Wahou ! Une bd passionnante.
Le titre et la couverture ne m'attiraient pas franchement. J'avais une idée toute faite de ce que j'allais y trouver. Benêt que j'étais !
Je connaissais de nom Pierre Bourdieu, très mal sa pensée.
Grâce à cette bd c'est rectifié et heureusement !
C'est chirurgical de justesse. J'ai régulièrement fait des pauses dans la lecture tellement les réflexions me parlaient, étaient pertinentes. J'ai appris, compris, réfléchis sur pas mal de choses. Certaines notions m'étaient plutôt familières (le capital culturel, ou le capital social par exemple) d'autres pas du tout. Mais les réflexions de cette bd/Bourdieu ciblent très avec précision les mécaniques de classes et réappuyer sur certaines notions de grille de lecture du monde que nous avons sans en avoir conscience. C'est amusant car j'ai reconnu des réflexions dans cette bd que j'avais déjà faite, ou déjà entendu de la part de proches.
Du coup je m'en vais de ce pas regarder les écrits de Pierre Bourdieu, et les personnes que ses écrits ont inspirés.
Le récit global est fluide, les lycées attachants (tout comme le dessin de Typhaine Rivière), bref tout fonctionne.
Vivement recommandé !
Quelle tragédie !
Une mécanique implacable et tragique.
Je me suis bien attaché aux personnages positifs de l'album qui évoluent dans un monde de brutes et de violences. Tous les personnages positifs de l'histoire tentent à leur manière d'arrêter le cycle de la violence qu'ils ont subi et qu'ils vivent au quotidien. Cependant, rien ne parvient à arrêter la violence engendrée, même quand ils tentent de l'endiguer. J'ai aussi trouvé le traitement du personnage féminin, le personnage pivot de l'histoire, bien écrite, légitime dans ses actions qu'on ne cautionnerait pas mais que l'on comprend parfaitement. L'empathie envers ce personnage marche car on comprend la violence perpétuel d'un monde masculin qui l'a mené là ou elle est.
Une atmosphère de brume tout au long de l'album fixe une ambiance certaine. La narration, qui fait des aller-retour avec le passé ajoue de la compréhension et un certain suspens au fur et à mesure du récit.
je ne m'attendais pas du tout à ce type d'histoire, que j'ai trouvé bien ficelé, intelligent. Mais quelle tristesse se dégage de l'ensemble ! Comme je le disais un peu plus haut c'est une vraie tragédie grecque.
La couverture est sublime, et une fois l'album lu on comprend la mélancolie qui s'en dégage. J'ai bien accroché aux dessins et au personnages bien typés.
J'ai beaucoup aimé !
Dans sa préface, Luc Brunschwig avoue avoir été frappé par la force de ce témoignage – et avoir découvert une belle personnalité.
Si au départ j’étais un peu circonspect, je dois le rejoindre après avoir fini cet album.
En effet, ce livre est vraiment intéressant, et de plus en plus prenant. C’est une autobiographie, l’auteur se racontant sans concession, parfois de façon brute, sans filtre, ce qui donne des scènes ou des propos un peu durs – pour lui ou certains proches, comme ses parents.
Jim Terry est un métis (sa mère est indienne). Il va subir plusieurs déchirures. D’abord le divorce de ses parents – et les allers-retours entre les deux le tiraillent.
Ensuite une autre déchirure, plus forte et plus subtile, identitaire. Si pendant longtemps sa part indienne est refoulée (instinct défensif face au racisme ambiant, mais aussi manque réel d’intérêt pour la culture indienne, parfois « folklorisée »), il va peu à peu prendre conscience de celle-ci, et la revendiquer, alors même que l’alcoolisme (mal qui traverse le récit plus ou moins violemment) semble le pousser sur une pente dangereuse.
Le point d’orgue de cette prise de conscience, et de la « reconstruction » de Terry se voit dans l’avant dernier chapitre, lorsqu’il participe à un acte de résistance de plusieurs nations indiennes sur le site emblématique de Standing Rock. Pour marquer le coup et l’importance de cet action pour lui, ce chapitre se distingue par un récit uniquement textuel, sans bande dessinée. Un court chapitre conclut en revenant à la bande dessinée, comme pour marquer une paix retrouvée, un auteur et un être apaisé. Et là le titre prend toute sa signification.
Le dessin est classique et fluide, très agréable.
Bref, voilà un album que je vous encourage à découvrir !
Mais au temps des canons à âme rayée et des obus, les dieux sont impuissants.
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Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre, qui ne nécessite pas de connaissances préalables. Son édition originale date de 2023. Il a été réalisé par Jean-Yves Delitte pour le scénario et les dessins. Les couleurs ont été réalisées par Douchka Delitte. Il comprend quarante-six pages de bande dessinée. Il se termine par un dossier historique de huit pages, réalisé par l’auteur, chapitré : Il y a d’abord une page de l’histoire, Quinze années (parsemées de tumultes et de désordres), Une paix si proche puis le basculement, Les premiers coups de canon aux Philippines, Après Manille couper les fils, David contre Goliath ?, Les prémices de la défaite annoncée, Un rêve d’évasion qui devient cauchemar, Un épilogue écrit d’avance.
Tout conflit a son casus belli. Dans la guerre hispano- américaine de 1898, c’est le naufrage d’un cuirassé de l’US Navy dans les eaux cubaines. À la fin du XIXe siècle, un vent de liberté souffle sur la grande île des Caraïbes, possession espagnole. De tumultes en insurrections, le désordre s’installe. En janvier 1898, les États-Unis, qui ont des intérêts dans l’île, décident d’envoyer un navire de guerre. La sixième puissance maritime mondiale tient à rappeler aux belligérants qu’elle surveille. Malheureusement, la manœuvre d’intimidation se transforme en tragédie et met le feu aux poudres. Le 15 février 1898, une impressionnante explosion déchire les flancs du cuirassé USS Maine. Le vaisseau sombre en quelques minutes entraînant dans la mort 261 hommes d’équipage. La suite n’est plus qu’un jeu de domino, dont rien n’arrête les chutes. Le 25 avril 1898, le royaume d’Espagne et les États-Unis d’Amérique sont en guerre. Le 1er mai 1898, le feu roulant des canons de six vaisseaux de l’US Navy s’abat sur une douzaine de navires espagnols au mouillage dans la baie de Manille aux Philippines.
New York, cité de tous les rêves et de tous les excès, quinze jours plus tard. À l’abri de la foule populeuse qui encombre les rues, deux hommes devisent tranquillement dans un salon privé luxueux. Le sénateur Henry Cabot Lodge lit un article du New York Journal : Après la conquête victorieuse des Philippines, voilà que nos fiers soldats s’apprêtent à poser les pieds à Cuba pour botter le cul à ces misérables Espagnols qui massacrent de malheureux Cubains. Le sénateur félicite son interlocuteur : il estime que William Randolph Hearst a l’art de la formule. Il ajoute : Voilà encore une manière habile d’augmenter le tirage de ses journaux. L’éditeur rétorque que c’est le sénateur qui hier encore l’encourageait à soutenir davantage le gouvernement. Il explique qu’il n’a pas tout inventé concernant les Espagnols, que les exactions de ce Weyler sont réelles. Ils trinquent ensemble à cette guerre et au pouvoir de la presse de Hearst. Ils sont d’accord avec une note du parti : Leur nation ne peut plus se contenter d’une aire d’influence circonscrite aux seules Amériques. Hearst ajoute qu’il suffit que Lodge lui dise ce qu’il veut lire.
C’est un tome de plus dans la collection des grandes batailles navales : une narration concise et précise au montage très personnel et direct, des dessins dans un registre naturel et descriptif avec des contours un peu acérés et irréguliers pour accentuer l’âpreté des individus et des situations, une gamme de couleur dans les bruns-gris, parfois maronnasse pour une réalité peu souriante et grave. L’auteur tire le maximum possible du format de quarante-six pages, en évoquant certains pans du contexte historique, en mettant en scène trois ou quatre personnages fictifs, en faisant intervenir plusieurs personnages historiques comme William Randolph Hearst (1863-1951), Henry Cabot Lodge (1850-1924), William McKinley (1843-1901), Richard Harding Davis (1864-1916), Theodore Roosevelt (1858-1919). Il commence son récit le quinze février 1898, avec l’explosion qui déchire les flancs du cuirassé USS Maine. Il le termine avec la parution de l’article qui annonce que la flotte espagnole est décimée et Santiago de Cuba est tombée, ainsi que Hearst savourant le pouvoir que lui donne sa presse, à New York le trente juillet de la même année, moins de six mois plus tard. Les pages sont structurées à partir de cases rectangulaires sagement alignées en bande, avec parfois une tête qui dépasse sur la bande du dessus, ou des pieds sur celle du dessous. Le lecteur peut également savourer deux dessins en double page (une avenue fourmillant d’activités à New York, les navires à quai dans la baie de Tampa) et un en pleine page (les cuirassés américains à Tampa).
À l’évidence, le lecteur vient pour les scènes de bataille navale, encore plus alléché par le fait que Delitte ait également réalisé les dessins, en ayant à l’esprit sa qualité de peintre officiel de la Marine et de membre titulaire de l’Académie des Arts & Sciences de la Mer. Il est comblé dès la première planche : elle comporte deux cases de la largeur de la page, l’une occupant les deux tiers de la hauteur, l’autre le tiers restant, montrant l’USS Maine qui fut le second cuirassé de l’United States Navy, d’abord fringuant dans la baie de La Havane, puis en piteux état après l’explosion. Le lecteur est un peu pris par surprise en découvrant une vue d’une rue très animée de New York en double page, dépourvue de toute connotation maritime. Puis retour à l’océan avec un navire de guerre américain mouillant non loin de la petite ville portuaire de Cienfuegos, alternant des vues sur l’eau et des vues sur le pont : le lecteur peut se repaître des détails confiant dans l’authenticité historique, pouvant se projeter sur le bâtiment. Vient ensuite de l’illustration en double page des bateaux de marchandise à double pont avec leur haute cheminée sur les rives de la baie de Tampa, et les ouvriers s’employant au chargement. Les séquences maritimes culminent avec la bataille navale proprement dite : quinze pages de course-poursuite, d’esquives et de tirs au canon, mettant en évidence le caractère inhumain des énormes masses d’acier, la puissance de feu des canons, la coordination des servants, les marins en train d’alimenter les chaudières en charbon, les soldats déchiquetés par les obus, les navires déchiquetés, etc.
Comme dans les autres tomes, le récit expose des éléments de contexte soigneusement choisis pour apporter d’autres points de vue à cette bataille navale. Étant un auteur complet, Delitte maîtrise entièrement sa composition des scènes, en particulier la répartition des informations entre texte (dialogue, exposition) et images, ainsi que leur complémentarité. Le lecteur se régale de le voir illustrer d’autres choses que des navires. L’illustration en double page consacrée à la rue de New York montre toute son activité, entre les marchands ambulants, les étals, les échelles de secours métalliques en façade, les badauds. Par la suite, le lecteur prend le temps d’apprécier les portraits accrochés aux murs du salon du club privé, la citerne d’eau sur le toit d’un immeuble, la locomotive à vapeur tirant les wagons de marchandise, l’église de Santiago de Cuba, un énorme canon en bordure de côte pour tirer sur les navires ennemis, un paysage naturel à l’intérieur de l’île, Giuseppe Almoda & Jose Morales cheminant sur les routes en terre, l’immeuble du Tribune pavoisé aux couleurs du drapeau américain, etc. Les personnages apparaissent tous adultes et sérieux, comme il sied à un récit de guerre, les femmes étant reléguées à quelques rôles limités de figuration.
Le lecteur se rend rapidement compte que l’auteur fait des références très succinctes à certains faits historiques, et que chaque séquence sert aussi bien l’enchaînement des événements qui mènent à la bataille navale, que des observations sur d’autres thèmes. Le premier cartouche de texte évoque ainsi la notion de casus belli : il explicite celui de la guerre qui oppose le royaume espagnol aux États-Unis, et le lecteur peut penser à d’autres qu’il s’agisse de l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand d'Autriche (1863-1914) ou des incidents du golfe du Tonkin sont survenus les deux et quatre août 1964, et leur rapport relatif avec la guerre qui s’en est suivie. Par la suite, il est également question de la collusion de la presse à grand tirage avec le politique (en particulier les journaux de William Randolph Hearst), les hasards de la vie au travers du destin national de Theodore Roosevelt qui se forge pour partie grâce à ses faits de guerre à Cuba, le sort des simples soldats en fonction des décisions de généraux et aussi celles de politiciens prises à New York, la réalité des enjeux économiques et de politique international bien plus prioritaires que ceux moraux, dans le choix de déclarer et de mener une guerre, la réalité du massacre et de la mort d’êtres humains. Le genre très particulier de la reconstitution historique d’une bataille navale contient alors des éléments sociétaux, transformant un récit de genre en un regard sur le fonctionnement de la société de cette époque, et de celle contemporaine quand on repense à l’instrumentalisation des conflits armés.
Peut-être faut-il un goût particulier pour être attiré par une bande dessinée dédiée à un conflit naval historique très précis, avec déjà une fascination pour les bâtiments de guerre ? Dans le même temps, cet auteur complet a acquis un niveau de maîtrise de son art remarquable : sa concision synthétique dans sa manière de présenter les faits et l’époque, la qualité de sa reconstitution historique qui dépasse sa simple capacité à représenter les navires de guerre. Le lecteur ressent qu’il lit bien plus que le déroulé d’un conflit maritime : les enjeux de terrain et les enjeux de la classe politique à s’engager dans une guerre, le vécu des soldats sur le terrain et l’arbitraire de leur vie et de leur mort, et aussi de magnifiques représentations des navires de guerre, et de la bataille elle-même. Une réussite.
Tome 2
Après la grosse galère liée à l’élaboration du premier Star Wars, on retrouve un George Lucas requinqué par le méga carton au box-office, avec des projets plein la tête. Non seulement la suite de la saga (qui restait hypothétique), mais la construction de son Skywalker Ranch, un havre de paix loin du tumulte d’Hollywood et destiné à accueillir les cinéastes, un immense campus équipé des dernières technologies pour « penser le cinéma de demain ». A sa femme, inquiète de le voir trop absorbé par ses projets, Lucas assure que cette fois, il déléguera l’élaboration de ses prochains films… Ainsi, pour « L’Empire contre-attaque », l’heureux élu sera Irvin Kershner, son ancien prof de fac ! Mais les choses ne seront pas aussi simples, et étrangement, l’histoire semble se répéter. De nombreux contretemps et de gros retards dans le tournage vont alourdir l’atmosphère, ce qui ne sera pas sans conséquence sur le budget… restait à croiser les doigts pour que le film connaisse le même succès… la suite de l’histoire, on la connaît, elle donnera raison à cet immense rêveur du septième art qu’est Lucas.
Comme précédemment, la narration, basée sur une bibliographie riche, est extrêmement captivante et nous donne à voir un être exceptionnel, un cinéaste attachant dont les rêves aux dimensions « galactiques » ont révolutionné le cinéma. De plus, le personnage a su rester humain, très soucieux d’imposer son éthique jusque dans le « merch » qui devait notamment servir à financer son projet de campus du cinéma. Pour George Lucas, pas question d’associer « Star Wars » à des produits favorisant l’obésité ou la consommation d’alcool, ou encore de collaborer avec des sociétés sud-africaines dans le contexte de l’apartheid, durant cette fin des « seventies ». Selon sa philosophie, l’argent n’était qu’un moyen et non un but, quand bien même il savait qu’il risquait gros en finançant lui-même ses projets.
Tout en allant à l’essentiel, Laurent Hopman sait nous offrir moult anecdotes qui combleront les fans, passionnantes même dans leur insignifiance, souvent amusantes. On aura même droit à une séquence sur la genèse des « Aventuriers de l’arche perdue », le film de Steven Spielberg coproduit par Lucas et sorti en salles quelques mois après « L’Empire contre-attaque ». Le tout est toujours très bien servi par le dessin nerveux et la mise en page hyper efficace de Renaud Roche. Avec toujours ce noir et blanc qui concède quelques touches à la couleur pour souligner des éléments-clé. Vous l’aurez compris, cet « épisode II » ne déçoit pas, tant s’en faut !
D’ailleurs, il semblerait que celui-ci rencontre un accueil aussi enthousiaste que son prédécesseur, tant critique que public, avec à la clé une sortie dans quinze pays hors de l’Hexagone. L’autre bonne nouvelle dans tout ça, c’est que les padawans que nous sommes peuvent se réjouir de la parution à venir du troisième tome, puisque le projet a été conçu dès le départ, assez logiquement, comme une trilogie. Et pour cela, de la patience nous devrons avoir !
Tome 1
Si ceux qui comme moi auront vibré en découvrant « Star Wars » dans leur prime jeunesse — et bien sûr par extension les fans les plus récents de la saga — seront sans aucun doute totalement emballés à la lecture de cette bande dessinée, il n’est pas impossible que les plus réfractaires l’apprécient. En effet, c’est d’abord l’ascension extraordinaire d’un homme mû par un imaginaire foisonnant et surtout l’histoire d’un film culte qui est présenté ici. On peut donc être simplement amateur de cinéma pour se plonger dans cette lecture…
Abondamment documenté, l’ouvrage a été mené de main de maître par les deux auteurs, avec une symbiose parfaite entre les partitions graphique et narrative. On y découvre d’abord le personnage de Georges Lucas, cet enfant rebelle dont les rêves étaient « bigger than life ». L’homme, déjà tout gosse, avait une personnalité hors du commun, tête brûlée dans son adolescence et plutôt renfermé, il semblait habité par une volonté de fer pour donner corps à ses rêves…et il lui en aura fallu de la volonté pour franchir les innombrables écueils qu’il subit avant la sortie en salles du film, dans la douleur qui plus est… Même si Lucas avait déjà sa trilogie en tête, c’est le succès inattendu de ce premier opus au box office qui fut le catalyseur de l’impressionnante saga et de ses innombrables spin-offs, très inégaux il faut bien l’avouer, que nous connaissons aujourd’hui.
C’est avec bonheur que l’on avale les 200 pages du livre, qui, en plus d’un personnage à la « vie intérieure bouillonnante », nous dévoile la genèse du tout premier Star Wars. On découvre que la compagne de George, Marcia, aura été d’un énorme soutien dans l’aboutissement de son projet, remanié mille fois avant sa version définitive ! Si les relations furent souvent houleuses avec les producteurs de studios, davantage préoccupés par l’appât du gain, celles avec les cinéastes furent heureusement plus amicales. On y croise ainsi Francis Ford Coppola, Steven Spielberg, l’autre homme qui aura transformé le cinéma dans ces années-là, Irvin Kershner (qui à l’époque n’avait pas encore réalisé « L’Empire contre-attaque »), Martin Scorsese et d’autres. Et puis les acteurs bien sûr, le trio magique composé d’Harrison Ford (recruté par défaut !), Carrie Fisher et Mark Hammill, mais aussi les seconds rôles, notamment l’acteur britannique Alec Guinness qui aura apporté son aura bienveillante au film.
Le tout est passionnant, très complet, et truffé d’anecdotes croustillantes. On se gausse par exemple en apprenant que Han Solo aurait dû porter un col Claudine au lieu de sa fameuse tunique échancrée, si son interprète, par un réflexe salutaire, n’avait pas décidé de l’arracher.
Le dessin de Renaud Roche est d’une efficacité redoutable dans sa simplicité. Il accompagne à merveille la narration extrêmement fluide. On apprend, de façon peu étonnante, qu’il a une expérience dans le storyboard. La mise en page va à l’essentiel et insuffle beaucoup de dynamisme au récit. La particularité graphique de cet album est qu’il n’est ni en noir et blanc ni en couleurs, l’auteur s’étant contenté d’ajouter ça et là des touches de couleurs pour souligner les éléments importants, renforçant encore le punch narratif. A croire que Roche a travaillé au pinceau-laser ! Si « Les Guerres de Lucas » ne représente que sa première bande dessinée en tant que co-auteur, on se dit que le jeune homme, illustrateur formé à l’école des Gobelins, a de l’avenir…
Encore une fois, cette bande dessinée pourra largement captiver un lectorat au-delà des amateurs de la saga Star Wars. Sur une autre grille de lecture, elle montre le parcours admirable d’un homme qui en ayant concrétisé ses rêves par la puissance de sa « force » intérieure (on ne saurait mieux dire, et Lucas était loin d’être un communicant expansif, encore moins vénal !), nous offre une véritable leçon de vie.
On peut dire que les Editions Deman, plutôt spécialisée dans la presse jusqu’à récemment, auront frappé fort avec la – seulement - troisième BD de leur collection. Déjà récompensée de prix divers (France Info, Fnac-France Inter), « Les Guerres de Lucas » ont rencontré également un succès critique et public. Laurent Hopman, à la fois co-fondateur de la société et scénariste de l’ouvrage, semble avoir eu du flair, inspiré peut-être par une force mystérieuse venue d’outre-espace…
Derrière cette couverture aux accents moebiusiens, ce livre contient plusieurs courtes histoires de David Sourdrille sans grand rapport avec la couverture ni le titre. Petit clin d'oeil de Robert Crumb en introduction, et là je me demande comment ça se fait que je n'ai jamais entendu parler de cet auteur avant... Bon il est vrai que seulement 3 albums chez un éditeur un brin confidentiel, ça n'aide pas à se faire un nom.
Pourtant cet album est très drôle, mettant en scène l'auteur dans des situations cocasses, voire oniriques quand il évolue dans des histoires barrées et se réveille à la fin dans une référence assumée à Winsor McCay. Les névroses sexuelles sont aussi présentes et là on comprend que Crumb aime cet auteur. J'ai aussi beaucoup aimé l'histoire parodiant Batman. Enfin son dessin ligne claire est très appréciable.
Poignant. Surtout quand on sait que c’est directement inspiré des souvenirs d’un gamin qui a vécu ces évènements.
On comprend que Gaël Faye ait choisi les auteurs de Marzi pour adapter son livre en BD. Le résultat est on ne peut plus réussi. Ce n’est pas seulement le regard de l’enfant sur la guerre, c’est ce qu’il vit au quotidien et les petites choses qui se passent et qui ne signifient pas grand-chose pour lui au début. Des disputes de gamins, des tensions dans le couple de ses parents, les informations qui lui parviennent mais lui passent un peu au-dessus de la tête… C’est normal, il pense à ses copains, à aller jouer…
Les auteurs ont très bien réussi, par ce biais, à faire monter la tension doucement. Le lecteur est pris dans cet engrenage.
On connaît tous ce qui s’est passé via les infos, du moins en théorie. Parce que, pour l’immense majorité d’entre nous, on ne l’a pas vécu ni rien d’approchant. Et cette bd arrive à nous happer et nous faire entrapercevoir ce que cette famille a pu vivre.
C’est poignant, c’est angoissant, c’est magnifique (peut-on employer ce mot en pareil cas?)
Et le graphisme y participe pleinement. Le dessin et beau, mais il ne prend pas le dessus et n’occulte pas l’histoire.
J’avais déjà lu Déogratias sur ce même conflit pour lequel j’avais eu un peu de mal avec le graphisme. Mais toute comparaison est inutile. Chaque témoignage est utile, essentiel même.
Coup de coeur pour celui-ci.
Hé bien contrairement à mes collègues, j'ai apprécié ce témoignage. Ce livre m'a été offert pour Noël et je l'ai ouvert sans aucune préparation. J'avais du lire vos avis mais je n'ai pas fait de lien.
Les premières pages m'ont séduites sur l'idée que raconter son parcours à une juge de l'OFPRA , c'est comme se transformer en une Shéhérazade qui doit captiver le roi Shariar et le tenir en haleine jusqu'au matin pour espérer rester en vie.
Et cette préparation de l'esprit associée à un dessin dépaysant qui peut émerveiller et déconcerter tour à tour, m'ont accompagnés et happés pendant ces 236 grandes pages en deux couleurs.
Bleu et blanc quand le héros Reza ( hazara Iranien venu d'Afghanistan) parle au scénariste.
Rouge et blanc quand il parle à la juge dont le buste est prolongé par une queue gigantesque hérissée de pattes.
Vert, noir et blanc quand on suit Reza dans son parcours, depuis l'enfance jusqu'à son arrivée à Paris.
Le mot hazara n'évoquait rien pour moi et je suis surprise que ce nouveau voyage en pays de dictature ait pu m'intéresser autant alors qu'on a déjà tant lu d'histoires absurdes et dramatiques où l'exclusion arbitraire se déploie sur plusieurs pays en s'acharnant sur des minorités... ( juives, tziganes, ouïgoures, arméniennes, ...hazara) Si bien que c'est la douleur qui devient l'identité de ces populations. Et comment retrouver une vie normale après ?
Reza Sahibdad nous raconte et raconte à la juge une histoire que nous puissions comprendre. Mais que comprenons nous de cette vie de paria, bien au chaud dans notre fauteuil ? Reza a les yeux un peu trop bridés pour vivre à Kaboul, un peu trop bridés pour vivre à Téhéran, il pourra vivre à Paris...mais sans les siens. Il reconstruit quelque chose sur ce terreau de craintes. Les autres, ceux qui sont restés, vivent à moitié.
Merci pour cette BD .
Un avis rapide pour conforter la bonne impression de mes prédécesseurs, je ne suis pas spécialement fan de l’auteur mais là rien a dire. Emporté le Tom.
Ne cherchez pas une once d’originalité dans le récit, hormis le contexte des croisades, l’auteur nous sort un classique 7 mercenaires (ou samouraïs), un groupe hétérogène qui bon gré, mal gré vont se retrouver à protéger un village. Ouah on a jamais vu ça !!
Un canevas classique et éprouvé mais sublimé par l’auteur. Pas tant le dessin qui reste conforme à ce que l’on a déjà pu voir de lui, ça sent grave la palette graphique (un style dont je ne raffole pas particulièrement) mais archi fluide et bien typé dans ses personnages, on avale les quasi 200 pages sans s’en apercevoir.
C’est le rythme et le ton donnés par l’auteur qui ont marché du tonnerre sur moi, j’ai eu le smile durant toute ma lecture. Alors c’est sûr, il ne faut pas être allergique à un phrasé différent de l’époque dépeinte, les dialogues sont frais, modernes comme la « bêtise » de chaque personnages.
Ça paraît simple mais (pour paraphraser Ro) un rendu très abouti et particulièrement plaisant.
0 reproche si ce n’est que ça va être maintenant bien long avant de découvrir la suite, on en redemande tellement en quittant l’album.
De mes lointains souvenirs d'écolier, il me semble qu'à l'époque du Moyen Age la société était divisée en 3 ordres : La Noblesse, le Clergé et le Tiers Etat; Les deux premiers imposant leur rang au 3ème qui était donc de fait soumis au nom de la volonté divine.
En partant de ce postulat, et surfant sur tout l'ésotérisme et l'obscurantisme entourant cette période dans l'imaginaire collectif, Dorison nous livre un scénario soigné et que j'ai trouvé pour ma part plaisant.
Dans "Le Maitre d'Armes" nous suivons les aventures de Hans Stalhoffer, ancien maitre d'armes du roi qui accompagne un jeune protestant dans son voyage vers la Suisse. Poursuivis par des fanatiques ainsi que par un ancien rival, leur crime est d'avoir voulu permettre aux vilains de lire la parole de Dieu.
Ce n'est pas la première fois que Dorison se risque sur le terrain de la religion médiévale, puisque déjà quasiment vingt ans avant il signait Le Troisième Testament.
Et comme son grand frère cet ouvrage semble souffrir des mêmes défauts aux yeux des passionnés d'Histoire.
J'avoue que, pour ma part, si je reste attacher à ce que les auteurs ne réinvente pas l'Histoire (Voir mes différents avis sur Watchmen ou Cinq branches de coton noir), je suis tellement ignorant de cette période que je ne suis pas choqué par les différents scénarios complotistes pouvant s'y dérouler.
Je trouve même que l'époque s'y prête très bien. Ayant si peu confiance en la nature humaine, je ne peux être surpris par l'oppression des faibles par les puissants afin de maintenir leurs privilèges.
Indépendamment de l'histoire écrite par Dorison, que j'ai donc appréciée (comme souvent avec lui), les dessins de Parnotte sont également très plaisants et pour la peine très imprégnants (ça se dit ?).
Leur travail conjoint nous a donc offert une belle œuvre.
J'ai donc lu cet ouvrage comme je regarde un bon film d'action, c'est à dire avec beaucoup de plaisir.
Par ailleurs le fait que cela ne soit qu'un one-shot ne gâche pas le plaisir bien au contraire.
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La Distinction
Wahou ! Une bd passionnante. Le titre et la couverture ne m'attiraient pas franchement. J'avais une idée toute faite de ce que j'allais y trouver. Benêt que j'étais ! Je connaissais de nom Pierre Bourdieu, très mal sa pensée. Grâce à cette bd c'est rectifié et heureusement ! C'est chirurgical de justesse. J'ai régulièrement fait des pauses dans la lecture tellement les réflexions me parlaient, étaient pertinentes. J'ai appris, compris, réfléchis sur pas mal de choses. Certaines notions m'étaient plutôt familières (le capital culturel, ou le capital social par exemple) d'autres pas du tout. Mais les réflexions de cette bd/Bourdieu ciblent très avec précision les mécaniques de classes et réappuyer sur certaines notions de grille de lecture du monde que nous avons sans en avoir conscience. C'est amusant car j'ai reconnu des réflexions dans cette bd que j'avais déjà faite, ou déjà entendu de la part de proches. Du coup je m'en vais de ce pas regarder les écrits de Pierre Bourdieu, et les personnes que ses écrits ont inspirés. Le récit global est fluide, les lycées attachants (tout comme le dessin de Typhaine Rivière), bref tout fonctionne. Vivement recommandé !
Mémoires de Gris
Quelle tragédie ! Une mécanique implacable et tragique. Je me suis bien attaché aux personnages positifs de l'album qui évoluent dans un monde de brutes et de violences. Tous les personnages positifs de l'histoire tentent à leur manière d'arrêter le cycle de la violence qu'ils ont subi et qu'ils vivent au quotidien. Cependant, rien ne parvient à arrêter la violence engendrée, même quand ils tentent de l'endiguer. J'ai aussi trouvé le traitement du personnage féminin, le personnage pivot de l'histoire, bien écrite, légitime dans ses actions qu'on ne cautionnerait pas mais que l'on comprend parfaitement. L'empathie envers ce personnage marche car on comprend la violence perpétuel d'un monde masculin qui l'a mené là ou elle est. Une atmosphère de brume tout au long de l'album fixe une ambiance certaine. La narration, qui fait des aller-retour avec le passé ajoue de la compréhension et un certain suspens au fur et à mesure du récit. je ne m'attendais pas du tout à ce type d'histoire, que j'ai trouvé bien ficelé, intelligent. Mais quelle tristesse se dégage de l'ensemble ! Comme je le disais un peu plus haut c'est une vraie tragédie grecque. La couverture est sublime, et une fois l'album lu on comprend la mélancolie qui s'en dégage. J'ai bien accroché aux dessins et au personnages bien typés. J'ai beaucoup aimé !
Come Home Indio
Dans sa préface, Luc Brunschwig avoue avoir été frappé par la force de ce témoignage – et avoir découvert une belle personnalité. Si au départ j’étais un peu circonspect, je dois le rejoindre après avoir fini cet album. En effet, ce livre est vraiment intéressant, et de plus en plus prenant. C’est une autobiographie, l’auteur se racontant sans concession, parfois de façon brute, sans filtre, ce qui donne des scènes ou des propos un peu durs – pour lui ou certains proches, comme ses parents. Jim Terry est un métis (sa mère est indienne). Il va subir plusieurs déchirures. D’abord le divorce de ses parents – et les allers-retours entre les deux le tiraillent. Ensuite une autre déchirure, plus forte et plus subtile, identitaire. Si pendant longtemps sa part indienne est refoulée (instinct défensif face au racisme ambiant, mais aussi manque réel d’intérêt pour la culture indienne, parfois « folklorisée »), il va peu à peu prendre conscience de celle-ci, et la revendiquer, alors même que l’alcoolisme (mal qui traverse le récit plus ou moins violemment) semble le pousser sur une pente dangereuse. Le point d’orgue de cette prise de conscience, et de la « reconstruction » de Terry se voit dans l’avant dernier chapitre, lorsqu’il participe à un acte de résistance de plusieurs nations indiennes sur le site emblématique de Standing Rock. Pour marquer le coup et l’importance de cet action pour lui, ce chapitre se distingue par un récit uniquement textuel, sans bande dessinée. Un court chapitre conclut en revenant à la bande dessinée, comme pour marquer une paix retrouvée, un auteur et un être apaisé. Et là le titre prend toute sa signification. Le dessin est classique et fluide, très agréable. Bref, voilà un album que je vous encourage à découvrir !
Santiago de Cuba
Mais au temps des canons à âme rayée et des obus, les dieux sont impuissants. - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre, qui ne nécessite pas de connaissances préalables. Son édition originale date de 2023. Il a été réalisé par Jean-Yves Delitte pour le scénario et les dessins. Les couleurs ont été réalisées par Douchka Delitte. Il comprend quarante-six pages de bande dessinée. Il se termine par un dossier historique de huit pages, réalisé par l’auteur, chapitré : Il y a d’abord une page de l’histoire, Quinze années (parsemées de tumultes et de désordres), Une paix si proche puis le basculement, Les premiers coups de canon aux Philippines, Après Manille couper les fils, David contre Goliath ?, Les prémices de la défaite annoncée, Un rêve d’évasion qui devient cauchemar, Un épilogue écrit d’avance. Tout conflit a son casus belli. Dans la guerre hispano- américaine de 1898, c’est le naufrage d’un cuirassé de l’US Navy dans les eaux cubaines. À la fin du XIXe siècle, un vent de liberté souffle sur la grande île des Caraïbes, possession espagnole. De tumultes en insurrections, le désordre s’installe. En janvier 1898, les États-Unis, qui ont des intérêts dans l’île, décident d’envoyer un navire de guerre. La sixième puissance maritime mondiale tient à rappeler aux belligérants qu’elle surveille. Malheureusement, la manœuvre d’intimidation se transforme en tragédie et met le feu aux poudres. Le 15 février 1898, une impressionnante explosion déchire les flancs du cuirassé USS Maine. Le vaisseau sombre en quelques minutes entraînant dans la mort 261 hommes d’équipage. La suite n’est plus qu’un jeu de domino, dont rien n’arrête les chutes. Le 25 avril 1898, le royaume d’Espagne et les États-Unis d’Amérique sont en guerre. Le 1er mai 1898, le feu roulant des canons de six vaisseaux de l’US Navy s’abat sur une douzaine de navires espagnols au mouillage dans la baie de Manille aux Philippines. New York, cité de tous les rêves et de tous les excès, quinze jours plus tard. À l’abri de la foule populeuse qui encombre les rues, deux hommes devisent tranquillement dans un salon privé luxueux. Le sénateur Henry Cabot Lodge lit un article du New York Journal : Après la conquête victorieuse des Philippines, voilà que nos fiers soldats s’apprêtent à poser les pieds à Cuba pour botter le cul à ces misérables Espagnols qui massacrent de malheureux Cubains. Le sénateur félicite son interlocuteur : il estime que William Randolph Hearst a l’art de la formule. Il ajoute : Voilà encore une manière habile d’augmenter le tirage de ses journaux. L’éditeur rétorque que c’est le sénateur qui hier encore l’encourageait à soutenir davantage le gouvernement. Il explique qu’il n’a pas tout inventé concernant les Espagnols, que les exactions de ce Weyler sont réelles. Ils trinquent ensemble à cette guerre et au pouvoir de la presse de Hearst. Ils sont d’accord avec une note du parti : Leur nation ne peut plus se contenter d’une aire d’influence circonscrite aux seules Amériques. Hearst ajoute qu’il suffit que Lodge lui dise ce qu’il veut lire. C’est un tome de plus dans la collection des grandes batailles navales : une narration concise et précise au montage très personnel et direct, des dessins dans un registre naturel et descriptif avec des contours un peu acérés et irréguliers pour accentuer l’âpreté des individus et des situations, une gamme de couleur dans les bruns-gris, parfois maronnasse pour une réalité peu souriante et grave. L’auteur tire le maximum possible du format de quarante-six pages, en évoquant certains pans du contexte historique, en mettant en scène trois ou quatre personnages fictifs, en faisant intervenir plusieurs personnages historiques comme William Randolph Hearst (1863-1951), Henry Cabot Lodge (1850-1924), William McKinley (1843-1901), Richard Harding Davis (1864-1916), Theodore Roosevelt (1858-1919). Il commence son récit le quinze février 1898, avec l’explosion qui déchire les flancs du cuirassé USS Maine. Il le termine avec la parution de l’article qui annonce que la flotte espagnole est décimée et Santiago de Cuba est tombée, ainsi que Hearst savourant le pouvoir que lui donne sa presse, à New York le trente juillet de la même année, moins de six mois plus tard. Les pages sont structurées à partir de cases rectangulaires sagement alignées en bande, avec parfois une tête qui dépasse sur la bande du dessus, ou des pieds sur celle du dessous. Le lecteur peut également savourer deux dessins en double page (une avenue fourmillant d’activités à New York, les navires à quai dans la baie de Tampa) et un en pleine page (les cuirassés américains à Tampa). À l’évidence, le lecteur vient pour les scènes de bataille navale, encore plus alléché par le fait que Delitte ait également réalisé les dessins, en ayant à l’esprit sa qualité de peintre officiel de la Marine et de membre titulaire de l’Académie des Arts & Sciences de la Mer. Il est comblé dès la première planche : elle comporte deux cases de la largeur de la page, l’une occupant les deux tiers de la hauteur, l’autre le tiers restant, montrant l’USS Maine qui fut le second cuirassé de l’United States Navy, d’abord fringuant dans la baie de La Havane, puis en piteux état après l’explosion. Le lecteur est un peu pris par surprise en découvrant une vue d’une rue très animée de New York en double page, dépourvue de toute connotation maritime. Puis retour à l’océan avec un navire de guerre américain mouillant non loin de la petite ville portuaire de Cienfuegos, alternant des vues sur l’eau et des vues sur le pont : le lecteur peut se repaître des détails confiant dans l’authenticité historique, pouvant se projeter sur le bâtiment. Vient ensuite de l’illustration en double page des bateaux de marchandise à double pont avec leur haute cheminée sur les rives de la baie de Tampa, et les ouvriers s’employant au chargement. Les séquences maritimes culminent avec la bataille navale proprement dite : quinze pages de course-poursuite, d’esquives et de tirs au canon, mettant en évidence le caractère inhumain des énormes masses d’acier, la puissance de feu des canons, la coordination des servants, les marins en train d’alimenter les chaudières en charbon, les soldats déchiquetés par les obus, les navires déchiquetés, etc. Comme dans les autres tomes, le récit expose des éléments de contexte soigneusement choisis pour apporter d’autres points de vue à cette bataille navale. Étant un auteur complet, Delitte maîtrise entièrement sa composition des scènes, en particulier la répartition des informations entre texte (dialogue, exposition) et images, ainsi que leur complémentarité. Le lecteur se régale de le voir illustrer d’autres choses que des navires. L’illustration en double page consacrée à la rue de New York montre toute son activité, entre les marchands ambulants, les étals, les échelles de secours métalliques en façade, les badauds. Par la suite, le lecteur prend le temps d’apprécier les portraits accrochés aux murs du salon du club privé, la citerne d’eau sur le toit d’un immeuble, la locomotive à vapeur tirant les wagons de marchandise, l’église de Santiago de Cuba, un énorme canon en bordure de côte pour tirer sur les navires ennemis, un paysage naturel à l’intérieur de l’île, Giuseppe Almoda & Jose Morales cheminant sur les routes en terre, l’immeuble du Tribune pavoisé aux couleurs du drapeau américain, etc. Les personnages apparaissent tous adultes et sérieux, comme il sied à un récit de guerre, les femmes étant reléguées à quelques rôles limités de figuration. Le lecteur se rend rapidement compte que l’auteur fait des références très succinctes à certains faits historiques, et que chaque séquence sert aussi bien l’enchaînement des événements qui mènent à la bataille navale, que des observations sur d’autres thèmes. Le premier cartouche de texte évoque ainsi la notion de casus belli : il explicite celui de la guerre qui oppose le royaume espagnol aux États-Unis, et le lecteur peut penser à d’autres qu’il s’agisse de l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand d'Autriche (1863-1914) ou des incidents du golfe du Tonkin sont survenus les deux et quatre août 1964, et leur rapport relatif avec la guerre qui s’en est suivie. Par la suite, il est également question de la collusion de la presse à grand tirage avec le politique (en particulier les journaux de William Randolph Hearst), les hasards de la vie au travers du destin national de Theodore Roosevelt qui se forge pour partie grâce à ses faits de guerre à Cuba, le sort des simples soldats en fonction des décisions de généraux et aussi celles de politiciens prises à New York, la réalité des enjeux économiques et de politique international bien plus prioritaires que ceux moraux, dans le choix de déclarer et de mener une guerre, la réalité du massacre et de la mort d’êtres humains. Le genre très particulier de la reconstitution historique d’une bataille navale contient alors des éléments sociétaux, transformant un récit de genre en un regard sur le fonctionnement de la société de cette époque, et de celle contemporaine quand on repense à l’instrumentalisation des conflits armés. Peut-être faut-il un goût particulier pour être attiré par une bande dessinée dédiée à un conflit naval historique très précis, avec déjà une fascination pour les bâtiments de guerre ? Dans le même temps, cet auteur complet a acquis un niveau de maîtrise de son art remarquable : sa concision synthétique dans sa manière de présenter les faits et l’époque, la qualité de sa reconstitution historique qui dépasse sa simple capacité à représenter les navires de guerre. Le lecteur ressent qu’il lit bien plus que le déroulé d’un conflit maritime : les enjeux de terrain et les enjeux de la classe politique à s’engager dans une guerre, le vécu des soldats sur le terrain et l’arbitraire de leur vie et de leur mort, et aussi de magnifiques représentations des navires de guerre, et de la bataille elle-même. Une réussite.
Les Guerres de Lucas
Tome 2 Après la grosse galère liée à l’élaboration du premier Star Wars, on retrouve un George Lucas requinqué par le méga carton au box-office, avec des projets plein la tête. Non seulement la suite de la saga (qui restait hypothétique), mais la construction de son Skywalker Ranch, un havre de paix loin du tumulte d’Hollywood et destiné à accueillir les cinéastes, un immense campus équipé des dernières technologies pour « penser le cinéma de demain ». A sa femme, inquiète de le voir trop absorbé par ses projets, Lucas assure que cette fois, il déléguera l’élaboration de ses prochains films… Ainsi, pour « L’Empire contre-attaque », l’heureux élu sera Irvin Kershner, son ancien prof de fac ! Mais les choses ne seront pas aussi simples, et étrangement, l’histoire semble se répéter. De nombreux contretemps et de gros retards dans le tournage vont alourdir l’atmosphère, ce qui ne sera pas sans conséquence sur le budget… restait à croiser les doigts pour que le film connaisse le même succès… la suite de l’histoire, on la connaît, elle donnera raison à cet immense rêveur du septième art qu’est Lucas. Comme précédemment, la narration, basée sur une bibliographie riche, est extrêmement captivante et nous donne à voir un être exceptionnel, un cinéaste attachant dont les rêves aux dimensions « galactiques » ont révolutionné le cinéma. De plus, le personnage a su rester humain, très soucieux d’imposer son éthique jusque dans le « merch » qui devait notamment servir à financer son projet de campus du cinéma. Pour George Lucas, pas question d’associer « Star Wars » à des produits favorisant l’obésité ou la consommation d’alcool, ou encore de collaborer avec des sociétés sud-africaines dans le contexte de l’apartheid, durant cette fin des « seventies ». Selon sa philosophie, l’argent n’était qu’un moyen et non un but, quand bien même il savait qu’il risquait gros en finançant lui-même ses projets. Tout en allant à l’essentiel, Laurent Hopman sait nous offrir moult anecdotes qui combleront les fans, passionnantes même dans leur insignifiance, souvent amusantes. On aura même droit à une séquence sur la genèse des « Aventuriers de l’arche perdue », le film de Steven Spielberg coproduit par Lucas et sorti en salles quelques mois après « L’Empire contre-attaque ». Le tout est toujours très bien servi par le dessin nerveux et la mise en page hyper efficace de Renaud Roche. Avec toujours ce noir et blanc qui concède quelques touches à la couleur pour souligner des éléments-clé. Vous l’aurez compris, cet « épisode II » ne déçoit pas, tant s’en faut ! D’ailleurs, il semblerait que celui-ci rencontre un accueil aussi enthousiaste que son prédécesseur, tant critique que public, avec à la clé une sortie dans quinze pays hors de l’Hexagone. L’autre bonne nouvelle dans tout ça, c’est que les padawans que nous sommes peuvent se réjouir de la parution à venir du troisième tome, puisque le projet a été conçu dès le départ, assez logiquement, comme une trilogie. Et pour cela, de la patience nous devrons avoir ! Tome 1 Si ceux qui comme moi auront vibré en découvrant « Star Wars » dans leur prime jeunesse — et bien sûr par extension les fans les plus récents de la saga — seront sans aucun doute totalement emballés à la lecture de cette bande dessinée, il n’est pas impossible que les plus réfractaires l’apprécient. En effet, c’est d’abord l’ascension extraordinaire d’un homme mû par un imaginaire foisonnant et surtout l’histoire d’un film culte qui est présenté ici. On peut donc être simplement amateur de cinéma pour se plonger dans cette lecture… Abondamment documenté, l’ouvrage a été mené de main de maître par les deux auteurs, avec une symbiose parfaite entre les partitions graphique et narrative. On y découvre d’abord le personnage de Georges Lucas, cet enfant rebelle dont les rêves étaient « bigger than life ». L’homme, déjà tout gosse, avait une personnalité hors du commun, tête brûlée dans son adolescence et plutôt renfermé, il semblait habité par une volonté de fer pour donner corps à ses rêves…et il lui en aura fallu de la volonté pour franchir les innombrables écueils qu’il subit avant la sortie en salles du film, dans la douleur qui plus est… Même si Lucas avait déjà sa trilogie en tête, c’est le succès inattendu de ce premier opus au box office qui fut le catalyseur de l’impressionnante saga et de ses innombrables spin-offs, très inégaux il faut bien l’avouer, que nous connaissons aujourd’hui. C’est avec bonheur que l’on avale les 200 pages du livre, qui, en plus d’un personnage à la « vie intérieure bouillonnante », nous dévoile la genèse du tout premier Star Wars. On découvre que la compagne de George, Marcia, aura été d’un énorme soutien dans l’aboutissement de son projet, remanié mille fois avant sa version définitive ! Si les relations furent souvent houleuses avec les producteurs de studios, davantage préoccupés par l’appât du gain, celles avec les cinéastes furent heureusement plus amicales. On y croise ainsi Francis Ford Coppola, Steven Spielberg, l’autre homme qui aura transformé le cinéma dans ces années-là, Irvin Kershner (qui à l’époque n’avait pas encore réalisé « L’Empire contre-attaque »), Martin Scorsese et d’autres. Et puis les acteurs bien sûr, le trio magique composé d’Harrison Ford (recruté par défaut !), Carrie Fisher et Mark Hammill, mais aussi les seconds rôles, notamment l’acteur britannique Alec Guinness qui aura apporté son aura bienveillante au film. Le tout est passionnant, très complet, et truffé d’anecdotes croustillantes. On se gausse par exemple en apprenant que Han Solo aurait dû porter un col Claudine au lieu de sa fameuse tunique échancrée, si son interprète, par un réflexe salutaire, n’avait pas décidé de l’arracher. Le dessin de Renaud Roche est d’une efficacité redoutable dans sa simplicité. Il accompagne à merveille la narration extrêmement fluide. On apprend, de façon peu étonnante, qu’il a une expérience dans le storyboard. La mise en page va à l’essentiel et insuffle beaucoup de dynamisme au récit. La particularité graphique de cet album est qu’il n’est ni en noir et blanc ni en couleurs, l’auteur s’étant contenté d’ajouter ça et là des touches de couleurs pour souligner les éléments importants, renforçant encore le punch narratif. A croire que Roche a travaillé au pinceau-laser ! Si « Les Guerres de Lucas » ne représente que sa première bande dessinée en tant que co-auteur, on se dit que le jeune homme, illustrateur formé à l’école des Gobelins, a de l’avenir… Encore une fois, cette bande dessinée pourra largement captiver un lectorat au-delà des amateurs de la saga Star Wars. Sur une autre grille de lecture, elle montre le parcours admirable d’un homme qui en ayant concrétisé ses rêves par la puissance de sa « force » intérieure (on ne saurait mieux dire, et Lucas était loin d’être un communicant expansif, encore moins vénal !), nous offre une véritable leçon de vie. On peut dire que les Editions Deman, plutôt spécialisée dans la presse jusqu’à récemment, auront frappé fort avec la – seulement - troisième BD de leur collection. Déjà récompensée de prix divers (France Info, Fnac-France Inter), « Les Guerres de Lucas » ont rencontré également un succès critique et public. Laurent Hopman, à la fois co-fondateur de la société et scénariste de l’ouvrage, semble avoir eu du flair, inspiré peut-être par une force mystérieuse venue d’outre-espace…
Les Idoles malades
Derrière cette couverture aux accents moebiusiens, ce livre contient plusieurs courtes histoires de David Sourdrille sans grand rapport avec la couverture ni le titre. Petit clin d'oeil de Robert Crumb en introduction, et là je me demande comment ça se fait que je n'ai jamais entendu parler de cet auteur avant... Bon il est vrai que seulement 3 albums chez un éditeur un brin confidentiel, ça n'aide pas à se faire un nom. Pourtant cet album est très drôle, mettant en scène l'auteur dans des situations cocasses, voire oniriques quand il évolue dans des histoires barrées et se réveille à la fin dans une référence assumée à Winsor McCay. Les névroses sexuelles sont aussi présentes et là on comprend que Crumb aime cet auteur. J'ai aussi beaucoup aimé l'histoire parodiant Batman. Enfin son dessin ligne claire est très appréciable.
Petit pays
Poignant. Surtout quand on sait que c’est directement inspiré des souvenirs d’un gamin qui a vécu ces évènements. On comprend que Gaël Faye ait choisi les auteurs de Marzi pour adapter son livre en BD. Le résultat est on ne peut plus réussi. Ce n’est pas seulement le regard de l’enfant sur la guerre, c’est ce qu’il vit au quotidien et les petites choses qui se passent et qui ne signifient pas grand-chose pour lui au début. Des disputes de gamins, des tensions dans le couple de ses parents, les informations qui lui parviennent mais lui passent un peu au-dessus de la tête… C’est normal, il pense à ses copains, à aller jouer… Les auteurs ont très bien réussi, par ce biais, à faire monter la tension doucement. Le lecteur est pris dans cet engrenage. On connaît tous ce qui s’est passé via les infos, du moins en théorie. Parce que, pour l’immense majorité d’entre nous, on ne l’a pas vécu ni rien d’approchant. Et cette bd arrive à nous happer et nous faire entrapercevoir ce que cette famille a pu vivre. C’est poignant, c’est angoissant, c’est magnifique (peut-on employer ce mot en pareil cas?) Et le graphisme y participe pleinement. Le dessin et beau, mais il ne prend pas le dessus et n’occulte pas l’histoire. J’avais déjà lu Déogratias sur ce même conflit pour lequel j’avais eu un peu de mal avec le graphisme. Mais toute comparaison est inutile. Chaque témoignage est utile, essentiel même. Coup de coeur pour celui-ci.
Hazara Blues
Hé bien contrairement à mes collègues, j'ai apprécié ce témoignage. Ce livre m'a été offert pour Noël et je l'ai ouvert sans aucune préparation. J'avais du lire vos avis mais je n'ai pas fait de lien. Les premières pages m'ont séduites sur l'idée que raconter son parcours à une juge de l'OFPRA , c'est comme se transformer en une Shéhérazade qui doit captiver le roi Shariar et le tenir en haleine jusqu'au matin pour espérer rester en vie. Et cette préparation de l'esprit associée à un dessin dépaysant qui peut émerveiller et déconcerter tour à tour, m'ont accompagnés et happés pendant ces 236 grandes pages en deux couleurs. Bleu et blanc quand le héros Reza ( hazara Iranien venu d'Afghanistan) parle au scénariste. Rouge et blanc quand il parle à la juge dont le buste est prolongé par une queue gigantesque hérissée de pattes. Vert, noir et blanc quand on suit Reza dans son parcours, depuis l'enfance jusqu'à son arrivée à Paris. Le mot hazara n'évoquait rien pour moi et je suis surprise que ce nouveau voyage en pays de dictature ait pu m'intéresser autant alors qu'on a déjà tant lu d'histoires absurdes et dramatiques où l'exclusion arbitraire se déploie sur plusieurs pays en s'acharnant sur des minorités... ( juives, tziganes, ouïgoures, arméniennes, ...hazara) Si bien que c'est la douleur qui devient l'identité de ces populations. Et comment retrouver une vie normale après ? Reza Sahibdad nous raconte et raconte à la juge une histoire que nous puissions comprendre. Mais que comprenons nous de cette vie de paria, bien au chaud dans notre fauteuil ? Reza a les yeux un peu trop bridés pour vivre à Kaboul, un peu trop bridés pour vivre à Téhéran, il pourra vivre à Paris...mais sans les siens. Il reconstruit quelque chose sur ce terreau de craintes. Les autres, ceux qui sont restés, vivent à moitié. Merci pour cette BD .
Knight club
Un avis rapide pour conforter la bonne impression de mes prédécesseurs, je ne suis pas spécialement fan de l’auteur mais là rien a dire. Emporté le Tom. Ne cherchez pas une once d’originalité dans le récit, hormis le contexte des croisades, l’auteur nous sort un classique 7 mercenaires (ou samouraïs), un groupe hétérogène qui bon gré, mal gré vont se retrouver à protéger un village. Ouah on a jamais vu ça !! Un canevas classique et éprouvé mais sublimé par l’auteur. Pas tant le dessin qui reste conforme à ce que l’on a déjà pu voir de lui, ça sent grave la palette graphique (un style dont je ne raffole pas particulièrement) mais archi fluide et bien typé dans ses personnages, on avale les quasi 200 pages sans s’en apercevoir. C’est le rythme et le ton donnés par l’auteur qui ont marché du tonnerre sur moi, j’ai eu le smile durant toute ma lecture. Alors c’est sûr, il ne faut pas être allergique à un phrasé différent de l’époque dépeinte, les dialogues sont frais, modernes comme la « bêtise » de chaque personnages. Ça paraît simple mais (pour paraphraser Ro) un rendu très abouti et particulièrement plaisant. 0 reproche si ce n’est que ça va être maintenant bien long avant de découvrir la suite, on en redemande tellement en quittant l’album.
Le Maître d'armes
De mes lointains souvenirs d'écolier, il me semble qu'à l'époque du Moyen Age la société était divisée en 3 ordres : La Noblesse, le Clergé et le Tiers Etat; Les deux premiers imposant leur rang au 3ème qui était donc de fait soumis au nom de la volonté divine. En partant de ce postulat, et surfant sur tout l'ésotérisme et l'obscurantisme entourant cette période dans l'imaginaire collectif, Dorison nous livre un scénario soigné et que j'ai trouvé pour ma part plaisant. Dans "Le Maitre d'Armes" nous suivons les aventures de Hans Stalhoffer, ancien maitre d'armes du roi qui accompagne un jeune protestant dans son voyage vers la Suisse. Poursuivis par des fanatiques ainsi que par un ancien rival, leur crime est d'avoir voulu permettre aux vilains de lire la parole de Dieu. Ce n'est pas la première fois que Dorison se risque sur le terrain de la religion médiévale, puisque déjà quasiment vingt ans avant il signait Le Troisième Testament. Et comme son grand frère cet ouvrage semble souffrir des mêmes défauts aux yeux des passionnés d'Histoire. J'avoue que, pour ma part, si je reste attacher à ce que les auteurs ne réinvente pas l'Histoire (Voir mes différents avis sur Watchmen ou Cinq branches de coton noir), je suis tellement ignorant de cette période que je ne suis pas choqué par les différents scénarios complotistes pouvant s'y dérouler. Je trouve même que l'époque s'y prête très bien. Ayant si peu confiance en la nature humaine, je ne peux être surpris par l'oppression des faibles par les puissants afin de maintenir leurs privilèges. Indépendamment de l'histoire écrite par Dorison, que j'ai donc appréciée (comme souvent avec lui), les dessins de Parnotte sont également très plaisants et pour la peine très imprégnants (ça se dit ?). Leur travail conjoint nous a donc offert une belle œuvre. J'ai donc lu cet ouvrage comme je regarde un bon film d'action, c'est à dire avec beaucoup de plaisir. Par ailleurs le fait que cela ne soit qu'un one-shot ne gâche pas le plaisir bien au contraire.