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Les dernier avis (30821 avis)

Par pol
Note: 4/5
Couverture de la série #Nouveaucontact
#Nouveaucontact

J'avais repéré ce one-shot il y a un certain temps déjà, d'une part grace aux avis positifs ci dessous, et d'autre part car le dessin me faisait de l'oeil. J'ai enfin pu lire cet album et si j'ai passé un bon moment de lecture, j'hésite quand même entre 3 et 4 étoiles. Le propos ici est une critique assez forte des réseaux sociaux et également des médias puisque ils sont également largement égratignés. Notamment le traitement accordé aux faits divers aujourd'hui avec une course à l'information et une surenchère constante dans le traitement de celle-ci. Tout cela est traité dans le récit avec beaucoup de dérision et de second degré, tout est accentué au maximum. Toutes les situations, et les dérives qui vont avec, sont de plus en plus ahurissantes. Forcément cela prête à sourire : les followers, les tweets & retweets, les réactions en cascade, les médias qui balancent les infos sans rien vérifier, le déballage de la vie privée, etc... On a aussi les antis tout qui s'opposent et qui manifestent (j'ai adoré on se croirait dans la vraie vie)... En fait la force de cet album c'est que d'un coté j'ai ri (ou tout du moins souri) à cet escalade de connerie humaine, mais de l'autre j'ai surtout eu peur car j'ai l'impression qu'on en est là aujourd'hui et que c'est pas vraiment une fiction. Cela dit, je comprends tout à fait les avis qui disent que l'album a du mal à se renouveler sur la deuxième moitié. J'ai aussi ressenti un peu cela. Malgré tout c'est bien divertissant, j'ai passé un bon moment et j'ai adoré le dessin, alors ce sera 4 étoiles, même si cette lecture ne me marquera pas non plus pour des années.

20/10/2020 (modifier)
Par Ajonc06
Note: 5/5
Couverture de la série Corto Maltese
Corto Maltese

J'apprécie cette BD et particulièrement ce personnage de Corto Maltese qui évolue dans un univers parfois sombre et inhospitalier, traverse le temps et l'espace avec élégance et nostalgie. Un beau travail de Hugo Pratt qui maîtrise le genre et produit cette saga dont on ne se lasse pas. Cela fait partie des albums que je relis avec plaisir à mes moments perdus et qui ont peut être influencé mon existence. Je vous souhaite de partager mon enthousiasme, mais il est possible que cela déplaise à un public plus jeune. Bonne lecture

20/10/2020 (modifier)
Par Jetjet
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série La Couleur tombée du ciel
La Couleur tombée du ciel

Seconde salve me concernant après mon retour enthousiaste sur L'Appel de Cthulhu toujours adapté par Gou Tanabe. Si le bouquin est un peu moins épais, il n'en est pas moins palpitant avec cette histoire de météorite tombée en plein milieu d'une campagne uniquement peuplée de quelques masures paysannes. La famille Gardner va en faire les frais après quelques faits insolites (une drôle de couleur inconnue sur terre en émane et va métamorphoser nature et êtres vivants) et sur un ton montant crescendo. Encore ici le dessinateur profite de cet environnement rupestre pour tisser de splendides décors aussi détaillées qu'inquiétants. Dans un noir et blanc superbement contrasté, on devine même cette couleur inconnue qui va laisser de profondes cicatrices aux autochtones ainsi qu'au lecteur pris au piège d'une histoire simple mais diablement orchestrée. Le mérite en revient à l'histoire de Lovecraft en premier lieu (qui a été également adaptée cette année dans un film contemporain plutôt réussi malgré un budget que l'on devine maigrelet et la présence d'un Nicolas Cage aux antipodes de ses rôles les plus mémorables) mais également au talent de Gou Tanabe. Si on ajoute à l'ensemble une qualité exceptionnelle du travail de l'éditeur avec ce rendu imitation cuir et la qualité du papier utilisé, il ne devrait plus subsister beaucoup de sceptiques. Vivement le prochain opus !

19/10/2020 (modifier)
Par Franz
Note: 4/5
Couverture de la série L'Assassin qu'elle mérite
L'Assassin qu'elle mérite

L’assassin qu’elle mérite. 1, Art nouveau (4/5) Lupanar. Vienne, en 1900, va révolutionner l’art et la pensée (Schiele, Klimt, Freud, l’Art nouveau, etc.) mais sous l’opulence, la jouissance et l’insouciance, toute une vie laborieuse, brutale et soumise entretient le système élitiste. Victor, jeune homme destiné à une vie besogneuse est repéré par hasard, dans la rue, par deux nantis, Alec et Klement, bien décidés à transformer un quidam sur sa bonne mine en ennemi juré de la société. Alec, oisif et spécieux, anticipe l’avènement des masses laborieuses et imagine façonner un innocent du peuple, le manipuler afin qu’il devienne un support humain à son geste créatif, un brasier en puissance. Si Victor accepte la générosité d’Alec qu’il croit désintéressée, il n’imagine pas la déflagration qu’elle va engendrer. Avec l’argent facile, Victor goûte à des plaisirs inimaginables pour une personne de son niveau social. Conçu en quatre tomes, « L’assassin qu’elle mérite » démarre plein pot (de fleur) dans la capitale autrichienne. Bien rythmé, le récit est sans temps mort, servi par de bons dialogues. Victor dégage autant d’empathie que d’agacement face à ses envies, ses emportements et les coups qu’il encaisse en retour de quelques frivolités. Au pays de Freud, la folie couve. Bien dans le ton de l’ensemble, la fin pétaradante appelle une suite dans la foulée. Le dessin de Yannick Corboz est diablement expressif, évoquant l’expressionnisme et son cinéma à l’exemple du « Cabinet du docteur Caligari » de Robert Wiene. Les contrastes graphiques en ombre et lumière sont encore accentués par les coloristes qui utilisent les bleus et les rouges avec talent. L’assassin qu’elle mérite. 2, La fin de l’innocence (4/5) Le côté obscur de la farce. Apprenti tailleur de pierre, Victor semble anticiper son destin de futur casseur de caillou dans un quelconque bagne patenté. En effet, le jeune homme plonge dans la délinquance après qu’un grand bourgeois désœuvré l’a déniaisé en lui promettant une vie luxueuse et en lui coupant brutalement tout crédit, le rendant à sa condition ouvrière indigente, ce coup bas dans le but de métamorphoser un honnête besogneux en un être menaçant la bonne société. Après son attentat dans un restaurant huppé, Victor est pris en chasse par la police. Recueilli par un chômeur appartenant à un groupuscule antisémite, Victor apprend que son père a été incarcéré afin d’écoper à sa place. Il nourrit l’idée de le délivrer en kidnappant et en détroussant Mathilde, une prostituée, tout en faisant pression sur un juge fréquentant assidument la maison close où officie Mathilde à laquelle il tient. Par ses actions, Victor va entraîner un engrenage chaotique et sanglant qu’il ne maîtrise ni ne comprend. Le second tome de la quadrilogie surprend par le tour de vis pris dans le récit et l’aspect sombre développé. Le monde de luxe et d’artifice cher au bourgeois du premier volume est contrebalancé ici par l’envers du décor fait de piaules misérables, de ruelles malfamées, de tristes hôpitaux. Les coups bas tombent et ils font mal. Critique nuancé de la société, le scénariste construit un parcours individuel nourri de rencontres hasardeuses et d’idées faussées et montre en filigrane le déterminisme social ainsi que le poids du conformisme dans une société inégalitaire. Une nouvelle fois, la dernière case incite à lire la suite. L’assassin qu’elle mérite. 3, Les amants effroyables (4/5) Les tourments de l’âme. Dans le Vienne de la Belle Epoque, les fêtes privées battent leur plein. Décorum en stuc, panoplies égyptiennes, alcools forts, nudités affichées participent de l’orgie. Klement, devenu paraplégique après l’attentat du restaurant, orchestrateur de la bacchanale, tente de noyer son désarroi et son amertume dans la débauche acide et l’ironie amère. Accompagné par Victor, son exécuteur, il envisage de rejoindre Paris au prétexte de l’Exposition universelle où il sait qu’Alec gîte. Victor souhaite se venger du riche gandin qui a précipité sa chute en le manipulant sans scrupule. A Paris, la Ville lumière où la fée électricité s’expose, un couple d’anarchistes fomente un attentat cornaqué en sous-main par Alec désireux que la société exécrée se volatilise. Tout pourrait suivre le chemin de la catastrophe programmée si Alec ne croisait Léna, intensément aimée dans le passé. A la destruction meurtrière va se greffer la folie amoureuse, peut-être plus dévastatrice encore. Le troisième tome prend une direction inattendue, déplaçant l’intrigue sur Paris, la ville des plaisirs et de l’amour. Un romantisme noir distille son venin à mesure que les personnages avancent dans une histoire minée. Le dessin plus hâtif, moins maîtrisé que dans les tomes précédents, s'effiloche en esquisse, transformant les protagonistes en pantins ectoplasmiques. Paradoxalement, ils semblent davantage animés, grotesques ricanant empêtrés dans une tragédie qui les dépasse, férocement implacable. L’assassin qu’elle mérite. 4, Les amants effroyables (4/5) L’esthétique de l’effroi. Victor épie Alec et surprend des bribes qui l’amènent vers sa relation passée avec Léna, aujourd’hui mariée et mère de deux enfants. Bien décidé à faire du mal au manipulateur sournois et sans scrupule qu’est Alec Rindt, Victor guette le moment où il pourra atteindre Léna. A sa grande surprise, Victor assiste incrédule au suicide par noyade de Léna Stihr qui a été bouleversée par sa rencontre inattendue avec Alec. Victor sauve Léna et se trouve malgré lui auréolé du prestige du héros auprès de la famille Stihr mais Léna est rongée par sa passivité morbide que l’apparition d’Alec a ravivée. Léna comprend que sa vie bourgeoise et rangée est un leurre. Puisqu’elle n’a pu se supprimer, elle va agir en conséquence. Une course contre la montre s’est aussi engagée auprès du couple d’anarchistes bien décidé à faire exploser une bombe la veille de la fermeture de l’Exposition universelle. Le quatrième volume clôt parfaitement la série. Le talentueux Wilfrid Lupano a ourdi son histoire de manière à entraîner personnages et lecteurs dans des directions inattendues, mariant habilement destinée sociale, corruption et amours maudits. Chacun cherche son chemin et aboutit souvent dans une impasse ou une voie de garage, la richesse extérieure n’y changeant rien. Bien que le récit soit daté, l’univers corseté, le scénariste a su le distordre, le biaiser et y insuffler un discours contemporain. Yannick Corboz possède de multiples qualités. Son trait et sa mise en couleur sont expressives. Il sait mettre du mouvement dans ses cases et ses planches. La richesse visuelle qui émane de son travail distille charme et plaisir. Le duo d’auteurs cimenté par l’amitié est en mesure de donner naissance à de nouvelles créations enthousiasmantes.

19/10/2020 (modifier)
Couverture de la série Cochléa & Eustachia
Cochléa & Eustachia

J’avais découvert cet auteur avec l’album La Machine Écureuil, qui visiblement s’est avéré très clivant. Je pense que celui-ci va l’être tout autant. Ou plutôt, je crois qu’il ne va encore une fois révéler ses merveilles qu’à certains initiés. Non qu’il s’agisse d’une secte ou d’un quelconque club d’happy few, mais plutôt que Hans Rickheit développe un univers très personnel, original et quelque peu dérangeant, qui attire ou repousse, mais qui ne saurait laisser indifférent. C’est un univers franchement marqué par un surréalisme noir – ou violet, puisque cette teinte domine, avec le marron, les deux albums de lui que je connais. Et j’aime beaucoup ces couleurs ici ! Elles s’accommodent parfaitement à l’ambiance développée par Rickheit – puisqu’il s’agit ici davantage d’ambiance que d’intrigue à proprement parler. Une longue histoire occupe les deux-tiers de l’album, durant laquelle nous suivons deux jeunes filles – Cochléa et Eustachia donc, deux jumelles qui suivent une sorte d’homme-taupe se déplaçant sur un fauteuil roulant, dans un manoir improbable. Tout est à moitié cassé, animaux et machines fusionnent pour former des êtres hybrides, des décors un peu steampunk ou simplement décalés habillent murs et sols, couloirs, tuyaux ou simples planches posées entre deux bouts de planchers éventrés servent à relier les pièces entre elles. Nous pénétrons même dans le corps de certains animaux comme on ouvre un tiroir ou comme on regarde dans une longue-vue… Très peu de dialogues, encore moins « d’explications ». En quatrième de couverture est inscrit : « Qui sont Cochléa & Eustachia ? ». Il faut dire que nous n’aurons jamais la réponse. Et que pour apprécier cet album, il ne faut pas la chercher, du moins, elle ne doit pas être nécessaire pour apprécier cette sorte de long poème visuel, noir et décalé, parfois trash (mais moins que dans La Machine Écureuil). Œuvre déroutante, mais dans laquelle je suis entré aisément, captivé. Le dernier tiers de l’album reprend plusieurs histoires courtes dans lesquelles apparaissent nos deux filles énigmatiques, dans des univers toujours aussi étranges. Cette partie m’a peut-être un peu moins accroché. D’abord parce que la colorisation, moins homogène, joue sur des couleurs un peu moins à mon goût. Ensuite parce que les cases sont cette fois-ci très – trop – petites, on apprécie moins bien le dessin, et les textes sont du coup plus difficiles à lire. Enfin, comme visiblement cela semble être des petites histoires parues en revue, Huber aurait peut-être pu en signaler l’origine en fin de volume. Mais là je chipote, car le travail éditorial est remarquable, la qualité de l’album, avec une couverture cartonnée très épaisse, un dos renforcé, la qualité du papier et des reproductions permettent d’apprécier toutes les qualités de l’œuvre de Rickheit. A feuilleter avant d’acheter, car c’est assez particulier. Mais moi j’en redemande, et j’espère que d’autres albums de cet auteur paraîtront rapidement en France.

19/10/2020 (modifier)
Par Yann135
Note: 4/5
Couverture de la série Balle tragique pour une série Z
Balle tragique pour une série Z

Ca doit vous arriver aussi. Vous cherchez une bande dessinée mais pas n’importe laquelle, vous êtes à la recherche du graal, LA bande dessinée qui vous fera vibrer au point de voir vos guiboles flageoler. Vous fouinez dans tous les recoins de votre librairie, vous passez en revue toutes les étagères … et rien. Et puis devant vos yeux, un album apparait comme une révélation divine. C’est un peu ce qui s’est passé avec cet album. Le pitch est emballant. Eté 1957 à Los Angeles, dans les studios Disney à Burbank, Jimmy White, éternel second rôle, joue dans une série pour gosses, un truc un peu naïf qui raconte l’histoire d’un type masqué qui signe son nom à la pointe de son épée … C’est Brenda, son agent, qui lui a dégoté ce boulot. Jimmy fait un peu tout. Le cascadeur, la doublure et les rôles de petites frappes qui se sont immanquablement embrocher par le renard masqué, ce poseur prétentieux de Guy Williams. Jimmy a aussi des dettes ! 5000 dollars qu’il doit à Giuseppe Battaglia, l’un des pires usuriers du quartier de Fairfax. Pour Jimmy, l’existence serait merdique s’il n’y avait pas Sally Davis, cette figurante dont il est tombé follement amoureux sur un plateau. Seulement depuis que Buddy Drummond, producteur de la Fox aussi puissant que lubrique, a fait miroiter à la belle un premier rôle dans un western, Jimmy commence à avoir des doutes sur leur liaison. Dos au mur, il est sur le point de commettre l’irréparable … Voilà un polar éclatant qui vous emmènera dans les bas-fonds un peu glauques de Hollywood. Cet album est magnifié par le dessin et surtout la couleur de Pascal Regnauld. Vous ne pourrez qu’être envoutés par cette colorisation ocre de cet album, une sorte de sépia sous fond noir. L’ambiance années 50 60 est de fait parfaitement restituée. Un petit bonbon sucré à déguster sans modération. Une découverte inattendue que je recommande chaudement, rien que pour le plaisir des yeux. J’ai retrouvé avec plaisir les personnages de la série Zorro et notamment Don Diégo de la Véga (Guy Williams) et le truculant sergent Garcia (Henry Calvin). Bravo au scénariste Roger Seiter d’avoir réussi à coller ces personnages dans son album. Le résultat est plutôt réussi. L’intrigue est bien ficelée. Impossible d’imaginer le dénouement. Vous serez embarqués dans l’histoire et vous ne pourrez pas lâcher l’album jusqu’à la fin. Un délice.

18/10/2020 (modifier)
Couverture de la série Conan le Cimmérien
Conan le Cimmérien

« Ses textes ont forgé les codes de la fantasy. Ses personnages (Conan, Kull, Solomon Kane, Red Sonja, Bran Mak Morn, El Borak, Agnès le noire...) ont marqué des générations de lecteurs. Depuis une quinzaine d’années, Robert E. Howard connaît une véritable résurrection littéraire. Débarrassée des interférences de ceux qui se l’ont appropriée après sa mort, son œuvre fondatrice est désormais accessible dans toute sa force grâce à des éditions respectueuses de son travail. » Patrice Louinet, éminent spécialiste de Robert E. Howard. En 2007 la maison d’édition Bragelonne a entrepris la compilation sous la forme de 3 intégrales des nouvelles de l’écrivain texan sur le barbare le plus connu au monde. Patrice Louinet et d’autres ont effectué un véritable travail d’archéologie littéraire, retraduisant parfois à partir des tapuscrits originaux lorsque ces derniers étaient disponibles. Ayant pour ma part ingurgité les précédentes versions en Livre de Poche lorsque j’étais plus jeune, le héros cimmérien ne m’avait pas laissé une très forte impression, ni même la plume de son créateur, bien que reconnaissant l’immense héritage laissé par ce personnage phare d’un genre que l’on nommera plus tard Heroic Fantasy. Avec ces livres j’ai pu revoir mon jugement et découvrir par la même occasion la plume d’un écrivain à part entière, éloigné de l’image de tâcheron et de fou que les médisants lui ont forgé au fil des décennies. Un bref rappel sur le sujet en question : Conan est né aux États-Unis en 1932, dans le magasine Weird Tales, sous la plume de Robert E. Howard, suicidé en 1936. Il faudra attendre 1968 et sa réédition en ouvrages de poches, aux couvertures signées Frank Frazetta, pour que le succès soit au rendez-vous. Adopté par le comics deux ans plus tard, puis par le cinéma, la télévision, les jeux de plateau…, « Conan » est devenu un mythe qui a rapidement franchit les frontières américaines. Né dans la légendaire Cimmérie, l’imposant guerrier parcourt des contrées sauvages - rencontre d’autres peuples, affronte des créatures maléfiques, lutte contre les tyrans, croise la route de jolies femmes – « pour fouler de ses sandales les trônes constellés de joyaux de la Terre »… ^^ Le projet ambitieux affiché par Glénat est ni plus ni moins que d’adapter sous papier glacé ces fameuses nouvelles originales respectueuses des écrits de leur concepteur. Adapter Conan, le vrai, pas celui qu’on a appelé Conan le Barbare, c’est un rêve de geek qui se réalise aujourd’hui, c’est noël avant l’heure ! Douze nouvelles sont annoncées au calendrier de l’éditeur. Douze dessinateurs accompagnés par un scénariste, ou en solo. Pour déclencher les hostilités l’éditeur cogne fort avec la parution de deux albums la même date, dont le premier est certainement une des histoires les plus connues et appréciées des fans : La Reine de la côte noire (scénario : Jean-David Morvan dessin : Pierre Alary couleur : Sergio Seydas) Autant se l’avouer, dans le tas il y aura des albums que l’on appréciera plus ou moins selon les graphismes ou la teneur de l’histoire. Ici j’avais clairement plus d’appréhension sur le dessin cartoonesque d’Alary que sur le scénario de Morvan qui ne pouvait que difficilement se rater vu le potentiel de la nouvelle. Alors nos deux auteurs sont-ils parvenus à ménager le problème cimmérien de la chèvre, du chou et le loup ? Plusieurs bons points pour Alary : le chara-design de Conan passe, enfin nous nous éloignons de l’image « slip à fourrure » qui lui collait à la teub, le personnage apparaît dans toute sa splendeur. Une gueule quelconque mais un attirail témoignant de sa vie et ses aventures passées : casque du Nordheim, cape d’Ophir, épée d’Aquilonie, etc. En revanche pour Bêlit, ça passe moyen. Comme dans les meilleurs histoires de Conan, ce dernier n'est pas au centre des attentions mais n'est souvent que simple spectateur. Bêlit est ici l'égal du barbare, elle partage l'affiche à ses côtés. Il ne fallait donc pas se louper, à travers elle Howard a écrit le seul personnage féminin un tant soit peu badass de la série. L’écrivain imaginera d’autres héroïnes sexy, strong independant woman, par la suite mais avec Bêlit on peut dire qu’il nageait à contre-courant et qu’il fût un des seuls à mettre en avant une femme guerrière à l’époque. Pour le coup, je trouve qu’elle manque de prestance ici, elle ne parvient à soulever mon enthousiasme. Je me l’imaginais davantage sexy, la peau d’albâtre et touti quanti. Je préfère les versions de Xavier Colette ou Adrian Smith en comparaison. Elle a ici un côté reine de Saba qui pour le coup s’éloigne de l’esprit « 100 % Howard » que cherche pourtant à renvoyer l’éditeur. D'un autre côté, il s'agit aussi d'une adaptation, donc accepter le fait que chaque auteur vienne avec ses idées, son style. Pour le reste Alary compense avec un découpage dynamique et une mise en scène jalonnée d'idées ingénieuses. Certains arrières plans sont riches en détails et font leur effet. Sergio Seydas assure à son tour avec une coloration très chatoyante. Sinon, brillante idée que de commencer le cycle par cette nouvelle qui plante tout de suite le décor et qui permet au lecteur profane de saisir le caractère de Conan : l’histoire s’ouvre sur un meurtre commis par celui-ci qui est pourchassé par des gardes. Il parvient à s’enfuir en forçant le capitaine d’un navire commerçant à le prendre à son bord contre son gré. Les péripéties s’enchaînent entre course-poursuite, massacres, actes de pirateries, sexe, romance, chasse au trésor, terreur dans les bois, l’empreinte horrifique lovecraftienne y est même perceptible. « La nuit dernière, dans une taverne, un capitaine de la garde royale a fait violence à la compagne d'un jeune soldat, et naturellement ce dernier a embroché le capitaine. Mais il semble qu'il existe une satanée loi interdisant de tuer des gardes, aussi le garçon et la fille ont-ils pris la fuite. Le bruit s'étant répandu que l'on m'avait vu en leur compagnie, on m'a donc traîné aujourd'hui devant un tribunal. Un juge m'a demandé où avait fui le garçon. J'ai répondu que, comme c'était un ami, il m'était impossible de le trahir. Le juge s'est mis en colère et m'a tenu un grand discours où il était question de mon devoir envers l'État, la société, et d'autres choses auxquelles je n'ai rien compris, et m'a prié de lui dire où mon ami s'était réfugié. À ce moment, je commençais moi aussi à être furieux, car j'avais clairement expliqué ma position. Mais j'ai ravalé ma colère et j'ai gardé mon calme. Le juge a repris de plus belle, braillant que j'avais fait offense à la cour et que je devais donc être jeté dans un cachot pour y moisir jusqu'à ce que je dénonce mon ami. Comprenant alors qu'ils étaient tous fous, j'ai sorti mon épée et j'ai fendu le crâne du juge en deux. » ^^ Nihiliste, épicurien, une philosophie de vie à la « carpe diem », telle est la conception du monde de cet aventurier à l’irrépressible bougeotte. C’est un condensé du meilleur de Conan qui est ici mis en image et qui constitue une formidable mise en bouche avant d’entamée les hors-d’œuvre. Le Colosse noir (scénario : Vincent Brugeas dessin et couleur : Ronan Toulhoat) Autre temps, autre lieu, et nouvelle équipe donc avec un duo d’auteurs qui a fait ses preuves dans plusieurs genres en s’étant illustré dernièrement dans l’aventure historique de Ira Dei. Logique de penser que ces deux-là étaient programmés pour réaliser une histoire Hyborienne. D’ailleurs si on en juge par le physique du cimmérien, Ronan Toulhoat semble nostalgique de la coupe mulet (déjà avec Tancrède sur Ira Dei…), à moins qu’il ne soit tout simplement fana comme moi de Mel Gibson dans Braveheart ou des héros burnés comme Silvester Stallone dans Rambo III. De bonnes inspirations comme souvent avec cette artiste (La princesse Yasmela serait physiquement inspiré de Gemma Arterton dans Prince of Persia que cela ne m'étonnerai pas ^^. L’histoire n’est clairement pas la plus profonde du cycle, écrite davantage parce que « faut bien manger » on va dire. Néanmoins elle est idéalement destinée à un artiste généreux dans le dynamisme et les scènes d’action car c’est ce vers quoi l’histoire est principalement tournée : du divertissement pur. Malgré la mise en route sympathique, le cœur du récit se situe dans la bataille dont Conan est la clé de voûte qui en décidera l’issue. C’est une histoire que j’apprécie moins car elle fait doublon avec une autre nouvelle, La Citadelle écarlate, qui est autrement plus épique et fantastique à mon sens et dont l’adaptation est aussi à venir. Cependant si on est admirateur du duo Toulhoat / Brugeas, on est forcé d’apprécier cet album qui témoigne encore une fois de la montée en régime de ces deux compagnons de route. R. Toulhoat possède un encrage bien sombre dynamité par une mise en scène très cinématographique, sa mise en couleur est "spéciale", je l'aimais déjà bien sur Ira Dei, tandis que V.Brugeas fait parler sa magie arcanique des dialogues et a bien su poser le personnage (bien que ce ne soit pas son meilleur rôle. La fin est aussi branlante en BD qu'en nouvelle). « Dans ce monde les hommes luttent et souffrent en vain, trouvant du plaisir seulement dans la folie ardente de la bataille; une fois morts, leurs âmes pénètrent dans un royaume gris, nuageux et parcouru de vents glacés, où ils errent sans joie, pour l'éternité. » Conan. Mike Moorcock évoquait l’adaptation BD d’Elric, son cycle majeur par Glénat, comme de la meilleure jamais conçue, les auteurs français ayant parfaitement su capter la tonalité ambiante et la psychologie de l’anti-héros. Je pense, j’imagine, que si Howard était encore de ce monde, il aurait approuvé le bel hommage que lui rendent les auteurs de Glénat. Who knows ? Après tout, Crom s’en moque. Oubliez Schwarzenegger, oubliez Momoa (même s’il incarnait bien mieux le perso que le précédent bodybuildé), oubliez John Milius, oubliez John Buscema et Roy Thomas. Revenons aux fondamentaux, à Robert E. Howard, gardons en tête les illustrations évocatrices de Frank Frazetta et la musique emblématique de Basil Poledouris, et… To Be Continued… https://www.youtube.com/watch?v=EAFtiUoq6TE Au-delà de la rivière noire 5 étoiles (scénario : Mathieu Gabella dessin et couleur : Anthony Jean) Nombre d’amateurs et de spécialistes de Howard considèrent Au-delà de la rivière noire comme la meilleure nouvelle de toute sa carrière. J’ai personnellement une préférence pour quelques autres mais oui, incontestablement cette nouvelle fait partie du top 5 de Conan et de Howard. Si dans un projet d’adaptation l’éditeur choisit de faire appel à Mathieu Gabella, auteur du désormais culte La Licorne, et accompagné au dessin par l’artiste ayant officié sur la même série, Anthony Jean, alors n’en jetez plus. Au-delà de la rivière noire collection Glénat est l’album dont j’attends le plus impatiemment la sortie car il réunit récit d’importance et haletant, en même temps que des graphismes forcément flamboyant. Pour être honnête je ne saurais dire si cette adaptation est fidèle à la nouvelle de l’auteur texan, je l’ai lu il y a quelques temps et ne m’en rappelle plus dans les détails, et… la flemme, quoi. Mais d’après les dires d’un « potonautes », le rôle de Balthus y est ici un peu amoindri alors qu’il avait une position plus héroïque et son propre POV dans la nouvelle. La faute a cette saleté de pagination à 48 planches dont décidément les éditeurs franco-belges n’arriveront jamais à se passer… On pense aussi au cabot Slasher, vite introduit mais vite disparu, dommage. Mais mis à part ce menu détail (à mes yeux), toute la violence, le gore et la terreur que parvenait à renvoyer la nouvelle, exsude sur chacune des planches d’Anthony Jean. Cela n’arrête pas, de la baston et du macabre de bout en bout. Pour moi le contrat est rempli, malgré la limitation des pages, le rythme du récit n’en souffre aucunement, les dialogues sont clairs et le décor est bien planté, on retrouve (ouf!) les punch lines devenues cultes. Est-ce que j’ai dit que graphiquement c’était magistral ? Pour les deux précédents albums je ne voyais pas l’intérêt d’une version noir et blanc. L’encrage d’Alary n’est pas suffisamment prononcé pour faire aimer une version N&B et son dessin passe beaucoup mieux avec de la couleur, tandis que l’album de Toulhoat a clairement été pensé pour être vu en couleur (l’introduction). Là, c’est du très très haut level, je sais pas, les mots me manquent, on se tait et on admire, juste. Une œuvre emblématique qui expose la vision de son auteur sur les limites de la civilisation et qui reprend habilement le spectre américain de la « frontière ». Il y a eu d’autres « Fort Alamo » Fantasy, mais celui-ci est le premier et principal à retenir. « La barbarie est l’état naturel de l’espèce humaine. La civilisation n’est pas naturelle. Elle résulte d’une fantaisie de la vie. Et la barbarie finit toujours par triompher. » Un trappeur anonyme à Conan. La fille du géant du gel 5 étoiles (scénario dessin et couleur : Robin Recht) Crom ! Que cet album est magnifique ! Le grand Mike Moorcock (auteur du cycle d’Elric, également adapté chez Glénat) déclare en préface de l’album « Pour moi, Recht est l’un des meilleurs artistes de bande dessinée français, et l’un des plus intelligents. Sa superbe interprétation de ce qui est la plus simple et la plus pure des histoires de Conan, résiste à ce qui est ironiquement la tentation américaine d’embellir et d’ajouter au personnage jusqu’à ce qu’il en perde sa signification originale. Recht dépasse Howard, en fait. C’est un Conan intense, hors norme, un Conan comme Bob Howard, mort trop tôt, aurait voulu qu’il soit. Le meilleur à ce jour. J’adore ! » ; et je ne suis pas loin de penser comme lui. Sur l’aspect purement visuel je considère Recht comme faisant parti des très grands depuis quelques temps maintenant et cet album est celui de la confirmation. Il nous régale du début à la fin, de l’illustration de couverture au cahier graphique en passant bien sûr à la bd en elle-même, avec des dessins et illustrations en pleine et double page, une composition qui fait très cinématographique, un découpage qui privilégie les grandes cases, son trait, dans la lignée d’un Mathieu Lauffray (qui rend un dessin hommage en fin d’album pour la 1ère édition) est solide et maîtrisé. Le début du récit avec cette bataille qui vire au carnage m’a rappelé dans sa profondeur d’encrage et sa mise en scène le 300 de Frank Miller, avec ce côté « armée en ordre de marche », les cases toutes en longueur, etc. La mise en couleur où l’auteur est assisté par Fabien Blanchot, rien à redire, la couleur rouge des cheveux d’Atali (ou bien est-ce celle du sang qui coule à flot ? ) est prédominante avec celle du blanc immaculé, un vrai contraste, le feu et la glace. N’importe quel Conan est un récit violent, mais jamais comme ici je n’ai ressenti cette fureur qui fait battre le cœur comme celui du héros lorsqu’il est manipulé par la déesse Atali. Comme Conan on est tout simplement ensorcelé et obsédé par cette adaptation. Un exploit étant donné comme le rappelle Patrice Louinet en fin d’ouvrage, que c’est une nouvelle des plus courtes et minces écrite par Howard. Une resucée du mythe d’Apollon et Daphné à la cimmérienne, forcément plus furieuse, sexuelle, érotique, sanglante. Un immanquable de la Fantasy ! La Citadelle écarlate 3 étoiles (scénario : Luc Brunschwig dessins : Étienne Le Roux couleurs : Hubert) Une adaptation très attendue de mon côté pour un résultat qui, sans être à la hauteur des espérances, remplit son office de bon divertissement. Une histoire qui se déroule à vitesse grand V et dont le pitch tient sur un post-it : Conan perd son trône d’Aquilonie suite à une bataille où il a été trahi par ceux qu’il pensait être ses alliés, puis est fait prisonnier par l’infâme sorcier Thoth-Amon dans les geôles de sa citadelle dont il s’échappe avant de reconquérir son bien par la seule voie qu’il connaisse, celle de la force et des crâne qui explosent. J’ai été assez surpris par le style graphique d’Étienne Le Roux que je n’avais plus vu depuis le tome 2 du Serment de l’Ambre, ça remonte… Je ne dirais pas que c’est le moins bon car il y a indubitablement de la qualité, il n’y a qu’à voir cette magnifique illustration de couverture très évocatrice (on a l’habitude de voir Conan prendre la pause au sommet d’un tas fumant de cadavres, là c’est un Conan certes vivant mais acculé par des centaines de lances au sommet d’une même piles de corps), le trait un peu « hachuré » je dirais me fait parfois penser à du Patrick Pion. En fait ce qui me déçoit un petit peu c’est le manque de finition sur la plupart des planches, il n’y a pas ce souci du détail, d’enjoliver le tout avec de superbes arrières-plan ou même de délivrer de grandes cases en double page comme l’a si bien fait Robin Recht au tome précédent. Chacun son style après tout. Le coloriste Hubert s’en tire plutôt pas trop mal mais j’ai trouvé cela un peu palot, il ne parvient pas à transcender le dessin de son collègue. Comme le rappelle en fin d’album Patrice Louinet, c’est un épisode très inspiré par le médiéval historique, et notamment la guerre de Cent Ans, donc le dessinateur a choisi, de même que le scénariste Luc Brunschwig, de nous livrer une conception graphique qui fait presque davantage penser à un récit médiéval qu’à de la fantasy. C’est un parti pris qui se défend. J’ai moins été emballé en revanche par la vision de Le Roux sur les abominations de la citadelle. J’ai toujours en tête, et je ne pense pas être le seul, l’illustration iconique de Frank Frazetta sur cette nouvelle où Conan est enchaîné pieds et poings liés confronté à un serpent géant. Les monstres de l’adaptation Le Roux / Brunschwig ne m’ont pas effrayé, on dirait tantôt un énorme crapaud, tantôt un tigre avec des ailes… je n’ai pas été terrifié du tout. De même que je n’ai pas ressenti l’aspect « Donjons et Dragons » dans ce labyrinthe qui m’avait tellement plu dans la nouvelle. J’ai un petit goût de « meh » dans la bouche. C’est du bon travail sur la forme comme sur le fond mais pour l’instant le meilleur est derrière nous.  « L’épée qui tue le roi coupe les cordes qui maintiennent l’empire » Proverbe aquilonien. Chimères de Fer dans la clarté lunaire 4 étoiles (Adaptation et dessin : Virginie Augustin) Je ne sais pas si c’est l’album le plus réussi visuellement, chacun jugera, mais dans tous les cas le résultat se révèle magnifique. L’album en édition « normale » ne sortira que le 12 juin prochain, donc pour profiter de ce spectacle il fallait se lever tôt pour ne pas se faire chiper l’édition de luxe en noir et blanc sortie elle ce 5 juin. Je dois dire que ce n’est pas plus mal d’avoir exceptionnellement abordé cet épisode par sa version sans couleurs car le travail d’Hubert, déjà présent sur le tome 5, ne m’avait pas spécialement emballé, et la technique d’encrage de Virginie Augustin, qui bosse donc quasiment seule ici, semblait beaucoup promettre. Voici donc Chimères de Fer dans la clarté lunaire : un épisode qu’on qualifiera « d’alimentaire » pour reprendre Patrice Louinet, et qui divise pas mal de monde. Personnellement je l’ai toujours apprécié et cette adaptation ne change pas mon impression et au contraire même la renforce. Ce que j’aimais c’était le décor dépaysant, une île isolée, sauvage, abandonnée, sur laquelle Conan et Olivia dénichent un vieux temple en ruine qui n’inspire rien de bon à la princesse. Il y a un parfum tout à la fois exotique, contemplatif et en même temps inquiétant qui laisse présager du grabuge. Il y a une histoire de dieux, de créatures maudites, un mystérieux gardien de l’île qui ne vous veut pas du bien, une jolie pépée dont on pourra regretter le rôle un peu pot de fleur mais bon… elle est super canon et Virginie Augustin parvient bien à en faire un personnage qui sort de sa condition de femme en détresse quand les rôles s’inversent avec Conan. Graphiquement c’est vraiment trop de la balle ! Ce n’est pas juste beau à mater, il y a de la recherche, des compositions travaillées. J’ai surtout été attentif à l’évolution physique de Conan qui au début du récit à un aspect d’animal acculé, sale, puant, totalement bestial et hostile. Plus tard dans des moments plus intimes et silencieux avec Olivia, son trait se fait plus humain, plus « doux » (ne lui répétez pas que j’ai dit cela ! ), tout en restant reconnaissable. C’est bluffant. Pour tout le reste, les décors, la végétation abondante, les visions cauchemardesques en pleine page, on en prend plein les mirettes. Une très bonne surprise pour moi. Il y a des albums que j’attendais, d’autres que je continue d’attendre ou d’espérer, celui-là je n’en attendais pas grand-chose, j’ai été ravi. Je me procurerai l’édition normale, j’espère que ma bonne impression n’en sera pas amoindrie par le format ou la couleur. Ma vision de la barbarie n’a rien d’idyllique. Pour autant que je sache, c’est un mode de vie terrible, sanglant, féroce et dénué d’amour. Je ne supporte pas que l’on dépeigne le barbare comme s’il était un enfant de la nature, quasi divin et majestueux, doté d’une étrange sagesse et s’exprimant sur un ton cadencé d’un air ampoulé. (Lettre de novembre 1932.) Robert E. Howard – Lettre 11/1932. Les Clous Rouges 3 étoiles (scénario : Régis Hautière dessin et couleur : Didier Cassegrain story board : Olivier Vatine) Probablement l’adaptation sur laquelle il vaut mieux ne pas se foirer sous peine de s’attirer la colère de Crom, Les Clous Rouges demeurant quasi sans conteste le meilleur récit de Conan et de facto la nouvelle la plus connue de son créateur Robert Ervin Howard. Et pourtant, bien que grand aficionados du cimmérien, je n’ai pas pris totalement mon pied à la lecture de cette adaptation du trio Cassegrain / Vatine / Hautière. La faute principalement à une pagination que j’ai trouvé trop courte, le petit format franco-belge de 54 pages m’a paru bien désuet pour cette histoire qui fait pourtant partie des plus longues aventures du barbare. Même en prenant mon temps j’ai dû la parcourir en moins d’une heure. Cela va demander une relecture mais les dialogues me semblaient beaucoup plus riches dans le média d’origine, tandis qu’ici le récit est entrecoupé de silence, on essaie de poser une ambiance mais comme, encore une fois, il n’y a pas beaucoup de pages, on a tendance à ne pas trop s’attarder. De plus je ne suis plus très sûr si les personnages sont tels que les a décrits Howard, je pense notamment à Valéria qui dans la bédé fait figure d’héroïne des temps modernes : indépendantes, avec de la volonté, fortes, débrouillardes. Tandis que dans mes souvenirs, cela reste à vérifier, j’avais garder en image celle d’une énième potiche qu’il faut secourir. Est-ce une amélioration ? Chacun jugera… Les graphismes de Didier Cassegrain restaient la plus grande interrogation car ils allaient me sortir de ma zone de confort habituelle, n’étant pas très demandeur de ce type de dessin où l’artiste passe directement du dessin à la coloration sans phase d’encrage. Et bien, ce ne fut pas désagréable, j’ai même était enjoué par sa mise en page qui fait la place aux grandes cases. Du coup certains décors en jettent un max, Cassegrain m’a beaucoup impressionné sur ce point là. Son autre point fort étant sa mise en couleur, très lumineuse, diversifiée, vraiment agréable à l’œil. En revanche cette jolie mise en couleur m’a paru difficilement en adéquation avec la teneur noire que se donne le récit, je n’ai pas été horrifié ni choqué comme je l’aurai cru. Et puis je ne suis pas fan de sa représentation des personnages que je trouve trop cartoonesque, aux traits bien trop anguleux. Question de goût mais je n’ai pas adhéré. Pour terminer sur une bonne note, l’illustration de couverture pète la classe, on dirait Indiana Jones et le Temple Maudit, j’sais pas…:) Une impression mi-figue mi-raisin en résumé. J’en attendais plus, cela aurait dû être le point d’orgue de la série et finalement cela passe pour un album dans la masse qui ne fait pas grimper le niveau. J’ai quand même bien aimé. Je ne sais pas quelle quantité de violence et d’horreur les lecteurs sont prêts à endurer Robert E. Howard. Erratum : après une courte relecture survolée, je rectifie ce que j'ai pu dire sur Valéria qui n'a absolument d'une potiche, elle est même l'égale de Conan au même titre que pouvait l'être Bêlit, ce qui rajoute du poids à la portée de ce récit d'une très grande maîtrise. Le peuple du Cercle Noir 4 étoiles (scénario : Sylvain Runberg dessin : Jae Kwang Park couleur : Hiroyuki Ooshima assistance : Alessia Nocera et Éloïse De La Maison) J’ai bien aimé cette adaptation. Le style graphique dénote avec ce dont j’ai l’habitude de voir en franco-belge. Jae Kwang Park étant coréen il y a indubitablement une influence manga dans son dessin, ne serait-ce que dans les faciès des personnages, c’est assez indescriptible mais cela fait assez manga, de même que dans les postures, la taille des muscles etc. Yasmina a un côté sexy d’héroïne de shonen et Conan m’a beaucoup fait penser à Broly par exemple, le super saiyan bodybuildé de Dragon Ball Z, de par sa dégaine et son physique. Le rythme des combats et les effets visuels mis en place apportent une sensation fulgurance, ça accélère vitesse grand V, ça bondit dans tous les sens, ça charcute à tour de bras, c’est encore un truc que je retrouve plutôt dans les mangas que dans les comics ou le franco-belge. Après une mise en couleur qui s’est tâtée avec quelques essais infructueux j’ai ouïe dire, l’ultime mise en couleur d’Hiroyuki Ooshima est très satisfaisante, sa technique sublime le dessin de Park qui, bien que très intéressant et changeant, se limite un peu trop a du crayonné (impression complètement subjective de ma part). Il y a donc une superbe alchimie entre les différents intervenants dont il faut également créditer Alessia Nocera et Éloïse De La Maison, mais ne sachant pas trop qui fait quoi… je m’en tiendrai à féliciter le duo asiatique. Je ne vais pas rentrer dans les détails sur la nouvelle en elle-même, Patrice Louinet l’analyse mieux que quiconque en fin d’album à savoir que c’est une histoire plus riche, plus longue, plus complexe que celles auxquelles on a l’habitude. L’adaptation de Sylvain Runberg est très correct, raccourcie en 63 planches, le récit se tient bien. Pour ma part, même si ce n’est pas une de mes nouvelles favorites, je l’ai toujours apprécié et c’était un plaisir de la redécouvrir ici. Un très bon moment de lecture ! - Mais les tribus craignent les Prophètes Noirs et évitent soigneusement cette montagne impie, l'interrompit le gouverneur. - Leur chef, Conan, les craint-il ? demanda-t-elle (Yasmina). - Eh bien, pour ce qui est de cela, marmonna le gouverneur, je doute que ce diable craigne quoi que ce soit. Les mangeurs d’hommes de Zamboula 2 étoiles (dessin, couleur, et scénario : Gess) Comme quoi il vaut toujours mieux se fier au contenu qu’au contenant. Je parle au niveau graphique, car si la couverture n’est vraiment pas top à mon goût, le dessin de Gess m’a plutôt plu. Enfin, une belle couverture c’est plutôt vendeur aussi, hein. Le dessin donc, m’a paru assez agréable dans l’ensemble, surtout surpris par la qualité d’encrage. Dans sa version noir et blanc cela doit être quelque chose ! L’occasion pour moi de découvrir Gess également dont j’en avais entendu beaucoup de bien. Après je n’irai pas jusqu’à le faire rentrer parmi mes favoris, il y a des éléments qui m’ont déplu : Conan a une tronche bizarre, déformée, Zabibi n’est pas belle du tout alors que bon, c’est sensé être son seul « point fort » dans l’intrigue, elle est carrément dégueulasse et anorexique. Sans oublier des dessins aux proportions parfois chelou comme la chambre d’hôtel de Conan qui d’une case à l’autre change de dimension. Mais bon, même si j’ai trouvé le dessin un peu « écrasé », j’ai bien aimé l’ensemble, de même que la mise en couleur qui créé bien l’ambiance. Pour l’histoire, franchement, je m’étonnais déjà que l’adaptation de la nouvelle figure parmi les projets de Glénat, je m’interroge encore sur l’intérêt du truc (autant tout adapter…). Même dépouillée en grande partie de son contenu raciste, l’histoire demeure hyper mauvaise. C’est carrément nul. Patrice Louinet le rappelle en fin d’album, c’est une nouvelle alimentaire, et encore, Howard s’est déjà cassé un peu plus le cul, mais là on sent que la fin de mois devenait difficile et qu’il fallait rentrer de la tune fissa. Voilà, t’as beau viré le contenu le plus honteux pour la postérité de l’écrivain, il reste une série de personnages clichés, caricaturaux, de dialogues disons-le, « merdiques ». Pourtant cela démarrait plutôt pas mal avec cette cité Babylonienne au confins du désert, et cette intrigue à l’auberge rouge (cela me rappelle un passage du tome 2 de Sorcelleries, Livre dont Vous êtes le Héros, où à un moment on est capturé dans sa chambre d’hôtel par un aubergiste cannibale ^^ ). Bon après ça part en live, les scènes d’action sont soporifiques, ça ne rime à rien, Conan ne pense qu’au cul, et on a un méchant d’opérette et une conclusion qui se passe de commentaire. Le genre de nouvelle qu’on préfère oublier à l’image d’un Tintin au Congo d’Hergé. Si le but de la collection est de rendre hommage à Howard, Glénat aurait dû faire l’impasse sur ce texte dont le seul intérêt est qu’il a permis à l’auteur texan d’avoir la couverture du magazine Weird Tales. La Maison au trois bandits 4 étoiles (scénario : Patrice Louinet, dessins et couleurs : Paolo Martinello) Comme le raconte si bien Patrice Louinet dans le mot d’auteur en fin d’album, La Maison au trois bandits est une histoire bien plus riche qu’elle n’en a l’air d’apparence, mais cela je laisse les lecteurs le soin de le découvrir. Car oui, d’apparence nous sommes dans un énième récit où les élites de la société se flinguent entre elles et où Conan, le François Pignon local, se retrouve au milieu du schmilblick en essayant de démêler le sac de nœud à coup de gourdin et d’épée, et de sauver sa peau en priorité. Mais effectivement il y a des idées qui ne sont pas négligeables, le récit jouant en permanence sur les rivalités et les contrastes : ville haute en miroir à la ville basse, bandits de la haute masqués contre petites frappes des bas quartiers, science contre nature, etc. Cela se laisse lire et je peux même dire que je vois cette histoire sous un autre jour grâce à la bd, des choses qui ne m’avait pas frappé en lisant la nouvelle. Quant aux dessins de Paolo Martinello, comment ne pas tomber sous le charme ? C’est hyper dynamique, c’est fluide, il y a le sens du détail, de la composition. Si en plus il se met à en mettre plein la vue (double page 10-11), il n’y a que du bien à en dire. Non vraiment, c’est de la très très bonne came. Et puis j’aime bien sa colorisation, pas trop tape-à-l’œil ce qui permet de faire ressortir son trait. Je m’étonnais de voir le nom de Patrice Louinet cité parmi les scénaristes de la série, il faut croire que ça devait le démanger… Résultat, l’essai est validé, on est dans le haut du panier. PS : Ah ouais ! J’ai trouvé bidonnant quand l’auteur se permet de mettre une pincé d’humour en se moquant de l’alter égo féminin de Conan : Red Sonja, qui apparaît ici sous les trait d’une fille de joie avec un fort embonpoint. :D

02/05/2018 (MAJ le 18/10/2020) (modifier)
Couverture de la série Bouts d'ficelles
Bouts d'ficelles

Eh bien, voilà une histoire simple, déroulant une suite d’idées de façon naturelle, alors qu’elles s’enchaînent sans autre lien entre elles que la personne qui subit les unes après les autres ces mésaventures, un type tout ce qu’il y a d’ordinaire, qui va vire une nuit extraordinaire ! L’ensemble est bâti comme la chanson gigogne dont est tiré le titre (d’ailleurs une personne la fredonne à son enfant insomniaque vers la fin, donnant une unité abracadabrantesque aux différents épisodes de cette nuit délirante et survitaminée) : bouts d’ficelle, selle de cheval, etc… L’auteur affirme d’ailleurs avoir suivi le hasard de cette comptine pour développer son histoire : le résultat est plutôt jouissif. Dis comme ça ça ne paye pas de mine, mais la virée que nous suivons est super rythmée, mêle action, humour et romantisme, et se révèle captivante. Le dessin est au diapason, fluide et efficace, avec un style semi caricatural des plus réussis. Bref, un album sans prétention mais très recommandable !

18/10/2020 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5
Couverture de la série La Fuite du cerveau
La Fuite du cerveau

Si le retour de Pierre-Henry Gomont était des plus attendus en cette rentrée, c’est un retour en fanfare et en grande forme qui se manifeste à travers cet album placé sous le signe du burlesque. En s’inspirant d’un fait réel – le vol du cerveau d’Einstein en 1955 - comme point de départ de son récit, l’auteur nous emmène dans une course folle à travers les Etats-Unis, où le Dr Stolz, détenteur de la « matière grise » du célèbre scientifique, n’aura de cesse de tenter d’échapper à ses poursuivants du FBI, le bocal contenant le précieux « Graal » sous le bras… Pour l’occasion, le trait de Gomont se fait encore plus vif et nerveux qu’à l’accoutumée, accentuant le rythme effréné de cette comédie déjantée. Les corps se tordent en des angles improbables, les jambes s’étirent démesurément pour mieux courir, et les visages se déforment dans des expressions hallucinées, comme dans un dessin animé digne de Tex Avery. L’image marquante de cette histoire restera celle d’un Einstein mi-fantôme mi-héros de BD au crâne évidé, contemplant d’un air un peu crétin son propre cerveau flottant dans un bocal, puis pour passer inaperçu aux côtés de Stolz, sera affublé d’une casquette de base-ball, symbole vestimentaire fétiche d’une certaine beaufitude yankee…L’autre jolie trouvaille est de voir le professeur, par suite de l’ablation de la zone du langage sur son cerveau (l’aire de Broca), s’exprimer par images. Et quoi de mieux que la BD pour raconter cela ? L’air de rien, Pierre-Henry Gomont s’est quelque peu documenté pour produire « La Fuite du cerveau », nous livrant une conclusion pour le moins étonnante qu’il serait déplacé de révéler ici. Cette excellente comédie macabro-surréaliste, non seulement drôle mais également fascinante, parce que traitant d’un sujet des plus fascinants : la grosse éponge peu ragoûtante emprisonnée dans notre crâne, siège de toutes les créations humaines. Très modestement, l’auteur de Malaterre met son envie de « broder ces quelques pages en tous points indignes du génie humain dont il est question (…) sur le compte des mystères insondables que recèle le cerveau humain ». Juste peut-être, comme il le dit, un « besoin vital, et parfois frénétique, de raconter des histoires. Des histoires vraies, comme des histoires fausses ».

17/10/2020 (modifier)
Par PAco
Note: 4/5
Couverture de la série NeuN
NeuN

Voilà une série qui commence plutôt bien, même si pour le moment je n'ai réussi qu'à me procurer les 2 premiers tomes... Nous voilà donc catapultés dans l'Allemagne nazie de 1940 où pour assurer la pérennité du Reich, treize enfants ont secrètement hérité des gènes du Führer et été cachés aux quatre coins du pays. Mais Himmler décide d'abandonner le projet et envoie la SS faire le ménage en faisant tuer ces enfants. Neun, le neuvième enfant de cette expérience ne devra son salut qu'au garde du corps qui veille sur lui et qui fera front au commando de SS envoyé exterminer tous les témoins l'ayant connu... Ça sent la série historique sur fond ésotérique à plein nez, mais c'est plutôt bien amené et le rythme soutenu porté par ce graphisme bien sombre donne une cohérence à l'ensemble. Les personnages sont assez charismatiques et/ou attachants, d'autres mêmes flippants (mention spéciale au Dr U !). L'auteur semble avoir bien potassé son Histoire car tout cela fleure bon le réalisme et semble bien documenté au niveau des décors, des costumes et des accessoires. Son trait incisif et charbonneux à la fois est pleinement en adéquation avec cette sombre période de notre histoire et donne à cette course poursuite à travers l'Allemagne nazie et le reste de l'Europe une aura particulière. J'espère rapidement découvrir la suite, car c'est une réelle bonne surprise ! A découvrir.

17/10/2020 (modifier)