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Les derniers avis (2 avis)

Par Josq
Note: 4/5
Couverture de la série Dans la tête de Sherlock Holmes
Dans la tête de Sherlock Holmes

Acheté grâce à un libraire qui était sans nul doute un proche parent du senhor Oliveira de Figueira de Tintin, je n'étais pas bien sûr d'apprécier cette étonnante bande dessinée. La faute à un dessin qui, s'il ne semblait pas d'une grande laideur, ne m'attirait pas outre mesure, avec son trop plein d'angles et sa stylisation qui me semblait moyennement coller à l'atmosphère victorienne, normalement toute en élégance et en fioritures. Je maintiens la partie de mon jugement sur le décalage entre le style graphique et l'ambiance du XIXe siècle, mais malgré cela, le dessin de Benoît Dahan fonctionne bien. On s'y habitue vite et il crée une atmosphère un peu déjantée, qui nous permet de ne pas prendre cette histoire pour plus que ce qu'elle n'est : une fantaisie qui pastiche Conan Doyle sans jamais prétendre à l'égaler. Et pourtant, Benoît Dahan et Cyril Lieron pourraient légitimement avoir cette prétention, car ces deux tomes nous fournissent véritablement tout ce qu'on attend d'une nouvelle ou d'un roman signé Conan Doyle. On retrouve le Sherlock Holmes originel avec un plaisir immense, tout est là pour faire de ce Ticket scandaleux une véritable affaire imaginée par l'auteur initial. Le procédé consistant à nous immerger dans la pensée de Sherlock Holmes relève à mon avis plus souvent de la poudre aux yeux que d'un véritable procédé narratif utile à l'intrigue, mais il donne une dimension extrêmement ludique au récit grâce à une inventivité visuelle assez prodigieuse, et finalement, ce n'est pas plus mal. La fiction reste traditionnelle grâce à suffisamment de cases classiques, mais est rehaussée par les scènes de réflexion où l'on visite la mansarde du détective (c'est-à-dire son cerveau). A la manière de ce qu'un Guy Ritchie a pu faire au cinéma, les auteurs s'amusent à souligner le récit avec de grands effets de mise en scène, mais ça passe mieux en bande dessinée, et met en valeur la dimension très "casse-tête" du récit sans jamais qu'on ne perde le fil, clairement matérialisé sous nos yeux à chaque page. Tout n'est pas parfait, certains effets de montage sont moins habiles que d'autres (plier les pages, regarder par transparence : dès qu'ils mettent la consigne, je trouve l'effet gratuit et un peu excessif), mais la plupart d'entre eux fonctionnent réellement, et on se prend bien au jeu, en cherchant à comprendre où va nous mener cette rocambolesque affaire. Si le premier tome est une parfaite réussite, le deuxième était attendu avec anxiété, car c'est lui qui allait nous montrer si les auteurs maîtrisaient leur histoire jusqu'au bout. Et la réponse est heureusement un grand oui ! Le deuxième tome relève brillamment le défi du premier, même si je l'ai trouvé légèrement inférieur au premier, la faute à un récit qui verse plus dans l'action et laisse donc moins de place aux jeux de déductions fascinants du détective. Néanmoins, la manière dont les fils se dénouent et le climax sont à la hauteur. Même si la révélation du pourquoi du comment est tout de même un peu rocambolesque, c'est bien dans le ton de la saga, et on imagine bien Conan Doyle imaginer un dénouement aussi absurde et cohérent, très britannique dans le style. Le seul défaut du tome 2, c'est que, du coup, la grande place laissée à l'action fait que le récit se lit pas mal plus vite que le tome 1 et qu'on prend moins de temps à arriver au bout d'une histoire complexe mais qui a toutes les apparences de la logique et de la cohérence. C'est trop rapide, mais c'est toujours aussi bon, et ça fait plaisir de voir que ces deux tomes forment un véritable tout, très uni et très réussi, qui ne verse jamais dans la facilité ou le fan service gratuit. Un vrai plaisir de lecture pour tout bédéphile et tout amateur de Sherlock Holmes. Bref, parfois, on fait bien d'écouter les vendeurs qui nous chargent les bras et nous déchargent le portefeuille !

25/09/2020 (MAJ le 17/01/2022) (modifier)
Couverture de la série Le Faux Soir
Le Faux Soir

J’ai failli mettre « culte »… Un très gros coup de cœur en tous les cas pour cette évocation historique ! Gros coup de cœur déjà pour son sujet : ce faux Soir qui reste encore aujourd’hui en mémoire de plus d’un Belge demeure un des plus hauts actes de résistance réalisé au détriment du régime nazi durant la seconde guerre mondiale. Pensez donc ! Une parodie d’un journal de propagande distribué en lieu et place de celui-ci et au nez et à la barbe de l’occupant ! Plus d’un des auteurs paiera cet acte héroïque de sa vie, preuve s’il en est que ce faux journal avait méchamment blessé le régime nazi à la seule force des mots. Gros coup de cœur ensuite pour la structure du récit, dans lequel nous passons des réflexions et des recherches des auteurs au récit purement historique, simple et sans fioriture mais complet. La lecture est très fluide. D’une part, on sent l’enthousiasme des auteurs pour ce sujet et, d’autre part, l’évocation historique est tout sauf rébarbative. Contexte, complexité de la mise en œuvre et conséquences de la distribution de ce faux journal, tout est expliqué et détaillé mais sans jamais peser sur le récit. Il y a un florilège de noms et matière à approfondir le sujet pour qui le désire et, dans le même temps, nous sommes face à un documentaire facile à appréhender qui intéressera autant l’amateur d’Histoire que le lecteur lambda qui découvrira ici une histoire dans laquelle le « petit fait la nique au puissant ». Gros coup de cœur enfin pour le dessin de Christian Durieux, en parfaite adéquation avec le sujet. Les passages dans lesquels sont évoquées les réflexions et recherches des auteurs sont réalisés dans un style direct et sans fioritures, comme pris sur le vif. L’évocation historique, par contre, donne lieu à des planches dans lesquelles on reconnait sans devoir se forcer tel lieu ou tel personnage (même si le visage de la plupart d’entre eux m’était inconnu). Le changement de code couleur entre les deux époques, comme le changement de calligraphie sont encore deux détails qui facilitent la lecture tout en créant une ambiance bien typée pour chaque période. Pour moi, c’est vraiment proche de la perfection ! A lire, que l’on soit féru d’histoire ou non.

17/01/2022 (modifier)