Une histoire qui commence comme un conte à la Dickens, puis qui bascule rapidement vers un univers fantastique/SF, tout en gardant en filigrane quelque chose de classique (le vieux milliardaire qui recueil une fille des rues et en fait son héritière).
Chaque tome décrit l’évolution de l’univers, en suivant l’héroïne, d’abord enfant des rues, puis femme et mère, pour enfin être presque éjectée/rejetée par sa famille.
Il y a des facilités, qu’il faut accepter. La quasi unité de lieu – comment sont ravitaillés les habitants de la tour, longtemps assiégés ? Mais aussi cette « fabrication » semble-t-il aisée de personnes mi-robots mi-golem – les « Porcelaines », et les pouvoirs que possède l’héroïne pour les commander.
Mais cette histoire se laisse lire, avec une héroïne qui n’est pas monolithique et qui, voulant se maintenir à l’abri des conflits, et vivre simplement, va au contraire progressivement se trouver à faire des choix brutaux, existentiels, et devoir se comporter comme une cheffe de guerre, sacrifiant perdant successivement – au propre comme au figuré – ceux qu’elle aime ou a aimés.
Le dessin est plutôt sympa, agréable à l’œil, fluide, avec une colorisation assez lumineuse (qui lisse quand même parfois un peu trop les détails). Mais les décors sont un peu escamotés, et j’ai été surpris par ces corps aux longues jambes.
Premier album de cette nouvelle collection de Dargaud que je lis et qui semble s'adresser au public de young adult si je me fie aux fiches des séries de cette collection que j'ai aperçues sur BDTheque.
Le dessin est dans le pur style que l'on retrouve dans les comics young adult depuis quelques années. Ce n'est pas un style que j'affectionne particulièrement, mais c'est lisible et ça fait le job. Pour ce qui est du scénario, c'est encore une fois une aventure qui met en vedette un personnage jeune (et ici c'est une fille) auquel le lectorat ado peut s'identifier et qui va subir une quête qui va lui faire comprendre plusieurs leçons de la vie. Ce n'est pas original comme trame narrative, mais son traitement l'est. L'héroïne va se retrouver obligée de faire en sorte que le vœu de trois personnes soient exaucé, et elle le fait sans magie, elle ne peut qu'utiliser son cerveau pour réussir.
Le scénario est vraiment prenant pendant une bonne partie du récit... Malheureusement tout s'écroule lorsqu'on arrive au troisième vœu. Le scénario devient plus classique et conventionnel. Les dernières péripéties m'ont semblé précipitées, comme si les auteurs en avaient eu marre, et voulaient finir leur récit le plus rapidement possible. Bref, tout l'enthousiasme que j'ai ressenti a fini par disparaitre lorsque j'ai refermé l'album.
Au final, c'est pas trop mal, mais je conseillerais surtout un emprunt.
Jusqu'à la tombée de la nuit, un titre poétique pour un récit intime sur le deuil et la quête de réponses.
David, un jeune homme à l'approche de la quarantaine, revient dans le village où enfant il passait toutes ses vacances d'été. Ce voyage fait remonter à la surface de joyeux souvenirs d'enfance, comme des rires et des jeux avec ses cousins. Ce village est surtout le lieu qui a vu disparaitre sa soeur il y a 25 ans. Ce voyage initiatique sur les lieux du drame est surtout motivé par le besoin de réponses : que s'est il passé cet été là ?
On suit un homme perdu qui erre dans le village et aux alentours à la recherche d'un déclic. Tantôt en se remémorant les souvenirs de cet été tragique, à la recherche d'une piste. Tantôt en s'interrogeant sur les conséquences de ce traumatisme sur l'homme qui l'est devenu et le lien entre ce drame et les blessures qui le troublent actuellement. Cette dualité est bien exploitée, les doutes et le mal être de David se ressentent bien.
Coté dessin, on sent quelques défauts de jeunesse. Des perspectives un peu ratées au début et un trait qui manque globalement d'assurance. Cela dessert un peu le récit qui y perd pas mal de son potentiel dramatique. On est sur un terrain déjà pas mal exploré en BD, celui du drame intime et du deuil, l'histoire a quelques atouts mais au final il manque un petit quelque chose pour sortir du lot des romans graphiques traitant d'un sujet similaire.
BD dont j'espérais bien davantage. Une telle unanimité critique était parvenue à mettre en sourdine ma fâcheuse tendance à relativiser et restreindre mon horizon d'attente.
Tout commençait fort bien, et la gourmandise annoncée m'apparaissait en effet bien appétissante : une mise en page très cinématographique mettant en valeur une originalité de traitement du texte et déjà un humour ironiquement ravageur dès les toutes premières pages. Et puis... tout s'étiola à mesure que la BD empruntait le chemin par trop balisé du shonen d'action.
Moi qui viens de publier la critique de Silent Jenny, je me surprends à faire la fine bouche sur une BD au positionnement exactement inversé : tout ici n'est que divertissement, sans finesse ni richesse, est vu et déjà vu, et malheureusement pas aussi bien agencé qu'espéré. L'habileté n'aura finalement été présente qu'en de rares occasions, l'humour aussi, les extravagances formalistes également.
Attendons le tome 2 pour déterminer ce qu'il en sera véritablement, mais en l'état, je viens à regrets nuancer les avis très positifs ici postés.
Comme souvent, les romans graphiques de Mathieu Bablet ne se laissent pas aisément apprivoiser. Il cultive une forme de SF ambitieuse, volontiers vertigineuse dans sa manière de développer (voire d'affronter) ses thématiques, mais c'est généralement pessimiste, sinon glauque et quelque peu fastidieux à lire. Les amples paginations, les teintes fades des couleurs, les illustrations au trait extrêmement fin dépourvu de dynamisme n'aident pas à l'émergence du plaisir de lire. Mais inversement, cela ajoute de la cohérence à l'ensemble, indirectement de la profondeur à ses récits.
J'espérais que cette BD-ci, via la thématique de la biodiversité, de l'espoir habitant les initiatives des personnages, de ce voyage dans l'infiniment petit, parviendrait à limiter les "défauts" de cet auteur, qu'il pourrait trouver-là matière à satisfaire le fan hardcore de SF et le public moins familier des dystopies, soucieux d'y trouver une richesse de récit passionnante, mais aussi divertissante. Malheureusement, toutes les thématiques sociétales et écologiques de son récit, ainsi que l'aspect véritablement ludique des voyages dans le "millimonde" sont peu développés, au profit d'un univers laissé volontairement mystérieux, de personnages renfermés sur leurs motivations essentialistes, d'une aventure empêtrée dans l'ombre d'un monde gagné par le nihilisme.
La conclusion renforce le nihilisme initial, sans chercher à dramatiser l'abattement de certains personnages : le constat désabusé l'emporte, l'ironie dépourvue de mordant s'invite et la BD se referme avec le sentiment d'avoir été plongé dans un univers d'une richesse davantage supposée que constatée, d'un auteur jusqu'au-boutiste ayant refusé toutes les facilités s'offrant à lui.
Saluons l'intégrité, l’intransigeance, en ces heures de compromissions et de duperies généralisées, l'on ne saurait maugréer sur de telles qualités !
Une anthologie soignée de Chantal Montellier comprenant 1996, Shelter Market, Wonder City et pas mal de petits bonus (hommages, histoires courtes....)
Ce ne sont pas de simples rééditions, mais plutôt des nouvelles versions avec un dessin revisité.
1996 est une suite d'histoires courtes assez pénibles à lire. Ca date de 1978 et c'est intello à mort.
Puis Wonder City publié originalement en 1984, qui est un récit dystopique assez visionnaire mais pas évident à aborder (il y a un enrobage politique et intellectuel constant chez Montellier).
Souvent je me suis dis à la lecture que si Montellier avait su rendre ses bandes légèrement plus accessibles, elle serait aujourd'hui connu mondialement.
Parce que ses thématiques et son dessin étaient tellement précurseurs.
Parlons en du dessin. Un mélange de street art à slogans et de constructivisme russe. Une sorte de version No Hope du style Shepard Fairey mais dessinée 40 ans plus tôt.
Petit bémol : je préfère nettement le graphisme de l'édition originale avec une trichromie qui utilise du bleu, du jaune et du rouge. Dans la version récente on n'a plus que du rouge...
Enfin on termine par Shelter market, version augmentée de 37 pages comparé à l'édition originale de 1980.
Des détails sont remis au goût du jour : on aperçoit Trump, des drones...
Le style général est différent du trait habituel de Montellier, celui déjà vu dans Wonder City ou Rupture.
Ici la technique du collage est utilisée avec plus ou moins de réussite. Les visages ressemblent à des photos retouchées.
C'est l'histoire la plus facile à suivre même si ça peut paraître très déroutant visuellement pour un non initié.
Un bel objet pour les fans et les curieux.
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Porcelaine
Une histoire qui commence comme un conte à la Dickens, puis qui bascule rapidement vers un univers fantastique/SF, tout en gardant en filigrane quelque chose de classique (le vieux milliardaire qui recueil une fille des rues et en fait son héritière). Chaque tome décrit l’évolution de l’univers, en suivant l’héroïne, d’abord enfant des rues, puis femme et mère, pour enfin être presque éjectée/rejetée par sa famille. Il y a des facilités, qu’il faut accepter. La quasi unité de lieu – comment sont ravitaillés les habitants de la tour, longtemps assiégés ? Mais aussi cette « fabrication » semble-t-il aisée de personnes mi-robots mi-golem – les « Porcelaines », et les pouvoirs que possède l’héroïne pour les commander. Mais cette histoire se laisse lire, avec une héroïne qui n’est pas monolithique et qui, voulant se maintenir à l’abri des conflits, et vivre simplement, va au contraire progressivement se trouver à faire des choix brutaux, existentiels, et devoir se comporter comme une cheffe de guerre, sacrifiant perdant successivement – au propre comme au figuré – ceux qu’elle aime ou a aimés. Le dessin est plutôt sympa, agréable à l’œil, fluide, avec une colorisation assez lumineuse (qui lisse quand même parfois un peu trop les détails). Mais les décors sont un peu escamotés, et j’ai été surpris par ces corps aux longues jambes.
Le Puits
Premier album de cette nouvelle collection de Dargaud que je lis et qui semble s'adresser au public de young adult si je me fie aux fiches des séries de cette collection que j'ai aperçues sur BDTheque. Le dessin est dans le pur style que l'on retrouve dans les comics young adult depuis quelques années. Ce n'est pas un style que j'affectionne particulièrement, mais c'est lisible et ça fait le job. Pour ce qui est du scénario, c'est encore une fois une aventure qui met en vedette un personnage jeune (et ici c'est une fille) auquel le lectorat ado peut s'identifier et qui va subir une quête qui va lui faire comprendre plusieurs leçons de la vie. Ce n'est pas original comme trame narrative, mais son traitement l'est. L'héroïne va se retrouver obligée de faire en sorte que le vœu de trois personnes soient exaucé, et elle le fait sans magie, elle ne peut qu'utiliser son cerveau pour réussir. Le scénario est vraiment prenant pendant une bonne partie du récit... Malheureusement tout s'écroule lorsqu'on arrive au troisième vœu. Le scénario devient plus classique et conventionnel. Les dernières péripéties m'ont semblé précipitées, comme si les auteurs en avaient eu marre, et voulaient finir leur récit le plus rapidement possible. Bref, tout l'enthousiasme que j'ai ressenti a fini par disparaitre lorsque j'ai refermé l'album. Au final, c'est pas trop mal, mais je conseillerais surtout un emprunt.
Jusqu'à la nuit tombée
Jusqu'à la tombée de la nuit, un titre poétique pour un récit intime sur le deuil et la quête de réponses. David, un jeune homme à l'approche de la quarantaine, revient dans le village où enfant il passait toutes ses vacances d'été. Ce voyage fait remonter à la surface de joyeux souvenirs d'enfance, comme des rires et des jeux avec ses cousins. Ce village est surtout le lieu qui a vu disparaitre sa soeur il y a 25 ans. Ce voyage initiatique sur les lieux du drame est surtout motivé par le besoin de réponses : que s'est il passé cet été là ? On suit un homme perdu qui erre dans le village et aux alentours à la recherche d'un déclic. Tantôt en se remémorant les souvenirs de cet été tragique, à la recherche d'une piste. Tantôt en s'interrogeant sur les conséquences de ce traumatisme sur l'homme qui l'est devenu et le lien entre ce drame et les blessures qui le troublent actuellement. Cette dualité est bien exploitée, les doutes et le mal être de David se ressentent bien. Coté dessin, on sent quelques défauts de jeunesse. Des perspectives un peu ratées au début et un trait qui manque globalement d'assurance. Cela dessert un peu le récit qui y perd pas mal de son potentiel dramatique. On est sur un terrain déjà pas mal exploré en BD, celui du drame intime et du deuil, l'histoire a quelques atouts mais au final il manque un petit quelque chose pour sortir du lot des romans graphiques traitant d'un sujet similaire.
Knight club
BD dont j'espérais bien davantage. Une telle unanimité critique était parvenue à mettre en sourdine ma fâcheuse tendance à relativiser et restreindre mon horizon d'attente. Tout commençait fort bien, et la gourmandise annoncée m'apparaissait en effet bien appétissante : une mise en page très cinématographique mettant en valeur une originalité de traitement du texte et déjà un humour ironiquement ravageur dès les toutes premières pages. Et puis... tout s'étiola à mesure que la BD empruntait le chemin par trop balisé du shonen d'action. Moi qui viens de publier la critique de Silent Jenny, je me surprends à faire la fine bouche sur une BD au positionnement exactement inversé : tout ici n'est que divertissement, sans finesse ni richesse, est vu et déjà vu, et malheureusement pas aussi bien agencé qu'espéré. L'habileté n'aura finalement été présente qu'en de rares occasions, l'humour aussi, les extravagances formalistes également. Attendons le tome 2 pour déterminer ce qu'il en sera véritablement, mais en l'état, je viens à regrets nuancer les avis très positifs ici postés.
Silent Jenny
Comme souvent, les romans graphiques de Mathieu Bablet ne se laissent pas aisément apprivoiser. Il cultive une forme de SF ambitieuse, volontiers vertigineuse dans sa manière de développer (voire d'affronter) ses thématiques, mais c'est généralement pessimiste, sinon glauque et quelque peu fastidieux à lire. Les amples paginations, les teintes fades des couleurs, les illustrations au trait extrêmement fin dépourvu de dynamisme n'aident pas à l'émergence du plaisir de lire. Mais inversement, cela ajoute de la cohérence à l'ensemble, indirectement de la profondeur à ses récits. J'espérais que cette BD-ci, via la thématique de la biodiversité, de l'espoir habitant les initiatives des personnages, de ce voyage dans l'infiniment petit, parviendrait à limiter les "défauts" de cet auteur, qu'il pourrait trouver-là matière à satisfaire le fan hardcore de SF et le public moins familier des dystopies, soucieux d'y trouver une richesse de récit passionnante, mais aussi divertissante. Malheureusement, toutes les thématiques sociétales et écologiques de son récit, ainsi que l'aspect véritablement ludique des voyages dans le "millimonde" sont peu développés, au profit d'un univers laissé volontairement mystérieux, de personnages renfermés sur leurs motivations essentialistes, d'une aventure empêtrée dans l'ombre d'un monde gagné par le nihilisme. La conclusion renforce le nihilisme initial, sans chercher à dramatiser l'abattement de certains personnages : le constat désabusé l'emporte, l'ironie dépourvue de mordant s'invite et la BD se referme avec le sentiment d'avoir été plongé dans un univers d'une richesse davantage supposée que constatée, d'un auteur jusqu'au-boutiste ayant refusé toutes les facilités s'offrant à lui. Saluons l'intégrité, l’intransigeance, en ces heures de compromissions et de duperies généralisées, l'on ne saurait maugréer sur de telles qualités !
Social fiction
Une anthologie soignée de Chantal Montellier comprenant 1996, Shelter Market, Wonder City et pas mal de petits bonus (hommages, histoires courtes....) Ce ne sont pas de simples rééditions, mais plutôt des nouvelles versions avec un dessin revisité. 1996 est une suite d'histoires courtes assez pénibles à lire. Ca date de 1978 et c'est intello à mort. Puis Wonder City publié originalement en 1984, qui est un récit dystopique assez visionnaire mais pas évident à aborder (il y a un enrobage politique et intellectuel constant chez Montellier). Souvent je me suis dis à la lecture que si Montellier avait su rendre ses bandes légèrement plus accessibles, elle serait aujourd'hui connu mondialement. Parce que ses thématiques et son dessin étaient tellement précurseurs. Parlons en du dessin. Un mélange de street art à slogans et de constructivisme russe. Une sorte de version No Hope du style Shepard Fairey mais dessinée 40 ans plus tôt. Petit bémol : je préfère nettement le graphisme de l'édition originale avec une trichromie qui utilise du bleu, du jaune et du rouge. Dans la version récente on n'a plus que du rouge... Enfin on termine par Shelter market, version augmentée de 37 pages comparé à l'édition originale de 1980. Des détails sont remis au goût du jour : on aperçoit Trump, des drones... Le style général est différent du trait habituel de Montellier, celui déjà vu dans Wonder City ou Rupture. Ici la technique du collage est utilisée avec plus ou moins de réussite. Les visages ressemblent à des photos retouchées. C'est l'histoire la plus facile à suivre même si ça peut paraître très déroutant visuellement pour un non initié. Un bel objet pour les fans et les curieux.