Un polar bien tordu comme je l'aime.
Le scénariste utilise trois faits historiques qui se sont passés la même semaine (le discours historique de Martin Luther King, un double meurtre jamais dont le coupable n'a jamais été retrouvé et la mort en Afrique de l'activiste américain noir W. E. B. Du Bois) pour concocter un polar efficace qui se passe durant le 20 ème anniversaire du discours de King. C'est un de ses polars où on sait dés le début qui est le coupable et se sont ses motivations qui sont nébuleuses. On va comprendre petit à petit la mentalité de ce tueur via des flashbacks.
Certes, le scénario n'échappe pas aux défauts récurrents des polars: il y a des facilités dans le scénario et aussi aucun personnage n'est vraiment attachant. Aussi, le seul truc vraiment captivant est savoir la réponse au mystère et après qu'on le sait il y a pas grand chose qui donne envie de relire l'album un jour. Le noir et blanc est pas mal.
Deux choses et demi sont bien : la scène des gens morts à cause du pétrole dont le charnier est assez bien dessiné : ça fait une scène forte plus le dessin, bon quand il s'agit de montrer ce qui se décompose avec son style hachuré. Donc bonne scène plus assez bon dessin, ça fait 1,5. Il y a aussi le fait de porter l'attention sur le fait que la gestion des réfugiés, climatiques ou non, va être de plus en plus privatisé, ce qui ne sent pas très bon pour leurs droits. Donc 1,5+1 = 2,5 que je vais arrondir à 3 pour la couverture.
Sinon, je n'ai pas aimé, vu que je n'aime pas le terrorisme, qui a mon avis ne se justifie que contre quelque tyran, mais comme le dit le "héros" les gens ne vont pas renoncer à leur confort, il faut donc court-circuiter la démocratie. Le beau sauveur que voilà ! On a déjà eu des gens d'extrême gauche ou d'extrême droite pour jouer les autoritaires et les totalitaires, il faut croire que ça nous manque, appelons des tyrans. En attendant, notre "héros" tue le PDG de Total : en France on envie les géants du numérique vu qu'on n'en a pas, mais on tape sur un géant pétrolier par envie pour les plus riches, et non par désir de liberté, qu'on sacrifie dès qu'on se toque de quelque cause ou homme providentiel.
On est sûr donc que les actes du terroriste plairont à bien des lecteurs, mais en somme, aucune entreprise, nul Etat ne doit payer de rançon pour récupérer quelqu'un de peur d'encourager les ravisseurs et un homme d'ordre comme l'était le terroriste en tant qu'ancien militaire, le sait parfaitement, donc son discours sur la méchante entreprise qui ne sauve ni son PDG ni la planète tombe à plat. Soit l'homme est hypocrite, soit il est incohérent, le beau héros que voilà !
Le patron de Total ne sert en vérité que de bouc émissaire : comme disait Jean Yann, tout le monde veut sauver le monde, personne ne veut descendre les poubelles, mais en approuvant le meurtre d'un méchant capitaliste, on réconcilie les foules sur son dos. Le procès est un beau numéro, aussi, on étend la focale, même une entreprise pas trop polluante sera coupable par complicité vu qu'elle fait affaire avec de pires. Je laisse à penser ce que ça donnerait dans les relations de voisinage ou de famille : si on va assez loin, qui ne sera coupable par association ? Bien sûr, le "héros" a perdu un être proche pour qu'on se sente proche de lui, est puni mais il y a un happy end, comme ça on aura pu faire passer des énormités. Mais ce sont des horreurs qu'il ne faut pas cautionner…. Si les gens le font et imitent, je m'en lave les mains : on aura un gouvernement autoritaire et une terreur écologique avec de tels principes.
Cet album propose cinq courtes histoires librement inspirées du folklore scandinave, mettant en scène trolls, elfes et autres créatures des forêts du Nord.
J'y ai trouvé un hommage assez mignon à cet imaginaire, porté avant tout par un travail graphique réussi. Le dessin s'inscrit dans la lignée d'illustrateurs scandinaves classiques comme Carl Larsson ou John Bauer, avec, par moments, une touche qui rappelle aussi Arthur Rackham, notamment dans certaines scènes d'elfes dansants. L'ensemble dégage un charme évident, avec des couleurs sombres mais douces et une atmosphère feutrée qui évoque parfaitement les contes nordiques.
Les cinq récits sont très courts et reposent sur des scénarios simples, presque comme de petites fables pour enfants. L'intérêt est moins dans l'intrigue que dans l'ambiance et la manière de donner vie à ce folklore, avec un humour léger et un ton globalement bienveillant. On retrouve souvent en filigrane un message assez classique autour du respect de la nature, de l'équilibre entre l'homme et son environnement, ou encore de l'idée de ne pas prendre plus que ce que l'on donne.
Cela fonctionne plutôt bien dans l'ensemble, même si certains passages peuvent paraître un peu appuyés ou légèrement moralisateurs. A noter également que les dialogues, parfois un peu soutenus, ne sont pas toujours les plus adaptés à un très jeune lectorat alors que l'album leur semble pourtant destiné.
Malgré ses qualités visuelles et son atmosphère réussie, l'ensemble est assez convenu. Les histoires sont prévisibles, sans véritable surprise, et peinent à captiver. Cela donne une lecture agréable, mais assez sage, qui pourra séduire les plus jeunes ou les amateurs de contes traditionnels, là où un lecteur adulte risque de rester un peu à distance.
Rien d’extraordinaire ni de réellement très original dans ce gros recueil d’histoires courtes. Mais Corben connait ses classiques, et il nous propose quelques récits sympathiques, qui plairont sans doute aux amateurs des « Creepy ».
J’ai lu ce recueil par petites touches, et ces « pastilles » passent bien, même si certaines histoires sont un peu trop « légères » à mon goût. Je ne suis pas forcément le cœur de cible de toute façon.
Le dessin de Corben – qui change parfois un peu de style – est très lisible. Mais là aussi pas forcément mon truc. Ça manque quand même souvent de détails, et le rendu n’est pas à la hauteur du travail de Wrightson ou de Wood sur ce type de récits fantastiques.
Les dessins d'Auclair sont magnifiques et ont su exprimer toute la beauté de l'esthétique celte. Quant au récit, je n'ai pas compris grand-chose à l'époque et même aujourd'hui, beaucoup d'aspects m'échappent. Je reconnais l'effort positif des auteurs pour donner une voix aux minorités et aux traditions anciennes et c'est pourquoi je garde dans ma bibliothèque, avec fierté, l'édition originale.
L’intrigue a été conçue avant le Covid, et de toute façon le virus en question est une création de toutes pièces des chercheurs liés au complexe militaro-industriel (bizarrement ici avec une sorte de collaboration entre USA et France).
Si cet aspect dégueugueu des armes bactériologiques passe au second plan rapidement (pour revenir en touche finale quand même !), il n’en est pas moins qu’il y a quelques résonnances avec le Covid, et les épisodes de confinements forcés, et de mise entre parenthèses des libertés et des droits de chacun, au profit d’une prétendue raison d’Etat.
Ricar plante très bien le décor dans le premier tome, avec une belle galerie de personnages, souvent archétypes, voire clichés (la journaliste sans scrupules pour trouver un scoop, les conseillers du Président froids calculateurs, des militaires sans état d’âme, et quelques « touristes » plus ou moins bien embouchés). Il utilise aussi très bien le huis-clos – il est vrai assez étendu quand même – avec ce paquebot géant où un homme suspecté d’être contaminé par un virus échappé d’un laboratoire travaillant pour l’armée a trouvé refuge, au milieu de milliers de touristes, dans une promiscuité propice à la propagation dudit virus, extrêmement mortel.
Les deux premiers tomes sont vraiment bien fichus, avec une montée en tension, un rythme haletant, au milieu de diverses hypocrisies.
Mes seuls bémols serait une inutile surenchère avec ces navires militaires pris d’assaut par des confinés désespérés : c’est trop improbable et artificiel.
Par ailleurs, si le dessin de Rica est lisible et fluide, il y a quelques imprécisions, en particulier lorsque des personnages sont en mouvement (ou pour quelques visages).
Mais bon, ça reste une série intéressante. De l’aventure dynamique. Mais aussi quelques questionnements pas dénués d’intérêt : quid des armes bactériologiques secrètes ? Peut-on sacrifier sciemment des centaines, voire des milliers d’individus, pour espérer en sauver plus ? Ces questions d’éthique traversent le récit et le densifient.
Note réelle 3,5/5.
C'est la rencontre entre une famille pauvre en plein hiver et un sympathique prestidigitateur qui vient apporter un peu de chaleur, d'espoir et de réconfort dans leur quotidien difficile.
C'est un conte quasi muet, rapide à lire, qui repose avant tout sur ses ambiances et ses intentions. Tout passe par les gestes, les regards et quelques éléments symboliques, avec une narration claire et accessible, qui conviendra sans doute très bien à un jeune lectorat.
L'ensemble est indéniablement soigné : le trait est doux, les couleurs sont belles, et certaines planches dégagent une vraie poésie, notamment dans les jeux de lumière et les atmosphères hivernales.
Pour autant, j'ai eu du mal à être pleinement emporté. Le récit m'a semblé assez linéaire et surtout très appuyé dans ses intentions. Ce personnage qui dispense joie et espoir à coups de petits tours de magie, de pétales et de musique donne parfois une impression un peu trop douce et convenue, presque naïve, qui limite l'implication.
L'ensemble reste agréable et délicat, avec une vraie sensibilité dans la mise en images, mais il manque sans doute de relief, de surprise ou de second niveau de lecture pour marquer davantage, en particulier pour un lecteur adulte.
Deux auteurs que j’aime bien, sur un concept qui peut être sympa, jouant sur un humour un peu con et décalé, voilà une série qui avaient pas mal d’atouts pour me plaire.
Mais j’en suis sorti déçu. J’ai lu les deux premiers tomes, et ça va me suffire je pense.
Chaque page est composée de deux séries de six cases, qui chacune est conclue par un gag, l’ensemble pouvant vaguement constituer une histoire – en tout cas les relations entre le héros et son robot domestique se développent au fur et à mesure des gags, et un certain nombre d’entre eux se suivent et se réponde, il y a quelques séries (au bureau, aux courses, avec un pote, avec une copine draguée, avec la conseillère Pôle emploi, etc). Mais, globalement, chaque série de six cases peut la plupart du temps se lire indépendamment, ce sont presque des recueils de strips gags sur le même thème.
A savoir un jeune homme, Clunch, gros flemmard célibataire, et son robot domestique, « Rob », nettement plus dynamique et efficace (il ne le remplace pas que pour les tâches ménagères, puisqu’il lui pique la place au boulot, tente de le faire auprès d’une copine, etc.). Ça joue pas mal sur les dialogues entre les deux (les passages centrés sur eux sont les meilleurs, les parties – parfois assez longues – où Rob est absent sont souvent moins intéressantes.
Il y a des idées amusantes, des dialogues et des situations bien sentis, et ça devait sans doute mieux passer en petites pastilles dans le journal de Spirou où ça a été au préalable publié. Mais lire d’une traite plusieurs album passe moins. Surtout que c’est inégal, et que nombre de gags m’ont paru moins drôles, percutants, surprenants.
Le dessin de Mirroir est assez minimaliste (idem pour la colorisation), mais ça passe très bien pour ce type de production.
Note réelle 2,5/5.
Je découvre les auteurs avec cet album, et si j’ai aimé l’ambiance j’avoue que je suis tout de même resté sur ma faim.
Background et scénario me plaisent bien mais j’ai trouvé que le récit s’enlisait un peu, et la fin ne m’a pas vraiment convaincu. Ça reste un voyage pas désagréable mais qui ne me restera pas vraiment en mémoire.
Je n’y ai pas pensé pendant ma lecture mais maintenant ça me fait un peu penser à "L’héritage fossile" dans certains ingrédients (duo de héros, monde hostile, marche en avant, quête …), sauf que dans ce dernier le mystère, la tension … sont bien plus présents et la narration est bien plus astucieuse.
La partie graphique m’a laissé un meilleur a priori que l’histoire. J’ai apprécié le trait (même si parfois j’ai des petites choses à redire) mais c’est surtout les couleurs que je retiendrais, elles donnent beaucoup de corps à l’ensemble, les bonus en fin d’album le démontrent bien, les pages en N&B m’ont semblé bien tristounes.
Pas honteux mais le sentiment de peut mieux faire persiste.
J'ai trouvé dans cet album un honnête polar, porté par un cadre assez original, celui du Hollywood des années 50, qui lui donne par moments de petits accents de polar noir. Sans aller jusqu'au côté vraiment poisseux du genre, l'ambiance reste suffisamment sombre et désabusée pour installer une tension intéressante, d'autant que les coulisses du cinéma apportent un décor assez savoureux.
L'intrigue tient plutôt bien la route, avec ses rebondissements et ses différents fils qui finissent par se recouper de manière cohérente. Ce n'est pas particulièrement surprenant sur le fond, et certains éléments se devinent assez tôt, mais l'ensemble reste efficace et se suit avec plaisir.
En revanche, j'ai eu plus de mal avec le personnage principal. Ce n'est clairement pas quelqu'un d'attachant : il a des réactions souvent trop brutales, parfois excessives, ce qui rend difficile toute forme d'identification ou d'empathie.
De même, si le dessin est globalement sympathique et soigné, j'ai été un peu agacé par la tendance à donner à de nombreux protagonistes des mines patibulaires, aux sourcils systématiquement froncés, à commencer par le héros et le flic qui lui en veut.
La fin m'a également laissé un peu sur ma faim. Elle donne le sentiment de s'interrompre trop tôt : au vu de ce que la police sait à ce moment-là, il est évident que des conséquences vont suivre très rapidement, et c'est frustrant de ne pas les voir.
Cela reste une lecture agréable, un polar classique mais plutôt solide, qui vaut surtout pour son ambiance et son efficacité, même s'il lui manque sans doute un peu de profondeur et une conclusion plus aboutie pour vraiment marquer durablement.
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Black Gospel
Un polar bien tordu comme je l'aime. Le scénariste utilise trois faits historiques qui se sont passés la même semaine (le discours historique de Martin Luther King, un double meurtre jamais dont le coupable n'a jamais été retrouvé et la mort en Afrique de l'activiste américain noir W. E. B. Du Bois) pour concocter un polar efficace qui se passe durant le 20 ème anniversaire du discours de King. C'est un de ses polars où on sait dés le début qui est le coupable et se sont ses motivations qui sont nébuleuses. On va comprendre petit à petit la mentalité de ce tueur via des flashbacks. Certes, le scénario n'échappe pas aux défauts récurrents des polars: il y a des facilités dans le scénario et aussi aucun personnage n'est vraiment attachant. Aussi, le seul truc vraiment captivant est savoir la réponse au mystère et après qu'on le sait il y a pas grand chose qui donne envie de relire l'album un jour. Le noir et blanc est pas mal.
Impact - Green War
Deux choses et demi sont bien : la scène des gens morts à cause du pétrole dont le charnier est assez bien dessiné : ça fait une scène forte plus le dessin, bon quand il s'agit de montrer ce qui se décompose avec son style hachuré. Donc bonne scène plus assez bon dessin, ça fait 1,5. Il y a aussi le fait de porter l'attention sur le fait que la gestion des réfugiés, climatiques ou non, va être de plus en plus privatisé, ce qui ne sent pas très bon pour leurs droits. Donc 1,5+1 = 2,5 que je vais arrondir à 3 pour la couverture. Sinon, je n'ai pas aimé, vu que je n'aime pas le terrorisme, qui a mon avis ne se justifie que contre quelque tyran, mais comme le dit le "héros" les gens ne vont pas renoncer à leur confort, il faut donc court-circuiter la démocratie. Le beau sauveur que voilà ! On a déjà eu des gens d'extrême gauche ou d'extrême droite pour jouer les autoritaires et les totalitaires, il faut croire que ça nous manque, appelons des tyrans. En attendant, notre "héros" tue le PDG de Total : en France on envie les géants du numérique vu qu'on n'en a pas, mais on tape sur un géant pétrolier par envie pour les plus riches, et non par désir de liberté, qu'on sacrifie dès qu'on se toque de quelque cause ou homme providentiel. On est sûr donc que les actes du terroriste plairont à bien des lecteurs, mais en somme, aucune entreprise, nul Etat ne doit payer de rançon pour récupérer quelqu'un de peur d'encourager les ravisseurs et un homme d'ordre comme l'était le terroriste en tant qu'ancien militaire, le sait parfaitement, donc son discours sur la méchante entreprise qui ne sauve ni son PDG ni la planète tombe à plat. Soit l'homme est hypocrite, soit il est incohérent, le beau héros que voilà ! Le patron de Total ne sert en vérité que de bouc émissaire : comme disait Jean Yann, tout le monde veut sauver le monde, personne ne veut descendre les poubelles, mais en approuvant le meurtre d'un méchant capitaliste, on réconcilie les foules sur son dos. Le procès est un beau numéro, aussi, on étend la focale, même une entreprise pas trop polluante sera coupable par complicité vu qu'elle fait affaire avec de pires. Je laisse à penser ce que ça donnerait dans les relations de voisinage ou de famille : si on va assez loin, qui ne sera coupable par association ? Bien sûr, le "héros" a perdu un être proche pour qu'on se sente proche de lui, est puni mais il y a un happy end, comme ça on aura pu faire passer des énormités. Mais ce sont des horreurs qu'il ne faut pas cautionner…. Si les gens le font et imitent, je m'en lave les mains : on aura un gouvernement autoritaire et une terreur écologique avec de tels principes.
Secrets de trolls
Cet album propose cinq courtes histoires librement inspirées du folklore scandinave, mettant en scène trolls, elfes et autres créatures des forêts du Nord. J'y ai trouvé un hommage assez mignon à cet imaginaire, porté avant tout par un travail graphique réussi. Le dessin s'inscrit dans la lignée d'illustrateurs scandinaves classiques comme Carl Larsson ou John Bauer, avec, par moments, une touche qui rappelle aussi Arthur Rackham, notamment dans certaines scènes d'elfes dansants. L'ensemble dégage un charme évident, avec des couleurs sombres mais douces et une atmosphère feutrée qui évoque parfaitement les contes nordiques. Les cinq récits sont très courts et reposent sur des scénarios simples, presque comme de petites fables pour enfants. L'intérêt est moins dans l'intrigue que dans l'ambiance et la manière de donner vie à ce folklore, avec un humour léger et un ton globalement bienveillant. On retrouve souvent en filigrane un message assez classique autour du respect de la nature, de l'équilibre entre l'homme et son environnement, ou encore de l'idée de ne pas prendre plus que ce que l'on donne. Cela fonctionne plutôt bien dans l'ensemble, même si certains passages peuvent paraître un peu appuyés ou légèrement moralisateurs. A noter également que les dialogues, parfois un peu soutenus, ne sont pas toujours les plus adaptés à un très jeune lectorat alors que l'album leur semble pourtant destiné. Malgré ses qualités visuelles et son atmosphère réussie, l'ensemble est assez convenu. Les histoires sont prévisibles, sans véritable surprise, et peinent à captiver. Cela donne une lecture agréable, mais assez sage, qui pourra séduire les plus jeunes ou les amateurs de contes traditionnels, là où un lecteur adulte risque de rester un peu à distance.
Grave - Les Contes du cimetière
Rien d’extraordinaire ni de réellement très original dans ce gros recueil d’histoires courtes. Mais Corben connait ses classiques, et il nous propose quelques récits sympathiques, qui plairont sans doute aux amateurs des « Creepy ». J’ai lu ce recueil par petites touches, et ces « pastilles » passent bien, même si certaines histoires sont un peu trop « légères » à mon goût. Je ne suis pas forcément le cœur de cible de toute façon. Le dessin de Corben – qui change parfois un peu de style – est très lisible. Mais là aussi pas forcément mon truc. Ça manque quand même souvent de détails, et le rendu n’est pas à la hauteur du travail de Wrightson ou de Wood sur ce type de récits fantastiques.
Bran Ruz
Les dessins d'Auclair sont magnifiques et ont su exprimer toute la beauté de l'esthétique celte. Quant au récit, je n'ai pas compris grand-chose à l'époque et même aujourd'hui, beaucoup d'aspects m'échappent. Je reconnais l'effort positif des auteurs pour donner une voix aux minorités et aux traditions anciennes et c'est pourquoi je garde dans ma bibliothèque, avec fierté, l'édition originale.
Virus
L’intrigue a été conçue avant le Covid, et de toute façon le virus en question est une création de toutes pièces des chercheurs liés au complexe militaro-industriel (bizarrement ici avec une sorte de collaboration entre USA et France). Si cet aspect dégueugueu des armes bactériologiques passe au second plan rapidement (pour revenir en touche finale quand même !), il n’en est pas moins qu’il y a quelques résonnances avec le Covid, et les épisodes de confinements forcés, et de mise entre parenthèses des libertés et des droits de chacun, au profit d’une prétendue raison d’Etat. Ricar plante très bien le décor dans le premier tome, avec une belle galerie de personnages, souvent archétypes, voire clichés (la journaliste sans scrupules pour trouver un scoop, les conseillers du Président froids calculateurs, des militaires sans état d’âme, et quelques « touristes » plus ou moins bien embouchés). Il utilise aussi très bien le huis-clos – il est vrai assez étendu quand même – avec ce paquebot géant où un homme suspecté d’être contaminé par un virus échappé d’un laboratoire travaillant pour l’armée a trouvé refuge, au milieu de milliers de touristes, dans une promiscuité propice à la propagation dudit virus, extrêmement mortel. Les deux premiers tomes sont vraiment bien fichus, avec une montée en tension, un rythme haletant, au milieu de diverses hypocrisies. Mes seuls bémols serait une inutile surenchère avec ces navires militaires pris d’assaut par des confinés désespérés : c’est trop improbable et artificiel. Par ailleurs, si le dessin de Rica est lisible et fluide, il y a quelques imprécisions, en particulier lorsque des personnages sont en mouvement (ou pour quelques visages). Mais bon, ça reste une série intéressante. De l’aventure dynamique. Mais aussi quelques questionnements pas dénués d’intérêt : quid des armes bactériologiques secrètes ? Peut-on sacrifier sciemment des centaines, voire des milliers d’individus, pour espérer en sauver plus ? Ces questions d’éthique traversent le récit et le densifient. Note réelle 3,5/5.
Pétales
C'est la rencontre entre une famille pauvre en plein hiver et un sympathique prestidigitateur qui vient apporter un peu de chaleur, d'espoir et de réconfort dans leur quotidien difficile. C'est un conte quasi muet, rapide à lire, qui repose avant tout sur ses ambiances et ses intentions. Tout passe par les gestes, les regards et quelques éléments symboliques, avec une narration claire et accessible, qui conviendra sans doute très bien à un jeune lectorat. L'ensemble est indéniablement soigné : le trait est doux, les couleurs sont belles, et certaines planches dégagent une vraie poésie, notamment dans les jeux de lumière et les atmosphères hivernales. Pour autant, j'ai eu du mal à être pleinement emporté. Le récit m'a semblé assez linéaire et surtout très appuyé dans ses intentions. Ce personnage qui dispense joie et espoir à coups de petits tours de magie, de pétales et de musique donne parfois une impression un peu trop douce et convenue, presque naïve, qui limite l'implication. L'ensemble reste agréable et délicat, avec une vraie sensibilité dans la mise en images, mais il manque sans doute de relief, de surprise ou de second niveau de lecture pour marquer davantage, en particulier pour un lecteur adulte.
Rob
Deux auteurs que j’aime bien, sur un concept qui peut être sympa, jouant sur un humour un peu con et décalé, voilà une série qui avaient pas mal d’atouts pour me plaire. Mais j’en suis sorti déçu. J’ai lu les deux premiers tomes, et ça va me suffire je pense. Chaque page est composée de deux séries de six cases, qui chacune est conclue par un gag, l’ensemble pouvant vaguement constituer une histoire – en tout cas les relations entre le héros et son robot domestique se développent au fur et à mesure des gags, et un certain nombre d’entre eux se suivent et se réponde, il y a quelques séries (au bureau, aux courses, avec un pote, avec une copine draguée, avec la conseillère Pôle emploi, etc). Mais, globalement, chaque série de six cases peut la plupart du temps se lire indépendamment, ce sont presque des recueils de strips gags sur le même thème. A savoir un jeune homme, Clunch, gros flemmard célibataire, et son robot domestique, « Rob », nettement plus dynamique et efficace (il ne le remplace pas que pour les tâches ménagères, puisqu’il lui pique la place au boulot, tente de le faire auprès d’une copine, etc.). Ça joue pas mal sur les dialogues entre les deux (les passages centrés sur eux sont les meilleurs, les parties – parfois assez longues – où Rob est absent sont souvent moins intéressantes. Il y a des idées amusantes, des dialogues et des situations bien sentis, et ça devait sans doute mieux passer en petites pastilles dans le journal de Spirou où ça a été au préalable publié. Mais lire d’une traite plusieurs album passe moins. Surtout que c’est inégal, et que nombre de gags m’ont paru moins drôles, percutants, surprenants. Le dessin de Mirroir est assez minimaliste (idem pour la colorisation), mais ça passe très bien pour ce type de production. Note réelle 2,5/5.
Origines
Je découvre les auteurs avec cet album, et si j’ai aimé l’ambiance j’avoue que je suis tout de même resté sur ma faim. Background et scénario me plaisent bien mais j’ai trouvé que le récit s’enlisait un peu, et la fin ne m’a pas vraiment convaincu. Ça reste un voyage pas désagréable mais qui ne me restera pas vraiment en mémoire. Je n’y ai pas pensé pendant ma lecture mais maintenant ça me fait un peu penser à "L’héritage fossile" dans certains ingrédients (duo de héros, monde hostile, marche en avant, quête …), sauf que dans ce dernier le mystère, la tension … sont bien plus présents et la narration est bien plus astucieuse. La partie graphique m’a laissé un meilleur a priori que l’histoire. J’ai apprécié le trait (même si parfois j’ai des petites choses à redire) mais c’est surtout les couleurs que je retiendrais, elles donnent beaucoup de corps à l’ensemble, les bonus en fin d’album le démontrent bien, les pages en N&B m’ont semblé bien tristounes. Pas honteux mais le sentiment de peut mieux faire persiste.
Balle tragique pour une série Z
J'ai trouvé dans cet album un honnête polar, porté par un cadre assez original, celui du Hollywood des années 50, qui lui donne par moments de petits accents de polar noir. Sans aller jusqu'au côté vraiment poisseux du genre, l'ambiance reste suffisamment sombre et désabusée pour installer une tension intéressante, d'autant que les coulisses du cinéma apportent un décor assez savoureux. L'intrigue tient plutôt bien la route, avec ses rebondissements et ses différents fils qui finissent par se recouper de manière cohérente. Ce n'est pas particulièrement surprenant sur le fond, et certains éléments se devinent assez tôt, mais l'ensemble reste efficace et se suit avec plaisir. En revanche, j'ai eu plus de mal avec le personnage principal. Ce n'est clairement pas quelqu'un d'attachant : il a des réactions souvent trop brutales, parfois excessives, ce qui rend difficile toute forme d'identification ou d'empathie. De même, si le dessin est globalement sympathique et soigné, j'ai été un peu agacé par la tendance à donner à de nombreux protagonistes des mines patibulaires, aux sourcils systématiquement froncés, à commencer par le héros et le flic qui lui en veut. La fin m'a également laissé un peu sur ma faim. Elle donne le sentiment de s'interrompre trop tôt : au vu de ce que la police sait à ce moment-là, il est évident que des conséquences vont suivre très rapidement, et c'est frustrant de ne pas les voir. Cela reste une lecture agréable, un polar classique mais plutôt solide, qui vaut surtout pour son ambiance et son efficacité, même s'il lui manque sans doute un peu de profondeur et une conclusion plus aboutie pour vraiment marquer durablement.