Floyd Gottfredson a repris les strips quotidiens de Mickey, à la suite d'Ub Iwerks. C'est lui qui a fixé l'image du Mickey classique que nous avons tous aujourd'hui, ainsi que celle de Minnie, Dingo et de nombreux autres personnages. Mais les histoires sont très limitées par les standards et les préjugés de l'époque. Voyez l'épisode des gitans ! Plus tard, et au fil des décennies, surtout dans les années 50 et 60, il a construit, avec l'aide de plusieurs scénaristes, une œuvre plus personnelle, en même temps universelle, et avec quelques personnages mémorables.
J’ai lu cet ensemble dans la récente réédition qui, il faut le dire, est sans doute un must pour les amateurs de l’auteure. En effet, outre les trois albums repris, sont regroupés aussi plusieurs analyses (de l’auteure elle-même, et d’autres spécialistes de son œuvre). Il est aussi probable que dessin, et surtout colorisation, aient été un minimum revus par rapport aux albums originaux.
C’est en particulier le cas je pense sur les histoires courtes de « 1996 again », dont le rendu se rapproche un peu de certains auteurs plus « tardifs », comme Burns ou Mezzo. J’ai bien aimé ce dessin. Car, même si ce trait classique est très bon sur tous les albums, j’aime moins les couleurs grisâtres, voire ternes de nombres de pages de Montellier.
« 1996 again » garde pas mal trace des collaborations de l’auteur à des publications très engagées à gauche (voire anarchistes). Mais le propos est souvent obscur et peu avenant, froid, passe mal (surtout que la plupart des récits sont vraiment très très courts).
« Wonder city » me plait moins esthétiquement – même si la bichromie n’est pas inintéressante. C’est une histoire d’amour dans un univers qui s’y prête assez peu, un univers dystopique et anxiogène, que j’aurais aimé voir plus développé (voir mon avis sur cet album).
« Shelter Market » est plus surprenant. On y retrouve là encore pas mal d’idées engagées, quelque chose de très politique (certaines planches m’ont fait penser au tableau « Invading new markets » d’Andy Singer, on y retrouve la sculpture « Supermarket Lady » de Duane Hanson). C’est un album qui a été fortement remanié et prolongé (en plusieurs étapes) depuis sa création au début des années 1980. On y retrouve mélangés plusieurs thèmes, comme les conséquences de la Guerre froide, la vulgarité de la société de consommation, etc. La vision est caustique, mais assez pessimiste.
Un témoignage d’une auteure et d’une époque, mais certains passages et messages des récits de Montellier n’ont pas perdu de leur force et de leur pertinence.
Voici un projet véritablement original : à travers les péripéties liées à la circulation du squelette de Descartes, évoquer la pensée cartésienne du philosophe et les avancées des sciences durant les quelques siècles qui suivirent, et tout cela au sein d'une intrigue à la lisière du documentaire et de l'enquête policière, une intrigue certes exigeante, mais tout à fait accessible pour le grand public.
Les exubérances du projet trouvent une déclinaison intéressante visuellement, avec certaines mises en page fort intrigantes et légitimes, un usage de la couleur rare, mais lui aussi intéressant.
Ces grandes qualités nommées, force est néanmoins de constater que la lecture est davantage stimulante que plaisante. Le formalisme visuel aurait pu être plus fréquent, l'humour davantage présent en appuyant plus finement sur le rocambolesque des péripéties, le récit avancer avec davantage de fluidité, en générant davantage de tension dans ses aspects "policiers".
Une bonne BD très originale, mais qui enthousiasme modérément. Une autrice à suivre.
Vaste chantier que de retracer l'histoire des jardins. C'est le défi qu'a cependant réussi à surmonter Catherine Delvaux, ancienne rédactrice en chef de la revue Détente jardin et autrice de nombreux ouvrages sur le sujet. Elle a choisi, histoire oblige, une progression chronologique, du néolithique à nos jours.
Du besoin physiologique de se nourrir, à l'apparition des jardins d'agrément, en passant par les jardins ouvriers, les jardins à la française, à l'anglaise, tout y est, ou presque. Et c'est intéressant de voir comment, parfois, ces jardins "collent" à l'actualité socio-économique : en réaction à la Révolution industrielle, pour faire écho aux préoccupations climatiques ces dernières décennies, etc. L'ensemble est un bouquin très dense, plus de 224 pages qui ne se dévorent pas très vite, mais devant lesquelles on se doit de prendre son temps, comme face à un jardin zen au Japon... C'est un voyage à travers le temps, la géographie, auquel elle nous convie.
Côté graphique c'est Simon Hureau, dessinateur chevronné connu notamment pour L'Empire des hauts murs, qui œuvre, et on sent qu'il a beaucoup bossé pour recréer les ambiances visuelles des différents jardins, lorsqu'elles sont connues. On notera également qu'il a entièrement réalisé par le passé L'Oasis, dans lequel il parlait de sa passion pour son jardin. Ariane Borra fait aussi un super boulot aux couleurs, jouant beaucoup sur les nuances, important lorsqu'on parle de plantes et de fleurs.
Bref, c'est du bon boulot, mais c'est un peu long, même si cette longueur se justifie par la densité du sujet.
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L'Intégrale de Mickey
Floyd Gottfredson a repris les strips quotidiens de Mickey, à la suite d'Ub Iwerks. C'est lui qui a fixé l'image du Mickey classique que nous avons tous aujourd'hui, ainsi que celle de Minnie, Dingo et de nombreux autres personnages. Mais les histoires sont très limitées par les standards et les préjugés de l'époque. Voyez l'épisode des gitans ! Plus tard, et au fil des décennies, surtout dans les années 50 et 60, il a construit, avec l'aide de plusieurs scénaristes, une œuvre plus personnelle, en même temps universelle, et avec quelques personnages mémorables.
Social fiction
J’ai lu cet ensemble dans la récente réédition qui, il faut le dire, est sans doute un must pour les amateurs de l’auteure. En effet, outre les trois albums repris, sont regroupés aussi plusieurs analyses (de l’auteure elle-même, et d’autres spécialistes de son œuvre). Il est aussi probable que dessin, et surtout colorisation, aient été un minimum revus par rapport aux albums originaux. C’est en particulier le cas je pense sur les histoires courtes de « 1996 again », dont le rendu se rapproche un peu de certains auteurs plus « tardifs », comme Burns ou Mezzo. J’ai bien aimé ce dessin. Car, même si ce trait classique est très bon sur tous les albums, j’aime moins les couleurs grisâtres, voire ternes de nombres de pages de Montellier. « 1996 again » garde pas mal trace des collaborations de l’auteur à des publications très engagées à gauche (voire anarchistes). Mais le propos est souvent obscur et peu avenant, froid, passe mal (surtout que la plupart des récits sont vraiment très très courts). « Wonder city » me plait moins esthétiquement – même si la bichromie n’est pas inintéressante. C’est une histoire d’amour dans un univers qui s’y prête assez peu, un univers dystopique et anxiogène, que j’aurais aimé voir plus développé (voir mon avis sur cet album). « Shelter Market » est plus surprenant. On y retrouve là encore pas mal d’idées engagées, quelque chose de très politique (certaines planches m’ont fait penser au tableau « Invading new markets » d’Andy Singer, on y retrouve la sculpture « Supermarket Lady » de Duane Hanson). C’est un album qui a été fortement remanié et prolongé (en plusieurs étapes) depuis sa création au début des années 1980. On y retrouve mélangés plusieurs thèmes, comme les conséquences de la Guerre froide, la vulgarité de la société de consommation, etc. La vision est caustique, mais assez pessimiste. Un témoignage d’une auteure et d’une époque, mais certains passages et messages des récits de Montellier n’ont pas perdu de leur force et de leur pertinence.
La Tête de mort venue de Suède
Voici un projet véritablement original : à travers les péripéties liées à la circulation du squelette de Descartes, évoquer la pensée cartésienne du philosophe et les avancées des sciences durant les quelques siècles qui suivirent, et tout cela au sein d'une intrigue à la lisière du documentaire et de l'enquête policière, une intrigue certes exigeante, mais tout à fait accessible pour le grand public. Les exubérances du projet trouvent une déclinaison intéressante visuellement, avec certaines mises en page fort intrigantes et légitimes, un usage de la couleur rare, mais lui aussi intéressant. Ces grandes qualités nommées, force est néanmoins de constater que la lecture est davantage stimulante que plaisante. Le formalisme visuel aurait pu être plus fréquent, l'humour davantage présent en appuyant plus finement sur le rocambolesque des péripéties, le récit avancer avec davantage de fluidité, en générant davantage de tension dans ses aspects "policiers". Une bonne BD très originale, mais qui enthousiasme modérément. Une autrice à suivre.
La Belle histoire des jardins
Vaste chantier que de retracer l'histoire des jardins. C'est le défi qu'a cependant réussi à surmonter Catherine Delvaux, ancienne rédactrice en chef de la revue Détente jardin et autrice de nombreux ouvrages sur le sujet. Elle a choisi, histoire oblige, une progression chronologique, du néolithique à nos jours. Du besoin physiologique de se nourrir, à l'apparition des jardins d'agrément, en passant par les jardins ouvriers, les jardins à la française, à l'anglaise, tout y est, ou presque. Et c'est intéressant de voir comment, parfois, ces jardins "collent" à l'actualité socio-économique : en réaction à la Révolution industrielle, pour faire écho aux préoccupations climatiques ces dernières décennies, etc. L'ensemble est un bouquin très dense, plus de 224 pages qui ne se dévorent pas très vite, mais devant lesquelles on se doit de prendre son temps, comme face à un jardin zen au Japon... C'est un voyage à travers le temps, la géographie, auquel elle nous convie. Côté graphique c'est Simon Hureau, dessinateur chevronné connu notamment pour L'Empire des hauts murs, qui œuvre, et on sent qu'il a beaucoup bossé pour recréer les ambiances visuelles des différents jardins, lorsqu'elles sont connues. On notera également qu'il a entièrement réalisé par le passé L'Oasis, dans lequel il parlait de sa passion pour son jardin. Ariane Borra fait aussi un super boulot aux couleurs, jouant beaucoup sur les nuances, important lorsqu'on parle de plantes et de fleurs. Bref, c'est du bon boulot, mais c'est un peu long, même si cette longueur se justifie par la densité du sujet.