Les derniers avis (35 avis)

Couverture de la série Judee Sill
Judee Sill

Je ne connaissais pas du tout cette artiste. Ce que m'en ont fait connaitre les auteurs m'a fait penser à la destinée météorique d'une autre artiste (que je ne connais pas en profondeur, et qui a connu une plus grande célébrité), à savoir Amy Winehouse: une carrière courte, un gros talent (vocal entre autres) et une fin sordide, rongée par les drogues. Le fait qu'il n'y ait finalement pas trop d'informations précises concernant la biographie de Judee Sill a sans doute été une chance pour les auteurs. En leur évitant la banale chronologie illustrée, ils ont été vers la construction d'une ambiance - très bien rendue - d'une époque, la Californie des années 1960-70. Et finalement, ça finit par rendre attachante, touchante cette femme, qui, pourtant, a priori, ne déclenche pas spontanément l'empathie, car violente, impulsive, autocentrée. Un album qui est aussi le reflet d’une époque où la vie pouvait se brûler – rapidement – par tous les bouts. Mais aussi le portrait d’une gamine qui avait plein de rêve dans la tête, et qui n’a pas voulu faire de concession pour les abandonner, quitte à ce qu’ils se transforment en cauchemars. Le dessin est plutôt agréable. Avec une volonté de bien faire ressortir l’ambiance power-flower et la prise de drogues (quelques cases très psychédéliques). Un petit détail cependant page 20, une erreur dans une case : un personnage passe d'une chemise à carreaux roses à une chemise unie grise, puis reprend la bonne couleur la case suivante... Une lecture intéressante en tout cas.

05/06/2026 (modifier)
Par Talum
Note: 3/5
Couverture de la série Hurlevent (Duval/Créty)
Hurlevent (Duval/Créty)

Pendant ma lecture, j’ai constamment eu l’impression que quelque chose de vraiment passionnant allait enfin arriver. Mais le troisième tome s’est terminé sans que cette promesse soit réellement tenue. Au final, je suis resté quelque peu déçu. À mon avis, les personnages principaux sont assez peu développés. En trois tomes, on apprend finalement très peu de choses sur eux, ce qui rend difficile de s’y attacher ou de partager leurs émotions. Quant au mystérieux fléau qui s’abat sur le monde, il ressemble davantage à un outil scénaristique qu’à une véritable énigme captivante. En revanche, le dessin est nettement supérieur au scénario. C’est un de ces cas où la partie visuelle surpasse le récit. Les paysages, les détails de l’univers et les personnages eux-mêmes sont bien plus travaillés que l’histoire qu’ils servent. Je ne peux pas dire que la lecture ait été désagréable. C’est plutôt que l’histoire n’a pas répondu aux attentes qu’elle avait elle-même suscitées. En trois tomes, il aurait été possible d’approfondir davantage les personnages et leurs relations, mais cela ne se produit jamais vraiment. Malgré tout, je ne regrette pas d’avoir lu cette série. Elle possède un certain charme : le mélange d’esthétique Renaissance et de paysages désertiques crée une atmosphère à la fois intrigante et dépaysante. Cependant, ce choix esthétique est très peu justifié par l’univers lui-même. On a l’impression qu’il a surtout été retenu pour son apparence visuelle. Personnellement, j’aurais aimé que la culture, l’organisation de la société et l’histoire du monde soient davantage liées entre elles, car ce sont précisément ces éléments qui rendent un univers fictif véritablement crédible.

05/06/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série Total (Premium+ / Développement durable)
Total (Premium+ / Développement durable)

Dans un futur proche où l'argent semble avoir remplacé toute autre valeur, un magnat obsédé par la richesse se livre à son ancien psychiatre dans un récit mêlant capitalisme débridé, robots, extraterrestres et réflexions sur la nature humaine. C'est une BD assez étrange mais suffisamment intrigante pour m'avoir donner envie d'aller jusqu'au bout. Ugo Bienvenu imagine un futur légèrement loufoque tout en restant crédible, rempli d'idées originales sur l'évolution de la société, les rapports humains et la place de l'argent. Même lorsque le récit part dans des directions inattendues, il conserve une vraie capacité à susciter la curiosité. En revanche, tout n'est pas réussi. Le dessin alterne entre des planches pleines d'élégance et des personnages parfois franchement disgracieux, avec des visages ou des anatomies qui m'ont souvent paru maladroits. Le récit est également beaucoup trop bavard, multipliant les longues digressions philosophiques, sociologiques ou financières parfois complètement fantaisistes dont certaines m'ont semblé assez barbantes. Malgré ces défauts, ce petit pavé se lit assez vite grâce à son originalité et à son foisonnement d'idées. Une curiosité intéressante que je ne regrette pas d'avoir lue, même si je ne suis pas certain de la conseiller à l'achat. Note : 2,5/5

05/06/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série Equinox
Equinox

Un monde magique où la pleine lune permet aux humains de se transformer en animaux merveilleux le temps d'une nuit de liberté, avant que tout ne bascule lorsqu'un mystérieux trait rouge détruit la lune et fait s'effondrer cet équilibre. Les héroïnes sont quatre apprenties prêtresses liées à cette lune, chacune associée à un cheval totem différent. Accusées à tort par une population qui cherche des responsables, elles doivent fuir à travers les Couloirs Noirs, des passages vers d'autres lieux et d'autres mondes, dans un univers qui devient progressivement hostile et dévasté. Au départ, j'avais trouvé que la série s'adressait clairement en priorité à un public de jeunes adolescentes amatrices de shojo, de fantasy et de chevaux, avec une approche très romantique de l'aventure. Le trait d'Aurora Gate, à mi-chemin entre l'école Disney et le manga, repose sur une colorisation numérique aux tons pastel. Même si l'expressivité reste parfois limitée, les personnages sont globalement maîtrisés et les chevaux sont particulièrement réussis, ce qui se sent comme une vraie passion de l'autrice. Avec la progression des cinq tomes qui forment le premier cycle, je nuance un peu mon impression initiale. Si je reste en retrait sur le ton global et certaines facilités de l'intrigue, je reconnais que l'univers prend de l'ampleur et que la série gagne en densité, notamment à travers ses thématiques de séparation, de confiance et de transformation des personnages. L'aspect épique et romantique fonctionne mieux qu'au départ, surtout dans la montée en tension et les évolutions plus sombres de certaines héroïnes. Il y a parfois un côté qui m'évoque Sailor Moon, entre destin, sororité et aventure ésotérique, même si la narration reste assez balisée. Je reste néanmoins mitigé, car je ne suis sans doute pas le bon public. J'ai trouvé les personnages et certaines situations trop nunuches par moments, avec des péripéties assez prévisibles, notamment dans la dispersion des héroïnes ou les réactions souvent très caricaturales des peuples face aux prêtresses : tantôt trop vite haineux envers elles, tantôt trop enthousiastes, on sent les figurants sans âme qui ne font que servir un récit. Le manque de nuance et de crédibilité dans certains enchaînements m'a régulièrement tenu à distance. Cela dit, si l'on est dans le public cible, la série peut fonctionner bien davantage que ce que mon ressenti personnel laisse paraître. Si l'on est sensible à cet univers de fantasy romantique, aux codes proches du shojo et à la mise en avant des liens entre héroïnes et chevaux, la qualité du dessin, la cohérence visuelle et l'évolution plus ambitieuse sur la durée peuvent emporter l'adhésion, là où je reste personnellement à distance. Note : 2,5/5

11/01/2023 (MAJ le 05/06/2026) (modifier)
Par Gaston
Note: 3/5
Couverture de la série Secret wars (Hickman & Ribic)
Secret wars (Hickman & Ribic)

Un autre crossover de Marvel qui en plus reprend le titre du premier gros crossover de l'histoire de cet éditeur parce que j'imagine qu'on a plus trop d'imagination chez la maison des idées. C'est pas trop mal, mais surement parce que cet album contient une mini-série complète fait par un scénariste et un dessinateur et pas un crossover comportant pleins de titres avec pleins d'auteurs qui souvent ne se sont pas consulté entre-eux et pondent un truc incohérent. Si j'ai accroché, c'est aussi parce qu'on met en vedette un personnage que j'aime bien à savoir le Docteur Fatalis. Il faut dire que dans un récit qui réunit des personnages de pleins de séries différentes, généralement un lecteur est content de voir les personnages qu'ils apprécient et s'ennuie lorsqu'il voit les personnages qu'il n'aime pas ou qui au mieux les laisse indifférent. Si pour moi Fatalis avait appartenu à la seconde catégorie j'aurais surement fini par refermer l'album avant de l'avoir terminé. Parmi les moins bons aspects de l'album, il y a le fait que n'est pas original de créer un univers alternative qui montre des versions différentes de personnages qu'on connait déjà et il y a un peu trop de personnages. De plus, je n’aime pas du tout ce style de dessin oû les couleurs sont informatisés. Depuis que les comics ont rencontré les ordinateurs, je trouve que ça manque de vie. Au final, un autre crossover Marvel avec des bons et des moins bons moments et qui finit avec un nouveau statu quo qui j'imagine a été changé lorsqu'est apparu le gros crossover suivant. C'est du comics de super-héros qui s'adresse aux fans qui va se retrouver en terrain connu, retrouvant les forces et les faiblesses du genre.

04/06/2026 (modifier)
Couverture de la série Lover Dose
Lover Dose

Fortu ajoute ici sa pierre à un édifice qui commence à s’élever assez haut, celui de l’humour absurde. Dans une veine que les amateurs de Fabcaro (entre autres) – dont je suis – connaissent depuis quelques années. A savoir un dessin réaliste, mais minimaliste, totalement figé, sans décor ou détails superflus, abusant volontairement de l’itération iconique. Et un humour absurde, con, jouant sur les chutes, forcément décalées, avec des dialogues ciselés. Le gros lecteur/amateur du genre que je suis prend de plus en plus le risque d’être blasé par la profusion d’album jouant des partitions proches, la surprise – essentielle pour ce type d’humour – étant à chaque fois plus difficile à maintenir. La principale originalité de Fortu est d’avoir circonscrit ses petites histoires/gags aux relations de couple. Ce qui en soit pourrait ajouter un frein supplémentaire. Mais je dois dire que, globalement, il s’en sort assez bien. Rien de furieusement hilarant (entre autres pour les raisons invoquées plus haut), mais j’ai souvent souri à ces dialogues et situations débiles, ces petites atrocités du quotidien, dans lesquels s’enfoncent les couples réunis dans ce recueil de gags. Une lecture sympathique et amusante.

04/06/2026 (modifier)
Par gruizzli
Note: 3/5
Couverture de la série Quand arrive l'aube nautique - Korean night stories
Quand arrive l'aube nautique - Korean night stories

J'ai bien aimé ce récit même si je dois avouer que j'ai été un peu déçu par la fin très ouverte. Mais la BD est une belle histoire légère et poétique, introspective sur une jeune femme d'aujourd'hui. La BD commence doucement, avec deux jeunes femmes en lycée en Corée, avec toute la pression sur leurs épaules pour le bac. Mais ce sont surtout deux amies inséparables qui ont fait toute leur scolarité ensemble. Et puis l'entrée dans les études, le déménagement dans la grande ville, l'éloignement... Des thématiques assez connues, qui sont cependant ici une porte d'entrée vers un autre sujet que j'avais deviné apparaitre rapidement. Un indice était caché dans la première partie et je l'ai directement repéré. Mais le dévoilement du sujet n'empêche pas l'intrigue de prendre progressivement une tournure étonnante. C'est dans la deuxième partie de la BD qu'apparait le personnage de jeune femme qui va la nuit chez les gens, dessiner leurs intérieurs. J'ai beaucoup apprécié cette personne étrange, en décalage avec le monde et adorant la nuit. Personnellement j'aime beaucoup trainer dehors le soir et profiter de cette ambiance, j'ai donc été charmé par la proposition. Cependant, je dois dire que la fin m'a laissé un petit goût de pas assez, puisque si nous avons bien une résolution, elle n'est pas vraiment satisfaisante sur tous les points et m'a donné l'impression d'avoir raté quelque chose dans la lecture. C'est dommage, le reste m'a beaucoup plu et c'est ce qui me fait garder l'impression générale plutôt bonne mais pas incroyable que j'ai eue en lisant le reste de la BD. Une BD pour les noctambules, avec une touche de poésie nocturne qui n'est pas pour me déplaire !

04/06/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série Prestige de l'uniforme
Prestige de l'uniforme

La genèse d'un super-héros à la française, ou plutôt d'un super-héros malgré lui. Davantage qu'un récit de pouvoirs extraordinaires, c'est une histoire qui s'intéresse aux conséquences psychologiques, sociales et familiales d'une transformation que son protagoniste ne maîtrise ni ne comprend vraiment. J'ai apprécié la quantité d'idées originales que l'album développe alors qu'il a désormais plus de vingt ans. La symbiose avec le lichen, la critique du monde de l'entreprise, la réflexion sur la réussite sociale, le couple et le regard des autres donnent au récit une personnalité particulière, loin des codes habituels du super-héros américain. L'accident qui met Paul en symbiose avec un lichen et lui confère progressivement des capacités extraordinaires pourrait donner naissance à un récit de super-héros classique. Pourtant, l'album prend une direction bien plus originale. Les pouvoirs restent finalement secondaires face à l'exploration de l'identité du héros, de son mal-être chronique et de son incapacité à trouver sa place, même lorsqu'il obtient enfin la reconnaissance qu'il recherchait. J'ai été assez amusé par l'entreprise dystopique où le héros se dévoue aveuglément au travail au détriment de sa famille, organisée selon un système de couleurs de blouses qui détermine le rang des chercheurs. C'est caricatural, mais suffisamment pertinent pour illustrer un univers professionnel déshumanisé où chacun est réduit à sa fonction et à sa rentabilité. L'autre originalité de ce récit est sa relation avec son épouse Rebecca. On découvre progressivement qu'elle mène en secret une vie liée au BDSM, élément qui pourrait sembler gratuit ou provocateur mais qui trouve finalement sa place dans la dynamique du couple. Ce qui la lie à Paul n'est pas seulement de l'amour ou de la compassion : elle voit en lui quelqu'un qu'elle peut protéger, soutenir et accompagner précisément parce qu'il est fragile et imparfait. Cette relation étrange, parfois un peu loufoque, reste pourtant étonnamment crédible et constitue le moteur émotionnel de l'intrigue. À mesure que la transformation de Paul progresse, c'est tout l'équilibre du couple qui se trouve remis en question. Graphiquement, je suis plus réservé. Le dessin est maîtrisé et possède une vraie personnalité, avec un style qui m'a souvent rappelé celui de Blutch. En revanche, son aspect sombre, rugueux et parfois volontairement peu flatteur pour les personnages n'est pas ma tasse de thé. Cela participe toutefois parfaitement à l'ambiance mélancolique et pessimiste du récit. Même si je ne suis jamais totalement entré dans cette atmosphère dépressive qui imprègne l'album jusqu'à son terme, j'ai apprécié l'originalité de son scénario, la richesse de ses thèmes et cette façon singulière de détourner le mythe du super-héros.

04/06/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série Silent Jenny
Silent Jenny

Silent Jenny est une fresque de SF post-apocalyptique centrée sur une quête écologique et existentielle dans un monde dévasté. J'ai trouvé dans cette BD une vraie richesse d'idées et un univers visuel et conceptuel particulièrement fort, même si je dois reconnaître que les récits post-apocalyptiques finissent souvent par me lasser par leur schéma assez récurrent. Ici, ce qui m'a retenu, c'est surtout l'originalité de l'univers des monades, ces cités mobiles anarchistes qui avancent hors des restes éparpillés d'un monde dominé par une mégacorporation omniprésente, à la fois absurde et profondément déshumanisée. Cette opposition entre des communautés supposées libres et une administration corporatiste grotesque fonctionne bien sur le plan symbolique, même si elle reste très binaire dans sa construction. J'ai aussi été marqué par l'idée des microïdes et des explorations dans l'infra-monde, où des aventuriers acceptent de se miniaturiser pour partir chercher des traces d'ADN, avec en ligne de mire le retour des abeilles et donc d'un possible redémarrage du vivant. Cette mise en parallèle entre le monde à échelle humaine et ce monde miniature dangereux et fascinant crée une vraie sensation de double réalité, à la fois connectée et en rupture, qui est sans doute ce que je retiens le plus du récit. Graphiquement, c'est très réussi. Le dessin a une vraie personnalité, avec une force visuelle évidente dans la représentation des monades, des paysages dévastés et de l'univers microscopique. Il y a une densité et une maîtrise qui participent clairement à l'immersion, même dans les passages plus contemplatifs. En revanche, j'ai eu plus de mal avec l'attachement aux personnages, en particulier Jenny, dont la trajectoire dépressive occupe une place centrale sans que j'aie réussi à y trouver une vraie prise émotionnelle. Et plus largement, j'ai retrouvé une forme de frustration déjà ressentie dans d'autres récits du même type, comme par exemple la BD Frontier également parue dans le Label 619 : une tendance à idéaliser une opposition entre une humanité libre et solidaire d'un côté, et une mégacorpo uniforme et stupide de l'autre, comme si aucune zone intermédiaire crédible n'existait. J'ai aussi du mal avec la crédibilité technique et logistique des monades, qui me paraissent difficilement viables, ce qui casse un peu mon immersion. Sur le fond, le message politique m'a parfois semblé très appuyé, avec une lecture assez frontale du choix entre soumission au système ou fuite anarchiste et communautaire, sans réel entre-deux. Et la fin, assez attendue dans sa tonalité tragique et contemplative, m'a laissé une impression de déjà-vu, avec cette sensation typique des récits post-apo qui privilégient la désillusion finale, alors que j'ai tendance à rester plus attaché à une forme de cohérence matérielle et de continuité. Je reconnais une œuvre belle, ambitieuse et visuellement marquante, portée par des idées fortes et un univers dense, mais dans laquelle je suis resté davantage spectateur que réellement impliqué émotionnellement, entre admiration, réserve et une certaine frustration sur le traitement de ses enjeux.

04/06/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série Vertu de St-Cyr
Vertu de St-Cyr

Dans cette série inspirée d'affaires réelles de harcèlement et de sexisme à l'école militaire de Saint-Cyr, une jeune escrimeuse talentueuse découvre qu'elle devra affronter un système entier de harcèlement dominé par les privilèges, les traditions et la misogynie. Je ne suis pas totalement à l'aise pour juger cette série, car elle brouille volontairement la frontière entre fiction et réalité. D'un côté, on retrouve tous les codes du webtoon et du shojo romantique : une mise en scène très diluée, des personnages fortement typés, des antagonistes particulièrement détestables, des héroïnes courageuses confrontées à une adversité écrasante, et une mécanique narrative pensée pour pousser le lecteur à vouloir les voir triompher. De l'autre, l'histoire affirme s'inspirer directement de l'école militaire de Saint-Cyr, en reprenant son vocabulaire, certaines de ses traditions et surtout des accusations réelles de harcèlement, de sexisme et de bizutage révélées dans la presse. C'est là que réside pour moi une certaine gêne. Si la réalité correspond réellement à ce qui est montré ici, alors les faits sont d'une gravité telle qu'ils dépassent largement le cadre d'un simple récit d'aventure ou de romance. À l'inverse, si la situation est plus nuancée que ce que présente l'album, alors la fiction prend le risque de transformer une réalité complexe en affrontement très manichéen. Je suis toujours prudent lorsqu'il s'agit de sujets reposant en partie sur des accusations et des témoignages, surtout lorsqu'ils concernent des institutions réelles. J'aurais été plus à l'aise si l'action s'était déroulée dans une école fictive clairement inspirée de Saint-Cyr plutôt que dans une représentation qui donne parfois l'impression de montrer le fonctionnement réel de l'établissement. Mis à part cette réserve, la lecture fonctionne très bien. Le dessin, influencé par les mangas et les webtoons, est agréable, dynamique et porté par une palette de couleurs douces qui contraste efficacement avec la dureté des thèmes abordés. Le rythme est soutenu et l'on tourne les pages avec facilité. J'ai particulièrement apprécié certains personnages, notamment Vertu, Ysaure et même le jeune frère du principal harceleur, qui apportent davantage de nuances au récit. À l'inverse, Maxim m'a paru trop odieux pour être crédible tant sa méchanceté semble omniprésente. J'ai également eu du mal avec le comportement du reste des élèves, qui suivent presque systématiquement les meneurs comme un seul homme. C'est un ressort narratif très fréquent dans ce type de manga où les héros se retrouvent seuls contre tous, mais cela me donne trop souvent une impression d'exagération. Reste que cette accumulation d'injustices est précisément ce qui rend la lecture aussi efficace. La colère qu'elle suscite donne envie de voir les héroïnes se relever, résister et prendre leur revanche. La série aborde de front le sexisme, le harcèlement, le poids des traditions et des privilèges, et elle parvient sans difficulté à provoquer l'indignation du lecteur. Malgré mes réserves sur le mélange entre fiction romancée et représentation d'une institution bien réelle, j'ai trouvé ce premier tome prenant et difficile à lâcher. La fin donne clairement envie de découvrir la suite, d'autant plus que la série est annoncée en seulement trois tomes, ce qui laisse espérer un récit resserré qui ne s'étirera pas inutilement.

04/06/2026 (modifier)