Découvrir un Corben est pour moi toujours un évènement. Et il faut être patient vu les prix pratiqués sur le marché de l'occasion.
Jeremy Brood est un très bon Corben. On retrouve Strnad au scénario, gage de qualité.
Il y a pas mal de points communs avec Den. On retrouve le même mélange de SF et d'univers mythologique ancestral.
Les extraterrestres sont grotesques, les décors organiques, bref du pur Corben.
Le niveau de finition du dessin, un critère très important chez cet artiste, n'égale pas le premier épisode de Den mais reste dans la moyenne haute de son œuvre.
La narration patine un peu vers la fin et nous délivre un dénouement hasardeux, c'est ce qui m'empêche de donner la note maximale.
A conserver précieusement dans sa bibliothèque.
Rebel de Pepe Moreno est le "Streets of Rage" de la bande dessinée.
Si vous avez passé des heures à arpenter les rues malfamées du jeu vidéo sur Megadrive, à distribuer des mandales sur fond de musique techno-synthé, alors la lecture de Rebel va déclencher chez toi lecteur, une vague de nostalgie immédiate.
Publiée en 1984, cette bande s'impose comme l'ancêtre spirituel parfait du célèbre beat 'em up de Sega. Elle coche toutes les cases de la série B rétro-futuriste : climat post-apocalyptique, anti-héros ultra-badass, action rythmée et guerres de gangs.
Dès la couverture iconique, le ton est donné : un mercenaire tout de cuir vêtu et armé jusqu'aux dents pose fièrement avec, en arrière-plan, une ville en proie aux explosions.
Le scénario rappelle lui aussi les grandes heures de l'arcade. À l'instar d'Axel Stone ou d'Adam Hunter partant nettoyer la ville, Rebel — un ancien des forces spéciales — doit secourir sa petite amie Lori, kidnappée par un gang rival (les Skinheads) retranché dans une tour. Le Brooklyn dévasté dépeint par Moreno suinte la même ambiance de zone de non-droit nocturne, gangrenée par une profusion de violence.
Visuellement, les couleurs flamboyantes et contrastées de l'auteur évoquent immédiatement les palettes graphiques des bornes d'arcade de l'époque, dans une esthétique "néon et asphalte". C'est flashy, c'est violent, et le découpage de l'action est si nerveux qu'on croirait presque entendre les impacts de balles à chaque case.
Mais Rebel, c'est du fun avant tout. Pour désamorcer un ton qui aurait pu être trop sérieux, Moreno a la bonne idée d'adjoindre au héros deux jeunes zonards à la cool attitude qui vont combattre à ses côtés.
Une très bonne BD d'action qui se lit comme on insère une pièce dans une borne d'arcade. C'est, avec Gene Kong, le meilleur travail de Pepe Moreno.
Cet album est plus un portrait, un témoignage qu'un véritable récit. Les co-scénaristes ont en effet plutôt suivi Ginette Kolinka dans un de ses voyages à Birkenau, et retranscrit ses interactions avec les enfants qu'elle accompagne. Cela donne quelque chose d'authentique, de vivant, d'interactif presque, plutôt qu'un témoignage "brut" de ses années de déportation. Non que ç'aurait été inintéressant, mais comme l'a indiqué quelqu'un d'autre, cela a déjà été fait, et très bien fait par ailleurs.
Le travail graphique des deux dessinateurs et de leur coloriste (cité sur la couverture, un beau symbole, hélas trop rare) est plutôt sympathique et garde l'énergie communiquée par Mme Kolinka. Il en résulte un bel album, peut-être pas le plus émouvant sur le sujet, mais il apporte sa pierre à l'édifice de la mémoire.
«Un livre, c'est un peu comme une histoire d'amour».
Ici, nous sommes face à un nouveau départ. Ceux qui pensaient qu'il ne s'agissait que d'une suite de Sunstone se trompaient. J'ai lu les autres travaux de Sejic, aussi Harleen que j'ai acheté et que j'aime beaucoup, mais je dois reconnaître que je me sens petit et incompétent devant cette œuvre. Devant l'avis de gruizzli aussi.
Celui qui lit tout, sérieusement, trouvera probablement que bien plus que de l'érotisme, c'est l'être humain dans toutes ses dimensions et émotions qui est exposé ici. Le couple principal, Anne et Alan, ne sont pas des stéréotypes du BDSM : le plus important réside dans l'authenticité des sentiments et sensations, à mon avis.
Les dessins et les couleurs de Stjepan Sejic sont très beaux et je n'ai presque trouvé aucun défaut. Même sur le plan purement artistique, c'est un auteur qui vaut la peine d'être suivi.
Comme c’est adorable pour les petits, avec des personnages animaliers mignons tout plein et des dialogues en dessins facilement compréhensibles même si on ne maîtrise pas encore bien la lecture.
Une histoire simple et toute mignonne, avec néanmoins un peu d’adversité.
Deux intrigues maintiendront l’attention des plus jeunes : les enfants qui s’ennuient dans le château arriveront-ils à déjouer la surveillance des gardes pour sortir jouer au foot avec les autres ? Et il faudra suivre les tribulations du ballon tout au long de la partie.
Les évènements s’enchaînent et finalement il se passe plein de choses dans ce bel album.
Certes trop vite parcouru pour un lecteur confirmé.
Mais j’ai envie de lui mettre ses étoiles comme si j’avais encore trois ou quatre ans.
"Bonjour monsieur le libraire, je cherche un shonen dont l'intrigue s'étire indéfiniment comme One Piece mais avec un dessin 100 fois plus stylé."
"Tenez voici Kingdom, bonne lecture"
Kingdom revisite de manière épique et romancée une période charnière de l'histoire chinoise : la période des Royaumes Combattants au IIIe siècle avant J.-C.), c'est à dire l'unification des sept royaume de Chine par le royaume de Quinn.
77 tomes plus loin, Quinn a seulement conquis un autre royaume...
Vous allez connaître le bonheur avec Kingdom, avant de connaître la souffrance liée au manque.
La narration est ultra basique : un arc de politique/stratégie suivie d'un arc de bataille et on recommence éternellement.
Mais quelle aventure ! On est face à un auteur, Yasuhisa Hara, qui a parachevé le sens du mot épique.
Le chétif Shin qui démarre comme simple chair à canon et devient général, c'est nous !
Tous les codes shonen sont réunis (l'amitié plus forte que tout, le surpassement de soi même, la résilience face aux difficultés...) mais cette fois ci associée à une violence des batailles typique du seinen.
Un manga indispensable, mais réservé au lecteur courageux, paré à l'éventualité de ne jamais lire la fin.
Avec un narrateur à la première personne, la vie d'un immigrant européen à New York, né au début du XXe siècle, est racontée. À travers de petits éclats de sa mémoire qui se traduisent graphiquement par des doubles pages aux traits imprécis pour les détails, mais représentatifs de ce qui s'est passé, une vie s'expose.
Le dessin: un noir et blanc fait de coups de pinceau épais et expressifs, dans lequel s'insèrent les textes, dans une prose poétique. Nous sommes invités à partager ses souvenirs et réflexions sur un siècle qu'il a quitté, que ce soit ses différents travaux manuels ou les clubs de jazz nocturnes. Django Reinhardt, entre autres, y est présent! C'est très beau et puissant. J'aime particulièrement les scènes de jazz et les images maritimes. On peut presque entendre la musique et sentir les odeurs.
L'écriture poétique contribue beaucoup à ce que le lecteur s'immerge dans ce qui est narré, tandis que l'esprit vagabonde à travers les images représentées.
Et à la fin, on comprend la référence à Caz Roman, titre d'un album turc de jazz tzigane interprété par Mustafa Kandirali.
L'œuvre a été récompensée par le Trophée des Éditeurs Indépendants au Festival du Livre de Grenoble.
Il l'a fait.
Plus de 10 ans après Soil, Kaneko a réussi à produire une oeuvre aussi dense et cohérente.
Une lecture qui vous fait enchaîner une dizaine de tomes avant de pouvoir s'arrêter, enfin repus.
Ce n'est pas que les mini séries comme Deathco ou Wet Moon avaient démérité, loin de là.
A l'instar de son oeuvre séminale, Bambi Remodeled (Bambi), ce sont des réalisations marquantes qui brillent intensément dans la galaxie du manga. Mais ces mini séries de quelques tomes étaient des étoiles filantes qui nous laissaient trop vite orphelins du talent du maître.
Et puis arrive Evol, publié en France entre 2023 et 2026, dans les pas de la parution au Japon, qui nous montre un Kaneko en grande forme avec une inspiration restée intacte.
La recette ne change pas fondamentalement et repose sur plusieurs piliers :
Une narration sous tension, des anomalies du quotidien, un fantastique lynchien qui nous montre des personnages vivrent une expérience cathartique, pour ensuite se transformer en électrons libres enfin aptes à briser un système complètement fermé. Éloge de la révolte.
L'utilisation des super héros à la sauce Kaneko n'est pas inédite. Après tout son premier personnage, Bambi, était quasi invincible.
Comme pour un film de Lynch, on spéculera pendant des heures sur la fin et ses mystères.
Côté dessin, on retrouve ce sens de l'esthétique aigu, avec des aplats de noir profond et un refus des trames de gris classiques.
Le découpage est à couper le souffle. Une prouesse artistique pour les autres, la normalité pour Kaneko.
Un grand manga.
Depuis quelques temps Jean-Louis Tripp développe une veine autobiographique, et cette série complète le portrait qu’il dresse de lui et de ses proches (frère décédé trop tôt, son père, etc.).
Dans ce diptyque, Tripp se met à nu, dans tous les sens du terme d’ailleurs.
Car il s’agit de nous présenter – mais il y a aussi sans doute une part d’auto-analyse dans ce projet – ses expériences sexuelles. Il parle donc essentiellement de sexe. D’amour aussi bien sûr (plutôt dans le second tome d’ailleurs), mais plutôt de sexe (même si les deux peuvent être concomitants parfois ici). Beaucoup de scènes de sexe donc – et là il faut dire qu’il a exploré pas mal de choses. Mais ça n’est pas pour autant, malgré les nombreux passages explicites, quelque chose de profondément pornographique.
Tripp n’est pas avare d’autodérision, d’humour, use de styles graphiques différents parfois – même si son trait classique et dynamique dominant est très agréable. Tout ceci pour dire que la lecture est fluide et plaisante, et que les deux tomes, à la pagination importante, se lisent relativement rapidement (la mise en page est aérée, alterne gaufrier classique et pages plus « déconstruites »).
Par-delà les choix de vie et de recherche du plaisir exprimés par l’auteur, auxquels on peut plus ou moins adhérer (je ne me reconnais pas forcément dans pas mal de ces choix – goûts et/ou opportunités m’ayant envoyé sur des trajectoires différentes), on ne peut que lui reconnaître le courage de les donner à voir quasiment bruts, et de nous avoir rendue intéressante cette recension.
Deuxième album d'Emily Carroll que je lis et deuxième album de suite que je trouve excellent ! Ça me donne bien envie de mieux connaitre le reste de son œuvre.
L'histoire met en vedette une femme timide qui s'est mariée à un homme qui a déjà une fille et dont la femme est morte. Son mari semble cacher des choses et elle se met à vivre des expériences paranormales. Le récit est simple, mais terriblement efficace. En plus, lorsqu'on pense avoir tout deviné, les choses n'apparaissent pas comme elles le sont, mais je ne vais pas en dire plus parce que c'est vraiment le genre de récit de fiction qu'il faut lire avec le moins d'informations possible. En tout cas, je ne savais pas trop ce que j'allais lire et j'ai vite trouvé le scénario prenant. On brasse plusieurs thèmes et il y a différentes interprétations qu'on peut faire du récit.
Le dessin est très bon. La mise en scène est bien maitrisée et le mélange de scènes en noir et blanc et de scènes en couleurs fonctionne bien. Un comics très intelligent que je conseille à tous.
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Jeremy Brood
Découvrir un Corben est pour moi toujours un évènement. Et il faut être patient vu les prix pratiqués sur le marché de l'occasion. Jeremy Brood est un très bon Corben. On retrouve Strnad au scénario, gage de qualité. Il y a pas mal de points communs avec Den. On retrouve le même mélange de SF et d'univers mythologique ancestral. Les extraterrestres sont grotesques, les décors organiques, bref du pur Corben. Le niveau de finition du dessin, un critère très important chez cet artiste, n'égale pas le premier épisode de Den mais reste dans la moyenne haute de son œuvre. La narration patine un peu vers la fin et nous délivre un dénouement hasardeux, c'est ce qui m'empêche de donner la note maximale. A conserver précieusement dans sa bibliothèque.
Rebel
Rebel de Pepe Moreno est le "Streets of Rage" de la bande dessinée. Si vous avez passé des heures à arpenter les rues malfamées du jeu vidéo sur Megadrive, à distribuer des mandales sur fond de musique techno-synthé, alors la lecture de Rebel va déclencher chez toi lecteur, une vague de nostalgie immédiate. Publiée en 1984, cette bande s'impose comme l'ancêtre spirituel parfait du célèbre beat 'em up de Sega. Elle coche toutes les cases de la série B rétro-futuriste : climat post-apocalyptique, anti-héros ultra-badass, action rythmée et guerres de gangs. Dès la couverture iconique, le ton est donné : un mercenaire tout de cuir vêtu et armé jusqu'aux dents pose fièrement avec, en arrière-plan, une ville en proie aux explosions. Le scénario rappelle lui aussi les grandes heures de l'arcade. À l'instar d'Axel Stone ou d'Adam Hunter partant nettoyer la ville, Rebel — un ancien des forces spéciales — doit secourir sa petite amie Lori, kidnappée par un gang rival (les Skinheads) retranché dans une tour. Le Brooklyn dévasté dépeint par Moreno suinte la même ambiance de zone de non-droit nocturne, gangrenée par une profusion de violence. Visuellement, les couleurs flamboyantes et contrastées de l'auteur évoquent immédiatement les palettes graphiques des bornes d'arcade de l'époque, dans une esthétique "néon et asphalte". C'est flashy, c'est violent, et le découpage de l'action est si nerveux qu'on croirait presque entendre les impacts de balles à chaque case. Mais Rebel, c'est du fun avant tout. Pour désamorcer un ton qui aurait pu être trop sérieux, Moreno a la bonne idée d'adjoindre au héros deux jeunes zonards à la cool attitude qui vont combattre à ses côtés. Une très bonne BD d'action qui se lit comme on insère une pièce dans une borne d'arcade. C'est, avec Gene Kong, le meilleur travail de Pepe Moreno.
Adieu Birkenau
Cet album est plus un portrait, un témoignage qu'un véritable récit. Les co-scénaristes ont en effet plutôt suivi Ginette Kolinka dans un de ses voyages à Birkenau, et retranscrit ses interactions avec les enfants qu'elle accompagne. Cela donne quelque chose d'authentique, de vivant, d'interactif presque, plutôt qu'un témoignage "brut" de ses années de déportation. Non que ç'aurait été inintéressant, mais comme l'a indiqué quelqu'un d'autre, cela a déjà été fait, et très bien fait par ailleurs. Le travail graphique des deux dessinateurs et de leur coloriste (cité sur la couverture, un beau symbole, hélas trop rare) est plutôt sympathique et garde l'énergie communiquée par Mme Kolinka. Il en résulte un bel album, peut-être pas le plus émouvant sur le sujet, mais il apporte sa pierre à l'édifice de la mémoire.
Sunstone - Mercy
«Un livre, c'est un peu comme une histoire d'amour». Ici, nous sommes face à un nouveau départ. Ceux qui pensaient qu'il ne s'agissait que d'une suite de Sunstone se trompaient. J'ai lu les autres travaux de Sejic, aussi Harleen que j'ai acheté et que j'aime beaucoup, mais je dois reconnaître que je me sens petit et incompétent devant cette œuvre. Devant l'avis de gruizzli aussi. Celui qui lit tout, sérieusement, trouvera probablement que bien plus que de l'érotisme, c'est l'être humain dans toutes ses dimensions et émotions qui est exposé ici. Le couple principal, Anne et Alan, ne sont pas des stéréotypes du BDSM : le plus important réside dans l'authenticité des sentiments et sensations, à mon avis. Les dessins et les couleurs de Stjepan Sejic sont très beaux et je n'ai presque trouvé aucun défaut. Même sur le plan purement artistique, c'est un auteur qui vaut la peine d'être suivi.
Château Chat
Comme c’est adorable pour les petits, avec des personnages animaliers mignons tout plein et des dialogues en dessins facilement compréhensibles même si on ne maîtrise pas encore bien la lecture. Une histoire simple et toute mignonne, avec néanmoins un peu d’adversité. Deux intrigues maintiendront l’attention des plus jeunes : les enfants qui s’ennuient dans le château arriveront-ils à déjouer la surveillance des gardes pour sortir jouer au foot avec les autres ? Et il faudra suivre les tribulations du ballon tout au long de la partie. Les évènements s’enchaînent et finalement il se passe plein de choses dans ce bel album. Certes trop vite parcouru pour un lecteur confirmé. Mais j’ai envie de lui mettre ses étoiles comme si j’avais encore trois ou quatre ans.
Kingdom
"Bonjour monsieur le libraire, je cherche un shonen dont l'intrigue s'étire indéfiniment comme One Piece mais avec un dessin 100 fois plus stylé." "Tenez voici Kingdom, bonne lecture" Kingdom revisite de manière épique et romancée une période charnière de l'histoire chinoise : la période des Royaumes Combattants au IIIe siècle avant J.-C.), c'est à dire l'unification des sept royaume de Chine par le royaume de Quinn. 77 tomes plus loin, Quinn a seulement conquis un autre royaume... Vous allez connaître le bonheur avec Kingdom, avant de connaître la souffrance liée au manque. La narration est ultra basique : un arc de politique/stratégie suivie d'un arc de bataille et on recommence éternellement. Mais quelle aventure ! On est face à un auteur, Yasuhisa Hara, qui a parachevé le sens du mot épique. Le chétif Shin qui démarre comme simple chair à canon et devient général, c'est nous ! Tous les codes shonen sont réunis (l'amitié plus forte que tout, le surpassement de soi même, la résilience face aux difficultés...) mais cette fois ci associée à une violence des batailles typique du seinen. Un manga indispensable, mais réservé au lecteur courageux, paré à l'éventualité de ne jamais lire la fin.
Caz Roman - Un américain paysage
Avec un narrateur à la première personne, la vie d'un immigrant européen à New York, né au début du XXe siècle, est racontée. À travers de petits éclats de sa mémoire qui se traduisent graphiquement par des doubles pages aux traits imprécis pour les détails, mais représentatifs de ce qui s'est passé, une vie s'expose. Le dessin: un noir et blanc fait de coups de pinceau épais et expressifs, dans lequel s'insèrent les textes, dans une prose poétique. Nous sommes invités à partager ses souvenirs et réflexions sur un siècle qu'il a quitté, que ce soit ses différents travaux manuels ou les clubs de jazz nocturnes. Django Reinhardt, entre autres, y est présent! C'est très beau et puissant. J'aime particulièrement les scènes de jazz et les images maritimes. On peut presque entendre la musique et sentir les odeurs. L'écriture poétique contribue beaucoup à ce que le lecteur s'immerge dans ce qui est narré, tandis que l'esprit vagabonde à travers les images représentées. Et à la fin, on comprend la référence à Caz Roman, titre d'un album turc de jazz tzigane interprété par Mustafa Kandirali. L'œuvre a été récompensée par le Trophée des Éditeurs Indépendants au Festival du Livre de Grenoble.
Evol
Il l'a fait. Plus de 10 ans après Soil, Kaneko a réussi à produire une oeuvre aussi dense et cohérente. Une lecture qui vous fait enchaîner une dizaine de tomes avant de pouvoir s'arrêter, enfin repus. Ce n'est pas que les mini séries comme Deathco ou Wet Moon avaient démérité, loin de là. A l'instar de son oeuvre séminale, Bambi Remodeled (Bambi), ce sont des réalisations marquantes qui brillent intensément dans la galaxie du manga. Mais ces mini séries de quelques tomes étaient des étoiles filantes qui nous laissaient trop vite orphelins du talent du maître. Et puis arrive Evol, publié en France entre 2023 et 2026, dans les pas de la parution au Japon, qui nous montre un Kaneko en grande forme avec une inspiration restée intacte. La recette ne change pas fondamentalement et repose sur plusieurs piliers : Une narration sous tension, des anomalies du quotidien, un fantastique lynchien qui nous montre des personnages vivrent une expérience cathartique, pour ensuite se transformer en électrons libres enfin aptes à briser un système complètement fermé. Éloge de la révolte. L'utilisation des super héros à la sauce Kaneko n'est pas inédite. Après tout son premier personnage, Bambi, était quasi invincible. Comme pour un film de Lynch, on spéculera pendant des heures sur la fin et ses mystères. Côté dessin, on retrouve ce sens de l'esthétique aigu, avec des aplats de noir profond et un refus des trames de gris classiques. Le découpage est à couper le souffle. Une prouesse artistique pour les autres, la normalité pour Kaneko. Un grand manga.
Extases
Depuis quelques temps Jean-Louis Tripp développe une veine autobiographique, et cette série complète le portrait qu’il dresse de lui et de ses proches (frère décédé trop tôt, son père, etc.). Dans ce diptyque, Tripp se met à nu, dans tous les sens du terme d’ailleurs. Car il s’agit de nous présenter – mais il y a aussi sans doute une part d’auto-analyse dans ce projet – ses expériences sexuelles. Il parle donc essentiellement de sexe. D’amour aussi bien sûr (plutôt dans le second tome d’ailleurs), mais plutôt de sexe (même si les deux peuvent être concomitants parfois ici). Beaucoup de scènes de sexe donc – et là il faut dire qu’il a exploré pas mal de choses. Mais ça n’est pas pour autant, malgré les nombreux passages explicites, quelque chose de profondément pornographique. Tripp n’est pas avare d’autodérision, d’humour, use de styles graphiques différents parfois – même si son trait classique et dynamique dominant est très agréable. Tout ceci pour dire que la lecture est fluide et plaisante, et que les deux tomes, à la pagination importante, se lisent relativement rapidement (la mise en page est aérée, alterne gaufrier classique et pages plus « déconstruites »). Par-delà les choix de vie et de recherche du plaisir exprimés par l’auteur, auxquels on peut plus ou moins adhérer (je ne me reconnais pas forcément dans pas mal de ces choix – goûts et/ou opportunités m’ayant envoyé sur des trajectoires différentes), on ne peut que lui reconnaître le courage de les donner à voir quasiment bruts, et de nous avoir rendue intéressante cette recension.
Une invitée dans la demeure
Deuxième album d'Emily Carroll que je lis et deuxième album de suite que je trouve excellent ! Ça me donne bien envie de mieux connaitre le reste de son œuvre. L'histoire met en vedette une femme timide qui s'est mariée à un homme qui a déjà une fille et dont la femme est morte. Son mari semble cacher des choses et elle se met à vivre des expériences paranormales. Le récit est simple, mais terriblement efficace. En plus, lorsqu'on pense avoir tout deviné, les choses n'apparaissent pas comme elles le sont, mais je ne vais pas en dire plus parce que c'est vraiment le genre de récit de fiction qu'il faut lire avec le moins d'informations possible. En tout cas, je ne savais pas trop ce que j'allais lire et j'ai vite trouvé le scénario prenant. On brasse plusieurs thèmes et il y a différentes interprétations qu'on peut faire du récit. Le dessin est très bon. La mise en scène est bien maitrisée et le mélange de scènes en noir et blanc et de scènes en couleurs fonctionne bien. Un comics très intelligent que je conseille à tous.