Ce qui me fascine le plus dans cette œuvre, c’est la manière dont elle interroge la monstruosité. Le titre Monstres laisse penser au départ que le monstre sera cette créature née d’expérimentations, mais on comprend très vite que les véritables monstres sont humains. Ce sont la violence, la cruauté, les traumatismes transmis de génération en génération qui façonnent les êtres et les détruisent. Toute la force du récit réside dans cette réflexion bouleversante : le monstre n’est pas celui que l’on croit.
Quand on sait que cette histoire devait à l’origine être un récit autour de Hulk, on mesure encore davantage la grandeur du résultat final. Barry Windsor-Smith s’est affranchi de ce cadre pour créer une œuvre profondément personnelle, intime et universelle à la fois. On sent que chaque page est habitée, pensée, vécue. Il ne raconte pas seulement une histoire, il dissèque l’âme humaine.
Graphiquement, c’est tout simplement époustouflant. Chaque planche est d’une richesse folle, chaque regard, chaque expression porte une intensité émotionnelle incroyable. Les dessins ne sont pas seulement magnifiques : ils servent le récit avec une justesse remarquable. Barry Windsor-Smith parvient à transmettre la douleur, la peur, la tendresse et l’horreur avec une maîtrise rare. Certaines pages coupent littéralement le souffle.
Mais au-delà de la virtuosité graphique, c’est l’émotion qui m’a bouleversé. J’ai trouvé cette histoire d’une humanité incroyable, d’une tristesse immense, mais aussi d’une sensibilité bouleversante. C’est une œuvre dure, parfois insoutenable, mais profondément sincère. Elle m’a touché par sa puissance émotionnelle, par sa manière de montrer les blessures intimes et les cicatrices invisibles laissées par la violence. Peu de bandes dessinées m’ont remué à ce point.
J’aime Monstres parce que c’est une œuvre totale : brillante, douloureuse, magistrale. Elle m’a impressionné par sa beauté formelle, mais surtout elle m’a profondément ému. C’est le genre de lecture qui vous secoue, qui vous habite longtemps après avoir refermé le livre. Pour moi, c’est bien plus qu’une grande bande dessinée : c’est une œuvre majeure, puissante, poignante, inoubliable.
J'ai acheté directement les deux premiers tomes de cette série parce la scénariste de la série est aussi l'autrice d'Iruma à l'école des démons, mon shonen en cours de publication préféré depuis un bon moment et aussi parce que j'aime bien les histoires de sorcières.
Alors on est dans un monde où seules les femmes peuvent faire de la magie et affronter des monstres dangereux...et puis notre héros réussi à vaincre un monstre alors qu'il est un garçon ! Les amateurs de shonen vont tout de suite reconnaitre quelques clichés du genre (le héros super-for qui fait des trucs qui n'est pas censé être capable de faire et en plus sa personnalité de sauvageon est un peu similaire au Songoku des débuts de Dragon Ball), mais la trame est assez prenante pour que cela ne me dérange pas trop. Le scénario est un peu plus formaté que celui d'Iruma, sans doute du au fait qu'Ichi est publiée dans Shonen Jump le plus gros magazine au Japon et donc plus conformiste, mais reste agréable à lire. Les personnages sont attachants, les combats bien chorégraphiés et l'humour fonctionne bien.
Le dessin est vraiment superbe, il y a souvent des détails sans que cela surcharge les cases. J'aime bien aussi le design des personnages que je trouve classe. En tout cas, un shonen que je vais suivre pour le moment en espérant que le scénario ne va pas finir inutilement étiré.
3.5
Un bon premier tome qui pose bien les bases de la série. Il se passe beaucoup de choses et je n'ai pas eu l'impression de lire une longue introduction inutilement étirée comme c'est le cas avec plein de premiers tomes.
Le scénario est prenant et le futur créé par les auteurs est bien facile à suivre, même si on n'explique pas tout en détail. Le dessin est bon. On n'est pas dans du réaliste figé où tout semble avoir été dessiné sur des photos. Il y a de très belles pages de paysages. Cela dit, j'ai tout de même trouvé quelques défauts. Je trouve notamment que les personnages sont un peu trop stéréotypés entre les bons et les méchants avec chacun qui joue un archétype bien précis, mais je vois du potentiel pour un peu plus de complexité dans les tomes suivants. Il y a aussi quelques facilité dans le scénario (on passe un peu trop facilement la frontière entre les deux Islande je trouve).
Cela reste du bon divertissement, mais j'espère que la suite va corriger les défauts parce que je risque de moins aimer.
Je n'ai pas eu l'occasion ni le désir de tout lire, mais j'ai arrêté parce que je suis passé à d'autres centres d'intérêt, pas par lassitude. Je trouve la série assez bonne pour ne pas être vendue à coup de nostalgie !
Et elle est meilleure que Les Tuniques Bleues où on va dans le sens du vent en montrant bien toute l'horreur de la guerre sans assumer que sans elle il n'y aurait eu aucune raison pour que l'esclavage soit aboli : plutôt gênant…
Et les créateurs et leurs ennuis, en BD, c'était plutôt nouveau, je pense quoique sans culture BD pour l'assurer, et je n'ai rien vu de plus drôle dans aucun art. Le dessin me paraît meilleur que dans Les tuniques bleues, je veux dire que l'équilibre entre réalisme et comique me semble plus original et dynamique.
Les gags sont bons, tous les personnages attachants, et si je comprends que le rôle de la femme du dessinateur ne soit pas valorisant, il me semble que subtilement, l'histoire lui donne raison contre l'attitude "j'ai besoin que tu me soutiennes" tout en la prenant de haut, de son époux. J'ai tant à lire, et pourtant, rendre justice à cette série me donne envie d'y replonger… De la discipline ! Comme quand on voit un SPOILER, stop.
J'ai commencé à lire Yakari encore enfant, attiré surtout par les dessins de Derib et j'en garde un souvenir très heureux jusqu'à aujourd'hui. Mais, avec le dessin et les aventures est venu aussi l'éveil à certaines valeurs : le respect pour toute la nature et les êtres vivants, les animaux (conscience écologique, que je ne savais pas encore nommer à l'époque), pour les Indiens des plaines américaines aussi, pour les cultures différentes.
J'ai continué à suivre toute l'œuvre de Derib, surtout Buddy Longway et sa famille, jusqu'à la fin. L'évolution du dessin de l'auteur, et aussi des récits, vers plus de réalisme est étonnante ! Mais je continue à garder avec affection les premières histoires du petit sioux.
Une des bd qui m'a la plus titillé (à la Nicky Larson) et le plus dégouté par la fin et la mort du personnage principal. Celui qui était le plus attachant, l'auteur s'est vraiment tiré une balle dans le pied, alors que cette série aurait pu connaître de belles suites.
Sans doute le chef d’œuvre de Georges Pichard.
L'Odyssée est un écrin parfait pour l'auteur. Jamais son trait n'aura mieux servi un univers aussi parfaitement adapté à son esthétique visuelle.
Pichard innove, étire les cases, libère les onomatopées, et produit un travail d'avant garde à l'époque de la bande dessinées à papa. Il invente des ambiances, dessine des monstres mythologiques et des déesses tentatrices qui nourrissent l'imaginaire, puisant son inspiration et ses références autant dans les sixties que dans la période médiévale.
Lob fait aussi un excellent travail. Retranscrire l’œuvre d’Homère en bande dessinée était un sacré défi pour un simple mortel ! Les aventures d'Ulysse sont captivantes et ludiques. La rigueur du texte antique est largement allégée afin de mieux fusionner avec l'anticonformisme visuel de Pichard.
Dans les très légers bémols, j'ai parfois eu l'impression que certaines planches originales étaient perdues, car la qualité d’impression est moindre sur certaines pages.
Un classique de la bande dessinée adulte qui n'a rien perdu de sa puissance d'évocation ni de sa superbe.
Miguelof m'a donné envie de mettre à mon tour en avant ce bel album qui mérite, malgré un succès critique unanime, d'être davantage connu des lecteurs.
Le récit de ces derniers jours de l'écrivain portugais m'a captivé. Peu à peu, le parcours de cet homme solitaire et taciturne se dévoile, on replonge avec pudeur et intelligence dans son enfance ; par petites touches comme l'illustre le subtil et savoureux échange entre Pessoa et son barbier, Nicolas Barral nous donne à voir ce personnage introverti, consumé secrètement par l'impérieuse nécessité d'écrire, il nous permet de mieux saisir l'écrivain puissant derrière l'employé falot qui doit composer avec ses multiples noms d'emprunt comme autant de personnalités différentes.
En parallèle, on suit avec beaucoup de plaisir la quête d'un jeune journaliste charismatique (dont les traits rappellent furieusement ceux de l'acteur Adrian Brody) qui doit rédiger en urgence la nécrologie de Pessoa, il interroge son entourage, cherche la bonne occasion pour aborder ce petit homme discret et énigmatique, le bon angle pour saisir celui dont la statue trônera fièrement sur une place de Lisbonne et qui deviendra un monument national du Portugal.
Peu à peu, le parcours de l'homme s'imbrique avec celui du poète, le titre s'éclaire, la poésie affleure, le dessin de Barral, tantôt sage, tantôt audacieux, rend parfaitement compte des tourments intérieurs du poète en apparence placide comme en témoigne la scène fantasmatique où l'écrivain se retrouve face à ses multiples identités : les rues tout en courbes rappellent alors l'univers onirique de Julius Corentin Acquefacques, mais jamais on ne s'éloigne de la magnifique Lisbonne dont on reconnaît aussitôt les quartiers, les places, le célèbre ascenseur de Santa Justa, les boutiques qui font la fierté de la ville...
Intelligente, sobre mais très touchante, cette superbe BD à la force tranquille se déploie au fil des pages jusqu'à son dénouement réussi qui m'a profondément ému.
L’apothéose du combat naval traditionnel tout en étant son chant du cygne
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Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre, constituant le deuxième de cette série sur les batailles navales. Son édition originale date de 2017. Il a été réalisé par Jean-Yves Delitte, peintre officiel de la Marine, membre titulaire de l’académie des Arts & Sciences de la Mer, pour le scénario et les dessins, par Douchka Delitte pour les couleurs. Il comprend quarante-six pages de bande dessinée. Il se termine par un dossier historique de huit pages, rédigé par le scénariste, agrémenté de documents visuels comprenant sept chapitres et un glossaire. Les différentes parties portent les titres suivants : Un duel d’artillerie Le cuirassé, Le croiseur, Le torpilleur, L’U-boot, La vitesse ou le blindage, La controverse.
Il y a quelques semaines, le monde était en paix… Il y a quelques jours encore, l’étrave du SMS Masdeburg fendait les eaux… Il y a quelques heures seulement, le fier navire de la Kaiserliche Marine s’était malencontreusement échoué sur un banc de sable à moins d’un mille nautique d’Odensholm, une île russe !… Il y a moins d’une heure, hélas, l’artillerie russe ouvrait le feu ! Et là, maintenant, ce 26 août 1914 à 12h47, le croiseur allemand n’est plus qu’une épave. Une petite vedette russe portant quatre hommes à son bord gagne l’épave. L’un d’entre eux est un agent du service du renseignement britannique qui vient inspecter les différentes salles, à la recherche de documents révélateurs. Il trouve effectivement des papiers à terre.
En Allemagne, à Wilhelmshaven, en février 1916, le général Von Molkte se rend à l’état-major de la Hochseeflotte de la Kaiserliche Marine : il est reçu par deux amiraux. Il a reçu des ordres du Kaiser qu’il doit leur transmettre. L’un de ses interlocuteurs les devine sans peine : Guillaume a le rêve d’écraser la marine anglaise. Il fait observer que le général a dû apercevoir en arrivant, dans l’arsenal, que leur beau croiseur de bataille, le SMS Seyplitz, est toujours en cale sèche pour réparation, c’est le triste résultat de la dernière confrontation avec les Anglais dans le Dogger Bank, un haut-fond sableux en mer du Nord. Il continue : Depuis que leur empereur s’est laissé séduire par Von Triptz et son plan de modernisation de leur flotte, il croit possible de battre la Royal Navy. L’autre amiral ajoute que le Kaiser oublie qu’à un de leurs vaisseaux de ligne, les Anglais leur en opposent trois. Von Molkte conclut en répétant qu’il a reçu un plan de bataille, il leur permettre de prendre l’ascendant sur la Royal Navy. Une semaine plus tard, sur une petite route de campagne du West Sussex en Angleterre le commandant Thomas Parry Bonham conduit sa voiture, avec son épouse à ses côtés. Il se dirige vers le port où l’attend son navire : le Black Prince. Sa femme lui dit que le temps s’écoule bien trop vite : il est à peine rentré de mission que déjà il la quitte, et elle ne lui dit pas ce que leurs enfants pensent de tout cela ! Il répond qu’il est marin et officier dans la Royal Navy : il ne fait que son devoir.
Après Trafalgar (2017, dessiné par Denis Béchu) l’une des plus célèbre bataille navale de l’histoire, l’auteur passe de 1805 en 1916, des navires en bois et à voiles, à des navires de type cuirassé avec blindage et chaudières. La première opposait trente-trois vaisseaux de lignes, cinq frégates et trois bricks, soit 25.000 hommes côté Français, à vingt-sept vaisseaux de lignes, quatre frégates, une goélette et un cotre, soit 18.500 hommes côté Britanniques. Celle-ci oppose cent-quarante-neuf bâtiments britanniques (dreadnoughts, croiseurs de bataille, croiseurs cuirassés, croiseurs légers, destroyers), à quatre-vingt-dix-neuf navires allemands (dreadnoughts, croiseurs de bataille, pré-dreadnoughts, croiseurs légers, torpilleurs) et dura deux heures. Les pertes humaines furent de 6.094 morts côté britannique, et 2.551 morts côté allemand. Le déroulement du récit met en scène les difficultés techniques pour viser et atteindre les navires ennemis avec les canons obusiers. Le dossier historique développe plusieurs points présents dans le récit. Le premier chapitre évoque la bataille de Tsushima (2017, Delittte & Baigera), première grande confrontation navale de l’ère moderne, et estimant que la bataille de Jutland fut le dernier duel d’artillerie dans l’histoire de la marine. Il l’inscrit donc ainsi dans l’histoire des batailles navales, aussi bien techniquement, que dans les évolutions des règles d’affrontement provoquées par cette nouvelle génération de bâtiments.
Ce dossier expose également que plus de 20.000 coups de canon ont été tirés et ont engendré une pluie supérieure à 6 millions de kilos d’acier et d’explosif. Il présente ensuite les caractéristiques de ces nouveaux navires de guerre pour lesquels : La vapeur et l’acier ont supplanté la voile et le bois, une mutation imposée par les révolutions industrielles et de nouvelles techniques dans l’armement : le cuirassé, le croiseur, le torpilleur, l’U-Boot, même si ce dernier n’a pas joué de rôle dans cette bataille. L’auteur a consacré un tome de la série à ces sous-marins : U-9 (2025) avec Philippe Adamov & Fabio Pezzi. Comme il le fait pour chaque tome de la série, le scénariste entremêle des informations historiques sur la situation de guerre entre les états concernés, des informations sur leur marine respective, et l’histoire de marins, simples soldats ou gradés. Pour cette série, le scénariste a pris l’habitude d’exposer les faits à partir de plusieurs points de vue, en particulier celui des deux belligérants par le biais d’un marin ou d’un officier de chaque bord, et de raconter la bataille en elle-même, en lui accordant un nombre de pages variables.
Pour la bataille du Jutland, l’auteur consacre dix-sept pages aux combats ce qui est assez élevé en comparaison d’autres tomes de la série. L’horizon d’attente du lecteur s’en trouve comblé. Tout commence avec deux marins allemands voyant apparaître les colonnes de fumée des chaudières au loin à l’horizon dans une case de la largeur de la page, et réalisant qu’il s’agit des Anglais. Dès la page suivante, un canon crache un obus, avec l’effet de flamme et de fumée attendu. Puis survient une illustration en double page montrant un cuirassé allemand ballotté par la mer et entouré de gerbes générées par les obus, au point que son hélice et son axe soient apparents, le tout sous un ciel gris plombé, ce qui correspond bien au climat de cette région du monde. La planche trente-cinq est composée de quatre cases de la largeur de la page, montrant différentes phases d’un navire en train de sombrer, dans un plan fixe, avec la fumée noire de l’incendie qui dépasse de la bordure supérieure de la case du haut. Dans les deux pages, le lecteur découvre un navire allemand littéralement brisé en deux en son milieu par un obus, un spectacle terrifiant par la violence de la destruction, et par son ampleur. Pire encore les marins morts s’enfonçant dans l’eau sans un bruit, sans un mouvement.
Comme à son habitude, le dessinateur réalise des traits de contour précis, pour des dessins dans une veine descriptive et réaliste, s’appuyant sur une documentation et des recherches solides. Le lecteur peut avoir tout confiance en lui pour l’authenticité aussi bien des uniformes militaires, que des caractéristiques techniques des bâtiments militaires. Il nourrit les formes détourées avec des petits traits secs et acérés, et des aplats de noir aux formes torturées, qui produisent un effet de réalité dure, sévère et abrasive, en totale cohérence avec la nature d’un récit de guerre. Les êtres humains présentent une apparence tout aussi sérieuse, et souvent burinée, des individus déjà marqués par les épreuves de la vie et les souffrances des époques de conflit. En donnant à voir des faits survenant avant la bataille et parfois dans des lieux éloignées, l’artiste montre des éléments diversifiés et parfois inattendus au lecteur : deux mécaniciens en train de travailler sur un axe d’hélice en cale sèche à Wilhelmshaven, une voiture décapotable roulant sur une route de campagne dans le Sussex, un tout jeune homme jouant avec un avion modèle réduit en pleine campagne dans la Moselle allemande, un hydravion français survolant la flotte britannique à Scapa Flow, les canons de défense anti-aérienne sur une côte du Sussex.
Fait exceptionnel, ce tome de la série met en scène des femmes, le temps de deux pages chacune, l’épouse de l’officier Thomas P. Bonham (1873-1919), et la mère du matelot Éric / Erik. Il est également question du temps que les militaires passent loin, séparés de leur épouse et de leur famille. Comme à son habitude également, l’auteur évoque en creux d’autres paramètres du conflit : les ordres donnés par un empereur (en l’occurrence Guillaume II) et qui s’imposent à toutes son armée leur dictant ainsi leur vie et leur destin, l’incidence de l’absence d’un époux dans son foyer (un divorce), les allégeances difficiles pour les habitants d’une région conquise (Le jeune Éric citoyen de la Moselle allemande), la fiabilité technique des vaisseaux dont dépendent la vie des marins (en l’occurrence les chaudières), etc. S’il y prête attention, le lecteur dispose ainsi d’éléments de contexte, certains d’ordre sociaux.
Cette collection promet de raconter une bataille navale, différente dans chaque tome, dans un format concis, quarante-six pages de bande dessinée, avec un dossier historique développant plus avant certains aspects. La narration visuelle de ce tome s’avère totalement en phase avec le sujet, rêche et âpre, factuelle et documentée, sachant aussi bien mettre en valeur les hommes que les navires. L’auteur expose avec clarté et efficacité le déroulé de ladite bataille, ainsi que de nombreux éléments contextuels, à l’occasion d’un dialogue ou en les montrant. Le dossier historique apporte de nombreuses informations complémentaires, permettant de comprendre le choix de raconter cette bataille, ainsi que des paramètres militaires propres aux marines en guerre. Formidable.
«Ma patrie est la langue portugaise».
Bernardo Soares.
Nicolas Barral a fait un excellent travail ! Au niveau du dessin, oui: Lisbonne est fidèlement mais aussi artistiquement reconstituée (les pierres de la calçada!), les personnages sont convaincants et expressifs. Les autres posteurs ont raison: Adrien Brody fait bien partie du casting! J'aime aussi les couleurs... maintes fois sombres (la gamme des bleus), pour correspondre aux états d'âme de Fernando, je pense. Mais la ville a aussi des couleurs chaudes (les oranges), beaucoup de soleil, et on a droit a un soupçon de ça a la page 126, la vue sur le castelo.
Barral excele surtout dans l'approche de la complexité, la personnalité multiple et l'œuvre de Pessoa. Les hétéronymes (qui ne sont pas de simples pseudonymes), l'étrangeté de cette existence géniale peuvent trouver dans ce livre une première approche en bande dessinée.
Pessoa est, pour moi, le plus grand poète de tous les temps. Mais il est important de le lire en portugais. Même s'il faut apprendre la langue, juste pour le lire!
Et le Prince Valiant au milieu de tout cela (pages 10-13) ? Barral l'a placé (anachroniquement) dans les divagations du petit Fernando : Mais le chevalier de Pas fut son premier heteronyme ! Donc, c'est juste.
Pessoa est infini comme la mer salée et les larmes du Portugal.
P.S. Au-delà de Álvaro de Campos, Ricardo Reis, Alberto Caeiro... Bernardo Soares (le Livre de l'inquiétude), est évidemment un autre des hétéronymes de Pessoa.
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Monstres
Ce qui me fascine le plus dans cette œuvre, c’est la manière dont elle interroge la monstruosité. Le titre Monstres laisse penser au départ que le monstre sera cette créature née d’expérimentations, mais on comprend très vite que les véritables monstres sont humains. Ce sont la violence, la cruauté, les traumatismes transmis de génération en génération qui façonnent les êtres et les détruisent. Toute la force du récit réside dans cette réflexion bouleversante : le monstre n’est pas celui que l’on croit. Quand on sait que cette histoire devait à l’origine être un récit autour de Hulk, on mesure encore davantage la grandeur du résultat final. Barry Windsor-Smith s’est affranchi de ce cadre pour créer une œuvre profondément personnelle, intime et universelle à la fois. On sent que chaque page est habitée, pensée, vécue. Il ne raconte pas seulement une histoire, il dissèque l’âme humaine. Graphiquement, c’est tout simplement époustouflant. Chaque planche est d’une richesse folle, chaque regard, chaque expression porte une intensité émotionnelle incroyable. Les dessins ne sont pas seulement magnifiques : ils servent le récit avec une justesse remarquable. Barry Windsor-Smith parvient à transmettre la douleur, la peur, la tendresse et l’horreur avec une maîtrise rare. Certaines pages coupent littéralement le souffle. Mais au-delà de la virtuosité graphique, c’est l’émotion qui m’a bouleversé. J’ai trouvé cette histoire d’une humanité incroyable, d’une tristesse immense, mais aussi d’une sensibilité bouleversante. C’est une œuvre dure, parfois insoutenable, mais profondément sincère. Elle m’a touché par sa puissance émotionnelle, par sa manière de montrer les blessures intimes et les cicatrices invisibles laissées par la violence. Peu de bandes dessinées m’ont remué à ce point. J’aime Monstres parce que c’est une œuvre totale : brillante, douloureuse, magistrale. Elle m’a impressionné par sa beauté formelle, mais surtout elle m’a profondément ému. C’est le genre de lecture qui vous secoue, qui vous habite longtemps après avoir refermé le livre. Pour moi, c’est bien plus qu’une grande bande dessinée : c’est une œuvre majeure, puissante, poignante, inoubliable.
Ichi the witch
J'ai acheté directement les deux premiers tomes de cette série parce la scénariste de la série est aussi l'autrice d'Iruma à l'école des démons, mon shonen en cours de publication préféré depuis un bon moment et aussi parce que j'aime bien les histoires de sorcières. Alors on est dans un monde où seules les femmes peuvent faire de la magie et affronter des monstres dangereux...et puis notre héros réussi à vaincre un monstre alors qu'il est un garçon ! Les amateurs de shonen vont tout de suite reconnaitre quelques clichés du genre (le héros super-for qui fait des trucs qui n'est pas censé être capable de faire et en plus sa personnalité de sauvageon est un peu similaire au Songoku des débuts de Dragon Ball), mais la trame est assez prenante pour que cela ne me dérange pas trop. Le scénario est un peu plus formaté que celui d'Iruma, sans doute du au fait qu'Ichi est publiée dans Shonen Jump le plus gros magazine au Japon et donc plus conformiste, mais reste agréable à lire. Les personnages sont attachants, les combats bien chorégraphiés et l'humour fonctionne bien. Le dessin est vraiment superbe, il y a souvent des détails sans que cela surcharge les cases. J'aime bien aussi le design des personnages que je trouve classe. En tout cas, un shonen que je vais suivre pour le moment en espérant que le scénario ne va pas finir inutilement étiré.
Islander
3.5 Un bon premier tome qui pose bien les bases de la série. Il se passe beaucoup de choses et je n'ai pas eu l'impression de lire une longue introduction inutilement étirée comme c'est le cas avec plein de premiers tomes. Le scénario est prenant et le futur créé par les auteurs est bien facile à suivre, même si on n'explique pas tout en détail. Le dessin est bon. On n'est pas dans du réaliste figé où tout semble avoir été dessiné sur des photos. Il y a de très belles pages de paysages. Cela dit, j'ai tout de même trouvé quelques défauts. Je trouve notamment que les personnages sont un peu trop stéréotypés entre les bons et les méchants avec chacun qui joue un archétype bien précis, mais je vois du potentiel pour un peu plus de complexité dans les tomes suivants. Il y a aussi quelques facilité dans le scénario (on passe un peu trop facilement la frontière entre les deux Islande je trouve). Cela reste du bon divertissement, mais j'espère que la suite va corriger les défauts parce que je risque de moins aimer.
Pauvre Lampil
Je n'ai pas eu l'occasion ni le désir de tout lire, mais j'ai arrêté parce que je suis passé à d'autres centres d'intérêt, pas par lassitude. Je trouve la série assez bonne pour ne pas être vendue à coup de nostalgie ! Et elle est meilleure que Les Tuniques Bleues où on va dans le sens du vent en montrant bien toute l'horreur de la guerre sans assumer que sans elle il n'y aurait eu aucune raison pour que l'esclavage soit aboli : plutôt gênant… Et les créateurs et leurs ennuis, en BD, c'était plutôt nouveau, je pense quoique sans culture BD pour l'assurer, et je n'ai rien vu de plus drôle dans aucun art. Le dessin me paraît meilleur que dans Les tuniques bleues, je veux dire que l'équilibre entre réalisme et comique me semble plus original et dynamique. Les gags sont bons, tous les personnages attachants, et si je comprends que le rôle de la femme du dessinateur ne soit pas valorisant, il me semble que subtilement, l'histoire lui donne raison contre l'attitude "j'ai besoin que tu me soutiennes" tout en la prenant de haut, de son époux. J'ai tant à lire, et pourtant, rendre justice à cette série me donne envie d'y replonger… De la discipline ! Comme quand on voit un SPOILER, stop.
Yakari
J'ai commencé à lire Yakari encore enfant, attiré surtout par les dessins de Derib et j'en garde un souvenir très heureux jusqu'à aujourd'hui. Mais, avec le dessin et les aventures est venu aussi l'éveil à certaines valeurs : le respect pour toute la nature et les êtres vivants, les animaux (conscience écologique, que je ne savais pas encore nommer à l'époque), pour les Indiens des plaines américaines aussi, pour les cultures différentes. J'ai continué à suivre toute l'œuvre de Derib, surtout Buddy Longway et sa famille, jusqu'à la fin. L'évolution du dessin de l'auteur, et aussi des récits, vers plus de réalisme est étonnante ! Mais je continue à garder avec affection les premières histoires du petit sioux.
Cross Fire
Une des bd qui m'a la plus titillé (à la Nicky Larson) et le plus dégouté par la fin et la mort du personnage principal. Celui qui était le plus attachant, l'auteur s'est vraiment tiré une balle dans le pied, alors que cette série aurait pu connaître de belles suites.
Ulysse
Sans doute le chef d’œuvre de Georges Pichard. L'Odyssée est un écrin parfait pour l'auteur. Jamais son trait n'aura mieux servi un univers aussi parfaitement adapté à son esthétique visuelle. Pichard innove, étire les cases, libère les onomatopées, et produit un travail d'avant garde à l'époque de la bande dessinées à papa. Il invente des ambiances, dessine des monstres mythologiques et des déesses tentatrices qui nourrissent l'imaginaire, puisant son inspiration et ses références autant dans les sixties que dans la période médiévale. Lob fait aussi un excellent travail. Retranscrire l’œuvre d’Homère en bande dessinée était un sacré défi pour un simple mortel ! Les aventures d'Ulysse sont captivantes et ludiques. La rigueur du texte antique est largement allégée afin de mieux fusionner avec l'anticonformisme visuel de Pichard. Dans les très légers bémols, j'ai parfois eu l'impression que certaines planches originales étaient perdues, car la qualité d’impression est moindre sur certaines pages. Un classique de la bande dessinée adulte qui n'a rien perdu de sa puissance d'évocation ni de sa superbe.
L'Intranquille monsieur Pessoa
Miguelof m'a donné envie de mettre à mon tour en avant ce bel album qui mérite, malgré un succès critique unanime, d'être davantage connu des lecteurs. Le récit de ces derniers jours de l'écrivain portugais m'a captivé. Peu à peu, le parcours de cet homme solitaire et taciturne se dévoile, on replonge avec pudeur et intelligence dans son enfance ; par petites touches comme l'illustre le subtil et savoureux échange entre Pessoa et son barbier, Nicolas Barral nous donne à voir ce personnage introverti, consumé secrètement par l'impérieuse nécessité d'écrire, il nous permet de mieux saisir l'écrivain puissant derrière l'employé falot qui doit composer avec ses multiples noms d'emprunt comme autant de personnalités différentes. En parallèle, on suit avec beaucoup de plaisir la quête d'un jeune journaliste charismatique (dont les traits rappellent furieusement ceux de l'acteur Adrian Brody) qui doit rédiger en urgence la nécrologie de Pessoa, il interroge son entourage, cherche la bonne occasion pour aborder ce petit homme discret et énigmatique, le bon angle pour saisir celui dont la statue trônera fièrement sur une place de Lisbonne et qui deviendra un monument national du Portugal. Peu à peu, le parcours de l'homme s'imbrique avec celui du poète, le titre s'éclaire, la poésie affleure, le dessin de Barral, tantôt sage, tantôt audacieux, rend parfaitement compte des tourments intérieurs du poète en apparence placide comme en témoigne la scène fantasmatique où l'écrivain se retrouve face à ses multiples identités : les rues tout en courbes rappellent alors l'univers onirique de Julius Corentin Acquefacques, mais jamais on ne s'éloigne de la magnifique Lisbonne dont on reconnaît aussitôt les quartiers, les places, le célèbre ascenseur de Santa Justa, les boutiques qui font la fierté de la ville... Intelligente, sobre mais très touchante, cette superbe BD à la force tranquille se déploie au fil des pages jusqu'à son dénouement réussi qui m'a profondément ému.
Jutland
L’apothéose du combat naval traditionnel tout en étant son chant du cygne - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre, constituant le deuxième de cette série sur les batailles navales. Son édition originale date de 2017. Il a été réalisé par Jean-Yves Delitte, peintre officiel de la Marine, membre titulaire de l’académie des Arts & Sciences de la Mer, pour le scénario et les dessins, par Douchka Delitte pour les couleurs. Il comprend quarante-six pages de bande dessinée. Il se termine par un dossier historique de huit pages, rédigé par le scénariste, agrémenté de documents visuels comprenant sept chapitres et un glossaire. Les différentes parties portent les titres suivants : Un duel d’artillerie Le cuirassé, Le croiseur, Le torpilleur, L’U-boot, La vitesse ou le blindage, La controverse. Il y a quelques semaines, le monde était en paix… Il y a quelques jours encore, l’étrave du SMS Masdeburg fendait les eaux… Il y a quelques heures seulement, le fier navire de la Kaiserliche Marine s’était malencontreusement échoué sur un banc de sable à moins d’un mille nautique d’Odensholm, une île russe !… Il y a moins d’une heure, hélas, l’artillerie russe ouvrait le feu ! Et là, maintenant, ce 26 août 1914 à 12h47, le croiseur allemand n’est plus qu’une épave. Une petite vedette russe portant quatre hommes à son bord gagne l’épave. L’un d’entre eux est un agent du service du renseignement britannique qui vient inspecter les différentes salles, à la recherche de documents révélateurs. Il trouve effectivement des papiers à terre. En Allemagne, à Wilhelmshaven, en février 1916, le général Von Molkte se rend à l’état-major de la Hochseeflotte de la Kaiserliche Marine : il est reçu par deux amiraux. Il a reçu des ordres du Kaiser qu’il doit leur transmettre. L’un de ses interlocuteurs les devine sans peine : Guillaume a le rêve d’écraser la marine anglaise. Il fait observer que le général a dû apercevoir en arrivant, dans l’arsenal, que leur beau croiseur de bataille, le SMS Seyplitz, est toujours en cale sèche pour réparation, c’est le triste résultat de la dernière confrontation avec les Anglais dans le Dogger Bank, un haut-fond sableux en mer du Nord. Il continue : Depuis que leur empereur s’est laissé séduire par Von Triptz et son plan de modernisation de leur flotte, il croit possible de battre la Royal Navy. L’autre amiral ajoute que le Kaiser oublie qu’à un de leurs vaisseaux de ligne, les Anglais leur en opposent trois. Von Molkte conclut en répétant qu’il a reçu un plan de bataille, il leur permettre de prendre l’ascendant sur la Royal Navy. Une semaine plus tard, sur une petite route de campagne du West Sussex en Angleterre le commandant Thomas Parry Bonham conduit sa voiture, avec son épouse à ses côtés. Il se dirige vers le port où l’attend son navire : le Black Prince. Sa femme lui dit que le temps s’écoule bien trop vite : il est à peine rentré de mission que déjà il la quitte, et elle ne lui dit pas ce que leurs enfants pensent de tout cela ! Il répond qu’il est marin et officier dans la Royal Navy : il ne fait que son devoir. Après Trafalgar (2017, dessiné par Denis Béchu) l’une des plus célèbre bataille navale de l’histoire, l’auteur passe de 1805 en 1916, des navires en bois et à voiles, à des navires de type cuirassé avec blindage et chaudières. La première opposait trente-trois vaisseaux de lignes, cinq frégates et trois bricks, soit 25.000 hommes côté Français, à vingt-sept vaisseaux de lignes, quatre frégates, une goélette et un cotre, soit 18.500 hommes côté Britanniques. Celle-ci oppose cent-quarante-neuf bâtiments britanniques (dreadnoughts, croiseurs de bataille, croiseurs cuirassés, croiseurs légers, destroyers), à quatre-vingt-dix-neuf navires allemands (dreadnoughts, croiseurs de bataille, pré-dreadnoughts, croiseurs légers, torpilleurs) et dura deux heures. Les pertes humaines furent de 6.094 morts côté britannique, et 2.551 morts côté allemand. Le déroulement du récit met en scène les difficultés techniques pour viser et atteindre les navires ennemis avec les canons obusiers. Le dossier historique développe plusieurs points présents dans le récit. Le premier chapitre évoque la bataille de Tsushima (2017, Delittte & Baigera), première grande confrontation navale de l’ère moderne, et estimant que la bataille de Jutland fut le dernier duel d’artillerie dans l’histoire de la marine. Il l’inscrit donc ainsi dans l’histoire des batailles navales, aussi bien techniquement, que dans les évolutions des règles d’affrontement provoquées par cette nouvelle génération de bâtiments. Ce dossier expose également que plus de 20.000 coups de canon ont été tirés et ont engendré une pluie supérieure à 6 millions de kilos d’acier et d’explosif. Il présente ensuite les caractéristiques de ces nouveaux navires de guerre pour lesquels : La vapeur et l’acier ont supplanté la voile et le bois, une mutation imposée par les révolutions industrielles et de nouvelles techniques dans l’armement : le cuirassé, le croiseur, le torpilleur, l’U-Boot, même si ce dernier n’a pas joué de rôle dans cette bataille. L’auteur a consacré un tome de la série à ces sous-marins : U-9 (2025) avec Philippe Adamov & Fabio Pezzi. Comme il le fait pour chaque tome de la série, le scénariste entremêle des informations historiques sur la situation de guerre entre les états concernés, des informations sur leur marine respective, et l’histoire de marins, simples soldats ou gradés. Pour cette série, le scénariste a pris l’habitude d’exposer les faits à partir de plusieurs points de vue, en particulier celui des deux belligérants par le biais d’un marin ou d’un officier de chaque bord, et de raconter la bataille en elle-même, en lui accordant un nombre de pages variables. Pour la bataille du Jutland, l’auteur consacre dix-sept pages aux combats ce qui est assez élevé en comparaison d’autres tomes de la série. L’horizon d’attente du lecteur s’en trouve comblé. Tout commence avec deux marins allemands voyant apparaître les colonnes de fumée des chaudières au loin à l’horizon dans une case de la largeur de la page, et réalisant qu’il s’agit des Anglais. Dès la page suivante, un canon crache un obus, avec l’effet de flamme et de fumée attendu. Puis survient une illustration en double page montrant un cuirassé allemand ballotté par la mer et entouré de gerbes générées par les obus, au point que son hélice et son axe soient apparents, le tout sous un ciel gris plombé, ce qui correspond bien au climat de cette région du monde. La planche trente-cinq est composée de quatre cases de la largeur de la page, montrant différentes phases d’un navire en train de sombrer, dans un plan fixe, avec la fumée noire de l’incendie qui dépasse de la bordure supérieure de la case du haut. Dans les deux pages, le lecteur découvre un navire allemand littéralement brisé en deux en son milieu par un obus, un spectacle terrifiant par la violence de la destruction, et par son ampleur. Pire encore les marins morts s’enfonçant dans l’eau sans un bruit, sans un mouvement. Comme à son habitude, le dessinateur réalise des traits de contour précis, pour des dessins dans une veine descriptive et réaliste, s’appuyant sur une documentation et des recherches solides. Le lecteur peut avoir tout confiance en lui pour l’authenticité aussi bien des uniformes militaires, que des caractéristiques techniques des bâtiments militaires. Il nourrit les formes détourées avec des petits traits secs et acérés, et des aplats de noir aux formes torturées, qui produisent un effet de réalité dure, sévère et abrasive, en totale cohérence avec la nature d’un récit de guerre. Les êtres humains présentent une apparence tout aussi sérieuse, et souvent burinée, des individus déjà marqués par les épreuves de la vie et les souffrances des époques de conflit. En donnant à voir des faits survenant avant la bataille et parfois dans des lieux éloignées, l’artiste montre des éléments diversifiés et parfois inattendus au lecteur : deux mécaniciens en train de travailler sur un axe d’hélice en cale sèche à Wilhelmshaven, une voiture décapotable roulant sur une route de campagne dans le Sussex, un tout jeune homme jouant avec un avion modèle réduit en pleine campagne dans la Moselle allemande, un hydravion français survolant la flotte britannique à Scapa Flow, les canons de défense anti-aérienne sur une côte du Sussex. Fait exceptionnel, ce tome de la série met en scène des femmes, le temps de deux pages chacune, l’épouse de l’officier Thomas P. Bonham (1873-1919), et la mère du matelot Éric / Erik. Il est également question du temps que les militaires passent loin, séparés de leur épouse et de leur famille. Comme à son habitude également, l’auteur évoque en creux d’autres paramètres du conflit : les ordres donnés par un empereur (en l’occurrence Guillaume II) et qui s’imposent à toutes son armée leur dictant ainsi leur vie et leur destin, l’incidence de l’absence d’un époux dans son foyer (un divorce), les allégeances difficiles pour les habitants d’une région conquise (Le jeune Éric citoyen de la Moselle allemande), la fiabilité technique des vaisseaux dont dépendent la vie des marins (en l’occurrence les chaudières), etc. S’il y prête attention, le lecteur dispose ainsi d’éléments de contexte, certains d’ordre sociaux. Cette collection promet de raconter une bataille navale, différente dans chaque tome, dans un format concis, quarante-six pages de bande dessinée, avec un dossier historique développant plus avant certains aspects. La narration visuelle de ce tome s’avère totalement en phase avec le sujet, rêche et âpre, factuelle et documentée, sachant aussi bien mettre en valeur les hommes que les navires. L’auteur expose avec clarté et efficacité le déroulé de ladite bataille, ainsi que de nombreux éléments contextuels, à l’occasion d’un dialogue ou en les montrant. Le dossier historique apporte de nombreuses informations complémentaires, permettant de comprendre le choix de raconter cette bataille, ainsi que des paramètres militaires propres aux marines en guerre. Formidable.
L'Intranquille monsieur Pessoa
«Ma patrie est la langue portugaise». Bernardo Soares. Nicolas Barral a fait un excellent travail ! Au niveau du dessin, oui: Lisbonne est fidèlement mais aussi artistiquement reconstituée (les pierres de la calçada!), les personnages sont convaincants et expressifs. Les autres posteurs ont raison: Adrien Brody fait bien partie du casting! J'aime aussi les couleurs... maintes fois sombres (la gamme des bleus), pour correspondre aux états d'âme de Fernando, je pense. Mais la ville a aussi des couleurs chaudes (les oranges), beaucoup de soleil, et on a droit a un soupçon de ça a la page 126, la vue sur le castelo. Barral excele surtout dans l'approche de la complexité, la personnalité multiple et l'œuvre de Pessoa. Les hétéronymes (qui ne sont pas de simples pseudonymes), l'étrangeté de cette existence géniale peuvent trouver dans ce livre une première approche en bande dessinée. Pessoa est, pour moi, le plus grand poète de tous les temps. Mais il est important de le lire en portugais. Même s'il faut apprendre la langue, juste pour le lire! Et le Prince Valiant au milieu de tout cela (pages 10-13) ? Barral l'a placé (anachroniquement) dans les divagations du petit Fernando : Mais le chevalier de Pas fut son premier heteronyme ! Donc, c'est juste. Pessoa est infini comme la mer salée et les larmes du Portugal. P.S. Au-delà de Álvaro de Campos, Ricardo Reis, Alberto Caeiro... Bernardo Soares (le Livre de l'inquiétude), est évidemment un autre des hétéronymes de Pessoa.