Le dessin, et surtout la colorisation (une sorte de monochromie bleu pâle) sont plutôt originaux, et peuvent dérouter le lecteur. Mais je m’y suis fait, et l’ensemble se révèle plutôt agréable. En tout cas très lisible (les décors et arrière-plans sont souvent peu développés).
L’histoire est simple à résumer sur le papier. Une jeune femme se questionnant sur son avenir – amoureux, professionnel – rejoint une petite communauté vivant en collectivité dans une maison d’un bled paumé. Une sorte de ressourcerie humaine.
Au fil des pages, et des dialogues, on apprend à connaitre les membres du groupe, aux profils finalement hétéroclites. Les dialogues permettent aussi de développer quelques thématiques intéressantes, autour d’une critique plus ou moins « bobo » (mais pas que) de la société de consommation. C’est aussi une réflexion sur la part d’individuel, d’égoïsme qui est en chacun, ce qu’on est prêt à « collectiviser » (y compris au niveau des décisions). Aussi sur le refus de choisir, une fuite en avant qui pourrait donner du relief au titre.
Au final, si ce récit ne m’a pas enthousiasmé, il se laisse lire plutôt plaisamment, et assez rapidement. Je ne regrette pas mon emprunt.
Après avoir attaqué cette collection avec les grandes batailles célèbres et bien documentées, Delitte est bien obligé d’aller dénicher celles que l’Histoire a moins mises en avant. Cela permet au lecteur que je suis de découvrir des conflits « secondaires » et des batailles que je ne connaissais pas du tout. Mais ce sont aussi des batailles qui ont moins d’impact que les plus célèbres déjà traitées.
Et ici, la bataille elle-même est assez minimaliste. Pas par le bilan : des milliers de victimes, des dizaines de navires coulés ou sévèrement endommagés. Non, c’est une bataille qui visiblement s’est déclenché « par hasard », au gré d’incompréhension, alors qu’une flotte franco-anglaise (avec en appui des Russes) s’était positionnée presque bord à bord avec des navires turcs, pour les impressionner et tenter de leur faire lâcher la pression sur les indépendantistes grecs. Du coup, la bataille en elle-même se résume à une séance de tir à bout portant, où stratégie, tactique n’ont joué aucun rôle.
Comme à son habitude, Delitte – ici seul à la manœuvre – fait précéder cette bataille, sur les deux premiers tiers de l’album, d’une « histoire », pour « faire passer le temps », et aussi pour présenter le contexte, au travers d’un jeune peintre/aventurier anglais romantique, Edward Levington, sorte de Byron en moins consistant, qui rejoint les révoltés grecs, puis la flotte anglaise. Son nom est l’occasion pour Delitte de placer un jeu de mots (il est interpelé au début par un « Monsieur Levington je présume ! »).
Le dessin de Delitte est classique. Excellent pour tout ce qui est navire, gréements. Bon pour le reste, mais toujours avec le même type de visages « carrés », parfois difficiles à différencier.
L’ensemble se laisse lire, sans plus. La faute sans doute à une bataille qui en elle-même n’est pas extraordinaire. Mais aussi à une narration un peu mollassonne. Comme je l’ai remarqué à plusieurs reprises, Delitte reprend dans ses texte plusieurs passages du court dossier final (qui du coup est un peu redondant). Je commence à avoir lu la majorité des albums de cette collection, et ça doit être la troisième fois (pour des batailles différentes donc) je crois que Delitte explique dans son dossier final que cette bataille sonne le glas des navires à voiles, qu’elle est la dernière bataille opposant ce type de navire… Il faudrait savoir…
A réserver aux amateurs d’Histoire (dont je suis), mais il manque quand même à cet album – ou à la bataille qui en est au cœur – quelque chose pour dynamiser la lecture.
Note réelle 2,5/5.
Quentin Zuttion est un auteur appréciant les BD "à thème". Ses dernières productions arrivaient néanmoins à s'évader de leur sujet pour gagner du souffle, de la vie, autrement dit à ne plus se contenter d'illustrer un thème pour mieux l'habiter. Voilà pourquoi je trouvais plus intéressants La Dame blanche et Toutes les princesses meurent après minuit, quand Appelez-moi Nathan et Touchées me laissaient un léger goût d'inachevé.
Avec "Sage", il s'essaie à l'autobiographie, proposant de décrire son extrême anxiété, notamment liée à son homosexualité. Les critiques lues ici ou là sont dithyrambiques, aussi je m'attendais au fameux album de la maturité, tout en craignant un égocentrisme forcément exacerbé susceptible de m'agacer aux entournures.
Malheureusement, me concernant, la balance penche plutôt vers le nombrilisme quelque peu agaçant. Cela me fait penser à la BD Impénétrable, pour laquelle j'avais également été assez circonspect malgré une sympathie évidente pour le projet. Et cela me fait réévaluer mes critiques à l'égard de Davodeau. Il n'est pas aisé pour un auteur de trouver le bon positionnement quand on aborde frontalement le témoignage. Parvenir à susciter auprès de son lectorat bienveillance et compassion pour ces histoires intimes révélées implique de générer de la curiosité et de ne pas forcer l'adhésion. D'une certaine manière, l'auteur doit obtenir le consentement de son lecteur, sous peine de le placer dans une position de voyeur condamné à se délecter des misères intimes révélées.
Zuttion se met à nu, présente ses traumas, sa misère sentimentale, ses peurs et désirs... Visuellement, ses personnages bleus aux yeux de lumière, expressionnistes et quasi arachnéens, sont une indéniable réussite, illustrent fort joliment ses angoisses. Mais le récit intime n’échappe pas au voyeurisme ; et je m'étonne que l'acceptation sociétale de l'homosexualité ne soit pas davantage conviée, que la psychanalyse soit autant écartée.
Une demi-réussite donc, ambitieuse et susceptible de déplaire.
Je connaissais déjà ce type de récit sur la Shoah et les enfants cachés, et j’avoue que je craignais un peu de lire une énième variation sur le même thème. Au final, l’histoire est bonne et bien racontée : le choix d’adopter strictement le point de vue de l’enfant apporte un vrai plus et permet de mieux s'adresser à de jeunes lecteurs. En restant à hauteur de Dounia, le récit évite de sombrer dans une noirceur trop frontale ou une lourdeur démonstrative. Tout passe par ce qu’elle comprend (ou pas) et cela rend l’ensemble plus digeste pour un jeune public, sans pour autant nier la gravité des faits.
Le scénario trouve un équilibre délicat : il évoque les rafles, la séparation, la fuite, la solidarité et même le retour des survivants, mais avec pudeur. Certains passages vers la fin m’ont touché, notamment tout ce qui concerne les retrouvailles et les cicatrices laissées par l’absence. Il y a une émotion sincère, qui fonctionne sans tomber dans la sensiblerie.
Graphiquement, le trait rond et expressif correspond bien à cette approche. Les personnages aux grosses têtes accentuent l’identification et renforcent le point de vue enfantin. Cela contribue à adoucir visuellement un sujet extrêmement dur, même si ce style peut ne pas plaire à tout le monde.
Malgré ces qualités évidentes, je dois reconnaître que je suis resté un peu en retrait. J’ai tellement lu d’histoires similaires sur cette période que, même si celle-ci est réussie et pertinente, notamment pour un jeune lectorat, elle ne m’a pas emporté davantage que cela. Une lecture solide et touchante, surtout dans ses derniers chapitres, mais qui ne m’a pas surpris.
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La Part des lâches
Le dessin, et surtout la colorisation (une sorte de monochromie bleu pâle) sont plutôt originaux, et peuvent dérouter le lecteur. Mais je m’y suis fait, et l’ensemble se révèle plutôt agréable. En tout cas très lisible (les décors et arrière-plans sont souvent peu développés). L’histoire est simple à résumer sur le papier. Une jeune femme se questionnant sur son avenir – amoureux, professionnel – rejoint une petite communauté vivant en collectivité dans une maison d’un bled paumé. Une sorte de ressourcerie humaine. Au fil des pages, et des dialogues, on apprend à connaitre les membres du groupe, aux profils finalement hétéroclites. Les dialogues permettent aussi de développer quelques thématiques intéressantes, autour d’une critique plus ou moins « bobo » (mais pas que) de la société de consommation. C’est aussi une réflexion sur la part d’individuel, d’égoïsme qui est en chacun, ce qu’on est prêt à « collectiviser » (y compris au niveau des décisions). Aussi sur le refus de choisir, une fuite en avant qui pourrait donner du relief au titre. Au final, si ce récit ne m’a pas enthousiasmé, il se laisse lire plutôt plaisamment, et assez rapidement. Je ne regrette pas mon emprunt.
Navarin
Après avoir attaqué cette collection avec les grandes batailles célèbres et bien documentées, Delitte est bien obligé d’aller dénicher celles que l’Histoire a moins mises en avant. Cela permet au lecteur que je suis de découvrir des conflits « secondaires » et des batailles que je ne connaissais pas du tout. Mais ce sont aussi des batailles qui ont moins d’impact que les plus célèbres déjà traitées. Et ici, la bataille elle-même est assez minimaliste. Pas par le bilan : des milliers de victimes, des dizaines de navires coulés ou sévèrement endommagés. Non, c’est une bataille qui visiblement s’est déclenché « par hasard », au gré d’incompréhension, alors qu’une flotte franco-anglaise (avec en appui des Russes) s’était positionnée presque bord à bord avec des navires turcs, pour les impressionner et tenter de leur faire lâcher la pression sur les indépendantistes grecs. Du coup, la bataille en elle-même se résume à une séance de tir à bout portant, où stratégie, tactique n’ont joué aucun rôle. Comme à son habitude, Delitte – ici seul à la manœuvre – fait précéder cette bataille, sur les deux premiers tiers de l’album, d’une « histoire », pour « faire passer le temps », et aussi pour présenter le contexte, au travers d’un jeune peintre/aventurier anglais romantique, Edward Levington, sorte de Byron en moins consistant, qui rejoint les révoltés grecs, puis la flotte anglaise. Son nom est l’occasion pour Delitte de placer un jeu de mots (il est interpelé au début par un « Monsieur Levington je présume ! »). Le dessin de Delitte est classique. Excellent pour tout ce qui est navire, gréements. Bon pour le reste, mais toujours avec le même type de visages « carrés », parfois difficiles à différencier. L’ensemble se laisse lire, sans plus. La faute sans doute à une bataille qui en elle-même n’est pas extraordinaire. Mais aussi à une narration un peu mollassonne. Comme je l’ai remarqué à plusieurs reprises, Delitte reprend dans ses texte plusieurs passages du court dossier final (qui du coup est un peu redondant). Je commence à avoir lu la majorité des albums de cette collection, et ça doit être la troisième fois (pour des batailles différentes donc) je crois que Delitte explique dans son dossier final que cette bataille sonne le glas des navires à voiles, qu’elle est la dernière bataille opposant ce type de navire… Il faudrait savoir… A réserver aux amateurs d’Histoire (dont je suis), mais il manque quand même à cet album – ou à la bataille qui en est au cœur – quelque chose pour dynamiser la lecture. Note réelle 2,5/5.
Sage
Quentin Zuttion est un auteur appréciant les BD "à thème". Ses dernières productions arrivaient néanmoins à s'évader de leur sujet pour gagner du souffle, de la vie, autrement dit à ne plus se contenter d'illustrer un thème pour mieux l'habiter. Voilà pourquoi je trouvais plus intéressants La Dame blanche et Toutes les princesses meurent après minuit, quand Appelez-moi Nathan et Touchées me laissaient un léger goût d'inachevé. Avec "Sage", il s'essaie à l'autobiographie, proposant de décrire son extrême anxiété, notamment liée à son homosexualité. Les critiques lues ici ou là sont dithyrambiques, aussi je m'attendais au fameux album de la maturité, tout en craignant un égocentrisme forcément exacerbé susceptible de m'agacer aux entournures. Malheureusement, me concernant, la balance penche plutôt vers le nombrilisme quelque peu agaçant. Cela me fait penser à la BD Impénétrable, pour laquelle j'avais également été assez circonspect malgré une sympathie évidente pour le projet. Et cela me fait réévaluer mes critiques à l'égard de Davodeau. Il n'est pas aisé pour un auteur de trouver le bon positionnement quand on aborde frontalement le témoignage. Parvenir à susciter auprès de son lectorat bienveillance et compassion pour ces histoires intimes révélées implique de générer de la curiosité et de ne pas forcer l'adhésion. D'une certaine manière, l'auteur doit obtenir le consentement de son lecteur, sous peine de le placer dans une position de voyeur condamné à se délecter des misères intimes révélées. Zuttion se met à nu, présente ses traumas, sa misère sentimentale, ses peurs et désirs... Visuellement, ses personnages bleus aux yeux de lumière, expressionnistes et quasi arachnéens, sont une indéniable réussite, illustrent fort joliment ses angoisses. Mais le récit intime n’échappe pas au voyeurisme ; et je m'étonne que l'acceptation sociétale de l'homosexualité ne soit pas davantage conviée, que la psychanalyse soit autant écartée. Une demi-réussite donc, ambitieuse et susceptible de déplaire.
L'Enfant cachée
Je connaissais déjà ce type de récit sur la Shoah et les enfants cachés, et j’avoue que je craignais un peu de lire une énième variation sur le même thème. Au final, l’histoire est bonne et bien racontée : le choix d’adopter strictement le point de vue de l’enfant apporte un vrai plus et permet de mieux s'adresser à de jeunes lecteurs. En restant à hauteur de Dounia, le récit évite de sombrer dans une noirceur trop frontale ou une lourdeur démonstrative. Tout passe par ce qu’elle comprend (ou pas) et cela rend l’ensemble plus digeste pour un jeune public, sans pour autant nier la gravité des faits. Le scénario trouve un équilibre délicat : il évoque les rafles, la séparation, la fuite, la solidarité et même le retour des survivants, mais avec pudeur. Certains passages vers la fin m’ont touché, notamment tout ce qui concerne les retrouvailles et les cicatrices laissées par l’absence. Il y a une émotion sincère, qui fonctionne sans tomber dans la sensiblerie. Graphiquement, le trait rond et expressif correspond bien à cette approche. Les personnages aux grosses têtes accentuent l’identification et renforcent le point de vue enfantin. Cela contribue à adoucir visuellement un sujet extrêmement dur, même si ce style peut ne pas plaire à tout le monde. Malgré ces qualités évidentes, je dois reconnaître que je suis resté un peu en retrait. J’ai tellement lu d’histoires similaires sur cette période que, même si celle-ci est réussie et pertinente, notamment pour un jeune lectorat, elle ne m’a pas emporté davantage que cela. Une lecture solide et touchante, surtout dans ses derniers chapitres, mais qui ne m’a pas surpris.