2.5
Le point fort de cet album est sans contredit son dessin. Je l'ai aimé dès les premières cases. J'ai adoré l'atmosphère étrange qui se dégage du dessin et qui allait à merveille pour ce type de récit où on ne sait pas ce qui est vrai ou non.
En fait, le problème vient du scénario qui au final est une histoire banale sur des hallucinations. Le récit est pas mauvais en tant que tels, mais le manque d'originalité fait en sorte que ce n'est pas très palpitant à lire et en plus j'ai fini par deviner un peu trop facilement ce qui se passait. Ce qui n'aide pas est que l'auteur semble préféré enchainer les scènes spectaculaires au lieu de bien approfondir ses idées. Je suis resté sur ma faim, on dirait que ça se termine en milieu de récit.
Pas vraiment au fait des histoires des dynasties romaines, j'avoue m'être fait surprendre par l'histoire de Poppée que je ne connaissais pas.
Poppée, connue pour avoir été la compagne de Néron, fut une femme ambitieuse et calculatrice, qui ne recula devant rien pour parvenir à ses fins.
Issue d'une famille prestigieuse remontant à Alexandre Le Grand, tombée en disgrâce à cause d'une machination de l'épouse de l'empereur Claude, Poppée en gardera une rancœur tenace qui nourrira sa soif de vengeance et de pouvoir. Ce qu'elle parviendra merveilleusement à faire, mais à quel prix...
Je vous laisse la surprisse de sa seconde vie, pour ceux qui ne la connaissent pas, je ne vais pas vous spoiler !
C'est plutôt bien mené, tant sur le dessin que sur le scénario : la colorisation un peu terne de Lou surprend au début mais est finalement bien trouvée pour imposer une ambiance globale qui se marie parfaitement avec nos personnages et leurs péripéties.
Voilà en tout cas un personnage historique que je ne connaissais pas, très bien mis en lumière par cet album.
(3.5/5)
Rosa traverse son année de collège en sixième avec son ami imaginaire, Aldo, en naviguant entre école, famille, nouvelles amitiés et un quotidien légèrement décalé.
C'est un récit plein de charme et de douceur. Il y a quelque chose de poétique dans ce quotidien un peu loufoque, avec des idées qui frôlent gentiment l’absurde (la professeure qui donne uniquement des cours sur elle-même, les parents qui vident méthodiquement leur maison pour faire de l'espace…), et qui m’ont fait penser par moments à l’univers de Boris Vian. Dans un registre différent, j’ai aussi retrouvé une forme de douceur dans le ton et le rythme, un mélange de légèreté et de petites touches d’humour qui, associé à la structure en courts chapitres, au graphisme et à la colorisation, m’a évoqué certains films du Studio Ghibli, notamment Mes voisins les Yamada.
C’est plaisant à lire, souvent mignon, et visuellement assez joli, avec une vraie cohérence entre le fond et la forme. Mais en même temps, j’ai eu du mal à être totalement embarqué. Le récit donne l’impression de multiplier les pistes sans jamais vraiment en creuser une en profondeur. Il n’y a pas de véritable intrigue qui s’installe, ni de thématique centrale qui s’impose clairement, plutôt un ensemble de sujets effleurés (l’amitié, la différence, l’entrée dans l’adolescence, la famille…) qui restent à l’état d’ébauche. Même certains éléments intéressants, comme le fait que Rosa tienne fermement à s'habiller et se coiffer comme un garçon, restent finalement assez neutres dans le propos. C’est un trait de personnage plutôt agréable, traité sans lourdeur, mais qui ne semble pas porter de réflexion particulière sur l'identité sexuelle, les enfants de cet âge-là s'en moquant bien.
C'est un album au charme indéniable, et j’ai souvent eu l’impression d’être à deux doigts de me laisser emporter par son ambiance et sa poésie… sans que cela prenne complètement. Il m'a manqué une intrigue plus concrète, ou quelque chose de plus structurant, pour que l’ensemble dépasse le stade de la jolie esquisse et me marque vraiment.
Voilà un ovni que je conseille de feuilleter avant d’acheter, tant le contenu de ce petit pavé peut aisément rebuter nombre de lecteurs.
L’album s’écarte des sentiers battus dans tous les domaines.
Visuellement d’abord, puisque c’est une sorte de roman-photo. Mais Lecointre semble avoir retravaillé tout ça pour accentuer certains côtés vieillots, j’ai parfois eu l’impression qu’il faisait en sorte de nous donner des images de mauvaise qualité. Retravaillées aussi ces photos car on a droit à pas mal de « collages », auxquels s’ajoute les dessins de Lecointre, et son personnage principal, Poulenc, avec une tête bizarre, un peu de travers, toujours l’air renfrognée.
Le récit est difficilement appréhendable, même si la fin livre quelques clés – mais pas toutes. Une sorte de voyage dans la psyché, l’inconscient du héros, rêves et réalité se mêlent sans que le lecteur ne soit toujours informé ou conscient des limites ou des liens entre les deux.
Formellement et en partie narrativement, il y a pas mal d’accointances avec une sorte de surréalisme (parfois aussi on pense aux situationnistes). Il est clair qu’il ne faut pas ne jurer que par un récit cartésien, sinon vous allez souffrir !
C’est une expérience de lecture originale. L’intrigue et l’esthétique amènent vers une sorte de SF rétro, souvent asphyxiante, absurde, et très noire.
Lénaïc Vilain développe gentiment une œuvre de plus en plus autobiographique, mélangeant sociologie et humour, avec généralement une critique sociale marquée à gauche.
On le retrouve ici pour nous présenter son expérience de supporter. Mais pas forcément au sens où le grand public l’entend. Et pourtant, il est bien membre d’un « kop », c’est une sorte « d’ultra ». Mais d’un club satellite de la banlieue parisienne, au très fort ancrage local et politique, le Red Star : c’est deux aspects sont au cœur de son récit, alors même que le vieux stade – historique et presque anachronique – est en « rénovation », et alors qu’un fonds d’investissement américain semble vouloir redéfinir les priorités du club.
Le récit transpire la sincérité, et donne un éclairage intéressant sur la survivance d’une conscience politique et éthique au sein des supporters du clubs, qui sont éloignés des néo-nazis racistes auxquels on pense lorsqu’on évoque les ultras – mais aussi éloignés des bobos voire grands bourgeois peuplant certaines tribunes pêchues du Parc des Princes.
Une petite lecture sympathique.
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Clinton Road
2.5 Le point fort de cet album est sans contredit son dessin. Je l'ai aimé dès les premières cases. J'ai adoré l'atmosphère étrange qui se dégage du dessin et qui allait à merveille pour ce type de récit où on ne sait pas ce qui est vrai ou non. En fait, le problème vient du scénario qui au final est une histoire banale sur des hallucinations. Le récit est pas mauvais en tant que tels, mais le manque d'originalité fait en sorte que ce n'est pas très palpitant à lire et en plus j'ai fini par deviner un peu trop facilement ce qui se passait. Ce qui n'aide pas est que l'auteur semble préféré enchainer les scènes spectaculaires au lieu de bien approfondir ses idées. Je suis resté sur ma faim, on dirait que ça se termine en milieu de récit.
Poppée - La femme qui vécut deux fois
Pas vraiment au fait des histoires des dynasties romaines, j'avoue m'être fait surprendre par l'histoire de Poppée que je ne connaissais pas. Poppée, connue pour avoir été la compagne de Néron, fut une femme ambitieuse et calculatrice, qui ne recula devant rien pour parvenir à ses fins. Issue d'une famille prestigieuse remontant à Alexandre Le Grand, tombée en disgrâce à cause d'une machination de l'épouse de l'empereur Claude, Poppée en gardera une rancœur tenace qui nourrira sa soif de vengeance et de pouvoir. Ce qu'elle parviendra merveilleusement à faire, mais à quel prix... Je vous laisse la surprisse de sa seconde vie, pour ceux qui ne la connaissent pas, je ne vais pas vous spoiler ! C'est plutôt bien mené, tant sur le dessin que sur le scénario : la colorisation un peu terne de Lou surprend au début mais est finalement bien trouvée pour imposer une ambiance globale qui se marie parfaitement avec nos personnages et leurs péripéties. Voilà en tout cas un personnage historique que je ne connaissais pas, très bien mis en lumière par cet album. (3.5/5)
Aldo et Rosa
Rosa traverse son année de collège en sixième avec son ami imaginaire, Aldo, en naviguant entre école, famille, nouvelles amitiés et un quotidien légèrement décalé. C'est un récit plein de charme et de douceur. Il y a quelque chose de poétique dans ce quotidien un peu loufoque, avec des idées qui frôlent gentiment l’absurde (la professeure qui donne uniquement des cours sur elle-même, les parents qui vident méthodiquement leur maison pour faire de l'espace…), et qui m’ont fait penser par moments à l’univers de Boris Vian. Dans un registre différent, j’ai aussi retrouvé une forme de douceur dans le ton et le rythme, un mélange de légèreté et de petites touches d’humour qui, associé à la structure en courts chapitres, au graphisme et à la colorisation, m’a évoqué certains films du Studio Ghibli, notamment Mes voisins les Yamada. C’est plaisant à lire, souvent mignon, et visuellement assez joli, avec une vraie cohérence entre le fond et la forme. Mais en même temps, j’ai eu du mal à être totalement embarqué. Le récit donne l’impression de multiplier les pistes sans jamais vraiment en creuser une en profondeur. Il n’y a pas de véritable intrigue qui s’installe, ni de thématique centrale qui s’impose clairement, plutôt un ensemble de sujets effleurés (l’amitié, la différence, l’entrée dans l’adolescence, la famille…) qui restent à l’état d’ébauche. Même certains éléments intéressants, comme le fait que Rosa tienne fermement à s'habiller et se coiffer comme un garçon, restent finalement assez neutres dans le propos. C’est un trait de personnage plutôt agréable, traité sans lourdeur, mais qui ne semble pas porter de réflexion particulière sur l'identité sexuelle, les enfants de cet âge-là s'en moquant bien. C'est un album au charme indéniable, et j’ai souvent eu l’impression d’être à deux doigts de me laisser emporter par son ambiance et sa poésie… sans que cela prenne complètement. Il m'a manqué une intrigue plus concrète, ou quelque chose de plus structurant, pour que l’ensemble dépasse le stade de la jolie esquisse et me marque vraiment.
Barcarolle
Voilà un ovni que je conseille de feuilleter avant d’acheter, tant le contenu de ce petit pavé peut aisément rebuter nombre de lecteurs. L’album s’écarte des sentiers battus dans tous les domaines. Visuellement d’abord, puisque c’est une sorte de roman-photo. Mais Lecointre semble avoir retravaillé tout ça pour accentuer certains côtés vieillots, j’ai parfois eu l’impression qu’il faisait en sorte de nous donner des images de mauvaise qualité. Retravaillées aussi ces photos car on a droit à pas mal de « collages », auxquels s’ajoute les dessins de Lecointre, et son personnage principal, Poulenc, avec une tête bizarre, un peu de travers, toujours l’air renfrognée. Le récit est difficilement appréhendable, même si la fin livre quelques clés – mais pas toutes. Une sorte de voyage dans la psyché, l’inconscient du héros, rêves et réalité se mêlent sans que le lecteur ne soit toujours informé ou conscient des limites ou des liens entre les deux. Formellement et en partie narrativement, il y a pas mal d’accointances avec une sorte de surréalisme (parfois aussi on pense aux situationnistes). Il est clair qu’il ne faut pas ne jurer que par un récit cartésien, sinon vous allez souffrir ! C’est une expérience de lecture originale. L’intrigue et l’esthétique amènent vers une sorte de SF rétro, souvent asphyxiante, absurde, et très noire.
Tribune(s) - Chroniques de gradins
Lénaïc Vilain développe gentiment une œuvre de plus en plus autobiographique, mélangeant sociologie et humour, avec généralement une critique sociale marquée à gauche. On le retrouve ici pour nous présenter son expérience de supporter. Mais pas forcément au sens où le grand public l’entend. Et pourtant, il est bien membre d’un « kop », c’est une sorte « d’ultra ». Mais d’un club satellite de la banlieue parisienne, au très fort ancrage local et politique, le Red Star : c’est deux aspects sont au cœur de son récit, alors même que le vieux stade – historique et presque anachronique – est en « rénovation », et alors qu’un fonds d’investissement américain semble vouloir redéfinir les priorités du club. Le récit transpire la sincérité, et donne un éclairage intéressant sur la survivance d’une conscience politique et éthique au sein des supporters du clubs, qui sont éloignés des néo-nazis racistes auxquels on pense lorsqu’on évoque les ultras – mais aussi éloignés des bobos voire grands bourgeois peuplant certaines tribunes pêchues du Parc des Princes. Une petite lecture sympathique.