Si Marco Cannavo modifie quelques petits détails de l’histoire de Mary Shelley, il reste néanmoins relativement fidèle au récit d’origine, à son originelle noirceur, à son côté « drame antique » mâtiné de romantisme, avec ce destin implacable, cette machinerie funeste mise en branle par Frankenstein, une fois sa « créature » ramenée à la vie.
Avec une économie de moyens, de dialogues, il nous présente un Frankenstein cherchant vengeance et rédemption, en poursuivant – jusqu’au bout du monde – celui qui a ruiné sa vie et celle de ses proches, qui lui a échappé.
Sans être très prenant, le récit se laisse lire agréablement. Surtout que le dessin de Corrado Roi sort lui un peu plus des sentiers battus. En effet, son travail en Noir et Blanc, au lavis, donne un rendu quelque peu envoûtant. Il ajoute en tout au caractère désespéré et fantastique de la relation entre Frankenstein et sa créature. J’ai bien aimé ce travail graphique.
En fin d’album, un dossier d’une vingtaine de pages de Marco Grasso reprend la création de Mary Shelley, mais aussi ses adaptations ultérieures (au cinéma en particulier, mais aussi en littérature), ce qui est un petit plus pour les lecteurs.
J'avais déjà eu l'occasion de lire "La cité qui rêve" chez Arédit/Artima il y a fort fort longtemps. Un bon souvenir.
Delirium nous propose la série complète (nous ne sommes qu'au troisième tome) dans un grand format avec de nombreux bonus très instructifs.
C'est Roy Thomas qui adapte l'œuvre de Michael Moorcock, il avait déjà fait apparaitre le personnage central, Elric de Melniboné, dans Conan The Barbarian #14-15 en 1972, avec Barry Windsor-Smith au dessin, une représentation graphique qui n'avait pas plu à Moorcock, trop éloignée de celle décrite dans ses romans. Ce ne sera pas le cas dans ce Elric, la première adaptation en BD (je mets de côté celle de Druillet en 1971).
Je vais commencer par faire un petit historique dans le foutoir des parutions VO. Roy Thomas et P. Craig Russell adapte le tome 3 en 1982 chez Marvel (Marvel Graphic Novel #2). Et en 1983 Elric #1-6 aidé de Michael Gilbert au dessin chez Pacific Comics repris dans les tomes 1 et 2. Puis en 1986/87 chez First Comics Elric-Weird-of-the-White-Wolf #1-5, en 1987 Elric: The Vanishing Tower #1 avec Jan Duursema au dessin et enfin en 1996/97 (sans Roy Thomas) chez Dark Horse Comics place à Elric-Stormbringer #0-7 pour les futurs tomes ? À noter que le numéro zéro de cette dernière série est une adaptation de Neil Gaiman... J'espère ne rien avoir oublié.
Pour ces trois tomes Roy Thomas s'applique à retranscrire le souffle épique, la complexité des personnages et la dramaturgie des romans, c'est plutôt réussi malgré des textes qui font leur grand âge. Forcément, en si peu de planches il n'est pas facile de condenser plusieurs centaines de pages et cela se ressent lors de la lecture.
Pour la partie graphique je vais dissocier les deux premiers tomes du troisième.
Pour les deux premiers, c'est le binome P. Craig Russell et Michael Gilbert qui sont aux commandes pour un résultat moyen. L'encrage de George Freeman ne rend pas hommage aux crayonnés de Russell et Gilbert. Pour les couleurs c'est typé année 80.
Pour le troisième tome, c'est P. Craig Russell qui s'occupe de tout, et boum changement de décor, un monde féerique s'ouvre à moi pour mon plus grand plaisir. Magnifique.
Une série avec un petit goût vintage. Je suis preneur, étant moi-même un peu vintage.
Un bon 3 étoiles.
Un petit cirque itinérant arrive dans une petite ville du bayou. Mal accueilli par une population hostile, ses membres sont en réalité là pour enquêter sur une série de disparitions inquiétantes, dans un cadre mêlant folklore local, ambiance horrifique et mystère aux accents fantastiques.
Le concept est sympathique : derrière des artistes de cirque hauts en couleur se cache en réalité une équipe de détectives, sorte de croisement entre troupe foraine et agence secrète. L'idée est certes assez artificielle, mais elle intrigue et fonctionne plutôt bien.
Le dessin, à mi-chemin entre réalisme et style franco-belge à gros nez, apporte un certain charme. Les décors sont réussis, et l'atmosphère nocturne, parfois un peu glauque, est bien rendue malgré des couleurs un peu sombres par moments.
L'intrigue de ce tome unique tient globalement la route. Certes, elle reste assez classique dans son genre, mais le rythme est soutenu, le récit suffisamment dense malgré le faible nombre de pages, et la lecture agréable. On sent une volonté de proposer un divertissement accessible, presque familial, avec un soupçon d'angoisse mais sans véritable noirceur. En revanche, la fin m'a moins convaincu : le dévoilement du secret repose sur une grosse facilité narrative (le coup de l'hypnose) et donne l'impression d'être expédié, comme s'il fallait conclure rapidement faute de place. J'ai refermé l'album avec un léger sentiment de précipitation.
La série était prévue en plusieurs histoires indépendantes, mais elle s'est arrêtée à ce seul premier album qui, heureusement, peut se lire comme un one-shot, tout en laissant la frustration de ne pas en savoir plus sur les origines de ce cirque détective ni sur ses futures aventures. C'est dommage : j'aurais volontiers lu d'autres aventures de ces personnages, d'autant que l'univers esquissé appelait clairement une suite.
On a donc un album unique divertissant, porté par un concept sympathique et un dessin réussi, mais qui laisse un petit goût d'inachevé.
Espoirs
Serpieri nous l'assure, dans l'avant propos, il travaille actuellement au chapitre 10 de sa série. En attendant, il a confié à Allessio Schreiner et à Eon le soin de nous présenter un préquel à sa série fétiche, préquel prévue en 3 volumes.
Eon se glisse dans la peau du maître ici, en nous offrant un dessin assez proche voire très proche de celui de Serpieri. Les adeptes de Druuna se seront guère perdus dans cette nouvelle série. Même le scénario, parfois confus, est digne d'un Serpieri (j'étais d'ailleurs parfois perdu dans la lecture).
Par contre, les scènes de sexe, très explicites, et surtout les dialogues relèvent plutôt d'un film porno basique. Ces scènes sont la plupart du temps gratuites, et la scène de viol est particulièrement révoltante.
Comme les autres albums de la série, l'album est complété par un cahier graphique de 14 pages, signé Serpieri.
La ligne éditoriale de cette série est très soignée et, j'avoue que je serai au rendez-vous pour le deuxième volume de ce préquel.
Genesis
Changement de dessinateur, changement de scénariste et presque changement de décor, j’ai envie de dire avec ce deuxième volume consacré au préquel de Druuna. Mais comment Serpieri a pu donner son aval à cette aventure de sa superbe créature, comme il le note dans la préface !
J’avais apprécié le tome 1 « Espoir », dessiné par Eon , dont le travail était soigné avec un dessin assez proche de celui de Paolo Serpieri mais là, je suis plus que déçu. Même la couverture est trop sage !
Le dessin des quelques pages couleurs de l’album est assez éloigné de ce que nous est proposé habituellement sur cette série ; quant aux pages centrales en noir et blanc, c’est une catastrophe !
Le scénario n’est qu’un prétexte qu’à maintenir en vie une série qui désormais ne trouve plus guère d’intérêt pour moi. Quelle idée de retracer les aventures de la grand-mère de Druuna lorsqu’elle était jeune ? Un tome pour rien, je pense tant il n’apporte rien, pour le moment, au préquel. D'où baisse (provisoire ?) de ma note sur cette série.
Ce préquel étant prévu en 3 volumes, j’espère tout de même que les auteurs remonteront le niveau de la série dans le prochain tome, que j’achèterai tout de même, n’aimant pas laisser une série inachevée dans ma bibliothèque.
Diabolicus Morbus
Avec une couverture qui tranche avec l'univers habituel de Druuna, les auteurs terminent, avec cet album, ce préquel en trois volumes.
Cet opus s'inspire, comme le précédent, d'éléments de la mythologie. Même si les scènes de sexe sont présentes (mais dans un degré moindre que dans la série mère), c'est surtout le côté science fiction qui domine. Le scénario n'est pas toujours limpide (pas compris l'histoire du commandant Jock ).
Si les planches en couleurs sont de qualité, je ne suis toujours pas convaincu par celles en noir et blanc.
Marco Cannavo, le scénariste, ne manque pas d'être raccord, à la fin de ce récit avec la première page de Morbus Gravis, premier album de Druuna.
Comme toujours dans cette collection, un cahier graphique d'une dizaine de page signé Serpieri, se trouve en fin d'album.
Au cœur d'une forêt, un jeune homme tient une sorte de bar-refuge. Les clients qui frappent à sa porte sont des animaux de compagnie : un chat, un chien, un oiseau, un hamster, venus raconter leurs doléances. Le garçon les écoute, essuie ses verres comme un barman patient, presque comme un psy compatissant face à des confidences, et ils préparent ensemble un mystérieux voyage loin des anciens maîtres de ces animaux.
Le début ne m'a pas vraiment convaincu. Le dessin est joli, tout en teintes sépia et beiges, d'une douceur indéniable, mais aussi assez simple, peut-être un peu trop épuré. Les échanges entre les animaux et le jeune homme m'ont paru quelque peu simplistes et décousus : chacun vient évoquer son ancien propriétaire, formuler un regret, une frustration ou un souhait. L'ensemble dégage une impression de répétition, presque mécanique, avec un léger parfum de manga mielleux sur la relation attendrissante entre humains et petits compagnons trop mignons.
Puis la suite permet de comprendre l'intention de l'autrice sans jamais tout dévoiler explicitement. Lorsque l'on découvre le contenu des lettres que les animaux envoient avant leur départ, l'émotion surgit avec force. Soudain, tout s'éclaire et les scènes précédentes prennent un autre sens. Pour quiconque a déjà traversé cette expérience particulière, l'impact est immédiat.
J'ai trouvé cette émotion puissante… mais aussi presque trop facile, parce que je fais partie de ceux directement concernés par ce vécu. Le thème touche une corde très sensible, et le livre appuie là où ça fait mal. Les larmes ne sont pas loin, mais on peut aussi avoir le sentiment que tout le dispositif narratif est construit pour provoquer cette réaction. Cela dit, le fait que le récit ne nomme jamais clairement ce dont il est question lui confère une forme de pudeur qui évite l'écueil d'une trop grande facilité.
C'est un ouvrage doux et mélancolique, qui gagne en force dans ses dernières pages, lorsque l'on comprend véritablement de quoi il retourne et à condition d'être sensible au sujet. Il se lit toutefois un peu trop vite et il ne touchera sans doute pleinement que ceux qui ont connu ce type de séparation.
Note : 2,5/5
Après avoir lu la BD, et tout comme le dit très bien Noirdésir, j'étais étonné de la brutalité de cette fin qui s'arrête presque trop tôt à mon gout. Cependant, je pense que la BD a été crée avec des musées et des expositions en rapport avec cet évènement. Et je dirais qu'elle doit se lire comme un complément à ces endroits où l'histoire sera décortiquée : elle est une introduction, une manière de faire prendre conscience de ce que ça a été, au-delà des chiffres, des noms ou des comptes-rendus.
Dans ce sens, la BD est assez bien faite : elle nous présente des personnages qui sont dans une célébration du 1er mai en cette fin du XIXè siècle, journée de lutte sociale et solidaire, où l'ouvrier réclame plus de droits à des patrons qui les font crever derrière la machine. Les personnages sont enthousiastes d'une journée de fêtes, mais aussi au cœur de luttes sociales qui font intervenir les gendarmes et l'armée. Tout cela ne peut que mal finir. Et cette fin douloureuse arrivera donc, témoin encore une fois de la violence du capitalisme, prêt à tout pour garder son emprise.
La BD est assez vite lue, pas plus développée que ça donc, mais je pense que ce n'est pas son but. Elle est là pour rappeler ce que furent ces évènements, le contexte sociale et les classes de l'époque, dans toute la violence de leurs discours. Le trait de Alex W. Inker va très bien à ce genre de récits, faisant un trait gras et coloré qui rappelle les impressions sérigraphiques qu'on faisait à l'époque, dans les tons qui vont avec les affiches rouges de l'époque aussi. Si parfois le dessin est un peu trop gras, donnant une impression brouillonne de l'ensemble, il est globalement assez bien fait.
Une BD de lutte sociale, donc, qui rappelle la violence qui fut et qui est toujours là, latente et prête à s'éveiller à nouveau. A lire, sans en attendre une découverte exceptionnelle, c'est un complément à d'autres choses et sans doute le musée qui y est consacré.
Un polar a visages multiples, où chaque personnage donnera son avis sur ce qu'il s'y passe, tandis que la petite banlieue pavillonnaire tranquille sera exposée à de plus en plus de choses qui clochent.
La BD est un petit concentré de ces travers de l'Amérique si paisible en apparence, chaque personnage étant pétri de contradiction ou de problématique, tandis que se déploient progressivement les points de tensions qui aboutiront à une finalité tragique. La construction est lente et méthodique, chaque personnage apportant une pierre à l'édifice, en remettant en cause ce que d'autres ont dit ou mettant en lumière des travers de chacun. Le tout avec des petits drames humains qui sont présents à différents niveaux, de la gamine qui est triste de découvrir des voleurs à la femme délaissée qui remet en question toute sa vie.
L'histoire est assez triste, la fin où chacun commente la suite a des accents de tragédie où personne n'aura finalement bien vécu ce qu'il s'est passé, tandis que la BD se conclue sur une pirouette un peu forcée mais qui rajoute aux accents de tragédie : tout ceci pour un banal évènement, en fin de compte. Cela dit, la BD n'est pas exempte de tout défaut et personnellement j'ai trouvé que le climax final, ce point de tension qui débarque sort un peu du chapeau et manque clairement de préparation. Il y a des liens qui sont présent avant, mais lorsque j'ai vu la situation et les raisons j'étais assez peu convaincu d'un évènement logique et bien amené. Certes, il y a un aspect camouflé qui est explicable, mais en tant que lecteur j'ai trouvé que ça faisait sortie du chapeau pour justifier la scène.
En dehors de ce petit détail qui m'a fait tiquer, le reste de l'histoire est bien menée et tient la route, apportant son lot de surprises et d'Amérique déçue, de vies pas toujours réussies. Une BD qui reste dans le polar noir, malgré son apparence de banlieue gentille, pas une réussite incontestable à mes yeux mais qui tient la route. J'ai surtout aimé ces commentaires de fin, où chacun raconte l'histoire des années plus tard, apportant un autre éclairage sur leur comportement. Plutôt bon, en somme !
C'est intéressant et bien réalisé. On entre facilement dans la narration avec un dessin accessible et doux.
Cependant c'est un peu long et on se retrouve à tourner un peu en rond comme le personnage principal. J'ai lu la fin un peu vite, car au bout d'un moment on a compris et l'histoire n'avance plus et rabâche, remâche le même thème. Peut être que le côté rabâchage et spirale aurait pu être traité, on aurait été entrainé avec le héros. Hélas ce n'est pas le cas, on le regarde tourner, repenser indéfiniment la même chose, les mêmes angoisses et on fini par s'ennuyer un peu. Ainsi même si cette bd est plein de qualité, au final elle ne m'a pas transporté à titre personnel.
C'est une lecture qui doit mieux passer auprès des ados que des adultes.
Une demi-réussite donc.
Garth Ennis raconte encore une fois une histoire se passant durant la seconde guerre mondiale et mettant en vedette des soldats qui essai tant bien de mal de survivre et il y a un commandant peut sympathique, Ennis n'aimant pas trop l'autorité.
Le récit est plutôt efficace à défaut d'être extraordinaire. En effet, les personnages sont plutôt stéréotypés à commencer par le héros lui-même qui semble n'être qu'un pleurnichard loser, mais qui est capable d'être héroïque sur un champ de bataille. Le seul personnage qui m'a semblé un peu sortir des clichés est le navigateur du héros qui est un indien qui aimerait bien voir les anglais partir de son pays. Comme souvent avec Ennis, il y a des bons dialogues et il y a des scènes qui sortent un peu du lot.
Donc c'est pas extraordinaire, mais cela fait le job et c'est un peu divertissant. À lire si on n'est pas allergique au genre.
Le dessin, et surtout la colorisation (une sorte de monochromie bleu pâle) sont plutôt originaux, et peuvent dérouter le lecteur. Mais je m’y suis fait, et l’ensemble se révèle plutôt agréable. En tout cas très lisible (les décors et arrière-plans sont souvent peu développés).
L’histoire est simple à résumer sur le papier. Une jeune femme se questionnant sur son avenir – amoureux, professionnel – rejoint une petite communauté vivant en collectivité dans une maison d’un bled paumé. Une sorte de ressourcerie humaine.
Au fil des pages, et des dialogues, on apprend à connaitre les membres du groupe, aux profils finalement hétéroclites. Les dialogues permettent aussi de développer quelques thématiques intéressantes, autour d’une critique plus ou moins « bobo » (mais pas que) de la société de consommation. C’est aussi une réflexion sur la part d’individuel, d’égoïsme qui est en chacun, ce qu’on est prêt à « collectiviser » (y compris au niveau des décisions). Aussi sur le refus de choisir, une fuite en avant qui pourrait donner du relief au titre.
Au final, si ce récit ne m’a pas enthousiasmé, il se laisse lire plutôt plaisamment, et assez rapidement. Je ne regrette pas mon emprunt.
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Frankenstein - au nom du père
Si Marco Cannavo modifie quelques petits détails de l’histoire de Mary Shelley, il reste néanmoins relativement fidèle au récit d’origine, à son originelle noirceur, à son côté « drame antique » mâtiné de romantisme, avec ce destin implacable, cette machinerie funeste mise en branle par Frankenstein, une fois sa « créature » ramenée à la vie. Avec une économie de moyens, de dialogues, il nous présente un Frankenstein cherchant vengeance et rédemption, en poursuivant – jusqu’au bout du monde – celui qui a ruiné sa vie et celle de ses proches, qui lui a échappé. Sans être très prenant, le récit se laisse lire agréablement. Surtout que le dessin de Corrado Roi sort lui un peu plus des sentiers battus. En effet, son travail en Noir et Blanc, au lavis, donne un rendu quelque peu envoûtant. Il ajoute en tout au caractère désespéré et fantastique de la relation entre Frankenstein et sa créature. J’ai bien aimé ce travail graphique. En fin d’album, un dossier d’une vingtaine de pages de Marco Grasso reprend la création de Mary Shelley, mais aussi ses adaptations ultérieures (au cinéma en particulier, mais aussi en littérature), ce qui est un petit plus pour les lecteurs.
Elric (Roy Thomas)
J'avais déjà eu l'occasion de lire "La cité qui rêve" chez Arédit/Artima il y a fort fort longtemps. Un bon souvenir. Delirium nous propose la série complète (nous ne sommes qu'au troisième tome) dans un grand format avec de nombreux bonus très instructifs. C'est Roy Thomas qui adapte l'œuvre de Michael Moorcock, il avait déjà fait apparaitre le personnage central, Elric de Melniboné, dans Conan The Barbarian #14-15 en 1972, avec Barry Windsor-Smith au dessin, une représentation graphique qui n'avait pas plu à Moorcock, trop éloignée de celle décrite dans ses romans. Ce ne sera pas le cas dans ce Elric, la première adaptation en BD (je mets de côté celle de Druillet en 1971). Je vais commencer par faire un petit historique dans le foutoir des parutions VO. Roy Thomas et P. Craig Russell adapte le tome 3 en 1982 chez Marvel (Marvel Graphic Novel #2). Et en 1983 Elric #1-6 aidé de Michael Gilbert au dessin chez Pacific Comics repris dans les tomes 1 et 2. Puis en 1986/87 chez First Comics Elric-Weird-of-the-White-Wolf #1-5, en 1987 Elric: The Vanishing Tower #1 avec Jan Duursema au dessin et enfin en 1996/97 (sans Roy Thomas) chez Dark Horse Comics place à Elric-Stormbringer #0-7 pour les futurs tomes ? À noter que le numéro zéro de cette dernière série est une adaptation de Neil Gaiman... J'espère ne rien avoir oublié. Pour ces trois tomes Roy Thomas s'applique à retranscrire le souffle épique, la complexité des personnages et la dramaturgie des romans, c'est plutôt réussi malgré des textes qui font leur grand âge. Forcément, en si peu de planches il n'est pas facile de condenser plusieurs centaines de pages et cela se ressent lors de la lecture. Pour la partie graphique je vais dissocier les deux premiers tomes du troisième. Pour les deux premiers, c'est le binome P. Craig Russell et Michael Gilbert qui sont aux commandes pour un résultat moyen. L'encrage de George Freeman ne rend pas hommage aux crayonnés de Russell et Gilbert. Pour les couleurs c'est typé année 80. Pour le troisième tome, c'est P. Craig Russell qui s'occupe de tout, et boum changement de décor, un monde féerique s'ouvre à moi pour mon plus grand plaisir. Magnifique. Une série avec un petit goût vintage. Je suis preneur, étant moi-même un peu vintage. Un bon 3 étoiles.
Barzoon Circus
Un petit cirque itinérant arrive dans une petite ville du bayou. Mal accueilli par une population hostile, ses membres sont en réalité là pour enquêter sur une série de disparitions inquiétantes, dans un cadre mêlant folklore local, ambiance horrifique et mystère aux accents fantastiques. Le concept est sympathique : derrière des artistes de cirque hauts en couleur se cache en réalité une équipe de détectives, sorte de croisement entre troupe foraine et agence secrète. L'idée est certes assez artificielle, mais elle intrigue et fonctionne plutôt bien. Le dessin, à mi-chemin entre réalisme et style franco-belge à gros nez, apporte un certain charme. Les décors sont réussis, et l'atmosphère nocturne, parfois un peu glauque, est bien rendue malgré des couleurs un peu sombres par moments. L'intrigue de ce tome unique tient globalement la route. Certes, elle reste assez classique dans son genre, mais le rythme est soutenu, le récit suffisamment dense malgré le faible nombre de pages, et la lecture agréable. On sent une volonté de proposer un divertissement accessible, presque familial, avec un soupçon d'angoisse mais sans véritable noirceur. En revanche, la fin m'a moins convaincu : le dévoilement du secret repose sur une grosse facilité narrative (le coup de l'hypnose) et donne l'impression d'être expédié, comme s'il fallait conclure rapidement faute de place. J'ai refermé l'album avec un léger sentiment de précipitation. La série était prévue en plusieurs histoires indépendantes, mais elle s'est arrêtée à ce seul premier album qui, heureusement, peut se lire comme un one-shot, tout en laissant la frustration de ne pas en savoir plus sur les origines de ce cirque détective ni sur ses futures aventures. C'est dommage : j'aurais volontiers lu d'autres aventures de ces personnages, d'autant que l'univers esquissé appelait clairement une suite. On a donc un album unique divertissant, porté par un concept sympathique et un dessin réussi, mais qui laisse un petit goût d'inachevé.
Druuna - Au commencement
Espoirs Serpieri nous l'assure, dans l'avant propos, il travaille actuellement au chapitre 10 de sa série. En attendant, il a confié à Allessio Schreiner et à Eon le soin de nous présenter un préquel à sa série fétiche, préquel prévue en 3 volumes. Eon se glisse dans la peau du maître ici, en nous offrant un dessin assez proche voire très proche de celui de Serpieri. Les adeptes de Druuna se seront guère perdus dans cette nouvelle série. Même le scénario, parfois confus, est digne d'un Serpieri (j'étais d'ailleurs parfois perdu dans la lecture). Par contre, les scènes de sexe, très explicites, et surtout les dialogues relèvent plutôt d'un film porno basique. Ces scènes sont la plupart du temps gratuites, et la scène de viol est particulièrement révoltante. Comme les autres albums de la série, l'album est complété par un cahier graphique de 14 pages, signé Serpieri. La ligne éditoriale de cette série est très soignée et, j'avoue que je serai au rendez-vous pour le deuxième volume de ce préquel. Genesis Changement de dessinateur, changement de scénariste et presque changement de décor, j’ai envie de dire avec ce deuxième volume consacré au préquel de Druuna. Mais comment Serpieri a pu donner son aval à cette aventure de sa superbe créature, comme il le note dans la préface ! J’avais apprécié le tome 1 « Espoir », dessiné par Eon , dont le travail était soigné avec un dessin assez proche de celui de Paolo Serpieri mais là, je suis plus que déçu. Même la couverture est trop sage ! Le dessin des quelques pages couleurs de l’album est assez éloigné de ce que nous est proposé habituellement sur cette série ; quant aux pages centrales en noir et blanc, c’est une catastrophe ! Le scénario n’est qu’un prétexte qu’à maintenir en vie une série qui désormais ne trouve plus guère d’intérêt pour moi. Quelle idée de retracer les aventures de la grand-mère de Druuna lorsqu’elle était jeune ? Un tome pour rien, je pense tant il n’apporte rien, pour le moment, au préquel. D'où baisse (provisoire ?) de ma note sur cette série. Ce préquel étant prévu en 3 volumes, j’espère tout de même que les auteurs remonteront le niveau de la série dans le prochain tome, que j’achèterai tout de même, n’aimant pas laisser une série inachevée dans ma bibliothèque. Diabolicus Morbus Avec une couverture qui tranche avec l'univers habituel de Druuna, les auteurs terminent, avec cet album, ce préquel en trois volumes. Cet opus s'inspire, comme le précédent, d'éléments de la mythologie. Même si les scènes de sexe sont présentes (mais dans un degré moindre que dans la série mère), c'est surtout le côté science fiction qui domine. Le scénario n'est pas toujours limpide (pas compris l'histoire du commandant Jock ). Si les planches en couleurs sont de qualité, je ne suis toujours pas convaincu par celles en noir et blanc. Marco Cannavo, le scénariste, ne manque pas d'être raccord, à la fin de ce récit avec la première page de Morbus Gravis, premier album de Druuna. Comme toujours dans cette collection, un cahier graphique d'une dizaine de page signé Serpieri, se trouve en fin d'album.
Avant de partir
Au cœur d'une forêt, un jeune homme tient une sorte de bar-refuge. Les clients qui frappent à sa porte sont des animaux de compagnie : un chat, un chien, un oiseau, un hamster, venus raconter leurs doléances. Le garçon les écoute, essuie ses verres comme un barman patient, presque comme un psy compatissant face à des confidences, et ils préparent ensemble un mystérieux voyage loin des anciens maîtres de ces animaux. Le début ne m'a pas vraiment convaincu. Le dessin est joli, tout en teintes sépia et beiges, d'une douceur indéniable, mais aussi assez simple, peut-être un peu trop épuré. Les échanges entre les animaux et le jeune homme m'ont paru quelque peu simplistes et décousus : chacun vient évoquer son ancien propriétaire, formuler un regret, une frustration ou un souhait. L'ensemble dégage une impression de répétition, presque mécanique, avec un léger parfum de manga mielleux sur la relation attendrissante entre humains et petits compagnons trop mignons. Puis la suite permet de comprendre l'intention de l'autrice sans jamais tout dévoiler explicitement. Lorsque l'on découvre le contenu des lettres que les animaux envoient avant leur départ, l'émotion surgit avec force. Soudain, tout s'éclaire et les scènes précédentes prennent un autre sens. Pour quiconque a déjà traversé cette expérience particulière, l'impact est immédiat. J'ai trouvé cette émotion puissante… mais aussi presque trop facile, parce que je fais partie de ceux directement concernés par ce vécu. Le thème touche une corde très sensible, et le livre appuie là où ça fait mal. Les larmes ne sont pas loin, mais on peut aussi avoir le sentiment que tout le dispositif narratif est construit pour provoquer cette réaction. Cela dit, le fait que le récit ne nomme jamais clairement ce dont il est question lui confère une forme de pudeur qui évite l'écueil d'une trop grande facilité. C'est un ouvrage doux et mélancolique, qui gagne en force dans ses dernières pages, lorsque l'on comprend véritablement de quoi il retourne et à condition d'être sensible au sujet. Il se lit toutefois un peu trop vite et il ne touchera sans doute pleinement que ceux qui ont connu ce type de séparation. Note : 2,5/5
Fourmies la Rouge
Après avoir lu la BD, et tout comme le dit très bien Noirdésir, j'étais étonné de la brutalité de cette fin qui s'arrête presque trop tôt à mon gout. Cependant, je pense que la BD a été crée avec des musées et des expositions en rapport avec cet évènement. Et je dirais qu'elle doit se lire comme un complément à ces endroits où l'histoire sera décortiquée : elle est une introduction, une manière de faire prendre conscience de ce que ça a été, au-delà des chiffres, des noms ou des comptes-rendus. Dans ce sens, la BD est assez bien faite : elle nous présente des personnages qui sont dans une célébration du 1er mai en cette fin du XIXè siècle, journée de lutte sociale et solidaire, où l'ouvrier réclame plus de droits à des patrons qui les font crever derrière la machine. Les personnages sont enthousiastes d'une journée de fêtes, mais aussi au cœur de luttes sociales qui font intervenir les gendarmes et l'armée. Tout cela ne peut que mal finir. Et cette fin douloureuse arrivera donc, témoin encore une fois de la violence du capitalisme, prêt à tout pour garder son emprise. La BD est assez vite lue, pas plus développée que ça donc, mais je pense que ce n'est pas son but. Elle est là pour rappeler ce que furent ces évènements, le contexte sociale et les classes de l'époque, dans toute la violence de leurs discours. Le trait de Alex W. Inker va très bien à ce genre de récits, faisant un trait gras et coloré qui rappelle les impressions sérigraphiques qu'on faisait à l'époque, dans les tons qui vont avec les affiches rouges de l'époque aussi. Si parfois le dessin est un peu trop gras, donnant une impression brouillonne de l'ensemble, il est globalement assez bien fait. Une BD de lutte sociale, donc, qui rappelle la violence qui fut et qui est toujours là, latente et prête à s'éveiller à nouveau. A lire, sans en attendre une découverte exceptionnelle, c'est un complément à d'autres choses et sans doute le musée qui y est consacré.
Là où gisait le corps
Un polar a visages multiples, où chaque personnage donnera son avis sur ce qu'il s'y passe, tandis que la petite banlieue pavillonnaire tranquille sera exposée à de plus en plus de choses qui clochent. La BD est un petit concentré de ces travers de l'Amérique si paisible en apparence, chaque personnage étant pétri de contradiction ou de problématique, tandis que se déploient progressivement les points de tensions qui aboutiront à une finalité tragique. La construction est lente et méthodique, chaque personnage apportant une pierre à l'édifice, en remettant en cause ce que d'autres ont dit ou mettant en lumière des travers de chacun. Le tout avec des petits drames humains qui sont présents à différents niveaux, de la gamine qui est triste de découvrir des voleurs à la femme délaissée qui remet en question toute sa vie. L'histoire est assez triste, la fin où chacun commente la suite a des accents de tragédie où personne n'aura finalement bien vécu ce qu'il s'est passé, tandis que la BD se conclue sur une pirouette un peu forcée mais qui rajoute aux accents de tragédie : tout ceci pour un banal évènement, en fin de compte. Cela dit, la BD n'est pas exempte de tout défaut et personnellement j'ai trouvé que le climax final, ce point de tension qui débarque sort un peu du chapeau et manque clairement de préparation. Il y a des liens qui sont présent avant, mais lorsque j'ai vu la situation et les raisons j'étais assez peu convaincu d'un évènement logique et bien amené. Certes, il y a un aspect camouflé qui est explicable, mais en tant que lecteur j'ai trouvé que ça faisait sortie du chapeau pour justifier la scène. En dehors de ce petit détail qui m'a fait tiquer, le reste de l'histoire est bien menée et tient la route, apportant son lot de surprises et d'Amérique déçue, de vies pas toujours réussies. Une BD qui reste dans le polar noir, malgré son apparence de banlieue gentille, pas une réussite incontestable à mes yeux mais qui tient la route. J'ai surtout aimé ces commentaires de fin, où chacun raconte l'histoire des années plus tard, apportant un autre éclairage sur leur comportement. Plutôt bon, en somme !
Sage
C'est intéressant et bien réalisé. On entre facilement dans la narration avec un dessin accessible et doux. Cependant c'est un peu long et on se retrouve à tourner un peu en rond comme le personnage principal. J'ai lu la fin un peu vite, car au bout d'un moment on a compris et l'histoire n'avance plus et rabâche, remâche le même thème. Peut être que le côté rabâchage et spirale aurait pu être traité, on aurait été entrainé avec le héros. Hélas ce n'est pas le cas, on le regarde tourner, repenser indéfiniment la même chose, les mêmes angoisses et on fini par s'ennuyer un peu. Ainsi même si cette bd est plein de qualité, au final elle ne m'a pas transporté à titre personnel. C'est une lecture qui doit mieux passer auprès des ados que des adultes. Une demi-réussite donc.
Out of the blue
Garth Ennis raconte encore une fois une histoire se passant durant la seconde guerre mondiale et mettant en vedette des soldats qui essai tant bien de mal de survivre et il y a un commandant peut sympathique, Ennis n'aimant pas trop l'autorité. Le récit est plutôt efficace à défaut d'être extraordinaire. En effet, les personnages sont plutôt stéréotypés à commencer par le héros lui-même qui semble n'être qu'un pleurnichard loser, mais qui est capable d'être héroïque sur un champ de bataille. Le seul personnage qui m'a semblé un peu sortir des clichés est le navigateur du héros qui est un indien qui aimerait bien voir les anglais partir de son pays. Comme souvent avec Ennis, il y a des bons dialogues et il y a des scènes qui sortent un peu du lot. Donc c'est pas extraordinaire, mais cela fait le job et c'est un peu divertissant. À lire si on n'est pas allergique au genre.
La Part des lâches
Le dessin, et surtout la colorisation (une sorte de monochromie bleu pâle) sont plutôt originaux, et peuvent dérouter le lecteur. Mais je m’y suis fait, et l’ensemble se révèle plutôt agréable. En tout cas très lisible (les décors et arrière-plans sont souvent peu développés). L’histoire est simple à résumer sur le papier. Une jeune femme se questionnant sur son avenir – amoureux, professionnel – rejoint une petite communauté vivant en collectivité dans une maison d’un bled paumé. Une sorte de ressourcerie humaine. Au fil des pages, et des dialogues, on apprend à connaitre les membres du groupe, aux profils finalement hétéroclites. Les dialogues permettent aussi de développer quelques thématiques intéressantes, autour d’une critique plus ou moins « bobo » (mais pas que) de la société de consommation. C’est aussi une réflexion sur la part d’individuel, d’égoïsme qui est en chacun, ce qu’on est prêt à « collectiviser » (y compris au niveau des décisions). Aussi sur le refus de choisir, une fuite en avant qui pourrait donner du relief au titre. Au final, si ce récit ne m’a pas enthousiasmé, il se laisse lire plutôt plaisamment, et assez rapidement. Je ne regrette pas mon emprunt.