Les derniers avis (162 avis)

Par Cleck
Note: 3/5
Couverture de la série Green Witch Village
Green Witch Village

Le projet formaliste en diable expliqué en postface (une volonté narrative d'autonomiser chaque planche pour une possible reconstitution en strips façon comics des 50's) est davantage une curiosité oulipienne qu'une démarche proprement intéressante pour le lecteur, car objectivement peu lisible durant la lecture hormis via sa conséquence rythmique et le sentiment d'une avancée dramatique saccadée. Inversement, l'entrée en matière explicitant le voyage dans le temps est véritablement catastrophique : l'essentiel passe par des dialogues d'une lourdeur incroyable et le vu et revu procédé scénaristique de l'évanouissement. Malgré ces deux premières planches d'une finesse pachydermique, une intrigue d'espionnage nous faisant avaler bien des couleuvres et un humour certes pertinent mais répétitif, car toujours basé sur l'observation ironique d'un quotidien des années 50's par un regard façonné en 2025 (l'on ne retrouve pas ici le sel des dialogues d'un Lapinot, multipliant les bons mots, mais toujours en liaison avec une intrigue avançant en partie grâce à eux) ; bref, malgré tous ces défauts, la lecture demeure agréable. L'hommage (aux strips, aux illustrations à l'ancienne, à l'espionnage, à notre représentation des années 50's, à Audrey Hepburn...) est sincère, le rythme d'une originalité intrigante, le principe du voyage dans le temps forcément ludique, le petit monde des actrices en devenir toujours intéressant, l'humour féministe malgré tout plaisant. Oublions tout ce que cette BD aurait pu être et retenons honnêtement le plaisir de la lire.

26/02/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série Eté brûlant à Saint-Allaire
Eté brûlant à Saint-Allaire

Été 1966. Dans le petit village de Saint-Allaire vit Anna Soulette, jeune femme qui attise les convoitises. Autour d'elle se nouent jalousies amoureuses, rivalités de village et soupçons liés à un magot caché, sur fond de chronique rurale teintée de polar. J'ai passé un agréable moment de lecture. Sans être révolutionnaire, l'album fonctionne grâce à son mélange de comédie rurale, de satire sociale et de léger suspense, le tout rythmé par des chapitres introduits par des textes malicieux. Les personnages sont très typés, parfois à la limite de la caricature, mais ils donnent chair à cette France des années 60 reconstituée avec soin. Les dialogues regorgent de bons mots et de sous-entendus, et l'on sent que le scénariste et romancier Franck Bouysse prend plaisir à ciseler ses formules. Graphiquement, le trait expressif de Daniel Casanave, allié aux couleurs fraîches et lumineuses de Claire Champion, apporte une touche moderne à cet univers rétro. L'ensemble dégage une belle lumière et un charme certain, entre tendresse et ironie. L'intrigue reste assez simple et sa résolution m'a semblé un peu facile, presque tombée de nulle part. Il y a une enquête policière, même si elle est annexe au récit principal, et elle est résolue grâce à un indice que j'ai eu l'impression de ne jamais avoir vu auparavant (hormis sa découverte), désignant un coupable dont rien ne laissait présager les motivations ni le passage à l'acte. Quant à la conclusion de l'intrigue principale, elle est heureuse et apaisée, ce qui a le mérite de déjouer les attentes, mais elle m'a également paru trop commode au regard des ombres qui planaient jusque-là. Tout semblait annoncer un basculement vers le drame : racisme ordinaire, avidité, rancœurs familiales, haines tenaces... Cette tension constante m'a d'ailleurs empêché de goûter pleinement la douceur supposée de ce village, qui aurait autrement eu tout pour me séduire. Je ressors donc relativement diverti de ma lecture, ayant apprécié la part ensoleillée de son ambiance et de ses dialogues truculents, mais étant resté plus réservé face à sa tension dramatique et à la rapidité de sa résolution.

26/02/2026 (modifier)
Par Josq
Note: 3/5
Couverture de la série Les Dossiers du B.I.D.E.
Les Dossiers du B.I.D.E.

Récemment, j'ai découvert la quasi-totalité des films de Jean Yanne, que je ne connaissais pour ainsi dire pas. Excellente découverte de cet humour d'une autre époque, parfait reflet de ladite époque ! En apprenant qu'il avait fait deux bandes dessinées avec Tito Topin, dessinateur de plusieurs génériques mémorables de ses films, je me suis précipité dessus. Là encore, Les Dossiers du B.I.D.E. sont le parfait reflet d'une époque. Déjà graphiquement, il n'y a qu'à regarder une seule page, Topin abuse largement du style psychédélique. Tout est ultra-flash, aucun trait n'est droit, le dessinateur s'échappe de la réalité dès qu'il le peut, ce qui - à mon sens - rencontre vite ses limites dans une bande dessinée, où la narration du récit nécessite une cohérence minimale. Ici, c'est parfois difficile à suivre, ou juste lassant, dans la mesure où ça n'est vraiment pas un style graphique auquel j'adhère. Cela dit, on retrouve complètement l'esprit de Jean Yanne au scénario, et là, pour le coup, j'adhère bien davantage. Les dialogues sont truffés de calembours tous plus nuls (et donc hilarants) les uns que les autres. Au-delà de ça, Yanne s'amuse comme toujours à dézinguer toutes les institutions de son époque avec une acidité qui fait du bien. C'est décapant, mais jamais véritablement méchant, on sent bien que l'auteur tire sur des institutions, des groupes, des symboles, mais jamais sur les personnes en elles-mêmes. Impression renforcée par le recours à l'absurde (très poussé) qui atténue la charge politique qu'on aurait pu voir dans ces récits. Même si je préférerais toujours les films de Yanne, particulièrement ses deux sommets que sont Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil et surtout le génialissime Moi y'en a vouloir des sous, je n'ai donc pas détesté la lecture de ces deux bandes dessinées, même si je pense que, finalement, elles auraient eu plus de portée avec un dessin plus classique. Mais pour les amateurs de l'humour "yannesque", c'est à lire.

26/02/2026 (modifier)
Par Gaston
Note: 3/5
Couverture de la série Un été d'enfer !
Un été d'enfer !

Des trois albums de Vera Brosgol traduits en français jusqu'à présent, c'est celui-ci qui m'a paru le moins intéressant. Il faut dire que les deux albums contiennent des éléments fantastiques et donc que tout pouvait arriver alors qu'ici on est dans un récit basé sur des souvenirs de colos de l'autrice ainsi que des gens de son entourage, alors tout est plus terre à terre. On suit donc une jeune fille américaine d'origine russe qui a du mal à se faire des amies et qui espère s'en faire dans une colo qui s'adresse aux expatriés russes. Évidemment, cela ne va pas se passer aussi facilement qu'elle le pensait et elle est souvent très malheureuse. Le one-shot n'est pas mauvais en soi, il se laisse lire sans problème, il y a des bonnes scènes et le dessin de Brosgol est toujours aussi bon. Les introvertis comme l'héroïne risquent de se retrouver dans certaines situations. Le problème est qu'au final le scénario est trop banal et un peu trop convenu pour être passionnant à lire. Le seul aspect vraiment original est que cela se passe dans un camp pour Russes orthodoxes, mais la plupart du temps on dirait que ça se passe dans n'importe quelle colo de vacances.

26/02/2026 (modifier)
Par Ubrald
Note: 3/5
Couverture de la série La Pyramide de Ponzi
La Pyramide de Ponzi

Un peu déçu par cette bd qui reste néanmoins très correcte. Je l’ai avant tout lue pour comprendre le mécanisme des pyramides de Ponzi. Ce n’est pas incompréhensible, mais j’ai trouvé les explications assez courtes et peu instructives. J’aurais aimé des explications plus pédagogiques, plus travaillées à la Christophe Blain par exemple. L’aspect biographique sur Sieur Ponzi est cependant assez sympathique. Le dessin a un côté romantique et nous transporte facilement à cette époque. Note : 2,5

25/02/2026 (modifier)
Couverture de la série Moi, Paula 25 ans, 10 ans de privation
Moi, Paula 25 ans, 10 ans de privation

Si l’album est vaguement romancé, et que l’héroïne se prénomme Paula, il semblerait qu’Hermine nous raconte ici quelque chose d’autobiographique. L’album est donc uniquement centré sur Laura, qui monologue, discute avec sa psy, ou a quelques échanges avec ses parents ou quelques amis. Tout tourne autour de ses obsessions – directement liées aux injonctions de la société, relayées par amis, collègues, parents – pour lesquelles Laura devrait être « belle », c’est-à-dire sans « gras superflu ». Au milieu des dépressions, des régimes plus ou moins violents et exotiques, des tentatives pour cacher à ses proches son mal-être et ses kilos sous disant en trop, Paula cherche à émerger, à trouver une solution. Déjà à s’accepter telle qu’elle est. Et comprendre les mécanismes à l’œuvre. En fin d’album, de nombreuses ressources (numéros verts/hotlines, bibliographie, associations) pouvant aider ceux et celles (les femmes étant plus touchées que les hommes par les injonctions sociétales) qui rencontreraient les mêmes soucis que Paula. Le dessin est statique, avec quelques itérations iconiques, et la narration n’est pas non plus très dynamique. Mais l’essentiel est sans doute ailleurs, l’album a surtout valeur d’exemple, de lecture propice à déclencher un processus de sortie d’une spirale négative (qui peut mener au suicide).

25/02/2026 (modifier)
Couverture de la série Gilgamesh (Glénat)
Gilgamesh (Glénat)

C’est je crois la première série que je lis dans cette collection, et je commence avec un mythe qui n’est pas grec. Mais qui est fondateur, puisqu’il a plus ou moins inspiré des personnages et épisodes de la Bible (voir l’épisode du déluge) ou des mythes grecs (Héraclès par exemple). Ce triptyque est globalement bien fichu, intéressant. C’est une très bonne vulgarisation de ce mythe. En fin de premier tome, Luc Ferry propose une très bonne présentation et analyse de ce mythe. Je ne sais trop quoi penser de cet emplacement. En effet, il permet au lecteur n’ayant aucune connaissance du mythe de se familiariser avec lui rapidement – et cela devait aussi jouer pour l’éditeur, soucieux de captiver un lectorat pour les tomes suivants. Mais d’un autre côté ce texte très bien fichu « spoile » complètement le récit, et du coup les deux derniers albums ne ménagent aucune surprise et font même un peu redite par rapport au texte de Ferry (je serais donc tenté de recommander la lecture du texte de Ferry après avoir lu les trois albums BD). Pour ce qui est de la partie BD donc, la narration est aérée, l’histoire est facile à suivre. La conclusion brutale prend son sens après lecture du texte de Ferry. Le dessin fait le boulot – même s’il est avare de détails. Le changement au niveau de la colorisation dans le dernier tome est un peu surprenant au début, mais le changement s’avère finalement mineur (mais elle lisse un peu trop les détails quand même). Si ce mythe vous a intéressé, je vous recommande la version de Jens Harder (Gilgamesh (Harder)), un auteur que j’aime beaucoup, et qui a produit quelque chose de plus exigeant, jouant sur un tout autre registre que ce triptyque : deux lectures complémentaires finalement, celle de « La sagesse des mythes » étant clairement plus grand – ou tout – public.

25/02/2026 (modifier)
Par Gaston
Note: 3/5
Couverture de la série Chasseurs de trésors - Enquête sur la dissémination du patrimoine religieux au Québec
Chasseurs de trésors - Enquête sur la dissémination du patrimoine religieux au Québec

Depuis les années 60-70, la pratique de la religion catholique a grandement baissé au Québec. Cela a donc changé en profondeur la société comme le fait que des églises sont laissées à l'abandon et finissent par être démolies pour qu'on construise autre chose... Alors qu'arrive-t-il de tous les artéfacts religieux de ces églises ? J'avoue que je ne me suis jamais posé de question sur ce qui arrivait au patrimoine religieux au Québec. Je pense que je devais croire naïvement que tous les objets religieux revenaient au Vatican ou allaient tout simplement dans une autre église. J'ai trouvé cela intéressant de voir ce qui arrivait à tout ce patrimoine religieux dont la plupart des québécois se foutent. Sachez que dans cet album vous allez en voir des vertes et des pas mûres avec des gens qui vendent carrément des artéfacts religieux sur des sites de ventes grands publics alors que c'est censé être illégal... il faut dire que souvent les autorités religieuses en ont rien à foutre elles-mêmes et voient souvent ces vieux objets comme un truc pour avoir facilement de l'argent pour payer les réparations des églises. Franchement, je ne suis pas religieux, mais je suis attaché à l'histoire et je rage de voir des trucs comme cette congrégation religieuse qui était prête à jeter aux ordures des textes datant du 17 ème siècle parce que 'ça prenait trop de place'. Ce documentaire met en avant des chasseurs de trésors qui essaient le plus possible de trouver et sauver ce patrimoine religieux et historique. C'est assez intéressant, mais je trouve que la narration et la mise en scène sont un peu plates et manquent de dynamisme. En tous cas, c'est un bon album si on s'intéresse au sujet qu'il touche. Et pour un lecteur européen cela lui permettra de découvrir un peu plus le Québec.

25/02/2026 (modifier)
Couverture de la série Vivre libre ou mourir - Punk et Rock alternatif en France, 1981/1989
Vivre libre ou mourir - Punk et Rock alternatif en France, 1981/1989

Les deux auteurs s’intéressent de longue date aux cultures et musiques qui sortent des sentiers battus (voir leur relativement récent Underground) dans la même collection de Glénat. Ici, ils s’intéressent au mouvement Punk en France – et à son dérivé « Rock alternatif », durant la décennie des années 1980 – même s’ils débordent un peu en amont et en aval de cette période. On sent que les auteurs sont à la fois connaisseurs, mais aussi « amoureux » de leur sujet, et qu’ils ont puisé aux bonnes sources pour construire leur documentaire, très détaillé, rempli d’informations de première main, mais qui sont toujours contextualisées. Car c’est aussi l’intérêt de ce documentaire de ne pas se contenter de l’aspect purement et uniquement musical, « artistique » (même si cet adjectif aurait révulsé certains des puristes punks des débuts), et de toujours l’inscrire dans un contexte politique et social plus général. La fin du Giscardisme, l’arrivée de la gauche au pouvoir (les progrès et les rapides désillusions), la montée du FN sont autant de marqueurs forts, pour des groupes qui souvent se sont inscrits hors du système, mais dans les luttes sociales. Je n’ai découvert certains de ces groupes (Bérurier Noir, Ludwig Von 88) que vers 1988, un copain lycéen me les ayant fait écouter. Et je n’ai vu les Bérurier qu’une seule fois, lorsque je participais aux manifestations contre la réforme Devaquet (perchés sur un char, ils donnaient une pêche de folie aux manifestants autour d’eux !). Et la Mano Negra ou les Négresses vertes que j’ai écouté ensuite étaient un peu le feu de la comète, on était déjà dans quelque chose de plus « commercial ». Mais cet album se révèle à la fois factuel et intéressant, et les lecteurs peuvent (re)découvrir un pan de la culture populaire qui s’est développé sans – voire contre – les médias traditionnels (le mépris et le et le refus de collaborer étant sans doute réciproques, tout du moins jusqu’à la fin des années 1980).

24/02/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série Les Enfants du bois
Les Enfants du bois

Aliénor, adolescente persuadée d'être malade depuis des années, voit son quotidien bouleversé le jour où son père, inventeur de génie un peu inquiétant, lui offre pour son anniversaire un petit frère au corps de métal. Le garçonnet s'appelle Blaise, comme le frère qu'elle n'a jamais connu, et son père affirme qu'il possède une âme. Lorsqu'elle découvre que sa maladie dissimule en réalité un mensonge bien plus grave, elle s'enfuit dans les bois avec ce frère mécanique. Avec cette BD, on est dans un registre gothico-mélancolique pour adolescents qui aurait parfaitement trouvé sa place dans la collection Métamorphoses des éditions Soleil. L'ambiance est sombre, légèrement brumeuse, entre conte macabre et fable initiatique, mais clairement destinée à un jeune public (Young Adult, comme on dit). Le dessin s'inscrit pleinement dans cette tonalité popularisée par plusieurs autrices italiennes nourries de littérature gothique, de Disney et de manga : un imaginaire romantique sombre assumé, porté par un graphisme accessible aux jeunes lecteurs. Visuellement, cela fonctionne plutôt bien, même si l'ensemble reste très balisé dans ses codes. Sur le fond, le récit aborde le deuil, la frontière entre l'humain et la machine, ainsi que la tentation prométhéenne d'un inventeur qui rappellera inévitablement Frankenstein. L'intention est louable et les thèmes sont forts, mais il se dégage de l'ensemble une tonalité légèrement mièvre, celle d'un récit davantage destiné aux adolescents qu'aux adultes. Le personnage du père, notamment, m'a semblé stéréotypé dans son rôle à la fois autoritaire et manipulateur, tout en revendiquant un amour absolu pour sa famille afin de justifier ses actes. Il incarne presque trop parfaitement la figure du savant aveuglé par son propre génie, ce qui enlève un peu de subtilité à l'ensemble. Je ne peux pas dire que ce soit raté : le dessin est mignon et d'une belle qualité technique. Mais je trouve le tout trop tendre et convenu dans sa manière d'aborder des thèmes pourtant largement exploités, comme si la noirceur était constamment adoucie pour rester accessible.

24/02/2026 (modifier)