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Les dernier avis (5698 avis)

Par dadou
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Les Gardiens du Maser
Les Gardiens du Maser

Alors franchement, je dois admettre que je suis particulièrement content d'avoir acheté l'intégrale avec les explications supplémentaires en début de bd. En effet... Le début du récit, je dirais que ce sont principalement les 2 premiers tomes qui sont fort confus, mais après ça, le récit devient un pur plaisir :D et que dire du final... magnifique... Donc en effet, si j'avais lu ces BDs au rythme où elles sortaient je n'aurais probablement pas trop aimé.. Surtout sans les explications qui ont été ajoutées dans la version intégrale. En tout cas je dois donc dire que ce récit est tout bonnement excellentissime et les dessins... splendides.

01/04/2020 (modifier)
Couverture de la série Les Indes fourbes
Les Indes fourbes

Au début de l'été 2019, j'ai appris, à grand renforts de publicités sur les sites spécialisés, que Delcourt allait éditer « Les Indes fourbes », un album concocté par Alain Ayrolles (Garulfo, De Cape et de Crocs) et Juanjo Guarnido (Blacksad)… Mon sang n'a fait qu'un tour ! L'une des plumes les plus acérées de sa génération faisant équipe avec le meilleur dessinateur du 9ème art (à mes yeux)… il ne m'en fallait pas plus ! Le 28 août 2019, j'étais en magasin pour acquérir la chose convoitée depuis plusieurs semaines. Rentré chez moi, je me suis installé dans mon canapé. Le téléphone coupé, j'ai saisi l'ouvrage avec avidité, lu le prologue, quand soudain… la peur, l'angoisse. Et si… ? Et si j'en attendais trop ? Et si j'étais déçu ? N'avais-je pas fantasmé ce récit depuis des semaines ? Ne tombe-t-on pas de haut lorsque la réalité n'est pas à la hauteur du rêve ? J'ai refermé « Les Indes fourbes »... j'ai fait preuve de couardise. Je n'ai pas osé continuer. J'ai rallumé mon téléphone, repris le cours de ma vie et lu d'autres choses, qui n'avaient pas ces enjeux. Confiné depuis 2 semaines et soulagé du temps consacré aux trajets et au sport, j'ai pu augmenter mon rythme de lecture. Après plusieurs albums, j'ai voulu choisir le suivant… et là, je suis retombé sur Pablos. Le fourbe ! Il me défiait, le regard fier, depuis la plus haute étagère de ma chambre. Fallait-il continuer à fuir ? Me laisser guider par la peur de la déception ?! JAMAIS ! AUX ARMES ! Graphiquement ma lecture a été sans surprise, mais dans le bon sens du terme. Je m'attendais à en prendre plein les yeux et j'ai été servi. Juanjo Guarnido est l'un des meilleurs, si ce n'est el mejor, et ça se voit. Les personnages sont expressifs, les forêts luxuriantes, les geôles sombres et humides, les palais majestueux. Guarnido sait tout faire et de fort belle manière. Son trait est fluide, rond et généreux. Au passage, je suis heureux de le voir développer un univers plus lumineux et si éloigné du polar noir façon Blacksad. Les décors sont variés et fourmillent de détails, à un degré rarement vu. Toutes les planches apportent quelque chose. S'ajoute à cela une édition grand format qui améliore l'expérience visuelle. Bref, chapeau l'artiste !!! Le récit est divisé en trois chapitres. Le premier, couvre la moitié de l'album et relate l'arrivée de Pablos aux « Indes » et sa quête d'Eldorado. Le second, après un rebondissement fort bien amené, apporte un éclairage nouveau sur les événements de la première partie. Enfin, le troisième chapitre fournit quelques compléments et conclut l'album d'une façon que même les plus perspicaces d'entre vous ne verront pas venir. Commençons par ce qui m'a chiffonné, avant de me convaincre. Pablos est un vil coquin, malin comme un singe et d'une inventivité folle. Gueux il est et de sa condition il entend s'extirper, par tous les moyens possibles. Même lorsque ses actes sont abjectes, une certaine noblesse se dégage de lui. Pourtant, je n'ai pas réussi à m'attacher à lui. Pire je lui trouve un côté agaçant. Cela aurait pu être un problème majeur, aimant m'attacher aux personnages. Tel n'est pas le cas en l'occurrence. Dans « Les Indes fourbes », on ne s'attache pas à l'homme mais à l'aventure et à son univers coloré. Alain Ayrolles nous emmènent en voyage et sa galerie de personnages est aussi variée qu'intéressante. La première partie est un peu longue me direz-vous... je vous le concède dans une certaine mesure. Toutefois, le second chapitre est nettement plus rythmé et apporte une toute autre lecture de cette longue introduction. L'histoire est passionnante et se lit avec avidité. Le pourquoi du comment devient une évidence. Il fallait en passer par là pour que le récit prenne toute son ampleur. Je me suis surpris à lire certains passages du second chapitre en parallèle du premier, pour vérifier certains éléments et détails. Et cette troisième partie ? Un peu tirée par les cheveux ? Sans doute ! Mais n'est-ce pas naturel après les deux chapitres précédents, avoir fait la connaissance de ce diable de Pablos et pris la mesure de son culot ? « Les Indes fourbes » sont une farce fictionnelle, une pièce de théâtre à la Molière qui trouve son sens comique en partie dans des situations absurdes. Subjectivement, ce pavé de 160 pages peut ne pas plaire. Après tout, tous les goûts sont dans la nature. Mais force est de constater qu'Alain Ayrolles n'est objectivement pas tombé dans la facilité. Son travail est réfléchi et à y regarder de plus près, l'orfèvrerie n'est plus très loin. Impossible d'entrer dans les détails sans divulgâcher… Le scénario, d'abord classique, se révèle trépidant, puis carrément audacieux ! Les liens entre les chapitres se tissent et le rythme de narration monte crescendo. Une seconde lecture ne serait d'ailleurs pas de trop pour profiter pleinement de toute cette aventure picaresque. L'impatience, la crainte, le plaisir puis l'enthousiasme… cet album m'aura fait vivre diverses émotions fortes. N'est-ce pas là la définition d'une bande dessinée culte ? À vous d'en décider !

31/03/2020 (modifier)
Par grogro
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Rébétiko
Rébétiko

J'ai vraiment accroché avec le dessin de Prudhomme avec cette BD précisément. Encore aujourd'hui, je l'ouvre régulièrement, et je suis sidéré à chaque fois par le talent de l'auteur pour capter des mouvements. Très proche du cinéma pour ce qui concerne le découpage et les angles de vue (ce qui est valable selon moi pour la bande-dessinée en général, mais particulièrement vrai pour Rébétiko), chaque case est un arrêt sur image qui parvient à capter un geste, un élan, une intention, un regard, une expression. Outre le fait que Rébétiko a fait parvenir à mes oreilles une musique dont j'ignorais l’existence même, j'ai vraiment aimé partager cette journée (la BD se déroule sur 24H) avec cette joyeuse bande d'anarchistes qui ne disent pas leur nom. Ils emmerdent le pouvoir, en maintenant leur art vivant. En vivant, tout simplement, appliquant en cela les précieux conseils d'un certain Baudelaire qui écrivait : "Enivrez-vous. Il faut être toujours ivre, tout est là ; c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve. Mais de quoi ? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous. Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l'oiseau, l'horloge vous répondront il est l'heure de s'enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse, de vin, de poésie, de vertu, à votre guise." Alors c'est ce que s'appliquent à faire les "rébètes", et c'est un peu ce que l'on fait un peu soi-même en déambulant avec eux jusqu'au petit matin. En guise de fin, Prudhomme nous offre une scène de toute beauté au cours de laquelle les protagonistes traversent un bras de mer (ou descendent un fleuve, on ne sait pas mais qu'importe), accompagnés par le jour qui point peu à peu. Cette scène me renvoie à mes jeunes années de beuverie où encore saouls, nous regardions le soleil passer l'horizon, l'atmosphère nous grisant davantage de sa douce quiétude et nous conférant le sentiment d'avoir vaincu la nuit. Le sentiment d'être immortels.

30/03/2020 (modifier)
Par grogro
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Les Fleurs rouges
Les Fleurs rouges

La réédition de l'intégralité des œuvres de Tsuge par Cornélius est une bénédiction. De cet auteur obscur, longtemps opposé à toute tentative de traduction des ses œuvres, on connaissait uniquement l'édition de L'homme sans talent parue chez Ego Comme X en 2004. La lecture de ce manga m'avait alors enchanté, moi qui ne suis pas très versé dans la bande dessinée japonaise au sujet de laquelle je suis longtemps resté cantonné dans mes a priori. C'est donc non sans une certaine curiosité que j'ai entamé ce premier tome rassemblant les nouvelles graphiques de Tsuge parue entre 1967 et 1968. Il faut signaler que l'édition de ses œuvres n'est pas appelée à suivre nécessairement un ordre chronologique, mais qu'elle réunit plutôt les nouvelles par "période", chacun des 7 volumes (4 restant à paraitre) prenant le titre d'une nouvelle en particulier, soit parce qu'elle est caractéristique de la dite période (c'est le cas ici), soit parce celle-ci marque un tournant dans l’œuvre de l'auteur (c'est le cas par exemple du volume 2 intitulé La vis). Cela étant dit, il convient de saluer la qualité exceptionnelle de cette édition. Couverture rigide, épaisse, belle jaquette repliée sur elle-même (ce qui renforce l'impression de solidité du papier), présence d'un signet en tissu incorporé au tranchefil, reliure cousue, papier de qualité... L'objet est très beau et agréable à lire. S'ajoute à cela un appareil critique de qualité, de nombreuses traductions émaillant les pages (même les onomatopées sont traduites) ainsi qu'un petit corpus de notes en fin d'ouvrage fournissant d'utiles précisions culturelles ou sociales sur certains aspects évoqués dans le livre. Merci donc à Cornélius pour ce magnifique travail ! Intéressons-nous à l’œuvre en elle-même maintenant. Exception faite de la deuxième nouvelle de ce volume (Plein soleil) qui m'apparait inexplicablement sans grand intérêt tant graphique que narratif, les histoires qu'il contient sont renversantes... Tout d'abord, le dessin de Tsuge, bien que réalisé il y a plus de 50 ans, apparait encore aujourd'hui d'une modernité impressionnante. Le travail sur les ombres est remarquable par sa simplicité, et le soin apporté aux paysages est tout bonnement estomaquant. La narration quant à elle est ici élevée au rang de science tant elle peut compter sur un découpage dynamique. On est très loin du traditionnel gaufrier, encore très en vogue à l'époque. Et puis ce dessin, simplissime, efficace, immédiatement déchiffrable, ne dévoile que le strict nécessaire, abandonnant volontairement le reste à la pudeur de par la grâce de son trait. Tsuge donne au fil des pages une leçon de dessin magistrale. Le dessin est frais, les visages sont très expressifs, et la composition des cases confine à l'art de l'estampe. La force de ces histoires de trois-fois-rien réside dans la puissance de suggestion de l'auteur. Il faut lire la très métaphorique nouvelle éponyme pour s'en convaincre : arrivé à la dernière case, je n'ai pu m'empêcher de lâcher un "wow !" de sidération. Tour à tour poétiques, drôles, voire burlesques, parfois dramatiques, ces nouvelles nous plongent dans un Japon qui, bien qu'encore fortement empreint de tradition, et sur lequel Tsuge jette un regard d'une infinie tendresse, connait alors une vague de libération des mœurs. La nouvelle intitulée Paysage de bord de mer, traitée un peu à la manière de la Nouvelle Vague, est particulièrement significative de cette tendance. Je suis loin d'être un spécialiste du Japon, un pays dont j'ignore à peu près tout, mais je sais que ce manga m'a ému, entre autre raison parce qu'on éprouve cette sensation de basculement d'un monde à l'autre. Je l'ai dit au début, le manga n'est pas mon truc. A part l'Homme sans talent, je n'avais lu que Quartier Lointain de Jiro Taniguchi, ou peu s'en faut. Désormais, il serait plus juste d'écrire que le manga N'ETAIT PAS mon truc. Là réside le moindre des mérites des Fleurs rouges, une œuvre monumentale, dense et rêveuse. Aussi, pour cette année vingt vingt déjà bien entamée, je me suis concocté un petit programme de rattrapage comprenant la lecture des œuvres d'Asano, Urasawa, Mizuki ou bien encore Mochizuki. On m'aurait dit ça il y a encore six mois, je vous jure que je m'en serais froissé une côte de rire. Comment c'est déjà le truc qu'on dit avec les avis des imbéciles ?...

28/03/2020 (modifier)
Par grogro
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Spirou - L'espoir malgré tout
Spirou - L'espoir malgré tout

Bon, de base, je suis un inconditionnel d'Emile Bravo. Je le suis depuis les premiers tomes des 7 Ours Nains, un régal pour les petits et leur papa. Oui, je le dis : Emile Bravo est un génie ! Mais avant de poursuivre, je précise que je parlerai ici pour les deux tomes de L'espoir Malgré Tout dont je viens tout juste de terminer la lecture. Au commencement, il y a son dessin. Celui-ci s'inscrit parfaitement dans la tradition Ligne Claire, mais avec un petit je-ne-sais-quoi en plus. C'est indéfinissable. Je cherche encore pour tout dire, et je crois que j'aime ce petit mystère. Peut-être la précision du trait, cette capacité à saisir des poses, des attitudes, et toute une foule de détails qui confèrent une profondeur incroyable aux scènes représentées... Et puis il y a le scénario, et là, bravo Bravo ! (ok j'arrête !). C'est touffu. On s'embarque pour une vraie aventure au long court. On a le temps de s'attacher aux personnages, d'en découvrir les humeurs changeantes, de vivre avec eux, tout simplement. Perso, je kiffe bien ça... Emile ne se contente pas de produire "un scénario de Spirou" bien encrer (j'ai dit que j'arrêtais) dans l'esprit des premiers albums, il y incorpore un background historique riche à souhait. Déjà avec la série animée Les Grandes Grandes Vacances, il m'avait bien scotché, mais là, on y est ! Le climat de suspicion, la tension, la schizophrénie ambiante amenant certains personnages à se compromettre, à mentir, à collaborer... Ce qui est parfaitement incarné par le personnage de Fantasio, imbécile heureux, inconséquent et superficiel (mais touchant et drôle), qui va peu à peu retomber sur terre et se trouver bien obligé de regarder la réalité en face avant de finalement "prendre parti". De manière général, les personnages sont multiples, profonds. Ils évoluent au fil de l'histoire et ça, ce qui est même plutôt rare, surtout parce qu'ils sont mis face à des situations complexes comme à la dure réalité. Et là, Emile Bravo n'édulcore (presque) rien. Parmi les nombreuses surprises que réserve la lecture des ces deux premiers tomes, on découvre une petite chose inédite : la sexualité embryonnaire de notre Spirou, déjà intrépide mais encore un brin candide. Quelle petit bonheur de voir ce grand couillon de Fantasio le chambrer sur son statut de puceau !... Cette bande dessinée me fait furieusement regretter de ne pas être prof d'Histoire. Franchement, je la filerais à lire aux gamins sans un soupçon d'hésitation. J'ai pas mal lu sur la Deuxième Guerre Mondiale. Et puis j'ai eu la chance que mon paternel, qui a connu cette époque (il avait 8 ans au début de la guerre), me raconte longuement les anecdotes de son petit village. C'est un sujet que je connais donc plutôt bien. Et bien je suis comblé. Tout ce qui constitue l'horreur d'une situation de guerre et d'occupation est là, ce qui permet d'en appréhender toute les facettes, aussi noires soient-elles, sans avoir la rigidité d'un manuel scolaire. On y apprend beaucoup sur l'Histoire et la nature humaine. L'Espoir Malgré Tout réussit le pari non seulement de redonner corps à un héros quasi légendaire de l'Histoire de la BD, mais de lui servir une assise solide sur un plateau d'argent. J'avais déjà bien aimé Le Journal d'un Ingénu, mais ces deux tomes ont comblé toutes mes attentes et bien d'avantage. La fin du tome 2 m'a carrément laissé le souffle court, et moi qui suis d'ordinaire d'un naturel assez flegmatique, je me surprends à piaffer d'impatience. Aussi, je n'aurai qu'un conseil à vous donner : si vous avez raté cette Bande-dessinée, n'hésitez pas à, si j'ose dire, "prendre le train en marche"...

28/03/2020 (modifier)
Par grogro
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Lucarne
Lucarne

Fraichement lesté du Prix Révélation lors du dernier festival d’Angoulême, le britannique Joe Kessler propose avec Lucarne une expérience graphique radicale qui, à défaut sans doute de faire l’unanimité, vous fera envisager votre organe rétinien sous un jour nouveau. Difficile de raconter Lucarne. Certains y verront une succession de plusieurs nouvelles graphiques, d’autres une aventure abracadabrante, énigmatique, riche en rebondissements… On pourrait tenter de résumer cette œuvre, bien entendu, mais ce serait vain, futile, totalement inutile, parce qu’au delà de la narration, c’est une galaxie inconnue qui s’offre à nos yeux ébahis. Ces histoires semblent en effet n’avoir ni début, ni fin, pas plus que de titre… On passe de l’une à l’autre à l’autre un peu à la manière d’un cadavre-exquis. On s’imprègne de différentes ambiances, charge au lecteur de tisser son propre chemin. Ici, la narration passe essentiellement par des sensations. Qu’importe finalement si l’on saute d’un cauchemar de destruction à un jardin inondé de soleil, si l’on suit une espèce de magicien louche et vaguement inquiétant pour finir sur le pont d’un navire en compagnie de deux amants improbables… L’important ici est de vous égarer dans le dédale de ces histoires à tiroir, d’en inventer chaque interstice. Lucarne est une œuvre profondément polysémique qu’il est périlleux d’aborder comme une BD classique. Joe Kessler ne fait pas dans la facilité, sollicitant abondamment l’intelligence et l’imagination de ses lecteurs. Les mauvaises langues affirmeront sans perdre une dent qu’il n’y a rien à comprendre dans Lucarne. Qu’importe finalement : je répondrai qu’il y a tout à imaginer. Ce « travail » d’imagination est servi par un mélange de techniques admirables, qu’il s’agisse des crayonnés, des « feutrés », de l’usage discret de l’ordinateur… Chaque page semble judicieusement adaptée à son propos, et chaque case est une histoire à elle seule. Les ambiances variées évoquées précédemment sont parfaitement rendues avec une fluidité, une aisance et une simplicité remarquables : les scènes nocturnes, le travail des ombres, Les jeux de lumière, les images déformées par l’eau, les impressions visuelles, les attitudes, les poses des personnages… On ne sait plus où donner des yeux, si bien que l’on finit par ne plus distinguer ce qui relève du dessin ou de la pure sensation. Tout se mélange dans un tourbillon frais et coloré. Ca vibre, ça s’agite, ça bondit et rebondit sans cesse. Le pied ! C’est bien entendu l’utilisation des couleurs qui saute immédiatement aux yeux. De toute évidence, Joe Kessler flirte avec le Psychédélisme, tout autant avec l’Impressionnisme. Ses dessins faussement mal dessinés, avec leurs traits souvent épais et tracés au feutre, vous éclatent littéralement au visage, renvoyant à l’enfance, au plaisir éprouvé à barbouiller de couleurs de larges feuilles blanches. On sent une énergie dévorante et communicative parcourir chaque page. Cette silhouette verte presque phosphorescente est-ce une peau qui frissonne dans la fraîcheur du soir ? Et ces contours flous et grossiers sont-ils les échos d’un rêve obsédant qui s’attarde au réveil ?… Le traitement des cases prend tout son sens au fil de la lecture, ce que ne permet pas un feuilletage rapide. Il n’y a pas de place pour la demi-mesure : ou le lecteur accepte la découverte, ou il repose l’objet avec dédain dans un jugement hâtif et forcément erroné. D’ailleurs, en forçant le trait (ha ha), on peut se hasarder à penser que toute tentative de caractérisation de ce livre serait de fait bancale. Comment résumer une telle expérience ? Car c’est bien d’une expérience dont il s’agit ici, tant graphique que physique. En ce sens, Lucarne m’évoque, toutes proportions gardées, le cinéma russe qui selon moi est peut-être le meilleur cinéma au monde : L’Île de Lounguine, Le Soleil de Sokourov ou bien encore Requiem pour un massacre de Klimov… Tout comme ces quelques films cités à titre d’exemples, Lucarne est une œuvre dense où le fond et la forme sont inextricables. Par le biais même de son trait, on touche à l’intime de son auteur, et pour un peu on pénétrerait son âme. Alors pour terminer cette vague tentative de synthèse, je me contenterai de paraphraser Dante, en te suggérant, ô aventurier qui entrera dans ces pages, d’abandonner ici tout jugement et de commencer à rêver.

27/03/2020 (modifier)
Par AlainM
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Les Pestiférés
Les Pestiférés

J’ai découvert cette BD il y a peu et le moins qu’on puisse dire est qu’elle prend une dimension particulière dans le contexte actuel de pandémie et de confinement. Cette œuvre inachevée de Pagnol a pu être terminée grâce au fait que celui-ci avait raconté la fin à sa femme et c’est grâce à Nicolas Pagnol, petit-fils de Marcel, que la BD a pu être réalisée. La trame de l’histoire se base sur un fait réel : l’épidémie de peste qui sévit à Marseille en 1720 et qui eut des conséquences dramatiques. On y suit les habitants d’un quartier isolé qui tentent de survivre au fléau contre lequel il n’existait aucun remède à l’époque. On y retrouve bien sûr le style de Pagnol avec sa truculence, son anticléricalisme et ses personnages hauts en couleur mais le propos est assez différent de ses autres œuvres car il s’agit ici d’un drame basé sur des événements qui se sont réellement passés et où l’on côtoie sans cesse la mort, ce qui n’empêche pas des touches d’humour à certains moments. L’intrigue est extrêmement bien construite, les motivations de chacun sont très plausibles et les rebondissements nombreux jusqu’à un final inattendu. Vous l’aurez compris : cette BD est un chef d’œuvre qui montre ce qu’était une épidémie au début du XVIIIème siècle. Lecture à conseiller à tous - sauf aux âmes sensibles et stressées par la pandémie actuelle, qui, même si elle est sévère et dramatique pour beaucoup, n’est en rien comparable avec ce qui pouvait se passer à une époque où la médecine était encore embryonnaire.

26/03/2020 (modifier)
Par clem
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Les Enfants de la Résistance
Les Enfants de la Résistance

Cette série est vraiment géniale. Je n'aime pas l'histoire ni la guerre, pourtant j'adore cette BD. J'attends avec impatience le tome 7. J'espère qu'il va bientôt arriver. Merci au jeu du salon du livre qui m'a fait découvrir cette BD extraordinaire. Quand j'ai commencé cette série, j'ai su tout de suite que cette BD était pour moi. C'est ma BD préférée et cela fait déjà un moment. Merci à tout le monde !!!!!!!!!!!!!!

25/03/2020 (modifier)
Couverture de la série Conan le Cimmérien
Conan le Cimmérien

« Ses textes ont forgé les codes de la fantasy. Ses personnages (Conan, Kull, Solomon Kane, Red Sonja, Bran Mak Morn, El Borak, Agnès le noire...) ont marqué des générations de lecteurs. Depuis une quinzaine d’années, Robert E. Howard connaît une véritable résurrection littéraire. Débarrassée des interférences de ceux qui se l’ont appropriée après sa mort, son œuvre fondatrice est désormais accessible dans toute sa force grâce à des éditions respectueuses de son travail. » Patrice Louinet, éminent spécialiste de Robert E. Howard. En 2007 la maison d’édition Bragelonne a entrepris la compilation sous la forme de 3 intégrales des nouvelles de l’écrivain texan sur le barbare le plus connu au monde. Patrice Louinet et d’autres ont effectué un véritable travail d’archéologie littéraire, retraduisant parfois à partir des tapuscrits originaux lorsque ces derniers étaient disponibles. Ayant pour ma part ingurgité les précédentes versions en Livre de Poche lorsque j’étais plus jeune, le héros cimmérien ne m’avait pas laissé une très forte impression, ni même la plume de son créateur, bien que reconnaissant l’immense héritage laissé par ce personnage phare d’un genre que l’on nommera plus tard Heroic Fantasy. Avec ces livres j’ai pu revoir mon jugement et découvrir par la même occasion la plume d’un écrivain à part entière, éloigné de l’image de tâcheron et de fou que les médisants lui ont forgé au fil des décennies. Un bref rappel sur le sujet en question : Conan est né aux États-Unis en 1932, dans le magasine Weird Tales, sous la plume de Robert E. Howard, suicidé en 1936. Il faudra attendre 1968 et sa réédition en ouvrages de poches, aux couvertures signées Frank Frazetta, pour que le succès soit au rendez-vous. Adopté par le comics deux ans plus tard, puis par le cinéma, la télévision, les jeux de plateau…, « Conan » est devenu un mythe qui a rapidement franchit les frontières américaines. Né dans la légendaire Cimmérie, l’imposant guerrier parcourt des contrées sauvages - rencontre d’autres peuples, affronte des créatures maléfiques, lutte contre les tyrans, croise la route de jolies femmes – « pour fouler de ses sandales les trônes constellés de joyaux de la Terre »… ^^ Le projet ambitieux affiché par Glénat est ni plus ni moins que d’adapter sous papier glacé ces fameuses nouvelles originales respectueuses des écrits de leur concepteur. Adapter Conan, le vrai, pas celui qu’on a appelé Conan le Barbare, c’est un rêve de geek qui se réalise aujourd’hui, c’est noël avant l’heure ! Douze nouvelles sont annoncées au calendrier de l’éditeur. Douze dessinateurs accompagnés par un scénariste, ou en solo. Pour déclencher les hostilités l’éditeur cogne fort avec la parution de deux albums la même date, dont le premier est certainement une des histoires les plus connues et appréciées des fans : La Reine de la côte noire (scénario : Jean-David Morvan dessin : Pierre Alary couleur : Sergio Seydas) Autant se l’avouer, dans le tas il y aura des albums que l’on appréciera plus ou moins selon les graphismes ou la teneur de l’histoire. Ici j’avais clairement plus d’appréhension sur le dessin cartoonesque d’Alary que sur le scénario de Morvan qui ne pouvait que difficilement se rater vu le potentiel de la nouvelle. Alors nos deux auteurs sont-ils parvenus à ménager le problème cimmérien de la chèvre, du chou et le loup ? Plusieurs bons points pour Alary : le chara-design de Conan passe, enfin nous nous éloignons de l’image « slip à fourrure » qui lui collait à la teub, le personnage apparaît dans toute sa splendeur. Une gueule quelconque mais un attirail témoignant de sa vie et ses aventures passées : casque du Nordheim, cape d’Ophir, épée d’Aquilonie, etc. En revanche pour Bêlit, ça passe moyen. Comme dans les meilleurs histoires de Conan, ce dernier n'est pas au centre des attentions mais n'est souvent que simple spectateur. Bêlit est ici l'égal du barbare, elle partage l'affiche à ses côtés. Il ne fallait donc pas se louper, à travers elle Howard a écrit le seul personnage féminin un tant soit peu badass de la série. L’écrivain imaginera d’autres héroïnes sexy, strong independant woman, par la suite mais avec Bêlit on peut dire qu’il nageait à contre-courant et qu’il fût un des seuls à mettre en avant une femme guerrière à l’époque. Pour le coup, je trouve qu’elle manque de prestance ici, elle ne parvient à soulever mon enthousiasme. Je me l’imaginais davantage sexy, la peau d’albâtre et touti quanti. Je préfère les versions de Xavier Colette ou Adrian Smith en comparaison. Elle a ici un côté reine de Saba qui pour le coup s’éloigne de l’esprit « 100 % Howard » que cherche pourtant à renvoyer l’éditeur. D'un autre côté, il s'agit aussi d'une adaptation, donc accepter le fait que chaque auteur vienne avec ses idées, son style. Pour le reste Alary compense avec un découpage dynamique et une mise en scène jalonnée d'idées ingénieuses. Certains arrières plans sont riches en détails et font leur effet. Sergio Seydas assure à son tour avec une coloration très chatoyante. Sinon, brillante idée que de commencer le cycle par cette nouvelle qui plante tout de suite le décor et qui permet au lecteur profane de saisir le caractère de Conan : l’histoire s’ouvre sur un meurtre commis par celui-ci qui est pourchassé par des gardes. Il parvient à s’enfuir en forçant le capitaine d’un navire commerçant à le prendre à son bord contre son gré. Les péripéties s’enchaînent entre course-poursuite, massacres, actes de pirateries, sexe, romance, chasse au trésor, terreur dans les bois, l’empreinte horrifique lovecraftienne y est même perceptible. « La nuit dernière, dans une taverne, un capitaine de la garde royale a fait violence à la compagne d'un jeune soldat, et naturellement ce dernier a embroché le capitaine. Mais il semble qu'il existe une satanée loi interdisant de tuer des gardes, aussi le garçon et la fille ont-ils pris la fuite. Le bruit s'étant répandu que l'on m'avait vu en leur compagnie, on m'a donc traîné aujourd'hui devant un tribunal. Un juge m'a demandé où avait fui le garçon. J'ai répondu que, comme c'était un ami, il m'était impossible de le trahir. Le juge s'est mis en colère et m'a tenu un grand discours où il était question de mon devoir envers l'État, la société, et d'autres choses auxquelles je n'ai rien compris, et m'a prié de lui dire où mon ami s'était réfugié. À ce moment, je commençais moi aussi à être furieux, car j'avais clairement expliqué ma position. Mais j'ai ravalé ma colère et j'ai gardé mon calme. Le juge a repris de plus belle, braillant que j'avais fait offense à la cour et que je devais donc être jeté dans un cachot pour y moisir jusqu'à ce que je dénonce mon ami. Comprenant alors qu'ils étaient tous fous, j'ai sorti mon épée et j'ai fendu le crâne du juge en deux. » ^^ Nihiliste, épicurien, une philosophie de vie à la « carpe diem », telle est la conception du monde de cet aventurier à l’irrépressible bougeotte. C’est un condensé du meilleur de Conan qui est ici mis en image et qui constitue une formidable mise en bouche avant d’entamée les hors-d’œuvre. Le Colosse noir (scénario : Vincent Brugeas dessin et couleur : Ronan Toulhoat) Autre temps, autre lieu, et nouvelle équipe donc avec un duo d’auteurs qui a fait ses preuves dans plusieurs genres en s’étant illustré dernièrement dans l’aventure historique de Ira Dei. Logique de penser que ces deux-là étaient programmés pour réaliser une histoire Hyborienne. D’ailleurs si on en juge par le physique du cimmérien, Ronan Toulhoat semble nostalgique de la coupe mulet (déjà avec Tancrède sur Ira Dei…), à moins qu’il ne soit tout simplement fana comme moi de Mel Gibson dans Braveheart ou des héros burnés comme Silvester Stallone dans Rambo III. De bonnes inspirations comme souvent avec cette artiste (La princesse Yasmela serait physiquement inspiré de Gemma Arterton dans Prince of Persia que cela ne m'étonnerai pas ^^. L’histoire n’est clairement pas la plus profonde du cycle, écrite davantage parce que « faut bien manger » on va dire. Néanmoins elle est idéalement destinée à un artiste généreux dans le dynamisme et les scènes d’action car c’est ce vers quoi l’histoire est principalement tournée : du divertissement pur. Malgré la mise en route sympathique, le cœur du récit se situe dans la bataille dont Conan est la clé de voûte qui en décidera l’issue. C’est une histoire que j’apprécie moins car elle fait doublon avec une autre nouvelle, La Citadelle écarlate, qui est autrement plus épique et fantastique à mon sens et dont l’adaptation est aussi à venir. Cependant si on est admirateur du duo Toulhoat / Brugeas, on est forcé d’apprécier cet album qui témoigne encore une fois de la montée en régime de ces deux compagnons de route. R. Toulhoat possède un encrage bien sombre dynamité par une mise en scène très cinématographique, sa mise en couleur est "spéciale", je l'aimais déjà bien sur Ira Dei, tandis que V.Brugeas fait parler sa magie arcanique des dialogues et a bien su poser le personnage (bien que ce ne soit pas son meilleur rôle. La fin est aussi branlante en BD qu'en nouvelle). « Dans ce monde les hommes luttent et souffrent en vain, trouvant du plaisir seulement dans la folie ardente de la bataille; une fois morts, leurs âmes pénètrent dans un royaume gris, nuageux et parcouru de vents glacés, où ils errent sans joie, pour l'éternité. » Conan. Mike Moorcock évoquait l’adaptation BD d’Elric, son cycle majeur par Glénat, comme de la meilleure jamais conçue, les auteurs français ayant parfaitement su capter la tonalité ambiante et la psychologie de l’anti-héros. Je pense, j’imagine, que si Howard était encore de ce monde, il aurait approuvé le bel hommage que lui rendent les auteurs de Glénat. Who knows ? Après tout, Crom s’en moque. Oubliez Schwarzenegger, oubliez Momoa (même s’il incarnait bien mieux le perso que le précédent bodybuildé), oubliez John Milius, oubliez John Buscema et Roy Thomas. Revenons aux fondamentaux, à Robert E. Howard, gardons en tête les illustrations évocatrices de Frank Frazetta et la musique emblématique de Basil Poledouris, et… To Be Continued… https://www.youtube.com/watch?v=EAFtiUoq6TE Au-delà de la rivière noire 5 étoiles (scénario : Mathieu Gabella dessin et couleur : Anthony Jean) Nombre d’amateurs et de spécialistes de Howard considèrent Au-delà de la rivière noire comme la meilleure nouvelle de toute sa carrière. J’ai personnellement une préférence pour quelques autres mais oui, incontestablement cette nouvelle fait partie du top 5 de Conan et de Howard. Si dans un projet d’adaptation l’éditeur choisit de faire appel à Mathieu Gabella, auteur du désormais culte La Licorne, et accompagné au dessin par l’artiste ayant officié sur la même série, Anthony Jean, alors n’en jetez plus. Au-delà de la rivière noire collection Glénat est l’album dont j’attends le plus impatiemment la sortie car il réunit récit d’importance et haletant, en même temps que des graphismes forcément flamboyant. Pour être honnête je ne saurais dire si cette adaptation est fidèle à la nouvelle de l’auteur texan, je l’ai lu il y a quelques temps et ne m’en rappelle plus dans les détails, et… la flemme, quoi. Mais d’après les dires d’un « potonautes », le rôle de Balthus y est ici un peu amoindri alors qu’il avait une position plus héroïque et son propre POV dans la nouvelle. La faute a cette saleté de pagination à 48 planches dont décidément les éditeurs franco-belges n’arriveront jamais à se passer… On pense aussi au cabot Slasher, vite introduit mais vite disparu, dommage. Mais mis à part ce menu détail (à mes yeux), toute la violence, le gore et la terreur que parvenait à renvoyer la nouvelle, exsude sur chacune des planches d’Anthony Jean. Cela n’arrête pas, de la baston et du macabre de bout en bout. Pour moi le contrat est rempli, malgré la limitation des pages, le rythme du récit n’en souffre aucunement, les dialogues sont clairs et le décor est bien planté, on retrouve (ouf!) les punch lines devenues cultes. Est-ce que j’ai dit que graphiquement c’était magistral ? Pour les deux précédents albums je ne voyais pas l’intérêt d’une version noir et blanc. L’encrage d’Alary n’est pas suffisamment prononcé pour faire aimer une version N&B et son dessin passe beaucoup mieux avec de la couleur, tandis que l’album de Toulhoat a clairement été pensé pour être vu en couleur (l’introduction). Là, c’est du très très haut level, je sais pas, les mots me manquent, on se tait et on admire, juste. Une œuvre emblématique qui expose la vision de son auteur sur les limites de la civilisation et qui reprend habilement le spectre américain de la « frontière ». Il y a eu d’autres « Fort Alamo » Fantasy, mais celui-ci est le premier et principal à retenir. « La barbarie est l’état naturel de l’espèce humaine. La civilisation n’est pas naturelle. Elle résulte d’une fantaisie de la vie. Et la barbarie finit toujours par triompher. » Un trappeur anonyme à Conan. La fille du géant du gel 5 étoiles (scénario dessin et couleur : Robin Recht) Crom ! Que cet album est magnifique ! Le grand Mike Moorcock (auteur du cycle d’Elric, également adapté chez Glénat) déclare en préface de l’album « Pour moi, Recht est l’un des meilleurs artistes de bande dessinée français, et l’un des plus intelligents. Sa superbe interprétation de ce qui est la plus simple et la plus pure des histoires de Conan, résiste à ce qui est ironiquement la tentation américaine d’embellir et d’ajouter au personnage jusqu’à ce qu’il en perde sa signification originale. Recht dépasse Howard, en fait. C’est un Conan intense, hors norme, un Conan comme Bob Howard, mort trop tôt, aurait voulu qu’il soit. Le meilleur à ce jour. J’adore ! » ; et je ne suis pas loin de penser comme lui. Sur l’aspect purement visuel je considère Recht comme faisant parti des très grands depuis quelques temps maintenant et cet album est celui de la confirmation. Il nous régale du début à la fin, de l’illustration de couverture au cahier graphique en passant bien sûr à la bd en elle-même, avec des dessins et illustrations en pleine et double page, une composition qui fait très cinématographique, un découpage qui privilégie les grandes cases, son trait, dans la lignée d’un Mathieu Lauffray (qui rend un dessin hommage en fin d’album pour la 1ère édition) est solide et maîtrisé. Le début du récit avec cette bataille qui vire au carnage m’a rappelé dans sa profondeur d’encrage et sa mise en scène le 300 de Frank Miller, avec ce côté « armée en ordre de marche », les cases toutes en longueur, etc. La mise en couleur où l’auteur est assisté par Fabien Blanchot, rien à redire, la couleur rouge des cheveux d’Atali (ou bien est-ce celle du sang qui coule à flot ? ) est prédominante avec celle du blanc immaculé, un vrai contraste, le feu et la glace. N’importe quel Conan est un récit violent, mais jamais comme ici je n’ai ressenti cette fureur qui fait battre le cœur comme celui du héros lorsqu’il est manipulé par la déesse Atali. Comme Conan on est tout simplement ensorcelé et obsédé par cette adaptation. Un exploit étant donné comme le rappelle Patrice Louinet en fin d’ouvrage, que c’est une nouvelle des plus courtes et minces écrite par Howard. Une resucée du mythe d’Apollon et Daphné à la cimmérienne, forcément plus furieuse, sexuelle, érotique, sanglante. Un immanquable de la Fantasy ! La Citadelle écarlate 3 étoiles (scénario : Luc Brunschwig dessins : Étienne Le Roux couleurs : Hubert) Une adaptation très attendue de mon côté pour un résultat qui, sans être à la hauteur des espérances, remplit son office de bon divertissement. Une histoire qui se déroule à vitesse grand V et dont le pitch tient sur un post-it : Conan perd son trône d’Aquilonie suite à une bataille où il a été trahi par ceux qu’il pensait être ses alliés, puis est fait prisonnier par l’infâme sorcier Thoth-Amon dans les geôles de sa citadelle dont il s’échappe avant de reconquérir son bien par la seule voie qu’il connaisse, celle de la force et des crâne qui explosent. J’ai été assez surpris par le style graphique d’Étienne Le Roux que je n’avais plus vu depuis le tome 2 du Serment de l’Ambre, ça remonte… Je ne dirais pas que c’est le moins bon car il y a indubitablement de la qualité, il n’y a qu’à voir cette magnifique illustration de couverture très évocatrice (on a l’habitude de voir Conan prendre la pause au sommet d’un tas fumant de cadavres, là c’est un Conan certes vivant mais acculé par des centaines de lances au sommet d’une même piles de corps), le trait un peu « hachuré » je dirais me fait parfois penser à du Patrick Pion. En fait ce qui me déçoit un petit peu c’est le manque de finition sur la plupart des planches, il n’y a pas ce souci du détail, d’enjoliver le tout avec de superbes arrières-plan ou même de délivrer de grandes cases en double page comme l’a si bien fait Robin Recht au tome précédent. Chacun son style après tout. Le coloriste Hubert s’en tire plutôt pas trop mal mais j’ai trouvé cela un peu palot, il ne parvient pas à transcender le dessin de son collègue. Comme le rappelle en fin d’album Patrice Louinet, c’est un épisode très inspiré par le médiéval historique, et notamment la guerre de Cent Ans, donc le dessinateur a choisi, de même que le scénariste Luc Brunschwig, de nous livrer une conception graphique qui fait presque davantage penser à un récit médiéval qu’à de la fantasy. C’est un parti pris qui se défend. J’ai moins été emballé en revanche par la vision de Le Roux sur les abominations de la citadelle. J’ai toujours en tête, et je ne pense pas être le seul, l’illustration iconique de Frank Frazetta sur cette nouvelle où Conan est enchaîné pieds et poings liés confronté à un serpent géant. Les monstres de l’adaptation Le Roux / Brunschwig ne m’ont pas effrayé, on dirait tantôt un énorme crapaud, tantôt un tigre avec des ailes… je n’ai pas été terrifié du tout. De même que je n’ai pas ressenti l’aspect « Donjons et Dragons » dans ce labyrinthe qui m’avait tellement plu dans la nouvelle. J’ai un petit goût de « meh » dans la bouche. C’est du bon travail sur la forme comme sur le fond mais pour l’instant le meilleur est derrière nous.  « L’épée qui tue le roi coupe les cordes qui maintiennent l’empire » Proverbe aquilonien. Chimères de Fer dans la clarté lunaire 4 étoiles (Adaptation et dessin : Virginie Augustin) Je ne sais pas si c’est l’album le plus réussi visuellement, chacun jugera, mais dans tous les cas le résultat se révèle magnifique. L’album en édition « normale » ne sortira que le 12 juin prochain, donc pour profiter de ce spectacle il fallait se lever tôt pour ne pas se faire chiper l’édition de luxe en noir et blanc sortie elle ce 5 juin. Je dois dire que ce n’est pas plus mal d’avoir exceptionnellement abordé cet épisode par sa version sans couleurs car le travail d’Hubert, déjà présent sur le tome 5, ne m’avait pas spécialement emballé, et la technique d’encrage de Virginie Augustin, qui bosse donc quasiment seule ici, semblait beaucoup promettre. Voici donc Chimères de Fer dans la clarté lunaire : un épisode qu’on qualifiera « d’alimentaire » pour reprendre Patrice Louinet, et qui divise pas mal de monde. Personnellement je l’ai toujours apprécié et cette adaptation ne change pas mon impression et au contraire même la renforce. Ce que j’aimais c’était le décor dépaysant, une île isolée, sauvage, abandonnée, sur laquelle Conan et Olivia dénichent un vieux temple en ruine qui n’inspire rien de bon à la princesse. Il y a un parfum tout à la fois exotique, contemplatif et en même temps inquiétant qui laisse présager du grabuge. Il y a une histoire de dieux, de créatures maudites, un mystérieux gardien de l’île qui ne vous veut pas du bien, une jolie pépée dont on pourra regretter le rôle un peu pot de fleur mais bon… elle est super canon et Virginie Augustin parvient bien à en faire un personnage qui sort de sa condition de femme en détresse quand les rôles s’inversent avec Conan. Graphiquement c’est vraiment trop de la balle ! Ce n’est pas juste beau à mater, il y a de la recherche, des compositions travaillées. J’ai surtout été attentif à l’évolution physique de Conan qui au début du récit à un aspect d’animal acculé, sale, puant, totalement bestial et hostile. Plus tard dans des moments plus intimes et silencieux avec Olivia, son trait se fait plus humain, plus « doux » (ne lui répétez pas que j’ai dit cela ! ), tout en restant reconnaissable. C’est bluffant. Pour tout le reste, les décors, la végétation abondante, les visions cauchemardesques en pleine page, on en prend plein les mirettes. Une très bonne surprise pour moi. Il y a des albums que j’attendais, d’autres que je continue d’attendre ou d’espérer, celui-là je n’en attendais pas grand-chose, j’ai été ravi. Je me procurerai l’édition normale, j’espère que ma bonne impression n’en sera pas amoindrie par le format ou la couleur. Ma vision de la barbarie n’a rien d’idyllique. Pour autant que je sache, c’est un mode de vie terrible, sanglant, féroce et dénué d’amour. Je ne supporte pas que l’on dépeigne le barbare comme s’il était un enfant de la nature, quasi divin et majestueux, doté d’une étrange sagesse et s’exprimant sur un ton cadencé d’un air ampoulé. (Lettre de novembre 1932.) Robert E. Howard – Lettre 11/1932. Les Clous Rouges 3 étoiles (scénario : Régis Hautière dessin et couleur : Didier Cassegrain story board : Olivier Vatine) Probablement l’adaptation sur laquelle il vaut mieux ne pas se foirer sous peine de s’attirer la colère de Crom, Les Clous Rouges demeurant quasi sans conteste le meilleur récit de Conan et de facto la nouvelle la plus connue de son créateur Robert Ervin Howard. Et pourtant, bien que grand aficionados du cimmérien, je n’ai pas pris totalement mon pied à la lecture de cette adaptation du trio Cassegrain / Vatine / Hautière. La faute principalement à une pagination que j’ai trouvé trop courte, le petit format franco-belge de 54 pages m’a paru bien désuet pour cette histoire qui fait pourtant partie des plus longues aventures du barbare. Même en prenant mon temps j’ai dû la parcourir en moins d’une heure. Cela va demander une relecture mais les dialogues me semblaient beaucoup plus riches dans le média d’origine, tandis qu’ici le récit est entrecoupé de silence, on essaie de poser une ambiance mais comme, encore une fois, il n’y a pas beaucoup de pages, on a tendance à ne pas trop s’attarder. De plus je ne suis plus très sûr si les personnages sont tels que les a décrits Howard, je pense notamment à Valéria qui dans la bédé fait figure d’héroïne des temps modernes : indépendantes, avec de la volonté, fortes, débrouillardes. Tandis que dans mes souvenirs, cela reste à vérifier, j’avais garder en image celle d’une énième potiche qu’il faut secourir. Est-ce une amélioration ? Chacun jugera… Les graphismes de Didier Cassegrain restaient la plus grande interrogation car ils allaient me sortir de ma zone de confort habituelle, n’étant pas très demandeur de ce type de dessin où l’artiste passe directement du dessin à la coloration sans phase d’encrage. Et bien, ce ne fut pas désagréable, j’ai même était enjoué par sa mise en page qui fait la place aux grandes cases. Du coup certains décors en jettent un max, Cassegrain m’a beaucoup impressionné sur ce point là. Son autre point fort étant sa mise en couleur, très lumineuse, diversifiée, vraiment agréable à l’œil. En revanche cette jolie mise en couleur m’a paru difficilement en adéquation avec la teneur noire que se donne le récit, je n’ai pas été horrifié ni choqué comme je l’aurai cru. Et puis je ne suis pas fan de sa représentation des personnages que je trouve trop cartoonesque, aux traits bien trop anguleux. Question de goût mais je n’ai pas adhéré. Pour terminer sur une bonne note, l’illustration de couverture pète la classe, on dirait Indiana Jones et le Temple Maudit, j’sais pas…:) Une impression mi-figue mi-raisin en résumé. J’en attendais plus, cela aurait dû être le point d’orgue de la série et finalement cela passe pour un album dans la masse qui ne fait pas grimper le niveau. J’ai quand même bien aimé. Je ne sais pas quelle quantité de violence et d’horreur les lecteurs sont prêts à endurer Robert E. Howard. Erratum : après une courte relecture survolée, je rectifie ce que j'ai pu dire sur Valéria qui n'a absolument d'une potiche, elle est même l'égale de Conan au même titre que pouvait l'être Bêlit, ce qui rajoute du poids à la portée de ce récit d'une très grande maîtrise. Le peuple du Cercle Noir 4 étoiles (scénario : Sylvain Runberg dessin : Jae Kwang Park couleur : Hiroyuki Ooshima assistance : Alessia Nocera et Éloïse De La Maison) J’ai bien aimé cette adaptation. Le style graphique dénote avec ce dont j’ai l’habitude de voir en franco-belge. Jae Kwang Park étant coréen il y a indubitablement une influence manga dans son dessin, ne serait-ce que dans les faciès des personnages, c’est assez indescriptible mais cela fait assez manga, de même que dans les postures, la taille des muscles etc. Yasmina a un côté sexy d’héroïne de shonen et Conan m’a beaucoup fait penser à Broly par exemple, le super saiyan bodybuildé de Dragon Ball Z, de par sa dégaine et son physique. Le rythme des combats et les effets visuels mis en place apportent une sensation fulgurance, ça accélère vitesse grand V, ça bondit dans tous les sens, ça charcute à tour de bras, c’est encore un truc que je retrouve plutôt dans les mangas que dans les comics ou le franco-belge. Après une mise en couleur qui s’est tâtée avec quelques essais infructueux j’ai ouïe dire, l’ultime mise en couleur d’Hiroyuki Ooshima est très satisfaisante, sa technique sublime le dessin de Park qui, bien que très intéressant et changeant, se limite un peu trop a du crayonné (impression complètement subjective de ma part). Il y a donc une superbe alchimie entre les différents intervenants dont il faut également créditer Alessia Nocera et Éloïse De La Maison, mais ne sachant pas trop qui fait quoi… je m’en tiendrai à féliciter le duo asiatique. Je ne vais pas rentrer dans les détails sur la nouvelle en elle-même, Patrice Louinet l’analyse mieux que quiconque en fin d’album à savoir que c’est une histoire plus riche, plus longue, plus complexe que celles auxquelles on a l’habitude. L’adaptation de Sylvain Runberg est très correct, raccourcie en 63 planches, le récit se tient bien. Pour ma part, même si ce n’est pas une de mes nouvelles favorites, je l’ai toujours apprécié et c’était un plaisir de la redécouvrir ici. Un très bon moment de lecture ! - Mais les tribus craignent les Prophètes Noirs et évitent soigneusement cette montagne impie, l'interrompit le gouverneur. - Leur chef, Conan, les craint-il ? demanda-t-elle (Yasmina). - Eh bien, pour ce qui est de cela, marmonna le gouverneur, je doute que ce diable craigne quoi que ce soit. Les mangeurs d’hommes de Zamboula 2 étoiles (dessin, couleur, et scénario : Gess) Comme quoi il vaut toujours mieux se fier au contenu qu’au contenant. Je parle au niveau graphique, car si la couverture n’est vraiment pas top à mon goût, le dessin de Gess m’a plutôt plu. Enfin, une belle couverture c’est plutôt vendeur aussi, hein. Le dessin donc, m’a paru assez agréable dans l’ensemble, surtout surpris par la qualité d’encrage. Dans sa version noir et blanc cela doit être quelque chose ! L’occasion pour moi de découvrir Gess également dont j’en avais entendu beaucoup de bien. Après je n’irai pas jusqu’à le faire rentrer parmi mes favoris, il y a des éléments qui m’ont déplu : Conan a une tronche bizarre, déformée, Zabibi n’est pas belle du tout alors que bon, c’est sensé être son seul « point fort » dans l’intrigue, elle est carrément dégueulasse et anorexique. Sans oublier des dessins aux proportions parfois chelou comme la chambre d’hôtel de Conan qui d’une case à l’autre change de dimension. Mais bon, même si j’ai trouvé le dessin un peu « écrasé », j’ai bien aimé l’ensemble, de même que la mise en couleur qui créé bien l’ambiance. Pour l’histoire, franchement, je m’étonnais déjà que l’adaptation de la nouvelle figure parmi les projets de Glénat, je m’interroge encore sur l’intérêt du truc (autant tout adapter…). Même dépouillée en grande partie de son contenu raciste, l’histoire demeure hyper mauvaise. C’est carrément nul. Patrice Louinet le rappelle en fin d’album, c’est une nouvelle alimentaire, et encore, Howard s’est déjà cassé un peu plus le cul, mais là on sent que la fin de mois devenait difficile et qu’il fallait rentrer de la tune fissa. Voilà, t’as beau viré le contenu le plus honteux pour la postérité de l’écrivain, il reste une série de personnages clichés, caricaturaux, de dialogues disons-le, « merdiques ». Pourtant cela démarrait plutôt pas mal avec cette cité Babylonienne au confins du désert, et cette intrigue à l’auberge rouge (cela me rappelle un passage du tome 2 de Sorcelleries, Livre dont Vous êtes le Héros, où à un moment on est capturé dans sa chambre d’hôtel par un aubergiste cannibale ^^ ). Bon après ça part en live, les scènes d’action sont soporifiques, ça ne rime à rien, Conan ne pense qu’au cul, et on a un méchant d’opérette et une conclusion qui se passe de commentaire. Le genre de nouvelle qu’on préfère oublier à l’image d’un Tintin au Congo d’Hergé. Si le but de la collection est de rendre hommage à Howard, Glénat aurait dû faire l’impasse sur ce texte dont le seul intérêt est qu’il a permis à l’auteur texan d’avoir la couverture du magazine Weird Tales.

02/05/2018 (MAJ le 17/03/2020) (modifier)
Par fool
Note: 5/5
Couverture de la série Le Cirque - Journal d'un dompteur de chaises
Le Cirque - Journal d'un dompteur de chaises

Histoire poétique et onirique, un voyage en douceur dans l’univers du cirque. Les illustrations sont vraiment très belles. BD très inspirante, une vraie bouffée d’oxygène.

03/03/2020 (modifier)