Une très étrange BD, un morceau de vie découpée dans celle d'un ado ordinaire. Et en même temps un récit lent, sombre, qui laisse songeur.
La BD est le récit de Harold, en visite chez sa grand-mère dans la Bretagne profonde. Il découvre des secrets de famille, va faire la rencontre d'une jeune femme et vivre un évènement grave. Le programme semble chargé, et pourtant la BD s'étale dans le temps et laisse le silence s'étaler le long des pages. C'est une lente construction, celle d'un jeune homme confronté à des choses qui le font vite grandir. Le récit se fait donc petit à petit, par touches dans lesquelles Harold va voir sa vie chambouler.
La BD est assez sombre, presque mélancolique, sur le poids des familles et des non-dits, ce qu'on veut être, mais aussi la violence dans les familles (qui apparait chez plusieurs personnes). Harold est aussi en découverte de la sexualité, alors qu'il commence à avoir une copine avec qui c'est sérieux. Et voila que débarque Pauline, qui semble remettre des choses en question aussi. De même que la découverte de son demi-frère qui remet en lumière son père et les rapports qu'il a entretenu avec lui. C'est des questions sur la famille et les modèles qu'on a, sans réponse spécifique.
Le tout est servi par le dessin de Laurel, que je connaissais bien via son blog et ses BD sur ses périples américains. Elle est assistée ici par Elric que je ne connais pas, mais qui a probablement orienté le trait. En tout cas c'est joli et doux, lent mais posé aussi.
Une BD étrange, posée et pourtant assez dense, qui pose des questions sans vraiment répondre. Une tranche de vie, qui semble très personnelle mais touche assez juste. Lecture conseillée.
C'est le dessin qui m'a séduite : une espèce de douceur où le mouvement semble atténué. Effectivement c'est Patrick Dewaere qui raconte ses souvenirs. Il est normal qu'il y ait un peu de brume parce que ça fait un bail qu'il s'est suicidé. C'est la distance du temps qui est représentée.
Les mots du loustic sont suffisament bien choisis pour qu'on retrouve son débit provocant, ironique. C'est par cette voix off que l'âme ambiguë remonte dans les images adoucies par le souvenir (le sien ou le nôtre ?).
Un beau loser, impulsif et attachant.
Moi, je ne l'ai vu que dans Coup de tête et Les valseuses, mais il faut avouer que dans les deux, il incarne une masculinité toxique qui oscille entre sa mauvaise conscience qu'il noie dans l'alcool et sa séduction inquiétante. Bref on ne peut pas être une femme et en être fan... Mais il ressemble au frère qui agace, parce qu'il est beau, beau et con à la fois.
Bon scénario + monologue précis au souffle bien observé + dialogues réalistes + dessin suave et ralenti = bon moment de lecture.
Un regret : il manque un peu d'épaisseur pour les seconds rôles...
J’ai beaucoup aimé ce récit, qui a réussi à me toucher tant par son sujet que par son traitement.
Le sujet, d’abord, l’histoire de ce jeune homme contraint d’accompagner son père dans un dernier voyage malgré tout le ressentiment qu’il éprouve pour ce dernier, et la découverte progressive de ses origines et, surtout, de sa mère (qu’il n’a jamais connue), m’a touché. J’ai aimé le fait que ce père soit tout sauf parfait. Alcoolique, lâche, menteur, manipulateur, il n’en aime pas moins son enfant et, dans ses moments de lucidité, a pleinement conscience de ses faiblesses et de sa médiocrité. J’ai aimé le fait que le fils ait du mal à aller vers ce père, se pliant au désir de ce dernier du fait de son éducation et de ses origines mais certainement pas par affection. Cette relation froide, distante, pleine de rancœur et de regrets m’a donc touché.
Le traitement ensuite, m’a tout autant plu. La structure en courts chapitres qui nous permettent de découvrir progressivement l’histoire du père est classique mais bien équilibrée. Le dessin est très beau avec un rendu souvent proche de la peinture tout en parvenant à transmettre les émotions des personnages. Et puis, il y a cet emploi récurrent des ombres chinoises pour faire ressortir les passages dans lesquels la violence s’invite. Cette rupture de style crée un choc graphique tout en accentuant la lisibilité de la case, c’est tout con mais vachement efficace. Et pour en finir avec ce dessin, je soulignerai encore quelques cases dans lesquelles le visage de la mère est représenté, cases que j’ai trouvé tout simplement magnifiques.
Donc voilà, à titre personnel, c’est une lecture qui m’a beaucoup touché et que je recommande.
Après avoir fait ses armes aux cotés de Desberg pour L'Etoile du Désert et Dufaux pour Rapaces, Enrico Marini signe ici sa première série en étant seul au commande
Je n'ai pas le recul nécessaire pour comparer l'œuvre de Marini avec la référence de Dufaux, Murena, ce qui me permet de juger l'œuvre pour ce qu'elle est … à savoir un très bon divertissement.
L'intrigue sous fond de conquête de la Germanie par Rome s'attarde sur le destin de 2 jeunes hommes, Marcus et Ermanamer (devenu Arminius) qui ayant été rivaux dans leurs jeunes années vont finir par devenir frères puis ennemis au fil de leurs aspirations guerrières.
L'intrigue est donc assez classique, voire même basique, mais elle fait suffisamment le job pour tenir son lecteur attentif et curieux de poursuivre l'aventure avec envie.
Si je prends bonne note des critiques précédentes j'avoue ne pas avoir forcément été choqué par le langage utilisé par l'auteur
Mais le gros point fort de la série, à mon sens, c'est le dessin de Marini. J'apprécie beaucoup son coup de crayon qui s'améliore au fil des tomes. Si ses personnages féminins sont réellement envoutants, les personnages masculins ne sont pas en reste non plus. Quant aux décors et scènes de batailles on sent qu'il y a porté une vraie attention afin de donner un aspect harmonieux à l'ensemble de l'œuvre.
Je suis vraiment fan de son style.
Au final il convient de prendre cette série pour ce qu'elle est, un blockbuster, une machine à fric.
Et finalement ne serait ce pas là son réel point faible ?
Mais moi, je suis tombé dans le panneau et j'attends impatiemment la suite des aventures de Marcus et Arminius
Je ne vois pas pourquoi il faudrait que quiconque, enfant ou adulte, comprenne l'entièreté d'une œuvre à la première lecture. Que celle-ci ait plusieurs niveaux ne la rend que plus riche. Quelle chance a la bande dessinée, nom d'un pithécanthrope ! comme dirait peut-être le capitaine Haddock. Pourquoi ? Eh bien, il n'y a pas de Reader's Digest ou de version pour enfant. On ne déflore pas l'aventure avant la version intégrale ! Voilà, voilà, si les gens cherchent une spécificité noble à un art souvent encore quelque peu minoré.
Il y a beaucoup de bandes de jeunes, là ils sont très jeunes, pas violents mais dépressifs. Et vous savez quoi ? Les enfants tristes, ça existe, et les adultes peuvent s'y reconnaître tout aussi bien que dans des gamins plus joyeux. Ils se posent des question, ils rêvent ? Tous les gosses ne sont heureusement pas aspirés par ce hobby si plaisant : en persécuter d'autres à l'école. Touche fantastique, le chien est aussi intelligent que les enfants, touche de vitalité, quand même, il en déborde malgré sa dépression.
A part ça, j'aime bien l'humour, le dessin…. Et le fait qu'il y ait des produits dérivés ne me gêne pas, au contraire, s'ils sont assez ressemblants, ils permettent de semer, dans une réalité souvent un triste et sans saveur, un peu de sourire et de rêve.
Le dessin caractérise parfaitement les personnages et les situations, et l'écriture aussi. Problème : je ne crois pas du tout qu'une petite fille parlerait ainsi. Nuance : elle pourrait bien dire quelques-unes de ces choses, mais pas tant, à cet âge. C'est, disons, un concentré de réactions possibles d'enfant. Et on passe sur l'invraisemblance ou pas, selon son humeur.
Quand on prend ça comme une fable, c'est parfait, quand est d'humeur réaliste, moins. C'est le problème d'une bd au contexte très réaliste quoique simple, et au personnage principal peu vraisemblable, pour le moins… Mais tout est bon, vraiment.
Je comprends pourtant ceux qui arrêtent puis reprennent Mafalda : au début on s'amuse de ses attaques contre les oppressions et absurdités diverses du monde. Mais à force, on se sent englouti par ces problèmes, sans parler de l'abdication des personnages autres que l'héroïne face au monde.
Si je comprends bien c'est la première bande dessinée de l'autrice Sixtine Dano et pour un premier album, c'est très réussi ! J'espère qu'elle aura une longue carrière dans un monde où cela devient de plus en plus difficile de vivre de son art.
Je ne sais pas trop quoi ajouter de plus aux avis positifs. Je peux tout de même écrire que j'étais un peu surpris par le contenu du récit. Je pensais qu'on allait suivre la vie d'une escort girl du début jusqu'à la fin et qu'entre deux clients elle ferait des confidences aux lecteurs sur ce que c'est vraiment d'être une escort girl. En fait, on suit surtout la vie d'une jeune étudiante qui va finir par faire l'escort girl par besoin d'argent. C'est donc un scénario avec plusieurs aspects et celui sur le travail d'escorte est assez bien exploité et on comprend très bien les motivations d'une fille pour faire ce métier et les dangers que cela comporte. Tout est fait avec pudeur et le fait que l'autrice a questionné des vraies escortes donne un récit réaliste qui montre comment le monde peut être cruel envers les femmes.
L'album est gros, mais comme la narration est fluide et qu'il y a plusieurs pages sans ou avec peu de textes, cela se lit facilement du début jusqu'à la fin. Le dessin est vraiment très bon. Un premier one-shot qui sort du lot de la grosse production BD de l'année 2025.
Pas sûr que je trouve quelque chose de neuf à dire après mes collègues : c'est une BD hyper confortable : on y entre comme dans du beurre et on ressort repus.
Ça se passe en 1181 autour de Jérusalem et ça met en scène une multiculturalité pleine de conflits, de violence et de connivences en même temps. Un village de forgerons à défendre contre des croisés envahissants : des mercenaires venus des 4 coins du monde et assez indisciplinés sous la direction d'une jeune héroïne autochtone qui n'a pas sa langue dans sa poche.
Les dialogues complètement revisités à la sauce actuelle sont drôles et bien trouvés, même si le côté américain type "tout est bien qui finit bien " sur un tas de cadavres peut agacer.
L'image d'Arthur de Pins, à l'instar du titre, donne une impression de facilité et de rythme. Les couleurs et les lumières méditerranéennes sont très bien rendues avec son habituel outillage numérique où les à plat semblent des morceaux de papiers retombés sur la feuille apres un coup de vent.
Bref un beau cadeau pour ado, une morale un peu ambiguë sur la place de la violence et de la redemption mais franchement, le plaisir de l'humour et de la diversité des cultures et des points de vue emporte le morceau.
Vous saviez qu'Oglaf avait été traduit en français il y a près de 15 ans ? Vous saviez aussi que deux tomes traduits avaient été publiés ?
Bah moi, jusqu'à il y a une semaine, non !
Oglaf c'est une série fourre-tout créée sur internet à la fin des années 2000 par deux artistes australien-ne-s et qui consiste en une succession d'histoires courtes très souvent décousues, autour d'une pelletée de personnages dont certains reviennent régulièrement, mais qui resteront tout du long unies par trois aspects : la comédie, l'univers fantastique et… le cul ! On parodie les archétypes du jeu de rôle, des légendes anciennes, des mythes antiques, des contes, bref tous les poussifs du répertoire fantastique, et au milieu de tout ça les personnages baisent à tout va. Entre deux quêtes et quelques tortures on a bien le temps pour des galipettes et des câlins.
Je n'ai jamais su pleinement dire ce qui prévalait le plus entre la nature comique et la forme ouvertement (et bien souvent absurdement) érotique de l'œuvre, les deux font partie intégrante de l'œuvre et pourtant ne sont pas indispensables pour que l'on reconnaisse la patte "Oglaf". Beaucoup de gags ne reposent pas du tout sur la moindre allusion sexuelle, d'autres gags ne sont presque que des excuses pour de l'érotisme facile (surtout au début), et pourtant les deux restes indissociables à ce qui fait d'Oglaf ce récit "absurdo-érotico-fantastico-médiéval". Pas juste du cul à tout va, pas juste de l'aventure parodique, pas juste non plus de la comédie déjantée.
Comme dit plus haut les récits sont bien souvent indépendants et presque toujours très courts, pourtant quelques lignes narratives apparaissent quelques fois, on a le droit a de véritables aventures filées (comme les déboires du pauvre Ivan compilées dans le premier tome ou encore l'aventure de "La Chenille de l'Eclate" du second tome) et un casting de personnages réguliers se dessine assez rapidement, avec notamment Ivan l'assistant exploité, Kronar le barbare à la culture absurdement viriliste, Navaan la "docteure" avec quelques neurones en moins, les nains et leur caractère inventif et explosif, ou encore la guerrière blasée bien trop compétente pour le monde dans lequel elle vit (qui n'est jamais nommée d'ailleurs).
Les personnages sont cons comme pas permis (sauf pour les rares ayant écopé du rôle d'Auguste et de souffre douleur récurrent), toutes les espèces sentientes ont une sexualité décomplexée, on a le droit à une grande variété dans les types de sexualités représentées (on a même très souvent le droit à des relations homosexuelles), une variété aussi dans les kinks et ressorts humoristiques mis en scène, … Bref, je risque encore de me répéter, c'est à la fois très con, très drôle et très très la baise (pour citer ma mamie).
Petit passage sur la forme de ces deux albums.
La traduction de Francis est bonne, les runnings gags et les punchlines marchent, honnêtement c'est réussi. Je ne saurais dire si la traduction de la dimension érotique de l’œuvre est tout aussi juste, je lis quasi-exclusivement ma littérature érotique en anglais (la langue des perfides grands-bretons), et puis il faut dire que certains termes francophones comme "foufoune" ont plus tendance à me faire ricaner que vibrer le pantalon.
Pour ce qui est de la dimension érotique de l’œuvre, justement, je ne saurais pleinement attester de sa qualité. Comme expliqué dans quelques autres avis l'érotisme marche surtout en pur écrit chez moi et même si je peux juger objectivement la plastique des personnages comme typiques de ce genre de créations émoustillantes, je ne saurais dire si elle est ici particulièrement de bonne facture ou non. Et puis, n'étant pas sensible aux charmes masculins, c'est déjà tout une partie des scènes de jambes en l'air qui me passe au dessus de la tête. Allez, je reconnais tout de même que certains scénarios me parlent quand-même, que certaines prémisses auraient pu me faire rougir... si je n'étais pas déjà occupée à glousser. Bah oui, je lis cette série surtout pour la comédie !
Et puis de toute façon, encore une fois, c'est suffisamment varié pour qu'il y en ait pour tous les goûts.
Pour ce qui est du dessin je suis mitigée. Subjectivement je l'affectionne, j'y suis attachée (peut-être parce qu'habituée), mais objectivement je lui reconnais un certain aspect trop "simpliste" dans beaucoup de designs, une colorisation parfois plate et un style webcomic typique de son époque qui ne parlera sans doute pas à tout le monde.
Série comique, série fantastique ou série strictement pour adulte ? Je n'ai pas su choisir alors j'ai tranché pour la classer comme une série avant tout humoristique. Gardons juste en tête que la myriade de vulves, de pénis, d'anus, de seins et de brouettes moldaves en gros plans ne prédestinent pas cette lecture à un public jeunesse.
Bon, après, rien ne vous empêche de faire lire à des ados les quelques gags sans cul (ou a minima sans rien d'explicite), il y en a des sacrément chiadés !
Même si beaucoup des premiers gags me paraissent un peu faibles, j'avoue trouver la série dans sa globalité assez savoureuse, alors je lui arrondis sa note au supérieur sans le moindre regret.
(Note réelle 3,5)
PS : Je suis surprise que l'intégralité du webcomic n'ait pas été publié en album, après tout la série continue toujours et la traduction francophone disponible sur le site des éditions Lapin est déjà allée très loin.
Ayè ! J'ai lu la bestiole, enfin. Et je ne dérogerai pas à la règle pour me lancer moi aussi dans un concert de louanges, histoire de rester dans le thème de cette BD décidément remarquable !
Que ce soit son thème (ou plutôt ses thèmes), sa narration fluide, son scénar ciselé, ou son dessin immersif, il n'y rien à jeter dans Soli Deo gloria. Je tâcherai d'être bref car les aviseurs et zeuses précédent-e-s ont déjà tout dit.
Le thème principal, c'est la musique, c'est évident. Un thème qui ne pouvait que me parler. Mais derrière ça, il y a plusieurs sous-thème, expression totalement impropre car ces thèmes ne sont pas mineurs, ou moins importants : ils sont juste moins évident, moins immédiatement saisissables, et se révèlent à mesure que la lecture progresse. Sans aller plus en profondeur, on citera pêle-mêle celui de la fratrie, de l'absence, de l'inspiration... Bref ! cette œuvre fourmille, ce qui contribue probablement à la rendre si prenante à en juger par les commentaires dithyrambiques.
La narration est claire et ne pose aucun souci de compréhension. Pas une fois il ne m'a été besoin de faire marche arrière avec cette impression d'avoir rater un truc. C'est limpide.
Le scénario est une construction admirable. On sent que tout est réfléchi et savamment pesé. Contrairement à Cleck, cela m'a au contraire beaucoup impressionné car ce n'est pas courant. Et puis on ne voit pas les étais. Ca tourne comme une horloge, et moi, je trouve qu'un mécanisme horloger est quelque chose d'admirable. Comment reprocher à un auteur d'avoir bosser son truc ? A un artisan de chercher la perfection ?... A mesure que la fin arrive, ce roman graphique d'initiation ressert son emprise. La tension monte. J'étais complètement pris dans cette histoire qui ne souffre d'aucun temps mort, avançant à un rythme métronomique, ce qui on en conviendra, pour une œuvre évoquant la musique, est du meilleur effet. Ca monte, ça monte, à l'image du "resurrectio" final ! Mais chuuuut !...
Enfin, le dessin : il est tout bonnement exceptionnel. Il développe une singularité tout en rendant un hommage sincère aux illustrateurs historiques. J'ai par exemple beaucoup pensé à Gustave Doré ! Franchement, j'étais tout entier happé dans l'univers graphique, à plus forte raison parce qu'Edouard Cour développe des petites trouvailles remarquables qui la plupart du temps fonctionnent à merveilles. Il a par exemple parfaitement traduit le son : celui de l'instrument chamanique construit dans un crâne d'ours, ou le son si particulier du clavecin. La classe atomique ! Chapeau bas !
Je m'arrêterai là, me contentant d'ajouter qu'au départ pourtant, j'ai tiqué sur la couverture dorée (Gustave ?) que je trouvais bien trop tape à l’œil pour être sincère. Mais les deux auteurs de Soli Deo Gloria ont su faire plier toutes mes mauvaises langues intérieures. De la bien belle ouvrage !
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Une très étrange BD, un morceau de vie découpée dans celle d'un ado ordinaire. Et en même temps un récit lent, sombre, qui laisse songeur. La BD est le récit de Harold, en visite chez sa grand-mère dans la Bretagne profonde. Il découvre des secrets de famille, va faire la rencontre d'une jeune femme et vivre un évènement grave. Le programme semble chargé, et pourtant la BD s'étale dans le temps et laisse le silence s'étaler le long des pages. C'est une lente construction, celle d'un jeune homme confronté à des choses qui le font vite grandir. Le récit se fait donc petit à petit, par touches dans lesquelles Harold va voir sa vie chambouler. La BD est assez sombre, presque mélancolique, sur le poids des familles et des non-dits, ce qu'on veut être, mais aussi la violence dans les familles (qui apparait chez plusieurs personnes). Harold est aussi en découverte de la sexualité, alors qu'il commence à avoir une copine avec qui c'est sérieux. Et voila que débarque Pauline, qui semble remettre des choses en question aussi. De même que la découverte de son demi-frère qui remet en lumière son père et les rapports qu'il a entretenu avec lui. C'est des questions sur la famille et les modèles qu'on a, sans réponse spécifique. Le tout est servi par le dessin de Laurel, que je connaissais bien via son blog et ses BD sur ses périples américains. Elle est assistée ici par Elric que je ne connais pas, mais qui a probablement orienté le trait. En tout cas c'est joli et doux, lent mais posé aussi. Une BD étrange, posée et pourtant assez dense, qui pose des questions sans vraiment répondre. Une tranche de vie, qui semble très personnelle mais touche assez juste. Lecture conseillée.
Patrick Dewaere - A part ça la vie est belle
C'est le dessin qui m'a séduite : une espèce de douceur où le mouvement semble atténué. Effectivement c'est Patrick Dewaere qui raconte ses souvenirs. Il est normal qu'il y ait un peu de brume parce que ça fait un bail qu'il s'est suicidé. C'est la distance du temps qui est représentée. Les mots du loustic sont suffisament bien choisis pour qu'on retrouve son débit provocant, ironique. C'est par cette voix off que l'âme ambiguë remonte dans les images adoucies par le souvenir (le sien ou le nôtre ?). Un beau loser, impulsif et attachant. Moi, je ne l'ai vu que dans Coup de tête et Les valseuses, mais il faut avouer que dans les deux, il incarne une masculinité toxique qui oscille entre sa mauvaise conscience qu'il noie dans l'alcool et sa séduction inquiétante. Bref on ne peut pas être une femme et en être fan... Mais il ressemble au frère qui agace, parce qu'il est beau, beau et con à la fois. Bon scénario + monologue précis au souffle bien observé + dialogues réalistes + dessin suave et ralenti = bon moment de lecture. Un regret : il manque un peu d'épaisseur pour les seconds rôles...
Les Étoiles s'éteignent à l'aube
J’ai beaucoup aimé ce récit, qui a réussi à me toucher tant par son sujet que par son traitement. Le sujet, d’abord, l’histoire de ce jeune homme contraint d’accompagner son père dans un dernier voyage malgré tout le ressentiment qu’il éprouve pour ce dernier, et la découverte progressive de ses origines et, surtout, de sa mère (qu’il n’a jamais connue), m’a touché. J’ai aimé le fait que ce père soit tout sauf parfait. Alcoolique, lâche, menteur, manipulateur, il n’en aime pas moins son enfant et, dans ses moments de lucidité, a pleinement conscience de ses faiblesses et de sa médiocrité. J’ai aimé le fait que le fils ait du mal à aller vers ce père, se pliant au désir de ce dernier du fait de son éducation et de ses origines mais certainement pas par affection. Cette relation froide, distante, pleine de rancœur et de regrets m’a donc touché. Le traitement ensuite, m’a tout autant plu. La structure en courts chapitres qui nous permettent de découvrir progressivement l’histoire du père est classique mais bien équilibrée. Le dessin est très beau avec un rendu souvent proche de la peinture tout en parvenant à transmettre les émotions des personnages. Et puis, il y a cet emploi récurrent des ombres chinoises pour faire ressortir les passages dans lesquels la violence s’invite. Cette rupture de style crée un choc graphique tout en accentuant la lisibilité de la case, c’est tout con mais vachement efficace. Et pour en finir avec ce dessin, je soulignerai encore quelques cases dans lesquelles le visage de la mère est représenté, cases que j’ai trouvé tout simplement magnifiques. Donc voilà, à titre personnel, c’est une lecture qui m’a beaucoup touché et que je recommande.
Les Aigles de Rome
Après avoir fait ses armes aux cotés de Desberg pour L'Etoile du Désert et Dufaux pour Rapaces, Enrico Marini signe ici sa première série en étant seul au commande Je n'ai pas le recul nécessaire pour comparer l'œuvre de Marini avec la référence de Dufaux, Murena, ce qui me permet de juger l'œuvre pour ce qu'elle est … à savoir un très bon divertissement. L'intrigue sous fond de conquête de la Germanie par Rome s'attarde sur le destin de 2 jeunes hommes, Marcus et Ermanamer (devenu Arminius) qui ayant été rivaux dans leurs jeunes années vont finir par devenir frères puis ennemis au fil de leurs aspirations guerrières. L'intrigue est donc assez classique, voire même basique, mais elle fait suffisamment le job pour tenir son lecteur attentif et curieux de poursuivre l'aventure avec envie. Si je prends bonne note des critiques précédentes j'avoue ne pas avoir forcément été choqué par le langage utilisé par l'auteur Mais le gros point fort de la série, à mon sens, c'est le dessin de Marini. J'apprécie beaucoup son coup de crayon qui s'améliore au fil des tomes. Si ses personnages féminins sont réellement envoutants, les personnages masculins ne sont pas en reste non plus. Quant aux décors et scènes de batailles on sent qu'il y a porté une vraie attention afin de donner un aspect harmonieux à l'ensemble de l'œuvre. Je suis vraiment fan de son style. Au final il convient de prendre cette série pour ce qu'elle est, un blockbuster, une machine à fric. Et finalement ne serait ce pas là son réel point faible ? Mais moi, je suis tombé dans le panneau et j'attends impatiemment la suite des aventures de Marcus et Arminius
Snoopy & les Peanuts
Je ne vois pas pourquoi il faudrait que quiconque, enfant ou adulte, comprenne l'entièreté d'une œuvre à la première lecture. Que celle-ci ait plusieurs niveaux ne la rend que plus riche. Quelle chance a la bande dessinée, nom d'un pithécanthrope ! comme dirait peut-être le capitaine Haddock. Pourquoi ? Eh bien, il n'y a pas de Reader's Digest ou de version pour enfant. On ne déflore pas l'aventure avant la version intégrale ! Voilà, voilà, si les gens cherchent une spécificité noble à un art souvent encore quelque peu minoré. Il y a beaucoup de bandes de jeunes, là ils sont très jeunes, pas violents mais dépressifs. Et vous savez quoi ? Les enfants tristes, ça existe, et les adultes peuvent s'y reconnaître tout aussi bien que dans des gamins plus joyeux. Ils se posent des question, ils rêvent ? Tous les gosses ne sont heureusement pas aspirés par ce hobby si plaisant : en persécuter d'autres à l'école. Touche fantastique, le chien est aussi intelligent que les enfants, touche de vitalité, quand même, il en déborde malgré sa dépression. A part ça, j'aime bien l'humour, le dessin…. Et le fait qu'il y ait des produits dérivés ne me gêne pas, au contraire, s'ils sont assez ressemblants, ils permettent de semer, dans une réalité souvent un triste et sans saveur, un peu de sourire et de rêve.
Mafalda
Le dessin caractérise parfaitement les personnages et les situations, et l'écriture aussi. Problème : je ne crois pas du tout qu'une petite fille parlerait ainsi. Nuance : elle pourrait bien dire quelques-unes de ces choses, mais pas tant, à cet âge. C'est, disons, un concentré de réactions possibles d'enfant. Et on passe sur l'invraisemblance ou pas, selon son humeur. Quand on prend ça comme une fable, c'est parfait, quand est d'humeur réaliste, moins. C'est le problème d'une bd au contexte très réaliste quoique simple, et au personnage principal peu vraisemblable, pour le moins… Mais tout est bon, vraiment. Je comprends pourtant ceux qui arrêtent puis reprennent Mafalda : au début on s'amuse de ses attaques contre les oppressions et absurdités diverses du monde. Mais à force, on se sent englouti par ces problèmes, sans parler de l'abdication des personnages autres que l'héroïne face au monde.
Sibylline - Chroniques d'une escort girl
Si je comprends bien c'est la première bande dessinée de l'autrice Sixtine Dano et pour un premier album, c'est très réussi ! J'espère qu'elle aura une longue carrière dans un monde où cela devient de plus en plus difficile de vivre de son art. Je ne sais pas trop quoi ajouter de plus aux avis positifs. Je peux tout de même écrire que j'étais un peu surpris par le contenu du récit. Je pensais qu'on allait suivre la vie d'une escort girl du début jusqu'à la fin et qu'entre deux clients elle ferait des confidences aux lecteurs sur ce que c'est vraiment d'être une escort girl. En fait, on suit surtout la vie d'une jeune étudiante qui va finir par faire l'escort girl par besoin d'argent. C'est donc un scénario avec plusieurs aspects et celui sur le travail d'escorte est assez bien exploité et on comprend très bien les motivations d'une fille pour faire ce métier et les dangers que cela comporte. Tout est fait avec pudeur et le fait que l'autrice a questionné des vraies escortes donne un récit réaliste qui montre comment le monde peut être cruel envers les femmes. L'album est gros, mais comme la narration est fluide et qu'il y a plusieurs pages sans ou avec peu de textes, cela se lit facilement du début jusqu'à la fin. Le dessin est vraiment très bon. Un premier one-shot qui sort du lot de la grosse production BD de l'année 2025.
Knight club
Pas sûr que je trouve quelque chose de neuf à dire après mes collègues : c'est une BD hyper confortable : on y entre comme dans du beurre et on ressort repus. Ça se passe en 1181 autour de Jérusalem et ça met en scène une multiculturalité pleine de conflits, de violence et de connivences en même temps. Un village de forgerons à défendre contre des croisés envahissants : des mercenaires venus des 4 coins du monde et assez indisciplinés sous la direction d'une jeune héroïne autochtone qui n'a pas sa langue dans sa poche. Les dialogues complètement revisités à la sauce actuelle sont drôles et bien trouvés, même si le côté américain type "tout est bien qui finit bien " sur un tas de cadavres peut agacer. L'image d'Arthur de Pins, à l'instar du titre, donne une impression de facilité et de rythme. Les couleurs et les lumières méditerranéennes sont très bien rendues avec son habituel outillage numérique où les à plat semblent des morceaux de papiers retombés sur la feuille apres un coup de vent. Bref un beau cadeau pour ado, une morale un peu ambiguë sur la place de la violence et de la redemption mais franchement, le plaisir de l'humour et de la diversité des cultures et des points de vue emporte le morceau.
Oglaf
Vous saviez qu'Oglaf avait été traduit en français il y a près de 15 ans ? Vous saviez aussi que deux tomes traduits avaient été publiés ? Bah moi, jusqu'à il y a une semaine, non ! Oglaf c'est une série fourre-tout créée sur internet à la fin des années 2000 par deux artistes australien-ne-s et qui consiste en une succession d'histoires courtes très souvent décousues, autour d'une pelletée de personnages dont certains reviennent régulièrement, mais qui resteront tout du long unies par trois aspects : la comédie, l'univers fantastique et… le cul ! On parodie les archétypes du jeu de rôle, des légendes anciennes, des mythes antiques, des contes, bref tous les poussifs du répertoire fantastique, et au milieu de tout ça les personnages baisent à tout va. Entre deux quêtes et quelques tortures on a bien le temps pour des galipettes et des câlins. Je n'ai jamais su pleinement dire ce qui prévalait le plus entre la nature comique et la forme ouvertement (et bien souvent absurdement) érotique de l'œuvre, les deux font partie intégrante de l'œuvre et pourtant ne sont pas indispensables pour que l'on reconnaisse la patte "Oglaf". Beaucoup de gags ne reposent pas du tout sur la moindre allusion sexuelle, d'autres gags ne sont presque que des excuses pour de l'érotisme facile (surtout au début), et pourtant les deux restes indissociables à ce qui fait d'Oglaf ce récit "absurdo-érotico-fantastico-médiéval". Pas juste du cul à tout va, pas juste de l'aventure parodique, pas juste non plus de la comédie déjantée. Comme dit plus haut les récits sont bien souvent indépendants et presque toujours très courts, pourtant quelques lignes narratives apparaissent quelques fois, on a le droit a de véritables aventures filées (comme les déboires du pauvre Ivan compilées dans le premier tome ou encore l'aventure de "La Chenille de l'Eclate" du second tome) et un casting de personnages réguliers se dessine assez rapidement, avec notamment Ivan l'assistant exploité, Kronar le barbare à la culture absurdement viriliste, Navaan la "docteure" avec quelques neurones en moins, les nains et leur caractère inventif et explosif, ou encore la guerrière blasée bien trop compétente pour le monde dans lequel elle vit (qui n'est jamais nommée d'ailleurs). Les personnages sont cons comme pas permis (sauf pour les rares ayant écopé du rôle d'Auguste et de souffre douleur récurrent), toutes les espèces sentientes ont une sexualité décomplexée, on a le droit à une grande variété dans les types de sexualités représentées (on a même très souvent le droit à des relations homosexuelles), une variété aussi dans les kinks et ressorts humoristiques mis en scène, … Bref, je risque encore de me répéter, c'est à la fois très con, très drôle et très très la baise (pour citer ma mamie). Petit passage sur la forme de ces deux albums. La traduction de Francis est bonne, les runnings gags et les punchlines marchent, honnêtement c'est réussi. Je ne saurais dire si la traduction de la dimension érotique de l’œuvre est tout aussi juste, je lis quasi-exclusivement ma littérature érotique en anglais (la langue des perfides grands-bretons), et puis il faut dire que certains termes francophones comme "foufoune" ont plus tendance à me faire ricaner que vibrer le pantalon. Pour ce qui est de la dimension érotique de l’œuvre, justement, je ne saurais pleinement attester de sa qualité. Comme expliqué dans quelques autres avis l'érotisme marche surtout en pur écrit chez moi et même si je peux juger objectivement la plastique des personnages comme typiques de ce genre de créations émoustillantes, je ne saurais dire si elle est ici particulièrement de bonne facture ou non. Et puis, n'étant pas sensible aux charmes masculins, c'est déjà tout une partie des scènes de jambes en l'air qui me passe au dessus de la tête. Allez, je reconnais tout de même que certains scénarios me parlent quand-même, que certaines prémisses auraient pu me faire rougir... si je n'étais pas déjà occupée à glousser. Bah oui, je lis cette série surtout pour la comédie ! Et puis de toute façon, encore une fois, c'est suffisamment varié pour qu'il y en ait pour tous les goûts. Pour ce qui est du dessin je suis mitigée. Subjectivement je l'affectionne, j'y suis attachée (peut-être parce qu'habituée), mais objectivement je lui reconnais un certain aspect trop "simpliste" dans beaucoup de designs, une colorisation parfois plate et un style webcomic typique de son époque qui ne parlera sans doute pas à tout le monde. Série comique, série fantastique ou série strictement pour adulte ? Je n'ai pas su choisir alors j'ai tranché pour la classer comme une série avant tout humoristique. Gardons juste en tête que la myriade de vulves, de pénis, d'anus, de seins et de brouettes moldaves en gros plans ne prédestinent pas cette lecture à un public jeunesse. Bon, après, rien ne vous empêche de faire lire à des ados les quelques gags sans cul (ou a minima sans rien d'explicite), il y en a des sacrément chiadés ! Même si beaucoup des premiers gags me paraissent un peu faibles, j'avoue trouver la série dans sa globalité assez savoureuse, alors je lui arrondis sa note au supérieur sans le moindre regret. (Note réelle 3,5) PS : Je suis surprise que l'intégralité du webcomic n'ait pas été publié en album, après tout la série continue toujours et la traduction francophone disponible sur le site des éditions Lapin est déjà allée très loin.
Soli Deo Gloria
Ayè ! J'ai lu la bestiole, enfin. Et je ne dérogerai pas à la règle pour me lancer moi aussi dans un concert de louanges, histoire de rester dans le thème de cette BD décidément remarquable ! Que ce soit son thème (ou plutôt ses thèmes), sa narration fluide, son scénar ciselé, ou son dessin immersif, il n'y rien à jeter dans Soli Deo gloria. Je tâcherai d'être bref car les aviseurs et zeuses précédent-e-s ont déjà tout dit. Le thème principal, c'est la musique, c'est évident. Un thème qui ne pouvait que me parler. Mais derrière ça, il y a plusieurs sous-thème, expression totalement impropre car ces thèmes ne sont pas mineurs, ou moins importants : ils sont juste moins évident, moins immédiatement saisissables, et se révèlent à mesure que la lecture progresse. Sans aller plus en profondeur, on citera pêle-mêle celui de la fratrie, de l'absence, de l'inspiration... Bref ! cette œuvre fourmille, ce qui contribue probablement à la rendre si prenante à en juger par les commentaires dithyrambiques. La narration est claire et ne pose aucun souci de compréhension. Pas une fois il ne m'a été besoin de faire marche arrière avec cette impression d'avoir rater un truc. C'est limpide. Le scénario est une construction admirable. On sent que tout est réfléchi et savamment pesé. Contrairement à Cleck, cela m'a au contraire beaucoup impressionné car ce n'est pas courant. Et puis on ne voit pas les étais. Ca tourne comme une horloge, et moi, je trouve qu'un mécanisme horloger est quelque chose d'admirable. Comment reprocher à un auteur d'avoir bosser son truc ? A un artisan de chercher la perfection ?... A mesure que la fin arrive, ce roman graphique d'initiation ressert son emprise. La tension monte. J'étais complètement pris dans cette histoire qui ne souffre d'aucun temps mort, avançant à un rythme métronomique, ce qui on en conviendra, pour une œuvre évoquant la musique, est du meilleur effet. Ca monte, ça monte, à l'image du "resurrectio" final ! Mais chuuuut !... Enfin, le dessin : il est tout bonnement exceptionnel. Il développe une singularité tout en rendant un hommage sincère aux illustrateurs historiques. J'ai par exemple beaucoup pensé à Gustave Doré ! Franchement, j'étais tout entier happé dans l'univers graphique, à plus forte raison parce qu'Edouard Cour développe des petites trouvailles remarquables qui la plupart du temps fonctionnent à merveilles. Il a par exemple parfaitement traduit le son : celui de l'instrument chamanique construit dans un crâne d'ours, ou le son si particulier du clavecin. La classe atomique ! Chapeau bas ! Je m'arrêterai là, me contentant d'ajouter qu'au départ pourtant, j'ai tiqué sur la couverture dorée (Gustave ?) que je trouvais bien trop tape à l’œil pour être sincère. Mais les deux auteurs de Soli Deo Gloria ont su faire plier toutes mes mauvaises langues intérieures. De la bien belle ouvrage !