J’ai beaucoup apprécié ma lecture de Siegfried. Cette bande dessinée propose une réinterprétation très réussie de la légende germanique des Nibelungen, rendue célèbre notamment par l’opéra de Wagner. Alex Alice parvient à transformer ce matériau mythologique dense en un récit clair, accessible et captivant.
L’un des grands points forts de l’album est évidemment son dessin. Les planches sont souvent impressionnantes, avec des paysages majestueux, des scènes épiques et une mise en scène très cinématographique. On sent une vraie ambition graphique : certaines pages m'ont donner l’impression de regarder un grand film de fantasy.
Le récit suit l’ascension de Siegfried, jeune héros insouciant qui découvre progressivement sa destinée. L’histoire mélange aventure, mythologie et tragédie, tout en gardant une narration assez fluide qui rend la lecture agréable. Même pour quelqu’un qui ne connaît pas bien la légende originale, le récit reste facile à suivre.
Si je devais faire une petite réserve, ce serait peut-être que l’album mise parfois davantage sur la dimension épique et visuelle que sur la profondeur psychologique des personnages. Mais cela n’enlève rien au plaisir de lecture.
Au final, Siegfried est une très belle BD de fantasy mythologique : spectaculaire, immersive et portée par un dessin exceptionnel. Une lecture que j’ai vraiment appréciée.
J’ai été assez surpris par ma lecture de Old Man Logan. Pendant longtemps, ce comics ne m’attirait pas vraiment. Je l’avais feuilleté plusieurs fois et certains éléments visuels m’avaient refroidi : voir des dinosaures ou une famille de Hulk qui traquent les héros me semblait un peu trop grotesque pour une histoire de Wolverine.
Mais une fois plongé dans le récit, j’ai complètement changé d’avis. La lecture est très fluide et la narration fonctionne remarquablement bien. L’histoire prend la forme d’un road-trip dans un univers Marvel dystopique où les super-vilains ont gagné. Ce format permet de découvrir progressivement ce monde détruit et donne un vrai rythme au récit.
Le personnage de Logan, vieux, brisé et hanté par son passé, apporte aussi beaucoup de gravité à l’histoire. Derrière les idées parfois extravagantes, le récit reste étonnamment cohérent et surtout très efficace.
Au final, c’est une lecture très agréable, immersive et bien construite. Comme quoi, il ne faut pas toujours se fier à une première impression en feuilletant un livre. Old Man Logan est une vraie bonne surprise.
Un documentaire-enquête sur le cas de Georges Ibrahim Abdallah qui jusqu'à l'an passé état le plus vieux prisonnier politique de France.
J'avais bien sur entendu parler de son cas lorsqu'il est sorti de prison, mais je ne savais pas tous les détails. Je peux vous dire que j'ai été stupéfaits d'apprendre qu'il a été emprisonné très longtemps pour des crimes dont les vrais responsables seraient l'Iran et qui s'il avait purgé une peine uniquement pour les crimes dont on est sur de sa participation, il aurait pu être libéré depuis longtemps ! C'est rageant d'autant plus qu'il me semble que les terroristes iraniens eux n'ont pas été vraiment inquiété.
L'enquête de Pierre Carles est très informative et bien que le parcours d'Abdallah ne soit pas présenté de façon linéaire, tout est clair et précis. Le monde politique ainsi que les médias français ne sont pas montré sous leur meilleur jour, mais je pense que toute personne un peu politisé ne va pas être bouleversé par ce que l'ont apprends sur eux ici. J'avoue que toute la partie où Pierre Carles interroge plusieurs membres des médias pour savoir pourquoi on ne parle pas plus en profondeur du cas de Georges Ibrahim Abdallah m'a un peu moins captivé. Je comprends que c'est la marque de fabrique de ce réalisateur de pointer les sujets que les grands médias ne traitent pas ou peu, mais au bout d'un moment ça tourne un peu en rond.
Même si depuis Abdallah a été libéré, cela reste malgré tout un documentaire intéressant sur comment la justice peut être partisane lorsqu'il est entre les mains de gens qui veulent absolument coupable et aussi plaire à un pays étranger.
Je me suis lancé dans cette série de science-fiction (achevée en 6 tomes) sans trop savoir à quoi m'attendre, si ce n'est qu'elle bénéficiait d'une solide réputation. Voici mon verdict sur cette saga qui, malgré un démarrage visuel un peu laborieux pour moi, a fini par totalement me convaincre.Je me suis lancé dans cette série de science-fiction (achevée en 6 tomes) sans trop savoir à quoi m'attendre, si ce n'est qu'elle bénéficiait d'une solide réputation. Voici mon verdict sur cette saga qui, malgré un démarrage visuel un peu laborieux, a fini par totalement me convaincre.
Un premier contact visuel contrasté
Je vais être honnête : au début, les dessins m'ont freiné. Bien qu'ils soient très appréciés, je suis resté hermétique au traitement des visages. Que ce soit pour les humains ou les extraterrestres, j'ai trouvé les expressions un peu "grossières", au sens de surjouées. Ce côté très théâtral, presque caricatural dans les émotions, me semblait parfois à la limite du risible.
Pourtant, j'ai persisté au-delà du premier tome, et je ne le regrette pas. Si les visages m'ont laissé de marbre, j'ai été bluffé par la magnificence des décors et la science des couleurs. Les panoramas des autres mondes sont grandioses et les designs globaux des races aliens sont particulièrement inspirés.
Un pitch qui renverse les codes
Ce qui m'a poussé à continuer, c'est la force du concept. On est loin du schéma habituel de l'invasion belliqueuse. Ici, une sorte d'ONU galactique décide d'intervenir sur Terre non pas pour conquérir, mais pour "sauver" une humanité à l'agonie.
Ce parallèle avec les missions des Casques Bleus est passionnant :
- Les Terriens subissent une intervention qu'ils n'ont pas demandée.
- Les "envahisseurs" se présentent comme des pacificateurs venus assurer la pérennité d'un peuple frère.
- C'est un traitement géopolitique (ou plutôt exopolitique, en l'occurrence) que j'ai trouvé d'une rare fraîcheur.
Une fresque politique complexe?
L'histoire évite soigneusement le manichéisme. On y retrouve des dynamiques sociales très bien écrites :
- Côté humain : La fracture entre ceux qui rejettent l'étranger par pur racisme et ceux qui collaborent, soit par conviction idéologique, soit par opportunisme crasse.
- Côté alien : Les dissensions internes au Conseil. Entre les isolationnistes, les idéalistes convaincus par leur mission civilisatrice, ceux qui aiment sincèrement l'humanité et ceux qui ne voient là qu'une occasion de piller des ressources, le jeu politique est complexe et crédible.
Verdict : Une saga qui va à l'essentiel
En 6 tomes, le récit est parfaitement calibré: suffisamment développé mais pas assez pour s'étirer inutilement. L'intrigue avance sans longueurs inutiles, même si la fin pourra en laisser certains sur leur faim (littéralement). Heureusement, le préquel déjà en cours de parution. L'Apogée, promet d'approfondir cet univers pour ceux qui, comme moi, ont fini par mordre à l'hameçon, et les critiques semblent indiquer que le niveau est au moins aussi bon (si ce n'est encore plus élevé).
Je suis retombée sur ces albums souples dans une broquante et j'ai eu envie de les lire alors que quand ils traînaient sur le canapé de mes parents (début des années 80), je n'en voyais pas l'intérêt.
Je comprends que cela ne soulève pas l'enthousiasme : ça nous met le nez dans le caca, on sent les doigts rentrer dans notre nuque : ce n'est pas drôle parce qu'il n'y a pas de bouc émissaire extérieur sur qui taper : tous les personnages adultes sont ridicules, snobs, et le patriarchat des années 70 est extrêmement bien décrit. De droite, de gauche, hommes, femmes, intellos, populaires, tous et toutes ( nous) se font rouler dans la farine de leurs a priori sociaux crétins.
Contrairement à beaucoup d'autres aviseurs, je trouve que ça n'a pas pris une ride : Retaillau et Rousseau, sont dans le bateau de Bretecher. Ce n'est pas drôle, c'est peut-être ça qu'on appelle grinçant : on sent le dégoût que l'autrice éprouve pour la bienpensance qui l'environne... Et non je ne suis pas très d'accord avec le nouveau chapeau de BDtheque : pas de la tendresse, de l'agacement froid.
Bravo à elle en tout cas pour avoir été presque la seule femme de la BD sociale française, pendant des années, sans que ça ne fasse rien bouger... pas assez drôle, trop proche de la réalité, trop woke ( éveillée ) en somme. Et non ce ne sont pas des histoires de gonzesses, "frustrés" est au masculin pluriel, soit le neutre de la langue française à son époque.
Je suis friand de récits horrifiques, et ces deux premiers tomes ne m'ont pas déçu.
Au scénario Jeff Lemire montre de nouveau son savoir faire pour captiver son lecteur et il a un don pour choisir ceux qui l'accompagnent au dessin lorsqu'il ne s'y colle pas.
Une voiture accidentée sur cette longue route, un camion qui s'arrête pour porter secours. Bilan, le mari est mort et les emmerdes commencent. Dom est chauffeur poids lourd, cela lui permet de s'évader, de laisser derriere lui ses problemes familiaux. Birdie, l'épouse, est bien énigmatique. La découverte d'un objet mystérieux va les mener vers une destination dans un monde parallele où vivent d'horribles créatures et dont les portes d'entrée se trouvent non loin des stations services pour PL Billy Bear. Et ce Billy Bear sera bien plus que la mascotte de ces stations services. Dans le même temps une enquête du FBI est menée par Teresa Weaver, une jeune femme au passé trouble. Des personnages qui ont un point commun, celui d'étranges visions pendant leur enfance (un thème cher à Lemire).
Un récit violent (le pied-de-biche sur la couverture ne va pas servir à retirer des clous) qui ne prend pas de chemins détournés pour planter l'intrigue. Par contre, Lemire distille par doses homéopathiques des indices, mais le voile enveloppant ce monde parallèle reste toujours bien mystérieux.
Une lecture rapide, palpitante et au suspense savamment dosé.
Classique mais efficace.
Le dessin de Gabriel Hernandez Walta participe grandement à l'atmosphère angoissante du récit avec son trait gras et précis, il est très bien accompagné avec les couleurs sombres de Jordie Bellaire.
Du très bon boulot.
Curieux de decouvrir la suite, mais le tome 3 se fait attendre...
Ah Ric Hochet...
Ma bande dessinée préférée avec Spirou du temps de mon enfance.
Contrairement à Tintin ou Astérix, Ric Hochet ne comporte pas plusieurs niveaux de lecture et il sera difficile de recommander cette série à quelqu'un qui a plus de 12 ans.
J'ai lu la plupart des volumes qui me sont passés sous la main à l'époque entre 7 et 10 ans. "Les compagnons du diable", "Le fantôme de l'alchimiste","La nuit des vampires"... Une entrée en matière parfaite pour découvrir le genre du fantastique/policier quand on est gamin.
Pour l'anecdote j'étais tellement accro que ma bibliothécaire achetait les dernières parutions le jour de leur sortie pour me faire plaisir.
Allez, merci Ric.
Le sticker apposé sur la couverture (par l’auteur du « Soldat oublié ») m’a intrigué, car je ne trouvais pas trace d’une série ou d’un album de Dimitri portant ce nom. Et c’est en cherchant sur internet que j’ai compris. Et du coup, ça éclaire pas mal la personnalité de l’auteur et cet album (mais aussi celui que j’ai lu juste avant, Raspoutitsa).
Ce sont les albums « historiques » que je préfère dans l’œuvre de Dimitri. Et ce « Kursk » est sans doute celui qui, malgré quelques défauts, se révèle le plus intéressant, le plus prenant. Mais c’est aussi parce que l’auteur nous livre ici quelque chose de personnel. Si la tension qui anime les soldats, la violence, l’âpreté des combats sont aussi bien rendues, c’est parce que Dimitri a lui-même vécu cette bataille (au sein de l’armée allemande), et on peut imaginer que nombres de passages sont directement inspirés de son expérience ou de celle de ses compagnons d’arme. D’ailleurs, l’album se finit brutalement – suite à la blessure du narrateur/personnage principal. L’immense théâtre d’opérations de cette bataille se trouve ainsi réduite à la lutte et la survie d’êtres humains, l’horreur passant à l’arrière-plan.
Car la bataille de Kursk a été un tournant dans la guerre. Suite à la défaite allemande de Stalingrad, cet affrontement marque le coup d’arrêt définitif des espoirs allemands à l’Est, la concentration de chars de la Wehrmacht ayant été repoussée par l’Armée rouge (j’avais lu il y a peu le très bon « Koursk, 1943 » de l’historien Roman Töppel, à lire pour ceux qui voudraient approfondir sur cette bataille), et les dernières pages, sans le dire vraiment, montrent plutôt une Wehrmacht « blessée », sur le reculoir, et des soldats au moral chancelant.
Le récit de Dimitri est haletant, on suit au plus près certains soldats (soldats allemands, car « Ivan », les Soviétiques, n’apparaissant quasiment jamais, si ce n’est au travers des projectiles qu’ils envoient). Aucune vue d’ensemble donc, mais une guerre à hauteur d’hommes.
Le dessin est globalement bon (quelques menus défauts de perspective et quelques visages moyennement réussis), la colorisation terne ou sombre convenant plutôt bien au récit.
On pourrait juste regretter un commentaire off un peu trop présent parfois.
Mais, au final, on a un récit de guerre bien mené, on est virtuellement au cœur d’une bataille, que l’auteur a vécu de l’intérieur.
Note réelle 3,5/5.
Pauvre fou. Car tout ceci n’était qu’illusion. Et faux-semblant.
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Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Sa première édition date de 2018. Il a été réalisé par Jean-Luc Loyer pour le scénario, les dessins et les nuances de gris. Il comprend cent-trente-et-une pages de bande dessinée. Il s’ouvre avec un texte introductif de l’auteur évoquant le fait que cette histoire s’inspire de faits réels, le sacerdoce des artistes qui déposent chaque jour sur leurs tables à dessin, leurs rêves les plus fous, leurs récits les plus subtils comme les plus absurdes.
Il y a quelques années, un enterrement. Il fait nuit. Le téléphone sonne. Strident. L’auteur est tiré de son sommeil. Groggy. On lui apprend que sa nièce est décédée. Qu’elle s’est suicidée. On ne sait pas pourquoi. Vingt-deux ans. Elle en avait marre de la vie. Fatiguée. Une histoire d’amour tragique. Sans doute. Il dit qu’il va remonter dans le nord. À Hénin-Beaumont. Qu’il verra son frère. Sa femme. Il dit qu’il sera là très vite. Pour l’enterrement. Il raccroche. Il fait nuit noire. Il pleure. Mais les larmes sont vaines. Le drame s’est joué. Aucun mot, aucun dessin ne pourront décrire le chagrin d’un père. La douleur de son frère. Sa rage aussi. Le voilà donc à sept cents bornes de chez lui, son gros fondement d’obèse sur un banc de messe. Écoutant le remplaçant du prêtre. Oui, le véritable curé n’a pas pu venir. Trop occupé. Manque de personnel… De fait, c’est ce monsieur, une sorte de super catholique, qui fait l’homélie. Touchante d’ailleurs. Des larmes ruissellent sur ses joues… Il fait nuit noire. Et la famille pleure… Spectateurs impuissants de l’épilogue d’un drame qui vient de se jouer. C’est donc au rythme d’une marche funèbre de Mozart, diffusée en deux fois vingt-cinq watts, que débute cette histoire… Et par l’enterrement d’une petite fleur. Et c’est donc à elle que l’auteur dédie cette histoire. Petite fleur. Car sans le savoir, et au-delà de toute sa tristesse, elle venait de bouleverser sa vie.
Liaison fatale. L’auteur sort du kébabier avec une boisson chaude et un sandwich qu’il consomme en marchant dans le froid de l’hiver. Il arrive à son rendez-vous galant, dans un véhicule utilitaire sport, avec une belle blonde. Ils discutent. Elle lui demande d’être réaliste : Rien que la voiture dans laquelle ils se trouvent, elle vaut quasiment des années de son salaire. Son mari à elle est allé l’acheter en Allemagne. Et comme elle n’a pas de besoin d’argent, elle peut accorder du temps à Jean-Luc. Il le reconnaît, mais ce qu’il aimerait c’est pouvoir faire des choses avec elle, avoir des journées… Elle l’interrompt : ils en ont déjà parlé cent fois, elle aussi l’aime ; mais elle ne va pas quitter son mari pour une vie sans lendemain. Elle imagine d’ici la tête des clients de l’agence immobilière qui découvriront que la femme du gérant s’est tirée avec un artiste local qui bosse dans Tourniquet Magazine. Elle le réconforte en lui demandant ne pas faire sa mauvaise tête : il sait qu’elle plaisante. Elle ajoute que lui la fait rêver avec ses histoires, ses dessins. Et puis, eux deux, c’est pas pareil. Elle sait ce qu’il aime, dit-elle en approchant sa main de la fermeture de sa braguette. En réaction, il sort de la voiture, fâché, lui disant que c’est fini.
Quelle étrange couverture avec ce visage de jeune femme exaltée et exultant, à la peau bleue, et le reflet du visage d’un homme exprimant la surprise, avec un titre peu explicite en orange. Le lecteur se plonge dans le texte introductif et il comprend qu’il s’agit d’un ouvrage à haute teneur biographique, les noms et des situations ayant été modifiés pour préserver l’intimité et la dignité des personnes. Il relève également que l’auteur dédie cette histoire à ses amis artistes, qui chaque jour déposent sur leurs tables à dessins leurs rêves les plus fous, leurs récits les plus subtils comme les plus absurdes. À ces auteur(e)s qui n’ont qu’une obsession : réinventer leurs vies ou des vies. Ceux qui couchent leurs états d’âme sur le papier, animés par de purs instincts de survie. Il remarque également que l’artiste opte pour un registre descriptif et réaliste, avec un degré significatif de simplification dans les formes humaines, les visages, et qu’il privilégie régulièrement les personnages à l’environnement dans lequel ils évoluent. Pour autant, il prend bien soin de d’installer chaque scène dans son décor en ouverture, il intègre des accessoires du quotidien. Le lecteur remarque que chaque personnage dispose d’une morphologie propre, allant de l’obésité pour le narrateur à la maigreur maladive pour la jeune femme, de tenues vestimentaires en phase avec sa position sociale et son positionnement économique.
Le récit s’ouvre avec une séquence de cinq pages consacrées à une cérémonie d’enterrement, celui de la nièce du narrateur. Ce dernier raconte son récit sans préciser aucun nom : ni celui du personnage principal, ni celui de la jeune femme, ou de son amante ou de son meilleur ami qui est scénariste. Par effet d’assimilation, le lecteur a tôt fait de surnommer le narrateur avec le prénom de l’auteur, de penser à la jeune femme sous le nom de Elle, au meilleur ami en l’appelant par sa fonction Scénariste, etc. L’enterrement s’avère touchant, plus par sa dimension pragmatique que par les émotions associées au deuil. La simplicité ou l’évidence des dessins raconte la scène dans tout ce qu’elle a de concret, avec une belle représentation détaillée de l’architecture de l’église. Le constat relatif à l’absence de prêtre faute de moyens humains apparaît comme une forme de résignation : manque de personnel, remplaçant compétent dans le registre de l’émotion, moins sur le plan pratique (il n’arrive pas à enclencher la musique du premier coup), ce qui fait ressortir une forme de manque de considération pour la défunte, une cérémonie impersonnelle et à coût réduit. Le lecteur y voit un jugement de valeur sur l’importance très relative donnée à l’individu dans la société, aux automatismes sociaux sans considération personnalisée. Il suppose que ce choix de chapitre introductif apporte un éclairage sur ce qui va suivre.
Sans a priori particulier, le lecteur entame cette tranche de vie. Il fait connaissance avec l’avatar de l’auteur : un homme rondouillard, vraisemblablement quadragénaire, même si son âge n’est jamais précisé, en se basant sur le fait qu’il pourrait presque être le père de Elle. Il porte quasiment la même tenue du début à la fin, ce qui est cohérent avec son manque de moyens, des vêtements amples et informes, masquant pour partie son obésité, ou tout du moins l’atténuant, la majorité du temps avec un bonnet sur la tête, et sa barbe qui lui mange ou lui masque la partie inférieure du visage. Ses yeux sont la plupart du temps réduit à deux points, avec un visage expressif. Il se rend à son rendez-vous galant avec la femme du gérant de l’agence immobilière, celle-ci étant pleine de vie, et sûre d’elle, plutôt agréable même si le rendez-vous se déroule mal. Le lecteur suit Jean-Luc dans chaque séquence, rencontrant avec lui d’autres personnages souvent banals et ordinaires, toujours avec une personnalité qui transparaît : le boucher (artiste très particulier), une première responsable éditoriale, une seconde, chacune avec son approche personnelle, la logeuse, le meilleur ami de l’auteur, qui est scénariste et un peu sans-gêne, des réfugiés à Sangatte et des membres d’une association humanitaire, un monsieur qui promène son chien la nuit… Et enfin en page cinquante-et-un, la demoiselle figurant sur la couverture. Une distribution de personnages attachants, émouvants, humains, normaux et uniques.
Mine de rien, le récit emmène le lecteur dans des endroits variés : une église, un parking pour voitures offrant une vue panoramique sur la ville, une boucherie, un appartement de célibataire, les locaux d’une maison d’édition jeunesse, un TGV se rendant à Calais et retour, un camp de migrants à Sangatte et les locaux d’une association préparant deux cents repas deux fois par jour (avec corvée d’épluchage de patates), un fleuriste, un pont propice au suicide, une société de graphisme publicitaire, une autre église, et même une grande terrasse de café, un port de plaisance, et un centre médico-psychologique. Le lecteur se laisse gagner par cette petite vie chiche et tranquille, par cette relation difficile entre un artiste sans succès et une jeune femme avec des problèmes de cafetière (des troubles psychologiques). Il ressent l’attachement un peu protecteur de Jean-Luc pour elle, ainsi que ses tâtonnements bienveillants pour la soutenir, lui offrir un cadre accueillant et structuré. Il est sensible à leur cheminement pour apprendre à se connaître dans cette relation asymétrique.
Ayant lu l’introduction, le lecteur se montre attentif aux éléments qui relèvent du métier d’artiste, de créateur. À l’évidence, les boulots alimentaires de Jean-Luc, sa démarche pour réaliser un roman graphique avec son ami scénariste, et pour essayer d’intéresser un éditeur. La manière dont il met à profit ce talent pour venir en aide à Elle. En périphérie, il voit comment l’ami scénariste se nourrit de nouvelles relations amoureuses, il découvre une sensibilité artistique inattendue chez le boucher à la forme d’expression très personnelle. Il sourit lorsque Jean-Luc donne des conseils à Elle sur la nécessité de se faire payer pour chaque travail. Il se dit que l’histoire du monsieur avec le chien peut s’appliquer à n’importe quel artiste : Un type un jour a voulu s’envoler. Il était persuadé d’avoir inventé une machine volante qui allait changer l’histoire de l’humanité. Il a hésité, testé ses liens, fait une prière. Re-testé ses liens, refait une prière et… Il a bondi dans le vide, tel un ange de carton ! C’était magnifique ! Le lecteur éprouve également un pincement au cœur lorsqu’il s’agit de trouver un éditeur pour publier une bande dessinée, ainsi que le caractère arbitrairement aléatoire de sa réception, de ses interprétations. Puis il repense à la scène introductive, à la motivation intime qu’elle met en lumière chez Jean-Luc, et aussi qu’au final chaque individu vit sa vie à sa manière, soumis aux aléas tout aussi arbitraires de la vie.
Une bande dessinée étrangement placide, évoquant une forme de résignation plus que d’acceptation. Une narration visuelle à base de dessins qui peuvent parfois sembler simpliste, tout en racontant l’histoire avec efficacité et émotions, ce qui constitue une belle réussite. Une tranche de vie banale d’un artiste graphique, faisant son possible pour créer et trouver un compromis satisfaisant sur le plan économique. L’histoire d’une rencontre entre cet homme en surpoids et une jeune femme fofolle (cintrée) parfois imprévisible et souvent ingérable. Une histoire d’amitié totalement personnelle et émouvante. Une bande dessinée peu commune, sans effets de manche, sans tambour, ni trompette. Touchant.
J’ai trouvé la BD HugoDécrypte – En Russie intéressante et facile à comprendre. Elle permet de découvrir l’histoire de la Russie de manière claire et accessible, même pour des lecteurs qui ne connaissent pas bien le sujet. Le fait que l’histoire soit racontée sous forme de BD rend la lecture plus agréable et dynamique.
Les explications sont simples et permettent de mieux comprendre le contexte politique actuel. Les dessins de Kokopello sont efficaces et aident à suivre les événements historiques.
Certains passages vont assez vite sur des périodes importantes de l’histoire russe. Cependant, il faut savoir que la BD est limitée à environ 200 pages, donc les auteurs doivent forcément résumer certains moments pour couvrir plus de mille ans d’histoire.
Dans l’ensemble, c’est une BD documentaire réussie qui permet d’apprendre beaucoup de choses tout en restant agréable à lire.
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J’ai beaucoup apprécié ma lecture de Siegfried. Cette bande dessinée propose une réinterprétation très réussie de la légende germanique des Nibelungen, rendue célèbre notamment par l’opéra de Wagner. Alex Alice parvient à transformer ce matériau mythologique dense en un récit clair, accessible et captivant. L’un des grands points forts de l’album est évidemment son dessin. Les planches sont souvent impressionnantes, avec des paysages majestueux, des scènes épiques et une mise en scène très cinématographique. On sent une vraie ambition graphique : certaines pages m'ont donner l’impression de regarder un grand film de fantasy. Le récit suit l’ascension de Siegfried, jeune héros insouciant qui découvre progressivement sa destinée. L’histoire mélange aventure, mythologie et tragédie, tout en gardant une narration assez fluide qui rend la lecture agréable. Même pour quelqu’un qui ne connaît pas bien la légende originale, le récit reste facile à suivre. Si je devais faire une petite réserve, ce serait peut-être que l’album mise parfois davantage sur la dimension épique et visuelle que sur la profondeur psychologique des personnages. Mais cela n’enlève rien au plaisir de lecture. Au final, Siegfried est une très belle BD de fantasy mythologique : spectaculaire, immersive et portée par un dessin exceptionnel. Une lecture que j’ai vraiment appréciée.
Wolverine - Old Man Logan
J’ai été assez surpris par ma lecture de Old Man Logan. Pendant longtemps, ce comics ne m’attirait pas vraiment. Je l’avais feuilleté plusieurs fois et certains éléments visuels m’avaient refroidi : voir des dinosaures ou une famille de Hulk qui traquent les héros me semblait un peu trop grotesque pour une histoire de Wolverine. Mais une fois plongé dans le récit, j’ai complètement changé d’avis. La lecture est très fluide et la narration fonctionne remarquablement bien. L’histoire prend la forme d’un road-trip dans un univers Marvel dystopique où les super-vilains ont gagné. Ce format permet de découvrir progressivement ce monde détruit et donne un vrai rythme au récit. Le personnage de Logan, vieux, brisé et hanté par son passé, apporte aussi beaucoup de gravité à l’histoire. Derrière les idées parfois extravagantes, le récit reste étonnamment cohérent et surtout très efficace. Au final, c’est une lecture très agréable, immersive et bien construite. Comme quoi, il ne faut pas toujours se fier à une première impression en feuilletant un livre. Old Man Logan est une vraie bonne surprise.
Dans les oubliettes de la République - Georges Ibrahim Abdallah
Un documentaire-enquête sur le cas de Georges Ibrahim Abdallah qui jusqu'à l'an passé état le plus vieux prisonnier politique de France. J'avais bien sur entendu parler de son cas lorsqu'il est sorti de prison, mais je ne savais pas tous les détails. Je peux vous dire que j'ai été stupéfaits d'apprendre qu'il a été emprisonné très longtemps pour des crimes dont les vrais responsables seraient l'Iran et qui s'il avait purgé une peine uniquement pour les crimes dont on est sur de sa participation, il aurait pu être libéré depuis longtemps ! C'est rageant d'autant plus qu'il me semble que les terroristes iraniens eux n'ont pas été vraiment inquiété. L'enquête de Pierre Carles est très informative et bien que le parcours d'Abdallah ne soit pas présenté de façon linéaire, tout est clair et précis. Le monde politique ainsi que les médias français ne sont pas montré sous leur meilleur jour, mais je pense que toute personne un peu politisé ne va pas être bouleversé par ce que l'ont apprends sur eux ici. J'avoue que toute la partie où Pierre Carles interroge plusieurs membres des médias pour savoir pourquoi on ne parle pas plus en profondeur du cas de Georges Ibrahim Abdallah m'a un peu moins captivé. Je comprends que c'est la marque de fabrique de ce réalisateur de pointer les sujets que les grands médias ne traitent pas ou peu, mais au bout d'un moment ça tourne un peu en rond. Même si depuis Abdallah a été libéré, cela reste malgré tout un documentaire intéressant sur comment la justice peut être partisane lorsqu'il est entre les mains de gens qui veulent absolument coupable et aussi plaire à un pays étranger.
Renaissance (Dargaud)
Je me suis lancé dans cette série de science-fiction (achevée en 6 tomes) sans trop savoir à quoi m'attendre, si ce n'est qu'elle bénéficiait d'une solide réputation. Voici mon verdict sur cette saga qui, malgré un démarrage visuel un peu laborieux pour moi, a fini par totalement me convaincre.Je me suis lancé dans cette série de science-fiction (achevée en 6 tomes) sans trop savoir à quoi m'attendre, si ce n'est qu'elle bénéficiait d'une solide réputation. Voici mon verdict sur cette saga qui, malgré un démarrage visuel un peu laborieux, a fini par totalement me convaincre. Un premier contact visuel contrasté Je vais être honnête : au début, les dessins m'ont freiné. Bien qu'ils soient très appréciés, je suis resté hermétique au traitement des visages. Que ce soit pour les humains ou les extraterrestres, j'ai trouvé les expressions un peu "grossières", au sens de surjouées. Ce côté très théâtral, presque caricatural dans les émotions, me semblait parfois à la limite du risible. Pourtant, j'ai persisté au-delà du premier tome, et je ne le regrette pas. Si les visages m'ont laissé de marbre, j'ai été bluffé par la magnificence des décors et la science des couleurs. Les panoramas des autres mondes sont grandioses et les designs globaux des races aliens sont particulièrement inspirés. Un pitch qui renverse les codes Ce qui m'a poussé à continuer, c'est la force du concept. On est loin du schéma habituel de l'invasion belliqueuse. Ici, une sorte d'ONU galactique décide d'intervenir sur Terre non pas pour conquérir, mais pour "sauver" une humanité à l'agonie. Ce parallèle avec les missions des Casques Bleus est passionnant : - Les Terriens subissent une intervention qu'ils n'ont pas demandée. - Les "envahisseurs" se présentent comme des pacificateurs venus assurer la pérennité d'un peuple frère. - C'est un traitement géopolitique (ou plutôt exopolitique, en l'occurrence) que j'ai trouvé d'une rare fraîcheur. Une fresque politique complexe? L'histoire évite soigneusement le manichéisme. On y retrouve des dynamiques sociales très bien écrites : - Côté humain : La fracture entre ceux qui rejettent l'étranger par pur racisme et ceux qui collaborent, soit par conviction idéologique, soit par opportunisme crasse. - Côté alien : Les dissensions internes au Conseil. Entre les isolationnistes, les idéalistes convaincus par leur mission civilisatrice, ceux qui aiment sincèrement l'humanité et ceux qui ne voient là qu'une occasion de piller des ressources, le jeu politique est complexe et crédible. Verdict : Une saga qui va à l'essentiel En 6 tomes, le récit est parfaitement calibré: suffisamment développé mais pas assez pour s'étirer inutilement. L'intrigue avance sans longueurs inutiles, même si la fin pourra en laisser certains sur leur faim (littéralement). Heureusement, le préquel déjà en cours de parution. L'Apogée, promet d'approfondir cet univers pour ceux qui, comme moi, ont fini par mordre à l'hameçon, et les critiques semblent indiquer que le niveau est au moins aussi bon (si ce n'est encore plus élevé).
Les Frustrés
Je suis retombée sur ces albums souples dans une broquante et j'ai eu envie de les lire alors que quand ils traînaient sur le canapé de mes parents (début des années 80), je n'en voyais pas l'intérêt. Je comprends que cela ne soulève pas l'enthousiasme : ça nous met le nez dans le caca, on sent les doigts rentrer dans notre nuque : ce n'est pas drôle parce qu'il n'y a pas de bouc émissaire extérieur sur qui taper : tous les personnages adultes sont ridicules, snobs, et le patriarchat des années 70 est extrêmement bien décrit. De droite, de gauche, hommes, femmes, intellos, populaires, tous et toutes ( nous) se font rouler dans la farine de leurs a priori sociaux crétins. Contrairement à beaucoup d'autres aviseurs, je trouve que ça n'a pas pris une ride : Retaillau et Rousseau, sont dans le bateau de Bretecher. Ce n'est pas drôle, c'est peut-être ça qu'on appelle grinçant : on sent le dégoût que l'autrice éprouve pour la bienpensance qui l'environne... Et non je ne suis pas très d'accord avec le nouveau chapeau de BDtheque : pas de la tendresse, de l'agacement froid. Bravo à elle en tout cas pour avoir été presque la seule femme de la BD sociale française, pendant des années, sans que ça ne fasse rien bouger... pas assez drôle, trop proche de la réalité, trop woke ( éveillée ) en somme. Et non ce ne sont pas des histoires de gonzesses, "frustrés" est au masculin pluriel, soit le neutre de la langue française à son époque.
Phantom Road
Je suis friand de récits horrifiques, et ces deux premiers tomes ne m'ont pas déçu. Au scénario Jeff Lemire montre de nouveau son savoir faire pour captiver son lecteur et il a un don pour choisir ceux qui l'accompagnent au dessin lorsqu'il ne s'y colle pas. Une voiture accidentée sur cette longue route, un camion qui s'arrête pour porter secours. Bilan, le mari est mort et les emmerdes commencent. Dom est chauffeur poids lourd, cela lui permet de s'évader, de laisser derriere lui ses problemes familiaux. Birdie, l'épouse, est bien énigmatique. La découverte d'un objet mystérieux va les mener vers une destination dans un monde parallele où vivent d'horribles créatures et dont les portes d'entrée se trouvent non loin des stations services pour PL Billy Bear. Et ce Billy Bear sera bien plus que la mascotte de ces stations services. Dans le même temps une enquête du FBI est menée par Teresa Weaver, une jeune femme au passé trouble. Des personnages qui ont un point commun, celui d'étranges visions pendant leur enfance (un thème cher à Lemire). Un récit violent (le pied-de-biche sur la couverture ne va pas servir à retirer des clous) qui ne prend pas de chemins détournés pour planter l'intrigue. Par contre, Lemire distille par doses homéopathiques des indices, mais le voile enveloppant ce monde parallèle reste toujours bien mystérieux. Une lecture rapide, palpitante et au suspense savamment dosé. Classique mais efficace. Le dessin de Gabriel Hernandez Walta participe grandement à l'atmosphère angoissante du récit avec son trait gras et précis, il est très bien accompagné avec les couleurs sombres de Jordie Bellaire. Du très bon boulot. Curieux de decouvrir la suite, mais le tome 3 se fait attendre...
Ric Hochet
Ah Ric Hochet... Ma bande dessinée préférée avec Spirou du temps de mon enfance. Contrairement à Tintin ou Astérix, Ric Hochet ne comporte pas plusieurs niveaux de lecture et il sera difficile de recommander cette série à quelqu'un qui a plus de 12 ans. J'ai lu la plupart des volumes qui me sont passés sous la main à l'époque entre 7 et 10 ans. "Les compagnons du diable", "Le fantôme de l'alchimiste","La nuit des vampires"... Une entrée en matière parfaite pour découvrir le genre du fantastique/policier quand on est gamin. Pour l'anecdote j'étais tellement accro que ma bibliothécaire achetait les dernières parutions le jour de leur sortie pour me faire plaisir. Allez, merci Ric.
Kursk - Tourmente d'acier
Le sticker apposé sur la couverture (par l’auteur du « Soldat oublié ») m’a intrigué, car je ne trouvais pas trace d’une série ou d’un album de Dimitri portant ce nom. Et c’est en cherchant sur internet que j’ai compris. Et du coup, ça éclaire pas mal la personnalité de l’auteur et cet album (mais aussi celui que j’ai lu juste avant, Raspoutitsa). Ce sont les albums « historiques » que je préfère dans l’œuvre de Dimitri. Et ce « Kursk » est sans doute celui qui, malgré quelques défauts, se révèle le plus intéressant, le plus prenant. Mais c’est aussi parce que l’auteur nous livre ici quelque chose de personnel. Si la tension qui anime les soldats, la violence, l’âpreté des combats sont aussi bien rendues, c’est parce que Dimitri a lui-même vécu cette bataille (au sein de l’armée allemande), et on peut imaginer que nombres de passages sont directement inspirés de son expérience ou de celle de ses compagnons d’arme. D’ailleurs, l’album se finit brutalement – suite à la blessure du narrateur/personnage principal. L’immense théâtre d’opérations de cette bataille se trouve ainsi réduite à la lutte et la survie d’êtres humains, l’horreur passant à l’arrière-plan. Car la bataille de Kursk a été un tournant dans la guerre. Suite à la défaite allemande de Stalingrad, cet affrontement marque le coup d’arrêt définitif des espoirs allemands à l’Est, la concentration de chars de la Wehrmacht ayant été repoussée par l’Armée rouge (j’avais lu il y a peu le très bon « Koursk, 1943 » de l’historien Roman Töppel, à lire pour ceux qui voudraient approfondir sur cette bataille), et les dernières pages, sans le dire vraiment, montrent plutôt une Wehrmacht « blessée », sur le reculoir, et des soldats au moral chancelant. Le récit de Dimitri est haletant, on suit au plus près certains soldats (soldats allemands, car « Ivan », les Soviétiques, n’apparaissant quasiment jamais, si ce n’est au travers des projectiles qu’ils envoient). Aucune vue d’ensemble donc, mais une guerre à hauteur d’hommes. Le dessin est globalement bon (quelques menus défauts de perspective et quelques visages moyennement réussis), la colorisation terne ou sombre convenant plutôt bien au récit. On pourrait juste regretter un commentaire off un peu trop présent parfois. Mais, au final, on a un récit de guerre bien mené, on est virtuellement au cœur d’une bataille, que l’auteur a vécu de l’intérieur. Note réelle 3,5/5.
Cintré(e)
Pauvre fou. Car tout ceci n’était qu’illusion. Et faux-semblant. - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Sa première édition date de 2018. Il a été réalisé par Jean-Luc Loyer pour le scénario, les dessins et les nuances de gris. Il comprend cent-trente-et-une pages de bande dessinée. Il s’ouvre avec un texte introductif de l’auteur évoquant le fait que cette histoire s’inspire de faits réels, le sacerdoce des artistes qui déposent chaque jour sur leurs tables à dessin, leurs rêves les plus fous, leurs récits les plus subtils comme les plus absurdes. Il y a quelques années, un enterrement. Il fait nuit. Le téléphone sonne. Strident. L’auteur est tiré de son sommeil. Groggy. On lui apprend que sa nièce est décédée. Qu’elle s’est suicidée. On ne sait pas pourquoi. Vingt-deux ans. Elle en avait marre de la vie. Fatiguée. Une histoire d’amour tragique. Sans doute. Il dit qu’il va remonter dans le nord. À Hénin-Beaumont. Qu’il verra son frère. Sa femme. Il dit qu’il sera là très vite. Pour l’enterrement. Il raccroche. Il fait nuit noire. Il pleure. Mais les larmes sont vaines. Le drame s’est joué. Aucun mot, aucun dessin ne pourront décrire le chagrin d’un père. La douleur de son frère. Sa rage aussi. Le voilà donc à sept cents bornes de chez lui, son gros fondement d’obèse sur un banc de messe. Écoutant le remplaçant du prêtre. Oui, le véritable curé n’a pas pu venir. Trop occupé. Manque de personnel… De fait, c’est ce monsieur, une sorte de super catholique, qui fait l’homélie. Touchante d’ailleurs. Des larmes ruissellent sur ses joues… Il fait nuit noire. Et la famille pleure… Spectateurs impuissants de l’épilogue d’un drame qui vient de se jouer. C’est donc au rythme d’une marche funèbre de Mozart, diffusée en deux fois vingt-cinq watts, que débute cette histoire… Et par l’enterrement d’une petite fleur. Et c’est donc à elle que l’auteur dédie cette histoire. Petite fleur. Car sans le savoir, et au-delà de toute sa tristesse, elle venait de bouleverser sa vie. Liaison fatale. L’auteur sort du kébabier avec une boisson chaude et un sandwich qu’il consomme en marchant dans le froid de l’hiver. Il arrive à son rendez-vous galant, dans un véhicule utilitaire sport, avec une belle blonde. Ils discutent. Elle lui demande d’être réaliste : Rien que la voiture dans laquelle ils se trouvent, elle vaut quasiment des années de son salaire. Son mari à elle est allé l’acheter en Allemagne. Et comme elle n’a pas de besoin d’argent, elle peut accorder du temps à Jean-Luc. Il le reconnaît, mais ce qu’il aimerait c’est pouvoir faire des choses avec elle, avoir des journées… Elle l’interrompt : ils en ont déjà parlé cent fois, elle aussi l’aime ; mais elle ne va pas quitter son mari pour une vie sans lendemain. Elle imagine d’ici la tête des clients de l’agence immobilière qui découvriront que la femme du gérant s’est tirée avec un artiste local qui bosse dans Tourniquet Magazine. Elle le réconforte en lui demandant ne pas faire sa mauvaise tête : il sait qu’elle plaisante. Elle ajoute que lui la fait rêver avec ses histoires, ses dessins. Et puis, eux deux, c’est pas pareil. Elle sait ce qu’il aime, dit-elle en approchant sa main de la fermeture de sa braguette. En réaction, il sort de la voiture, fâché, lui disant que c’est fini. Quelle étrange couverture avec ce visage de jeune femme exaltée et exultant, à la peau bleue, et le reflet du visage d’un homme exprimant la surprise, avec un titre peu explicite en orange. Le lecteur se plonge dans le texte introductif et il comprend qu’il s’agit d’un ouvrage à haute teneur biographique, les noms et des situations ayant été modifiés pour préserver l’intimité et la dignité des personnes. Il relève également que l’auteur dédie cette histoire à ses amis artistes, qui chaque jour déposent sur leurs tables à dessins leurs rêves les plus fous, leurs récits les plus subtils comme les plus absurdes. À ces auteur(e)s qui n’ont qu’une obsession : réinventer leurs vies ou des vies. Ceux qui couchent leurs états d’âme sur le papier, animés par de purs instincts de survie. Il remarque également que l’artiste opte pour un registre descriptif et réaliste, avec un degré significatif de simplification dans les formes humaines, les visages, et qu’il privilégie régulièrement les personnages à l’environnement dans lequel ils évoluent. Pour autant, il prend bien soin de d’installer chaque scène dans son décor en ouverture, il intègre des accessoires du quotidien. Le lecteur remarque que chaque personnage dispose d’une morphologie propre, allant de l’obésité pour le narrateur à la maigreur maladive pour la jeune femme, de tenues vestimentaires en phase avec sa position sociale et son positionnement économique. Le récit s’ouvre avec une séquence de cinq pages consacrées à une cérémonie d’enterrement, celui de la nièce du narrateur. Ce dernier raconte son récit sans préciser aucun nom : ni celui du personnage principal, ni celui de la jeune femme, ou de son amante ou de son meilleur ami qui est scénariste. Par effet d’assimilation, le lecteur a tôt fait de surnommer le narrateur avec le prénom de l’auteur, de penser à la jeune femme sous le nom de Elle, au meilleur ami en l’appelant par sa fonction Scénariste, etc. L’enterrement s’avère touchant, plus par sa dimension pragmatique que par les émotions associées au deuil. La simplicité ou l’évidence des dessins raconte la scène dans tout ce qu’elle a de concret, avec une belle représentation détaillée de l’architecture de l’église. Le constat relatif à l’absence de prêtre faute de moyens humains apparaît comme une forme de résignation : manque de personnel, remplaçant compétent dans le registre de l’émotion, moins sur le plan pratique (il n’arrive pas à enclencher la musique du premier coup), ce qui fait ressortir une forme de manque de considération pour la défunte, une cérémonie impersonnelle et à coût réduit. Le lecteur y voit un jugement de valeur sur l’importance très relative donnée à l’individu dans la société, aux automatismes sociaux sans considération personnalisée. Il suppose que ce choix de chapitre introductif apporte un éclairage sur ce qui va suivre. Sans a priori particulier, le lecteur entame cette tranche de vie. Il fait connaissance avec l’avatar de l’auteur : un homme rondouillard, vraisemblablement quadragénaire, même si son âge n’est jamais précisé, en se basant sur le fait qu’il pourrait presque être le père de Elle. Il porte quasiment la même tenue du début à la fin, ce qui est cohérent avec son manque de moyens, des vêtements amples et informes, masquant pour partie son obésité, ou tout du moins l’atténuant, la majorité du temps avec un bonnet sur la tête, et sa barbe qui lui mange ou lui masque la partie inférieure du visage. Ses yeux sont la plupart du temps réduit à deux points, avec un visage expressif. Il se rend à son rendez-vous galant avec la femme du gérant de l’agence immobilière, celle-ci étant pleine de vie, et sûre d’elle, plutôt agréable même si le rendez-vous se déroule mal. Le lecteur suit Jean-Luc dans chaque séquence, rencontrant avec lui d’autres personnages souvent banals et ordinaires, toujours avec une personnalité qui transparaît : le boucher (artiste très particulier), une première responsable éditoriale, une seconde, chacune avec son approche personnelle, la logeuse, le meilleur ami de l’auteur, qui est scénariste et un peu sans-gêne, des réfugiés à Sangatte et des membres d’une association humanitaire, un monsieur qui promène son chien la nuit… Et enfin en page cinquante-et-un, la demoiselle figurant sur la couverture. Une distribution de personnages attachants, émouvants, humains, normaux et uniques. Mine de rien, le récit emmène le lecteur dans des endroits variés : une église, un parking pour voitures offrant une vue panoramique sur la ville, une boucherie, un appartement de célibataire, les locaux d’une maison d’édition jeunesse, un TGV se rendant à Calais et retour, un camp de migrants à Sangatte et les locaux d’une association préparant deux cents repas deux fois par jour (avec corvée d’épluchage de patates), un fleuriste, un pont propice au suicide, une société de graphisme publicitaire, une autre église, et même une grande terrasse de café, un port de plaisance, et un centre médico-psychologique. Le lecteur se laisse gagner par cette petite vie chiche et tranquille, par cette relation difficile entre un artiste sans succès et une jeune femme avec des problèmes de cafetière (des troubles psychologiques). Il ressent l’attachement un peu protecteur de Jean-Luc pour elle, ainsi que ses tâtonnements bienveillants pour la soutenir, lui offrir un cadre accueillant et structuré. Il est sensible à leur cheminement pour apprendre à se connaître dans cette relation asymétrique. Ayant lu l’introduction, le lecteur se montre attentif aux éléments qui relèvent du métier d’artiste, de créateur. À l’évidence, les boulots alimentaires de Jean-Luc, sa démarche pour réaliser un roman graphique avec son ami scénariste, et pour essayer d’intéresser un éditeur. La manière dont il met à profit ce talent pour venir en aide à Elle. En périphérie, il voit comment l’ami scénariste se nourrit de nouvelles relations amoureuses, il découvre une sensibilité artistique inattendue chez le boucher à la forme d’expression très personnelle. Il sourit lorsque Jean-Luc donne des conseils à Elle sur la nécessité de se faire payer pour chaque travail. Il se dit que l’histoire du monsieur avec le chien peut s’appliquer à n’importe quel artiste : Un type un jour a voulu s’envoler. Il était persuadé d’avoir inventé une machine volante qui allait changer l’histoire de l’humanité. Il a hésité, testé ses liens, fait une prière. Re-testé ses liens, refait une prière et… Il a bondi dans le vide, tel un ange de carton ! C’était magnifique ! Le lecteur éprouve également un pincement au cœur lorsqu’il s’agit de trouver un éditeur pour publier une bande dessinée, ainsi que le caractère arbitrairement aléatoire de sa réception, de ses interprétations. Puis il repense à la scène introductive, à la motivation intime qu’elle met en lumière chez Jean-Luc, et aussi qu’au final chaque individu vit sa vie à sa manière, soumis aux aléas tout aussi arbitraires de la vie. Une bande dessinée étrangement placide, évoquant une forme de résignation plus que d’acceptation. Une narration visuelle à base de dessins qui peuvent parfois sembler simpliste, tout en racontant l’histoire avec efficacité et émotions, ce qui constitue une belle réussite. Une tranche de vie banale d’un artiste graphique, faisant son possible pour créer et trouver un compromis satisfaisant sur le plan économique. L’histoire d’une rencontre entre cet homme en surpoids et une jeune femme fofolle (cintrée) parfois imprévisible et souvent ingérable. Une histoire d’amitié totalement personnelle et émouvante. Une bande dessinée peu commune, sans effets de manche, sans tambour, ni trompette. Touchant.
HugoDécrypte en Russie
J’ai trouvé la BD HugoDécrypte – En Russie intéressante et facile à comprendre. Elle permet de découvrir l’histoire de la Russie de manière claire et accessible, même pour des lecteurs qui ne connaissent pas bien le sujet. Le fait que l’histoire soit racontée sous forme de BD rend la lecture plus agréable et dynamique. Les explications sont simples et permettent de mieux comprendre le contexte politique actuel. Les dessins de Kokopello sont efficaces et aident à suivre les événements historiques. Certains passages vont assez vite sur des périodes importantes de l’histoire russe. Cependant, il faut savoir que la BD est limitée à environ 200 pages, donc les auteurs doivent forcément résumer certains moments pour couvrir plus de mille ans d’histoire. Dans l’ensemble, c’est une BD documentaire réussie qui permet d’apprendre beaucoup de choses tout en restant agréable à lire.