Bah je trouve ça pas si mauvais.
Avec les échos glanés de-ci de-là je m'attendais à une catastrophe, mais je dois bien avouer que l'album a su faire mouche chez moi. L'album n'est pas révolutionnaire ou mirobolant pour autant, je me pencherais d'ailleurs sur son gros défaut plus loin, mais il n'en est pas moins resté satisfaisant à mes yeux.
Je l'ai vu comme une sorte de "Le Grand Détournement - La Classe Américaine" qui aurait troqué les vieux films pour les vieux romans photos mais aurait gardé cette même rythmique absurde, ce même sentiment que toute la narration tient de bric et de broc, où tous les dialogues ne sont que des logorrhées absurdes à la fois étrangement précises et détaillées mais également volontairement "parlées". Peut-être justement que je suis mieux rentrée dans cet album car, étant friande d'œuvres du genre, j'ai immédiatement donné la rythmique et le ton nécessaire aux répliques lors de ma lecture pour que celles-ci fonctionnent pleinement, mais il n'empêche que j'ai tout de même trouvé certains chapitres bien marrants.
Ici, évidemment, tout n'est pas que parodie et détournement puisque l'album et son "scénario" (si tant est que cet ensemble de saynètes absurdes puisse être considéré comme un semblant de fil rouge) cherchent derrière le rire à nous parler de féminisme et d'injonctions patriarcales - choquant, je sais. On pointe du doigt tous les travers et mauvais comportements imposés/instruits/encouragés par notre société, le vocabulaire se montre très souvent pointilleux au milieu de tout ce phrasé absurdement "jeune", les références se font parfois bien précises, il y en a même deux/trois auxquelles je ne m'attendais vraiment pas (la mention des "neurchis" m'a particulièrement surprise et faite rire). Si la forme est drôle et le fond revendicateur (d'autant plus quand le sujet mis sur la table est cher à mon cœur), je dis oui.
Bon, comme dit plus haut, et comme vous pouvez vous en douter à la vue des autres notes, tout n'est pas rose non plus. L'album souffre majoritairement de son aspect trop répétitif, peu renouvelé. Même si certains chapitres m'ont parus vraiment marrant et que je suis restée bonne public tout du long, je ne vais pas mentir, beaucoup de petites histoires se répètent, tant dans la construction narrative que dans les propos et idées mises en avant. J'ai le sentiment sincère que l'album aurait mérité à être raccourci de deux ou trois histoires, afin de conserver la fraîcheur et le sentiment.
L'idée est sincèrement bonne, je ne regrette pas de remonter un tant soi peu la note de cet album, mais le tout tourne malheureusement un peu en rond à plusieurs reprises et je me dois d'être honnête sur cet état de fait.
L'album est surprenamment bon mais s’essouffle par moment et pourrait perdre malheureusement son lectorat.
Je le recommande tout de même volontiers aux lecteur-ice-s curieux-ses.
(Note réelle 2,5)
Je rejoins les autres avis sur ce one-shot.
J'ai bien aimé comment on présentait l'enfer et comment les démons étaient bien occupés depuis que Dieu a décidé plein de nouveaux péchés. Parmi les nombreux nouveaux arrivants, on retrouve un coach de vie éternellement optimiste et manipulateur qui va finir par profiter du bordel pour se sortir de sa situation. C'est cousu de fil blanc qu'il va finir au sommet, mais la lecture reste agréable notamment parce que j'ai bien aimé le côté satirique du récit. Le vrai problème est que ça se termine brutalement alors qu'on dirait que le récit commence vraiment. Je reste donc sur ma faim parce que j'aimerais bien voir si le coach de vie démagogue va finir par améliorer ou empirer la situation et aussi comment Dieu va réagir à ce changement de régime.
Bref, à moins que sorte une suite un jour, je vais rester sur ma faim et juste trouver que c'est un album correct sans plus.
Une lecture sympathique, sur un sujet et dans un espace qui a priori m’intéressent. C’est inspiré d’une histoire vraie, celle d’Olive Oatman, rescapée avec sa sœur du massacre de sa caravane par des Indiens Yavapais, qui vont les maltraiter un an avant qu’elles ne soient « rachetées » par des Mohaves, qui vont les adopter et très bien les traiter (la soeur d’Olive meurt de maladie durant ce séjour de plusieurs années). Il y avait eu un autre rescapé du massacre, le frère d’Olive, qui va remuer ciel et terre pour retrouver ses sœurs, et Olive va ensuite retrouver les « Blancs », stigmatisée (ses tatouages mohaves la « défigurent » aux yeux des Blancs) et gagnant un temps sa vie en racontant son expérience lors de conférences durant lesquelles son « imprésario » la pousse à dénaturer ses rapports amicaux et filiaux avec les Mohaves.
Le récit se laisse lire, et il y a forcément quelque chose de touchant dans l’expérience et la personnalité d’Olive, qui n’a finalement jamais vécu une vie « normale » - si ce n’est peut-être lorsqu’elle vivait avec les Mohaves.
Mais ce récit ne m’a pas vraiment marqué, et je suis resté un peu sur ma faim.
D’abord parce que le dessin de Dequest passait mieux sur Akki - Le Clan disparu avec lequel je l’avais découvert. Mais ici ça n’est pas mon truc.
Ensuite je trouve que Rodolphe aurait pu ajouter développer davantage la partie « indienne » de la vie d’Olive. Olive qui, au final, est en retrait de ce récit, comme si jusqu’au bout on parlait pour elle (sauf sur la fin les brèves retrouvailles avec son « père » adoptif Mohave - pour le coup un moment court, mais émouvant). On peine à s’attacher à Olive en fait.
Un album qui m'a surpris dans sa forme. Je m'attendais à une œuvre de fiction qui raconterait une tragédie syndicale oubliée (il faut dire que le nord de l'Ontario est une région surtout rurale, peu peuplée et loin du centre d'animation de cette province) et en fait c'est un documentaire.
On suit tout le long le scénariste, qui est aussi historien, discuter de l'affaire avec une autre historienne dans des petites cases apposées sur des dessins plus grands et c'est la source d'une bonne partie du texte de l'album. Je ne suis pas particulièrement fan du procédé, en particulier parce que l'aspect art séquentiel de cette BD est souvent minimal hormis quelques moments percutants où ne sont pas présents les historiens comme lorsqu'on voit un individu prendre son fusil pour tirer sur les grévistes. C'est vraiment le genre de BD documentaire où j'ai l'impression qu'on aurait pu faire un livre sans problème. Il faut dire aussi que le travail de Quesnel ressemble plus à de l'illustration et si j'aime bien les décors, j'aime un peu moins les personnages qui sont souvent trop figés. On dirait juste que quelqu'un a dessiné par-dessus des photos.
Sinon, cela reste quand même un album intéressant qui remet en lumière une affaire que tout le monde a oubliée. L'événement en lui-même est d'ailleurs banalement tragique pour n'importe qui qui connait un peu l'histoire des luttes ouvrières : compagnie toute puissante qui fait la loi, grévistes qui essaient d'améliorer leurs sorts, les autorités qui ne font rien et cela se termine dans le drame et la parodie de justice. Triste schéma qu'on a vu bien trop souvent !
Pendant leurs vacances dans un petit village de montagne, Léna et ses amis s'ennuient ferme jusqu'au jour où ils découvrent une mystérieuse pierre rose et d'improbables grenouilles parlantes organisées en société secrète, bien décidées à menacer le village.
Le point de départ de cette BD jeunesse, à savoir ces grenouilles parlantes et leur drôle de secte secrète, est forcément absurde, mais l'album assume pleinement son côté farfelu et en fait le moteur d'une aventure amusante. Il y a une énergie communicative, des situations volontairement improbables, un humour qui attire le sourire, et une bonne capacité à retrouver cette logique de l'enfance où l'extraordinaire surgit naturellement au coin d'un champ ou d'une rivière. L'ensemble m'a parfois rappelé certaines séries d'animation du début des années 2010 dans son ton, son sens du mouvement et sa manière de mélanger aventure, humour et bizarrerie.
L'album s'adresse un peu plus à de jeunes lecteurs qu'à des adultes et va parfois vite dans son déroulement, mais il conserve un bon sens du rythme et une envie constante d'emmener ses jeunes héros d'une idée farfelue à une autre.
La partie graphique est plutôt réjouissante. Le dessin a une bonne personnalité, avec des designs expressifs, des compositions lisibles et une palette de couleurs vive qui crée des ambiances variées selon les scènes. On sent aussi des influences multiples (animation, manga, BD jeunesse plus classique) sans que l'autrice espagnole donne l'impression de simplement reproduire quelque chose de déjà vu. Il y a au contraire une vraie identité visuelle qui se dégage de l'ensemble. Je suis en revanche plus mesuré sur les quelques scènes muettes qui ne sont pas toujours évidentes à comprendre immédiatement : heureusement, les dialogues qui suivent permettent de mieux saisir ce qui y était représenté.
C'est une aventure jeunesse imaginative et pleine d'énergie, qu'on lit avec le sourire et qui est portée par le graphisme très prometteur de Júlia Rubau Vigara, dont je pense qu'on reverra d'autres œuvres publiées en France à l'avenir.
Un trois étoiles sans plus, même si je pense que le lectorat principalement visé (adolescent ?) y trouvera sans doute davantage son compte que moi.
Le sujet – au sens large – de base est plutôt accrocheur, puisque l’intrigue tourne autour de l’acceptation de la différence, voire de la transidentité (même si ce dernier thème, que je croyais devoir être prépondérant, s’efface rapidement en fait) : le héros, Martino/Rebis, est rejeté car différent – mais en fait surtout car albinos.
L’intrigue se déroule dans un moyen-âge un peu irréel, en une époque où, certes, les différences étaient stigmatisées – ou instrumentalisées – par l’Eglise et autres superstitions. Mais on peut supposer que l’auteure se sert de cette histoire/époque pour mettre en avant une thématique qui redevient hélas de plus en plus d’actualité (voir les violences de plus en plus marquées contre l’homosexualité, et plus généralement contre la communauté queer dans de nombreux pays).
L’histoire se laisse lire, assez rapidement, mais elle m’a quelque peu laissé sur ma faim.
Le dessin est très lisible, pas désagréable, mais n’est pas forcément ma tasse de thé (et la colorisation informatique non plus).
Surtout, il y a un rythme parfois trop lent, des facilités, un univers presque aseptisé, qui rendent mal la rugosité de l’époque, et qui surtout édulcore trop la violence du rejet. Cela manque de rythme, et de saleté, d’âpreté. Cela rend l’histoire artificielle et lui ôte par là un peu de sa force. Je ne sait si cela vient du fait qu’on s’adresse à des ados, ou si l’auteure volait rester dans du Disney like un peu trop rose, mais l’intrigue et les personnages auraient pu gagner en profondeur en évitant trop de rondeur et de douceur.
Accessoirement, je ne suis pas sûr que le fait d’être une « sorcière » (comme celle qui recueille Martino, et qui semble incarner LA sorcière) fasse d’elle quelqu’un de plus tolérant que la moyenne. Être « déviant » (au sens où l’entend la société de l’époque) ne vous rend pas forcément défenseur de toutes les « déviances » (toujours au sens où l’entend la société de l’époque) : Viviana en est presque anachronique, en tout cas cela m’a surpris qu’elle aille à ce point contre certains interdits (homosexualité par exemple).
Le fantastique qui s’invite dans les trente dernières pages ne m’a pas non plus convaincu, comme le happy-end.
Mais bon, je ne suis sans doute pas le cœur de cible.
« Tout, mais pas Beyrouth ! », voilà le cri du cœur de la mère de Mathieu Diez, lorsqu’il lui annonce qu’il postulé pour un poste d’attaché culturel d’ambassade. Et, bien évidemment, c’est ce poste qu’il a décroché, en 2021.
Plusieurs thématiques sont abordées dans ce documentaire aux airs de carnet de voyage. D’abord la découverte d’un pays, que le relatif calme du début de son séjour permet à l’auteur de découvrir. Et le travail d’un attaché culturel, qui réussit à mettre sur pieds plusieurs salons/rencontres d’auteurs, un salon de BD et un autre plus littéraire.
Plusieurs rappels de l’histoire du Liban sont bien amenés. Ils permettent de mieux comprendre ce qui va progressivement se passer, dans une descente en enfers prévisible, pour qui suit l’actualité de la région. En effet, arrivé peu après le désastre de la méga explosion dans le port de Beyrouth, et alors que gabegies et corruption des élites dirigeantes hypothèque le relèvement du pays après la très longue guerre civile des années1970-1980, le dernier tiers du récit est occupé par les conflits dans lesquels le Liban va se trouver entrainé.
Les attaques israéliennes, contre les Hezbollah d’abord, mais rapidement contre les civils libanais de façon quasi indifférencié (bombardements, explosions de « bippers », etc.), tout ceci allant crescendo après l’attaque du Hezbollah contre Israël en octobre 2023.
L’activité culturelle est alors mise en suspens, les familles sont évacuées, et l’auteur lui aussi doit quitter le Liban, les bombes se rapprochant.
On ne peut qu’être inquiet pour les Libanais, car le récit s’arrête avant les bombardements israéliens de ces derniers mois (qui ont tué des milliers de personnes et détruit des quartiers entiers des grandes villes, et rasé de dizaines de villages). Le Liban qui semblait revivre sous les yeux de l’auteur semble reparti dans une spirale infernale, dans l’indifférence internationale, son territoire amputé et ses infrastructures détruites au mépris du droit international.
Le récit est vivant, un peu à la manière d’un Delisle. Pas trop autocentré, une narration dynamique et simple (comme le dessin de Jibé, qui use de plusieurs bichromies pour accompagner ce récit).
Une lecture intéressante.
Je ne connaissais pas l'existence de ce super-héros de l'univers DC Comics. Ce Resurrection Man a la faculté de résurrection (cela semblait évident, je sais) après chacune de ses morts, mais aussi d'acquérir un nouveau super-pouvoir à chaque renaissance. Super-pouvoir en relation avec la cause de sa mort, tandis qu'il perd celui obtenu précédemment. C'est un personnage qui a marqué Ram V lors de son adolescence et cette BD est un hommage. Et quoi de mieux que d'inviter un des créateurs du personnage, Jackson « Butch » Guice devait donc dessiner la première planche de chaque chapitre, ce qu'il fera pour les quatre premiers et en partie pour le cinquième, mais son décès a stoppé cette collaboration. C'est Mike Perkins qui reprend le flambeau pour le dernier chapitre et pour terminer le cinquième.
Ram V nous propose de découvrir les origines de ce super-héros au travers un récit non linéaire qui exploite les engrenages du temps et qui questionne sur la vie (pacte avec le temps). En effet, il meurt, il se réveille, il meurt de nouveau et se réveille encore, encore et encore...
L'histoire est brouillonne et pas toujours simple à suivre. De plus, je ne suis jamais entré complètement dans celle-ci malgré quelques passages touchants. Un personnage auquel je ne me suis pas attaché et qui m'a laissé de marbre. Une conclusion qui rappellera le point de départ d'un film de Stanley Kubrick.
Hormis la première planche de chaque chapitre, c'est Anand RK, dont j'avais apprécié le travail sur Blue in green, qui réalise tout le reste, des crayonnés à l'encrage. Le résultat est convaincant avec ce côté vaporeux, délicat et onirique.
J'aime toujours autant.
Je pense que ce comics est à réserver à ceux qui ont lu les quelques aventures précédentes du personnage.
Nous sommes donc au XIème siècle, dans une Angleterre qui vient de basculer sous le contrôle de Guillaume le Conquérant, après la bataille d'Hastings. Petite histoire dans la grande histoire, une jeune noble récemment veuve est sauvée par un ex-mercenaire danois sous le charme duquel elle tombe rapidement. Mais celui-ci devient à son tour amoureux d'une autre femme.
On a donc un récit de triangle amoureux avec un fond historique un peu complexe. J'avoue, j'ai dû un peu me renseigner pour remettre un peu les enjeux géopolitiques du moment et de la région. L'ensemble du récit rappelle fortement les drames shakespeariens, et pour cause, c'est là qu'il a puisé son inspiration ou carrément placé des histoires comme Macbeth. Si cette inspiration ou parenté n'est peut-être pas revendique par l'auteur, elle est réelle. Non-dits, trahisons, intrigue resserrée à cinq personnages, cela ressemble bel et bien à une tragédie en trois ou cinq actes. Et les personnages y montrent parfois un double visage, comme la cruauté d'Aelfhild, ou la vaillance au combat de Merwynn. Il y a des choses à creuser au niveau psychanalytique, je pense.
Si le dessin de Félix the Rover n'est pas encore mature, il progresse au long de l'album, comme le souligne justement en préface Mauricet, ami du jeune auteur. Si sa marge de progression est encore importante sur les personnages et les animaux, le côté un peu monolithique des bâtiments m'a semblé assez intéressant, comme la forme très particulière de la Motte, surnom de la forteresse commandée par Aelfhild.
Bref, si on n'est pas face à une BD d'une grande maîtrise, elle porte en elle des promesses pour l'avenir de la carrière de son auteur.
Avec « De bonne foi », Marguerite Boutrolle nous offre un huis clos au dessin stylisé et aux thématiques diverses. L’album se lit vite malgré sa forte pagination et s’il n’est pas dénué d’intérêt, il ne m’aura pas autant marqué qu’il l’aurait pu.
L’histoire se déroule en Bretagne à une époque où la peine de mort est toujours d’application même si remise en question. Un anarchiste accusé de meurtre trouve refuge dans une maison isolée occupée par une étudiante en droit revenue dans celle-ci pour réviser. Les deux personnages vont progressivement se dévoiler et on va ainsi découvrir qu’un même traumatisme les relie. Le récit nous interroge de la sorte sur le sens des responsabilités, sur la pertinence de la peine de mort, sur le poids de nos erreurs passées. C’est plutôt pas mal mais pas assez creusé à mon goût. On reste plus dans un récit d’ambiance, pas spécialement oppressant malgré la thématique mais plutôt hors du temps. J’ai eu l’impression d’être dans l’œil du cyclone, ce moment d’accalmie au cœur de la tempête pour deux personnages qui peuvent alors prendre le temps de réfléchir à leurs actes.
Le dessin est particulier, déformant volontiers les perspectives. Ce qui crée une ambiance quelque peu fantastique à un récit pourtant tout ce qu’il y a de plus réaliste. Les grandes illustrations ne sont pas rares et, couplées avec le peu de textes, contribue à rendre la lecture très rapide. La colorisation, avec une palette de couleurs volontairement très réduite, ne fait qu'accentuer la chose. J’émettrai tout de même un gros bémol à propos de la physionomie des personnages dont il est très difficile de déterminer l’âge. L’anarchiste, surtout semble bien plus âgé que ce qu’il devrait être, et cela pose problème lors de certains passages du récit.
A la lecture j'ai eu le sentiment que l'autrice prenait plaisir à dessiner 'sa' Bretagne, multipliant les clins d'œil vis-à-vis des lieux visités. Je n'ai rien contre cette pratique mais, dans le cas présent, l'effet a été contre-productif, cassant l'ambiance de thriller qu'elle cherche à instaurer par ailleurs.
Dans l’ensemble, c’est plutôt pas mal mais un peu léger à mon goût. Je crains d’avoir vite oublier cette histoire. Que cela ne vous empêche pas d’y jeter un œil car il y a du taf et de la qualité.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
La Fabrique du prince charmant
Bah je trouve ça pas si mauvais. Avec les échos glanés de-ci de-là je m'attendais à une catastrophe, mais je dois bien avouer que l'album a su faire mouche chez moi. L'album n'est pas révolutionnaire ou mirobolant pour autant, je me pencherais d'ailleurs sur son gros défaut plus loin, mais il n'en est pas moins resté satisfaisant à mes yeux. Je l'ai vu comme une sorte de "Le Grand Détournement - La Classe Américaine" qui aurait troqué les vieux films pour les vieux romans photos mais aurait gardé cette même rythmique absurde, ce même sentiment que toute la narration tient de bric et de broc, où tous les dialogues ne sont que des logorrhées absurdes à la fois étrangement précises et détaillées mais également volontairement "parlées". Peut-être justement que je suis mieux rentrée dans cet album car, étant friande d'œuvres du genre, j'ai immédiatement donné la rythmique et le ton nécessaire aux répliques lors de ma lecture pour que celles-ci fonctionnent pleinement, mais il n'empêche que j'ai tout de même trouvé certains chapitres bien marrants. Ici, évidemment, tout n'est pas que parodie et détournement puisque l'album et son "scénario" (si tant est que cet ensemble de saynètes absurdes puisse être considéré comme un semblant de fil rouge) cherchent derrière le rire à nous parler de féminisme et d'injonctions patriarcales - choquant, je sais. On pointe du doigt tous les travers et mauvais comportements imposés/instruits/encouragés par notre société, le vocabulaire se montre très souvent pointilleux au milieu de tout ce phrasé absurdement "jeune", les références se font parfois bien précises, il y en a même deux/trois auxquelles je ne m'attendais vraiment pas (la mention des "neurchis" m'a particulièrement surprise et faite rire). Si la forme est drôle et le fond revendicateur (d'autant plus quand le sujet mis sur la table est cher à mon cœur), je dis oui. Bon, comme dit plus haut, et comme vous pouvez vous en douter à la vue des autres notes, tout n'est pas rose non plus. L'album souffre majoritairement de son aspect trop répétitif, peu renouvelé. Même si certains chapitres m'ont parus vraiment marrant et que je suis restée bonne public tout du long, je ne vais pas mentir, beaucoup de petites histoires se répètent, tant dans la construction narrative que dans les propos et idées mises en avant. J'ai le sentiment sincère que l'album aurait mérité à être raccourci de deux ou trois histoires, afin de conserver la fraîcheur et le sentiment. L'idée est sincèrement bonne, je ne regrette pas de remonter un tant soi peu la note de cet album, mais le tout tourne malheureusement un peu en rond à plusieurs reprises et je me dois d'être honnête sur cet état de fait. L'album est surprenamment bon mais s’essouffle par moment et pourrait perdre malheureusement son lectorat. Je le recommande tout de même volontiers aux lecteur-ice-s curieux-ses. (Note réelle 2,5)
Bienvenue à Pandemonia
Je rejoins les autres avis sur ce one-shot. J'ai bien aimé comment on présentait l'enfer et comment les démons étaient bien occupés depuis que Dieu a décidé plein de nouveaux péchés. Parmi les nombreux nouveaux arrivants, on retrouve un coach de vie éternellement optimiste et manipulateur qui va finir par profiter du bordel pour se sortir de sa situation. C'est cousu de fil blanc qu'il va finir au sommet, mais la lecture reste agréable notamment parce que j'ai bien aimé le côté satirique du récit. Le vrai problème est que ça se termine brutalement alors qu'on dirait que le récit commence vraiment. Je reste donc sur ma faim parce que j'aimerais bien voir si le coach de vie démagogue va finir par améliorer ou empirer la situation et aussi comment Dieu va réagir à ce changement de régime. Bref, à moins que sorte une suite un jour, je vais rester sur ma faim et juste trouver que c'est un album correct sans plus.
Blue Tattoo
Une lecture sympathique, sur un sujet et dans un espace qui a priori m’intéressent. C’est inspiré d’une histoire vraie, celle d’Olive Oatman, rescapée avec sa sœur du massacre de sa caravane par des Indiens Yavapais, qui vont les maltraiter un an avant qu’elles ne soient « rachetées » par des Mohaves, qui vont les adopter et très bien les traiter (la soeur d’Olive meurt de maladie durant ce séjour de plusieurs années). Il y avait eu un autre rescapé du massacre, le frère d’Olive, qui va remuer ciel et terre pour retrouver ses sœurs, et Olive va ensuite retrouver les « Blancs », stigmatisée (ses tatouages mohaves la « défigurent » aux yeux des Blancs) et gagnant un temps sa vie en racontant son expérience lors de conférences durant lesquelles son « imprésario » la pousse à dénaturer ses rapports amicaux et filiaux avec les Mohaves. Le récit se laisse lire, et il y a forcément quelque chose de touchant dans l’expérience et la personnalité d’Olive, qui n’a finalement jamais vécu une vie « normale » - si ce n’est peut-être lorsqu’elle vivait avec les Mohaves. Mais ce récit ne m’a pas vraiment marqué, et je suis resté un peu sur ma faim. D’abord parce que le dessin de Dequest passait mieux sur Akki - Le Clan disparu avec lequel je l’avais découvert. Mais ici ça n’est pas mon truc. Ensuite je trouve que Rodolphe aurait pu ajouter développer davantage la partie « indienne » de la vie d’Olive. Olive qui, au final, est en retrait de ce récit, comme si jusqu’au bout on parlait pour elle (sauf sur la fin les brèves retrouvailles avec son « père » adoptif Mohave - pour le coup un moment court, mais émouvant). On peine à s’attacher à Olive en fait.
Du sang sur la neige - La tragédie de Reesor Siding
Un album qui m'a surpris dans sa forme. Je m'attendais à une œuvre de fiction qui raconterait une tragédie syndicale oubliée (il faut dire que le nord de l'Ontario est une région surtout rurale, peu peuplée et loin du centre d'animation de cette province) et en fait c'est un documentaire. On suit tout le long le scénariste, qui est aussi historien, discuter de l'affaire avec une autre historienne dans des petites cases apposées sur des dessins plus grands et c'est la source d'une bonne partie du texte de l'album. Je ne suis pas particulièrement fan du procédé, en particulier parce que l'aspect art séquentiel de cette BD est souvent minimal hormis quelques moments percutants où ne sont pas présents les historiens comme lorsqu'on voit un individu prendre son fusil pour tirer sur les grévistes. C'est vraiment le genre de BD documentaire où j'ai l'impression qu'on aurait pu faire un livre sans problème. Il faut dire aussi que le travail de Quesnel ressemble plus à de l'illustration et si j'aime bien les décors, j'aime un peu moins les personnages qui sont souvent trop figés. On dirait juste que quelqu'un a dessiné par-dessus des photos. Sinon, cela reste quand même un album intéressant qui remet en lumière une affaire que tout le monde a oubliée. L'événement en lui-même est d'ailleurs banalement tragique pour n'importe qui qui connait un peu l'histoire des luttes ouvrières : compagnie toute puissante qui fait la loi, grévistes qui essaient d'améliorer leurs sorts, les autorités qui ne font rien et cela se termine dans le drame et la parodie de justice. Triste schéma qu'on a vu bien trop souvent !
Le Complot des grenouilles
Pendant leurs vacances dans un petit village de montagne, Léna et ses amis s'ennuient ferme jusqu'au jour où ils découvrent une mystérieuse pierre rose et d'improbables grenouilles parlantes organisées en société secrète, bien décidées à menacer le village. Le point de départ de cette BD jeunesse, à savoir ces grenouilles parlantes et leur drôle de secte secrète, est forcément absurde, mais l'album assume pleinement son côté farfelu et en fait le moteur d'une aventure amusante. Il y a une énergie communicative, des situations volontairement improbables, un humour qui attire le sourire, et une bonne capacité à retrouver cette logique de l'enfance où l'extraordinaire surgit naturellement au coin d'un champ ou d'une rivière. L'ensemble m'a parfois rappelé certaines séries d'animation du début des années 2010 dans son ton, son sens du mouvement et sa manière de mélanger aventure, humour et bizarrerie. L'album s'adresse un peu plus à de jeunes lecteurs qu'à des adultes et va parfois vite dans son déroulement, mais il conserve un bon sens du rythme et une envie constante d'emmener ses jeunes héros d'une idée farfelue à une autre. La partie graphique est plutôt réjouissante. Le dessin a une bonne personnalité, avec des designs expressifs, des compositions lisibles et une palette de couleurs vive qui crée des ambiances variées selon les scènes. On sent aussi des influences multiples (animation, manga, BD jeunesse plus classique) sans que l'autrice espagnole donne l'impression de simplement reproduire quelque chose de déjà vu. Il y a au contraire une vraie identité visuelle qui se dégage de l'ensemble. Je suis en revanche plus mesuré sur les quelques scènes muettes qui ne sont pas toujours évidentes à comprendre immédiatement : heureusement, les dialogues qui suivent permettent de mieux saisir ce qui y était représenté. C'est une aventure jeunesse imaginative et pleine d'énergie, qu'on lit avec le sourire et qui est portée par le graphisme très prometteur de Júlia Rubau Vigara, dont je pense qu'on reverra d'autres œuvres publiées en France à l'avenir.
Rebis
Un trois étoiles sans plus, même si je pense que le lectorat principalement visé (adolescent ?) y trouvera sans doute davantage son compte que moi. Le sujet – au sens large – de base est plutôt accrocheur, puisque l’intrigue tourne autour de l’acceptation de la différence, voire de la transidentité (même si ce dernier thème, que je croyais devoir être prépondérant, s’efface rapidement en fait) : le héros, Martino/Rebis, est rejeté car différent – mais en fait surtout car albinos. L’intrigue se déroule dans un moyen-âge un peu irréel, en une époque où, certes, les différences étaient stigmatisées – ou instrumentalisées – par l’Eglise et autres superstitions. Mais on peut supposer que l’auteure se sert de cette histoire/époque pour mettre en avant une thématique qui redevient hélas de plus en plus d’actualité (voir les violences de plus en plus marquées contre l’homosexualité, et plus généralement contre la communauté queer dans de nombreux pays). L’histoire se laisse lire, assez rapidement, mais elle m’a quelque peu laissé sur ma faim. Le dessin est très lisible, pas désagréable, mais n’est pas forcément ma tasse de thé (et la colorisation informatique non plus). Surtout, il y a un rythme parfois trop lent, des facilités, un univers presque aseptisé, qui rendent mal la rugosité de l’époque, et qui surtout édulcore trop la violence du rejet. Cela manque de rythme, et de saleté, d’âpreté. Cela rend l’histoire artificielle et lui ôte par là un peu de sa force. Je ne sait si cela vient du fait qu’on s’adresse à des ados, ou si l’auteure volait rester dans du Disney like un peu trop rose, mais l’intrigue et les personnages auraient pu gagner en profondeur en évitant trop de rondeur et de douceur. Accessoirement, je ne suis pas sûr que le fait d’être une « sorcière » (comme celle qui recueille Martino, et qui semble incarner LA sorcière) fasse d’elle quelqu’un de plus tolérant que la moyenne. Être « déviant » (au sens où l’entend la société de l’époque) ne vous rend pas forcément défenseur de toutes les « déviances » (toujours au sens où l’entend la société de l’époque) : Viviana en est presque anachronique, en tout cas cela m’a surpris qu’elle aille à ce point contre certains interdits (homosexualité par exemple). Le fantastique qui s’invite dans les trente dernières pages ne m’a pas non plus convaincu, comme le happy-end. Mais bon, je ne suis sans doute pas le cœur de cible.
Tout mais pas Beyrouth
« Tout, mais pas Beyrouth ! », voilà le cri du cœur de la mère de Mathieu Diez, lorsqu’il lui annonce qu’il postulé pour un poste d’attaché culturel d’ambassade. Et, bien évidemment, c’est ce poste qu’il a décroché, en 2021. Plusieurs thématiques sont abordées dans ce documentaire aux airs de carnet de voyage. D’abord la découverte d’un pays, que le relatif calme du début de son séjour permet à l’auteur de découvrir. Et le travail d’un attaché culturel, qui réussit à mettre sur pieds plusieurs salons/rencontres d’auteurs, un salon de BD et un autre plus littéraire. Plusieurs rappels de l’histoire du Liban sont bien amenés. Ils permettent de mieux comprendre ce qui va progressivement se passer, dans une descente en enfers prévisible, pour qui suit l’actualité de la région. En effet, arrivé peu après le désastre de la méga explosion dans le port de Beyrouth, et alors que gabegies et corruption des élites dirigeantes hypothèque le relèvement du pays après la très longue guerre civile des années1970-1980, le dernier tiers du récit est occupé par les conflits dans lesquels le Liban va se trouver entrainé. Les attaques israéliennes, contre les Hezbollah d’abord, mais rapidement contre les civils libanais de façon quasi indifférencié (bombardements, explosions de « bippers », etc.), tout ceci allant crescendo après l’attaque du Hezbollah contre Israël en octobre 2023. L’activité culturelle est alors mise en suspens, les familles sont évacuées, et l’auteur lui aussi doit quitter le Liban, les bombes se rapprochant. On ne peut qu’être inquiet pour les Libanais, car le récit s’arrête avant les bombardements israéliens de ces derniers mois (qui ont tué des milliers de personnes et détruit des quartiers entiers des grandes villes, et rasé de dizaines de villages). Le Liban qui semblait revivre sous les yeux de l’auteur semble reparti dans une spirale infernale, dans l’indifférence internationale, son territoire amputé et ses infrastructures détruites au mépris du droit international. Le récit est vivant, un peu à la manière d’un Delisle. Pas trop autocentré, une narration dynamique et simple (comme le dessin de Jibé, qui use de plusieurs bichromies pour accompagner ce récit). Une lecture intéressante.
Resurrection Man
Je ne connaissais pas l'existence de ce super-héros de l'univers DC Comics. Ce Resurrection Man a la faculté de résurrection (cela semblait évident, je sais) après chacune de ses morts, mais aussi d'acquérir un nouveau super-pouvoir à chaque renaissance. Super-pouvoir en relation avec la cause de sa mort, tandis qu'il perd celui obtenu précédemment. C'est un personnage qui a marqué Ram V lors de son adolescence et cette BD est un hommage. Et quoi de mieux que d'inviter un des créateurs du personnage, Jackson « Butch » Guice devait donc dessiner la première planche de chaque chapitre, ce qu'il fera pour les quatre premiers et en partie pour le cinquième, mais son décès a stoppé cette collaboration. C'est Mike Perkins qui reprend le flambeau pour le dernier chapitre et pour terminer le cinquième. Ram V nous propose de découvrir les origines de ce super-héros au travers un récit non linéaire qui exploite les engrenages du temps et qui questionne sur la vie (pacte avec le temps). En effet, il meurt, il se réveille, il meurt de nouveau et se réveille encore, encore et encore... L'histoire est brouillonne et pas toujours simple à suivre. De plus, je ne suis jamais entré complètement dans celle-ci malgré quelques passages touchants. Un personnage auquel je ne me suis pas attaché et qui m'a laissé de marbre. Une conclusion qui rappellera le point de départ d'un film de Stanley Kubrick. Hormis la première planche de chaque chapitre, c'est Anand RK, dont j'avais apprécié le travail sur Blue in green, qui réalise tout le reste, des crayonnés à l'encrage. Le résultat est convaincant avec ce côté vaporeux, délicat et onirique. J'aime toujours autant. Je pense que ce comics est à réserver à ceux qui ont lu les quelques aventures précédentes du personnage.
Les Cendres du Nord
Nous sommes donc au XIème siècle, dans une Angleterre qui vient de basculer sous le contrôle de Guillaume le Conquérant, après la bataille d'Hastings. Petite histoire dans la grande histoire, une jeune noble récemment veuve est sauvée par un ex-mercenaire danois sous le charme duquel elle tombe rapidement. Mais celui-ci devient à son tour amoureux d'une autre femme. On a donc un récit de triangle amoureux avec un fond historique un peu complexe. J'avoue, j'ai dû un peu me renseigner pour remettre un peu les enjeux géopolitiques du moment et de la région. L'ensemble du récit rappelle fortement les drames shakespeariens, et pour cause, c'est là qu'il a puisé son inspiration ou carrément placé des histoires comme Macbeth. Si cette inspiration ou parenté n'est peut-être pas revendique par l'auteur, elle est réelle. Non-dits, trahisons, intrigue resserrée à cinq personnages, cela ressemble bel et bien à une tragédie en trois ou cinq actes. Et les personnages y montrent parfois un double visage, comme la cruauté d'Aelfhild, ou la vaillance au combat de Merwynn. Il y a des choses à creuser au niveau psychanalytique, je pense. Si le dessin de Félix the Rover n'est pas encore mature, il progresse au long de l'album, comme le souligne justement en préface Mauricet, ami du jeune auteur. Si sa marge de progression est encore importante sur les personnages et les animaux, le côté un peu monolithique des bâtiments m'a semblé assez intéressant, comme la forme très particulière de la Motte, surnom de la forteresse commandée par Aelfhild. Bref, si on n'est pas face à une BD d'une grande maîtrise, elle porte en elle des promesses pour l'avenir de la carrière de son auteur.
De bonne foi
Avec « De bonne foi », Marguerite Boutrolle nous offre un huis clos au dessin stylisé et aux thématiques diverses. L’album se lit vite malgré sa forte pagination et s’il n’est pas dénué d’intérêt, il ne m’aura pas autant marqué qu’il l’aurait pu. L’histoire se déroule en Bretagne à une époque où la peine de mort est toujours d’application même si remise en question. Un anarchiste accusé de meurtre trouve refuge dans une maison isolée occupée par une étudiante en droit revenue dans celle-ci pour réviser. Les deux personnages vont progressivement se dévoiler et on va ainsi découvrir qu’un même traumatisme les relie. Le récit nous interroge de la sorte sur le sens des responsabilités, sur la pertinence de la peine de mort, sur le poids de nos erreurs passées. C’est plutôt pas mal mais pas assez creusé à mon goût. On reste plus dans un récit d’ambiance, pas spécialement oppressant malgré la thématique mais plutôt hors du temps. J’ai eu l’impression d’être dans l’œil du cyclone, ce moment d’accalmie au cœur de la tempête pour deux personnages qui peuvent alors prendre le temps de réfléchir à leurs actes. Le dessin est particulier, déformant volontiers les perspectives. Ce qui crée une ambiance quelque peu fantastique à un récit pourtant tout ce qu’il y a de plus réaliste. Les grandes illustrations ne sont pas rares et, couplées avec le peu de textes, contribue à rendre la lecture très rapide. La colorisation, avec une palette de couleurs volontairement très réduite, ne fait qu'accentuer la chose. J’émettrai tout de même un gros bémol à propos de la physionomie des personnages dont il est très difficile de déterminer l’âge. L’anarchiste, surtout semble bien plus âgé que ce qu’il devrait être, et cela pose problème lors de certains passages du récit. A la lecture j'ai eu le sentiment que l'autrice prenait plaisir à dessiner 'sa' Bretagne, multipliant les clins d'œil vis-à-vis des lieux visités. Je n'ai rien contre cette pratique mais, dans le cas présent, l'effet a été contre-productif, cassant l'ambiance de thriller qu'elle cherche à instaurer par ailleurs. Dans l’ensemble, c’est plutôt pas mal mais un peu léger à mon goût. Je crains d’avoir vite oublier cette histoire. Que cela ne vous empêche pas d’y jeter un œil car il y a du taf et de la qualité.