Je le classe en Tous publics mais c'est plutôt destiné aux enfants. Pour autant cela raconte de façon tout à fait fluide et didactique pour tous ceux qui veulent découvrir ou se remettre en mémoire l'histoire de Persée. C'est un demi-dieu fils de Zeus et Danaé, alors cloitrée dans une tour par son père. Une fois adulte il forgera sa légende en tuant Méduse. Puis il libère et épouse Andromède.
Le dessin est plutôt classique et sans fioriture. Je vois qu'Yvan Pommaux est aussi l'auteur d'Angelot du Lac, une série Astrapi que je lisais il y a déjà quelques dizaines d'années.
Cette série suit les aventures d'une jeune apprentie sorcière espiègle qui découvre peu à peu ses pouvoirs, son destin et son lien avec un monde magique peuplé de créatures surnaturelles.
Le dessin est sans doute son premier atout : un style très sympathique, clairement orienté kawai, avec une ligne propre et toute en rondeur qui mise sur l'expressivité et la lisibilité. L'ensemble m'a fait penser à certains jeux vidéo en 3D isométrique, avec des décors colorés, des formes simples mais efficaces et un univers visuel immédiatement attachant. C'est doux, lumineux, agréable à l'œil, même si ce rendu très propre et très lisse peut parfois donner une impression de manque de caractère ou d'audace.
Côté histoire, on évolue dans un univers fortement marqué par les influences de Miyazaki, avec une proximité assez évidente avec Kiki la petite sorcière. Outre son petit chat parlant qui l'accompagne, on retrouve cette même atmosphère mêlant quotidien et magie, cette héroïne un peu maladroite mais attachante, et ce mélange de légèreté, de découverte de soi et de petites aventures. L'ensemble reste assez classique, mais fonctionne grâce à son ton mignon et à ses personnages sympathiques.
Au fil des tomes, une intrigue de fond se met progressivement en place autour des véritables pouvoirs de l'héroïne, notamment son lien avec des créatures censées être maléfiques comme les fantômes ou les monstres. Cela apporte un peu plus de profondeur, avec des thèmes comme la différence, la peur de l'autre ou l'exclusion, abordés de manière accessible, même si cela reste globalement assez attendu.
Le principal bémol vient du ton très enfantin. La narration est simple, parfois un peu rapide ou superficielle, et certains enchaînements manquent de fluidité. Cela peut limiter l'intérêt pour un lecteur adulte, qui aura parfois le sentiment que l'ensemble reste en surface, malgré un univers prometteur et un graphisme charmant.
Cela reste malgré tout une lecture mignonne et colorée, qui remplit parfaitement son rôle auprès d'un jeune public, tout en restant suffisamment agréable pour être partagée avec des lecteurs plus âgés.
Un album âpre sur une relation de couple toxique. Manifestement autobiographique, Asa raconte les débuts idylliques puis la main-mise de son compagnon sur elle, la poussant à se refermer, à changer physiquement, et enchainant dans un crescendo les vexations et humiliations.
Septième étage, c'est là où ils vivent, un appartement d'où Asa songe de plus en plus à passer par-dessus le balcon. Bref c'est sombre comme lecture mais il faut que des témoignages de ce genre existent et soient lus.
Je connais un peu l’action de Patton durant la seconde guerre mondiale, et j’avais été marqué par l’interprétation de Georges C. Scott dans le film « Patton » de Schaffner. Cette version BD m’a nettement moins captivé.
Le dessin fait le boulot (même si les personnages connus ne sont pas toujours totalement ressemblant au modèle), la colorisation aussi – même si elle manque parfois de nuances.
C’est le scénario qui m’a un peu déçu. Essentiellement parce qu’il ne tient pas les promesses d’une biographie permettant de comprendre Patton en profondeur. Il faudra pour cela attendre le petit dossier final – assez succinct – pour en savoir un peu plus.
En effet, tout l’album se concentre uniquement sur sa brillante contre-offensive des Ardennes de décembre 1944. On tombe donc sur un banal récit de guerre, mené tambour battant – comme le faisait Patton avec ses hommes.
Le récit se laisse lire, mais la personne de Patton reste quand même encore à découvrir.
On voit bien le meneur d’homme, le brillant stratège. Mais l’ambivalence du personnage (féru d’Histoire, poète à ses heures, mais aussi brutal et fortement égocentré) n’est qu’évoqué dans le dossier.
Sa carrière militaire antérieure (avant la seconde guerre mondiale, mais aussi ses campagnes d’Afrique et de Normandie), ses démêlés avec Eisenhower (qui l’a cantonné à un rôle de leurre en le privant du débarquement) ou les journalistes (suite à ses nombreuses sorties sans filtres) sont escamotés.
Et du coup, c’est davantage « Patton dans les Ardennes » qu’une vision plus ample et plus éclairante d’un général qui n’a laissé aucun de ceux qui l’ont connu indifférent.
Note réelle 2,5/5.
Je découvre Daijiro Morohoshi avec cette série, que j’ai empruntée au hasard, faisant confiance au Lézard Noir pour me proposer quelque chose d’original.
Le récit de Morohoshi s’inscrit dans une veine fantastique qui, peu à peu vire à l’angoisse, voire à l’horreur, comme a pu le développer dans moult séries quelqu’un comme Junji Ito. Les amateurs de ce dernier trouveront sans doute leur compte dans cette série, qui nous entraine dans un huis-clos oppressant.
Quelques personnages qui ne se connaissent pas ont tous subi la même terrible et déroutante expérience : ayant reçu un casse-tête (du simple Rubik’s Cube à quelque chose de plus élaboré, en passant par des mots croisés), la résolution de ce casse-tête a entrainé un phénomène étrange et inquiétant, la disparition d’une partie d’un paysage/décor connu, ou d’une partie de corps d’un familier (ou de son propre corps). Toutes ces parties manquantes sont devenues invisibles, tout en n’ayant pas réellement disparu.
Tous les personnages ayant vécu cette expérience sont invités à se trouver devant un bâtiment mystérieux (en forme d’une grande boîte – d’où le titre de la série), une porte s’ouvre, ils entrent, invités par une mystérieuse jeune fille, Kyoko. Et là ils découvrent qu’ils sont prisonniers de cette structure, aux airs de labyrinthe, et qu’ils ne pourront en sortir qu’en résolvant d’autres énigmes.
La suite est donc une sorte d’escape game morbide, dans lequel la tension va monter régulièrement, l’angoisse, le fantastique étant de plus en plus imprégné d’ero-guro grotesque. Morohoshi entretient le côté ludique en livrant en fin de chaque chapitre des solutions aux énigmes et impasses auxquelles ont été confrontés les personnages (et même de nombreux jeux type « 7 différences », jeux d’illusions, énigmes en tous genre, etc.). Le personnage de Kyôko, qui apparait/disparait régulièrement, mais aussi ses apparitions ponctuelles à côté d’une case, la jeune fille jouant le rôle de « maîtresse du jeu », commentant action ou dialogues de certains protagonistes, apportent un peu d’humour et ou de fraicheur à une intrigue par ailleurs plutôt asphyxiante.
Le fait que Morohoshi joue constamment sur des lignes géométriques pour le décor – épuré – voire sur des cubes, renforce le côté froid et l’unité du récit. Un récit qui s’écarte de plus en plus d’une réalité cartésienne (même les monstres apparaissent comme du Yokaïs difformes improbables).
Le troisième tome fait de très nombreuses références au travail d’Escher, ce qui accentue le côté absurde et froid, le côté faux et piégeux de ce qui se présente visuellement comme la réalité.
Le dessin est simple et classique, relativement épuré (là aussi proche de ce que propose Ito). Les yeux de certains personnages sont parfois un chouia trop gros par contre, avec un rendu donnant l’impression qu’ils sont maquillés).
Au final je dois dire qu’il y a quand même certaines redites, quelques longueurs. Mais l’auteur a su exploiter son idée de départ et en faire un récit mêlant angoisse et aspects ludiques, ces derniers compensant les longueurs évoquées plus hauts.
Une lecture détente pas désagréable, dans un style faisant un peu penser à Ito, mais en moins morbide, sans doute en plus « sage ».
Voilà un album très interessant autant par sa forme atypique (format à l'italienne pour un comics, c'est pas tous les jours) que par le fond. Une variation originale des histoires de voyage dans le temps : il est ici question de juste pouvoir arreter le temps, se balader, faire un trucs ou deux et pendant ce temps-là tous les gens sont figés et ne bougent pas. Et pendant qu'il s'est écoulé 1 seconde pour tout le monde, la personne en possession de se pouvoir a eu une heure ou deux pour vaquer à ses occupations. Et la question qui va avec : que faire d'un tel pouvoir ?
L'entrée en matière est assez prenante : des évènements bizarres et inexpliqués aux quatre coins du globe. Et plutôt du sordide et du violent : l'élimination d'un gang de motards, la disparition de chefs d'états, des règlements de comptes entre gangs... Seul un scientifique, à l'origine du procédé, semble s'y intéresser et comprendre ce qui se cache derrière ces mystères. C'est interessant, original, dynamique, le découpage est efficace et l'action va bon train.
Le dessin est esthétique, colle bien à l'ambiance du récit. Pour 4 chapitres en tout cas. Un second dessinateur s'est chargé des 4 derniers chapitres, et ça le fait beaucoup moins. Un style moins réaliste, plus cartoon, mais surtout bien différent du premier. Rien dans l'histoire ne justifie cette différence. Et c'est un peu regretable, car c'est moins joli dans la seconde moitié, l'ensemble perd en cohérence, on ne reconnait pas hyper bien les personnages. En tout cas il faut un moment pour se les réapproprier.
L'histoire est rythmée, et les péripéties, comme les révélations, tiennent bien la route. Jusqu'au dernier chapitre qui se résume à des scènes de poursuite alternées avec des scènes de baston. Cette dose survitaminée n'est pas la meilleure partie du scénario. Et la chute finale, bien énigmatique, n'apporte pas grand chose, si ce n'est laisser une ouverture pour une possible suite.
Au final on a quand même un bel album qui se lit d'une traite. Le thème est sympa et traité de manière originale. Cela suffit amplement à rassasier un lecteur amateur de séries d'action.
Zidrou commence à être u habitué des romans graphiques pleins de bons sentiments. Sans aller jusqu'à la naïveté, ses histoires relèvent -parfois- de feel good, et ça fait du bien par les temps qui courent.
Ici nous avons donc deux trajectoires passées, deux personnes qui s'interrogent sur leur vie au moment d'entrer dans le troisième âge. Et qui vont se croiser, faire renaître l'espoir entre eux. La vie, tout simplement. C'est relativement classique, attendu, sans être désagréable; Zidrou a cette finesse de dialoguiste et des situations qui font mouche. Il y a ensuite cette nouvelle inattendue, et si je l'ai tout de même sentie venir, cela m'a semblé un peu too much. Le plaisir de lecture est tout de même resté à peu près intact, grâce notamment au trait fin et talentueux d'Aimée de Jongh, que j'ai découverte récemment avec son adaptation de Sa Majesté des Mouches.
C'est sympathique, c'est gentuillet.
Lu cet album parce que je suis fan de Tintin ! Et oui j'avais reconnu le nom de Piccard sur la couverture parce que j'avais lu qu'Auguste Piccard était un des modèles d'Hergé lorsqu'il a créé le professeur Tournesol (l'auteur fait d'ailleurs deux-trois références à Tintin au cours de l'album) et je me suis dit que ça serait un bon moyen de mieux connaitre un type que je ne connaissais vaguement que de nom. Je ne savais même pas que son fils et son petit-fils avaient aussi des vies bien remplis de scientifiques-aventuriers !
L'album est sympa à lire, mais j'avoue que je ne pense que je fais parti du public-cible. En effet, c'est souvent très technique et toutes les pages où on montre les plans des inventions ou innovations de la famille Piccard en matière de sous-marins ou d'aéroplane m'ont ennuyé. Ça ne m’étonnerait pas qu'un lecteur ayant un esprit plus scientifique que le mien va mieux accrocher que moi. Et si le travail de Piccard père et fils m'a un peu captivé parce qu'on parle des mystères des profondeurs sous-marins qu'on connait encore peu, voir le petit-fils vouloir 100 % contrôler comment il vole m'a laissé de marbre. Ce qui n'aide pas est que l'auteur le présente comme un casse-cou limite dangereux et cela ne le rends pas particulièrement attachant.
L'auteur montre surtout les moments les plus importants dans la vie de ses trois hommes, mais sans qu'on est la sensation que tout va trop vite et que tout est survolé comme c'est le cas avec d'autres bandes dessinées biographique. On montre l'essentiel et c'est ce qui est important. Le dessin est pas mal.
Fernando Fernandez, grand dessinateur et peintre du fantastique! Les dessins sont vraiment bien: des images expressives en noir et blanc qui sont au service des récits. L'horreur qu'on peut sentir à la lecture, advient surtout de cette synthèse heureuse obtenue entre mots et images, belles et impressionnantes parfois.
L'album contient six histoires indépendantes : "l'aveugle", "une matinée merveilleuse", "l'homme à l'âme corrompue", Rendez-vous, "les mémoires d'un assassin" et "la vérité". Elles ont en commun la violence, le surnaturel et la rétribution. On voit toutefois que le dessin des personnages, leurs cheveux, moustaches, maquillage, appartient bien à la fin des années soixante dix: parfois la mode ne pardonne pas.
Rainer Fassbinder est un cinéaste allemand que je ne connaissais pas vraiment (contrairement à quelqu’un comme Werner Herzog). Simsolo en a visiblement été proche. Et ça se sent, car il entre ici dans l’intime du réalisateur et, s’il en dévoile les multiples facettes et la force, il ne cache aucune faille et défaut du personnage.
On découvre donc un personnage et un cinéaste tous les deux atypiques et intrigants. Un cinéaste, acteur, dramaturge boulimique, qui multiplie les projets (le nombre de pièces de théâtre, de films qu’il réalise ou auxquels il participe en très peu de temps est incroyable. Avec une volonté d’intransigeance qui lui vaut de sortir des sentiers battus – mais aussi de connaitre une reconnaissance tardive et selon lui incomplète.
La personnalité du bonhomme n’est pas en reste, et sort encore plus des sentiers battus. Il allie fidélité à quelques acteurs/actrices, à quelques amants (surtout) et maîtresses et versatilité. Son comportement semble avoir été limite à plusieurs reprises, et je pense que c’était quelqu’un qui nécessitait pas mal de courage pour supporter longtemps sa proximité – par ailleurs irradiante. Sa proximité avec des milieux d’avant-garde, voire avec l’extrême gauche allemande – est aussi intéressante.
Reste que la narration m’a un peu lassé. Très saccadée, passant d’un bon mot, d’une période à l’autre, cela manque de liant et de fluidité à plusieurs reprises. Dessin et colorisation font le boulot, mais sont quand même très froids, et avare de détails – et parfois de précision.
J’ai appris des choses intéressantes sur le personnage, donc la lecture est instructive. Mais ce même personnage, ainsi que la narration m’ont aussi laissé un peu de côté.
Note réelle 2,5/5.
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Persée (Pommaux)
Je le classe en Tous publics mais c'est plutôt destiné aux enfants. Pour autant cela raconte de façon tout à fait fluide et didactique pour tous ceux qui veulent découvrir ou se remettre en mémoire l'histoire de Persée. C'est un demi-dieu fils de Zeus et Danaé, alors cloitrée dans une tour par son père. Une fois adulte il forgera sa légende en tuant Méduse. Puis il libère et épouse Andromède. Le dessin est plutôt classique et sans fioriture. Je vois qu'Yvan Pommaux est aussi l'auteur d'Angelot du Lac, une série Astrapi que je lisais il y a déjà quelques dizaines d'années.
Magic (Lylian/Molinatti)
Cette série suit les aventures d'une jeune apprentie sorcière espiègle qui découvre peu à peu ses pouvoirs, son destin et son lien avec un monde magique peuplé de créatures surnaturelles. Le dessin est sans doute son premier atout : un style très sympathique, clairement orienté kawai, avec une ligne propre et toute en rondeur qui mise sur l'expressivité et la lisibilité. L'ensemble m'a fait penser à certains jeux vidéo en 3D isométrique, avec des décors colorés, des formes simples mais efficaces et un univers visuel immédiatement attachant. C'est doux, lumineux, agréable à l'œil, même si ce rendu très propre et très lisse peut parfois donner une impression de manque de caractère ou d'audace. Côté histoire, on évolue dans un univers fortement marqué par les influences de Miyazaki, avec une proximité assez évidente avec Kiki la petite sorcière. Outre son petit chat parlant qui l'accompagne, on retrouve cette même atmosphère mêlant quotidien et magie, cette héroïne un peu maladroite mais attachante, et ce mélange de légèreté, de découverte de soi et de petites aventures. L'ensemble reste assez classique, mais fonctionne grâce à son ton mignon et à ses personnages sympathiques. Au fil des tomes, une intrigue de fond se met progressivement en place autour des véritables pouvoirs de l'héroïne, notamment son lien avec des créatures censées être maléfiques comme les fantômes ou les monstres. Cela apporte un peu plus de profondeur, avec des thèmes comme la différence, la peur de l'autre ou l'exclusion, abordés de manière accessible, même si cela reste globalement assez attendu. Le principal bémol vient du ton très enfantin. La narration est simple, parfois un peu rapide ou superficielle, et certains enchaînements manquent de fluidité. Cela peut limiter l'intérêt pour un lecteur adulte, qui aura parfois le sentiment que l'ensemble reste en surface, malgré un univers prometteur et un graphisme charmant. Cela reste malgré tout une lecture mignonne et colorée, qui remplit parfaitement son rôle auprès d'un jeune public, tout en restant suffisamment agréable pour être partagée avec des lecteurs plus âgés.
Septième étage (7e étage)
Un album âpre sur une relation de couple toxique. Manifestement autobiographique, Asa raconte les débuts idylliques puis la main-mise de son compagnon sur elle, la poussant à se refermer, à changer physiquement, et enchainant dans un crescendo les vexations et humiliations. Septième étage, c'est là où ils vivent, un appartement d'où Asa songe de plus en plus à passer par-dessus le balcon. Bref c'est sombre comme lecture mais il faut que des témoignages de ce genre existent et soient lus.
Les Maîtres de guerre - Patton
Je connais un peu l’action de Patton durant la seconde guerre mondiale, et j’avais été marqué par l’interprétation de Georges C. Scott dans le film « Patton » de Schaffner. Cette version BD m’a nettement moins captivé. Le dessin fait le boulot (même si les personnages connus ne sont pas toujours totalement ressemblant au modèle), la colorisation aussi – même si elle manque parfois de nuances. C’est le scénario qui m’a un peu déçu. Essentiellement parce qu’il ne tient pas les promesses d’une biographie permettant de comprendre Patton en profondeur. Il faudra pour cela attendre le petit dossier final – assez succinct – pour en savoir un peu plus. En effet, tout l’album se concentre uniquement sur sa brillante contre-offensive des Ardennes de décembre 1944. On tombe donc sur un banal récit de guerre, mené tambour battant – comme le faisait Patton avec ses hommes. Le récit se laisse lire, mais la personne de Patton reste quand même encore à découvrir. On voit bien le meneur d’homme, le brillant stratège. Mais l’ambivalence du personnage (féru d’Histoire, poète à ses heures, mais aussi brutal et fortement égocentré) n’est qu’évoqué dans le dossier. Sa carrière militaire antérieure (avant la seconde guerre mondiale, mais aussi ses campagnes d’Afrique et de Normandie), ses démêlés avec Eisenhower (qui l’a cantonné à un rôle de leurre en le privant du débarquement) ou les journalistes (suite à ses nombreuses sorties sans filtres) sont escamotés. Et du coup, c’est davantage « Patton dans les Ardennes » qu’une vision plus ample et plus éclairante d’un général qui n’a laissé aucun de ceux qui l’ont connu indifférent. Note réelle 2,5/5.
Box - Qu'y a-t-il dans la boîte ?
Je découvre Daijiro Morohoshi avec cette série, que j’ai empruntée au hasard, faisant confiance au Lézard Noir pour me proposer quelque chose d’original. Le récit de Morohoshi s’inscrit dans une veine fantastique qui, peu à peu vire à l’angoisse, voire à l’horreur, comme a pu le développer dans moult séries quelqu’un comme Junji Ito. Les amateurs de ce dernier trouveront sans doute leur compte dans cette série, qui nous entraine dans un huis-clos oppressant. Quelques personnages qui ne se connaissent pas ont tous subi la même terrible et déroutante expérience : ayant reçu un casse-tête (du simple Rubik’s Cube à quelque chose de plus élaboré, en passant par des mots croisés), la résolution de ce casse-tête a entrainé un phénomène étrange et inquiétant, la disparition d’une partie d’un paysage/décor connu, ou d’une partie de corps d’un familier (ou de son propre corps). Toutes ces parties manquantes sont devenues invisibles, tout en n’ayant pas réellement disparu. Tous les personnages ayant vécu cette expérience sont invités à se trouver devant un bâtiment mystérieux (en forme d’une grande boîte – d’où le titre de la série), une porte s’ouvre, ils entrent, invités par une mystérieuse jeune fille, Kyoko. Et là ils découvrent qu’ils sont prisonniers de cette structure, aux airs de labyrinthe, et qu’ils ne pourront en sortir qu’en résolvant d’autres énigmes. La suite est donc une sorte d’escape game morbide, dans lequel la tension va monter régulièrement, l’angoisse, le fantastique étant de plus en plus imprégné d’ero-guro grotesque. Morohoshi entretient le côté ludique en livrant en fin de chaque chapitre des solutions aux énigmes et impasses auxquelles ont été confrontés les personnages (et même de nombreux jeux type « 7 différences », jeux d’illusions, énigmes en tous genre, etc.). Le personnage de Kyôko, qui apparait/disparait régulièrement, mais aussi ses apparitions ponctuelles à côté d’une case, la jeune fille jouant le rôle de « maîtresse du jeu », commentant action ou dialogues de certains protagonistes, apportent un peu d’humour et ou de fraicheur à une intrigue par ailleurs plutôt asphyxiante. Le fait que Morohoshi joue constamment sur des lignes géométriques pour le décor – épuré – voire sur des cubes, renforce le côté froid et l’unité du récit. Un récit qui s’écarte de plus en plus d’une réalité cartésienne (même les monstres apparaissent comme du Yokaïs difformes improbables). Le troisième tome fait de très nombreuses références au travail d’Escher, ce qui accentue le côté absurde et froid, le côté faux et piégeux de ce qui se présente visuellement comme la réalité. Le dessin est simple et classique, relativement épuré (là aussi proche de ce que propose Ito). Les yeux de certains personnages sont parfois un chouia trop gros par contre, avec un rendu donnant l’impression qu’ils sont maquillés). Au final je dois dire qu’il y a quand même certaines redites, quelques longueurs. Mais l’auteur a su exploiter son idée de départ et en faire un récit mêlant angoisse et aspects ludiques, ces derniers compensant les longueurs évoquées plus hauts. Une lecture détente pas désagréable, dans un style faisant un peu penser à Ito, mais en moins morbide, sans doute en plus « sage ».
Stand Still
Voilà un album très interessant autant par sa forme atypique (format à l'italienne pour un comics, c'est pas tous les jours) que par le fond. Une variation originale des histoires de voyage dans le temps : il est ici question de juste pouvoir arreter le temps, se balader, faire un trucs ou deux et pendant ce temps-là tous les gens sont figés et ne bougent pas. Et pendant qu'il s'est écoulé 1 seconde pour tout le monde, la personne en possession de se pouvoir a eu une heure ou deux pour vaquer à ses occupations. Et la question qui va avec : que faire d'un tel pouvoir ? L'entrée en matière est assez prenante : des évènements bizarres et inexpliqués aux quatre coins du globe. Et plutôt du sordide et du violent : l'élimination d'un gang de motards, la disparition de chefs d'états, des règlements de comptes entre gangs... Seul un scientifique, à l'origine du procédé, semble s'y intéresser et comprendre ce qui se cache derrière ces mystères. C'est interessant, original, dynamique, le découpage est efficace et l'action va bon train. Le dessin est esthétique, colle bien à l'ambiance du récit. Pour 4 chapitres en tout cas. Un second dessinateur s'est chargé des 4 derniers chapitres, et ça le fait beaucoup moins. Un style moins réaliste, plus cartoon, mais surtout bien différent du premier. Rien dans l'histoire ne justifie cette différence. Et c'est un peu regretable, car c'est moins joli dans la seconde moitié, l'ensemble perd en cohérence, on ne reconnait pas hyper bien les personnages. En tout cas il faut un moment pour se les réapproprier. L'histoire est rythmée, et les péripéties, comme les révélations, tiennent bien la route. Jusqu'au dernier chapitre qui se résume à des scènes de poursuite alternées avec des scènes de baston. Cette dose survitaminée n'est pas la meilleure partie du scénario. Et la chute finale, bien énigmatique, n'apporte pas grand chose, si ce n'est laisser une ouverture pour une possible suite. Au final on a quand même un bel album qui se lit d'une traite. Le thème est sympa et traité de manière originale. Cela suffit amplement à rassasier un lecteur amateur de séries d'action.
L'Obsolescence programmée de nos sentiments
Zidrou commence à être u habitué des romans graphiques pleins de bons sentiments. Sans aller jusqu'à la naïveté, ses histoires relèvent -parfois- de feel good, et ça fait du bien par les temps qui courent. Ici nous avons donc deux trajectoires passées, deux personnes qui s'interrogent sur leur vie au moment d'entrer dans le troisième âge. Et qui vont se croiser, faire renaître l'espoir entre eux. La vie, tout simplement. C'est relativement classique, attendu, sans être désagréable; Zidrou a cette finesse de dialoguiste et des situations qui font mouche. Il y a ensuite cette nouvelle inattendue, et si je l'ai tout de même sentie venir, cela m'a semblé un peu too much. Le plaisir de lecture est tout de même resté à peu près intact, grâce notamment au trait fin et talentueux d'Aimée de Jongh, que j'ai découverte récemment avec son adaptation de Sa Majesté des Mouches. C'est sympathique, c'est gentuillet.
Un, deux, trois Piccard - Pionniers du ciel et des abysses
Lu cet album parce que je suis fan de Tintin ! Et oui j'avais reconnu le nom de Piccard sur la couverture parce que j'avais lu qu'Auguste Piccard était un des modèles d'Hergé lorsqu'il a créé le professeur Tournesol (l'auteur fait d'ailleurs deux-trois références à Tintin au cours de l'album) et je me suis dit que ça serait un bon moyen de mieux connaitre un type que je ne connaissais vaguement que de nom. Je ne savais même pas que son fils et son petit-fils avaient aussi des vies bien remplis de scientifiques-aventuriers ! L'album est sympa à lire, mais j'avoue que je ne pense que je fais parti du public-cible. En effet, c'est souvent très technique et toutes les pages où on montre les plans des inventions ou innovations de la famille Piccard en matière de sous-marins ou d'aéroplane m'ont ennuyé. Ça ne m’étonnerait pas qu'un lecteur ayant un esprit plus scientifique que le mien va mieux accrocher que moi. Et si le travail de Piccard père et fils m'a un peu captivé parce qu'on parle des mystères des profondeurs sous-marins qu'on connait encore peu, voir le petit-fils vouloir 100 % contrôler comment il vole m'a laissé de marbre. Ce qui n'aide pas est que l'auteur le présente comme un casse-cou limite dangereux et cela ne le rends pas particulièrement attachant. L'auteur montre surtout les moments les plus importants dans la vie de ses trois hommes, mais sans qu'on est la sensation que tout va trop vite et que tout est survolé comme c'est le cas avec d'autres bandes dessinées biographique. On montre l'essentiel et c'est ce qui est important. Le dessin est pas mal.
L'Art de la B.D. - Fernando Fernandez
Fernando Fernandez, grand dessinateur et peintre du fantastique! Les dessins sont vraiment bien: des images expressives en noir et blanc qui sont au service des récits. L'horreur qu'on peut sentir à la lecture, advient surtout de cette synthèse heureuse obtenue entre mots et images, belles et impressionnantes parfois. L'album contient six histoires indépendantes : "l'aveugle", "une matinée merveilleuse", "l'homme à l'âme corrompue", Rendez-vous, "les mémoires d'un assassin" et "la vérité". Elles ont en commun la violence, le surnaturel et la rétribution. On voit toutefois que le dessin des personnages, leurs cheveux, moustaches, maquillage, appartient bien à la fin des années soixante dix: parfois la mode ne pardonne pas.
Fassbinder - L'Homme qui voulait qu'on l'aime
Rainer Fassbinder est un cinéaste allemand que je ne connaissais pas vraiment (contrairement à quelqu’un comme Werner Herzog). Simsolo en a visiblement été proche. Et ça se sent, car il entre ici dans l’intime du réalisateur et, s’il en dévoile les multiples facettes et la force, il ne cache aucune faille et défaut du personnage. On découvre donc un personnage et un cinéaste tous les deux atypiques et intrigants. Un cinéaste, acteur, dramaturge boulimique, qui multiplie les projets (le nombre de pièces de théâtre, de films qu’il réalise ou auxquels il participe en très peu de temps est incroyable. Avec une volonté d’intransigeance qui lui vaut de sortir des sentiers battus – mais aussi de connaitre une reconnaissance tardive et selon lui incomplète. La personnalité du bonhomme n’est pas en reste, et sort encore plus des sentiers battus. Il allie fidélité à quelques acteurs/actrices, à quelques amants (surtout) et maîtresses et versatilité. Son comportement semble avoir été limite à plusieurs reprises, et je pense que c’était quelqu’un qui nécessitait pas mal de courage pour supporter longtemps sa proximité – par ailleurs irradiante. Sa proximité avec des milieux d’avant-garde, voire avec l’extrême gauche allemande – est aussi intéressante. Reste que la narration m’a un peu lassé. Très saccadée, passant d’un bon mot, d’une période à l’autre, cela manque de liant et de fluidité à plusieurs reprises. Dessin et colorisation font le boulot, mais sont quand même très froids, et avare de détails – et parfois de précision. J’ai appris des choses intéressantes sur le personnage, donc la lecture est instructive. Mais ce même personnage, ainsi que la narration m’ont aussi laissé un peu de côté. Note réelle 2,5/5.