Encore l'adaptation d'un roman que je ne connaissais pas et le résultat est pas mal.. On ne voit pas du tout que c'est tiré d'un roman, il y a pas de textes inutiles et on a bien compris que la BD est un art visuel. Il faut dire aussi que le dessinateur et coscénariste de l'adaptation a de l'expérience dans le métier.
Le dessin de Kerascoët est toujours aussi agréable à l'œil et va très bien pour ce type d'histoire. C'est un conte remplit de bons mots, le genre d'album parfait pour un jeune qui a une bonne connaissance de la langue française. J'ai trouvé la lecture agréable, mais avec quelques défauts. Si l'héroïne est terriblement attachante, c'est moins le cas des autres personnages qui m'ont semblé trop réduit à un trait de caractère pour être intéressant. Cela n'est pas trop dérangé vu que c'est un conte et que dans ce type de récit les personnages sont souvent stéréotypée à l'extrême, mais cela a tout de même contribué à ce que je ne trouve pas le récit extraordinaire. Un autre défaut est que je trouve que toute la partie où l'héroïne est un demoiselle finit par trainer un peu longueur.
Cela reste un bon album, mais je la mets pas dans mes lectures indispensables.
L'Escadron bleu est le surnom donné à une unité mobile de la Croix-Rouge française, composée de jeunes infirmières et ambulancières chargées, à partir de 1945, de rapatrier en France les prisonniers de guerre blessés. Ayant d'abord opéré entre l'Allemagne et la France, elles furent ensuite envoyées en Pologne afin de récupérer les survivants des camps, mais aussi les Malgré-Nous, ces Alsaciens et Lorrains enrôlés de force par les Nazis et considérés comme des traitres et des ennemis par les Russes. Elles se retrouvent alors confrontées à la situation complexe d'une Pologne en train de passer entièrement sous la coupe soviétique, où les autorités voient d'un très mauvais oeil ces Françaises susceptibles de témoigner des exactions de l'Armée Rouge sur la population locale et de faire évader des blessés que les Russes considèrent comme des prisonniers ne méritant que la mort.
C'est un pan de l'Histoire qui m'était totalement inconnu, cette période charnière entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et la tombée du Rideau de Fer. J'ignorais également tout du travail à la fois extrêmement compliqué et dangereux de ces femmes engagées dans la Croix-Rouge française, qui ont mis leurs efforts et parfois leurs vies au service du rapatriement des anciens prisonniers et blessés français à partir de 1945. Rappeler leurs actions et mettre en lumière qui elles étaient afin qu'elles ne soient pas oubliées constitue une initiative très louable. L'album se révèle d'ailleurs passionnant par tout ce qu'il montre de la complexité de la situation locale et des risques pris par ces femmes, notamment sous le commandement du medecin-lieutenant Madeleine Pauliac. Certaines situations témoignent d'une audace incroyable, qui aurait valu à n'importe quel autre soldat ou infirmier français l'emprisonnement, voire la mort, et condamné des centaines de blessés à une issue tragique.
Des faits héroïques, un contexte très instructif et une intention exemplaire, donc, mais une BD malheureusement en demi-teinte en raison d'un manque de clarté narrative. La situation est complexe et reste trop peu expliquée. Il faut déjà disposer de solides connaissances historiques ou réussir à capter des informations disséminées au fil des pages pour bien comprendre ce qui est en jeu, et même dans ce cas, la lecture manque d'une vue d'ensemble ou de repères récapitulatifs permettant de tout assimiler. La narration multiplie par ailleurs les sauts dans le temps et l'espace, sans indiquer clairement où et quand l'on se situe, ce qui rend la lecture confuse. À cela s'ajoute une galerie de personnages très fournie et un dessin des visages parfois changeant, qui conduit facilement à confondre les protagonistes. Il m'a fallu par exemple un certain nombre de pages pour réaliser que la fameuse Madeleine ne faisait pas partie de l'Escadron bleu lors de leurs missions en Allemagne.
Le dessin lui-même est inégal. Globalement plaisant, il fonctionne bien pour les décors et rend régulièrement les personnages de manière convaincante. Mais il se montre aussi inconstant, avec des visages parfois moins réussis ou trop variables pour être reconnus sans ambiguité. Cela reste toutefois un ensemble de belles planches, dont j'apprécie en particulier le travail sur les couleurs et la lumière. Et il faut dire qu'il y avait énormément à raconter, tant les actions menées par ces femmes entre 1945 et 1946 furent nombreuses et intenses.
J'ai donc apprécié l'ouvrage pour sa dimension historique et son travail de mémoire, qui rappelle au grand public l'œuvre héroïque de ces femmes au sortir de la Seconde Guerre mondiale. En revanche, j'ai davantage souffert de la confusion de sa narration et de la difficulté, en tant que lecteur, à me repérer entre les lieux et les époques pour pleinement assimiler ce qui m'était raconté.
Beaux dessins, style particulier : pour le côté graphique, je mettrais dix sur dix. L'histoire me laisse moins enthousiaste : on nous parle d'expédition dans les glaces mais on n'en verra presque rien, et ce presque encore, ne sera que bien superficiel : en gros, les conditions de vie des chercheurs et autres aventuriers. En France, on aime se regarder le nombril même quand tout invite à découvrir le monde ! C'est pourquoi la littérature d'aventure a eu besoin d'un festival comme Etonnants Voyageurs et qu'on est passé d'une époque de grands auteurs de science fiction tels que Jules Verne et Rosny ainé à un pays tout racorni minorant à fond cette littérature, hébergée comme d'autres de ce genre dans l'émission mauvais genre de France Culture. Enfin, c'est l'une des raisons…
La seule originalité du récit ? La rivalité entre frères artistes n'a pas éteint leur amour réciproque et ils nous sortent même une œuvre. Mais quelle œuvre ! On n'apprend presque rien.
En plus, tout est verbeux : que de mots pour nous montrer que ouf ! Les savants traitent les artistes comme des pairs. Hélas, voilà une expérience et une œuvre qui pourraient inciter à juger qu'il n'en est rien : l'artiste ne pense qu'à mettre sa personne en scène. Tant et si bien que la seule chose qui restera de tout ça, pour moi, sera d'apprendre qu'un dessinateur peut ne voir qu'en deux dimensions et bien rendre les trois en dessin. Intéressant ! Mais tu as tiré une cartouche pour rien, l'artiste, je voulais découvrir les glaces, et le raz de marée de tes états d'âme m'importunent. Tandis que si tu avais su en mettre moins ou écrire une image de ta vie avec ça bien dramatisé, plus tard pour qu'il y ait plus de matière… j'aurais applaudi. Alors que là, cela faisait partie d'une avalanche d'importunités !
Dans un immeuble parisien en 1915 cohabite une galerie de personnages incongrus, dont beaucoup semblent issus de divers contes de fées. À la suite de deux disparitions et d'un meurtre, deux policiers vont enquêter et remuer tout ce petit monde absurde.
Cet album est foncièrement original. Il mêle enquête policière, pastiche de contes et humour absurde, avec son lot de surprises, aussi bien sur le plan narratif que graphique. L'ensemble donne parfois l'impression d'un ouvrage collectif, tant les fils narratifs s'entrecroisent et tant les styles de dessin varient d'un passage à l'autre. Les situations sont inattendues, les dialogues fusent, les références s'accumulent, et l'album dégage une véritable énergie créative. C'est à la fois drôle et désarçonnant : on ne sait jamais vraiment sur quel pied danser ni où les auteurs souhaitent nous mener.
Le regard porté sur les contes est volontairement irrévérencieux, cynique et adulte, avec un usage appuyé de l'anachronisme et du détournement psychanalytique (notamment à travers plusieurs références à La Psychanalyse des contes de fées de Bettelheim, auxquelles je n'ai pas vraiment accroché, ceci dit). Les personnages sont paumés, malheureux, parfois pathétiques, et cette vision désenchantée des figures de l'enfance se révèle à la fois drôle et légèrement grinçante. Derrière la farce affleure clairement un propos sur la perte de l'innocence, le refus de grandir et les névroses que l'on traîne avec soi.
Graphiquement, le travail de Bandini est très réussi. Comme évoqué plus haut, il change de style selon les chapitres, les fils narratifs, et parfois même en plein cours de récit, allant jusqu'à un léger brisage du quatrième mur lorsque les personnages prennent conscience d'être dessinés différemment. J'ai réellement cru, à certains moments, à un ouvrage collectif tant certaines scènes s'intercalent de manière abrupte, comme si un autre récit se déroulait en parallèle du fil principal. Le trait peut être semi-réaliste ou évoquer l'illustration jeunesse avant de basculer vers un registre plus adulte, avec des variations de styles, de couleurs et même de techniques aussi surprenantes que les ruptures de ton du scénario. C'est parfois un peu foutraque, mais c'est beau, et malgré la profusion de personnages et de situations, l'ensemble reste lisible et souvent très inventif visuellement.
En revanche, l'album a tendance à se disperser. À force d'accumuler les pistes, les jeux de mots, les références et les ruptures de registre, le récit perd parfois en clarté et en efficacité. La dimension psychanalytique, intéressante sur le principe, devient par moments lourde ou plaquée, comme si les auteurs cherchaient à tout expliquer là où le non-sens aurait suffi. La fin, en particulier, m'a laissé un sentiment de confusion, avec l'impression que le livre ne savait plus très bien quelle direction prendre.
Tout conte fée est donc une BD originale, inventive et souvent amusante, mais aussi inégale. J'ai apprécié son audace, son humour et son univers, tout en regrettant qu'elle n'ait pas davantage canalisé ses idées pour tenir la distance jusqu'au bout. Un album qui mérite d'être découvert, à condition d'accepter qu'il perde parfois son lecteur en chemin.
Nouveau projet documentaire de Davodeau, sur sa femme et son métier d'accompagnante de personnes développant des troubles de la mémoire (la maladie d'Alzheimer notamment).
Comme à son habitude, l'auteur parvient à insuffler une bienveillance profondément touchante, à dresser des portraits d'une belle justesse, à glorifier les projets sinon combats que mènent d'honnêtes et simples employés pour améliorer des situations, des vies. Des vertus souvent oubliées, sinon méprisées, que Davodeau replace au centre des réflexions, non sans militantisme : promouvant ici les pratiques inspirées des pédagogies de Montessori, en opposition aux logiques de gestion financière des établissements spécialisés entraînant un chronométrage des soins.
Les illustrations sont toujours au diapason du fond : beaucoup de tendresse dans ce noir et blanc peu contrasté, dans ces cases aérées, ces sourires en coin, ces yeux ronds ; et puis des textes amples refusant l'implicite et ne cachant ni les doutes ni les interrogations des locuteurs.
Les objectifs de Davodeau sont souvent simples et beaux : témoigner, faire connaître ; certes il y a toujours un point de vue, un regard, mais non-envahissant, clairement énoncé, chacun pouvant encore se positionner comme il l'entend. L'essentiel étant l'humanisme : ici, que le regard change sur les personnes développant ces troubles, que la maladie ne finisse pas par les résumer sinon les personnifier, que la vie l'emporte sur la seule gestion de la maladie.
On est ici entre un Le Lama blanc sans les délires mystiques de Jodo (même s’il s’était un peu retenu) et une vision plus planante, contemplative, langoureuse et amoureuse des immensités himalayennes comme Cosey a pu le développer dans Jonathan. Mais de toute façon, Bess est un amoureux et connaisseur des cultures du sous-continent indien (voir en plus de « Péma Ling » et Le Lama blanc son très beau Incredible India).
J’ai parlé de beauté, je voudrais commencer par le dessin de Bess, que j’aime vraiment beaucoup. Son trait classique possède une force, qu’il transmet à ses personnages, ridés par le froid et le soleil, ses paysages sont vraiment réussis. Visuellement c’est chouette. Même si je pense préférer son travail en Noir et Blanc.
La colorisation fait presque plus que son âge : là aussi il y a des accointances avec celle de Cosey.
La série se laisse lire – indépendamment de son dessin réussi – mais ne m’a pas emballé plus que ça.
D’abord parce des longueurs – que ne compensent pas toujours les beaux paysages – donnent un rythme qui engourdit parfois le lecteur.
Ensuite parce que Bess, que l’on sent connaisseur et amateur de la culture tibétaine, remplit beaucoup trop ses cases d’un texte qui les phagocyte parfois. Ces deux travers ne s’améliorent pas au fil des tomes.
Par contre, le personnage de Péma Ling est attachant, et propose souvent un « pas de côté », un petit côté divertissant, rafraichissant, au milieu du récit bavard. Comme le dessin, ce personnage donne force et intérêt à l’intrigue, et permet de passer outre certaines lourdeurs évoquées plus haut.
Hélas, le récit restera inachevé.
L'auteur est allé dans le nord québécois, le Nunavik pour être plus précis. Comme tout le grand nord canadien, c'est un très grand territoire peu peuplé. Pour vous donner une idée sachez que le Nunavik est aussi grand que la France et est peuplé de...14 000 habitants répartis dans 14 villages côtiers. Donc oui c'est un endroit très vide et en plus difficile d'accès.
C'est donc un carnet de voyage dont le ton rappel ce qu'ont fait Trondheim et Delisle dans le même domaine. J'ai bien aimé explorer ce coin du Québec au final méconnu. Je ne connaissais que des détails généraux de la vie du grand nord et c'est intéressant de voir la vie quotidienne des inuit qui adaptent leur mode de vie ancestral tant bien que mal à la vie moderne. On voit les bons et les moins bons points de vivre dans un environnement très froid et encore un peu sauvage. Les anecdotes racontées sont pas mal quoique parfois je me demandais si l'auteur exagérait pas un peu. Le dessin est sympathique.
En gros, un album si on aime bien les autobiographies où un auteur raconte son voyage dans un endroit exotique.
J’ai du mal avec les premières séries de Boilet (Le Rayon vert m’avait clairement laissé sur ma faim). Avec cet album, j’ai encore eu du mal à accrocher, même si je reconnais que « 36 15 Alexia » est plus ambitieux et possède plus de qualités intrinsèques.
J’ai été amusé au départ par les échanges du héros avec une femme, uniquement au travers du minitel : une petite madeleine que cet appareil qui a, tel un feu de paille, fait office un temps de modernité intemporelle en France (et que les adeptes actuels d’internet peineraient à trouver intéressant, avec ces textes poussifs et son absence d’image…).
Mon avis est mitigé concernant l’album. Je me suis ennuyé à plusieurs reprises, les échanges via le minitel en particulier ralentissant le rythme. Et il faut dire qu’en soi l’intrigue n’est ni originale, ni fouillée ou emballante.
Mais je vais quand même arrondir aux trois étoiles. Car Boilet – comme souvent chez lui – se met en scène (pas mal d’éléments autobiographiques j’imagine à la base de ce récit) et à nu, jouant sur un certain érotisme (plusieurs pages sont même occupées par des scènes de sexe – sans que ce soit vraiment porno). Surtout, la construction, un peu saccadée parfois, longuette, parfois artificielle, est, à d’autres moments, plutôt intéressantes, avec une mise en abime (on observe le héros écrivant sa BD au moment où il vit les événements (on ajoute un niveau si ce héros est l’auteur lui-même…) qui dynamise le récit. En particulier le jeu entre réalité et fantasmes/possibilités est bien exploité avec les deux conclusions proposées.
Une cote mal taillée pour la note, un album sur lequel je ne reviendrai sans doute pas, mais un récit qui possède de réelles qualités.
Je précise que j’ai lu l’édition originale des Humanos, et je ne sais pas si la réédition d’ego comme x a modifié ou ajouté quelque chose à ce récit.
Note réelle 2,5/5.
Venue passer les vacances chez sa grand-mère dans un petit village d'Italie, la jeune Dina se retrouve miniaturisée après avoir mangé une part de gâteau pour le moins mystérieuse. Cette transformation ne serait pas un cas isolé : elle a déjà touché une partie des habitants du village des années auparavant, dont le grand-père de Dina. Les survivants ont depuis fondé une petite civilisation secrète à leur échelle. Dina va devoir s'y intégrer à la fois pour survivre dans ce monde nouveau et pour percer le mystère à l'origine de cette situation.
Il s'agit d'un récit d'aventure léger, destiné aussi bien aux enfants qu'aux adultes.
Le graphisme, signé Antonello Dalena (l'auteur de Ernest & Rebecca), affiche un trait très italien, proche de l'école Disney, avec des couleurs évoquant le travail de Barbara Canepa. Le style est vivant et moderne, pas toujours irréprochable dès que l'on s'éloigne des éléments les mieux maîtrisés par l'auteur, mais globalement efficace et agréable.
Le principe et les décors miniaturisés évoqueront sans doute Arthur et les Minimoys ou encore Maman j'ai rétréci les gosses, mais l'album parvient à s'en détacher grâce à une touche personnelle et à un vrai sens de l'humour. Cela passe notamment par l'ambiance très italienne du séjour chez la grand-mère et par l'atmosphère du village portuaire. Cette longue introduction permet de s'attacher aux personnages et de s'imprégner du drame qui a frappé les villageois et la famille de l'héroïne.
Une fois la transformation opérée, le récit devient plus rythmé et nettement plus orienté vers l'action. Cette partie accumule toutefois quelques facilités : un antagoniste un peu pénible que l'on espère voir rester secondaire, un jeu d'échelles très libre, et une notion du danger à géométrie variable. Tantôt les araignées deviennent gigantesques, tantôt les héros descendent sans difficulté d'une table, tantôt les distances semblent immenses, tantôt tout le monde se retrouve au même endroit comme par hasard. Si cette souplesse sert le rythme et l'efficacité de l'action (il s'agit après tout d'un divertissement jeunesse, pas d'un documentaire sur la survie d'humains miniaturisés), elle nuit aussi à la cohérence interne et empêche parfois une immersion totale. Le cliffhanger de fin de premier tome, par ailleurs, se voit venir de très loin.
En résumé, j'ai beaucoup apprécié la mise en place et l'ambiance italienne du début, tandis que la partie action, une fois l'héroïne miniaturisée, m'a paru plus convenue et un peu moins convaincante. Cela reste toutefois un tome clairement introductif, qui pose des bases solides. Les ingrédients sont là pour proposer une suite bien plus aboutie : j'attends donc la suite pour me faire un avis définitif.
1972, dans un village de Galice, un vieux vagabond se fait peu à peu adopter par la population après avoir sauvé un cochon en fuite. Affable et doué à la guitare, il suscite rapidement l'attachement des villageois, à l'exception de quelques notables guindés qui voient d'un mauvais oeil ce clochard trop souriant, ainsi que d'une bande de gamins qui lui reprochent d'avoir été hébergé temporairement dans l'endroit leur servant de cachette secrète. En s'y introduisant pour fouiller ses affaires, ils découvrent un revolver et des balles. Si ces objets appartiennent bien au vieil homme, celui-ci est incapable d'expliquer leur provenance : amnésique, il a totalement occulté son passé.
Par bien des aspects, cette BD m'a fait penser à Magasin général de Tripp et Loisel. On y retrouve ce décor de petit village où tout le monde se connait et vit dans une relative harmonie, mais aussi une mise en scène et un graphisme proches, notamment dans le dessin des personnages et même dans les pages de garde représentant une vue globale du village. Il y a enfin ce même mélange entre chronique sociale et ancrage dans un cadre historico-géographique très marqué.
À la différence près qu'il ne s'agit pas ici du Québec du début du XXe siècle, mais de l'Espagne des années 1970, encore engluée dans le franquisme et lourdement marquée par le souvenir de la guerre civile et des fractures qu'elle a laissées dans la société. Et, forcément, le mystère entourant ce vieillard est intimement lié à ce contexte.
L'intrigue se révèle engageante et assez originale et, malgré un sujet sérieux, dégage un côté feel good agréable. Il y a quelques facilités, comme la rapidité avec laquelle le vieillard est adopté par la population juste parce qu'il a attrapé un cochon. Mais à côté de ça, le scénario ne se livre pas trop facilement et les personnages évitent d'être figés dans des archétypes trop attendus, ce qui est appréciable. Le dessin manque parfois d'aisance, mais reste agréable à suivre. On tient surtout une histoire solide, bien rythmée, qui fonctionne parfaitement en un seul album, sans sensation de longueur ni de frustration.
Une lecture simple mais réussie.
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Encore l'adaptation d'un roman que je ne connaissais pas et le résultat est pas mal.. On ne voit pas du tout que c'est tiré d'un roman, il y a pas de textes inutiles et on a bien compris que la BD est un art visuel. Il faut dire aussi que le dessinateur et coscénariste de l'adaptation a de l'expérience dans le métier. Le dessin de Kerascoët est toujours aussi agréable à l'œil et va très bien pour ce type d'histoire. C'est un conte remplit de bons mots, le genre d'album parfait pour un jeune qui a une bonne connaissance de la langue française. J'ai trouvé la lecture agréable, mais avec quelques défauts. Si l'héroïne est terriblement attachante, c'est moins le cas des autres personnages qui m'ont semblé trop réduit à un trait de caractère pour être intéressant. Cela n'est pas trop dérangé vu que c'est un conte et que dans ce type de récit les personnages sont souvent stéréotypée à l'extrême, mais cela a tout de même contribué à ce que je ne trouve pas le récit extraordinaire. Un autre défaut est que je trouve que toute la partie où l'héroïne est un demoiselle finit par trainer un peu longueur. Cela reste un bon album, mais je la mets pas dans mes lectures indispensables.
L'Escadron bleu, 1945
L'Escadron bleu est le surnom donné à une unité mobile de la Croix-Rouge française, composée de jeunes infirmières et ambulancières chargées, à partir de 1945, de rapatrier en France les prisonniers de guerre blessés. Ayant d'abord opéré entre l'Allemagne et la France, elles furent ensuite envoyées en Pologne afin de récupérer les survivants des camps, mais aussi les Malgré-Nous, ces Alsaciens et Lorrains enrôlés de force par les Nazis et considérés comme des traitres et des ennemis par les Russes. Elles se retrouvent alors confrontées à la situation complexe d'une Pologne en train de passer entièrement sous la coupe soviétique, où les autorités voient d'un très mauvais oeil ces Françaises susceptibles de témoigner des exactions de l'Armée Rouge sur la population locale et de faire évader des blessés que les Russes considèrent comme des prisonniers ne méritant que la mort. C'est un pan de l'Histoire qui m'était totalement inconnu, cette période charnière entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et la tombée du Rideau de Fer. J'ignorais également tout du travail à la fois extrêmement compliqué et dangereux de ces femmes engagées dans la Croix-Rouge française, qui ont mis leurs efforts et parfois leurs vies au service du rapatriement des anciens prisonniers et blessés français à partir de 1945. Rappeler leurs actions et mettre en lumière qui elles étaient afin qu'elles ne soient pas oubliées constitue une initiative très louable. L'album se révèle d'ailleurs passionnant par tout ce qu'il montre de la complexité de la situation locale et des risques pris par ces femmes, notamment sous le commandement du medecin-lieutenant Madeleine Pauliac. Certaines situations témoignent d'une audace incroyable, qui aurait valu à n'importe quel autre soldat ou infirmier français l'emprisonnement, voire la mort, et condamné des centaines de blessés à une issue tragique. Des faits héroïques, un contexte très instructif et une intention exemplaire, donc, mais une BD malheureusement en demi-teinte en raison d'un manque de clarté narrative. La situation est complexe et reste trop peu expliquée. Il faut déjà disposer de solides connaissances historiques ou réussir à capter des informations disséminées au fil des pages pour bien comprendre ce qui est en jeu, et même dans ce cas, la lecture manque d'une vue d'ensemble ou de repères récapitulatifs permettant de tout assimiler. La narration multiplie par ailleurs les sauts dans le temps et l'espace, sans indiquer clairement où et quand l'on se situe, ce qui rend la lecture confuse. À cela s'ajoute une galerie de personnages très fournie et un dessin des visages parfois changeant, qui conduit facilement à confondre les protagonistes. Il m'a fallu par exemple un certain nombre de pages pour réaliser que la fameuse Madeleine ne faisait pas partie de l'Escadron bleu lors de leurs missions en Allemagne. Le dessin lui-même est inégal. Globalement plaisant, il fonctionne bien pour les décors et rend régulièrement les personnages de manière convaincante. Mais il se montre aussi inconstant, avec des visages parfois moins réussis ou trop variables pour être reconnus sans ambiguité. Cela reste toutefois un ensemble de belles planches, dont j'apprécie en particulier le travail sur les couleurs et la lumière. Et il faut dire qu'il y avait énormément à raconter, tant les actions menées par ces femmes entre 1945 et 1946 furent nombreuses et intenses. J'ai donc apprécié l'ouvrage pour sa dimension historique et son travail de mémoire, qui rappelle au grand public l'œuvre héroïque de ces femmes au sortir de la Seconde Guerre mondiale. En revanche, j'ai davantage souffert de la confusion de sa narration et de la difficulté, en tant que lecteur, à me repérer entre les lieux et les époques pour pleinement assimiler ce qui m'était raconté.
La Lune est blanche
Beaux dessins, style particulier : pour le côté graphique, je mettrais dix sur dix. L'histoire me laisse moins enthousiaste : on nous parle d'expédition dans les glaces mais on n'en verra presque rien, et ce presque encore, ne sera que bien superficiel : en gros, les conditions de vie des chercheurs et autres aventuriers. En France, on aime se regarder le nombril même quand tout invite à découvrir le monde ! C'est pourquoi la littérature d'aventure a eu besoin d'un festival comme Etonnants Voyageurs et qu'on est passé d'une époque de grands auteurs de science fiction tels que Jules Verne et Rosny ainé à un pays tout racorni minorant à fond cette littérature, hébergée comme d'autres de ce genre dans l'émission mauvais genre de France Culture. Enfin, c'est l'une des raisons… La seule originalité du récit ? La rivalité entre frères artistes n'a pas éteint leur amour réciproque et ils nous sortent même une œuvre. Mais quelle œuvre ! On n'apprend presque rien. En plus, tout est verbeux : que de mots pour nous montrer que ouf ! Les savants traitent les artistes comme des pairs. Hélas, voilà une expérience et une œuvre qui pourraient inciter à juger qu'il n'en est rien : l'artiste ne pense qu'à mettre sa personne en scène. Tant et si bien que la seule chose qui restera de tout ça, pour moi, sera d'apprendre qu'un dessinateur peut ne voir qu'en deux dimensions et bien rendre les trois en dessin. Intéressant ! Mais tu as tiré une cartouche pour rien, l'artiste, je voulais découvrir les glaces, et le raz de marée de tes états d'âme m'importunent. Tandis que si tu avais su en mettre moins ou écrire une image de ta vie avec ça bien dramatisé, plus tard pour qu'il y ait plus de matière… j'aurais applaudi. Alors que là, cela faisait partie d'une avalanche d'importunités !
Tout conte fée
Dans un immeuble parisien en 1915 cohabite une galerie de personnages incongrus, dont beaucoup semblent issus de divers contes de fées. À la suite de deux disparitions et d'un meurtre, deux policiers vont enquêter et remuer tout ce petit monde absurde. Cet album est foncièrement original. Il mêle enquête policière, pastiche de contes et humour absurde, avec son lot de surprises, aussi bien sur le plan narratif que graphique. L'ensemble donne parfois l'impression d'un ouvrage collectif, tant les fils narratifs s'entrecroisent et tant les styles de dessin varient d'un passage à l'autre. Les situations sont inattendues, les dialogues fusent, les références s'accumulent, et l'album dégage une véritable énergie créative. C'est à la fois drôle et désarçonnant : on ne sait jamais vraiment sur quel pied danser ni où les auteurs souhaitent nous mener. Le regard porté sur les contes est volontairement irrévérencieux, cynique et adulte, avec un usage appuyé de l'anachronisme et du détournement psychanalytique (notamment à travers plusieurs références à La Psychanalyse des contes de fées de Bettelheim, auxquelles je n'ai pas vraiment accroché, ceci dit). Les personnages sont paumés, malheureux, parfois pathétiques, et cette vision désenchantée des figures de l'enfance se révèle à la fois drôle et légèrement grinçante. Derrière la farce affleure clairement un propos sur la perte de l'innocence, le refus de grandir et les névroses que l'on traîne avec soi. Graphiquement, le travail de Bandini est très réussi. Comme évoqué plus haut, il change de style selon les chapitres, les fils narratifs, et parfois même en plein cours de récit, allant jusqu'à un léger brisage du quatrième mur lorsque les personnages prennent conscience d'être dessinés différemment. J'ai réellement cru, à certains moments, à un ouvrage collectif tant certaines scènes s'intercalent de manière abrupte, comme si un autre récit se déroulait en parallèle du fil principal. Le trait peut être semi-réaliste ou évoquer l'illustration jeunesse avant de basculer vers un registre plus adulte, avec des variations de styles, de couleurs et même de techniques aussi surprenantes que les ruptures de ton du scénario. C'est parfois un peu foutraque, mais c'est beau, et malgré la profusion de personnages et de situations, l'ensemble reste lisible et souvent très inventif visuellement. En revanche, l'album a tendance à se disperser. À force d'accumuler les pistes, les jeux de mots, les références et les ruptures de registre, le récit perd parfois en clarté et en efficacité. La dimension psychanalytique, intéressante sur le principe, devient par moments lourde ou plaquée, comme si les auteurs cherchaient à tout expliquer là où le non-sens aurait suffi. La fin, en particulier, m'a laissé un sentiment de confusion, avec l'impression que le livre ne savait plus très bien quelle direction prendre. Tout conte fée est donc une BD originale, inventive et souvent amusante, mais aussi inégale. J'ai apprécié son audace, son humour et son univers, tout en regrettant qu'elle n'ait pas davantage canalisé ses idées pour tenir la distance jusqu'au bout. Un album qui mérite d'être découvert, à condition d'accepter qu'il perde parfois son lecteur en chemin.
Là où tu vas - Voyage au pays de la mémoire qui flanche
Nouveau projet documentaire de Davodeau, sur sa femme et son métier d'accompagnante de personnes développant des troubles de la mémoire (la maladie d'Alzheimer notamment). Comme à son habitude, l'auteur parvient à insuffler une bienveillance profondément touchante, à dresser des portraits d'une belle justesse, à glorifier les projets sinon combats que mènent d'honnêtes et simples employés pour améliorer des situations, des vies. Des vertus souvent oubliées, sinon méprisées, que Davodeau replace au centre des réflexions, non sans militantisme : promouvant ici les pratiques inspirées des pédagogies de Montessori, en opposition aux logiques de gestion financière des établissements spécialisés entraînant un chronométrage des soins. Les illustrations sont toujours au diapason du fond : beaucoup de tendresse dans ce noir et blanc peu contrasté, dans ces cases aérées, ces sourires en coin, ces yeux ronds ; et puis des textes amples refusant l'implicite et ne cachant ni les doutes ni les interrogations des locuteurs. Les objectifs de Davodeau sont souvent simples et beaux : témoigner, faire connaître ; certes il y a toujours un point de vue, un regard, mais non-envahissant, clairement énoncé, chacun pouvant encore se positionner comme il l'entend. L'essentiel étant l'humanisme : ici, que le regard change sur les personnes développant ces troubles, que la maladie ne finisse pas par les résumer sinon les personnifier, que la vie l'emporte sur la seule gestion de la maladie.
Péma Ling
On est ici entre un Le Lama blanc sans les délires mystiques de Jodo (même s’il s’était un peu retenu) et une vision plus planante, contemplative, langoureuse et amoureuse des immensités himalayennes comme Cosey a pu le développer dans Jonathan. Mais de toute façon, Bess est un amoureux et connaisseur des cultures du sous-continent indien (voir en plus de « Péma Ling » et Le Lama blanc son très beau Incredible India). J’ai parlé de beauté, je voudrais commencer par le dessin de Bess, que j’aime vraiment beaucoup. Son trait classique possède une force, qu’il transmet à ses personnages, ridés par le froid et le soleil, ses paysages sont vraiment réussis. Visuellement c’est chouette. Même si je pense préférer son travail en Noir et Blanc. La colorisation fait presque plus que son âge : là aussi il y a des accointances avec celle de Cosey. La série se laisse lire – indépendamment de son dessin réussi – mais ne m’a pas emballé plus que ça. D’abord parce des longueurs – que ne compensent pas toujours les beaux paysages – donnent un rythme qui engourdit parfois le lecteur. Ensuite parce que Bess, que l’on sent connaisseur et amateur de la culture tibétaine, remplit beaucoup trop ses cases d’un texte qui les phagocyte parfois. Ces deux travers ne s’améliorent pas au fil des tomes. Par contre, le personnage de Péma Ling est attachant, et propose souvent un « pas de côté », un petit côté divertissant, rafraichissant, au milieu du récit bavard. Comme le dessin, ce personnage donne force et intérêt à l’intrigue, et permet de passer outre certaines lourdeurs évoquées plus haut. Hélas, le récit restera inachevé.
Nunavik
L'auteur est allé dans le nord québécois, le Nunavik pour être plus précis. Comme tout le grand nord canadien, c'est un très grand territoire peu peuplé. Pour vous donner une idée sachez que le Nunavik est aussi grand que la France et est peuplé de...14 000 habitants répartis dans 14 villages côtiers. Donc oui c'est un endroit très vide et en plus difficile d'accès. C'est donc un carnet de voyage dont le ton rappel ce qu'ont fait Trondheim et Delisle dans le même domaine. J'ai bien aimé explorer ce coin du Québec au final méconnu. Je ne connaissais que des détails généraux de la vie du grand nord et c'est intéressant de voir la vie quotidienne des inuit qui adaptent leur mode de vie ancestral tant bien que mal à la vie moderne. On voit les bons et les moins bons points de vivre dans un environnement très froid et encore un peu sauvage. Les anecdotes racontées sont pas mal quoique parfois je me demandais si l'auteur exagérait pas un peu. Le dessin est sympathique. En gros, un album si on aime bien les autobiographies où un auteur raconte son voyage dans un endroit exotique.
36 15 Alexia
J’ai du mal avec les premières séries de Boilet (Le Rayon vert m’avait clairement laissé sur ma faim). Avec cet album, j’ai encore eu du mal à accrocher, même si je reconnais que « 36 15 Alexia » est plus ambitieux et possède plus de qualités intrinsèques. J’ai été amusé au départ par les échanges du héros avec une femme, uniquement au travers du minitel : une petite madeleine que cet appareil qui a, tel un feu de paille, fait office un temps de modernité intemporelle en France (et que les adeptes actuels d’internet peineraient à trouver intéressant, avec ces textes poussifs et son absence d’image…). Mon avis est mitigé concernant l’album. Je me suis ennuyé à plusieurs reprises, les échanges via le minitel en particulier ralentissant le rythme. Et il faut dire qu’en soi l’intrigue n’est ni originale, ni fouillée ou emballante. Mais je vais quand même arrondir aux trois étoiles. Car Boilet – comme souvent chez lui – se met en scène (pas mal d’éléments autobiographiques j’imagine à la base de ce récit) et à nu, jouant sur un certain érotisme (plusieurs pages sont même occupées par des scènes de sexe – sans que ce soit vraiment porno). Surtout, la construction, un peu saccadée parfois, longuette, parfois artificielle, est, à d’autres moments, plutôt intéressantes, avec une mise en abime (on observe le héros écrivant sa BD au moment où il vit les événements (on ajoute un niveau si ce héros est l’auteur lui-même…) qui dynamise le récit. En particulier le jeu entre réalité et fantasmes/possibilités est bien exploité avec les deux conclusions proposées. Une cote mal taillée pour la note, un album sur lequel je ne reviendrai sans doute pas, mais un récit qui possède de réelles qualités. Je précise que j’ai lu l’édition originale des Humanos, et je ne sais pas si la réédition d’ego comme x a modifié ou ajouté quelque chose à ce récit. Note réelle 2,5/5.
Dina et le millimonde
Venue passer les vacances chez sa grand-mère dans un petit village d'Italie, la jeune Dina se retrouve miniaturisée après avoir mangé une part de gâteau pour le moins mystérieuse. Cette transformation ne serait pas un cas isolé : elle a déjà touché une partie des habitants du village des années auparavant, dont le grand-père de Dina. Les survivants ont depuis fondé une petite civilisation secrète à leur échelle. Dina va devoir s'y intégrer à la fois pour survivre dans ce monde nouveau et pour percer le mystère à l'origine de cette situation. Il s'agit d'un récit d'aventure léger, destiné aussi bien aux enfants qu'aux adultes. Le graphisme, signé Antonello Dalena (l'auteur de Ernest & Rebecca), affiche un trait très italien, proche de l'école Disney, avec des couleurs évoquant le travail de Barbara Canepa. Le style est vivant et moderne, pas toujours irréprochable dès que l'on s'éloigne des éléments les mieux maîtrisés par l'auteur, mais globalement efficace et agréable. Le principe et les décors miniaturisés évoqueront sans doute Arthur et les Minimoys ou encore Maman j'ai rétréci les gosses, mais l'album parvient à s'en détacher grâce à une touche personnelle et à un vrai sens de l'humour. Cela passe notamment par l'ambiance très italienne du séjour chez la grand-mère et par l'atmosphère du village portuaire. Cette longue introduction permet de s'attacher aux personnages et de s'imprégner du drame qui a frappé les villageois et la famille de l'héroïne. Une fois la transformation opérée, le récit devient plus rythmé et nettement plus orienté vers l'action. Cette partie accumule toutefois quelques facilités : un antagoniste un peu pénible que l'on espère voir rester secondaire, un jeu d'échelles très libre, et une notion du danger à géométrie variable. Tantôt les araignées deviennent gigantesques, tantôt les héros descendent sans difficulté d'une table, tantôt les distances semblent immenses, tantôt tout le monde se retrouve au même endroit comme par hasard. Si cette souplesse sert le rythme et l'efficacité de l'action (il s'agit après tout d'un divertissement jeunesse, pas d'un documentaire sur la survie d'humains miniaturisés), elle nuit aussi à la cohérence interne et empêche parfois une immersion totale. Le cliffhanger de fin de premier tome, par ailleurs, se voit venir de très loin. En résumé, j'ai beaucoup apprécié la mise en place et l'ambiance italienne du début, tandis que la partie action, une fois l'héroïne miniaturisée, m'a paru plus convenue et un peu moins convaincante. Cela reste toutefois un tome clairement introductif, qui pose des bases solides. Les ingrédients sont là pour proposer une suite bien plus aboutie : j'attends donc la suite pour me faire un avis définitif.
L'Echo des jours brisés
1972, dans un village de Galice, un vieux vagabond se fait peu à peu adopter par la population après avoir sauvé un cochon en fuite. Affable et doué à la guitare, il suscite rapidement l'attachement des villageois, à l'exception de quelques notables guindés qui voient d'un mauvais oeil ce clochard trop souriant, ainsi que d'une bande de gamins qui lui reprochent d'avoir été hébergé temporairement dans l'endroit leur servant de cachette secrète. En s'y introduisant pour fouiller ses affaires, ils découvrent un revolver et des balles. Si ces objets appartiennent bien au vieil homme, celui-ci est incapable d'expliquer leur provenance : amnésique, il a totalement occulté son passé. Par bien des aspects, cette BD m'a fait penser à Magasin général de Tripp et Loisel. On y retrouve ce décor de petit village où tout le monde se connait et vit dans une relative harmonie, mais aussi une mise en scène et un graphisme proches, notamment dans le dessin des personnages et même dans les pages de garde représentant une vue globale du village. Il y a enfin ce même mélange entre chronique sociale et ancrage dans un cadre historico-géographique très marqué. À la différence près qu'il ne s'agit pas ici du Québec du début du XXe siècle, mais de l'Espagne des années 1970, encore engluée dans le franquisme et lourdement marquée par le souvenir de la guerre civile et des fractures qu'elle a laissées dans la société. Et, forcément, le mystère entourant ce vieillard est intimement lié à ce contexte. L'intrigue se révèle engageante et assez originale et, malgré un sujet sérieux, dégage un côté feel good agréable. Il y a quelques facilités, comme la rapidité avec laquelle le vieillard est adopté par la population juste parce qu'il a attrapé un cochon. Mais à côté de ça, le scénario ne se livre pas trop facilement et les personnages évitent d'être figés dans des archétypes trop attendus, ce qui est appréciable. Le dessin manque parfois d'aisance, mais reste agréable à suivre. On tient surtout une histoire solide, bien rythmée, qui fonctionne parfaitement en un seul album, sans sensation de longueur ni de frustration. Une lecture simple mais réussie.