Coutumiers du registre fantastique et d’adaptations des grands classiques de la littérature (« Hamlet », « Le Fantôme de l’opéra », « L’Enfer de Dante », « Don Quichotte » …), Paul et Gaëtan Brizzi se sont cette fois emparés d’une des nouvelles les plus célèbres du romancier français Guy de Maupassant. Edités tour à tour par Futuropolis ou Daniel Maghen (un gage de qualité d’un point de vue graphique), les deux frères se sont vus fort logiquement proposés par Futuro de créer une collection qui sera dédiées à leurs œuvres, « La Bibliothèque fantastique de Paul & Gaëtan Brizzi », une forme de consécration pour ces artistes de talent… Ce « Horla » fait donc office de tome fondateur, sans doute le premier d’une longue série qui pourrait d’ailleurs voir s’y greffer le déjà paru « Fantôme de l’opéra ».
Le récit a été adapté à de nombreuses reprises par le cinéma, la télévision, le théâtre ou même la bande dessinée — il s’agit là de la troisième, après celles de Guillaume Sorel, et du duo formé par Frédéric Bertocchini et Eric Puech. Les Brizzi quant à eux se sont montrés respectueux de l’œuvre originale en la fusionnant avec leur style intemporel mais évoquant toujours ce XVIIIe siècle qu’ils affectionnent, tout comme l’illustrateur Gustave Doré dont on sent clairement l’influence dans leur travail.
Ainsi, il faudra plus y voir un hommage qu’une adaptation émancipée de la nouvelle d’origine, un parti pris tout à fait légitime puisqu’après tout, c’est la marque de fabrique des deux jumeaux qui aiment à immerger le lecteur dans cette littérature d’un autre siècle nimbée de mystère. Seul bémol, on aurait souhaité un développement plus graduel du récit ou une exploration psychologique plus fouillée du personnage principal, mais rappelons que le récit originel est court également. Cependant, il ne fait aucun doute qu’avec ce premier opus, doté d’une couverture élégante aux tonalités marron, cette collection prometteuse fera sans doute le bonheur des admirateurs de l’inséparable duo.
Dans " Saigneurs ", Lou Lubie utilise la métaphore du vampire pour dénoncer les prédateurs sexuels et souligner les mécanismes de l'emprise.
Si la BD atteint son objectif en jouant notamment sur l'inversion des rôles, en montrant combien la société entière peine à ouvrir les yeux (que ce soit au sein de la cellule familiale ou au plus haut sommet de l'état, cela reste compliqué par exemple de remettre en question des icônes), l'album entier est très démonstratif. La lecture reste plutôt plaisante, mais rien de bien marquant pour ma part. Contrairement à Racines que j'avais apprécié pour son dynamisme, sa pertinence et son humour et à Eurydice pour sa réécriture subtile et maline, ce dernier album me paraît plus anecdotique. Le didactisme prend le pas cette fois-ci sur le plaisir de la lecture avec certaines scènes simplement tirées de la réalité (malheureusement) à peine retouchées à la sauce vampire.
Le dessin est efficace, mais me paraît là aussi moins abouti que dans les productions précédentes.
Un jeune garçon passionné de comics à la fin des années 1970 / début des années 1980 se réfugie dans un univers imaginaire peuplé de super-héros, au point de brouiller la frontière entre ses rêves et la réalité.
C'est une série assez touchante, même si elle ne m'a pas convaincu sur tous ses aspects. J'ai apprécié son mélange de chronique d'enfance, de passion naïve pour les super-héros et de regard tendre sur l'imagination comme refuge face à un quotidien parfois difficile. Entre le harcèlement scolaire, les tensions avec le père, la complicité avec le grand-père et cette obsession grandissante pour les comics, je ne sais pas quelle est la part d'autobiographie de ce récit. L'ensemble donne l'impression de suivre la jeunesse romancée d'un futur auteur de BD nourri aux comics américains et aux dessins animés. Le tome 2 renforce encore cette impression puisqu'il insiste davantage sur la difficulté pour Xavier de faire accepter sa passion à ses parents après les événements traumatiques du premier volume. Toute cette partie autour du regard des adultes sur l'imaginaire enfantin fonctionne plutôt bien. Le récit montre comment le jeune héros transforme ses frustrations, ses peurs ou ses humiliations en aventures héroïques imaginaires qu'il couchera ensuite sur le papier. Cela donne parfois quelque chose de touchant, notamment dans sa manière de vouloir devenir plus fort ou de croire sincèrement qu'il a une destinée particulière.
Graphiquement, l'ensemble n'est pas parfait mais reste charmant. Alberto Sanz offre un dessin dynamique et coloré, avec une vraie énergie dans les scènes d'action et les passages imaginaires. Les séquences consacrées aux Plutokids sont dessinées dans un style différent et visuellement réussi, avec ce côté rétro-futuriste très coloré. En revanche, le dessin présente parfois un aspect un peu enfantin dans la manière dont les émotions sont exprimées. Les visages ont souvent des expressions extrêmement appuyées, presque caricaturales dans leur expressivité. Cela m'a marqué dans le tome 2 avec le visage de la jeune amie de Xavier, qui garde en permanence ce grand sourire accompagné de sourcils constamment froncés, au point que cela finit presque par devenir une expression unique.
J'ai aimé la sincérité de l'ensemble et certains passages touchants, notamment autour du grand-père ou de la façon dont l'imagination aide Xavier à supporter certaines choses. Mais le récit a aussi tendance à devenir parfois un peu trop démonstratif ou trop lisse. Certains thèmes (harcèlement, deuil, rejet, passion mal comprise) sont traités avec beaucoup de bienveillance, mais aussi avec un côté un peu formaté et parfois abrupt qui enlève de la spontanéité ou de la surprise. Et même si j'accepte le principe du regard enfantin, j'ai parfois eu un peu de mal avec l'incapacité du héros à distinguer totalement son imaginaire de la réalité, même s'il gagne en maturité au cours de second tome.
Malgré ça, j'ai trouvé l'ensemble sincère et attachant. Ce n'est pas forcément une BD révolutionnaire dans ce qu'elle raconte, mais elle possède un vrai capital sympathie, porté par son amour des comics, son regard nostalgique sur l'enfance et son envie de montrer à quel point l'imagination peut devenir un refuge ou une force pour grandir.
Une aventure honnête de notre viking mais je reste un peu perplexe de ma lecture.
Je n’ai pas détesté mais à aucun moment je n’ai vraiment été accroché. Il faut dire que je ne suis pas un grand admirateur des 2 auteurs et de leurs pattes respectives. Il y a souvent comme une barrière/froideur qui s’en dégage et que je n’arrive pas à pénétrer même si ici, leurs styles est au service de l’univers « Thorgalien ».
Le graphisme, malgré quelques fulgurances et de l’envie, m’apparaît terne, sans saveur voir parfois maladroit (affaire de goût ceci dit).
Quand au récit, il suit le même chemin, c’est respectueux au cahier des charges mais trop c’est sans folie ni peps. J’ai même trouvé certains dialogues assez affligeants, entre Thorgal et Aaricia notamment. La fin de l’album fera le lien avec Alinoé mais sans réelle magie.
Je suis de plus en plus déçu de cette collection qui se contente de faire du Thorgal standard, ça comble les blancs des albums de la série mère mais sans réelle plus-value. Et cet album, à mes yeux, fait sans doute parti des moins bons.
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Le Horla (Brizzi)
Coutumiers du registre fantastique et d’adaptations des grands classiques de la littérature (« Hamlet », « Le Fantôme de l’opéra », « L’Enfer de Dante », « Don Quichotte » …), Paul et Gaëtan Brizzi se sont cette fois emparés d’une des nouvelles les plus célèbres du romancier français Guy de Maupassant. Edités tour à tour par Futuropolis ou Daniel Maghen (un gage de qualité d’un point de vue graphique), les deux frères se sont vus fort logiquement proposés par Futuro de créer une collection qui sera dédiées à leurs œuvres, « La Bibliothèque fantastique de Paul & Gaëtan Brizzi », une forme de consécration pour ces artistes de talent… Ce « Horla » fait donc office de tome fondateur, sans doute le premier d’une longue série qui pourrait d’ailleurs voir s’y greffer le déjà paru « Fantôme de l’opéra ». Le récit a été adapté à de nombreuses reprises par le cinéma, la télévision, le théâtre ou même la bande dessinée — il s’agit là de la troisième, après celles de Guillaume Sorel, et du duo formé par Frédéric Bertocchini et Eric Puech. Les Brizzi quant à eux se sont montrés respectueux de l’œuvre originale en la fusionnant avec leur style intemporel mais évoquant toujours ce XVIIIe siècle qu’ils affectionnent, tout comme l’illustrateur Gustave Doré dont on sent clairement l’influence dans leur travail. Ainsi, il faudra plus y voir un hommage qu’une adaptation émancipée de la nouvelle d’origine, un parti pris tout à fait légitime puisqu’après tout, c’est la marque de fabrique des deux jumeaux qui aiment à immerger le lecteur dans cette littérature d’un autre siècle nimbée de mystère. Seul bémol, on aurait souhaité un développement plus graduel du récit ou une exploration psychologique plus fouillée du personnage principal, mais rappelons que le récit originel est court également. Cependant, il ne fait aucun doute qu’avec ce premier opus, doté d’une couverture élégante aux tonalités marron, cette collection prometteuse fera sans doute le bonheur des admirateurs de l’inséparable duo.
Saigneurs
Dans " Saigneurs ", Lou Lubie utilise la métaphore du vampire pour dénoncer les prédateurs sexuels et souligner les mécanismes de l'emprise. Si la BD atteint son objectif en jouant notamment sur l'inversion des rôles, en montrant combien la société entière peine à ouvrir les yeux (que ce soit au sein de la cellule familiale ou au plus haut sommet de l'état, cela reste compliqué par exemple de remettre en question des icônes), l'album entier est très démonstratif. La lecture reste plutôt plaisante, mais rien de bien marquant pour ma part. Contrairement à Racines que j'avais apprécié pour son dynamisme, sa pertinence et son humour et à Eurydice pour sa réécriture subtile et maline, ce dernier album me paraît plus anecdotique. Le didactisme prend le pas cette fois-ci sur le plaisir de la lecture avec certaines scènes simplement tirées de la réalité (malheureusement) à peine retouchées à la sauce vampire. Le dessin est efficace, mais me paraît là aussi moins abouti que dans les productions précédentes.
Invulnérable
Un jeune garçon passionné de comics à la fin des années 1970 / début des années 1980 se réfugie dans un univers imaginaire peuplé de super-héros, au point de brouiller la frontière entre ses rêves et la réalité. C'est une série assez touchante, même si elle ne m'a pas convaincu sur tous ses aspects. J'ai apprécié son mélange de chronique d'enfance, de passion naïve pour les super-héros et de regard tendre sur l'imagination comme refuge face à un quotidien parfois difficile. Entre le harcèlement scolaire, les tensions avec le père, la complicité avec le grand-père et cette obsession grandissante pour les comics, je ne sais pas quelle est la part d'autobiographie de ce récit. L'ensemble donne l'impression de suivre la jeunesse romancée d'un futur auteur de BD nourri aux comics américains et aux dessins animés. Le tome 2 renforce encore cette impression puisqu'il insiste davantage sur la difficulté pour Xavier de faire accepter sa passion à ses parents après les événements traumatiques du premier volume. Toute cette partie autour du regard des adultes sur l'imaginaire enfantin fonctionne plutôt bien. Le récit montre comment le jeune héros transforme ses frustrations, ses peurs ou ses humiliations en aventures héroïques imaginaires qu'il couchera ensuite sur le papier. Cela donne parfois quelque chose de touchant, notamment dans sa manière de vouloir devenir plus fort ou de croire sincèrement qu'il a une destinée particulière. Graphiquement, l'ensemble n'est pas parfait mais reste charmant. Alberto Sanz offre un dessin dynamique et coloré, avec une vraie énergie dans les scènes d'action et les passages imaginaires. Les séquences consacrées aux Plutokids sont dessinées dans un style différent et visuellement réussi, avec ce côté rétro-futuriste très coloré. En revanche, le dessin présente parfois un aspect un peu enfantin dans la manière dont les émotions sont exprimées. Les visages ont souvent des expressions extrêmement appuyées, presque caricaturales dans leur expressivité. Cela m'a marqué dans le tome 2 avec le visage de la jeune amie de Xavier, qui garde en permanence ce grand sourire accompagné de sourcils constamment froncés, au point que cela finit presque par devenir une expression unique. J'ai aimé la sincérité de l'ensemble et certains passages touchants, notamment autour du grand-père ou de la façon dont l'imagination aide Xavier à supporter certaines choses. Mais le récit a aussi tendance à devenir parfois un peu trop démonstratif ou trop lisse. Certains thèmes (harcèlement, deuil, rejet, passion mal comprise) sont traités avec beaucoup de bienveillance, mais aussi avec un côté un peu formaté et parfois abrupt qui enlève de la spontanéité ou de la surprise. Et même si j'accepte le principe du regard enfantin, j'ai parfois eu un peu de mal avec l'incapacité du héros à distinguer totalement son imaginaire de la réalité, même s'il gagne en maturité au cours de second tome. Malgré ça, j'ai trouvé l'ensemble sincère et attachant. Ce n'est pas forcément une BD révolutionnaire dans ce qu'elle raconte, mais elle possède un vrai capital sympathie, porté par son amour des comics, son regard nostalgique sur l'enfance et son envie de montrer à quel point l'imagination peut devenir un refuge ou une force pour grandir.
Thorgal Saga - La Déesse d'ambre
Une aventure honnête de notre viking mais je reste un peu perplexe de ma lecture. Je n’ai pas détesté mais à aucun moment je n’ai vraiment été accroché. Il faut dire que je ne suis pas un grand admirateur des 2 auteurs et de leurs pattes respectives. Il y a souvent comme une barrière/froideur qui s’en dégage et que je n’arrive pas à pénétrer même si ici, leurs styles est au service de l’univers « Thorgalien ». Le graphisme, malgré quelques fulgurances et de l’envie, m’apparaît terne, sans saveur voir parfois maladroit (affaire de goût ceci dit). Quand au récit, il suit le même chemin, c’est respectueux au cahier des charges mais trop c’est sans folie ni peps. J’ai même trouvé certains dialogues assez affligeants, entre Thorgal et Aaricia notamment. La fin de l’album fera le lien avec Alinoé mais sans réelle magie. Je suis de plus en plus déçu de cette collection qui se contente de faire du Thorgal standard, ça comble les blancs des albums de la série mère mais sans réelle plus-value. Et cet album, à mes yeux, fait sans doute parti des moins bons.