Connectez-vous pour cacher cette bannière publicitaire.

Les dernier avis (5760 avis)

Par Ajonc06
Note: 5/5
Couverture de la série Corto Maltese
Corto Maltese

J'apprécie cette BD et particulièrement ce personnage de Corto Maltese qui évolue dans un univers parfois sombre et inhospitalier, traverse le temps et l'espace avec élégance et nostalgie. Un beau travail de Hugo Pratt qui maîtrise le genre et produit cette saga dont on ne se lasse pas. Cela fait partie des albums que je relis avec plaisir à mes moments perdus et qui ont peut être influencé mon existence. Je vous souhaite de partager mon enthousiasme, mais il est possible que cela déplaise à un public plus jeune. Bonne lecture

20/10/2020 (modifier)
Couverture de la série Conan le Cimmérien
Conan le Cimmérien

« Ses textes ont forgé les codes de la fantasy. Ses personnages (Conan, Kull, Solomon Kane, Red Sonja, Bran Mak Morn, El Borak, Agnès le noire...) ont marqué des générations de lecteurs. Depuis une quinzaine d’années, Robert E. Howard connaît une véritable résurrection littéraire. Débarrassée des interférences de ceux qui se l’ont appropriée après sa mort, son œuvre fondatrice est désormais accessible dans toute sa force grâce à des éditions respectueuses de son travail. » Patrice Louinet, éminent spécialiste de Robert E. Howard. En 2007 la maison d’édition Bragelonne a entrepris la compilation sous la forme de 3 intégrales des nouvelles de l’écrivain texan sur le barbare le plus connu au monde. Patrice Louinet et d’autres ont effectué un véritable travail d’archéologie littéraire, retraduisant parfois à partir des tapuscrits originaux lorsque ces derniers étaient disponibles. Ayant pour ma part ingurgité les précédentes versions en Livre de Poche lorsque j’étais plus jeune, le héros cimmérien ne m’avait pas laissé une très forte impression, ni même la plume de son créateur, bien que reconnaissant l’immense héritage laissé par ce personnage phare d’un genre que l’on nommera plus tard Heroic Fantasy. Avec ces livres j’ai pu revoir mon jugement et découvrir par la même occasion la plume d’un écrivain à part entière, éloigné de l’image de tâcheron et de fou que les médisants lui ont forgé au fil des décennies. Un bref rappel sur le sujet en question : Conan est né aux États-Unis en 1932, dans le magasine Weird Tales, sous la plume de Robert E. Howard, suicidé en 1936. Il faudra attendre 1968 et sa réédition en ouvrages de poches, aux couvertures signées Frank Frazetta, pour que le succès soit au rendez-vous. Adopté par le comics deux ans plus tard, puis par le cinéma, la télévision, les jeux de plateau…, « Conan » est devenu un mythe qui a rapidement franchit les frontières américaines. Né dans la légendaire Cimmérie, l’imposant guerrier parcourt des contrées sauvages - rencontre d’autres peuples, affronte des créatures maléfiques, lutte contre les tyrans, croise la route de jolies femmes – « pour fouler de ses sandales les trônes constellés de joyaux de la Terre »… ^^ Le projet ambitieux affiché par Glénat est ni plus ni moins que d’adapter sous papier glacé ces fameuses nouvelles originales respectueuses des écrits de leur concepteur. Adapter Conan, le vrai, pas celui qu’on a appelé Conan le Barbare, c’est un rêve de geek qui se réalise aujourd’hui, c’est noël avant l’heure ! Douze nouvelles sont annoncées au calendrier de l’éditeur. Douze dessinateurs accompagnés par un scénariste, ou en solo. Pour déclencher les hostilités l’éditeur cogne fort avec la parution de deux albums la même date, dont le premier est certainement une des histoires les plus connues et appréciées des fans : La Reine de la côte noire (scénario : Jean-David Morvan dessin : Pierre Alary couleur : Sergio Seydas) Autant se l’avouer, dans le tas il y aura des albums que l’on appréciera plus ou moins selon les graphismes ou la teneur de l’histoire. Ici j’avais clairement plus d’appréhension sur le dessin cartoonesque d’Alary que sur le scénario de Morvan qui ne pouvait que difficilement se rater vu le potentiel de la nouvelle. Alors nos deux auteurs sont-ils parvenus à ménager le problème cimmérien de la chèvre, du chou et le loup ? Plusieurs bons points pour Alary : le chara-design de Conan passe, enfin nous nous éloignons de l’image « slip à fourrure » qui lui collait à la teub, le personnage apparaît dans toute sa splendeur. Une gueule quelconque mais un attirail témoignant de sa vie et ses aventures passées : casque du Nordheim, cape d’Ophir, épée d’Aquilonie, etc. En revanche pour Bêlit, ça passe moyen. Comme dans les meilleurs histoires de Conan, ce dernier n'est pas au centre des attentions mais n'est souvent que simple spectateur. Bêlit est ici l'égal du barbare, elle partage l'affiche à ses côtés. Il ne fallait donc pas se louper, à travers elle Howard a écrit le seul personnage féminin un tant soit peu badass de la série. L’écrivain imaginera d’autres héroïnes sexy, strong independant woman, par la suite mais avec Bêlit on peut dire qu’il nageait à contre-courant et qu’il fût un des seuls à mettre en avant une femme guerrière à l’époque. Pour le coup, je trouve qu’elle manque de prestance ici, elle ne parvient à soulever mon enthousiasme. Je me l’imaginais davantage sexy, la peau d’albâtre et touti quanti. Je préfère les versions de Xavier Colette ou Adrian Smith en comparaison. Elle a ici un côté reine de Saba qui pour le coup s’éloigne de l’esprit « 100 % Howard » que cherche pourtant à renvoyer l’éditeur. D'un autre côté, il s'agit aussi d'une adaptation, donc accepter le fait que chaque auteur vienne avec ses idées, son style. Pour le reste Alary compense avec un découpage dynamique et une mise en scène jalonnée d'idées ingénieuses. Certains arrières plans sont riches en détails et font leur effet. Sergio Seydas assure à son tour avec une coloration très chatoyante. Sinon, brillante idée que de commencer le cycle par cette nouvelle qui plante tout de suite le décor et qui permet au lecteur profane de saisir le caractère de Conan : l’histoire s’ouvre sur un meurtre commis par celui-ci qui est pourchassé par des gardes. Il parvient à s’enfuir en forçant le capitaine d’un navire commerçant à le prendre à son bord contre son gré. Les péripéties s’enchaînent entre course-poursuite, massacres, actes de pirateries, sexe, romance, chasse au trésor, terreur dans les bois, l’empreinte horrifique lovecraftienne y est même perceptible. « La nuit dernière, dans une taverne, un capitaine de la garde royale a fait violence à la compagne d'un jeune soldat, et naturellement ce dernier a embroché le capitaine. Mais il semble qu'il existe une satanée loi interdisant de tuer des gardes, aussi le garçon et la fille ont-ils pris la fuite. Le bruit s'étant répandu que l'on m'avait vu en leur compagnie, on m'a donc traîné aujourd'hui devant un tribunal. Un juge m'a demandé où avait fui le garçon. J'ai répondu que, comme c'était un ami, il m'était impossible de le trahir. Le juge s'est mis en colère et m'a tenu un grand discours où il était question de mon devoir envers l'État, la société, et d'autres choses auxquelles je n'ai rien compris, et m'a prié de lui dire où mon ami s'était réfugié. À ce moment, je commençais moi aussi à être furieux, car j'avais clairement expliqué ma position. Mais j'ai ravalé ma colère et j'ai gardé mon calme. Le juge a repris de plus belle, braillant que j'avais fait offense à la cour et que je devais donc être jeté dans un cachot pour y moisir jusqu'à ce que je dénonce mon ami. Comprenant alors qu'ils étaient tous fous, j'ai sorti mon épée et j'ai fendu le crâne du juge en deux. » ^^ Nihiliste, épicurien, une philosophie de vie à la « carpe diem », telle est la conception du monde de cet aventurier à l’irrépressible bougeotte. C’est un condensé du meilleur de Conan qui est ici mis en image et qui constitue une formidable mise en bouche avant d’entamée les hors-d’œuvre. Le Colosse noir (scénario : Vincent Brugeas dessin et couleur : Ronan Toulhoat) Autre temps, autre lieu, et nouvelle équipe donc avec un duo d’auteurs qui a fait ses preuves dans plusieurs genres en s’étant illustré dernièrement dans l’aventure historique de Ira Dei. Logique de penser que ces deux-là étaient programmés pour réaliser une histoire Hyborienne. D’ailleurs si on en juge par le physique du cimmérien, Ronan Toulhoat semble nostalgique de la coupe mulet (déjà avec Tancrède sur Ira Dei…), à moins qu’il ne soit tout simplement fana comme moi de Mel Gibson dans Braveheart ou des héros burnés comme Silvester Stallone dans Rambo III. De bonnes inspirations comme souvent avec cette artiste (La princesse Yasmela serait physiquement inspiré de Gemma Arterton dans Prince of Persia que cela ne m'étonnerai pas ^^. L’histoire n’est clairement pas la plus profonde du cycle, écrite davantage parce que « faut bien manger » on va dire. Néanmoins elle est idéalement destinée à un artiste généreux dans le dynamisme et les scènes d’action car c’est ce vers quoi l’histoire est principalement tournée : du divertissement pur. Malgré la mise en route sympathique, le cœur du récit se situe dans la bataille dont Conan est la clé de voûte qui en décidera l’issue. C’est une histoire que j’apprécie moins car elle fait doublon avec une autre nouvelle, La Citadelle écarlate, qui est autrement plus épique et fantastique à mon sens et dont l’adaptation est aussi à venir. Cependant si on est admirateur du duo Toulhoat / Brugeas, on est forcé d’apprécier cet album qui témoigne encore une fois de la montée en régime de ces deux compagnons de route. R. Toulhoat possède un encrage bien sombre dynamité par une mise en scène très cinématographique, sa mise en couleur est "spéciale", je l'aimais déjà bien sur Ira Dei, tandis que V.Brugeas fait parler sa magie arcanique des dialogues et a bien su poser le personnage (bien que ce ne soit pas son meilleur rôle. La fin est aussi branlante en BD qu'en nouvelle). « Dans ce monde les hommes luttent et souffrent en vain, trouvant du plaisir seulement dans la folie ardente de la bataille; une fois morts, leurs âmes pénètrent dans un royaume gris, nuageux et parcouru de vents glacés, où ils errent sans joie, pour l'éternité. » Conan. Mike Moorcock évoquait l’adaptation BD d’Elric, son cycle majeur par Glénat, comme de la meilleure jamais conçue, les auteurs français ayant parfaitement su capter la tonalité ambiante et la psychologie de l’anti-héros. Je pense, j’imagine, que si Howard était encore de ce monde, il aurait approuvé le bel hommage que lui rendent les auteurs de Glénat. Who knows ? Après tout, Crom s’en moque. Oubliez Schwarzenegger, oubliez Momoa (même s’il incarnait bien mieux le perso que le précédent bodybuildé), oubliez John Milius, oubliez John Buscema et Roy Thomas. Revenons aux fondamentaux, à Robert E. Howard, gardons en tête les illustrations évocatrices de Frank Frazetta et la musique emblématique de Basil Poledouris, et… To Be Continued… https://www.youtube.com/watch?v=EAFtiUoq6TE Au-delà de la rivière noire 5 étoiles (scénario : Mathieu Gabella dessin et couleur : Anthony Jean) Nombre d’amateurs et de spécialistes de Howard considèrent Au-delà de la rivière noire comme la meilleure nouvelle de toute sa carrière. J’ai personnellement une préférence pour quelques autres mais oui, incontestablement cette nouvelle fait partie du top 5 de Conan et de Howard. Si dans un projet d’adaptation l’éditeur choisit de faire appel à Mathieu Gabella, auteur du désormais culte La Licorne, et accompagné au dessin par l’artiste ayant officié sur la même série, Anthony Jean, alors n’en jetez plus. Au-delà de la rivière noire collection Glénat est l’album dont j’attends le plus impatiemment la sortie car il réunit récit d’importance et haletant, en même temps que des graphismes forcément flamboyant. Pour être honnête je ne saurais dire si cette adaptation est fidèle à la nouvelle de l’auteur texan, je l’ai lu il y a quelques temps et ne m’en rappelle plus dans les détails, et… la flemme, quoi. Mais d’après les dires d’un « potonautes », le rôle de Balthus y est ici un peu amoindri alors qu’il avait une position plus héroïque et son propre POV dans la nouvelle. La faute a cette saleté de pagination à 48 planches dont décidément les éditeurs franco-belges n’arriveront jamais à se passer… On pense aussi au cabot Slasher, vite introduit mais vite disparu, dommage. Mais mis à part ce menu détail (à mes yeux), toute la violence, le gore et la terreur que parvenait à renvoyer la nouvelle, exsude sur chacune des planches d’Anthony Jean. Cela n’arrête pas, de la baston et du macabre de bout en bout. Pour moi le contrat est rempli, malgré la limitation des pages, le rythme du récit n’en souffre aucunement, les dialogues sont clairs et le décor est bien planté, on retrouve (ouf!) les punch lines devenues cultes. Est-ce que j’ai dit que graphiquement c’était magistral ? Pour les deux précédents albums je ne voyais pas l’intérêt d’une version noir et blanc. L’encrage d’Alary n’est pas suffisamment prononcé pour faire aimer une version N&B et son dessin passe beaucoup mieux avec de la couleur, tandis que l’album de Toulhoat a clairement été pensé pour être vu en couleur (l’introduction). Là, c’est du très très haut level, je sais pas, les mots me manquent, on se tait et on admire, juste. Une œuvre emblématique qui expose la vision de son auteur sur les limites de la civilisation et qui reprend habilement le spectre américain de la « frontière ». Il y a eu d’autres « Fort Alamo » Fantasy, mais celui-ci est le premier et principal à retenir. « La barbarie est l’état naturel de l’espèce humaine. La civilisation n’est pas naturelle. Elle résulte d’une fantaisie de la vie. Et la barbarie finit toujours par triompher. » Un trappeur anonyme à Conan. La fille du géant du gel 5 étoiles (scénario dessin et couleur : Robin Recht) Crom ! Que cet album est magnifique ! Le grand Mike Moorcock (auteur du cycle d’Elric, également adapté chez Glénat) déclare en préface de l’album « Pour moi, Recht est l’un des meilleurs artistes de bande dessinée français, et l’un des plus intelligents. Sa superbe interprétation de ce qui est la plus simple et la plus pure des histoires de Conan, résiste à ce qui est ironiquement la tentation américaine d’embellir et d’ajouter au personnage jusqu’à ce qu’il en perde sa signification originale. Recht dépasse Howard, en fait. C’est un Conan intense, hors norme, un Conan comme Bob Howard, mort trop tôt, aurait voulu qu’il soit. Le meilleur à ce jour. J’adore ! » ; et je ne suis pas loin de penser comme lui. Sur l’aspect purement visuel je considère Recht comme faisant parti des très grands depuis quelques temps maintenant et cet album est celui de la confirmation. Il nous régale du début à la fin, de l’illustration de couverture au cahier graphique en passant bien sûr à la bd en elle-même, avec des dessins et illustrations en pleine et double page, une composition qui fait très cinématographique, un découpage qui privilégie les grandes cases, son trait, dans la lignée d’un Mathieu Lauffray (qui rend un dessin hommage en fin d’album pour la 1ère édition) est solide et maîtrisé. Le début du récit avec cette bataille qui vire au carnage m’a rappelé dans sa profondeur d’encrage et sa mise en scène le 300 de Frank Miller, avec ce côté « armée en ordre de marche », les cases toutes en longueur, etc. La mise en couleur où l’auteur est assisté par Fabien Blanchot, rien à redire, la couleur rouge des cheveux d’Atali (ou bien est-ce celle du sang qui coule à flot ? ) est prédominante avec celle du blanc immaculé, un vrai contraste, le feu et la glace. N’importe quel Conan est un récit violent, mais jamais comme ici je n’ai ressenti cette fureur qui fait battre le cœur comme celui du héros lorsqu’il est manipulé par la déesse Atali. Comme Conan on est tout simplement ensorcelé et obsédé par cette adaptation. Un exploit étant donné comme le rappelle Patrice Louinet en fin d’ouvrage, que c’est une nouvelle des plus courtes et minces écrite par Howard. Une resucée du mythe d’Apollon et Daphné à la cimmérienne, forcément plus furieuse, sexuelle, érotique, sanglante. Un immanquable de la Fantasy ! La Citadelle écarlate 3 étoiles (scénario : Luc Brunschwig dessins : Étienne Le Roux couleurs : Hubert) Une adaptation très attendue de mon côté pour un résultat qui, sans être à la hauteur des espérances, remplit son office de bon divertissement. Une histoire qui se déroule à vitesse grand V et dont le pitch tient sur un post-it : Conan perd son trône d’Aquilonie suite à une bataille où il a été trahi par ceux qu’il pensait être ses alliés, puis est fait prisonnier par l’infâme sorcier Thoth-Amon dans les geôles de sa citadelle dont il s’échappe avant de reconquérir son bien par la seule voie qu’il connaisse, celle de la force et des crâne qui explosent. J’ai été assez surpris par le style graphique d’Étienne Le Roux que je n’avais plus vu depuis le tome 2 du Serment de l’Ambre, ça remonte… Je ne dirais pas que c’est le moins bon car il y a indubitablement de la qualité, il n’y a qu’à voir cette magnifique illustration de couverture très évocatrice (on a l’habitude de voir Conan prendre la pause au sommet d’un tas fumant de cadavres, là c’est un Conan certes vivant mais acculé par des centaines de lances au sommet d’une même piles de corps), le trait un peu « hachuré » je dirais me fait parfois penser à du Patrick Pion. En fait ce qui me déçoit un petit peu c’est le manque de finition sur la plupart des planches, il n’y a pas ce souci du détail, d’enjoliver le tout avec de superbes arrières-plan ou même de délivrer de grandes cases en double page comme l’a si bien fait Robin Recht au tome précédent. Chacun son style après tout. Le coloriste Hubert s’en tire plutôt pas trop mal mais j’ai trouvé cela un peu palot, il ne parvient pas à transcender le dessin de son collègue. Comme le rappelle en fin d’album Patrice Louinet, c’est un épisode très inspiré par le médiéval historique, et notamment la guerre de Cent Ans, donc le dessinateur a choisi, de même que le scénariste Luc Brunschwig, de nous livrer une conception graphique qui fait presque davantage penser à un récit médiéval qu’à de la fantasy. C’est un parti pris qui se défend. J’ai moins été emballé en revanche par la vision de Le Roux sur les abominations de la citadelle. J’ai toujours en tête, et je ne pense pas être le seul, l’illustration iconique de Frank Frazetta sur cette nouvelle où Conan est enchaîné pieds et poings liés confronté à un serpent géant. Les monstres de l’adaptation Le Roux / Brunschwig ne m’ont pas effrayé, on dirait tantôt un énorme crapaud, tantôt un tigre avec des ailes… je n’ai pas été terrifié du tout. De même que je n’ai pas ressenti l’aspect « Donjons et Dragons » dans ce labyrinthe qui m’avait tellement plu dans la nouvelle. J’ai un petit goût de « meh » dans la bouche. C’est du bon travail sur la forme comme sur le fond mais pour l’instant le meilleur est derrière nous.  « L’épée qui tue le roi coupe les cordes qui maintiennent l’empire » Proverbe aquilonien. Chimères de Fer dans la clarté lunaire 4 étoiles (Adaptation et dessin : Virginie Augustin) Je ne sais pas si c’est l’album le plus réussi visuellement, chacun jugera, mais dans tous les cas le résultat se révèle magnifique. L’album en édition « normale » ne sortira que le 12 juin prochain, donc pour profiter de ce spectacle il fallait se lever tôt pour ne pas se faire chiper l’édition de luxe en noir et blanc sortie elle ce 5 juin. Je dois dire que ce n’est pas plus mal d’avoir exceptionnellement abordé cet épisode par sa version sans couleurs car le travail d’Hubert, déjà présent sur le tome 5, ne m’avait pas spécialement emballé, et la technique d’encrage de Virginie Augustin, qui bosse donc quasiment seule ici, semblait beaucoup promettre. Voici donc Chimères de Fer dans la clarté lunaire : un épisode qu’on qualifiera « d’alimentaire » pour reprendre Patrice Louinet, et qui divise pas mal de monde. Personnellement je l’ai toujours apprécié et cette adaptation ne change pas mon impression et au contraire même la renforce. Ce que j’aimais c’était le décor dépaysant, une île isolée, sauvage, abandonnée, sur laquelle Conan et Olivia dénichent un vieux temple en ruine qui n’inspire rien de bon à la princesse. Il y a un parfum tout à la fois exotique, contemplatif et en même temps inquiétant qui laisse présager du grabuge. Il y a une histoire de dieux, de créatures maudites, un mystérieux gardien de l’île qui ne vous veut pas du bien, une jolie pépée dont on pourra regretter le rôle un peu pot de fleur mais bon… elle est super canon et Virginie Augustin parvient bien à en faire un personnage qui sort de sa condition de femme en détresse quand les rôles s’inversent avec Conan. Graphiquement c’est vraiment trop de la balle ! Ce n’est pas juste beau à mater, il y a de la recherche, des compositions travaillées. J’ai surtout été attentif à l’évolution physique de Conan qui au début du récit à un aspect d’animal acculé, sale, puant, totalement bestial et hostile. Plus tard dans des moments plus intimes et silencieux avec Olivia, son trait se fait plus humain, plus « doux » (ne lui répétez pas que j’ai dit cela ! ), tout en restant reconnaissable. C’est bluffant. Pour tout le reste, les décors, la végétation abondante, les visions cauchemardesques en pleine page, on en prend plein les mirettes. Une très bonne surprise pour moi. Il y a des albums que j’attendais, d’autres que je continue d’attendre ou d’espérer, celui-là je n’en attendais pas grand-chose, j’ai été ravi. Je me procurerai l’édition normale, j’espère que ma bonne impression n’en sera pas amoindrie par le format ou la couleur. Ma vision de la barbarie n’a rien d’idyllique. Pour autant que je sache, c’est un mode de vie terrible, sanglant, féroce et dénué d’amour. Je ne supporte pas que l’on dépeigne le barbare comme s’il était un enfant de la nature, quasi divin et majestueux, doté d’une étrange sagesse et s’exprimant sur un ton cadencé d’un air ampoulé. (Lettre de novembre 1932.) Robert E. Howard – Lettre 11/1932. Les Clous Rouges 3 étoiles (scénario : Régis Hautière dessin et couleur : Didier Cassegrain story board : Olivier Vatine) Probablement l’adaptation sur laquelle il vaut mieux ne pas se foirer sous peine de s’attirer la colère de Crom, Les Clous Rouges demeurant quasi sans conteste le meilleur récit de Conan et de facto la nouvelle la plus connue de son créateur Robert Ervin Howard. Et pourtant, bien que grand aficionados du cimmérien, je n’ai pas pris totalement mon pied à la lecture de cette adaptation du trio Cassegrain / Vatine / Hautière. La faute principalement à une pagination que j’ai trouvé trop courte, le petit format franco-belge de 54 pages m’a paru bien désuet pour cette histoire qui fait pourtant partie des plus longues aventures du barbare. Même en prenant mon temps j’ai dû la parcourir en moins d’une heure. Cela va demander une relecture mais les dialogues me semblaient beaucoup plus riches dans le média d’origine, tandis qu’ici le récit est entrecoupé de silence, on essaie de poser une ambiance mais comme, encore une fois, il n’y a pas beaucoup de pages, on a tendance à ne pas trop s’attarder. De plus je ne suis plus très sûr si les personnages sont tels que les a décrits Howard, je pense notamment à Valéria qui dans la bédé fait figure d’héroïne des temps modernes : indépendantes, avec de la volonté, fortes, débrouillardes. Tandis que dans mes souvenirs, cela reste à vérifier, j’avais garder en image celle d’une énième potiche qu’il faut secourir. Est-ce une amélioration ? Chacun jugera… Les graphismes de Didier Cassegrain restaient la plus grande interrogation car ils allaient me sortir de ma zone de confort habituelle, n’étant pas très demandeur de ce type de dessin où l’artiste passe directement du dessin à la coloration sans phase d’encrage. Et bien, ce ne fut pas désagréable, j’ai même était enjoué par sa mise en page qui fait la place aux grandes cases. Du coup certains décors en jettent un max, Cassegrain m’a beaucoup impressionné sur ce point là. Son autre point fort étant sa mise en couleur, très lumineuse, diversifiée, vraiment agréable à l’œil. En revanche cette jolie mise en couleur m’a paru difficilement en adéquation avec la teneur noire que se donne le récit, je n’ai pas été horrifié ni choqué comme je l’aurai cru. Et puis je ne suis pas fan de sa représentation des personnages que je trouve trop cartoonesque, aux traits bien trop anguleux. Question de goût mais je n’ai pas adhéré. Pour terminer sur une bonne note, l’illustration de couverture pète la classe, on dirait Indiana Jones et le Temple Maudit, j’sais pas…:) Une impression mi-figue mi-raisin en résumé. J’en attendais plus, cela aurait dû être le point d’orgue de la série et finalement cela passe pour un album dans la masse qui ne fait pas grimper le niveau. J’ai quand même bien aimé. Je ne sais pas quelle quantité de violence et d’horreur les lecteurs sont prêts à endurer Robert E. Howard. Erratum : après une courte relecture survolée, je rectifie ce que j'ai pu dire sur Valéria qui n'a absolument d'une potiche, elle est même l'égale de Conan au même titre que pouvait l'être Bêlit, ce qui rajoute du poids à la portée de ce récit d'une très grande maîtrise. Le peuple du Cercle Noir 4 étoiles (scénario : Sylvain Runberg dessin : Jae Kwang Park couleur : Hiroyuki Ooshima assistance : Alessia Nocera et Éloïse De La Maison) J’ai bien aimé cette adaptation. Le style graphique dénote avec ce dont j’ai l’habitude de voir en franco-belge. Jae Kwang Park étant coréen il y a indubitablement une influence manga dans son dessin, ne serait-ce que dans les faciès des personnages, c’est assez indescriptible mais cela fait assez manga, de même que dans les postures, la taille des muscles etc. Yasmina a un côté sexy d’héroïne de shonen et Conan m’a beaucoup fait penser à Broly par exemple, le super saiyan bodybuildé de Dragon Ball Z, de par sa dégaine et son physique. Le rythme des combats et les effets visuels mis en place apportent une sensation fulgurance, ça accélère vitesse grand V, ça bondit dans tous les sens, ça charcute à tour de bras, c’est encore un truc que je retrouve plutôt dans les mangas que dans les comics ou le franco-belge. Après une mise en couleur qui s’est tâtée avec quelques essais infructueux j’ai ouïe dire, l’ultime mise en couleur d’Hiroyuki Ooshima est très satisfaisante, sa technique sublime le dessin de Park qui, bien que très intéressant et changeant, se limite un peu trop a du crayonné (impression complètement subjective de ma part). Il y a donc une superbe alchimie entre les différents intervenants dont il faut également créditer Alessia Nocera et Éloïse De La Maison, mais ne sachant pas trop qui fait quoi… je m’en tiendrai à féliciter le duo asiatique. Je ne vais pas rentrer dans les détails sur la nouvelle en elle-même, Patrice Louinet l’analyse mieux que quiconque en fin d’album à savoir que c’est une histoire plus riche, plus longue, plus complexe que celles auxquelles on a l’habitude. L’adaptation de Sylvain Runberg est très correct, raccourcie en 63 planches, le récit se tient bien. Pour ma part, même si ce n’est pas une de mes nouvelles favorites, je l’ai toujours apprécié et c’était un plaisir de la redécouvrir ici. Un très bon moment de lecture ! - Mais les tribus craignent les Prophètes Noirs et évitent soigneusement cette montagne impie, l'interrompit le gouverneur. - Leur chef, Conan, les craint-il ? demanda-t-elle (Yasmina). - Eh bien, pour ce qui est de cela, marmonna le gouverneur, je doute que ce diable craigne quoi que ce soit. Les mangeurs d’hommes de Zamboula 2 étoiles (dessin, couleur, et scénario : Gess) Comme quoi il vaut toujours mieux se fier au contenu qu’au contenant. Je parle au niveau graphique, car si la couverture n’est vraiment pas top à mon goût, le dessin de Gess m’a plutôt plu. Enfin, une belle couverture c’est plutôt vendeur aussi, hein. Le dessin donc, m’a paru assez agréable dans l’ensemble, surtout surpris par la qualité d’encrage. Dans sa version noir et blanc cela doit être quelque chose ! L’occasion pour moi de découvrir Gess également dont j’en avais entendu beaucoup de bien. Après je n’irai pas jusqu’à le faire rentrer parmi mes favoris, il y a des éléments qui m’ont déplu : Conan a une tronche bizarre, déformée, Zabibi n’est pas belle du tout alors que bon, c’est sensé être son seul « point fort » dans l’intrigue, elle est carrément dégueulasse et anorexique. Sans oublier des dessins aux proportions parfois chelou comme la chambre d’hôtel de Conan qui d’une case à l’autre change de dimension. Mais bon, même si j’ai trouvé le dessin un peu « écrasé », j’ai bien aimé l’ensemble, de même que la mise en couleur qui créé bien l’ambiance. Pour l’histoire, franchement, je m’étonnais déjà que l’adaptation de la nouvelle figure parmi les projets de Glénat, je m’interroge encore sur l’intérêt du truc (autant tout adapter…). Même dépouillée en grande partie de son contenu raciste, l’histoire demeure hyper mauvaise. C’est carrément nul. Patrice Louinet le rappelle en fin d’album, c’est une nouvelle alimentaire, et encore, Howard s’est déjà cassé un peu plus le cul, mais là on sent que la fin de mois devenait difficile et qu’il fallait rentrer de la tune fissa. Voilà, t’as beau viré le contenu le plus honteux pour la postérité de l’écrivain, il reste une série de personnages clichés, caricaturaux, de dialogues disons-le, « merdiques ». Pourtant cela démarrait plutôt pas mal avec cette cité Babylonienne au confins du désert, et cette intrigue à l’auberge rouge (cela me rappelle un passage du tome 2 de Sorcelleries, Livre dont Vous êtes le Héros, où à un moment on est capturé dans sa chambre d’hôtel par un aubergiste cannibale ^^ ). Bon après ça part en live, les scènes d’action sont soporifiques, ça ne rime à rien, Conan ne pense qu’au cul, et on a un méchant d’opérette et une conclusion qui se passe de commentaire. Le genre de nouvelle qu’on préfère oublier à l’image d’un Tintin au Congo d’Hergé. Si le but de la collection est de rendre hommage à Howard, Glénat aurait dû faire l’impasse sur ce texte dont le seul intérêt est qu’il a permis à l’auteur texan d’avoir la couverture du magazine Weird Tales. La Maison au trois bandits 4 étoiles (scénario : Patrice Louinet, dessins et couleurs : Paolo Martinello) Comme le raconte si bien Patrice Louinet dans le mot d’auteur en fin d’album, La Maison au trois bandits est une histoire bien plus riche qu’elle n’en a l’air d’apparence, mais cela je laisse les lecteurs le soin de le découvrir. Car oui, d’apparence nous sommes dans un énième récit où les élites de la société se flinguent entre elles et où Conan, le François Pignon local, se retrouve au milieu du schmilblick en essayant de démêler le sac de nœud à coup de gourdin et d’épée, et de sauver sa peau en priorité. Mais effectivement il y a des idées qui ne sont pas négligeables, le récit jouant en permanence sur les rivalités et les contrastes : ville haute en miroir à la ville basse, bandits de la haute masqués contre petites frappes des bas quartiers, science contre nature, etc. Cela se laisse lire et je peux même dire que je vois cette histoire sous un autre jour grâce à la bd, des choses qui ne m’avait pas frappé en lisant la nouvelle. Quant aux dessins de Paolo Martinello, comment ne pas tomber sous le charme ? C’est hyper dynamique, c’est fluide, il y a le sens du détail, de la composition. Si en plus il se met à en mettre plein la vue (double page 10-11), il n’y a que du bien à en dire. Non vraiment, c’est de la très très bonne came. Et puis j’aime bien sa colorisation, pas trop tape-à-l’œil ce qui permet de faire ressortir son trait. Je m’étonnais de voir le nom de Patrice Louinet cité parmi les scénaristes de la série, il faut croire que ça devait le démanger… Résultat, l’essai est validé, on est dans le haut du panier. PS : Ah ouais ! J’ai trouvé bidonnant quand l’auteur se permet de mettre une pincé d’humour en se moquant de l’alter égo féminin de Conan : Red Sonja, qui apparaît ici sous les trait d’une fille de joie avec un fort embonpoint. :D

02/05/2018 (MAJ le 18/10/2020) (modifier)
Par Jetjet
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série L'Appel de Cthulhu
L'Appel de Cthulhu

Quel est donc l'intérêt d'adapter un auteur culte comme Lovecraft en manga ? Voici le genre de questions qui risquent de devenir désuètes une fois le bouquin reposé car il s'agit probablement d'une des plus belles retranscriptions du mythe de Cthulhu. Gou Tanabe prend tout son temps pour instaurer une ambiance anxiogène assez palpable dès les premières pages et montant crescendo. Malgré une structure en forme de mille-feuilles, le lecteur n'est jamais perdu par un fil conducteur assez intriguant : une petite statue en argile représentant une créature mi-dragon mi-pieuvre, le grand Cthulhu lui-même. L'enquête se base principalement sur des écrits ou des témoignages et nous fait remonter dans un passé illustré entre sombres forêts et forteresses immergées. Là où Lovecraft préfère la suggestion, Tanabe préfère le spectaculaire. Tel un ressort lentement tendu, tout le piège narratif se desserre d'un coup lorsque Cthulhu entre en scène. Il s'agit probablement de la créature la plus connue de cet univers et on frisonne devant de magnifiques doubles pages richement détaillées. Cela ne pourra peut-être pas plaire à tous les amateurs de l'oeuvre originelle mais on reste ébahi à chacune des apparitions spectaculaires de la créature, véritable attraction et feu d'artifice de toute cette enquête. Ce brillant tour de force est à mes yeux une des plus audacieuses adaptations d'un récit de Lovecraft et me pousse directement à aller lire les autres œuvres de ce mangaka plutôt doué. Rendez-vous est d'ors et déjà pris me concernant pour lire ses autres projets directement en lien avec cet univers.

11/10/2020 (modifier)
Par Pierig
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Il faut flinguer Ramirez
Il faut flinguer Ramirez

Que dire ? Un ovni ! Narration, mise-en scène, découpage, dialogues, dessins, couleurs … cela frise la perfection. L’idée de départ est bien pensée avec ce Jacques Ramirez, tueur à gage mexicain redouté, qui se servirait d’un emploi de réparateur d’aspirateurs comme couverture. La situation s’emballe rapidement avec une succession de concours de circonstances qui a un effet boule de neige. C’est un album dynamique et dynamité … l’action est présente mais sans prendre le pas sur le fond. Bref, un récit bien dosé … équilibré juste comme il faut. Je n’aurai pas trop à attendre pour le deuxième opus (ouf !).

09/10/2020 (modifier)
Par Cyril
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Spirou - L'espoir malgré tout
Spirou - L'espoir malgré tout

Que ça fait du bien de lire une belle BD comme ça! J’avais déjà beaucoup aimé le journal d’un ingénu. Le premier tome de “l’espoir malgré tout” me semblait moins intéressant avec un Fantasio un peu débile. Mais l’histoire prend de la hauteur (ainsi que Fantasio) dans un second tome très bien huilé! De bonnes références historiques, un très beau dessin, un scénario très bien ficelé: on se régale dans ce récit. Vivement le 3ème (et le 4ème tome)!

09/10/2020 (modifier)
Par Yann135
Note: 5/5
Couverture de la série Rahan
Rahan

Mais que c’est bon de reprendre un album de Rahan, le fils adoptif de Crâo. Le destin épique du fils des âges farouches ont bercé toute mon adolescence à travers ses aventures dans pif gadget. Petite séquence nostalgie avec cette série mythique. Il beau, intelligent, blond, athlétique, observateur, courageux, honnête, charitable, précautionneux, loyal... Le gendre parfait dirait ma belle-mère ! Et il possède un couteau en ivoire de mammouth qu’il a volé ne l’oublions pas ! Pas si parfait que ça en fait le garçon ! J’ai lu et relu tous les albums. Ils ne sont d’ailleurs pas tous dans un état excellent à force de les avoir feuilletés. J’ai dévoré ces aventures préhistoriques fascinantes. Les héros de Marvel peuvent aller se rhabiller, mon premier super héros à moi, c’était Rahan. Rahan, c’est ma fontaine de jouvence. C’est le Panthéon de la bande dessinée. Du culte évidemment. Et pour « ceux qui marchent debout » qui ne connaissent pas encore, il faut foncer pour se délecter de ces albums. Une question cependant me turlupine. On connait le père de Rahan. Mais sa mère comment se nomme t elle ???

08/10/2020 (modifier)
Par Franz
Note: 5/5
Couverture de la série Fritz the Cat
Fritz the Cat

Après l’essai non transformé des éditions Anthracite en 1995, l’éditeur Cornélius reprend le flambeau et offre enfin à la France, en l’an de grâce 2013, l’intégralité des aventures de Mister Cat, Fritz de son prénom, matou jouisseur et inconséquent imaginé par Robert Crumb entre 1964 et 1972. Des soixante pages parues chez Anthracite, Cornélius double la mise. Pour la première fois dans nos contrées, soit presque cinquante ans depuis sa naissance américaine, il est possible de suivre le parcours du chat frimeur et roublard, son ascension et sa déchéance, un pic à glace fiché au sommet du crâne. Après le film d’animation réalisé par Ralph Bakshi en 1972 et renié par Robert Crumb, le créateur de Fritz ne voulait pas d’une nouvelle récupération tronquée de son chat pas empoté et encore moins classé X. Il le fait tuer par une autruche névrosée, Andrea, se rêvant danseuse étoile mais enfouissant sa tête sous les coussins à la moindre contrariété. Le postérieur ainsi offert avec une plume en panache appelait sinon la paluche au moins le pied du Cat. D’un « Boop ! » dans sa Betty, Fritz scelle son destin. On peut regretter que le « gros malin » tigré finisse en carpette, rétamé par une énième cruche au cœur brisé et à l’amour-propre sali mais sa mort le grandit tel un « Balafré » de la vie. L’œuvre de Robert Crumb forme un tout cohérent en dépit de strips parfois bricolés et acquiert une aura que le temps ne ternit pas. Hors des modes, Fritz the Cat n’a pas un seul poil blanc dans le pelage. Le style de l’auteur n’est jamais pris en défaut même lorsque le graphisme des débuts semble légèrement brouillon. La précision du trait que les hachures magnifient et que les aplats noirs sertissent place cette bande dessinée animalière au pinacle du 9e art.

07/10/2020 (modifier)
Par Franz
Note: 5/5
Couverture de la série Rahan
Rahan

[Rahan : intégrale noir et blanc. Tome 1. – Soleil, 2009] Les débuts d’un bon Aryen. A peine édité, déjà indisponible, le 1er tome d’une intégrale Rahan en noir & blanc à paraître en 10 volumes aux éditions Soleil est en passe de devenir un objet de collection alors que l’esprit des créateurs de la série, Roger Lécureux et André Chéret, était à l’origine ouvert au plus grand nombre. La bande dessinée, en 1969, quand Rahan est né, était populaire et accessible. Pauvre du lumpenprolétariat, il était encore possible d’arriver à grappiller les centimes nécessaires à l’achat de Pif gadget et si ce n’était pas le cas, de troquer, d’échanger, de marchander afin de constituer des collections d’illustrés à bon marché, de Blek le Roc à Cap’tain Swing, d’Akim à Tarzan, de Mandrake à l’Ombre qui marche. Aujourd’hui, il faut débourser en conséquence pour retrouver les odeurs d’imprimerie de l’enfance et surtout les qualités d’impression incomparables d’antan sur un papier granuleux d’époque. La nostalgie se monnaye et le plaisir se frelate alors que la surenchère d’images de synthèse bien lissées bat son plein. Bien sûr, il peut être difficile d’apprécier le propos quand Rahan tue à bras raccourci les fauves et tous les animaux menaçants, crocodile, serpent, sanglier, etc. La protection de la grande faune n’était pas à l’ordre du jour et il était encore moins question de la 6e extinction animale de masse programmée. Seul le message de fraternité, de justice et de tolérance était essentiel. Le premier récit complet de 20 pages qui ouvre le recueil s’intitule « Le secret du soleil ». Rahan est en Australie avec ses kangourous et ses boomerangs. Il poursuit le soleil afin de dénicher son repaire. Heureusement, la métaphore d’une course en pirogues autour d’une île met la puce à l’oreille au fils des âges farouches. Rahan a l’intuition que les sphères gravitent dans l’espace ou du moins que la Terre est ronde. C’est osé mais ça passe. Le lecteur opine du chef à la trouvaille du scénariste. Le dessin un peu amidonné des débuts de Chéret s’assouplit rapidement au fil des épisodes. Déjà le 4e récit, « Le tombeau liquide », montre un dessinateur en phase avec son personnage et le bestiaire de la préhistoire. Rahan acquiert ses traits définitifs. Les histoires s’enchaînent et le plaisir de la redécouverte est constant. Des bonheurs graphiques, des astuces scénaristiques agrémentent sans cesse le parcours jubilatoire du lecteur conquis à vie. Certains dessins sont des merveilles. Il est difficile de mettre en avant une histoire plutôt qu’une autre. Peut-être que celle du « Petit d’homme » est la plus séduisante quand Rahan recueille un bambin fugueur à quatre pattes et fait la nounou ? Alors qu’il épargne Baghaé la panthère, en apercevant ses petits, Rahan se trouve récompensé par l’animal plus tard. Celui-ci s’étonnera : « Les bêtes seraient-elles plus loyales, plus reconnaissantes que ‘Ceux qui marchent debout’ ? » Les enfants savent souvent attendrir les cœurs solitaires des chasseurs les plus endurcis. Rahan reprendra vite ses habitudes ensuite et le coutelas d’ivoire sèmera la mort à nouveau. Dire que les auteurs ont produit 170 épisodes pour un total d’environ 3 500 planches ! Il fallait bûcher pour croûter mais le résultat est bien là. Rahan est une somme et le psychanalyste peut déjà fourbir ses armes car le personnage est un cas.

07/10/2020 (modifier)
Par Franz
Note: 5/5
Couverture de la série Mon ami Dahmer
Mon ami Dahmer

Damer la mort. « Le cannibale de Milwaukee » Jeffrey Dahmer (1960-1994), avant de s’imposer comme un des pires tueurs en série américains eut aussi un passé trouble qu’un ancien camarade de lycée, John Backderf, relate avec tact à travers une bande dessinée documentée. « J’avais des amis normaux au lycée » dira Dahmer après son arrestation. Derf Backderf va se focaliser sur les trois années de lycée engluées dans l’âge ingrat de l’adolescence. Si Jeff Dahmer est accepté dans le petit cercle d’amis lycéens, il n’en est pas pour autant totalement intégré. Sa solitude et son mutisme inquiètent. Ses imitations de paralysé cérébral médusent. Son alcoolisme rebute. Conçue en cinq parties équilibrées, la dernière, « Fondu au noir » étant particulièrement frappante avec son parti-pris graphique percutant, l’histoire de Dahmer, véritable roman graphique, déroule une narration fluide, cohérente et implacable. En présentant et commentant ses sources, l’auteur crédibilise une entreprise à haut risque, celle de cautionner, d’excuser ou d’amoindrir un comportement monstrueux et létal. Avec son dessin à la limite de la caricature, l’auteur crée une distanciation et les personnages, rigides et monolithiques n’en prennent que plus de relief et se chargent encore davantage d’une inquiétante étrangeté.

07/10/2020 (modifier)
Couverture de la série Pyongyang
Pyongyang

Mon coup de coeur de cette collection ! J'aime la manière de conter de Guy Delisle, ses touches d'humour, son regard neutre sur son expérience de vie dans ce pays. J'ai aimé découvrir ce pays à la fois "fascinant" et terrifiant à travers son regard et ses traits de crayon. Une belle découverte à mettre entre toutes les mains !

07/10/2020 (modifier)