Les derniers avis (35054 avis)

Couverture de la série Dans le même bateau
Dans le même bateau

Ouh punaise. En voilà un album qu’il est bien !! Je découvre l’auteure mais je vais me pencher sur ses autres productions, une lecture intéressante, légère et agréable. J’ai trouvé qu’elle réussissait un beau numéro d’équilibriste avec ce récit autobiographique. Elle nous narre son expérience dans l’aviron junior à la fin de son adolescence (1989 à 91), nous sommes en Allemagne de l’Ouest post chute mur de Berlin, un mélange de chroniques familiale, adolescente, sportive et historique. C’est vraiment sympa à suivre en plus d’être instructif et authentique. Les 2 précédents aviseurs ne s’y sont pas trompés, c’est servi avec beaucoup de sincérité et de (fausse) simplicité, d’ailleurs Canarde pointe très bien un des thèmes de l’album. Une mise en page aérée pour un récit qui respire malgré sa belle densité. Une belle découverte pour ma part.

21/09/2023 (modifier)
Couverture de la série Kobane Calling
Kobane Calling

A l’instar des meilleurs Delisle, on a avec ce « Kobane Calling » un excellent documentaire, qui réussit le tour de force d’être instructif, de bien montrer sur place et dans les détails la réalité d’une population en guerre, tout en le faisant de façon presque ludique, en tout cas avec un ton souvent décalé – avec de nombreuses digressions plus ou moins humoristiques – qui rend la lecture fluide et très agréable. On retrouve ici le ton et quelques trucs que l’auteur emploie dans ses autres albums autobiographiques (beaucoup d’autodérision, son double le tatou, etc.). J’aime bien, c’est efficace. En tout cas ici ça fonctionne parfaitement. Zerocalcare se met en scène, mais pas en avant. En tout cas il ne vole pas la vedette à son sujet. Son dessin, très simple et fluide, très lisible, est à l’unisson de cet album franchement réussi, et qui assène quelques vérités quant à l’utilisation de la situation par les autres pays (puisque la lutte contre Daech semble être mise en sourdine) : la Turquie qui, avec la complaisance de la « communauté internationale » persécute les Kurdes, abandonnés par les occidentaux dès lors qu’ils ne servent plus de chair à canon contre Daech. Une chouette lecture en tout cas !

21/09/2023 (modifier)
Couverture de la série Mafia Story
Mafia Story

Je poste mon avis après lecture des 6 premiers tomes d’une série qui porte bien son nom ! En effet, il s’agit bien pour Chauvel de dresser une suite de portraits (la plupart du temps des débuts à la gloire, puis de la gloire à la chute, sous forme de diptyques) qui, au final, forment une histoire du crime organisé aux États-Unis dans les années 1930. Chauvel s’est documenté (un dossier complète chaque album pour expliquer les sources des choix scénaristiques), et sa narration très fluide rend très claire sa petite histoire de la mafia, dans laquelle nous voyons apparaître des noms désormais célèbres (Lucky Luciano par exemple). On peut éventuellement reprocher un texte un peu trop abondant parfois, un style indirect envahissant. Mais le fait est que les amateurs du genre et de l’époque y trouveront leur compte. En effet, le sujet aidant, on ne s’ennuie pas, que ce soit pour la partie « ascension », remplie de meurtres et autres coups tordus, ou la partie « déchéance », avec les procès (qui n’arrêtent pas le rythme des morts). Généralement bâties en diptyques (mais le tout forme un ensemble, les noms et faits se recoupant parfois), les histoires sont bien fichues, de qualité égale. Rien d’exceptionnel, mais suffisamment captivant pour les amateurs, du très bon boulot en tout cas. Note réelle 3,5/5.

21/09/2023 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Come Prima
Come Prima

Après avoir lu Senso dans la même journée, "Come Prima" m'a semblé être une sorte de premier jet du même auteur. Il y a là les ingrédients qu'il a reprit dans sa BD suivante, à savoir deux personnes liées ensemble le temps d'un trajet/d'une nuit, la question de la famille, de la paternité, le tout dans une ambiance de l'Italie sous la chaleur, évoquant le passé. Maintenant, si j'ai vu des similitudes dans le procédé, les deux œuvres sont différentes, bien sur. Si je dis que je vois dans "Come Prima" une sorte de premier jet, c'est que j'ai été un peu moins touché par cette BD que par Senso. Sans doute que cela à à voir avec le sujet, ou alors que je m'attendais à certains rebondissements du récit (la révélation après l'accident notamment). Sans doute aussi que cette histoire de frère opposé par le temps et qui se rejoignent dans leurs blessures passées qu'ils doivent maintenant refermer ne me parle pas beaucoup. J'ai l'impression de passer plus facilement sur les histoires concernant le retour dans sa contrée natale, bien que je sois très chauvin de mon Alsace natale. Mais en dehors de ces appréciations personnelles, j'ai adoré le fait que l'histoire révèle petit à petit les implications de chacun dans ce passé, la découverte de ce qui s'est joué au départ du frère, le pourquoi. Le fait de voir en flashback progressif comment tout s'est dessinée est une super idée, donnant progressivement toutes les informations nécessaire à cette compréhension. Pour l'ensemble, je laisse ma note à 4, mais un 4 un peu plus petit que Senso qui m'a plus touché personnellement. Cette histoire ne m'a pas non plus laissée insensible et j'ai beaucoup aimé la lire. Alfred sait décidément faire des choses qui me plaisent, qui me donnent envie d'y revenir et d'approfondir encore sa biographie.

21/09/2023 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Slava
Slava

Même si je n'ai pas été totalement charmé par cette BD, je lui reconnais sans peine son originalité, la densité de son scénario et sa bonne tenue tant graphique que narrative. Le contexte est intéressant puisqu'il nous plonge dans la Russie des années Eltsine, une Russie à peine sortie de l'ère soviétique et qui semble partir à vau-l'eau de toute part. Dans ce cadre, nos deux héros profitent de la situation pour piller d'anciennes bâtisses soviétiques abandonnées mais ils vont être finalement rattrapés par la situation bien plus terre à terre d'un village de mineurs qui veut sauver sa mine et son usine. Le héros, Slava, est vite convaincu de leur venir en aide, notamment grâce au charme de Nina, dont la beauté n'égale que la force de son caractère. Mais ce sera bien plus compliqué de motiver son partenaire, Lavrine, nettement plus cupide et sans scrupule. Cette plongée dans la Russie de l'époque est particulièrement réussie. Elle présente un caractère fantasmé, avec de grandes étendues enneigées et leurs bâtisses désertées, et une ambiance d'aventure entre grands espaces de la campagne et salons corrompus de la grande ville. L'intrigue est dense, soutenue par une poignée de protagonistes à la personnalité aussi marquée qu'intéressante. Le héros est presque le plus creux d'entre tous, simple ancien artiste frustré reconverti en pillard honteux. On appréciera davantage le caractère indépendant de la jolie Nina, la force de la nature imbibée d'alcool qu'est son père, ou encore et surtout le fameux Lavrine et sa passion semi-comique pour l'argent et les magouilles commerciales, pourtant bien piètre criminel comparé aux mafieux et futurs oligarques qu'on voit tirer les ficelles au-dessus de lui. Graphiquement, le style de Pierre-Henry Gomont m'a rappelé celui de Christophe Blain, pour un résultat convaincant, aussi plaisant à l'œil qu'à la lecture. Il m'a manqué une petite touche de je ne sais pas quoi pour être complètement transporté par le récit et charmé par son ambiance, mais j'ai beaucoup apprécié cette série qui aura de plus l'avantage de se terminer en trois tomes seulement.

21/09/2023 (modifier)
Par PAco
Note: 4/5
Couverture de la série Saint-Elme
Saint-Elme

Voilà déjà trois ans que notre duo d'auteurs avait marqué les esprits avec le magnifique L'Homme gribouillé. Cette nouvelle collaboration semble s'inscrire dans la même veine : une enquête centrée autour des croyances locales de bleds un peu paumés. Alors, bienvenue à Saint-Elme, petite bourgade de montagne dont l'essentiel de l'économie tient à l'usine d'eau de source tenue par la famille Sax, qui règne en magnat local. Franck Sangaré, détective privé débarque à Saint-Elme pour retrouver un jeune fils de bonne famille disparu depuis plus de 3 mois ; il va y retrouver Madame Dombre qui connaît bien les lieux et les gens pour lui servir d'assistante. On suit également Morba, un black embarqué dans un trafic mystérieux dont la transaction va tourner au drame ; ce dernier va se retrouver à fuir en compagnie d'une jeune fille inconnue retenue prisonnière... Enfin, les présentations de la famille Sax se fait au travers de leurs rapports brutaux et sans filtres, comme taillés à la serpe et qui laissent présager de leurs "bonnes relations" avec le reste de la population locale... Ce premier tome va donc se construire autour de ces trois pôles narratifs pour tisser petit à petit les ramifications qui vont les relier. Si ce premier tome introductif ne fait d'une certaine façon que poser des questions et installer le mystère, le décor est planté et les personnages posés pour mieux nous mettre l'eau à la bouche... Car côté mystère Serge Lehman connaît son travail et maîtrise la narration, quant au graphisme de Frederik Peeters, il magnifie cette histoire grâce à son graphisme toujours aussi fourmillant de détails et un encrage marqué. Si le noir et blanc qui avait prévalu dans L'Homme gribouillé, Peeters a ici opté pour une mise en couleur très peps et acidulée, qui, passé la surprise des premières planches, propose des ambiances sombres qui accentuent le mystère ambiant. Voilà donc un premier tome très réussi, dont le seul défaut réside en la frustration qu'il impose ayant terminé d'avaler ces quelques 80 pages... Les dés sont jetés, reste à savoir ce que la suite va nous réserver... *** Tome 2 *** Cool ! Voilà un tome deux qui ne se sera pas fait attendre ! C'est toujours une joie pour moi de replonger dans les univers concoctés par notre duo d'auteurs, et j'avais hâte de retrouver l'atmosphère pesante et poisseuse de Saint-Elme ! Après le carnage chez nos trafiquants locaux, il faut maintenant faire le ménage. Le Derviche doit donc faire appel au réseau de nettoyage de la famille Sax... Franck Sangaré se retrouve pour le coup en situation critique et la couverture de son amie Ombre est quant à elle très compromise. Ça sent le brûlé au pays de l'eau plate ! On est vite replongé dans ce petit monde d'embrouilles et de secrets de famille ou de bled paumé. Chaque personnage semble garder quelques cartes dans sa manche, avec toujours en arrière plan cette impression de passé plus ou moins trouble. Ajoutez à cela un "grand secret" qui semble être le fil rouge de ce récit mais qui reste en filigrane pour le moment, et on peut dire que côté mystères on est plutôt servis ! C'est d'ailleurs le seul reproche que l'on pourrait faire à ce tome, qui, s'il fait avancer le récit, pousse peut être un peu trop doucement ses pions. On arrive à la fin de l'album avec quelques réponses, certes, mais surtout davantage de questions sans qu'on ait l'impression qu'il se soit passer énormément de choses. Alors oui, les lignes bougent et l'échiquier s'ébranle, mais on reste sur notre faim au bout de ces 80 pages. Frustration quand tu nous tiens ! Il ne nous reste donc plus qu'à prendre notre mal en patiente en attendant que la suite arrive, en espérant que le troisième tome soit à la hauteur ! Mais le cliff hanger de fin d'album semble très prometteur, alors croisons les doigts ! *** Tome 3 *** Aahhh ! Welcome back to St Elme ! un p'tit verre d'eau pour se mettre en jambe ? Voilà que le frère de Franck rentre dans la partie ! Notre enquêteur est en effet dans une très mauvaise posture après ses dernières découvertes ; Dombre, inquiète pour lui après sa disparition contacte donc son frère Philippe qui débarque à St Elme pour le sortir de ce mauvais pas. Et comme dirait l'autre, la famille c'est sacré ! Pas touche ! Car le Philippe ne fait pas dans la dentelle ! (pour notre plus grand plaisir ! :D ) Du côté de la famille Sax les choses se compliquent aussi, chacun poussant ses pièces en pensant maîtriser la partie qui se joue. Tout le monde n'en sortira pas grandi... voire vivant. Ce troisième opus garde le rythme, la tension montant d'un cran encore et accroche tout autant le lecteur. Voilà un thriller qui pour l'instant tient toutes ses promesses. Serge Lehman en habile conteur sait nous tenir en haleine, le talent graphique de Frederik Peeters faisant le reste. Vivement la suite ! *** Tome 4 *** Ahhhh enfin la suite !!! Que c'est bon de replonger dans cet univers ! Hypnotique, cette série à la colorisation si singulière et au scénario envoutant ne nous laisse pas le temps de souffler, ou tout juste quelques pages, le temps de se replonger dans l'ambiance et l'atmosphère de St Elme, jolie petit station de montagne bien policée en surface, véritable nid de vipère si on commence à gratter un peu le vernis. Et après, tout s'accélère ! Les pièces du "grand puzzle" de ce thriller commencent à s'imbriquer, la trame commence à prendre de l'épaisseur et les différents fils tissés entre les personnages prennent sens. Les personnages que nous a composé Serge Lehman sont vraiment ahurissants et le dessin très cinématographique de Frederik Peeters leur donne une prestance et une force dans chacun de leur rôle. Que ce soit la bêtise, la cruauté, la peur, l'intelligence ou la naïveté, notre brochette de personnages nous propose une belle palette, mais pas toujours reluisante de nos contemporains. Ajoutez à cela une petite touche de fantastique, et vous avez là une série qui ne pourra que ravir les amateurs du genre !

09/10/2021 (MAJ le 21/09/2023) (modifier)
Par PAco
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Reckless
Reckless

Et encore une petite pépite de notre trio de choc Brubacker/Phillips père & fils qui se lance dans une nouvelle série dont les tomes ont l'air de pouvoir se lire indépendamment. Cette fois-ci pas de flic ou de truand à proprement parler, mais un ex agent infiltré du FBI, Ethan Reckless (d'où le nom de la série), qui s'est reconverti comme homme de main indépendant pas vraiment déclaré après avoir tout plaqué. Un problème dont on ne peut faire part à la police ? Un numéro de téléphone et Ethan prend ou non l'affaire en main moyennant finance. Cela fait maintenant des années qu'il fonctionne comme ça, alliant tranquillement ces "missions" à sa passion pour le cinéma et le surf. Mais le passé n'est jamais complètement enterré et va venir frapper à sa porte pour le replonger dans la partie la plus sombre de ses souvenirs. A ne pas respecter les règles qu'on s'est fixé, on finit souvent dans la merde... Encore une fois, Ed Brubacker nous concocte un scénario puissant autour de personnages charismatiques et travaillés. La psychologie de ses personnages assied la trame de son récit en tissant un caneva dont le motif final ne nous est révélé que par touches subtiles pour mieux nous péter à la gueule à la fin. Sean et Jacob Phillips n'ont plus qu'à coucher sur le papier personnages et ambiances qui transpire de cette trame : c'est rudement efficace ! Pauvre de nous petits français qui allons devoir attendre la traduction des tomes à venir déjà parus outre-Manche ! Vivement la suite ! *** Tome 2 *** Ahhh enfin le second opus de cette série qui a démarré sur les chapeaux de roue ! C'est avec plaisir que nous voilà replongé dans le quotidien mouvementé d'Ethan Reckless au coeur des années 80'. Tel un conteur confirmé, Ethan nous relate sa rencontre avec la belle bibliothécaire Linh Tran qui va bien évidemment le conduire sur des sentes troubles et périlleuses. Au détour d'un film partagé avec sa belle dans le cinéma que possède Ethan, Linh vire au blanc en reconnaissant à l'écran sa soeur Maggie disparue voilà huit ans... Ethan se lance donc sur les minces traces existantes pour retrouver la soeur de Linh et va rapidement se retrouver engoncé dans une affaire bien sombre et licencieuse comme seule Hollywood en a le secret. Les cadavres vont commencer à sortir des placards, les témoins à finir six pied sous terre et le souffle de la faucheuse se fait pressant aux oreilles de notre détective... Notre dream team d'auteurs apparait de plus en plus rôdée et efficace en nous proposant des récits toujours aussi captivants et creusant toujours aussi loin pour interroger la noirceur de la nature humaine. Les personnages sont toujours aussi bien approfondis et impeccablement insérés dans des contextes marquants, ce qui permet au lecteur une immersion rapide et hypnotique. Ne reste plus qu'au duo Phillips de coucher ça sur le papier avec leur patte reconnaissable et toujours aussi efficace pour nous régaler une nouvelle fois. Vivement le prochain tome ! *** Tome 3 *** Wow ! Voilà un troisième tome qui loin de s'enliser dans le confort d'une trame pépère et toute tracée, nous colle une bonne torgnole et appuie là où ça fait mal ! Ethan Reckless se retrouve donc à enquêter sur un magnat de l'immobilier intouchable de Los Angeles. A côté de cela il tente de recoller les morceaux avec son amie Anna ; depuis un certain temps, celle-ci a pris ses distances avec lui mais cette relation amicale manque cruellement à Ethan. Cette nouvelle affaire va être l'occasion de se retrouver et de retravailler ensemble. Décidément, notre trio d'auteurs n'a pas fait dans la dentelle et n'a pas ménagé notre pauvre Ethan ! Lui qui essayait de se la couler douce avec une petite affaire tranquille à régler de temps en temps, va mettre le doigt dans un engrenage qui va faire couac, et pas qu'un peu ! Si j'avais apprécié le deuxième tome de la série, je l'avais trouvé un peu en deçà du premier. Là, avec ce nouveau tome, on replace la barre on top et on est pas loin de demander de l'aide pour qu'on nous ferme la bouche qu'on a gardé béante depuis un paquet de page (la bave n'est pas loin...). Les Philipps et Brubaker signent là un album upercut, construit de façon intelligente, nous proposant une intrigue tout aussi prenante que surprenante. Voilà décidément une série qui s'affirme et qui ne fait que confirmer tout le talent de ses auteurs. *** Tome 4 *** Voilà un album centré cette fois sur le personnage secondaire de Anna. Ethan étant parti mener une affaire à San Francisco, elle décide d'accepter une affaire pour son compte. C'est en effet une ex star du cinéma d'horreur qui lui demande d'enquêter sur le manoir dont elle a hérité et qu'on dit maudit ou hanté ainsi que sur la disparition de son chien... Il n'en fallait pas plus pour titiller la curiosité de notre jeune cinéphile ! Mais forcément, l'enquête de routine va rapidement déraper. L'idée de mettre Ethan sur la touche pour cet album est très bonne. Elle permet de mettre la focale sur Anna, un personnage complexe et charismatique de cette série. Au fil des tomes l'histoire et la psychologie des personnages s’étoffe et nous dévoile ce qui compose cette relation singulière entre ces deux protagonistes. Pour autant, si l'intrigue est bonne et toujours aussi bien ficelée, j'ai trouvé ce tome moins percutant que les autres. Il faut dire que les trois premiers tomes avaient placé la barre très haut ! Pour le coup j'ai hâte de lire le prochain tome qui nous racontera justement ce que faisait Ethan à San Francisco pendant qu'Anna se dépatouillait de son manoir hanté. *** Tome 5 *** Ahhh !!! Là je retrouve l'énergie et la fougue des premiers tomes ! Et surtout, un Ethan égal à lui même, c'est à dire toujours prêt à franchir la ligne rouge. Ethan se retrouve donc à San Francisco pour une enquête. Un de ses voisins, devenu ami au fil des événements, lui demande de lui rendre la pareille ; la copine de son fils a disparu et ce dernier est très inquiet. Mais s'il retrouve assez rapidement la trace de cette dernière, Ethan ne s'attendait pas au bourbier dans lequel il va se retrouver avec cette enquête... Notre trio d'auteurs montre une nouvelle fois tout le talent dont il est capable en produisant un cinquième tome toujours plus noir et cynique. Les fêlures de notre protagoniste éclatent de nouveau au grand jour, construisant ce personnage profondément border line, dont les accès de violence ne donnent pas dans la dentelle. Voilà encore une fois un récit haletant, qui semble malheureusement annoncer une pause dans la série, les auteurs ayant sans doute aussi un peu envie de produire autre chose. Dommage pour nous, pour autant, la série ne semble pas enterrée, ils reviendront sans doute faire reprendre du service à Ethan ; espérons que cela soit le plus tôt possible !

07/10/2021 (MAJ le 21/09/2023) (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Vie de Carabin
Vie de Carabin

Je ne peux qu'abonder dans presque tout ce qu'a écrit Bamiléké. Je ne fais pas partie du monde soignant, mais possède quelques personnes de l'art autour de moi, avec lesquelles il m'arrive de discuter de leur pratique. Ce qui me frappe donc en premier lieu c'est l'acuité de VéDéCé pour croquer les situations -souvent absurdes, souvent dramatiques- auxquelles lui-même et ses confrères sont confrontés au quotidien, ou lors de circonstances particulières. On ne se rend pas compte du délabrement matériel du milieu hospitalier; On ne se rend pas compte de l'état d'épuisement -pour ne pas dire plus- du personnel. On ne se rend pas compte de l'absurdité de la société, où un service public est perçu comme un bien de consommation... Dans le tome 4, par exemple, des gens appellent le SAMU pour être accompagnés à leur rendez-vous chez le médecin... juste parce que leur femme a pris la voiture aujourd'hui. Ou que c'est plus confortable. Ce serait hilarant si cela n'était pas dramatique, car une ambulance qui est appelée pour un malaise cardiaque simulé par la prétendue victime ne pourra pas aller secourir un enfant de 4 ans renversée par une voiture. Alors pour ne pas craquer face à tout ça, le personnel soignant préfère en rire, parfois à gorge déployée. Une manière comme une autre de se forger une carapace. Lors d'un bref passage aux urgences il y a quelques temps, j'ai vu de mes yeux un interne presque littéralement s'écrouler sous la pression et la fatigue, après je ne sais combien d'heures de garde. Je n'ai pu m'empêcher d'aller le voir et lui demandait si ça allait... Le patient qui vient en soutien du soignant... Mention spéciale sur le tome 4, lorsque notre héros ordinaire, tout en faisant sa thèse, fait un stage de 6 mois dans le servie local de SAMU... Une expérience pas piquée des hannetons, et qui montre elle aussi une fois encore l'état très particulier dans lequel se trouve le milieu sanitaire en France. Même si j'avais entendu parler de certaines des situations décrites (il y a des constantes), je n'ai pas pu m'empêcher d'être consterné par celles-ci, sachant qu'elles sont vraies (les circonstances, les noms ayant été changées pour des raisons évidentes). Pour en revenir à Vie de Carabin, c'est un travail remarquable. Pas forcément sur le plan graphique, c'est presque du "gros nez", mais comme l'a remarqué mon camarade, il y a une telle énergie dans les situations, dans l'expressivité si particulière des gueules noires (quasiment des smileys), que les histoires passent toutes seules. A peine remarquerais-je que sur certaines doubles pages (en têtes de chapitres, par exemple), le sens de lecture des cases n'est pas toujours optimal, mais c'est vraiment pour pinailler. C'est du très, très bon boulot. Qui devrais se retrouver dans les salles d'attente de tous les cabinets de médecine de France et de Navarre, en plus des salles de repos des personnels hospitaliers.

20/09/2023 (modifier)
Couverture de la série Noir Métal
Noir Métal

Le dessin de Loyer est simple et très lisible. Je lui reprocherais juste un manque de détails et des visages aux traits parfois presque effacés. Mais, cette remarque liminaire évacuée, la lecture de cet album est très fluide, agréable, sur un sujet « sérieux ». Le documentaire est mené par des auteurs originaires de la région, intéressés par les luttes sociales (Loyer a publié plusieurs albums, surtout sur le milieu minier). Leur connaissance du sujet et leur sincérité ne font aucun doute, et sont un atout pour rendre ce documentaire à la fois intéressant et facile à lire. Il éclaire en tout cas le cynisme dont font preuve les multinationales (et leurs actionnaires), mais aussi l’apathie, pour ne pas dire la complicité dont elles bénéficient au niveau des « politiques » (ceci n’étant pas pour rien dans la récupération du FN du dégoût ouvrier – jusqu’à ce que, eux-mêmes au pouvoir, montrent qu’ils n’agissent pas autrement, mais c’est un autre sujet). La petite chronologie et le petit épilogue en fin d’album confirment bien tout ça, ainsi que le fait que tous les frais de dépollution, de « traitement social » sont à la charge du contribuable. Personne n’est poursuivi pour empoisonnement, et jamais la fermeture de l’usine (qui met dans la merde ouvriers, familles, commerçants, bref, toute une région) n’est qualifiée de violente. La violence, c’est quand les ouvriers protestent ou cassent du matériel : instructif ce reportage télé (TF1) dénonçant les ouvriers polluant un cours d’eau en balançant de rage du matériel dedans, alors que ça fait 100 ans que l’usine pollue et met en danger la vie des habitants sans que cela ne soit dénoncé ni poursuivi ! Le documentaire est équilibré, et montre bien aussi que les ouvriers, pourtant premières victimes de la pollution, ont d’abord considéré comme ennemis et traitres ceux qui voulaient poursuivre en justice l’entreprise pour pollution, car leur gagne-pain était menacé en cas de fermeture (et les actionnaires jouent évidemment de tout ça, les victimes devenant ainsi les accusés). Un énième documentaire sur le même sujet, mais il est bien fait, sincère. Même si, hélas, on peut penser que la financiarisation de l’économie, l’éloignement des centres de décision des salariés, ne va faire qu’aggraver à l’échelle planétaire le phénomène observé ici, dans le nord de la France. Note réelle 3,5/5.

20/09/2023 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Senso
Senso

Je suis totalement client de ce genre d'histoire, c'est ma came sans aucun doute. Je suis surtout client de la façon dont l'histoire développe par petites touches son propos, la façon dont Alfred dépouille progressivement son personnage de tout les artifices au cours d'une journée qui ne semble pas en finir jusqu'au stade où celui-ci se retrouve devant les réalités de sa vie. Le récit embarque tout en douceur, partant d'un homme avec un train en retard, puis progressivement tout s'empile pour lui faire passer une mauvaise journée. Un mariage, une chambre non retenue, une erreur de date, la perte de son bagage … Jusqu'à ce que, dépouillé de tout, il se retrouve embarqué de force dans le mariage, fait une rencontre et accepte de se laisser aller, un peu. L'histoire brasse de nombreux thèmes, que ce soit sur la vieillesse, la famille, le travail, mais présente aussi divers personnages que j'ai bien aimé. Nerveux ou déprimés, violents ou emmerdeurs, ils sont présentés différemment au fur et à mesure du récit, dévoilant ce qu'ils ont plus en profondeur alors que la nuit s'étend. J'ai beaucoup aimé cette sensibilité, cette retenue dans l'histoire. Rien n'est clairement dit, c'est laissé à la compréhension du lecteur. Jamais cryptique mais jamais explicite dans son propos, l'histoire se finit sur une note très touchante, comme l'a souligné Alix, sur la question de sa place dans la vie de sa fille. Le résultat est brillant, à mon sens, surtout lorsque j'ai vu avec un grand sourire les dernières pages et qui est ce fameux couple. C'est le genre de choses que j'apprécie de lire parce qu'il y a plus que ce qui est dit et qu'il y a surtout une très jolie chose, une sorte de poésie de l'ensemble qui se déroule sous nos yeux. J'ai lu pas mal de BD d'Alfred, et je dois bien dire que je suis de plus en plus émerveillé par la qualité des histoires qu'il nous donne. La tonalité est bien souvent différente, mais ici le ton résolument poétique et onirique s'accorde avec la forme, donnant une lecture simple mais juste, qui résonne chez moi comme elle doit résonner chez une personne plus âgée, avec des raisons sans doute différentes. La BD est une réussite totale. Je suis sous le charme.

20/09/2023 (modifier)