Les derniers avis (8 avis)

Par Miguelof
Note: 4/5
Couverture de la série Maria et Salazar
Maria et Salazar

Combien de Maria du Portugal y a-t-il dans le monde ? Tant de Marias ! J'ai quatre sœurs et elles s'appellent toutes Maria. L'affaire des trois Marias (écrivaines et intellectuelles antifascistes) a bouleversé le pays et le régime en 1971/72. Et la Maria de Robin Walter est adorable ! L’histoire racontée par Walter semble tellement réelle et est si belle ! Je me suis ému plusieurs fois en lisant. Les dessins, sans être spectaculaires, sont efficaces et remplissent très bien la fonction de raconter l’histoire. Tant au niveau de l’émigration portugaise que par rapport au salazarisme, tout m’a paru très juste et équilibré. Salazar était un pauvre provincial, un dictateur mou, utilisant le catholicisme et la passivité traditionnelle du peuple pour imposer une police politique violente, la PIDE. Ses crimes semblent oubliés aujourd'hui, mais ils ne devraient pas l'être ! De toute cette histoire, l'auteur présente une vision avec laquelle je ne peux pas être plus en accord. J’ai eu la chance de ne pas avoir à émigrer. Je suis né dans une famille privilégiée, sous l'ancien régime salazariste. Nous avions beaucoup de Marias pour tout : Maria de la salle, Maria de la cuisine, Maria du champ, Marias à la journée… C’est elles qui m’ont appris à marcher, à parler, les valeurs aussi… à être qui je suis aujourd’hui ! Ma mère est une réfugiée autrichienne, accueillie au Portugal. Elle n’a jamais connu son père, soldat du grand armée nazie, mort à Stalingrad, à 27 ans. Mon père a étudié l'ingénierie en Allemagne. À la maison, ils parlaient tout le temps en allemand. Ma première langue était donc l’allemand, depuis le berceau, puis le portugais et l’espagnol, enfin le français et l’anglais… et quelques autres langues encore. Je fais des progrès en italien. Ce que j’aimerais dire, en étant totalement d’accord avec Alix, c’est que nous ne devons pas transformer les immigrants en boucs émissaires de nos propres problèmes ou crises. Au moment où tant de pays dans le monde se retournent contre les immigrés et les étrangers, y compris le Portugal, j'aimerais que beaucoup se souviennent de ce qu'ils ont été et pourront redevenir. Le discours politique populiste, toujours à attaquer les plus vulnérables, gagne de plus en plus de voix et cela me rend profondément triste. J'ai une fille très chère, émigrée en Allemagne où elle travaille depuis de nombreuses années. L'être humain, depuis ses origines, a toujours été nomade, sans frontières. Nous tous, homo sapiens, sommes de récents émigrants africains en Europe. Et nous ne devrions pas oublier ça! Je me souviens de courir sur la plage, à six ans, en criant « Salazar est mort, mort à Salazar ! ». Mes parents étaient vraiment gênés et embarrassés. Ensuite, j'ai eu des conséquences !

07/08/2026 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série L'Homme sans sourire
L'Homme sans sourire

Voila une BD qui m'a carrément étonné lorsque je l'ai finie ! Il faut dire que comme d'autres lecteurs, cette dernière page m'a cloué sur place. Elle est l'intérêt de la Bd, je dirais que sans elle la BD est moyenne, mais avec elle l'ensemble devient d'un coup fascinant. Sans rien dévoiler de ce twist final, y compris sa nature qui surprend, je dois dire qu'il structure totalement la BD et son intérêt. En gros, la lecture est sympathique mais pas inoubliable (et m'a rappelé Les Yeux doux par certains aspects dans la représentation dystopique), représentant un étrange monde où le rire est banni par un roi étrange. La logique du monde semble poétique et absurde, proche de diverses influences comme le roi et l'oiseau, mais sans avoir la portée politique ou sociale. Et c'est parce que la révélation finale est justement dans une autre dimension, qui donne une lecture que j'ai personnellement apprécié. Le dessin va bien avec le récit, même si je dois avouer que je n'en suis pas spécialement fan. Je m'abstiens volontairement de dévoiler quoi que ce soit à propos de cette fin, donc, qui donne son sel et l'envie de relire la BD ensuite. Parce qu'elle est à la fois l'explication de certains choix narratifs parfois étranges ou qu'on peut trouver malvenu, de même qu'elle permet d'éclairer sur l'intention de l'auteur, qui est à mon sens parfaitement réussi. Pour ceux qui l'ont lu, sachez que ça me touche pas mal et que je trouve personnellement que ça correspond très bien à l'idée. Donc une BD qui ne marche que par sa surprise, donnant envie de relire ensuite mais qui fait également réfléchir à certaines choses une fois refermée. Personnellement j'ai beaucoup aimé !

06/08/2026 (modifier)
Par Miguelof
Note: 5/5
Couverture de la série Prince Valiant
Prince Valiant

Bien qu'il se déclarait souvent insatisfait, je crois que Hal Foster a dû ressentir une certaine satisfaction personelle en réalisant Prince Valiant. Et moi, je continue à m’enthousiasmer en le lisant! Entre 1937 et 1970/71, environ 2000 pages! C'est un monument de la bande dessinée universelle, je n’ai aucun doute. Mais historique? Hal Foster, avec son génie créatif, a inventé un Moyen Âge idéalisé et fantaisiste, bien qu'il ait utilisé beaucoup de documentation et de recherches sur les armes, les châteaux, les lieux... Se déroulant supposément au Ve siècle de notre ère, entre la fin de l'Empire Romain d’Occident et le début du Moyen Âge, de nombreux doutes ou imprécisions chronologiques sont fréquents et subsistent. Références aux Vikings ou aux Musulmans, par exemple! Dans certaines batailles historiquement documentées, la bataille du mont Badon entre Bretons et Saxons Val aurait dû avoir prés de cent ans ! Foster représente des châteaux de pierre, des armures complètes en plaques, des tournois de chevalerie et une organisation féodale qui ne se consolideraient réellement que plusieurs siècles plus tard, surtout entre les XI et XV siècles. Les décors et l’architecture constituent un autre domaine où se manifestent des anachronismes. Des fortifications monumentales, des villes organisées, des cathédrales et des bâtiments d’inspiration gothique apparaissent fréquemment, bien que beaucoup de ces styles architecturaux n’existaient pas encore à l’époque où se déroule l’action. Ainsi, le Moyen Âge tel qu'il est dépeint dans la série correspond plus à l'imaginaire médiéval tardif qu'à la réalité historique de la période arthurienne. Mais ne gâchons pas notre plaisir ! Le titre de la série, « Prince Valiant au Temps du Roi Arthur » nous indique dès le départ un genre plus proche du médiéval fantastique, de la mythologie et du revivalisme celtique, sorte de revanche symbolique contre l’invasion et la domination saxonne de fait. L’élément fantastique est présent dès le début : dragons, géants, démons, sorcières et prophéties, le « jardin enchanté » de Merlin, Monsieur le Temps en personne! Camelot, les personnages du cycle arthurien sont présents dans leur intégralité, la quête du Saint Graal également. Cependant, Foster semble tenir à démystifier et à remplacer de plus en plus le fantastique par des explications vraisemblables et rationelles. Les dragons sont d'énormes crocodiles marins ou des dinosaures survivants de la préhistoire. Merlin explique à Val comment il produit ses démons. À la fin de la quête, le Graal n'a jamais existé ! Cependant, un certain merveilleux persiste : le mythique-poétique et le vrai surnaturel coexistent avec la réalité la plus empirique. Mais le christianisme est également présent, dès le début, et marque toute la série, surtout au niveau des valeurs. L'espace géographique parcouru est immense : de la côte norvégienne (Thule, le point de départ) aux îles britanniques, des îles de la Méditerranée à l'Afrique, à la Palestine ou à l'Amérique du Nord. De grands cycles épiques ont marqué la série, suivant en grande partie les mouvements guerriers et les déplacements de population à la fin de l'Empire romain, les migrations des peuples germaniques, eux-mêmes poussés par les Huns. De tout cela, Foster nous présente des scènes mémorables, des batailles contre les Saxons, la défense du mur d’Hadrien ou les combats contre les peuples des steppes. Val n'est pas un héros parfait, pourtant. Il se soûle, cède à la colère et au désir de vengeance, fait des farces, tombe parfois dans le ridicule ; bien que le côté comique soit plus souvent assumé par d'autres personnages, Gawain par exemple. En alternance avec les cycles épiques, la vie familiale et quotidienne de Val se développait, souvent avec des péripéties comiques et des affaires assez banales. Mais même là, on remarque l'engagement de Foster, son sens de l'observation et son goût pour le commentaire psychologique sur le comportement humain, du plus mesquin au plus altruiste. Il y a aussi des anachronismes culturels et sociaux. Les relations entre les personnages, le rôle des femmes (Aleta en premier ! ) et certaines valeurs morales se rapprochent parfois des idées du XX siècle. Bien que la narration conserve de nombreux éléments traditionnels de la chevalerie, plusieurs personnages féminins montrent une autonomie et une influence peu communes pour le contexte historique! Un de mes épisodes préférés, depuis toujours, est «La statuette indienne». Le contact entre différentes cultures, l’amour avec lequel Foster dessine et caractérise son propre pays, le fleuve St. Lawrence, les paysages et les coutumes des Indiens. Le rôle central d’Aleta devient de plus en plus déterminant dans le déroulement des événements et dans la résolution pacifique des conflits. Enfin, la naissance d’Arn, le premier caucasien à naître dans le Nouveau Monde ? Foster est un génie dans l'art du dessin et pas seulement dans les comics. Il mérite de faire partie de n'importe quelle histoire de l'art. La qualité de son dessin constitue une matrice, un canon pour le reste de la bande dessinée réaliste au niveau mondial jusqu'à aujourd'hui. La composition des vignettes, leurs séquences, même sans tenir compte du texte, sont exemplaires. D'ailleurs, le texte et les dessins peuvent parfois se lire indépendamment, sans tomber dans la redondance. C'est une leçon de dessin constante, des visages aux positions corporelles au repos ou en action, et l'auteur nous a souvent montré comment il faisait, à travers de petits cours pratiques. J'adore ça : un génie du dessin me montrant depuis le premier croquis jusqu'à l'œuvre finale comment il travaille ! Les éditions Zenda ont fait un travail assez raisonnable pour restituer un aspect proche de la publication originale dans les journaux américains. Les couleurs pâles n’écrasent pas le trait noir du dessin. Mais je dois avouer que je préfère d’autres éditions, en plus grand format et en noir et blanc. Foster travaillait ses planches en très grand format et donc, plus c’est grand, mieux on voit tous les détails et la beauté de son dessin. J’ai la reproduction d’une page en taille réelle, la n°220 du 27-04-41, la fin do combat avec Angor Wrack et avec le poulpe géant au fond du puits: c’est tout simplement merveilleux de voir ainsi tous les détails !

06/08/2026 (modifier)
Par Miguelof
Note: 5/5
Couverture de la série 1984 (Coste)
1984 (Coste)

«Qui contrôle le passé contrôle l’avenir : qui contrôle le présent contrôle le passé». J’ai lu le roman d’Orwell en 1980, en même temps que j’ai lu Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley. Distopies alternatives : la terreur ou l’aliénation. Je pense qu’aujourd’hui nous vivons un peu des deux, mais je ne vais pas écrire maintenant un essai de philosophie politique. L’adaptation de Coste est excellente. Assez fidèle au texte original, elle aborde tous ses points forts. Mais c’est surtout visuellement que j’admire cette version ! C’est une œuvre d’art, comme le dit Blue boy. Les dessins, style croquis mais avec de grandes taches de couleur, jaune, rouge, bleu violet, de plus en plus gris et noir vers la fin, renforcent la sensation de répression et d’oppression. Les dessins d’architecture monumentale contribuent aussi à la caractérisation du poids totalitaire du régime. Je remarque une certaine influence de l'expressionnisme allemand des années 30, tant au cinéma que dans la peinture. Le film de M. Radford, avec John Hurt et Richard Burton, des acteurs que j'adore, n'a pas été très réussi comme adaptation. Je préfère Xavier Coste ! J’ai conseillé la lecture à plusieurs amis et collègues. Je leur ai dit : «Si tu veux une image du futur, imagine une botte écrasant un visage humain pour toujours».

05/08/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Le Chien de Dieu
Le Chien de Dieu

Et il ne faut jamais oublier que la vérité de ce monde, c’est la mort. - Ce tome contient un récit complet, indépendant de tout autre, qui s’apprécie d’autant mieux avec une connaissance préalable sommaire de l’écrivain Louis-Ferdinand Céline (1894-1961). Son édition originale date de 2017. Il a été réalisé par Jean Dufaux pour le scénario et par Jacques Terpant pour les dessins et les couleurs. Il comporte soixante-sept planches de bande dessinée. Il se termine par une citation de Drieu La Rochelle extraite d’un texte paru dans la Nouvelle Revue Française de mai 1941 : Il y a du religieux chez Céline. C’est un homme qui ressent les choses sérieusement et qui, en étant empoigné, est contraint de crier sur les toits et de hurler au coin des rues la grande horreur des choses. Au moyen-âge il aurait été dominicain, chien de Dieu. Louis-Ferdinand Céline se trouve dans son pavillon de Meudon à sa table de travail. Il entend le discret bruit de pas des jeunes danseuses, et le tonnerre. Son flux de pensée : Grâce et légèreté c’est ainsi qu’il devrait être le monde. Mais le monde n’est que vacarme et insultes ! C’est le tonnerre, dit Lucette. Lucette, c’est elle qui leur apprend. Qui les rassure aussi. Il faut comprendre, le tonnerre, ça ne s’incruste pas, ça se laisse oublier… C’est pas comme le canon. L’ai-je entendu, celui-là. Sa gueulante qui vous rappelle à l’ordre, ce sera bientôt mont tour, mon grand… J’ai survécu, moi… Faut pas qu’ils oublient… Je suis un résistant, mon bon monsieur… Un réfractaire… Je résiste ! Mais je me laisse emporter… Le cours se termine… Faut que je sorte les poubelles… Y passent tôt le matin… C’est nouveau, ça… Rien que m’emmerder… J’en suis certain… Mais je résiste… Solide au poste… J’ai résisté à tout, n’est-ce pas ? Au lourd, au plat, au vulgaire, à toutes les magouilles possibles et imaginables… N’empêche… C’est vrai que ça claque comme un coup de canon. Le cours de danse se termine : Lucette les libère et les enjoint de se dépêcher de rentrer, il va pleuvoir. Elle s’adresse à l’une d’elle, lui faisant observer que c’est la troisième fois que Solange manque les cours, elle souhaite savoir s’il y a un problème. La demoiselle lui répond qu’elle est malade, qu’elle ne plus sortir, qu’elle ne sait pas si c’est grave, mais que ses parents sont inquiets. Le flux de pensée reprend son cours : Ah ! Les fillettes ! Les ballets… Coppélia, Le lac des cygnes… Y a que ça ! … Décoller enfin du sol… Oublier cette misérable pesanteur qui nous courbe, nous avilit… J’en ai connu une dans le temps qui dansait également… Une fée… Une vraie fée… Avec de longues jambes qui vous accrochaient le cœur. Elizabeth, qu’elle s’appelait. Elizabeth Craig. Ils s’étaient rencontrés à Genève, devant l’étalage d’une librairie. Depuis, elle l’attendait, pour l’emmener loin, plus loin à chaque fois… Louis-Ferdinand s’approche d’elle qui se tient adossée à un mur, et lui dit : Joli costume. Elle répond avec le sourire aux lèvres : Costume de scène, certains y sont sensibles… Un admirateur qui était présent dans la salle pendant les répétitions, s’approche. Une bande dessinée pas facile : pas facile à réaliser, pas facile à aborder… et très facile à lire. Les auteurs ont choisi de mettre en scène un écrivain dont la postérité est tiraillée entre un auteur d'une stature exceptionnelle, au rôle décisif dans l'histoire du roman moderne dixit George Steiner, 1929-2020, érudit, critique littéraire, linguiste, écrivain et philosophe, spécialiste de littérature comparée et de théorie de la traduction, et un antisémite écrivant les pires horreurs ce qui lui a valu d’être frappé d’indignité nationale, après la seconde guerre mondiale. Le récit commence en 1961, pour s’achever avec sa mort, en revenant sur des moments importants de sa vie. Le lecteur n’ayant jamais lu une ligne de cet écrivain suit le récit sans difficulté aucune, prenant au pied de la lettre ce qui lui est montré, que ce soit dans la reconstitution historique visuelle, ou que ce soit dans les moments racontés, les relations avec des personnalités de l’époque, ses avis très tranchés sur sa relation avec son éditeur, ses activités d’écriture et de médecin. Il relève des éléments biographiques, en particulier son service en tant que maréchal des logis lors de la première guerre mondiale, ainsi que l’obtention du prix Renaudot en 1932 pour Le voyage au bout de la nuit. S’il est familier de l’œuvre de Céline, il repère les éléments biographiques, qui rentrent en résonnance avec ses œuvres, ainsi que pour partie son style littéraire si particulier, avec les points de suspension. Dans les deux cas, il constate que l’antisémitisme de l’auteur est clairement affiché, sans être remis en cause, avec une légère mise en perspective. Pour peu qu’il ait déjà entendu parler ne serait-ce qu’une fois de cet écrivain, le lecteur a déjà en tête son visage, qui correspond aux dernières années de sa vie. Il retrouve ces traits familiers sous la plume de l’artiste qui, au vu de la période considérée, avait facilement à sa disposition les éléments d’archive. Dès la première page, avec une case consacrée à la guerre de 14-18, le lecteur comprend que la reconstitution historique va se structurer en deux : la période du présent du récit, c’est-à-dire 1961, et les périodes d’avant de la première à la seconde guerre mondiale. En fonction de son âge, il peut être plus ou moins familier avec les décors de banlieue du temps contemporain : le pavillon, la ville de Meudon, des rues de Paris, un autre quartier de Meudon. Il apprécie aussi bien les façades qui n’ont guère changé, les tables et les chaises d’une terrasse de café déjà frappées du style Paris, les arbres d’alignement, les péniches, une serre de jardin, des rues pavées, les modèles de voiture, les tenues vestimentaires, etc. Il regarde avec la même curiosité nostalgique les intérieurs : les nappes en plastique, le grand bureau en bois, le manteau de cheminée, une armoire bibliothèque avec des portes vitrées, un téléphone à cadran en bakélite, une boîte à gâteaux en fer blanc, une cage pour le perroquet, le grand bol à rayure, les bésicles, etc. Le dessinateur se met au service d’un scénario comportant une dimension littéraire, comprenant des extraits issus des œuvres et des lettres de l’auteur, recueillies dans Romans I, II, III, IV, et dans Lettres, au sein de la Bibliothèque de la Pléiade. Il reconstitue les autres époques du passé, dans un registre parfois réaliste, parfois onirique : la charge des 12e Cuirassiers fonçant vers la mort sous la mitraille, sabre au clair dans une ambiance crépusculaire, puis le maréchal des logis Destouches faisant avancer son cheval au pas dans les décombres d’une ville en ruine ravagée par la guerre, la macabre montée dans la galère de Caron où les soldats morts de la première guerre mondiale sont en train de ramer, les éventrés, les fusillés, éclopés, perclus de première classe… L’artiste sait concevoir des mises en scène permettant de rendre plausibles des séquences extraordinaires. Il y a cette relation saphique sous les yeux de Céline jeune, préférant la position de voyeur, plutôt que de participer, laissant entrevoir la position de l’écrivain se tenant en dehors du monde pour mieux l’observer, en dehors de la vie pour mieux en jouir. Il y a également ce repas en février 1944, dans l’ambassade d’Allemagne, rue de Lille, chez Otto Abetz qui reçoit quelques vieilles connaissances. Le dessinateur reconstitue avec conviction le décor rupin, l’hôtel particulier, la salle de réception avec ces bougeoirs, ses tableaux à la gloire d’Adolf Hitler et du troisième Reich, les invités se livrant à ce rituel social avec toute la dignité guindée de rigueur. Et puis l’exaspération de Céline qui se lève, se lance dans un discours entre diatribe et délire, entraînant dans son sillage son ami Gen Paul (1895-1975, Eugène Paul), lui -même exécutant un numéro littéralement suicidaire : des pages inoubliables. De séquence en séquence, l’expérience de lecture combine dans chaque scène, les pensées de Céline à partir des extraits de ses œuvres et de ses lettres, et l’évocation de moments de sa vie à l’évidence très documentés. De nombreuses personnalités sont ainsi évoquées : Gaston Gallimard (1881-1975) fondateur des éditions Gallimard, Arletty (Léonie Bathiat, 1898-1992) actrice, Henri Mahé (1907-1975) peintre, décorateur et réalisateur français, Georges Simenon (1903-1989) écrivain, Elizabeth Craig (1902-1989) danseuse américaine, Robert Denoël (1902-1945) et l’anecdote du manuscrit de Voyage au bout de la nuit (1936), l’abbé Antoine François Prévost (1697-1763) avec l’évocation de Histoire du chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut (1731), Roger Nimier (1925-1962) écrivain français, chef de file du mouvement littéraire dit des Hussards. Le lecteur fait connaissance avec un être humain dans tout ce qu’il peut avoir de paradoxal, entre misanthropie assumée et bonnes actions pour certaines désintéressées, amour de l’art jusqu’à se tuer à la tâche et avidité de reconnaissance très intéressée, attention portée au bien-être des personnes autour de lui y compris des inconnus et antisémitisme des plus abjects. Même le néophyte peut ressentir la personnalité qui se dégage des œuvres de cet écrivain hors norme, se faire une idée sur cet individu complexe, méprisable et admirable. De ce point de vue, les auteurs atteignent leur objectif : s’interroger et communiquer leurs questions sur l’être humain qu’a pu être cet auteur. Ils ne transigent avec aucune des accusations portées contre lui. Ils évoquent son expérience de combattant de la première guerre mondiale de manière imagée, la réalité de ce qu’un homme peut ressentir devant un tel étalage de destruction, de massacre, tout en ayant lui-même éprouvé l’exaltation de se lancer dans un combat sur un champ de bataille. Cette morbidité trouve sa contrepartie dans la pratique de la médecine, dans la grâce et la beauté des jeunes danseuses, dans les amitiés, dans l’amour de Lucette Destouches. Une bande dessinée agréablement accessible au néophyte, et intéressante également pour le connaisseur de l’œuvre de Louis Ferdinand Céline. L’artiste fait œuvre d’une solide reconstitution historique, combinée à une narration visuelle vivante intégrant avec naturel les éléments littéraires, et les séquences exaltées, comme terre à terre. Il porte le scénario mêlant moments documentés et courts extraits choisis d’œuvres, pour faire un être humain créant des romans passés à la postérité : Voyage au bout de la nuit (1932), Mort à crédit (1936), D'un château l'autre (1957), Bagatelles pour un massacre (1937), Normance (1952). Complexe et convaincant.

05/08/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Le Pépère
Le Pépère

Constant le connaît. Il le connaît depuis longtemps. C’est un démon. - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2026. Il a été réalisé par Emmanuel Moynot pour le scénario, les dessins et les couleurs. Il s’ouvre avec une préface de Pascal Rabaté, évoquant l’art de l’auteur. Il écrit ainsi que : Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir. Moynot creuse dans l’esprit humain pour traquer la noirceur : la drôle, la tragique, la pathétique. Bordeaux, place Saint-Michel, dimanche matin. Constant veille. Constant est un tenant de l’ordre. Ce clochard déambule, il regarde les gens attablés à une terrasse. Ce couple vêtu de rouge… Le cendrier sur leur table est bleu, alors que celui sur la table d’à côté est rouge. Pas admissible, il faut y remédier. D’autorité, l’homme procède à une substitution. Il continue à déambuler, et il passe devant l’étal d’un disquaire avec ses produits dans des bacs à l’extérieur. Cet homme, là-bas, qui fouille dans les cartons de disques… Constant le connaît. Il le connaît depuis longtemps. C’est un démon. Constant passe derrière le Pépère et le pousse dans le dos, le faisant tomber à terre. Puis il fait une croix avec ses deux index pour conjurer le sort contre ce démon. Une femme de haute taille intervient, saisissant le clochard par le bras pour le faire déguerpir. Constant s’en va après avoir fait un second signe de croix avec les deux index, en traitant Vanessa de succube et de sorcière. Pépère se relève et il récupère le disque qu’il a lâché, que lui tend un autre passant. Il est déçu ; il y a un éclat sur le vinyle et la pochette est pliée en plus. La femme rétorque que ce n’est qu’une galette toute moisie à deux balles, il y en a trois mille autres sur la place. Il la reprend : c’est le numéro sept des Variétés par la fanfare de l’armée de l’air ! Ça fait des années qu’il le cherche, il a tous les autres. Il s’en va un peu attristé, le disque sous le bras, sous le regard amusé de Vanessa. Le pépère rentre chez lui, et range ses courses dans les placards de la cuisine. Dans le même temps, il repense à sa première fois : ce n’était pas vraiment sa faute. Enfin, ce n’était pas intentionnel… Il ne l’avait pas prévu, quoi… Son père a vécu toute sa vie ici, comme son grand-père avant lui. Maintenant, c’est chez lui. On pourrait dire que c’est ça qui a tout déclenché, si on veut trouver des raisons. Le destin a frappé à sa porte, ce jour-là, en 75-76… quand il dit frappé, c’est façon de parler. Il a une sonnette, quand même. On est en ville, ici. La femme qui a sonné se présente : madame Patoulet, de l’agence régionale pour la valorisation immobilière concertée. Elle lui demande s’il est le propriétaire. Il reprend par l’affirmative. Elle reprend : ils contactent les propriétaires du quartier parce que l’agence qu’elle représente a de grands projets d’aménagement et de revalorisation pour le secteur. Elle a déjà parlé avec certains de ses voisins et elle aimerait en discuter avec lui, s’il a quelques minutes. Il bafouille deux mots. Elle continue à dérouler son boniment : Ah, c’est très gentil… C’est assez vieillot, chez lui. De la part d’un jeune homme dynamique, elle s’attendait à autre chose ! Hé bin, une couverture qui ne paye pas de mine, avec ce vieil homme empâté, un cabas défraîchi à la main, les lunettes sur le bout du nez, des grosses godasses informes, et un air éteint, avec un motif de carrelage d’un autre âge, et un motif de papier peint passé de mode depuis plusieurs décennies. Il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’une tâche de sang qui macule le mur, apportant une touche sinistre et morbide. Un feuilletage rapide montre des couleurs ternes et cafardeuses que le soleil ne perce jamais. De temps à autre, une couleur prend un ton un peu plus vif, en particulier l’eau du bocal des poissons, ou les flammes d’un incendie, les hauts de Vanessa, une carte bleue, ou encore les bégonias du petit jardin de la maisonnette de ville du Pépère. Une petite vie étriquée, avec les soirées devant la télé et le chat sur les genoux (enfin pendant quelques années, parce que cette bestiole finit par être trop exigeante). Au fur et à mesure le personnage principal évoque des phases de sa vie, effectuant le constat d’une limitation ou d’un arrêt dans sa vie sociale. Le décès de sa mère est évoqué alors qu’il range ses courses. La mort de son père, alors qu’il se rend au travail au bureau de poste, sa fiancée Nicole Baroux alors qu’il rentre chez lui et se prépare un thé. À chaque fois, le souvenir est raconté sans image de retour dans le passé, déjà totalement effacé de sa mémoire. Puis le lecteur fait connaissance avec Vanessa, l’autre personnage principal du récit. Une femme plus jeune que le pépère, peut-être la trentaine ou le début de la quarantaine. Une femme au visage un peu dur, à la silhouette longiligne et ferme. Dans un premier temps, le lecteur hésite un peu sur sa beauté : des tatouages relativement discrets, des cheveux avec un peu de piquant, des tenues aguicheuses teintées d’un peu de vulgarité. Au fil des chapitres la mettant en scène, sa personnalité se dessine progressivement : une forme de séduction animale avec une vitalité animale… et une vraie vulgarité qui se marie bien avec d’autres traits de sa personnalité comme la cupidité, la vénalité, la violence, le manque d’empathie, et un rapport à la sexualité très primaire. Elle passe de relations toxiques avec Hassan, à une relation profitable avec Sacha qui a du poil aux fesses, tout aussi intéressée, une belle association de sociopathes. Côté Pépère, il y a la gentille Rosa Sanchez, agréable de sa personne, et décrite par Pépère : une fille de Républicains espagnols, beaucoup de caractère mais pas beaucoup de plomb dans la tête. Ensuite la galerie d’affreux s’étoffe : la voisine agressive avec son chat à pedigree, son collègue de bureau libidineux et frustré. Finalement c’est l’indéchiffrable clochard Constant qui semble encore le plus normal. Bon, c’est vrai que cette réalité n’est pas très engageante, avec ces environnements vaguement cafardeux, plutôt ternes et gris, blafards, éteints et indistincts. Toutefois, ces sensations sont surtout imputables à la colorisation faite sciemment. S’il y prête attention, le lecteur peur reconnaître plusieurs éléments typiquement bordelais à commencer par la place Saint-Michel et son clocher-tour. De séquence en séquence, le lecteur peut sentir son regard s’attarder sur un vieux poste TSF ou la pochette d’un album de Paul McCartney, la fente d’une boîte aux lettres dans une porte d’entrée, l’apparition de maître Capello (Jacques Capelovici, 1922-2011) à la télévision, le pavage d’une rue, un pont ferroviaire à structure métallique, un modèle de bouilloire antédiluvien (ou peu s’en faut), le motif léopard rose du top de Vanessa, les packs de bière dans les rayonnages d’une supérette, les magnifiques nageoires d’un Combattant, les petits cœurs colorés venant égayer le revêtement gris d’une voie semi-piétonne, les bandes colorées des épaisses semelles de tongs, etc. De nombreux menus détails, bien présents dans les dessins apportant une consistance peu commune à chaque endroit, à des objets banals du quotidien. Chaque bande se lit avec aisance et naturel, donnant l’impression d’une plausibilité parfaite, d’une évidence irréfutable, de la normalité du quotidien. Alors que s’il s’arrête pour y penser ne serait-ce qu’un instant, le lecteur se rend compte qu’il passe d’un moment clé comme la démarcheuse immobilière foulant distraitement du pied les bégonias du Pépère, à des garnements se rinçant l’œil en regardant des ébats dans une camionnette, en passant par le pépère en train de creuser une tombe de fortune dans sa cave. Tout à fait normal tout ça… Une banalité sans éclat et morne, dépourvue de tout attrait et de tout plaisir… sauf pour quelques taches de couleur : les yeux verts du chat, les nageoires du Combattant. Finalement la vie animale semble plus vraie que celle des humains. Pourtant, s’ils incarnent une métaphore, son sens n’apparaît pas avec évidence. Le lecteur découvre progressivement qu’il plonge dans un polar ou un thriller, accompagnant un tueur en série… au rythme pépère… et une femme de mauvaise vie, et pas seulement pour sa liberté sexuelle parfois tarifée. Un polar ? Il n’y a pas d’enquête à proprement parler, même si l’on découvre un coupable caché en fin d’histoire. Les crimes ne servent pas de commentaire ou de révélateur d’une condition sociale. Une comédie dramatique ? Oui, il y a un peu de cela, servie bien noire, et en même temps il est possible de tout prendre au premier degré, et de se trouver dégouté par ces affreux, sales et méchants. Du cynisme ? Pas vraiment non plus, plutôt du pragmatisme, des individus faisant avec ce que la vie leur a servi à la naissance, sans se soucier de son prochain, car la société le leur rend bien. Une étude mœurs ? Déjà plus : des individus solidement campés, avec une touche d’exagération, un soupçon de caricature… Le dosage est parfait : le lecteur peut tout à fait croire que ces individus existent en l’état, qu’il n’y a pas d’exagération, juste un regard honnête avec du recul. Oui, il est possible de vivre sans se préoccuper de son prochain, dans un quotidien vécu machinalement, sans réelle implication émotionnelle, un jour après l’autre. Une fois de temps en temps, on s’offre un petit extra, zigouiller une personne comme ça pour se passer les nerfs, sans rien y mettre de vraiment personnel, et sans que cela n’émeuve personne, ne suscite de réaction, la police étant totalement absente de ces pages. En contrepoint, il est également possible de vivre au jour le jour sans emploi, de petites magouilles et menus larcins, en s’envoyant en l’air de temps en temps avec ou sans psychotrope (avec de préférence) sans conséquence ou répercussion non plus. Cette farce macabre devient alors une étude de mœurs, un révélateur de la condition humaine, de la banalité de la monstruosité. Un petit polar pour passer le temps ? Une petite bouffée de banalité terne pour mieux apprécier le relief de sa propre vie ? Après tout pourquoi pas, ça ne se refuse pas, si ça peut faire passer le temps. Ainsi mis en confiance, le lecteur entame cette histoire en sécurité, un simple divertissement sans danger. Ouais, ben, c’est quand même bien fait, avec ces environnements très consistants, à la banalité palpable, à l’ordinaire totalement convainquant, ces personnages communs qui rappellent que tout individu est normal jusqu’à ce qu’on apprenne à le connaître, ce quotidien répétitif qui recèle des moments totalement inconcevables et pourtant totalement logiques. Mince, dans quoi on a mis les pieds ? Il n’y en a pas un pour racheter l’autre, et le jeu de massacre feutré prend des proportions irrésistibles. Des individus pleinement conscients du mal qui habite chacun de nous, l’ayant accepté, vivant très bien avec et le laissant s’exprimer de temps à autre. Une horreur totale, assez normale somme toute.

04/08/2026 (modifier)
Couverture de la série Petit pays
Petit pays

J'ai découvert Gaël Faye à travers son album musical "Rythmes et botanique". Séduit par ses talents d'écriture, je me suis ensuite intéressé à son parcours. Ma fille ayant également étudié son roman "Petit pays" au collège – le livre dont cette bande dessinée est tirée –, j'avais également visionné l'adaptation cinématographique. J'avais trouvé cette dernière nettement plus édulcorée que le roman et moins poétique, un écueil que cette version en BD évite avec brio. Comme le soulignent de nombreux avis, ce roman graphique aborde sans filtre la guerre civile au Rwanda, le Burundi, et le génocide des Tutsis à travers le regard d'enfant de Gaël Faye (devenu Gabriel dans l'œuvre). Malgré la dureté des thèmes, l'auteur parvient à capturer la beauté du Burundi et la douceur de certains moments d'enfance. Rien n'est passé sous silence, de la relation complexe de ses parents (un père expatrié originaire du Jura), en passant par les dynamiques sociales entre les occidentaux (sur fond de colonialisme) et les autochtones ou encore le regard porté par les africains sur les métisses (qui ne sont pas considérés comme de vrais "noirs"). Tout est raconté avec une sensibilité et une subtilité très fidèles au roman original. L'anéantissement de sa mère, frappée par le massacre de sa famille au Rwanda, donne lieu à des passages particulièrement poignants, où la complexité de sa souffrance sonne vraiment très juste. Côté dessin, si le style reste classique, le graphisme s'avère très agréable à l'œil, parfaitement soutenu par une belle mise en couleur. J'ai particulièrement apprécié la couverture, qui illustre avec talent le saut dans l'inconnu et la perte d'innocence vécus par l'enfant qu'était Gaël Faye à cette époque tragique. Une œuvre poignante que je ne peux que qualifier de "culte" et qui devrait être lue dans tous les collèges de France. Scénario (Histoire, personnages, originalité) : 9,5/10 | Graphisme (Dessin, colorisation) : 8,5/10 | Note globale : 18/20

04/08/2026 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série La Fragilité des hommes
La Fragilité des hommes

Un one-shot qui parle de problèmes actuels. C'est encore un album qui parle des problèmes d'une société patriarcale et il y a une originalité dans la présentation de ses problèmes. En effet, au travers l'histoire de l'ouverture d'un théâtre et d'une femme qui recueille les témoignages des habitants d'un petit village, on parle de l'importance de libérer la parole des femmes et de l'introspection des hommes sur leurs comportements de tous les jours. Le personnage principal masculin est terriblement humain et tous les hommes qui ne se sentent pas à l'aise à cause d'une faute qu'ils ont faite dans le passé vont se reconnaitre en lui. J'aime bien aussi l'ambiance de petit village français qui se dégage de l'album. Cela peut sembler bizarre, mais depuis que je suis petit à force de lire des bandes dessinées ou voir des films et séries (principalement français, mais parfois québécois) se passant à la campagne, ben j'aime bien les histoires se passant dans le monde rural et le dessin de Nicoby est très bon pour reconstituer ce monde rural. Le scénario est passionnant et on parle de problèmes graves sans tomber dans un manichéisme facile.

04/08/2026 (modifier)