Je sors un brin déçu de cette lecture qui commençait plutôt bien. Son auteur, Vincent Turhan, qui avait déjà commis Les Etoiles s'éteignent à l'aube (pas encore lue) fait preuve d'un bon petit coup de crayon. Les expressions sont savoureuses, et les dialogues plutôt bons et non dénués d'une touche d'humour.
Tout cela est assez vite lu malgré les 170 pages. C'est une lecture aisée, mais qui manque d'un soupçon de profondeur. Il y a deux histoires parallèles : celle du cinéma, avec son couple de propriétaires vieillissants et un peu désabusés d'une part, et celle des braqueurs d'autre part, dont on se doute bien qu'elle va croiser la route du Saudade, le petit cinéma d'art et essai. Mais ni l'une ni l'autre de ces histoires ne sont réellement menées à leur terme, ou poussées dans leurs retranchements, ce qui laisse une sensation de superficialité gâchant un peu le plaisir. Et puis bon, le méchant qui devient gentil, c'est quand même un peu téléphoné.
Bon, je ne suis pas bégueule et j'ai d'ores et déjà réservé Les étoiles s'éteignent à l'aube parce que le dessin est bien, il y a du potentiel chez cet auteur, et surtout, on a tou-te-s le droit de se planter et de produire des trucs moyens...
Une jeune fille solitaire et un peu en décalage avec les autres se retrouve à cohabiter avec le fantôme d'un chien shiba au caractère difficile.
Kori, froide et distante en surface mais marquée intérieurement par le rejet et la solitude, trouve un écho évident en Mu-chan, chien grincheux, agressif dans ses réactions, mais dont la rudesse cache en réalité une forme de bienveillance.
Le manga joue clairement sur une ambiance feel-good, avec des touches plus mélancoliques liées au passé des personnages et au sort des chiens. Cette dimension fonctionne par moments, même si elle reste assez explicite dans sa manière de verbaliser les émotions, ce qui peut donner une impression de manque de subtilité.
Très vite, le récit installe une dynamique attendue, presque programmée, entre ces deux personnages opposés en apparence mais finalement assez proches dans leurs fêlures. La rencontre fonctionne, mais elle dégage aussi une certaine artificialité, comme si tout était déjà écrit d'avance dans une mécanique de buddy movie assez classique.
Le personnage du shiba grincheux concentre d'ailleurs une partie de mes réserves. Son caractère est fortement appuyé, tant dans l'écriture que dans le dessin : faciès exagérément renfrogné, réactions brusques, agressivité quasi systématique dans sa manière de s'exprimer. Cette insistance finit par rendre le personnage moins attachant que prévu, même si j'imagine que certains lecteurs (notamment amateurs de shiba inu) pourront être sensibles à ce contraste entre bouille bougonne et comportement attendrissant.
Par ailleurs, il ne se passe finalement pas grand-chose. Le récit avance tranquillement, au fil de petites scènes du quotidien, avec quelques pointes d'émotion, mais sans véritable tension ni enjeu fort. La relation entre ces deux êtres abîmés qui apprennent à se réparer mutuellement apporte une certaine douceur, même si elle peut parfois sembler un peu mielleuse.
Cela reste une lecture agréable, portée par une idée originale et une galerie de personnages qui pourront séduire par leur côté attachant, amusant ou réconfortant. J'ai néanmoins eu du mal à totalement m'impliquer, en raison de ce côté très balisé et d'un traitement des caractères parfois trop peu subtil pour vraiment me convaincre.
Sympathique BD de Lafebre, qui nous avait déjà plutôt séduit avec sa comédie romantique Malgré tout.
On retrouve les éléments feel good qui le caractérisent : un trait fin, élégant et malicieux, une fraîcheur de ton, des personnages principaux charmants, avec ici une héroïne, insupportable et attachante à la fois.
Il eut été bien excusable et compréhensible que l'auteur récidive dans la comédie romantique, il n'en est rien avec ce qui s'apparente volontiers à une mise en danger : une plongée dans le genre policier, certes allègrement assaisonnée d'éléments de comédie. La thématique féministe est moins présente qu'attendue (la faute à ma surinterprétation de la couverture, fort réussie), celle psychanalytique une agréable surprise.
Une lecture agréable, mais qui laisse un peu sur sa faim, notamment sur les aspects policiers plus conventionnels.
L'inattendu second tome prolonge les bases du premier : une intrigue policière toujours menée avec un dilettantisme charmant, afin de surtout parler de l'héroïne, qui de mémoire évolue quelque peu, apparaissant désormais plus insouciante qu'atta-chiante. Cela n'exclue néanmoins pas la découverte originale de microcosmes particuliers : les milieux du foot, de la prostitution et des militants fascistes.
La manière de mener conjointement l'intrigue policière et la thérapie psychanalytique est très artificielle, mais renoue avec la patte plutôt originale de l'auteur, attaché à chambouler la chronologie de ses intrigues.
Sympathiquement frais, encore une fois.
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Saudade (Vincent Turhan)
Je sors un brin déçu de cette lecture qui commençait plutôt bien. Son auteur, Vincent Turhan, qui avait déjà commis Les Etoiles s'éteignent à l'aube (pas encore lue) fait preuve d'un bon petit coup de crayon. Les expressions sont savoureuses, et les dialogues plutôt bons et non dénués d'une touche d'humour. Tout cela est assez vite lu malgré les 170 pages. C'est une lecture aisée, mais qui manque d'un soupçon de profondeur. Il y a deux histoires parallèles : celle du cinéma, avec son couple de propriétaires vieillissants et un peu désabusés d'une part, et celle des braqueurs d'autre part, dont on se doute bien qu'elle va croiser la route du Saudade, le petit cinéma d'art et essai. Mais ni l'une ni l'autre de ces histoires ne sont réellement menées à leur terme, ou poussées dans leurs retranchements, ce qui laisse une sensation de superficialité gâchant un peu le plaisir. Et puis bon, le méchant qui devient gentil, c'est quand même un peu téléphoné. Bon, je ne suis pas bégueule et j'ai d'ores et déjà réservé Les étoiles s'éteignent à l'aube parce que le dessin est bien, il y a du potentiel chez cet auteur, et surtout, on a tou-te-s le droit de se planter et de produire des trucs moyens...
Shiba Inu Rooms
Une jeune fille solitaire et un peu en décalage avec les autres se retrouve à cohabiter avec le fantôme d'un chien shiba au caractère difficile. Kori, froide et distante en surface mais marquée intérieurement par le rejet et la solitude, trouve un écho évident en Mu-chan, chien grincheux, agressif dans ses réactions, mais dont la rudesse cache en réalité une forme de bienveillance. Le manga joue clairement sur une ambiance feel-good, avec des touches plus mélancoliques liées au passé des personnages et au sort des chiens. Cette dimension fonctionne par moments, même si elle reste assez explicite dans sa manière de verbaliser les émotions, ce qui peut donner une impression de manque de subtilité. Très vite, le récit installe une dynamique attendue, presque programmée, entre ces deux personnages opposés en apparence mais finalement assez proches dans leurs fêlures. La rencontre fonctionne, mais elle dégage aussi une certaine artificialité, comme si tout était déjà écrit d'avance dans une mécanique de buddy movie assez classique. Le personnage du shiba grincheux concentre d'ailleurs une partie de mes réserves. Son caractère est fortement appuyé, tant dans l'écriture que dans le dessin : faciès exagérément renfrogné, réactions brusques, agressivité quasi systématique dans sa manière de s'exprimer. Cette insistance finit par rendre le personnage moins attachant que prévu, même si j'imagine que certains lecteurs (notamment amateurs de shiba inu) pourront être sensibles à ce contraste entre bouille bougonne et comportement attendrissant. Par ailleurs, il ne se passe finalement pas grand-chose. Le récit avance tranquillement, au fil de petites scènes du quotidien, avec quelques pointes d'émotion, mais sans véritable tension ni enjeu fort. La relation entre ces deux êtres abîmés qui apprennent à se réparer mutuellement apporte une certaine douceur, même si elle peut parfois sembler un peu mielleuse. Cela reste une lecture agréable, portée par une idée originale et une galerie de personnages qui pourront séduire par leur côté attachant, amusant ou réconfortant. J'ai néanmoins eu du mal à totalement m'impliquer, en raison de ce côté très balisé et d'un traitement des caractères parfois trop peu subtil pour vraiment me convaincre.
Un polar à Barcelone (Je suis leur silence)
Sympathique BD de Lafebre, qui nous avait déjà plutôt séduit avec sa comédie romantique Malgré tout. On retrouve les éléments feel good qui le caractérisent : un trait fin, élégant et malicieux, une fraîcheur de ton, des personnages principaux charmants, avec ici une héroïne, insupportable et attachante à la fois. Il eut été bien excusable et compréhensible que l'auteur récidive dans la comédie romantique, il n'en est rien avec ce qui s'apparente volontiers à une mise en danger : une plongée dans le genre policier, certes allègrement assaisonnée d'éléments de comédie. La thématique féministe est moins présente qu'attendue (la faute à ma surinterprétation de la couverture, fort réussie), celle psychanalytique une agréable surprise. Une lecture agréable, mais qui laisse un peu sur sa faim, notamment sur les aspects policiers plus conventionnels. L'inattendu second tome prolonge les bases du premier : une intrigue policière toujours menée avec un dilettantisme charmant, afin de surtout parler de l'héroïne, qui de mémoire évolue quelque peu, apparaissant désormais plus insouciante qu'atta-chiante. Cela n'exclue néanmoins pas la découverte originale de microcosmes particuliers : les milieux du foot, de la prostitution et des militants fascistes. La manière de mener conjointement l'intrigue policière et la thérapie psychanalytique est très artificielle, mais renoue avec la patte plutôt originale de l'auteur, attaché à chambouler la chronologie de ses intrigues. Sympathiquement frais, encore une fois.