L’apothéose du combat naval traditionnel tout en étant son chant du cygne
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Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre, constituant le deuxième de cette série sur les batailles navales. Son édition originale date de 2017. Il a été réalisé par Jean-Yves Delitte, peintre officiel de la Marine, membre titulaire de l’académie des Arts & Sciences de la Mer, pour le scénario et les dessins, par Douchka Delitte pour les couleurs. Il comprend quarante-six pages de bande dessinée. Il se termine par un dossier historique de huit pages, rédigé par le scénariste, agrémenté de documents visuels comprenant sept chapitres et un glossaire. Les différentes parties portent les titres suivants : Un duel d’artillerie Le cuirassé, Le croiseur, Le torpilleur, L’U-boot, La vitesse ou le blindage, La controverse.
Il y a quelques semaines, le monde était en paix… Il y a quelques jours encore, l’étrave du SMS Masdeburg fendait les eaux… Il y a quelques heures seulement, le fier navire de la Kaiserliche Marine s’était malencontreusement échoué sur un banc de sable à moins d’un mille nautique d’Odensholm, une île russe !… Il y a moins d’une heure, hélas, l’artillerie russe ouvrait le feu ! Et là, maintenant, ce 26 août 1914 à 12h47, le croiseur allemand n’est plus qu’une épave. Une petite vedette russe portant quatre hommes à son bord gagne l’épave. L’un d’entre eux est un agent du service du renseignement britannique qui vient inspecter les différentes salles, à la recherche de documents révélateurs. Il trouve effectivement des papiers à terre.
En Allemagne, à Wilhelmshaven, en février 1916, le général Von Molkte se rend à l’état-major de la Hochseeflotte de la Kaiserliche Marine : il est reçu par deux amiraux. Il a reçu des ordres du Kaiser qu’il doit leur transmettre. L’un de ses interlocuteurs les devine sans peine : Guillaume a le rêve d’écraser la marine anglaise. Il fait observer que le général a dû apercevoir en arrivant, dans l’arsenal, que leur beau croiseur de bataille, le SMS Seyplitz, est toujours en cale sèche pour réparation, c’est le triste résultat de la dernière confrontation avec les Anglais dans le Dogger Bank, un haut-fond sableux en mer du Nord. Il continue : Depuis que leur empereur s’est laissé séduire par Von Triptz et son plan de modernisation de leur flotte, il croit possible de battre la Royal Navy. L’autre amiral ajoute que le Kaiser oublie qu’à un de leurs vaisseaux de ligne, les Anglais leur en opposent trois. Von Molkte conclut en répétant qu’il a reçu un plan de bataille, il leur permettre de prendre l’ascendant sur la Royal Navy. Une semaine plus tard, sur une petite route de campagne du West Sussex en Angleterre le commandant Thomas Parry Bonham conduit sa voiture, avec son épouse à ses côtés. Il se dirige vers le port où l’attend son navire : le Black Prince. Sa femme lui dit que le temps s’écoule bien trop vite : il est à peine rentré de mission que déjà il la quitte, et elle ne lui dit pas ce que leurs enfants pensent de tout cela ! Il répond qu’il est marin et officier dans la Royal Navy : il ne fait que son devoir.
Après Trafalgar (2017, dessiné par Denis Béchu) l’une des plus célèbre bataille navale de l’histoire, l’auteur passe de 1805 en 1916, des navires en bois et à voiles, à des navires de type cuirassé avec blindage et chaudières. La première opposait trente-trois vaisseaux de lignes, cinq frégates et trois bricks, soit 25.000 hommes côté Français, à vingt-sept vaisseaux de lignes, quatre frégates, une goélette et un cotre, soit 18.500 hommes côté Britanniques. Celle-ci oppose cent-quarante-neuf bâtiments britanniques (dreadnoughts, croiseurs de bataille, croiseurs cuirassés, croiseurs légers, destroyers), à quatre-vingt-dix-neuf navires allemands (dreadnoughts, croiseurs de bataille, pré-dreadnoughts, croiseurs légers, torpilleurs) et dura deux heures. Les pertes humaines furent de 6.094 morts côté britannique, et 2.551 morts côté allemand. Le déroulement du récit met en scène les difficultés techniques pour viser et atteindre les navires ennemis avec les canons obusiers. Le dossier historique développe plusieurs points présents dans le récit. Le premier chapitre évoque la bataille de Tsushima (2017, Delittte & Baigera), première grande confrontation navale de l’ère moderne, et estimant que la bataille de Jutland fut le dernier duel d’artillerie dans l’histoire de la marine. Il l’inscrit donc ainsi dans l’histoire des batailles navales, aussi bien techniquement, que dans les évolutions des règles d’affrontement provoquées par cette nouvelle génération de bâtiments.
Ce dossier expose également que plus de 20.000 coups de canon ont été tirés et ont engendré une pluie supérieure à 6 millions de kilos d’acier et d’explosif. Il présente ensuite les caractéristiques de ces nouveaux navires de guerre pour lesquels : La vapeur et l’acier ont supplanté la voile et le bois, une mutation imposée par les révolutions industrielles et de nouvelles techniques dans l’armement : le cuirassé, le croiseur, le torpilleur, l’U-Boot, même si ce dernier n’a pas joué de rôle dans cette bataille. L’auteur a consacré un tome de la série à ces sous-marins : U-9 (2025) avec Philippe Adamov & Fabio Pezzi. Comme il le fait pour chaque tome de la série, le scénariste entremêle des informations historiques sur la situation de guerre entre les états concernés, des informations sur leur marine respective, et l’histoire de marins, simples soldats ou gradés. Pour cette série, le scénariste a pris l’habitude d’exposer les faits à partir de plusieurs points de vue, en particulier celui des deux belligérants par le biais d’un marin ou d’un officier de chaque bord, et de raconter la bataille en elle-même, en lui accordant un nombre de pages variables.
Pour la bataille du Jutland, l’auteur consacre dix-sept pages aux combats ce qui est assez élevé en comparaison d’autres tomes de la série. L’horizon d’attente du lecteur s’en trouve comblé. Tout commence avec deux marins allemands voyant apparaître les colonnes de fumée des chaudières au loin à l’horizon dans une case de la largeur de la page, et réalisant qu’il s’agit des Anglais. Dès la page suivante, un canon crache un obus, avec l’effet de flamme et de fumée attendu. Puis survient une illustration en double page montrant un cuirassé allemand ballotté par la mer et entouré de gerbes générées par les obus, au point que son hélice et son axe soient apparents, le tout sous un ciel gris plombé, ce qui correspond bien au climat de cette région du monde. La planche trente-cinq est composée de quatre cases de la largeur de la page, montrant différentes phases d’un navire en train de sombrer, dans un plan fixe, avec la fumée noire de l’incendie qui dépasse de la bordure supérieure de la case du haut. Dans les deux pages, le lecteur découvre un navire allemand littéralement brisé en deux en son milieu par un obus, un spectacle terrifiant par la violence de la destruction, et par son ampleur. Pire encore les marins morts s’enfonçant dans l’eau sans un bruit, sans un mouvement.
Comme à son habitude, le dessinateur réalise des traits de contour précis, pour des dessins dans une veine descriptive et réaliste, s’appuyant sur une documentation et des recherches solides. Le lecteur peut avoir tout confiance en lui pour l’authenticité aussi bien des uniformes militaires, que des caractéristiques techniques des bâtiments militaires. Il nourrit les formes détourées avec des petits traits secs et acérés, et des aplats de noir aux formes torturées, qui produisent un effet de réalité dure, sévère et abrasive, en totale cohérence avec la nature d’un récit de guerre. Les êtres humains présentent une apparence tout aussi sérieuse, et souvent burinée, des individus déjà marqués par les épreuves de la vie et les souffrances des époques de conflit. En donnant à voir des faits survenant avant la bataille et parfois dans des lieux éloignées, l’artiste montre des éléments diversifiés et parfois inattendus au lecteur : deux mécaniciens en train de travailler sur un axe d’hélice en cale sèche à Wilhelmshaven, une voiture décapotable roulant sur une route de campagne dans le Sussex, un tout jeune homme jouant avec un avion modèle réduit en pleine campagne dans la Moselle allemande, un hydravion français survolant la flotte britannique à Scapa Flow, les canons de défense anti-aérienne sur une côte du Sussex.
Fait exceptionnel, ce tome de la série met en scène des femmes, le temps de deux pages chacune, l’épouse de l’officier Thomas P. Bonham (1873-1919), et la mère du matelot Éric / Erik. Il est également question du temps que les militaires passent loin, séparés de leur épouse et de leur famille. Comme à son habitude également, l’auteur évoque en creux d’autres paramètres du conflit : les ordres donnés par un empereur (en l’occurrence Guillaume II) et qui s’imposent à toutes son armée leur dictant ainsi leur vie et leur destin, l’incidence de l’absence d’un époux dans son foyer (un divorce), les allégeances difficiles pour les habitants d’une région conquise (Le jeune Éric citoyen de la Moselle allemande), la fiabilité technique des vaisseaux dont dépendent la vie des marins (en l’occurrence les chaudières), etc. S’il y prête attention, le lecteur dispose ainsi d’éléments de contexte, certains d’ordre sociaux.
Cette collection promet de raconter une bataille navale, différente dans chaque tome, dans un format concis, quarante-six pages de bande dessinée, avec un dossier historique développant plus avant certains aspects. La narration visuelle de ce tome s’avère totalement en phase avec le sujet, rêche et âpre, factuelle et documentée, sachant aussi bien mettre en valeur les hommes que les navires. L’auteur expose avec clarté et efficacité le déroulé de ladite bataille, ainsi que de nombreux éléments contextuels, à l’occasion d’un dialogue ou en les montrant. Le dossier historique apporte de nombreuses informations complémentaires, permettant de comprendre le choix de raconter cette bataille, ainsi que des paramètres militaires propres aux marines en guerre. Formidable.
J’ai vraiment adoré Dans l’intimité de Marie de Shuzo Oshimi. L’intrigue est captivante du début à la fin et m’a tenu en haleine tout au long de la lecture. On pense au départ à une simple histoire d’échange de corps, mais le récit se révèle bien plus profond et psychologiquement riche.
Les dessins sont particulièrement réussis : expressifs et immersifs, ils renforcent parfaitement l’atmosphère troublante du manga et permettent de ressentir pleinement les émotions des personnages. J’ai également apprécié le rythme de l’histoire, qui se lit rapidement tout en restant parfaitement maîtrisé. Chaque chapitre donne envie de connaître la suite, rendant la lecture très addictive.
La révélation finale apporte une dimension supplémentaire à l’ensemble et invite à relire l’œuvre sous un nouveau regard. Tout est cohérent et soigneusement construit, ce qui témoigne du talent narratif de l’auteur.
En résumé, c’est un manga prenant, intelligent et maîtrisé, que je recommande sans hésitation à tous les amateurs de récits psychologiques. Une excellente lecture !
4.5 et je vais suivre Gruizzli et Jeïrhk en lui attribuant la note maximale, car c'est amplement mérité.
Avec Department of Truth, James Tynion IV livre un concept aussi simple que vertigineux : la réalité n’est pas fixe, elle dépend de ce que les gens croient. Et si une théorie du complot devient suffisamment populaire… elle finit par devenir vraie.
On suit Cole Turner, que l’on peut voir comme un agent du FBI déjà immergé dans ces zones troubles, dont les repères vont progressivement s’effondrer lorsqu’il découvre le Department of Truth. Une organisation secrète qui ne protège pas la vérité… mais qui régule ce que le monde peut accepter comme réel.
Le récit explore les grandes figures du complotisme moderne sans jamais sombrer dans le gadget. James Tynion IV joue avec nos croyances, nos peurs et notre rapport à l’information, dans un récit aussi paranoïaque que profondément actuel.
Graphiquement, Martin Simmonds propose un travail remarquable. Peinture numérique, collages, textures granuleuses, visages déformés… Il déconstruit les codes classiques pour créer une sensation constante d’instabilité. Certaines planches ressemblent à des archives altérées, d’autres à des hallucinations. Le fond et la forme ne font qu’un.
Détail par tome :
Tome 1 : 5/5
Une entrée en matière brillante, dense et immédiatement immersive.
Tome 2 : 5/5
Confirme la qualité. L’univers gagne en profondeur et en tension.
Tome 3 : 5/5
Plus fragmenté dans sa narration, mais toujours aussi intéressant.
Tome 4 : 4/5
Hors trame principale, mais enrichit fortement le lore.
Tome 5 : 4/5
Même logique que le tome 4 : une respiration narrative utile et bien construite.
Tome 6 : 5/5
Un retour bienvenu à la trame principale, avec une intrigue qui relance clairement les enjeux. Le tome réussit aussi à intégrer une histoire annexe très bien menée, qui ne fait pas figure de remplissage mais apporte une vraie plus-value à l’ensemble. Un équilibre maîtrisé entre continuité et approfondissement.
Avis global : 4,5/5
Une série ambitieuse, intelligente et visuellement marquante. Department of Truth est une œuvre qui demande de l’attention mais qui le rend largement, en proposant une réflexion troublante sur notre rapport à la réalité. Une lecture qui laisse une empreinte durable.
Un récit qui m’a vraiment marqué par sa maîtrise. On est dans l’univers de Criminal, mais ici Ed Brubaker choisit de revenir en arrière et de suivre un adolescent, Ricky Lawless, pendant un été qui va clairement le façonner. Le début peut presque faire penser à un récit d’apprentissage, avec cette impression de fausse piste, un peu comme dans certains épisodes des Les Simpson qui démarrent sur un sujet avant de bifurquer complètement. Et c’est exactement ce qui se passe : sans prévenir, l’histoire glisse vers quelque chose de beaucoup plus sombre et tendu.
Le rythme est vraiment prenant, presque étouffant, avec une montée progressive où chaque scène semble nous rapprocher d’une issue inévitable. On sent très vite que tout ne peut que mal tourner, mais on reste accroché. Le thème de la famille est central, notamment la famille recomposée, avec des figures adultes défaillantes et une loyauté mal placée. Ici, la famille n’est jamais un refuge, plutôt un poids ou un piège.
Les personnages peuvent paraître esquissés au premier abord, mais en réalité chaque détail compte. En quelques dialogues ou attitudes, tout est dit. C’est une écriture très efficace, sans gras, qui va droit au but.
Graphiquement, Sean Phillips est fidèle à lui-même avec son trait sec et reconnaissable, parfaitement adapté à ce type de récit noir. Mais il faut aussi souligner le travail de Jacob Phillips, dont les couleurs apportent une vraie ambiance : un été lourd, poisseux, presque oppressant, qui renforce encore la tension du récit.
Au final, ce n’est peut-être pas le tome le plus spectaculaire de Criminal, mais c’est sans doute l’un des plus maîtrisés. Un récit court, intense, avec une vraie cohérence et une fin qui laisse une impression durable. Une très belle réussite.
Ayant l'édition originale en couleurs publiée par Glenat, j'ai voulu me replonger dans ce manga trente ans après ma première lecture.
Et je me suis rendu compte que je me souvenais exactement de chaque scène. Chaque détail. Chaque ambiance.
Voilà, c'est ça Akira, un manga inoubliable, dans le top 5 des meilleurs mangas sortis en France. Une œuvre qui écrase toutes les autres, qui donne ses lettres de noblesse au seinen, qui nous permet de devenir adulte (à lire à 16 ans idéalement).
Niveau dessin on a jamais mieux dessiné de scènes d'apocalypse dans un environnement urbain, même si le travail de Nihei est un solide concurrent. Un des premiers mangas à proposer un découpage cinématographique.
Aujourd'hui on a le choix du roi pour découvrir ce manga, en NB ou en couleurs. Indispensable.
Le second cycle des Complaintes est un exemple en terme de continuité à rebours, puisqu'il a lieu avant l'époque de Sioban dans le temps.
Dufaux a compris qu'il avait de l'or dans les mains avec le monde d'Eruin Dulea et il s'amuse à en développer la chronologie et les acteurs sans fausse note.
J'ai trouvé le dessin de Delaby un peu trop propre au début, pas assez vénéneux. Ensuite le talent prend le dessus et le relais avec Jeremy ne change rien à la très grande qualité générale de l'ensemble.
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Jutland
L’apothéose du combat naval traditionnel tout en étant son chant du cygne - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre, constituant le deuxième de cette série sur les batailles navales. Son édition originale date de 2017. Il a été réalisé par Jean-Yves Delitte, peintre officiel de la Marine, membre titulaire de l’académie des Arts & Sciences de la Mer, pour le scénario et les dessins, par Douchka Delitte pour les couleurs. Il comprend quarante-six pages de bande dessinée. Il se termine par un dossier historique de huit pages, rédigé par le scénariste, agrémenté de documents visuels comprenant sept chapitres et un glossaire. Les différentes parties portent les titres suivants : Un duel d’artillerie Le cuirassé, Le croiseur, Le torpilleur, L’U-boot, La vitesse ou le blindage, La controverse. Il y a quelques semaines, le monde était en paix… Il y a quelques jours encore, l’étrave du SMS Masdeburg fendait les eaux… Il y a quelques heures seulement, le fier navire de la Kaiserliche Marine s’était malencontreusement échoué sur un banc de sable à moins d’un mille nautique d’Odensholm, une île russe !… Il y a moins d’une heure, hélas, l’artillerie russe ouvrait le feu ! Et là, maintenant, ce 26 août 1914 à 12h47, le croiseur allemand n’est plus qu’une épave. Une petite vedette russe portant quatre hommes à son bord gagne l’épave. L’un d’entre eux est un agent du service du renseignement britannique qui vient inspecter les différentes salles, à la recherche de documents révélateurs. Il trouve effectivement des papiers à terre. En Allemagne, à Wilhelmshaven, en février 1916, le général Von Molkte se rend à l’état-major de la Hochseeflotte de la Kaiserliche Marine : il est reçu par deux amiraux. Il a reçu des ordres du Kaiser qu’il doit leur transmettre. L’un de ses interlocuteurs les devine sans peine : Guillaume a le rêve d’écraser la marine anglaise. Il fait observer que le général a dû apercevoir en arrivant, dans l’arsenal, que leur beau croiseur de bataille, le SMS Seyplitz, est toujours en cale sèche pour réparation, c’est le triste résultat de la dernière confrontation avec les Anglais dans le Dogger Bank, un haut-fond sableux en mer du Nord. Il continue : Depuis que leur empereur s’est laissé séduire par Von Triptz et son plan de modernisation de leur flotte, il croit possible de battre la Royal Navy. L’autre amiral ajoute que le Kaiser oublie qu’à un de leurs vaisseaux de ligne, les Anglais leur en opposent trois. Von Molkte conclut en répétant qu’il a reçu un plan de bataille, il leur permettre de prendre l’ascendant sur la Royal Navy. Une semaine plus tard, sur une petite route de campagne du West Sussex en Angleterre le commandant Thomas Parry Bonham conduit sa voiture, avec son épouse à ses côtés. Il se dirige vers le port où l’attend son navire : le Black Prince. Sa femme lui dit que le temps s’écoule bien trop vite : il est à peine rentré de mission que déjà il la quitte, et elle ne lui dit pas ce que leurs enfants pensent de tout cela ! Il répond qu’il est marin et officier dans la Royal Navy : il ne fait que son devoir. Après Trafalgar (2017, dessiné par Denis Béchu) l’une des plus célèbre bataille navale de l’histoire, l’auteur passe de 1805 en 1916, des navires en bois et à voiles, à des navires de type cuirassé avec blindage et chaudières. La première opposait trente-trois vaisseaux de lignes, cinq frégates et trois bricks, soit 25.000 hommes côté Français, à vingt-sept vaisseaux de lignes, quatre frégates, une goélette et un cotre, soit 18.500 hommes côté Britanniques. Celle-ci oppose cent-quarante-neuf bâtiments britanniques (dreadnoughts, croiseurs de bataille, croiseurs cuirassés, croiseurs légers, destroyers), à quatre-vingt-dix-neuf navires allemands (dreadnoughts, croiseurs de bataille, pré-dreadnoughts, croiseurs légers, torpilleurs) et dura deux heures. Les pertes humaines furent de 6.094 morts côté britannique, et 2.551 morts côté allemand. Le déroulement du récit met en scène les difficultés techniques pour viser et atteindre les navires ennemis avec les canons obusiers. Le dossier historique développe plusieurs points présents dans le récit. Le premier chapitre évoque la bataille de Tsushima (2017, Delittte & Baigera), première grande confrontation navale de l’ère moderne, et estimant que la bataille de Jutland fut le dernier duel d’artillerie dans l’histoire de la marine. Il l’inscrit donc ainsi dans l’histoire des batailles navales, aussi bien techniquement, que dans les évolutions des règles d’affrontement provoquées par cette nouvelle génération de bâtiments. Ce dossier expose également que plus de 20.000 coups de canon ont été tirés et ont engendré une pluie supérieure à 6 millions de kilos d’acier et d’explosif. Il présente ensuite les caractéristiques de ces nouveaux navires de guerre pour lesquels : La vapeur et l’acier ont supplanté la voile et le bois, une mutation imposée par les révolutions industrielles et de nouvelles techniques dans l’armement : le cuirassé, le croiseur, le torpilleur, l’U-Boot, même si ce dernier n’a pas joué de rôle dans cette bataille. L’auteur a consacré un tome de la série à ces sous-marins : U-9 (2025) avec Philippe Adamov & Fabio Pezzi. Comme il le fait pour chaque tome de la série, le scénariste entremêle des informations historiques sur la situation de guerre entre les états concernés, des informations sur leur marine respective, et l’histoire de marins, simples soldats ou gradés. Pour cette série, le scénariste a pris l’habitude d’exposer les faits à partir de plusieurs points de vue, en particulier celui des deux belligérants par le biais d’un marin ou d’un officier de chaque bord, et de raconter la bataille en elle-même, en lui accordant un nombre de pages variables. Pour la bataille du Jutland, l’auteur consacre dix-sept pages aux combats ce qui est assez élevé en comparaison d’autres tomes de la série. L’horizon d’attente du lecteur s’en trouve comblé. Tout commence avec deux marins allemands voyant apparaître les colonnes de fumée des chaudières au loin à l’horizon dans une case de la largeur de la page, et réalisant qu’il s’agit des Anglais. Dès la page suivante, un canon crache un obus, avec l’effet de flamme et de fumée attendu. Puis survient une illustration en double page montrant un cuirassé allemand ballotté par la mer et entouré de gerbes générées par les obus, au point que son hélice et son axe soient apparents, le tout sous un ciel gris plombé, ce qui correspond bien au climat de cette région du monde. La planche trente-cinq est composée de quatre cases de la largeur de la page, montrant différentes phases d’un navire en train de sombrer, dans un plan fixe, avec la fumée noire de l’incendie qui dépasse de la bordure supérieure de la case du haut. Dans les deux pages, le lecteur découvre un navire allemand littéralement brisé en deux en son milieu par un obus, un spectacle terrifiant par la violence de la destruction, et par son ampleur. Pire encore les marins morts s’enfonçant dans l’eau sans un bruit, sans un mouvement. Comme à son habitude, le dessinateur réalise des traits de contour précis, pour des dessins dans une veine descriptive et réaliste, s’appuyant sur une documentation et des recherches solides. Le lecteur peut avoir tout confiance en lui pour l’authenticité aussi bien des uniformes militaires, que des caractéristiques techniques des bâtiments militaires. Il nourrit les formes détourées avec des petits traits secs et acérés, et des aplats de noir aux formes torturées, qui produisent un effet de réalité dure, sévère et abrasive, en totale cohérence avec la nature d’un récit de guerre. Les êtres humains présentent une apparence tout aussi sérieuse, et souvent burinée, des individus déjà marqués par les épreuves de la vie et les souffrances des époques de conflit. En donnant à voir des faits survenant avant la bataille et parfois dans des lieux éloignées, l’artiste montre des éléments diversifiés et parfois inattendus au lecteur : deux mécaniciens en train de travailler sur un axe d’hélice en cale sèche à Wilhelmshaven, une voiture décapotable roulant sur une route de campagne dans le Sussex, un tout jeune homme jouant avec un avion modèle réduit en pleine campagne dans la Moselle allemande, un hydravion français survolant la flotte britannique à Scapa Flow, les canons de défense anti-aérienne sur une côte du Sussex. Fait exceptionnel, ce tome de la série met en scène des femmes, le temps de deux pages chacune, l’épouse de l’officier Thomas P. Bonham (1873-1919), et la mère du matelot Éric / Erik. Il est également question du temps que les militaires passent loin, séparés de leur épouse et de leur famille. Comme à son habitude également, l’auteur évoque en creux d’autres paramètres du conflit : les ordres donnés par un empereur (en l’occurrence Guillaume II) et qui s’imposent à toutes son armée leur dictant ainsi leur vie et leur destin, l’incidence de l’absence d’un époux dans son foyer (un divorce), les allégeances difficiles pour les habitants d’une région conquise (Le jeune Éric citoyen de la Moselle allemande), la fiabilité technique des vaisseaux dont dépendent la vie des marins (en l’occurrence les chaudières), etc. S’il y prête attention, le lecteur dispose ainsi d’éléments de contexte, certains d’ordre sociaux. Cette collection promet de raconter une bataille navale, différente dans chaque tome, dans un format concis, quarante-six pages de bande dessinée, avec un dossier historique développant plus avant certains aspects. La narration visuelle de ce tome s’avère totalement en phase avec le sujet, rêche et âpre, factuelle et documentée, sachant aussi bien mettre en valeur les hommes que les navires. L’auteur expose avec clarté et efficacité le déroulé de ladite bataille, ainsi que de nombreux éléments contextuels, à l’occasion d’un dialogue ou en les montrant. Le dossier historique apporte de nombreuses informations complémentaires, permettant de comprendre le choix de raconter cette bataille, ainsi que des paramètres militaires propres aux marines en guerre. Formidable.
Dans l'intimité de Marie
J’ai vraiment adoré Dans l’intimité de Marie de Shuzo Oshimi. L’intrigue est captivante du début à la fin et m’a tenu en haleine tout au long de la lecture. On pense au départ à une simple histoire d’échange de corps, mais le récit se révèle bien plus profond et psychologiquement riche. Les dessins sont particulièrement réussis : expressifs et immersifs, ils renforcent parfaitement l’atmosphère troublante du manga et permettent de ressentir pleinement les émotions des personnages. J’ai également apprécié le rythme de l’histoire, qui se lit rapidement tout en restant parfaitement maîtrisé. Chaque chapitre donne envie de connaître la suite, rendant la lecture très addictive. La révélation finale apporte une dimension supplémentaire à l’ensemble et invite à relire l’œuvre sous un nouveau regard. Tout est cohérent et soigneusement construit, ce qui témoigne du talent narratif de l’auteur. En résumé, c’est un manga prenant, intelligent et maîtrisé, que je recommande sans hésitation à tous les amateurs de récits psychologiques. Une excellente lecture ! 4.5 et je vais suivre Gruizzli et Jeïrhk en lui attribuant la note maximale, car c'est amplement mérité.
The Department of Truth
Avec Department of Truth, James Tynion IV livre un concept aussi simple que vertigineux : la réalité n’est pas fixe, elle dépend de ce que les gens croient. Et si une théorie du complot devient suffisamment populaire… elle finit par devenir vraie. On suit Cole Turner, que l’on peut voir comme un agent du FBI déjà immergé dans ces zones troubles, dont les repères vont progressivement s’effondrer lorsqu’il découvre le Department of Truth. Une organisation secrète qui ne protège pas la vérité… mais qui régule ce que le monde peut accepter comme réel. Le récit explore les grandes figures du complotisme moderne sans jamais sombrer dans le gadget. James Tynion IV joue avec nos croyances, nos peurs et notre rapport à l’information, dans un récit aussi paranoïaque que profondément actuel. Graphiquement, Martin Simmonds propose un travail remarquable. Peinture numérique, collages, textures granuleuses, visages déformés… Il déconstruit les codes classiques pour créer une sensation constante d’instabilité. Certaines planches ressemblent à des archives altérées, d’autres à des hallucinations. Le fond et la forme ne font qu’un. Détail par tome : Tome 1 : 5/5 Une entrée en matière brillante, dense et immédiatement immersive. Tome 2 : 5/5 Confirme la qualité. L’univers gagne en profondeur et en tension. Tome 3 : 5/5 Plus fragmenté dans sa narration, mais toujours aussi intéressant. Tome 4 : 4/5 Hors trame principale, mais enrichit fortement le lore. Tome 5 : 4/5 Même logique que le tome 4 : une respiration narrative utile et bien construite. Tome 6 : 5/5 Un retour bienvenu à la trame principale, avec une intrigue qui relance clairement les enjeux. Le tome réussit aussi à intégrer une histoire annexe très bien menée, qui ne fait pas figure de remplissage mais apporte une vraie plus-value à l’ensemble. Un équilibre maîtrisé entre continuité et approfondissement. Avis global : 4,5/5 Une série ambitieuse, intelligente et visuellement marquante. Department of Truth est une œuvre qui demande de l’attention mais qui le rend largement, en proposant une réflexion troublante sur notre rapport à la réalité. Une lecture qui laisse une empreinte durable.
Un été cruel
Un récit qui m’a vraiment marqué par sa maîtrise. On est dans l’univers de Criminal, mais ici Ed Brubaker choisit de revenir en arrière et de suivre un adolescent, Ricky Lawless, pendant un été qui va clairement le façonner. Le début peut presque faire penser à un récit d’apprentissage, avec cette impression de fausse piste, un peu comme dans certains épisodes des Les Simpson qui démarrent sur un sujet avant de bifurquer complètement. Et c’est exactement ce qui se passe : sans prévenir, l’histoire glisse vers quelque chose de beaucoup plus sombre et tendu. Le rythme est vraiment prenant, presque étouffant, avec une montée progressive où chaque scène semble nous rapprocher d’une issue inévitable. On sent très vite que tout ne peut que mal tourner, mais on reste accroché. Le thème de la famille est central, notamment la famille recomposée, avec des figures adultes défaillantes et une loyauté mal placée. Ici, la famille n’est jamais un refuge, plutôt un poids ou un piège. Les personnages peuvent paraître esquissés au premier abord, mais en réalité chaque détail compte. En quelques dialogues ou attitudes, tout est dit. C’est une écriture très efficace, sans gras, qui va droit au but. Graphiquement, Sean Phillips est fidèle à lui-même avec son trait sec et reconnaissable, parfaitement adapté à ce type de récit noir. Mais il faut aussi souligner le travail de Jacob Phillips, dont les couleurs apportent une vraie ambiance : un été lourd, poisseux, presque oppressant, qui renforce encore la tension du récit. Au final, ce n’est peut-être pas le tome le plus spectaculaire de Criminal, mais c’est sans doute l’un des plus maîtrisés. Un récit court, intense, avec une vraie cohérence et une fin qui laisse une impression durable. Une très belle réussite.
Akira
Ayant l'édition originale en couleurs publiée par Glenat, j'ai voulu me replonger dans ce manga trente ans après ma première lecture. Et je me suis rendu compte que je me souvenais exactement de chaque scène. Chaque détail. Chaque ambiance. Voilà, c'est ça Akira, un manga inoubliable, dans le top 5 des meilleurs mangas sortis en France. Une œuvre qui écrase toutes les autres, qui donne ses lettres de noblesse au seinen, qui nous permet de devenir adulte (à lire à 16 ans idéalement). Niveau dessin on a jamais mieux dessiné de scènes d'apocalypse dans un environnement urbain, même si le travail de Nihei est un solide concurrent. Un des premiers mangas à proposer un découpage cinématographique. Aujourd'hui on a le choix du roi pour découvrir ce manga, en NB ou en couleurs. Indispensable.
Complainte des landes perdues - Les Chevaliers du Pardon
Le second cycle des Complaintes est un exemple en terme de continuité à rebours, puisqu'il a lieu avant l'époque de Sioban dans le temps. Dufaux a compris qu'il avait de l'or dans les mains avec le monde d'Eruin Dulea et il s'amuse à en développer la chronologie et les acteurs sans fausse note. J'ai trouvé le dessin de Delaby un peu trop propre au début, pas assez vénéneux. Ensuite le talent prend le dessus et le relais avec Jeremy ne change rien à la très grande qualité générale de l'ensemble.