J'avais lu les romans de Terremer il y a longtemps et, sans pour autant avoir été totalement passionné, j'avais gardé un souvenir agréable de cette première histoire, notamment de sa longue chasse à l'ombre à travers les mers. Cette adaptation en BD m'a justement permis de retrouver tout ce qui faisait le charme particulier de cet univers.
On y retrouve cette atmosphère de fantasy très singulière, à la fois contemplative, poétique, mais aussi assez rude. Le ton reste sobre, les dialogues sont mesurés, presque retenus, et l'ensemble privilégie clairement l'ambiance et le cheminement intérieur plutôt que l'action. Comme dans le roman, tout n'est pas toujours limpide : dès qu'il s'agit d'aborder la magie, ses règles, ses créatures ou ses sortilèges, le récit peut devenir un peu abscons et demande un certain investissement. Le rythme, assez lent, et les personnages souvent taiseux renforcent encore ce côté contemplatif.
Il faut donc savoir à quoi s'attendre : on est très loin d'une heroic fantasy épique et pleine d'action. Ceux qui cherchent de l'aventure mouvementée risquent de rester à distance, là où d'autres apprécieront justement cette approche plus introspective et atmosphérique.
Le point fort de cette adaptation, c'est son parti pris graphique. Les aquarelles sont souvent superbes, et leur nature même convient parfaitement à cet univers d'îles brumeuses, de paysages océaniques, d'eaux changeantes et de cieux humides. Il se dégage de nombreuses planches une vraie beauté, parfois même une forme de poésie silencieuse qui fonctionne très bien avec le récit. Et là encore, il demeure une vraie sobriété, à l'opposé de la fantasy merveilleuse et parfois grandiloquente.
Cela donne une adaptation fidèle et cohérente, qui séduit surtout par son ambiance et la beauté de son graphisme, même si elle conserve aussi les limites du matériau d'origine en termes de rythme et de lisibilité.
Page-turner, franchement bien dans ce genre…. Mais une fois lu, je n'ai pas envie de relire. Comme pourtant cela ne sonne pas vide, il se peut que d'autres le relisent. Le dessin me plait moins que celui de Jeremiah mais l'histoire tient mieux dans la durée et les suppléments tirés des personnages peuvent se laisser lire, disons que j'ai apprécié la Mangouste. Oui, à part le fait que le récit soit bien construit, il tient grâce à une certaine vraisemblance et à des personnages forts, notamment Jones. Le héros est amnésique, on découvre avec lui son passé comme le complot, ce qui séduit le lecteur et divers protagonistes.
Dupuis a vu les choses en grand avec cet album. Une couverture classieuse et brillante, un fil marque-page : c’est un bel objet. L’album a été encensé un peu partout, et donc je m’y suis plongé.
L’inconvénient de lire un album après en avoir lu ou entendu autant de bien, c’est bien sûr d’avoir des attentes trop élevées, et de l’évaluer à cette aune et non intrinsèquement.
Au final, si je n’y ai pas trouvé le chef d’œuvre absolu comme certains de mes prédécesseurs, c’est quand même – par-delà l’objet lui-même – une chouette lecture, qui m’a plutôt plu. Sur un sujet qui a priori n’est pas mon truc, à savoir la musique classique.
L’intrigue tourne autour de deux personnages (un frère et une sœur), que nous suivons de leur prime enfance – plutôt crasseuse et sans réel espoir, jusqu’aux beaux quartiers et hautes fréquentations qui seront les leurs à la fin de leur vie, cette ascension sociale extrême s’expliquant par leur talent artistique.
Ce sont des jumeaux fusionnels qui, peu à peu, vont expérimenter la séparation, Hans étant celui qui le réalise le premier et le vit le moins bien, bouillonnant, proche de l’autodestruction. Lui est musicien et compositeur, quant elle est au chant, avec une voix qui fait se pâmer les plus grands. Ils sont là aussi complémentaires, et le restent une bonne partie de l’histoire, jusqu’à la rupture finale.
L’intrigue est agréable à suivre, intéressante. Mais elle l’est aussi et surtout pour tous ses à-côtés. En particulier les cadres historiques, géographiques et culturels dans lesquels elle se développe. En effet, le scénario nous présente une Europe à la fois « réelle » (des villes comme Venise, Amsterdam, Rome, Leipzig sont reconnaissables au travers de noms plus ou moins légèrement modifiés, idem pour les noms de certains personnages – Vivaldi, Bach, etc.) et fantasmée, dans une sorte de XVIIIème siècle mal précisé. Ces « pas de côté » donnent quelque chose de poétique au récit – et permettent aussi à celui-ci de s’écarter de la réalité parfois, et d’avoir ainsi plus de liberté pour donner un décor grandiose à l’histoire des deux héros.
Le dessin de Cour use bien du Noir et Blanc, avec un trait fin assez avare de détails, au rendu charbonneux plutôt plaisant. Les volutes de couleurs qui matérialisent les notes de musiques sont une bonne idée, et participent de l’étrangeté et de la réussite de l’album.
Peut-être pas aussi fort qu’espéré, mais néanmoins cet album est très abouti, et sort clairement du lot : une lecture hautement recommandable.
Une recueil de 11 histoires courtes parues entre 1975 et 1982, dans la collection Metal Hurlant.
Ce qui est tout de suite impressionnant, c'est de s'apercevoir que le dessin de Voss est à son summum dès 1975. Il utilise un peu moins les noirs profonds mais le trait est déjà accompli.
On a souvent droit à un découpage organique typique de l'auteur, avec des inserts à la Pichard, avec des cases qui abandonnent les angles droits pour épouser des formes souples.
Côté narration, autre belle surprise, Voss se révèle très à l'aise avec le format court. On se régale à lire ces histoires d'extraterrestres, de voyous, de voyage spatiaux, avec souvent une chute teintée d'humour noir.
Un univers très riche, mature, avec des influences qui vont de Crumb aux productions 2000 AD... Jusqu'à Corben époque Eerie & Creepy (La chose, 1978).
Une publication peu prolifique et l'absence de réédition ont clairement nuit à la renommée de l'artiste, mais c'est pour moi un auteur essentiel à redécouvrir d'urgence !
Une très belle surprise.
Je feuilletais les pages de cette BD, rangée au rayon enfant chez mon libraire, sans grande attente, lorsque le dessin de Juni Ba a éveillé ma curiosité… pour mon plus grand plaisir.
J’ai finalement passé un très agréable moment de lecture.
J’ai beaucoup aimé le ton de la BD et l’écriture, mais surtout le style. Comme disait Georges-Louis Leclerc de Buffon : "Le style, c’est l’homme." Et celui de Juni Ba est du pur caractère : un trait expressif, énergique, avec une vraie patte. C’est le genre de dessin que l’on reconnaît immédiatement et qui donne une identité forte à l’album. Clairement, gros coup de foudre pour le style graphique de l’auteur.
Cette lecture m’a d’ailleurs donné envie de découvrir d’autres œuvres de Juni Ba, que je ne connaissais pas du tout avant cet album.
L’histoire met en scène une fable sombre autour d’un être solitaire et d’une créature maudite évoluant dans une forêt étrange, avec un parfum de conte et de folklore. L’ensemble est à la fois poétique et inquiétant.
Une très belle découverte.
Je ne suis a priori pas un gros amateur des histoires romantiques, des récits mettant en avant des animaux de compagnie. Je ne recherche pas non plus les récits larmoyants. C'est dire si cet album semblait de pas être fait pour moi.
Mais, au final, je dois dire que cette lecture a été plutôt agréable.
Le texte est assez littéraire (c'est l'adaptation d'un roman, que je ne connaissais pas), mais très peu présent. Beaucoup de pages muettes, ou en tout cas où le texte s'efface derrière les images, ou les silences. De la même façon, le récit, qui tourne pas mal autour du deuil (de la mère, de la femme aimée, d'un animal aimé comme un frère ou un fils, ou comme un "meilleur ami"), trouve un bel équilibre et ne joue pas uniquement et pas trop sur une montée du pathos et des larmes. Au deux tiers du récit, l'entrechoc de la maladie d'Ubac (le chien dont la mort a déclenché l'écriture autobiographique de ce récit) et du brusque décès de la mère de l'auteur est traité de façon simple, mais forte.
Par delà les valeurs et passions du héros/auteur (nature, montagne, détachement des objets et du confort, mais aussi des carcans administratifs pour son boulot de prof), c'est une belle déclaration d'amour à un compagnon avec lequel il a noué de très fortes relations. C'est quelque chose qui parlera sûrement à tous ceux qui vivent avec des animaux, nouent avec eux des liens forts.
Pour accompagner ce récit assez intimiste - mais presque à portée universelle, le dessin de Munuera est vraiment très bon. Fluide et agréable, présentant de belles planches, avec une colorisation assez douce, raccord avec le propos.
Solo Leveling : un fast-food avec de bons ingrédients.
Soyons honnêtes : le scénario de Solo Leveling ne révolutionne pas le genre. L’histoire suit une structure très classique, autant recyclée que les séries Netflix.
Par contre, visuellement, c’est du très solide.
Les dessins de Jang Sung-rak sont superbes. Le découpage est très lisible et les scènes d’action sont d’une clarté remarquable. On comprend parfaitement ce qui se passe à chaque combat. De plus, la mise en couleur renforce le côté spectaculaire et rend l’ensemble très agréable à suivre.
Un rythme redoutablement efficace.
L’auteur sait exactement comment accrocher le lecteur : chaque tome se termine avec un cliffhanger qui donne envie d’enchaîner le suivant. Résultat : on lit “juste un chapitre”… puis cinq.
Côté profondeur… restons raisonnables.
Pour la psychologie des personnages, on est clairement loin des univers d’Enki Bilal ou de Xavier Dorison. Mais soyons honnêtes : ce n’est pas ce qu’on vient chercher ici.
Au final, Solo Leveling ressemble à un bon fast-food : ce n’est pas de la grande gastronomie… mais quand c’est bien fait, on en redemande.
J'ai une chance inouïe : je suis né à la fin des années 70.
Ainsi si j'ai des souvenirs très précis de Sangoku, Seiya ou encore Olive & Tom, j'ai également pu voir Goldorak, Albator et Capitaine Flam.
Alors si les souvenirs des trois derniers sont très ténus, ils me permettent toutefois de me jeter dans leurs aventures avec appétit mais également un œil nouveau et sans une certaine nostalgie qui viendrait tronquer mon avis.
Comme Mac Arthur, j'ai trouvé que cette série collait parfaitement à l'idée même que je me faisais de notre héros. Pour la peine le corsaire de l'espace est celui dont je garde le plus de souvenirs, sans doute grâce au très bon animé à sa gloire sorti en 2013.
J'ai retrouvé cette part de mystère qui, dans mes souvenirs, entourait le capitaine corsaire. Ce coté taciturne, mélancolique qui faisait le charme de l'animé a été très bien retranscrit par Jérôme Alquié. On sent que l'auteur éprouve un grand respect pour son héros
Après, sur l'ouvrage même, je pense que l'on est légèrement en dessous du très bon Goldorak de Bajram et Dorison.
Et pour moi cela tient certainement plus à la colorisation qu'à l'histoire. Attention ne me faites pas dire ce que j'ai pas dit : ça reste très bien fait et très beau.
Mais j'avais trouvé les dessins d'Actarus et son robot plus "adulte".
Enfin c'est surtout pour chipoter car, encore une fois, je trouve cela très bien.
Au niveau du scénario j'ai trouvé que l'histoire faisait preuve d'une certaine justesse dans sa complexité, on arrive bien à comprendre où l'auteur nous amène et à quel danger l'équipage de l'Arcadia va devoir faire face. Il y a également ce qu'il faut d'action et de rebondissement pour ne pas s'ennuyer au fil des 3 tomes et ce même si le final est en dessous des 2 premiers albums.
Cela a été un vrai plaisir pour moi de retrouver Albator, ce héros de ma prime enfance. Un grand merci donc à Jérôme Alquié pour avoir su très bien rendre hommage à ce héros de naguère.
Je vais pouvoir m'attaquer à Capitaine Flam - L'Empereur éternel pour boucler la boucle de ma petite enfance.
Je retrouverai Jérôme Alquié un peu plus tard pour des héros plus récents : Saint Seiya - Les Chevaliers du Zodiaque - Time Odyssey
PS: On notera au passage le bon filon trouvé par Kana, avec ses adaptations des héros de notre enfance. Si tous se révèlent bons, je veux bien d'autres héros encore (Ulysse 31, Cobra, Nicky Larson, Cat's Eyes, ...)
Lou Lubie revisite le mythe du vampire de façon tout à fait originale et très actuelle. En l’associant habilement au thème de la prédation sexuelle, elle nous fait prendre conscience que ce type de comportement découle d’un système plus global et séculaire légitimant la domination des élites sur l’ensemble de la population. Et là où l’autrice fait preuve d’habileté, c’est qu’elle évite l’écueil du manichéisme en donnant à travers cette fiction la parole aux voix divergentes tout en les plaçant face à leurs contradictions.
Le fil rouge de l’histoire est l’actrice Violeta Ovidia Lupescu, sorte de double féminin de notre Depardieu national, soupçonnée d’avoir mordu des assistants en toute impunité. Pour mieux coller au contexte, l’intrigue se déroule dans une Transylvanie contemporaine, où cohabitent humains et vampires sous une façade faussement égalitaire. Lassée de supporter une domination qui ne dit pas son nom, Maggy, après avoir été licenciée par sa supérieure sous prétexte d’ « indocilité », sera conduite à militer dans une association dont l’objectif est d’en finir avec la loi du silence. La morsure infligée à son ami Anghel par un inconnu jouera également beaucoup dans sa décision.
On appréciera la façon dont Lubie brasse plusieurs thèmes très familiers dans notre époque tiraillée entre les positions réactionnaires des uns et les luttes progressistes des autres : la prédation, le harcèlement ou la pédophilie, des actes marquant durablement leurs victimes, qui souvent en ressortent honteuses et hésitent à dénoncer leur agresseur face à une administration peu empathique. On y devinera plusieurs allusions à des interviews et des affaires (principalement dans l’Hexagone) qui ont pris pied dans le débat public ces dernières années et abondamment commentés sur les réseaux sociaux. L’intelligence dont a fait preuve Lou Lubie est, peut-être pour éviter d’être cataloguée comme une « féministe enragée », d’avoir choisi une femme pour représenter les prédateurs (Lupescu) et un jeune homme (Anghel) en tant que victime, mais également de présenter le personnage de Iulia en couple avec une vampire, Andreea, très bien disposée vis-à-vis des idées progressistes.
La ligne claire de Lou Lubie enchante par sa simplicité et son abondance de trouvailles, ne serait-ce que pour la bichromie mettant en avant le rouge carmin (logique, non ?). De façon un brin malicieuse, les vêtements sont inspirés par les broderies traditionnelles roumaines pour nous rappeler où se déroule le récit. Comme à son habitude, l’autrice a conçu une mise en page très efficace, appréciable par son dynamisme qui sait maintenir l’attention.
Avec ses personnages attachants, « Saigneurs » est une lecture particulièrement rafraichissante qui jette en même temps une lumière crue sur un système que nous-mêmes avons cautionné et cautionnons encore, de manière plus ou moins consciente, parfois sur des questions en apparence insignifiantes. L’ouvrage fournit de nombreux arguments pour lutter à son niveau contre l’emprise toxique de la « fabrique du consentement » véhiculée par les discours dominants des dominateurs, que ce soit à travers la politique ou les médias « mainstream ». Lou Lubie prend soin de rappeler en fin d’ouvrage quelques statistiques sidérantes, rappelant que le combat est loin d’être terminé : à titre d’exemple, saviez-vous qu’en France, encore aujourd’hui, seulement 1% des violeurs sont condamnés, tandis que l’on dénombre 94 000 victimes de viol par an ?
Il y a trois auteurs à connaître absolument dans la collection Pied Jaloux : Chantal Montellier, Denis Sire et donc Alain Voss.
L'arbre à came, sorti en 1981, est une petite friandise à savourer.
Un jeune loubard, Tiger, se retrouve au coeur d'une conspiration qu'il va chercher à élucider avec ses potes rockers.
Le récit haletant va aussi vite que les motos de l'histoire, on y croise des milices et des extra terrestres, c'est assez jouissif à suivre.
Le dessin est juste exceptionnel, avec ses pages toutes noires et un trait puissant fortement inspiré de Crumb.
La seule chose qui m'empêche de mettre la note maximale, c'est que l'idée du scénario n'est pas originale. C'est en effet une adaptation libre du film culte "Invasion of the body snatchers" réalisé par Kaufman en 1978.
Ce n'est pas étonnant, l'imaginaire de Voss trouve majoritairement son inspiration dans l'emprunt et la parodie d'autres œuvres.
Une des meilleures publications de cette collection.
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Terremer
J'avais lu les romans de Terremer il y a longtemps et, sans pour autant avoir été totalement passionné, j'avais gardé un souvenir agréable de cette première histoire, notamment de sa longue chasse à l'ombre à travers les mers. Cette adaptation en BD m'a justement permis de retrouver tout ce qui faisait le charme particulier de cet univers. On y retrouve cette atmosphère de fantasy très singulière, à la fois contemplative, poétique, mais aussi assez rude. Le ton reste sobre, les dialogues sont mesurés, presque retenus, et l'ensemble privilégie clairement l'ambiance et le cheminement intérieur plutôt que l'action. Comme dans le roman, tout n'est pas toujours limpide : dès qu'il s'agit d'aborder la magie, ses règles, ses créatures ou ses sortilèges, le récit peut devenir un peu abscons et demande un certain investissement. Le rythme, assez lent, et les personnages souvent taiseux renforcent encore ce côté contemplatif. Il faut donc savoir à quoi s'attendre : on est très loin d'une heroic fantasy épique et pleine d'action. Ceux qui cherchent de l'aventure mouvementée risquent de rester à distance, là où d'autres apprécieront justement cette approche plus introspective et atmosphérique. Le point fort de cette adaptation, c'est son parti pris graphique. Les aquarelles sont souvent superbes, et leur nature même convient parfaitement à cet univers d'îles brumeuses, de paysages océaniques, d'eaux changeantes et de cieux humides. Il se dégage de nombreuses planches une vraie beauté, parfois même une forme de poésie silencieuse qui fonctionne très bien avec le récit. Et là encore, il demeure une vraie sobriété, à l'opposé de la fantasy merveilleuse et parfois grandiloquente. Cela donne une adaptation fidèle et cohérente, qui séduit surtout par son ambiance et la beauté de son graphisme, même si elle conserve aussi les limites du matériau d'origine en termes de rythme et de lisibilité.
XIII
Page-turner, franchement bien dans ce genre…. Mais une fois lu, je n'ai pas envie de relire. Comme pourtant cela ne sonne pas vide, il se peut que d'autres le relisent. Le dessin me plait moins que celui de Jeremiah mais l'histoire tient mieux dans la durée et les suppléments tirés des personnages peuvent se laisser lire, disons que j'ai apprécié la Mangouste. Oui, à part le fait que le récit soit bien construit, il tient grâce à une certaine vraisemblance et à des personnages forts, notamment Jones. Le héros est amnésique, on découvre avec lui son passé comme le complot, ce qui séduit le lecteur et divers protagonistes.
Soli Deo Gloria
Dupuis a vu les choses en grand avec cet album. Une couverture classieuse et brillante, un fil marque-page : c’est un bel objet. L’album a été encensé un peu partout, et donc je m’y suis plongé. L’inconvénient de lire un album après en avoir lu ou entendu autant de bien, c’est bien sûr d’avoir des attentes trop élevées, et de l’évaluer à cette aune et non intrinsèquement. Au final, si je n’y ai pas trouvé le chef d’œuvre absolu comme certains de mes prédécesseurs, c’est quand même – par-delà l’objet lui-même – une chouette lecture, qui m’a plutôt plu. Sur un sujet qui a priori n’est pas mon truc, à savoir la musique classique. L’intrigue tourne autour de deux personnages (un frère et une sœur), que nous suivons de leur prime enfance – plutôt crasseuse et sans réel espoir, jusqu’aux beaux quartiers et hautes fréquentations qui seront les leurs à la fin de leur vie, cette ascension sociale extrême s’expliquant par leur talent artistique. Ce sont des jumeaux fusionnels qui, peu à peu, vont expérimenter la séparation, Hans étant celui qui le réalise le premier et le vit le moins bien, bouillonnant, proche de l’autodestruction. Lui est musicien et compositeur, quant elle est au chant, avec une voix qui fait se pâmer les plus grands. Ils sont là aussi complémentaires, et le restent une bonne partie de l’histoire, jusqu’à la rupture finale. L’intrigue est agréable à suivre, intéressante. Mais elle l’est aussi et surtout pour tous ses à-côtés. En particulier les cadres historiques, géographiques et culturels dans lesquels elle se développe. En effet, le scénario nous présente une Europe à la fois « réelle » (des villes comme Venise, Amsterdam, Rome, Leipzig sont reconnaissables au travers de noms plus ou moins légèrement modifiés, idem pour les noms de certains personnages – Vivaldi, Bach, etc.) et fantasmée, dans une sorte de XVIIIème siècle mal précisé. Ces « pas de côté » donnent quelque chose de poétique au récit – et permettent aussi à celui-ci de s’écarter de la réalité parfois, et d’avoir ainsi plus de liberté pour donner un décor grandiose à l’histoire des deux héros. Le dessin de Cour use bien du Noir et Blanc, avec un trait fin assez avare de détails, au rendu charbonneux plutôt plaisant. Les volutes de couleurs qui matérialisent les notes de musiques sont une bonne idée, et participent de l’étrangeté et de la réussite de l’album. Peut-être pas aussi fort qu’espéré, mais néanmoins cet album est très abouti, et sort clairement du lot : une lecture hautement recommandable.
Lokyia
Une recueil de 11 histoires courtes parues entre 1975 et 1982, dans la collection Metal Hurlant. Ce qui est tout de suite impressionnant, c'est de s'apercevoir que le dessin de Voss est à son summum dès 1975. Il utilise un peu moins les noirs profonds mais le trait est déjà accompli. On a souvent droit à un découpage organique typique de l'auteur, avec des inserts à la Pichard, avec des cases qui abandonnent les angles droits pour épouser des formes souples. Côté narration, autre belle surprise, Voss se révèle très à l'aise avec le format court. On se régale à lire ces histoires d'extraterrestres, de voyous, de voyage spatiaux, avec souvent une chute teintée d'humour noir. Un univers très riche, mature, avec des influences qui vont de Crumb aux productions 2000 AD... Jusqu'à Corben époque Eerie & Creepy (La chose, 1978). Une publication peu prolifique et l'absence de réédition ont clairement nuit à la renommée de l'artiste, mais c'est pour moi un auteur essentiel à redécouvrir d'urgence !
Les Fables du Roi des Aulnes
Une très belle surprise. Je feuilletais les pages de cette BD, rangée au rayon enfant chez mon libraire, sans grande attente, lorsque le dessin de Juni Ba a éveillé ma curiosité… pour mon plus grand plaisir. J’ai finalement passé un très agréable moment de lecture. J’ai beaucoup aimé le ton de la BD et l’écriture, mais surtout le style. Comme disait Georges-Louis Leclerc de Buffon : "Le style, c’est l’homme." Et celui de Juni Ba est du pur caractère : un trait expressif, énergique, avec une vraie patte. C’est le genre de dessin que l’on reconnaît immédiatement et qui donne une identité forte à l’album. Clairement, gros coup de foudre pour le style graphique de l’auteur. Cette lecture m’a d’ailleurs donné envie de découvrir d’autres œuvres de Juni Ba, que je ne connaissais pas du tout avant cet album. L’histoire met en scène une fable sombre autour d’un être solitaire et d’une créature maudite évoluant dans une forêt étrange, avec un parfum de conte et de folklore. L’ensemble est à la fois poétique et inquiétant. Une très belle découverte.
Son odeur après la pluie
Je ne suis a priori pas un gros amateur des histoires romantiques, des récits mettant en avant des animaux de compagnie. Je ne recherche pas non plus les récits larmoyants. C'est dire si cet album semblait de pas être fait pour moi. Mais, au final, je dois dire que cette lecture a été plutôt agréable. Le texte est assez littéraire (c'est l'adaptation d'un roman, que je ne connaissais pas), mais très peu présent. Beaucoup de pages muettes, ou en tout cas où le texte s'efface derrière les images, ou les silences. De la même façon, le récit, qui tourne pas mal autour du deuil (de la mère, de la femme aimée, d'un animal aimé comme un frère ou un fils, ou comme un "meilleur ami"), trouve un bel équilibre et ne joue pas uniquement et pas trop sur une montée du pathos et des larmes. Au deux tiers du récit, l'entrechoc de la maladie d'Ubac (le chien dont la mort a déclenché l'écriture autobiographique de ce récit) et du brusque décès de la mère de l'auteur est traité de façon simple, mais forte. Par delà les valeurs et passions du héros/auteur (nature, montagne, détachement des objets et du confort, mais aussi des carcans administratifs pour son boulot de prof), c'est une belle déclaration d'amour à un compagnon avec lequel il a noué de très fortes relations. C'est quelque chose qui parlera sûrement à tous ceux qui vivent avec des animaux, nouent avec eux des liens forts. Pour accompagner ce récit assez intimiste - mais presque à portée universelle, le dessin de Munuera est vraiment très bon. Fluide et agréable, présentant de belles planches, avec une colorisation assez douce, raccord avec le propos.
Solo Leveling
Solo Leveling : un fast-food avec de bons ingrédients. Soyons honnêtes : le scénario de Solo Leveling ne révolutionne pas le genre. L’histoire suit une structure très classique, autant recyclée que les séries Netflix. Par contre, visuellement, c’est du très solide. Les dessins de Jang Sung-rak sont superbes. Le découpage est très lisible et les scènes d’action sont d’une clarté remarquable. On comprend parfaitement ce qui se passe à chaque combat. De plus, la mise en couleur renforce le côté spectaculaire et rend l’ensemble très agréable à suivre. Un rythme redoutablement efficace. L’auteur sait exactement comment accrocher le lecteur : chaque tome se termine avec un cliffhanger qui donne envie d’enchaîner le suivant. Résultat : on lit “juste un chapitre”… puis cinq. Côté profondeur… restons raisonnables. Pour la psychologie des personnages, on est clairement loin des univers d’Enki Bilal ou de Xavier Dorison. Mais soyons honnêtes : ce n’est pas ce qu’on vient chercher ici. Au final, Solo Leveling ressemble à un bon fast-food : ce n’est pas de la grande gastronomie… mais quand c’est bien fait, on en redemande.
Capitaine Albator - Mémoires de l'Arcadia
J'ai une chance inouïe : je suis né à la fin des années 70. Ainsi si j'ai des souvenirs très précis de Sangoku, Seiya ou encore Olive & Tom, j'ai également pu voir Goldorak, Albator et Capitaine Flam. Alors si les souvenirs des trois derniers sont très ténus, ils me permettent toutefois de me jeter dans leurs aventures avec appétit mais également un œil nouveau et sans une certaine nostalgie qui viendrait tronquer mon avis. Comme Mac Arthur, j'ai trouvé que cette série collait parfaitement à l'idée même que je me faisais de notre héros. Pour la peine le corsaire de l'espace est celui dont je garde le plus de souvenirs, sans doute grâce au très bon animé à sa gloire sorti en 2013. J'ai retrouvé cette part de mystère qui, dans mes souvenirs, entourait le capitaine corsaire. Ce coté taciturne, mélancolique qui faisait le charme de l'animé a été très bien retranscrit par Jérôme Alquié. On sent que l'auteur éprouve un grand respect pour son héros Après, sur l'ouvrage même, je pense que l'on est légèrement en dessous du très bon Goldorak de Bajram et Dorison. Et pour moi cela tient certainement plus à la colorisation qu'à l'histoire. Attention ne me faites pas dire ce que j'ai pas dit : ça reste très bien fait et très beau. Mais j'avais trouvé les dessins d'Actarus et son robot plus "adulte". Enfin c'est surtout pour chipoter car, encore une fois, je trouve cela très bien. Au niveau du scénario j'ai trouvé que l'histoire faisait preuve d'une certaine justesse dans sa complexité, on arrive bien à comprendre où l'auteur nous amène et à quel danger l'équipage de l'Arcadia va devoir faire face. Il y a également ce qu'il faut d'action et de rebondissement pour ne pas s'ennuyer au fil des 3 tomes et ce même si le final est en dessous des 2 premiers albums. Cela a été un vrai plaisir pour moi de retrouver Albator, ce héros de ma prime enfance. Un grand merci donc à Jérôme Alquié pour avoir su très bien rendre hommage à ce héros de naguère. Je vais pouvoir m'attaquer à Capitaine Flam - L'Empereur éternel pour boucler la boucle de ma petite enfance. Je retrouverai Jérôme Alquié un peu plus tard pour des héros plus récents : Saint Seiya - Les Chevaliers du Zodiaque - Time Odyssey PS: On notera au passage le bon filon trouvé par Kana, avec ses adaptations des héros de notre enfance. Si tous se révèlent bons, je veux bien d'autres héros encore (Ulysse 31, Cobra, Nicky Larson, Cat's Eyes, ...)
Saigneurs
Lou Lubie revisite le mythe du vampire de façon tout à fait originale et très actuelle. En l’associant habilement au thème de la prédation sexuelle, elle nous fait prendre conscience que ce type de comportement découle d’un système plus global et séculaire légitimant la domination des élites sur l’ensemble de la population. Et là où l’autrice fait preuve d’habileté, c’est qu’elle évite l’écueil du manichéisme en donnant à travers cette fiction la parole aux voix divergentes tout en les plaçant face à leurs contradictions. Le fil rouge de l’histoire est l’actrice Violeta Ovidia Lupescu, sorte de double féminin de notre Depardieu national, soupçonnée d’avoir mordu des assistants en toute impunité. Pour mieux coller au contexte, l’intrigue se déroule dans une Transylvanie contemporaine, où cohabitent humains et vampires sous une façade faussement égalitaire. Lassée de supporter une domination qui ne dit pas son nom, Maggy, après avoir été licenciée par sa supérieure sous prétexte d’ « indocilité », sera conduite à militer dans une association dont l’objectif est d’en finir avec la loi du silence. La morsure infligée à son ami Anghel par un inconnu jouera également beaucoup dans sa décision. On appréciera la façon dont Lubie brasse plusieurs thèmes très familiers dans notre époque tiraillée entre les positions réactionnaires des uns et les luttes progressistes des autres : la prédation, le harcèlement ou la pédophilie, des actes marquant durablement leurs victimes, qui souvent en ressortent honteuses et hésitent à dénoncer leur agresseur face à une administration peu empathique. On y devinera plusieurs allusions à des interviews et des affaires (principalement dans l’Hexagone) qui ont pris pied dans le débat public ces dernières années et abondamment commentés sur les réseaux sociaux. L’intelligence dont a fait preuve Lou Lubie est, peut-être pour éviter d’être cataloguée comme une « féministe enragée », d’avoir choisi une femme pour représenter les prédateurs (Lupescu) et un jeune homme (Anghel) en tant que victime, mais également de présenter le personnage de Iulia en couple avec une vampire, Andreea, très bien disposée vis-à-vis des idées progressistes. La ligne claire de Lou Lubie enchante par sa simplicité et son abondance de trouvailles, ne serait-ce que pour la bichromie mettant en avant le rouge carmin (logique, non ?). De façon un brin malicieuse, les vêtements sont inspirés par les broderies traditionnelles roumaines pour nous rappeler où se déroule le récit. Comme à son habitude, l’autrice a conçu une mise en page très efficace, appréciable par son dynamisme qui sait maintenir l’attention. Avec ses personnages attachants, « Saigneurs » est une lecture particulièrement rafraichissante qui jette en même temps une lumière crue sur un système que nous-mêmes avons cautionné et cautionnons encore, de manière plus ou moins consciente, parfois sur des questions en apparence insignifiantes. L’ouvrage fournit de nombreux arguments pour lutter à son niveau contre l’emprise toxique de la « fabrique du consentement » véhiculée par les discours dominants des dominateurs, que ce soit à travers la politique ou les médias « mainstream ». Lou Lubie prend soin de rappeler en fin d’ouvrage quelques statistiques sidérantes, rappelant que le combat est loin d’être terminé : à titre d’exemple, saviez-vous qu’en France, encore aujourd’hui, seulement 1% des violeurs sont condamnés, tandis que l’on dénombre 94 000 victimes de viol par an ?
L'Arbre à came
Il y a trois auteurs à connaître absolument dans la collection Pied Jaloux : Chantal Montellier, Denis Sire et donc Alain Voss. L'arbre à came, sorti en 1981, est une petite friandise à savourer. Un jeune loubard, Tiger, se retrouve au coeur d'une conspiration qu'il va chercher à élucider avec ses potes rockers. Le récit haletant va aussi vite que les motos de l'histoire, on y croise des milices et des extra terrestres, c'est assez jouissif à suivre. Le dessin est juste exceptionnel, avec ses pages toutes noires et un trait puissant fortement inspiré de Crumb. La seule chose qui m'empêche de mettre la note maximale, c'est que l'idée du scénario n'est pas originale. C'est en effet une adaptation libre du film culte "Invasion of the body snatchers" réalisé par Kaufman en 1978. Ce n'est pas étonnant, l'imaginaire de Voss trouve majoritairement son inspiration dans l'emprunt et la parodie d'autres œuvres. Une des meilleures publications de cette collection.