Les derniers avis (7 avis)

Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série The Tunnel to summer
The Tunnel to summer

3.5 Dans un coin reculé de la campagne japonaise, un ado entend parler d'une légende urbaine au sujet d'un tunnel qui exauce des vœux, mais en ressort de ce tunnel vieux. Il va découvrir le tunnel et voir qu'en vérité le temps passe plus vite en dehors que dans le tunnel alors après avoir passé seulement un petit moment dans le tunnel, le monde extérieur change. Le point de départ est pas mal et l'idée du tunnel est bien développé. Les personnages sont attachants même si au début le duo principal semble être un peu cliché: le gars qui se laisse faire et qui est un peu loser qui attire l'attention de la nouvelle de la classe qui est belle, pleine d'énergie et aussi un peu mystérieuse. On repend un thème bien récurrent des œuvres asiatiques à savoir l'importance de faire le deuil d'une tragédie qui s'est produit dans le passé et regarder vers l'avenir à la place. Le scénario est prenant quoique j'avoue que j'aime plus le début que la fin. Dans le dernier tome, on tombe un peu trop dans les bons sentiments, mais c'est un détail mineur. Le dessin est pas mal, c'est le genre de dessin classique qu'on retrouve habituellement dans ce type de manga. Le trait est bien maitrisé.

22/07/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série La Fragilité des hommes
La Fragilité des hommes

Ça ne va pas en fait. Se tenir à l’écart ne suffit pas. - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2026. Il a été réalisé par Vincent Zabus pour le scénario, par Nicoby (Nicolas Bidet) pour les dessins, et les couleurs ont été réalisées par Pierre Jeanneau, Laurence et Salomé Ory. Il comprend cent-seize pages de bande dessinée. Il se termine avec une postface de cinq pages, écrite par le scénariste, intitulée : La poésie sur le bitume, dans laquelle il évoque sa pratique du théâtre de rue, et comment elle a changé sa vie. Ces deux créateurs ont déjà collaboré précédemment, en particulier pour : Le Monde de Sophie (2022), Le Génie de la forêt (2024). De nuit dans les rues de la ville de Mouais. Cette histoire commence ici, chez elle. Ici où rien ne se passe. Ici où personne ne parierait que les événements à venir auront bel et bien lieu. Et pourtant… Tout ce que la ville va raconter arrivera dans ses rues, ses parcs et ses murs. À Mouais. Jamais entendu parler de la belle ville de Mouais ? Normal. Elle est une petite commune perdue dans le ventre mou de la France profonde. Seuls celles et ceux qui y vivent connaissent son nom, et n’en rigole plus. Ici, à Mouais, les jeunes sont allés travailler ailleurs et les vieux sont morts. Ceux qui restent ont simplement oublié de partir. Le seul endroit un peu vivant de ses ruelles désertées ? Le café. Là, quelques-uns de ses habitants assoient leur solitude derrière une bière. Le protagoniste de son récit ? C’est lui… François. François Sauvage. Rarement quelqu’un aura aussi mal porté son nom. Il est un homme d’âge moyen, avec une vie banale… Un de ces caractères à l‘eau tiède. La seule chose qui le singularise quelque peu, c’est sa taille. Il est grand. Mais un de ces grands qui s’en excusent. Sa spécialité ? Il n’achève jamais ses phrases. Ça promet de beaux dialogues… François Sauvage vient de faire un écart sur le trottoir au passage d’un bus, comme effrayé. Il pousse la porte du café, et il retrouve l’atmosphère familière, avec la télé qui fonctionne en continu, trois habitués dont un hébété par l’alcool, et un autre au comptoir, et Dimitri le patron qui se trompe régulièrement dans les boissons qu’il sert. François est rejoint au comptoir par son ami Michel qui sort des toilettes. La ville de Mouais reprend le fil de son commentaire : Ce soir ressemble à tous les autres soirs. Pourtant quelque chose d’inattendu, doucement, est en train d’arriver. Une de ces choses qui va bientôt emmener François dans des situations plus qu’improbables. L’amener à vivre toutes sortes d’émotions. Celles-là mêmes qu’il essaie d’ignorer depuis si longtemps. Mais pas trop vite ! Il faut reprendre les choses dans l’ordre. La ville ne voudrait pas se priver de raconter en détail tout ce qu’il s’est passé pour en arriver là. Michel entraîne son ami François dans l’arrière-salle désaffectée du bar, avec une bouteille de champagne à la main. Ils pénètrent dans une pièce abandonnée depuis belle lurette, servant de débarras, avec une scène au fond, quelques chaises empilées, une échelle pour accéder, et beaucoup de bric-à-brac. Michel lui explique que, dans le temps, on faisait du théâtre dans cette salles, des Mouaisiens jouaient et ceux qui ne jouaient pas venaient voir les autres. Devant l’apathie de son ami, il l’entraîne dehors, à l’arrêt de bus où ils ont souvent zoné pendant l’adolescence. Houlà ! Une ville qui s’appelle Mouais et dans laquelle il ne se passe rien, des habitants qui restent là parce qu’ils ont oublié de partir, une animatrice venant glaner des histoires pour monter des séquences de théâtre de rue jouées par lesdits habitants, dont tous les hommes sont des taiseux. He bin, ça promet. Sans compter que le personnage principal ne finit jamais ses phrases, comme le dit la ville elle-même : ça promet de beaux dialogues. Des dessins de nature descriptive et réaliste, avec un degré de simplification pour les êtres humains, qui montrent la banalité totale des différents environnements, entre le bar purement fonctionnel et vieillot, les rues plus souvent désertes que fréquentées, l’arrêt de bus, la station-service, l’Établissement d'Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes (EHPAD), le cimetière, une aire de jeux pour enfants (mais sans enfants), etc. Dans tout ça, c’est encore les toilettes de François qui présentent le plus de caractère, avec ses rayonnages de livre. Le lecteur ressent tout de suite une forme d’apathie aggravée le gagner, au risque de verser dans l’indifférence. Pas de doute : cette ville mérite bien son nom, et seule la gentillesse dont font preuve les auteurs pour leurs personnages le retient. La gentillesse dont bénéficient les personnages touche immédiatement le petit cœur du lecteur qui veut bien donner sa chance à cette ville sans réelle caractéristique, à ce grand échalas qui ne finit pas ses phrases, à ce projet peu enthousiasmant de théâtre de rue, à partir des petites histoires banales du quotidien des habitants. En fonction de ses habitudes, peut-être que le lecteur a commencé par jeter un coup d’œil à la postface dans laquelle le scénariste raconte sa propre expérience de la pratique de cet art : Pourtant, depuis vingt-cinq ans maintenant, Zabus pratique cette forme particulière de théâtre. Il a notamment travaillé ce type d’exercice appelé ici Glanage théâtral, qui consiste à recueillir la parole de non-professionnels pour en faire un spectacle. Dans cette bande dessinée, il a voulu partager cette expérience et tenter de transmettre aux lecteurs la singularité de cette expression artistique méconnue. De montrer comment elle transfigure l’espace quotidien en le mettant en valeur, comment elle bouscule des vies en les plaçant un court instant sous les projecteurs. […] Il conclut par : Le théâtre de rue porte notre regard sur des fleurs de pavé si familières qu’on en avait oublié la beauté. Peut-être aussi que le lecteur a apprécié Les petits métiers méconnus (2024) dans lequel le même scénariste réenchante le quotidien de manière poétique, et qu’il lui accorde une totale confiance. Très vite, il apparaît que l’apparente banalité du quotidien tranquille voire atone de Mouais n’obère en rien une narration visuelle variée. Dès la deuxième planche, le lecteur découvre un dessin en pleine page, une vue du dessus en oblique de la petite ville déjà endormie en ce tout début de soirée. L’artiste en réalise quatre autres, dont deux avec des cases en incrustations : une très belle vue du dessus sur le quai d’une gare alors que François se dirige vers Fanny, le même François assis effondré le dos contre une des portes de son pavillon, la fin d’une scène dans le cimetière communal et François avec son bonnet se montrant plein d’entrain ou au moins sûr de sa résolution. Dans cette dernière, Nicoby a représenté le personnage quatre fois dans la même image pour montrer son mouvement, une technique narrative demandant un certain doigté pour qu’elle fonctionne. S’il y est sensible, le lecteur peut ainsi relever d’autres techniques totalement fondues dans la narration jusqu’à en être invisibles : une séquence de trois pages silencieuses dehors en pleine nuit finissant sous l’abri des pompes d’une station-service, un dispositif théâtral alors que François conduit une minipelle comme s’il se trouvait sur une scène dépourvue de décor, le passage en cases panoramiques de la largeur de la page alors que les amis sont accoudés au comptoir, un fac-similé de zoom sur une photographie dont la définition se dégrade au fur et à mesure de son grossissement, le leitmotiv visuel de François s’engouffrant dans une ruelle pour s’éloigner d’un bus, et bien sûr la direction d’acteurs très différente entre celle de François et celle de Fanny par exemple, exprimant avec sensibilité leur personnalité réciproque. Le lecteur peut également percevoir une mise en abîme, elle aussi organique et transparente, de la narration brouillant la frontière entre le réel et le théâtre. La scène de la minipelle, les personnages en train de parler face au lecteur, l’inspection des costumes laissés à l’abandon dans ce qui fut une salle de représentation, etc. Le scénariste a conçu plusieurs scènes tirant partie de cette possibilité. Par exemple, François Sauvage utilise ladite minipelle dans un entrepôt pour démanteler l’usine dans laquelle il a travaillé pendant vingt ans. Le lecteur le voit ramasser et déplacer des portes, son collègue en profite pour jouer avec l’une d’elles qu’il a redressée, derrière laquelle il se met, puis qu’il ouvre : une mise en scène montrant que passer une porte est devenu vide de sens puisqu’il s’agit toujours du même espace. À quoi peut bien servir une porte qui ouvre sur le vide ? Dans un registre différent, le lecteur assiste à la répétition générale d’un groupe de six femmes toutes habillées de noir, dénonçant les viols commis par un contremaître, à la fois une séquence montrant comment se prépare une scène qui sera jouée dans la rue, à la fois une pratique totalement théâtrale de six personnes déclamant un texte dans une zone sans décor, fonctionnant à la perfection, le lecteur sentant son cœur se serrer en comprenant l’étendue des horreurs commises. Il y a aussi cette pluie d’oiseaux morts, à la fois littérale, à la fois constituant une métaphore sur la mort symbolique de la vie spirituelle des Mouaisiens. Rapidement, le lecteur se prend au jeu : il comprend qu’il se trouve investi émotionnellement dans la réussite du projet de Michel, repris par François Sauvage. Il se rend vite compte qu’il n’y aura pas d’amourette ou de romance entre lui et Fanny (même si elle le voit nu dans des circonstances saugrenues), ce n’est pas ce genre de récit. Il sourit en découvrant les premières histoires glanées dans la maison de retraite, auprès de vieilles dames dignes, tout en ayant vécu. Il sent son cœur se serrer à l’évocation de la vie en cage d’une femme au foyer. Il s’indigne et s’emporte contre ce contremaître abusant de son pouvoir pour commettre des crimes ignobles. Et le voilà totalement pris dans cette petite commune perdue dans le ventre mou de la France profonde où rien ne se passe. Ce qui se produit insensiblement l’implique émotionnellement : mener à bien un projet de nature participative, découvrir des histoires de vies entre voisins et visages familiers, éprouver un mal-être indicible à se confronter à des émotions enfouies qui reviennent à la surface. Certes, il est possible de le voir comme laisser la vie à nouveau animer ces êtres humains et un effet du théâtre ; il est également possible de le voir comme des interactions plus vraies entre des êtres humains qui se côtoient de manière fonctionnelle, familiers les uns aux autres sans jamais se connaître, sans faire l’expérience du partage d’émotions. Comme le constate François : Ça ne va pas en fait, se tenir à l’écart ne suffit pas. Le lecteur se rend compte que la ville de Mouais peut aussi s’appréhender comme étant la métaphore de la façon dont François projette son apathie sur son environnement, réagissant automatiquement à tout par un Mouais tiède lui évitant toute forme d’implication. Il faut oser : proposer au lecteur de côtoyer un individu mou et apathique dans une ville où il ne se passe rien, pour un projet à l’ambition dépourvu de tout spectaculaire. Mais bon, il est quand même sympathique, et son projet part d’une bonne intention. Puis le charme de la narration visuelle opère grâce à sa sensibilité et le savoir-faire remarquable de l’artisan qu’est le dessinateur. Finalement, les émotions des personnages refont surface, brisant l’inertie du refoulement, montrant que chaque individu possède sa propre histoire, sa propre identité, ses failles et ses traumatismes, le plaçant dans une communauté humaine prête à a bienveillance. Formidable.

22/07/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série L'Année où je suis devenue ado
L'Année où je suis devenue ado

Emma entre en 5e avec l'envie de profiter encore de ses jeux d'enfant tout en découvrant peu à peu ce que signifie devenir adolescente. Entre amitiés qui changent, premiers sentiments amoureux et questionnements sur son identité, elle va devoir trouver sa propre voie. Cet album mélange des pages de journal intime, des passages de pure bande dessinée et d'autres qui jouent entre les deux formes. Ce concept n'est pas nouveau, mais il fonctionne bien ici : on a vraiment l'impression d'être à la fois le confident d'Emma et le témoin de ce qu'elle traverse, de ses doutes, de ses enthousiasmes et de ses petites inquiétudes quotidiennes. L'héroïne est immédiatement attachante. Son histoire est finalement assez classique (les amitiés qui évoluent, la peur de ne plus être comme les autres, les premiers émois), même si la nature de la personne dont elle tombe amoureuse apporte une dimension intéressante et traitée avec beaucoup de naturel. On suit avec plaisir ses hésitations, ses relations avec ses amies et sa famille, en ayant envie qu'elle trouve son équilibre et qu'elle soit heureuse. En tant que père, ce récit m'a forcément renvoyé à cette période où l'on aimerait transmettre son expérience, donner des conseils et éviter quelques difficultés à ses enfants. Mais c'est aussi une époque où chacun doit faire ses propres expériences, où les adultes peuvent rarement résoudre les problèmes à la place des adolescents. C'est sans doute ce qui rend le récit assez juste dans sa manière de montrer cette transition entre l'enfance et l'adolescence. Sans être totalement bouleversé ni trouver une originalité exceptionnelle, j'ai passé un bon moment avec Emma. Le récit est touchant, sincère et prenant, porté par une belle nostalgie de cette période de la vie (qui m'a rappelé mes propres années d'adolescent mais aussi les souvenirs de l'adolescence de ma fille). Le dénouement apporte une conclusion satisfaisante et laisse une impression chaleureuse.

21/07/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série L'Homme qui courait après sa chance
L'Homme qui courait après sa chance

Un homme qui accumule les malchances entreprend une quête jusqu'à la montagne où vit "Celui-qui-sait-tout", persuadé que ce dernier pourra lui révéler comment retrouver le bonheur. C'est une histoire courte, simple, mais assez réjouissante. Pozla reprend les codes du conte populaire avec une histoire volontairement linéaire et une morale classique, mais il lui apporte beaucoup d'humour et un vrai plaisir de narration. La mise en scène est pleine d'humour sans jamais en faire trop, le rythme est excellent et on se laisse rapidement emporter par cette quête un peu naïve mais attachante. Le dessin est très agréable, avec un trait vivant et expressif, de belles couleurs et quelques passages contemplatifs réussis. Les planches sans cases donnent une vraie fluidité au récit et renforcent l'impression de parcourir un vieux conte illustré. La fin est prévisible dès que le héros obtient les réponses de "Celui-qui-sait-tout", mais elle reste plaisante grâce à la qualité de la narration et à l'humour de Pozla. La morale est simple, presque une sagesse populaire : nous cherchons trop loin ce qui est déjà sous nos yeux. Rien de révolutionnaire donc, mais une fable joliment racontée. Mon seul regret vient de la rapidité de lecture, qui peut laisser une légère frustration au regard du prix de l'album, même si celui-ci reste raisonnable. C'est néanmoins une jolie petite histoire, drôle et touchante, portée par un chouette dessin.

21/07/2026 (modifier)
Couverture de la série On les appelle Junior & Senior
On les appelle Junior & Senior

Je n’ai pas grandi avec les Bud Spencer & Terence Hill, donc pas d’attachement aux films pif paf boum de ce duo. De même pour le sujet, j’ai l’impression qu’il y a une mode dernièrement de mêler enfants et western (les Lucky Luke vu par Blutch ou Bonhomme, la ballade des frères Blood …). Tout ça pour dire que je me suis lancé dans cette lecture sans engouement particulier mais j’en sorti plutôt satisfait et convaincu. Rien de bien sorcier dans la formule mais quand la réalisation suit et qu’il y a une bonne énergie, bah un bon bon moment divertissement à la clé. La partie graphique m’a tout de suite attrapé, fluide et dynamique, j’aime particulièrement les têtes des personnages. Un style qui convient parfaitement bien à l’ambiance. L’histoire se laisse lire tout aussi agréablement, j’ai surtout savouré voir notre duo de gros bras se faire mener en bateau par un groupe d’orphelines, c’est la bonne idée du récit, tous ces passages sont réussis et amènent un vent de fraîcheur au classicisme de l’intrigue. Il y a de chouette idées, passages (la montgolfière …) et réparties. À voir ce que ça donne par la suite, mais en l’état un généreux franchement bien pour ce 1er tome. 3,5

20/07/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Les Petites Cartes Secrètes
Les Petites Cartes Secrètes

Deux enfants séparés par le divorce de leurs parents entretiennent une correspondance secrète et imaginent les plans les plus improbables pour les remettre ensemble, sans mesurer jusqu'où leurs initiatives vont les conduire. Pour une fois, mon ressenti est éloigné de celui de Mac Arthur, et je constate que nous avons appréhendé cette lecture de manière très différente. Là où il voit surtout des parents démissionnaires et des enfants presque monstrueux, j'y ai vu une histoire certes un peu artificielle dans sa mise en place, mais finalement assez crédible dans ce qu'elle raconte des réactions humaines. Les enfants sont forcément égoïstes, comme peuvent l'être tous les enfants lorsqu'ils souffrent : ils feraient tout pour que leurs parents s'aiment à nouveau et ne mesurent pas les conséquences de leurs actes. En face, les parents sont absorbés par leurs propres difficultés, communiquent mal avec leurs enfants et ne réalisent pas que leurs décisions les entraînent progressivement dans une spirale de plus en plus douloureuse. Le début des échanges épistolaires est un peu convenu. Il m'a par exemple rappelé ce film de Disney : La Fiancée de Papa. Ce plan imaginé à distance pour rabibocher les parents prête parfois à un sourire attendri, et j'avoue avoir été moi aussi un peu agacé de voir un enfant de neuf ans accumuler autant de fautes d'orthographe. Malgré tout, je l'ai accueilli avec bienveillance, parce que cela participe aussi à la spontanéité et à la naïveté du récit. Plus les cartes s'échangent, plus la relation avec la nouvelle compagne du père se dégrade, plus les conséquences pour les enfants sont graves, et plus les stratagèmes qu'ils imaginent deviennent dangereux. C'est à ce moment-là que la bande dessinée prend, à mes yeux, toute son ampleur. Derrière son apparente simplicité, elle montre avec pas mal de justesse les ravages du manque de communication au sein d'une famille et la façon dont des enfants peuvent glisser vers des comportements inquiétants ou néfastes pour eux-mêmes sans que les adultes ne s'en aperçoivent. Cela m'a fait penser à ces jeunes dont les résultats scolaires ou le comportement se dégradent parce que leur vie familiale s'effondre autour d'eux. Contrairement à ce que son principe pourrait laisser croire, ce n'est d'ailleurs pas un récit léger ou purement humoristique. Les maladresses et les incompréhensions naïves des cartes postales font parfois sourire, mais plusieurs passages sont réellement durs et le récit n'hésite pas à s'approcher du tragique. Et d'ailleurs, sur la fin, j'ai été proche de verser ma petite larme lorsque les parents découvrent enfin la correspondance de leurs enfants et comprennent ce qu'ils ont vécu. En tant que parent, j'aurais été effondré de réaliser si, faute d'avoir su écouter et parler avec mes enfants, je les avais conduits à une telle détresse et à commettre des actes aussi graves. J'ai également beaucoup aimé le dessin de Cyrielle. Son trait net, à l'encre de Chine, rehaussé de couleurs très intenses qui évoquent des feutres, renforce cette atmosphère enfantine. Les personnages sont expressifs et attachants, et l'ensemble possède une vraie douceur visuelle qui contraste avec la dureté de certains événements. Enfin, j'ai sans doute été encore plus touché parce que cette histoire se déroule au début des années 90, quasiment à l'époque de mon enfance, celle du Club Dorothée. Les cartes postales échangées par Tom et Lili ont réveillé un souvenir assez personnel : moi aussi, enfant, j'écrivais de longues lettres à mes cousines et à mes amies. Cela a ajouté une dimension nostalgique qui a rendu cette lecture plus émouvante. Oui, certains ressorts sont un peu cousus de fil blanc et quelques situations paraissent légèrement forcées. Mais je les ai acceptés sans difficulté, notamment parce que l'album s'adresse aussi à un jeune public. Derrière cette simplicité se cache une histoire sensible, touchante et pleine d'humanité, qui rappelle combien le dialogue au sein d'une famille est essentiel et combien les enfants peuvent souffrir en silence lorsque les adultes oublient de les écouter.

20/07/2026 (modifier)
Par Vaudou
Note: 4/5
Couverture de la série La Ville qui n'existait pas
La Ville qui n'existait pas

C'est mieux ! Après une première album honorable et un second qui a assez mal vieilli. Christin et Bilal concluent leur trilogie fantastique par un album ambitieux sur le fond. Exit l'humour à la papa, le ton est plus mélancolique, certaines séquences narratives préparent déja Partie de chasse, sommet de leur collaboration. Leur vision de l'utopie sociale est cependant très caricaturale et datée. Au dessin, beaucoup de ton de gris mais c'est l'histoire qui veut ça. La mise en page se veut plus recherchée et révèle les ambitions artistiques ultérieures du duo.

20/07/2026 (modifier)