J'ai commandé et acheté l'album par curiosité et après avoir lu les avis de bdtheque. J'avais été trop traumatisé par ma lecture précédente de Zep. Mais oui, les dessins de Vince sont bons et il y a une histoire à lire. Alterner le genre sexuel n'est pas vraiment mon type de fétiche mais je pense que dans le thème il peut y avoir des variations encore plus excitantes. Je pense aussi que les différences psychologiques et physiologiques entre femmes et hommes auraient pu être davantage développées.
Dans un décor futuriste à tendance cyberpunk, un trio de chats humanoïdes joue les justiciers quand le monde virtuel et le réel s'entremêlent. Une série rythmée, accessible et pensée pour divertir tout en glissant un message sur les dérives du web, notamment le cyberharcèlement.
Le dessin est chouette et bien maîtrisé. Le mélange entre trait traditionnel et couleurs numériques fonctionne très bien et donne un rendu dynamique, presque vidéoludique, parfaitement en phase avec le propos.
La série regorge de clins d'œil geeks, ce qui fait à la fois son charme et ses limites. C'est sympathique parce qu'on s'amuse à repérer les références (à commencer par Samouraï Pizza Cats avec ce héros chat livreur de pizzas qui devient samouraï dans le monde virtuel), mais cela peut aussi devenir un peu envahissant quand certaines tombent un peu comme un cheveu sur la soupe. L'exemple le plus frappant pour moi est l'utilisation très présente de l'alphabet Aurebesh (celui de l'univers Star Wars), qui m'a régulièrement donné envie de le traduire tout en me faisant m'interroger sur les implications d'une telle réutilisation si jamais il prenait l'envie aux avocats de Lucasfilm de s'y intéresser.
Sur le fond, le récit reste très orienté jeunesse. L'antagoniste du premier tome, incarnation d'un avatar malveillant né du cyberharcèlement, est traité de manière assez frontale, et la résolution, où les harceleurs sont punis puis comprennent la leçon, reste très sage et convenue. Tout est bien qui finit bien, avec une morale claire.
Il en résulte une série sympathique, bien dessinée, rythmée et divertissante pour un jeune public, mais qui pourra sembler un peu mièvre et attendue pour un lecteur adulte.
J'ai lu les 3 premiers tomes de cette série et pour l'instant c'est pas trop mal.
Un vampire travail dans un bain public depuis qu'il a été sauvé par le petit-fils du propriétaire. Il aime bien les jeunes hommes puceau alors il attend que le petit-fils devient un homme pour lui sucer son sang. Malheureusement, dès son premier jour de lycée, le petit-fils tombe amoureux d'une fille....Le vampire va tout faire pour qu'il reste puceau et évidemment ce n'est pas facile à faire.
L'intrigue est pas trop mal et l'humour m'a bien fait sourire à défaut d'avoir réussi à me faire rire. L'intrigue avance bien et l'apparition de nouveaux personnages permet de renouveler les situations. Cela dit je ne suis pas certain que cela va bien ternir la route jusqu'à la fin, surtout lorsque je vois qu'il y a déjà une dizaine de tomes sortie au Japon. Les personnages ne sont pas particulièrement attachants ou approfondi en dehors du vampire et du chasseur de vampire. Le dessin est pas mal.
La Couleur tombée du ciel reste pour moi une nouvelle marquante de Lovecraft, mais de manière assez particulière : ce n'est pas tant sa fin en apothéose que sa montée en tension, lente et insidieuse, qui m'avait vraiment marqué à la lecture.
Dans cette adaptation manga par Gou Tanabe, j'ai presque ressenti l'inverse. La progression m'a paru plus plate, moins prenante, et j'avoue avoir été régulièrement agacé par le comportement de la famille, qui refuse obstinément de fuir ou même simplement d'arrêter de consommer l'eau du puits et les produits contaminés, alors que la situation devient rapidement intenable. Là où le texte original instaurait une angoisse diffuse et inexorable, j'ai eu ici davantage l'impression d'une mécanique un peu répétitive.
En revanche, la fin m'a nettement plus impressionné que dans la nouvelle. Le médium graphique permet à Tanabe de livrer quelque chose de beaucoup plus visuel et spectaculaire, avec des planches marquantes qui donnent enfin toute sa dimension à cette couleur indicible.
Je suis en revanche plus réservé sur le dessin dans son ensemble. D'une part, les personnages ont un aspect très fermiers du Far West qui ne correspond pas vraiment à l'image que je me faisais de la Nouvelle-Angleterre de Lovecraft. D'autre part, le trait et l'encrage, assez chargés et parfois un peu biscornus, rendent certaines scènes difficiles à lire, notamment dès qu'il s'agit de représenter des transformations ou des formes organiques inhabituelles. Cela nuit parfois à la lisibilité, là où l'horreur devrait au contraire gagner en clarté visuelle.
Au final, une adaptation globalement fidèle et intéressante, avec une conclusion visuellement réussie, mais qui perd selon moi en tension ce qu'elle gagne en spectacle, et dont le graphisme ne me plait pas vraiment.
Jacky et Célestin est une série jeunesse de l'école de Marcinelle que j'avais complètement manquée à l'époque, alors qu'elle correspond typiquement au genre d'albums que je lisais enfant. Je la découvre seulement aujourd'hui, et je la trouve de très bonne facture, au point d'être surpris que Dupuis ne l'ait pas publiée parmi ses classiques mais uniquement dans sa collection Péchés de jeunesse. Cela tient sans doute à sa prépublication initiale dans le journal Le Soir plutôt que dans Spirou, mais cela n'en reste pas moins une série policière jeunesse tout à fait recommandable.
Ce qui m'a particulièrement surpris, c'est son ton relativement réaliste. Malgré leur apparence de grands adolescents, les deux héros vivent des aventures assez adultes, avec un sérieux et un sens de l'action qui les rapprochent d'un Gil Jourdan, même si l'ensemble conserve davantage de légèreté et de fantaisie. Le duo fonctionne bien et évoque clairement une dynamique à la Spirou et Fantasio : Jacky est le plus posé, parfois un peu lisse, tandis que Célestin apporte une touche plus fantasque et se retrouve plus facilement au cœur des ennuis.
Côté dessin, on découvre un Walthéry encore débutant, loin du style qui fera sa renommée sur Natacha. Le premier album (Vous êtes trop bon !) porte encore fortement l'influence de Will qui le supervisait, puis les suivants s'inscrivent davantage dans la tradition du studio Peyo, au point de rappeler régulièrement le trait de Gos (Le Scrameustache). Le dessin reste toutefois très solide et lisible, même s'il peut paraître un peu raide par moments, et s'intègre parfaitement dans l'esthétique des productions Spirou des années 60. C'est aussi intéressant de voir l'évolution rapide de Walthéry au fil des pages.
Les scénarios, écrits ou supervisés par Peyo et son entourage (Vicq, Gos, etc.), s'inscrivent dans une veine assez classique, mais efficace. On est clairement dans de l'enquête policière, parfois teintée d'espionnage ou de mystère, avec quelques éléments de fantaisie hérités de l'esprit Marcinelle. Cela surprend de la part de Peyo car c'est très éloigné de séries comme Johan et Pirlouit ou Les Schtroumpfs, et plus adulte que Benoit Brisefer. L'humour reste présent, mais l'action ne fait pas semblant, avec de vrais dangers, des accidents de voiture et un certain sens du suspense.
Cela dit, malgré ses qualités, la série reste assez sage. Les intrigues sont bien menées mais rarement surprenantes, et l'ensemble manque d'une identité vraiment marquante ou d'un supplément de folie qui lui aurait permis de se distinguer davantage. C'est sans doute ce qui explique qu'elle soit restée relativement méconnue.
Il en découle une bonne petite série de la BD franco-belge classique : agréable, bien réalisée, portée par un vrai savoir-faire, mais qui manque d'un petit quelque chose pour devenir mémorable. Ça reste néanmoins une découverte très sympathique, surtout pour les amateurs de cette époque.
Un polar bien tordu comme je l'aime.
Le scénariste utilise trois faits historiques qui se sont passés la même semaine (le discours historique de Martin Luther King, un double meurtre dont le coupable n'a jamais été retrouvé et la mort en Afrique de l'activiste américain noir W. E. B. Du Bois) pour concocter un polar efficace qui se passe durant le 20 ème anniversaire du discours de King. C'est un de ces polars où on sait dès le début qui est le coupable et se sont ses motivations qui sont nébuleuses. On va comprendre petit à petit la mentalité de ce tueur via des flashbacks.
Certes, le scénario n'échappe pas aux défauts récurrents des polars : il y a des facilités dans le scénario et aussi aucun personnage n'est vraiment attachant. Aussi, le seul truc vraiment captivant est de savoir la réponse au mystère et après qu'on le sait il y a pas grand chose qui donne envie de relire l'album un jour. Le noir et blanc est pas mal.
Deux choses et demi sont bien : la scène des gens morts à cause du pétrole dont le charnier est assez bien dessiné : ça fait une scène forte plus le dessin, bon quand il s'agit de montrer ce qui se décompose avec son style hachuré. Donc bonne scène plus assez bon dessin, ça fait 1,5. Il y a aussi le fait de porter l'attention sur le fait que la gestion des réfugiés, climatiques ou non, va être de plus en plus privatisée, ce qui ne sent pas très bon pour leurs droits. Donc 1,5+1 = 2,5 que je vais arrondir à 3 pour la couverture.
Sinon, je n'ai pas aimé, vu que je n'aime pas le terrorisme, qui a mon avis ne se justifie que contre quelque tyran, mais comme le dit le "héros" les gens ne vont pas renoncer à leur confort, il faut donc court-circuiter la démocratie. Le beau sauveur que voilà ! On a déjà eu des gens d'extrême gauche ou d'extrême droite pour jouer les autoritaires et les totalitaires, il faut croire que ça nous manque, appelons des tyrans. En attendant, notre "héros" tue le PDG de Total : en France on envie les géants du numérique vu qu'on n'en a pas, mais on tape sur un géant pétrolier par envie pour les plus riches, et non par désir de liberté, qu'on sacrifie dès qu'on se toque de quelque cause ou homme providentiel.
On est sûr donc que les actes du terroriste plairont à bien des lecteurs, mais en somme, aucune entreprise, nul Etat ne doit payer de rançon pour récupérer quelqu'un de peur d'encourager les ravisseurs et un homme d'ordre comme l'était le terroriste en tant qu'ancien militaire, le sait parfaitement, donc son discours sur la méchante entreprise qui ne sauve ni son PDG ni la planète tombe à plat. Soit l'homme est hypocrite, soit il est incohérent, le beau héros que voilà !
Le patron de Total ne sert en vérité que de bouc émissaire : comme disait Jean Yann, tout le monde veut sauver le monde, personne ne veut descendre les poubelles, mais en approuvant le meurtre d'un méchant capitaliste, on réconcilie les foules sur son dos. Le procès est un beau numéro, aussi, on étend la focale, même une entreprise pas trop polluante sera coupable par complicité vu qu'elle fait affaire avec de pires. Je laisse à penser ce que ça donnerait dans les relations de voisinage ou de famille : si on va assez loin, qui ne sera coupable par association ? Bien sûr, le "héros" a perdu un être proche pour qu'on se sente proche de lui, et est puni mais il y a un happy end, comme ça on aura pu faire passer des énormités. Mais ce sont des horreurs qu'il ne faut pas cautionner…. Si les gens le font et imitent, je m'en lave les mains : on aura un gouvernement autoritaire et une terreur écologique avec de tels principes.
Cet album propose cinq courtes histoires librement inspirées du folklore scandinave, mettant en scène trolls, elfes et autres créatures des forêts du Nord.
J'y ai trouvé un hommage assez mignon à cet imaginaire, porté avant tout par un travail graphique réussi. Le dessin s'inscrit dans la lignée d'illustrateurs scandinaves classiques comme Carl Larsson ou John Bauer, avec, par moments, une touche qui rappelle aussi Arthur Rackham, notamment dans certaines scènes d'elfes dansants. L'ensemble dégage un charme évident, avec des couleurs sombres mais douces et une atmosphère feutrée qui évoque parfaitement les contes nordiques.
Les cinq récits sont très courts et reposent sur des scénarios simples, presque comme de petites fables pour enfants. L'intérêt est moins dans l'intrigue que dans l'ambiance et la manière de donner vie à ce folklore, avec un humour léger et un ton globalement bienveillant. On retrouve souvent en filigrane un message assez classique autour du respect de la nature, de l'équilibre entre l'homme et son environnement, ou encore de l'idée de ne pas prendre plus que ce que l'on donne.
Cela fonctionne plutôt bien dans l'ensemble, même si certains passages peuvent paraître un peu appuyés ou légèrement moralisateurs. A noter également que les dialogues, parfois un peu soutenus, ne sont pas toujours les plus adaptés à un très jeune lectorat alors que l'album leur semble pourtant destiné.
Malgré ses qualités visuelles et son atmosphère réussie, l'ensemble est assez convenu. Les histoires sont prévisibles, sans véritable surprise, et peinent à captiver. Cela donne une lecture agréable, mais assez sage, qui pourra séduire les plus jeunes ou les amateurs de contes traditionnels, là où un lecteur adulte risque de rester un peu à distance.
Rien d’extraordinaire ni de réellement très original dans ce gros recueil d’histoires courtes. Mais Corben connait ses classiques, et il nous propose quelques récits sympathiques, qui plairont sans doute aux amateurs des « Creepy ».
J’ai lu ce recueil par petites touches, et ces « pastilles » passent bien, même si certaines histoires sont un peu trop « légères » à mon goût. Je ne suis pas forcément le cœur de cible de toute façon.
Le dessin de Corben – qui change parfois un peu de style – est très lisible. Mais là aussi pas forcément mon truc. Ça manque quand même souvent de détails, et le rendu n’est pas à la hauteur du travail de Wrightson ou de Wood sur ce type de récits fantastiques.
Les dessins d'Auclair sont magnifiques et ont su exprimer toute la beauté de l'esthétique celte. Quant au récit, je n'ai pas compris grand-chose à l'époque et même aujourd'hui, beaucoup d'aspects m'échappent. Je reconnais l'effort positif des auteurs pour donner une voix aux minorités et aux traditions anciennes et c'est pourquoi je garde dans ma bibliothèque, avec fierté, l'édition originale.
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Esmera
J'ai commandé et acheté l'album par curiosité et après avoir lu les avis de bdtheque. J'avais été trop traumatisé par ma lecture précédente de Zep. Mais oui, les dessins de Vince sont bons et il y a une histoire à lire. Alterner le genre sexuel n'est pas vraiment mon type de fétiche mais je pense que dans le thème il peut y avoir des variations encore plus excitantes. Je pense aussi que les différences psychologiques et physiologiques entre femmes et hommes auraient pu être davantage développées.
Cybercats
Dans un décor futuriste à tendance cyberpunk, un trio de chats humanoïdes joue les justiciers quand le monde virtuel et le réel s'entremêlent. Une série rythmée, accessible et pensée pour divertir tout en glissant un message sur les dérives du web, notamment le cyberharcèlement. Le dessin est chouette et bien maîtrisé. Le mélange entre trait traditionnel et couleurs numériques fonctionne très bien et donne un rendu dynamique, presque vidéoludique, parfaitement en phase avec le propos. La série regorge de clins d'œil geeks, ce qui fait à la fois son charme et ses limites. C'est sympathique parce qu'on s'amuse à repérer les références (à commencer par Samouraï Pizza Cats avec ce héros chat livreur de pizzas qui devient samouraï dans le monde virtuel), mais cela peut aussi devenir un peu envahissant quand certaines tombent un peu comme un cheveu sur la soupe. L'exemple le plus frappant pour moi est l'utilisation très présente de l'alphabet Aurebesh (celui de l'univers Star Wars), qui m'a régulièrement donné envie de le traduire tout en me faisant m'interroger sur les implications d'une telle réutilisation si jamais il prenait l'envie aux avocats de Lucasfilm de s'y intéresser. Sur le fond, le récit reste très orienté jeunesse. L'antagoniste du premier tome, incarnation d'un avatar malveillant né du cyberharcèlement, est traité de manière assez frontale, et la résolution, où les harceleurs sont punis puis comprennent la leçon, reste très sage et convenue. Tout est bien qui finit bien, avec une morale claire. Il en résulte une série sympathique, bien dessinée, rythmée et divertissante pour un jeune public, mais qui pourra sembler un peu mièvre et attendue pour un lecteur adulte.
Vavam Vampire
J'ai lu les 3 premiers tomes de cette série et pour l'instant c'est pas trop mal. Un vampire travail dans un bain public depuis qu'il a été sauvé par le petit-fils du propriétaire. Il aime bien les jeunes hommes puceau alors il attend que le petit-fils devient un homme pour lui sucer son sang. Malheureusement, dès son premier jour de lycée, le petit-fils tombe amoureux d'une fille....Le vampire va tout faire pour qu'il reste puceau et évidemment ce n'est pas facile à faire. L'intrigue est pas trop mal et l'humour m'a bien fait sourire à défaut d'avoir réussi à me faire rire. L'intrigue avance bien et l'apparition de nouveaux personnages permet de renouveler les situations. Cela dit je ne suis pas certain que cela va bien ternir la route jusqu'à la fin, surtout lorsque je vois qu'il y a déjà une dizaine de tomes sortie au Japon. Les personnages ne sont pas particulièrement attachants ou approfondi en dehors du vampire et du chasseur de vampire. Le dessin est pas mal.
La Couleur tombée du ciel
La Couleur tombée du ciel reste pour moi une nouvelle marquante de Lovecraft, mais de manière assez particulière : ce n'est pas tant sa fin en apothéose que sa montée en tension, lente et insidieuse, qui m'avait vraiment marqué à la lecture. Dans cette adaptation manga par Gou Tanabe, j'ai presque ressenti l'inverse. La progression m'a paru plus plate, moins prenante, et j'avoue avoir été régulièrement agacé par le comportement de la famille, qui refuse obstinément de fuir ou même simplement d'arrêter de consommer l'eau du puits et les produits contaminés, alors que la situation devient rapidement intenable. Là où le texte original instaurait une angoisse diffuse et inexorable, j'ai eu ici davantage l'impression d'une mécanique un peu répétitive. En revanche, la fin m'a nettement plus impressionné que dans la nouvelle. Le médium graphique permet à Tanabe de livrer quelque chose de beaucoup plus visuel et spectaculaire, avec des planches marquantes qui donnent enfin toute sa dimension à cette couleur indicible. Je suis en revanche plus réservé sur le dessin dans son ensemble. D'une part, les personnages ont un aspect très fermiers du Far West qui ne correspond pas vraiment à l'image que je me faisais de la Nouvelle-Angleterre de Lovecraft. D'autre part, le trait et l'encrage, assez chargés et parfois un peu biscornus, rendent certaines scènes difficiles à lire, notamment dès qu'il s'agit de représenter des transformations ou des formes organiques inhabituelles. Cela nuit parfois à la lisibilité, là où l'horreur devrait au contraire gagner en clarté visuelle. Au final, une adaptation globalement fidèle et intéressante, avec une conclusion visuellement réussie, mais qui perd selon moi en tension ce qu'elle gagne en spectacle, et dont le graphisme ne me plait pas vraiment.
Jacky et Célestin
Jacky et Célestin est une série jeunesse de l'école de Marcinelle que j'avais complètement manquée à l'époque, alors qu'elle correspond typiquement au genre d'albums que je lisais enfant. Je la découvre seulement aujourd'hui, et je la trouve de très bonne facture, au point d'être surpris que Dupuis ne l'ait pas publiée parmi ses classiques mais uniquement dans sa collection Péchés de jeunesse. Cela tient sans doute à sa prépublication initiale dans le journal Le Soir plutôt que dans Spirou, mais cela n'en reste pas moins une série policière jeunesse tout à fait recommandable. Ce qui m'a particulièrement surpris, c'est son ton relativement réaliste. Malgré leur apparence de grands adolescents, les deux héros vivent des aventures assez adultes, avec un sérieux et un sens de l'action qui les rapprochent d'un Gil Jourdan, même si l'ensemble conserve davantage de légèreté et de fantaisie. Le duo fonctionne bien et évoque clairement une dynamique à la Spirou et Fantasio : Jacky est le plus posé, parfois un peu lisse, tandis que Célestin apporte une touche plus fantasque et se retrouve plus facilement au cœur des ennuis. Côté dessin, on découvre un Walthéry encore débutant, loin du style qui fera sa renommée sur Natacha. Le premier album (Vous êtes trop bon !) porte encore fortement l'influence de Will qui le supervisait, puis les suivants s'inscrivent davantage dans la tradition du studio Peyo, au point de rappeler régulièrement le trait de Gos (Le Scrameustache). Le dessin reste toutefois très solide et lisible, même s'il peut paraître un peu raide par moments, et s'intègre parfaitement dans l'esthétique des productions Spirou des années 60. C'est aussi intéressant de voir l'évolution rapide de Walthéry au fil des pages. Les scénarios, écrits ou supervisés par Peyo et son entourage (Vicq, Gos, etc.), s'inscrivent dans une veine assez classique, mais efficace. On est clairement dans de l'enquête policière, parfois teintée d'espionnage ou de mystère, avec quelques éléments de fantaisie hérités de l'esprit Marcinelle. Cela surprend de la part de Peyo car c'est très éloigné de séries comme Johan et Pirlouit ou Les Schtroumpfs, et plus adulte que Benoit Brisefer. L'humour reste présent, mais l'action ne fait pas semblant, avec de vrais dangers, des accidents de voiture et un certain sens du suspense. Cela dit, malgré ses qualités, la série reste assez sage. Les intrigues sont bien menées mais rarement surprenantes, et l'ensemble manque d'une identité vraiment marquante ou d'un supplément de folie qui lui aurait permis de se distinguer davantage. C'est sans doute ce qui explique qu'elle soit restée relativement méconnue. Il en découle une bonne petite série de la BD franco-belge classique : agréable, bien réalisée, portée par un vrai savoir-faire, mais qui manque d'un petit quelque chose pour devenir mémorable. Ça reste néanmoins une découverte très sympathique, surtout pour les amateurs de cette époque.
Black Gospel
Un polar bien tordu comme je l'aime. Le scénariste utilise trois faits historiques qui se sont passés la même semaine (le discours historique de Martin Luther King, un double meurtre dont le coupable n'a jamais été retrouvé et la mort en Afrique de l'activiste américain noir W. E. B. Du Bois) pour concocter un polar efficace qui se passe durant le 20 ème anniversaire du discours de King. C'est un de ces polars où on sait dès le début qui est le coupable et se sont ses motivations qui sont nébuleuses. On va comprendre petit à petit la mentalité de ce tueur via des flashbacks. Certes, le scénario n'échappe pas aux défauts récurrents des polars : il y a des facilités dans le scénario et aussi aucun personnage n'est vraiment attachant. Aussi, le seul truc vraiment captivant est de savoir la réponse au mystère et après qu'on le sait il y a pas grand chose qui donne envie de relire l'album un jour. Le noir et blanc est pas mal.
Impact - Green War
Deux choses et demi sont bien : la scène des gens morts à cause du pétrole dont le charnier est assez bien dessiné : ça fait une scène forte plus le dessin, bon quand il s'agit de montrer ce qui se décompose avec son style hachuré. Donc bonne scène plus assez bon dessin, ça fait 1,5. Il y a aussi le fait de porter l'attention sur le fait que la gestion des réfugiés, climatiques ou non, va être de plus en plus privatisée, ce qui ne sent pas très bon pour leurs droits. Donc 1,5+1 = 2,5 que je vais arrondir à 3 pour la couverture. Sinon, je n'ai pas aimé, vu que je n'aime pas le terrorisme, qui a mon avis ne se justifie que contre quelque tyran, mais comme le dit le "héros" les gens ne vont pas renoncer à leur confort, il faut donc court-circuiter la démocratie. Le beau sauveur que voilà ! On a déjà eu des gens d'extrême gauche ou d'extrême droite pour jouer les autoritaires et les totalitaires, il faut croire que ça nous manque, appelons des tyrans. En attendant, notre "héros" tue le PDG de Total : en France on envie les géants du numérique vu qu'on n'en a pas, mais on tape sur un géant pétrolier par envie pour les plus riches, et non par désir de liberté, qu'on sacrifie dès qu'on se toque de quelque cause ou homme providentiel. On est sûr donc que les actes du terroriste plairont à bien des lecteurs, mais en somme, aucune entreprise, nul Etat ne doit payer de rançon pour récupérer quelqu'un de peur d'encourager les ravisseurs et un homme d'ordre comme l'était le terroriste en tant qu'ancien militaire, le sait parfaitement, donc son discours sur la méchante entreprise qui ne sauve ni son PDG ni la planète tombe à plat. Soit l'homme est hypocrite, soit il est incohérent, le beau héros que voilà ! Le patron de Total ne sert en vérité que de bouc émissaire : comme disait Jean Yann, tout le monde veut sauver le monde, personne ne veut descendre les poubelles, mais en approuvant le meurtre d'un méchant capitaliste, on réconcilie les foules sur son dos. Le procès est un beau numéro, aussi, on étend la focale, même une entreprise pas trop polluante sera coupable par complicité vu qu'elle fait affaire avec de pires. Je laisse à penser ce que ça donnerait dans les relations de voisinage ou de famille : si on va assez loin, qui ne sera coupable par association ? Bien sûr, le "héros" a perdu un être proche pour qu'on se sente proche de lui, et est puni mais il y a un happy end, comme ça on aura pu faire passer des énormités. Mais ce sont des horreurs qu'il ne faut pas cautionner…. Si les gens le font et imitent, je m'en lave les mains : on aura un gouvernement autoritaire et une terreur écologique avec de tels principes.
Secrets de trolls
Cet album propose cinq courtes histoires librement inspirées du folklore scandinave, mettant en scène trolls, elfes et autres créatures des forêts du Nord. J'y ai trouvé un hommage assez mignon à cet imaginaire, porté avant tout par un travail graphique réussi. Le dessin s'inscrit dans la lignée d'illustrateurs scandinaves classiques comme Carl Larsson ou John Bauer, avec, par moments, une touche qui rappelle aussi Arthur Rackham, notamment dans certaines scènes d'elfes dansants. L'ensemble dégage un charme évident, avec des couleurs sombres mais douces et une atmosphère feutrée qui évoque parfaitement les contes nordiques. Les cinq récits sont très courts et reposent sur des scénarios simples, presque comme de petites fables pour enfants. L'intérêt est moins dans l'intrigue que dans l'ambiance et la manière de donner vie à ce folklore, avec un humour léger et un ton globalement bienveillant. On retrouve souvent en filigrane un message assez classique autour du respect de la nature, de l'équilibre entre l'homme et son environnement, ou encore de l'idée de ne pas prendre plus que ce que l'on donne. Cela fonctionne plutôt bien dans l'ensemble, même si certains passages peuvent paraître un peu appuyés ou légèrement moralisateurs. A noter également que les dialogues, parfois un peu soutenus, ne sont pas toujours les plus adaptés à un très jeune lectorat alors que l'album leur semble pourtant destiné. Malgré ses qualités visuelles et son atmosphère réussie, l'ensemble est assez convenu. Les histoires sont prévisibles, sans véritable surprise, et peinent à captiver. Cela donne une lecture agréable, mais assez sage, qui pourra séduire les plus jeunes ou les amateurs de contes traditionnels, là où un lecteur adulte risque de rester un peu à distance.
Grave - Les Contes du cimetière
Rien d’extraordinaire ni de réellement très original dans ce gros recueil d’histoires courtes. Mais Corben connait ses classiques, et il nous propose quelques récits sympathiques, qui plairont sans doute aux amateurs des « Creepy ». J’ai lu ce recueil par petites touches, et ces « pastilles » passent bien, même si certaines histoires sont un peu trop « légères » à mon goût. Je ne suis pas forcément le cœur de cible de toute façon. Le dessin de Corben – qui change parfois un peu de style – est très lisible. Mais là aussi pas forcément mon truc. Ça manque quand même souvent de détails, et le rendu n’est pas à la hauteur du travail de Wrightson ou de Wood sur ce type de récits fantastiques.
Bran Ruz
Les dessins d'Auclair sont magnifiques et ont su exprimer toute la beauté de l'esthétique celte. Quant au récit, je n'ai pas compris grand-chose à l'époque et même aujourd'hui, beaucoup d'aspects m'échappent. Je reconnais l'effort positif des auteurs pour donner une voix aux minorités et aux traditions anciennes et c'est pourquoi je garde dans ma bibliothèque, avec fierté, l'édition originale.