J'achète rarement des BD en ce moment, faute de place et de moyens, empruntant massivement à la bibliothèque municipale. Mais j'ai fait une exception pour celle-ci. Parce que j'avais envie de soutenir l'auteur, Bathroom Quest, que je suis assidument depuis ses débuts sur Glory Owl.
En effet, j'ai découvert l'auteur avec ce fameux blog de gags trash, potache et scato, mais jamais débile non plus. En les relisant, il y a déjà en essence dedans des thématiques qu'on retrouvera ici, comme la solitude contemporaine, l'absurdité de notre monde ou les considérations politiques. Et justement, c'est toute cette richesse sous-jacente d'un blog BD défouloir qui se retrouve ici.
La BD est bien plus sérieuse que son autre œuvre, avec une œuvre de fantasy qui parle avant tout de notre monde de la réalité véritable, parce que l'auteur à des choses à en dire. Cette histoire-ci est un détournement des récits de fantasy classique, avec ici une histoire principale dont nous sommes volontairement privés pour nous concentrer sur des gens du communs, de simples passants de cette grande histoire qui se déroule derrière. D'ailleurs tout ceci peut être frustrant pour certains, notamment parce qu'on sent qu'une vraie histoire se dessine derrière celle-ci, une histoire de trahison, de puissance et de monde qui change. Mais intelligemment, cette frustration du lecteur apporte le message de la BD : ne sommes-nous pas constamment spectateurs du monde, sans y participer et souvent en en subissant les effets ?
Car c'est bien le propos de la BD : les petites gens tentent de survivre, dans un monde où ceux qui ont le pouvoir s'arrogent des droits, et ceux qui trinquent, c'est ceux d'en bas. La BD montre un pouvoir utilisant l'énergie ... pardon, la magie pour son prestige plutôt que pour son peuple, des guerriers dont la violence se répercute sur ceux qui veulent juste vivre tranquillement, tandis que les guerres se font pour des égos de princes, etc ... C'est une critique de l'arrogance et de la morgue des puissants qui ne se soucient pas le moins du monde des conséquences de leurs actes, clairement, mais la BD va plus loin et c'est ce qui me l'a fait apprécier pleinement. La BD ne se contente pas de dire que le pouvoir c'est mal, il montre aussi une société qui est pleine de faille, à cause du capitalisme.
Je sais, on peut vite m'accuser d'extrapoler et d'appliquer ma propre vision du monde à une œuvre qui n'est pas explicite, mais franchement je ne pense pas être à côté de la plaque en disant que cette BD parle de capitalisme. Si l'histoire de la BD montre des gens subirent les conséquences des puissants, elle montre aussi un monde avide, rongé par l'argent et la cupidité, l'envie de toujours avoir plus quitte à arnaquer des gens ou les rouler. La guilde des marchands, présenté comme un mal nécessaire, exploite aussi la misère, s'enrichit sur les guerres et profite des autres. Comme la morale de "Mère courage et ses enfants", les gens qui profitent en marge des guerres se trompent tout autant que ceux qui font la guerre. Et j'aime bien que la BD soit surtout l'évolution de Elaine, personnage qui refuse ce monde parce qu'elle le trouve amoral. D'ailleurs la fin est assez explicite sur le sujet : presque brutal avec sa coupure par rapport au reste, Elaine prend une décision qui va dans le sens du reste : refus de la guerre, de la violence de l'argent, de l'hégémonie des guildes et des pouvoirs. J'extrapole sans doute, mais je trouve que le récit à un propos anarchiste, qui propose une lecture sans concession de notre réalité. Et ça fait plaisir !
Au-delà de cette lecture que j'ai apprécié et qui transpire à toute les pages, le récit prend le temps de se poser avec des jolies planches muettes et un voyage qui permettra de multiplier les rencontres enrichissant les points de vue proposés. Une très bonne façon de faire, au vu des thématiques abordées. Mais en parlant du dessin, je vais encore faire un écart bien trop long. L'auteur a exposé dans ses remerciements d'ouvertures une personne pour lui avoir soufflé l'idée de mettre des femmes en avant. L'idée est chouette mais j'ajouterais que le trait de Bathroom Quest propose un bestiaire étrange, une sorte de fantasy loin des codes. En dépouillant le dessin de bon nombre de détails, il propose des gens dont la race n'est jamais clairement identifié dans un bestiaire de fantasy classique (pas d'elfes, de nains, de trolls ...) mais des propositions de formes et morphologies étranges. Et combiné au ton du récit, l'ensemble donne quelque chose de très peu genré. Les personnages principaux sont des femmes, clairement, mais le récit ne prend aucun parti de genre. Ce serait des hommes, des trans, des non-binaires qu'on ne changerait ni le récit ni le déroulé. Et c'est franchement agréable de voir des récits qui embrassent pleinement cette idée : n'attacher aucune notion au genre du personnage. Contrairement à d'autres récits qui veulent trop appuyer le genre et finissent par tomber dans le cliché, même positif, ici Bathroom Quest arrive à faire un récit de personnages dont le lecteur peut se foutre du genre. C'est le genre de BD que j'aurais envie d'utiliser comme exemple pour montrer ce qu'est la déconstruction des genres, et je ne m'y attendais pas. Un excellent point selon moi.
Bon, je chante les louanges de la BD depuis un petit moment et maintenant, je dois bien dire en conclusion que cette BD est bonne, même très bonne. Mais pas parfaite, ni excellente non plus. Elle me plait beaucoup par ce qu'elle dit et la façon dont elle le dit. Cependant, la BD peut frustrer par l'absence de présentation du background qui fait riche et dense mais n'est pas le sujet, de même que la fin me parait un poil brutal. J'aurais apprécié deux trois pages de plus sur chaque personnage qui quitte l'histoire trop vite à mon gout. Cela dit, ça fait ressortir encore plus brutalement le choix de Elaine, ce qui est aussi un bon point.
Le problème d'écrire cet avis, c'est que je sens que je suis trop enthousiaste par rapport aux attentes que d'autres auront ensuite. C'est une bonne BD, qui a des choses à dire et le fait bien, présente une histoire au point de vue originale mais sans non plus en faire trop. Si vous en attendez plus, vous serez sans doute déçu. Mais pour ma part, je n'en attendais pas grand chose et je suis comblé, donc je m'épanche un peu trop sur ce qui ressort de bien. Et puis honnêtement, si ça vous encourage à la lire, je ne peux qu'être content !
C'est fou comme l'HIstoire est émaillée d'histoires de trahisons diverses et variées.
Ici nous avons plutôt des trahisons politiques, des gens dont les revirements, les magouilles et les manigances ont causé du tort à leurs nations ou leurs mentors. On commence -presque- par Judas, dont l'existence n'est pas avérée, mais qui est devenu un symbole au fil des interprétations de la Bible. Il y a des noms qui entrent en résonance avec l'actualité récente, dont un certain Quintus naevius Cordus Sutorius Macro, communément appelé... Macron, ou encore le traitre norvégien des années 1940 Vidkun Quisling, qui fonda un parti inféodé aux Nazis, et dont la traduction littérale est "Rassemblement national". D'ailleurs pour les anglophones le vocable quisling signifie traître. A la tête de différents pays, de différents partis, ces sombres personnages ont juré la perte de ceux qui les ont vus naître, les ont adoptés (comme Brutus avec César) ou les ont formés, comme Sarkozy avec Chirac. Tous l'ont payé cher de leur vie ou dans la postérité, certains ont carrément été oubliés de l'Histoire, et cet album, particulièrement mitonné par Didier Convard, passionné d'Histoire et par Jean-Christophe Camus.
Les historiettes sont comme toujours dans cette collection, habilement racontées, on ne s'ennuie pas, et il y a toujours cette touche d'humour, ici sous la forme d'un professeur-conférencier qui sert de respiration dans un ouvrage un peu didactique. Le dessin de Pascal Magnat, loin d'être celui d'un simple exécutant, se montre assez inventif et nerveux pour que l'ensemble constitue un moment de lecture très plaisant.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
L'Odeur du fer
J'achète rarement des BD en ce moment, faute de place et de moyens, empruntant massivement à la bibliothèque municipale. Mais j'ai fait une exception pour celle-ci. Parce que j'avais envie de soutenir l'auteur, Bathroom Quest, que je suis assidument depuis ses débuts sur Glory Owl. En effet, j'ai découvert l'auteur avec ce fameux blog de gags trash, potache et scato, mais jamais débile non plus. En les relisant, il y a déjà en essence dedans des thématiques qu'on retrouvera ici, comme la solitude contemporaine, l'absurdité de notre monde ou les considérations politiques. Et justement, c'est toute cette richesse sous-jacente d'un blog BD défouloir qui se retrouve ici. La BD est bien plus sérieuse que son autre œuvre, avec une œuvre de fantasy qui parle avant tout de notre monde de la réalité véritable, parce que l'auteur à des choses à en dire. Cette histoire-ci est un détournement des récits de fantasy classique, avec ici une histoire principale dont nous sommes volontairement privés pour nous concentrer sur des gens du communs, de simples passants de cette grande histoire qui se déroule derrière. D'ailleurs tout ceci peut être frustrant pour certains, notamment parce qu'on sent qu'une vraie histoire se dessine derrière celle-ci, une histoire de trahison, de puissance et de monde qui change. Mais intelligemment, cette frustration du lecteur apporte le message de la BD : ne sommes-nous pas constamment spectateurs du monde, sans y participer et souvent en en subissant les effets ? Car c'est bien le propos de la BD : les petites gens tentent de survivre, dans un monde où ceux qui ont le pouvoir s'arrogent des droits, et ceux qui trinquent, c'est ceux d'en bas. La BD montre un pouvoir utilisant l'énergie ... pardon, la magie pour son prestige plutôt que pour son peuple, des guerriers dont la violence se répercute sur ceux qui veulent juste vivre tranquillement, tandis que les guerres se font pour des égos de princes, etc ... C'est une critique de l'arrogance et de la morgue des puissants qui ne se soucient pas le moins du monde des conséquences de leurs actes, clairement, mais la BD va plus loin et c'est ce qui me l'a fait apprécier pleinement. La BD ne se contente pas de dire que le pouvoir c'est mal, il montre aussi une société qui est pleine de faille, à cause du capitalisme. Je sais, on peut vite m'accuser d'extrapoler et d'appliquer ma propre vision du monde à une œuvre qui n'est pas explicite, mais franchement je ne pense pas être à côté de la plaque en disant que cette BD parle de capitalisme. Si l'histoire de la BD montre des gens subirent les conséquences des puissants, elle montre aussi un monde avide, rongé par l'argent et la cupidité, l'envie de toujours avoir plus quitte à arnaquer des gens ou les rouler. La guilde des marchands, présenté comme un mal nécessaire, exploite aussi la misère, s'enrichit sur les guerres et profite des autres. Comme la morale de "Mère courage et ses enfants", les gens qui profitent en marge des guerres se trompent tout autant que ceux qui font la guerre. Et j'aime bien que la BD soit surtout l'évolution de Elaine, personnage qui refuse ce monde parce qu'elle le trouve amoral. D'ailleurs la fin est assez explicite sur le sujet : presque brutal avec sa coupure par rapport au reste, Elaine prend une décision qui va dans le sens du reste : refus de la guerre, de la violence de l'argent, de l'hégémonie des guildes et des pouvoirs. J'extrapole sans doute, mais je trouve que le récit à un propos anarchiste, qui propose une lecture sans concession de notre réalité. Et ça fait plaisir ! Au-delà de cette lecture que j'ai apprécié et qui transpire à toute les pages, le récit prend le temps de se poser avec des jolies planches muettes et un voyage qui permettra de multiplier les rencontres enrichissant les points de vue proposés. Une très bonne façon de faire, au vu des thématiques abordées. Mais en parlant du dessin, je vais encore faire un écart bien trop long. L'auteur a exposé dans ses remerciements d'ouvertures une personne pour lui avoir soufflé l'idée de mettre des femmes en avant. L'idée est chouette mais j'ajouterais que le trait de Bathroom Quest propose un bestiaire étrange, une sorte de fantasy loin des codes. En dépouillant le dessin de bon nombre de détails, il propose des gens dont la race n'est jamais clairement identifié dans un bestiaire de fantasy classique (pas d'elfes, de nains, de trolls ...) mais des propositions de formes et morphologies étranges. Et combiné au ton du récit, l'ensemble donne quelque chose de très peu genré. Les personnages principaux sont des femmes, clairement, mais le récit ne prend aucun parti de genre. Ce serait des hommes, des trans, des non-binaires qu'on ne changerait ni le récit ni le déroulé. Et c'est franchement agréable de voir des récits qui embrassent pleinement cette idée : n'attacher aucune notion au genre du personnage. Contrairement à d'autres récits qui veulent trop appuyer le genre et finissent par tomber dans le cliché, même positif, ici Bathroom Quest arrive à faire un récit de personnages dont le lecteur peut se foutre du genre. C'est le genre de BD que j'aurais envie d'utiliser comme exemple pour montrer ce qu'est la déconstruction des genres, et je ne m'y attendais pas. Un excellent point selon moi. Bon, je chante les louanges de la BD depuis un petit moment et maintenant, je dois bien dire en conclusion que cette BD est bonne, même très bonne. Mais pas parfaite, ni excellente non plus. Elle me plait beaucoup par ce qu'elle dit et la façon dont elle le dit. Cependant, la BD peut frustrer par l'absence de présentation du background qui fait riche et dense mais n'est pas le sujet, de même que la fin me parait un poil brutal. J'aurais apprécié deux trois pages de plus sur chaque personnage qui quitte l'histoire trop vite à mon gout. Cela dit, ça fait ressortir encore plus brutalement le choix de Elaine, ce qui est aussi un bon point. Le problème d'écrire cet avis, c'est que je sens que je suis trop enthousiaste par rapport aux attentes que d'autres auront ensuite. C'est une bonne BD, qui a des choses à dire et le fait bien, présente une histoire au point de vue originale mais sans non plus en faire trop. Si vous en attendez plus, vous serez sans doute déçu. Mais pour ma part, je n'en attendais pas grand chose et je suis comblé, donc je m'épanche un peu trop sur ce qui ressort de bien. Et puis honnêtement, si ça vous encourage à la lire, je ne peux qu'être content !
L'Incroyable Histoire des grands traîtres
C'est fou comme l'HIstoire est émaillée d'histoires de trahisons diverses et variées. Ici nous avons plutôt des trahisons politiques, des gens dont les revirements, les magouilles et les manigances ont causé du tort à leurs nations ou leurs mentors. On commence -presque- par Judas, dont l'existence n'est pas avérée, mais qui est devenu un symbole au fil des interprétations de la Bible. Il y a des noms qui entrent en résonance avec l'actualité récente, dont un certain Quintus naevius Cordus Sutorius Macro, communément appelé... Macron, ou encore le traitre norvégien des années 1940 Vidkun Quisling, qui fonda un parti inféodé aux Nazis, et dont la traduction littérale est "Rassemblement national". D'ailleurs pour les anglophones le vocable quisling signifie traître. A la tête de différents pays, de différents partis, ces sombres personnages ont juré la perte de ceux qui les ont vus naître, les ont adoptés (comme Brutus avec César) ou les ont formés, comme Sarkozy avec Chirac. Tous l'ont payé cher de leur vie ou dans la postérité, certains ont carrément été oubliés de l'Histoire, et cet album, particulièrement mitonné par Didier Convard, passionné d'Histoire et par Jean-Christophe Camus. Les historiettes sont comme toujours dans cette collection, habilement racontées, on ne s'ennuie pas, et il y a toujours cette touche d'humour, ici sous la forme d'un professeur-conférencier qui sert de respiration dans un ouvrage un peu didactique. Le dessin de Pascal Magnat, loin d'être celui d'un simple exécutant, se montre assez inventif et nerveux pour que l'ensemble constitue un moment de lecture très plaisant.