Les derniers avis (39689 avis)

Par Blue boy
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Bascoulard
Bascoulard

Mais qui était donc « Marcel Bascoulard » ? Un illustre inconnu, dans le vrai sens du terme, puisqu’on ne peut pas dire que le personnage disposait d’une notoriété extraordinaire. Et pourtant. Une fiche Wikipédia lui est bel et bien consacrée. Pour tout habitant de Bourges, avant sa disparition en 1975, il était impossible de ne pas le remarquer dans ses accoutrements féminins — il adorait poser en robe devant les photographes —, il était ce qu’on appelle une figure ! Dans la cité berrichonne, il a même une place à son nom ainsi qu’un buste en bronze, dans le quartier Avaricum qu’il fréquentait souvent. Mais surtout, Marcel Bascoulard était un artiste, dans le vrai sens du terme également. Sa vie se confondait avec son art, mais il n’était pas fan des honneurs, lui dont le travail a été remarqué dans diverses expositions. Armé de ses crayons et de son carton à dessin, il passait beaucoup de temps à déambuler sur son « étrange tricycle couché », dans les quartiers de Bourges, à dessiner ses rues et ses monuments. On lui commandait ses dessins, ce qui lui permettait de vivre, mais l’homme, attaché à sa liberté de clochard céleste, préférait vivre à l’écart, dans un abri de jardin ou un camion épave, en compagnie de ses chats et de son chien Bobby. S’il était plus connu pour ses représentations réalistes de la ville, sa vraie marotte était l’art abstrait, malheureusement moins rentable sur le plan pécuniaire. Sa plus grande malédiction fut d’avoir pris sous son aile un jeune marginal qui s’était révélé n’être qu’un voyou intéressé par les revenus issus des ventes de ses œuvres, n’hésitant pas à le menacer s’il se montrait réticent. La suite tragique, on la connaît à la lecture du livre… Ce personnage haut en couleurs détonnait dans le paysage. Il déconcertait le citoyen lambda, effarouchait le bourgeois, et pouvait provoquer la révulsion par le fait qu’il ne se lavait jamais. Il n’aurait pourtant jamais fait de mal à une puce, même une nuée, laquelle le lui rendait bien… mais il ne laissait personne indifférent. Incontestablement fascinant, c’était peut-être sa liberté indomptable — et si voyante ! — qui dérangeait les « honnêtes gens », bien plus que les effluves généreux qu’il laissait dans son sillage. En réunissant des petits morceaux de puzzle, Frantz Duchazeau est parvenu à composer le portrait passionnant d’un artiste attachant, dans les dernières années de sa vie, un artiste dont on perçoit les blessures remontant à l’enfance et qui ont fait de lui ce qu’il était. C’est ainsi que l’auteur nous immerge dans cette bonne ville de Bourges, dans ses faubourgs et sa campagne environnante, là où l’artiste avait élu domicile. L’histoire se laisse littéralement dévorer, tant homme fascine, quand bien même il ne se passe rien d’extraordinaire. On retiendra tout de même la scène cocasse d’un Stéphane Collaro courant frénétiquement après un Bascoulard récalcitrant, n’hésitant pas à salir ses beaux souliers dans la gadoue campagnarde, pour tenter de lui extorquer quelques mots. Comme on pourra s’en rendre compte, la priorité pour Collaro n’était pas tant de rencontrer l’homme que d’obtenir l’interview d’une « bête de foire », qui à coup sûr ferait un carton dans son émission de radio. Duchazeau a opté pour un trait simple et humble, en noir et blanc. Le co-auteur des « Cinq conteurs de Bagdad » ayant pour habitude de dessiner d’un seul jet, oscillant entre dépouillement graphique et minutie des détails, il s’est concentré ici sur les poses et attitudes de Bascoulard, conférant à l’ensemble une belle authenticité. Dans une sorte de communion avec notre clochard céleste, il reprend également à son compte des représentations de Bourges et des environs, en glissant çà et là, une vue de la cathédrale, d’une place avec ses maisons à colombages, ou d’une simple locomotive à vapeur. « Marcel Bascoulard », c’est le bel hommage à un artiste énigmatique qui souhaitait s’effacer tout en restant visible, à la fois humble et un brin provocateur. Son look improbable faisait tache dans un contexte ultra-conventionnel, comme le révélateur d’une époque où la question de la domination masculine et du féminisme commençait à peine à secouer le débat public. On devra se référer à l’évocation de son père violent pour mieux comprendre. A titre personnel, j’ai découvert Marcel Bascoulard l’an dernier, le temps d’un week-end à Bourges. Je suis tombé complètement par hasard sur une photo du personnage affichée discrètement dans la vitrine d’un photographe, peut-être là où l’artiste venait poser du temps de son vivant. Je n’en avais jamais entendu parler auparavant, mais mon regard semble avoir été comme aspiré par ce portrait. J’étais donc ravi de la sortie de l’ouvrage qui m’a permis d’en savoir plus, et n’ai pas été déçu, tant s’en faut. J’irais même plus loin, cette bande dessinée est un de mes coups de cœur de ce début d’année.

28/02/2026 (modifier)
Couverture de la série La Bombe
La Bombe

On est clairement sur du très haut niveau. Le travail documentaire est impressionnant, presque vertigineux. Chaque étape du développement de la bombe est disséquée avec précision, chaque arbitrage politique ou scientifique est replacé dans son contexte, et l’ensemble donne une vision d’une rare profondeur sur un moment absolument structurant du XXe siècle. Malgré ses 450 pages, la lecture reste étonnamment fluide : dense, oui, mais jamais réellement indigeste. C’est un véritable documentaire en bande dessinée, remarquablement construit. Ce qui marque surtout, c’est la finesse du traitement. Le récit évite le manichéisme et montre bien la complexité des intérêts en jeu, les doutes, les contradictions. On regrette toutefois un regard très centré sur le point de vue américain, même si celui-ci reste nuancé. Autre petit manque, plus diffus : il manque peut-être un supplément d’âme, un souffle romanesque ou un charisme plus affirmé de certains personnages pour transformer cette fresque brillante en œuvre inoubliable. C’est admirable, mais presque trop sage. Graphiquement, le noir et blanc fonctionne parfaitement. Il apporte une dimension rétro cohérente avec le sujet et surtout des contrastes puissants. Certaines planches sont réellement saisissantes. Néanmoins, ici, le fond domine clairement la forme : on retient avant tout la rigueur et l’intelligence du propos. Une BD historique majeure, brillante et exigeante, qui s’impose comme une référence sur le sujet, même si elle ne provoque pas tout à fait l’étincelle du chef-d’œuvre absolu.

28/02/2026 (modifier)
Par Cleck
Note: 4/5
Couverture de la série Plus loin qu'ailleurs
Plus loin qu'ailleurs

Une BD de Chabouté ne se laisse pas apprivoiser facilement. Celle-ci intrigue et rebute à la fois, le genre à traîner quelques semaines sur une table de nuit, sous une pile d'autres lectures en attente. Parce qu'elle porte en elle un horizon d'attente ne laissant pas augurer du frais, du sympathiquement léger. Déjà par sa couverture, intrigante et austère, avec certes une fenêtre ouverte apportant de la lumière, mais aussi beaucoup de noir, un humanisme simplement esquissé, pouvant possiblement évoluer vers de l'ironie mordante, sinon de la cruauté. Les premières pages confirment cette sensation : un trait fin et précis, un noir et blanc ultra contrasté, des cases amples, une rareté du texte : c'est beau mais froid ! L'histoire accompagne cet élan : on apprend à connaître un homme socialement invisible, dont la vie se résume à son travail purement alimentaire, duquel il s'évade via le dessin et ce rêve d'aventure, de voyage, de découverte d'un ailleurs enthousiasmant, une vie fascinante à la Jack London, une vie que la perspective fort proche d'un trek en Alaska permettra d'emprunter quelques jours durant. Mais la vie s'acharnera et de voyage, il n'y aura point. On craint alors un humour très noir à la Franquin, qui s'étirerait sur une BD entière. Et en effet, le pathétique s'invitera, une bien cruelle honte aussi. Jusqu'à ce que le beau s'infiltre peu à peu, s'épanouisse au-delà des regards et préjugés, qu'un bel humanisme envahisse cet univers peuplé de petits riens et pourtant de tout. Cette BD est une bien étrange invitation au voyage, une émouvante et délicatement simpliste réflexion sur le beau et sur la vie, une merveilleuse mise en abyme de l'horizon d'attente de tout lecteur, une fort belle lecture s'enrichissant du cheminement chaotique mélancoliquement emprunté.

28/02/2026 (modifier)
Couverture de la série Sibylline - Chroniques d'une escort girl
Sibylline - Chroniques d'une escort girl

"Pas de trauma, juste de l'oubli. L'espace de quelques heures, notre réponse émotionnelle est éteinte. Une anesthésie des émotions, une déconnexion du corps et de l'esprit. Mémoire sélective et plasticité cérébrale. L'argent remplace le dégoût par de l'apaisement." Avec Sibylline, sa première œuvre, Sixtine Dano nous livre une tranche de vie d'une étudiante qui va devenir escort girl pour pouvoir payer ses études d'architecture. L'autrice retrace ainsi tous les événements, depuis sa plus tendre enfance, qui vont conduire une jeune femme (fille?) brillante à faire ce choix. Tout sonne juste ici, de la diversité des profils de clients rencontrés (du vieux riche sûr de lui au timide puceau), jusqu'aux émotions ressenties par l'héroïne et aux rencontres non tarifées de cette jeune étudiante. Sixtine Dano choisit ici une héroïne aux traits très juvéniles, tant dans les formes que dans le visage, augmentant ainsi le malaise du lecteur lors des scènes de rencontres et de sexe avec ses "sugar daddy". Bien qu'il n'y ait aucune voyeurisme ni jugement des choix opérés par Raphaëlle alias Sibylline et son amie pratiquant également l'escort, je suis ressorti de cette lecteur avec un sentiment de malaise mêlé de colère voire de dégoût pour cette société consumériste et cette frange de la gente masculine que j'exècre. Peut-être est-ce par ce que je suis père d'une lycéenne qui dans quelques années deviendra également étudiante ? Toujours est-il que cela démontre la pertinence et la justesse de cette œuvre qui ne laisse personne indifférent. En témoignent également les avis précédents. Côté dessin, si de prime abord, il semble très simple, il n'en est rien. En effet, en restant très minimaliste, le trait de Sixtine Dano est d'une précision implacable et les cadrages très intelligents. Le grisé (au fusain?) colle parfaitement avec l'ambiance de cette bande dessinée, les blancs étant utilisés pour créer de manière très habile des halos de lumière. La couverture, magnifique, en est l'un des plus beaux exemples. Une œuvre utile à lire et partager. SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 8,5/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 8,5/10 NOTE GLOBALE : 17/20

28/02/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Passe le temps
Passe le temps

Toute la vie !, C’est si peu de temps ! - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Son édition originale date de 1982. Il a été réalisé par Edmond Baudoin pour le scénario et les dessins. Il comprend quarante-quatre pages de bande dessinée. Il s’ouvre avec un texte introductif écrit par Jean Solé, évoquant les différentes possibilités qui s’offrent au préfaceur occasionnel et novice : faire un dessin, parler de sa relation avec Baudoin, ou consacrer l’intégralité du texte à expliquer la difficulté qu’il éprouve à écrire une préface, ou encore mieux profiter de l’occase pour parler uniquement de lui. Un jeune homme court dans une forêt dont les arbres présentent une forme onirique. Les souvenirs accrochés aux semelles, s’échapper et revenir dans le temps du village. Il finit par déboucher sur un large chemin, avec le village au loin. Il reconnaît ce boulevard, il y est venu il y a… Il y a longtemps ou peut-être dans son avenir ? Il entre dans le village, et il passe devant un manège au rideau descendu, ne laissant voir qu’une chèvre en bois. Il a joué ici un jour, il a aimé aussi il y a longtemps. Ou peut-être plus tard. Plus tard ? Il passe devant l’église et son haut clocher. En marchant maintenant, il parvient à la place du village. Un vieil homme est assis sur un banc, en train de contempler la fontaine en fonctionnement. Il enjoint le jeune homme à venir s’assoir à côté de lui. Il lui parle : Il n’y a plus personne, tous partis. Le vieil homme continue : Il ne lui reste que les souvenirs, que le passé, le temps a passé si vite. Toujours à haute voix, il se fait la réflexion : Hier encore il était enfant, déjà son interlocuteur est un homme, et demain ce dernier sera lui. Il n’y a que cette place qui ne bouge pas. Le vieil homme indique que pourtant cette place n’était pas la même, il se souvient : La fontaine était là, elle n’a pas bougé, mais lui n’était pas assis avec les vieux, il était de l’autre côté de la place, avec ceux de son âge, les jeunes. Un groupe d’une dizaine d’adolescents et jeunes adultes squattent un banc, un jeune garçon devant eux à quelques mètres avec les yeux fixant le vide, et un jeune homme assis sur un autre banc en train d’interpréter à la guitare et de chanter Le petit cheval blanc. Deux des adolescents sont en train de s’insulter, un troisième propose de faire une partie de ballon pour dissiper la tension. Le vieil homme commente au bénéfice du jeune assis à côté de lui : Toujours le bon samaritain, pour la paix des ménages, quel idiot il faisait ! Des journées entières à s’ennuyer sur les bancs, pourtant il était impossible de quitter le groupe même une minute. La peur que ce soit justement dans cette minute que l’événement arrive : un incendie, un tremblement de terre, ou une fille. Le petit groupe de jeunes continue de s’ennuyer, et l’un d’eux remarque que Florence est en train d’arriver. Celui en vespa fait mine de foncer vers elle, et s’arrête juste à ses pieds. Ils papotent, puis elle monte derrière lui et ils s’en vont. Parmi ceux toujours sur le banc, un dit tout haut que c’est quand même bien d’avoir une Vespa, et Paul lui demande si Florence sort avec Roger. Ces petits rien de la jeunesse en train de zoner, et pas que, présentés avec une forme de recul. Une des œuvres de début de carrière de bédéaste de ce créateur hors norme. En fonction de sa familiarité avec lui, le lecteur retrouve ses idiosyncrasies, et relève les particularités qui s’effaceront par la suite, pas tant des tâtonnements, plutôt les spécificités de sa personnalité de l’époque qui évolueront au fil des années qui passent. Visuellement, l’artiste utilise plus la plume pour des traits secs, des hachures pour des texture, pour accentuer des volumes, des reliefs. Il utilise autrement le pinceau, en particulier pour des ombres portées plus appuyées, et des aplats de noir plus massifs. D’une certaine manière, le dessinateur s’inscrit ainsi dans un registre plus descriptif que par la suite, sans être moins dans les ressentis ou l’émotion pour autant. Dans le même ordre d’idée, la sensibilité de l’auteur se trouve déjà dans cette œuvre : il met en scène les symptômes de la vie intérieure du personnage principal, appelé Paul. D’une certaine manière, ce dernier reste assez taiseux, s’exprimant de façon pragmatique, sans jamais se lancer dans un long discours pour exposer ses émotions ou ses convictions. L’approche s’inscrit dans un registre naturaliste, avec un élément fantastique : ce vieil homme qui parle au jeune Paul, et qui est sans aucun doute le vieil homme qu’il deviendra. Dans les quatre premières pages, le dessinateur favorise l’usage de petits traits secs à la plume, pour un résultat très texturé et mouvant en même temps, induisant cette sensation onirique, permettant une forme de glissement fluide dans des éléments fusionnés du décor. À partir de la cinquième planche, les noirs se font plus solides, les traits de contours plus tranchés, pour la narration au temps présent. Le premier mode de représentation revient en planche quinze, pour les cases consacrées au vieil homme qui semble tout connaître de la vie du jeune homme. Il va en être ainsi à chaque fois que le lecteur se retrouve à côté de ces deux personnages assis sur un banc dans une atmosphère nocturne, à regarder fixement devant eux, dans la direction de la fontaine, la regardant réellement on non. Le lecteur en déduit que ces moments sont hors du temps, détachés de son écoulement normal. Ce mode de représentation exhale une intensité plus dense quand des personnages apparaissent portant un cercueil, avec des individus au visage indistinct, semblant tous chauves, et exprimant d’une phrase courte et synthétique leur regret sur la vie qu’ils ont menée. L’effet visuel est saisissant. Pour les séquences au temps présent du récit, le lecteur retrouve une partie des sensations qui se dégageront de ses ouvrages ultérieurs : un mélange de description et d’impression. Le lecteur sent la chaleur au soleil de cette place, ainsi que le plaisir de l’ombre sur le banc sous les arbres. Il peut voir la vitalité de la jeunesse, ses codes vestimentaires, ses postures, ses accessoires comme la Vespa.il peut aisément se reconnaître dans cette phase où chacun succombe à l’ennui, et pourtant il est impossible de quitter le groupe même une minute, de peur que ce soit justement dans cette minute que l’événement arrive ; un incendie, un tremblement de terre, ou une fille. Il reconnaît les sensations attachées à une promenade dans la campagne en pleine nuit (sans lampe de torche ni portable), la sensation unique de solitude à se promener de jour dans les chemins de campagne, l’agitation de la fête et du bal en soirée. À la fois, le dessinateur montre des éléments concrets que ce soit la nature ou les guirlandes de fanions accrochées aux arbres, à la fois il peut lire l’état d’esprit sur chaque personnage, il peut ressentir l’émotion dominante du moment. Il voit littéralement l’entrain et la joie de vivre de la jeunesse, ainsi que le comportement beaucoup plus en retenue des adultes. Il observe également les maladresses de ces derniers, ainsi que la force de leurs désirs, et leur pureté. Il ressent tout l’unicité et la bizarrerie de parler avec un berger dans la solitude de la nature, tout comme la personnalité agressive de l’Antoine, toujours avec un fusil et des pantalons militaires, avec il faut faire attention car l’Algérie lui a un peu dérangé la tête. Baudoin dispose déjà de cette capacité extraordinaire d’observation de chaque être humain, d’empathie, et de retranscrire sa personnalité par de simples traits noirs sur une page blanche. L’auteur rend explicite le dispositif narratif dès le début du récit : Paul, un jeune homme revient dans son village d’enfance, à l’époque où il était adolescent, ou tout juste adulte, et le vieil homme sur le banc n’est autre que lui-même vers la fin de sa vie. Il reste le mystère du jeune enfant qui tourne le dos aux autres personnages, et qui semble tourné vers le lecteur, apparaissant régulièrement dans une case, même si le lecteur peut facilement deviner ce qu’il incarne. À l’évidence, le vieil homme attire l’attention du jeune homme sur ce que les années ont rendu précieux à ses yeux : la période dorée de cette amitié, de ces vrais amis, l’intensité des passions amoureuses, le plaisir de la chair qui peut en être déconnecté. Avec cette réflexion sur Josiane qui couchait avec la plupart des hommes : Elle a apporté tant de bonheur qu’elle aurait dû être canonisée. Josiane ! Ça c’était une belle fille pleine de vie et de santé. Eux se cachaient pour la voir. Elle, elle ne sa cachait pas beaucoup. Sa liberté et tous les ragots qui couraient sur elle les rendaient malades. Elle était magnifique. L’auteur dispose déjà de la maturité suffisante pour prendre du recul sur sa vie et pour s’adresser comme un vieil homme au jeune adulte qu’il a été, et vraisemblablement à celui qu’il est au moment où il réalise cette bande dessinée. Il lui prodigue ce conseil : Il aimerait que le jeune Paul prenne le temps de s’aimer un peu. S’aimer un peu, que lui le vieux puisse mourir moins idiot. Alors que les villageois suivent un cortège funéraire, l’un d’eux commente sur le défunt : Il se voulait original pourtant il finit dans le trou, comme tout le monde. Il n’a rien fait de sa vie. Sauf un roman. Le lecteur se dit que l’auteur avait quarante ans à ce moment-là, et qu’il s’interrogeait sur ce qu’il avait fait de sa vie jusqu’alors. Une œuvre de jeunesse d’Edmond Baudoin ? Certes cela fait dix ans qu’il dessine, mais seulement deux ou trois années qu’il réalise des bandes dessinées. D’un autre côté, il a déjà quatre décennies au compteur, et sa personnalité est bien affirmée. Sa personnalité graphique est encore en évolution tout en étant déjà très personnelle. Il raconte à sa manière tant visuellement que sur la base de souvenirs qui lui sont propres, un moment de réflexion sur le chemin déjà parcouru, sur ce qu’il en restera, la dernière phrase du récit étant laissée à l’enfant Paul ne disposant d’aucun recul et étant soumis aux lois de la nature les plus triviales. Une autre forme de relativisation.

28/02/2026 (modifier)
Par Talum
Note: 4/5
Couverture de la série Universal War One
Universal War One

J’aime profondément la science-fiction en général, et j’ai lu ce roman graphique avec un enthousiasme presque vorace. Il est vraiment passionnant — c’est de la science-fiction au sens plein du terme. La seule chose qui m’a légèrement déçu, c’est la fin. Non pas qu’elle soit illogique ou en contradiction avec le reste de l’œuvre, mais elle paraît trop prévisible, presque forcée. J’ai également du mal à croire que des nazis fanatisés, s’ils recevaient l’ordre de s’auto-anéantir et de se suicider, exécuteraient tous docilement cet ordre — en se supprimant eux-mêmes, en détruisant leurs familles, leurs proches, leurs amis, leurs planètes, etc. Or c’est précisément ce que la conclusion semble nous demander d’accepter : que le « grand méchant » donne l’ordre à tous ses officiers et subordonnés de se suicider à l’aide d’une technologie de « trou noir », et que tous obéissent sans hésitation. Je comprends que nous sommes dans la fiction, mais cela me paraît excessivement invraisemblable. Beaucoup d’éléments du récit restent plausibles dans son propre cadre — les générateurs de trous noirs, un régime planétaire totalitaire mêlant libertarianisme et capitalisme sous l’œil d’un Big Brother, les technologies antigravité… Tout cela fonctionne. Mais l’idée que des officiers supérieurs exécutent un ordre de suicide collectif simplement parce que le « chef suprême » l’exige me semble hautement improbable. Cela fragilise la structure logique, pourtant solide et élégante, de la narration. On pourrait objecter que le principal antagoniste était convaincu qu’au cours des cinq dernières minutes de sa vie il obtiendrait la formule de téléportation, et que sa corporation totalitaire pourrait ainsi fuir au-delà de la galaxie. Mais cela reste une prise de risque étonnamment imprudente de sa part. Malgré ces réserves, c’est un excellent roman graphique — une histoire véritablement impressionnante. Pour tout amateur de science-fiction, la lecture est indispensable. SPOILERS À PARTIR D’ICI — À LIRE À VOS RISQUES ET PÉRILS. De plus, si le « grand méchant » se retrouve transporté dans le passé et devient l’homme le plus riche de la planète, pourquoi choisirait-il de recréer précisément l’avenir qui l’a fait souffrir et lui a coûté l’être aimé ? Là encore, cela me paraît peu crédible. Un individu sachant avec certitude que ses actions entraîneront inévitablement sa propre souffrance ne devrait logiquement pas les entreprendre. Or, dans le cas de cet antagoniste, c’est exactement l’impression que donne le récit.

28/02/2026 (modifier)
Par Montane
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Mac Coy
Mac Coy

La série Mac Coy est rarement citée parmi les meilleures séries de Western et c'est pour moi une injustice tant cette série est de qualité. Le lieutenant Mac Coy sévit essentiellement dans le sud de États-Unis avec certains aller / retour vers le Mexique. Membre de l'armée confédérée, il apprend sa débâcle alors qu'il est en mission au Mexique. Parvenu à quitter le pays en pleine effervescence du rebelle Juajez, il rejoindra finalement l'armée légale et deviendra l'homme de confiance du général Hood du côté du Nouveau Mexique. Fin connaisseur des tribus indiennes, il sera appelé à mener les missions les plus périlleuses, qui mêlent parfois et le réel et le fantastique (la malle au sortilèges, le fantôme de l'Espagnol). Mais Mac Coy côtoie aussi la grande histoire comme dans l'album Little big horn. Les scénarios de Gourmelen sont à la fois variés et très bien menés. Et que dire du dessin de Palacios? Si blueberry avait les traits de Belmondo, on reconnaît derrière le lieutenant Mc Coy ceux de Robert Redford qui s'était illustré dans les années 60/70 au cinéma dans les western célèbres. Son trait réaliste fait de légères hachures est inimitable et reconnaissable entre tous. À part peut être Serpieri, je ne vois aucun autre dessinateur Italien ou Espagnol capable de rivaliser dans le domaine du réalisme. Si la colorisation n'est pas d'une grande qualité dans les années 70, elle s'améliore avec le temps notamment dans les derniers albums. Si vous ne connaissez pas cette série, je vous invite à la découvrir ou à la redécouvrir; je doute que vous soyez déçu.

27/02/2026 (modifier)
Par Hervé
Note: 4/5
Couverture de la série Printemps à la Charité
Printemps à la Charité

Avec ce troisième opus, les auteurs livrent ici, à mon avis, leur meilleur album. Si sur les deux précédents, j'avais trouvé les scénarii assez bancals, la fluidité de l'intrigue est à souligner. Sur fond du drame de l'incendie du bazar de la charité (je ne révèle rien, c'est le titre de cette aventure), Philippe Pelaez nous a concocté une intrigue où nous retrouvons notre inspecteur Amaury Broyan, toujours aussi tourmenté, pris dans les filets d'une très belle entomologiste, ce qui nous donne de belles planches. Le dessin d'Alexis Chabert est toujours aussi bon , et nous fait revivre le Paris de la fin du XIXème siècle où l'on retrouve des personnages célèbres comme Meliès ou Robert de Montesquiou, le dandy par excellence, ami de Proust . D'ailleurs petite remarque en passant , Robert de Montesquiou perd ou retrouve sa moustache d'une case à l'autre ! Bref un album plaisant qui nous plonge dans une ambiance particulière et illustré de façon magistrale par Alexis Charbert Petit regret tout de même, qu'une édition "dos toilée" ne soit pas proposée pour cet album, contrairement aux deux précédents.

27/02/2026 (modifier)
Par Hervé
Note: 4/5
Couverture de la série Thorgal Saga - La Déesse d'ambre
Thorgal Saga - La Déesse d'ambre

Je crois n'avoir pas lu un album avec Christophe Bec au dessin depuis Bunker. J'ai donc choisi de découvrir ce nouvel opus de "Thorgal Saga" dans son édition prestige en noir et blanc, qui rend vraiment hommage au style de Christophe Bec. Il faut avouer que les doubles pages sont magnifiques, même si parfois les décors restent très chargés. Et que dire de la couverture de cette édition limitée, sinon qu’elle est sublime ! Côté scénario, je suis plus réservé. Valérie Mangin nous offre une histoire assez classique qui s’insère par contre parfaitement dans les débuts de la série mère, en tout cas beaucoup mieux que les derniers albums de la série originelle. D’ailleurs, ces différents albums de « Thorgal Saga » dépassent, en qualité scénaristique, ceux signés Yann. Une intrigue classique servie par un dessin de Christophe Bec que j’ai beaucoup apprécié, bref un album, qui sans être au niveau de « Adieu Aaricia » de Robin Recht, s’inscrit dans mon top 3 des « Thorgal Saga ».

27/02/2026 (modifier)
Par Vaudou
Note: 4/5
Couverture de la série Kraken
Kraken

Une autre très belle bande de Segura, à placer dans sa bibliothèque à côté de Hombre. C'est toujours aussi bien écrit, avec des dialogues corrosifs et un récit vraiment dynamique. Comme pour Hombre, on retrouve cette ambiance noire et cynique qui emprunte aux codes du western à la Sergio Leone. Des morts à la pelle, un héros ombrageux face à un monde infesté de crapules, prêts à trahir à la moindre occasion. Dante est un bon alter ego de Hombre mais n'est tout de même pas aussi mémorable. Et le tome 3 est plus faible, un peu comme si Segura avait fait le tour du sujet. C'est pourquoi je descends la note d'un petit point. Jordi Bernet (Torpedo) est cette fois ci aux manettes pour le dessin. Bernet, Ortiz... Segura était un homme de goût. On admettra que les couleurs - je n'ai lu que les 3 tomes parus aux Huma - ne sont pas toujours formidables, mais elles aident à s'imprégner de l'ambiance des égouts poisseux de Metropol. Une bd qui ne refoule pas du goulot.

27/02/2026 (modifier)