Les derniers avis (2 avis)

Couverture de la série Love Bullet
Love Bullet

Keuwa ?! Love Bullet est arrivé dans nos vertes contrées ?! Et la traduction est de très bonne facture ?! Incroyable mais vrai et je me devais de l'acheter ! Love Bullet c'était à la base un one-shot tout à fait charmant qui avait fait parler de lui sur internet et qui avait finalement réussi à obtenir une sérialisation. Je l'avais découvert dès la sortie du oneshot, comme beaucoup j'étais tombée sous le charme de l'idée et cela me fait donc plaisir de voir que l'œuvre pourra désormais toucher un public encore un peu plus large. La base est simple mais bourrée de potentiel : et si les âmes des jeunes gens morts avant d'avoir pu connaître l'amour se voyaient offrir le droit de servir la déesse de l'Amour en personne. Comment sert-on la déesse de l'Amour ? En tirant des balles de calibre 12 dans la tête des amoureux transis en devenir, pardi ! Grenades, fusil de sniper, armes de poings en tout genre, les cupidons de cette histoire sont de véritables Rambo, des "one-man army" (ou plutôt "one-girl army" dans le cas présent), des machines de guerre armées jusqu'aux dents pour réussir leur mission. "Pourquoi tirer sur des gens" vous entends-je dire ? Mais parce que les arcs c'est désuet ! Vous avez idée du nombre de personnes que l'on pourrait faire tomber (amoureuses) avec des moyens modernes comparé aux armes d'antan ? Surtout quand on nous promet une récompense aussi alléchante qu'une résurrection et la possibilité d'enfin connaître l'amour soi-même une fois que l'on aura pu permettre à suffisamment de couples de naître, alors on enfile son gilet pare-balle, on se renseigne sur ses cibles et on se prépare à chasser sa prime karmique, nom de nom ! On suit Koharu, nouvelle cupidon fraîchement réincarnée, entremetteuse de talent de son vivant et toujours aussi empathique, qui va devoir apprendre les ficelles du métier avec ses trois mentors : Kanna, une feignante au grand cœur, Ena, une professionnelle pure et dure, et enfin Chiyo… une bastonneuse dans l'âme qui préfère clairement casser la gueule à ses camarades cupidons plutôt que de faire son boulot ! Ce qui marche beaucoup dans cette histoire, c'est le mélange loufoque de la prémisse et la forme parfaitement sérieuse de son exécution, qui à aucun moment ne se gênent l'une l'autre. Mieux : le sérieux des cupidons et de leur mission appuie le décalage comique. Et même au-delà du comique, c'est une série loufoque qui se permet d'être touchante, de traiter avec rigueur son sujet principal, qui est celui de l'amour et des relations entre les individu-e-s. Non, vraiment, sans pour autant vous faire miroiter un chef d'œuvre insoupçonné, je le redis : Love Bullet est une série tout à fait charmante, un petit délire qui n'oublie pas d'être de qualité, une ode à l'amour explosif (entre individus comme envers les armes et les situations de guéguerre, ne nous voilons pas la face). Allez, un p'tit coup de cœur, c'est de circonstance !

24/03/2026 (modifier)
Couverture de la série Le Visage du Créateur
Le Visage du Créateur

Le 28 janvier 1986, la navette Challenger explose en plein vol, quelques secondes après son décollage, en direct sur les télévisions du monde entier. LF. Bollée & C. Spadoni nous invitent à passer un moment en compagnie des sept astronautes disparus à bord, dont deux femmes et deux civils. Voici leur histoire. Le journaliste Laurent-Frédéric Bollée s'est fait un nom dans l'univers de la BD avec l'album magistral, La bombe (Glénat 2020) et l'épopée de la première bombe atomique. Après l'explosion de Hiroshima, le visage du créateur raconte lui aussi une histoire dont chacun connait parfaitement le sinistre dénouement : le 28 janvier 1986 la navette spatiale Challenger se désintègre en direct, quelques secondes après son décollage de Cap Canaveral. On peut reprendre les mots de LF. Bollée lui-même : « C'est une idée reçue de croire que, parce qu'on connait la fin d'une histoire, celle-ci sera moins passionnante à découvrir ». Le dessinateur Cristiano Spadoni est connu pour avoir travaillé sur les costumes du film Marie-Antoinette (celui de Sofia Coppola) mais c'est aussi un complice de longue date de LF. Bollée. Quant au titre de l'album, il est tiré du discours de Ronald Reagan, prononcé à la tv quelques heures après l'explosion de la navette : « Nous ne les oublierons jamais, eux qui ce matin se préparaient à s'envoler et rompre leur lien difficile avec la Terre pour toucher le visage du Créateur. » Des mots empruntés à un poème d'un pilote américain, John Gillepsie Magee Jr. Après le succès du programme Apollo vers la Lune, l'intérêt du public est en baisse et la Nasa cherche à redorer son blason (et regonfler ses subventions) : d'où les navettes, la première est même baptisée Enterprise, l'embauche à la communication de Nichelle Nichols (actrice black de Star Trek) et le recrutement de civils dont une professeure, Christa McAuliffe, qui doit donner un cours depuis l'espace. « Envoyer deux civils dans l'espace, dont une femme, est l'opération de communication la plus importante de la NASA depuis ces dix dernières années ». La pression politique et médiatique est énorme et les difficultés techniques balayées rapidement. Trop rapidement. Cet album revient sur les tout débuts de la genèse de ce vol et lance le compte-à-rebours ... plus de dix-huit ans avant la désintégration. Un décompte qui va rythmer les chapitres jusqu'au 28 janvier 86. ? LF. Bollée et son dessinateur C. Spadoni ont choisi de retracer toute l'histoire de ce vol, ses motivations, son recrutement, ses difficultés et sa longue préparation. Les auteurs ont choisi d'en faire un véritable hommage aux sept astronautes disparus dans la catastrophe. Cet angle d'approche souligne le côté humain de ces conquérants de l'espace avec, pour la première fois, la présence de "civils" à bord de la navette. Les dernières secondes du compte-à-rebours (10, 9, 8, ...) qui se reflètent dans chacun des visages présents ce jour-là à Cap Canaveral, est une planche particulièrement émouvante. ? Mais LF. Bollée est un journaliste réputé pour son sérieux documentaire : l'émotion est peut-être celle du lecteur mais le scénario, lui, ne romance pas, ne mélodramatise pas, et ne retrace que des faits. Même la petite surprise finale des toutes dernières pages n'est pas de fiction. Ou si peu. ? On s'attendait peut-être à des couleurs rutilantes pour cette épopée spatiale mais on ne sera pas déçu par ce noir et blanc (encore un très beau noir et blanc) et un dessin d'apparence très simplifié, entre croquis pris sur le vif et story-board, qui vient donner un petit côté journalistique à cette enquête. ? Cette lecture est vraiment édifiante, notamment dans les implications politiques ou symboliques de ce vol Challenger : l'actrice Nichelle Nichols de Star Trek fut, en 1968, la première femme noire à embrasser un acteur blanc à la télévision (le capitaine Kirk interprété par William Shatner) l'enseignante Christa McAuliffe fut recrutée par la NASA (et Nichelle Nichols) dans le cadre du programme "teacher in space" lancé par Ronald Reagan pour assurer la promotion de l'enseignement des sciences Mais c'est aussi une lecture éclairante sur les origines techniques, politiques et financières de cette catastrophe. Pour éviter de gâcher le plaisir de la lecture (même si tout est déjà écrit sur le web ou dans le rapport de la commission d'enquête Rogers), disons simplement que c'est une histoire affligeante qui laissera certainement le lecteur sans voix. ? Quelques jours après cette lecture, on se surprend à repenser à ces femmes et ces hommes, on se revoit assis à discuter avec eux pendant de longs moments et là on se dit que Bollée et Spadoni ont bien réussi leur coup.

24/03/2026 (modifier)