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Les dernier avis (5685 avis)

Par Jetjet
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Dracula (Bess)
Dracula (Bess)

Bram Stoker est probablement l'un des auteurs dont l'oeuvre principale aura subi le plus grand nombre d'adaptations sur tous les médias existants. À l'instar de Mary Shelley et de sa créature de Frankenstein, Dracula aura subi nombre de mutations comme tout personnage mythique et légendaire tombé bien souvent dans le collectif populaire. C'est ainsi que Georges Bess assez familier du genre avec Le Vampire de Bénarès décide à son tour de s'approprier la fameuse créature. S'il est décidé de respecter le matériau d'origine assez fidèlement, l'auteur va tenter de sublimer le récit classique par sa mise en scène et son talent graphique. Et le résultat est plutôt époustouflant... Loin de calquer sur l'école franco-belge classique, on dénote une folle imagination au point de ne jamais se douter de quelle manière seront agencées les pages suivantes... Bien plus proche de l'école comics US des Tales from the crypt ou autres Eerie et d'auteurs comme Bernie Wrightson ou Richard Corben, Georges Bess pose une ambiance gothique aussi macabre que sensuelle par des cadrages, des ambiances incroyables emplies de détail et sublimés par un noir et blanc hypnotique. Découpés en trois gros chapitres, chaque partie développe une ambiance qui lui est unique. Qu'il s'agisse de la visite du château de Dracula où le jeune clerc de notaire traverse un immense labyrinthe hanté et lugubre dans des encrages profonds, d'un Londres victorien et de ses paysages champêtres désincarnés (Aaah la résurrection de Lucy va marquer vos esprits) ou de la traque du comte rappelant les plus belles poursuites de western avec un décor blanc écrasant..... La surprise visuelle est donc totale et contribue grandement à rendre inédit un récit que tout le monde connait sur le bout des doigts. Les personnages sont habilement représentés mais la grande star reste le comte Dracula lui-même. Présent sous de multiples formes ou menaçant même hors champ, il n'est plus la forme romantique détournée de Francis Ford Coppola mais bien l'incarnation du mal.. Une goule tour à tour séduisante, menaçante ou effrayante dont l'aspect Nosferatu est grandement magnifié par le seul talent de Georges Bess. Amateurs de noir et blanc comme de récits horrifiques, ne passez pas à côté de cette pépite unique en son genre et à ranger non loin du merveilleux Dracula d'Hyppolyte.

26/01/2020 (modifier)
Couverture de la série Yoko Tsuno
Yoko Tsuno

Yoko Tsuno est, et restera probablement la bande dessinée la plus importante dans ma vie. Je ne sais pas si j’aurais eu un tel amour pour la bande dessinée si je n’avais pas, enfant, ouvert un de ses albums. Yoko Tsuno, c’est ma madeleine de Proust ; chaque album que j’ouvre fait remonter en moi tous les sentiments qu’ils m’inspiraient à l’époque. Je ne suis absolument pas objective quand il s’agit de cette série, mais pour autant je pense pouvoir affirmer qu’elle a de réelles qualités. En tant que femme, je ne peux qu’apprécier que Roger Leloup ait donné vie à un tel personnage féminin : Yoko est intelligente, maîtrise des technologies et sports en tout genre, elle est jolie mais n’est pas l’archétype de l’héroïne hyper sexualisée. Elle est sûrement trop parfaite, ce qui peut rebuter les lecteurs qui la découvrent adultes, mais ce qui a sans doute contribué à ce que je l’adore étant enfant. Au-delà de ça, Yoko Tsuno ce sont des histoires très bien dessinées, dans des décors documentés d’un incroyable réalisme (je pourrais me perdre des heures dans les planches des albums se déroulant outre-Rhin, ou dans le château de La Proie et l’ombre), des aventures spatiales passionnantes, et surtout des histoires toujours très humaines. J’aime beaucoup également ses voyages dans le temps, même si j’ai l’impression qu’elles ne sont pas toujours très cohérentes. Alors on pourra reprocher à Roger Leloup de vouloir mettre trop de choses dans chaque album, rendant certaines histoires difficilement compréhensibles (en toute honnêteté je n’y comprenais pas grand-chose étant enfant…), mais l’avantage c’est qu’on peut relire plusieurs fois chaque histoire pour y découvrir de nouveaux détails. Il faut aussi avouer que la qualité des albums a tendance à diminuer, les derniers albums étant encore plus incompréhensibles, les personnages entourant Yoko devenant trop nombreux, et le dessin révélant de plus en plus d’imperfections. Voilà, je pourrais parler pendant des heures de Yoko Tsuno, mais ce ne serait pas bien raisonnable sous peine de faire une crise aigüe de nostalgie. Alors je n’ajouterai qu’une chose : merci, merci monsieur Leloup d’avoir donné vie à cette héroïne, vous n’avez pas idée des rêves que vous avez fait germer dans ma tête d’éternelle petite fille, et des émotions à jamais gravées en moi.

25/01/2020 (modifier)
Couverture de la série La Colère de Fantômas
La Colère de Fantômas

Su-bli-me. Je rejoins totalement l'avis précédent de Sloane, sur tous les points. Le graphisme est un mélange d'influences mais terriblement efficace et se fond parfaitement à l'ambiance du scénariste. L'histoire est haletante, oui haletante, jusqu'à la toute fin du troisième tome. Je rapprocherai cette bd de L'Eté Diabolik d'une certaine manière mais dans un tout autre registre. Franchement génial. EDIT : 2 ans après ce commentaire, je remonte ma note à "culte". Oui oui. EDIT : 3 ans après ce commentaire, j'ajoute "coup de coeur". Oui, oui et re oui !

28/02/2016 (MAJ le 25/01/2020) (modifier)
Par sloane
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Azimut
Azimut

Talent, talent, talent Ce n'est pas sans une petite pointe de tristesse qu'à l'occasion de cette fin de cycle et après cinq tomes que nous disons adieu à la magnifique Manie Ganza et toute sa troupe d'olibrius. Ici ou là nous nous sommes plaints de ces séries à rallonge qui en court de route perdaient quelque chose, un petit supplément d'âme ou une baisse de régime dans le scénario ou un dessin qui s'affadissait. Ici il n'en est rien, c'est même presque l'inverse qui se produit. Est-il possible pour des auteurs de hausser le niveau au fur et à mesure de l'avancement d'une histoire ? Généralement c'est parfois l'inverse qui se produit, les choses ronronnent, les personnages tournent en rond et l'on a fait le tour des possibles. Le dessin qui à l'origine provoquait l'admiration ou du moins l'attrait de la nouveauté ne semble plus aussi bon qu'il pouvait y paraître. Jean Baptiste Andreae est un très grand dessinateur, que l'on se souvienne de ses planches dans Terre mécanique, La Confrérie du crabe ou l'exceptionnel MangeCoeur. Que dire pour célébrer un talent et le donner à connaitre au plus grand nombre ? Ce dessinateur possède un trait d'une précision et d'une qualité sans nul autre pareil, ses planches sont une invitation au voyage, truffées de détails elles n'en restent pas moins d'une grande fluidité et s'y l'on semble s'y perdre, il suffit de prendre un peu de recul pour en apprécier toute la beauté et les qualités. Pour qu'un tel talent puisse s'épanouir en toute liberté il faut bien sûr un scénario à la mesure. Et c'est encore W. Lupano qui s'y colle, je dis encore car cela n'aura échappé à personne, l'homme est du genre prolixe. Mais n'en déplaise aux esprits chagrins, dans des genres forts différents il nous livre des prestations bien plus qu'honorables. Qu'est-ce qu'Azimut ? Une réflexion sur les repères qui volent en éclats car le Nord a disparu, le temps et l'immortalité sont donc au centre du propos. Sans doute dans cette série faut-il voir des inspirations multiples, sûrement du Jules Verne mais aussi du Lewis Carroll, version "De l'autre côté du miroir", d'ailleurs Manie Ganza n'est-elle pas une sorte d'Alice faite femme ? Puis pour moi qui suis Nantais tout le travail de messieurs François Delarozière et Pierre Oréfice sur les Machines de l'île et la compagnie Royal de Luxe. Même le Chaplin des Temps modernes est convié. Alors oui l'univers d'Azimut est foisonnant, trop diront certains, mais avouez quel bonheur que ces planches que l'on peut lire et relire avec à chaque fois la possibilité de découvrir un nouveau détail ou une expression d'un personnage. Un univers hallucinant peuplé de personnages qui semblent issus de rêves ou de cauchemars, ah le baron dans sa citadelle flottante. Monde fantasmagorique donc influencé par l'univers steampunk avec des créatures hallucinantes mises en images de façon magistrale dont on aimerait qu'elles existent, jugez en plutôt. La Lurette Horocantèle ou la Dodécazygote. Chaque tome est un véritable régal pour les yeux, c'est un feu d'artifice perpétuel. Au scénario c'est une évidence de dire que Wilfrid Lupano s'en est donné à cœur joie, à chaque planche c'est un festival d'extravagances, d'onirisme, mais aussi un peu de sérieux avec le lapin blanc (encore Alice) qui provoque un dérèglement climatique et pousse sur les routes des cohortes de "réfugelés". Magnifique donc et je gage qu'à l'instar de Pelisse, Manie Ganza restera dans les mémoires des bédéphiles. Grandiose série à tous points de vue, dire si j'attends un deuxième cycle est peu de le dire, je fais entièrement confiance au talent des deux auteurs. Bien évidemment je passe ma note à "Culte" et coup de cœur.

22/02/2014 (MAJ le 22/01/2020) (modifier)
Couverture de la série A la recherche de Thanh perdue
A la recherche de Thanh perdue

Je connaissais Alain Joannis illustrateur, le voici auteur de BD et c'est avec un véritable plaisir que j'ai lu "A la recherche de Thanh Perdue". L'intrigue est originale, bien menée et nous emmène dans plusieurs pays du sud est asiatique que nous découvrons page après page avec délectation. Cette enquête, cette quête d'un amour de jeunesse qui a disparu est bien ficelée, un véritable thriller aux accents asiatiques. Le style du dessin est une ligne claire électronique, hommage à la grande BD franco-belge mais propre à l'oeuvre de Joannis l'artiste. Parfois un peu raide, mais éblouissante de détails, de couleur. Pleine page à la Jacobs, grandes cases descriptives presque documentaires qui nous font découvrir les cités, la campagne, la vie de tous les jours au Laos, en Thaïlande et au Myanmar. On peut rester longtemps à contempler une image, la décrypter, en lire chaque détail, puis se laisser porter par l'histoire à la rencontre des personnages. Du bel ouvrage et une expérience enrichissante.

18/01/2020 (modifier)
Par Erik
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Le Tueur - Affaires d'Etat
Le Tueur - Affaires d'Etat

Voici la première série dérivée du tueur qui est l'une de mes bd préférées. Le tueur revient après plusieurs années d'absence. On nous prévient que les lieux et les enjeux changent. En effet, le tueur a été recruté par la DGSE pour des missions d'élimination. En effet, on sait depuis François Hollande, qui s'en est un peu vanté, qu'un président de la République dispose d'un droit de vie ou de mort sur certains individus peu recommandables. De tous temps, quelque soit le régime (dictature ou démocratie), on a éliminé des individus. Le constat part sur le fait qu'on peut rendre la vie des autres bien pire que la mort qui apparaît alors comme une délivrance. Le tueur est toujours aussi implacable dans sa manière de penser afin de justifier son métier pas comme les autres. On aimerait ou pas l'avoir comme ami... Le changement est radical car il travaille pour l’État. C'est clair que sa paye en a pris un coup. On sait presque tous que les forces de l'ordre ne sont pas très bien rémunérées dans notre pays. Par contre, son cœur d'activité n'a pas changé. Il s'agit de mettre hors d'état de nuire en raison de la sécurité du peuple avec pour préalable que les gens n'ont pas besoin de savoir. C'est mieux ainsi. On apprendra par exemple que la CIA a dit que les assassinats de quelques scientifiques iraniens par les israéliens ont davantage fait dérailler le programme nucléaire d'armement iranien que toutes les sanctions internationales. En effet, si on identifie les individus clefs, ceux sans lesquelles la machine ne fonctionne plus , et qu'on les élimine, alors la machine s'arrête. Plus que jamais, c'est d'actualité. J'adore cette nouvelle façon de penser qui donne également des vérités même si souvent, on essaye de se voiler la face. Cette narration est sans doute l'une des meilleures que j'ai pu lire jusqu'à présent. La notation série culte pourrait apparaître comme un brin exagérée mais elle correspond à ce que j'aime vraiment dans la bande dessinée. Le tueur est une série qui fait du bien. Le départ est assez tonitruant et cela promet, car le tueur a désormais le droit de tuer. Il ne va pas se gêner.

18/01/2020 (modifier)
Par Blue boy
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série In Waves
In Waves

Si le surf lui sert de fil rouge, « In Waves » est d’abord le livre d’un deuil. Comme le précise l’auteur en postface, ll n’est pas « expert en matière de surf », se définissant plutôt comme « amateur enthousiaste, que les grandes figures du surf inspirent ». Et d’évoquer cette obsession en commun « de chevaucher les vagues, ce profond respect pour l’océan, et le cœur brisé. » Un cœur brisé par la mort de sa petite amie. Il n’est donc nullement nécessaire de s’intéresser au surf pour apprécier ce très beau roman (autobio-)graphique, qui du coup nous fait voir cette discipline sous un jour nouveau, loin des clichés faciles sur les beaux gosses un peu benêts passant leur journée à se faire admirer par des meutes de filles éperdues. Nous sommes ici dans un registre très différent, beaucoup plus grave, plus mélancolique aussi. Aj Dungo évoque ici la maladie de sa petite amie Kristen, disparue bien trop tôt après des années de lutte pour rester en vie. Quel rapport entre le surf et la maladie me direz-vous ? On le comprend dès le début du livre, où tous les amis de Kristen se sont réunis sur la côte à l’occasion de son anniversaire pour la voir surfer, alors que celle-ci apparaît déjà passablement affaiblie. L’auteur, qui ne l’avait jamais vue sur une planche, connaissait sa passion pour ce sport qu’elle ne pratiquait presque plus depuis que son cancer avait été diagnostiqué. Aj Dungo va ainsi utiliser la passion de la jeune fille pour construire un récit alternant l’histoire du surf et la descente aux enfers de Kristen. Et contre toute attente, ce parti pris fonctionne formidablement bien, avec un code couleur bichromique pour chaque versant du récit, vert pour raconter l’intimiste, sepia pour évoquer le sport et ses figures. Et les deux narrations, en s’entrecoupant de la sorte, finissent par produire une alchimie inattendue, un rythme harmonieux, régulier et apaisant comme peuvent l’être le bruit des vagues… ce qui contribue sans nul doute à alléger un récit au thème pas forcément très joyeux. L’auteur nous épargne tout pathos inutile, se contentant de nous livrer sa propre expérience, celle d’un amour pur, avec pudeur et sensibilité. Très graphique, le dessin est d’une sobriété exemplaire, avec une ligne épurée où chaque trait est à sa place, sans surcharge, comme une évidence. Un peu comme si la mer avait guidé le crayon d’Aj Dungo, d’une fluidité et d’une douceur infinie, même si l’on peut imaginer la tempête qui a précédé… Et quand arrivent les dernières pages, on se dit que l’auteur n’a pu concevoir cette œuvre tout seul, et que la personne qui l’a aidé vit forcément en lui… comme une évidence. « In Waves » parvient ainsi à nous toucher au plus profond de nous-mêmes. L’histoire de Kristen, cette jeune fille profondément amoureuse de la vie, frappée injustement par une maladie qui « se jouait d’elle », nous brise le cœur à nous aussi. Elle constitue un exemple admirable de courage pour chacun et une leçon pour tous les bien-portants grognons centrés sur leur petite personne. Loin d’être une vague bluette, « In Waves » nous submerge telle une vague émotionnelle puissante, nous rendant à la fois plus humble et plus fort, plus proche de l’essentiel.

12/01/2020 (modifier)
Par gruizzli
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Valérian
Valérian

L'année 2019 s'est conclue, pour moi, par l'un des plus importants achats que j'avais en tête : l'intégrale des albums deValérian (en occasion, parce que faut pas déconner vu le prix), et la lecture de cette BD rangée à chaque fois dans les immanquables des collections de Science-fiction a constitué un bon point d'orgue à toute les découvertes BD de cette année maintenant révolue. Quand j'entends parler deValérian et Laureline, c'est toujours pour mentionner l'importance de cette série dans le paysage de la bande-dessinée, et souligner à quel point elle influença la science-fiction dans le monde entier (sans exagérer du tout, en plus). Autant dire que j'en avais quelques attentes pour le coup, surtout que les seuls échos que j'en avais eus étaient la lecture de deux albums au lycée (dans ces fameux CDI qui jugent malin de prendre un album au début, un à la fin et de ne jamais compléter ces séries, mais passons). Je suis donc venue à cette série avec un œil presque neuf et une attente à un certain niveau tout de même. Et la lecture fut ... dépaysante, rafraîchissante, enrichissante et merveilleuse. Surtout merveilleuse. Je comprends maintenant pourquoi tant de gens s'extasient sur cette série, qui est effectivement une perle, un immanquable et une série fondatrice de bien des choses, probablement l'une des plus inspirantes pour la science-fiction actuelle (et on ne reparlera pas des repompages sans vergogne qu'on peut repérer avec le temps). J'ai eu l'énorme chance d'avoir la collection récente, dans laquelle Christin et Mézières reviennent sur tous leurs albums avec des commentaires en fin d'album, ainsi que des petites précisions ou des remarques sur ce qu'ils ont fait. Et l'ensemble donne encore une autre dimension à cette série qui est définitivement culte. Essayer d'en parler sans en faire des caisses sera difficile, et je m'en excuse donc d'avance auprès des malheureux qui essayent encore de lire mes avis à rallonge. Le premier point sur lequel je veux immédiatement donner mon avis, avant que les personnes ne soient saoulées des pavés de texte, est le commentaire que j'ai souvent lu : les premiers albums sont mieux que les suivants (avec un tournant marqué pour certains aux alentours de l'album 12). Je m'inscris personnellement en faux contre cet avis, ayant tout autant apprécié les albums d'après. Le fait que j'ai pu lire toute la série en un bloc sans avoir d'attente ou d'imaginaire de cet univers à sans doute influé, j'en suis conscient. Mais je reconnais que la série change de ton à partir du diptyque 11-12, passant à un ton plus sombre et plus sérieux dans le fond. Mais c'est ce que j'apprécie dans la série des Valérian et Laureline : elle représente d'une très belle façon l'évolution de la mentalité de son époque, entre les premiers albums des années 70 aux derniers des années 2000, les albums reflètent l'état d'esprit de leur époque, tout autant que le point de vue de leurs auteurs sur le monde. Et j'ai adoré la façon dont ils assument les changements de ton, de registre voire même l'introduction de problématiques totalement dans l'air du temps au sein de leurs albums. Et je peux commencer à aborder la longue liste de ce qui m'a plu dans le récit. Pour commencer, le fait que les scénarios de Christin développent à chaque fois un autre thème, toujours dans l'actualité du moment (crise pétrolière, reprise des guerres, ambition politique, conflit culturels, exploitations des individus, marché des ressources rares ...) mais avec un ton assez mature et complet, ne versant pas dans le manichéisme primaire pas plus que dans le traité politique. On navigue avec nos personnages dans des réalités parfois complexes à aborder mais toujours vues d'un point de vue humain. Et c'est agréable de voir des auteurs autant parler de politique (et caricaturer les propos politiques avec une certaine justesse d'ailleurs) mais sans jamais verser dans le discours idéologique et rester dans une volonté narrative pure. Christin ne se prive pas de caricaturer les idéaux de la guerre froide, les pensées émergentes dans les années 90 ou les courants économiques se développant, mais sans jamais prendre parti pour un camp. Et c'est appréciable, car à l'image de ce que Peyo faisait dans certains albums des Schtroumpfs, on se contente de regarder d'un œil extérieur les milles et une façons dont le monde peut mal se dérouler, sans pour autant devenir moralisateur ou prétendre apporter une vérité universelle. Quand on parle de politique de cette façon, j'aime beaucoup ! Puisqu'on est sur les scénarios, je suis aussi ravi de la façon dont l'auteur mène ceux-ci d'une façon toujours classique, presque convenue, mais avec des surprises, des moments de tensions, du drame et également des moments de beauté, de l'amour et du sentiment. Bien sûr, le couple Laureline/Valérian est au centre de tout ceci, mais les personnages annexes ne sont pas en reste, et je trouve que Christin réussit plus d'une fois à rendre des émotions palpable au fur et à mesure des albums. Et puisqu'il faut bien en parler ... Les personnages. Valérian et Laureline, ce sont deux protagonistes que je range maintenant dans mon panthéon personnel de personnages de BD (oui, j'ai un panthéon personnel de personnage de BD), tant l'auteur à su les rendre attachants, humains et tangibles. Ce sont deux personnages amoureux, aventureux et droits, toujours au cœur de l'action mais sachant être également avoir de vrais personnalités. Bien sûr, je ne peux pas être insensible à Laureline, véritable héroïne de la BD (prenant souvent le pas sur Valérian d'ailleurs, ce que les auteurs reconnaissent), rejoignant ces fameuses héroïnes de SF qui peuplent l'imaginaire des nouvelles générations. Laureline c'est la femme qui s'assume, qui agit et dotée d'un sale caractère mais d'une frimousse adorable. Elle est le moteur de la plupart des histoires, mais présente bien des facettes tout au long des albums. Je crois que si elle marque autant les esprits après lecture, c'est que les auteurs ont réellement réussi leur travail de rendre les personnages réels et attachants. Mais sans dire plus que nécessaire sur ce personnage déjà bien étudié, je dois aussi dire queValérian est un protagoniste que j'apprécie beaucoup dans sa construction. Et le genre de personnage masculin qui fait plaisir à lire à l'heure des remises en causes des clichés de genre. Valérian, c'est un homme d'action, l'agent spatio-temporel beau gosse qui aime l'action et avoue ne pas savoir faire autre chose. Et ce personnage est attachant par bien des côtés : l'épisode dépressif où il se retrouve à trahir son couple, mais aussi les moments après l'épisode 12 où Valérian se retrouve sans but dans sa vie sont magnifiques. Aujourd'hui commencent à sortir les concepts de masculinité toxique et de héros trop virils que l'on sert aux petits garçons. Et Valérian est le genre qui va à l'encontre de tout ces clichés virilistes : faillible et parfois à la ramasse, sans but dès lors qu'il ne peut plus être l'agent qu'il était, parfois réduit à faire des actions moralement discutable par sens du devoir, il met également à mal le cliché de l'homme support du couple (en même temps avec Laureline il a de quoi rivaliser). A cet égard, l'album "Les armes vivantes" m'a enchanté par le fait queValérian se croit obligé d'être celui qui gagne de l'argent et leur permet de survivre, allant jusqu'à faire de la contrebande -contre ses principes- au lieu d'avouer son impuissance et de dialoguer. Le personnage est d'une justesse touchante plus d'une fois, surtout lorsqu'on aime les héros qui sortent des sentiers battus. Et là où l'auteur fait fort, c'est que cette image est toujours associé au héros bourrin, sautant dans le tas et agissant parce qu'il est trop fort dans l'action. Ça c'est ce que j'appelle de la caractérisation de personnage ! Je parle de Christin et de son magnifique travail depuis tout à l'heure, mais si je commence à parler de Mézières, j'en aurais pour encore plus long. Comment, comment résumer l'immense travail du dessinateur deValérian à quelques mots ! Comment parler de ces paysages, ces personnages, ces visuels, ces vaisseaux, ces décors sans aller chercher les adjectifs les plus élogieux dans un dictionnaire des synonymes ? Je ne peux vraiment pas dire à quel point, alors que j'ai découvert cette BD en 2019 à l'âge de 27 ans, j'ai été émerveillé de l'inventivité de ce dessinateur. La multiplicité des personnages extra-terrestre à de quoi faire rougir n'importe quel Star Wars, les décors sont d'une richesse et d'une variété qui étonne à chaque volume, et je ne parle pas de tout ce qui fait 'Science-fiction', tel les vaisseaux, les structures, les armes ... Et bien sûr, les caricatures ! Je suis encore à rire de la façon dont il a représenté les protagonistes de l'album "Les héros de l'équinoxe" qui est d'une inventivité magistrale alors qu'on reconnait sans peine les caricatures que l'auteur voulait. Bien sûr, lorsque l'on pense aux visuels, on peut noter que bon nombre de leurs idées furent reprises dans des films (hein, Georges Lucas ?) et que c'est encore une source d'inspirations d’œuvres qui sortent récemment (sans aller à crier au plagiat, je suis pratiquement certain que Cameron à lu la BD avant de faire son Avatar. Pratiquement !). Mézières a réussi à faire, de plus, une œuvre cohérente avec des albums étalés sur près de quarante ans, foisonnant de détails et d'idées géniales. D'un album à l'autre, l'on reconnait les personnages, les extra-terrestres, les lieux ou les décors. Si vraiment il fallait le dire, Mézières est un auteur au talent certain. Tout ceci étant dit, je n'ai pas souligné un point négatif à mes yeux, mais que je comprends et qui ne rentre pas en ligne de compte pour moi : les derniers albums sont un gros cran en-dessous du reste. L'Ordre des pierres et L'Ouvretemps sont bien dispensables, avec un scénario qui s'éloigne de ce qui avait été fait et une conclusion facile et loin de la finesse à laquelle les auteurs nous avaient habitués. Mais alors pourquoi dis-je que ce défaut est négligeable ? C'est tout simplement parce que je comprends la volonté des auteurs avec ces deux albums : clôturer de manière définitive la série, en empêchant toute récupération future des personnages ou de l'univers, refaire un tour d'horizon des personnages et lieux marquants de la série, mais aussi apporter un final à cette série. Et c'est un point que je comprends, surtout pour une série aussi étalé dans le temps : les auteurs ont tenus à finir leur série, la conclure réellement, sans possibilité de retour en arrière. Ce n'est pas la meilleure fin, mais je comprends que les auteurs en avaient envie. Le tome 21 fermé, il n'est plus possible de revenir en arrière, la saga deValérian et Laureline est maintenant finie. Qu'on soit d'accord ou pas avec, on ne peut le nier. J'en suis à bien trop de lignes, et je n'ai pas dit la moitié de ce que j'aurais à dire sur cette BD. De la découvrir si tard, de pouvoir apprécier tout les messages sous-entendus ou explicites de l’ouvre, de découvrir les précisions que les auteurs ont ajoutés aux albums m'a permis de pleinement apprécier cette saga qui est un monstre sacré de la Bande-dessinée. En la lisant, je me suis rendu compte à quel point ce fut marquant dans le paysage de la SF, rien que par le nombre d'emprunt que d'autres œuvres ont fait à Valérian et Laureline. Avec moins de trente albums étalés sur plus de quarante ans, le duo d'auteurs aura définitivement marqué le monde de la SF, et m'aura fait rêver encore aujourd'hui. Et la quantité de personnes avec qui j'en parle me confirme que cette BD n'est pas à ranger dans la série des "BD a papa", mais bel et bien dans le très fermé cercle des "BD intemporelles". Mon avis a été bien trop long pour simplement dire que cette BD est à mon humble avis un immanquable, mais lorsque c'est à ce point, je dois laisser aller ma logorrhée et tout balancer. Parce que c'est le genre de BD que j'estime plus qu'importante : indispensable.

07/01/2020 (modifier)
Par Josq
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Watchmen
Watchmen

Face à l'ampleur du monument, je n'ai pas pu me résoudre à rédiger un avis traditionnel, qui n'aurait répété que de manière maladroite ce qui a déjà été dit avant. Avec le texte un peu particulier ci-dessous, j'ai voulu rendre hommage à ma manière aux immenses artistes qui sont derrière ce chef-d'oeuvre, de façon un peu différente de d'habitude. J'espère que ça vous plaira quand même... :) J’ai vu… J’ai vu des faucons tomber des nuées célestes. J’ai vu des étoiles se décrocher de la voûte infinie qui les portait. J’ai vu la gloire fanée d’hommes qui se croyaient immarcescibles. J’ai vu la gloire immarcescible d’hommes qui se savaient fanés. J’ai vu des hommes sans lois, des hommes sans Dieu, des hommes vides. Un monde vide. Rempli d’atomes, mais vide. Rempli de feu, de haine, de désespérance. Rempli de néant. Et au milieu du chaos, j’ai vu des hommes se lever. Des hommes, des femmes, qui croyaient. Ils croyaient en la justice. Ils croyaient en l’humanité. Ils voulaient la défendre. Ils voulaient la garder. J’ai vu les Gardiens. J’ai vu le Comédien. Violent, cynique, inhumain. Mais rattrapé par son humanité. « Je préfère avoir des remords que des regrets » disait Lord Henry dans Le Portrait de Dorian Gray. Pour le Comédien, c’est faux. Les remords le rongent, le dévorent de l’intérieur. Les remords vont l’assassiner. Les remords étouffent sa dernière lueur de rédemption. J’ai vu le tout-puissant Docteur Manhattan. Plus qu’un homme, moins qu’un dieu. Un titan capable de transformer le monde. Un surhomme capable de lire le temps. Un homme incapable de le modifier… La logique pure. Un petit conglomérat d’atomes errant dans un vaste conglomérat d’atomes. Plus d’émotions, plus d’humanité. Existe-t-il encore une âme au fond de ce puits de connaissance infini dénué de sentiments ? J’ai vu la douce Laurie au nom imprononçable, et sa mère, l’irrésistible Sally. Deux îlots de douceur dans ce monde de brutes. Deux femmes, si faibles et si fortes. L’intégrité au milieu de la corruption. Les colombes au milieu des crapauds. Et la bave leur coule dessus sans jamais les atteindre… Elles doutent, mais elles savent. Elles savent qui elles sont. Elles savent qui sont les Minutemen, qui sont les Watchmen. Imparfaits, mais nécessaires. Et elles se battent. J’ai vu le Hibou. Deux hommes, une seule identité. Le combattant, le combattif Hollis Mason. Piètre enquêteur, héros courageux, sincère et loyal. Et son successeur, l’inventif Dan Dreiberg. Fin, cultivé, et fragile. Porté par l’amour de Laurie, tiraillé par la menace du Docteur, cherchant sa place dans un monde auquel il n’appartient plus, dans un monde qui ne veut plus de lui. Fidèle à ses amitiés d’antan. J’ai vu Rorschach. J’ai vu Walter Joseph Kovacs. Un homme, deux identités. Laconique. Enquêteur doué. Homme brisé. Ne dit que le nécessaire. N’hésite pas à torturer. La recherche de justice permet tout. Il ira jusqu’au bout. Pour elle. Un monde sans justice n’est plus un monde. C’est un bourbier. Où se débattent des crapauds pustuleux. Tant que le crime existe, Rorschach sera là. Pas de compromission avec le mal. Le dernier crime sur Terre sera son assassinat. Et pourtant, sa voix s’apprête à résonner d’outre-tombe. Il était la vérité masquée. Mais personne ne masque la vérité indéfiniment. J’ai vu le grand, le somptueux, le magnifique Ozymandias. L’homme le plus intelligent du monde. Mais cette intelligence servira-t-elle à sauver l’humanité ? Oui. Non. Peut-être… Qui peut le dire ? C’est la question terrible qu’il nous pose, qui nous pèse sur les épaules après le grand final. Dilemme cornélien, hésitation tragique, eschylienne. Il connaît ses classiques. Moore aussi. Nous aussi. J’ai vu ces héraults de la Justice. J’ai vu ces héros désabusés. Comment faire régner la Justice dans un monde qui n’en veut plus ? J’ai lu une immense œuvre littéraire, d’une puissance inégalée, car inégalable. J’ai vu des dessins d’une qualité graphique phénoménale. J’ai vu un grand auteur à l’œuvre. Ses mots se croisaient, s’entremêlaient, formaient des lignes mouvantes, qui dessinaient en une danse intense et formidable le portrait d’un auteur exceptionnel, d’un artiste. Homme haïssable (selon moi), conteur admirable, Alan Moore a atteint un rare niveau de perfection. Il sait donner à chaque mot sa puissance, il sait narrer chaque péripétie avec un art consommé. J’ai vu les traits d’un artiste génial surgir du trait d’un simple crayon. L’immense Dave Gibbons, qui, en disparaissant totalement derrière ses personnages, se montre lui-même. Oui, le but de l’art est de cacher l’artiste. Mais pour qui sait regarder, il est impossible de ne pas voir. De ne pas voir l’homme qui, inlassablement, a dessiné avec une précision inconcevable ces centaines de planches qui nous émerveillent… J’ai vu… Et j’ai été vaincu. J’ai été vaincu par le génie sans failles de Moore et de Gibbons. Ce génie de la mise en scène et de la narration. Comment ne pas se laisser vaincre par la magnificence de ces cases, de ces cadrages millimétrés, de ces pages réfléchies qui, toutes, ont quelque chose à nous dire ? Comment ne pas être ébloui par un tel sommet d’intelligence et de créativité ? J’ai vu tant de choses que nous, humains, ne pourrions imaginer… Toutes ces choses que Moore et Gibbons ont imaginé pour nous, et nous ont donné à voir. J’ai vu la condition humaine, dans toute son horreur. J’ai vu le feu et le sang. J’ai vu l’Homme. L’Homme sans Dieu. L’Homme-Dieu. L’Homme-Diable… Non, il n’est rien en l’Homme qui soit grand par lui-même. La grandeur humaine mène au néant. S’il n’a foi qu’en lui, l’Homme n’est qu’un puissant destructeur. Grande et terrible leçon que deux artistes hors du commun ont mis en images pour nous. J’ai vu la loi à l’œuvre. Loi des hommes, pour les hommes, par les hommes. L’arbitraire sculpté dans le marbre. L’injustice érigée en justice. Mais là-bas, loin, « deux immenses jambes de pierre dépourvues de buste se dressent dans le désert. Près d’elles, sur le sable, gît un visage brisé. […] A côté, rien ne demeure. Autour des ruines de cette colossale épave, infinis et nus, les sables monotones et solitaires s’étendent au loin. » Ainsi de la loi des hommes. Tout est périssable, sur cette pauvre Terre. Rien n’est éternel. Rien de terrestre. Rien d’humain. J’ai vu. J’ai vu les Gardiens à l’œuvre. J’ai vu le chaos à l’œuvre. J’ai vu des fourmis bâtir des cathédrales. J’ai vu des éléphants les écraser. J’ai vu des Gardiens lutter contre le chaos. J’ai vu des Gardiens lutter pour le chaos. Qui garde les Gardiens ? Qui les garde d’eux-mêmes ? Oui, désormais, qui garde les Gardiens ? Qui les garde en vie ? Pour maintenant, et pour toujours ? Qui, si ce n’est nous ?

06/01/2020 (modifier)
Par r0ud0ud0u
Note: 5/5
Couverture de la série Le Prince de la Nuit
Le Prince de la Nuit

Très bonne série, quête pour tuer un vampire sur plusieurs siècles. Ce, par le biais d'un héritage plutôt spécial transmis de génération en génération, l'auteur nous tient en haleine d'album en album. En partant du moyen-âge, on navigue de génération en génération, jusqu'à l'affrontement final. Un coup de crayon superbe, des châteaux médiévaux dessinés d'une main de maître. Je reste admiratif de ce travail titanesque pour faire vivre la pierre. Un vrai plaisir pour les yeux, d'autant que le scénario est du très très bon.

05/01/2020 (modifier)