Si je devais choisir UNE BD dans mon top, ce serait probablement celle-ci. Et ça fait plusieurs années que ça dure.
Les Indes fourbes est une rare réussite d’aventure, d’humour et de rebondissements. La construction de la timeline, la manière de jouer avec le lecteur, de lui montrer certaines choses puis de les recontextualiser, est d’une finesse remarquable. Le personnage central est absolument délicieux à suivre, mais tout ce qui gravite autour de lui est suffisamment travaillé pour donner de l’épaisseur à l’ensemble.
C’est typiquement le genre d’œuvre qui se passe presque d’un long avis, tellement tout paraît cohérent, bien ficelé et soigneusement exécuté. En lisant, on a parfois l’impression que tout est facile, évident, naturel. Et c’est justement là que se révèle tout le travail brillant derrière cette apparente simplicité.
Pour terminer, le dessin se passe de mots. Guarnido est simplement à la hauteur de ce chef-d’œuvre global de bande dessinée.
C'est typiquement une BD feel-good qui pourrait très bien faire le scénario d'un film. Sans tomber complètement dans l'eau de rose (sans jeu de mots...) ou dans l'accumulation de clichés, le récit propose une belle évolution de son personnage principal dans un univers vraiment touchant. Le choc des cultures, l'histoire d'amour et tout ce qui tourne autour de la restauration donnent suffisamment d'épaisseur à l'ensemble pour dépasser le simple récit sympathique.
Le scénario n'est clairement pas révolutionnaire et on pourra lui reprocher une certaine prévisibilité. Mais il y a, à mon sens, un vrai soin apporté aux détails et une certaine finesse dans la manière d'aborder les différents thèmes. Cela permet au récit de rester humain sans devenir trop démonstratif.
Le dessin me plaît bien : moderne, assez dynamique, avec une vraie patte graphique qui donne du caractère à l'ensemble. Et comme cerise sur le gâteau, les petites recettes intégrées au récit fonctionnent très bien et prolongent naturellement tout l'univers autour de la cuisine.
C’est un peu la quintessence de la BD feel-good et introspective. C’est lent, contemplatif, presque méditatif, avec très peu de place laissée à l’intrigue au sens classique. Pour les amateurs d’aventure et de rebondissements, mieux vaut clairement passer son chemin ; en revanche, pour ceux qui apprécient les récits plus intérieurs, c’est un bon choix. La série cherche surtout à faire réfléchir sur soi-même, ses choix, son rapport aux autres et à la vie, avec parfois même l’impression qu’elle peut faire avancer un peu le lecteur.
Évidemment, tout cela vient avec quelques clichés : c’est très "sarouel, méditation, gourou" et développement personnel. Il y a aussi des passages un peu gnangnan, mais sans que cela ne devienne vraiment pesant. Malgré ces facilités, l’ensemble reste sincère, bien construit et surtout très agréable à lire. La dimension philosophique est accessible sans devenir trop démonstrative, ce qui permet à la série de conserver une certaine légèreté.
Le dessin n’est clairement pas le centre de l’œuvre, mais il remplit parfaitement son rôle. Le trait est rond, doux, propre et totalement cohérent avec cette ambiance apaisée et bienveillante.
Tiens, Raymond Briggs n’a pas réalisé que des livres pour enfants… « Ethel & Ernest » est un hommage à ses parents, et une BD « roman graphique » autobiographique pure souche. Elle ne convertira pas les allergiques au genre : la vie des parents de l’auteur est terriblement banale, et le style narratif linéaire et académique au possible, même si des touches d’humours viennent égayer l’ensemble.
Pourquoi la bonne note alors ? Tout simplement parce que cette histoire constitue une véritable mini encyclopédie sur la vie en Angleterre entre les années 40 et 70 : guerre, rations, politiques intérieure, mais aussi des sujets et détails plus légers : styles vestimentaires, décors dans les maisons, arrivé de la premières télé, mœurs, langage etc… un vrai délice pour moi qui habite en Angleterre… reste à voir si ce genre de détails historiques vous intéressent.
Voila, un roman graphique comme tant d’autres, mais dont le contexte historique m’a beaucoup intéressé…
MAJ 2026 : Je me permets une petite MAJ pour signaler l’excellente adaptation en film d’animation (sortie : 2016), avec la participation de Briggs et un casting VO réussi. Plus d’infos sur la fiche Allo Ciné.
Très belle BD, qui aborde des sujets lourds comme la mort et le suicide avec une approche étonnamment légère, directe et parfois crue. Derrière ce rideau de sarcasme et de fantaisie, le propos reste fin et sensible. Le côté métaphysique est bien présent, mais sans devenir abstrait ou prétentieux.
Les personnages sont vraiment attachants et évoluent avec justesse. Certains traits ou certaines situations peuvent sembler un peu clichés, mais cela fonctionne plutôt bien ici : ils rendent le propos immédiatement lisible et permettent surtout de conserver cette légèreté qui équilibre parfaitement le fond beaucoup plus sombre.
Graphiquement, c’est une vraie réussite. Les couleurs sont expressives et particulièrement bien choisies, mais c’est surtout le travail sur les points de vue et les perspectives qui impressionne. Guillem March multiplie les cadrages inhabituels sans jamais tomber dans l’exercice de style gratuit : ils accompagnent directement ce regard décalé porté sur sa propre mort et donnent énormément de personnalité au récit. Karmen, elle, est remarquable, aussi bien dans son écriture que dans sa présence graphique.
Une très belle BD, intelligente, sensible et visuellement très maîtrisée.
Petit Paul est amusant, tout simplement. Il ne s'agit pas d'inceste ni de pédophilie. Ce n'est même pas un fantasme. Ce n'est une incitation à rien du tout! Ceux qui ne comprennent pas cela ne connaissent rien à l'histoire de l'art, à la littérature, au cinéma ou à la bande dessinée. Et il me semble qu'ils refusent d'apprendre !
À un autre niveau, plus physiologique, ils ne comprennent même pas ou ne veulent pas reconnaître ce qu'est un garçon et ses pulsions involontaires. Bien sûr, ici tout est une métaphore exagérée, farfelu, loufoque, ce n'est pas fait pour être lu ou vu littéralement ! On aime ou on n'aime pas, puis on explique pourquoi. Personne n'est obligé de lire ou d'acheter ! C'est le privilège de vivre dans des sociétés démocratiques avec liberté d'expression. Parfois, nous ne savons même pas la chance que nous avons !
Les dessins sont bons, j'aime le style apparemment décontracté et simplifié de l'auteur : le sentiment de mouvement et les effets comiques sont très bien traduits par lui. Le trait de Vivès est immédiatement reconnaissable !
Je suis vraimen préoccupé par la montée du puritanisme persécutif et de la censure en France et au monde. Bastien Vivès est un artiste sensible, responsable et plein de talent . Il ne méritait rien de tout ce qui lui est arrivé. J'ai déjà donné ici sur le site mon avis sur «L'affaire Vivès». J'ajoute maintenant une banalité : « Je peux ne pas être d'accord avec ce que tu dis, mais je défendrai jusqu'à la mort ton droit de le dire. »
Si nous voulons commencer à détruire, il faudra commencer au Vatican, avec les putti embrassant les seins de femmes splendides. Ou alors Balthus dans les musées de France !
Avec tout cela, je me rends compte que je n'ai pas parlé des histoires si drôles de Petit Paul... j'en ajouterai un de ces jours!
Jérôme Moucherot, le tigre du Bengale, est le plus grand héros de tous les temps ! En plus d'être assureur, bien sûr.
Il était déjà apparu auparavant dans quelques albums d'histoires courtes, comme Les Pionniers de l'Aventure Humaine, mais heureusement, il a eu droit à sa propre série, avec des histoires plus longues et aussi des recueils d'histoires courtes. Dans Sus à L'Imprévu, par exemple, on trouve quelques pépites, comme manga-jutsu, pollution nocturne ou la grande ponte annuelle de l'automobile !
Je n'arrive pas à m'empêcher de rire continuellement en lisant et en regardant cette série.
Boucq est un dessinateur surdoué, comme on peut le constater dans d'autres séries. Les histoires qu'il imagine contiennent des trouvailles surréalistes vraiment originales. Je comprends que tous les lecteurs ne saisissent pas ou n'apprécient pas certaines subtilités.. La vie quotidienne, le travail, la famille, la coexistence avec toutes sortes de voisins, de personnages et d'animaux, y compris Léonard de Vinci, fait presque décrocher ma mâchoire tant je ris. Je dois en consommer par petites doses !
Mon préféré reste Les Dents du Recoin, mais tout est excellent et vraiment fantastique !
P.S. Boucq, tout comme Hermann, n’a jamais été capable de dessiner de belles femmes. Mais ici, ce n’est pas un problème !
Tiens, je n'avais jamais lu un roman de Virginie Grimaldi. Ce n'est toujours pas le cas, mais maintenant j'ai lu une adaptation d'un de ses romans.
Et si celle-ci est fidèle (ce qui est probablement le cas, vues les qualités de Vincent Henry, qui cumule ici les casquettes d'éditeur et de='adaptateur), je comprends pourquoi elle a du succès.
En effet, si à première vue ça ressemble à "une histoire pour mamans", je pense que ça s'adresse à beaucoup de profils, des parents qui ont rencontré des difficultés pour avoir des enfants à ceux qui sont anxieux de voir partir leurs enfants enfin grands en passant par celles et ceux qui donnent de leur temps bénévole pour aider, tout simplement. Soit plein de gens, au final. Ce qui m'a plu avant tout c'est la maîtrise du narratif. Je ne sais pas quelle est part de Vincent Henry dans ce rythme, mais j'avoue qu'il n'y a aucun temps mort, on est accroché quasiment de bout en bout par ces deux histoires parallèles et liées par un élément surprenant. Les personnages sonnent étonnamment juste, il y a du vécu là-dedans. Beaucoup du subtilité dans les personnages, qui peuvent être exubérants, taiseux, glaciaux... Certains peuvent fendre l'armure, mais c'est tellement bien amené que c'en est presque déchirant.
J'aime bien le dessin de Valeria Guffanti, qui rappelle un peu certains strips de la presse dite "féminine", mais elle a cette capacité essentielle à faire passer les émotions dans les visages, le langage corporel. Un bon casting pour cette adaptation, que je recommande sans hésiter.
En grande partie autobiographique, le titre Colin-Maillard est surtout une métaphore de l'enfance et de l'éveil amoureux/sexuel. Cabanes rappelle des épisodes de sa jeunesse et des premiers désirs et découvertes face aux filles. Une promenade sur les pas de l'enfance et de la jeunesse, ponctuée de figures féminines et de ses premiers émois amoureux. Le titre fonctionne aussi comme une sorte de jeu de mémoire : chercher à retrouver, à l'aveugle, les sensations d'autrefois. C'est une image assez élégante pour le passage de l'enfance au désir: découvrir l'amour et la sexualité sans encore savoir exactement où l'on est.
Colin-Maillard est très amusant ! Les histoires et les personnages sont drôles, Max et ses camarades, le petit diable Manolo, « l’Athlète », les filles et les femmes allumeuses. Je n’arrive pas à m’empêcher de me rappeler certains épisodes similaires de ma jeunesse. Les premières émotions liées au désir, parfois à des moments et des situations très inappropriés, à la plage, au catéchisme, lors de fêtes de famille, avec les cousines.
Les dessins et les couleurs sont très beaux, très sensuels. Les effets de la lumière et de l'ombre sur la plage, dans les champs, dans les rues et dans les parcs, même la nuit, sont admirables. L'eau de mer, les reflets et les brillances sont très bien rendus, pure poésie visuelle. Mais par-dessus tout, je trouve magnifiques les tonalités de la peau sur le visage des filles.
Nous pouvons considérer Les Années Pattes d'Eph’ comme une sorte de continuation de ces histoires. Je pense que l’auteur a été souvent évalué de manière un peu injuste et, peut-être à cause de cela, s’est consacré à tant de séries hétérogènes. D’un autre côté, tant mieux, j’aime tout ce que fait Cabanes!
Une très bonne BD de piraterie, qui coche à peu près toutes les cases du genre sans donner l’impression de réciter une formule. Le scénario est haletant, la trame narrative solide et l’ensemble possède suffisamment de souffle pour fonctionner pleinement comme une vraie saga d’aventure.
Le dessin est sans doute l’un des gros points forts : sublime, très expressif, avec un vrai caractère. Il donne beaucoup d’ampleur au récit et participe directement à son identité.
Dans le registre de la piraterie, Long John Silver trouve aussi un bon équilibre : moins fantastique que Le Sang du Dragon, moins fantasque que Barracuda ou Le Testament du Capitaine Crown mais moins sage que La République du Crâne. Un compromis particulièrement efficace, accessible sans être trop simpliste. Pour les amateurs du genre, foncez !
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Les Indes fourbes
Si je devais choisir UNE BD dans mon top, ce serait probablement celle-ci. Et ça fait plusieurs années que ça dure. Les Indes fourbes est une rare réussite d’aventure, d’humour et de rebondissements. La construction de la timeline, la manière de jouer avec le lecteur, de lui montrer certaines choses puis de les recontextualiser, est d’une finesse remarquable. Le personnage central est absolument délicieux à suivre, mais tout ce qui gravite autour de lui est suffisamment travaillé pour donner de l’épaisseur à l’ensemble. C’est typiquement le genre d’œuvre qui se passe presque d’un long avis, tellement tout paraît cohérent, bien ficelé et soigneusement exécuté. En lisant, on a parfois l’impression que tout est facile, évident, naturel. Et c’est justement là que se révèle tout le travail brillant derrière cette apparente simplicité. Pour terminer, le dessin se passe de mots. Guarnido est simplement à la hauteur de ce chef-d’œuvre global de bande dessinée.
Les Pays d'Amir
C'est typiquement une BD feel-good qui pourrait très bien faire le scénario d'un film. Sans tomber complètement dans l'eau de rose (sans jeu de mots...) ou dans l'accumulation de clichés, le récit propose une belle évolution de son personnage principal dans un univers vraiment touchant. Le choc des cultures, l'histoire d'amour et tout ce qui tourne autour de la restauration donnent suffisamment d'épaisseur à l'ensemble pour dépasser le simple récit sympathique. Le scénario n'est clairement pas révolutionnaire et on pourra lui reprocher une certaine prévisibilité. Mais il y a, à mon sens, un vrai soin apporté aux détails et une certaine finesse dans la manière d'aborder les différents thèmes. Cela permet au récit de rester humain sans devenir trop démonstratif. Le dessin me plaît bien : moderne, assez dynamique, avec une vraie patte graphique qui donne du caractère à l'ensemble. Et comme cerise sur le gâteau, les petites recettes intégrées au récit fonctionnent très bien et prolongent naturellement tout l'univers autour de la cuisine.
Le Jour où...
C’est un peu la quintessence de la BD feel-good et introspective. C’est lent, contemplatif, presque méditatif, avec très peu de place laissée à l’intrigue au sens classique. Pour les amateurs d’aventure et de rebondissements, mieux vaut clairement passer son chemin ; en revanche, pour ceux qui apprécient les récits plus intérieurs, c’est un bon choix. La série cherche surtout à faire réfléchir sur soi-même, ses choix, son rapport aux autres et à la vie, avec parfois même l’impression qu’elle peut faire avancer un peu le lecteur. Évidemment, tout cela vient avec quelques clichés : c’est très "sarouel, méditation, gourou" et développement personnel. Il y a aussi des passages un peu gnangnan, mais sans que cela ne devienne vraiment pesant. Malgré ces facilités, l’ensemble reste sincère, bien construit et surtout très agréable à lire. La dimension philosophique est accessible sans devenir trop démonstrative, ce qui permet à la série de conserver une certaine légèreté. Le dessin n’est clairement pas le centre de l’œuvre, mais il remplit parfaitement son rôle. Le trait est rond, doux, propre et totalement cohérent avec cette ambiance apaisée et bienveillante.
Ethel & Ernest
Tiens, Raymond Briggs n’a pas réalisé que des livres pour enfants… « Ethel & Ernest » est un hommage à ses parents, et une BD « roman graphique » autobiographique pure souche. Elle ne convertira pas les allergiques au genre : la vie des parents de l’auteur est terriblement banale, et le style narratif linéaire et académique au possible, même si des touches d’humours viennent égayer l’ensemble. Pourquoi la bonne note alors ? Tout simplement parce que cette histoire constitue une véritable mini encyclopédie sur la vie en Angleterre entre les années 40 et 70 : guerre, rations, politiques intérieure, mais aussi des sujets et détails plus légers : styles vestimentaires, décors dans les maisons, arrivé de la premières télé, mœurs, langage etc… un vrai délice pour moi qui habite en Angleterre… reste à voir si ce genre de détails historiques vous intéressent. Voila, un roman graphique comme tant d’autres, mais dont le contexte historique m’a beaucoup intéressé… MAJ 2026 : Je me permets une petite MAJ pour signaler l’excellente adaptation en film d’animation (sortie : 2016), avec la participation de Briggs et un casting VO réussi. Plus d’infos sur la fiche Allo Ciné.
Karmen
Très belle BD, qui aborde des sujets lourds comme la mort et le suicide avec une approche étonnamment légère, directe et parfois crue. Derrière ce rideau de sarcasme et de fantaisie, le propos reste fin et sensible. Le côté métaphysique est bien présent, mais sans devenir abstrait ou prétentieux. Les personnages sont vraiment attachants et évoluent avec justesse. Certains traits ou certaines situations peuvent sembler un peu clichés, mais cela fonctionne plutôt bien ici : ils rendent le propos immédiatement lisible et permettent surtout de conserver cette légèreté qui équilibre parfaitement le fond beaucoup plus sombre. Graphiquement, c’est une vraie réussite. Les couleurs sont expressives et particulièrement bien choisies, mais c’est surtout le travail sur les points de vue et les perspectives qui impressionne. Guillem March multiplie les cadrages inhabituels sans jamais tomber dans l’exercice de style gratuit : ils accompagnent directement ce regard décalé porté sur sa propre mort et donnent énormément de personnalité au récit. Karmen, elle, est remarquable, aussi bien dans son écriture que dans sa présence graphique. Une très belle BD, intelligente, sensible et visuellement très maîtrisée.
Petit Paul
Petit Paul est amusant, tout simplement. Il ne s'agit pas d'inceste ni de pédophilie. Ce n'est même pas un fantasme. Ce n'est une incitation à rien du tout! Ceux qui ne comprennent pas cela ne connaissent rien à l'histoire de l'art, à la littérature, au cinéma ou à la bande dessinée. Et il me semble qu'ils refusent d'apprendre ! À un autre niveau, plus physiologique, ils ne comprennent même pas ou ne veulent pas reconnaître ce qu'est un garçon et ses pulsions involontaires. Bien sûr, ici tout est une métaphore exagérée, farfelu, loufoque, ce n'est pas fait pour être lu ou vu littéralement ! On aime ou on n'aime pas, puis on explique pourquoi. Personne n'est obligé de lire ou d'acheter ! C'est le privilège de vivre dans des sociétés démocratiques avec liberté d'expression. Parfois, nous ne savons même pas la chance que nous avons ! Les dessins sont bons, j'aime le style apparemment décontracté et simplifié de l'auteur : le sentiment de mouvement et les effets comiques sont très bien traduits par lui. Le trait de Vivès est immédiatement reconnaissable ! Je suis vraimen préoccupé par la montée du puritanisme persécutif et de la censure en France et au monde. Bastien Vivès est un artiste sensible, responsable et plein de talent . Il ne méritait rien de tout ce qui lui est arrivé. J'ai déjà donné ici sur le site mon avis sur «L'affaire Vivès». J'ajoute maintenant une banalité : « Je peux ne pas être d'accord avec ce que tu dis, mais je défendrai jusqu'à la mort ton droit de le dire. » Si nous voulons commencer à détruire, il faudra commencer au Vatican, avec les putti embrassant les seins de femmes splendides. Ou alors Balthus dans les musées de France ! Avec tout cela, je me rends compte que je n'ai pas parlé des histoires si drôles de Petit Paul... j'en ajouterai un de ces jours!
Jérôme Moucherot
Jérôme Moucherot, le tigre du Bengale, est le plus grand héros de tous les temps ! En plus d'être assureur, bien sûr. Il était déjà apparu auparavant dans quelques albums d'histoires courtes, comme Les Pionniers de l'Aventure Humaine, mais heureusement, il a eu droit à sa propre série, avec des histoires plus longues et aussi des recueils d'histoires courtes. Dans Sus à L'Imprévu, par exemple, on trouve quelques pépites, comme manga-jutsu, pollution nocturne ou la grande ponte annuelle de l'automobile ! Je n'arrive pas à m'empêcher de rire continuellement en lisant et en regardant cette série. Boucq est un dessinateur surdoué, comme on peut le constater dans d'autres séries. Les histoires qu'il imagine contiennent des trouvailles surréalistes vraiment originales. Je comprends que tous les lecteurs ne saisissent pas ou n'apprécient pas certaines subtilités.. La vie quotidienne, le travail, la famille, la coexistence avec toutes sortes de voisins, de personnages et d'animaux, y compris Léonard de Vinci, fait presque décrocher ma mâchoire tant je ris. Je dois en consommer par petites doses ! Mon préféré reste Les Dents du Recoin, mais tout est excellent et vraiment fantastique ! P.S. Boucq, tout comme Hermann, n’a jamais été capable de dessiner de belles femmes. Mais ici, ce n’est pas un problème !
Les Moments doux
Tiens, je n'avais jamais lu un roman de Virginie Grimaldi. Ce n'est toujours pas le cas, mais maintenant j'ai lu une adaptation d'un de ses romans. Et si celle-ci est fidèle (ce qui est probablement le cas, vues les qualités de Vincent Henry, qui cumule ici les casquettes d'éditeur et de='adaptateur), je comprends pourquoi elle a du succès. En effet, si à première vue ça ressemble à "une histoire pour mamans", je pense que ça s'adresse à beaucoup de profils, des parents qui ont rencontré des difficultés pour avoir des enfants à ceux qui sont anxieux de voir partir leurs enfants enfin grands en passant par celles et ceux qui donnent de leur temps bénévole pour aider, tout simplement. Soit plein de gens, au final. Ce qui m'a plu avant tout c'est la maîtrise du narratif. Je ne sais pas quelle est part de Vincent Henry dans ce rythme, mais j'avoue qu'il n'y a aucun temps mort, on est accroché quasiment de bout en bout par ces deux histoires parallèles et liées par un élément surprenant. Les personnages sonnent étonnamment juste, il y a du vécu là-dedans. Beaucoup du subtilité dans les personnages, qui peuvent être exubérants, taiseux, glaciaux... Certains peuvent fendre l'armure, mais c'est tellement bien amené que c'en est presque déchirant. J'aime bien le dessin de Valeria Guffanti, qui rappelle un peu certains strips de la presse dite "féminine", mais elle a cette capacité essentielle à faire passer les émotions dans les visages, le langage corporel. Un bon casting pour cette adaptation, que je recommande sans hésiter.
Colin-Maillard
En grande partie autobiographique, le titre Colin-Maillard est surtout une métaphore de l'enfance et de l'éveil amoureux/sexuel. Cabanes rappelle des épisodes de sa jeunesse et des premiers désirs et découvertes face aux filles. Une promenade sur les pas de l'enfance et de la jeunesse, ponctuée de figures féminines et de ses premiers émois amoureux. Le titre fonctionne aussi comme une sorte de jeu de mémoire : chercher à retrouver, à l'aveugle, les sensations d'autrefois. C'est une image assez élégante pour le passage de l'enfance au désir: découvrir l'amour et la sexualité sans encore savoir exactement où l'on est. Colin-Maillard est très amusant ! Les histoires et les personnages sont drôles, Max et ses camarades, le petit diable Manolo, « l’Athlète », les filles et les femmes allumeuses. Je n’arrive pas à m’empêcher de me rappeler certains épisodes similaires de ma jeunesse. Les premières émotions liées au désir, parfois à des moments et des situations très inappropriés, à la plage, au catéchisme, lors de fêtes de famille, avec les cousines. Les dessins et les couleurs sont très beaux, très sensuels. Les effets de la lumière et de l'ombre sur la plage, dans les champs, dans les rues et dans les parcs, même la nuit, sont admirables. L'eau de mer, les reflets et les brillances sont très bien rendus, pure poésie visuelle. Mais par-dessus tout, je trouve magnifiques les tonalités de la peau sur le visage des filles. Nous pouvons considérer Les Années Pattes d'Eph’ comme une sorte de continuation de ces histoires. Je pense que l’auteur a été souvent évalué de manière un peu injuste et, peut-être à cause de cela, s’est consacré à tant de séries hétérogènes. D’un autre côté, tant mieux, j’aime tout ce que fait Cabanes!
Long John Silver
Une très bonne BD de piraterie, qui coche à peu près toutes les cases du genre sans donner l’impression de réciter une formule. Le scénario est haletant, la trame narrative solide et l’ensemble possède suffisamment de souffle pour fonctionner pleinement comme une vraie saga d’aventure. Le dessin est sans doute l’un des gros points forts : sublime, très expressif, avec un vrai caractère. Il donne beaucoup d’ampleur au récit et participe directement à son identité. Dans le registre de la piraterie, Long John Silver trouve aussi un bon équilibre : moins fantastique que Le Sang du Dragon, moins fantasque que Barracuda ou Le Testament du Capitaine Crown mais moins sage que La République du Crâne. Un compromis particulièrement efficace, accessible sans être trop simpliste. Pour les amateurs du genre, foncez !