Les derniers avis (25 avis)

Par Lodi
Note: 4/5
Couverture de la série Sous Terre
Sous Terre

Apprendre en s'amusant dans une histoire atypique : chouette ! Si je chipotais : le vrai dieu Hadès ne se comporterait pas si mal, il ne passe pas, lui, son temps à enlever, violer et s'amuser des mortels d'une façon ou d'une autre, un des dieux les plus juste qui soit, mais passons. On apprend les mécanismes du vivant, donc, et que le dieu soit désagréable fait passer sur la question de mais comment nourrir les masses humaines sans polluer ? Un indifférent aux humains s'en moque bien, à l'instar de bien des écolos se moquant totalement du sort des peuples premiers qu'on ne met en avant que pour défendre des milieux soi-disant sauvages, sans humains… dont ils expulsent les habitants immémoriaux pour faire des réserves naturelles : https://www.survivalinternational.fr/sur/refugies-de-la-conservation https://www.courrierinternational.com/article/2007/02/22/les-tribus-victimes-de-l-ecologie Les écolos sacralisant la nature sont comme les multinationales qu'ils critiquent ? Non, ils les battent à plate couture en hypocrisie, et en plus, ils ont moins de contre-pouvoir que ces dernières donc une bien plus grande marge d'abus qu'elles. Un nouveau problème documenté par des livres d'enquête et replacés dans le contexte de la vision occidentale de la nature. Bref, mais ne faisons pas ce procès à une bd bien innocente, en comparaison ! Elle ne se mêle pas de politique, elle instruit et fait réfléchir avec un dessin que je trouve adapté à défaut d'être beau. Et le dynamisme de l'action ! Et le retournement final ! Bravo.

10/01/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série French Theory
French Theory

En bref, il n’y a pas de hors texte. - Ce tome constitue un exposé sur la French Theory et son histoire. Son édition originale date de 2025. Il a été réalisé par François Cusset & Thomas Daquin pour le scénario, et par Daquin pour les dessins et les couleurs. Il comprend deux-cent-dix pages de bande dessinée. Il se termine avec un paragraphe de quelques lignes précisant que : Cette bande dessinée en forme d’essai graphique n’est pas une adaptation illustrée du livre intitulé French Theory, Foucault, Derrida, Deleuze & Cie et les mutations de la vie intellectuelle aux États-Unis, mais plutôt une double tentative, voir si le dessin pourrait rendre plus accessibles et plus utilisables les concepts de philosophes pas toujours faciles, et voir si ces concepts et leur histoire mouvementée, au moment où ils sont attaqués de toutes parts, pourraient aider à résister aux Fascismes qui montent. Le 6 janvier 2021, à Washington, des supporters fanatisés de Donald Trump envahissent le Capitole sous les yeux du monde entier, interloqué. Un an plus tard, alors que s’accumulent les menaces sur la démocratie, et que le monde se remet lentement de la pandémie de Covid, un colloque a lieu à la Sorbonne, sous le titre : Après la déconstruction, reconstruire les sciences et la culture. Le ministre de l’Éducation nationale intervient déclarant que d’une certaine façon, ce sont eux qui ont inoculé le virus, avec ce qu’on appelle la French Theory. Maintenant ils doivent fournir le vaccin. Un virus, un vaccin ? Ce même Jean-Michel Blanquer a en 2021, créé son laboratoire républicain afin de gagner la bataille des idées. Mais ici, les laborantins ne sont pas chimistes : ils sont députés, éditorialistes, hauts fonctionnaires, professeurs, politologues, bref… de bons soldats de la République. Cela dit, quel rapport entre cette chaîne de réactions anti-woke dans la France des années 2020, et des philosophes à la réputation subversive, et aux textes chargés, de la fin du XXe siècle ? Entre des vieux bouquins de philo et une menace imminente pour la civilisation ? C’est l’infection du monde américain depuis un demi-siècle par un principe actif, synthétisé sur place, et baptisé : French Theory. 1777, le marquis de La Fayette vient apporter de l’aide pendant la guerre d’indépendance. 1917… 1945… Par deux fois, les soldats américains débarquent pour sauver le monde libre. Dans l’entre-deux guerre, les artistes noirs américains trouvent en France une liberté qu’ils n’ont pas chez eux. En 1944, les esprits libres de l’Hexagone fuient la France occupée pour se réfugier aux USA. La France de l’après-guerre se passionne pour le rock’n’roll et Hollywood. Et la tournée américaine de Sartre et Beauvoir donne envie à New York de ressembler à Saint-Germain-des-Prés. L’élite culturelle consomme français, les Américains fantasment une France subversive, exotique… sans se rendre compte de l’ampleur de son américanisation. La France, elle, a le sentiment que les États-Unis pèsent un peu trop sur sa façon de vivre, d’où un anti-américanisme tenace… Le genre de malentendu qui fait les meilleures histoires. La French Theory, qu’est-ce donc ? Hé bien c’est l’objet de cet ouvrage, et il suit ce concept depuis sa naissance aux États-Unis, jusqu’à son retour en France, en passant par l’explication des cinq principes majeurs (les cinq fantastiques), les usages qu’en ont fait les Américains, son acceptation ou son rejet par certaines communautés, des amis ou des ennemis. Rapidement, le lecteur se rend compte que nul n’est besoin de disposer de connaissances préalables pour pouvoir suivre cet exposé, que ce soit dans sa dimension historique ou dans sa dimension philosophique. L’ouvrage est dense en informations, et en même temps très agréable à lire grâce à la narration visuelle de type descriptive et réaliste, avec des représentations un peu simplifiées ce qui les rend plus rapides à lire, avec une belle inventivité dans les représentations pour imager les concepts. Les auteurs présentent rapidement les cinq philosophes dont les écrits ont constitué les fondations de la French Theory : Michel Foucault (1926-1984, Surveiller et punir), Jacques Derrida (1930-2004, La différance), Gilles Deleuze (1925-1995, La machine désirante), Félix Guattari (1930-1992, La ligne imaginaire), Jean Baudrillard (1929-2007, Simulacres et simulation). Puis ils consacrent un chapitre à leur concept majeur, ou tout du moins celui qui a été retenu par les Américains et mis en œuvre. En fonction de ses inclinations, le lecteur attend peut-être plus un chapitre ou un autre. Les auteurs effectuent un travail remarquable, chronologique, depuis la genèse du mouvement de la French Theory aux États-Unis, jusqu’à son retour en France, en évoquant le devenir des cinq philosophes. Il lit donc l’introduction avec la déclaration de Jean-Michel Blanquer, avec en onze pages, déjà de nombreuses idées visuelles pour donner à voir des choses très concrètes comme l’intervention du ministre de l’Éducation nationale, et des concepts comme les relations culturelles entre les États-Unis et la France (deux dessins en double page opposant les deux pays de part et d’autre de l’océan Atlantique), et six moments de leur histoire commune, avec trois cases de la hauteur de la planche sur deux pages en vis-à-vis. Puis, ne reculant devant aucun défi, les deux auteurs se lancent dans l’exposition des cinq concepts fondamentaux de la French Theory un par philosophe. Et là… C’est un tour de force. Dans ce chapitre intitulé Les cinq fantastiques, les auteurs mettent en scène des avatars humanoïdes de chacun de ces cinq concepts : Norma la norme, Dezmak la machine désirante, Sim le simulacre, La déconstruction, L.O.F. la ligne imaginaire (Line Of Flight). Dans un grand camping-car, deux chimistes en tenue intégrale avec masque mélangent des produits pour créer une nouvelle personnification (toute ressemblance avec une série télé…). Première allégorie créée : Norma, un homme aux larges épaules, dans un costume vert rayé de jaune, les rayures faisant office de barreaux de prison pour une petite silhouette blanche. Le dessinateur met à profit les possibilités de la bande dessinée pour réaliser des constructions de page et des conceptions visuelles de séquence complétant ce que l’incarnation de la Norme exprime : barreaux tordus devenant les rayures du costume de Norma, personnage représenté en triple se rasant lui-même la tête et se tendant un miroir, cases de petite hauteur pour montrer un personnage enfermé dans un petit espace, bordures de case formant la silhouette d’un personnage, jeu de Norma avec le petit personnage comme s’il s’agissait d’une poupée, panoptique (architecture carcérale conçue par le philosophe Jeremy Bentham, 1848-1832, et repris par Foucault pour en faire le modèle abstrait d’une société disciplinaire), etc. L’artiste se montre encore plus inventif pour Dezmak avec des mises en page à base de robot, de machineries, de tapis roulants et engrenages, d’écrans de contrôle, etc. Ce chapitre constitue une réussite exemplaire, un tour de force pour vulgariser la concepts complexes de ces philosophes français emblématiques. Les auteurs exposent ensuite ce qu’il est advenu de ces théories. Dans un passage tout aussi éclairant, rendu évident par la narration visuelle, ils expliquent que : D’habitude, un philosophe produit du texte, ses concepts restent circonscrits aux textes, et leurs effets sont des effets de texte. Avec une image très parlante (un individu prend une page d’un des ouvrages évoqués, la roule et la fume), ils continuent : En France, il y a eu des commentateurs, mais aux USA on est passé aux usagers (ce dernier mot filant la métaphore de la substance psychotrope), les pages sont sorties de leur contexte (évoquant le principe qu’il n’y a pas de hors texte). Le lecteur découvre alors, ou retrouve, comment d’autres penseurs ont mis à profit ces concepts novateurs pour développer ou étayer leurs propres points de vue. Il voit leur influence dans les travaux de Edward Saïd (1935-2003, L’orientalisme : l’orient créé par l’occident, 1978), Homi Bhabha (1949-, Le pays de l’exilé, c’est la dissémi-nation, pour exister il doit inventer un tiers-espace d’énonciation.), Gayatri Chakravorty Spivak (1942-, études postcoloniales et féministes, traductrice de Jacques Derrida), Judith Butler (1956-), Eve Kosofsky Sedgwick (1950-2009), Fredric Jameson (1934-2024), Stanley Fish (1938-)… jusqu’à Matrix (1999) des sœurs Wachowski. Le dessinateur participe à établir ces filiations, en intégrant des échos visuels des cinq fantastiques dans la narration, qui passe d’un mode descriptif à un mode allégorique, intriqués dans une même séquence. Par exemple : impossible d’oublier l’évidence visuelle du portail de Jurassic Park, comme une preuve patente que la culture postmoderne constitue une publicité permanente pour le capitalisme, selon Fredric Jameson. Ce voyage extraordinaire, aussi bien historique, que pédagogique qu’initiatique, continue avec la même faconde pour mettre en lumière comment cet agglomérat de concepts a généré une réaction de rejet (Backlash) débutant dans les années 1970. La French Theory devient le bouc émissaire de la complexification du monde, de la relativisation des valeurs, de la distinction brouillée entre le bien et le mal, et même de la crise de la civilisation occidentale qui n’est plus le centre du monde. Le dessinateur et adaptateur continue de mettre à profit des rapprochements et des métaphores visuels, les images montrant avec toute leur force de conviction les liens existant entre les idées et les visuels créés par des communicants se les appropriant pour mieux les instrumentaliser (comme Jacques Chirac sautant par-dessus le tourniquet du métro). L’exposé se clôt par une séquence : Que sont-ils devenus ? Qu’est-il advenu de ces penseurs français ? À défaut d’être prophètes en leur pays, la France a-t-elle reconnu leur impact concret dans la pensée mondiale, et rendu justice à leurs accomplissements ? En découvrant cet ouvrage, le lecteur peut éprouver quelques doutes sur la capacité des auteurs à exposer un sujet aussi complexe. Il comprend que leur intention dépasse l’adaptation de l’ouvrage du coscénariste, et fait preuve d’ambition en termes de vulgarisation. Le dessinateur fait preuve d’une inventivité épatante pour donner à voir les concepts, les liens, sans négliger la reconstitution historique, transformant une thèse en une expérience visuelle constituant une véritable bande dessinée. Le duo d’auteurs atteint un niveau exemplaire sur le plan de la vulgarisation, y compris des concepts les plus ardus, et réalise une mise en perspective historique formidable. Parfait.

10/01/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Salade César
Salade César

César est un couillon au mental d'enfant de dix ans, et Brutus n'en peut plus de ses conneries. C'est décidé, il va mettre en place un complot pour l'assassiner, pour le bien de Rome. Sauf que ses complices sont tous aussi couillons. Je découvre le duo Karibou et Duparcmeur avec cet album, et il donne très envie de lire leurs autres productions. Humour absurde et percutant, élégance du dessin et efficacité de la mise en scène se combinent ici pour un résultat qui m'a fait éclater de rire à de nombreuses reprises. Graphiquement, on est sur un dessin réaliste, volontairement figé et minimaliste, en bichromie bleutée, utilisant régulièrement l'itération iconique. Les décors sont souvent vides, mais les personnages sont très soignés et très réussis, et leurs airs impassibles accentuent le côté pince-sans-rire de l'humour. Cela rappelle clairement les BD de Fabcaro, et ce choix fonctionne bien ici : le dessin s'efface au profit du texte et renforce même l'absurdité des dialogues par son extrême neutralité. La lecture est fluide, les personnages immédiatement identifiables, et la mise en scène reste claire malgré la simplicité du dispositif. L'humour repose essentiellement sur l'absurde, les anachronismes et les dialogues. César est constamment en décalage avec les situations, et c'est souvent dans ce contraste que les gags fonctionnent le mieux. J'ai apprécié que l'humour ne repose pas uniquement sur la chute finale, mais aussi sur le déroulement même des scènes et des échanges, avec des situations qui dégénèrent progressivement. Les running gags sont présents mais restent globalement maîtrisés, sans jamais devenir trop lourds. Tout n'est pas parfaitement équilibré pour autant. La volonté de relier tous ces gags afin d'en faire une histoire continue entraîne quelques baisses de rythme, surtout sur la fin, où l'assassinat s'étire un peu trop. J'ai beaucoup ri sur certains gags et situations, simplement souri sur d'autres, et quelques pages tombent légèrement à plat, mais l'ensemble demeure globalement très réussi. Si l'on aime l'humour absurde, le contraste entre des personnages très sérieux et des situations loufoques, ainsi qu'une relecture anachronique de l'Histoire, c'est clairement une lecture recommandable.

09/01/2026 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série Un père
Un père

Jean-Louis Tripp continue son autobiographie en s'attaquant cette fois-ci à son père et la relation souvent compliquée qu'il a eue avec lui. Le père de Tripp ressemble à de nombreux parents : il y a de bons côtés et l'auteur garde de bons souvenirs, mais il pouvait aussi être un père de mauvaise foi qui n'avait pas le temps de bien élever ses enfants (les parents de Tripp l'ont d'ailleurs eu lorsqu'ils étaient trop jeunes et qui ne savaient pas trop quoi faire avec un bébé) et surtout il a fait partie de ces trop nombreuses générations d'hommes qui ont grandi avec l'idée qu'on doit tout garder en soi-même au lieu de chercher de l'aide. Tripp est honnête et n'a pas peur de se représenter de manière parfois détestable devant les lecteurs. Il était un enfant turbulent qui aimait bien embêter son petit frère. Au travers la figure de se père à la fois présent et absent, on voit aussi un peu l'histoire familiale de Tripp. Ses parents s'engueulent tout le temps et vont finir par divorcer et à cause de leur comportement le petit Tripp vivra une expérience traumatisante lorsqu'il n'était encore qu'un enfant. Un des moments les plus passionnants de l'album est la conversation entre l'auteur et sa vieille mère qui admet qu'elle et son mari n'étaient pas prêts pour avoir un enfant lorsqu'ils l'ont eu. C'est vraiment un album passionnant qui se lit facilement malgré le nombre de pages. Le dessin de Tripp est toujours agréable et il recrée bien une France qui n'existe plus.

09/01/2026 (modifier)
Couverture de la série Moon deer
Moon deer

J’avais découvert Yoann Kavege avec son roman graphique Fantasy, que j’avais beaucoup aimé, donc j’étais assez curieux de lire Moon Deer, sa première bande dessinée. On sent rapidement que l’auteur propose quelque chose de différent : la narration est presque muette et repose essentiellement sur l’image, ce qui demande de se laisser porter plutôt que de chercher une histoire très explicite. La lecture est très contemplative, avec un rythme lent et une ambiance poétique, presque onirique. J’ai parfois trouvé le récit volontairement flou, mais ça ne m’a pas dérangé : au contraire, ça participe à l’expérience et à l’immersion dans cet univers étrange et spatial. Le dessin et les couleurs jouent un rôle central et racontent beaucoup de choses sans avoir besoin de mots. Ce que j’ai le plus apprécié, c’est clairement la fin. La chute m’a vraiment marqué : elle donne du sens à tout le reste du récit et m’a fait revoir l’histoire autrement une fois l’album refermé. C’est le genre de conclusion qui reste en tête et qui fait réfléchir après coup. En résumé, Moon Deer est une BD avant tout visuelle et sensorielle, qui ne plaira pas forcément à tout le monde, mais que j’ai personnellement beaucoup appréciée, notamment grâce à sa fin très réussie. Une œuvre singulière qui confirme mon intérêt pour le travail de Yoann Kavege après Fantasy.

08/01/2026 (modifier)
Couverture de la série Petit pays
Petit pays

Une adaptation d’un roman que je ne connais pas, mais qui a de faux airs de documentaire, tant le récit est ancré dans la réalité, tant il en a la saveur et l’amertume. Après un long moment de mise en place des personnages et des décors (ville, campagnes, ambiance politique qui se dégrade), l’horreur s’abat au Rwanda, et déborde au Burundi, où vivent les personnages que nous suivons. L’horreur du génocide mis en œuvre par des extrémistes Hutus contre les Tutsis (et tous les hutus trop « modérés ») prend évidemment à la gorge. Voir la haine se développer, y compris lorsqu’il s’agit de se venger des meurtriers (voir la scène où le jeune héros est contraint de se joindre à la meute en immolant un Hutu accusé d’être un génocidaire !) ne peut qu’interpeller, même si hélas c’est bien ainsi que ça s’est passé. Le récit, « romancé », n’en reste pas moins crédible, et nous présente le génocide perpétré au Rwanda – et ses conséquences – de façon naturelle. Parmi les conséquences, la haine développée envers les « Français ». Si elle n’est pas expliquée ici, elle peut se comprendre, tant la France a fermé les yeux, si ce n’est soutenu certains caciques génocidaires, et, on s’en souvient, son intervention – des plus tardives ! – n’a finalement permis que de sauver les génocidaires en fuite… Et la longue mise en place rend encore plus palpable violence et douleur, angoisse et terreur qui vont jeter un voile noir sur la région. Un récit prenant en tout cas, dans lequel la petite histoire s’intègre très bien dans la grande, les deux étant aisées à suivre.

08/01/2026 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série On l'appelait Vermicelle
On l'appelait Vermicelle

Cette BD n'est pas une autobiographie mais il est indéniable qu'elle s'en inspire fortement pour ce récit. Car nous avons ici la démonstration par l'exemple de la violence éducative, c'est-à-dire la violence que les parents exercent sur leurs enfants et qu'ils leur transmettent bien souvent. Cette violence éducative, ce n'est pas, comme on l'imagine souvent, une violence sourde et brutale. Pas de coups, de viols, de hurlements ou d'enfermements. Mais pour autant, ce n'en est pas moins une violence certaine. La BD décevra sans doute des gens qui trouveront qu'elle est trop sage, trop gentille, qu'elle ne va pas au fond des choses. Pourtant elle réussit à mettre en lumière ce que je connais depuis des années et dont je parle souvent avec des parents (ce qui conduit aussi souvent à des débats ou de l'énervement), à savoir qu'être un mauvais parent est très facile et souvent dans les détails. Les violences éducatives sont un long processus, des petites phrases prononcées chaque jour à des gestes qui nous paraissent anodins. Cela n'empêche pas d'être de bons parents au global, d'avoir une envie de bien faire voire même d'être prévenant et attentif. Le monde n'est pas si binaire que ça... Pour en revenir à cette BD, je trouve qu'elle réussit son propos justement parce qu'elle n'essaye pas de montrer une situation caricaturale. Il y a certes le handicap de la sœur qui intervient, mais ce qu'elle raconte est universel. Ce n'est pas un exemple qui parle à tous, ce sont des petits exemples qui peuvent parler à tous. Et ça c'est remarquable. Le personnage principal étant féminin, il se rajoute la couche de sexisme ordinaire envers les femmes (y compris jeune) telles que les remarques à base de "tu n'es pas jolie quand tu boudes", par exemple. Il va de soi qu'une même BD avec un garçon aurait aussi donné son lot de remarques ("sois fort, ne pleure pas", "faut te défendre, reste pas passif", "vas-y, dis-lui bien" etc ....). La BD est donc un étalage de ces petites violences, de ces moments où l'éducation des parents déraille. Encore une fois, il s'agit ici d'une famille aimante, pas déchirée par un divorce ou qui se déteste, dont les parents ont des boulots (et donc sans pression financière, sans fin de mois difficile) mais déjà là se dessine la violence éducative. Ce qui est formidable, c'est qu'en plaçant le regard du point de vue de l'enfant, on comprend tout ce que cela implique : le manque de patience, d'explication, l'importance du dialogue, de comprendre les émotions et d'en parler, les non-dits, les mensonges pour leur bien, les phrases anodines pourtant lourdes de sens... Je fais l'éloge de la BD qui n'est pourtant pas sans défaut. Il y a la fin un peu brutale et qui laisse entrevoir les pistes à exploiter : voir un psy, en parler, s'informer, échanger avec ses parents... Mais je comprends que le but n'est pas de faire un manuel à ce propos, juste de présenter la situation de ces violences éducatives et laisser le lecteur ou la lectrice libre de ce qu'il doit en comprendre. Au final, c'est surtout un état des lieux de ce que l'enfant subit au sein des familles. Une BD qui sera à compléter par bien des articles, podcasts et livres pour essayer de mieux en comprendre les enjeux ensuite. Une BD à lire et à faire lire, à mon goût.

08/01/2026 (modifier)
Par Simili
Note: 4/5
Couverture de la série Un Dernier tour de terrain
Un Dernier tour de terrain

Ah le football, sport universel par excellence, vraie religion pour ses aficionados, symbole de tous les excès et dérives de notre société mettant en exergue l'égoïsme de ses acteurs pour ses détracteurs. Toujours est il que c'est un sujet qui laisse rarement indifférent, même si on ne s'y intéresse pas. Mais pour ma part c'est un sujet qui m'intéresse et auquel je prête toujours une oreille attentive. Du coup "Un dernier tour de terrain" se retrouva rapidement dans ma PAL et lorsque l'occasion de me le procurer se présenta, tel Kylian Mbappé je ne l'a manqua pas. Et c'est sans aucun mal que le duo (d'attaque) espagnol au commande du scénario su capter mon attention et me captiver autant qu'un match du Real Madrid et ce pour plusieurs raisons : - La première est le choix de leur héros, tout du moins sa fonction. Dans le microcosme du ballon rond ( et bientôt dans celui de l'ovalie) le métier d'agent est celui qui cristallise le plus les critiques et les dérives du foot business. Toujours plus de transferts pour plus de pognon. Dans le foot, comme dans bien d'autres sports tout va vite, très vite, trop vite. Aussi l'histoire de Beni et Fali est touchante car profondément humaine. Leur relation a su aller au delà du professionnel. Ils ne se sont jamais quittés malgré les difficultés rencontrées. Et, alors que je désespère de voir ce que mon sport est devenu, j'ai l'ai trouvé sincèrement rafraichissante. - La seconde est que le scénario a su suivre l'évolution du foot, de ses acteurs et de son business. S'il dresse un portrait sans concession du football d'aujourd'hui rempli d'égo et de paraitre, il ne se veut pas pour autant moralisateur. On ne sent pas le c'était mieux avant. On est juste dans le constat de l'évolution pas seulement du sport mais de la société globalement. Puis pour ne rien gâcher je suis assez fan du dessin tout en rondeur, presque enfantin. J'ai trouvé les traits des différents protagonistes assez pertinents. Au final cela donne une chouette BD, qui plaira certainement plus aux fans de ballons ronds qu'aux autres mais qui se laisse lire avec plaisir. Note réelle 3.5

08/01/2026 (modifier)
Par Lodi
Note: 4/5
Couverture de la série Fleurs de Pierre
Fleurs de Pierre

Vraiment une belle œuvre que j'ai eu la chance de trouver par hasard à la Bibliothèque sans en avoir entendu parler avant, loin de la frustration de gens attendant la fin alors que coincés au milieu du gué ! Est-ce que cela me console d'oeuvres que j'aimerais lire depuis des années et sur lesquelles je n'ai pas mis la main ? Bref, je n'ai rien à reprocher à Fleur de Pierre, j'en préfère seulement d'autres comme Ikkyu …. J'aime l'originalité de parler d'un passé méconnu, les dessins, les personnages, tout. Qu'est-ce qu'on deviendrait sans le Japon pour poser un regard perçant mais non dénué d'empathie sur nous, en bande dessinée ? Je me le demande. J'admire d'autant plus les résistants qu'ils étaient confrontés non seulement au danger et à des divergences classiques type droite et gauche mais de sévères divisions ethniques. L'insouciance de la jeunesse perce parfois, mais on sent que le danger se tapit partout, toujours inattendu, ce qui est à la fois une réussite dramatique et le reflet de la réalité. Bien sûr, les personnages se connaissent, mais c'est parce que la fiction doit tisser un monde, où tout se tient, et en plus il faut aller vite quand on ne peut pas prendre son temps comme dans un roman qui n'est pas basé sur le rythme.

08/01/2026 (modifier)
Par Lodi
Note: 4/5
Couverture de la série Terra Australis
Terra Australis

J'ai lu ce pavé aux dessins de valeur mais qui ne me plaisent pas grâce à la Bibliothèque. Tant mieux, le récit m'a captivé ! On se dit que pour avoir résisté à la misère et à l'emprisonnement, les émigrants vont tout surmonter ! La misère est épouvantable, les peines pour délit démesurées, et on éloigne des gens ayant purgé leur peine. Pourtant, nul n'est caricaturé, on voit ainsi un Anglais aisé pas content d'avoir été volé, et encore plus mécontent, et surtout surpris par le fait que son jeune voleur aille pour cela en prison. Allez savoir pourquoi j'ai retenu cette anecdote plutôt qu'une autre…. Peut-être parce que tous les protagonistes sauf quelques méchants me semblent mécontents du rôle qui leur est dévolu sans savoir quoi faire pour défendre leurs intérêts sans trop nuire aux autres ? Malgré des qualités et un rôle qui tranche sur les autres, le chef de l'expédition coloniale, le capitaine n'apparaît donc pas comme un être unique, mais relever de cette attitude plus générale… Les Aborigènes regardent les colons débarquer comme je le suppose nous le ferions d'extraterrestres forcément bien plus dotés scientifiquement que les humains pour venir s'inviter chez nous , et la vie s'organise comme elle peut en Terra Australis. Je ne me rappelle plus de tout, mais d'un monde donnant une impression d'enfermement et d'immensité, réussite fascinante.

08/01/2026 (modifier)