Les derniers avis (8 avis)

Par Vaudou
Note: 4/5
Couverture de la série La Nuit barbare
La Nuit barbare

Durant les années 80, Albin Michel s'est rarement trompé dans ses choix éditoriaux en matière de bande dessinée coquine. La Nuit barbare s'inscrit parfaitement dans cette lignée avec cette histoire d'amour à l'époque préhistorique, qui diffuse une ambiance aux frontières de l'aventure et de l'érotisme. Le scénario de Jean Ollivier se concentre avant tout sur l'action, avec des humains concentrés sur leurs besoins primaires : faire du feu, manger, tuer, s'accoupler... Le trait de Marcello insuffle à l'ensemble une énergie sauvage qui conserve sa part de modernité et qui colle parfaitement à l'ambiance de ce récit primitif. A ranger aux côtés de Manara et Rotundo dans la même collection.

22/06/2026 (modifier)
Par Miguelof
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Gil Jourdan
Gil Jourdan

Encore jeune, j'ai découvert les histoires de Gil Jourdan et je suis immédiatement devenu fan. J'ai tout de suite remarqué une certaine parenté avec le Spirou de Franquin, que Tillieux admirait tant. D'abord dans les dessins si attrayants, dans les décors, les voitures et certains personnages. Mais ici nous avons aussi les cafés et le Paris populeux, les ruelles malfamées. Nous aurons aussi droit à des cargos et à des scènes de quai mémorables, La Bretagne mystérieuse ou encore les environnements exotiques, Amérique latine, nord de l'Afrique ou Extrême-Orient. Les intrigues et les enquêtes sont bien conçues et l'impression de rapidité et d'efficacité est une marque du style. Tillieux s'était fait remarquer auparavant avec sa série Félix, dont de nombreux éléments seront repris ici. Quant aux personnages principaux, Gil Jourdan se distingue par son intelligence de détective et son sérieux, Crouton par son honnêteté mais aussi une certaine manque de perspicacité, et l'ancien cambrioleur André Papignolles, dit Libellule, par ses blagues idiotes et son rire dévastateur! Il ne faut pas oublier la piquante secrétaire Queue-de-Cerise, souvent indispensable dans les situations les plus désespérées. Le découpage de Tillieux traduisait le mouvement à la manière d'un film. Il développera cette approche, nous offrant certaines des plus belles scènes de poursuite de l'histoire de la bande dessinée. En automobile aussi, l'autre grande passion de l'auteur qui en fera l'un des personnages centraux de ses albums, y compris les pannes et des carambolages impressionants. Les automobiles sont représentées avec une grande fidélité, depuis l'admirable Facel-Vega immergée (son premier grand chef-d'œuvre) jusqu'aux nombreux Renault (que je soupçonne avoir été l'une de ses marques préférées) : Dauphine, Juvaquatre, R8 Gordini ou R16. Les voitures de sport sont également présentes, Maserati par exemple. Très occupé par des scénarios pour d'autres héros, Tif et Tondu, Natacha... Tillieux a confié le dessin de la série à Gos qui s'en est bien sorti, à mon avis. Il pensait reprendre le dessin dans une nouvelle aventure de Gil Jourdan quand il est parti trop tôt. La voiture, encore une fois... Il nous reste un sens du rythme incroyable dans ses histoires et, malgré l'humour, un certain regard corrosif sur la société, le crime et la corruption.

22/06/2026 (modifier)
Couverture de la série Un Dernier tour de terrain
Un Dernier tour de terrain

Un album sympathique sur bien des points, je ne suis pas féru de football mais j’ai passé un chouette moment. La partie graphique m’a tout de suite plu, les couleurs sont réussies et le trait possède une certaine rondeur bienvenue qui rend le tout très fluide et agréable à suivre. Je découvre l’auteur au passage mais c’est déjà une pointure en Espagne. Curieux de découvrir d’autres de ses œuvres. Niveau histoire, c’est bien tenu durant la petite centaine de pages, les personnages sont bien campés, il sera question de foot bien sûr (en ´ particulier le milieu des agents sportif) mais le récit esquisse d’autres thèmes autour. Le passage de 1995 à 2022 est également bien vu pour ça, à travers nos personnages, on constate une certaine évolution de la/notre société (même s’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir). Pas franchement bien mais plus que mal pour reprendre la formule de Mac Arthur.

22/06/2026 (modifier)
Par Vaudou
Note: 4/5
Couverture de la série A poil, le nounours !
A poil, le nounours !

Un autre album de John Bolton publié chez Comics USA qui souffre d'un point commun avec Le Masque à l'envers : un titre français absurde qui dessert totalement l’intitulé original, pourtant bien plus évocateur, Someplace Strange. Le choix de l'éditeur est d'autant plus difficile à comprendre qu'il a choisi d'illustrer la couverture avec un personnage très secondaire, qui n'apparaît qu'au détour de deux planches... Sur le fond, l'intrigue de Someplace Strange s'inspire ouvertement d'Alice au pays des merveilles. Véritable voyage métaphorique au cœur des peurs enfantines, le récit d'Ann Nocenti explore le passage à l'âge adulte, l'affrontement de ses propres névroses et la puissance salvatrice de l'imaginaire. On y suit deux frères à l'imagination débordante, rejoints plus tard par une adolescente nihiliste. Ensemble, ils basculent dans un univers surréaliste où ils devront braver moults dangers, à commencer par le mythique Croque-mitaine. Un véritable vent de fraîcheur se dégage de cette œuvre, magnifiée par le dessin lumineux de Bolton. L'album se distingue du reste de sa production : l'artiste y multiplie et y fusionne les techniques graphiques (crayonnés, gouache, aérographe) pour épouser la construction poétique du scénario. Une bande dessinée indispensable pour découvrir une autre facette créative de Bolton.

22/06/2026 (modifier)
Couverture de la série Leave them alone
Leave them alone

Un western crépusculaire, qui reste dans le très classique, mais qui le fait très bien. Et du coup le plaisir de lecture est au rendez-vous. L’intrigue s’installe lentement, tranquillement – sans que l’on s’ennuie quand même – et prend le temps de planter le décor, de disposer les principaux protagonistes, qui vont tous se retrouver dans un pauvre relais perdu au fin fond d’un espace désertique. Et là, ça s’accélère brusquement ! Les rebondissements s’enchainent au même rythme que les explosions et les coups de feu, ce qui a pour effet de réduire drastiquement le nombre de personnages à suivre ! C’est bien amené, le Bien et le Mal ne sont pas forcément séparés de façon trop claire, et tous les personnages ont une profondeur intéressante. Et la fin est amusante, laissant le lecteur deviner ce qu’il pouvait y avoir dans le coffre (comme la mystérieuse boîte à musique du client asiatique dans le film « Belle de jour »). Le dessin mélange gros plans détaillés et arrière-plans et décors presque esquissés. Le rendu est en tout cas agréable, comme cette lecture, qui ne révolutionne rien, mais qui est très sympathique.

22/06/2026 (modifier)
Par Miguelof
Note: 4/5
Couverture de la série Murena
Murena

Oui, c'est très bien de faire de la BD historique mais cette série n'a pas réussi à me convaincre. Tout me semble trop figé, trop distant. Je reste indifférent aux personnages, à l'intrigue, aux tomes suivants... et j'ai fait un véritable effort pour tout lire ! Les dessins ont évolué, certes, mais pas de vraies émotions aux visages, pas de suffisant dynamisme dans l'action ! Les combats, le sexe, tout me semble trop conventionnel et artificiel. Le scénario, oui... mais bof... je préfère quand même les grands historiens français, les séries de BBC ou les romans de Robert Graves. Même avec Alix de J. Martin, j'avais plus d'empathie ! ___________________________________________________________________________________________________________ Presque onze ans plus tard et aprés tant d'avis élogieux, j'ai recommencé à lire Murena. Je reconnais que j'avais été pressé et pas exempt de préjugés lors de ma première lecture. Maintenant, je me suis surtout concentré sur le deuxième cycle et j'augmente ma note. Je n’ai pas encore terminé le troisiéme cycle… Le premier cycle, était centré sur Agrippine, et explorait essentiellement les mécanismes de la conquête du pouvoir. Le second déplace le regard vers les conséquences de ce pouvoir absolu. Après l’assassinat d’Agrippine, Néron n’est plus entravé par l’autorité maternelle ; sous l’influence de Poppée, il s’abandonne progressivement à la démesure, à la cruauté et à une forme de délire esthétique qui conduira à l’incendie de Rome. Cette évolution permet à Dufaux d’aborder des thèmes plus sombres : la corruption morale, la fascination pour la violence et la destruction de toute limite éthique. La principale réussite de ce deuxième cycle reside, je crois, dans l’approfondissement psychologique des personnages. Néron n’y apparaît plus seulement comme un tyran en devenir ; il devient un être complexe, partagé entre aspirations artistiques, pulsions destructrices et besoin obsessionnel d’admiration. Dufaux évite ainsi la caricature historique: on assiste à la transformation progressive d’un homme en monstre politique, sans jamais perdre de vue son humanité. Parallèlement, Lucius Murena acquiert une épaisseur dramatique nouvelle. Alors qu’il pouvait sembler parfois passif dans les premiers albums, il devient ici un acteur tragique confronté à des choix impossibles. Son rapport à Acté, à Néron et à la violence qui l’entoure nourrit une réflexion sur la responsabilité individuelle face à la barbarie du pouvoir. Il cesse d’être un simple témoin de l’Histoire pour en devenir l’une des victimes et l’un des instruments. Sur le plan graphique, Delaby progresse dans ce cycle en précision et en expressivité, en dynamisme du mouvement aussi. Les visages sont plus individualisés, les émotions plus lisibles, tandis que les décors urbains témoignent d’un impressionant travail de reconstitution historique. Plusieurs scènes de foule ou de catastrophe, notamment celles liées à l’incendie de Rome dans «Revanche des cendres», sont remarquables par leur sens du spectacle. Toutefois, tout n’est pas exempt de limites. Je me demande dans quelle mesure Dufaux a privilégié l’effet dramatique au détriment de la vraisemblance historique. La dimension mélodramatique de certains épisodes, l’abondance de complots et de retournements peuvent parfois donner le sentiment d’une théâtralisation excessive. Néanmoins, Murena ne prétend pas d’être un traité d’histoire, mais une tragédie antique mise en images. En définitive, le deuxième cycle me parait plus sombre, plus complexe et plus spectaculaire que le premier, il approfondit la réflexion sur les rapports entre pouvoir et folie tout en offrant certaines des plus belles pages de l’oeuvre.

04/07/2015 (MAJ le 22/06/2026) (modifier)
Par Yann135
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Presidio
Presidio

Quoi de mieux qu’une bonne canicule pour se caler dans son canapé – au frais – et de se délecter d’une bonne BD. Avec ce road trip texan aussi envoutant que dérangeant, j’ai pris une bonne rasade de fraicheur ! Presidio, dessiné par Guiu Vilanova est une bande dessinée qui vous attrape à la gorge dès les premières pages et ne vous lâche plus avant la dernière case. Ce n’est pas juste une BD, c’est une expérience immersive, un voyage au cœur d’un Texas à la fois mythique et sordide, où chaque kilomètre parcouru par les personnages résonne comme une descente aux enfers. Et croyez moi, on en redemande. Une claque visuelle assurée. D’emblée, Presidio installe une atmosphère pesante, presque étouffante. Guiu Vilanova, avec son trait précis et expressif, donne vie à des paysages texans à la fois grandioses et hostiles. Les décors, tantôt arides, tantôt urbains, sont rendus avec un réalisme saisissant, mais c’est dans les ombres et les contrastes que réside la magie de cet album. Les jeux de lumière, souvent crépusculaires, renforcent cette impression de danger imminent, comme si chaque page était imprégnée d’une menace invisible. Le scénario, quant à lui, n’a rien d’un simple road trip touristique. Point de balade les amis. Accrochez la ceinture, ça bouge ! Non, ici, on est loin des clichés du far west romantique. Cet BD explore les faces cachées du Texas : la violence, la corruption, les secrets enfouis sous le sable et le sang. Les personnages, tous plus ambivalents les uns que les autres, sont profondément humains – avec leurs failles, leurs regrets et leurs démons. On suit leurs péripéties avec une tension palpable, comme si on était nous-mêmes assis à l’arrière de leur pick-up, à guetter le prochain coup dur. Ce qui frappe dans cette histoire, c’est son originalité. Pas de clichés éculés, pas de happy end prévisible. L’histoire, complexe et bien construite, mêle habilement polar, drame psychologique et road movie. Les rebondissements s’enchaînent à un rythme effréné, mais sans jamais sacrifier la profondeur des personnages ou la cohérence de l’intrigue. Guiu Vilanova prouve ici qu’il maîtrise l’art du suspense : on tourne les pages avec frénésie, avide de savoir ce qui attend nos anti-héros au prochain virage. Et puis, il y a cette ambiance sonore que l’on devine à travers les dessins. On entend presque le vrombissement des moteurs, les cris étouffés, le vent qui siffle dans les canyons. C’est rare, une BD qui parvient à stimuler tous les sens à ce point. Je ne connaissais pas Guiu Vilanova. Son style… J’adore. C’est à la fois réaliste et stylisé. Cela donne une intensité rare à chaque planche. Les visages sont expressifs, les corps en mouvement, et les scènes d’action explosives. Les couleurs, souvent sombres et saturées, renforcent cette impression de malaise permanent. Certains cadrages, audacieux, rappellent le cinéma – et ce n’est pas un hasard si l’on imagine aisément Presidio adapté à l’écran. Impossible de poser cette BD avant la fin. C’est de ces œuvres qui vous hantent longtemps après avoir refermé l’album. Les thèmes abordés – la rédemption, la trahison, la survie – sont universels, mais traités avec une maturité et une violence - parfois crue - qui ne laisseront personne indifférent. Si vous aimez les histoires noires, sans concession, où chaque page compte et où chaque détail a son importance, cet album est fait pour vous.

22/06/2026 (modifier)
Par Vaudou
Note: 4/5
Couverture de la série Chroniques du temps où Kull était Roi
Chroniques du temps où Kull était Roi

C’est curieux, dès que John Bolton est dans les parages, on a de grandes chances de tenir une masterclass. Seulement un an après L'odyssée de Marada la louve, Delcourt propose en 1987 un autre récit de dark fantasy à ses lecteurs, cette fois-ci en noir et blanc. Un choix parfaitement approprié pour ce récit macabre, qui fait de Kull un roi hanté par le doute et la solitude du pouvoir. Doug Moench a fait un super boulot à la narration. Côté dessin, Bolton fait du Bolton, il est seul sur son trône. La scène de bataille à la fin, avec les corps qui s'entremêlent, procurera un plaisir non dissimulé au lecteur esthète. A ranger à côté de Marada, en plus c'est dans la même collection.

22/06/2026 (modifier)