La jeune fille renfrognée et le chien qui ne l'est pas moins mais plus agressif se complètent. Bien sûr, c'est attendu mais pas impossible, et il n'y a pas que ça par exemple: faut-il ou pas rendre trop heureux les chiens fantômes ? Il y a du pour et du contre, pour ceux qui n'ont pas lu le manga. La grand-mère et l'apprenti boulanger ne sont pas mal, il n'y a pas de mal à lire un manga voire une série qu'on oubliera sans doute vite mais qui du moins aura fait passer un bon moment.
Je ne pense pas que ce soit aussi mauvais que cela. J'ai seulement lu le premier tome dans l'édition originale des Humanoides, avec la colorisation assez vive, et j'aime beaucoup les dessins de Bilal. L'influence de Moebius est assez évidente.
Le scénario de Dionnet est quelque peu simpliste et paresseux : une variation SF de la révolte de Spartacus, combinée avec des conquêtes impérialistes et le désir d'immortalité. Rien de très complexe.
Une fillette aux cheveux mauves et son protecteur à tête de citrouille tiennent une herboristerie dans une campagne semi-merveilleuse où humains, animaux anthropomorphes et créatures féériques se côtoient au quotidien. Entre cueillette, remèdes à base de plantes et petites aventures, ils accueillent une galerie de personnages attachants dans un univers où le fantastique se mêle à la douceur de la vie rurale.
J'ai bien apprécié cette série qui mélange conte fantastique, roman graphique, petit documentaire sur les plantes et récit de tranche de vie dans un monde plein de charme. Le principal atout de l'ensemble réside pour moi dans son univers visuel. Je suis tombé sous le charme des décors bucoliques de campagne, de forêts et, dans une moindre mesure, des passages urbains du troisième tome. Les paysages sont très beaux, pleins de douceur de vivre, les couleurs très réussies et il est agréable de se laisser porter par ces promenades dans un environnement aussi chaleureux et apaisant. Le dessin des personnages est également réussi et dynamique, même si je lui trouve un peu moins de finesse que celui des décors.
Chaque album raconte une histoire complète tout en poursuivant discrètement l'évolution des personnages, avec en bonus à chaque fois un dossier final consacré aux plantes rencontrées et à leurs usages. J'ai trouvé cet aspect pédagogique bien intégré au récit, sans jamais donner l'impression de lire un guide d'herboristerie.
Le premier tome constitue une agréable introduction à cet univers et à ses protagonistes. En revanche, Mauve ne m'a pas toujours semblé très attachante. Son caractère boudeur, sa jalousie et son côté parfois assez pénible m'ont régulièrement agacé. Heureusement, Crookneck apporte beaucoup de douceur à l'ensemble grâce à sa bienveillance et à sa maturité, tandis qu'Anaïs, qui rejoint rapidement le duo, se révèle immédiatement plus sympathique et équilibrée.
Le deuxième tome est celui qui m'a le plus séduit. Le voyage vers le festival des lucioles, l'ambiance qui se dégage de celui-ci et surtout son magnifique final nocturne lui confèrent une belle dimension poétique et envoutante. C'est l'album qui exploite le mieux le potentiel merveilleux de la série et celui qui m'a le plus marqué.
Le troisième tome est un peu plus terre à terre et davantage tourné vers la ville. Il apporte plusieurs éléments de réponse concernant le mystère qui entoure l'homme à tête de citrouille et j'ai apprécié que le récit privilégie une conclusion assez inattendue et empreinte de sagesse plutôt qu'une simple révélation spectaculaire, même si certains mystères demeurent volontairement ouverts.
J'ai donc passé un bon moment avec cette série bucolique. Je regrette juste la grande simplicité des intrigues ainsi que le caractère pas toujours attachant de son héroïne. En revanche, la beauté des décors, l'atmosphère réconfortante et la poésie qui se dégage de certaines scènes compensent largement ces réserves. Une lecture douce, chaleureuse et dépaysante, idéale pour se plonger dans un petit monde merveilleux où la nature et les plantes occupent une place centrale.
Un documentaire qui a comme sujet Ali Oulkadi et comment sa vie a basculé lorsqu'il a aidé sans le savoir des amis qui étaient impliqués dans les attentats du Bataclan. En plus, lorsqu'il a compris la vérité il a eu trop peur d'aller tout dire à la police et cela va lui causer bien des ennuis.
Au travers la vie d'Ali Oulkadi, on voit surtout un homme dont la vie est chamboulée à cause de la radicalisation de certains de ses proches dont un de ses meilleurs amis à savoir Brahim Abdeslam. Cela fait peur de voir que des gens autours de nous qu'on croit bien connaitre peuvent avoir une part sombre qu'on ne soupçonne même pas. En garde à vue pendant des mois, le pauvre Ali va pouvoir se souvenir d'événements qui semblaient anodin sur le moment, mais qui prennnent une tournure différente après les attentats terroristes. Il va aussi se demander pendant longtemps pourquoi ses soi-disant amis ont décidé de l'impliquer malgré lui dans cette affaire.
J'avoue que je ne connaissais pas trop les aboutissements de l'enquête sur le Bataclan et cet album est un bon résumé de l'affaire. Tout est clair et précis. Il y a quelques moments émouvants, notamment les témoignages de survivants des attaques. Le dessin est pas trop mal quoique parfois je trouvais que certains personnages se ressemblaient un peu trop, ce qui apportait de la confusion par moment.
Étrange album, sur lequel j’ai du mal à revenir pour l’aviser. Ma remarque est valable pour le dessin, la colorisation, comme pour le scénario. Car, en effet, tous s’écartent des canons habituels.
Les couleurs sont tapantes, tranchées, refusent le réalisme, et le dessin (pas forcément mon truc à la base) est lui aussi étrange, loin du franco-belge classique. Mais au final ça passe bien.
Quant au scénario, il prend le temps d’installer une ambiance, autour de quelques personnages. Peu à peu – c’est en tout cas comme ça qu’on peut ou doit le voir, se dessine une critique de notre société.
Les « oracles », vieux bonhommes murmurant des borborygmes, qu’une « pythie » moderne (sorte de working girl tout droit issue des grandes écoles et de la haute société « interprète » pour renforcer une doxa froide et intangible, celle du libéralisme, de l’exploitation des masses au profit des nantis – dont elle fait partie. Voilà le triste tableau qui prend corps sur la fin, alors qu’on suit un couple se débattant dans la mouise (madame ayant des difficultés à sortir de son lit, procrastinant, quasi archétype du chômeur stigmatisé par médias et groupes dominant).
Disons que le message qui sourd de ce récit n’est pas pour me déplaire. Mais la lecture s’est révélée moins captivante.
Une seconde lecture infirmera peut-être ce ressenti mitigé. En tout cas je salue l’originalité des auteurs, qui ont fait des choix – esthétiques et narratifs – sortant des sentiers battus, pour traiter de l’insécurité sociale (voir la famille obligée de sous louer une partie de son petit domicile à des touristes américains), celle qui est occultée – allez savoir pourquoi – au profit d’un sentiment d’insécurité plus flous servant à détourner l’attention.
Note réelle 2,5/5.
Mizu Sahara est une autrice intrigante. Désireuse de déstabiliser, elle propose ici sous l'apparence d'un shojo des plus classiques, trois petites tranches de vie dans lesquelles se développent d'étonnantes relations humaines où brillent la méchanceté et la noirceur des vies cabossées.
Souvent, le lecteur ressent une forme de gêne, devant les bassesses humaines ainsi dévoilées, mais aussi dans l'intérêt de pousser ainsi le curseur. L'exercice de style peut apparaître assez gratuit, vain, il n'a en effet de sens que comparativement aux productions plus consensuelles avec lesquelles ce titre rentre en écho.
Plus surprenant, je constate à peine deux semaines après ma lecture, avoir déjà oublié la seconde nouvelle (assez brève). Alors que tout indiquait que de tels récits pouvaient au contraire marquer les esprits, je me mets à douter de cet a priori. La noirceur sentimentale s'accommode peut-être mieux de la respiration plus apaisée offerte par la dernière tranche de vie, que de l'implacable vacuité des méchantes revanches sur la vie, auparavant développée.
Il est par ailleurs regrettable que cette colère à l'égard des productions les plus consensuelles ne s'accompagne pas de davantage d'exubérances formelles. Visuellement, ce shojo ne se distingue en effet pas par son originalité.
Un exercice de style amusant, à bien des égards nécessaire, mais un peu vain et oubliant dans sa réflexion les aspects formels.
J’avais découvert cette auteure avec L'Amour, après, que je n’avais pas trop aimé. Eyes without a face m’avait davantage accroché. J’y avais trouvé quelques accointances avec les romans de Fabrice Caro. Et c’est encore plus le cas avec ce « Criticopolis », qui joue quand même pas mal sur les mêmes registres absurdes, avec un héros loser, quelques scène ridicules, et un léger n’importe quoi assumé.
Ici, c’est un auteur qui, tombant sur une critique assassine d’un de ses bouquins, va tomber dans une paranoïa débile le poussant à enquêter pour connaitre ce « critique ». Les scènes s’enchaînent bien, et les démêlés du héros avec sa copine (franchement dérangée), avec les personnes qu’il rencontre durant son enquête – jusqu’au critique lui-même – offrent quelques moments amusants, qui rendent la lecture plaisante.
Au travers de quelques réflexions/monologues du héros, Marie Baudet développe aussi une réflexion intéressante sur l’idée de critique, de liberté d’expression.
Comme pour les deux précédents albums de cette auteure que j’ai lus, je n’ai pas spécialement accroché au style graphique. Il possède des qualités, mais ça n’est pas ma tasse de thé (et je ne suis toujours pas fan des traits de visages effacés). Mais ici le récit compense largement, et j’ai plutôt bien aimé cet album.
2.5
Un album dans la moyenne des autres one-shot qui commencent par les mots 'L'incroyable histoire de....''. C'est scénarisé par un spécialiste du sujet, un maitre conférencier en sciences de l'éducation et disons que ça se voit un peu trop.
C'est très verbeux et dense, ce n'est pas un album qui se lit rapidement. Comme souvent avec les documentaires, le propos est intéressant, mais ce n'est pas très captivant à lire. La faute en partie au dessin. Je ne pense pas qu'Eva Rollin soit la dessinatrice idéale pour un documentaire, son trait va bien mieux à une BD humoristique. Parlant d'humour, les tentatives d'humour pour détendre l'atmosphère n'ont pas marché sur moi, et du coup cela a surtout servi à alourdir la narration et me donner plutôt envie d'arrêter de lire l'album.
À lire si on veut voir comment était l'éducation à travers différentes périodes historiques.
J’ai eu un peu de mal à entrer dans ce récit, que ce soit au niveau du dessin, de la colorisation, ou de l’intrigue – en grande partie bâtie sur des flash-backs, ayant du mal à m’accrocher à ce personnage féminin un peu spécial (et qui pour son âge a quand même su garder de beaux restes – improbables si on n’y songe sérieusement – vu son expédition en parapente dans Paris !).
Mais finalement je me suis fait au dessin, et l’intrigue a pris corps, avec cette évocation d’un engagement politique de jeunesse qui ressurgit quelques décennies plus tard.
On oublie les quelques facilités scénaristiques (dont celle évoquée plus haut), et le côté un peu « gentil » de certains passages, pour enter dans ce récit mêlant polar et politique, finalement de façon plus classique que je ne le pensais au départ.
La lecture est rapide, et plutôt agréable.
Bonne bd, très beaux dessins mais une histoire poussive qui prend trop de temps à se mettre en place, sans sortir des sentiers battus. On aurait aimé un peu plus de prise de risque.
Dans les faits, le dessin est charmant, avec une ligne efficace, de belles couleurs et un univers attrayant. Cependant, la bd ne m'a pas vraiment plu. J'ia pris du temps à comprendre pourquoi et je pense que c'est un mélange entre le rythme et la profondeur de l'histoire. On a une mise en scène dynamique proche du manga qui cependant prend du coup trop de pages et de temps à mettre en place ses premiers enjeux.
Ceux-ci, en plus sont très classiques et ne surprennent pas tellement, difficile d'être ému dans ces conditions.
Il faudrait être un peu plus exigeant sur le rythme et l'histoire, peut-être moins expliquer les basiques pour aller plus en profondeur dans les enjeux et les éléments. Mieux gérer la pagination pour que les moments de tensions ressortent et les mises en scène dynamiques soient exceptionnelles et ainsi vraiment haletantes.
des idées intéressantes, un dessin formidable mais un album qui manque de densité et de profondeur à mon goût.
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Shiba Inu Rooms
La jeune fille renfrognée et le chien qui ne l'est pas moins mais plus agressif se complètent. Bien sûr, c'est attendu mais pas impossible, et il n'y a pas que ça par exemple: faut-il ou pas rendre trop heureux les chiens fantômes ? Il y a du pour et du contre, pour ceux qui n'ont pas lu le manga. La grand-mère et l'apprenti boulanger ne sont pas mal, il n'y a pas de mal à lire un manga voire une série qu'on oubliera sans doute vite mais qui du moins aura fait passer un bon moment.
Exterminateur 17
Je ne pense pas que ce soit aussi mauvais que cela. J'ai seulement lu le premier tome dans l'édition originale des Humanoides, avec la colorisation assez vive, et j'aime beaucoup les dessins de Bilal. L'influence de Moebius est assez évidente. Le scénario de Dionnet est quelque peu simpliste et paresseux : une variation SF de la révolte de Spartacus, combinée avec des conquêtes impérialistes et le désir d'immortalité. Rien de très complexe.
Mauve Bergamotte
Une fillette aux cheveux mauves et son protecteur à tête de citrouille tiennent une herboristerie dans une campagne semi-merveilleuse où humains, animaux anthropomorphes et créatures féériques se côtoient au quotidien. Entre cueillette, remèdes à base de plantes et petites aventures, ils accueillent une galerie de personnages attachants dans un univers où le fantastique se mêle à la douceur de la vie rurale. J'ai bien apprécié cette série qui mélange conte fantastique, roman graphique, petit documentaire sur les plantes et récit de tranche de vie dans un monde plein de charme. Le principal atout de l'ensemble réside pour moi dans son univers visuel. Je suis tombé sous le charme des décors bucoliques de campagne, de forêts et, dans une moindre mesure, des passages urbains du troisième tome. Les paysages sont très beaux, pleins de douceur de vivre, les couleurs très réussies et il est agréable de se laisser porter par ces promenades dans un environnement aussi chaleureux et apaisant. Le dessin des personnages est également réussi et dynamique, même si je lui trouve un peu moins de finesse que celui des décors. Chaque album raconte une histoire complète tout en poursuivant discrètement l'évolution des personnages, avec en bonus à chaque fois un dossier final consacré aux plantes rencontrées et à leurs usages. J'ai trouvé cet aspect pédagogique bien intégré au récit, sans jamais donner l'impression de lire un guide d'herboristerie. Le premier tome constitue une agréable introduction à cet univers et à ses protagonistes. En revanche, Mauve ne m'a pas toujours semblé très attachante. Son caractère boudeur, sa jalousie et son côté parfois assez pénible m'ont régulièrement agacé. Heureusement, Crookneck apporte beaucoup de douceur à l'ensemble grâce à sa bienveillance et à sa maturité, tandis qu'Anaïs, qui rejoint rapidement le duo, se révèle immédiatement plus sympathique et équilibrée. Le deuxième tome est celui qui m'a le plus séduit. Le voyage vers le festival des lucioles, l'ambiance qui se dégage de celui-ci et surtout son magnifique final nocturne lui confèrent une belle dimension poétique et envoutante. C'est l'album qui exploite le mieux le potentiel merveilleux de la série et celui qui m'a le plus marqué. Le troisième tome est un peu plus terre à terre et davantage tourné vers la ville. Il apporte plusieurs éléments de réponse concernant le mystère qui entoure l'homme à tête de citrouille et j'ai apprécié que le récit privilégie une conclusion assez inattendue et empreinte de sagesse plutôt qu'une simple révélation spectaculaire, même si certains mystères demeurent volontairement ouverts. J'ai donc passé un bon moment avec cette série bucolique. Je regrette juste la grande simplicité des intrigues ainsi que le caractère pas toujours attachant de son héroïne. En revanche, la beauté des décors, l'atmosphère réconfortante et la poésie qui se dégage de certaines scènes compensent largement ces réserves. Une lecture douce, chaleureuse et dépaysante, idéale pour se plonger dans un petit monde merveilleux où la nature et les plantes occupent une place centrale.
L'Homme du dernier kilomètre
Un documentaire qui a comme sujet Ali Oulkadi et comment sa vie a basculé lorsqu'il a aidé sans le savoir des amis qui étaient impliqués dans les attentats du Bataclan. En plus, lorsqu'il a compris la vérité il a eu trop peur d'aller tout dire à la police et cela va lui causer bien des ennuis. Au travers la vie d'Ali Oulkadi, on voit surtout un homme dont la vie est chamboulée à cause de la radicalisation de certains de ses proches dont un de ses meilleurs amis à savoir Brahim Abdeslam. Cela fait peur de voir que des gens autours de nous qu'on croit bien connaitre peuvent avoir une part sombre qu'on ne soupçonne même pas. En garde à vue pendant des mois, le pauvre Ali va pouvoir se souvenir d'événements qui semblaient anodin sur le moment, mais qui prennnent une tournure différente après les attentats terroristes. Il va aussi se demander pendant longtemps pourquoi ses soi-disant amis ont décidé de l'impliquer malgré lui dans cette affaire. J'avoue que je ne connaissais pas trop les aboutissements de l'enquête sur le Bataclan et cet album est un bon résumé de l'affaire. Tout est clair et précis. Il y a quelques moments émouvants, notamment les témoignages de survivants des attaques. Le dessin est pas trop mal quoique parfois je trouvais que certains personnages se ressemblaient un peu trop, ce qui apportait de la confusion par moment.
Les Marchés
Étrange album, sur lequel j’ai du mal à revenir pour l’aviser. Ma remarque est valable pour le dessin, la colorisation, comme pour le scénario. Car, en effet, tous s’écartent des canons habituels. Les couleurs sont tapantes, tranchées, refusent le réalisme, et le dessin (pas forcément mon truc à la base) est lui aussi étrange, loin du franco-belge classique. Mais au final ça passe bien. Quant au scénario, il prend le temps d’installer une ambiance, autour de quelques personnages. Peu à peu – c’est en tout cas comme ça qu’on peut ou doit le voir, se dessine une critique de notre société. Les « oracles », vieux bonhommes murmurant des borborygmes, qu’une « pythie » moderne (sorte de working girl tout droit issue des grandes écoles et de la haute société « interprète » pour renforcer une doxa froide et intangible, celle du libéralisme, de l’exploitation des masses au profit des nantis – dont elle fait partie. Voilà le triste tableau qui prend corps sur la fin, alors qu’on suit un couple se débattant dans la mouise (madame ayant des difficultés à sortir de son lit, procrastinant, quasi archétype du chômeur stigmatisé par médias et groupes dominant). Disons que le message qui sourd de ce récit n’est pas pour me déplaire. Mais la lecture s’est révélée moins captivante. Une seconde lecture infirmera peut-être ce ressenti mitigé. En tout cas je salue l’originalité des auteurs, qui ont fait des choix – esthétiques et narratifs – sortant des sentiers battus, pour traiter de l’insécurité sociale (voir la famille obligée de sous louer une partie de son petit domicile à des touristes américains), celle qui est occultée – allez savoir pourquoi – au profit d’un sentiment d’insécurité plus flous servant à détourner l’attention. Note réelle 2,5/5.
Une autre moi
Mizu Sahara est une autrice intrigante. Désireuse de déstabiliser, elle propose ici sous l'apparence d'un shojo des plus classiques, trois petites tranches de vie dans lesquelles se développent d'étonnantes relations humaines où brillent la méchanceté et la noirceur des vies cabossées. Souvent, le lecteur ressent une forme de gêne, devant les bassesses humaines ainsi dévoilées, mais aussi dans l'intérêt de pousser ainsi le curseur. L'exercice de style peut apparaître assez gratuit, vain, il n'a en effet de sens que comparativement aux productions plus consensuelles avec lesquelles ce titre rentre en écho. Plus surprenant, je constate à peine deux semaines après ma lecture, avoir déjà oublié la seconde nouvelle (assez brève). Alors que tout indiquait que de tels récits pouvaient au contraire marquer les esprits, je me mets à douter de cet a priori. La noirceur sentimentale s'accommode peut-être mieux de la respiration plus apaisée offerte par la dernière tranche de vie, que de l'implacable vacuité des méchantes revanches sur la vie, auparavant développée. Il est par ailleurs regrettable que cette colère à l'égard des productions les plus consensuelles ne s'accompagne pas de davantage d'exubérances formelles. Visuellement, ce shojo ne se distingue en effet pas par son originalité. Un exercice de style amusant, à bien des égards nécessaire, mais un peu vain et oubliant dans sa réflexion les aspects formels.
Criticopolis
J’avais découvert cette auteure avec L'Amour, après, que je n’avais pas trop aimé. Eyes without a face m’avait davantage accroché. J’y avais trouvé quelques accointances avec les romans de Fabrice Caro. Et c’est encore plus le cas avec ce « Criticopolis », qui joue quand même pas mal sur les mêmes registres absurdes, avec un héros loser, quelques scène ridicules, et un léger n’importe quoi assumé. Ici, c’est un auteur qui, tombant sur une critique assassine d’un de ses bouquins, va tomber dans une paranoïa débile le poussant à enquêter pour connaitre ce « critique ». Les scènes s’enchaînent bien, et les démêlés du héros avec sa copine (franchement dérangée), avec les personnes qu’il rencontre durant son enquête – jusqu’au critique lui-même – offrent quelques moments amusants, qui rendent la lecture plaisante. Au travers de quelques réflexions/monologues du héros, Marie Baudet développe aussi une réflexion intéressante sur l’idée de critique, de liberté d’expression. Comme pour les deux précédents albums de cette auteure que j’ai lus, je n’ai pas spécialement accroché au style graphique. Il possède des qualités, mais ça n’est pas ma tasse de thé (et je ne suis toujours pas fan des traits de visages effacés). Mais ici le récit compense largement, et j’ai plutôt bien aimé cet album.
L'Incroyable Histoire de l'éducation
2.5 Un album dans la moyenne des autres one-shot qui commencent par les mots 'L'incroyable histoire de....''. C'est scénarisé par un spécialiste du sujet, un maitre conférencier en sciences de l'éducation et disons que ça se voit un peu trop. C'est très verbeux et dense, ce n'est pas un album qui se lit rapidement. Comme souvent avec les documentaires, le propos est intéressant, mais ce n'est pas très captivant à lire. La faute en partie au dessin. Je ne pense pas qu'Eva Rollin soit la dessinatrice idéale pour un documentaire, son trait va bien mieux à une BD humoristique. Parlant d'humour, les tentatives d'humour pour détendre l'atmosphère n'ont pas marché sur moi, et du coup cela a surtout servi à alourdir la narration et me donner plutôt envie d'arrêter de lire l'album. À lire si on veut voir comment était l'éducation à travers différentes périodes historiques.
L'Invisible
J’ai eu un peu de mal à entrer dans ce récit, que ce soit au niveau du dessin, de la colorisation, ou de l’intrigue – en grande partie bâtie sur des flash-backs, ayant du mal à m’accrocher à ce personnage féminin un peu spécial (et qui pour son âge a quand même su garder de beaux restes – improbables si on n’y songe sérieusement – vu son expédition en parapente dans Paris !). Mais finalement je me suis fait au dessin, et l’intrigue a pris corps, avec cette évocation d’un engagement politique de jeunesse qui ressurgit quelques décennies plus tard. On oublie les quelques facilités scénaristiques (dont celle évoquée plus haut), et le côté un peu « gentil » de certains passages, pour enter dans ce récit mêlant polar et politique, finalement de façon plus classique que je ne le pensais au départ. La lecture est rapide, et plutôt agréable.
Yojimbot
Bonne bd, très beaux dessins mais une histoire poussive qui prend trop de temps à se mettre en place, sans sortir des sentiers battus. On aurait aimé un peu plus de prise de risque. Dans les faits, le dessin est charmant, avec une ligne efficace, de belles couleurs et un univers attrayant. Cependant, la bd ne m'a pas vraiment plu. J'ia pris du temps à comprendre pourquoi et je pense que c'est un mélange entre le rythme et la profondeur de l'histoire. On a une mise en scène dynamique proche du manga qui cependant prend du coup trop de pages et de temps à mettre en place ses premiers enjeux. Ceux-ci, en plus sont très classiques et ne surprennent pas tellement, difficile d'être ému dans ces conditions. Il faudrait être un peu plus exigeant sur le rythme et l'histoire, peut-être moins expliquer les basiques pour aller plus en profondeur dans les enjeux et les éléments. Mieux gérer la pagination pour que les moments de tensions ressortent et les mises en scène dynamiques soient exceptionnelles et ainsi vraiment haletantes. des idées intéressantes, un dessin formidable mais un album qui manque de densité et de profondeur à mon goût.