Les derniers avis (39549 avis)

Couverture de la série La Tête de mort venue de Suède
La Tête de mort venue de Suède

Quelle belle évolution du travail de Daria Schmitt, depuis que je l’avais découverte avec Acqua Alta. Une évolution notable au niveau graphique déjà. Ici dans un Noir et Blanc dont les hachures donnent un trait nerveux se rapprochant des gravures. Une constante toutefois, avec toujours une petite touche d’étrange, d’onirique, ce qui est d’autant plus surprenant que le sujet – Descartes et la conservation de son squelette – est a priori plutôt « sérieux ». L’album est assez dense, avec un texte abondant, texte lui-même rempli de réflexions, connaissances. Ça ne se lit pas en cinq minutes ! mais ça n’est pas non plus aride. En effet, quelques pointes d’humour se glissent dans le récit (autour des os disparaissant au fur et à mesure, faisant de la relique de Descartes quelque chose de plus en plus réduit à son simple chef). Un récit original (sujet et construction), qui donne à voir l’Histoire et la science en mouvement. Une lecture relativement exigeante, mais intéressante et recommandable.

28/01/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Chronique du 115 - Une histoire du SAMU social
Chronique du 115 - Une histoire du SAMU social

Maintenant, tout le monde emploie le mot Maraude, sans savoir d’où ça vient. - Ce tome contient un reportage complet qui se suffit à lui-même et qui ne nécessite pas de connaissances préalables. Son édition originale de 2017. Il a été réalisé par Aude Massot pour le scénario et les dessins. Il comprend cent-treize pages de bande dessinée. Il se termine avec un reportage réalisé dans le Burkina Fasso en juin 2017, puis à Moscou, sous forme d’un texte illustré de dix pages. Il commence par une introduction de deux pages, un texte rédigé par Xavier Emmanuelli (1938-2025), cofondateur de Médecins sans frontières et fondateur du SAMU social de Paris. Rue des Pyrénées, le dix juillet 2015, Aude appelle le service communication du Samu Social de Paris. À son interlocuteur, elle explique qu’elle appelle concernant le projet BD qu’elle leur a soumis : elle voudrait réaliser une enquête sur le Samu Social, du coup elle voudrait demander si elle peut venir en observation. Aux questions posées, elle explique que son éditeur s’appelle Steinkis, et qu’elle voudrait faire une sorte de documentaire en BD. À l’autre bout du fil, la voix lui dit qu’il faut qu’elle en parle à sa direction, et qu’ils la rappelleront. Le cinq aout 2015, au métro Alésia, Aude rencontre pour la première fois Xavier Emmanuelli. Il l’invite à manger dans un restaurant où il commande un demi de vin noir, avec de la glace, et des calamars et crevettes à la provençale. Aude prend le poulet et elle pose son enregistreur sur la table. Une fois servi en vin, il commence à lui raconter l’histoire du SAMU Social. Le Samu Social, c’est une création personnelle de Xavier Emmanuelli. C’est devenu un terme générique et il en est content. C’est quand même une réussite. Il est lié à son parcours personnel. Il va le lui expliquer en trois mots pour qu’elle comprenne d’où ça vient. Quand il a commencé sa carrière, il était médecin d’urgence à la marine marchande. Puis il a continué dans l’urgence au moment où naissait le SAMU. Ça a été une période dure mais aussi de bonheur, car on découvrait la médecine de première instance. Et bien qu’il fût médecin depuis longtemps, il a fait son apprentissage à l’hôpital Henri Mondor, à Créteil, où il y avait un mec exceptionnel, le professeur Pierre Huguenard. Il a été son élève, son disciple, ou comme il dit souvent, son premier couteau. À l’époque, c’était le fléau des accidents de voiture. On avait de sérieux cas en traumatologie. Médecins sans Frontières est né par la suite, en 1971. Cela leur a permis de passer de l’urgence individuelle à l’urgence collective. Il s’y est beaucoup intéressé, apportant du secours aux populations en détresse, victimes des guerres, catastrophes naturelles dans les zones sinistrées, ou les camps de réfugiés. Il a vu disparaître la variole et apparaître le SIDA. Puis il s’est fait nommer comme praticien à la prison de Fleury-Mérogis. C’est là qu’il a appris ce qu’était l’exclusion. Avec les quatre grands éléments qui structurent chaque individu, elle, lui, les uns, les autres, la perception du corps, du temps, de l’espace et des codes. En fonction du lecteur, la couverture peut aussi bien constituer un repoussoir, qu’une invitation puissante. Certes l’ambiance ne va pas être au divertissement, et dans le même temps la composition de l’image constitue une promesse du respect des personnes à la rue puisque celui-ci est placé au premier plan et de la mise en scène des interventions du SAMU social, avec le véhicule au second plan. La construction de cet ouvrage repose sur un déroulé classique : une personne néophyte qui va effectuer un stage en immersion avec des équipes intervenantes. La narratrice découvre cette structure d’aide, et la fait découvrir en même temps au lecteur, par ses yeux, avec sa sensibilité bienveillante. Cette lecture offre plus que la description d’une ou deux maraudes, puisque l’autrice bénéficie d’un entretien en tête à tête avec Xavier Emmanuelli, le fondateur du SAMU social. Il lui explique d’où il vient : médecin d’urgence à la marine marchande, puis médecin urgentiste au moment où naissait le SAMU, premier couteau du professeur Pierre Huguenard, Médecins sans Frontières, praticien à la prison de Fleury-Mérogis, Nanterre. Et enfin création du SAMU social à Paris, avec l’aide Jacques Chirac (1932-2019) maire de Paris, avec des équipes mobiles ayant la mission d’aller à la rencontre des personnes qui, dans la rue, paraissent en détresse physique et sociale. Quand Chirac devient président, Emmanuelli accepte un poste de Secrétaire d’État, et il fait créer le 115, par analogie au 15, les Équipes Mobiles d’Aide, qu'il fait appeler Maraude. Dès ce chapitre, le lecteur apprécie la narration visuelle : l’artiste mêle habilement quelques images des deux personnages en train de prendre leur repas, rappelant ainsi qu’il s’agit des propos d’Emmanuelli, et des reconstitutions de ce qu’il évoque. Elle sait faire usage de la diversité offerte par la bande dessinée : soit une simple illustration venant compléter le propos, soit une suite de deux ou trois cases pour montrer l’évolution d’une situation, et aussi des illustrations plus pédagogiques. Par exemple un stéthoscope posé sur une carte du monde pour évoquer l’institution de Médecins sans Frontières, une trentaine de petites silhouettes anonymes disposées en trois bandes de dix pour évoquer l’urgence collective, un pou grossi pas une loupe pour illustrer le détournement de l’abréviation PP (passant de Préfecture de Police à Poux & Puces), des dessins schématiques pour le parcours d’un véhicule de soins hors les murs ou pour l’opposition politique entre droite et gauche, une vue du ciel schématique d’un quartier de Paris, la statue du Commandeur pour un effet de métaphore, un noyau avec quatre cercles concentriques pour les quatre grandes catégories d’exclus, etc. Elle fait ainsi œuvre de pédagogie visuelle pour raconter le parcours de l’interviewé, et pour évoquer ses valeurs morales, ses conceptions, et les obstacles auxquels il se heurte. Suivent ensuite quatre courts chapitres servant de transition, ayant pour objet une réflexion sur l’exclusion, le corps, le temps, l’espace et l’altérité, ces deux derniers thèmes étant traités ensemble. En termes simples et clairs, l’autrice réfléchit sur les raisons pour lesquelles la société crée des exclus, mettant à nouveau à profit les possibilités graphiques de la narration visuelle, pour évoquer l’ultra-moderne solitude et les mégapoles dont le fonctionnement favorise l’isolement, l’image que l’on a de soi, l’image que les autres peuvent avoir de soi, et l’idée qu’on se fait de cette image, la première perte de repère qui s’opère quand on est à la rue avec chaque jour qui se ressemble, et enfin la notion de proxémie, c’est-à-dire distance physique qu'acceptent ou souhaitent des personnes en interaction sociale. En octobre 2015, le secrétariat du SAMU social rappelle Aude pour lui indiquer que sa demande d’accompagner des maraudes a été acceptée. La dernière partie raconte donc ces maraudes réalisées en janvier 2016. Avec les deux premières parties, le regard du lecteur a déjà changé sur la notion d’exclusion, sur la démarche volontariste qui n’avait rien d’évidente qui a conduit à la création du 115, service d’aide dont il a vraisemblablement toujours connu l’existence. Et par voie de conséquence sur les personnes à la rue elles-mêmes. Avec un regard toujours aussi respectueux, l’autrice relate son expérience, avec des dessins dans un registre descriptif, réaliste et un peu simplifié. Le lecteur la découvre à côté d’Éva sur le plateau, une écoutante qui a pour mission d’accueillir les usagers qui composent le 115. Celle-ci explique ce qu’elle fait, à Aude, avec une grande pédagogie, tout en répondant à un appel qui sert d’exemple pour le lecteur, qui a bien conscience que la pédagogie de la séquence est également imputable à la bédéaste. Vient le temps du briefing puis de la première maraude. La narration visuelle reste dans un registre factuel, montrant les situations avec bienveillance et respect pour les personnes à la rue. Elle sait mettre en lumière le professionnalisme des membres du SAMU social, attirer l’attention avec une simple phrase sur un geste technique, sur le savoir-faire, qu’il s’agisse du vouvoiement, ou de la façon de se mettre à leur hauteur. Le lecteur peut également ressentir la force des émotions qui s’emparent d’Aude en face de ces situations de détresse sociale, d’exclusion. Il éprouve une forte empathie pour elle quand elle découvre les photographies qu’Emmanuelli lui a envoyées pour son livre, de différentes pathologies : syndrome de la chaussette, traumatologie, complications du diabète, nécrose, gale. Dans un autre format, les deux reportages, l’un au Burkina Faso, l’autre à Moscou, sont tout aussi touchants et éclairants sur le travail du SAMU social dans le contexte de deux autres pays, que ce soit avec les enfants orphelins dans les rues de Ouagadougou, ou les sans-abris bien obéissant en Russie. A priori, le lecteur est venu à cet ouvrage intrigué de découvrir comment fonctionne le SAMU social, ce service d’aide également connu par son numéro d’appel le 115. Ayant feuilleté l’ouvrage, il a été rassuré par des dessins faciles à lire, dépourvus de voyeurisme, et par la diversité des dispositifs visuels mis en œuvre. Il comprend rapidement que l’autrice lui donne plus que son horizon d’attente : une synthèse de la création du SAMU social, racontée par son créateur, une réflexion personnelle sur le phénomène de l’exclusion, et sur ses principaux mécanismes (l’altération de la perception du corps, du temps, de l’espace et des codes), une immersion qui comprend une observation avec une équipe de maraude, et aussi la prise d’appels par une écoutante, la visite de l’hospice Saint-Michel à Saint-Mandé, et une ouverture grâce à l’expérience du SAMU social dans deux pays différents. Édifiant, bienveillant, épatant.

28/01/2026 (modifier)
Couverture de la série L'Obsolescence programmée de nos sentiments
L'Obsolescence programmée de nos sentiments

Une BD douce et agréable, qui aborde l’amour tardif avec une vraie subtilité. Les personnages sont attachants, bien construits, et gagnent en épaisseur au fil des pages. On les comprend sans jamais forcer l’empathie, grâce à un récit simple qui privilégie les trajectoires humaines plutôt que les effets dramatiques. Le scénario reste assez prévisible, mais ce n’est clairement pas là que se situe l’intérêt de l’album. L’essentiel est dans le chemin parcouru, les petits ajustements émotionnels, les silences et les moments de fragilité. La fin peut laisser sceptique, mais elle ne déséquilibre pas l’ensemble tant le propos repose davantage sur le vécu que sur la conclusion. Quelques touches de morale et de philosophie émergent naturellement, sans lourdeur ni démonstration appuyée. Graphiquement, le dessin est très soigné et expressif. Le trait rond et doux accompagne parfaitement le ton du récit. Le travail sur les corps vieillissants est particulièrement juste : sans caricature ni clichés, avec une attention sincère portée aux postures, aux regards et au temps qui passe. Une BD qui fait du bien, modeste dans ses ambitions, mais pleinement efficace.

28/01/2026 (modifier)
Par Lodi
Note: 4/5
Couverture de la série Johan et Pirlouit
Johan et Pirlouit

J'aurais aimé que cette série marche aussi bien que les Schtroumpfs : l'utopie en bleue, le bonheur, et avec Johan et Pirlouit, la vie des humains, avec ses oppressions ordinaires. Quand les lutins essaient d'imiter les humains, il n'y a plus de joie chez eux, mais le grand Schtroumpf rétablit la situation… Cependant, nos joyeux lurons n'imitent les humains que par le plaisir du jeu, de la découverte. Eux… Ils ne sont pas confrontés à par exemple une augmentation de la population diminuant les ressources : un bébé Schtroumpf à nourrir, c'est facile ! Pas de récolte détruite sans possibilité de manger autre chose que des rats et des cadavres, de peste, d'invasions, pas de femme sauf la Schtroumpfette, or la femme, plus faible physiquement que l'homme en général, et arrachée à son groupe par le mariage, fait qu'un modèle d'inégalité est très vite apparu dans les mentalités, ce qui contribue à en rendre l'effacement bien problématique …. Si nos amis n'ont pas gâché leurs chances, que de privilèges ! Rêver d'être eux est formidable, mais franchement, je ne vois pas comment. C'est peut-être moins le succès des joyeux compagnons que le fait qu'on ne veut pas être renvoyés à notre impossibilité d'être comme eux qui a effacé Johan et Pirlouit. Au contraire, dans la série des lutins bleu, on ne voit que peu les humains, et c'est toujours également le privilège de quelques humains d'élite, Johan et Pirlouit, l'enchanteur, pas le paysan du coin. Or j'approuve ce retrait du monde : pour vivre heureux, vivons caché…. Grande différence d'avec les réconciliation chez les lutins bleu. Voyons, mon album préféré, La source des dieux. Quels déveinards que les humains ! En plus de nos malchances habituelles, des paysans sont très faibles physiquement à cause de la malédiction d'une sorcière. Les Mollassons sont donc d'autant plus exploités par un tyran, sans nul espoir de révolte, car bien trop faibles pour se soulever. Mais nos héros rétablissent la situation, et vengeurs, ne donnent pas de l'eau de la source des dieux guérisseuse au villageois traître assigné à travailler avec les anciens oppresseurs renversés. Les héros sont des héros, courageux et même altruistes, mais tout se paie et doit se payer pour diminuer les risques de récidives, qu'on se le dise ! Dans cet album, j'ai comme d'habitude adoré Pirlouit, attendrissant le gardien de la source en caressant ses serpents et en plaidant pour les pauvres Mollasson, une scène qui reste dans ma mémoire !

28/01/2026 (modifier)
Par Lodi
Note: 4/5
Couverture de la série Les Schtroumpfs
Les Schtroumpfs

Vive Peyo ! D'abord, je passe le chasse-neige : je crois qu'on fait de mauvais procès à Peyo. Avant, bien avant que le racisme n'existe, tout ce qui était sombre était connoté négativement, on avait de noirs desseins, le bien était la lumière, divine, la nuit attendait que l'aube la traverse. Or donc, nos lutins bleus, pourquoi bleu ? Probablement car devenue la couleur préférée de la majorité des Occidentaux, sont menacés par un sorcier vêtus de noir et des lutins noirs. Et maintenant, la lutin bleu ! Création du méchant sorcier, la Schtroumpfette a été introduite comme cheval de Troie chez les lutins bleu. Cela ne veut pas plus dire que les femmes sont mauvaises qu'on ne diabolise les canassons à cause de la ruse d'Ulysse ! Cependant, notre héroïne trouve sa place, admirée par tous les Schtroumpfs. Chez Peyo, ce n'est pas d'où on vient, qui compte, mais ce qu'on fait, ainsi, un sale gosse ressemblant quelque peu au méchant sorcier parvient à changer pour ne pas être comme lui et grâce à l'amitié de nos amis. Le méchant sorcier est bien vu : il y a plein de gens qui projettent le mal qu'ils font aux autres sur leurs victimes et parlent de s'en venger. Son chat est loyal au sorcier et prédateur avec les Schtroumpfs, ces de son point de vue souris qu'il chasse avec son maître. Le village de nos héros est une utopie qui n'aurait pas mal tournée : pour moi, plus incroyable que la magie ! Si le sorcier ne tramait pas de complots, si le grand Schtroumpf ne s'absentait pas, il ne se passerait presque rien, à part les quelques travaux et jeux de nos lutins. Le Schtroumpf financier m'a fait sourire. J'ai beaucoup aimé aussi un album qui n'est pas de Peyo : Les Schtroumpfs et le livre qui dit tout, qui pouvait faire penser à Google à l'époque, et à présent, aux agents conversationnels. Je ne reprocherais qu'aux albums d'être vraiment inégaux et à nos lutins d'avoir fait de l'ombre à Johan et Pirlouit. Ce n'est pas le méchant sorcier mais eux qui pourraient se plaindre que les Schtroumpfs leur ont fait du tort.

27/01/2026 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série Hiatari Ryôkô ! - Une vie nouvelle
Hiatari Ryôkô ! - Une vie nouvelle

Je suis bien content de voir qu'une vieille série de Mitsuru Adachi a enfin été adapté en français et j'espère que ça sera aussi le cas dans le futur avec les titres de cet auteur encore inédit en français. À noter que c'est une des deux séries de type shojos de l'auteur et que l'adaptation en anime a été diffusé en France il y a longtemps. C'était la deuxième série longue d'Adachi et cela se voit un peu au début de la série. La narration manque un peu de rythme et la romance entre les deux personnages principaux semblent un peu forcée, mais heureusement cela devient vite très bon. On retrouve les éléments qui on fait le succès de l'auteur et qu'il perfectionnera par la suite: de la romance d'adolescents pleins de non-dit, de l'humour, du sport, des personnages humains.....En fait un des problèmes avec Mitsuru Adachi est que c'est le mangaka type qui ne sait pas trop renouveler durant sa carrière et du coup on dirait que ses séries se ressemblent un peu trop. Bon on est encore au début de sa carrière lorsqu'il révolutionnait le manga et qu'il n'était pas en mode pilote automatique alors l'œuvre contient beaucoup de qualités. Disons que si on connait l'œuvre de l'auteur, on est vraiment en terrain connu. La série se divise en deux parties. La première partie peut se lire comme une longue historie oû le talent dramatique de l'auteur se révèle au fil des pages pour atteindre des sommets lors du match de qualification de baseball. La seconde partie est constituée d'histoires dont le ton est souvent humoristique avec quelques parties plus sérieuses. Le résultat est toujours bon, mais avec quelques défauts. La relation entre les deux personnages principaux fait du surplace (et pendant un moment Adachi semble oublier que l'héroïne est amoureux d'un autre garçon) ce qui donne l'impression qu'on tourne en rond. Et puis vient la fin. J'ai toujours trouvé que l'auteur avait des problèmes pour conclure une œuvre et ici ça doit être le pire exemple. La série s'arrête brutalement sans que rien ne soit vraiment aboutit. J'ai surtout critiqué la série dans mon avis. Je précise que globalement je me suis amusé. Les gags fonctionnent bien (j'adore le petit ado que personne ne remarque) et il y a des moments qui m'ont émus. C'est surtout que je suis un gros fan d'Adachi et que je suis un peu exigeant avec lui. Disons qu'il y a des défauts qui feront en sorte que si c'est une bonne série, je ne la mets pas dans mes préférés de l'auteur.

27/01/2026 (modifier)
Par bab
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Soli Deo Gloria
Soli Deo Gloria

Bon… Je viens ajouter ma pierre à l'édifice des convaincus par cette bd. Là, on n’est pas dans la simple “bonne BD”, mais dans le genre d’album qui happe et ne lâche plus. Graphiquement, c’est superbe. Les dessins sont magnifiques. Objet, cadrage, mise en page, de respiration… Rien n’est laissé au hasard. Côté scénario, c'est carré, magnifiquement mené. Ça avance avec une sorte de mécanique implacable, on sent très vite qu’on marche vers quelque chose, qu’on ne pourra pas l’éviter, et pourtant on continue, hypnotisé. C’est tendu, maîtrisé, jamais gratuit : tout converge, tout se met en place, jusqu’à l’inéluctable. A lire. Une BD qui reste en tête une fois refermée, qui donne envie d’y revenir juste pour savourer et en reprendre.

27/01/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Contrapaso
Contrapaso

Contrapaso est une grande oeuvre. Grande en terme de taille car chaque album est de bonne taille et fait plus de 150 pages pour un récit très dense, presque romanesque. Grande aussi en terme de somme de travail et de soin qui lui a été apportée par son auteure, une Teresa Valero dont je découvre ici le talent. Cela se passe à Madrid, sous la dictature de Franco dans les années 1950. Les deux héros sont journalistes, spécialisés dans les faits divers. L'un est un vieux de la vieille, ancien phalangiste désabusé qui se dédie désormais à la recherche de la vérité, notamment sur la mort de femmes tuées par ce qui ressemble à un tueur en série, chose qui n'existe officiellement pas dans l'Espagne Franquiste. L'autre est un jeune homme qui vient de revenir en Espagne après avoir fui en France pour échapper à un passé familial et romantique compliqué. Aussi novice soit-il dans le domaine journalistique, il se révèle lui aussi très motivé par la recherche de la vérité, quitte à braver les interdits, et sa forte personnalité va faire des étincelles face à celle de son collègue imposé. Si ce couple de personnages que tout oppose et qui va finalement apprendre à s'apprécier a des airs de déjà-vu (on pense par exemple au film Seven avec qui il partage une ambiance similaire), on apprécie très vite les personnalités complexes et profondes de ces deux là qui sont loin d'être des stéréotypes et qui ont bien des choses à nous faire découvrir sur leurs origines et motivations. Graphiquement, j'ai aussi très vite été séduit. Le cadre, les décors détaillés, les costumes, la mise en scène et les couleurs m'ont fait penser à Blacksad, avec de vrais humains. Je n'irais pas jusqu'à les comparer pour de bon car Teresa Valero n'atteint pas la virtuosité de Guarnido, mais c'est pour vous dire à quel point son dessin reste admirable, et surtout agréable à lire. Et maintenir ce niveau de qualité sur plus de 150 pages par album, c'est remarquable. L'histoire est complexe et surtout très mature. Nous y sommes dans l'ambiance d'un polar noir, avec une bonne part d'historique en sus. Dès le premier tome, plusieurs trames narratives s'entremêlent. Au cœur de l'intrigue, il y a l'enquête policière menée par nos deux journalistes puis une femme venue à leur aide, portant sur une série de morts suspectes visiblement en lien avec le milieu médical et notamment le traitement réservé aux lesbiennes durant les débuts de la dictature, puisque évidemment dans l'Espagne de Franco, le lesbianisme est une maladie qui doit se soigner en toute discrétion. En parallèle, nous en apprenons davantage sur le passé de nos héros, et notamment sur les relations familiales du plus jeune des deux, ainsi que sur une ancienne relation tristement avortée. Et surtout, ce qui m'a le plus intéressé ici, c'est la mise en scène et la découverte de l'intérieur de la vie sous la dictature franquiste. J'avais eu une vision assez ample de celle-ci grâce à Carlos Gimenez et ses fameux Paracuellos, Barrio et Les Temps Mauvais, auteur à qui Teresa Valero rend d'ailleurs hommage le temps d'un chapitre. Ici, c'est une autre facette qui m'a été présentée, à la fois plus adulte et moins étouffante, et en même temps toujours pleine d'hypocrisie et de contradictions. On y découvre des espagnols divisés et hésitants, ni totalement dans un camp ni totalement dans l'autre, certains d'entre eux passant même radicalement de l'un à l'autre. On y découvre surtout une Espagne lasse de sa dictature et où l'on sent que l'élite gouvernementale est en train de perdre ses marques. C'est bigrement intéressant et surtout présenté avec beaucoup d'intelligence. L'auteure s'est beaucoup documentée sur le sujet et elle en profite pour mettre en scène de nombreux personnages certes fictifs mais inspirés de personnes et de situations ayant existé. Cela offre un panel de protagonistes très originaux et qui mériteraient presque tous une histoire rien qu'à eux. En même temps, cet aspect adulte et riche en informations du récit se ressent dans la narration qui est parfois intense. Le lecteur doit garder son esprit aux aguets pour bien suivre le déroulement du récit et les nombreuses révélations qui ne se font qu'à demi-mot. Le premier tome tient bien la route sur ce plan là. D'ordinaire, moi qui ne suis pas amateur de polars (j'ai tendance à m'y perdre quand une enquête complexe accumule les non-dits), j'ai trouvé ici que cela passait bien et je m'étais suffisamment bien attaché aux personnages et au contexte pour bien comprendre l'intrigue, et même pour fortement apprécier sa mise en scène parfois cinématographique, avec quelques ellipses surprenantes et pourtant claires et logiques. Le second tome par contre est plus exigeant. La profusion d'informations et de contexte sur l'Espagne Franquiste et son rapport au cinéma et à l'urbanisme peut facilement noyer le lecteur, et la mise en scène n'aide cette fois pas toujours. Une lecture attentive voire une relecture sont nécessaires pour bien tout appréhender, avec malgré tout quelques flous persistants. En cela, ce tome est moins bon que le premier, mais pour le reste, il demeure tout aussi beau et instructif sur cette époque et ces lieux. C'est du grand art, tant sur le plan du dessin que de la narration et de l'intérêt de l'intrigue et des personnages. Chaque tome est particulièrement dense, constituant à lui seul un épais one-shot avec une histoire complète qui se suffit à elle-même. Mais il s'agit bien aussi d'une série à suivre, une trilogie où l'on suit les mêmes personnages et où une enquête en fil rouge relie chacun et dont on n'aura le fin mot que dans le dernier tome. Il est à noter Mais la fin de l'album ouvre la porte vers une suite et je retrouverai avec plaisir ses héros et son cadre si particulier pour de nouvelles aventures et enquêtes.

31/03/2021 (MAJ le 27/01/2026) (modifier)
Par grogro
Note: 4/5
Couverture de la série Malanotte - La Malédiction de la Pantafa
Malanotte - La Malédiction de la Pantafa

J'ai été plutôt séduit par cette BD. J'ignorais tout de sa paire d'auteur, mais elle fonctionne bien. Elle contient une somme de qualités essentielles, et j'ai pris du plaisir à la lire. D'abord, le dessin, comme toujours, car c'est lui qui force ma décision au moment de passer à la caisse. Par la seule force d'un joli trait, je peux repartir avec. Alors oui, bien sur, il y a quand même d'autres facteurs, comme le thème qui peut être rédhibitoire, mais en règle générale, je le redis : c'est le dessin qui a le premier et le dernier mot. Dans Malanotte, Laura La Came déploie un univers tout à fait personnel en mêlant la force du charbon pour l’ambiance fantastique (dans tous les sens du terme) à l’élégance d’un trait fin et précis, plus fouillé, plus minutieux, histoire d’ancrer cette histoire dans une réalité que nous, lecteurs-trices sommes susceptible de connaitre. Je trouve que tout cela fonctionne à merveille et nous gratifie de plusieurs très belles planches sur lesquelles on s’arrête longuement. Le scénario n’est pas en reste. Il prend le temps de s’installer, laissant progressivement monter un malaise de plus en en plus lourd. L’histoire n’est pas située géographiquement et pourrait se dérouler n’importe où, mais il y a un petit parfum d’Italie qui flotte, ne serait-ce qu’à travers les noms des personnages. Mais l’Italie des petits villages, avant l’avènement du portable, l’Italie des croyances et superstitions populaires. Le final laisse un petit goût d’inachèvement, certes, et on referme Malanotte avec la sensation d’émerger d’un mauvaise rêve poisseux, mais l’effet est volontaire, et très bien vu à mon sens. La fin propose plus qu’elle ne résout, ce qui colle parfaitement à cette atmosphère cauchemardesque. Sur ce coup-là, je ne vais pas bouder mon plaisir. Et j’espère bien croiser à nouveau la route de Laura La Came…

27/01/2026 (modifier)
Couverture de la série Un océan d'amour
Un océan d'amour

J’ai découvert Océan d’amour un peu par hasard, et je ne m’attendais pas du tout à ce genre de lecture. Dès les premières pages, j’ai été surpris par l’absence totale de texte. Tout passe uniquement par le dessin, les expressions et les situations, et pourtant je n’ai jamais eu l’impression qu’il manquait quelque chose. Au contraire, j’ai trouvé que cette BD prouvait qu’on peut raconter une histoire très forte sans un seul mot. Ce que j’ai le plus aimé, c’est le mélange entre humour et émotion. Certaines scènes sont vraiment drôles, presque burlesques, mais d’autres sont beaucoup plus touchantes. J’ai ressenti à la fois la détresse, l’espoir et l’amour entre les deux personnages. Leur relation est simple, mais elle paraît très sincère, ce qui m’a beaucoup ému. J’ai aussi beaucoup remarqué le message écologique de l’histoire. À travers le voyage du marin et les obstacles qu’il rencontre, la BD montre la pollution des océans, la surpêche et les dangers causés par l’homme. Sans discours moralisateur, on comprend à quel point la mer est fragilisée et à quel point nos actions ont des conséquences sur la nature. La culture bretonne est également très présente et donne une identité forte à l’album. Les paysages marins, les ports, les bateaux de pêche, les vêtements tels que les bigoudènes, les galettes / crêpes rappellent clairement la Bretagne. J’ai trouvé que cela apportait une authenticité et une chaleur particulière à l’histoire, comme si elle rendait hommage aux gens de la mer et à leur mode de vie. Les dessins sont très expressifs et riches en détails. J’ai pris le temps d’observer chaque case. La mer, les tempêtes, les déchets, les animaux et les décors donnent une vraie impression de mouvement et de vie. On sent que tout a été pensé pour raconter l’histoire uniquement par l’image. Au final, Océan d’amour est une BD originale, touchante et engagée que je recommande vivement. J’ai trouvé cette lecture à la fois légère et profonde, capable de faire sourire comme de faire réfléchir. C’est une œuvre qui montre que parfois, les plus belles histoires sont celles qu’on comprend sans qu’on ait besoin de mots.

26/01/2026 (modifier)