sans doute plus fragile psychologiquement, va rapidement sombrer sinon dans la folie du moins dans un état de confusion qui justifiera son rapatriement démontre toute la force de caractère dont ont dû faire preuve les esclaves de Tromelin pour survivre durant 15 ans à cet isolement. Nous aurons aussi droit à quelques considérations écologiques (et j’ai été marqué par cette vision de déchets plastiques s’accumulant sur une île isolée de tout !) et naturalistes. Tout au long de l’album nous allons sauter d’une époque à l’autre. Le récit historique prend la forme d’une bande dessinée traditionnelle. Les planches sont très académiques avec des cases bien définies. Les dialogues priment sur le narratif et ces chapitres se lisent rapidement. Le documentaire prend lui une forme plus libre, plus proche du journal intime. Les planches sont plus éclatées avec des cases ‘ouvertes’, sans contour fixe. Le narratif est la règle, rarement interrompu par un dialogue. Ces passages sont donc plus lents à lire… mais captivants pour qui s’intéresse un peu à ce genre d’aventure scientifique. Au final, cet album est vraiment excellent. Il présente tellement de thématiques intéressantes qu’il ne peut que plaire à un large public. Chacun y trouvera de quoi satisfaire sa curiosité, sa soif d’émotion ou son envie d’apprendre.

19/11/2019 (modifier)
Couverture de la série Comme un lundi
Comme un lundi

Voilà un petit album qui se lit facilement. D’autant plus facilement qu’à raison d’une case par planche, les pages défilent rapidement… D’autant plus rapidement que l’absence de texte accélère encore un peu plus le rythme de la lecture… Oui, bon, d’accord, en trois minutes et deux dixièmes les plus rapides d’entre vous auront lu l’entièreté de cet album. Personnellement, il m’a fallu plus de temps que cela. Parce que j’ai bien aimé m’attarder sur le trait expressif de James. Parce que j’ai aimé comprendre le cheminement du gag (et il y en a un pour lequel, crotte de bique, je dois bien admettre ne pas avoir compris où se situait le twist humoristique). Parce qu’il se dégage de ces gags une tendre ironie qui me touche particulièrement. Et puis je sais bien que je me replongerai dans cet album avec plaisir. Alors tant pis si cet album se lit vite et tant pis si le trait est minimaliste, j’ai aimé ces gags bien construits, parfois cons, parfois cruels, parfois les deux à la fois. C’est une lecture de pure détente, le genre de livre vite lu avant de chercher à s’endormir, qui vous met le sourire aux lèvres tout en vous envoyant dans un coin de la tronche -tel un parpaing de quinze kilos chutant du troisième étage- que la vie peut quand même se révéler autant cruelle que l’homme peut se révéler très con.

18/11/2019 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5
Couverture de la série Le Retour à la terre
Le Retour à la terre

J’ai récemment été soufflé par Le Rapport de Brodeck, ce qui m’a donné envie de découvrir d’autres œuvres de Manu Larcenet… A commencer par « Le Retour à la terre », qui semble très appréciée des lecteurs. J’ai eu beaucoup de mal à rentrer dans cette série… le premier tome m’a paru d’une banalité consternante, et m’a vraiment laissé de marbre… et puis au fil des albums je suis rentré dans les « délires » de l’auteur, et certains gags ou personnages récurrents ont fini par me faire beaucoup rire… je pense notamment au chat, ou à madame Mortemont… j’ai même fini par m’attacher au personnage de Manu Larssinet, alors que je le trouvais vraiment irritant au début. Une série sympathique voire vraiment drôle par moments.

18/11/2019 (modifier)
Par Erik
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série In Waves
In Waves

On croit souvent que la vie est éternelle, que les bons moments qu’on passe avec sa dulcinée vont durer. Quelquefois, cela s’arrête malgré la jeunesse de l’âge à cause d’une foutue maladie. C’est pourquoi, il faut profiter de chaque instant de bonheur comme si c’était le dernier. Vivre intensément et passionnément. L’auteur a rencontré Kristen alors qu’il était un jeune adolescent. Même pas 10 ans après, elle est morte suite à sa maladie. La relation s’est construite au gré de ces moments de répit avant les rechutes. Il y a comme un apaisement, une reconnaissance de ces belles années pendant lesquelles l’amour a pris son envol. Comme si la confiance apporte le réconfort et la consolation. Rien ne pourra altérer ce qui a été vécu. La majorité de ces scènes sont des morceaux de vie figés comme une compilation de moments suspendus. Cela libère une véritable authenticité qui laisse exprimer une vérité émotionnelle. Même le graphisme pourtant épuré et minimaliste suggère une profondeur de l’âme. Bref, les textes sonnent justes et nous touchent. De belles valeurs nous sont transmises. C’est beau, triste et percutant. Il y a surtout cette passion pour le surf, instrument de liberté, dont on va découvrir toute l’histoire et la philosophie des plages hawaïennes en 1800 à ce jour. Le surf est surtout une métaphore. En effet, les vagues sont les fiancées de l’Océan. Rien n’est plus beau que de glisser sur les eaux pour affronter les mastodontes géants qui se brisent dans un flot d’écumes. Les vagues sont immortelles mais malheureusement pas les humains. L’un des plus grands auteurs de comics à savoir Craig Thompson nous indiquait sur la préface qu’il s’agit du meilleur roman graphique au monde du moment. C’est fort. Je souligne en effet que c’est sans doute l’un des meilleurs romans graphiques de la décennie. C’est surtout un hommage étonnant et incroyablement touchant à l'amour et à la résilience. Je recommande bien entendu également sa lecture. Reste le plus beau des cadeaux que fait l’auteur AJ Dungo en toute humilité à sa chérie disparue à savoir cette œuvre qui fait qu’elle existera pour toujours. On l’imagine alors debout sur sa planche avant qu’une déferlante se forme derrière elle pour la pousser sur de nouveaux rivages.

18/11/2019 (modifier)
Couverture de la série Les Couloirs aériens
Les Couloirs aériens

10 ans après Lulu Femme Nue, qui traitait de la crise de la quarantaine au travers du destin d’une femme, Etienne Davodeau s’attaque avec ces Couloirs aériens à la crise… de la cinquantaine. Petite différence ici : il ne s’y attaque pas seul puisque cet album est l’œuvre de trois têtes pensantes (Etienne Davodeau, Joub et Christophe Hermenier), chacune ayant un double rôle (outre leurs rôles de scénaristes, Etienne Davodeau en est également le dessinateur, Joub le coloriste et Christophe Hermenier le photographe). Autre différence, de taille celle-ci : le personnage central est un homme. Et on sent de suite que le caractère autobiographique de ce récit est bien plus présent que sur Lulu femme nue. La préface nous révèle d’ailleurs quelques détails sur ce sujet et sur la genèse du projet. Et alors que la crise de la quarantaine s’apparentait à une fuite en avant, la crise de la cinquantaine telle que racontée par les trois acolytes se présente bien plus comme un regard tourné vers le passé et une perte de vision d’avenir… Wouhouuuu, rions ensemble ! Ça tombe bien, je vais justement avoir sous peu mes 50 balais et donc ce récit me parle énormément. Les interrogations, les états d’âme, le spleen du personnage central trouvent un réel écho dans mon propre vécu et mes questionnements actuels. Je me rends compte à cette occasion que si j’accroche aussi souvent aux œuvres de Davodeau, c’est très certainement en partie dû au fait que nous avons plus ou moins le même âge et que ses sujets de livres tombent donc souvent à point nommé dans mon parcours de vie. Soyons clairs : j’ai dévoré ce bouquin, y retrouvant l’humanité et le sens de la dérision dont sont coutumiers Etienne Davodeau mais aussi Joub. J’ai également beaucoup apprécié cette insertion de planches entières de photographies d’objets désuets du quotidien (le personnage central photographie tout ce qu’il trouve dans les caisses provenant de la maison de ses parents décédés). Il y a dans ces planches tout le poids du temps qui passe et tout le caractère dérisoire de l’existence. Cette accumulation d’objets hétéroclites… c’est à la fois dur, ironique, triste, drôle et touchant. En fait, ça résume assez bien l’ensemble du bouquin, dans lequel des passages amusants succèdent à des interrogations plus graves. J’ai beaucoup apprécié ce personnage central finalement assez complexe et j’ai trouvé qu’il y avait beaucoup de justesse dans cette analyse de caractère… mais sans que ça devienne lourd, la dérision n’est jamais loin pour venir alléger les passages qui auraient pu verser dans un pathos trop insistant. Cependant, si cet album m’a beaucoup parlé, je crains qu’il n’en aille pas de même avec d’autres lecteurs, moins concernés par ce passage de nos existences. Du coup, si je trouve ces Couloirs aériens excellents, je n’en conseillerais pas la lecture à n’importe qui. Mais si vous approchez du demi siècle, si les récits du quotidien vous attirent, si le fait qu’il n’y ait pas de véritable intrigue à un récit ne vous dérange pas… si vous êtes prêts à lire l’histoire banale d’un gars banal à un instant finalement banal de son existence (mais racontée avec un talent peu banal), et bien je vous invite à emprunter ces Couloirs aériens.

18/11/2019 (modifier)
Par Jetjet
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Le Château des Animaux
Le Château des Animaux

Inutile de tergiverser longtemps sur ce fait : oui, si le titre du Château des Animaux vous en rappelle un autre écrit par George Orwell et devenu rapidement un classique, ce n'est nullement un hasard. Xavier Dorison le scénariste balaye toute ambiguïté à ce sujet dès sa préface s'il en subsistait encore une. Le Château des Animaux sera donc une relecture, une réinterprétation des écrits de l'auteur de "1984" car "si George Orwell avait vu juste, il n'avait pas tout vu." Et c'est exactement ce que ce premier tome propose d'une façon bien plus intelligente qu'opportuniste. Exit les origines de la République des Animaux, les deux premières pages nous envoient dans le vif du sujet. Là où Orwell racontait la mise en place d'une dictature animale, l'histoire narrée ici prend directement place après les ultimes pages du roman. Mais l'histoire est différente, les cochons staliniens sont remplacés par des chiens au service de Silvio, un immense taureau proclamé également président. Pour que ce château également déserté par les hommes puisse devenir autonome, toute la basse-cour est mise à contribution pour des tâches ingrates de maintenance et de production. Gare à la protestation car le malheureux animal sera dévoré par les molosses canins en guise de répression. Face à cette violence ordinaire, le quotidien subsiste et une lueur d'espoir va naître d'une idée toute bête : pourquoi ne pas tourner les bourreaux en dérision ? Dorison assume pleinement sa position "Flower Power" manigancée par une chatte ouvrière, un rat adepte de Gandhi ainsi qu'un lapin serial reproducteur. Les dessins de Félix Delep dont c'est ici le premier album proposent une ligne claire intéressante et aux détails précis. Grandement inspiré du style de Don Bluth, ses illustrations prêtent à l'admiration, au sourire et même à l'indignation dans certains passages plus durs, le tout avec une élégance de style et de cadrage. On pourra juste déplorer certaines perspectives (Bengalore la chatte est parfois plus imposante que César le lapin puis de taille presque identique) ainsi que la taille riquiqui de certains phylactères pas adaptée pour les vieux yeux du lecteur mais les pages fourmillent de tant de vie et d'enthousiasme que l'on est porté de la première à la dernière page. Voici une bien belle découverte qui prolonge l'idée initiale d'Orwell tout en se détournant du plagiat de façon plutôt subtile en espérant que la suite soit du même acabit tant ce démarrage tonitruant semble avoir délivré beaucoup de ses atouts... Une excellente surprise.

18/11/2019 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série Les Indes fourbes
Les Indes fourbes

3.5 J'ai enfin pu lire cette bande dessinée qui fait sans aucun doute partie des albums les plus populaires de la rentrée 2019. Globalement, j'ai bien aimé ma lecture, car je m'attendais à mieux au vu des avis que j'ai lus ici et un peu partout sur les sites de BD. Mes attentes étaient peut-être un peu trop élevées. Même si je ne crie pas au chef d'oeuvre comme plusieurs, j'ai trouvé que c'était un bon récit....la plupart du temps. Car oui, durant deux moments de ma lecture, je me suis un peu ennuyé. Le livre est divisé en trois parties. La première partie est pas mal, mais un peu longue et vers les dernières pages de ce chapitre, je me demandais quand est-ce qu'on allait passer à autre chose. Heureusement, le second chapitre est vraiment excellent. Le récit est captivant de la première à la dernière page et à ce moment j'étais presque prêt à mettre 5 étoiles...et puis la troisième partie arrive et c'est le chapitre le moins intéressant du livre. Mon intérêt a donc baissé au fil que je le lisais et franchement je trouve que la fin est mauvaise. Elle s'étire et je trouve que c'était un peu n'importe quoi. Bref, après m'avoir captivé durant une bonne centaine de pages, le récit finit en eau de boudin. Du coup je ne sais même pas quelle note donner parce que si j'ai bien aimé sur la majorité de l'album, ce dernier chapitre gâche tout. Je vais tout de même donner 4 étoiles parce que les parties que j'ai aimées sont vraiment extraordinaires, mais je conseille surtout un emprunt à la bibliothèque pour ce faire une idée avant un achat vu que le livre est cher. Ah oui j'ai oublié de parler du dessin. Il est très beau et dynamique, mais pour je ne sais quelle raison j'ai trouvé que le trait de Guarnido était plus beau dans Blacksad. Peut-être que je préfère le voir dessiner des animaux et non des humains...

17/11/2019 (modifier)