Vers Coumacoville. La ville où habitaient ses parents adoptifs.
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Ce tome contient une histoire complète, une succession d’aventures d’un personnage récurrent avec une progression dramatique, pour un récit indépendant de tout autre. Son édition originale date de 2005. Il a été réalisé par Edmond Baudoin pour le scénario et les dessins. Il comprend quatre-vingts planches de bande dessinée. Lesdites aventures sont au nombre de cinq, précédées par un prologue intitulé Rencontre avec le rêveur, avec un épilogue en clôture. Elles portent comme titre : Virginité, Initiation, Crazyman découvre les mangas, Trahison, Crazyman chez les Indiens.
Aux États-Unis dans le nord du Michigan, en bordure du lac supérieur, un homme à la forte carrure marche au bord de l’eau. Il en croise un autre qu’il dépasse d’une tête, et il lui adresse un bonjour. L’autre répond, se laisse dépasser, et se retourne sur la silhouette qui s’éloigne, songeur. Puis il repère un énorme tronc d’arbre échoué, il s’assoit sur un autre débris et il se met à dessiner le grand tronc. Au bout d’un moment il relève la tête, et il découvre que le grand costaud est en train de l’observer immobile. Ce dernier lui demande s’il dessine. Le rêveur répond que oui : il y a sur cette plage des milliers d’épaves de grands arbres échoués. Il en dessine un par jour, pour une future exposition. En retour, il lui demande s’il est en vacances. Paul Gravel répond que non, il est plutôt comme ces épaves sur la plage. Il se confie : il était un superhéros, Crazyman, c’était lui. Il continue : sur la brèche vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour la protection de celles et ceux qui lui semblaient être les victimes du mal. Et dont certaines se sont avérées être plus noires que les méchants des griffes desquelles il les avait sorties. Il se souvient de cet enfant adorable et blond qu’il a sauvé in extremis avant le passage d’un train. Deux ans plus tard, cet enfant, adorable et blond, a tué sa sœur, sa mère, son père, son petit frère. Il y eut aussi cet agent de police qu’il a libéré alors qu’il était sur le point d’être exécuté. Un an plus tard il apprenait que ce policier se livrait à des pratiques contre nature régulièrement sur ses quatre enfants, et les trois de sa maîtresse. Mais le pire était à venir. Le 11 septembre 2001. Son intuition d’un danger l’a dirigé vers un petit chat coincé en haut d’un arbre du Bronx. Le 11 septembre 2001 il a sauvé un petit chat.
La discussion entre les deux hommes continue, tout en marchant sur la plage. Paul explique que Louise n’est plus sa chérie, qu’à ses yeux il était un abruti. Il a été deux fois fidèle à cet amour platonique, et il est toujours puceau. En plus il est timide. Le rêveur rentre chez lui et retrouve sa compagne Julie. Il lui raconte son étrange rencontre, puis ils font l’amour à sa demande à elle. Le lendemain elle décide de marcher sur la plage pour voir si elle rencontre cet étrange individu. Elle repère ce qui lui semble un oiseau dans le ciel, et quelques instants après, Crazyman l’a prise dans ses bras et l’emmène sur une île. Elle lui trouve l’air contrarié et lui propose de parler tranquillement, de s’assoir avant car il l’intimide un peu. Elle pose sa tête contre son torse car elle veut éviter d’avoir du sable dans les cheveux.
Edmond Baudoin qui se lance dans le superhéros américain ? N’importe quoi !!! Certes, à la réflexion il a bien collaboré avec l’éditeur Kodansha pour réaliser des mangas, adaptés en français dans Le Voyage (Baudoin) (1996), Salade niçoise (2002), en adoptant les codes narratifs propres au marché japonais de la bande dessinée. Bon, là, ça n’a pas une tête de comics, les chapitres étant de longueur inégale, sans respecter le format de vingt ou vingt-deux pages. En revanche, l’auteur semble être plus que familier de la mythologie du superhéros dont il s’inspire. Crazyman a comme identité civil Paul Gravet qui exerce le métier de journaliste comme Clark Kent. Il entretient une relation doublement platonique avec sa collègue Louise, en tant que collègue et en tant que superhéros. Son amie d’enfance, Laurie a également un prénom qui commence par la lettre L (comme Lois au Daily Planet, et Lana Lang à Smallville, ou encore Lori Lemaris). Ses parents habitent une petite ville à la campagne et sont fermiers comme Martha & Jonathan Kent. En outre, le connaisseur sourit quand Julie pense qu’elle a repéré un oiseau dans le ciel, comme dans la célèbre expression : C’est un oiseau… C’est un avion… C’est Superman ! Enfin les responsables éditoriaux du journal pour lequel travaillent Paul et Louise font observer que quand Paul enquête, Crazyman n’est jamais loin. Le lecteur observe que l’auteur a choisi d’écrire des histoires après que Paul ait abandonné son costume de superhéros, et que son nom sous-entend qu’il est le jouet d’une forme de folie.
Pour autant, ces histoires se situent à des années-lumière de celles de Superman, créé en 1938 par Joe Shuster (1914-1992) & Jerry Siegel (1914-1996). Certes le personnage principal vole dans chaque histoire, il lit un comics de ses aventures à un jeune enfant, et il passe même la majeure partie du troisième épisode en question en costume des superhéros. Il est également question de son identité secrète, et de son goût pour l’altruisme. Il se retrouve enlevé par un groupe de rebelles armés, et il enquête sur la disparition de personnes à la rue dans une grande métropole. Toutefois les supercriminels sont absents et mis à part dans un monde virtuel il ne triomphe pas à coup de grands uppercuts. D’ailleurs la narration visuelle de l’artiste reste dans son registre habituel, sans mettre en valeur des musculatures gonflées aux stéroïdes ou à la créatine, ou des femmes dans des tenues très révélatrices mettant en valeur des poitrines hypertrophiées (à une exception près pour Tamiko). Le lecteur retrouve donc le trait caractéristique de ce dessinateur : des dessins majoritairement au pinceau, avec des contours irréguliers plein d’expressivité, du noir souvent charbonneux, parfois un peu baveux, et quelques parties à l’encre. C’est du pur Baudoin, avec parfois cette incongruité d’une armoire à glace en train de voler dans le ciel, de manière autonome.
Tout comme pour son passage chez un éditeur de manga japonais, ce créateur conserve toute sa personnalité propre, ses idiosyncrasies graphiques, sans adapter celles de comics. Pour autant, le lecteur familier de son œuvre sent bien qu’il a réalisé des adaptations à son sujet, à sa démarche créatrice. Outre cette liberté de voler dans le ciel, il constate une importance plus grande donnée aux cités, aux mégapoles, ce personnage essentiel des comics de superhéros, que ce soit New York ou Tokyo. Il relève même un hommage direct au Tarzan de Burne Hogarth (1911-1996) le temps d’une case. Le fait de lire une fiction, avec de l’action, change aussi la sensation à la vue des planches, en particulier cette posture très assurée de Paul, grand et fort, se tenant bien droit. Ces chapitres comprennent également des moments d’interactions personnelles, certaines intimes. Lors de ces passages, le lecteur retrouve Baudoin tel qu’en lui-même : une approche expressionniste permettant de se faire une idée de l’état d’esprit du personnage, donnant à voir une ou plusieurs facettes de leur personnalité, par leur posture, leur expression, les éléments visuels mis en avant qui vont au-delà d’une description factuelle et propre sur elle. Les dessins expriment beaucoup plus que ce qu’ils décrivent : la profonde détresse émotionnelle de Paul, le caractère enjoué et joueur de Julie et la manière dont elle s’amuse de la gêne qu’elle provoque en Paul, l’incroyable agressivité comportementale de la première ville étrangère où s’arrête Paul, la détermination quasi fanatique qui anime la rebelle Isabella, la suffisance méprisante de Louise, la joie simple du garçon à qui Paul lit comics, etc.
Le lecteur comprend rapidement ce qui a pu séduire un créateur comme Baudoin dans cette entreprise : prendre un personnage de superhéros innocent et pur, altruiste et courageux, et le faire passer délicatement à l’âge adulte. C’est ainsi que Paul se trouve fort dépourvu alors qu’il a renoncé à sauver la veuve et l’orphelin et toute sorte de victimes, en découvrant qu’être victime n’est pas synonyme d’être quelqu’un de bien. La découverte que l’Afrique est bien différente des récits d’explorateurs colonialistes des siècles précédents. La réalité des actions militaires à l’étranger (la guerre tue), ou encore la prédation sur les plus faibles comme les personnes à la rue. Paul perd ainsi son innocence et passe à l’âge adulte, processus inéluctable pour tout à chacun. Sans oublier cette étape essentielle et libératrice (pour lui) qu’est la perte de sa virginité. Et puis il y a le troisième épisode intitulé : Crazyman découvre les mangas. Dans un premier temps, le lecteur se trouve décontenancé par l’intrigue : combattre quatre personnages de nature très différente, qui pourraient être issus de différents types de manga. D’un autre côté, cela fait sens : raconter une histoire de superhéros constitue un questionnement culturel pour l’auteur, au travers du genre dominant en bande dessinée aux États-Unis, questionnement qu’il avait également effectué en réalisant des bandes dessinées pour le marché japonais. Dans chaque histoire, le lecteur ressent que l’auteur éprouve une sorte de tendresse pour son personnage : il ne raille pas son innocence, même s’il la pointe gentiment du doigt. Il ne se moque pas du concept de superpouvoir, même si son incongruité ressort avec évidence. Le lecteur voit bien que les préoccupations de Paul / ex Crazyman sont très similaires à celles de l’auteur lui-même. Il retrouve la fascination pour la femme et le plaisir à l’acte sexuel, une empathie et une sollicitude pour son prochain, une curiosité pour les différences culturelles, etc. D’ailleurs ce rêveur rencontré sur la plage, qui dessine des arbres, pourrait bien se prénommer Edmond. Et Crazyman pourrait bien être l’alter ego de ce dessinateur, une façon pour lui de se représenter son âme, d’incarner ses aspirations modèles, d’être l’allégorie d’une pureté idéale.
Edmond Baudoin qui réalise un comics de superhéros ? N’importe quoi ! Ben non, pas tant que ça. Déjà parce que ledit superhéros, Crazyman, vient de mettre fin à sa carrière. Ensuite parce qu’il fait preuve des mêmes centres d’intérêt que l’auteur, et des mêmes grandes espérances. Ensuite parce la narration visuelle reste du pur Baudoin : des cases réalisées au pinceau, des traits de contour irréguliers irradiant une expressivité peu commune, une vitalité de chaque contour. Et puis ce personnage à l’âme enfantine qui se retrouve obligé de grandir devient l’allégorie des aspirations de son créateur, ainsi qu’une recherche de ce qu’expriment les comics de superhéros, tout comme il s’était lancé dans l’aventure de découvrir ce qu’il est possible d’exprimer dans les mangas. Formidable.
Après avoir refermé l’album, je n’ai pu dire qu’une seule chose : « Waouh… tout simplement waouh ! »
La fin s’est révélée bien plus intéressante et profonde que je ne l’imaginais au début, et même au milieu de ma lecture. À mes yeux, trois tomes constituent la longueur idéale pour cette histoire. C’est suffisant pour s’attacher aux personnages, s’immerger dans l’univers, tout en conservant un rythme de narration dynamique.
Cette histoire alterne des moments dramatiques très intenses et de belles scènes d’intimité entre les personnages. Malgré la brièveté de la série, tout est traité avec beaucoup de justesse. On croit vraiment à ce qui se passe. On n’a jamais l’impression que les événements surviennent uniquement parce que le scénariste en avait besoin. Il n’y a pas de « deus ex machina » ni de facilités scénaristiques.
Le dessin est un véritable plaisir. L’aquarelle, en bande dessinée, est déjà un art à part entière. Mais lorsqu’elle s’accompagne d’un bon scénario, de personnages attachants et d’une histoire porteuse de sens, le résultat ne peut qu’impressionner.
Étrange manga réalisé par Camille Broutin, une française, que je découvre avec cette série. Et franchement, c'est jusqu'ici bluffant !
L'autrice nous immerge dans le quotidien d'un internat disciplinaire paumé en plein désert, où de jeunes filles ont échoués pour des raisons diverses. On se dit, "mouais, encore une histoire de lycéenne en vase clos où ça va se crêper le chignon...". De ce côté là, on va pas être déçu, mais l'introduction du fantastique dès le premier tome va bouleverser notre ressenti et donner un sacré coup de fouet au récit ! Surtout que le danger vient d'une espèce de pluie de petites boules blanches ressemblant à des balles de golf, douées d'une certaine vie et qui transforment tout ce qu'elles touchent en... petites boules blanches. Végétaux, animaux, bâtiments, humains... rien ne semble leur résister, sauf les dessins de la jeune fille du directeur qui semble atteinte d'une certaine forme d'autisme...
Le premier tome est vraiment percutant, surtout que le dessin de Camille Broutin est très bon, fin, détaillé, expressif, que ses différents personnages féminins, très caractérielles, ajoutent à la tension ambiante déjà plombante. Les deux tomes suivants perdent un peu en intensité je trouve mais continuent à intriguer le lecteur et à le tenir en haleine, d'autant que certains passages décisifs tombent sans crier gare et relancent le suspens et l'intrigue.
J'ai vraiment hâte de découvrir le dénouement de cette série prévue dans le quatrième et dernier tome !
Je n’aurais probablement jamais ouvert cette BD si je n’avais pas en charge l’accueil de son illustrateur en septembre prochain dans la structure dans laquelle je travaille. Sa couverture peu engageante et son sujet, austère, n’avait à mes yeux rien d’appétissant. Et pourtant !
Je commencerai par évoquer les faiblesses de l’album. Ne disons pas vraiment des faiblesses, non, plutôt des obstacles.
Tout d’abord, la BD comporte d’imposants pavés de texte qui donnent souvent le sentiment de lire les œuvres mêmes de Marc Bloch. C’est très long à lire, sans compter qu’il y a à mon sens quelques répétitions qui auraient pu être évitées. Et puis je l’évoquais, il y a cette affreuse couverture terne, d’une affligeante banalité, qui n’incite pas vraiment au voyage.
Cela étant dit, j’ai trouvé cette lecture passionnante. Tout d’abord, le dessin est très classe : une belle ligne claire, des couleurs tout à fait à propos. Impec ! Il y a aussi le scénario qui, bien qu’un peu linéaire et filoguidé (après tout, c’est un récit historique – délicat de faire autrement), ne perd jamais le lecteur.
Mais surtout, on y apprend une foultitude de choses, à commencer par ce qu’a véritablement apporté Marc Bloch à l’Histoire en tant que discipline. En menant des recherches parallèles, je n’ai finalement pas appris grand-chose de plus. Tout est très bien synthétisé. Il y a peu de concessions faites au « grand public » : c’est admirable. Quel meilleur moyen de rendre hommage à un homme qui a cherché à comprendre les choses en profondeur ?
Et puis surtout, last but not least, ça m’a donné envie de me plonger dans l’œuvre de Marc Bloch. J’ai d’ailleurs commencé par entamer Les Rois Thaumaturges, ouvrage qui se révèle puissant bien que rédigé avec une langue que je trouve parfois alambiquée.
Bref ! Cette BD vaut vraiment le coup d’œil, et je connais deux trois collègues à BDthèque qui, j’en suis certain, ne la bouderaient certainement pas (clin d’œil clin d’œil).
Les esprits chagrins ne manqueront pas de remarquer qu’elle sort à un moment où l’on parle beaucoup de Marc Bloch depuis sa panthéonisation. La revue L’Histoire, par exemple, lui avait déjà consacré un large dossier en septembre dernier. Mais franchement, il y a là matière à comprendre pourquoi la pensée de cet homme est fondamentale aujourd’hui.
Sans être un coup de cœur, car sa lecture constitue tout de même une petite épreuve, cette BD mérite toute notre attention et doit figurer en haut du panier.
Risso ne cesse de me surprendre !
Nous sommes très loin ici du style qui l’a défini pendant des années : le noir et blanc bien contrasté, des espaces de lumière et d’ombre dans lesquels les personnages aux contours bien définis évoluaient et agissaient au gré des intrigues, principalement celles de Trillo ou Azzarello. L’introduction de la couleur revient surtout à Patricia Mulvihill, dans 100 bullets, par exemple, sans changer ces éléments fondamentaux. Mais déjà dans le Batman, avec Paul Dini, nous avions le début d’une nouvelle expérimentation avec la couleur. Ici, tout explose !
Risso dessine avec la couleur. Les effets d’aquarelle sont surprenants, ils racontent l’histoire mieux que les mots eux-mêmes: jaunes, bleus, rouges et verts, nuits violettes, ciels orangés : toutes les couleurs complémentaires ! Il faut du courage et de l’assurance! Les couleurs du ciel, de la terre, des journées chaudes et des nuits peuvent sembler trop vives, mais elles créent des ambiances psychologiques qui influencent le lecteur et jouent un rôle de véritable personnage tout au long de l’album.
L'intrigue d'Azzarello est l'un des westerns les plus brutaux et sans concession que j'aie jamais lus. Il ne s'agit pas d'une apologie ou d'une glorification de la violence, comme un premier regard pourrait le laisser penser. C'est un portrait réaliste d'un monde sauvage où la volonté de pouvoir cherche à s'imposer contre toutes les considérations morales, religieuses ou légales. L'être humain est bien pire que les bêtes sauvages !
Depuis le début, nous avons le pressentiment que les trois petits garçons n'auront pas une enfance paisible et heureuse. La recherche de leur mère, les différentes rencontres et menaces vont façonner leur parcours et leur destin. La rencontre avec Chouette Enragée, mais aussi avec des colons nordiques en route vers l'Ouest, sera marquante, un vrai oasis.
Je ne peux m'empêcher de penser, depuis la couverture du livre, que les trois bandits et les trois gamins forment une sorte de miroir ou de destin circulaire dans lequel la violence se reproduit et se perpétue. Ce ne sera peut-être pas indispensable, mais j'aimerais que l'histoire ait une suite. Je serais preneur. Anna, tout comme les enfants survivants et d'autres personnages, le mériteraient.
Un dernier mot pour les couvertures alternatives à la fin de l'album : elles ajoutent de la valeur et de l'intérêt, par la comparaison que l'on fait avec celles de Risso.
Je continue mon exploration des œuvres de Nicolas Wild et pour l’instant toujours pas déçu.
Avec cette escapade en Russie, on retrouve sa patte graphique, sa tendance documentaire et son secret pour rendre le tout fluide, amusant et instructif. Bref, il sait capter l’attention de son lecteur.
J’ai lu l’album il y a peu et comme d’autres l’ont pointé, je regrette de n'avoir qu'un instantané de la vision russe sur ce conflit (nous nous situons ici seulement quelques mois après son démarrage) ... Ce dernier continuant toujours, je reste très curieux de connaitre l' évolution de leurs ressentis aujourd'hui.
Pourquoi pas dans un second tome ?
Malgré ce petit point noir qui ne permet pas une vision globale de cette guerre, un album réussi.
J’ai adoré l’histoire et l’introduction de la culture japonaise dans le livre. J’ai aussi aimé les tatouages des personnages principaux et leurs signification.
Frankenstein de Mary Shelley, un incontournable récit sur l'orgueil humain et le complexe divin, le tout premier roman de science fiction si je ne m'abuse, une histoire maintes fois adaptée et toujours aussi prenante, bref : un classique qu'il me fait toujours plaisir de redécouvrir.
On va commencer par parler de ce qui distingue cette adaptation en premier lieu, à savoir le dessin. Il est splendide, magnifiquement détaillé, sorte de croisement entre des croquis encyclopédiques (surtout lors des pages traitant de la création) et de vieilles peintures, tout en ombrages dramatiques et en mise en scène grandiose. Un dessin parfait pour ce récit qui, je le rappelle, traite avant tout d'une histoire d'orgueil, de vengeance et de souffrance émotionnelle.
L'histoire, pour celleux qui ne la connaîtraient pas, est l'histoire d'un jeune génie avide de postérité (l'éponyme Victor Frankenstein) qui va sans scrupule ou réflexion mettre de côté sa morale et les questionnements métaphysiques pour réaliser l'impossible : créer la vie. Ou plutôt re-créer, son savoir et sa technique se concentrant sur le fait de ramener des tissus organiques morts à la vie.
Si le sous-titre du roman était "le nouveau Prométhée" ce n'est pas pour rien, les enjeux du récits vont venir de cette relation chaotique entre créateur et créature, de cette responsabilité immense qu'est celle de donner la vie, de donner la conscience à quelque chose pour en faire un quelqu'un. L'humain jouant les démiurges, créant un être sans même véritablement réfléchir aux conséquences d'un tel acte, sans considération émotionnelle pour sa créature, l'abandonnant à son sort et la condamnant à la cruauté et la folie, voilà des enjeux prenants et qui ont toujours su me faire vibrer.
Comme dans l'inconscient collectif et la culture populaire il est très fréquent de voir ladite créature réduite à un monstre abominable dont la nature monstrueuse est une fatalité, il est agréable de revoir des adaptations rappeler que dans le roman de base il était surtout question d'une mise en reflet de l'humanité, que cette créature, aussi difforme soit-elle à nos yeux, n'en reste pas moins tout aussi intellectuellement développée que nous, douée de raison et capable, malheureusement, des pires cruautés. Il est question d'un être qui, par solitude et isolement, sombre dans la folie, qui devient immoral et non pas qui aurait toujours été amoral.
C'est tragique à souhait et je trouve toujours les adaptations de ce récits très engageantes, ne serait-ce que sur le point réflexif.
Après, sachons raison garder, l'adaptation est fidèle, de très bonne facture, le dessin est magnifique et la mise en scène grandiose, mais l'adaptation n'est pas non plus révolutionnaire. Elle est peut-être justement trop fidèle.
J'aurais toujours une certaine attache et admiration supérieure pour les œuvres visant à adapter ce récit et ses problématiques mais proposant une nouvelle vision, ou bien en changeant totalement le cadre narratif tout en gardant le sujet central (comme des récits traitant de machines développant une conscience et de leur relation avec leur créateur-ice-s par exemple) ou bien en poussant les réflexions métaphysiques établies dans le roman plus loin, en proposant de nouveaux points de vue sur la question du droit ou non à créer la vie et de ses implications morales et philosophiques.
(Note réelle 3,5)
Je n’ai toujours pas lu Le Château des étoiles mais ayant entendu qu'il ne faut pas connaître la série mère pour apprécier ce spin-off, je me suis lancé. Difficile d'échapper à ce qui semble être le hit du moment: il esten tête de gondole et à la caisse de magasins de tous types: Fnac, boutiques manga, espaces culture... Ceci complété par un titre poétique et de très bons avis, il n'y a pas de prise de risque.
Les temps sont au mix entre BD et manga, comme en témoignent Capitaine Albator - Mémoires de l'Arcadia ou encore Goldorak. Chaque fois avec bonheur et succès à la clé. Et Alex Alice remplit à merveille ce soir. Personnages longiformes de Matsumoto, le steam punk à la sauce Miyazaki d'un côté, mise en scène et scénario à l'européenne de l'autre, l'équilibre est parfait.
La fin du tome 1 se termine avec beaucoup de belles promesses entre quête de vengeance, chasse aux trésor et aventures intergalactiques.
Bref, c'est la valeur sûre du moment même si l'accumulation de ces bons points rend peut-être l'ensemble (trop?) prévisible.
Plus trash que Vanille ou chocolat ?, cette BD dont vous êtes le héros nous propose de suivre un magicien perdu dans un monde fantasy très classique: on récupère des épées, affronte des monstres et fait face à de grandes questions comme gauche-ou-droite. Comme dans l'excellent bouquin interactif de Shinga, on suit les cases dans tous les sens d'une page à l'autre, en avant, en dessous... On peut être tenté de lorgner sur les cases proches (petites, heureusement l'éditeur a eu la bienveillance de proposer un livre en grand format) mais ce serait gâcher 50% du plaisir car l'important n'est pas la quête mais le voyage. Et des voyages, il faudra en refaire pour connaître les différentes fins.
Le dessin est simple mais colle parfaitement à l'ambiance loufoque et au format des cases. Les colorisations permettent de bien se repérer, un travail à saluer. Le scénario est à la fois prévisible et palpitant, difficile à expliquer il faut le lire pour s'imaginer.
Et puis, je salue les auteurs site web qui a été développé et qui permet de garder les comptes de points de vie, pièces etc. et intègre une fonction de lancer de pièce. Simple et limpide, j'applaudis l'initiative!
3.5/5 mais qui mérite un 4 pour les bonnes idées mises en oeuvre.
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Crazyman
Vers Coumacoville. La ville où habitaient ses parents adoptifs. - Ce tome contient une histoire complète, une succession d’aventures d’un personnage récurrent avec une progression dramatique, pour un récit indépendant de tout autre. Son édition originale date de 2005. Il a été réalisé par Edmond Baudoin pour le scénario et les dessins. Il comprend quatre-vingts planches de bande dessinée. Lesdites aventures sont au nombre de cinq, précédées par un prologue intitulé Rencontre avec le rêveur, avec un épilogue en clôture. Elles portent comme titre : Virginité, Initiation, Crazyman découvre les mangas, Trahison, Crazyman chez les Indiens. Aux États-Unis dans le nord du Michigan, en bordure du lac supérieur, un homme à la forte carrure marche au bord de l’eau. Il en croise un autre qu’il dépasse d’une tête, et il lui adresse un bonjour. L’autre répond, se laisse dépasser, et se retourne sur la silhouette qui s’éloigne, songeur. Puis il repère un énorme tronc d’arbre échoué, il s’assoit sur un autre débris et il se met à dessiner le grand tronc. Au bout d’un moment il relève la tête, et il découvre que le grand costaud est en train de l’observer immobile. Ce dernier lui demande s’il dessine. Le rêveur répond que oui : il y a sur cette plage des milliers d’épaves de grands arbres échoués. Il en dessine un par jour, pour une future exposition. En retour, il lui demande s’il est en vacances. Paul Gravel répond que non, il est plutôt comme ces épaves sur la plage. Il se confie : il était un superhéros, Crazyman, c’était lui. Il continue : sur la brèche vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour la protection de celles et ceux qui lui semblaient être les victimes du mal. Et dont certaines se sont avérées être plus noires que les méchants des griffes desquelles il les avait sorties. Il se souvient de cet enfant adorable et blond qu’il a sauvé in extremis avant le passage d’un train. Deux ans plus tard, cet enfant, adorable et blond, a tué sa sœur, sa mère, son père, son petit frère. Il y eut aussi cet agent de police qu’il a libéré alors qu’il était sur le point d’être exécuté. Un an plus tard il apprenait que ce policier se livrait à des pratiques contre nature régulièrement sur ses quatre enfants, et les trois de sa maîtresse. Mais le pire était à venir. Le 11 septembre 2001. Son intuition d’un danger l’a dirigé vers un petit chat coincé en haut d’un arbre du Bronx. Le 11 septembre 2001 il a sauvé un petit chat. La discussion entre les deux hommes continue, tout en marchant sur la plage. Paul explique que Louise n’est plus sa chérie, qu’à ses yeux il était un abruti. Il a été deux fois fidèle à cet amour platonique, et il est toujours puceau. En plus il est timide. Le rêveur rentre chez lui et retrouve sa compagne Julie. Il lui raconte son étrange rencontre, puis ils font l’amour à sa demande à elle. Le lendemain elle décide de marcher sur la plage pour voir si elle rencontre cet étrange individu. Elle repère ce qui lui semble un oiseau dans le ciel, et quelques instants après, Crazyman l’a prise dans ses bras et l’emmène sur une île. Elle lui trouve l’air contrarié et lui propose de parler tranquillement, de s’assoir avant car il l’intimide un peu. Elle pose sa tête contre son torse car elle veut éviter d’avoir du sable dans les cheveux. Edmond Baudoin qui se lance dans le superhéros américain ? N’importe quoi !!! Certes, à la réflexion il a bien collaboré avec l’éditeur Kodansha pour réaliser des mangas, adaptés en français dans Le Voyage (Baudoin) (1996), Salade niçoise (2002), en adoptant les codes narratifs propres au marché japonais de la bande dessinée. Bon, là, ça n’a pas une tête de comics, les chapitres étant de longueur inégale, sans respecter le format de vingt ou vingt-deux pages. En revanche, l’auteur semble être plus que familier de la mythologie du superhéros dont il s’inspire. Crazyman a comme identité civil Paul Gravet qui exerce le métier de journaliste comme Clark Kent. Il entretient une relation doublement platonique avec sa collègue Louise, en tant que collègue et en tant que superhéros. Son amie d’enfance, Laurie a également un prénom qui commence par la lettre L (comme Lois au Daily Planet, et Lana Lang à Smallville, ou encore Lori Lemaris). Ses parents habitent une petite ville à la campagne et sont fermiers comme Martha & Jonathan Kent. En outre, le connaisseur sourit quand Julie pense qu’elle a repéré un oiseau dans le ciel, comme dans la célèbre expression : C’est un oiseau… C’est un avion… C’est Superman ! Enfin les responsables éditoriaux du journal pour lequel travaillent Paul et Louise font observer que quand Paul enquête, Crazyman n’est jamais loin. Le lecteur observe que l’auteur a choisi d’écrire des histoires après que Paul ait abandonné son costume de superhéros, et que son nom sous-entend qu’il est le jouet d’une forme de folie. Pour autant, ces histoires se situent à des années-lumière de celles de Superman, créé en 1938 par Joe Shuster (1914-1992) & Jerry Siegel (1914-1996). Certes le personnage principal vole dans chaque histoire, il lit un comics de ses aventures à un jeune enfant, et il passe même la majeure partie du troisième épisode en question en costume des superhéros. Il est également question de son identité secrète, et de son goût pour l’altruisme. Il se retrouve enlevé par un groupe de rebelles armés, et il enquête sur la disparition de personnes à la rue dans une grande métropole. Toutefois les supercriminels sont absents et mis à part dans un monde virtuel il ne triomphe pas à coup de grands uppercuts. D’ailleurs la narration visuelle de l’artiste reste dans son registre habituel, sans mettre en valeur des musculatures gonflées aux stéroïdes ou à la créatine, ou des femmes dans des tenues très révélatrices mettant en valeur des poitrines hypertrophiées (à une exception près pour Tamiko). Le lecteur retrouve donc le trait caractéristique de ce dessinateur : des dessins majoritairement au pinceau, avec des contours irréguliers plein d’expressivité, du noir souvent charbonneux, parfois un peu baveux, et quelques parties à l’encre. C’est du pur Baudoin, avec parfois cette incongruité d’une armoire à glace en train de voler dans le ciel, de manière autonome. Tout comme pour son passage chez un éditeur de manga japonais, ce créateur conserve toute sa personnalité propre, ses idiosyncrasies graphiques, sans adapter celles de comics. Pour autant, le lecteur familier de son œuvre sent bien qu’il a réalisé des adaptations à son sujet, à sa démarche créatrice. Outre cette liberté de voler dans le ciel, il constate une importance plus grande donnée aux cités, aux mégapoles, ce personnage essentiel des comics de superhéros, que ce soit New York ou Tokyo. Il relève même un hommage direct au Tarzan de Burne Hogarth (1911-1996) le temps d’une case. Le fait de lire une fiction, avec de l’action, change aussi la sensation à la vue des planches, en particulier cette posture très assurée de Paul, grand et fort, se tenant bien droit. Ces chapitres comprennent également des moments d’interactions personnelles, certaines intimes. Lors de ces passages, le lecteur retrouve Baudoin tel qu’en lui-même : une approche expressionniste permettant de se faire une idée de l’état d’esprit du personnage, donnant à voir une ou plusieurs facettes de leur personnalité, par leur posture, leur expression, les éléments visuels mis en avant qui vont au-delà d’une description factuelle et propre sur elle. Les dessins expriment beaucoup plus que ce qu’ils décrivent : la profonde détresse émotionnelle de Paul, le caractère enjoué et joueur de Julie et la manière dont elle s’amuse de la gêne qu’elle provoque en Paul, l’incroyable agressivité comportementale de la première ville étrangère où s’arrête Paul, la détermination quasi fanatique qui anime la rebelle Isabella, la suffisance méprisante de Louise, la joie simple du garçon à qui Paul lit comics, etc. Le lecteur comprend rapidement ce qui a pu séduire un créateur comme Baudoin dans cette entreprise : prendre un personnage de superhéros innocent et pur, altruiste et courageux, et le faire passer délicatement à l’âge adulte. C’est ainsi que Paul se trouve fort dépourvu alors qu’il a renoncé à sauver la veuve et l’orphelin et toute sorte de victimes, en découvrant qu’être victime n’est pas synonyme d’être quelqu’un de bien. La découverte que l’Afrique est bien différente des récits d’explorateurs colonialistes des siècles précédents. La réalité des actions militaires à l’étranger (la guerre tue), ou encore la prédation sur les plus faibles comme les personnes à la rue. Paul perd ainsi son innocence et passe à l’âge adulte, processus inéluctable pour tout à chacun. Sans oublier cette étape essentielle et libératrice (pour lui) qu’est la perte de sa virginité. Et puis il y a le troisième épisode intitulé : Crazyman découvre les mangas. Dans un premier temps, le lecteur se trouve décontenancé par l’intrigue : combattre quatre personnages de nature très différente, qui pourraient être issus de différents types de manga. D’un autre côté, cela fait sens : raconter une histoire de superhéros constitue un questionnement culturel pour l’auteur, au travers du genre dominant en bande dessinée aux États-Unis, questionnement qu’il avait également effectué en réalisant des bandes dessinées pour le marché japonais. Dans chaque histoire, le lecteur ressent que l’auteur éprouve une sorte de tendresse pour son personnage : il ne raille pas son innocence, même s’il la pointe gentiment du doigt. Il ne se moque pas du concept de superpouvoir, même si son incongruité ressort avec évidence. Le lecteur voit bien que les préoccupations de Paul / ex Crazyman sont très similaires à celles de l’auteur lui-même. Il retrouve la fascination pour la femme et le plaisir à l’acte sexuel, une empathie et une sollicitude pour son prochain, une curiosité pour les différences culturelles, etc. D’ailleurs ce rêveur rencontré sur la plage, qui dessine des arbres, pourrait bien se prénommer Edmond. Et Crazyman pourrait bien être l’alter ego de ce dessinateur, une façon pour lui de se représenter son âme, d’incarner ses aspirations modèles, d’être l’allégorie d’une pureté idéale. Edmond Baudoin qui réalise un comics de superhéros ? N’importe quoi ! Ben non, pas tant que ça. Déjà parce que ledit superhéros, Crazyman, vient de mettre fin à sa carrière. Ensuite parce qu’il fait preuve des mêmes centres d’intérêt que l’auteur, et des mêmes grandes espérances. Ensuite parce la narration visuelle reste du pur Baudoin : des cases réalisées au pinceau, des traits de contour irréguliers irradiant une expressivité peu commune, une vitalité de chaque contour. Et puis ce personnage à l’âme enfantine qui se retrouve obligé de grandir devient l’allégorie des aspirations de son créateur, ainsi qu’une recherche de ce qu’expriment les comics de superhéros, tout comme il s’était lancé dans l’aventure de découvrir ce qu’il est possible d’exprimer dans les mangas. Formidable.
Le Feul
Après avoir refermé l’album, je n’ai pu dire qu’une seule chose : « Waouh… tout simplement waouh ! » La fin s’est révélée bien plus intéressante et profonde que je ne l’imaginais au début, et même au milieu de ma lecture. À mes yeux, trois tomes constituent la longueur idéale pour cette histoire. C’est suffisant pour s’attacher aux personnages, s’immerger dans l’univers, tout en conservant un rythme de narration dynamique. Cette histoire alterne des moments dramatiques très intenses et de belles scènes d’intimité entre les personnages. Malgré la brièveté de la série, tout est traité avec beaucoup de justesse. On croit vraiment à ce qui se passe. On n’a jamais l’impression que les événements surviennent uniquement parce que le scénariste en avait besoin. Il n’y a pas de « deus ex machina » ni de facilités scénaristiques. Le dessin est un véritable plaisir. L’aquarelle, en bande dessinée, est déjà un art à part entière. Mais lorsqu’elle s’accompagne d’un bon scénario, de personnages attachants et d’une histoire porteuse de sens, le résultat ne peut qu’impressionner.
Yon
Étrange manga réalisé par Camille Broutin, une française, que je découvre avec cette série. Et franchement, c'est jusqu'ici bluffant ! L'autrice nous immerge dans le quotidien d'un internat disciplinaire paumé en plein désert, où de jeunes filles ont échoués pour des raisons diverses. On se dit, "mouais, encore une histoire de lycéenne en vase clos où ça va se crêper le chignon...". De ce côté là, on va pas être déçu, mais l'introduction du fantastique dès le premier tome va bouleverser notre ressenti et donner un sacré coup de fouet au récit ! Surtout que le danger vient d'une espèce de pluie de petites boules blanches ressemblant à des balles de golf, douées d'une certaine vie et qui transforment tout ce qu'elles touchent en... petites boules blanches. Végétaux, animaux, bâtiments, humains... rien ne semble leur résister, sauf les dessins de la jeune fille du directeur qui semble atteinte d'une certaine forme d'autisme... Le premier tome est vraiment percutant, surtout que le dessin de Camille Broutin est très bon, fin, détaillé, expressif, que ses différents personnages féminins, très caractérielles, ajoutent à la tension ambiante déjà plombante. Les deux tomes suivants perdent un peu en intensité je trouve mais continuent à intriguer le lecteur et à le tenir en haleine, d'autant que certains passages décisifs tombent sans crier gare et relancent le suspens et l'intrigue. J'ai vraiment hâte de découvrir le dénouement de cette série prévue dans le quatrième et dernier tome !
Marc Bloch - L'Historien combattant
Je n’aurais probablement jamais ouvert cette BD si je n’avais pas en charge l’accueil de son illustrateur en septembre prochain dans la structure dans laquelle je travaille. Sa couverture peu engageante et son sujet, austère, n’avait à mes yeux rien d’appétissant. Et pourtant ! Je commencerai par évoquer les faiblesses de l’album. Ne disons pas vraiment des faiblesses, non, plutôt des obstacles. Tout d’abord, la BD comporte d’imposants pavés de texte qui donnent souvent le sentiment de lire les œuvres mêmes de Marc Bloch. C’est très long à lire, sans compter qu’il y a à mon sens quelques répétitions qui auraient pu être évitées. Et puis je l’évoquais, il y a cette affreuse couverture terne, d’une affligeante banalité, qui n’incite pas vraiment au voyage. Cela étant dit, j’ai trouvé cette lecture passionnante. Tout d’abord, le dessin est très classe : une belle ligne claire, des couleurs tout à fait à propos. Impec ! Il y a aussi le scénario qui, bien qu’un peu linéaire et filoguidé (après tout, c’est un récit historique – délicat de faire autrement), ne perd jamais le lecteur. Mais surtout, on y apprend une foultitude de choses, à commencer par ce qu’a véritablement apporté Marc Bloch à l’Histoire en tant que discipline. En menant des recherches parallèles, je n’ai finalement pas appris grand-chose de plus. Tout est très bien synthétisé. Il y a peu de concessions faites au « grand public » : c’est admirable. Quel meilleur moyen de rendre hommage à un homme qui a cherché à comprendre les choses en profondeur ? Et puis surtout, last but not least, ça m’a donné envie de me plonger dans l’œuvre de Marc Bloch. J’ai d’ailleurs commencé par entamer Les Rois Thaumaturges, ouvrage qui se révèle puissant bien que rédigé avec une langue que je trouve parfois alambiquée. Bref ! Cette BD vaut vraiment le coup d’œil, et je connais deux trois collègues à BDthèque qui, j’en suis certain, ne la bouderaient certainement pas (clin d’œil clin d’œil). Les esprits chagrins ne manqueront pas de remarquer qu’elle sort à un moment où l’on parle beaucoup de Marc Bloch depuis sa panthéonisation. La revue L’Histoire, par exemple, lui avait déjà consacré un large dossier en septembre dernier. Mais franchement, il y a là matière à comprendre pourquoi la pensée de cet homme est fondamentale aujourd’hui. Sans être un coup de cœur, car sa lecture constitue tout de même une petite épreuve, cette BD mérite toute notre attention et doit figurer en haut du panier.
La Ballade des frères Blood
Risso ne cesse de me surprendre ! Nous sommes très loin ici du style qui l’a défini pendant des années : le noir et blanc bien contrasté, des espaces de lumière et d’ombre dans lesquels les personnages aux contours bien définis évoluaient et agissaient au gré des intrigues, principalement celles de Trillo ou Azzarello. L’introduction de la couleur revient surtout à Patricia Mulvihill, dans 100 bullets, par exemple, sans changer ces éléments fondamentaux. Mais déjà dans le Batman, avec Paul Dini, nous avions le début d’une nouvelle expérimentation avec la couleur. Ici, tout explose ! Risso dessine avec la couleur. Les effets d’aquarelle sont surprenants, ils racontent l’histoire mieux que les mots eux-mêmes: jaunes, bleus, rouges et verts, nuits violettes, ciels orangés : toutes les couleurs complémentaires ! Il faut du courage et de l’assurance! Les couleurs du ciel, de la terre, des journées chaudes et des nuits peuvent sembler trop vives, mais elles créent des ambiances psychologiques qui influencent le lecteur et jouent un rôle de véritable personnage tout au long de l’album. L'intrigue d'Azzarello est l'un des westerns les plus brutaux et sans concession que j'aie jamais lus. Il ne s'agit pas d'une apologie ou d'une glorification de la violence, comme un premier regard pourrait le laisser penser. C'est un portrait réaliste d'un monde sauvage où la volonté de pouvoir cherche à s'imposer contre toutes les considérations morales, religieuses ou légales. L'être humain est bien pire que les bêtes sauvages ! Depuis le début, nous avons le pressentiment que les trois petits garçons n'auront pas une enfance paisible et heureuse. La recherche de leur mère, les différentes rencontres et menaces vont façonner leur parcours et leur destin. La rencontre avec Chouette Enragée, mais aussi avec des colons nordiques en route vers l'Ouest, sera marquante, un vrai oasis. Je ne peux m'empêcher de penser, depuis la couverture du livre, que les trois bandits et les trois gamins forment une sorte de miroir ou de destin circulaire dans lequel la violence se reproduit et se perpétue. Ce ne sera peut-être pas indispensable, mais j'aimerais que l'histoire ait une suite. Je serais preneur. Anna, tout comme les enfants survivants et d'autres personnages, le mériteraient. Un dernier mot pour les couvertures alternatives à la fin de l'album : elles ajoutent de la valeur et de l'intérêt, par la comparaison que l'on fait avec celles de Risso.
A quoi pensent les russes
Je continue mon exploration des œuvres de Nicolas Wild et pour l’instant toujours pas déçu. Avec cette escapade en Russie, on retrouve sa patte graphique, sa tendance documentaire et son secret pour rendre le tout fluide, amusant et instructif. Bref, il sait capter l’attention de son lecteur. J’ai lu l’album il y a peu et comme d’autres l’ont pointé, je regrette de n'avoir qu'un instantané de la vision russe sur ce conflit (nous nous situons ici seulement quelques mois après son démarrage) ... Ce dernier continuant toujours, je reste très curieux de connaitre l' évolution de leurs ressentis aujourd'hui. Pourquoi pas dans un second tome ? Malgré ce petit point noir qui ne permet pas une vision globale de cette guerre, un album réussi.
SHI
J’ai adoré l’histoire et l’introduction de la culture japonaise dans le livre. J’ai aussi aimé les tatouages des personnages principaux et leurs signification.
Frankenstein (Bess)
Frankenstein de Mary Shelley, un incontournable récit sur l'orgueil humain et le complexe divin, le tout premier roman de science fiction si je ne m'abuse, une histoire maintes fois adaptée et toujours aussi prenante, bref : un classique qu'il me fait toujours plaisir de redécouvrir. On va commencer par parler de ce qui distingue cette adaptation en premier lieu, à savoir le dessin. Il est splendide, magnifiquement détaillé, sorte de croisement entre des croquis encyclopédiques (surtout lors des pages traitant de la création) et de vieilles peintures, tout en ombrages dramatiques et en mise en scène grandiose. Un dessin parfait pour ce récit qui, je le rappelle, traite avant tout d'une histoire d'orgueil, de vengeance et de souffrance émotionnelle. L'histoire, pour celleux qui ne la connaîtraient pas, est l'histoire d'un jeune génie avide de postérité (l'éponyme Victor Frankenstein) qui va sans scrupule ou réflexion mettre de côté sa morale et les questionnements métaphysiques pour réaliser l'impossible : créer la vie. Ou plutôt re-créer, son savoir et sa technique se concentrant sur le fait de ramener des tissus organiques morts à la vie. Si le sous-titre du roman était "le nouveau Prométhée" ce n'est pas pour rien, les enjeux du récits vont venir de cette relation chaotique entre créateur et créature, de cette responsabilité immense qu'est celle de donner la vie, de donner la conscience à quelque chose pour en faire un quelqu'un. L'humain jouant les démiurges, créant un être sans même véritablement réfléchir aux conséquences d'un tel acte, sans considération émotionnelle pour sa créature, l'abandonnant à son sort et la condamnant à la cruauté et la folie, voilà des enjeux prenants et qui ont toujours su me faire vibrer. Comme dans l'inconscient collectif et la culture populaire il est très fréquent de voir ladite créature réduite à un monstre abominable dont la nature monstrueuse est une fatalité, il est agréable de revoir des adaptations rappeler que dans le roman de base il était surtout question d'une mise en reflet de l'humanité, que cette créature, aussi difforme soit-elle à nos yeux, n'en reste pas moins tout aussi intellectuellement développée que nous, douée de raison et capable, malheureusement, des pires cruautés. Il est question d'un être qui, par solitude et isolement, sombre dans la folie, qui devient immoral et non pas qui aurait toujours été amoral. C'est tragique à souhait et je trouve toujours les adaptations de ce récits très engageantes, ne serait-ce que sur le point réflexif. Après, sachons raison garder, l'adaptation est fidèle, de très bonne facture, le dessin est magnifique et la mise en scène grandiose, mais l'adaptation n'est pas non plus révolutionnaire. Elle est peut-être justement trop fidèle. J'aurais toujours une certaine attache et admiration supérieure pour les œuvres visant à adapter ce récit et ses problématiques mais proposant une nouvelle vision, ou bien en changeant totalement le cadre narratif tout en gardant le sujet central (comme des récits traitant de machines développant une conscience et de leur relation avec leur créateur-ice-s par exemple) ou bien en poussant les réflexions métaphysiques établies dans le roman plus loin, en proposant de nouveaux points de vue sur la question du droit ou non à créer la vie et de ses implications morales et philosophiques. (Note réelle 3,5)
Les Chants du Cygne Noir
Je n’ai toujours pas lu Le Château des étoiles mais ayant entendu qu'il ne faut pas connaître la série mère pour apprécier ce spin-off, je me suis lancé. Difficile d'échapper à ce qui semble être le hit du moment: il esten tête de gondole et à la caisse de magasins de tous types: Fnac, boutiques manga, espaces culture... Ceci complété par un titre poétique et de très bons avis, il n'y a pas de prise de risque. Les temps sont au mix entre BD et manga, comme en témoignent Capitaine Albator - Mémoires de l'Arcadia ou encore Goldorak. Chaque fois avec bonheur et succès à la clé. Et Alex Alice remplit à merveille ce soir. Personnages longiformes de Matsumoto, le steam punk à la sauce Miyazaki d'un côté, mise en scène et scénario à l'européenne de l'autre, l'équilibre est parfait. La fin du tome 1 se termine avec beaucoup de belles promesses entre quête de vengeance, chasse aux trésor et aventures intergalactiques. Bref, c'est la valeur sûre du moment même si l'accumulation de ces bons points rend peut-être l'ensemble (trop?) prévisible.
Anal Wizards
Plus trash que Vanille ou chocolat ?, cette BD dont vous êtes le héros nous propose de suivre un magicien perdu dans un monde fantasy très classique: on récupère des épées, affronte des monstres et fait face à de grandes questions comme gauche-ou-droite. Comme dans l'excellent bouquin interactif de Shinga, on suit les cases dans tous les sens d'une page à l'autre, en avant, en dessous... On peut être tenté de lorgner sur les cases proches (petites, heureusement l'éditeur a eu la bienveillance de proposer un livre en grand format) mais ce serait gâcher 50% du plaisir car l'important n'est pas la quête mais le voyage. Et des voyages, il faudra en refaire pour connaître les différentes fins. Le dessin est simple mais colle parfaitement à l'ambiance loufoque et au format des cases. Les colorisations permettent de bien se repérer, un travail à saluer. Le scénario est à la fois prévisible et palpitant, difficile à expliquer il faut le lire pour s'imaginer. Et puis, je salue les auteurs site web qui a été développé et qui permet de garder les comptes de points de vie, pièces etc. et intègre une fonction de lancer de pièce. Simple et limpide, j'applaudis l'initiative! 3.5/5 mais qui mérite un 4 pour les bonnes idées mises en oeuvre.