Je suis un peu déçu de ne mettre que 3 étoiles car j'aurais adoré mettre plus à cet album dont le sujet est intéressant.
L'auteur est un québécois issue de parents haïtiens et il parle de son enfance, de la vie de sa famille et aussi de sa vie maintenant. C'est donc un album qui parle d'immigration vu que ses parents font parti des haïtiens qui sont venus au Québec à partir des années 70 pour essayer de trouver une vie meilleur Tout le long des pages on va voir le meilleur et le pire de la société québécoise parce que si certains aiment bien aider les nouveaux arrivants, il y a aussi les gros racistes qui ne veulent pas de ses sales noires dégénérés qui font juste que voler le boulot de grave blancs et les comportements haineux sont encore présent de nos jours. J'ai bien aimé plusieurs anecdotes et l'auteur brase plusieurs thèmes. Il montre notamment la complexité de sa relation avec un père qui était contrôlant avec ses fils car il ne voulait pas qu'ils finissent délinquant ou encore l'incompréhension de ses parents face au fait que, étant né au Québec, il n'a pas d'attache particulier pour Haiti.
Malheureusement, il y a quelques défauts qui font en sorte que mon enthousiaste pour cet album est moyen. On fait plusieurs allers-retours entre le passé et le présent et ce n'es pas toujours clair. J'ai, par exemple, cru un moment qu'on suivait l'enfance de l'auteur alors qu'en fait il parlait d'un de ses frères ainés. On saute souvent du coq à l'âne comme si l'auteur dessinait les anecdotes au fur et à mesure qu’ils lui venaient dans la tête. Un autre problème est le dessin. Il est bon, mais l'auteur a surtout fait de l'illustration et disons que ça se voit. Il y a des cases qui prit tout seul ferait de très belles illustrations, mais qu'on on les mets ensemble cela donne un truc surchargé. Je pense que s'est l'autobiographie avec la narration la plus dynamique que j'ai lu sauf qu'on est pas dans une histoire d'action. Je pense que cela aurait été mieux d'avoir une mise en scène plus calme et de garder le dynamisme pour les quelques scènes de violences qu'on voit dans l'album, cela aurait mit mieux en avant ce qu'à parfois vécu l'auteur dans sa vie.
Cela reste un album que je recommande malgré tout.
Quel casse-bonbon ce Richard. Le personnage pourra en énerver certains, toujours à chercher la petite bête. Le premier album est plutôt drôle, son ami demande juste un avis sur son travail et Richard le fait tourner en bourrique jusqu'à lui passer l'envie de dîner avec lui ensuite. La pression monte petit à petit jusqu'à faire disjoncter l'interlocuteur. Des albums Patte de mouche courts mais qui ont de la substance. J'ai lu les 5 à la suite. Les sujets peuvent être délicats, Dieu, les juifs etc. Trondheim s'en sort bien. J'en lirai bien de nouveaux, les thèmes possibles et polémiques sont nombreux, Richard et les zadistes, Richard rencontre un député RN, Richard va chez son boucher etc.
Je ne connaissais pas du tout ce personnage, et cet album m’a permis de découvrir un homme qui a eu une influence non négligeable sur les comics américains.
Dans la première moitié de l’album, on apprend à connaitre Wertham, son travail, sa personnalité – controversée, mais c’est la seconde partie qui m’a le plus intéressé. D’abord parce qu’il porte sur la soi-disant influence des comics sur la délinquance et autres déviances (idée fortement défendue par Wertham), mais aussi parce qu’il éclaire l’ambivalence de la personnalité de Wertham.
En effet, il est étonnant de voir que cet homme, qui a lancé une croisade quasi fanatique contre la « mauvaise influence » des comics sur la jeunesse américaine, est aussi par beaucoup d’autres aspects quelqu’un de « progressiste ». Il va ainsi agir contre la politique ségrégationniste, s’opposer à Mc Carthy (qui lance sa « chasse aux sorcières » au même moment que la croisade de Wertham).
Mais la personnalité de Wertham (bien éclairée par la première moitié de l’album) est égocentrique, autocentrée, hypocrite par pas mal d’aspects (il n’hésite pas à faire de l’argent avec les sujets qu’il étudie et/ou dénonce).
Wertham a détruit en partie EC comics, a pourri la carrière de nombre d’auteurs (en particulier il a fait mal à des auteurs comme Wallace Wood), ce qui ne peut que me le faire détester. L’ironie de l’histoire, c’est que ça a poussé l’éditeur d’EC à accentuer le côté satirique de MAD (effet collatéral plutôt sympa de l’action de Wertham).
Un album intéressant en tout cas, avec un dessin minimaliste au niveau des décors, une colorisation « gris délavé » déjà vue sur certains albums d’Eisner. Le rendu n’est pas très engageant, mais c’est lisible.Note réelle 3,5/5.
Je ne connaissais pas cet aspect de Geoffroy Monde (par ailleurs scénariste de Furieuse et Le Pêcheur et la Salamandre), celui d'un auteur de Fluide Glacial réalisant des gags et histoires courtes très inspirées de l'humour absurde de Goossens, avec une petite touche de fantasy ou d'onirisme en plus (et une touche d'inquiétant aussi comme l'indique Goossens lui-même dans l'interview croisée qui clôt cet album).
Je ne le connaissais tellement pas que j'ai cru à une forme de canular, d'œuvre collective se faisant passer pour celle d'un seul homme. Car en effet, le style graphique de chacune de ces histoires diffère parfois assez fortement. On y sent une patte similaire, notamment dans l'encrage et la colorisation, mais la forme et l'ambiance graphique varient. Et si ces styles ne me plaisent pas tous, je trouve l'ensemble de belle tenue, avec quelques planches très réussies.
Les histoires, elles, vont à fond dans l'absurde, mais dans un absurde élégant, qui ne part pas en digressions sauvages et improvisées. Ici la logique interne se tient et permet d'atteindre l'inattendu et donc un rire sincère. Mais pas toujours... Certains gags tombent plus à plat, ou leur absurde arrive moins à me toucher.
C'est bien, et j'apprécie de voir un auteur relativement jeune produire ces récits dans la même veine qu'un Daniel Goossens et arriver à surprendre encore, mais l'impact de cet humour est ici un peu inégal.
Dans son essai La Civilisation du poisson rouge, Bruno Patino dénonce et analyse ce qu'il appelle l'économie de l'attention, moteur central des grandes plateformes numériques et des GAFAM. Son constat est clair : nos usages sont encouragés, orientés et rendus addictifs par des interfaces conçues pour capter du temps de cerveau, au détriment de la concentration, du recul critique et du lien social.
C'est ce livre que Morgan Navarro adapte en bande dessinée afin d'en restituer l'essentiel, à travers une mise en scène graphique simple et efficace.
L'ouvrage explique comment les réseaux sociaux et les moteurs de recherche ont basculé d'une utopie de partage du savoir vers un capitalisme de l'attention, fondé sur la publicité ciblée, la récompense aléatoire et l'exploitation de nos biais cognitifs. Les mécanismes sont clairement exposés, accessibles, et le propos est sociologiquement pertinent. Le passage du livre à la bande dessinée ne se ressent pas vraiment, tant la narration reste fluide et aérée, portée par un narrateur sympathique qui se met en scène dans sa vie quotidienne.
Toutefois, l'ouvrage laisse un peu sur sa faim. Les thèmes abordés sont nombreux mais souvent survolés, et beaucoup d'analyses donnent une impression de déjà-vu. Les auteurs expliquent que les GAFAM utilisent les résultats d'études comportementales pour manipuler leurs utilisateurs, mais sans détailler suffisamment ces méthodes pour que les lecteurs puissent réellement les identifier et les repérer dans leurs usages. Les risques liés aux bulles informationnelles, aux biais de confirmation, à la radicalisation ou à l'affaiblissement du journalisme sont évoqués sans réel approfondissement ni véritable plus-value analytique.
J'ai également eu le sentiment que l'auteur faisait porter l'essentiel de la responsabilité sur les plateformes, sans interroger suffisamment le contexte social, culturel et technique qui a rendu ces usages possibles et désirables. On trouve par ailleurs de nombreuses citations de chercheurs, de sociologues et d'analyses scientifiques, mais assez peu de didactisme ou de pédagogie dans la structure narrative, ce qui fait qu'en tant que lecteur j'ai fini par un peu tout mélanger sans bien assimiler.
Quant aux propositions finales, qu'il s'agisse de solutions individuelles ou d'appels à une refondation plus humaniste du numérique, elles s'avèrent assez convenues et peu percutantes. J'ai refermé l'album sans révélation majeure, avec le sentiment que le titre est plus fort que le contenu.
En définitive, j'ai lu là l'adaptation d'un essai intéressant et bien écrit, utile pour poser un cadre et nommer des mécanismes, mais qui manque de profondeur et d'audace. Une lecture correcte, dont le titre et la couverture me laissaient sans doute attendre davantage, et qui ne m'a pas réellement appris grand-chose de nouveau. Il faut dire aussi que je travaille en partie dans ce milieu et que j'étais déjà bien conscient des aspects addictifs de ces applications et médias auxquels je ne suis pas particulièrement accro. Si je passe une grande partie de mon temps devant des écrans, c'est très rarement sur un smartphone.
Western en apparence très classique, la série installe d’abord un cadre familier : conquête de l’Ouest, violence coloniale, rapports de domination et marginalisation des populations indiennes. Cette entrée en matière respectueuse des codes sert surtout de socle à une lente dérive vers autre chose, plus trouble et plus intime. Progressivement émergent des thèmes plus subtils : identité sexuelle, désir interdit, ambiguïtés des relations humaines, doute permanent sur les intentions et les corps. Une dimension fantastique s’infiltre également, diffuse, jamais clairement balisée, contribuant à une atmosphère volontairement déstabilisante.
L’œuvre ne cherche à aucun moment la séduction. La ligne artistique est forte, assumée, d’une grande cohérence narrative et thématique. Cette maturité fait clairement sa singularité, mais elle a aussi un coût : l’accessibilité est limitée et le plaisir de lecture immédiat s’en trouve parfois amoindri. On sent une BD pensée pour être relue, presque analysée, afin d’en extraire toute la richesse symbolique. En lecture du dimanche, la qualité est indéniable, mais l’expérience reste exigeante et parfois frustrante.
Graphiquement, le dessin peut diviser. Subjectivement peu à mon goût, il demeure toutefois très maîtrisé : cohérent sur l’ensemble de l’album, expressif, et volontairement éloigné de l’imagerie western traditionnelle. Ce choix graphique renforce le décalage avec les codes du genre et annonce très tôt que le récit va s’en affranchir, au service d’une œuvre singulière, inconfortable mais profondément réfléchie.
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Migrasyon
Je suis un peu déçu de ne mettre que 3 étoiles car j'aurais adoré mettre plus à cet album dont le sujet est intéressant. L'auteur est un québécois issue de parents haïtiens et il parle de son enfance, de la vie de sa famille et aussi de sa vie maintenant. C'est donc un album qui parle d'immigration vu que ses parents font parti des haïtiens qui sont venus au Québec à partir des années 70 pour essayer de trouver une vie meilleur Tout le long des pages on va voir le meilleur et le pire de la société québécoise parce que si certains aiment bien aider les nouveaux arrivants, il y a aussi les gros racistes qui ne veulent pas de ses sales noires dégénérés qui font juste que voler le boulot de grave blancs et les comportements haineux sont encore présent de nos jours. J'ai bien aimé plusieurs anecdotes et l'auteur brase plusieurs thèmes. Il montre notamment la complexité de sa relation avec un père qui était contrôlant avec ses fils car il ne voulait pas qu'ils finissent délinquant ou encore l'incompréhension de ses parents face au fait que, étant né au Québec, il n'a pas d'attache particulier pour Haiti. Malheureusement, il y a quelques défauts qui font en sorte que mon enthousiaste pour cet album est moyen. On fait plusieurs allers-retours entre le passé et le présent et ce n'es pas toujours clair. J'ai, par exemple, cru un moment qu'on suivait l'enfance de l'auteur alors qu'en fait il parlait d'un de ses frères ainés. On saute souvent du coq à l'âne comme si l'auteur dessinait les anecdotes au fur et à mesure qu’ils lui venaient dans la tête. Un autre problème est le dessin. Il est bon, mais l'auteur a surtout fait de l'illustration et disons que ça se voit. Il y a des cases qui prit tout seul ferait de très belles illustrations, mais qu'on on les mets ensemble cela donne un truc surchargé. Je pense que s'est l'autobiographie avec la narration la plus dynamique que j'ai lu sauf qu'on est pas dans une histoire d'action. Je pense que cela aurait été mieux d'avoir une mise en scène plus calme et de garder le dynamisme pour les quelques scènes de violences qu'on voit dans l'album, cela aurait mit mieux en avant ce qu'à parfois vécu l'auteur dans sa vie. Cela reste un album que je recommande malgré tout.
Richard
Quel casse-bonbon ce Richard. Le personnage pourra en énerver certains, toujours à chercher la petite bête. Le premier album est plutôt drôle, son ami demande juste un avis sur son travail et Richard le fait tourner en bourrique jusqu'à lui passer l'envie de dîner avec lui ensuite. La pression monte petit à petit jusqu'à faire disjoncter l'interlocuteur. Des albums Patte de mouche courts mais qui ont de la substance. J'ai lu les 5 à la suite. Les sujets peuvent être délicats, Dieu, les juifs etc. Trondheim s'en sort bien. J'en lirai bien de nouveaux, les thèmes possibles et polémiques sont nombreux, Richard et les zadistes, Richard rencontre un député RN, Richard va chez son boucher etc.
Dr Wertham
Je ne connaissais pas du tout ce personnage, et cet album m’a permis de découvrir un homme qui a eu une influence non négligeable sur les comics américains. Dans la première moitié de l’album, on apprend à connaitre Wertham, son travail, sa personnalité – controversée, mais c’est la seconde partie qui m’a le plus intéressé. D’abord parce qu’il porte sur la soi-disant influence des comics sur la délinquance et autres déviances (idée fortement défendue par Wertham), mais aussi parce qu’il éclaire l’ambivalence de la personnalité de Wertham. En effet, il est étonnant de voir que cet homme, qui a lancé une croisade quasi fanatique contre la « mauvaise influence » des comics sur la jeunesse américaine, est aussi par beaucoup d’autres aspects quelqu’un de « progressiste ». Il va ainsi agir contre la politique ségrégationniste, s’opposer à Mc Carthy (qui lance sa « chasse aux sorcières » au même moment que la croisade de Wertham). Mais la personnalité de Wertham (bien éclairée par la première moitié de l’album) est égocentrique, autocentrée, hypocrite par pas mal d’aspects (il n’hésite pas à faire de l’argent avec les sujets qu’il étudie et/ou dénonce). Wertham a détruit en partie EC comics, a pourri la carrière de nombre d’auteurs (en particulier il a fait mal à des auteurs comme Wallace Wood), ce qui ne peut que me le faire détester. L’ironie de l’histoire, c’est que ça a poussé l’éditeur d’EC à accentuer le côté satirique de MAD (effet collatéral plutôt sympa de l’action de Wertham). Un album intéressant en tout cas, avec un dessin minimaliste au niveau des décors, une colorisation « gris délavé » déjà vue sur certains albums d’Eisner. Le rendu n’est pas très engageant, mais c’est lisible.Note réelle 3,5/5.
Geoffroy Monde
Je ne connaissais pas cet aspect de Geoffroy Monde (par ailleurs scénariste de Furieuse et Le Pêcheur et la Salamandre), celui d'un auteur de Fluide Glacial réalisant des gags et histoires courtes très inspirées de l'humour absurde de Goossens, avec une petite touche de fantasy ou d'onirisme en plus (et une touche d'inquiétant aussi comme l'indique Goossens lui-même dans l'interview croisée qui clôt cet album). Je ne le connaissais tellement pas que j'ai cru à une forme de canular, d'œuvre collective se faisant passer pour celle d'un seul homme. Car en effet, le style graphique de chacune de ces histoires diffère parfois assez fortement. On y sent une patte similaire, notamment dans l'encrage et la colorisation, mais la forme et l'ambiance graphique varient. Et si ces styles ne me plaisent pas tous, je trouve l'ensemble de belle tenue, avec quelques planches très réussies. Les histoires, elles, vont à fond dans l'absurde, mais dans un absurde élégant, qui ne part pas en digressions sauvages et improvisées. Ici la logique interne se tient et permet d'atteindre l'inattendu et donc un rire sincère. Mais pas toujours... Certains gags tombent plus à plat, ou leur absurde arrive moins à me toucher. C'est bien, et j'apprécie de voir un auteur relativement jeune produire ces récits dans la même veine qu'un Daniel Goossens et arriver à surprendre encore, mais l'impact de cet humour est ici un peu inégal.
9 secondes - La Civilisation du poisson rouge
Dans son essai La Civilisation du poisson rouge, Bruno Patino dénonce et analyse ce qu'il appelle l'économie de l'attention, moteur central des grandes plateformes numériques et des GAFAM. Son constat est clair : nos usages sont encouragés, orientés et rendus addictifs par des interfaces conçues pour capter du temps de cerveau, au détriment de la concentration, du recul critique et du lien social. C'est ce livre que Morgan Navarro adapte en bande dessinée afin d'en restituer l'essentiel, à travers une mise en scène graphique simple et efficace. L'ouvrage explique comment les réseaux sociaux et les moteurs de recherche ont basculé d'une utopie de partage du savoir vers un capitalisme de l'attention, fondé sur la publicité ciblée, la récompense aléatoire et l'exploitation de nos biais cognitifs. Les mécanismes sont clairement exposés, accessibles, et le propos est sociologiquement pertinent. Le passage du livre à la bande dessinée ne se ressent pas vraiment, tant la narration reste fluide et aérée, portée par un narrateur sympathique qui se met en scène dans sa vie quotidienne. Toutefois, l'ouvrage laisse un peu sur sa faim. Les thèmes abordés sont nombreux mais souvent survolés, et beaucoup d'analyses donnent une impression de déjà-vu. Les auteurs expliquent que les GAFAM utilisent les résultats d'études comportementales pour manipuler leurs utilisateurs, mais sans détailler suffisamment ces méthodes pour que les lecteurs puissent réellement les identifier et les repérer dans leurs usages. Les risques liés aux bulles informationnelles, aux biais de confirmation, à la radicalisation ou à l'affaiblissement du journalisme sont évoqués sans réel approfondissement ni véritable plus-value analytique. J'ai également eu le sentiment que l'auteur faisait porter l'essentiel de la responsabilité sur les plateformes, sans interroger suffisamment le contexte social, culturel et technique qui a rendu ces usages possibles et désirables. On trouve par ailleurs de nombreuses citations de chercheurs, de sociologues et d'analyses scientifiques, mais assez peu de didactisme ou de pédagogie dans la structure narrative, ce qui fait qu'en tant que lecteur j'ai fini par un peu tout mélanger sans bien assimiler. Quant aux propositions finales, qu'il s'agisse de solutions individuelles ou d'appels à une refondation plus humaniste du numérique, elles s'avèrent assez convenues et peu percutantes. J'ai refermé l'album sans révélation majeure, avec le sentiment que le titre est plus fort que le contenu. En définitive, j'ai lu là l'adaptation d'un essai intéressant et bien écrit, utile pour poser un cadre et nommer des mécanismes, mais qui manque de profondeur et d'audace. Une lecture correcte, dont le titre et la couverture me laissaient sans doute attendre davantage, et qui ne m'a pas réellement appris grand-chose de nouveau. Il faut dire aussi que je travaille en partie dans ce milieu et que j'étais déjà bien conscient des aspects addictifs de ces applications et médias auxquels je ne suis pas particulièrement accro. Si je passe une grande partie de mon temps devant des écrans, c'est très rarement sur un smartphone.
L'Odeur des garçons affamés
Western en apparence très classique, la série installe d’abord un cadre familier : conquête de l’Ouest, violence coloniale, rapports de domination et marginalisation des populations indiennes. Cette entrée en matière respectueuse des codes sert surtout de socle à une lente dérive vers autre chose, plus trouble et plus intime. Progressivement émergent des thèmes plus subtils : identité sexuelle, désir interdit, ambiguïtés des relations humaines, doute permanent sur les intentions et les corps. Une dimension fantastique s’infiltre également, diffuse, jamais clairement balisée, contribuant à une atmosphère volontairement déstabilisante. L’œuvre ne cherche à aucun moment la séduction. La ligne artistique est forte, assumée, d’une grande cohérence narrative et thématique. Cette maturité fait clairement sa singularité, mais elle a aussi un coût : l’accessibilité est limitée et le plaisir de lecture immédiat s’en trouve parfois amoindri. On sent une BD pensée pour être relue, presque analysée, afin d’en extraire toute la richesse symbolique. En lecture du dimanche, la qualité est indéniable, mais l’expérience reste exigeante et parfois frustrante. Graphiquement, le dessin peut diviser. Subjectivement peu à mon goût, il demeure toutefois très maîtrisé : cohérent sur l’ensemble de l’album, expressif, et volontairement éloigné de l’imagerie western traditionnelle. Ce choix graphique renforce le décalage avec les codes du genre et annonce très tôt que le récit va s’en affranchir, au service d’une œuvre singulière, inconfortable mais profondément réfléchie.