Les derniers avis (15 avis)

Par Montane
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Mac Coy
Mac Coy

La série Mac Coy est rarement citée parmi les meilleures séries de Western et c'est pour moi une injustice tant cette série est de qualité. Le lieutenant Mac Coy sévit essentiellement dans le sud de États-Unis avec certains aller / retour vers le Mexique. Membre de l'armée confédérée, il apprend sa débâcle alors qu'il est en mission au Mexique. Parvenu à quitter le pays en pleine effervescence du rebelle Juajez, il rejoindra finalement l'armée légale et deviendra l'homme de confiance du général Hood du côté du Nouveau Mexique. Fin connaisseur des tribus indiennes, il sera appelé à mener les missions les plus périlleuses, qui mêlent parfois et le réel et le fantastique (la malle au sortilèges, le fantôme de l'Espagnol). Mais Mac Coy côtoie aussi la grande histoire comme dans l'album Little big horn. Les scénarios de Gourmelen sont à la fois variés et très bien menés. Et que dire du dessin de Palacios? Si blueberry avait les traits de Belmondo, on reconnaît derrière le lieutenant Mc Coy ceux de Robert Redford qui s'était illustré dans les années 60/70 au cinéma dans les western célèbres. Son trait réaliste fait de légères hachures est inimitable et reconnaissable entre tous. À part peut être Serpieri, je ne vois aucun autre dessinateur Italien ou Espagnol capable de rivaliser dans le domaine du réalisme. Si la colorisation n'est pas d'une grande qualité dans les années 70, elle s'améliore avec le temps notamment dans les derniers albums. Si vous ne connaissez pas cette série, je vous invite à la découvrir ou à la redécouvrir; je doute que vous soyez déçu.

27/02/2026 (modifier)
Par Hervé
Note: 4/5
Couverture de la série Printemps à la Charité
Printemps à la Charité

Avec ce troisième opus, les auteurs livrent ici, à mon avis, leur meilleur album. Si sur les deux précédents, j'avais trouvé les scénarii assez bancals, la fluidité de l'intrigue est à souligner. Sur fond du drame de l'incendie du bazar de la charité (je ne révèle rien, c'est le titre de cette aventure), Philippe Pelaez nous a concocté une intrigue où nous retrouvons notre inspecteur Amaury Broyan, toujours aussi tourmenté, pris dans les filets d'une très belle entomologiste, ce qui nous donne de belles planches. Le dessin d'Alexis Chabert est toujours aussi bon , et nous fait revivre le Paris de la fin du XIXème siècle où l'on retrouve des personnages célèbres comme Meliès ou Robert de Montesquiou, le dandy par excellence, ami de Proust . D'ailleurs petite remarque en passant , Robert de Montesquiou perd ou retrouve sa moustache d'une case à l'autre ! Bref un album plaisant qui nous plonge dans une ambiance particulière et illustré de façon magistrale par Alexis Charbert Petit regret tout de même, qu'une édition "dos toilée" ne soit pas proposée pour cet album, contrairement aux deux précédents.

27/02/2026 (modifier)
Par Hervé
Note: 4/5
Couverture de la série Thorgal Saga - La Déesse d'ambre
Thorgal Saga - La Déesse d'ambre

Je crois n'avoir pas lu un album avec Christophe Bec au dessin depuis Bunker. J'ai donc choisi de découvrir ce nouvel opus de "Thorgal Saga" dans son édition prestige en noir et blanc, qui rend vraiment hommage au style de Christophe Bec. Il faut avouer que les doubles pages sont magnifiques, même si parfois les décors restent très chargés. Et que dire de la couverture de cette édition limitée, sinon qu’elle est sublime ! Côté scénario, je suis plus réservé. Valérie Mangin nous offre une histoire assez classique qui s’insère par contre parfaitement dans les débuts de la série mère, en tout cas beaucoup mieux que les derniers albums de la série originelle. D’ailleurs, ces différents albums de « Thorgal Saga » dépassent, en qualité scénaristique, ceux signés Yann. Une intrigue classique servie par un dessin de Christophe Bec que j’ai beaucoup apprécié, bref un album, qui sans être au niveau de « Adieu Aaricia » de Robin Recht, s’inscrit dans mon top 3 des « Thorgal Saga ».

27/02/2026 (modifier)
Par Vaudou
Note: 4/5
Couverture de la série Kraken
Kraken

Une autre très belle bande de Segura, à placer dans sa bibliothèque à côté de Hombre. C'est toujours aussi bien écrit, avec des dialogues corrosifs et un récit vraiment dynamique. Comme pour Hombre, on retrouve cette ambiance noire et cynique qui emprunte aux codes du western à la Sergio Leone. Des morts à la pelle, un héros ombrageux face à un monde infesté de crapules, prêts à trahir à la moindre occasion. Dante est un bon alter ego de Hombre mais n'est tout de même pas aussi mémorable. Et le tome 3 est plus faible, un peu comme si Segura avait fait le tour du sujet. C'est pourquoi je descends la note d'un petit point. Jordi Bernet (Torpedo) est cette fois ci aux manettes pour le dessin. Bernet, Ortiz... Segura était un homme de goût. On admettra que les couleurs - je n'ai lu que les 3 tomes parus aux Huma - ne sont pas toujours formidables, mais elles aident à s'imprégner de l'ambiance des égouts poisseux de Metropol. Une bd qui ne refoule pas du goulot.

27/02/2026 (modifier)
Couverture de la série Jeremiah
Jeremiah

Cette série est l’histoire invraisemblable de deux Gars qui pour une raison ou une autre lient leur sort dans une Amérique post Apocalyptique . L’un est un Filou l’autre un type correct, qui ensemble traversent l’ouest des USA ( oui c’est un Western ! ). L’imagination qu’Hermann a sur les EU ( et bien d’autres ) franchement Nihiliste à eu un grand succès depuis son apparition dans les 80 ies. Là quand l’Europe était bien pépère et tranquille sans trop de négatif au monde . Ça, avant la chute de l’Union soviétique et la fin de l’ordre ancien et le début de nombre de conflits depuis la déstabilisation de l’ordre ancien. Les histoires racontent, en direct et uniquement par dialogues (pas de Captions) des situations que seulement Hermann peut imaginer et qui dans l’ensemble montrent que quand le Monde perd les forces Civilisatrices tout est possible, surtout la folie des Hommes, folies de grandeur, le mal, le Dingue et ce qui vient de la tête de l’auteur ! A un moment donné dans les années 90 j’avais remarqué que les magasins de BD d’occase étaient pleins de Jeremiah ! Je crois qu’à un moment donné, les Lecteurs étaient devenus tellement écœurés de ce thème, qu’ils larguaient tous leurs Jeremiah en même temps ! Et la réalisation qu’un monde pareil peut bien exister. Comme dans certaines parties du tiers Monde par exemple. C’est quand même une Grande Œuvre sans pareil et bien faite. Depuis récemment, j’ai complété les 25 premiers Tomes pour ma collection BD Hermann. Après Le numéro 25 ça devient trop répétitif et la colorisation en couleurs directes perd son effet spectaculaire. Remarquez que les belles couleurs vives des premiers volumes sont absentes et que la Couleur rouge a disparu à jamais pour peindre un monde trop sombre pour encore être intéressant sur ce thème négatif et avec trop de volumes. Je suis un grand Fan d'Hermann mais je me demande pourquoi poursuivre cette série au lieu d’avoir continué ces autres thèmes . Comme Bernard Prince, Bois-Maury, etc. Peut être que ça indique qu’il faut soulager les tendances négatives de la pensée dans un monde qui ressemble de plus en plus aux histoires de Jeremiah.

27/02/2026 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série Dr Wertham
Dr Wertham

La biographie de ce qui est surement la personne la plus détestée du monde des comics à savoir le docteur Fredric Wertham dont la croisade contre les comics a aboutit à la création du comics code et la presque disparition d'EC Comics qui a survécu uniquement en transformant son comics parodique Mad en magazine. Dommage qu'on ne parle pas plus en profondeur des dommages du comics code qui a changé les comics encore plus que la loi sur les publications jeunesse l'a fait pour la bd franco-belge. Les comics sont devenus très enfantin (en comparaison, ce que publiait Spirou et Tintin à l'époque semble plus mature) et aussi les super-héros qui avaient pratiquement disparus sauf quelques exceptions et ils vont tout doucement revenir en force jusqu'à dominer le marché lorsqu'au début des années 70 le plus gros éditeur de comics Dell Comics va mettre la clé sous la porte. Cerise sur le gâteau, EC Comics était l'éditeur qui traitait le mieux ses auteurs, étant par exemple le premier à systématiquement créditer les scénaristes et les dessinateurs. Après qu'EC dégage du chemin, les autres éditeurs vont pouvoir tranquillement continuer à exploiter leurs auteurs comme ils le veulent. Maintenant que j'ai jeté mon fiel sur l'état des comics après la croisade de Wertham, je vais parler plus de comics. C'est une excellente biographie même si c'est parfois un peu verbeux. On traite de toute la vie du docteur ce qui est une bonne idée parce que généralement on ne retient de lui que sa croisade contre les comics alors qu'il a eu une vie très riche. Cela permet de voir qu'il est une personnalité complexe et qu'il était quelqu'un de plutôt progressif alors que la première fois que j'avais entendu parler de lui je m'étais imaginé que c'était un conservateur ultra-religieux ou un truc du genre. On voit aussi les défauts de sa personnalité comme une tendance à l'hypocrisie et à l'égocentrisme. Le dessin est vraiment très bon et j'ai bien envie de mieux connaitre l'œuvre de ce dessinateur.

27/02/2026 (modifier)
Par Patoun
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Terre ou Lune
Terre ou Lune

Une véritable ode à la nature. Tout d’abord, je soulignerai la rareté de tomber sur une BD (hors documentaire) proposant tant de précisions scientifiques. Ici, on nomme le vivant car "on protège ce qu'on aime et on aime ce qu'on connaît ". RIP Cousteau. Ainsi, les descriptions et identifications de l’avifaune sont pléthores, bien évidemment hors de portée d’un profane comme je le suis, mais ne nuisent pas à la qualité du récit. On peut survoler les énumérations latines comme y prêter un regard curieux et attentif, cela n’a que peu d’incidence (et heureusement au risque de ne cibler qu’un public membre de la LPO si j’exagère le trait). Je suppose que cette singularité est le reflet de cette passion de l’auteure ? Ce premier tome peut finalement se résumer brièvement : le protagoniste perd ses parents à la suite d’un drame familial et se retrouve à fouiller dans le passé de ces derniers dans un besoin de reconstruction personnelle et d’émancipation il me semble. L’intrigue se met alors doucement en place tout en prenant le temps de bien développer l’univers de l’histoire. J’ai vraiment pris plaisir à découvrir ce lieu à la fois futuriste, poétique, surnaturel et de prime abord utopique. Ce premier tome s’achève lorsque le lecteur devine l’approche d’un nœud narratif, d’un momentum qui va faire basculer le récit et que le lecteur n’a pu qu’effleurer jusqu’à présent. C’est très bien joué de la part de l’auteure pour nous projeter avec hâte sur la suite et maintenir cette tension narrative entre les deux opus. Côté graphisme, il y a à dire tant le dessin m'a déstabilisé. On retrouve un univers graphique très certainement inspiré de la culture japonaise (manga, animés..) et plus particulièrement de l’œuvre de Miyazaki. De grandes plaines verdoyantes et lumineuses balayées par les vents, des nuits étoilées de campagne… sont autant de symboliques paysagères présentes dans Terre ou Lune et ayant contribuées à la renommée de l'artiste japonais. Il y a également un côté enfantin dans le trait, notamment pour le traitement des personnages : des visages peu détaillés et similaires dans les expressions, des corps parfois rudimentaires et une quasi absence de mouvement (pour le coup, les oiseaux sont bien plus travaillés que les personnages !). Cumulé à cela une colorisation assez vive et je me retrouve ainsi plongé dans l’imaginaire de mes livres d’enfance... Toutefois, avec une lecture plus minutieuse, on se rend compte que le dessin fourmille de détails, notamment au travers des décors (les ciels sont par exemple une grande réussite). Je ne sais pas si c’est volontaire de la part de l’auteur, mais j’ai ressenti une confusion graphique vis-à-vis du genre des personnages. J’ai dû attendre des scènes avec des attributs physiques évidents en seconde moitié de lecture pour me rendre compte que je faisais fausse route depuis le tout début avec deux des cinq principaux personnages (et qui plus est portaient des prénoms mixtes). Si je me questionne sur ce détail c’est que j’ai du mal à voir ce que cela apporte en valeur ajoutée à l’histoire (et que j’ai sans doute un esprit trop cartésien) ? Quoi qu’il en soit, ce n’est pas le plus beau coup de crayon à mon goût, mais associé à des choix osés notamment dans la colorisation, le tout forme un ensemble très réussi. Bravo. C’est avec cette belle promesse à l'esprit et de fortes attentes que je languis la suite de ce récit onirique !

26/02/2026 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série Jane face aux Sirènes
Jane face aux Sirènes

3.5 Un conte moderne bien sympathique à lire. L'histoire met en vedette une fille grosse, riche et seule qui risque de se retrouver à la rue et qui est amoureuse du beau Peter qui s'est fait enlevé par une sirène ! Le récit est dans le ton de ce que l'on retrouve dans la production de young adult moderne et Jane et Peter sont des personnages plus complexes que ce que l'on retrouve dans les vieux contes. L'héroïne est une victime, mais elle a aussi des défauts et elle participe à la mentalité que la beauté est tout ce qui compte. Les péripéties sont prenantes et les personnages sont attachants. Certaines scènes m'ont ému. Il y a quelques grosses facilités et des grosses coïncidences, mais en même temps cela fait partie des règles des contes. Le dessin de Vera Brosgol est dynamique et expressif comme je l'aime. La narration est fluide et les plus de 300 pages de cet album se lisent facilement. Un album avec un beau message que je recommande aux adolescents.

26/02/2026 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5
Couverture de la série Toxic / La Ruche / Calavera
Toxic / La Ruche / Calavera

Le moins qu’on puisse dire, c’est que les avis sont partagés ! Je n’ai rien lu de Burns depuis Black Hole, il y a 20 ans de cela… un album que j’avais adoré, donc j’ai emprunté l’intégrale « Toxic / La Ruche / Calavera » à la bibliothèque, et je ressors ravis de ma lecture. J’ai beaucoup aimé l’ambiance barrée et « lynchienne », ainsi que la narration « explosée » qui elle me rappelle plutôt les films de Tarantino : des pièces de puzzle mélangées, qu’il faut réordonner et rassembler. J’aime ce genre d’exercice, ma lecture fut stimulante, et puis surtout il faut avouer que tout se remet en place en fin d’album… à part les rêves, peut-être, mais bon, c’est aussi le cas dans la vraie vie, non ? En tout cas j’ai pris beaucoup de plaisir à suivre les déboires du protagoniste. J’adore le style graphique de Burns, ses personnages, ce côté un peu crade… et la mise en couleur est réussie. Un excellent moment de lecture en ce qui me concerne.

25/02/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Navarin
Navarin

Il n’y a jamais rien à espérer d’une guerre, monsieur. Si ce n’est d’y survivre ! - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre, constituant le vingt-sixième tome de cette série sur les batailles navales. Son édition originale date de 2025. Il a été réalisé par Jean-Yves Delitte, peintre officiel de la Marine, membre titulaire de l’académie des Arts & Sciences de la Mer, pour le scénario et les dessins, et par Douchka Delitte pour les couleurs. Il comprend quarante-six pages de bande dessinée. Il se termine par un dossier historique de huit pages, rédigé par le scénariste, agrémenté de portraits et de tableaux d’époque comprenant huit chapitres et un glossaire. Ils portent les titres suivants : Vive la révolution !, La politique de l’autruche, La philhellénisme, Quand l’opinion publique s’allie aux intérêts politiques, Si l’écrit ne suffit pas on laissera parler le canon, Vers l’irrémédiable escalade, La témérité et puis… Badaboum !, Épilogue. Edward Levington est un de ces aventuriers insouciants et intrépides que l’on rencontre au XIXe siècle. Écrivain et artiste peintre sans réel talent, l’homme qui dispose d’une petite aisance financière suite à quelques héritages, parcourt le monde dans la deuxième décennie de ce XIXe siècle, c’est la cause grecque qui a séduit Edward Levington. Il faut dire que si longtemps la Grèce en tant que nation n’a eu aucune réalité, depuis quelques années des idées révolutionnaires et un sentiment nationaliste grandissent. Il est loin le temps antique où les Grecs se définissaient à travers des cités-états qui n’hésitaient pas à se faire la guerre. Occupation romaine, empire byzantin ou conglomérat de petits royaumes et duchés appartiennent au passé. Sous domination ottomane depuis le XIVe siècle, les Grecs rêvent de se défaire de leur joug, aidés par de nombreux philhellènes et soutenus par une importante diaspora, les Grecs n’ont d’ailleurs plus hésité à rentrer en guerre contre l’occupant en février 1821. Ainsi bénéficiant de quelques soutiens et suivant les traces de George Gordon Byron – le poète et aventurier anglais acquis à la cause grecque et décédé prématurément des fièvres en avril 1824 à Missolonghi – Edward Levington a décidé de poser les pieds dans le Péloponnèse dans les derniers jours de septembre 1827. De nuit, un grand canot avec quatre rameurs dépose Edward Levington sur une plage isolée où l’attend un petit groupe de soldats grecs. Il est accueilli nominativement par l’un d’eux, qui va lui servir de guide jusqu’au théâtre des opérations. Levington profite d’une halte diurne pour réaliser une peinture du panorama. Il explique au comte John Brennan, un Irlandais, qu’il ne s’agit pas de peindre les choses telles qu’on les voit, mais surtout telles qu’on les ressent. Cela semble à son interlocuteur, une bien étrange méthode pour faire de la peinture. Un soldat leur demande de monter sur la colline pour le rejoindre : il y a de nouveaux ordres et c’est urgent. Il explique les Ottomans avancent en force dans la région et tout le monde se replie. Levington demande à Brennan ce qui l’a poussé à prendre les armes pour défendre la cause des Grecs. Son interlocuteur répond qu’il est d’origine irlandaise, ils ont ça dans le sang chez eux. Le lecteur ayant déjà pioché dans cette série consacrée aux batailles navales et lu Sinope (2025) apprécie de pouvoir découvrir la bataille de navarin car elle est mentionnée dans l’ouvrage susmentionné. Il sait qu’il peut compter sur le fait de retrouver la qualité habituelle de la série, aussi bien la rigueur de la reconstitution historique, l’habileté avec laquelle l’auteur infuse les informations de manière organique, l’approche factuelle des dessins, et la mise en perspective de l’importance de cette bataille. Pour ce dernier point, la conclusion met à profit le recul apporté par les siècles passés : Personne ne le sait encore, mais la bataille marque un tournant dans la guerre, car quelques mois plus tard en mai 1828 les Russes vont attaquer l’Empire ottoman allant jusqu’à menacer Constantinople. L’auteur conclut : Pressés de toute parts, les Ottomans se résigneront à signer la paix et à accepter l’indépendance de la Grèce. Le dossier historique se conclut sur un autre constat : La bataille de Navarin est considérée par de nombreux historiens comme la dernière grande bataille de la marine traditionnelle à voile, aux coques de bois armées de canons à âme lisse tirant des boulets. Et s’il est vrai que les batailles de la marine traditionnelle qui suivront n’atteindront jamais cette ampleur dans les engagements, cette bataille détonnera aussi par l’absence de toute tactique et de manœuvre. Comme d’habitude, le lecteur ressort impressionné de cet ouvrage, par la capacité de l’auteur à allier des ingrédients hétéroclites pour former un tout cohérent, sans aller jusqu’à une vision holistique, tout en présentant la bataille sous de nombreuses facettes. La dimension historique s’avère particulièrement dense, tout en étant diffuse. De ci de là, le lecteur relève un nom ou deux, parfois inventés pour le récit comme Edward Levington, parfois authentiquement historique. Dans cette dernière catégorie, il lui vient l’envie de se renseigner plus avant sur Thomas Cochrane (1775-1860, amiral et homme politique britannique), George Finlay (1799-1875, philhellène et historien écossais), Henri de Rigny (1782-1835, vice-amiral français), Lodewijk Sigismond Gustaaf comte van Heiden (1773-1850, amiral russe), ou encore Thomas Fellowes (1778-1853, contre-amiral). Sans oublier la référence à Lord Byron (1788-1824), célèbre poète britannique. En filigrane, il peut également avoir à l’esprit la suite des dix ou onze guerres russo-turques du seizième au dix-neuvième siècle. Le contexte global évoque également une phase de la guerre d’indépendance grecque, menant à la reconnaissance de leur indépendance par l’Empire ottoman, et l’aide des philhellènes de la France, du Royaume-Uni et de la Russie. Comme à son habitude, l’auteur met également en scène la nature systémique de la guerre, au travers de ses deux personnages principaux. Comme à son habitude toujours, il rappelle que : Les guerres sont comme cette bataille, des histoires bien confuses voulues par des personnes qui jamais ne verseront leur sang ! L’Irlandais John Brennan tempère ce constat amer par le fait qu’il ne connait pas de paix qui se soit imposée autrement que par la force. Il rappelle également que l’amiral britannique tout comme les amiraux français et russe ont des comptes à rendre à des messieurs qui les gouvernent, et que ces grands messieurs qui les gouvernent n’ont pas choisi d’envoyer ici de belles escadres pour simplement être les témoins d’une guerre (sous-entendant qu’il y a quelque chose à gagner, des intérêts en jeu). Ce militaire éminemment pragmatique sait que : Il n’y a jamais rien à espérer d’une guerre, si ce n’est d’y survivre ! C’est toujours la même histoire ! Dans le même ordre d’idée, la narration visuelle montre bien l’effet des boulets sur le corps humain, le commentaire faisant observer que : Ce n’est pas beau à voir quand un boulet transperce la muraille. Comme dans Sinope, une petite remarque en passant établit que des Français servent également à bord des navires ottomans, en tant que conseillers et experts, bien rémunérés. Enfin, comme de coutume dans cette série, les femmes sont réduites à la portion congrue, même pas représentées dans ces pages, tout juste raillées en tant qu’épouses mal commodes. C’est toujours un vrai plaisir de retrouver les dessins un peu rêches de cet artiste. Il sait rendre compte de la majesté des navires, de la rudesse de la vie à bord, de la beauté de ces énormes bâtiments sur la mer, de la destruction et du saccage lors des combats, les couleurs un peu ternes et un peu foncées de la coloriste venant renforcer ces sensations. Il rend hommage à ces navires dans une première illustration en peine page de nuit, puis une autre en double (22 & 23) pour un navire se rapprochant de la baie de Navarin où mouille la flotte ottomane, les canons qui se déchaînent dans une deuxième illustration en double page (36 & 37), et enfin une autre illustration en pleine page d’un bateau ravagé échoué sur le sable, en vis-à-vis d’un extrait du poème Navarin (1829) de Victor Hugo (1802-1885). Les séquences sur le pont des navires ou dans les canots sont tout aussi enchanteresses : le niveau de détail pour les canons, les poulies, les haubans, les innombrables cordages, les cabestans, etc. En outre, le lecteur bénéficie de deux autres dessins en pleine page : une vision magnifique à couper le souffle du monastère de Prodromos, et également deux cavaliers avec les pattes de leur monture dans l’eau sur le rivage, un superbe effet des reflets de l’eau réalisé par la coloriste. Comme pour chaque tome dessiné par Delitte, la narration visuelle se fait factuelle et sèche, très descriptive et détaillée pour les navires, logique pour leurs déplacements et leurs positionnements respectifs lors de la bataille navale, avec un total de trente pages se déroulant sur mer. Le lecteur regarde fasciné, le casus belli se dérouler sous yeux, un simple mouvement d’humeur qui provoque cette bataille à bout portant, sans tactique ni manœuvre. Comme d’habitude, le dossier historique se révèle riche et intéressant, reprenant certains éléments présents dans le récit, et venant développer le contexte historique, avec une prise de recul, et évoquant les répercussions de cette bataille au déroulement à l’opposé de toute forme académique ou intelligemment construit. Quelle bataille !

25/02/2026 (modifier)