C'est une lecture pas désagréable, mais qui m'a un tantinet laissé sur ma faim.
Le type de récit - et un peu le dessin, relativement minimaliste - font immanquablement penser aux documentaires de Delisle. Mais la comparaison n'est pas avantageuse. En effet, il manque quelques petits "trucs" qui permettent aux récit de Delisle de "mieux passer". Plus d'humour, (même s'il y a quand même un peu d'autodérision amusante parfois ici - comme lorsqu'il faut multiplier les "culs secs", ou lorsqu'il faut s'échanger des cartes de visite), et aussi une narration nous permettant de nous attacher davantage au narrateur.
Mais bon, ça se laisse lire, avec ce jeune homme qui découvre la Chine - et ses premiers boulots aussi. Il nous sert de guide dans cette culture éloignée de celle des Européens, ses tentatives, maladresses apportant un peu de fraicheur au récit.
Ce récit décolle un vers dans le dernier tiers, avec une situation embarrassante (il y avait eu quelques passages moins captivants avant). Peut-être aussi que le personnage de Delisle (souvent un coopérant, travaillant pour une ONG, ou accompagnant sa femme qui le fait) était aussi au départ plus proche de mes préoccupations que ce jeune homme rêvant de créer son entreprise (en Chine ou ailleurs), ce qui a joué pour me faire moins apprécier cet album que ceux de Delisle ? Mais ça reste quand même une lecture sympathique.
Clouzot est un des mes réalisateurs français préférés et son film inachevé L'Enfer fait parti des films que j'aurais aimé qu'ils voient le jour parce que Clouzot avait de grandes ambitions pour ce film. Cette BD sert donc de remplacement, l'auteur ayant passé des années de recherche pour recréer le film le plus fidèlement possible.
Le résultat est pas trop mal. Le principal défaut est que trop souvent je me disais que ce qui était correct dans cette bande dessinée aurait été plus spectaculaire dans le film. Je pense notamment aux scènes psychédéliques qui sont plus banales dans le format BD, un médium où on peut facilement faire n'importe quoi du moment qu'on sait bien dessiner. Ce qui n'aide pas trop est que le scénario est au fond un peu banal, du moins pour un lecteur moderne. Un mari est jaloux, s'imagine que sa femme la trompe, petit à petit il mélange de plus en plus la réalité et son imagination et tout finit dans le drame. C'est du thriller classique, mais je pense que cela aurait été captivant dans un film mise en scène par le grand Clouzot. Un autre problème est que le mari surjoue trop. Dans un film, cela peut passer si le personnage est interpréter par un bon acteur, mais dans une BD cela devient vite horripilant, du moins pour moi.
Cela reste une lecture correcte et c'est intéressant de s'imaginer ce que cela aurait donné comme film.
2.5
Un album qui ne m'a pas enthousiasmé alors que le sujet historique est intéressant.
En effet, on connait tout Martin Luther qui s'est rebellé contre l'église catholique mais on sait moins que ses gestes et écrits ont eu des conséquences que même lui n'avait pas prévues. Des paysans menés par le révolutionnaire Thomas Müntzer vont se rebeller contre toute forme d'autorité et pas seulement contre l'église. Évidemment, comme vous vous en doutez, tout cela va très mal finir et l'image de rebelle qu'on pouvait avoir de Luther se retrouve bien détruit lorsqu'on voit à quel point il était proche de certains seigneurs.
Je n'ai pas trouvé la lecture plaisante et principalement à cause du dessin. Je me suis rendu compte au fil des années que j'étais très sévère avec les dessinateurs réalistes et qu'il y en a paquet que je n'aime pas trop et c'est le cas avec Liberge. En fait, pour moi c'est type le style réaliste qui me semble pas mal pour des illustrations, mais pas pour de l'art séquentiel. Je trouve la narration lourde et les personnages sont figés. Je comprends que d'autres lecteurs vont mieux accrocher que moi et trouver le dessin génial, mais moi je trouve cela froid et pas du tout accrocheur.
J’avais beaucoup aimé ce diptyque lors d’une première lecture en 2003, lui allouant la note de 4/5… mais du haut de mes 50 ans, la relecture fut douloureuse.
La faute au protagoniste insupportable, et au côté gnangnan voire déplacé de ses amourettes incessantes. C’est dommage, le scenario de Rodolphe est certes classique, et pas toujours très crédible, mais il a su retenir mon attention, et le dénouement est toujours aussi joli.
De plus, j’adore le dessin de Florence Magnin, le style et surtout les couleurs se marient parfaitement à ce genre d’histoire teintée de fantastique.
Bref, j’enlève un point à la note à cause de Lord James, malheureusement.
Un album relativement surprenant. Car je n’avais pas fait trop attention à la couverture…
Et sur la dizaine de premières pages, le récit est très classique, calme, enfantin – avec un graphisme qui colle au côté « gentil » (genre Le Vent dans les Saules, pour rester dans le récit animalier pour jeune public). Et du coup, le long monologue de Samantha, présentant de façon presque plan plan sa petite bourgade sans histoire, où tout le monde est mignon, me laissait à penser que j’allais un peu – beaucoup – m’ennuyer.
Et la transition est violente lorsqu’on découvre ce qu’il en est réellement. En effet, le public visé n’est clairement très jeune ! Car il est question de tueurs en série (ils sont deux à se partager le « marché » - un de trop !), d’une grande perversité – et sans mobile apparent réel, si ce n’est l’ennui ou le sadisme. Ce basculement m’a un peu fait penser à certains épisodes de « Desperate Housewives », où un monologue d’introduction tout tranquille amenait à quelques petites perversités des certains habitants d’une banlieue sans histoire – en moins gore quand même !
Une fois embarqué dans le délire, c’est gentiment rythmé, les rebondissements s’enchainent, on ne s’ennuie pas du tout. La fin est un chouia trop brutale, et m’a laissé un peu perplexe. Mais les derniers dialogues, et le point d’interrogation suivant le mot « Fin » laissent à penser que l’auteur envisage (ou envisageait ?) une suite des aventures de Samantha. Même si du coup la surprise ne jouerait plus.
Une lecture originale, assez rapide, mais prenante.
Note réelle 3,5/5.
Dans un univers d'heroic-fantasy volontiers parodique, Agnès tente de devenir chevalier malgré le mépris général et l'aide très relative d'un mentor particulièrement lamentable.
Damien Geoffroy signe ici un album de fantasy humoristique en auteur complet, assurant non seulement le scénario et le dessin mais également les couleurs. Celles-ci sont d'ailleurs réussies et participent pleinement à la qualité visuelle de l'ensemble. Son trait fin et expressif, qui me rappelle toujours celui de David Ratte (Le Voyage des Pères), fonctionne très bien dans ce registre. Les décors sont soignés, les créatures convaincantes, et les personnages bénéficient de visages vivants dont les expressions renforcent souvent l'effet comique des scènes.
L'idée de départ est sympathique : dans un univers médiéval-fantastique profondément misogyne, Agnès rêve de gloire et d'honneur chevaleresque alors que personne ne la prend au sérieux. Humiliations, remarques condescendantes et vexations jalonnent son parcours, mais elle les encaisse avec une sagesse désarmante, oscillant entre naïveté apparente et intelligence bien plus fine qu'il n'y paraît. Face à tous ces mâles persuadés de leur supériorité, elle semble souvent être la seule à réellement comprendre ce qui se passe.
À ses côtés, Geoffroy lui adjoint un mentor savoureux : Gérard, un vieux chevalier qui évoque physiquement Don Quichotte mais dont la personnalité est à l'exact opposé. Là où l'hidalgo espagnol poursuivait des idéaux chevaleresques, Gérard ne pense qu'à boire, courir les prostituées et gagner de l'argent facile non sans se ridiculiser la majorité du temps. Le contraste entre les deux personnages fonctionne bien et nourrit une bonne partie des situations comiques.
L'album multiplie les piques contre la misogynie et les préjugés, mais l'humour ne repose pas uniquement sur cet aspect. Agnès est une héroïne attachante et il est difficile de ne pas avoir envie de la voir faire mentir tous ceux qui la méprisent, qu'il s'agisse des chevaliers machos qui croisent sa route ou même des monstres et dragons qui ignorent encore qu'ils ont affaire à celle qui va les massacrer.
La structure du récit trahit clairement sa prépublication dans Fluide Glacial : l'aventure est découpée en courtes séquences de quelques pages qui fonctionnent comme autant de saynètes dotées de leur propre chute. Cela donne un rythme agréable et une lecture fluide.
C'est toutefois sur l'humour que l'album m'a davantage laissé sur ma faim. Les noms de lieux et de nombreux personnages reposent presque systématiquement sur de gros jeux de mots. À force d'être omniprésents et très appuyés, ils m'ont régulièrement sorti de l'univers plutôt que de m'y plonger. De même, une partie des gags tourne beaucoup autour du sexe, des fesses ou d'un humour volontairement gras qui ne correspond pas à ce qui me fait rire, d'autant plus que le ton du récit autour d'Agnès elle-même semble en désaccord avec cet humour. J'ai trouvé cela parfois un peu lourdingue, alors que l'album possède par ailleurs suffisamment de qualités pour se passer de ce type de facilité.
Au final, mon sentiment reste assez partagé. J'ai beaucoup aimé le dessin, l'univers, les personnages et le principe même de cette héroïne qui avance avec obstination dans un monde qui refuse de la reconnaître à sa juste valeur. J'avais sincèrement envie de poursuivre l'aventure à ses côtés. En revanche, les jeux de mots incessants et un humour trop basique ou trop gras ont plusieurs fois freiné mon enthousiasme. Malgré ces réserves, l'album possède un vrai charme, une héroïne réussie et une personnalité bien affirmée. Je n'ai pas passé un mauvais moment, loin de là, mais j'ai eu l'impression de voir une bonne bande dessinée parfois desservie par un humour qui ne correspondait tout simplement pas à ma sensibilité.
Je suis un grand fan de Jean-Claude Fournier qui pour moi est un auteur qui n'a pas la reconnaissance qu'il mérite et dont les excellents albums de Spirou sont moins reconnu que ceux de Franquin ou Tome et Janry. C'est donc avec enthousiasme que j'ai commencé à lire cet album d'anecdotes.
Le résultat est une lecture agréable, mais pas particulièrement marquante. Il faut dire que Fournier passe beaucoup de temps à montrer sa jeunesse et si certaines anecdotes de son enfance sont touchantes, il y en a d'autres dont l'intérêt me semblait limité. La partie qui m'a le plus intéressé est lorsque Fournier devient un professionnel, mais je connaissais déjà plusieurs informations que Fournier avait déjà données dans les textes de présentations des intégrales de ses différentes sortis chez Dupuis ou dans l'excellent ''Dans l'atelier de Fournier''.
C'est pas mauvais, on ressent la sincérité de l'auteur et le dessin de Fournier est toujours aussi excellent, c'est un des grands de l'école Marcinelle, mais ce n'est pas ce qu'il a fait de mieux. Je pense aussi que j'avais des attentes un peu trop élevé vu que c'est un auteur que j'admire beaucoup. Cela reste une lecture agréable si on est fan de Fournier.
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Bienvenue en Chine
C'est une lecture pas désagréable, mais qui m'a un tantinet laissé sur ma faim. Le type de récit - et un peu le dessin, relativement minimaliste - font immanquablement penser aux documentaires de Delisle. Mais la comparaison n'est pas avantageuse. En effet, il manque quelques petits "trucs" qui permettent aux récit de Delisle de "mieux passer". Plus d'humour, (même s'il y a quand même un peu d'autodérision amusante parfois ici - comme lorsqu'il faut multiplier les "culs secs", ou lorsqu'il faut s'échanger des cartes de visite), et aussi une narration nous permettant de nous attacher davantage au narrateur. Mais bon, ça se laisse lire, avec ce jeune homme qui découvre la Chine - et ses premiers boulots aussi. Il nous sert de guide dans cette culture éloignée de celle des Européens, ses tentatives, maladresses apportant un peu de fraicheur au récit. Ce récit décolle un vers dans le dernier tiers, avec une situation embarrassante (il y avait eu quelques passages moins captivants avant). Peut-être aussi que le personnage de Delisle (souvent un coopérant, travaillant pour une ONG, ou accompagnant sa femme qui le fait) était aussi au départ plus proche de mes préoccupations que ce jeune homme rêvant de créer son entreprise (en Chine ou ailleurs), ce qui a joué pour me faire moins apprécier cet album que ceux de Delisle ? Mais ça reste quand même une lecture sympathique.
L'Enfer
Clouzot est un des mes réalisateurs français préférés et son film inachevé L'Enfer fait parti des films que j'aurais aimé qu'ils voient le jour parce que Clouzot avait de grandes ambitions pour ce film. Cette BD sert donc de remplacement, l'auteur ayant passé des années de recherche pour recréer le film le plus fidèlement possible. Le résultat est pas trop mal. Le principal défaut est que trop souvent je me disais que ce qui était correct dans cette bande dessinée aurait été plus spectaculaire dans le film. Je pense notamment aux scènes psychédéliques qui sont plus banales dans le format BD, un médium où on peut facilement faire n'importe quoi du moment qu'on sait bien dessiner. Ce qui n'aide pas trop est que le scénario est au fond un peu banal, du moins pour un lecteur moderne. Un mari est jaloux, s'imagine que sa femme la trompe, petit à petit il mélange de plus en plus la réalité et son imagination et tout finit dans le drame. C'est du thriller classique, mais je pense que cela aurait été captivant dans un film mise en scène par le grand Clouzot. Un autre problème est que le mari surjoue trop. Dans un film, cela peut passer si le personnage est interpréter par un bon acteur, mais dans une BD cela devient vite horripilant, du moins pour moi. Cela reste une lecture correcte et c'est intéressant de s'imaginer ce que cela aurait donné comme film.
La Guerre des paysans
2.5 Un album qui ne m'a pas enthousiasmé alors que le sujet historique est intéressant. En effet, on connait tout Martin Luther qui s'est rebellé contre l'église catholique mais on sait moins que ses gestes et écrits ont eu des conséquences que même lui n'avait pas prévues. Des paysans menés par le révolutionnaire Thomas Müntzer vont se rebeller contre toute forme d'autorité et pas seulement contre l'église. Évidemment, comme vous vous en doutez, tout cela va très mal finir et l'image de rebelle qu'on pouvait avoir de Luther se retrouve bien détruit lorsqu'on voit à quel point il était proche de certains seigneurs. Je n'ai pas trouvé la lecture plaisante et principalement à cause du dessin. Je me suis rendu compte au fil des années que j'étais très sévère avec les dessinateurs réalistes et qu'il y en a paquet que je n'aime pas trop et c'est le cas avec Liberge. En fait, pour moi c'est type le style réaliste qui me semble pas mal pour des illustrations, mais pas pour de l'art séquentiel. Je trouve la narration lourde et les personnages sont figés. Je comprends que d'autres lecteurs vont mieux accrocher que moi et trouver le dessin génial, mais moi je trouve cela froid et pas du tout accrocheur.
Mary la Noire
J’avais beaucoup aimé ce diptyque lors d’une première lecture en 2003, lui allouant la note de 4/5… mais du haut de mes 50 ans, la relecture fut douloureuse. La faute au protagoniste insupportable, et au côté gnangnan voire déplacé de ses amourettes incessantes. C’est dommage, le scenario de Rodolphe est certes classique, et pas toujours très crédible, mais il a su retenir mon attention, et le dénouement est toujours aussi joli. De plus, j’adore le dessin de Florence Magnin, le style et surtout les couleurs se marient parfaitement à ce genre d’histoire teintée de fantastique. Bref, j’enlève un point à la note à cause de Lord James, malheureusement.
Beneath The Trees - Where Nobody Sees
Un album relativement surprenant. Car je n’avais pas fait trop attention à la couverture… Et sur la dizaine de premières pages, le récit est très classique, calme, enfantin – avec un graphisme qui colle au côté « gentil » (genre Le Vent dans les Saules, pour rester dans le récit animalier pour jeune public). Et du coup, le long monologue de Samantha, présentant de façon presque plan plan sa petite bourgade sans histoire, où tout le monde est mignon, me laissait à penser que j’allais un peu – beaucoup – m’ennuyer. Et la transition est violente lorsqu’on découvre ce qu’il en est réellement. En effet, le public visé n’est clairement très jeune ! Car il est question de tueurs en série (ils sont deux à se partager le « marché » - un de trop !), d’une grande perversité – et sans mobile apparent réel, si ce n’est l’ennui ou le sadisme. Ce basculement m’a un peu fait penser à certains épisodes de « Desperate Housewives », où un monologue d’introduction tout tranquille amenait à quelques petites perversités des certains habitants d’une banlieue sans histoire – en moins gore quand même ! Une fois embarqué dans le délire, c’est gentiment rythmé, les rebondissements s’enchainent, on ne s’ennuie pas du tout. La fin est un chouia trop brutale, et m’a laissé un peu perplexe. Mais les derniers dialogues, et le point d’interrogation suivant le mot « Fin » laissent à penser que l’auteur envisage (ou envisageait ?) une suite des aventures de Samantha. Même si du coup la surprise ne jouerait plus. Une lecture originale, assez rapide, mais prenante. Note réelle 3,5/5.
Agnès la Chevaleresse
Dans un univers d'heroic-fantasy volontiers parodique, Agnès tente de devenir chevalier malgré le mépris général et l'aide très relative d'un mentor particulièrement lamentable. Damien Geoffroy signe ici un album de fantasy humoristique en auteur complet, assurant non seulement le scénario et le dessin mais également les couleurs. Celles-ci sont d'ailleurs réussies et participent pleinement à la qualité visuelle de l'ensemble. Son trait fin et expressif, qui me rappelle toujours celui de David Ratte (Le Voyage des Pères), fonctionne très bien dans ce registre. Les décors sont soignés, les créatures convaincantes, et les personnages bénéficient de visages vivants dont les expressions renforcent souvent l'effet comique des scènes. L'idée de départ est sympathique : dans un univers médiéval-fantastique profondément misogyne, Agnès rêve de gloire et d'honneur chevaleresque alors que personne ne la prend au sérieux. Humiliations, remarques condescendantes et vexations jalonnent son parcours, mais elle les encaisse avec une sagesse désarmante, oscillant entre naïveté apparente et intelligence bien plus fine qu'il n'y paraît. Face à tous ces mâles persuadés de leur supériorité, elle semble souvent être la seule à réellement comprendre ce qui se passe. À ses côtés, Geoffroy lui adjoint un mentor savoureux : Gérard, un vieux chevalier qui évoque physiquement Don Quichotte mais dont la personnalité est à l'exact opposé. Là où l'hidalgo espagnol poursuivait des idéaux chevaleresques, Gérard ne pense qu'à boire, courir les prostituées et gagner de l'argent facile non sans se ridiculiser la majorité du temps. Le contraste entre les deux personnages fonctionne bien et nourrit une bonne partie des situations comiques. L'album multiplie les piques contre la misogynie et les préjugés, mais l'humour ne repose pas uniquement sur cet aspect. Agnès est une héroïne attachante et il est difficile de ne pas avoir envie de la voir faire mentir tous ceux qui la méprisent, qu'il s'agisse des chevaliers machos qui croisent sa route ou même des monstres et dragons qui ignorent encore qu'ils ont affaire à celle qui va les massacrer. La structure du récit trahit clairement sa prépublication dans Fluide Glacial : l'aventure est découpée en courtes séquences de quelques pages qui fonctionnent comme autant de saynètes dotées de leur propre chute. Cela donne un rythme agréable et une lecture fluide. C'est toutefois sur l'humour que l'album m'a davantage laissé sur ma faim. Les noms de lieux et de nombreux personnages reposent presque systématiquement sur de gros jeux de mots. À force d'être omniprésents et très appuyés, ils m'ont régulièrement sorti de l'univers plutôt que de m'y plonger. De même, une partie des gags tourne beaucoup autour du sexe, des fesses ou d'un humour volontairement gras qui ne correspond pas à ce qui me fait rire, d'autant plus que le ton du récit autour d'Agnès elle-même semble en désaccord avec cet humour. J'ai trouvé cela parfois un peu lourdingue, alors que l'album possède par ailleurs suffisamment de qualités pour se passer de ce type de facilité. Au final, mon sentiment reste assez partagé. J'ai beaucoup aimé le dessin, l'univers, les personnages et le principe même de cette héroïne qui avance avec obstination dans un monde qui refuse de la reconnaître à sa juste valeur. J'avais sincèrement envie de poursuivre l'aventure à ses côtés. En revanche, les jeux de mots incessants et un humour trop basique ou trop gras ont plusieurs fois freiné mon enthousiasme. Malgré ces réserves, l'album possède un vrai charme, une héroïne réussie et une personnalité bien affirmée. Je n'ai pas passé un mauvais moment, loin de là, mais j'ai eu l'impression de voir une bonne bande dessinée parfois desservie par un humour qui ne correspondait tout simplement pas à ma sensibilité.
Fournier - Ma vie de rêves
Je suis un grand fan de Jean-Claude Fournier qui pour moi est un auteur qui n'a pas la reconnaissance qu'il mérite et dont les excellents albums de Spirou sont moins reconnu que ceux de Franquin ou Tome et Janry. C'est donc avec enthousiasme que j'ai commencé à lire cet album d'anecdotes. Le résultat est une lecture agréable, mais pas particulièrement marquante. Il faut dire que Fournier passe beaucoup de temps à montrer sa jeunesse et si certaines anecdotes de son enfance sont touchantes, il y en a d'autres dont l'intérêt me semblait limité. La partie qui m'a le plus intéressé est lorsque Fournier devient un professionnel, mais je connaissais déjà plusieurs informations que Fournier avait déjà données dans les textes de présentations des intégrales de ses différentes sortis chez Dupuis ou dans l'excellent ''Dans l'atelier de Fournier''. C'est pas mauvais, on ressent la sincérité de l'auteur et le dessin de Fournier est toujours aussi excellent, c'est un des grands de l'école Marcinelle, mais ce n'est pas ce qu'il a fait de mieux. Je pense aussi que j'avais des attentes un peu trop élevé vu que c'est un auteur que j'admire beaucoup. Cela reste une lecture agréable si on est fan de Fournier.