Une colonie humaine isolée sur la face cachée de la Lune, en attente d'un contact perdu avec la Terre ravagée par la guerre.
J'ai trouvé dans Sélénie une BD de science-fiction à la fois charmante et visuellement très inspirée, qui fonctionne en grande partie par son ambiance et son univers. Les scènes sur Terre évoquent les paysages désertiques de Moebius, avec ce mélange de vide, de ruines et de poésie froide. À l'inverse, les scènes lunaires m'ont très vite rappelé l'esthétique de Horologiom du même Fabrice Lebeault, avec ce même goût pour les architectures étranges, les sociétés en vase clos et surtout ces personnages, créatures et objets qui semblent à la fois fonctionnels, absurdes et profondément organiques. Les véhicules en particulier sont toujours reconnaissables chez cet auteur, entre utilitarisme étrange et forme presque ridicule, comme s'ils étaient vivants ou bricolés dans une logique interne propre à ce monde.
J'aime beaucoup ce type de direction artistique : un univers un peu loufoque en apparence, mais qui repose en réalité sur une cohérence interne solide. On a l'impression d'être dans un monde fantaisiste, mais qui suit ses propres règles, ce qui le rend crédible et intrigant. En plus, celui-ci finit par trouver une vraie explication.
Quant à l'histoire, elle entretient bien son mystère, notamment autour de la Terre et de ce qui s'y est passé, et tout se construit autour de cette attente. Le twist final m'a d'ailleurs surpris, je ne l'avais pas vu venir, et il fonctionne plutôt bien dans son principe.
Mais malgré ces qualités, je ressors avec une forme de frustration. J'ai eu le sentiment que tout allait un peu vite, comme si cet univers méritait plus qu'un one-shot ou davantage de développement. Il manque de la place pour développer les personnages, leurs liens, ce qu'il s'est passé sur Terre et pour explorer davantage ce monde sélénite. J'ai eu l'impression d'un univers riche mais seulement survolé.
C'est une très belle BD sur le plan visuel et atmosphérique, inventive dans ses idées et ses références, mais qui m'a laissé un goût de trop peu, comme une histoire fascinante mais trop condensée pour tout ce qu'elle suggère et qui s'arrête brusquement suite à sa révélation finale.
Note : 3.5/5
Attiré par son titre provocateur, j'ai apprécié me plonger dans Je ne veux pas travailler de Nele Jongeling.
Depuis qu'elle a terminé ses études, Edith est en recherche d'emploi depuis 1 an. Elle décide de participer à un show TV intitulé « Job de Rêve », mettant en concurrence cinq candidats dans des épreuves censées évaluer leur motivation, apprendre à augmenter sa productivité ou bien développer ses capacités de communication. A la clef : une offre d'emploi correspondant au job de ses rêves. Oui mais il y a un problème, Edith n'a aucune idée de son job de rêve à elle.
Si cette BD a aussi bien fonctionné sur moi c'est que je crois que je me retrouve dans le constat d'Edith (pas de spoil c'est au début) : « C'est que je veux bien travailler… mais dès que je vois une offre d'emploi … j'ai honte de le dire mais la semaine de 40 heures, le travail en équipe, les responsabilités, tout ça me dépasse complètement ».
Je trouve que cette BD arrive à mettre en scène un problème actuel : L'accès à l'emploi devient de moins en moins garanti alors que travailler est indispensable pour exister socialement. Je suis toujours un peu gêné lorsqu'on me demande ce que je fais dans la vie, non pas que mon travail soit dévalorisant mais vraiment ça ne me représente pas.
Pour en revenir à l'ouvrage, la BD est un beau pavé de 300 pages mais se lit assez rapidement (environ 1h30). Au-delà du propos, j'ai trouvé les personnages très attachants et bien écrits. La parodie des discours managériaux prônant le bien être des employés (uniquement pour maximiser leur rentabilité) m'a beaucoup fait sourire.
La construction des planches est efficace (j'ai beaucoup aimé par exemple la multitude de petites cases sur une planche pour représenter le quotidien chargé d'une mère devant s'occuper de ses enfants et trouver un travail).
Je dois tout de même mettre un bémol sur le dessin et les couleurs qui peuvent rebuter.
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Sélénie
Une colonie humaine isolée sur la face cachée de la Lune, en attente d'un contact perdu avec la Terre ravagée par la guerre. J'ai trouvé dans Sélénie une BD de science-fiction à la fois charmante et visuellement très inspirée, qui fonctionne en grande partie par son ambiance et son univers. Les scènes sur Terre évoquent les paysages désertiques de Moebius, avec ce mélange de vide, de ruines et de poésie froide. À l'inverse, les scènes lunaires m'ont très vite rappelé l'esthétique de Horologiom du même Fabrice Lebeault, avec ce même goût pour les architectures étranges, les sociétés en vase clos et surtout ces personnages, créatures et objets qui semblent à la fois fonctionnels, absurdes et profondément organiques. Les véhicules en particulier sont toujours reconnaissables chez cet auteur, entre utilitarisme étrange et forme presque ridicule, comme s'ils étaient vivants ou bricolés dans une logique interne propre à ce monde. J'aime beaucoup ce type de direction artistique : un univers un peu loufoque en apparence, mais qui repose en réalité sur une cohérence interne solide. On a l'impression d'être dans un monde fantaisiste, mais qui suit ses propres règles, ce qui le rend crédible et intrigant. En plus, celui-ci finit par trouver une vraie explication. Quant à l'histoire, elle entretient bien son mystère, notamment autour de la Terre et de ce qui s'y est passé, et tout se construit autour de cette attente. Le twist final m'a d'ailleurs surpris, je ne l'avais pas vu venir, et il fonctionne plutôt bien dans son principe. Mais malgré ces qualités, je ressors avec une forme de frustration. J'ai eu le sentiment que tout allait un peu vite, comme si cet univers méritait plus qu'un one-shot ou davantage de développement. Il manque de la place pour développer les personnages, leurs liens, ce qu'il s'est passé sur Terre et pour explorer davantage ce monde sélénite. J'ai eu l'impression d'un univers riche mais seulement survolé. C'est une très belle BD sur le plan visuel et atmosphérique, inventive dans ses idées et ses références, mais qui m'a laissé un goût de trop peu, comme une histoire fascinante mais trop condensée pour tout ce qu'elle suggère et qui s'arrête brusquement suite à sa révélation finale. Note : 3.5/5
Je ne veux pas travailler
Attiré par son titre provocateur, j'ai apprécié me plonger dans Je ne veux pas travailler de Nele Jongeling. Depuis qu'elle a terminé ses études, Edith est en recherche d'emploi depuis 1 an. Elle décide de participer à un show TV intitulé « Job de Rêve », mettant en concurrence cinq candidats dans des épreuves censées évaluer leur motivation, apprendre à augmenter sa productivité ou bien développer ses capacités de communication. A la clef : une offre d'emploi correspondant au job de ses rêves. Oui mais il y a un problème, Edith n'a aucune idée de son job de rêve à elle. Si cette BD a aussi bien fonctionné sur moi c'est que je crois que je me retrouve dans le constat d'Edith (pas de spoil c'est au début) : « C'est que je veux bien travailler… mais dès que je vois une offre d'emploi … j'ai honte de le dire mais la semaine de 40 heures, le travail en équipe, les responsabilités, tout ça me dépasse complètement ». Je trouve que cette BD arrive à mettre en scène un problème actuel : L'accès à l'emploi devient de moins en moins garanti alors que travailler est indispensable pour exister socialement. Je suis toujours un peu gêné lorsqu'on me demande ce que je fais dans la vie, non pas que mon travail soit dévalorisant mais vraiment ça ne me représente pas. Pour en revenir à l'ouvrage, la BD est un beau pavé de 300 pages mais se lit assez rapidement (environ 1h30). Au-delà du propos, j'ai trouvé les personnages très attachants et bien écrits. La parodie des discours managériaux prônant le bien être des employés (uniquement pour maximiser leur rentabilité) m'a beaucoup fait sourire. La construction des planches est efficace (j'ai beaucoup aimé par exemple la multitude de petites cases sur une planche pour représenter le quotidien chargé d'une mère devant s'occuper de ses enfants et trouver un travail). Je dois tout de même mettre un bémol sur le dessin et les couleurs qui peuvent rebuter. Et vous, vous faites quoi dans la vie ?