Connectez-vous pour cacher cette bannière publicitaire.

Les dernier avis (20 avis)

Par grogro
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Les fleurs rouges
Les fleurs rouges

La réédition des œuvres de Tsuge par Cornélius est une bénédiction. Jusqu'ici, on connaissait uniquement de cet auteur obscur, longtemps opposé à toute tentative de traduction des ses œuvres, que l'édition de L'homme sans talent chez Ego Comme X. La lecture de ce manga m'avait alors enchanté, moi qui ne suis pas très versé dans la bande dessinée japonaise au sujet de laquelle je suis longtemps resté cantonné dans mes a priori. C'est donc non sans une certaine curiosité que j'ai entamé ce premier tome rassemblant l'intégralité des nouvelles graphiques de Tsuge. Il faut signaler que l'édition de ces œuvres ne suit pas nécessairement un ordre chronologique, mais qu'elle réunit plutôt les nouvelles par "période", chacun des 7 volumes (4 restant à paraitre) prenant le titre d'une nouvelle en particulier, soit parce qu'elle est caractéristique de la dite période (c'est le cas ici), soit parce celle-ci marque un tournant dans l’œuvre de l'auteur (c'est le cas du volume intitulé La vis). Cela étant dit, il convient tout d'abord de saluer la qualité exceptionnelle de cette édition. Couverture rigide, épaisse, belle jaquette repliée sur elle-même (ce qui renforce l'impression de solidité du papier), présence d'un signet en tissu incorporé au tranchefil, reliure cousue, papier de qualité... L'objet est très beau. S'ajoute à cela un appareil critique de qualité, de nombreuses traductions émaillant les pages (même les onomatopées sont traduites) ainsi qu'un petit corpus de notes en fin d'ouvrage fournissant d'utiles précisions culturelles ou sociales sur certains aspects évoqués dans le livre. Merci donc à Cornélius pour ce magnifique travail ! Intéressons-nous à l’œuvre en elle-même maintenant. Exception faite de la deuxième nouvelle de ce volume (Plein soleil) qui m'apparait inexplicablement sans grand intérêt tant graphique que narratif, les histoires qu'il contient sont renversantes... Tout d'abord, le dessin de Tsuge, bien que réalisé il y a plus de 50 ans, apparait encore aujourd'hui d'une modernité impressionnante. Le travail sur les ombres est remarquable par sa simplicité, et le soin apporté aux paysages est tout bonnement estomaquant. La narration quant à elle est ici élevée au rang de science tant elle peut compter sur un découpage dynamique. On est très loin ici du traditionnel gaufrier, encore très en vogue à l'époque. Et puis ce dessin, simplissime, efficace, immédiatement déchiffrable, ne dévoile que le strict nécessaire, abandonnant volontairement le reste à la pudeur de par la grâce de son trait. Tsuge donne au fil des pages une leçon de dessin magistrale. Le dessin est frais, les visages sont très expressifs, et la composition des cases confine à l'art de l'estampe. La force de ces histoires de trois-fois-rien réside dans la puissance de suggestion de l'auteur. Il faut lire la très métaphorique nouvelle éponyme pour s'en convaincre : arrivé à la dernière case, je n'ai pu m'empêcher de lâcher un "wow !" de sidération. Tour à tour poétiques, drôles, voire burlesques, parfois dramatiques, ces nouvelles nous plongent dans un Japon qui, bien qu'encore fortement empreint de tradition, et sur lequel Tsuge jette un regard d'une infinie tendresse, connait alors une vague de libération des mœurs. La nouvelle intitulée Paysage de bord de mer, traitée un peu à la manière de la Nouvelle Vague, est particulièrement significative de cette tendance. Je suis loin d'être un spécialiste du Japon, un pays dont j'ignore à peu près tout, mais je sais que ce manga m'a ému, entre autre raison parce qu'on éprouve cette sensation de basculement d'un monde à l'autre. Je l'ai dit au début, le manga n'est pas mon truc. A part l'Homme sans talent, j'avais lu uniquement Quartier Lointain de Jiro Taniguchi, ou peu s'en faut. Désormais, il sera plus juste d'écrire que le manga N'ETAIT PAS mon truc. Là réside le moindre des mérites des Fleurs rouges, une œuvre dense et rêveuse. Aussi, pour cette année vingt vingt déjà bien entamée, je me suis concocté un petit programme de rattrapage comprenant la lecture des œuvres d'Asano, Urasawa, Mizuki ou bien encore Mochizuki. On m'aurait dit ça il y a encore six mois, je vous jure que je m'en serais froissé une côte de rire. Comment c'est déjà le truc qu'on dit avec les avis des imbéciles ?...

28/03/2020 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Amabilia
Amabilia

Oh oui, alors là je dis oui ! Une BD érotique de cette qualité, j'en redemande encore et encore ! C'est assez rare que je sois à ce point enthousiaste sur une BD érotique, mais je sais reconnaitre de la qualité quand j'en vois. Et celle-ci, c'est une superbe qualité, indéniablement. Là où je dis que c'est une réussite, c'est que cette BD érotique allie un dessin qui a de l'âme, de l'érotisme et de la sensualité avec un scénario qui permet de pleinement justifier les scènes de sexe, mais aussi de les rendre réellement excitantes et marquantes. L'alliance des deux est un plaisir, un véritable régal. Et je dois bien dire que dans le paysage de la BD porno que j'ai découvert, celle-ci se démarque particulièrement du lot ! Niveau scénario, j'ai trouvé que c'était parfait : ce qu'il faut d'érotisme, de pornographie (et donc de scènes de sexe), mais aussi d'attachements au personnage, de fantasme et de désir ... C'est bien simple, on est plongé dans l'histoire dès le premier volume et je me suis beaucoup attaché à ces deux êtres qui se trouvent et se retrouvent. Le suggestif est présent entre les scènes pour faire monter le plaisir, et ça fait du bien. Sans parler des scènes de sexe, très bien croquées et qui permettent de réellement sentir la sensualité de ces passages. Bien loin d'un porno crade qui tache les doigts, on est sur du chic et du classieux, mais avec une bonne dose de salace tout de même. Et l'histoire justifie ces passages tout en rendant les scènes réalistes et très humaines. Le dessin est vraiment un gros point fort du récit, si ce n'est quelques détails secondaires (oui, tous les personnages sont bien foutus, certes ... Mais c'est le genre qui veut ça, enfin quoi !) mais allie les couleurs avec ce noir et blanc très marqué. Je suis réellement sous le charme des représentations, aussi bien des scènes de cul à proprement parler que des scènes autour, qui transpirent les émotions des personnages et permettent de nous ancrer pleinement dans le récit. C'est fluide, dynamique, prenant, et je ne parle pas du rendu des couleurs et des phylactères (chaque personnage ayant sa couleur) qui sont organisés de manière ingénieuse pour ne jamais se perdre même lorsque la pagination est plus désordonnée. Bref, je suis conquis : ces deux premiers tomes permettent de développer l'histoire, de nous attacher aux personnages, de vivre les scènes de sexe, et bon dieu ça fait du bien de lire enfin une BD cul de cette qualité ! Je le range immédiatement dans mes favoris du genre, et j'en suis très content. A recommander à tous les coquins, les fripons, les salaces, les polissons, les canailles et les vicieux. Parce qu'on l'est tous au fond de nous, et que lorsqu'une BD se permet de nous faire plaisir sur ce point, il ne faut pas hésiter ! (et vivement le tome 3 !)

28/03/2020 (modifier)
Par grogro
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Spirou - L'espoir malgré tout
Spirou - L'espoir malgré tout

Bon, de base, je suis un inconditionnel d'Emile Bravo. Je le suis depuis les premiers tomes des 7 Ours Nains, un régal pour les petits et leur papa. Oui, je le dis : Emile Bravo est un génie ! Mais avant de poursuivre, je précise que je parlerai ici pour les deux tomes de L'espoir Malgré Tout dont je viens tout juste de terminer la lecture. Au commencement, il y a son dessin. Celui-ci s'inscrit parfaitement dans la tradition Ligne Claire, mais avec un petit je-ne-sais-quoi en plus. C'est indéfinissable. Je cherche encore pour tout dire, et je crois que j'aime ce petit mystère. Peut-être la précision du trait, cette capacité à saisir des poses, des attitudes, et toute une foule de détails qui confèrent une profondeur incroyable aux scènes représentées... Et puis il y a le scénario, et là, bravo Bravo ! (ok j'arrête !). C'est touffu. On s'embarque pour une vraie aventure au long court. On a le temps de s'attacher aux personnages, d'en découvrir les humeurs changeantes, de vivre avec eux, tout simplement. Perso, je kiffe bien ça... Emile ne se contente pas de produire "un scénario de Spirou" bien encrer (j'ai dit que j'arrêtais) dans l'esprit des premiers albums, il y incorpore un background historique riche à souhait. Déjà avec la série animée Les Grandes Grandes Vacances, il m'avait bien scotché, mais là, on y est ! Le climat de suspicion, la tension, la schizophrénie ambiante amenant certains personnages à se compromettre, à mentir, à collaborer... Ce qui est parfaitement incarné par le personnage de Fantasio, imbécile heureux, inconséquent et superficiel (mais touchant et drôle), qui va peu à peu retomber sur terre et se trouver bien obligé de regarder la réalité en face avant de finalement "prendre parti". De manière général, les personnages sont multiples, profonds. Ils évoluent au fil de l'histoire et ça, ce qui est même plutôt rare, surtout parce qu'ils sont mis face à des situations complexes comme à la dure réalité. Et là, Emile Bravo n'édulcore (presque) rien. Parmi les nombreuses surprises que réserve la lecture des ces deux premiers tomes, on découvre une petite chose inédite : la sexualité embryonnaire de notre Spirou, déjà intrépide mais encore un brin candide. Quelle petit bonheur de voir ce grand couillon de Fantasio le chambrer sur son statut de puceau !... Cette bande dessinée me fait furieusement regretter de ne pas être prof d'Histoire. Franchement, je la filerais à lire aux gamins sans un soupçon d'hésitation. J'ai pas mal lu sur la Deuxième Guerre Mondiale. Et puis j'ai eu la chance que mon paternel, qui a connu cette époque (il avait 8 ans au début de la guerre), me raconte longuement les anecdotes de son petit village. C'est un sujet que je connais donc plutôt bien. Et bien je suis comblé. Tout ce qui constitue l'horreur d'une situation de guerre et d'occupation est là, ce qui permet d'en appréhender toute les facettes, aussi noires soient-elles, sans avoir la rigidité d'un manuel scolaire. On y apprend beaucoup sur l'Histoire et la nature humaine. L'Espoir Malgré Tout réussit le pari non seulement de redonner corps à un héros quasi légendaire de l'Histoire de la BD, mais de lui servir une assise solide sur un plateau d'argent. J'avais déjà bien aimé Le Journal d'un Ingénu, mais ces deux tomes ont comblé toutes mes attentes et bien d'avantage. La fin du tome 2 m'a carrément laissé le souffle court, et moi qui suis d'ordinaire d'un naturel assez flegmatique, je me surprends à piaffer d'impatience. Aussi, je n'aurai qu'un conseil à vous donner : si vous avez raté cette Bande-dessinée, n'hésitez pas à, si j'ose dire, "prendre le train en marche"...

28/03/2020 (modifier)
Par Yann135
Note: 4/5
Couverture de la série J'irai cracher sur vos tombes
J'irai cracher sur vos tombes

Le roman de Boris Vian a créé la polémique en son temps. Trop de violence gratuite, trop de sexe, pour au final une histoire pas du tout vertueuse qui a entrainé notre Boris Vian et sa maison d’édition rapidement devant la justice. C’est pourtant à ce classique de notre littérature que se sont attaqués Jean David Morvan au scénario accompagné pour le dessin de Yen, de Rafael Ortiz et de Rey Macutay. Une réussite totale ! L’atmosphère glauque, l’inhumanité latente, le sexe consommé sans tabou, ou encore la violence pour la violence sont palpables tout au long des 108 pages de cet album. Boris Vian aurait apprécié indéniablement le graphisme et n’aurait pu qu’être satisfait du travail des auteurs. Je recommande vivement cet album

28/03/2020 (modifier)
Par Yann135
Note: 4/5
Couverture de la série Luminary
Luminary

Luc Brunschwig et Stéphane Perger revisitent clairement le fabuleux Photonik de Ciro Tota. Un premier opus hommage brillant revisité. Stéphane Perger n’est pas tombé dans le piège de vouloir se rapprocher de l’original. Le dessin est travaillé et les couleurs sont sublimes. La réussite de ce premier tome est sans doute liée au fait que cette liberté lui a permis de se libérer d’une vénération trop appuyée et d’une comparaison trop évidente. Nous retrouvons cependant la dynamique entre les trois principaux personnages de Photonik. Un excellent album à décourvir. J’attends avec impatience le prochain volet de cette série qui s’annonce prometteuse.

28/03/2020 (modifier)
Par Pierig
Note: 4/5
Couverture de la série Enola et les animaux extraordinaires
Enola et les animaux extraordinaires

Comme mes prédécesseurs, je suis tombé sous le charme de cette série jeunesse que j’ai découverte dans la bibliothèque de mon fils de 10 ans. Le dessin est à l’avenant avec une belle expressivité des personnages et une fluidité de mouvement qui dynamise l’ensemble. La mise en couleur est lumineuse mais sait s’adapter au contexte. Cette jeune vétérinaire pour animaux fantastiques nous emmène dans des récits aventureux où elle doit désamorcer une situation souvent explosive. Elle remplit sa tâche avec tact et détermination. Elle se joue des préjugés et permet d’en découvrir davantage sur les êtres fabuleux visités. Mon fils a validé, moi aussi.

28/03/2020 (modifier)
Par grogro
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Lucarne
Lucarne

Fraichement lesté du Prix Révélation lors du dernier festival d’Angoulême, le britannique Joe Kessler propose avec Lucarne une expérience graphique radicale qui, à défaut sans doute de faire l’unanimité, vous fera envisager votre organe rétinien sous un jour nouveau. Difficile de raconter Lucarne. Certains y verront une succession de plusieurs nouvelles graphiques, d’autres une aventure abracadabrante, énigmatique, riche en rebondissements… On pourrait tenter de résumer cette œuvre, bien entendu, mais ce serait vain, futile, totalement inutile, parce qu’au delà de la narration, c’est une galaxie inconnue qui s’offre à nos yeux ébahis. Ces histoires semblent en effet n’avoir ni début, ni fin, pas plus que de titre… On passe de l’une à l’autre à l’autre un peu à la manière d’un cadavre-exquis. On s’imprègne de différentes ambiances, charge au lecteur de tisser son propre chemin. Ici, la narration passe essentiellement par des sensations. Qu’importe finalement si l’on saute d’un cauchemar de destruction à un jardin inondé de soleil, si l’on suit une espèce de magicien louche et vaguement inquiétant pour finir sur le pont d’un navire en compagnie de deux amants improbables… L’important ici est de vous égarer dans le dédale de ces histoires à tiroir, d’en inventer chaque interstice. Lucarne est une œuvre profondément polysémique qu’il est périlleux d’aborder comme une BD classique. Joe Kessler ne fait pas dans la facilité, sollicitant abondamment l’intelligence et l’imagination de ses lecteurs. Les mauvaises langues affirmeront sans perdre une dent qu’il n’y a rien à comprendre dans Lucarne. Qu’importe finalement : je répondrai qu’il y a tout à imaginer. Ce « travail » d’imagination est servi par un mélange de techniques admirables, qu’il s’agisse des crayonnés, des « feutrés », de l’usage discret de l’ordinateur… Chaque page semble judicieusement adaptée à son propos, et chaque case est une histoire à elle seule. Les ambiances variées évoquées précédemment sont parfaitement rendues avec une fluidité, une aisance et une simplicité remarquables : les scènes nocturnes, le travail des ombres, Les jeux de lumière, les images déformées par l’eau, les impressions visuelles, les attitudes, les poses des personnages… On ne sait plus où donner des yeux, si bien que l’on finit par ne plus distinguer ce qui relève du dessin ou de la pure sensation. Tout se mélange dans un tourbillon frais et coloré. Ca vibre, ça s’agite, ça bondit et rebondit sans cesse. Le pied ! C’est bien entendu l’utilisation des couleurs qui saute immédiatement aux yeux. De toute évidence, Joe Kessler flirte avec le Psychédélisme, tout autant avec l’Impressionnisme. Ses dessins faussement mal dessinés, avec leurs traits souvent épais et tracés au feutre, vous éclatent littéralement au visage, renvoyant à l’enfance, au plaisir éprouvé à barbouiller de couleurs de larges feuilles blanches. On sent une énergie dévorante et communicative parcourir chaque page. Cette silhouette verte presque phosphorescente est-ce une peau qui frissonne dans la fraîcheur du soir ? Et ces contours flous et grossiers sont-ils les échos d’un rêve obsédant qui s’attarde au réveil ?… Le traitement des cases prend tout son sens au fil de la lecture, ce que ne permet pas un feuilletage rapide. Il n’y a pas de place pour la demi-mesure : ou le lecteur accepte la découverte, ou il repose l’objet avec dédain dans un jugement hâtif et forcément erroné. D’ailleurs, en forçant le trait (ha ha), on peut se hasarder à penser que toute tentative de caractérisation de ce livre serait de fait bancale. Comment résumer une telle expérience ? Car c’est bien d’une expérience dont il s’agit ici, tant graphique que physique. En ce sens, Lucarne m’évoque, toutes proportions gardées, le cinéma russe qui selon moi est peut-être le meilleur cinéma au monde : L’Île de Lounguine, Le Soleil de Sokourov ou bien encore Requiem pour un massacre de Klimov… Tout comme ces quelques films cités à titre d’exemples, Lucarne est une œuvre dense où le fond et la forme sont inextricables. Par le biais même de son trait, on touche à l’intime de son auteur, et pour un peu on pénétrerait son âme. Alors pour terminer cette vague tentative de synthèse, je me contenterai de paraphraser Dante, en te suggérant, ô aventurier qui entrera dans ces pages, d’abandonner ici tout jugement et de commencer à rêver.

27/03/2020 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Le Château de mon père : Versailles ressuscité
Le Château de mon père : Versailles ressuscité

J’étais passé à côté de cet album lors de sa sortie fin 2019, la faute à un sujet et un graphisme que j’avais bêtement jugé trop austère… comme j’avais tort ! J’adore quand une BD mélange l’Histoire avec un grand « H » (ici la renaissance du Château de Versailles, mais aussi la politique de l’époque, la 1ere guerre mondiale) et les drames plus humains, à savoir la vie de Pierre de Nolhac, attaché au Château de Versailles. On y retrouve des thèmes universels, avec cet homme qui a du mal à concilier son travail très prenant et sa vie de famille parfois difficile (certains passages m’ont beaucoup touché). Le travail de documentation est impressionnant (voir mini dossier et bibliographie en fin de volume), mais sans que cela n’alourdisse l’histoire, qui reste fluide et facile à lire. La mise en image d’Alexis Vitrebert est superbe, avec notamment des lavis du plus bel effet. Quel plaisir de visiter le Versailles mais aussi le Paris de l’époque. Un album que j’ai englouti d’une traite, malgré mes préjugés. A recommander à tout amateur de BD historique.

27/03/2020 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Les Nouvelles de la jungle (de Calais)
Les Nouvelles de la jungle (de Calais)

Le sujet de la Jungle de Calais est épineux, et, comme souligné dans le livre, un sujet controversé qui amène bien trop souvent des débats houleux entre famille et amis. Qui saurait dire ce qui est bien ou mal dans le sac de nœud que concentre cette jungle de migrants ? Eh bien justement, c'est tout l'objectif de ce livre qui tente de démêler tout ce qui se joue autour de cette fameuse jungle de Calais. Une jungle qui cristallise beaucoup de sujets toujours d'actualités, et pas seulement le conflit des migrants. Lisa Mandel a fait un super boulot dans cet album, retranscrivant un peu d'elle mais surtout beaucoup de ce qu'elle voit dans la zone de conflit. Calais, ville déserté par l'industrie et touchée par la crise migratoire devenue en quelques mois le centre de toutes les attentions. Allant voir d'autres jungles, parlant avec toutes les personnes qu'elle peut rencontrer, des migrants au flics, des officiels aux bénévoles, elle brasse tout les avis divergents autour d'un fait qu'on ne peut plus enlever. Et au final, j'ai même réussi à trouver une sorte de consensus autour de la jungle : la question de l'état inactif (presque tout le monde est d'accord pour dire que c'est l'état le premier responsable de cette situation en la laissant pourrir ainsi). Et j'ajouterais qu'il y a de belles remarques sur la convergence de luttes, la remise en question du capitalisme qui a causé de tels ravages, l'implication des frontières et des questions de droit humain, de solidarité et de lois (ah, le fameux délit de solidarité ...). En dressant un portrait le plus fidèle possible, on finit par se rendre compte que les soucis ne viennent peut-être pas des migrants, des bénévoles, des flics ou des associations, mais d'un système généralisé qui peut conduire des milliers de gens à fuir leurs pays, à les laisser vivre dans des conditions indécentes dans l'un des pays les plus riche du monde et qui finit par faire disparaitre la poussière sous le tapis d'un coup de baguette magique, sans rien résoudre. Et, comme dans les différentes crises que l'on traverse en ce moment, la solution vient peut-être de nos têtes et non d'ailleurs ... Une BD qui incite à réfléchir chacun de nos votes, puisque chacun à du pouvoir : de la commune à l'état en passant par les collectivités. Chacun a sa façon de pouvoir agir dans une telle crise, et c'est à nous de choisir quelle voie l'on veut prendre. Parce que faire disparaitre les migrants est impossible, et les ignorer ne changera pas les faits. Même si c'est la politique la plus choisie, dirait-on. Lisa Mandel a un trait bien lisible, et que je trouve très adapté à ce genre de BD, c'est rigolo et dynamique, bien représentatif aussi. Le texte n'est pas trop abondant, mais il faut quand même prévoir de lire ce livre à tête reposé, histoire de bien profiter de l'ensemble. Et peut-être une bonne balade ensuite, pour digérer tout ça ... C'est une lecture qui m'a marquée, parce qu'encore une fois je me rends compte que tout ceci est avec nos impôts, c'est-à-dire notre argent. A moi, à vous. Et que quand on paye pour détruire des maisons de gens venus chercher une vie moins dure que celle qu'ils connaissent ... C'est notre responsabilité qui est engagée. La votre, la mienne. Et que quand je vois la longue liste de ce que nous devons au reste du monde par nos politiques et nos actions, cautionnés par un peuple inactif, ça me titille un peu trop pour ne plus m'y intéresser. La jungle de Calais, c'est la cristallisation d'enjeu européen, mondiaux sur fond de crise migratoire, sociale, politique, financière, culturelle. Un beau brassage, qui me permet encore une fois de me dire que cette société, je n'ai vraiment pas l'impression qu'elle marche.

27/03/2020 (modifier)
Par AlainM
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Les Pestiférés
Les Pestiférés

J’ai découvert cette BD il y a peu et le moins qu’on puisse dire est qu’elle prend une dimension particulière dans le contexte actuel de pandémie et de confinement. Cette œuvre inachevée de Pagnol a pu être terminée grâce au fait que celui-ci avait raconté la fin à sa femme et c’est grâce à Nicolas Pagnol, petit-fils de Marcel, que la BD a pu être réalisée. La trame de l’histoire se base sur un fait réel : l’épidémie de peste qui sévit à Marseille en 1720 et qui eut des conséquences dramatiques. On y suit les habitants d’un quartier isolé qui tentent de survivre au fléau contre lequel il n’existait aucun remède à l’époque. On y retrouve bien sûr le style de Pagnol avec sa truculence, son anticléricalisme et ses personnages hauts en couleur mais le propos est assez différent de ses autres œuvres car il s’agit ici d’un drame basé sur des événements qui se sont réellement passés et où l’on côtoie sans cesse la mort, ce qui n’empêche pas des touches d’humour à certains moments. L’intrigue est extrêmement bien construite, les motivations de chacun sont très plausibles et les rebondissements nombreux jusqu’à un final inattendu. Vous l’aurez compris : cette BD est un chef d’œuvre qui montre ce qu’était une épidémie au début du XVIIIème siècle. Lecture à conseiller à tous - sauf aux âmes sensibles et stressées par la pandémie actuelle, qui, même si elle est sévère et dramatique pour beaucoup, n’est en rien comparable avec ce qui pouvait se passer à une époque où la médecine était encore embryonnaire.

26/03/2020 (modifier)