Les derniers avis (3 avis)

Par Brodeck
Note: 4/5
Couverture de la série Les Carnets de Stamford Hawksmoor
Les Carnets de Stamford Hawksmoor

Une superbe lecture que ces " Carnets de Stamford Hawksmoor " (je n'ai jamais lu les Grandville, mais si c'est aussi abouti, ça donne furieusement envie ! ), c'est un récit dense mais prenant jusqu'au bout avec des personnages riches, variés et fouillés. Si certaines cases sont peut-être légèrement figées, le dessin n'en demeure pas moins excellent et restitue formidablement les bas-fonds de Londres, les quartiers huppés, les pubs ou encore les bocages du sud-est de l'Angleterre. L'auteur a incontestablement soigné son ouvrage, il m'a fallu trois, quatre pages pour me faire à l'écriture, mais après, j'étais dedans jusqu'à la fin. Tout est bien fait : le zoomorphisme, l'uchronie (l'action se situe la veille de l'indépendance d'une Angleterre occupée par les troupes napoléonniennes), les décors, les costumes... Bryan Talbot, qui émaille son récit de nombreuses références littéraires et historiques, ne laisse rien au hasard et a incontestablement le sens du détail jusqu'à, comme il le précise en annexe, représenter sur les étagères d'un magasin de véritables jouets de l'ère victorienne. L'inspecteur Stamford, malgré ses qualités d'analyse et de déduction dignes du célèbre détective à la casquette, aura fort à faire pour élucider plusieurs meurtres qui viennent s'ajouter à un contexte social déjà explosif. Il prendra des coups au sens propre comme au sens figuré, devra composer avec un fils, il faut le reconnaître, particulièrement horripilant, se retrouvera plus d'une fois en fâcheuse posture, mais poursuivra malgré tout sa mission, quitte à franchir certaines lignes rouges. L'intrigue, complexe et rythmée, est menée de main de maître par l'auteur et fait la part belle aux personnages secondaires. Probablement une de mes lectures préférées de ces derniers mois.

22/02/2026 (modifier)
Couverture de la série Dans la tête de Sherlock Holmes
Dans la tête de Sherlock Holmes

'Dans la tête de Sherlock Holmes' brille surtout, il faut l'avouer, par l'originalité de sa mise en page qui se retrouve jusque dans la première de couverture dont la tête de Sherlock Holmes est découpée, comme une fenêtre ouverte dans l'esprit du célèbre détective. Esthétiquement, tout est parfait, du vieillissement artificiel des pages avec des jaunissements et des taches d'encre, en passant par les cases dont les formes rappellent le sujet de l'intrigue, jusqu'au trait des personnages très original et collant parfaitement à l'esprit de la bande dessinée. Ici, comme indiqué au dos des ouvrages, tout est voué et dédié au déroulement et à la mécanique de l'enquête. Le parti-pris initial est ainsi d'immerger le lecteur dans la tête de Sherlock Holmes en le faisant pénétrer à l'intérieur de son mental et en déroulant avec lui le fil des indices et des déductions qui en découlent. Cet enchainement est d'ailleurs matérialisé par un fil rouge qui se déroule tout au long des pages des deux tomes composant chaque histoire. L'enquête est également agrémentée de quelques cartes très esthétiques situant les déplacements effectués par le détective et son partenaire, le docteur Watson. Ce duo est d'ailleurs assez comique avec un Sherlock rabrouant régulièrement Watson et se moquant de son manque de flair. De part l'idée de départ des auteurs, cette série qui, rappelons-le, ne fait que débuter (trois tomes parus à ce jour), possède toutefois le défaut de ses qualités à savoir un certain classicisme dans l'histoire traitée qui pourra manquer, selon certains, de dramaturgie ou de quelques retournements de situations. Mais cela n'a pas été préjudiciable concernant ma lecture. J'ai tout de même une petite préférence pour l'intrique du tome 3 dont l'univers écossais et le mystère du loch Leathan ajoutent à l'ambiance de la BD. En conclusion, je ne peux attribuer que la note maximale pour saluer l'originalité de la démarche et la qualité de la réalisation. Vivement les prochains tomes ! SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 8/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 10/10 NOTE GLOBALE : 18/20

11/02/2026 (modifier)
Couverture de la série Terre ou Lune
Terre ou Lune

J’ai littéralement craqué dès que j’ai vu cette première de couverture : elle m’a captivé, intrigué et donné immédiatement envie de plonger dans cette BD. Puis, lorsque j’ai découvert la bande-annonce, j’ai été encore plus séduit : elle reflète parfaitement l’atmosphère poétique et étrange de l’univers et m’a mis l’eau à la bouche. Dès les premières pages, j’ai été frappé par l’univers unique que Jade Khoo a créé. On suit Othello, un jeune garçon dont la vie bascule après un geste irréversible. Mais loin de se limiter à un simple drame familial, le récit prend rapidement une ampleur bien plus grande. Il mêle émotion, poésie et science-fiction contemplative, tout en s’ancrant profondément dans la nature et l’observation du vivant, notamment des oiseaux, omniprésents et essentiels au récit. Visuellement, l’album est une véritable splendeur. Jade Khoo livre près de 300 pages en couleurs directes, entièrement réalisées à la main, et cela se ressent à chaque planche. Son trait d’une grande délicatesse, souvent à l’aquarelle, magnifie aussi bien les paysages naturels que les mondes imaginaires de science-fiction. Forêts embrumées, champs baignés de lumière, ciels crépusculaires, oiseaux dessinés avec une précision et une tendresse évidentes : on sent dans chaque image une véritable déclaration d’amour à la nature. Les influences de Moebius, Zao Dao ou Hayao Miyazaki se devinent, mais sans jamais écraser l’identité propre de l’autrice. J’ai adoré ce mélange subtil entre sensibilité intime et enjeux plus larges. À travers la quête d’Othello, Jade Khoo aborde des thèmes profonds comme l’identité, l’aliénation, l’altérité, la transmission et le prix des utopies. Progressivement, par petites touches et sans jamais forcer le trait, l’histoire personnelle du héros laisse apparaître une réflexion plus vaste sur l’Humanité, ses erreurs passées et ses idéaux écologiques. Tout est amené avec une grande fluidité, sans lourdeur ni discours appuyé. On suit Othello pas à pas, on partage ses doutes, sa curiosité et son rapport presque fusionnel au monde naturel. Le récit est initiatique, contemplatif, parfois bouleversant, et toujours d’une grande justesse émotionnelle. Chaque symbole, chaque silence, chaque regard contribue à l’immersion. Cette histoire est prévue en deux parties (diptyque), et ce premier tome nous laisse dans une attente excitante tant l’univers est riche et mystérieux. On referme l’album à regret, avec encore de nombreuses questions en tête et une seule envie : découvrir la suite de ce voyage poétique et poignant. Je ne peux que confirmer ce qu’indique le bandeau de l’album et le commentaire de Mathieu Bablet : « L’album le plus important de 2026, Jade Khoo est déjà un grand nom de la BD ». C’est exactement ce que j’ai ressenti. Et au passage, c’est aussi une entrée remarquable pour la toute nouvelle maison d’édition Morgen, qui frappe très fort avec cette 2ème sortie. Avec son prix de lancement à 27,90 € avant de passer à 32,90 € après le 29 avril 2026, c’est clairement le moment idéal pour se procurer ce véritable coup de cœur.

04/02/2026 (modifier)