Une BD agréable à lire, instructive et bien réalisée mais qui ne (me) marquera pas véritablement.
Je n’y vois pas de gros défauts, la partie graphique est plutôt chouette, comme le récit. A partir d’un fait historique et personnages réels, le scénariste arrive à broder comme une sorte de farce qui se tient bien avec un tel matériau de base.
Le résultat est feel good et enjoué mais aussi, et malheureusement c’est là un peu sa limite, anecdotique.
Un astronaute envoyé dans une mission vers Europe, une lune de Jupiter, se réveille seul dans un vaisseau abandonné sans comprendre ce qui est arrivé au reste de l'équipage, tandis qu'un étrange inconnu semble en savoir plus que lui sur la situation.
J'ai apprécié la première moitié de la BD, notamment son ambiance de thriller spatial psychologique et le mystère qui se met progressivement en place autour de Daniel, de l'équipage disparu et de ce vaisseau abandonné en plein trajet vers Europe. Le récit installe une bonne tension et fonctionne bien dans cette exploration d'un huis clos spatial inquiétant, avec ce mélange de solitude, de paranoïa et de perte de repères. Quelques scènes évoquent fortement 2001, l'Odyssée de l'espace, autant dans certaines situations et certains choix visuels que dans la place accordée à l'intelligence artificielle et à la frontière floue entre réalité, folie et perception altérée.
Graphiquement, Guénaël Grabowski livre un travail solide. Les décors spatiaux sont crédibles, précis, avec ce côté SF légèrement rétro qui rappelle certaines visions de la science-fiction des années 1970-1980. Le vaisseau possède une bonne présence visuelle et le contraste entre l'immensité du vide spatial et le huis clos oppressant est réussi. Les scènes sur Terre sont plus classiques et moins marquantes visuellement, mais elles restent de bonne qualité.
En revanche, passé le milieu de l'album, quand le récit révèle assez rapidement ce qu'il se passe réellement, j'ai trouvé que toute la suite devenait trop téléphonée. Le mystère perd énormément de sa force une fois les explications données, et plusieurs développements m'ont semblé trop faciles, notamment dans la manière dont le personnage principal parvient à faire avancer certains événements. J'ai aussi eu du mal avec plusieurs incohérences liées au fonctionnement même de la mission : certaines choses paraissent difficilement crédibles sans que tout le personnel au sol ou les autres membres impliqués ne remarquent quoi que ce soit beaucoup plus tôt.
Le scénario cherche clairement à privilégier le drame psychologique et la descente mentale du personnage plutôt qu'une approche rigoureuse de la science-fiction, ce qui peut fonctionner par moments, mais ça finit aussi par fragiliser l'ensemble dès qu'on commence à trop réfléchir à la logique globale du récit. La conclusion ne m'a d'ailleurs pas vraiment convaincu non plus. Elle essaye de conserver une part d'ambiguïté et de mélancolie, mais je l'ai trouvée convenue et moins forte que ce que la BD promettait au départ.
Du coup, je reste assez partagé sur cet album. Il y a une bonne réussite dans son ambiance de départ et dans la mise en place du mystère, mais la seconde moitié m'a paru beaucoup moins prenante, avec des révélations trop prévisibles et des facilités scénaristiques qui empêchent l'album d'être aussi marquant qu'il aurait pu l'être.
Note : 2,5/5
J'ai lu les deux tomes sortis pour le moment et je trouve le résultat correct. C'est un bon divertissement, mais qui ne m'a pas marqué plus que ça.
Il faut dire qu'à la base je ne suis pas particulièrement fan du personnage de Don Juan et ce n'est pas cette série qui va me faire changer d'avis. Je l'ai souvent trouvé insupportable et il a une vraie tête à claque lorsqu'il sourit. C'est un peu dur à expliquer, mais plus j'avais l'impression que les autrices voulaient que je l'aime et que j'admire son sens de la liberté, plus je ne l'aimais pas. J'ai plus accroché aux autres personnages de la série, notamment le vampire que j'aime bien.
Sinon, le scénario est tout de même divertissant et j'aime bien l'univers créé par les autrices. Les fins d'albums donnent envie de lire la suite malgré le fait que je n'aime pas trop le personnage principal. Le dessin est dynamique. En gros, c'est pas exceptionnel, mais ça fait le job si on veut juste une série divertissante à lire pour passer le temps.
Découvrir La Quête de l’Oiseau du Temps aujourd’hui, adulte et avec déjà beaucoup de fantasy BD derrière soi, donne probablement une lecture assez différente de celle de lecteurs qui l’ont découverte tout jeunes. On comprend immédiatement pourquoi cette série est devenue une référence fondatrice : énormément de codes de la fantasy moderne semblent partir d’ici. Le mélange d’aventure, d’humour, de mélancolie et de personnages hauts en couleur fonctionne toujours très bien, et l’ensemble reste remarquablement cohérent et maîtrisé.
Mais justement, c’est peut-être aussi ce statut “mythique” qui peut créer une attente un peu disproportionnée. J’ai trouvé la série objectivement solide bien écrite, mais sans ressentir l’immense claque que beaucoup décrivent. Avec le recul de plusieurs décennies de fantasy passées derrière elle, certaines œuvres héritières me semblent aujourd’hui aller plus loin, parfois avec plus de profondeur, de rythme ou de maîtrise narrative. On sent énormément l’influence de cette série sur tout ce qui suivra, mais ses “descendants” ont aussi eu le temps d’affiner la formule.
Le dessin participe aussi à ce décalage dans mon cas. Je reconnais totalement la qualité du travail de Loisel, l’expressivité des personnages, la richesse du monde et l’identité graphique forte. Mais découvert au XXIe siècle sans le facteur nostalgie, le style m’a paru un peu daté visuellement. Ça reste du très bon travail, mais pas forcément un dessin qui me touche personnellement aujourd’hui.
Au final, je comprends parfaitement le statut culte de la série et son importance historique dans la BD fantasy. C’est clairement une œuvre majeure du genre. Mais en lecture “froide”, plusieurs décennies plus tard, je l’ai davantage appréciée comme une pièce fondatrice essentielle que comme une œuvre qui me bouleverse réellement.
La Cathédrale des Abymes se situe presque à l’opposé total d’un Lanfeust dans le paysage de la fantasy en BD. Ici, pas de légèreté , pas d’humour et pas de récit bon-enfant : on est sur une fantasy sombre, sérieuse, très chargée visuellement et constamment dans la surenchère épique. Le récit cherche clairement le gigantisme, autant dans ses enjeux que dans sa mise en scène. Cela donne parfois un scénario un peu chaotique ou difficile à suivre, avec une densité qui peut perdre le lecteur par moments.
Au final, ce n’est pourtant pas désagréable du tout. On retrouve beaucoup d’éléments qui rappellent Arrawn dans le ton et l’approche dark fantasy, mais avec un vrai cap supplémentaire sur la partie graphique. Même si le scénario ne m’a pas laissé un souvenir impérissable avec le recul, la série compense largement par son souffle héroïque permanent, son univers extrêmement dense et surtout la variété impressionnante de ses décors, créatures, personnages et scènes. On sent qu’il y a une vraie générosité dans la proposition ; on en a clairement pour son argent.
Le dessin demande un petit temps d’adaptation mais finit par vraiment fonctionner avec l’ambiance générale. Certaines planches frôlent presque la peinture tant le travail visuel est poussé. C’est chargé, parfois excessif, mais totalement cohérent avec cette volonté de proposer une fantasy monumentale et sans retenue. Une série qui parlera surtout aux amateurs de dark fantasy épique et très illustrative plutôt qu’aux lecteurs cherchant un récit parfaitement maîtrisé ou subtil.
Nous sommes sur une planète fraîchement colonisée par ce qui reste de l'espèce humaine, une colonisation qui se fera aux dépens des autochtones. Voici pour les grandes lignes.
Maintenant, penchons-nous sur le personnage principal. L'énergumène criblé de flèches en couverture sur un élan, c'est Goetz, un bâtard né d'une mère terrienne et d'un seigneur local. Que dire de plus sur ce Goetz ? Ben... c'est une ordure de la pire espèce, sans une once de bonté, un guerrier sanguinaire et redouté.
Vous allez me dire, encore un album violent qui ne réjouira que les inconditionnels de sang, de lutte de pouvoir et de batailles. Y a de ça, mais pas que. Ce « Goetz » se veut philosophique aussi, étant donné qu'il s'inspire d'une pièce de Jean-Paul Sartre : le diable et le bon dieu, une œuvre ayant un reître, inspiré de Gotz von Berlichingen, pendant la guerre des paysans allemands au XVIe siècle. Fane transpose l'œuvre originale sur une planète lointaine en associant science-fiction et fantasy, mais c'est bien cette dernière qui prend le dessus. Une BD avec une portée philosophique sur le faux dilemme entre le bien et le mal. La liberté (la vraie) ne serait-elle pas notre bien le plus précieux ? Mais aussi une BD qui fait écho à l'actualité (et à de nombreux autres faits historiques), le vol des terres et de ses matières premières par tous les moyens.
Un album ambitieux qui ne m'a pas totalement convaincu, je suis resté perplexe devant le revirement à 180 degrés de Goetz en quelques cases (son passage du pire des salauds en bon samaritain). De plus, la fluidité de la narration n'est pas toujours au rendez-vous et les personnages manquent de crédibilité par moment. Des reproches qui n'empêchent pas la réflexion, même si cela est trop léger à mon goût.
J'ai apprécié le travail de Didier Cassegrain, en particulier sur la partie Fantasy où son trait puissant et sale est un régal. Un petit bémol sur les décors, ils sont souvent minimalistes.
Les dernières pages sont dédiées à une interview de Fane sur la genèse de son "Goetz".
Un album qui mérite un petit détour.
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La Course du siècle
Une BD agréable à lire, instructive et bien réalisée mais qui ne (me) marquera pas véritablement. Je n’y vois pas de gros défauts, la partie graphique est plutôt chouette, comme le récit. A partir d’un fait historique et personnages réels, le scénariste arrive à broder comme une sorte de farce qui se tient bien avec un tel matériau de base. Le résultat est feel good et enjoué mais aussi, et malheureusement c’est là un peu sa limite, anecdotique.
Personne
Un astronaute envoyé dans une mission vers Europe, une lune de Jupiter, se réveille seul dans un vaisseau abandonné sans comprendre ce qui est arrivé au reste de l'équipage, tandis qu'un étrange inconnu semble en savoir plus que lui sur la situation. J'ai apprécié la première moitié de la BD, notamment son ambiance de thriller spatial psychologique et le mystère qui se met progressivement en place autour de Daniel, de l'équipage disparu et de ce vaisseau abandonné en plein trajet vers Europe. Le récit installe une bonne tension et fonctionne bien dans cette exploration d'un huis clos spatial inquiétant, avec ce mélange de solitude, de paranoïa et de perte de repères. Quelques scènes évoquent fortement 2001, l'Odyssée de l'espace, autant dans certaines situations et certains choix visuels que dans la place accordée à l'intelligence artificielle et à la frontière floue entre réalité, folie et perception altérée. Graphiquement, Guénaël Grabowski livre un travail solide. Les décors spatiaux sont crédibles, précis, avec ce côté SF légèrement rétro qui rappelle certaines visions de la science-fiction des années 1970-1980. Le vaisseau possède une bonne présence visuelle et le contraste entre l'immensité du vide spatial et le huis clos oppressant est réussi. Les scènes sur Terre sont plus classiques et moins marquantes visuellement, mais elles restent de bonne qualité. En revanche, passé le milieu de l'album, quand le récit révèle assez rapidement ce qu'il se passe réellement, j'ai trouvé que toute la suite devenait trop téléphonée. Le mystère perd énormément de sa force une fois les explications données, et plusieurs développements m'ont semblé trop faciles, notamment dans la manière dont le personnage principal parvient à faire avancer certains événements. J'ai aussi eu du mal avec plusieurs incohérences liées au fonctionnement même de la mission : certaines choses paraissent difficilement crédibles sans que tout le personnel au sol ou les autres membres impliqués ne remarquent quoi que ce soit beaucoup plus tôt. Le scénario cherche clairement à privilégier le drame psychologique et la descente mentale du personnage plutôt qu'une approche rigoureuse de la science-fiction, ce qui peut fonctionner par moments, mais ça finit aussi par fragiliser l'ensemble dès qu'on commence à trop réfléchir à la logique globale du récit. La conclusion ne m'a d'ailleurs pas vraiment convaincu non plus. Elle essaye de conserver une part d'ambiguïté et de mélancolie, mais je l'ai trouvée convenue et moins forte que ce que la BD promettait au départ. Du coup, je reste assez partagé sur cet album. Il y a une bonne réussite dans son ambiance de départ et dans la mise en place du mystère, mais la seconde moitié m'a paru beaucoup moins prenante, avec des révélations trop prévisibles et des facilités scénaristiques qui empêchent l'album d'être aussi marquant qu'il aurait pu l'être. Note : 2,5/5
Don Juan des Flots
J'ai lu les deux tomes sortis pour le moment et je trouve le résultat correct. C'est un bon divertissement, mais qui ne m'a pas marqué plus que ça. Il faut dire qu'à la base je ne suis pas particulièrement fan du personnage de Don Juan et ce n'est pas cette série qui va me faire changer d'avis. Je l'ai souvent trouvé insupportable et il a une vraie tête à claque lorsqu'il sourit. C'est un peu dur à expliquer, mais plus j'avais l'impression que les autrices voulaient que je l'aime et que j'admire son sens de la liberté, plus je ne l'aimais pas. J'ai plus accroché aux autres personnages de la série, notamment le vampire que j'aime bien. Sinon, le scénario est tout de même divertissant et j'aime bien l'univers créé par les autrices. Les fins d'albums donnent envie de lire la suite malgré le fait que je n'aime pas trop le personnage principal. Le dessin est dynamique. En gros, c'est pas exceptionnel, mais ça fait le job si on veut juste une série divertissante à lire pour passer le temps.
La Quête de l'Oiseau du Temps
Découvrir La Quête de l’Oiseau du Temps aujourd’hui, adulte et avec déjà beaucoup de fantasy BD derrière soi, donne probablement une lecture assez différente de celle de lecteurs qui l’ont découverte tout jeunes. On comprend immédiatement pourquoi cette série est devenue une référence fondatrice : énormément de codes de la fantasy moderne semblent partir d’ici. Le mélange d’aventure, d’humour, de mélancolie et de personnages hauts en couleur fonctionne toujours très bien, et l’ensemble reste remarquablement cohérent et maîtrisé. Mais justement, c’est peut-être aussi ce statut “mythique” qui peut créer une attente un peu disproportionnée. J’ai trouvé la série objectivement solide bien écrite, mais sans ressentir l’immense claque que beaucoup décrivent. Avec le recul de plusieurs décennies de fantasy passées derrière elle, certaines œuvres héritières me semblent aujourd’hui aller plus loin, parfois avec plus de profondeur, de rythme ou de maîtrise narrative. On sent énormément l’influence de cette série sur tout ce qui suivra, mais ses “descendants” ont aussi eu le temps d’affiner la formule. Le dessin participe aussi à ce décalage dans mon cas. Je reconnais totalement la qualité du travail de Loisel, l’expressivité des personnages, la richesse du monde et l’identité graphique forte. Mais découvert au XXIe siècle sans le facteur nostalgie, le style m’a paru un peu daté visuellement. Ça reste du très bon travail, mais pas forcément un dessin qui me touche personnellement aujourd’hui. Au final, je comprends parfaitement le statut culte de la série et son importance historique dans la BD fantasy. C’est clairement une œuvre majeure du genre. Mais en lecture “froide”, plusieurs décennies plus tard, je l’ai davantage appréciée comme une pièce fondatrice essentielle que comme une œuvre qui me bouleverse réellement.
La Cathédrale des Abymes
La Cathédrale des Abymes se situe presque à l’opposé total d’un Lanfeust dans le paysage de la fantasy en BD. Ici, pas de légèreté , pas d’humour et pas de récit bon-enfant : on est sur une fantasy sombre, sérieuse, très chargée visuellement et constamment dans la surenchère épique. Le récit cherche clairement le gigantisme, autant dans ses enjeux que dans sa mise en scène. Cela donne parfois un scénario un peu chaotique ou difficile à suivre, avec une densité qui peut perdre le lecteur par moments. Au final, ce n’est pourtant pas désagréable du tout. On retrouve beaucoup d’éléments qui rappellent Arrawn dans le ton et l’approche dark fantasy, mais avec un vrai cap supplémentaire sur la partie graphique. Même si le scénario ne m’a pas laissé un souvenir impérissable avec le recul, la série compense largement par son souffle héroïque permanent, son univers extrêmement dense et surtout la variété impressionnante de ses décors, créatures, personnages et scènes. On sent qu’il y a une vraie générosité dans la proposition ; on en a clairement pour son argent. Le dessin demande un petit temps d’adaptation mais finit par vraiment fonctionner avec l’ambiance générale. Certaines planches frôlent presque la peinture tant le travail visuel est poussé. C’est chargé, parfois excessif, mais totalement cohérent avec cette volonté de proposer une fantasy monumentale et sans retenue. Une série qui parlera surtout aux amateurs de dark fantasy épique et très illustrative plutôt qu’aux lecteurs cherchant un récit parfaitement maîtrisé ou subtil.
Goetz
Nous sommes sur une planète fraîchement colonisée par ce qui reste de l'espèce humaine, une colonisation qui se fera aux dépens des autochtones. Voici pour les grandes lignes. Maintenant, penchons-nous sur le personnage principal. L'énergumène criblé de flèches en couverture sur un élan, c'est Goetz, un bâtard né d'une mère terrienne et d'un seigneur local. Que dire de plus sur ce Goetz ? Ben... c'est une ordure de la pire espèce, sans une once de bonté, un guerrier sanguinaire et redouté. Vous allez me dire, encore un album violent qui ne réjouira que les inconditionnels de sang, de lutte de pouvoir et de batailles. Y a de ça, mais pas que. Ce « Goetz » se veut philosophique aussi, étant donné qu'il s'inspire d'une pièce de Jean-Paul Sartre : le diable et le bon dieu, une œuvre ayant un reître, inspiré de Gotz von Berlichingen, pendant la guerre des paysans allemands au XVIe siècle. Fane transpose l'œuvre originale sur une planète lointaine en associant science-fiction et fantasy, mais c'est bien cette dernière qui prend le dessus. Une BD avec une portée philosophique sur le faux dilemme entre le bien et le mal. La liberté (la vraie) ne serait-elle pas notre bien le plus précieux ? Mais aussi une BD qui fait écho à l'actualité (et à de nombreux autres faits historiques), le vol des terres et de ses matières premières par tous les moyens. Un album ambitieux qui ne m'a pas totalement convaincu, je suis resté perplexe devant le revirement à 180 degrés de Goetz en quelques cases (son passage du pire des salauds en bon samaritain). De plus, la fluidité de la narration n'est pas toujours au rendez-vous et les personnages manquent de crédibilité par moment. Des reproches qui n'empêchent pas la réflexion, même si cela est trop léger à mon goût. J'ai apprécié le travail de Didier Cassegrain, en particulier sur la partie Fantasy où son trait puissant et sale est un régal. Un petit bémol sur les décors, ils sont souvent minimalistes. Les dernières pages sont dédiées à une interview de Fane sur la genèse de son "Goetz". Un album qui mérite un petit détour.