Je ne suis pas spécialement fan de Souchon, mais je ne déteste pas écouter certaines de ses « anciennes » chansons. Ça tombe plutôt bien, car c’est dans ce vivier qu’ont pioché les auteurs pour ce recueil/hommage.
Ce type d’album collectif souffre a priori de plusieurs handicaps, le plus souvent rédhibitoires. D’abord le peu de place laissée à chacun pour s’exprimer et développer quelque chose d’intéressant. Ensuite l’éclectisme (je n’aime pas trop au sein d’une même série ou d’un même album ces changements de styles graphiques). Enfin, spécificité de ce type d’album sur un chanteur/musicien/groupe, le plus souvent les auteurs se contentent d’illustrer des paroles, de les mettre platement en images sans réel intérêt.
Ici je trouve que c’est plutôt du bon boulot, et que le résultat a des chances de plaire aux amateurs du chanteur – mais aussi peut-être plus largement. D’abord la quasi-totalité des auteurs sont « pointures » (même si ça ne garantit pas la qualité), et le travail graphique est plutôt intéressant.
Surtout, presque tous les auteurs ont pris le parti de ne pas se contenter d’illustrer les paroles des chansons (qui sont à chaque fois placées en introduction de l’histoire), pour développer quelque chose souvent original, qui s’écarte du texte, pour le prolonger, sans le trahir. J’ai bien aimé cette idée, et sa réalisation. D’ailleurs, singulièrement, la seule histoire qui m’a totalement laissé froid est celle réalisée par Loustal, qui se contente de quatre images illustrant platement le texte répété en dessous de chacune d’entre elles (et le style froid et figé de Loustal – assez clivant peut-être – ajoute sans doute encore à mon ressenti négatif).
L’album n’est pas courant (je l’ai croisé récemment dans un gite), mais c’est un cadeau qui ferait sans aucun doute plaisir aux amateurs du chanteur (y compris les plus jeunes, qui y (re)découvrirait son répertoire d’avant 1989).
Ce diptyque suit un groupe de septuagénaires anciens rockeurs qui décident de reformer leur vieux groupe des années 60 afin de remonter sur scène une dernière fois, malgré l'âge, les problèmes de santé et les difficultés du quotidien.
Même si le concept rappelle forcément un peu Les Vieux Fourneaux, l'ensemble est plaisant. Le récit repose surtout sur l'énergie communicative de ses personnages et sur cette envie très simple mais touchante de refuser de se laisser glisser dans une vieillesse passive. On suit ces vieux musiciens retrouver peu à peu une forme de joie de vivre à travers la musique, l'amitié et les souvenirs de leur jeunesse rock, et cela fonctionne plutôt bien.
L'histoire reste globalement assez prévisible et parfois un peu facile dans certaines coïncidences ou retrouvailles, mais je trouve que ça passe grâce au ton très chaleureux de l'ensemble. Les personnages sont attachants, crédibles dans leurs faiblesses comme dans leur enthousiasme retrouvé, et le récit évite heureusement de tomber soit dans le misérabilisme sur la vieillesse, soit dans la caricature de papys complètement déjantés. On reste dans quelque chose d'humain, d'optimiste et de bienveillant.
Le diptyque parle autant de rock que du besoin de continuer à vivre pleinement malgré l'âge, sans renoncer à ses passions ni à ses envies. Il y a aussi un petit côté nostalgique très présent autour du rock des late sixties et de toute cette culture musicale. J'aurais probablement été davantage touché si j'avais moi-même été un grand amateur de cette période-là.
Graphiquement, le style semi-caricatural fonctionne bien avec l'ambiance du récit. Les visages marqués par l'âge rendent les personnages sympathiques, et les scènes musicales dégagent une bonne énergie.
Ce n'est pas une BD extrêmement profonde ni particulièrement originale, mais c'est une lecture sincère, agréable et relativement touchante. Et sa conclusion fonctionne plutôt bien en offrant un final satisfaisant tout en restant suffisamment réaliste. Elle conserve ce ton positif et cohérent avec tout ce que racontait la série depuis le début. C'est donc un petit diptyque feel good assez simple, porté par des personnages attachants et une vraie tendresse pour ses vieux rockeurs.
Great Teacher Onizuka est un manga que j’ai trouvé plutôt sympa dans l’ensemble. Il y a de bons moments d’humour, des situations absurdes efficaces et Eikichi Onizuka est clairement un personnage marquant avec son côté complètement déjanté. Le manga a une vraie énergie et je comprends facilement pourquoi il est devenu aussi populaire.
Par contre, ce qui m’a totalement sorti de la lecture, c’est l’utilisation constante de termes japonais non traduits. J’avais l’impression de devoir retourner en dernière page toutes les deux minutes pour vérifier la signification d’un mot ou d’une expression. Au bout d’un moment, ça casse complètement le rythme et ça devient plus fatigant qu’autre chose.
Au lieu d’être plongé dans l’histoire, je me retrouvais sans arrêt interrompu pour chercher des explications, ce qui a fini par me faire décrocher du manga. C’est dommage, parce qu’il y avait du potentiel pour une lecture vraiment fun, mais cette accumulation de références et de vocabulaire japonais a rendu l’expérience trop pénible pour moi.
Dans les contes et les chansons épiques, c'est bien connu, les chevaliers délivrent et épousent les princesses. Que font les princesses en attendant d'être délivrées ? Ke-poui. Que font elle après ladite délivrance ? Bah rester à la maison pour faire le ménage et s'occuper des gosses, pardi !
Le système est huilé depuis belles lurettes, les princesses poireautent et s'occupent des taches ingrates pendant que les chevaliers font comme bon leur semble et s'inventent une soi-disante droiture morale pour justifier leur place avantageuse dans ce système bien pourri. Mais voilà : Anissa du Clos Pépouze ne l'entend pas de cette oreille là et coiffe régulièrement au poteau les chevaliers en allant délivrer elle-même les princesses et leur proposer de rejoindre sa communauté auto-gérée, loin des hommes et donc du bordel fourni en prime.
On le comprend vite au résumé, on va parler de patriarcat, des injonctions sociétales absurdes et du rôle que tout le monde joue, sciemment ou parfois inconsciemment, pour faire perdurer un tel système.
J'avoue avoir craint au début un gros manque de nuance et une hypocrisie malheureuse, surtout en constatant très tôt dans l'histoire qu'Anissa, avec son envie d'enfermer les princesses dans son clos au nom de leur protection et ne les laissant pas l'accompagner à l'aventure, perpétuait elle aussi des schémas sexistes, ne réduisant ses compagnonnes qu'à de frêles créatures. Mais en fait non, l'histoire pointe le doigt là-dessus à quelques reprises et la voix de la raison m'a surtout paru être la princesse ayant plus ou moins pris la direction logistique en l'absence d'Anissa (même s'il n'y a techniquement pas de hiérarchie stricte dans leur refuge). Bien évidemment que, critique du patriarcat oblige, la gente masculine est ici dépeinte sous ses traits les plus bas, mais sans pour autant y caser un message de "not all men" (and thank god for that) l'album nous présente tout de même deux/trois figures masculines louables, ne serait-ce que par leur capacité à traiter les femmes comme des égales et non comme des adjuvantes ou des esclaves (incroyable, je sais), ou encore leur capacité à s'améliorer et changer leur vision du monde et leur comportement mis enfin clairement face au problème.
Le récit n'est pas révolutionnaire, est plus que convenu même, mais la lecture est restée agréable tout du long. Le dessin de Clerpée est joli comme tout, simple dans ses traits de personnage mais suffisamment expressif, sachant aussi parfois proposer des décors plutôt sympathique et harmonieux dans leur sobriété (quoique, eh, certains décors sont tout de même bien détaillés, notamment les pages d'ouvertures de chapitre). L'histoire, bien que simple, est entraînante, ne serait-ce qu'avec les interjections régulières en "parlé", se jouant de la formule habituellement ampoulée de la chanson de geste et nous proposant un langage plus moderne, plus actuel - sans doute aussi pour rappeler le côté "toujours d'actualité" du sujet.
Pas un chef d'œuvre, pas mauvais pour autant, une petite lecture sympathique qui, même si elle ne se révèle pas transcendante, s'avère tout se même de bonne facture et c'est déjà une excellente qualité.
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Du Souchon dans l'air
Je ne suis pas spécialement fan de Souchon, mais je ne déteste pas écouter certaines de ses « anciennes » chansons. Ça tombe plutôt bien, car c’est dans ce vivier qu’ont pioché les auteurs pour ce recueil/hommage. Ce type d’album collectif souffre a priori de plusieurs handicaps, le plus souvent rédhibitoires. D’abord le peu de place laissée à chacun pour s’exprimer et développer quelque chose d’intéressant. Ensuite l’éclectisme (je n’aime pas trop au sein d’une même série ou d’un même album ces changements de styles graphiques). Enfin, spécificité de ce type d’album sur un chanteur/musicien/groupe, le plus souvent les auteurs se contentent d’illustrer des paroles, de les mettre platement en images sans réel intérêt. Ici je trouve que c’est plutôt du bon boulot, et que le résultat a des chances de plaire aux amateurs du chanteur – mais aussi peut-être plus largement. D’abord la quasi-totalité des auteurs sont « pointures » (même si ça ne garantit pas la qualité), et le travail graphique est plutôt intéressant. Surtout, presque tous les auteurs ont pris le parti de ne pas se contenter d’illustrer les paroles des chansons (qui sont à chaque fois placées en introduction de l’histoire), pour développer quelque chose souvent original, qui s’écarte du texte, pour le prolonger, sans le trahir. J’ai bien aimé cette idée, et sa réalisation. D’ailleurs, singulièrement, la seule histoire qui m’a totalement laissé froid est celle réalisée par Loustal, qui se contente de quatre images illustrant platement le texte répété en dessous de chacune d’entre elles (et le style froid et figé de Loustal – assez clivant peut-être – ajoute sans doute encore à mon ressenti négatif). L’album n’est pas courant (je l’ai croisé récemment dans un gite), mais c’est un cadeau qui ferait sans aucun doute plaisir aux amateurs du chanteur (y compris les plus jeunes, qui y (re)découvrirait son répertoire d’avant 1989).
Sold Out
Ce diptyque suit un groupe de septuagénaires anciens rockeurs qui décident de reformer leur vieux groupe des années 60 afin de remonter sur scène une dernière fois, malgré l'âge, les problèmes de santé et les difficultés du quotidien. Même si le concept rappelle forcément un peu Les Vieux Fourneaux, l'ensemble est plaisant. Le récit repose surtout sur l'énergie communicative de ses personnages et sur cette envie très simple mais touchante de refuser de se laisser glisser dans une vieillesse passive. On suit ces vieux musiciens retrouver peu à peu une forme de joie de vivre à travers la musique, l'amitié et les souvenirs de leur jeunesse rock, et cela fonctionne plutôt bien. L'histoire reste globalement assez prévisible et parfois un peu facile dans certaines coïncidences ou retrouvailles, mais je trouve que ça passe grâce au ton très chaleureux de l'ensemble. Les personnages sont attachants, crédibles dans leurs faiblesses comme dans leur enthousiasme retrouvé, et le récit évite heureusement de tomber soit dans le misérabilisme sur la vieillesse, soit dans la caricature de papys complètement déjantés. On reste dans quelque chose d'humain, d'optimiste et de bienveillant. Le diptyque parle autant de rock que du besoin de continuer à vivre pleinement malgré l'âge, sans renoncer à ses passions ni à ses envies. Il y a aussi un petit côté nostalgique très présent autour du rock des late sixties et de toute cette culture musicale. J'aurais probablement été davantage touché si j'avais moi-même été un grand amateur de cette période-là. Graphiquement, le style semi-caricatural fonctionne bien avec l'ambiance du récit. Les visages marqués par l'âge rendent les personnages sympathiques, et les scènes musicales dégagent une bonne énergie. Ce n'est pas une BD extrêmement profonde ni particulièrement originale, mais c'est une lecture sincère, agréable et relativement touchante. Et sa conclusion fonctionne plutôt bien en offrant un final satisfaisant tout en restant suffisamment réaliste. Elle conserve ce ton positif et cohérent avec tout ce que racontait la série depuis le début. C'est donc un petit diptyque feel good assez simple, porté par des personnages attachants et une vraie tendresse pour ses vieux rockeurs.
GTO - Great Teacher Onizuka
Great Teacher Onizuka est un manga que j’ai trouvé plutôt sympa dans l’ensemble. Il y a de bons moments d’humour, des situations absurdes efficaces et Eikichi Onizuka est clairement un personnage marquant avec son côté complètement déjanté. Le manga a une vraie énergie et je comprends facilement pourquoi il est devenu aussi populaire. Par contre, ce qui m’a totalement sorti de la lecture, c’est l’utilisation constante de termes japonais non traduits. J’avais l’impression de devoir retourner en dernière page toutes les deux minutes pour vérifier la signification d’un mot ou d’une expression. Au bout d’un moment, ça casse complètement le rythme et ça devient plus fatigant qu’autre chose. Au lieu d’être plongé dans l’histoire, je me retrouvais sans arrêt interrompu pour chercher des explications, ce qui a fini par me faire décrocher du manga. C’est dommage, parce qu’il y avait du potentiel pour une lecture vraiment fun, mais cette accumulation de références et de vocabulaire japonais a rendu l’expérience trop pénible pour moi.
Pépouze
Dans les contes et les chansons épiques, c'est bien connu, les chevaliers délivrent et épousent les princesses. Que font les princesses en attendant d'être délivrées ? Ke-poui. Que font elle après ladite délivrance ? Bah rester à la maison pour faire le ménage et s'occuper des gosses, pardi ! Le système est huilé depuis belles lurettes, les princesses poireautent et s'occupent des taches ingrates pendant que les chevaliers font comme bon leur semble et s'inventent une soi-disante droiture morale pour justifier leur place avantageuse dans ce système bien pourri. Mais voilà : Anissa du Clos Pépouze ne l'entend pas de cette oreille là et coiffe régulièrement au poteau les chevaliers en allant délivrer elle-même les princesses et leur proposer de rejoindre sa communauté auto-gérée, loin des hommes et donc du bordel fourni en prime. On le comprend vite au résumé, on va parler de patriarcat, des injonctions sociétales absurdes et du rôle que tout le monde joue, sciemment ou parfois inconsciemment, pour faire perdurer un tel système. J'avoue avoir craint au début un gros manque de nuance et une hypocrisie malheureuse, surtout en constatant très tôt dans l'histoire qu'Anissa, avec son envie d'enfermer les princesses dans son clos au nom de leur protection et ne les laissant pas l'accompagner à l'aventure, perpétuait elle aussi des schémas sexistes, ne réduisant ses compagnonnes qu'à de frêles créatures. Mais en fait non, l'histoire pointe le doigt là-dessus à quelques reprises et la voix de la raison m'a surtout paru être la princesse ayant plus ou moins pris la direction logistique en l'absence d'Anissa (même s'il n'y a techniquement pas de hiérarchie stricte dans leur refuge). Bien évidemment que, critique du patriarcat oblige, la gente masculine est ici dépeinte sous ses traits les plus bas, mais sans pour autant y caser un message de "not all men" (and thank god for that) l'album nous présente tout de même deux/trois figures masculines louables, ne serait-ce que par leur capacité à traiter les femmes comme des égales et non comme des adjuvantes ou des esclaves (incroyable, je sais), ou encore leur capacité à s'améliorer et changer leur vision du monde et leur comportement mis enfin clairement face au problème. Le récit n'est pas révolutionnaire, est plus que convenu même, mais la lecture est restée agréable tout du long. Le dessin de Clerpée est joli comme tout, simple dans ses traits de personnage mais suffisamment expressif, sachant aussi parfois proposer des décors plutôt sympathique et harmonieux dans leur sobriété (quoique, eh, certains décors sont tout de même bien détaillés, notamment les pages d'ouvertures de chapitre). L'histoire, bien que simple, est entraînante, ne serait-ce qu'avec les interjections régulières en "parlé", se jouant de la formule habituellement ampoulée de la chanson de geste et nous proposant un langage plus moderne, plus actuel - sans doute aussi pour rappeler le côté "toujours d'actualité" du sujet. Pas un chef d'œuvre, pas mauvais pour autant, une petite lecture sympathique qui, même si elle ne se révèle pas transcendante, s'avère tout se même de bonne facture et c'est déjà une excellente qualité.