PF Radice signe une très belle adaptation du roman noir de Richard Morgiève (Le Cherokee) : « l'histoire d'un shérif et d'un agent du FBI sur les traces d'un tueur et d'une bombe ». Une relecture originale et très convaincante.
Pierre-François Radice est ... professeur de sculpture ! Côté dessin, il a donné dans les albums jeunesse et d'autres comme "La cuisine en BD" !
On avait donc peu de chances de le croiser jusqu'à ce God bless America, adaptation d'un roman noir de Richard Morgiève : Le Cherokee, une histoire un peu étrange qu'on avait lue en 2020.
PF Radice avait également publié un album sur Al Capone.
Utah. 1954, en pleine guerre froide, les américains ont peur de tout le monde.
« C'est l'histoire d'un shérif et d'un agent du FBI sur les traces d'un tueur et d'une bombe. »
La nuit du 26 septembre, des phénomènes étranges commencent à survenir.
Quelques disparitions, une voiture abandonnée au bord de la route, le crash d'un avion de chasse ... sans pilote à bord.
Le lendemain, la bombe atomique de l'avion n'est plus là, « beaucoup de citoyens ont aperçu l'avion hier soir », l'armée investit la région et le standard du poste de police reçoit « de nombreux appels pour des extraterrestres, les communistes qui attaquent, les militaires qui arrivent et une soucoupe volante ... ».
Nick Corey est le shérif de Panguitch. Un homme à l'enfance difficile et à la vie agitée (l'écrivain Richard Morgiève également d'ailleurs).
Avec l'aide d'un agent du FBI, Corey se lance à la poursuite d'un tueur en série surnommé le dindon à cause de son rire sinistre (à moins que ce ne soit le tueur qui pourchasse Nick Corey ?) .
Au milieu de tout ce bazar, le shérif Corey est « obligé d'aller au bout de toutes les voies du labyrinthe, en espérant que l'une d'elles ne se terminerait pas en cul-de-sac ». Il traîne ses bottes de faux cow-boy sans trop y croire, un brin désabusé.
« Je me sentais bien dans mes bottes. Par la fenêtre, le far-west crevait. Dans pas longtemps, il n'y aurait plus que des lignes électriques, des routes et des distributeurs de coca. Les hommes avaient tout foutu en l'air et continuaient. Faudrait aller sur Mars pour continuer à tout démolir. »
Pendant quelques pages, une lueur d'espoir : quand Nick file le parfait amour avec ..., mais chut ! on va quand même pas tout vous dire !
Très fidèle au roman de Morgiève (une sorte de pastiche d'un thriller très américain, écrit par un frenchy bien de chez nous), cet album en est une belle adaptation.
Le bouquin original était un peu longuet, voire touffu, et le format de la BD oblige à réduire, à mettre en avant certains aspects, certains moments et à en occulter d'autres. Cela ne nuit nullement au récit mais PF Radice nous propose plutôt, avec intelligence, sa relecture personnelle de l'original.
Le résultat est un sacré bon roman noir qui ravira les fans de Morgiève mais qui surtout pourra plaire à tous ceux qui n'ont pas encore lu Le Cherokee. Sacrée réussite.
Un excellent polar en images qui se balance au rythme chaloupé du pickup bringuebalant sur les pistes, celui des rednecks des hauts plateaux.
Le noir et blanc est très à la mode et le dessin de PF Radice est un crayonnage aux dégradés de gris du plus bel effet qui sert parfaitement le propos un peu sombre de cette histoire qui est tout sauf un conte de fées.
Le grand format (22 x 32) laisse une large place aux dessins qui ne se laissent pas envahir par les phylactères, pourtant nombreux.
Avec sa couverture originale et réussie, l'album est un bel objet de plus de 200 grandes pages tirées sur papier épais.
Je rejoins l'enthousiasme général concernant cet album, que je n'aurais sans doute pas lu sans les critiques ici... et si je n'avais pas déjà lu et beaucoup aimé "Jean-doux et le mystère de la disquette molle" du même auteur.
Changement radical d'ambiance et de style ici. Exit le genre loufoque de Jean-Doux, on embarque dans un récit de SF pur, à la découverte d'une planète à l'autre bout du système solaire. L'humanité doit la coloniser pour assurer la survie de notre espèce. Ca ressemble à un pitch déjà lu pas mal de fois, et ce n'est pas forcément le type de récit qui m'attire de prime abord. Pourtant ça fonctionne hyper bien ici et on se prend vraiment à l'histoire.
La narration est sacrément bien fichue. C'est pas dense en dialogue, on suit un homme et une petite fille qui déambulent sur cette planète. On ne sait pas trop ce qu'ils recherchent, la petite fille est curieuse et questionne l'homme sur ses origines. Il est plutôt avare en réponse et cela entretien un vent de mystère plutôt agréable. En alternance avec ces passages, on a droit a un autre arc narratif qui raconte le voyage spatial des 4 colons originaux. Evidement le voyage ne va pas se passer comme prévu. L'auteur a su me séduire avec son idée de fossilisation à travers le temps. Les situations qui en découlent et les questions éthiques que doivent se poser nos astronautes pour assurer, non pas leur propre survie, mais celle de l'espèce humaine sont saisissantes.
La tension va crescendo, et l'envie de connaitre le dénouement ne fait qu'augmenter avec les pages qui défilent. Evidement les 2 histoires se rejoignent vers la fin. Et de quelle manière ! La aussi j'ai trouvé ça hyper malin, hyper efficace. Que dire des dernières pages ? Brutales, elles offrent un final majestueux à ce récit.
Un sans faute, lecture vivement recommandée.
En bref, il n’y a pas de hors texte.
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Ce tome constitue un exposé sur la French Theory et son histoire. Son édition originale date de 2025. Il a été réalisé par François Cusset & Thomas Daquin pour le scénario, et par Daquin pour les dessins et les couleurs. Il comprend deux-cent-dix pages de bande dessinée. Il se termine avec un paragraphe de quelques lignes précisant que : Cette bande dessinée en forme d’essai graphique n’est pas une adaptation illustrée du livre intitulé French Theory, Foucault, Derrida, Deleuze & Cie et les mutations de la vie intellectuelle aux États-Unis, mais plutôt une double tentative, voir si le dessin pourrait rendre plus accessibles et plus utilisables les concepts de philosophes pas toujours faciles, et voir si ces concepts et leur histoire mouvementée, au moment où ils sont attaqués de toutes parts, pourraient aider à résister aux Fascismes qui montent.
Le 6 janvier 2021, à Washington, des supporters fanatisés de Donald Trump envahissent le Capitole sous les yeux du monde entier, interloqué. Un an plus tard, alors que s’accumulent les menaces sur la démocratie, et que le monde se remet lentement de la pandémie de Covid, un colloque a lieu à la Sorbonne, sous le titre : Après la déconstruction, reconstruire les sciences et la culture. Le ministre de l’Éducation nationale intervient déclarant que d’une certaine façon, ce sont eux qui ont inoculé le virus, avec ce qu’on appelle la French Theory. Maintenant ils doivent fournir le vaccin. Un virus, un vaccin ? Ce même Jean-Michel Blanquer a en 2021, créé son laboratoire républicain afin de gagner la bataille des idées. Mais ici, les laborantins ne sont pas chimistes : ils sont députés, éditorialistes, hauts fonctionnaires, professeurs, politologues, bref… de bons soldats de la République. Cela dit, quel rapport entre cette chaîne de réactions anti-woke dans la France des années 2020, et des philosophes à la réputation subversive, et aux textes chargés, de la fin du XXe siècle ? Entre des vieux bouquins de philo et une menace imminente pour la civilisation ? C’est l’infection du monde américain depuis un demi-siècle par un principe actif, synthétisé sur place, et baptisé : French Theory.
1777, le marquis de La Fayette vient apporter de l’aide pendant la guerre d’indépendance. 1917… 1945… Par deux fois, les soldats américains débarquent pour sauver le monde libre. Dans l’entre-deux guerre, les artistes noirs américains trouvent en France une liberté qu’ils n’ont pas chez eux. En 1944, les esprits libres de l’Hexagone fuient la France occupée pour se réfugier aux USA. La France de l’après-guerre se passionne pour le rock’n’roll et Hollywood. Et la tournée américaine de Sartre et Beauvoir donne envie à New York de ressembler à Saint-Germain-des-Prés. L’élite culturelle consomme français, les Américains fantasment une France subversive, exotique… sans se rendre compte de l’ampleur de son américanisation. La France, elle, a le sentiment que les États-Unis pèsent un peu trop sur sa façon de vivre, d’où un anti-américanisme tenace… Le genre de malentendu qui fait les meilleures histoires.
La French Theory, qu’est-ce donc ? Hé bien c’est l’objet de cet ouvrage, et il suit ce concept depuis sa naissance aux États-Unis, jusqu’à son retour en France, en passant par l’explication des cinq principes majeurs (les cinq fantastiques), les usages qu’en ont fait les Américains, son acceptation ou son rejet par certaines communautés, des amis ou des ennemis. Rapidement, le lecteur se rend compte que nul n’est besoin de disposer de connaissances préalables pour pouvoir suivre cet exposé, que ce soit dans sa dimension historique ou dans sa dimension philosophique. L’ouvrage est dense en informations, et en même temps très agréable à lire grâce à la narration visuelle de type descriptive et réaliste, avec des représentations un peu simplifiées ce qui les rend plus rapides à lire, avec une belle inventivité dans les représentations pour imager les concepts. Les auteurs présentent rapidement les cinq philosophes dont les écrits ont constitué les fondations de la French Theory : Michel Foucault (1926-1984, Surveiller et punir), Jacques Derrida (1930-2004, La différance), Gilles Deleuze (1925-1995, La machine désirante), Félix Guattari (1930-1992, La ligne imaginaire), Jean Baudrillard (1929-2007, Simulacres et simulation). Puis ils consacrent un chapitre à leur concept majeur, ou tout du moins celui qui a été retenu par les Américains et mis en œuvre.
En fonction de ses inclinations, le lecteur attend peut-être plus un chapitre ou un autre. Les auteurs effectuent un travail remarquable, chronologique, depuis la genèse du mouvement de la French Theory aux États-Unis, jusqu’à son retour en France, en évoquant le devenir des cinq philosophes. Il lit donc l’introduction avec la déclaration de Jean-Michel Blanquer, avec en onze pages, déjà de nombreuses idées visuelles pour donner à voir des choses très concrètes comme l’intervention du ministre de l’Éducation nationale, et des concepts comme les relations culturelles entre les États-Unis et la France (deux dessins en double page opposant les deux pays de part et d’autre de l’océan Atlantique), et six moments de leur histoire commune, avec trois cases de la hauteur de la planche sur deux pages en vis-à-vis. Puis, ne reculant devant aucun défi, les deux auteurs se lancent dans l’exposition des cinq concepts fondamentaux de la French Theory un par philosophe. Et là… C’est un tour de force.
Dans ce chapitre intitulé Les cinq fantastiques, les auteurs mettent en scène des avatars humanoïdes de chacun de ces cinq concepts : Norma la norme, Dezmak la machine désirante, Sim le simulacre, La déconstruction, L.O.F. la ligne imaginaire (Line Of Flight). Dans un grand camping-car, deux chimistes en tenue intégrale avec masque mélangent des produits pour créer une nouvelle personnification (toute ressemblance avec une série télé…). Première allégorie créée : Norma, un homme aux larges épaules, dans un costume vert rayé de jaune, les rayures faisant office de barreaux de prison pour une petite silhouette blanche. Le dessinateur met à profit les possibilités de la bande dessinée pour réaliser des constructions de page et des conceptions visuelles de séquence complétant ce que l’incarnation de la Norme exprime : barreaux tordus devenant les rayures du costume de Norma, personnage représenté en triple se rasant lui-même la tête et se tendant un miroir, cases de petite hauteur pour montrer un personnage enfermé dans un petit espace, bordures de case formant la silhouette d’un personnage, jeu de Norma avec le petit personnage comme s’il s’agissait d’une poupée, panoptique (architecture carcérale conçue par le philosophe Jeremy Bentham, 1848-1832, et repris par Foucault pour en faire le modèle abstrait d’une société disciplinaire), etc. L’artiste se montre encore plus inventif pour Dezmak avec des mises en page à base de robot, de machineries, de tapis roulants et engrenages, d’écrans de contrôle, etc. Ce chapitre constitue une réussite exemplaire, un tour de force pour vulgariser la concepts complexes de ces philosophes français emblématiques.
Les auteurs exposent ensuite ce qu’il est advenu de ces théories. Dans un passage tout aussi éclairant, rendu évident par la narration visuelle, ils expliquent que : D’habitude, un philosophe produit du texte, ses concepts restent circonscrits aux textes, et leurs effets sont des effets de texte. Avec une image très parlante (un individu prend une page d’un des ouvrages évoqués, la roule et la fume), ils continuent : En France, il y a eu des commentateurs, mais aux USA on est passé aux usagers (ce dernier mot filant la métaphore de la substance psychotrope), les pages sont sorties de leur contexte (évoquant le principe qu’il n’y a pas de hors texte). Le lecteur découvre alors, ou retrouve, comment d’autres penseurs ont mis à profit ces concepts novateurs pour développer ou étayer leurs propres points de vue. Il voit leur influence dans les travaux de Edward Saïd (1935-2003, L’orientalisme : l’orient créé par l’occident, 1978), Homi Bhabha (1949-, Le pays de l’exilé, c’est la dissémi-nation, pour exister il doit inventer un tiers-espace d’énonciation.), Gayatri Chakravorty Spivak (1942-, études postcoloniales et féministes, traductrice de Jacques Derrida), Judith Butler (1956-), Eve Kosofsky Sedgwick (1950-2009), Fredric Jameson (1934-2024), Stanley Fish (1938-)… jusqu’à Matrix (1999) des sœurs Wachowski. Le dessinateur participe à établir ces filiations, en intégrant des échos visuels des cinq fantastiques dans la narration, qui passe d’un mode descriptif à un mode allégorique, intriqués dans une même séquence. Par exemple : impossible d’oublier l’évidence visuelle du portail de Jurassic Park, comme une preuve patente que la culture postmoderne constitue une publicité permanente pour le capitalisme, selon Fredric Jameson.
Ce voyage extraordinaire, aussi bien historique, que pédagogique qu’initiatique, continue avec la même faconde pour mettre en lumière comment cet agglomérat de concepts a généré une réaction de rejet (Backlash) débutant dans les années 1970. La French Theory devient le bouc émissaire de la complexification du monde, de la relativisation des valeurs, de la distinction brouillée entre le bien et le mal, et même de la crise de la civilisation occidentale qui n’est plus le centre du monde. Le dessinateur et adaptateur continue de mettre à profit des rapprochements et des métaphores visuels, les images montrant avec toute leur force de conviction les liens existant entre les idées et les visuels créés par des communicants se les appropriant pour mieux les instrumentaliser (comme Jacques Chirac sautant par-dessus le tourniquet du métro). L’exposé se clôt par une séquence : Que sont-ils devenus ? Qu’est-il advenu de ces penseurs français ? À défaut d’être prophètes en leur pays, la France a-t-elle reconnu leur impact concret dans la pensée mondiale, et rendu justice à leurs accomplissements ?
En découvrant cet ouvrage, le lecteur peut éprouver quelques doutes sur la capacité des auteurs à exposer un sujet aussi complexe. Il comprend que leur intention dépasse l’adaptation de l’ouvrage du coscénariste, et fait preuve d’ambition en termes de vulgarisation. Le dessinateur fait preuve d’une inventivité épatante pour donner à voir les concepts, les liens, sans négliger la reconstitution historique, transformant une thèse en une expérience visuelle constituant une véritable bande dessinée. Le duo d’auteurs atteint un niveau exemplaire sur le plan de la vulgarisation, y compris des concepts les plus ardus, et réalise une mise en perspective historique formidable. Parfait.
J’avais découvert Yoann Kavege avec son roman graphique Fantasy, que j’avais beaucoup aimé, donc j’étais assez curieux de lire Moon Deer, sa première bande dessinée. On sent rapidement que l’auteur propose quelque chose de différent : la narration est presque muette et repose essentiellement sur l’image, ce qui demande de se laisser porter plutôt que de chercher une histoire très explicite.
La lecture est très contemplative, avec un rythme lent et une ambiance poétique, presque onirique. J’ai parfois trouvé le récit volontairement flou, mais ça ne m’a pas dérangé : au contraire, ça participe à l’expérience et à l’immersion dans cet univers étrange et spatial. Le dessin et les couleurs jouent un rôle central et racontent beaucoup de choses sans avoir besoin de mots.
Ce que j’ai le plus apprécié, c’est clairement la fin. La chute m’a vraiment marqué : elle donne du sens à tout le reste du récit et m’a fait revoir l’histoire autrement une fois l’album refermé. C’est le genre de conclusion qui reste en tête et qui fait réfléchir après coup.
En résumé, Moon Deer est une BD avant tout visuelle et sensorielle, qui ne plaira pas forcément à tout le monde, mais que j’ai personnellement beaucoup appréciée, notamment grâce à sa fin très réussie. Une œuvre singulière qui confirme mon intérêt pour le travail de Yoann Kavege après Fantasy.
3.5
Un album qui parle d'un sujet qui me passionne : l'histoire de la méditerranée, une région particulière de la terre parce que c'est le berceau de nombreuses civilisations à la fois occidentales et orientales qui ont souvent une histoire commune, notamment à cause des différents empires qui ont colonisé l'endroit.
Ce que je peux reprocher à cet album intéressant est que c'est un peu décousu. Par exemple, tout le long de l'album on suit le temps d'une page ou deux un immigrant clandestin qui tente de vivre une nouvelle vie en France après avoir failli mourir en traversant la méditerranée et le lien entre cet immigrant et l'auteur n'est clair qu'à la fin. C'est un peu le problème avec ces albums qui brassent plusieurs thèmes sur le même sujet, je pense que l'auteur aurait dû découper son album en chapitres et faire suivre le parcours de cet immigrant à la fin de chaque chapitre.
En tout cas, c'est un album riche en informations. Les différentes personnes que l'auteur interviewe sont passionnants à lire et j'aurais aucun problème à les écouter parler des heures. On parle de trucs qui me passionnent comme l'histoire en général, les civilisations qui se croisent, l'origine des langues et des mots... C'est vraiment fait pour un lecteur comme moi. Le dessin est dynamique et la narration fluide. Il y a plein de mots et à aucun moment cela m'a paru lourd à lire. Le genre de documentaire que j'affectionne.
Wahou ! Une bd passionnante.
Le titre et la couverture ne m'attiraient pas franchement. J'avais une idée toute faite de ce que j'allais y trouver. Benêt que j'étais !
Je connaissais de nom Pierre Bourdieu, très mal sa pensée.
Grâce à cette bd c'est rectifié et heureusement !
C'est chirurgical de justesse. J'ai régulièrement fait des pauses dans la lecture tellement les réflexions me parlaient, étaient pertinentes. J'ai appris, compris, réfléchis sur pas mal de choses. Certaines notions m'étaient plutôt familières (le capital culturel, ou le capital social par exemple) d'autres pas du tout. Mais les réflexions de cette bd/Bourdieu ciblent très avec précision les mécaniques de classes et réappuyer sur certaines notions de grille de lecture du monde que nous avons sans en avoir conscience. C'est amusant car j'ai reconnu des réflexions dans cette bd que j'avais déjà faite, ou déjà entendu de la part de proches.
Du coup je m'en vais de ce pas regarder les écrits de Pierre Bourdieu, et les personnes que ses écrits ont inspirés.
Le récit global est fluide, les lycées attachants (tout comme le dessin de Typhaine Rivière), bref tout fonctionne.
Vivement recommandé !
Tome 2
Après la grosse galère liée à l’élaboration du premier Star Wars, on retrouve un George Lucas requinqué par le méga carton au box-office, avec des projets plein la tête. Non seulement la suite de la saga (qui restait hypothétique), mais la construction de son Skywalker Ranch, un havre de paix loin du tumulte d’Hollywood et destiné à accueillir les cinéastes, un immense campus équipé des dernières technologies pour « penser le cinéma de demain ». A sa femme, inquiète de le voir trop absorbé par ses projets, Lucas assure que cette fois, il déléguera l’élaboration de ses prochains films… Ainsi, pour « L’Empire contre-attaque », l’heureux élu sera Irvin Kershner, son ancien prof de fac ! Mais les choses ne seront pas aussi simples, et étrangement, l’histoire semble se répéter. De nombreux contretemps et de gros retards dans le tournage vont alourdir l’atmosphère, ce qui ne sera pas sans conséquence sur le budget… restait à croiser les doigts pour que le film connaisse le même succès… la suite de l’histoire, on la connaît, elle donnera raison à cet immense rêveur du septième art qu’est Lucas.
Comme précédemment, la narration, basée sur une bibliographie riche, est extrêmement captivante et nous donne à voir un être exceptionnel, un cinéaste attachant dont les rêves aux dimensions « galactiques » ont révolutionné le cinéma. De plus, le personnage a su rester humain, très soucieux d’imposer son éthique jusque dans le « merch » qui devait notamment servir à financer son projet de campus du cinéma. Pour George Lucas, pas question d’associer « Star Wars » à des produits favorisant l’obésité ou la consommation d’alcool, ou encore de collaborer avec des sociétés sud-africaines dans le contexte de l’apartheid, durant cette fin des « seventies ». Selon sa philosophie, l’argent n’était qu’un moyen et non un but, quand bien même il savait qu’il risquait gros en finançant lui-même ses projets.
Tout en allant à l’essentiel, Laurent Hopman sait nous offrir moult anecdotes qui combleront les fans, passionnantes même dans leur insignifiance, souvent amusantes. On aura même droit à une séquence sur la genèse des « Aventuriers de l’arche perdue », le film de Steven Spielberg coproduit par Lucas et sorti en salles quelques mois après « L’Empire contre-attaque ». Le tout est toujours très bien servi par le dessin nerveux et la mise en page hyper efficace de Renaud Roche. Avec toujours ce noir et blanc qui concède quelques touches à la couleur pour souligner des éléments-clé. Vous l’aurez compris, cet « épisode II » ne déçoit pas, tant s’en faut !
D’ailleurs, il semblerait que celui-ci rencontre un accueil aussi enthousiaste que son prédécesseur, tant critique que public, avec à la clé une sortie dans quinze pays hors de l’Hexagone. L’autre bonne nouvelle dans tout ça, c’est que les padawans que nous sommes peuvent se réjouir de la parution à venir du troisième tome, puisque le projet a été conçu dès le départ, assez logiquement, comme une trilogie. Et pour cela, de la patience nous devrons avoir !
Tome 1
Si ceux qui comme moi auront vibré en découvrant « Star Wars » dans leur prime jeunesse — et bien sûr par extension les fans les plus récents de la saga — seront sans aucun doute totalement emballés à la lecture de cette bande dessinée, il n’est pas impossible que les plus réfractaires l’apprécient. En effet, c’est d’abord l’ascension extraordinaire d’un homme mû par un imaginaire foisonnant et surtout l’histoire d’un film culte qui est présenté ici. On peut donc être simplement amateur de cinéma pour se plonger dans cette lecture…
Abondamment documenté, l’ouvrage a été mené de main de maître par les deux auteurs, avec une symbiose parfaite entre les partitions graphique et narrative. On y découvre d’abord le personnage de Georges Lucas, cet enfant rebelle dont les rêves étaient « bigger than life ». L’homme, déjà tout gosse, avait une personnalité hors du commun, tête brûlée dans son adolescence et plutôt renfermé, il semblait habité par une volonté de fer pour donner corps à ses rêves…et il lui en aura fallu de la volonté pour franchir les innombrables écueils qu’il subit avant la sortie en salles du film, dans la douleur qui plus est… Même si Lucas avait déjà sa trilogie en tête, c’est le succès inattendu de ce premier opus au box office qui fut le catalyseur de l’impressionnante saga et de ses innombrables spin-offs, très inégaux il faut bien l’avouer, que nous connaissons aujourd’hui.
C’est avec bonheur que l’on avale les 200 pages du livre, qui, en plus d’un personnage à la « vie intérieure bouillonnante », nous dévoile la genèse du tout premier Star Wars. On découvre que la compagne de George, Marcia, aura été d’un énorme soutien dans l’aboutissement de son projet, remanié mille fois avant sa version définitive ! Si les relations furent souvent houleuses avec les producteurs de studios, davantage préoccupés par l’appât du gain, celles avec les cinéastes furent heureusement plus amicales. On y croise ainsi Francis Ford Coppola, Steven Spielberg, l’autre homme qui aura transformé le cinéma dans ces années-là, Irvin Kershner (qui à l’époque n’avait pas encore réalisé « L’Empire contre-attaque »), Martin Scorsese et d’autres. Et puis les acteurs bien sûr, le trio magique composé d’Harrison Ford (recruté par défaut !), Carrie Fisher et Mark Hammill, mais aussi les seconds rôles, notamment l’acteur britannique Alec Guinness qui aura apporté son aura bienveillante au film.
Le tout est passionnant, très complet, et truffé d’anecdotes croustillantes. On se gausse par exemple en apprenant que Han Solo aurait dû porter un col Claudine au lieu de sa fameuse tunique échancrée, si son interprète, par un réflexe salutaire, n’avait pas décidé de l’arracher.
Le dessin de Renaud Roche est d’une efficacité redoutable dans sa simplicité. Il accompagne à merveille la narration extrêmement fluide. On apprend, de façon peu étonnante, qu’il a une expérience dans le storyboard. La mise en page va à l’essentiel et insuffle beaucoup de dynamisme au récit. La particularité graphique de cet album est qu’il n’est ni en noir et blanc ni en couleurs, l’auteur s’étant contenté d’ajouter ça et là des touches de couleurs pour souligner les éléments importants, renforçant encore le punch narratif. A croire que Roche a travaillé au pinceau-laser ! Si « Les Guerres de Lucas » ne représente que sa première bande dessinée en tant que co-auteur, on se dit que le jeune homme, illustrateur formé à l’école des Gobelins, a de l’avenir…
Encore une fois, cette bande dessinée pourra largement captiver un lectorat au-delà des amateurs de la saga Star Wars. Sur une autre grille de lecture, elle montre le parcours admirable d’un homme qui en ayant concrétisé ses rêves par la puissance de sa « force » intérieure (on ne saurait mieux dire, et Lucas était loin d’être un communicant expansif, encore moins vénal !), nous offre une véritable leçon de vie.
On peut dire que les Editions Deman, plutôt spécialisée dans la presse jusqu’à récemment, auront frappé fort avec la – seulement - troisième BD de leur collection. Déjà récompensée de prix divers (France Info, Fnac-France Inter), « Les Guerres de Lucas » ont rencontré également un succès critique et public. Laurent Hopman, à la fois co-fondateur de la société et scénariste de l’ouvrage, semble avoir eu du flair, inspiré peut-être par une force mystérieuse venue d’outre-espace…
Poignant. Surtout quand on sait que c’est directement inspiré des souvenirs d’un gamin qui a vécu ces évènements.
On comprend que Gaël Faye ait choisi les auteurs de Marzi pour adapter son livre en BD. Le résultat est on ne peut plus réussi. Ce n’est pas seulement le regard de l’enfant sur la guerre, c’est ce qu’il vit au quotidien et les petites choses qui se passent et qui ne signifient pas grand-chose pour lui au début. Des disputes de gamins, des tensions dans le couple de ses parents, les informations qui lui parviennent mais lui passent un peu au-dessus de la tête… C’est normal, il pense à ses copains, à aller jouer…
Les auteurs ont très bien réussi, par ce biais, à faire monter la tension doucement. Le lecteur est pris dans cet engrenage.
On connaît tous ce qui s’est passé via les infos, du moins en théorie. Parce que, pour l’immense majorité d’entre nous, on ne l’a pas vécu ni rien d’approchant. Et cette bd arrive à nous happer et nous faire entrapercevoir ce que cette famille a pu vivre.
C’est poignant, c’est angoissant, c’est magnifique (peut-on employer ce mot en pareil cas?)
Et le graphisme y participe pleinement. Le dessin et beau, mais il ne prend pas le dessus et n’occulte pas l’histoire.
J’avais déjà lu Déogratias sur ce même conflit pour lequel j’avais eu un peu de mal avec le graphisme. Mais toute comparaison est inutile. Chaque témoignage est utile, essentiel même.
Coup de coeur pour celui-ci.
Un avis rapide pour conforter la bonne impression de mes prédécesseurs, je ne suis pas spécialement fan de l’auteur mais là rien a dire. Emporté le Tom.
Ne cherchez pas une once d’originalité dans le récit, hormis le contexte des croisades, l’auteur nous sort un classique 7 mercenaires (ou samouraïs), un groupe hétérogène qui bon gré, mal gré vont se retrouver à protéger un village. Ouah on a jamais vu ça !!
Un canevas classique et éprouvé mais sublimé par l’auteur. Pas tant le dessin qui reste conforme à ce que l’on a déjà pu voir de lui, ça sent grave la palette graphique (un style dont je ne raffole pas particulièrement) mais archi fluide et bien typé dans ses personnages, on avale les quasi 200 pages sans s’en apercevoir.
C’est le rythme et le ton donnés par l’auteur qui ont marché du tonnerre sur moi, j’ai eu le smile durant toute ma lecture. Alors c’est sûr, il ne faut pas être allergique à un phrasé différent de l’époque dépeinte, les dialogues sont frais, modernes comme la « bêtise » de chaque personnages.
Ça paraît simple mais (pour paraphraser Ro) un rendu très abouti et particulièrement plaisant.
0 reproche si ce n’est que ça va être maintenant bien long avant de découvrir la suite, on en redemande tellement en quittant l’album.
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God bless America
PF Radice signe une très belle adaptation du roman noir de Richard Morgiève (Le Cherokee) : « l'histoire d'un shérif et d'un agent du FBI sur les traces d'un tueur et d'une bombe ». Une relecture originale et très convaincante. Pierre-François Radice est ... professeur de sculpture ! Côté dessin, il a donné dans les albums jeunesse et d'autres comme "La cuisine en BD" ! On avait donc peu de chances de le croiser jusqu'à ce God bless America, adaptation d'un roman noir de Richard Morgiève : Le Cherokee, une histoire un peu étrange qu'on avait lue en 2020. PF Radice avait également publié un album sur Al Capone. Utah. 1954, en pleine guerre froide, les américains ont peur de tout le monde. « C'est l'histoire d'un shérif et d'un agent du FBI sur les traces d'un tueur et d'une bombe. » La nuit du 26 septembre, des phénomènes étranges commencent à survenir. Quelques disparitions, une voiture abandonnée au bord de la route, le crash d'un avion de chasse ... sans pilote à bord. Le lendemain, la bombe atomique de l'avion n'est plus là, « beaucoup de citoyens ont aperçu l'avion hier soir », l'armée investit la région et le standard du poste de police reçoit « de nombreux appels pour des extraterrestres, les communistes qui attaquent, les militaires qui arrivent et une soucoupe volante ... ». Nick Corey est le shérif de Panguitch. Un homme à l'enfance difficile et à la vie agitée (l'écrivain Richard Morgiève également d'ailleurs). Avec l'aide d'un agent du FBI, Corey se lance à la poursuite d'un tueur en série surnommé le dindon à cause de son rire sinistre (à moins que ce ne soit le tueur qui pourchasse Nick Corey ?) . Au milieu de tout ce bazar, le shérif Corey est « obligé d'aller au bout de toutes les voies du labyrinthe, en espérant que l'une d'elles ne se terminerait pas en cul-de-sac ». Il traîne ses bottes de faux cow-boy sans trop y croire, un brin désabusé. « Je me sentais bien dans mes bottes. Par la fenêtre, le far-west crevait. Dans pas longtemps, il n'y aurait plus que des lignes électriques, des routes et des distributeurs de coca. Les hommes avaient tout foutu en l'air et continuaient. Faudrait aller sur Mars pour continuer à tout démolir. » Pendant quelques pages, une lueur d'espoir : quand Nick file le parfait amour avec ..., mais chut ! on va quand même pas tout vous dire ! Très fidèle au roman de Morgiève (une sorte de pastiche d'un thriller très américain, écrit par un frenchy bien de chez nous), cet album en est une belle adaptation. Le bouquin original était un peu longuet, voire touffu, et le format de la BD oblige à réduire, à mettre en avant certains aspects, certains moments et à en occulter d'autres. Cela ne nuit nullement au récit mais PF Radice nous propose plutôt, avec intelligence, sa relecture personnelle de l'original. Le résultat est un sacré bon roman noir qui ravira les fans de Morgiève mais qui surtout pourra plaire à tous ceux qui n'ont pas encore lu Le Cherokee. Sacrée réussite. Un excellent polar en images qui se balance au rythme chaloupé du pickup bringuebalant sur les pistes, celui des rednecks des hauts plateaux. Le noir et blanc est très à la mode et le dessin de PF Radice est un crayonnage aux dégradés de gris du plus bel effet qui sert parfaitement le propos un peu sombre de cette histoire qui est tout sauf un conte de fées. Le grand format (22 x 32) laisse une large place aux dessins qui ne se laissent pas envahir par les phylactères, pourtant nombreux. Avec sa couverture originale et réussie, l'album est un bel objet de plus de 200 grandes pages tirées sur papier épais.
L'Héritage fossile
Je rejoins l'enthousiasme général concernant cet album, que je n'aurais sans doute pas lu sans les critiques ici... et si je n'avais pas déjà lu et beaucoup aimé "Jean-doux et le mystère de la disquette molle" du même auteur. Changement radical d'ambiance et de style ici. Exit le genre loufoque de Jean-Doux, on embarque dans un récit de SF pur, à la découverte d'une planète à l'autre bout du système solaire. L'humanité doit la coloniser pour assurer la survie de notre espèce. Ca ressemble à un pitch déjà lu pas mal de fois, et ce n'est pas forcément le type de récit qui m'attire de prime abord. Pourtant ça fonctionne hyper bien ici et on se prend vraiment à l'histoire. La narration est sacrément bien fichue. C'est pas dense en dialogue, on suit un homme et une petite fille qui déambulent sur cette planète. On ne sait pas trop ce qu'ils recherchent, la petite fille est curieuse et questionne l'homme sur ses origines. Il est plutôt avare en réponse et cela entretien un vent de mystère plutôt agréable. En alternance avec ces passages, on a droit a un autre arc narratif qui raconte le voyage spatial des 4 colons originaux. Evidement le voyage ne va pas se passer comme prévu. L'auteur a su me séduire avec son idée de fossilisation à travers le temps. Les situations qui en découlent et les questions éthiques que doivent se poser nos astronautes pour assurer, non pas leur propre survie, mais celle de l'espèce humaine sont saisissantes. La tension va crescendo, et l'envie de connaitre le dénouement ne fait qu'augmenter avec les pages qui défilent. Evidement les 2 histoires se rejoignent vers la fin. Et de quelle manière ! La aussi j'ai trouvé ça hyper malin, hyper efficace. Que dire des dernières pages ? Brutales, elles offrent un final majestueux à ce récit. Un sans faute, lecture vivement recommandée.
French Theory
En bref, il n’y a pas de hors texte. - Ce tome constitue un exposé sur la French Theory et son histoire. Son édition originale date de 2025. Il a été réalisé par François Cusset & Thomas Daquin pour le scénario, et par Daquin pour les dessins et les couleurs. Il comprend deux-cent-dix pages de bande dessinée. Il se termine avec un paragraphe de quelques lignes précisant que : Cette bande dessinée en forme d’essai graphique n’est pas une adaptation illustrée du livre intitulé French Theory, Foucault, Derrida, Deleuze & Cie et les mutations de la vie intellectuelle aux États-Unis, mais plutôt une double tentative, voir si le dessin pourrait rendre plus accessibles et plus utilisables les concepts de philosophes pas toujours faciles, et voir si ces concepts et leur histoire mouvementée, au moment où ils sont attaqués de toutes parts, pourraient aider à résister aux Fascismes qui montent. Le 6 janvier 2021, à Washington, des supporters fanatisés de Donald Trump envahissent le Capitole sous les yeux du monde entier, interloqué. Un an plus tard, alors que s’accumulent les menaces sur la démocratie, et que le monde se remet lentement de la pandémie de Covid, un colloque a lieu à la Sorbonne, sous le titre : Après la déconstruction, reconstruire les sciences et la culture. Le ministre de l’Éducation nationale intervient déclarant que d’une certaine façon, ce sont eux qui ont inoculé le virus, avec ce qu’on appelle la French Theory. Maintenant ils doivent fournir le vaccin. Un virus, un vaccin ? Ce même Jean-Michel Blanquer a en 2021, créé son laboratoire républicain afin de gagner la bataille des idées. Mais ici, les laborantins ne sont pas chimistes : ils sont députés, éditorialistes, hauts fonctionnaires, professeurs, politologues, bref… de bons soldats de la République. Cela dit, quel rapport entre cette chaîne de réactions anti-woke dans la France des années 2020, et des philosophes à la réputation subversive, et aux textes chargés, de la fin du XXe siècle ? Entre des vieux bouquins de philo et une menace imminente pour la civilisation ? C’est l’infection du monde américain depuis un demi-siècle par un principe actif, synthétisé sur place, et baptisé : French Theory. 1777, le marquis de La Fayette vient apporter de l’aide pendant la guerre d’indépendance. 1917… 1945… Par deux fois, les soldats américains débarquent pour sauver le monde libre. Dans l’entre-deux guerre, les artistes noirs américains trouvent en France une liberté qu’ils n’ont pas chez eux. En 1944, les esprits libres de l’Hexagone fuient la France occupée pour se réfugier aux USA. La France de l’après-guerre se passionne pour le rock’n’roll et Hollywood. Et la tournée américaine de Sartre et Beauvoir donne envie à New York de ressembler à Saint-Germain-des-Prés. L’élite culturelle consomme français, les Américains fantasment une France subversive, exotique… sans se rendre compte de l’ampleur de son américanisation. La France, elle, a le sentiment que les États-Unis pèsent un peu trop sur sa façon de vivre, d’où un anti-américanisme tenace… Le genre de malentendu qui fait les meilleures histoires. La French Theory, qu’est-ce donc ? Hé bien c’est l’objet de cet ouvrage, et il suit ce concept depuis sa naissance aux États-Unis, jusqu’à son retour en France, en passant par l’explication des cinq principes majeurs (les cinq fantastiques), les usages qu’en ont fait les Américains, son acceptation ou son rejet par certaines communautés, des amis ou des ennemis. Rapidement, le lecteur se rend compte que nul n’est besoin de disposer de connaissances préalables pour pouvoir suivre cet exposé, que ce soit dans sa dimension historique ou dans sa dimension philosophique. L’ouvrage est dense en informations, et en même temps très agréable à lire grâce à la narration visuelle de type descriptive et réaliste, avec des représentations un peu simplifiées ce qui les rend plus rapides à lire, avec une belle inventivité dans les représentations pour imager les concepts. Les auteurs présentent rapidement les cinq philosophes dont les écrits ont constitué les fondations de la French Theory : Michel Foucault (1926-1984, Surveiller et punir), Jacques Derrida (1930-2004, La différance), Gilles Deleuze (1925-1995, La machine désirante), Félix Guattari (1930-1992, La ligne imaginaire), Jean Baudrillard (1929-2007, Simulacres et simulation). Puis ils consacrent un chapitre à leur concept majeur, ou tout du moins celui qui a été retenu par les Américains et mis en œuvre. En fonction de ses inclinations, le lecteur attend peut-être plus un chapitre ou un autre. Les auteurs effectuent un travail remarquable, chronologique, depuis la genèse du mouvement de la French Theory aux États-Unis, jusqu’à son retour en France, en évoquant le devenir des cinq philosophes. Il lit donc l’introduction avec la déclaration de Jean-Michel Blanquer, avec en onze pages, déjà de nombreuses idées visuelles pour donner à voir des choses très concrètes comme l’intervention du ministre de l’Éducation nationale, et des concepts comme les relations culturelles entre les États-Unis et la France (deux dessins en double page opposant les deux pays de part et d’autre de l’océan Atlantique), et six moments de leur histoire commune, avec trois cases de la hauteur de la planche sur deux pages en vis-à-vis. Puis, ne reculant devant aucun défi, les deux auteurs se lancent dans l’exposition des cinq concepts fondamentaux de la French Theory un par philosophe. Et là… C’est un tour de force. Dans ce chapitre intitulé Les cinq fantastiques, les auteurs mettent en scène des avatars humanoïdes de chacun de ces cinq concepts : Norma la norme, Dezmak la machine désirante, Sim le simulacre, La déconstruction, L.O.F. la ligne imaginaire (Line Of Flight). Dans un grand camping-car, deux chimistes en tenue intégrale avec masque mélangent des produits pour créer une nouvelle personnification (toute ressemblance avec une série télé…). Première allégorie créée : Norma, un homme aux larges épaules, dans un costume vert rayé de jaune, les rayures faisant office de barreaux de prison pour une petite silhouette blanche. Le dessinateur met à profit les possibilités de la bande dessinée pour réaliser des constructions de page et des conceptions visuelles de séquence complétant ce que l’incarnation de la Norme exprime : barreaux tordus devenant les rayures du costume de Norma, personnage représenté en triple se rasant lui-même la tête et se tendant un miroir, cases de petite hauteur pour montrer un personnage enfermé dans un petit espace, bordures de case formant la silhouette d’un personnage, jeu de Norma avec le petit personnage comme s’il s’agissait d’une poupée, panoptique (architecture carcérale conçue par le philosophe Jeremy Bentham, 1848-1832, et repris par Foucault pour en faire le modèle abstrait d’une société disciplinaire), etc. L’artiste se montre encore plus inventif pour Dezmak avec des mises en page à base de robot, de machineries, de tapis roulants et engrenages, d’écrans de contrôle, etc. Ce chapitre constitue une réussite exemplaire, un tour de force pour vulgariser la concepts complexes de ces philosophes français emblématiques. Les auteurs exposent ensuite ce qu’il est advenu de ces théories. Dans un passage tout aussi éclairant, rendu évident par la narration visuelle, ils expliquent que : D’habitude, un philosophe produit du texte, ses concepts restent circonscrits aux textes, et leurs effets sont des effets de texte. Avec une image très parlante (un individu prend une page d’un des ouvrages évoqués, la roule et la fume), ils continuent : En France, il y a eu des commentateurs, mais aux USA on est passé aux usagers (ce dernier mot filant la métaphore de la substance psychotrope), les pages sont sorties de leur contexte (évoquant le principe qu’il n’y a pas de hors texte). Le lecteur découvre alors, ou retrouve, comment d’autres penseurs ont mis à profit ces concepts novateurs pour développer ou étayer leurs propres points de vue. Il voit leur influence dans les travaux de Edward Saïd (1935-2003, L’orientalisme : l’orient créé par l’occident, 1978), Homi Bhabha (1949-, Le pays de l’exilé, c’est la dissémi-nation, pour exister il doit inventer un tiers-espace d’énonciation.), Gayatri Chakravorty Spivak (1942-, études postcoloniales et féministes, traductrice de Jacques Derrida), Judith Butler (1956-), Eve Kosofsky Sedgwick (1950-2009), Fredric Jameson (1934-2024), Stanley Fish (1938-)… jusqu’à Matrix (1999) des sœurs Wachowski. Le dessinateur participe à établir ces filiations, en intégrant des échos visuels des cinq fantastiques dans la narration, qui passe d’un mode descriptif à un mode allégorique, intriqués dans une même séquence. Par exemple : impossible d’oublier l’évidence visuelle du portail de Jurassic Park, comme une preuve patente que la culture postmoderne constitue une publicité permanente pour le capitalisme, selon Fredric Jameson. Ce voyage extraordinaire, aussi bien historique, que pédagogique qu’initiatique, continue avec la même faconde pour mettre en lumière comment cet agglomérat de concepts a généré une réaction de rejet (Backlash) débutant dans les années 1970. La French Theory devient le bouc émissaire de la complexification du monde, de la relativisation des valeurs, de la distinction brouillée entre le bien et le mal, et même de la crise de la civilisation occidentale qui n’est plus le centre du monde. Le dessinateur et adaptateur continue de mettre à profit des rapprochements et des métaphores visuels, les images montrant avec toute leur force de conviction les liens existant entre les idées et les visuels créés par des communicants se les appropriant pour mieux les instrumentaliser (comme Jacques Chirac sautant par-dessus le tourniquet du métro). L’exposé se clôt par une séquence : Que sont-ils devenus ? Qu’est-il advenu de ces penseurs français ? À défaut d’être prophètes en leur pays, la France a-t-elle reconnu leur impact concret dans la pensée mondiale, et rendu justice à leurs accomplissements ? En découvrant cet ouvrage, le lecteur peut éprouver quelques doutes sur la capacité des auteurs à exposer un sujet aussi complexe. Il comprend que leur intention dépasse l’adaptation de l’ouvrage du coscénariste, et fait preuve d’ambition en termes de vulgarisation. Le dessinateur fait preuve d’une inventivité épatante pour donner à voir les concepts, les liens, sans négliger la reconstitution historique, transformant une thèse en une expérience visuelle constituant une véritable bande dessinée. Le duo d’auteurs atteint un niveau exemplaire sur le plan de la vulgarisation, y compris des concepts les plus ardus, et réalise une mise en perspective historique formidable. Parfait.
Moon deer
J’avais découvert Yoann Kavege avec son roman graphique Fantasy, que j’avais beaucoup aimé, donc j’étais assez curieux de lire Moon Deer, sa première bande dessinée. On sent rapidement que l’auteur propose quelque chose de différent : la narration est presque muette et repose essentiellement sur l’image, ce qui demande de se laisser porter plutôt que de chercher une histoire très explicite. La lecture est très contemplative, avec un rythme lent et une ambiance poétique, presque onirique. J’ai parfois trouvé le récit volontairement flou, mais ça ne m’a pas dérangé : au contraire, ça participe à l’expérience et à l’immersion dans cet univers étrange et spatial. Le dessin et les couleurs jouent un rôle central et racontent beaucoup de choses sans avoir besoin de mots. Ce que j’ai le plus apprécié, c’est clairement la fin. La chute m’a vraiment marqué : elle donne du sens à tout le reste du récit et m’a fait revoir l’histoire autrement une fois l’album refermé. C’est le genre de conclusion qui reste en tête et qui fait réfléchir après coup. En résumé, Moon Deer est une BD avant tout visuelle et sensorielle, qui ne plaira pas forcément à tout le monde, mais que j’ai personnellement beaucoup appréciée, notamment grâce à sa fin très réussie. Une œuvre singulière qui confirme mon intérêt pour le travail de Yoann Kavege après Fantasy.
Méditerranée - Histoires d'un continent kaléidoscope
3.5 Un album qui parle d'un sujet qui me passionne : l'histoire de la méditerranée, une région particulière de la terre parce que c'est le berceau de nombreuses civilisations à la fois occidentales et orientales qui ont souvent une histoire commune, notamment à cause des différents empires qui ont colonisé l'endroit. Ce que je peux reprocher à cet album intéressant est que c'est un peu décousu. Par exemple, tout le long de l'album on suit le temps d'une page ou deux un immigrant clandestin qui tente de vivre une nouvelle vie en France après avoir failli mourir en traversant la méditerranée et le lien entre cet immigrant et l'auteur n'est clair qu'à la fin. C'est un peu le problème avec ces albums qui brassent plusieurs thèmes sur le même sujet, je pense que l'auteur aurait dû découper son album en chapitres et faire suivre le parcours de cet immigrant à la fin de chaque chapitre. En tout cas, c'est un album riche en informations. Les différentes personnes que l'auteur interviewe sont passionnants à lire et j'aurais aucun problème à les écouter parler des heures. On parle de trucs qui me passionnent comme l'histoire en général, les civilisations qui se croisent, l'origine des langues et des mots... C'est vraiment fait pour un lecteur comme moi. Le dessin est dynamique et la narration fluide. Il y a plein de mots et à aucun moment cela m'a paru lourd à lire. Le genre de documentaire que j'affectionne.
La Distinction
Wahou ! Une bd passionnante. Le titre et la couverture ne m'attiraient pas franchement. J'avais une idée toute faite de ce que j'allais y trouver. Benêt que j'étais ! Je connaissais de nom Pierre Bourdieu, très mal sa pensée. Grâce à cette bd c'est rectifié et heureusement ! C'est chirurgical de justesse. J'ai régulièrement fait des pauses dans la lecture tellement les réflexions me parlaient, étaient pertinentes. J'ai appris, compris, réfléchis sur pas mal de choses. Certaines notions m'étaient plutôt familières (le capital culturel, ou le capital social par exemple) d'autres pas du tout. Mais les réflexions de cette bd/Bourdieu ciblent très avec précision les mécaniques de classes et réappuyer sur certaines notions de grille de lecture du monde que nous avons sans en avoir conscience. C'est amusant car j'ai reconnu des réflexions dans cette bd que j'avais déjà faite, ou déjà entendu de la part de proches. Du coup je m'en vais de ce pas regarder les écrits de Pierre Bourdieu, et les personnes que ses écrits ont inspirés. Le récit global est fluide, les lycées attachants (tout comme le dessin de Typhaine Rivière), bref tout fonctionne. Vivement recommandé !
Les Guerres de Lucas
Tome 2 Après la grosse galère liée à l’élaboration du premier Star Wars, on retrouve un George Lucas requinqué par le méga carton au box-office, avec des projets plein la tête. Non seulement la suite de la saga (qui restait hypothétique), mais la construction de son Skywalker Ranch, un havre de paix loin du tumulte d’Hollywood et destiné à accueillir les cinéastes, un immense campus équipé des dernières technologies pour « penser le cinéma de demain ». A sa femme, inquiète de le voir trop absorbé par ses projets, Lucas assure que cette fois, il déléguera l’élaboration de ses prochains films… Ainsi, pour « L’Empire contre-attaque », l’heureux élu sera Irvin Kershner, son ancien prof de fac ! Mais les choses ne seront pas aussi simples, et étrangement, l’histoire semble se répéter. De nombreux contretemps et de gros retards dans le tournage vont alourdir l’atmosphère, ce qui ne sera pas sans conséquence sur le budget… restait à croiser les doigts pour que le film connaisse le même succès… la suite de l’histoire, on la connaît, elle donnera raison à cet immense rêveur du septième art qu’est Lucas. Comme précédemment, la narration, basée sur une bibliographie riche, est extrêmement captivante et nous donne à voir un être exceptionnel, un cinéaste attachant dont les rêves aux dimensions « galactiques » ont révolutionné le cinéma. De plus, le personnage a su rester humain, très soucieux d’imposer son éthique jusque dans le « merch » qui devait notamment servir à financer son projet de campus du cinéma. Pour George Lucas, pas question d’associer « Star Wars » à des produits favorisant l’obésité ou la consommation d’alcool, ou encore de collaborer avec des sociétés sud-africaines dans le contexte de l’apartheid, durant cette fin des « seventies ». Selon sa philosophie, l’argent n’était qu’un moyen et non un but, quand bien même il savait qu’il risquait gros en finançant lui-même ses projets. Tout en allant à l’essentiel, Laurent Hopman sait nous offrir moult anecdotes qui combleront les fans, passionnantes même dans leur insignifiance, souvent amusantes. On aura même droit à une séquence sur la genèse des « Aventuriers de l’arche perdue », le film de Steven Spielberg coproduit par Lucas et sorti en salles quelques mois après « L’Empire contre-attaque ». Le tout est toujours très bien servi par le dessin nerveux et la mise en page hyper efficace de Renaud Roche. Avec toujours ce noir et blanc qui concède quelques touches à la couleur pour souligner des éléments-clé. Vous l’aurez compris, cet « épisode II » ne déçoit pas, tant s’en faut ! D’ailleurs, il semblerait que celui-ci rencontre un accueil aussi enthousiaste que son prédécesseur, tant critique que public, avec à la clé une sortie dans quinze pays hors de l’Hexagone. L’autre bonne nouvelle dans tout ça, c’est que les padawans que nous sommes peuvent se réjouir de la parution à venir du troisième tome, puisque le projet a été conçu dès le départ, assez logiquement, comme une trilogie. Et pour cela, de la patience nous devrons avoir ! Tome 1 Si ceux qui comme moi auront vibré en découvrant « Star Wars » dans leur prime jeunesse — et bien sûr par extension les fans les plus récents de la saga — seront sans aucun doute totalement emballés à la lecture de cette bande dessinée, il n’est pas impossible que les plus réfractaires l’apprécient. En effet, c’est d’abord l’ascension extraordinaire d’un homme mû par un imaginaire foisonnant et surtout l’histoire d’un film culte qui est présenté ici. On peut donc être simplement amateur de cinéma pour se plonger dans cette lecture… Abondamment documenté, l’ouvrage a été mené de main de maître par les deux auteurs, avec une symbiose parfaite entre les partitions graphique et narrative. On y découvre d’abord le personnage de Georges Lucas, cet enfant rebelle dont les rêves étaient « bigger than life ». L’homme, déjà tout gosse, avait une personnalité hors du commun, tête brûlée dans son adolescence et plutôt renfermé, il semblait habité par une volonté de fer pour donner corps à ses rêves…et il lui en aura fallu de la volonté pour franchir les innombrables écueils qu’il subit avant la sortie en salles du film, dans la douleur qui plus est… Même si Lucas avait déjà sa trilogie en tête, c’est le succès inattendu de ce premier opus au box office qui fut le catalyseur de l’impressionnante saga et de ses innombrables spin-offs, très inégaux il faut bien l’avouer, que nous connaissons aujourd’hui. C’est avec bonheur que l’on avale les 200 pages du livre, qui, en plus d’un personnage à la « vie intérieure bouillonnante », nous dévoile la genèse du tout premier Star Wars. On découvre que la compagne de George, Marcia, aura été d’un énorme soutien dans l’aboutissement de son projet, remanié mille fois avant sa version définitive ! Si les relations furent souvent houleuses avec les producteurs de studios, davantage préoccupés par l’appât du gain, celles avec les cinéastes furent heureusement plus amicales. On y croise ainsi Francis Ford Coppola, Steven Spielberg, l’autre homme qui aura transformé le cinéma dans ces années-là, Irvin Kershner (qui à l’époque n’avait pas encore réalisé « L’Empire contre-attaque »), Martin Scorsese et d’autres. Et puis les acteurs bien sûr, le trio magique composé d’Harrison Ford (recruté par défaut !), Carrie Fisher et Mark Hammill, mais aussi les seconds rôles, notamment l’acteur britannique Alec Guinness qui aura apporté son aura bienveillante au film. Le tout est passionnant, très complet, et truffé d’anecdotes croustillantes. On se gausse par exemple en apprenant que Han Solo aurait dû porter un col Claudine au lieu de sa fameuse tunique échancrée, si son interprète, par un réflexe salutaire, n’avait pas décidé de l’arracher. Le dessin de Renaud Roche est d’une efficacité redoutable dans sa simplicité. Il accompagne à merveille la narration extrêmement fluide. On apprend, de façon peu étonnante, qu’il a une expérience dans le storyboard. La mise en page va à l’essentiel et insuffle beaucoup de dynamisme au récit. La particularité graphique de cet album est qu’il n’est ni en noir et blanc ni en couleurs, l’auteur s’étant contenté d’ajouter ça et là des touches de couleurs pour souligner les éléments importants, renforçant encore le punch narratif. A croire que Roche a travaillé au pinceau-laser ! Si « Les Guerres de Lucas » ne représente que sa première bande dessinée en tant que co-auteur, on se dit que le jeune homme, illustrateur formé à l’école des Gobelins, a de l’avenir… Encore une fois, cette bande dessinée pourra largement captiver un lectorat au-delà des amateurs de la saga Star Wars. Sur une autre grille de lecture, elle montre le parcours admirable d’un homme qui en ayant concrétisé ses rêves par la puissance de sa « force » intérieure (on ne saurait mieux dire, et Lucas était loin d’être un communicant expansif, encore moins vénal !), nous offre une véritable leçon de vie. On peut dire que les Editions Deman, plutôt spécialisée dans la presse jusqu’à récemment, auront frappé fort avec la – seulement - troisième BD de leur collection. Déjà récompensée de prix divers (France Info, Fnac-France Inter), « Les Guerres de Lucas » ont rencontré également un succès critique et public. Laurent Hopman, à la fois co-fondateur de la société et scénariste de l’ouvrage, semble avoir eu du flair, inspiré peut-être par une force mystérieuse venue d’outre-espace…
Petit pays
Poignant. Surtout quand on sait que c’est directement inspiré des souvenirs d’un gamin qui a vécu ces évènements. On comprend que Gaël Faye ait choisi les auteurs de Marzi pour adapter son livre en BD. Le résultat est on ne peut plus réussi. Ce n’est pas seulement le regard de l’enfant sur la guerre, c’est ce qu’il vit au quotidien et les petites choses qui se passent et qui ne signifient pas grand-chose pour lui au début. Des disputes de gamins, des tensions dans le couple de ses parents, les informations qui lui parviennent mais lui passent un peu au-dessus de la tête… C’est normal, il pense à ses copains, à aller jouer… Les auteurs ont très bien réussi, par ce biais, à faire monter la tension doucement. Le lecteur est pris dans cet engrenage. On connaît tous ce qui s’est passé via les infos, du moins en théorie. Parce que, pour l’immense majorité d’entre nous, on ne l’a pas vécu ni rien d’approchant. Et cette bd arrive à nous happer et nous faire entrapercevoir ce que cette famille a pu vivre. C’est poignant, c’est angoissant, c’est magnifique (peut-on employer ce mot en pareil cas?) Et le graphisme y participe pleinement. Le dessin et beau, mais il ne prend pas le dessus et n’occulte pas l’histoire. J’avais déjà lu Déogratias sur ce même conflit pour lequel j’avais eu un peu de mal avec le graphisme. Mais toute comparaison est inutile. Chaque témoignage est utile, essentiel même. Coup de coeur pour celui-ci.
Knight club
Un avis rapide pour conforter la bonne impression de mes prédécesseurs, je ne suis pas spécialement fan de l’auteur mais là rien a dire. Emporté le Tom. Ne cherchez pas une once d’originalité dans le récit, hormis le contexte des croisades, l’auteur nous sort un classique 7 mercenaires (ou samouraïs), un groupe hétérogène qui bon gré, mal gré vont se retrouver à protéger un village. Ouah on a jamais vu ça !! Un canevas classique et éprouvé mais sublimé par l’auteur. Pas tant le dessin qui reste conforme à ce que l’on a déjà pu voir de lui, ça sent grave la palette graphique (un style dont je ne raffole pas particulièrement) mais archi fluide et bien typé dans ses personnages, on avale les quasi 200 pages sans s’en apercevoir. C’est le rythme et le ton donnés par l’auteur qui ont marché du tonnerre sur moi, j’ai eu le smile durant toute ma lecture. Alors c’est sûr, il ne faut pas être allergique à un phrasé différent de l’époque dépeinte, les dialogues sont frais, modernes comme la « bêtise » de chaque personnages. Ça paraît simple mais (pour paraphraser Ro) un rendu très abouti et particulièrement plaisant. 0 reproche si ce n’est que ça va être maintenant bien long avant de découvrir la suite, on en redemande tellement en quittant l’album.