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Par Présence
Note: 5/5
Couverture de la série Jutland
Jutland

L’apothéose du combat naval traditionnel tout en étant son chant du cygne - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre, constituant le deuxième de cette série sur les batailles navales. Son édition originale date de 2017. Il a été réalisé par Jean-Yves Delitte, peintre officiel de la Marine, membre titulaire de l’académie des Arts & Sciences de la Mer, pour le scénario et les dessins, par Douchka Delitte pour les couleurs. Il comprend quarante-six pages de bande dessinée. Il se termine par un dossier historique de huit pages, rédigé par le scénariste, agrémenté de documents visuels comprenant sept chapitres et un glossaire. Les différentes parties portent les titres suivants : Un duel d’artillerie Le cuirassé, Le croiseur, Le torpilleur, L’U-boot, La vitesse ou le blindage, La controverse. Il y a quelques semaines, le monde était en paix… Il y a quelques jours encore, l’étrave du SMS Masdeburg fendait les eaux… Il y a quelques heures seulement, le fier navire de la Kaiserliche Marine s’était malencontreusement échoué sur un banc de sable à moins d’un mille nautique d’Odensholm, une île russe !… Il y a moins d’une heure, hélas, l’artillerie russe ouvrait le feu ! Et là, maintenant, ce 26 août 1914 à 12h47, le croiseur allemand n’est plus qu’une épave. Une petite vedette russe portant quatre hommes à son bord gagne l’épave. L’un d’entre eux est un agent du service du renseignement britannique qui vient inspecter les différentes salles, à la recherche de documents révélateurs. Il trouve effectivement des papiers à terre. En Allemagne, à Wilhelmshaven, en février 1916, le général Von Molkte se rend à l’état-major de la Hochseeflotte de la Kaiserliche Marine : il est reçu par deux amiraux. Il a reçu des ordres du Kaiser qu’il doit leur transmettre. L’un de ses interlocuteurs les devine sans peine : Guillaume a le rêve d’écraser la marine anglaise. Il fait observer que le général a dû apercevoir en arrivant, dans l’arsenal, que leur beau croiseur de bataille, le SMS Seyplitz, est toujours en cale sèche pour réparation, c’est le triste résultat de la dernière confrontation avec les Anglais dans le Dogger Bank, un haut-fond sableux en mer du Nord. Il continue : Depuis que leur empereur s’est laissé séduire par Von Triptz et son plan de modernisation de leur flotte, il croit possible de battre la Royal Navy. L’autre amiral ajoute que le Kaiser oublie qu’à un de leurs vaisseaux de ligne, les Anglais leur en opposent trois. Von Molkte conclut en répétant qu’il a reçu un plan de bataille, il leur permettre de prendre l’ascendant sur la Royal Navy. Une semaine plus tard, sur une petite route de campagne du West Sussex en Angleterre le commandant Thomas Parry Bonham conduit sa voiture, avec son épouse à ses côtés. Il se dirige vers le port où l’attend son navire : le Black Prince. Sa femme lui dit que le temps s’écoule bien trop vite : il est à peine rentré de mission que déjà il la quitte, et elle ne lui dit pas ce que leurs enfants pensent de tout cela ! Il répond qu’il est marin et officier dans la Royal Navy : il ne fait que son devoir. Après Trafalgar (2017, dessiné par Denis Béchu) l’une des plus célèbre bataille navale de l’histoire, l’auteur passe de 1805 en 1916, des navires en bois et à voiles, à des navires de type cuirassé avec blindage et chaudières. La première opposait trente-trois vaisseaux de lignes, cinq frégates et trois bricks, soit 25.000 hommes côté Français, à vingt-sept vaisseaux de lignes, quatre frégates, une goélette et un cotre, soit 18.500 hommes côté Britanniques. Celle-ci oppose cent-quarante-neuf bâtiments britanniques (dreadnoughts, croiseurs de bataille, croiseurs cuirassés, croiseurs légers, destroyers), à quatre-vingt-dix-neuf navires allemands (dreadnoughts, croiseurs de bataille, pré-dreadnoughts, croiseurs légers, torpilleurs) et dura deux heures. Les pertes humaines furent de 6.094 morts côté britannique, et 2.551 morts côté allemand. Le déroulement du récit met en scène les difficultés techniques pour viser et atteindre les navires ennemis avec les canons obusiers. Le dossier historique développe plusieurs points présents dans le récit. Le premier chapitre évoque la bataille de Tsushima (2017, Delittte & Baigera), première grande confrontation navale de l’ère moderne, et estimant que la bataille de Jutland fut le dernier duel d’artillerie dans l’histoire de la marine. Il l’inscrit donc ainsi dans l’histoire des batailles navales, aussi bien techniquement, que dans les évolutions des règles d’affrontement provoquées par cette nouvelle génération de bâtiments. Ce dossier expose également que plus de 20.000 coups de canon ont été tirés et ont engendré une pluie supérieure à 6 millions de kilos d’acier et d’explosif. Il présente ensuite les caractéristiques de ces nouveaux navires de guerre pour lesquels : La vapeur et l’acier ont supplanté la voile et le bois, une mutation imposée par les révolutions industrielles et de nouvelles techniques dans l’armement : le cuirassé, le croiseur, le torpilleur, l’U-Boot, même si ce dernier n’a pas joué de rôle dans cette bataille. L’auteur a consacré un tome de la série à ces sous-marins : U-9 (2025) avec Philippe Adamov & Fabio Pezzi. Comme il le fait pour chaque tome de la série, le scénariste entremêle des informations historiques sur la situation de guerre entre les états concernés, des informations sur leur marine respective, et l’histoire de marins, simples soldats ou gradés. Pour cette série, le scénariste a pris l’habitude d’exposer les faits à partir de plusieurs points de vue, en particulier celui des deux belligérants par le biais d’un marin ou d’un officier de chaque bord, et de raconter la bataille en elle-même, en lui accordant un nombre de pages variables. Pour la bataille du Jutland, l’auteur consacre dix-sept pages aux combats ce qui est assez élevé en comparaison d’autres tomes de la série. L’horizon d’attente du lecteur s’en trouve comblé. Tout commence avec deux marins allemands voyant apparaître les colonnes de fumée des chaudières au loin à l’horizon dans une case de la largeur de la page, et réalisant qu’il s’agit des Anglais. Dès la page suivante, un canon crache un obus, avec l’effet de flamme et de fumée attendu. Puis survient une illustration en double page montrant un cuirassé allemand ballotté par la mer et entouré de gerbes générées par les obus, au point que son hélice et son axe soient apparents, le tout sous un ciel gris plombé, ce qui correspond bien au climat de cette région du monde. La planche trente-cinq est composée de quatre cases de la largeur de la page, montrant différentes phases d’un navire en train de sombrer, dans un plan fixe, avec la fumée noire de l’incendie qui dépasse de la bordure supérieure de la case du haut. Dans les deux pages, le lecteur découvre un navire allemand littéralement brisé en deux en son milieu par un obus, un spectacle terrifiant par la violence de la destruction, et par son ampleur. Pire encore les marins morts s’enfonçant dans l’eau sans un bruit, sans un mouvement. Comme à son habitude, le dessinateur réalise des traits de contour précis, pour des dessins dans une veine descriptive et réaliste, s’appuyant sur une documentation et des recherches solides. Le lecteur peut avoir tout confiance en lui pour l’authenticité aussi bien des uniformes militaires, que des caractéristiques techniques des bâtiments militaires. Il nourrit les formes détourées avec des petits traits secs et acérés, et des aplats de noir aux formes torturées, qui produisent un effet de réalité dure, sévère et abrasive, en totale cohérence avec la nature d’un récit de guerre. Les êtres humains présentent une apparence tout aussi sérieuse, et souvent burinée, des individus déjà marqués par les épreuves de la vie et les souffrances des époques de conflit. En donnant à voir des faits survenant avant la bataille et parfois dans des lieux éloignées, l’artiste montre des éléments diversifiés et parfois inattendus au lecteur : deux mécaniciens en train de travailler sur un axe d’hélice en cale sèche à Wilhelmshaven, une voiture décapotable roulant sur une route de campagne dans le Sussex, un tout jeune homme jouant avec un avion modèle réduit en pleine campagne dans la Moselle allemande, un hydravion français survolant la flotte britannique à Scapa Flow, les canons de défense anti-aérienne sur une côte du Sussex. Fait exceptionnel, ce tome de la série met en scène des femmes, le temps de deux pages chacune, l’épouse de l’officier Thomas P. Bonham (1873-1919), et la mère du matelot Éric / Erik. Il est également question du temps que les militaires passent loin, séparés de leur épouse et de leur famille. Comme à son habitude également, l’auteur évoque en creux d’autres paramètres du conflit : les ordres donnés par un empereur (en l’occurrence Guillaume II) et qui s’imposent à toutes son armée leur dictant ainsi leur vie et leur destin, l’incidence de l’absence d’un époux dans son foyer (un divorce), les allégeances difficiles pour les habitants d’une région conquise (Le jeune Éric citoyen de la Moselle allemande), la fiabilité technique des vaisseaux dont dépendent la vie des marins (en l’occurrence les chaudières), etc. S’il y prête attention, le lecteur dispose ainsi d’éléments de contexte, certains d’ordre sociaux. Cette collection promet de raconter une bataille navale, différente dans chaque tome, dans un format concis, quarante-six pages de bande dessinée, avec un dossier historique développant plus avant certains aspects. La narration visuelle de ce tome s’avère totalement en phase avec le sujet, rêche et âpre, factuelle et documentée, sachant aussi bien mettre en valeur les hommes que les navires. L’auteur expose avec clarté et efficacité le déroulé de ladite bataille, ainsi que de nombreux éléments contextuels, à l’occasion d’un dialogue ou en les montrant. Le dossier historique apporte de nombreuses informations complémentaires, permettant de comprendre le choix de raconter cette bataille, ainsi que des paramètres militaires propres aux marines en guerre. Formidable.

18/04/2026 (modifier)
Par Miguelof
Note: 4/5
Couverture de la série L'Intranquille monsieur Pessoa
L'Intranquille monsieur Pessoa

«Ma patrie est la langue portugaise». Bernardo Soares. Barral a fait un excellent travail ! Au niveau du dessin, oui, mais surtout dans l'approche de la complexité, la personnalité et l'œuvre de Pessoa. Les hétéronymes (qui ne sont pas de simples pseudonymes), l'étrangeté de cette existence géniale peuvent trouver dans ce livre une première approche en bande dessinée. Pessoa est, pour moi, le plus grand poète de tous les temps. Mais il est important de le lire en portugais. Même s'il faut apprendre la langue juste pour le lire! Et le Prince Valiant au milieu de tout cela (pages 10-13) ? Barral l'a placé (anachroniquement) dans les divagations du petit Fernando : Mais le chevalier de Pas fut son premier heteronyme ! Donc, c'est juste. Pessoa est infini comme la mer salée et les larmes du Portugal. P.S. Au-delà de Álvaro de Campos, Ricardo Reis, Alberto Caeiro... Bernardo Soares (le Livre de l'inquiétude), est évidemment un autre des hétéronymes de Pessoa.

17/04/2026 (modifier)
Par pol
Note: 4/5
Couverture de la série Frankenstein (Sala)
Frankenstein (Sala)

Inutile de présenter Frankenstein, classique parmi les classiques, déjà adapté de nombreuses fois, notamment en bande dessinée. David Sala propose ici sa version personnelle, qui lui permet d'exprimer pleinement son talent d'illustrateur et d'appuyer intelligemment sur les travers dépeints dans le roman. Frankenstein, ce monstre créé de toute part, ne trouve pas sa place dans la société. Le fond de l'histoire traite de la différence, des minorités, de la violence. L'interprétation de David Sala développe à merveille ces thématiques. Car au delà du lien tumultueux entre la créature et son créateur, cette version appuie sur toutes ces dimensions humaines. L'acceptation de l'autre, la différence, l'amour, la haine... Cette histoire est le terrain de jeu idéal pour mettre en exergue tous ces sentiments. L'auteur s'en sort hyper bien, et son message passe avec efficacité. Il y a des scènes assez dures, assez touchantes, que ce soit avec des silences, distillés avec justesse ça et là, ou avec des dialogues acerbes, le ton sonne juste tout au long de l'album. Ce récit, c'est surtout une façon de dépeindre la société, celle de l'époque du récit... mais également la notre, celle d'aujourd'hui, dont la vison n'a visiblement pas évoluée. Une histoire touchante, toujours d'actualité donc, et très bien adaptée ici.

17/04/2026 (modifier)
Par pol
Note: 4/5
Couverture de la série La Langue des vipères
La Langue des vipères

Comme d'habitude, Rue de Sèvres fait les choses très bien : la qualité d'édition de cet album est remarquable. Une chouette couverture cartonnée, un grand format des plus appréciables qui permet à l'auteure d'exprimer pleinement son talent. Un dessin plein de finesse dont le charme opère au fil des grandes cases offertes par ce format. On rentre tranquillement dans l'ambiance : un univers moyenâgeux, une abbaye dans laquelle on enseigne la Langue : une sorte de magie liturgique qui offre des visions à ceux qui la maitrisent. Mais le fantastique n'occupe qu'une part minime, anecdotique même du récit. Celui-ci nous raconte l'histoire de deux jeunes femmes qui tentent d'être celle qui sera choisie pour être la doctorante. Deux destinées, deux motivations bien différentes mais au final un destin croisé. Le premier chapitre se focalise sur Iodis la fille illégitime d'un notable important. Ce chapitre plante le décor et amène surtout son petit lot de mystères. Des cachoteries, des débuts de conflits et surtout un moine et un tableau qui disparaissent brutalement. Il n'en faut pas plus à Iodis pour se convaincre que sa rivale n'est pas étrangère à tout ça. Le récit gagne en intensité et offre une tournure surprenante et inattendue dans le second chapitre, centré sur Halcyon, la seconde jeune fille. Cette partie nous relate son histoire, pourquoi elle est entrée à l'abbaye et pourquoi elle doit apprendre la fameuse langue. Ce chapitre nous offre surtout son point de vue sur les évènements qui secouent l'abbaye. Et le moins qu'on puisse dire c'est que l'histoire prend une tournure radicalement différente. Ca donne une toute autre vision des choses, la vérité n'est pas celle qu'on croyait. C'est malin, c'est bien amené, c'est raconté avec subtilité et talent. Ca dynamise l'intrigue qui devient de plus en plus plaisante au fil des pages. Et pour ne rien gâcher la fin est également très réussie. Un très chouette album à mettre entre toutes les mains.

17/04/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Balthazar au pays blême
Balthazar au pays blême

Dans un orphelinat de Saint-Pétersbourg, le jeune Balthazar est soudain pris en chasse par les sbires de Raspoutine, contraint de fuir à travers la Russie et de traverser un monde où se mêlent danger, magie et créatures issues du folklore slave. J’ai trouvé cette BD à la fois intrigante et un peu déroutante, mais suffisamment intéressante pour me donner envie de la défendre malgré ses défauts. Le récit puise très largement dans les contes et légendes slaves, en mélangeant des figures historiques comme Raspoutine avec une galerie de créatures et de références folkloriques (Baba Yaga, Kotcheï, la Roussalka, Kot Bayun (faussement renommé Tchoudo-Youdo ici) et autres figures du mythe russe). C’est précisément ce foisonnement qui fait à la fois la force et la faiblesse de l’ensemble : l’univers est riche, mais il finit par se brouiller lui-même, au point qu’on ne sait plus toujours très bien qui est qui ni d’où viennent certains éléments, avec par exemple des confusions ou réattributions de figures mythologiques qui participent à ce sentiment de désordre narratif. Le scénario est lui aussi dense, avec une accumulation de péripéties et de rencontres qui donnent l’impression d’un récit en perpétuel mouvement, mais pas toujours parfaitement structuré. Il en ressort une intrigue un peu foutraque, qui peut sembler confuse ou désordonnée par moments, mais qui conserve malgré tout une forme de cohérence émotionnelle. C’est d’ailleurs là que la BD m’a finalement accroché : dans son ambiance. Le dessin de Mathilde Domecq apporte beaucoup à cette impression, avec un trait mignon, expressif et vivant, soutenu par des couleurs douces qui installent une atmosphère à la fois froide et chaleureuse, parfaitement adaptée à ce voyage dans une Russie fantasmée. Les chapitres ponctués de pages en noir et blanc façon gravures renforcent aussi cette dimension de conte illustré. Même si le rythme est inégal et que la narration peut donner l’impression de partir dans toutes les directions, j’ai pris plutôt du plaisir à me laisser porter par cette BD pour la jeunesse, mélange de légendes, d’errance et de merveilleux. Il y a quelque chose d’un peu désordonné, presque excessif, mais qui colle aussi assez bien à l’idée d’un grand conte slave recomposé, où les figures mythologiques se répondent sans toujours chercher la rigueur. Note : 3,5/5

17/04/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Macabres
Macabres

Dead, she said (2008) - Joe Coogan se réveille dans la chambre de son meublé, perclus de douleur dans tout son corps. Il a l'impression que tout son matelas est imbibé d'une matière visqueuse. Coogan fait des efforts immenses pour ouvrir les yeux se demandant à quel point il était bourré la veille pour être dans un aussi sale état. Alors que la douleur dans son ventre se fait de plus en plus forte, il doit déployer des trésors d'énergie pour bouger sa main puis ses pieds, puis ses doigts. Il en est à souhaiter à ce que quelqu'un abrège ses souffrances en lui collant une balle dans la tête. Il poursuit ses efforts et parvient à se redresser sur son séant. Il pose les pieds au sol et il se tâte le ventre, y découvrant un trou, selon toute vraisemblance une blessure causée par balle. Il allume la lampe de chevet et regarde son ventre. Il se rend compte que ses intestins se sont dévidés et sont sortis de leur logement abdominal. Il se lève sans paniquer parce que vu son état il a largement passé ce stade. Il comprend que le liquide visqueux qui imbibe son matelas c'est son propre sang. Il se lève. Le lecteur habitué des scénarios de Steve sait qu'il ne doit pas s'attendre à quelque chose de très compliqué. Il va s'agir d'un récit linéaire dans lequel un chasseur de monstre ou un monstre lui-même va s'en prendre à d'autres. Cependant avant même d'avoir entamé sa lecture, il lui sait grâce d'avoir concocté une intrigue pour Bernie Wrightson, pour lui avoir fourni l'occasion de se remettre au dessin, en plus pour illustrer des choses qui lui plaisent. Effectivement, comme l'annonce le titre, un individu passé de vie à trépas revient à la vie pour une raison indéterminée, sans explication de donnée dans le récit. C'est donc à lui qu'il appartient de mener l'enquête d'abord sur les circonstances de sa mort, ensuite sur une épidémie d'insectes tueurs géants. Steve Niles surprend quand même son lecteur avec le corps en train de se décomposer de Joe Coogan qui doit y parer le plus rapidement possible. Il utilise également le fait que Coogan ait été un détective privé ce qui le mêle à une enquête justifiant sa mort et son implication dans l'affaire qui s'en suit. Le scénariste rajoute un personnage féminin pour faire bonne mesure. Veronica Howard ne bénéficie pas de la même exposition que Coogan, mais elle n'est pas non plus cantonnée au rôle de potiche, et encore moins de demoiselle en détresse. Steve Niles concocte donc un scénario sur mesure pour Bernie Wrightson afin qu'il lui soit donné de dessiner ce qu'il aime. Le lecteur retrouve donc un peu de gore (les boyaux de Coogan qui sortent de leur logement), de pauvres personnes confiantes attaquées par des insectes géants, une bibliothèque bien poussiéreuse, un laboratoire avec des cornues et une allure gothique, un monstre avec trop de bras, une séquence évoquant le bon docteur Frankenstein en train de travailler sur son monstre. En effet outre des histoires de monstres, entre autres, pour les magazines Warren , Bernie Wrightson est resté célèbre pour ses planches illustrant le roman de Marie Shelley Frankenstein (1983), ainsi que pour la suite Frankenstein - Le monstre est vivant (2012-2014-2016). Avec le dessin en pleine page, le lecteur observe que l'artiste a utilisé un pinceau ou un crayon plus gros que pour les illustrations de Frankenstein, avec un rendu moins obsessionnel. Il note quand même que Wrightson a beaucoup travaillé la texture du drap imbibé de matière visqueuse, les ombres sur le mur, la texture des lattes de bois et du ciment du mur. Tout du long, il joue sur la forme des aplats de noir, un peu massifs mais très découpés, donnant de la consistance à chaque image. Il note également que Wrightson réalise des visages à la peau un peu lisse, même s'ils sont marqués de plis. La seule exception est celui de Coogan lui-même dont la peau se détériore au fur et à mesure des pages. Par contre le visage de Veronica Howard est lisse au point d'en devenir angélique. Les personnages disposent tous de morphologies distinctes, mais les yeux sont souvent ronds. Du coup les expressions de visage ont beau être variées, elles manquent de naturel, de conviction. Wrightson a opté pour un langage corporel de type naturaliste. Il prend soin de représenter les décors avec une fréquence élevée. Le lecteur ne peut pas s'empêcher de trouver les intérieurs des appartements et des bureaux, assez quelconques, manquant de personnalité. De même les façades des immeubles manquent d'une touche gothique. Du coup, les séquences se déroulant en ville souffre du fait que le dessinateur se contient, et n'utilise pas de licence artistique pour apporter une touche expressionniste à ses descriptions. Le lecteur se résigne à une histoire un peu convenue, mais avec quelques éléments inattendus, et des dessins trop sages. Ce n'est pas non plus une catastrophe : le lecteur peut voir la tension du corps de Joe Coogan alors qu'il essaye de bouger ses membres. Il apprécie la viscosité des intestins qu'il essaye de remettre à leur place. Il sourit en voyant la dextérité avec laquelle Wrightson met en scène le couple de campeurs, l'inquiétude sourde de la femme, l'assurance tranquille de l'homme. Il commence à se dire que l'artiste n'a pas perdu son coup de crayon avec le dessin en double page montrant le docteur Baxter s'occuper de ses pensionnaires, à la fois pour la mise en scène, à la fois pour la texture rocheuse. Il se dit même que Bernie Wrightson est au meilleur de sa forme avec un autre dessin en double page où Joe Coogan est allongé sur une table. Il retrouve en effet la minutie de ses dessins, pour les effets de texture sur la peau, les étranges bocaux en arrière-plan, l'étrange douceur de Veronica Howard qu'il est impossible d'interpréter comme la faiblesse d'une femme sans défense. Certes la narration visuelle manque parfois de conviction, de détails dans certaines cases, et peut se reposer sur des clichés… enfin des images donnant une impression de déjà-vu, ou plutôt déjà dessinés par Wrightson, c’est-à-dire déjà avec une forte personnalité graphique. Le temps d'un dessin, parfois d'une séquence, le lecteur retrouve la sensibilité si particulière à la fois horrifique et gothique des dessins de Bernie Wrightson et la magie opère comme au bon vieux temps d'Eerie & Creepy. Cette histoire se lit rapidement, et Bernie Wrightson n'est pas au sommet de son art. Néanmoins Steve Niles a déjà écrit des histoires bien plus linéaires, et bien plus squelettiques. Il prend soin d'imaginer des séquences en phase avec les préférences de l'artiste, pour mettre en valeur ses points forts. En outre, il est possible que l'amateur apprécie de retrouver les figures classiques du mort-vivant avec une variation inattendue, du savant fou, et de la jolie demoiselle faisant bien plus que simple faire-valoir pour le personnage principal. Bernie Wrightson donne l'impression de s'appliquer jusqu'à en perdre sa saveur pour les séquences en civil, sans monstre et sans horreur. Parc contre, sa personnalité graphique revient à la surface dès que le récit s'engage dans une horreur plus graphique, plus gothique. Doc Macabre (2011) - Un couple est barricadé dans sa maison un peu à l'écart de la ville. À l'extérieur, sur la grande pelouse, plusieurs individus morts dans un état de décomposition plus ou moins avancé sont en train de progresser lentement vers la maison, des zombies. Le mari a appelé Doc Macabre à la rescousse en laissant un message sur son répondeur, mais sa femme commence à douter qu'il arrive à temps. Tout d'un coup, une voix de jeune homme retentit, avertissant les zombies que le temps est venu qu'ils retournent à leur tombe. Les zombies se retournent et commencent à marcher vers Doc Macabre. Celui-ci tient dans ses mains un étrange fusil : il fait tomber une goutte d'un liquide non identifié dans un réservoir situé en amont du canon. Puis il presse la gâchette. Il sort des sortes d'éclair du canon qui se propagent de zombie en zombie. Ils ne s'écroulent pas par terre, à la grande déception de Doc Macabre. Après un instant d'hésitation, ils font demi-tour et se dirigent chacun vers leur tombe où ils s'allongent en commençant à remettre de la terre par-dessus eux pour se recouvrir. Un prêtre sort d'une voiture, en demandant si la situation est résolue. Doc Macabre répond que oui, et tend la facture en indiquant qu'il prend la carte bleue. Il s'agit donc du troisième et dernier récit par ordre chronologique, vaguement connecté avec les deux autres. La connexion consiste dans le fait que Joe Coogan (détective privé de Drive she said) et Kevin (Ghoul) apparaissent dans cette histoire. Comme pour le tome précédent, Steve Niles a fait l'effort de concevoir une vraie histoire et pas juste une trame simpliste, linéaire et convenue. L'histoire commence par une scène introductive montrant Doc Macabre en action pour que le lecteur sache de quoi il est capable, suivi par une page avec ses anciens professeurs parlant de lui pour établir qu'il s'agit d'un génie qui résout des affaires paranormales. Il utilise effectivement une arme et des machineries relevant dune technologie rétro-futuriste. Au fil des pages, le lecteur constate qu'il existe des combinés de téléphone sans fil, ainsi que des terminaux portables pour carte bancaire ; il ne semble pas y avoir encore de téléphone portable ou d'ordinateur portable. Il n'est pas fait mention d'internet. De toutes les manières, l'année réelle du récit est sans incidence sur son déroulement. Le scénariste a donc imaginé un personnage principal assez générique : un jeune homme, inventeur de génie et pourfendeur de créatures surnaturelles. Il avait déjà réalisé une intervention dans The Ghoul. Un trait de caractère le distingue toutefois des personnages sortant de ce moule : il a presque toujours le sourire aux lèvres et il ne semble pas très inquiet face au danger, même si son invention ne fonctionne pas comme il l'avait prévu. Le lecteur a du mal à savoir s'il s'agit d'un optimisme naturel, ou plutôt d'une confiance en lui sans limite. Le lecteur accepte donc bien volontiers d'accompagner Doc Macabre dans ses affaires pour le voir débiter du monstre. Une fois la scène d'introduction passée, il accepte d'enquêter sur une maison hantée. Au vu de la situation, le lecteur habitué de ce genre de récit se doute bien de quoi il retourne. Le plaisir de la lecture ne réside donc pas dans l'intrigue et le suspense, mais plus dans la manière de mettre en œuvre les conventions du genre et de permettre à Bernie Wrightson de réaliser des dessins mémorables dans le genre qu'il affectionne. En ayant lu les deux autres histoires, le lecteur s'est un peu habitué au niveau des dessins de l'artiste, un peu en deçà de sa production dans les années 1970 & 1980. Ceci fait qu'il est agréablement surpris par la première page : une maison isolée dont s'approche des zombies, des textures assez fines sur la peau des zombies, le bois des planches que le mari est en train de clouer sur les fenêtres, l'étoffe fatiguée commençant à se décomposer des vêtements des morts vivants. Il éprouve la sensation d'être revenu à la grande époque de l'artiste. De fait les séquences suivantes confortent l'impression que Bernie Wrightson a retrouvé la fougue de ses jeunes années, la motivation pour réaliser des cases peaufinées afin de transcrire l'horreur ou le merveilleux des scènes. Ainsi le lecteur sourit devant la posture de Doc Macabre tenant son improbable fusil, son léger sourire, sa confiance, et sa morphologie assez fine et peu musculeuse. Il sourit encore en voyant les morts vivants regagner leur tombe et se recouvrir de terre. Wrightson sait doser ses ingrédients pour que le lecteur puisse prendre ce qu'il représente au premier degré, et sourire en comprenant que l'artiste sait qu'il utilise des conventions éculées sans se prendre au sérieux, mais sans s'en moquer. Ce parti pris saute aux yeux avec le dessin de la maison du couple Brooks occupant une demi page, un hommage à ces vieilles demeures propices à abriter des manifestations surnaturelles anciennes. L'apparition du spectre qui persécute le couple Brooks marie également avec un savoir-faire consommé le premier degré, et la réaction critique de Doc Macabre en se retrouvant face à un vieil homme, les bijoux de famille à l'air. L'artiste ne réalise pas des dessins horrifiques dans le but de choquer ou de traumatiser le lecteur, mais pour le divertir, sans rien sacrifier à leur qualité ou à leur minutie pour autant. Le lecteur se retrouve aux anges quand Bernie Wrightson se lâche encore plus dans des dessins premiers degrés. Il commence par découvrir un dessin en double page dans lequel Doc Macabre se tient devant une sorte de sphère montée sur un mat, qui électrise toute cette pièce du laboratoire. Il s'agit d'un magnifique hommage au film Frankenstein, et en même temps d'un moment entièrement intégré au récit. Le même phénomène se reproduit lors d'un dessin en pleine page, mais cette fois-ci pour une vue de l'extérieur de la demeure, où il ne manque ni une brique, ni une tuile, à nouveau une implication totale de l'artiste. Bien sûr, Wrigthson ne réalise pas que des cases pleines à craquer, et il se repose sur les trucs et astuces habituels des comics par exemple lors des scènes de dialogues, avec des arrière-plans pouvant être vides. Même alors, la représentation des personnages reste travaillée et peaufinée. Par la suite, le lecteur découvre encore un dessin en double page quand Lloyd se retrouve face à Joe Coogan et Ghoul. Là encore, Bernie Wrightson a investi beaucoup de temps pour une composition mémorable, pour un dessin léché et soigné, avec un effet impressionnant sur le lecteur qui comprend ce que peut ressentir le pauvre Lloyd face à ces 2 individus sortant de l'ordinaire. Doc Macabre est la troisième histoire issue de la collaboration de Steve Niles et Bernie Wrightson pour IDW. Ils avaient déjà réalisé auparavant City of Others pour Dark Horse Comics. Au fil des pages, le lecteur se rend compte que scénariste et dessinateur sont totalement en phase, avec une forte implication dans leur récit. Steve Niles continue décrire sur mesure pour Wrightson, en ayant pris le temps de développer une véritable histoire, avec une intrigue originale. Wrightson semble avoir été conquis par cette histoire, et cela se ressent dans ses pages plus travaillées que dans les deux précédents récits. Le lecteur éprouve la sensation de retrouver la verve de Wrightson à ses débuts, avec en plus la conscience des auteurs d'écrire pour un public qui attend plus qu'une simple histoire à chute, avec des dessins horrifiques. De fait, la narration intègre les conventions de ce genre de récits, en faisant ressentir que c'est un fait exprès, et sait les utiliser au profit de l'intrigue, mariant ainsi un hommage au genre, avec une histoire premier degré réalisée de main de maître. The Ghoul (2010) - Le lieutenant détective Lloyd Klimp de la police de Los Angels attend un agent très spécial sur le petit aéroport de Burbank, à deux heures du matin, à l'écart des éventuels curieux. Il pense aux différentes affaires sur lesquelles il a déjà enquêtées, aux meurtres sordides. Mais rien dans sa carrière n'a entamé sa conviction que le surnaturel n'existe pas. Sauf que le dernier cas arrivé sur son bureau présente des particularités inexplicables et qu'il a été amené à en parler à ses supérieurs qui ont demandé l'aide d'une agence assez particulière elle aussi. C'est ainsi qu'il assiste à l'atterrissage de l'avion spécialement aménagé amenant The Ghoul, un individu massif de 3 mètres de haut. Malgré son expérience professionnelle, Lloyd Klimpt est très impressionné par Ghoul, au point d'en devenir révérencieux, Ghoul en profitant pour le charrier sur sa naïveté apparente, avec des réponses sarcastiques. Klimpt emmène Ghoul vers le petit camion de déménagement qu'il a loué, pour que Ghoul puisse y caser sa masse imposante. Ce dernier lui demande s'il a ramené à manger et Klimpt conduit le véhicule jusqu'à son pavillon situé sous une bretelle d'autoroute urbaine. Chemin faisant, Klimpt explique la raison de la venue de Ghoul. Le lecteur sait qu'il peut s'attendre à des dessins de Bernie Wrightson avec une forme fluctuante en fonction des planches, et un scénario de Steve Niles vraisemblablement un peu plus consistant que ceux pour la série Criminal Macabre par exemple. Effectivement le scénariste a conservé ses tics d'écriture. En quelques pages l'intrigue est posée : un inspecteur de police qui enquête sur une actrice visiblement immortelle impliquée dans une affaire criminelle, un individu surnaturel l'assistant dans l'enquête. Effectivement Steve Niles n'en a cure de se conformer aux structures classiques d'une histoire. Au final, la rencontre avec les Atwood ne se produit que d'ans le dernier épisode, et l'affrontement est réglé en 4 pages. De manière inattendue, il se montre un peu facétieux en faisant intervenir Joe Coogan dans l'enquête le temps d'une scène (le personnage principal de Dead, she said) et le lecteur rencontre le personnage principal de la collaboration suivante entre Niles & Wrightson : Doc Macabre. C'est même lui qui indique le prénom de Ghoul : Kevin. Niles se montre encore plus facétieux par le fait que Ghoul a ses propres objectifs et que finalement l'épisode deux est consacré à autre chose que l'enquête : des démons qui prennent pied sur Terre à l'occasion de la nuit de Walpurgis. Le lecteur doit accepter de s'en remettre à la fantaisie de Steve Niles qui raconte ce que bon lui semble, ou alors qui conçoit son scénario sur la base de ce que Bernie Wrightson souhaite dessiner. Toutefois, il sait aussi poser une ambiance et être efficace dans sa narration. Le lecteur se rend compte qu'il s'attache facilement à Lloyd Klimpt, impressionné par la masse de Ghoul, et même par sa simple existence qui prouve de manière massive l'existence du surnaturel. Du coup, il sourit et compatit quand Klimpt se rend compte qu'il n'est pas à la hauteur pour affronter les démons, ou qu'il subit les moqueries de Ghoul. Niles sait aussi insuffler une personnalité à Ghoul, blasé et sûr de lui. Le lecteur sourit en voyant ce duo (pas si) mal assorti, entre le professionnel expérimenté se retrouvant en situation de débutant et le professionnel blasé avançant sans coup férir. Il est donc vraisemblable que Bernie Wrightson se retrouve à illustrer une histoire faite sur mesure pour lui. Comme dans Dead she said, le lecteur attend et repère les moments où ce grand artiste retrouve sa magnificence, et ses dessins imposent leur qualité gothique et horrifique. Il n'a pas à attendre très longtemps car dès la page 4, l'artiste en met plein la vue avec le dessin tout simple d'une énorme chaussure qui sort de l'avion, directement sous le nez de Klimpt, totalement pris au dépourvu par la pointure. Bien sûr la peau tendue sur le visage de Ghoul (ou Kevin) évoque celle du monstre de Frankenstein, avec cette sensation de créature à l'étroit dans un corps qui n'arrive pas à la contenir. Les gros plans sur le visage de Ghoul font également ressortir l'intensité de sa présence, comme s'il était entièrement focalisé sur son objectif, ou s'il souffrait intérieurement d'un tourment indicible. Il faut ensuite attendre quelques pages avant que Wrightson ne puisse revenir dans le registre de l'horreur. Le corps crucifié et les têtes sur des piquets manquent un peu d'impact, faute de textures suffisamment travaillées, sur le bois, mais aussi pour les peaux des victimes. Il en va tout autrement pour les démons, car Wrightson soigne plus la texture de leur peau, ainsi que les perforations occasionnées par les balles d'arme à feu. Dans ce même registre, le visage de Joe Coogan s'avère très réussi avec sa chair en décomposition (il faut croire que son embaumement atteint ses limites). Le pire (ou le meilleur d'un point de visuel) arrive lors de l'affrontement contre ce qui se trouve dans le manoir des Atwood où les créatures monstrueuses sont plus réussies que celles à la fin de Drive she said. Pour ce récit, Niles & Wrightson ont donc plus misé sur la fibre horrifique que sur la fibre gothique. Néanmoins, la narration visuelle libère d'autres saveurs étonnantes. Dans la première page, quatre cases sont consacrées à un roulage de cigarette en gros plan, plus vrai que nature, qu'il s'agisse de la texture des brins de tabac, de la position des doigts pour donner la bonne forme à la feuille, ou du léchage pour la coller. Le lecteur a l'impression que Wrightson a fait ça toute sa vie. Quelques pages plus soin, survient l'évocation de la carrière des Atwood, et ces actrices ont effectivement un bien joli minois. Alors que les décors urbains de Dead she said étaient banals, ceux du présent récit disposent de plus de personnalité : la jolie maison au pied d'une pile de pont d'une dizaine de mètres de haut, l'incroyable bazar organisé à l'intérieur de la boutique de pornographie et du bureau de Jones, l'immeuble à moitié délabré qui abrite le bureau de Joe Coogan, ou encore la belle demeure des Atwood. Lorsque Ghoul et Klimpt pénètrent à l'intérieur de ladite demeure, ils passent dans l'entrée et dans des couloirs tapissés de photographies des 3 générations de vedette, entre musée et temple à la gloire de ces dames. Au fil des pages, le lecteur se rend compte que Bernie Wrightson semble s'impliquer de plus en plus, les noirs devenant plus présents et plus travaillés, les traits de texture devenant plus nombreux et plus ouvragés. Le lecteur ne retrouve pas la finesse des traits des illustrations de Frankenstein, mais il retrouve le côté tactile et le niveau de détails des belles illustrations de Wrightson. Cette deuxième histoire réalisée par Bernie Wrightson avec Steve Niles pour IDW s'avère plus savoureuse que la première, avec un scénario plus décontracté, peut-être un peu décomplexé. Bernie Wrightson semble plus à l'aise que sur la première, avec des pages plus réussies, même si elles ne sont pas dans un registre gothique. Il faut donc que le lecteur accepte de renoncer à une partie de ses attentes concernant Wrightson pour pouvoir être en mesure d'apprécier la facétie de Steve Niles, et l'implication différente de Bernie Wrightson.

16/04/2026 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série La Route
La Route

Cette BD est la troisième approche que j'ai de cette histoire, après avoir découvert l'excellent film de John Hillcoat ainsi que la lecture du livre d'origine de Cormack McCarthy. Autant dire que je ne suis pas à une lecture surprise, mais surtout que je peux aisément comparer les trois façons dont l'histoire se déploie. Cependant, je reconnais tout d'abord à Manu Larcenet le talent de nous faire une adaptation qui ne semble pas faire doublon avec le film. C'est certes la même histoire et le même déroulé, mais sans que je ne sente une redondance claire. Il a sa patte artistique, son regard et ses façons de représenter le texte de McCarthy (assez spécial, d'ailleurs, aux phrases courtes et au découpage travaillé). Donc si vous hésitez parce que vous connaissez le film, il n'y a pas lieu de s'inquiéter : Larcenet sait ce qu'il fait et produit une œuvre indépendante, qui complète le film sans le supplanter ou le copier. Maintenant la BD en tant que telle est une adaptation, mais on ne le sent pas. Le texte est souvent absent, les lents passages de silence entrecoupés de moments de violences, graphique, verbale ou physique, rythment le récit qui est une lente marche dans un paysage dévasté. Larcenet a réussi à s'approprier le rythme du texte d'origine pour conter ce récit d'un enfant et d'un père qui luttent pour conserver leur humanité, dans un monde qui n'est plus que cendres et dévastation. Le récit prend son temps mais n'est jamais lassant, grâce au dessin et à la mise en page qui font enchainer les pages sans que l'on s'en rende compte. Larcenet a désormais son trait noir, charbonneux, collant parfaitement au récit apocalyptique. Si vous avez aimé ses dernières productions, c'est le même et si vous l'appréciez il n'y a aucune raison que vous n'aimiez pas. Une lecture prenante, noire et dure, comme l'était le roman, qui a des airs d'actualité par bon nombre d'aspects mais tente de rester positif par sa tentative de conserver l'humain dans le désespoir. Une histoire qui m'avait déjà marqué deux fois, et qui l'a refait une troisième fois. Et je me dois de féliciter l'auteur d'origine mais aussi Larcenet qui sait ce qu'il fait avec ses pinceaux.

16/04/2026 (modifier)
Couverture de la série J'ai toujours rêvé d'être un fermier
J'ai toujours rêvé d'être un fermier

J’ai beaucoup aimé ce récit, autant pour son sujet que pour son élégance. Son sujet, d’abord, qui me parle énormément. Jean Harambat est fils d’agriculteur et a acquis une ancienne ferme dans les landes. Ce récit nous permet de découvrir son quotidien alors qu’il aménage progressivement, posément son domaine. Je suis toujours admiratif et empli de respect vis-à-vis de ces personnes qui bâtissent quelque chose de leurs mains, sans agressivité et en harmonie avec leur environnement. En cela, cet album m’a fait penser à d’autres pour lesquels j’avais là aussi eu un réel coup de cœur (« L'Oasis », « Ma vie dans les bois ») : clairement, j’ai cette thématique. Son élégance ensuite. Du dessin, bien entendu. Tout d’abord dans le trait, direct, épuré, sans artifices de l’auteur. Ensuite dans le choix des couleurs, douces et naturelles. Enfin dans les sujets choisis. Il y a ici certains dessins, d’arbres notamment, qui les magnifient en toute simplicité. Dans l’écriture aussi. Jean Harambat a vraiment une belle plume et une culture étendue qui lui permettent d’aborder des sujets très terrestres sans être pour autant terre à terre. Je me suis attardé sur certaines phrases, les trouvant aussi élégantes que pertinentes. Enfin il y a ce découpage en courts chapitres. Parfois anecdotiques, parfois philosophiques, ces évocations de son quotidien, ses réflexions, ses inquiétudes nous dévoilent l’homme derrière l’auteur. La tendresse, l’amour qu’il éprouve pour son terroir, ses amis, ses voisins, sa famille, la nature environnante sont palpables et participent à la création de ce climat apaisé. Et alors même que la masse de travail abattu ma fatigue rien qu’en y pensant, j’en viens à l’envier pour cette forme de sérénité qui lui permet de profiter de l’instant présent même si celui-ci consiste à suivre un troupeau de moutons sous la pluie ou à vérifier une à une les tuiles d'un vieux toit vermoulu. Apaisant, beau, profond et léger à la fois. Elégant.

15/04/2026 (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Les Guerres de Lucas
Les Guerres de Lucas

Difficile d'éviter la redite par rapport à ce qu'ont écrit mes camarades, d'autant plus que les avis sont quasiment unanimes : c'est de la très bonne BD. On sent que les auteurs ont longuement travaillé, en termes de documentation d'abord, d'élaboration graphique et de préparation. La construction de Star Wars a par ailleurs généré une littérature monstrueuse depuis quatre décennies, le scénariste n'a dû avoir que l'embarras du choix pour ses sources. Pas évident, par conséquent, de démêler le vrai du faux. En tous les cas le résultat semble aussi véridique que possible, ne négligeant aucune des difficultés qu'a pu rencontrer George Lucas, presque seul face à ce projet titanesque, au fil des années. J'ai pour ma part appris pas mal de choses, comme la relation qu'ont eu Carrie Fisher et Harrison Ford durant le tournage, ou le fait -incroyable- que la Fox n'ait signé le contrat qu'une fois que le film était achevé, ou presque... Au-delà de la liste de ces difficultés, les auteurs ont réussi à glisser quelques moments sympathiques, ou plutôt ironiques, montrant le sort qui s'acharne ou une certaine revanche en termes de succès public et surtout financier. Beau travail du dessinateur, qui ne s'est pas échiné à vouloir être réaliste, mais plutôt à rendre des expressions (le charme de Ford) et des ambiances. J'ai hâte de lire le tome 2.

15/04/2026 (modifier)
Couverture de la série Dans l'intimité de Marie
Dans l'intimité de Marie

J’ai vraiment adoré Dans l’intimité de Marie de Shuzo Oshimi. L’intrigue est captivante du début à la fin et m’a tenu en haleine tout au long de la lecture. On pense au départ à une simple histoire d’échange de corps, mais le récit se révèle bien plus profond et psychologiquement riche. Les dessins sont particulièrement réussis : expressifs et immersifs, ils renforcent parfaitement l’atmosphère troublante du manga et permettent de ressentir pleinement les émotions des personnages. J’ai également apprécié le rythme de l’histoire, qui se lit rapidement tout en restant parfaitement maîtrisé. Chaque chapitre donne envie de connaître la suite, rendant la lecture très addictive. La révélation finale apporte une dimension supplémentaire à l’ensemble et invite à relire l’œuvre sous un nouveau regard. Tout est cohérent et soigneusement construit, ce qui témoigne du talent narratif de l’auteur. En résumé, c’est un manga prenant, intelligent et maîtrisé, que je recommande sans hésitation à tous les amateurs de récits psychologiques. Une excellente lecture ! 4.5 et je vais suivre Gruizzli et Jeïrhk en lui attribuant la note maximale, car c'est amplement mérité.

14/04/2026 (modifier)