Chiqui de la Fuente (frére de Victor et de Ramón) a surtout travaillé pour des collections de classiques de la littérature destinés à la jeunesse. Il a obtenu à juste titre un certain succès avec ses adaptations BD dans plusieurs pays. Le style du dessin est original et facilement identifiable, ayant réussi à s’émanciper de ses frères. Il s’agit ici de l’un des contes les plus célèbres de tous les temps, de la plume de Charles Dickens, connu comme « l’homme qui a inventé Noël ».
J’ai lu pour le moment les deux premiers albums (chacun se lit comme un one-shot, c’est presque plus une collection qu’une série, les auteurs changeant d’un album à l’autre).
Chaque album traite d’un train ou d’une voie ferrée plus ou moins « mythique ». Mais surtout le fait de façon très différente.
Dans le premier album, « L’Orient-express », c’est en fait une sorte d’enquête policière, autour d’un attentat ayant frappé un pont sur la ligne en 1931 (je ne connaissais pas cet événement – où Joséphine Baker fut impliquée, mais il est bien réel), tandis que le deuxième album, « Le Transcontinental », retrace uniquement la construction de la ligne traversant les Etats-Unis naissants.
« L’Orient-Express » se laisse lire, mais l’enquête est un peu poussive, l’arrière-plan historique (montée du Nazisme et plus généralement du fascisme en Europe) n’étant pas assez développé à mon goût. Surtout, l’Orient-Express lui-même n’est ici qu’un décor, et n’apparait finalement que très peu. Le dossier final complète bien le récit, en éclairant davantage l’histoire de ce train (y compris au niveau des romans et films qui l’ont utilisé comme décor), un dossier bien fichu.
« Le Transcontinental » possède a priori plus de potentiel, et m’intéressait aussi a priori davantage. Il alterne avec les deux équipes/sociétés impliquées dans sa construction, un tronçon partant de Sacramento, l’autre de Omaha, jusqu’à leur jonction à Promontary. Le train en lui-même est ici aussi escamoté, puisque seule la construction est traitée, mais le train est au moins au centre du récit et des préoccupations de tous les protagonistes.
Protagonistes qui sont du coup très nombreux, comme les sujets abordés. Mais, en 48 pages, soit les sujets ne sont qu’effleurés (utilisation de la main d’œuvre chinoise, réactions et impactes liés aux tribus indiennes dépossédées voire massacrées, conflits sociaux, etc.) soit ils sont tout simplement « oubliés » (tout ce qui concerne les « barons voleurs », les avantages obtenus de la part de l’Etat autour des voies, les concessions, etc.).
Sur cet album, je trouve le format 48 pages de BD trop court pour tous les aspects liés au sujet. Et, même si le sujet m’intéressait davantage que le précédent – ou à cause de cela – j’ai été un peu frustré (l’histoire se lit très bien par contre). Frustrant aussi le dossier final, car il n’est quasiment constitué que de courtes biographies des principaux personnages entrevus, et d’un court chapitre sur l’emploi des Chinois : tous les riches aspects connexes ne sont donc pas développés.
Très tiraillé entre 3 et 4... Voilà une BD qui se situe exactement à 3,5/5 à mon échelle. J'ai d'abord eu une énorme coup de cœur pour le dessin de Jean-Denis Pendanx. Il est vraiment somptueux et restitue à merveille la beauté, la pureté et la grandeur de la forêt. Il nous fait comprendre à merveille la fascination de Geoffroy Delorme pour les chevreuils et leur habitat naturel.
Aidés par le sens narratif toujours aigu de Vincent Zabus, on entre donc peu à peu dans l'esprit de Geoffroy, et on se plaît à s'immiscer avec lui dans cette vie au beau milieu des bois, pas si solitaire. J'ai beaucoup aimé le fait qu'à la suite de Geoffroy Delorme, la bande dessinée ne revendique aucun discours. Il n'est question d'aucun militantisme ou d'aucune dimension politique quelle qu'elle soit. Non, c'est l'expérience de vie de Geoffroy, son dégoût des humains et son incapacité à s'adapter aux normes du monde dans lequel il vit qui le pousse vers la forêt.
Sans esprit de conquête ni même de survivalisme à proprement parler, il nous raconte comment il a découvert peu à peu la beauté mais aussi la dureté de la vie en forêt pour un être humain. Son récit prend souvent des airs documentaires quand il nous explique les meilleures manières de s'adapter à la vie au milieu des bois ou quand il décrit le mode de vie des chevreuils. Je n'aurais pas pensé être si intéressé par le sujet, et Zabus sait rendre cette histoire souvent captivante.
Malgré tout, ce qui m'empêche de monter à 4 étoiles, c'est tout de même cette absence de récit à proprement parler. On est davantage sur une bande dessinée à caractère informatif et documentaire que sur une histoire avec un début, un milieu, une fin... une narration, quoi. Le récit n'évolue que très peu, et il manque un semblant de climax ou d'émotion. J'aurais aimé partager les sentiments et les émotions que traverse Geoffroy, notamment quand il voit ses amis chevreuils mourir sous ses yeux. Mais la froideur de la narration nous en empêche, à moins que ce ne soit le côté très éclectique du récit, qui enchaîne plus des scénettes (avec un certain fil directeur, certes) qu'il ne raconte une histoire à proprement parler.
Dans l'ensemble, cette froideur de ton sert plus le récit qu'elle ne le dessert, mais je trouve que L'Homme-chevreuil manque alors d'une dimension qui aurait rendu l'histoire plus attachante ou émouvante. Cela ne m'a pas empêché de m'intéresser de très près à cette histoire d'autant plus étonnante qu'elle est vraie. J'ai tout de même appris beaucoup de choses et tiré beaucoup d'enseignements de cette histoire. Et encore une fois, le dessin est si beau qu'il justifie à lui seul la lecture de la bande dessinée.
Dufaux nous propose ici une série Fantasy des plus classiques, qui lorgne pas mal sur Thorgal (plusieurs noms de personnages sont assez « thorgaliens », et Hildegirrd est une sorte de Kriss de Valnor en version blonde). Les amateurs du genre et de cette série y trouveront sans doute leur compte (même si elle est moins longue et ambitieuse).
Le dessin d’Aouamri (qui vient d’ailleurs récemment de participer à un tome de la collection Thorgal Saga) est agréable (c’est même le point fort de la série !). Un trait assez gras, mais puissant, un style qui convient bien à ce type de récit d’aventure testostéronnée, jouant sur les mythes nordiques – et sur l’imagerie fantasy déjà développée ailleurs.
Dufaux joue le classique dans sa narration, et use moins qu’ailleurs – ce qui me convient – d’un fantastique trop souvent inutile.
Je regrette juste des commentaires off parfois un peu trop présents, voire inutiles.
A part Thorgal, l’autre influence serait certains personnages de comics avec ces corps bodybuildés (voir les premières planches du troisième tome, prétextes à montrer ces corps musculeux).
En introduction, Dufaux précise qu’il avait au départ en tête un diptyque, voire plusieurs diptyques, s’inspirant de différentes légendes nordiques. Au final la fin ouverte ménage un possible retour avec une suite ou d’autres histoires plus ou moins liées à celle-ci. Mais surtout ce diptyque est devenu une trilogie. Et ça se sent quand même un peu dans les deux derniers tomes, qui s’étirent un peu trop parfois (le deuxième tome est un peu « mou », un peu trop verbeux par exemple).
Une lecture d’emprunt.
Frankenwood est un album qui se distingue par l'originalité de son scénario, à la fois hommage à l'âge d'or d'Hollywood et polar étrange, caustique et décalé. On y croise Humphrey Bogart, Marylin Monroe, Clark Gable, Laurel et Hardy, Alfred Hitchcock, et même quelques figures plus récentes comme Bardot ou Nicholson. Tous ces personnages sont ramenés à la vie dans un univers artificiel et coupé du monde, où leur mémoire se brouille et leur image est exploitée par des producteurs invisibles et sans scrupules. Le récit joue avec des accents de Frankenstein, de résurrections et de mémoire défaillante, créant un mélange ni vraiment sérieux ni vraiment loufoque.
Le dessinateur Igor Kordey se fait visiblement plaisir à représenter ces visages célèbres. Quelques portraits sont frappants, parfois avec des accents graphiques rappelant Richard Corben, mais la qualité reste inégale : certains visages changent selon l'angle de vue et deviennent moins reconnaissables. Cela dit, la galerie de stars et l'ambiance rétro hollywoodienne donnent beaucoup de charme à l'album, et les décors et cadrages sont travaillés avec soin.
Côté scénario, l'histoire est intrigante et souvent amusante, notamment lorsqu'on relève tous ces clins d'œil aux films et aux acteurs, mais elle manque de cohérence interne. Plusieurs éléments ne tiennent pas vraiment la route et l'intrigue ne mène nulle part de façon satisfaisante : la fin s'éternise et se cherche, laissant le sentiment d'un hommage appuyé et un peu embrouillé plutôt que d'une intrigue solide de bout en bout. On retient surtout le plaisir de voir ces figures mythiques évoluer dans un univers fantasmé et caustique, ainsi que la réflexion ouverte sur l'exploitation de l'image des stars, leur immortalité artificielle et la manière dont Hollywood broie ses icônes, avec un écho indirect à la problématique moderne de l'IA dans le cinéma.
Frankenwood est un one-shot original et audacieux, visuellement plaisant et truffé de références cinématographiques, mais dont le scénario, surprenant par moments, reste surtout un prétexte pour explorer ce monde étrange et décalé plutôt qu'une intrigue rigoureuse. J'en suis ressorti amusé et intrigué, mais sans réelle sensation de conclusion ou de tension narrative complète.
Dans la vallée du Beuvron, en pleine campagne bourguignonne, un jeune homme un peu paumé et incapable de trouver un travail se met en tête de dénicher un trésor en se lançant dans la détection de métaux, quitte à s’aventurer sur des terrains sensibles. D’autant que, de son côté, un historien en colère est bien décidé à combattre les chasseurs de trésors qui pillent le patrimoine historique français.
Avec cet album, Bruno Duhamel propose une lecture agréable, portée avant tout par son talent graphique. Son dessin est soigné, lisible, avec des personnages expressifs et une galerie de trognes bien campées. Les décors sont aussi son point fort et participent largement au charme de l’ensemble, notamment les paysages ruraux et les arbres, particulièrement réussis, qui donnent une belle identité visuelle à l’album. L’ambiance générale, douce et un peu nostalgique, s’inscrit dans une tradition franco-belge assez classique, qui rend la lecture fluide et accessible.
Le cadre rural et la galerie de personnages secondaires, entre voisins, famille et figures locales, apportent une certaine densité humaine, avec une observation plutôt juste de ces petites vies et de leurs aspirations modestes. Il y a aussi, en toile de fond, une volonté d’ancrer le récit dans un cadre réaliste, notamment à travers les aspects légaux et historiques liés à la détection de métaux.
Cela dit, si l’ensemble se lit sans déplaisir, le scénario reste assez discret, pour ne pas dire anecdotique. Le récit avance tranquillement, sans véritable tension marquante, en enchaînant des situations du quotidien et des péripéties sans grand impact. Même la scène dramatique qui vient ponctuer l'histoire peu avant la fin tombe un peu à plat, car elle arrive de manière assez abrupte et ne permet pas vraiment de ressentir le choc vécu par celui qui en est témoin.
J’ai eu le sentiment d’une histoire qui se laisse suivre mais qui peine à vraiment marquer, avec une trajectoire narrative assez balisée et peu de moments réellement forts.
On notera d'ailleurs que l'éditeur propose deux couvertures alternatives pour cet album, miroir l'une de l'autre, ma préférence allant à celle avec le personnage de Léo en haut. Et justement, en comparaison, cette couverture, que je trouve très belle, fait preuve de bien plus d'intensité que le récit qu'elle accompagne.
Il en ressort une BD sympathique, bien réalisée et visuellement très plaisante, mais dont l’intrigue reste un peu trop légère. Une lecture confortable, portée par son ambiance rurale et son dessin, qui fonctionne sur le moment sans forcément laisser une impression durable.
Vítor Péon, un grand auteur de bande dessinée au Portugal! Depuis les années 40, il a publié des histoires et des aventures dans les meilleurs magazines de BD (Mosquito, Mundo de Aventuras, Cuto, et tant d'autres). Après la Révolution, il a tenté sa chance en France, publiant un album avec le meilleur de ce qu'il faisait à l'époque: Tomahawk Tom. Un western classique, mais intéressant d'un point de vue historique. Je conserve l'album qui m'a été offert par mon père, après avoir relevé plusieurs défis scolaires! Mais Péon avait fait beaucoup plus auparavant, surtout dans le genre thriller et policier.
2.5
Une série pour jeunes (je dirais à partir de 10 ans environ) qui me laisse un peu perplexe. Je sais que je ne suis pas le public-cible des auteurs et j'essaie d'être indulgent lorsque cela s'adresse aux jeunes, mais je trouve qu'il y a des problèmes au niveau de la structure du scénario.
J'accepte que le ton de la série soit un peu loufoque et que c'est clairement rempli d'éléments pour plaire aux jeunes qui voudraient bien s'évader de leur vie monotone. Ainsi, une ado voleuse va se retrouver à faire ami-ami avec une famille de riches bien particulière: les trois enfants de la famille Bellaventure ne vont jamais à l'école, ils peuvent faire toutes les conneries qu'ils veulent et subir aucune conséquence, leur père qu'ils connaissent pas est mort en leur laissant une carte avec tellement de points qu'ils peuvent voyager partout en première classe, il y a des animaux exotiques dans leur grosse baraque de riche....On dirait que Zidrou voulait tellement que les jeunes lecteurs trouvent que cette famille était géniale que ça devient un peu trop gros.
La série est composée d'épisodes qui se suivent avec quelques mystères qui sont là pour retenir l'attention du lecteur et acheter la suite (les parents de la voleuse ne sont pas ses vrais parents, le père des gamins riches cache un secret, et il y a une mystérieuse organisation qui surveille la famille). Ce sont des énigmes pas trop mal, les personnages sont un peu attachants et l'humour fonctionne bien... Le problème est que j'ai souvent eu l'impression que l'intrigue faisait du surplace. C'est vraiment le cas avec le deuxième tome où on aurait pu raconter toute l'histoire avec la moitié des pages. Le premier tome est pas mal non plus à ce niveau vu qu'au final la plupart des actions des enfants n'ont servi à rien. Les intrigues m'ont semblé inutilement laborieuses.
Bref, tout n'est pas à jeter dans cette série, mais pour l'instant je ne suis pas trop convaincu.
Troisième et dernière œuvre de Rubio parue en France.
Encore un bon défouloir, sexe, robots policiers et violence gratuite au menu. Un dessin toujours au top.
Cette bande ne vise clairement pas le prix Nobel mais fleure bon les années 80/90.
On a comme dans L'Enfer Blanc une toute dernière page un peu faible, dommage.
Rubio est un des auteurs argentins à connaître. On peut le ranger à côté d'Altuna ou de Trillo dans ses étagères sans rougir.
Je me retrouve hélas dans l’avis de grogro. Non pas que son avis soit mauvais – bien au contraire, je pourrais le contresigner (si ce n’est que je serais un chouia moins sévère pour la notation).
C’est plutôt que, comme lui, j’ai été déçu par cette lecture. Comme si sur plusieurs centaines de pages s’étalait une mise en place, une présentation d’un décor familial, mais que jamais – en tout cas jamais suffisamment, autre chose ne prenait le relais. La petite histoire ne laisse sans doute pas assez de place à la grande.
Alors, certes, c’est une sorte de saga familiale et pas un documentaire sur l’Allemagne en guerre. Mais, sans être misérabiliste, le récit aurait sans doute pu gagner en profondeur – et en intérêt me concernant – utilisant mieux le matériau historique.
Reste que le dessin, simple et fluide, est plutôt agréable. Et, malgré mes critiques ou frustrations évoquées plus haut, c’est quand même très lisible, et apporte une vision peut-être très « ciblée », mais pas inintéressante, sur un pan de la société allemande des années noires du nazisme.
Note réelle 2,5/5.
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Un Conte de Noel (De La Fuente)
Chiqui de la Fuente (frére de Victor et de Ramón) a surtout travaillé pour des collections de classiques de la littérature destinés à la jeunesse. Il a obtenu à juste titre un certain succès avec ses adaptations BD dans plusieurs pays. Le style du dessin est original et facilement identifiable, ayant réussi à s’émanciper de ses frères. Il s’agit ici de l’un des contes les plus célèbres de tous les temps, de la plume de Charles Dickens, connu comme « l’homme qui a inventé Noël ».
Trains de légende
J’ai lu pour le moment les deux premiers albums (chacun se lit comme un one-shot, c’est presque plus une collection qu’une série, les auteurs changeant d’un album à l’autre). Chaque album traite d’un train ou d’une voie ferrée plus ou moins « mythique ». Mais surtout le fait de façon très différente. Dans le premier album, « L’Orient-express », c’est en fait une sorte d’enquête policière, autour d’un attentat ayant frappé un pont sur la ligne en 1931 (je ne connaissais pas cet événement – où Joséphine Baker fut impliquée, mais il est bien réel), tandis que le deuxième album, « Le Transcontinental », retrace uniquement la construction de la ligne traversant les Etats-Unis naissants. « L’Orient-Express » se laisse lire, mais l’enquête est un peu poussive, l’arrière-plan historique (montée du Nazisme et plus généralement du fascisme en Europe) n’étant pas assez développé à mon goût. Surtout, l’Orient-Express lui-même n’est ici qu’un décor, et n’apparait finalement que très peu. Le dossier final complète bien le récit, en éclairant davantage l’histoire de ce train (y compris au niveau des romans et films qui l’ont utilisé comme décor), un dossier bien fichu. « Le Transcontinental » possède a priori plus de potentiel, et m’intéressait aussi a priori davantage. Il alterne avec les deux équipes/sociétés impliquées dans sa construction, un tronçon partant de Sacramento, l’autre de Omaha, jusqu’à leur jonction à Promontary. Le train en lui-même est ici aussi escamoté, puisque seule la construction est traitée, mais le train est au moins au centre du récit et des préoccupations de tous les protagonistes. Protagonistes qui sont du coup très nombreux, comme les sujets abordés. Mais, en 48 pages, soit les sujets ne sont qu’effleurés (utilisation de la main d’œuvre chinoise, réactions et impactes liés aux tribus indiennes dépossédées voire massacrées, conflits sociaux, etc.) soit ils sont tout simplement « oubliés » (tout ce qui concerne les « barons voleurs », les avantages obtenus de la part de l’Etat autour des voies, les concessions, etc.). Sur cet album, je trouve le format 48 pages de BD trop court pour tous les aspects liés au sujet. Et, même si le sujet m’intéressait davantage que le précédent – ou à cause de cela – j’ai été un peu frustré (l’histoire se lit très bien par contre). Frustrant aussi le dossier final, car il n’est quasiment constitué que de courtes biographies des principaux personnages entrevus, et d’un court chapitre sur l’emploi des Chinois : tous les riches aspects connexes ne sont donc pas développés.
L'Homme-chevreuil - Sept ans de vie sauvage
Très tiraillé entre 3 et 4... Voilà une BD qui se situe exactement à 3,5/5 à mon échelle. J'ai d'abord eu une énorme coup de cœur pour le dessin de Jean-Denis Pendanx. Il est vraiment somptueux et restitue à merveille la beauté, la pureté et la grandeur de la forêt. Il nous fait comprendre à merveille la fascination de Geoffroy Delorme pour les chevreuils et leur habitat naturel. Aidés par le sens narratif toujours aigu de Vincent Zabus, on entre donc peu à peu dans l'esprit de Geoffroy, et on se plaît à s'immiscer avec lui dans cette vie au beau milieu des bois, pas si solitaire. J'ai beaucoup aimé le fait qu'à la suite de Geoffroy Delorme, la bande dessinée ne revendique aucun discours. Il n'est question d'aucun militantisme ou d'aucune dimension politique quelle qu'elle soit. Non, c'est l'expérience de vie de Geoffroy, son dégoût des humains et son incapacité à s'adapter aux normes du monde dans lequel il vit qui le pousse vers la forêt. Sans esprit de conquête ni même de survivalisme à proprement parler, il nous raconte comment il a découvert peu à peu la beauté mais aussi la dureté de la vie en forêt pour un être humain. Son récit prend souvent des airs documentaires quand il nous explique les meilleures manières de s'adapter à la vie au milieu des bois ou quand il décrit le mode de vie des chevreuils. Je n'aurais pas pensé être si intéressé par le sujet, et Zabus sait rendre cette histoire souvent captivante. Malgré tout, ce qui m'empêche de monter à 4 étoiles, c'est tout de même cette absence de récit à proprement parler. On est davantage sur une bande dessinée à caractère informatif et documentaire que sur une histoire avec un début, un milieu, une fin... une narration, quoi. Le récit n'évolue que très peu, et il manque un semblant de climax ou d'émotion. J'aurais aimé partager les sentiments et les émotions que traverse Geoffroy, notamment quand il voit ses amis chevreuils mourir sous ses yeux. Mais la froideur de la narration nous en empêche, à moins que ce ne soit le côté très éclectique du récit, qui enchaîne plus des scénettes (avec un certain fil directeur, certes) qu'il ne raconte une histoire à proprement parler. Dans l'ensemble, cette froideur de ton sert plus le récit qu'elle ne le dessert, mais je trouve que L'Homme-chevreuil manque alors d'une dimension qui aurait rendu l'histoire plus attachante ou émouvante. Cela ne m'a pas empêché de m'intéresser de très près à cette histoire d'autant plus étonnante qu'elle est vraie. J'ai tout de même appris beaucoup de choses et tiré beaucoup d'enseignements de cette histoire. Et encore une fois, le dessin est si beau qu'il justifie à lui seul la lecture de la bande dessinée.
Saga Valta
Dufaux nous propose ici une série Fantasy des plus classiques, qui lorgne pas mal sur Thorgal (plusieurs noms de personnages sont assez « thorgaliens », et Hildegirrd est une sorte de Kriss de Valnor en version blonde). Les amateurs du genre et de cette série y trouveront sans doute leur compte (même si elle est moins longue et ambitieuse). Le dessin d’Aouamri (qui vient d’ailleurs récemment de participer à un tome de la collection Thorgal Saga) est agréable (c’est même le point fort de la série !). Un trait assez gras, mais puissant, un style qui convient bien à ce type de récit d’aventure testostéronnée, jouant sur les mythes nordiques – et sur l’imagerie fantasy déjà développée ailleurs. Dufaux joue le classique dans sa narration, et use moins qu’ailleurs – ce qui me convient – d’un fantastique trop souvent inutile. Je regrette juste des commentaires off parfois un peu trop présents, voire inutiles. A part Thorgal, l’autre influence serait certains personnages de comics avec ces corps bodybuildés (voir les premières planches du troisième tome, prétextes à montrer ces corps musculeux). En introduction, Dufaux précise qu’il avait au départ en tête un diptyque, voire plusieurs diptyques, s’inspirant de différentes légendes nordiques. Au final la fin ouverte ménage un possible retour avec une suite ou d’autres histoires plus ou moins liées à celle-ci. Mais surtout ce diptyque est devenu une trilogie. Et ça se sent quand même un peu dans les deux derniers tomes, qui s’étirent un peu trop parfois (le deuxième tome est un peu « mou », un peu trop verbeux par exemple). Une lecture d’emprunt.
Frankenwood
Frankenwood est un album qui se distingue par l'originalité de son scénario, à la fois hommage à l'âge d'or d'Hollywood et polar étrange, caustique et décalé. On y croise Humphrey Bogart, Marylin Monroe, Clark Gable, Laurel et Hardy, Alfred Hitchcock, et même quelques figures plus récentes comme Bardot ou Nicholson. Tous ces personnages sont ramenés à la vie dans un univers artificiel et coupé du monde, où leur mémoire se brouille et leur image est exploitée par des producteurs invisibles et sans scrupules. Le récit joue avec des accents de Frankenstein, de résurrections et de mémoire défaillante, créant un mélange ni vraiment sérieux ni vraiment loufoque. Le dessinateur Igor Kordey se fait visiblement plaisir à représenter ces visages célèbres. Quelques portraits sont frappants, parfois avec des accents graphiques rappelant Richard Corben, mais la qualité reste inégale : certains visages changent selon l'angle de vue et deviennent moins reconnaissables. Cela dit, la galerie de stars et l'ambiance rétro hollywoodienne donnent beaucoup de charme à l'album, et les décors et cadrages sont travaillés avec soin. Côté scénario, l'histoire est intrigante et souvent amusante, notamment lorsqu'on relève tous ces clins d'œil aux films et aux acteurs, mais elle manque de cohérence interne. Plusieurs éléments ne tiennent pas vraiment la route et l'intrigue ne mène nulle part de façon satisfaisante : la fin s'éternise et se cherche, laissant le sentiment d'un hommage appuyé et un peu embrouillé plutôt que d'une intrigue solide de bout en bout. On retient surtout le plaisir de voir ces figures mythiques évoluer dans un univers fantasmé et caustique, ainsi que la réflexion ouverte sur l'exploitation de l'image des stars, leur immortalité artificielle et la manière dont Hollywood broie ses icônes, avec un écho indirect à la problématique moderne de l'IA dans le cinéma. Frankenwood est un one-shot original et audacieux, visuellement plaisant et truffé de références cinématographiques, mais dont le scénario, surprenant par moments, reste surtout un prétexte pour explorer ce monde étrange et décalé plutôt qu'une intrigue rigoureuse. J'en suis ressorti amusé et intrigué, mais sans réelle sensation de conclusion ou de tension narrative complète.
Le Goût du métal
Dans la vallée du Beuvron, en pleine campagne bourguignonne, un jeune homme un peu paumé et incapable de trouver un travail se met en tête de dénicher un trésor en se lançant dans la détection de métaux, quitte à s’aventurer sur des terrains sensibles. D’autant que, de son côté, un historien en colère est bien décidé à combattre les chasseurs de trésors qui pillent le patrimoine historique français. Avec cet album, Bruno Duhamel propose une lecture agréable, portée avant tout par son talent graphique. Son dessin est soigné, lisible, avec des personnages expressifs et une galerie de trognes bien campées. Les décors sont aussi son point fort et participent largement au charme de l’ensemble, notamment les paysages ruraux et les arbres, particulièrement réussis, qui donnent une belle identité visuelle à l’album. L’ambiance générale, douce et un peu nostalgique, s’inscrit dans une tradition franco-belge assez classique, qui rend la lecture fluide et accessible. Le cadre rural et la galerie de personnages secondaires, entre voisins, famille et figures locales, apportent une certaine densité humaine, avec une observation plutôt juste de ces petites vies et de leurs aspirations modestes. Il y a aussi, en toile de fond, une volonté d’ancrer le récit dans un cadre réaliste, notamment à travers les aspects légaux et historiques liés à la détection de métaux. Cela dit, si l’ensemble se lit sans déplaisir, le scénario reste assez discret, pour ne pas dire anecdotique. Le récit avance tranquillement, sans véritable tension marquante, en enchaînant des situations du quotidien et des péripéties sans grand impact. Même la scène dramatique qui vient ponctuer l'histoire peu avant la fin tombe un peu à plat, car elle arrive de manière assez abrupte et ne permet pas vraiment de ressentir le choc vécu par celui qui en est témoin. J’ai eu le sentiment d’une histoire qui se laisse suivre mais qui peine à vraiment marquer, avec une trajectoire narrative assez balisée et peu de moments réellement forts. On notera d'ailleurs que l'éditeur propose deux couvertures alternatives pour cet album, miroir l'une de l'autre, ma préférence allant à celle avec le personnage de Léo en haut. Et justement, en comparaison, cette couverture, que je trouve très belle, fait preuve de bien plus d'intensité que le récit qu'elle accompagne. Il en ressort une BD sympathique, bien réalisée et visuellement très plaisante, mais dont l’intrigue reste un peu trop légère. Une lecture confortable, portée par son ambiance rurale et son dessin, qui fonctionne sur le moment sans forcément laisser une impression durable.
Tomahawk Tom
Vítor Péon, un grand auteur de bande dessinée au Portugal! Depuis les années 40, il a publié des histoires et des aventures dans les meilleurs magazines de BD (Mosquito, Mundo de Aventuras, Cuto, et tant d'autres). Après la Révolution, il a tenté sa chance en France, publiant un album avec le meilleur de ce qu'il faisait à l'époque: Tomahawk Tom. Un western classique, mais intéressant d'un point de vue historique. Je conserve l'album qui m'a été offert par mon père, après avoir relevé plusieurs défis scolaires! Mais Péon avait fait beaucoup plus auparavant, surtout dans le genre thriller et policier.
La Famille Bellaventure
2.5 Une série pour jeunes (je dirais à partir de 10 ans environ) qui me laisse un peu perplexe. Je sais que je ne suis pas le public-cible des auteurs et j'essaie d'être indulgent lorsque cela s'adresse aux jeunes, mais je trouve qu'il y a des problèmes au niveau de la structure du scénario. J'accepte que le ton de la série soit un peu loufoque et que c'est clairement rempli d'éléments pour plaire aux jeunes qui voudraient bien s'évader de leur vie monotone. Ainsi, une ado voleuse va se retrouver à faire ami-ami avec une famille de riches bien particulière: les trois enfants de la famille Bellaventure ne vont jamais à l'école, ils peuvent faire toutes les conneries qu'ils veulent et subir aucune conséquence, leur père qu'ils connaissent pas est mort en leur laissant une carte avec tellement de points qu'ils peuvent voyager partout en première classe, il y a des animaux exotiques dans leur grosse baraque de riche....On dirait que Zidrou voulait tellement que les jeunes lecteurs trouvent que cette famille était géniale que ça devient un peu trop gros. La série est composée d'épisodes qui se suivent avec quelques mystères qui sont là pour retenir l'attention du lecteur et acheter la suite (les parents de la voleuse ne sont pas ses vrais parents, le père des gamins riches cache un secret, et il y a une mystérieuse organisation qui surveille la famille). Ce sont des énigmes pas trop mal, les personnages sont un peu attachants et l'humour fonctionne bien... Le problème est que j'ai souvent eu l'impression que l'intrigue faisait du surplace. C'est vraiment le cas avec le deuxième tome où on aurait pu raconter toute l'histoire avec la moitié des pages. Le premier tome est pas mal non plus à ce niveau vu qu'au final la plupart des actions des enfants n'ont servi à rien. Les intrigues m'ont semblé inutilement laborieuses. Bref, tout n'est pas à jeter dans cette série, mais pour l'instant je ne suis pas trop convaincu.
Police Antarctic
Troisième et dernière œuvre de Rubio parue en France. Encore un bon défouloir, sexe, robots policiers et violence gratuite au menu. Un dessin toujours au top. Cette bande ne vise clairement pas le prix Nobel mais fleure bon les années 80/90. On a comme dans L'Enfer Blanc une toute dernière page un peu faible, dommage. Rubio est un des auteurs argentins à connaître. On peut le ranger à côté d'Altuna ou de Trillo dans ses étagères sans rougir.
Columbusstraße
Je me retrouve hélas dans l’avis de grogro. Non pas que son avis soit mauvais – bien au contraire, je pourrais le contresigner (si ce n’est que je serais un chouia moins sévère pour la notation). C’est plutôt que, comme lui, j’ai été déçu par cette lecture. Comme si sur plusieurs centaines de pages s’étalait une mise en place, une présentation d’un décor familial, mais que jamais – en tout cas jamais suffisamment, autre chose ne prenait le relais. La petite histoire ne laisse sans doute pas assez de place à la grande. Alors, certes, c’est une sorte de saga familiale et pas un documentaire sur l’Allemagne en guerre. Mais, sans être misérabiliste, le récit aurait sans doute pu gagner en profondeur – et en intérêt me concernant – utilisant mieux le matériau historique. Reste que le dessin, simple et fluide, est plutôt agréable. Et, malgré mes critiques ou frustrations évoquées plus haut, c’est quand même très lisible, et apporte une vision peut-être très « ciblée », mais pas inintéressante, sur un pan de la société allemande des années noires du nazisme. Note réelle 2,5/5.