Dans un décor très américain, cette série jeunesse mêle action et fantasy autour de deux jeunes héroïnes pleines d'énergie. Charlie, accompagnée de sa voisine Emma, découvre que de nombreux enfants, dont sa propre sœur, se rendent chaque nuit dans un mystérieux monde du Rêve pour affronter des créatures qui menacent directement l'imaginaire humain. Car derrière cette idée assez simple se cache un enjeu bien plus vaste : si ces forces venaient à l'emporter, les conséquences dans le monde réel pourraient être cataclysmiques.
Visuellement, le dessin du canadien Tri Vuong est une réussite. Très dynamique et moderne, il oscille entre le style de l'animation et une esthétique young adult, avec une mise en scène nerveuse qui accompagne bien l'action. L'ensemble dégage une ambiance très comic book, renforcée par le cadre américain et par le rythme soutenu du récit.
Ce premier tome mise clairement sur l'énergie et l'immersion plutôt que sur les explications. Le monde du Rêve est présenté comme une sorte de réalité parallèle, à la fois chaotique et organisée, avec des accents presque paramilitaires, sans que ses règles ou ses enjeux soient réellement clarifiés. On suit les héroïnes dans leur découverte en restant volontairement dans le flou, ce qui peut être à la fois intrigant et un peu frustrant. Il en va de même pour les éléments plus inquiétants, comme les corbeaux du Grand Kontrol, dont les tenues évoquent celles de Jin-Roh et qui laissent planer une menace encore assez opaque à ce stade du récit.
Le duo d'héroïnes fonctionne bien, notamment grâce au personnage d'Emma, voisine débrouillarde et inventive qui n'est pas sans rappeler le Data du film Les Goonies, avec ses gadgets bricolés et son enthousiasme communicatif. Cette dynamique apporte fraîcheur et humour à l'ensemble.
On se laisse facilement emporter par le rythme et l'énergie de cette série, mais ce premier tome donne surtout le sentiment d'une mise en place encore nébuleuse. Reste à voir si la suite parviendra à éclaircir les enjeux et à donner une véritable cohérence à cet univers riche mais encore très flou.
J'ai lu cette BD peu après La Tour de Babel - Voyages au coeur du grand bazar européen et je trouve qu'on a le même genre de BD, ce qui m'a fait ressortir encore plus les défauts.
Le premier d'entre eux, c'est ce gimmick qui m'agace de mettre deux personnages dont l'un explique à l'autre ce qu'il faut comprendre. C'est assez souvent une façon un peu fainéante de faire passer le message par des dialogues qui mettent un des personnages en avatar du lecteur, mais plusieurs BD que j'ai lu parviennent à faire mieux en imaginant quelque chose de plus ludique ou créatif narrativement. Le gros souci que j'ai avec, c'est qu'ici encore les explications sont souvent parasitées par les facéties d'un personnage qui s'amuse en arrière plan, comme si l'autrice avait peur de lasser par des explications rébarbatives et donc en laissant un peu d'amusement passer dans ces planches. Sauf qu'en tant que lecteur, ça me fait lire souvent deux fois la même planche, une fois pour comprendre le propos qui est dense, une fois pour apprécier ce qui est dit derrière dans les personnages rigolos. Cet artifice est souvent lourd dans la lecture puisqu'il casse une fluidité que j'attends de la BD.
Maintenant, le propos de la BD est intéressant sur ce fameux conseil constitutionnel, organisme garant de l’État de droit et qui semble sacrément intéressant en notre temps (je dis ça comme ça ...). Je ne connaissais pas toutes ses prérogatives ni son histoire, mais c'est intéressant. D'ailleurs je crois que cette BD complète bien d'autres ouvrages sur notre démocratie et les arcanes législatives qui gèrent notre vie. C'est dommage que la réalisation ne soit pas suffisamment léché pour arriver à faire ressentir l'essentiel de ce conseil constitutionnel, notamment par des schémas ou des métaphores bien senties qui font passer clairement l'essentiel de ces informations. J'ai quelques bribes en tête mais la majorité est déjà en train de s'effacer et la BD ne m'a pas suffisamment convaincu pour que je la relise. D'autres BD documentaires m'ont fait ressentir de manière bien plus efficace leurs sujets.
C'est donc une BD intéressante, dont la réalisation est fonctionnelle mais pas extraordinaire que je ne trouve pas particulièrement notable. De fait, la BD est un peu longue pour ce que j'en retiens, et je ne serais pas convaincu qu'il faille la lire. C'est une BD plus intéressante pour des jeunes qui découvrent les rouages de notre état.
Du bon post apo qui tâche, de la série B de qualité.
Cette bande est largement ignorée et pourtant c'est un très bon recueil d'histoires courtes qui n'a pas à rougir face aux autres productions de la catégorie SF post apo.
Le trait de Rubio, qui fait très années 90, est plein de charme.
Si on veut chercher la petite bête, cette bande se lit assez vite étant donné qu'on compte seulement 42 pages.
Lecture recommandée.
2.5
Gou Tanabe semble vouloir adapter toute l'œuvre de Lovecraft et il continue avec ses nouvelles dont plusieurs mettent en vedette le personnage de Randolph Carter. On retrouve certains des thèmes chers à l'auteur, comme le monde des rêves (Lovecraft passait son temps à faire des cauchemars), les secrets de l'univers que les humains ne devraient pas connaitre, la mince ligne entre le rêve et la réalité....
Le résultat est encore une fois correct, mais aucune des histoires courtes ne m'a pas semblé mémorable. Certaines m'ont même laissé sur ma faim avec des fins qui m'ont semblé abruptes. Un autre problème est que Lovecraft reprend toujours les mêmes obsessions, alors à force les récits deviennent un peu trop répétitifs et les péripéties sont faciles à devenir.
En gros, un album pour ceux qui ont déjà adoré les autres adaptations de cet auteur sur Lovecraft. Ce n'est pas un album que je conseillerais à ceux qui n'ont pas encore découvert le travail de Tanabe.
Je sors un brin déçu de cette lecture qui commençait plutôt bien. Son auteur, Vincent Turhan, qui avait déjà commis Les Etoiles s'éteignent à l'aube (pas encore lue) fait preuve d'un bon petit coup de crayon. Les expressions sont savoureuses, et les dialogues plutôt bons et non dénués d'une touche d'humour.
Tout cela est assez vite lu malgré les 170 pages. C'est une lecture aisée, mais qui manque d'un soupçon de profondeur. Il y a deux histoires parallèles : celle du cinéma, avec son couple de propriétaires vieillissants et un peu désabusés d'une part, et celle des braqueurs d'autre part, dont on se doute bien qu'elle va croiser la route du Saudade, le petit cinéma d'art et essai. Mais ni l'une ni l'autre de ces histoires ne sont réellement menées à leur terme, ou poussées dans leurs retranchements, ce qui laisse une sensation de superficialité gâchant un peu le plaisir. Et puis bon, le méchant qui devient gentil, c'est quand même un peu téléphoné.
Bon, je ne suis pas bégueule et j'ai d'ores et déjà réservé Les étoiles s'éteignent à l'aube parce que le dessin est bien, il y a du potentiel chez cet auteur, et surtout, on a tou-te-s le droit de se planter et de produire des trucs moyens...
Une jeune fille solitaire et un peu en décalage avec les autres se retrouve à cohabiter avec le fantôme d'un chien shiba au caractère difficile.
Kori, froide et distante en surface mais marquée intérieurement par le rejet et la solitude, trouve un écho évident en Mu-chan, chien grincheux, agressif dans ses réactions, mais dont la rudesse cache en réalité une forme de bienveillance.
Le manga joue clairement sur une ambiance feel-good, avec des touches plus mélancoliques liées au passé des personnages et au sort des chiens. Cette dimension fonctionne par moments, même si elle reste assez explicite dans sa manière de verbaliser les émotions, ce qui peut donner une impression de manque de subtilité.
Très vite, le récit installe une dynamique attendue, presque programmée, entre ces deux personnages opposés en apparence mais finalement assez proches dans leurs fêlures. La rencontre fonctionne, mais elle dégage aussi une certaine artificialité, comme si tout était déjà écrit d'avance dans une mécanique de buddy movie assez classique.
Le personnage du shiba grincheux concentre d'ailleurs une partie de mes réserves. Son caractère est fortement appuyé, tant dans l'écriture que dans le dessin : faciès exagérément renfrogné, réactions brusques, agressivité quasi systématique dans sa manière de s'exprimer. Cette insistance finit par rendre le personnage moins attachant que prévu, même si j'imagine que certains lecteurs (notamment amateurs de shiba inu) pourront être sensibles à ce contraste entre bouille bougonne et comportement attendrissant.
Par ailleurs, il ne se passe finalement pas grand-chose. Le récit avance tranquillement, au fil de petites scènes du quotidien, avec quelques pointes d'émotion, mais sans véritable tension ni enjeu fort. La relation entre ces deux êtres abîmés qui apprennent à se réparer mutuellement apporte une certaine douceur, même si elle peut parfois sembler un peu mielleuse.
Cela reste une lecture agréable, portée par une idée originale et une galerie de personnages qui pourront séduire par leur côté attachant, amusant ou réconfortant. J'ai néanmoins eu du mal à totalement m'impliquer, en raison de ce côté très balisé et d'un traitement des caractères parfois trop peu subtil pour vraiment me convaincre.
Sympathique BD de Lafebre, qui nous avait déjà plutôt séduit avec sa comédie romantique Malgré tout.
On retrouve les éléments feel good qui le caractérisent : un trait fin, élégant et malicieux, une fraîcheur de ton, des personnages principaux charmants, avec ici une héroïne, insupportable et attachante à la fois.
Il eut été bien excusable et compréhensible que l'auteur récidive dans la comédie romantique, il n'en est rien avec ce qui s'apparente volontiers à une mise en danger : une plongée dans le genre policier, certes allègrement assaisonnée d'éléments de comédie. La thématique féministe est moins présente qu'attendue (la faute à ma surinterprétation de la couverture, fort réussie), celle psychanalytique une agréable surprise.
Une lecture agréable, mais qui laisse un peu sur sa faim, notamment sur les aspects policiers plus conventionnels.
L'inattendu second tome prolonge les bases du premier : une intrigue policière toujours menée avec un dilettantisme charmant, afin de surtout parler de l'héroïne, qui de mémoire évolue quelque peu, apparaissant désormais plus insouciante qu'atta-chiante. Cela n'exclue néanmoins pas la découverte originale de microcosmes particuliers : les milieux du foot, de la prostitution et des militants fascistes.
La manière de mener conjointement l'intrigue policière et la thérapie psychanalytique est très artificielle, mais renoue avec la patte plutôt originale de l'auteur, attaché à chambouler la chronologie de ses intrigues.
Sympathiquement frais, encore une fois.
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Les Grands Rêveurs
Dans un décor très américain, cette série jeunesse mêle action et fantasy autour de deux jeunes héroïnes pleines d'énergie. Charlie, accompagnée de sa voisine Emma, découvre que de nombreux enfants, dont sa propre sœur, se rendent chaque nuit dans un mystérieux monde du Rêve pour affronter des créatures qui menacent directement l'imaginaire humain. Car derrière cette idée assez simple se cache un enjeu bien plus vaste : si ces forces venaient à l'emporter, les conséquences dans le monde réel pourraient être cataclysmiques. Visuellement, le dessin du canadien Tri Vuong est une réussite. Très dynamique et moderne, il oscille entre le style de l'animation et une esthétique young adult, avec une mise en scène nerveuse qui accompagne bien l'action. L'ensemble dégage une ambiance très comic book, renforcée par le cadre américain et par le rythme soutenu du récit. Ce premier tome mise clairement sur l'énergie et l'immersion plutôt que sur les explications. Le monde du Rêve est présenté comme une sorte de réalité parallèle, à la fois chaotique et organisée, avec des accents presque paramilitaires, sans que ses règles ou ses enjeux soient réellement clarifiés. On suit les héroïnes dans leur découverte en restant volontairement dans le flou, ce qui peut être à la fois intrigant et un peu frustrant. Il en va de même pour les éléments plus inquiétants, comme les corbeaux du Grand Kontrol, dont les tenues évoquent celles de Jin-Roh et qui laissent planer une menace encore assez opaque à ce stade du récit. Le duo d'héroïnes fonctionne bien, notamment grâce au personnage d'Emma, voisine débrouillarde et inventive qui n'est pas sans rappeler le Data du film Les Goonies, avec ses gadgets bricolés et son enthousiasme communicatif. Cette dynamique apporte fraîcheur et humour à l'ensemble. On se laisse facilement emporter par le rythme et l'énergie de cette série, mais ce premier tome donne surtout le sentiment d'une mise en place encore nébuleuse. Reste à voir si la suite parviendra à éclaircir les enjeux et à donner une véritable cohérence à cet univers riche mais encore très flou.
Dans les couloirs du Conseil constitutionnel
J'ai lu cette BD peu après La Tour de Babel - Voyages au coeur du grand bazar européen et je trouve qu'on a le même genre de BD, ce qui m'a fait ressortir encore plus les défauts. Le premier d'entre eux, c'est ce gimmick qui m'agace de mettre deux personnages dont l'un explique à l'autre ce qu'il faut comprendre. C'est assez souvent une façon un peu fainéante de faire passer le message par des dialogues qui mettent un des personnages en avatar du lecteur, mais plusieurs BD que j'ai lu parviennent à faire mieux en imaginant quelque chose de plus ludique ou créatif narrativement. Le gros souci que j'ai avec, c'est qu'ici encore les explications sont souvent parasitées par les facéties d'un personnage qui s'amuse en arrière plan, comme si l'autrice avait peur de lasser par des explications rébarbatives et donc en laissant un peu d'amusement passer dans ces planches. Sauf qu'en tant que lecteur, ça me fait lire souvent deux fois la même planche, une fois pour comprendre le propos qui est dense, une fois pour apprécier ce qui est dit derrière dans les personnages rigolos. Cet artifice est souvent lourd dans la lecture puisqu'il casse une fluidité que j'attends de la BD. Maintenant, le propos de la BD est intéressant sur ce fameux conseil constitutionnel, organisme garant de l’État de droit et qui semble sacrément intéressant en notre temps (je dis ça comme ça ...). Je ne connaissais pas toutes ses prérogatives ni son histoire, mais c'est intéressant. D'ailleurs je crois que cette BD complète bien d'autres ouvrages sur notre démocratie et les arcanes législatives qui gèrent notre vie. C'est dommage que la réalisation ne soit pas suffisamment léché pour arriver à faire ressentir l'essentiel de ce conseil constitutionnel, notamment par des schémas ou des métaphores bien senties qui font passer clairement l'essentiel de ces informations. J'ai quelques bribes en tête mais la majorité est déjà en train de s'effacer et la BD ne m'a pas suffisamment convaincu pour que je la relise. D'autres BD documentaires m'ont fait ressentir de manière bien plus efficace leurs sujets. C'est donc une BD intéressante, dont la réalisation est fonctionnelle mais pas extraordinaire que je ne trouve pas particulièrement notable. De fait, la BD est un peu longue pour ce que j'en retiens, et je ne serais pas convaincu qu'il faille la lire. C'est une BD plus intéressante pour des jeunes qui découvrent les rouages de notre état.
Persecution
Du bon post apo qui tâche, de la série B de qualité. Cette bande est largement ignorée et pourtant c'est un très bon recueil d'histoires courtes qui n'a pas à rougir face aux autres productions de la catégorie SF post apo. Le trait de Rubio, qui fait très années 90, est plein de charme. Si on veut chercher la petite bête, cette bande se lit assez vite étant donné qu'on compte seulement 42 pages. Lecture recommandée.
L'Indicible
2.5 Gou Tanabe semble vouloir adapter toute l'œuvre de Lovecraft et il continue avec ses nouvelles dont plusieurs mettent en vedette le personnage de Randolph Carter. On retrouve certains des thèmes chers à l'auteur, comme le monde des rêves (Lovecraft passait son temps à faire des cauchemars), les secrets de l'univers que les humains ne devraient pas connaitre, la mince ligne entre le rêve et la réalité.... Le résultat est encore une fois correct, mais aucune des histoires courtes ne m'a pas semblé mémorable. Certaines m'ont même laissé sur ma faim avec des fins qui m'ont semblé abruptes. Un autre problème est que Lovecraft reprend toujours les mêmes obsessions, alors à force les récits deviennent un peu trop répétitifs et les péripéties sont faciles à devenir. En gros, un album pour ceux qui ont déjà adoré les autres adaptations de cet auteur sur Lovecraft. Ce n'est pas un album que je conseillerais à ceux qui n'ont pas encore découvert le travail de Tanabe.
Saudade (Vincent Turhan)
Je sors un brin déçu de cette lecture qui commençait plutôt bien. Son auteur, Vincent Turhan, qui avait déjà commis Les Etoiles s'éteignent à l'aube (pas encore lue) fait preuve d'un bon petit coup de crayon. Les expressions sont savoureuses, et les dialogues plutôt bons et non dénués d'une touche d'humour. Tout cela est assez vite lu malgré les 170 pages. C'est une lecture aisée, mais qui manque d'un soupçon de profondeur. Il y a deux histoires parallèles : celle du cinéma, avec son couple de propriétaires vieillissants et un peu désabusés d'une part, et celle des braqueurs d'autre part, dont on se doute bien qu'elle va croiser la route du Saudade, le petit cinéma d'art et essai. Mais ni l'une ni l'autre de ces histoires ne sont réellement menées à leur terme, ou poussées dans leurs retranchements, ce qui laisse une sensation de superficialité gâchant un peu le plaisir. Et puis bon, le méchant qui devient gentil, c'est quand même un peu téléphoné. Bon, je ne suis pas bégueule et j'ai d'ores et déjà réservé Les étoiles s'éteignent à l'aube parce que le dessin est bien, il y a du potentiel chez cet auteur, et surtout, on a tou-te-s le droit de se planter et de produire des trucs moyens...
Shiba Inu Rooms
Une jeune fille solitaire et un peu en décalage avec les autres se retrouve à cohabiter avec le fantôme d'un chien shiba au caractère difficile. Kori, froide et distante en surface mais marquée intérieurement par le rejet et la solitude, trouve un écho évident en Mu-chan, chien grincheux, agressif dans ses réactions, mais dont la rudesse cache en réalité une forme de bienveillance. Le manga joue clairement sur une ambiance feel-good, avec des touches plus mélancoliques liées au passé des personnages et au sort des chiens. Cette dimension fonctionne par moments, même si elle reste assez explicite dans sa manière de verbaliser les émotions, ce qui peut donner une impression de manque de subtilité. Très vite, le récit installe une dynamique attendue, presque programmée, entre ces deux personnages opposés en apparence mais finalement assez proches dans leurs fêlures. La rencontre fonctionne, mais elle dégage aussi une certaine artificialité, comme si tout était déjà écrit d'avance dans une mécanique de buddy movie assez classique. Le personnage du shiba grincheux concentre d'ailleurs une partie de mes réserves. Son caractère est fortement appuyé, tant dans l'écriture que dans le dessin : faciès exagérément renfrogné, réactions brusques, agressivité quasi systématique dans sa manière de s'exprimer. Cette insistance finit par rendre le personnage moins attachant que prévu, même si j'imagine que certains lecteurs (notamment amateurs de shiba inu) pourront être sensibles à ce contraste entre bouille bougonne et comportement attendrissant. Par ailleurs, il ne se passe finalement pas grand-chose. Le récit avance tranquillement, au fil de petites scènes du quotidien, avec quelques pointes d'émotion, mais sans véritable tension ni enjeu fort. La relation entre ces deux êtres abîmés qui apprennent à se réparer mutuellement apporte une certaine douceur, même si elle peut parfois sembler un peu mielleuse. Cela reste une lecture agréable, portée par une idée originale et une galerie de personnages qui pourront séduire par leur côté attachant, amusant ou réconfortant. J'ai néanmoins eu du mal à totalement m'impliquer, en raison de ce côté très balisé et d'un traitement des caractères parfois trop peu subtil pour vraiment me convaincre.
Un polar à Barcelone (Je suis leur silence)
Sympathique BD de Lafebre, qui nous avait déjà plutôt séduit avec sa comédie romantique Malgré tout. On retrouve les éléments feel good qui le caractérisent : un trait fin, élégant et malicieux, une fraîcheur de ton, des personnages principaux charmants, avec ici une héroïne, insupportable et attachante à la fois. Il eut été bien excusable et compréhensible que l'auteur récidive dans la comédie romantique, il n'en est rien avec ce qui s'apparente volontiers à une mise en danger : une plongée dans le genre policier, certes allègrement assaisonnée d'éléments de comédie. La thématique féministe est moins présente qu'attendue (la faute à ma surinterprétation de la couverture, fort réussie), celle psychanalytique une agréable surprise. Une lecture agréable, mais qui laisse un peu sur sa faim, notamment sur les aspects policiers plus conventionnels. L'inattendu second tome prolonge les bases du premier : une intrigue policière toujours menée avec un dilettantisme charmant, afin de surtout parler de l'héroïne, qui de mémoire évolue quelque peu, apparaissant désormais plus insouciante qu'atta-chiante. Cela n'exclue néanmoins pas la découverte originale de microcosmes particuliers : les milieux du foot, de la prostitution et des militants fascistes. La manière de mener conjointement l'intrigue policière et la thérapie psychanalytique est très artificielle, mais renoue avec la patte plutôt originale de l'auteur, attaché à chambouler la chronologie de ses intrigues. Sympathiquement frais, encore une fois.