Connectez-vous pour cacher cette bannière publicitaire.

Les dernier avis (14 avis)

Par gruizzli
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Le Voyage en Italie
Le Voyage en Italie

Angoulême 2019, dans le gîte BDthèque on parle BD pour changer. Chacun parle des BD qui l'ont marqué. Et j'entends Mac Arthur déclarer : "Moi, c'est Le voyage en Italie de Cosey. Parce que tout du long tu te dis qu'il vont se retrouver, et puis non.". Je n'avais encore jamais lu de Cosey à ce moment-là, et Le voyage en Italie ne m'évoquait qu'une BD bien notée sur le site, et avec de très nombreux avis. Je me suis donc inscrit dans un coin de ma tête de la lire, un de ces quatre. Et la v3 arrivant, je refais ma liste de BD à lire et la note. Je me décide enfin à la prendre et à la lire, intrigué par la phrase qui trotte dans ma tête. Si je parle de toute cette histoire, c'est parce que je tiens à préciser deux choses : -Je comprends maintenant ce que voulais dire Mac Arthur lorsqu'il parlait de marquant, et pourquoi cette phrase là en particulier -Que je tiens à remercier Mac Arthur (et l'ensemble du site pour les bons conseils, mais ça c'est acquis depuis plus de dix ans maintenant) Cette BD m'a suffisamment marqué pour me hanter pendant toute une journée après la lecture. Elle m'a laissé un drôle de goût en bouche et une pensée continue au coin du cerveau. Je ne saurais d'ailleurs pas à quoi cela tient, mais elle m'a indéniablement plu. Il y a quelque chose de particulièrement important dans cette narration simple, sans rien dire mais laissant tout en sous-entendu. Les personnages déploient progressivement toutes leurs complexités, leurs pensées et leurs états d'âme. C'est par petites touches que l'on arrive à comprendre ce qu'ils sont, ce qu'ils ont vécu et ce qui les pousse dans ce voyage en Italie. Et rien que cette façon de procéder, toute en finesse et en retenue, m'a beaucoup plu. Cosey livre avec une certaine pudeur la vie de ses protagonistes, mais sans réellement la dissimuler non plus. C'est rempli de tendresse, mais la noirceur plane sur le passé de ces trois êtres, et le déroulé de l'histoire révèle en même temps qu'il résout. Le rythme volontairement lent accentue le caractère presque indolent de ce voyage, ce qui peut en ennuyer certains mais m'a beaucoup plu. Et les dialogues ont quelque chose de mordant, avec un caractère parfois proche de ces films français que beaucoup conchient mais qui me plaisent. C'est une BD qui est vraiment penchée sur les relations des personnages avant tout, et j'aime ça. Le dessin de Cosey, que je découvre, est de bonne facture, même si ce n'est clairement pas ma came. Il a quelque chose qui me rappelle les dessins de Derib, dont je n'ai jamais été un grand fan non plus. Mais il est maîtrisé et je reconnais son potentiel, je n'en suis juste pas fan. C'est une question de goût personnel. En peu de mots, je suis tombé sous le charme de cette BD. Elle a quelque chose qui la traverse et qui m'a accroché. J'aime ce genre d’œuvre, qui prend le temps de se concentrer sur les personnages et les relations entre eux. Et quelque chose me prend à chaque relecture en voyant cette fin se dessiner. Elle est magnifique, sans mot et sans qu'il n'y en ait besoin. Avec quelques détails dans les dernières pages pour une conclusion en point d'orgue qui va parfaitement dans le ton du reste du récit. Selon moi, une belle réussite !

15/01/2020 (modifier)
Par Josq
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Watchmen
Watchmen

Face à l'ampleur du monument, je n'ai pas pu me résoudre à rédiger un avis traditionnel, qui n'aurait répété que de manière maladroite ce qui a déjà été dit avant. Avec le texte un peu particulier ci-dessous, j'ai voulu rendre hommage à ma manière aux immenses artistes qui sont derrière ce chef-d'oeuvre, de façon un peu différente de d'habitude. J'espère que ça vous plaira quand même... :) J’ai vu… J’ai vu des faucons tomber des nuées célestes. J’ai vu des étoiles se décrocher de la voûte infinie qui les portait. J’ai vu la gloire fanée d’hommes qui se croyaient immarcescibles. J’ai vu la gloire immarcescible d’hommes qui se savaient fanés. J’ai vu des hommes sans lois, des hommes sans Dieu, des hommes vides. Un monde vide. Rempli d’atomes, mais vide. Rempli de feu, de haine, de désespérance. Rempli de néant. Et au milieu du chaos, j’ai vu des hommes se lever. Des hommes, des femmes, qui croyaient. Ils croyaient en la justice. Ils croyaient en l’humanité. Ils voulaient la défendre. Ils voulaient la garder. J’ai vu les Gardiens. J’ai vu le Comédien. Violent, cynique, inhumain. Mais rattrapé par son humanité. « Je préfère avoir des remords que des regrets » disait Lord Henry dans Le Portrait de Dorian Gray. Pour le Comédien, c’est faux. Les remords le rongent, le dévorent de l’intérieur. Les remords vont l’assassiner. Les remords étouffent sa dernière lueur de rédemption. J’ai vu le tout-puissant Docteur Manhattan. Plus qu’un homme, moins qu’un dieu. Un titan capable de transformer le monde. Un surhomme capable de lire le temps. Un homme incapable de le modifier… La logique pure. Un petit conglomérat d’atomes errant dans un vaste conglomérat d’atomes. Plus d’émotions, plus d’humanité. Existe-t-il encore une âme au fond de ce puits de connaissance infini dénué de sentiments ? J’ai vu la douce Laurie au nom imprononçable, et sa mère, l’irrésistible Sally. Deux îlots de douceur dans ce monde de brutes. Deux femmes, si faibles et si fortes. L’intégrité au milieu de la corruption. Les colombes au milieu des crapauds. Et la bave leur coule dessus sans jamais les atteindre… Elles doutent, mais elles savent. Elles savent qui elles sont. Elles savent qui sont les Minutemen, qui sont les Watchmen. Imparfaits, mais nécessaires. Et elles se battent. J’ai vu le Hibou. Deux hommes, une seule identité. Le combattant, le combattif Hollis Mason. Piètre enquêteur, héros courageux, sincère et loyal. Et son successeur, l’inventif Dan Dreiberg. Fin, cultivé, et fragile. Porté par l’amour de Laurie, tiraillé par la menace du Docteur, cherchant sa place dans un monde auquel il n’appartient plus, dans un monde qui ne veut plus de lui. Fidèle à ses amitiés d’antan. J’ai vu Rorschach. J’ai vu Walter Joseph Kovacs. Un homme, deux identités. Laconique. Enquêteur doué. Homme brisé. Ne dit que le nécessaire. N’hésite pas à torturer. La recherche de justice permet tout. Il ira jusqu’au bout. Pour elle. Un monde sans justice n’est plus un monde. C’est un bourbier. Où se débattent des crapauds pustuleux. Tant que le crime existe, Rorschach sera là. Pas de compromission avec le mal. Le dernier crime sur Terre sera son assassinat. Et pourtant, sa voix s’apprête à résonner d’outre-tombe. Il était la vérité masquée. Mais personne ne masque la vérité indéfiniment. J’ai vu le grand, le somptueux, le magnifique Ozymandias. L’homme le plus intelligent du monde. Mais cette intelligence servira-t-elle à sauver l’humanité ? Oui. Non. Peut-être… Qui peut le dire ? C’est la question terrible qu’il nous pose, qui nous pèse sur les épaules après le grand final. Dilemme cornélien, hésitation tragique, eschylienne. Il connaît ses classiques. Moore aussi. Nous aussi. J’ai vu ces héraults de la Justice. J’ai vu ces héros désabusés. Comment faire régner la Justice dans un monde qui n’en veut plus ? J’ai lu une immense œuvre littéraire, d’une puissance inégalée, car inégalable. J’ai vu des dessins d’une qualité graphique phénoménale. J’ai vu un grand auteur à l’œuvre. Ses mots se croisaient, s’entremêlaient, formaient des lignes mouvantes, qui dessinaient en une danse intense et formidable le portrait d’un auteur exceptionnel, d’un artiste. Homme haïssable (selon moi), conteur admirable, Alan Moore a atteint un rare niveau de perfection. Il sait donner à chaque mot sa puissance, il sait narrer chaque péripétie avec un art consommé. J’ai vu les traits d’un artiste génial surgir du trait d’un simple crayon. L’immense Dave Gibbons, qui, en disparaissant totalement derrière ses personnages, se montre lui-même. Oui, le but de l’art est de cacher l’artiste. Mais pour qui sait regarder, il est impossible de ne pas voir. De ne pas voir l’homme qui, inlassablement, a dessiné avec une précision inconcevable ces centaines de planches qui nous émerveillent… J’ai vu… Et j’ai été vaincu. J’ai été vaincu par le génie sans failles de Moore et de Gibbons. Ce génie de la mise en scène et de la narration. Comment ne pas se laisser vaincre par la magnificence de ces cases, de ces cadrages millimétrés, de ces pages réfléchies qui, toutes, ont quelque chose à nous dire ? Comment ne pas être ébloui par un tel sommet d’intelligence et de créativité ? J’ai vu tant de choses que nous, humains, ne pourrions imaginer… Toutes ces choses que Moore et Gibbons ont imaginé pour nous, et nous ont donné à voir. J’ai vu la condition humaine, dans toute son horreur. J’ai vu le feu et le sang. J’ai vu l’Homme. L’Homme sans Dieu. L’Homme-Dieu. L’Homme-Diable… Non, il n’est rien en l’Homme qui soit grand par lui-même. La grandeur humaine mène au néant. S’il n’a foi qu’en lui, l’Homme n’est qu’un puissant destructeur. Grande et terrible leçon que deux artistes hors du commun ont mis en images pour nous. J’ai vu la loi à l’œuvre. Loi des hommes, pour les hommes, par les hommes. L’arbitraire sculpté dans le marbre. L’injustice érigée en justice. Mais là-bas, loin, « deux immenses jambes de pierre dépourvues de buste se dressent dans le désert. Près d’elles, sur le sable, gît un visage brisé. […] A côté, rien ne demeure. Autour des ruines de cette colossale épave, infinis et nus, les sables monotones et solitaires s’étendent au loin. » Ainsi de la loi des hommes. Tout est périssable, sur cette pauvre Terre. Rien n’est éternel. Rien de terrestre. Rien d’humain. J’ai vu. J’ai vu les Gardiens à l’œuvre. J’ai vu le chaos à l’œuvre. J’ai vu des fourmis bâtir des cathédrales. J’ai vu des éléphants les écraser. J’ai vu des Gardiens lutter contre le chaos. J’ai vu des Gardiens lutter pour le chaos. Qui garde les Gardiens ? Qui les garde d’eux-mêmes ? Oui, désormais, qui garde les Gardiens ? Qui les garde en vie ? Pour maintenant, et pour toujours ? Qui, si ce n’est nous ?

06/01/2020 (modifier)
Par Jetjet
Note: 5/5
Couverture de la série Stum
Stum

Imaginons une société légèrement différente où toute forme humanoïde, insectoïde ou tout simplement animale aurait sa raison de vivre et d'exister. L'ironie serait que cette société plurale serait complètement déshumanisée. C'est un peu ce que Yann Taillefer a voulu expliquer dans son fantastique Stum qui emprunte autant aux classiques "Blade Runner" ou "Soleil Vert" qu'aux univers de Disney maltraités par Winshluss ou Cizo qui signe l'étonnante couverture de ce petit bijou. En cela d'ailleurs, Stum pourrait s'apparenter à une suite fantasmée de Pinocchio (Winshluss) mais mettons de suite au placard les références avancées car Stum est unique et devrait rapidement devenir culte dans le monde trop méconnu des pépites indépendantes. Ce recueil fait constamment s'entrechoquer des êtres disgracieux dans un même univers perverti par le profit et le stupre. La bureaucratie est bien mise à mal : si vous êtes fiché vous serez mis au ban de la société et recyclé de la plus absurde des manières. Taillefer taille justement dans l'absurdité de la société actuelle pour en dresser un tableau connu et symbolique mais terriblement actuel : l'exploitation des individus pour autrui. S'il n'y a effectivement rien d'original dans cette métaphore, c'est ici le traitement utilisé qui l'est complètement. Le dessin est unique et semble animé sous la multitude de détails offerts pour la rétine. Synthèse d'autant plus originale que toute l'histoire est entièrement muette mais constamment compréhensible par un découpage pertinent et une narration virevoltante multipliant les différents points de vue. Et ce ne serait rien sans le coup de maître de Taillefer qui utilise uniquement le stylo à bille rouge ou noir pour griffonner, noircir, quadriller ses petits cartoons. On retrouve l'esprit des courts-métrages d'animation Looney Tunes ou Silly Symphonies avec une touche non dissimulée de scènes trash jamais gratuites. Le travail final est simplement un régal de tous les instants pour les yeux, on rit, on sourit, on pleure aussi et on fait preuve d'empathie face à cette vivisection des opinions mais également à de jolies scènes poétiques. Mais finalement le plus réussi est de ne jamais perdre le lecteur en cours de route par une narration éclatée mais d'une fluidité sans égal. Stum est un pur régal.

30/12/2019 (modifier)
Par Josq
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Detection Club
Le Detection Club

Excellente surprise ! Je ne connaissais pas du tout Jean Harambat (j'avais renoncé à lire Opération Copperhead à cause du dessin, peu engageant : oui, j'avoue, il m'en faut parfois peu), mais mes parents, connaissant mon amour inconditionnel de Chesterton, des auteurs du Detection Club (le vrai) et du roman policier en général, m'ont offert cette BD récemment sortie, et ils ont vu juste. Le seul véritable reproche que j'ai à faire est au niveau du dessin : un peu plus de rigueur ne nuirait pas. Sans être insupportable, je trouve que le trait est trop grossier pour être vraiment efficace, et il aurait mérité un aspect caricatural plus maîtrisé ou bien un réalisme plus poussé. Ici, c'est brouillon sans dégager un vrai style, je trouve (mais ça n'engage que moi). Pour le reste, c'est merveilleux ! Les personnages sont très fidèles à leur modèle initial (pour ce que j'en connais), et c'est un vrai plaisir de voir Chesterton, Agatha Christie ou John Dickson Carr, cette fois non plus en tant que créateur, mais en tant que personnages. Les échanges entre Chesterton et son amie Agatha sont délicieux, tant on y retrouve les caractères de l'un et de l'autre, et les dialogues sont écrits avec une intelligence bien rare. Du côté scénario, on est dans le rocambolesque pur, mais c'est voulu et assumé. En fait, on est très proche d'une parodie type Un Cadavre au dessert (formidable comédie policière dotée d'un hallucinant casting) : ce qui compte, ce sont les péripéties en elles-mêmes, et non le scénario dans sa globalité. La résolution de l'affaire est donc dans l'outrance la plus complète, mais en réalité, c'est bien dans le ton de l'ensemble et finalement, très rigolo. Harambat s'y entend à merveille pour reprendre les codes du genre et les distordre dans tous les sens. A mon sens, étant donné qu'il ouvre sa BD par les 10 commandements de la bonne intrigue policière, tels qu'édictés par l'authentique Detection Club, il aurait pu essayer de s'y plier au lieu de les trahir (volontairement) un à un, mais c'est un choix qu'il fait et que je respecte. Je trouve que cela aurait rendu l'exercice plus intéressant, mais aussi mille fois plus contraignant. Pas forcément facile pour quelqu'un qui n'a pas nécessairement la vocation d'auteur policier. Bref, si c'est à réserver aux amateurs de whodunit et aux connaisseurs de littérature policière anglaise, ces derniers se délecteront face à cette fantaisie littéraire très bien écrite. A mon avis, Harambat gagnerait seulement à s'allier avec un bon dessinateur, et ce serait parfait !

25/12/2019 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5
Couverture de la série Dédales (Burns)
Dédales (Burns)

Cinq ans après sa brillante trilogie « intoxicante », Charles Burns revient avec cette nouvelle série, où comme à son habitude, l’aventure va se jouer dans les tréfonds les plus obscurs de l’âme humaine. Et comme à son habitude, l’auteur de Black Hole fera naître plus de questions qu’il n’apportera de réponses au grand mystère de la vie. De manière peu surprenante, « Dédales », avec sa mystérieuse couverture qui nous tourne le dos, raconte une histoire entre rêve et réalité, où le surréalisme des situations s’entrechoque avec le réalisme du trait. Encore une fois, Burns dépeint le quotidien ordinaire d’adolescents ordinaires où l’onirisme, faisant irruption sans crier gare, produit une atmosphère étrange et inquiétante. Le personnage principal, Brian, un garçon timide et solitaire, semble se complaire dans un univers fictif. Mal à l’aise face aux avances de sa copine Laurie, mal à l’aise dans les fêtes organisées par ses amis, le jeune homme préfère se réfugier dans ses propres obsessions, à travers sa passion du cinéma de science-fiction et du dessin (le double de l’auteur ?). C’est d’ailleurs un film, « Invasion of the Body Snatchers » (« L’Invasion des profanateurs de sépulture », de Don Siegel), où il est question d’entités extraterrestres infiltrant le corps des humains, qui va servir de fil rouge au récit et inspirer Brian dans son art. Bien au-delà d’un quotidien trivial, ses obsessions de « weirdo » nous questionnent sur nos origines, avec cette image forte qui imprègne l’histoire, issue des dessins du jeune homme : une sorte de cerveau (celui de Burns ?) muni de tentacules et se déplaçant doucement dans les airs telle une montgolfière… N’imaginez pas Charles Burns va vous donner les explications pour une lecture accessible du récit, ce serait mal le connaître ! Américain sur la forme mais européen sur le fond, l’auteur se contente de distiller au fil des pages de rares indices, qui ne font qu’amener de nouvelles interrogations. Un cauchemar horripilant pour le lecteur avide de réponses prémâchées… et pour les autres, forcément subjugués, non seulement par l’histoire mais par ce trait toujours aussi envoûtant et ces magnifiques ombres et lumières, si caractéristiques, un seul désir : s’enfoncer plus profondément dans ces « Dédales ». Vivement la suite…

16/12/2019 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Esprit du vent
Esprit du vent

Une série que je n'aurais sans doute jamais découverte sans ce merveilleux site. Je précise que je n'ai lu que les albums parus chez Mosquito et d'ailleurs je n'ai pas trop apprécié comment cet éditeur a traité cette série. En effet, elle ne s'est concentrée que sur les épisodes dessinés par le même dessinateur et non tous les épisodes de la série. J'aurais préféré que l'on publie la série du début jusqu'à la fin (ou du moins aussi loin que l'éditeur pouvait se le permettre) parce que j'aime bien voir l'évolution d'une série, mais aussi parce que les épisodes sont plus ou moins indépendants. On peut prendre un tome par hasard et le scénario n'est pas confus, mais on fait souvent référence à des aventures qui ont déjà eu lieu et c'est frustrant de voir des rappels pour des épisodes qui n'ont pas été traduits. Le pire est le traitement du personnage de Hogan, présenté comme l'ennemi juré du héros sauf que comme il est déjà apparu lorsqu'il fait sa première apparition dans les albums traduits par Mosquito, c'est pas trop clair pourquoi les deux sont ennemis. Enfin, la fin du tome 8 donne une piste sur les vraies motivations de Hogan et c'est frustrant parce que je ne verrais probablement jamais comment évolue la relation entre les ennemis jurés. Bon, même je vais expliquer pourquoi j'ai autant aimé cette série. C'est du western classique qui reprend les codes du genre, mais il les utilise habilement. Plusieurs fois, je pensais que j'avais deviné ce qui allait se passer et le scénariste m'a surpris. Certains personnages sont plus complexes qu'ils n'y paraissent à première vue. Les scénarios sont prenants et mélangent habilement psychologie, aventure, western et fantastique. Ce dernier élément varie au fil des histoires : parfois le fantastique ne fait qu'une timide apparition et d'autres fois c'est le point central du récit, notamment lorsque Esprit du Vent doit affronter des monstres fantastiques. Les histoires sont solides et seul le tome 5 m'aura un peu déçu. Le dessin est du très beau noir et blanc comme savent le faire les dessinateurs italiens. Bref, un exemple de BD populaire italienne (celle où il y a un nouvel épisode de pratiquement 100 pages qui sort chaque mois) réussi et intelligent. Un must pour les amateurs de western.

10/12/2019 (modifier)
Par Ju
Note: 4/5
Couverture de la série Moi en double
Moi en double

J'ai trouvé cette bd autobiographique très intéressante. On suit le parcours de l'auteure et son rapport à son corps et à son poids. Navie est "obèse morbide", avec une IMC de 53 ; ce qui est beaucoup. Quand un médecin lui dit qu'elle porte en permanence sur elle une femme de poids moyen, cette deuxième ''Elle'' se matérialise, et devient l'ennemi. "Moi en double" n'est pas un récit qui se borne à raconter la perte de poids, la lutte pour maigrir. En fait, c'est presque secondaire. Le thème principal est de trouver le bonheur, se sentir bien, et en bonne santé. Navie se montre sans pudeur et étale ses peurs, ses angoisses, ses inquiétudes, tout ce qui peut passer par la tête d'une personne grosse (j'utilise volontairement ce mot car c'est celui qui est utilisé dans la bd). On sent que ce livre sonne un peu comme le point final d'une lutte de plusieurs années, l'acceptation totale pas seulement de son corps mais plus généralement de soi. Car perdre du poids ne règle pas tout, ce n'est pas le but final, l'achèvement. Ce n'est qu'un outil pour tendre vers le bonheur, qui ne peut se résumer à ça. Perdre du poids aide l'héroïne à aller mieux, mais ce n'est pas la baguette magique. C'est quelque chose à intégrer dans un ensemble plus vaste et plus complexe. C'est personnel et touchant, je trouve qu'on s'identifie très bien au personnage. Il n'y en a pas de trop, on ne tombe jamais dans le pathétique. Tous les sujets sont abordés, de l'obsession de la nourriture au sexe, et tous le sont de façon très simple et naturelle. Il y a également quelques touches d'humour qui allègent le sujet d'ensemble qui est tout de même un peu lourd (sans mauvais jeu de mots). Si j'ai autant apprécié cette œuvre, c'est aussi grâce au dessin. Le noir et blanc est parfaitement à propos, avec seulement le fameux double en rouge, comme pour souligner son importance et son caractère néfaste. Le trait en lui même est assez doux, rond, pas du tout anguleux. Ca donne quelque chose de tout à fait agréable. C'est le genre de dessin qui rend très bien les expressions des personnages, et c'est exactement ce qu'il fallait pour servir le scénario. Simple et efficace.

04/12/2019 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5
Couverture de la série Senso
Senso

On ne peut s’empêcher de penser à Come Prima à la lecture de ce nouvel opus d’Alfred, le premier point commun étant évidemment l’Italie. Mais là où le premier était un « road-novel », le second reste limité géographiquement à un seul lieu, le voyage ayant plus à voir avec l’onirisme... De même, l’auteur s’est une nouvelle fois occupé de la narration, ce qui lui avait très bien réussi en 2014 puisqu’il avait décroché le fauve d’or à Angoulême pour sa ballade italienne… La particularité de cette histoire est de débuter comme une comédie à l’italienne pour évoluer vers quelque chose de beaucoup plus intimiste, dans une sorte de contraste entre le jour et la nuit. Pour Germano, principal protagoniste, l’histoire commence dans une gare bruyante sous une chaleur étouffante pour se poursuivre dans ce palace un peu vétuste perdu dans la campagne et entouré d’un immense parc, où se déroule une fête de mariage, puis glisser peu à peu vers la sérénité nocturne, le moment où les masques tombent et les âmes se révèlent… Et quand ces âmes esseulées, celles de Germano et Elena, se rencontrent après s’être cherché tout un après-midi avec maladresse, et une certaine drôlerie – en grande partie à cause du côté lunaire et timide de Germano, qui par ailleurs s’est trompé d’une semaine sur la date ! -, le récit va bifurquer vers une dimension tout autre, celle d’un onirisme facilité par la tombée de la nuit et la présence même de ce parc magnifique et intemporel qui semble avancer « à mesure qu’on s’y promène ». Les deux amants d’un soir vont vivre une aventure extraordinaire et poétique, un voyage immobile entre rêve et réalité qui les arrachera pendant quelques heures — voire plus si affinités — à la pesanteur du quotidien et des angoisses existentielles… Et si l’histoire est belle, le dessin d’Alfred vient la magnifier dans ce qui ressemble à une déclaration d’amour à la vie et, dans une autre mesure, à l’Italie, seconde patrie de l’auteur par ses origines paternelles. Pour ce qui est des personnages, on retrouve sa patte habituelle, fluide et stylisée, tandis que les paysages, tout particulièrement ceux représentant le parc et l’hôtel, se laissent admirer comme de véritables tableaux, sur une page entière ou deux. La douce atmosphère méditerranéenne assaille le regard autant que l’esprit dans un festival de couleurs et de sensations. Quel émerveillement que de contempler ces cyprès dominant les ruines du parc sous la voûte étoilée ! « Senso » est donc une belle réussite, et son titre italien en synthétise parfaitement le contenu. Le mot « Senso » veut dire tout à la fois « sens » et « sensation », deux termes qui reflètent bien cette comédie existentielle, sans parler de sa sonorité très SENSuelle… Il est de ces moments magiques dont il serait dommage de se priver. Tel un oasis de douceur, une pause bienvenue dans la course contre la montre de nos vies modernes, le roman d'Alfred nous suggère qu’une autre voie possible…

26/11/2019 (modifier)
Couverture de la série Les Couloirs aériens
Les Couloirs aériens

10 ans après Lulu Femme Nue, qui traitait de la crise de la quarantaine au travers du destin d’une femme, Etienne Davodeau s’attaque avec ces Couloirs aériens à la crise… de la cinquantaine. Petite différence ici : il ne s’y attaque pas seul puisque cet album est l’œuvre de trois têtes pensantes (Etienne Davodeau, Joub et Christophe Hermenier), chacune ayant un double rôle (outre leurs rôles de scénaristes, Etienne Davodeau en est également le dessinateur, Joub le coloriste et Christophe Hermenier le photographe). Autre différence, de taille celle-ci : le personnage central est un homme. Et on sent de suite que le caractère autobiographique de ce récit est bien plus présent que sur Lulu femme nue. La préface nous révèle d’ailleurs quelques détails sur ce sujet et sur la genèse du projet. Et alors que la crise de la quarantaine s’apparentait à une fuite en avant, la crise de la cinquantaine telle que racontée par les trois acolytes se présente bien plus comme un regard tourné vers le passé et une perte de vision d’avenir… Wouhouuuu, rions ensemble ! Ça tombe bien, je vais justement avoir sous peu mes 50 balais et donc ce récit me parle énormément. Les interrogations, les états d’âme, le spleen du personnage central trouvent un réel écho dans mon propre vécu et mes questionnements actuels. Je me rends compte à cette occasion que si j’accroche aussi souvent aux œuvres de Davodeau, c’est très certainement en partie dû au fait que nous avons plus ou moins le même âge et que ses sujets de livres tombent donc souvent à point nommé dans mon parcours de vie. Soyons clairs : j’ai dévoré ce bouquin, y retrouvant l’humanité et le sens de la dérision dont sont coutumiers Etienne Davodeau mais aussi Joub. J’ai également beaucoup apprécié cette insertion de planches entières de photographies d’objets désuets du quotidien (le personnage central photographie tout ce qu’il trouve dans les caisses provenant de la maison de ses parents décédés). Il y a dans ces planches tout le poids du temps qui passe et tout le caractère dérisoire de l’existence. Cette accumulation d’objets hétéroclites… c’est à la fois dur, ironique, triste, drôle et touchant. En fait, ça résume assez bien l’ensemble du bouquin, dans lequel des passages amusants succèdent à des interrogations plus graves. J’ai beaucoup apprécié ce personnage central finalement assez complexe et j’ai trouvé qu’il y avait beaucoup de justesse dans cette analyse de caractère… mais sans que ça devienne lourd, la dérision n’est jamais loin pour venir alléger les passages qui auraient pu verser dans un pathos trop insistant. Cependant, si cet album m’a beaucoup parlé, je crains qu’il n’en aille pas de même avec d’autres lecteurs, moins concernés par ce passage de nos existences. Du coup, si je trouve ces Couloirs aériens excellents, je n’en conseillerais pas la lecture à n’importe qui. Mais si vous approchez du demi siècle, si les récits du quotidien vous attirent, si le fait qu’il n’y ait pas de véritable intrigue à un récit ne vous dérange pas… si vous êtes prêts à lire l’histoire banale d’un gars banal à un instant finalement banal de son existence (mais racontée avec un talent peu banal), et bien je vous invite à emprunter ces Couloirs aériens.

18/11/2019 (modifier)
Par Alix
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Rapport de Brodeck
Le Rapport de Brodeck

Adapter une œuvre d’un medium à un autre est souvent casse-gueule (combien de romans retranscrits en films ou séries télé déçoivent les fans ?). Les adaptations de romans en BD sont courantes (766 séries référencées sur le site au moment où j’écris ces lignes) mais l’exercice est difficile. Manu Larcenet réussit pour moi un sans-faute, et évite les pièges classiques (textes trop abondants et grosses coupures scénaristiques). Le dessin n’est pas « juste » magnifique, avec ce noir et blanc d’une précision remarquable, et ces scènes contemplatives d’une poésie rarement égalée. Non, ce qui est remarquable selon moi dans le dessin, c’est qu’il accomplit parfaitement son rôle dans l’adaptation : il capture le texte original, les descriptions, les émotions, et les retranscrit dans le medium de la BD : le dessin. Les regards et les silences en disent long, les paysages sont un personnage à part entière. Seuls les dialogues factuels ont été conservés, ce qui donne une narration légère et fluide. L’histoire de Philippe Claudel est sombre au possible, et parle de l’âme humaine, de la peur de l’autre, de la lâcheté face au danger… bref, vous voyez le tableau. Je suis ressorti de ma lecture bouleversé. « Le Rapport de Brodeck » est pour moi un diptyque parfait. Je me retrouve complètement incapable de justifier une note autre que 5/5… et je vois que je ne suis pas le seul.

11/11/2019 (modifier)