J’ai vraiment été happé par ce récit. Dès les premières pages, j’ai ressenti une tension constante et une atmosphère lourde, presque étouffante. L’histoire se déroule dans un monde anthropomorphique ravagé par une guerre qui rappelle directement la Seconde Guerre mondiale. On suit Milton Shaw, pilote de bombardier expérimenté, chargé de frapper une ville contrôlée par un empire de chauves-souris fascistes. Mais après sa mission, son avion est abattu et il se retrouve seul derrière les lignes ennemies, au milieu des ruines qu’il a lui-même contribué à créer.
Ce qui m’a le plus marqué, c’est l’évolution du regard de Milton. Au début, il bombarde sans réellement voir les conséquences humaines de ses actes. Depuis son avion, les victimes restent abstraites, lointaines, presque invisibles. Mais une fois au sol, confronté aux survivants, à leurs regards, à leurs blessures et à leur peur, il découvre peu à peu leur humanité. On ressent son malaise grandissant et cette culpabilité silencieuse qui s’installe en lui. Pourtant, malgré cela, Milton reste focalisé sur sa mission. Il continue d’avancer avec cette mentalité de soldat convaincu que son objectif doit être accompli coûte que coûte. J’ai trouvé ce contraste très fort émotionnellement : il comprend progressivement l’horreur de la guerre, tout en restant prisonnier de sa logique militaire.
J’ai aussi beaucoup aimé la manière dont les flashbacks sont intégrés au récit. Contrairement à certaines œuvres où ils cassent le rythme, ici je les ai trouvés très naturels et bien amenés. Ils enrichissent énormément l’univers, donnent plus de poids aux enjeux et permettent surtout de mieux comprendre la personnalité de Milton, ses motivations et ce qu’il laisse derrière lui. Ça renforce encore davantage l’attachement au personnage et l’impact émotionnel de certaines scènes.
Visuellement, Acuñalivre un travail magnifique. Les dessins sont ultra détaillés, dynamiques et immersifs. Les scènes de destruction dégagent une vraie brutalité, tandis que certaines expressions ou regards transmettent énormément d’émotions malgré l’apparence animale des personnages. L’ambiance visuelle participe énormément à cette sensation de guerre sale, oppressante et désespérée.
Au final, Escape m’a laissé une impression assez forte et mélancolique. Derrière son récit de survie et d’action, c’est surtout une BD qui parle de la déshumanisation provoquée par la guerre, du poids de la culpabilité et de la difficulté à continuer d’avancer quand on commence enfin à voir les victimes derrière les cibles.
« Le Voyage en Italie » fut ma première BD de Cosey. Je lui avais attribué la note maximale suite à ma première lecture en 2003… Je relis ce diptyque 23 ans après, et ma note reste à 5/5.
Il s’agit pour moi du « roman graphique » parfait… une histoire incroyablement humaine, une galerie de personnages complexes et attachants, et une intrigue « road movie » dépaysante et prenante. L’amitié qui lie les protagonistes est contagieuse, et on se sent investi dans le succès de leur projet d’adoption, on vibre avec eux… la fin, elle, est juste parfaite. Cette toute dernière planche m’émeut toujours autant, je la trouve tellement triste.
« Le Voyage en Italie » fut aussi mon introduction au dessin de Cosey, que j’ai ensuite admiré dans ses autres œuvres (à commencer par le superbe A la recherche de Peter Pan). J’adore son style typé ligne claire et très détaillé, et ces couleurs pastelles.
Un sans-faute en ce qui me concerne, que j’ai eu la chance de découvrir dans la collection « Horizons », à 5.50 euros l’album couverture souple !
Je relis cet album 22 ans après l’avoir découvert, et je passe ma note de 3/5 à 4/5.
Le Tendre nous propose une histoire juste et touchante sur les traumatismes causés par la guerre et sur la vie quotidienne dans les petits villages français de l’après-guerre, où les mentalités ont l’air aussi périmées que le vieux plâtre jaunâtre des bâtisses locales. La Provence et ses cigales, et le ton très humain rappellent un peu les romans de Pagnol. J’ai en tout cas pris beaucoup de plaisir à suivre le quotidien de notre « Boche » et des habitants de ce petit village.
Surtout que le dessin et les couleurs estivales de Jean-Paul Dethorey sont superbes et aident à se mettre dans l’ambiance du Midi.
Un album « feel good » que j’ai eu beaucoup de plaisir à relire… dommage qu’il ne semble plus être au catalogue de Dupuis, et uniquement trouvable en occasion.
L’homme que nous suivons a choisi, peu avant le confinement, de vivre plusieurs mois dans un arbre, dans une cabane frugale mais « pensée » qu’il s’est lui-même construit. Pour faire le point sur sa vie (il a dû arrêter son activité d’éleveur – et entre les lignes ont devine que des idées suicidaires lui sont passé par la tête), lui redonner sens. Ce choix est accompagné par sa famille (sa femme et ses enfants), qui vient le voir chaque semaine.
C’est une expérience originale, qui pousse immanquablement le lecteur à se poser des questions sur ses valeurs et sa vie. C’est aussi quelque chose qui pousse à réfléchir sur la société en général, les rapports entretenus avec la nature.
Le récit est ponctué de réflexions plus ou moins philosophiques (mais rien de prise de tête ni d’artificiel), et de jolies planches « naturalistes » : c’est souvent simple, mais beau, et plein d’optimisme, d’empathie pour la vie sous toutes ses formes.
En refermant l’album on a l’impression d’avoir participé à cette « cure ».
Une lecture agréable en tout cas, plaisante et qui fait intelligemment réfléchir – même si je ne me vois pas personnellement jouer à ce point à l’ermite.
Une belle poésie qui navigue entre plusieurs sujets : la conscience de l’IA, la hiérarchie entre la valeur de la vie humaine et sauvage, les liens familiaux…
Je recommande pour quiconque souhaite passer un bon moment.
Ça a le goût, la simplicité et l'intimité d'un Rochette, mais ce n'est pas un Rochette.
Éric Savoldelli est un enfant de la montagne où sa mère a été gardienne du refuge de l'Aigle, dans le massif des Écrins. C'est en lisant Ailefroide - Altitude 3954 qu'il trouve sa voie, il sera bédéiste. Sa rencontre avec Jean-Marc Rochette ne fera que conforter cette vocation. Savoldelli va reprendre un thème cher à Rochette : la montagne. Il va puiser dans son passé familial pour sa première BD. Un récit qui commence en 1938 avec trois gamins de 14 et 10 ans (dont le grand-père de Savoldelli), ils vont quitter leur Italie natale après le décès de leurs pères suite à un accident en forêt. Un récit qui se poursuit en France dans le massif des Écrins, nous sommes en 1954. Nos trois expatriés vont faire fassent à la défiance, les ritals ne sont pas le bienvenu. Son grand-père changera de prénom pour s'intégrer, il délaissera Melchissedecco pour Romano.
Un album qui met en lumière la rudesse du travail de bûcheron avec pour tout moyen la hache et la force physique et pour seul aide le cheval. Ce lien fort homme / cheval (ici la jument Mona) est très bien retranscrit. Il sera aussi question des dernières exploitations minières de la région. Le travail manuel dans les Alpes des années 50, très loin du tourisme de masse, est un microcosme où l'entraide vaut tout l'or du monde. Un récit authentique qui transpire la nature et l'amitié.
Je regrette simplement ce saut temporel de 1943 à 1954...
Un dessin à la texture rugeuse où le bleu, l'ocre et le noir sont les couleurs dominantes. Un rendu qui sublime la beauté des paysages et de sa faune. Il en ressort une noirceur qui témoigne de la difficulté à vivre à cette époque en milieu alpin. J'ai eu quelques difficultés à reconnaître certains personnages à de rares moments, mais rien de bien gênant. Par contre, je tiens à souligner le travail de recherche sur les lieux visités et sur la technique d'abattage des arbres et du transport des grumes, en particulier sur ce téléphérique.
Du très bon boulot.
Une BD à découvrir.
Ce one-shot fut ma première BD de Hermann… je la relis 24 ans plus tard, et je trouve ça toujours très sympa.
L’histoire est prenante, facile à suivre et bien construite… tout en restant très classique. C’est du western, on sait à quoi s’attendre. Les personnages sont bien campés et réalistes, on a le riche, la prostituée, le héros faible, le dur à cuire, … toute la panoplie du bon western ! L’action est variée, poursuites, cache, combat, trahison, vengeance, … on ne s’ennuie pas. Et j’ai beaucoup aimé la fin, qui nous ramène à la toute première scène – un « flash forward » comme on dit au cinéma.
Le dessin est excellent, notamment au niveau des paysages, qui sont absolument magnifiques. Les couleurs collent vraiment à ce genre d’histoire. Par contre, j’ai toujours un peu de mal avec les personnages féminins de l’auteur.
Voilà, un western pas révolutionnaire mais très bien, que je conseille à tous les fans du genre, et même aux autres. Je laisse ma note à 4/5, même si je comprends les lecteurs qui trouvent ça un peu trop classique.
Voilà une série qui mérite largement de sortir du relatif anonymat où elle semble confinée, si j’en crois le peu d’avis la concernant. En effet, Minaverry (auteur argentin que je découvre avec cette série) parvient très bien à mêler grande et petite histoire.
Il réussit à nous intéresser aux atrocités nazies, à ceux qui les ont commises, à ceux qui les traquent après-guerre (avec des procès ne touchant qu’une partie des anciens coupables, et alors il y a beaucoup d’acquittements faute de preuves !), mais aussi aux soubresauts de l’Histoire française autour de la guerre d’Algérie, aux inégalités et difficultés sociales dans la France du début des années 1960 (logements des pauvres et immigrés, hypocrisie de l’avortement interdit, etc.). C’est vraiment étonnant de voir un auteur argentin aussi bien documenté sur l’histoire européenne, et française en particulier !
Mais il parvient aussi à nous présenter une très belle héroïne (aux sens physique et intellectuel). Et des personnages secondaires (surtout féminins) riches et intéressants en eux-mêmes et pour l’intrigue.
C’est ainsi que nous suivons Dora, jeune femme qui va se trouver au cœur de la traque des criminels nazis en fuite – au côté d’agents du Mossad, puis avec une association et des avocats français. Nous la suivons aussi dans plusieurs endroits du monde. L’Allemagne, une grosse partie en France, mais aussi en Argentine, en Pologne (pour des retrouvailles émouvantes entre sa meilleure amie Nina/Lotte et sa mère, juive polonaise dont les enfants avaient été enlevés et confiés au Lebensborn), en Finlande.
En parallèle Minaverra met en avant une Dora qui se cherche, une personnalité qui se construit, au gré de ses rencontres. Une personnalité qui s’affirme, s’assume (son homosexualité, ses choix politiques).
La narration est fluide, plaisante. Mis à part le début du deuxième tome, où il faut quand même s’accrocher, tant ça part dans tous les sens, vers pas mal de personnages. J’ai mis une vingtaine de pages à situer tout le monde, mais au bout d’un moment tout devient plus limpide et fluide.
Le dessin est lui aussi sympa. Assez simple, usant d’un Noir et Blanc gras et tranché, il est plaisant.
Le quatrième tome est un peu plus épais, mais il ne conclut pas vraiment la série (même s’il n’y a pas d’intrigue devant forcément se finir sur un point précis). Mais cet album date de près de 7 ans, et je suis déçu de ne pas avoir la suite, que j’aurais lu avec un très grand plaisir.
Histoire sans héros mais non sans héroïsme ! Ce fut le premier récit de Van Hamme que j'ai lu et le dessin plus réaliste de Dany m'a agréablement surpris. Tout le scénario m'a impressionné. La mort de Bornstein, ainsi que le sacrifice de James Gray, m'ont fortement marqué.
20 ans plus tard, la magie ne fonctionnait plus, j'avais grandi, nous avions tous grandi. Une histoire policière et d'espionnage qui, pour moi, n'avait plus beaucoup à voir avec l'intrigue originale. J'attribue la note positive surtout au souvenir que j'ai du premier tome.
C'est l'œuvre de Taniguchi que j'ai le plus aimée jusqu'à présent. Les dessins me semblent encore meilleurs que dans d'autres œuvres, les personnages sont facilement reconnaissables et l'histoire se suit avec intérêt et curiosité.
Le voyage dans le passé est l'occasion d'explorer des sentiments et des émotions, parfois très fortes mais sans excès trop larmoyants. Le premier amour, la relation de Hiroshi avec ses parents, la conscience de ne pouvoir changer aucun aspect fondamental, sont des points forts. Personnellement, j'ai adoré la journée heureuse à la plage, elle m'a apporté des souvenirs très précieux.
J'ai lu très vite et j'ai la sensation d'avoir laissé quelques fils en suspens, donc il faudra que je relise tout. Je n'ai pas pu résister et à un moment de la lecture, j'ai sauté à la fin pour voir les réponses aux questions fondamentales qui se posaient à moi.
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Escape
J’ai vraiment été happé par ce récit. Dès les premières pages, j’ai ressenti une tension constante et une atmosphère lourde, presque étouffante. L’histoire se déroule dans un monde anthropomorphique ravagé par une guerre qui rappelle directement la Seconde Guerre mondiale. On suit Milton Shaw, pilote de bombardier expérimenté, chargé de frapper une ville contrôlée par un empire de chauves-souris fascistes. Mais après sa mission, son avion est abattu et il se retrouve seul derrière les lignes ennemies, au milieu des ruines qu’il a lui-même contribué à créer. Ce qui m’a le plus marqué, c’est l’évolution du regard de Milton. Au début, il bombarde sans réellement voir les conséquences humaines de ses actes. Depuis son avion, les victimes restent abstraites, lointaines, presque invisibles. Mais une fois au sol, confronté aux survivants, à leurs regards, à leurs blessures et à leur peur, il découvre peu à peu leur humanité. On ressent son malaise grandissant et cette culpabilité silencieuse qui s’installe en lui. Pourtant, malgré cela, Milton reste focalisé sur sa mission. Il continue d’avancer avec cette mentalité de soldat convaincu que son objectif doit être accompli coûte que coûte. J’ai trouvé ce contraste très fort émotionnellement : il comprend progressivement l’horreur de la guerre, tout en restant prisonnier de sa logique militaire. J’ai aussi beaucoup aimé la manière dont les flashbacks sont intégrés au récit. Contrairement à certaines œuvres où ils cassent le rythme, ici je les ai trouvés très naturels et bien amenés. Ils enrichissent énormément l’univers, donnent plus de poids aux enjeux et permettent surtout de mieux comprendre la personnalité de Milton, ses motivations et ce qu’il laisse derrière lui. Ça renforce encore davantage l’attachement au personnage et l’impact émotionnel de certaines scènes. Visuellement, Acuñalivre un travail magnifique. Les dessins sont ultra détaillés, dynamiques et immersifs. Les scènes de destruction dégagent une vraie brutalité, tandis que certaines expressions ou regards transmettent énormément d’émotions malgré l’apparence animale des personnages. L’ambiance visuelle participe énormément à cette sensation de guerre sale, oppressante et désespérée. Au final, Escape m’a laissé une impression assez forte et mélancolique. Derrière son récit de survie et d’action, c’est surtout une BD qui parle de la déshumanisation provoquée par la guerre, du poids de la culpabilité et de la difficulté à continuer d’avancer quand on commence enfin à voir les victimes derrière les cibles.
Le Voyage en Italie
« Le Voyage en Italie » fut ma première BD de Cosey. Je lui avais attribué la note maximale suite à ma première lecture en 2003… Je relis ce diptyque 23 ans après, et ma note reste à 5/5. Il s’agit pour moi du « roman graphique » parfait… une histoire incroyablement humaine, une galerie de personnages complexes et attachants, et une intrigue « road movie » dépaysante et prenante. L’amitié qui lie les protagonistes est contagieuse, et on se sent investi dans le succès de leur projet d’adoption, on vibre avec eux… la fin, elle, est juste parfaite. Cette toute dernière planche m’émeut toujours autant, je la trouve tellement triste. « Le Voyage en Italie » fut aussi mon introduction au dessin de Cosey, que j’ai ensuite admiré dans ses autres œuvres (à commencer par le superbe A la recherche de Peter Pan). J’adore son style typé ligne claire et très détaillé, et ces couleurs pastelles. Un sans-faute en ce qui me concerne, que j’ai eu la chance de découvrir dans la collection « Horizons », à 5.50 euros l’album couverture souple !
L'oiseau noir
Je relis cet album 22 ans après l’avoir découvert, et je passe ma note de 3/5 à 4/5. Le Tendre nous propose une histoire juste et touchante sur les traumatismes causés par la guerre et sur la vie quotidienne dans les petits villages français de l’après-guerre, où les mentalités ont l’air aussi périmées que le vieux plâtre jaunâtre des bâtisses locales. La Provence et ses cigales, et le ton très humain rappellent un peu les romans de Pagnol. J’ai en tout cas pris beaucoup de plaisir à suivre le quotidien de notre « Boche » et des habitants de ce petit village. Surtout que le dessin et les couleurs estivales de Jean-Paul Dethorey sont superbes et aident à se mettre dans l’ambiance du Midi. Un album « feel good » que j’ai eu beaucoup de plaisir à relire… dommage qu’il ne semble plus être au catalogue de Dupuis, et uniquement trouvable en occasion.
Par la force des arbres
L’homme que nous suivons a choisi, peu avant le confinement, de vivre plusieurs mois dans un arbre, dans une cabane frugale mais « pensée » qu’il s’est lui-même construit. Pour faire le point sur sa vie (il a dû arrêter son activité d’éleveur – et entre les lignes ont devine que des idées suicidaires lui sont passé par la tête), lui redonner sens. Ce choix est accompagné par sa famille (sa femme et ses enfants), qui vient le voir chaque semaine. C’est une expérience originale, qui pousse immanquablement le lecteur à se poser des questions sur ses valeurs et sa vie. C’est aussi quelque chose qui pousse à réfléchir sur la société en général, les rapports entretenus avec la nature. Le récit est ponctué de réflexions plus ou moins philosophiques (mais rien de prise de tête ni d’artificiel), et de jolies planches « naturalistes » : c’est souvent simple, mais beau, et plein d’optimisme, d’empathie pour la vie sous toutes ses formes. En refermant l’album on a l’impression d’avoir participé à cette « cure ». Une lecture agréable en tout cas, plaisante et qui fait intelligemment réfléchir – même si je ne me vois pas personnellement jouer à ce point à l’ermite.
Karl
Une belle poésie qui navigue entre plusieurs sujets : la conscience de l’IA, la hiérarchie entre la valeur de la vie humaine et sauvage, les liens familiaux… Je recommande pour quiconque souhaite passer un bon moment.
Mona
Ça a le goût, la simplicité et l'intimité d'un Rochette, mais ce n'est pas un Rochette. Éric Savoldelli est un enfant de la montagne où sa mère a été gardienne du refuge de l'Aigle, dans le massif des Écrins. C'est en lisant Ailefroide - Altitude 3954 qu'il trouve sa voie, il sera bédéiste. Sa rencontre avec Jean-Marc Rochette ne fera que conforter cette vocation. Savoldelli va reprendre un thème cher à Rochette : la montagne. Il va puiser dans son passé familial pour sa première BD. Un récit qui commence en 1938 avec trois gamins de 14 et 10 ans (dont le grand-père de Savoldelli), ils vont quitter leur Italie natale après le décès de leurs pères suite à un accident en forêt. Un récit qui se poursuit en France dans le massif des Écrins, nous sommes en 1954. Nos trois expatriés vont faire fassent à la défiance, les ritals ne sont pas le bienvenu. Son grand-père changera de prénom pour s'intégrer, il délaissera Melchissedecco pour Romano. Un album qui met en lumière la rudesse du travail de bûcheron avec pour tout moyen la hache et la force physique et pour seul aide le cheval. Ce lien fort homme / cheval (ici la jument Mona) est très bien retranscrit. Il sera aussi question des dernières exploitations minières de la région. Le travail manuel dans les Alpes des années 50, très loin du tourisme de masse, est un microcosme où l'entraide vaut tout l'or du monde. Un récit authentique qui transpire la nature et l'amitié. Je regrette simplement ce saut temporel de 1943 à 1954... Un dessin à la texture rugeuse où le bleu, l'ocre et le noir sont les couleurs dominantes. Un rendu qui sublime la beauté des paysages et de sa faune. Il en ressort une noirceur qui témoigne de la difficulté à vivre à cette époque en milieu alpin. J'ai eu quelques difficultés à reconnaître certains personnages à de rares moments, mais rien de bien gênant. Par contre, je tiens à souligner le travail de recherche sur les lieux visités et sur la technique d'abattage des arbres et du transport des grumes, en particulier sur ce téléphérique. Du très bon boulot. Une BD à découvrir.
On a tué Wild Bill
Ce one-shot fut ma première BD de Hermann… je la relis 24 ans plus tard, et je trouve ça toujours très sympa. L’histoire est prenante, facile à suivre et bien construite… tout en restant très classique. C’est du western, on sait à quoi s’attendre. Les personnages sont bien campés et réalistes, on a le riche, la prostituée, le héros faible, le dur à cuire, … toute la panoplie du bon western ! L’action est variée, poursuites, cache, combat, trahison, vengeance, … on ne s’ennuie pas. Et j’ai beaucoup aimé la fin, qui nous ramène à la toute première scène – un « flash forward » comme on dit au cinéma. Le dessin est excellent, notamment au niveau des paysages, qui sont absolument magnifiques. Les couleurs collent vraiment à ce genre d’histoire. Par contre, j’ai toujours un peu de mal avec les personnages féminins de l’auteur. Voilà, un western pas révolutionnaire mais très bien, que je conseille à tous les fans du genre, et même aux autres. Je laisse ma note à 4/5, même si je comprends les lecteurs qui trouvent ça un peu trop classique.
Dora
Voilà une série qui mérite largement de sortir du relatif anonymat où elle semble confinée, si j’en crois le peu d’avis la concernant. En effet, Minaverry (auteur argentin que je découvre avec cette série) parvient très bien à mêler grande et petite histoire. Il réussit à nous intéresser aux atrocités nazies, à ceux qui les ont commises, à ceux qui les traquent après-guerre (avec des procès ne touchant qu’une partie des anciens coupables, et alors il y a beaucoup d’acquittements faute de preuves !), mais aussi aux soubresauts de l’Histoire française autour de la guerre d’Algérie, aux inégalités et difficultés sociales dans la France du début des années 1960 (logements des pauvres et immigrés, hypocrisie de l’avortement interdit, etc.). C’est vraiment étonnant de voir un auteur argentin aussi bien documenté sur l’histoire européenne, et française en particulier ! Mais il parvient aussi à nous présenter une très belle héroïne (aux sens physique et intellectuel). Et des personnages secondaires (surtout féminins) riches et intéressants en eux-mêmes et pour l’intrigue. C’est ainsi que nous suivons Dora, jeune femme qui va se trouver au cœur de la traque des criminels nazis en fuite – au côté d’agents du Mossad, puis avec une association et des avocats français. Nous la suivons aussi dans plusieurs endroits du monde. L’Allemagne, une grosse partie en France, mais aussi en Argentine, en Pologne (pour des retrouvailles émouvantes entre sa meilleure amie Nina/Lotte et sa mère, juive polonaise dont les enfants avaient été enlevés et confiés au Lebensborn), en Finlande. En parallèle Minaverra met en avant une Dora qui se cherche, une personnalité qui se construit, au gré de ses rencontres. Une personnalité qui s’affirme, s’assume (son homosexualité, ses choix politiques). La narration est fluide, plaisante. Mis à part le début du deuxième tome, où il faut quand même s’accrocher, tant ça part dans tous les sens, vers pas mal de personnages. J’ai mis une vingtaine de pages à situer tout le monde, mais au bout d’un moment tout devient plus limpide et fluide. Le dessin est lui aussi sympa. Assez simple, usant d’un Noir et Blanc gras et tranché, il est plaisant. Le quatrième tome est un peu plus épais, mais il ne conclut pas vraiment la série (même s’il n’y a pas d’intrigue devant forcément se finir sur un point précis). Mais cet album date de près de 7 ans, et je suis déçu de ne pas avoir la suite, que j’aurais lu avec un très grand plaisir.
Histoire sans Héros
Histoire sans héros mais non sans héroïsme ! Ce fut le premier récit de Van Hamme que j'ai lu et le dessin plus réaliste de Dany m'a agréablement surpris. Tout le scénario m'a impressionné. La mort de Bornstein, ainsi que le sacrifice de James Gray, m'ont fortement marqué. 20 ans plus tard, la magie ne fonctionnait plus, j'avais grandi, nous avions tous grandi. Une histoire policière et d'espionnage qui, pour moi, n'avait plus beaucoup à voir avec l'intrigue originale. J'attribue la note positive surtout au souvenir que j'ai du premier tome.
Quartier lointain
C'est l'œuvre de Taniguchi que j'ai le plus aimée jusqu'à présent. Les dessins me semblent encore meilleurs que dans d'autres œuvres, les personnages sont facilement reconnaissables et l'histoire se suit avec intérêt et curiosité. Le voyage dans le passé est l'occasion d'explorer des sentiments et des émotions, parfois très fortes mais sans excès trop larmoyants. Le premier amour, la relation de Hiroshi avec ses parents, la conscience de ne pouvoir changer aucun aspect fondamental, sont des points forts. Personnellement, j'ai adoré la journée heureuse à la plage, elle m'a apporté des souvenirs très précieux. J'ai lu très vite et j'ai la sensation d'avoir laissé quelques fils en suspens, donc il faudra que je relise tout. Je n'ai pas pu résister et à un moment de la lecture, j'ai sauté à la fin pour voir les réponses aux questions fondamentales qui se posaient à moi.