J’avais découvert Joff Winterhart sur son précédent album (« Courtes Distances »). Un récit qui m’avait marqué par son dessin sans concession, un humour très anglais et une sensibilité dans l’écriture qui m’avait démontré combien l’auteur aimait ses personnages bien plus grâce à leurs défauts qu’au travers de leurs qualités.
« Chère historienne » fait office de confirmation. L’auteur nous offre en effet et à nouveau un double portrait de personnages attachants réunis par la vie malgré une grande différence d’âge et des trajectoires sans similitudes. L’une est historienne et cache une vivacité d’esprit, un humour et sa grande humilité derrière une apparence austère. L’autre travaille pour une boite de production, vient de se faire larguer par son fiancé (en plein enterrement de vie de jeune fille), picole de trop et cherche sa place dans l’univers. Entre les deux va naitre une histoire d’amitié, une connexion profonde alors que la première est sollicitée par la seconde pour animer une série télévisée consacrée à l’Histoire.
Les deux personnages n’ont pas une grande opinion d’elles-mêmes mais elles font leur bonhomme de chemin, soucieuses de ne pas déplaire à leur entourage tout en restant fidèles à leur vision des choses. J’ai été très sensible à la douce ironie qui se dégage du récit. Margaret Crypt, l’historienne, pose sur son entourage un regard à la fois tendre et spirituel. J’ai beaucoup aimé ses « décrochages » lors des réunions, durant lesquels elle passe son temps à penser à autre chose ou à observer les autres intervenants. J’ai aimé ce regard sur la vie, la sienne, l’actuelle comme la vie passée, mais aussi celle des autres, sans jugement mais avec amusement. Le dessin de Joff Winterhart est en osmose avec le récit par sa tendance obsessive à aller chercher le petit détail grotesque, à le mettre en avant mais à ne pas le caricaturer. Il y a ainsi des enchainements de cases, des cadrages, des expressions de visage disséminés tout au long du récit qui restent gravés dans ma mémoire bien après ma lecture.
La technique employée par l’auteur pour dessiner ses planches offre un rendu assez proche du trait de « Courtes Distances » mais implique une part de hasard (le résultat final n’est visible qu’après réalisation de la planche ou ‘en trichant’, en soulevant une plaque en cours de réalisation pour voir ce que ça donne). Je trouve le procédé intéressant mais j’y vois aussi une certaine logique avec le récit : cette part de hasard qui influence le résultat final vient faire écho à la part de hasard qui oriente la vie des personnages (et, d’une manière plus générale, nos vies à tous).
Je regrette certes quelques longueurs mais, dans l’ensemble, je peux dire que j’ai vraiment bien aimé. Par contre, si vous n’avez pas accroché à « Courtes Distances », je ne vois pas pourquoi vous accrocheriez à cet album, qui offre exactement les mêmes qualités et défauts. Mais pour les autres (Alix, Blue Boy), je ne peux que conseiller ce nouvel opus, qui vient magnifiquement clore la trilogie Bon Jovi de l’auteur (c’est du moins ainsi qu’il l’appelle, démontrant par cette appellation le caractère décalé de son humour).
Dans ce roman graphique délicat, la question du deuil rejoint celle du temps qui passe et active les souvenirs d’un âge où les oripeaux de l’enfance se désagrègent lentement face aux problématiques des adultes.
Si le sujet a été abondement traité, c’est toujours son approche qui distinguera l'œuvre du tout-venant. A ce titre, « Un été loin des hommes » est une réussite. L’ouvrage respire l’authenticité dans cette évocation des vacances, à partir de la mort d’un proche, en l’occurrence la mère de Frédérique qui repense à cet été 1985 en Corse, où ses parents avaient été à deux doigts de se séparer. La pré-adolescente qu’elle était alors est en proie à des questionnements liés à cet âge, mais pas seulement, car on la sent en quête d’elle-même, étrangement attirée par les filles, mal à l’aise dans un monde où elle peine à se construire, un sentiment aggravé par les fissures qui se creusent entre son père et sa mère, et la menace d’un divorce imminent… Comme si des nuages noirs étaient venus assombrir le soleil corse pourtant réputé inaltérable…
Dans ce contexte peu serein, la vie continue pourtant à s’écouler comme si de rien n’était au milieu de ce décor de rêve qu’est l’île de beauté, où les apparences de l’insouciance parviennent à masquer, et peut-être alléger aussi les tourments intérieurs des êtres. Et c’est en parsemant leur récit d’anecdotes anodines que Fabienne Blanchut et Catherine Locandro parviennent à y injecter l’authenticité en question. Des anecdotes qui font résonner en chacun de nous les flashs marquants d’une jeunesse qui s’éloigne…
Tout cela, Thomas Campi va le mettre en images de façon magistrale, tant sur le plan du dessin que de la couleur. Sa palette variée aux tonalités chatoyantes vient enrober son trait délicat d’une aura enchanteresse, conférant à cette Corse des années 80 un côté idyllique, où le réalisme s’accorde parfaitement avec une nostalgie bien dosée. Les références visuelles nous immergent dans cette époque qui avait tout de même meilleure mine sous les cieux estivaux de l’île de beauté, parce que quand on y pense, la crise économique avait déjà commencé à produire ses effets néfastes.
Malgré la gravité du sujet, on ressort apaisé d’une lecture jamais plombante, comme si par une sorte de magie, l’environnement lumineux de l’histoire avait exercé son influence sur les êtres en évitant les drames potentiels. Voilà pourquoi « Un été loin des hommes », dans sa simplicité, constitue une lecture éblouissante qui imprime sur nos rétines une couleur splendide.
Locke & Key est l’une des séries les plus marquantes que j’ai lues ces dernières années. Joe Hill réussit à créer une histoire à la fois fantastique, mystérieuse et profondément sombre.
Le point de départ est déjà très fort : une famille qui s’installe dans une maison pleine de secrets, où se trouvent des clés aux pouvoirs étranges et parfois dangereux. Mais ce qui rend la série vraiment captivante, c’est la manière dont ces éléments fantastiques sont utilisés pour construire une histoire riche, pleine de mystère et de tension.
L’univers est extrêmement bien pensé. Chaque nouvelle clé apporte une idée originale et ouvre des possibilités inattendues, ce qui donne au récit une sensation constante de découverte.
Mais ce qui m’a le plus accroché, ce sont les personnages. On s’attache rapidement à cette famille et, au fil de la lecture, j’avais vraiment envie de savoir ce qui allait leur arriver et comment ils allaient affronter les dangers qui les entourent. Cette dimension émotionnelle rend l’histoire encore plus prenante.
Le dessin de Gabriel Rodríguez fonctionne parfaitement avec le récit : il est clair, lisible et très efficace pour installer une atmosphère parfois inquiétante.
Une série originale, intelligente et très addictive.
Merci à l’auteur pour m’avoir fait découvrir un jeune explorateur français d’après-guerre dont je n’avais jamais entendu parler, Raymond Maufrais.
Son désir était de découvrir les fameux monts « Tumuc-Humac » supposés situés à l’époque entre la Guyane, le Suriname et le Brésil.
Cette chaîne de montagnes s’avèrera en fait être imaginaire et n’est constituée que de quelques collines ne dépassant pas 600 mètres d’altitude.
J’ai vraiment apprécié cette bd, son histoire, ses tons pastel sépia, violets, verts, ocres, etc., la luxuriance de la jungle excellemment bien rendue, l’ambiance guyanaise de l’époque, le traitement bichromatique : un pour traiter l’aventure guyanaise et un autre pour traiter les réminiscences du passé résistant de Raymond Maufrais sous l’occupation allemande.
La façon dont notre jeune aventurier est interprété le rend très attachant par son côté naïf, sa candeur, ses idéaux, son désir d’aventure, son courage et son extrême détermination.
Le passage que j’ai préféré est le moment dans la jungle où il rencontre puis fait route avec trois jeunes piroguiers.
Il était de surcroît très bon écrivain et ce sont ses carnets de voyage retrouvés dans la jungle qui ont manifestement grandement inspiré d’autres aventuriers après lui.
Guillaume Bouzard part dans le désert espagnol pour raconter les coulisses du tournage de la future série Lucky Luke... Mais voilà, c'est Bouzard. Donc on croise bien l'équipe, les décors, quelques acteurs aperçus le temps d'une case, et même Rantanplan, mais le véritable centre du livre reste Bouzard lui-même et sa capacité à être perpétuellement à côté de la plaque.
Je suis un très bon client de son humour et, ici encore, il réussit à me faire franchement rire. Son sens de l'absurde, de l'autodérision et du décalage permanent fonctionne à plein régime : dialogues lunaires, situations inutiles mais savoureuses, gags franchement couillons (quand je dis que je suis bon client, j'ai éclaté de rire au nom de Ranplanplan), et détournement constant du principe même du reportage. Graphiquement, c'est du Bouzard pur jus : expressivité maximale, énergie du trait et mise en scène entièrement au service du comique. J'ai aussi beaucoup aimé les couleurs, réalisées par un trio de coloristes que je ne connaissais pas, qui parviennent à donner une belle chaleur aux décors espagnols : on se croirait au Far West.
Derrière ce faux journal qui n'en est pas vraiment un, je n'ai pas pu m'empêcher de ressentir un léger sentiment de vide, puisqu'on apprend finalement peu de choses sur le tournage lui-même et que Bouzard préfère tourner autour du sujet, digresser, s'égarer volontairement. Mais ce manque de matière réelle fait aussi partie du dispositif comique et, même si je reste avec cette petite impression de creux, cela ne m'a pas empêché de passer un très bon moment. Drôle, potache, très personnel : exactement ce que j'attendais de Bouzard et de son fidèle Rouplouplou.
Une superbe lecture que ces "Carnets de Stamford Hawksmoor" (je n'ai jamais lu les Grandville, mais si c'est aussi abouti, ça donne furieusement envie ! ), c'est un récit dense mais prenant jusqu'au bout avec des personnages riches, variés et fouillés. Si certaines cases sont peut-être légèrement figées, le dessin n'en demeure pas moins excellent et restitue formidablement les bas-fonds de Londres, les quartiers huppés, les pubs ou encore les bocages du sud-est de l'Angleterre.
L'auteur a incontestablement soigné son ouvrage, il m'a fallu trois, quatre pages pour me faire à l'écriture, mais après, j'étais dedans jusqu'à la fin. Tout est bien fait : le zoomorphisme, l'uchronie (l'action se situe la veille de l'indépendance d'une Angleterre occupée par les troupes napoléonniennes), les décors, les costumes... Bryan Talbot, qui émaille son récit de nombreuses références littéraires et historiques, ne laisse rien au hasard et a incontestablement le sens du détail jusqu'à, comme il le précise en annexe, représenter sur les étagères d'un magasin de véritables jouets de l'ère victorienne.
L'inspecteur Stamford, malgré ses qualités d'analyse et de déduction dignes du célèbre détective à la casquette, aura fort à faire pour élucider plusieurs meurtres qui viennent s'ajouter à un contexte social déjà explosif. Il prendra des coups au sens propre comme au sens figuré, devra composer avec un fils, il faut le reconnaître, particulièrement horripilant, se retrouvera plus d'une fois en fâcheuse posture, mais poursuivra malgré tout sa mission, quitte à franchir certaines lignes rouges.
L'intrigue, complexe et rythmée, est menée de main de maître par l'auteur et fait la part belle aux personnages secondaires.
Probablement une de mes lectures préférées de ces derniers mois.
'Dans la tête de Sherlock Holmes' brille surtout, il faut l'avouer, par l'originalité de sa mise en page qui se retrouve jusque dans la première de couverture dont la tête de Sherlock Holmes est découpée, comme une fenêtre ouverte dans l'esprit du célèbre détective. Esthétiquement, tout est parfait, du vieillissement artificiel des pages avec des jaunissements et des taches d'encre, en passant par les cases dont les formes rappellent le sujet de l'intrigue, jusqu'au trait des personnages très original et collant parfaitement à l'esprit de la bande dessinée.
Ici, comme indiqué au dos des ouvrages, tout est voué et dédié au déroulement et à la mécanique de l'enquête. Le parti-pris initial est ainsi d'immerger le lecteur dans la tête de Sherlock Holmes en le faisant pénétrer à l'intérieur de son mental et en déroulant avec lui le fil des indices et des déductions qui en découlent. Cet enchainement est d'ailleurs matérialisé par un fil rouge qui se déroule tout au long des pages des deux tomes composant chaque histoire. L'enquête est également agrémentée de quelques cartes très esthétiques situant les déplacements effectués par le détective et son partenaire, le docteur Watson. Ce duo est d'ailleurs assez comique avec un Sherlock rabrouant régulièrement Watson et se moquant de son manque de flair.
De part l'idée de départ des auteurs, cette série qui, rappelons-le, ne fait que débuter (trois tomes parus à ce jour), possède toutefois le défaut de ses qualités à savoir un certain classicisme dans l'histoire traitée qui pourra manquer, selon certains, de dramaturgie ou de quelques retournements de situations. Mais cela n'a pas été préjudiciable concernant ma lecture. J'ai tout de même une petite préférence pour l'intrique du tome 3 dont l'univers écossais et le mystère du loch Leathan ajoutent à l'ambiance de la BD.
En conclusion, je ne peux attribuer que la note maximale pour saluer l'originalité de la démarche et la qualité de la réalisation. Vivement les prochains tomes !
SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 8/10
GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 10/10
NOTE GLOBALE : 18/20
J’ai littéralement craqué dès que j’ai vu cette première de couverture : elle m’a captivé, intrigué et donné immédiatement envie de plonger dans cette BD. Puis, lorsque j’ai découvert la bande-annonce, j’ai été encore plus séduit : elle reflète parfaitement l’atmosphère poétique et étrange de l’univers et m’a mis l’eau à la bouche.
Dès les premières pages, j’ai été frappé par l’univers unique que Jade Khoo a créé. On suit Othello, un jeune garçon dont la vie bascule après un geste irréversible. Mais loin de se limiter à un simple drame familial, le récit prend rapidement une ampleur bien plus grande. Il mêle émotion, poésie et science-fiction contemplative, tout en s’ancrant profondément dans la nature et l’observation du vivant, notamment des oiseaux, omniprésents et essentiels au récit.
Visuellement, l’album est une véritable splendeur. Jade Khoo livre près de 300 pages en couleurs directes, entièrement réalisées à la main, et cela se ressent à chaque planche. Son trait d’une grande délicatesse, souvent à l’aquarelle, magnifie aussi bien les paysages naturels que les mondes imaginaires de science-fiction. Forêts embrumées, champs baignés de lumière, ciels crépusculaires, oiseaux dessinés avec une précision et une tendresse évidentes : on sent dans chaque image une véritable déclaration d’amour à la nature. Les influences de Moebius, Zao Dao ou Hayao Miyazaki se devinent, mais sans jamais écraser l’identité propre de l’autrice.
J’ai adoré ce mélange subtil entre sensibilité intime et enjeux plus larges. À travers la quête d’Othello, Jade Khoo aborde des thèmes profonds comme l’identité, l’aliénation, l’altérité, la transmission et le prix des utopies. Progressivement, par petites touches et sans jamais forcer le trait, l’histoire personnelle du héros laisse apparaître une réflexion plus vaste sur l’Humanité, ses erreurs passées et ses idéaux écologiques. Tout est amené avec une grande fluidité, sans lourdeur ni discours appuyé.
On suit Othello pas à pas, on partage ses doutes, sa curiosité et son rapport presque fusionnel au monde naturel. Le récit est initiatique, contemplatif, parfois bouleversant, et toujours d’une grande justesse émotionnelle. Chaque symbole, chaque silence, chaque regard contribue à l’immersion.
Cette histoire est prévue en deux parties (diptyque), et ce premier tome nous laisse dans une attente excitante tant l’univers est riche et mystérieux. On referme l’album à regret, avec encore de nombreuses questions en tête et une seule envie : découvrir la suite de ce voyage poétique et poignant.
Je ne peux que confirmer ce qu’indique le bandeau de l’album et le commentaire de Mathieu Bablet :
« L’album le plus important de 2026, Jade Khoo est déjà un grand nom de la BD ».
C’est exactement ce que j’ai ressenti. Et au passage, c’est aussi une entrée remarquable pour la toute nouvelle maison d’édition Morgen, qui frappe très fort avec cette 2ème sortie.
Avec son prix de lancement à 27,90 € avant de passer à 32,90 € après le 29 avril 2026, c’est clairement le moment idéal pour se procurer ce véritable coup de cœur.
Pour mon 7000ème avis sur ce formidable site je vais parler d'une bande dessinée qui m'a touché d'une manière qu'une bande dessinée ne l'a fait depuis un certain temps. En plus, j'ai un peu lu cette bande dessinée par hasard parce qu'il y avait le nom d'Eldiablo sur la couverture. Je m'attendais à un truc sympathique et j'ai eu un choc. C'est toujours un plaisir de tomber sur une œuvre exceptionnelle par hasard.
C'est l'adaptation d'un roman québécois que je n'ai jamais lu parce que je ne lis pas les romans modernes. Je ne peux donc pas comparer, mais de toute façon l'adaptation en BD est tellement bonne qu'on ne dirait même pas que c'est une adaptation. Il n'y a aucun texte inutile qui explique ce que l'on voit déjà avec le dessin. Il faut dire que les textes dans les cartouches sont uniquement les pensées du personnage principal qui raconte sa vie et ses pensées en général. Le scénario en lui-même, un homme asocial qui a été séparé de sa mère suicidaire par les services sociaux lorsqu'il était jeune et il veut la retrouver, est un peu banal et on devine vite que tout va mal finir pour cet homme au comportement autodestructeur et déconnecté de la réalité. Mais j'ai trouvé le scénario palpitant grâce à deux éléments importants.
La première est la qualité du texte. Les pensées du personnage principal sont savoureuses et très bien écrites. Je ne sais pas quels sont les dialogues issus du roman et quels ont été ceux inventés par Eldiablo, mais dans tous les cas le résultat est excellent. Et comme c'est écrit dans le langage populaire québécois, cela va sonner exotique pour un lecteur européen. Le scénario réussit aussi à me faire suivre sans problème la vie d'un personnage détestable. Il a certes grandit dans un mauvais environnement, mais cela n'excuse pas son comportement de salaud qui se fout des conséquences de ses actes et qui blâme tout le monde pour ses problèmes.
La seconde qualité est le dessin. Le style du dessinateur est particulier et je ne sais pas trop comment le décrire. Mais ce que je sais est que c'était un style parfait pour ce type de récit au ton cru. Avec un dessin plus conventionnel, j'aurais sûrement moins accroché. Pour moi ce dessin montre clairement tout le potentiel du médium de la bande dessinée, mon médium préféré. On sent la violence du personnage principal et du monde qui l'entoure. Le noir et blanc dont la seule couleur qui ressorte est le rouge est sublime. Ce mariage parfait entre le texte et le dessin me fait penser à quel point j'adore la BD.
Même si j'ai adoré, je préviens que ce n'est pas une bande dessinée pour tout le monde. Le langage est cru, il y a du sexe et de la violence. Peut-être même que je vais être le seul lecteur au monde qui va donner une note parfaite à cette œuvre, mais je m'en fous j'ai passé un excellent moment de lecture et j'espère que cela sera le cas pour d'autres lecteurs.
Un documentaire ? Oui et non. Un manifeste féministe ? Oui et non.
En revanche c’est un véritable cours de self défense à l’usage des filles. Sans violence mais non sans humour !
Les deux auteures s’adressent directement aux lectrices. Que faire dans des situations où celles-ci peuvent subir des atteintes variées.
Stéréotype de genre, remarques déplacées sur la tenue des jeunes filles, ou sur leur sexualité. Et bien entendu les situations de harcèlement de rue, ou celles en classe ou sur les réseaux sociaux, les relations amoureuses et la notion du consentement...
Que dire ? Que faire ? Comment réagir ?
Cette bd aide à trouver des arguments pour exprimer que la situation doit s’arrêter. Plein de conseils et surtout un panel de solutions pour désamorcer des tensions, pour se sentir plus forte et pour le faire comprendre.
Évidemment aucune violence mais un travail sur l’observation, la posture, l’attitude, la voix, les voies de justice… extrêmement bien expliqués. Et l’accent est mis également sur la sororité. Aider les filles en difficulté et surtout ne pas crier avec les loups. Quelques affaires sordides nous rappellent que c’est et que ça reste nécessaire.
La forme n’est pas en reste sur le discours. Rien de rébarbatif, les situations sont illustrées par des exemples qui parleront aux jeunes filles (et pas que !). Certaines scènes (de harcèlement de rue par exemple) sont commentées… et rejouées après les conseils.
C’est bien foutu. L’humour est habilement distillé. Le dessin est clair et agréable et on remarque une diversité bienvenue dans le profil des filles concernées.
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Chère historienne
J’avais découvert Joff Winterhart sur son précédent album (« Courtes Distances »). Un récit qui m’avait marqué par son dessin sans concession, un humour très anglais et une sensibilité dans l’écriture qui m’avait démontré combien l’auteur aimait ses personnages bien plus grâce à leurs défauts qu’au travers de leurs qualités. « Chère historienne » fait office de confirmation. L’auteur nous offre en effet et à nouveau un double portrait de personnages attachants réunis par la vie malgré une grande différence d’âge et des trajectoires sans similitudes. L’une est historienne et cache une vivacité d’esprit, un humour et sa grande humilité derrière une apparence austère. L’autre travaille pour une boite de production, vient de se faire larguer par son fiancé (en plein enterrement de vie de jeune fille), picole de trop et cherche sa place dans l’univers. Entre les deux va naitre une histoire d’amitié, une connexion profonde alors que la première est sollicitée par la seconde pour animer une série télévisée consacrée à l’Histoire. Les deux personnages n’ont pas une grande opinion d’elles-mêmes mais elles font leur bonhomme de chemin, soucieuses de ne pas déplaire à leur entourage tout en restant fidèles à leur vision des choses. J’ai été très sensible à la douce ironie qui se dégage du récit. Margaret Crypt, l’historienne, pose sur son entourage un regard à la fois tendre et spirituel. J’ai beaucoup aimé ses « décrochages » lors des réunions, durant lesquels elle passe son temps à penser à autre chose ou à observer les autres intervenants. J’ai aimé ce regard sur la vie, la sienne, l’actuelle comme la vie passée, mais aussi celle des autres, sans jugement mais avec amusement. Le dessin de Joff Winterhart est en osmose avec le récit par sa tendance obsessive à aller chercher le petit détail grotesque, à le mettre en avant mais à ne pas le caricaturer. Il y a ainsi des enchainements de cases, des cadrages, des expressions de visage disséminés tout au long du récit qui restent gravés dans ma mémoire bien après ma lecture. La technique employée par l’auteur pour dessiner ses planches offre un rendu assez proche du trait de « Courtes Distances » mais implique une part de hasard (le résultat final n’est visible qu’après réalisation de la planche ou ‘en trichant’, en soulevant une plaque en cours de réalisation pour voir ce que ça donne). Je trouve le procédé intéressant mais j’y vois aussi une certaine logique avec le récit : cette part de hasard qui influence le résultat final vient faire écho à la part de hasard qui oriente la vie des personnages (et, d’une manière plus générale, nos vies à tous). Je regrette certes quelques longueurs mais, dans l’ensemble, je peux dire que j’ai vraiment bien aimé. Par contre, si vous n’avez pas accroché à « Courtes Distances », je ne vois pas pourquoi vous accrocheriez à cet album, qui offre exactement les mêmes qualités et défauts. Mais pour les autres (Alix, Blue Boy), je ne peux que conseiller ce nouvel opus, qui vient magnifiquement clore la trilogie Bon Jovi de l’auteur (c’est du moins ainsi qu’il l’appelle, démontrant par cette appellation le caractère décalé de son humour).
Un été loin des hommes
Dans ce roman graphique délicat, la question du deuil rejoint celle du temps qui passe et active les souvenirs d’un âge où les oripeaux de l’enfance se désagrègent lentement face aux problématiques des adultes. Si le sujet a été abondement traité, c’est toujours son approche qui distinguera l'œuvre du tout-venant. A ce titre, « Un été loin des hommes » est une réussite. L’ouvrage respire l’authenticité dans cette évocation des vacances, à partir de la mort d’un proche, en l’occurrence la mère de Frédérique qui repense à cet été 1985 en Corse, où ses parents avaient été à deux doigts de se séparer. La pré-adolescente qu’elle était alors est en proie à des questionnements liés à cet âge, mais pas seulement, car on la sent en quête d’elle-même, étrangement attirée par les filles, mal à l’aise dans un monde où elle peine à se construire, un sentiment aggravé par les fissures qui se creusent entre son père et sa mère, et la menace d’un divorce imminent… Comme si des nuages noirs étaient venus assombrir le soleil corse pourtant réputé inaltérable… Dans ce contexte peu serein, la vie continue pourtant à s’écouler comme si de rien n’était au milieu de ce décor de rêve qu’est l’île de beauté, où les apparences de l’insouciance parviennent à masquer, et peut-être alléger aussi les tourments intérieurs des êtres. Et c’est en parsemant leur récit d’anecdotes anodines que Fabienne Blanchut et Catherine Locandro parviennent à y injecter l’authenticité en question. Des anecdotes qui font résonner en chacun de nous les flashs marquants d’une jeunesse qui s’éloigne… Tout cela, Thomas Campi va le mettre en images de façon magistrale, tant sur le plan du dessin que de la couleur. Sa palette variée aux tonalités chatoyantes vient enrober son trait délicat d’une aura enchanteresse, conférant à cette Corse des années 80 un côté idyllique, où le réalisme s’accorde parfaitement avec une nostalgie bien dosée. Les références visuelles nous immergent dans cette époque qui avait tout de même meilleure mine sous les cieux estivaux de l’île de beauté, parce que quand on y pense, la crise économique avait déjà commencé à produire ses effets néfastes. Malgré la gravité du sujet, on ressort apaisé d’une lecture jamais plombante, comme si par une sorte de magie, l’environnement lumineux de l’histoire avait exercé son influence sur les êtres en évitant les drames potentiels. Voilà pourquoi « Un été loin des hommes », dans sa simplicité, constitue une lecture éblouissante qui imprime sur nos rétines une couleur splendide.
Locke & Key
Locke & Key est l’une des séries les plus marquantes que j’ai lues ces dernières années. Joe Hill réussit à créer une histoire à la fois fantastique, mystérieuse et profondément sombre. Le point de départ est déjà très fort : une famille qui s’installe dans une maison pleine de secrets, où se trouvent des clés aux pouvoirs étranges et parfois dangereux. Mais ce qui rend la série vraiment captivante, c’est la manière dont ces éléments fantastiques sont utilisés pour construire une histoire riche, pleine de mystère et de tension. L’univers est extrêmement bien pensé. Chaque nouvelle clé apporte une idée originale et ouvre des possibilités inattendues, ce qui donne au récit une sensation constante de découverte. Mais ce qui m’a le plus accroché, ce sont les personnages. On s’attache rapidement à cette famille et, au fil de la lecture, j’avais vraiment envie de savoir ce qui allait leur arriver et comment ils allaient affronter les dangers qui les entourent. Cette dimension émotionnelle rend l’histoire encore plus prenante. Le dessin de Gabriel Rodríguez fonctionne parfaitement avec le récit : il est clair, lisible et très efficace pour installer une atmosphère parfois inquiétante. Une série originale, intelligente et très addictive.
Je reviens dans six mois
Merci à l’auteur pour m’avoir fait découvrir un jeune explorateur français d’après-guerre dont je n’avais jamais entendu parler, Raymond Maufrais. Son désir était de découvrir les fameux monts « Tumuc-Humac » supposés situés à l’époque entre la Guyane, le Suriname et le Brésil. Cette chaîne de montagnes s’avèrera en fait être imaginaire et n’est constituée que de quelques collines ne dépassant pas 600 mètres d’altitude. J’ai vraiment apprécié cette bd, son histoire, ses tons pastel sépia, violets, verts, ocres, etc., la luxuriance de la jungle excellemment bien rendue, l’ambiance guyanaise de l’époque, le traitement bichromatique : un pour traiter l’aventure guyanaise et un autre pour traiter les réminiscences du passé résistant de Raymond Maufrais sous l’occupation allemande. La façon dont notre jeune aventurier est interprété le rend très attachant par son côté naïf, sa candeur, ses idéaux, son désir d’aventure, son courage et son extrême détermination. Le passage que j’ai préféré est le moment dans la jungle où il rencontre puis fait route avec trois jeunes piroguiers. Il était de surcroît très bon écrivain et ce sont ses carnets de voyage retrouvés dans la jungle qui ont manifestement grandement inspiré d’autres aventuriers après lui.
L'Homme qui a vu l'homme qui filme l'homme qui tire plus vite que son ombre (presque journal d'un tournage)
Guillaume Bouzard part dans le désert espagnol pour raconter les coulisses du tournage de la future série Lucky Luke... Mais voilà, c'est Bouzard. Donc on croise bien l'équipe, les décors, quelques acteurs aperçus le temps d'une case, et même Rantanplan, mais le véritable centre du livre reste Bouzard lui-même et sa capacité à être perpétuellement à côté de la plaque. Je suis un très bon client de son humour et, ici encore, il réussit à me faire franchement rire. Son sens de l'absurde, de l'autodérision et du décalage permanent fonctionne à plein régime : dialogues lunaires, situations inutiles mais savoureuses, gags franchement couillons (quand je dis que je suis bon client, j'ai éclaté de rire au nom de Ranplanplan), et détournement constant du principe même du reportage. Graphiquement, c'est du Bouzard pur jus : expressivité maximale, énergie du trait et mise en scène entièrement au service du comique. J'ai aussi beaucoup aimé les couleurs, réalisées par un trio de coloristes que je ne connaissais pas, qui parviennent à donner une belle chaleur aux décors espagnols : on se croirait au Far West. Derrière ce faux journal qui n'en est pas vraiment un, je n'ai pas pu m'empêcher de ressentir un léger sentiment de vide, puisqu'on apprend finalement peu de choses sur le tournage lui-même et que Bouzard préfère tourner autour du sujet, digresser, s'égarer volontairement. Mais ce manque de matière réelle fait aussi partie du dispositif comique et, même si je reste avec cette petite impression de creux, cela ne m'a pas empêché de passer un très bon moment. Drôle, potache, très personnel : exactement ce que j'attendais de Bouzard et de son fidèle Rouplouplou.
Les Carnets de Stamford Hawksmoor
Une superbe lecture que ces "Carnets de Stamford Hawksmoor" (je n'ai jamais lu les Grandville, mais si c'est aussi abouti, ça donne furieusement envie ! ), c'est un récit dense mais prenant jusqu'au bout avec des personnages riches, variés et fouillés. Si certaines cases sont peut-être légèrement figées, le dessin n'en demeure pas moins excellent et restitue formidablement les bas-fonds de Londres, les quartiers huppés, les pubs ou encore les bocages du sud-est de l'Angleterre. L'auteur a incontestablement soigné son ouvrage, il m'a fallu trois, quatre pages pour me faire à l'écriture, mais après, j'étais dedans jusqu'à la fin. Tout est bien fait : le zoomorphisme, l'uchronie (l'action se situe la veille de l'indépendance d'une Angleterre occupée par les troupes napoléonniennes), les décors, les costumes... Bryan Talbot, qui émaille son récit de nombreuses références littéraires et historiques, ne laisse rien au hasard et a incontestablement le sens du détail jusqu'à, comme il le précise en annexe, représenter sur les étagères d'un magasin de véritables jouets de l'ère victorienne. L'inspecteur Stamford, malgré ses qualités d'analyse et de déduction dignes du célèbre détective à la casquette, aura fort à faire pour élucider plusieurs meurtres qui viennent s'ajouter à un contexte social déjà explosif. Il prendra des coups au sens propre comme au sens figuré, devra composer avec un fils, il faut le reconnaître, particulièrement horripilant, se retrouvera plus d'une fois en fâcheuse posture, mais poursuivra malgré tout sa mission, quitte à franchir certaines lignes rouges. L'intrigue, complexe et rythmée, est menée de main de maître par l'auteur et fait la part belle aux personnages secondaires. Probablement une de mes lectures préférées de ces derniers mois.
Dans la tête de Sherlock Holmes
'Dans la tête de Sherlock Holmes' brille surtout, il faut l'avouer, par l'originalité de sa mise en page qui se retrouve jusque dans la première de couverture dont la tête de Sherlock Holmes est découpée, comme une fenêtre ouverte dans l'esprit du célèbre détective. Esthétiquement, tout est parfait, du vieillissement artificiel des pages avec des jaunissements et des taches d'encre, en passant par les cases dont les formes rappellent le sujet de l'intrigue, jusqu'au trait des personnages très original et collant parfaitement à l'esprit de la bande dessinée. Ici, comme indiqué au dos des ouvrages, tout est voué et dédié au déroulement et à la mécanique de l'enquête. Le parti-pris initial est ainsi d'immerger le lecteur dans la tête de Sherlock Holmes en le faisant pénétrer à l'intérieur de son mental et en déroulant avec lui le fil des indices et des déductions qui en découlent. Cet enchainement est d'ailleurs matérialisé par un fil rouge qui se déroule tout au long des pages des deux tomes composant chaque histoire. L'enquête est également agrémentée de quelques cartes très esthétiques situant les déplacements effectués par le détective et son partenaire, le docteur Watson. Ce duo est d'ailleurs assez comique avec un Sherlock rabrouant régulièrement Watson et se moquant de son manque de flair. De part l'idée de départ des auteurs, cette série qui, rappelons-le, ne fait que débuter (trois tomes parus à ce jour), possède toutefois le défaut de ses qualités à savoir un certain classicisme dans l'histoire traitée qui pourra manquer, selon certains, de dramaturgie ou de quelques retournements de situations. Mais cela n'a pas été préjudiciable concernant ma lecture. J'ai tout de même une petite préférence pour l'intrique du tome 3 dont l'univers écossais et le mystère du loch Leathan ajoutent à l'ambiance de la BD. En conclusion, je ne peux attribuer que la note maximale pour saluer l'originalité de la démarche et la qualité de la réalisation. Vivement les prochains tomes ! SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 8/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 10/10 NOTE GLOBALE : 18/20
Terre ou Lune
J’ai littéralement craqué dès que j’ai vu cette première de couverture : elle m’a captivé, intrigué et donné immédiatement envie de plonger dans cette BD. Puis, lorsque j’ai découvert la bande-annonce, j’ai été encore plus séduit : elle reflète parfaitement l’atmosphère poétique et étrange de l’univers et m’a mis l’eau à la bouche. Dès les premières pages, j’ai été frappé par l’univers unique que Jade Khoo a créé. On suit Othello, un jeune garçon dont la vie bascule après un geste irréversible. Mais loin de se limiter à un simple drame familial, le récit prend rapidement une ampleur bien plus grande. Il mêle émotion, poésie et science-fiction contemplative, tout en s’ancrant profondément dans la nature et l’observation du vivant, notamment des oiseaux, omniprésents et essentiels au récit. Visuellement, l’album est une véritable splendeur. Jade Khoo livre près de 300 pages en couleurs directes, entièrement réalisées à la main, et cela se ressent à chaque planche. Son trait d’une grande délicatesse, souvent à l’aquarelle, magnifie aussi bien les paysages naturels que les mondes imaginaires de science-fiction. Forêts embrumées, champs baignés de lumière, ciels crépusculaires, oiseaux dessinés avec une précision et une tendresse évidentes : on sent dans chaque image une véritable déclaration d’amour à la nature. Les influences de Moebius, Zao Dao ou Hayao Miyazaki se devinent, mais sans jamais écraser l’identité propre de l’autrice. J’ai adoré ce mélange subtil entre sensibilité intime et enjeux plus larges. À travers la quête d’Othello, Jade Khoo aborde des thèmes profonds comme l’identité, l’aliénation, l’altérité, la transmission et le prix des utopies. Progressivement, par petites touches et sans jamais forcer le trait, l’histoire personnelle du héros laisse apparaître une réflexion plus vaste sur l’Humanité, ses erreurs passées et ses idéaux écologiques. Tout est amené avec une grande fluidité, sans lourdeur ni discours appuyé. On suit Othello pas à pas, on partage ses doutes, sa curiosité et son rapport presque fusionnel au monde naturel. Le récit est initiatique, contemplatif, parfois bouleversant, et toujours d’une grande justesse émotionnelle. Chaque symbole, chaque silence, chaque regard contribue à l’immersion. Cette histoire est prévue en deux parties (diptyque), et ce premier tome nous laisse dans une attente excitante tant l’univers est riche et mystérieux. On referme l’album à regret, avec encore de nombreuses questions en tête et une seule envie : découvrir la suite de ce voyage poétique et poignant. Je ne peux que confirmer ce qu’indique le bandeau de l’album et le commentaire de Mathieu Bablet : « L’album le plus important de 2026, Jade Khoo est déjà un grand nom de la BD ». C’est exactement ce que j’ai ressenti. Et au passage, c’est aussi une entrée remarquable pour la toute nouvelle maison d’édition Morgen, qui frappe très fort avec cette 2ème sortie. Avec son prix de lancement à 27,90 € avant de passer à 32,90 € après le 29 avril 2026, c’est clairement le moment idéal pour se procurer ce véritable coup de cœur.
La Bête à sa mère
Pour mon 7000ème avis sur ce formidable site je vais parler d'une bande dessinée qui m'a touché d'une manière qu'une bande dessinée ne l'a fait depuis un certain temps. En plus, j'ai un peu lu cette bande dessinée par hasard parce qu'il y avait le nom d'Eldiablo sur la couverture. Je m'attendais à un truc sympathique et j'ai eu un choc. C'est toujours un plaisir de tomber sur une œuvre exceptionnelle par hasard. C'est l'adaptation d'un roman québécois que je n'ai jamais lu parce que je ne lis pas les romans modernes. Je ne peux donc pas comparer, mais de toute façon l'adaptation en BD est tellement bonne qu'on ne dirait même pas que c'est une adaptation. Il n'y a aucun texte inutile qui explique ce que l'on voit déjà avec le dessin. Il faut dire que les textes dans les cartouches sont uniquement les pensées du personnage principal qui raconte sa vie et ses pensées en général. Le scénario en lui-même, un homme asocial qui a été séparé de sa mère suicidaire par les services sociaux lorsqu'il était jeune et il veut la retrouver, est un peu banal et on devine vite que tout va mal finir pour cet homme au comportement autodestructeur et déconnecté de la réalité. Mais j'ai trouvé le scénario palpitant grâce à deux éléments importants. La première est la qualité du texte. Les pensées du personnage principal sont savoureuses et très bien écrites. Je ne sais pas quels sont les dialogues issus du roman et quels ont été ceux inventés par Eldiablo, mais dans tous les cas le résultat est excellent. Et comme c'est écrit dans le langage populaire québécois, cela va sonner exotique pour un lecteur européen. Le scénario réussit aussi à me faire suivre sans problème la vie d'un personnage détestable. Il a certes grandit dans un mauvais environnement, mais cela n'excuse pas son comportement de salaud qui se fout des conséquences de ses actes et qui blâme tout le monde pour ses problèmes. La seconde qualité est le dessin. Le style du dessinateur est particulier et je ne sais pas trop comment le décrire. Mais ce que je sais est que c'était un style parfait pour ce type de récit au ton cru. Avec un dessin plus conventionnel, j'aurais sûrement moins accroché. Pour moi ce dessin montre clairement tout le potentiel du médium de la bande dessinée, mon médium préféré. On sent la violence du personnage principal et du monde qui l'entoure. Le noir et blanc dont la seule couleur qui ressorte est le rouge est sublime. Ce mariage parfait entre le texte et le dessin me fait penser à quel point j'adore la BD. Même si j'ai adoré, je préviens que ce n'est pas une bande dessinée pour tout le monde. Le langage est cru, il y a du sexe et de la violence. Peut-être même que je vais être le seul lecteur au monde qui va donner une note parfaite à cette œuvre, mais je m'en fous j'ai passé un excellent moment de lecture et j'espère que cela sera le cas pour d'autres lecteurs.
Basta ! - Guide d'autodéfense féministe pour ados (et pas que...)
Un documentaire ? Oui et non. Un manifeste féministe ? Oui et non. En revanche c’est un véritable cours de self défense à l’usage des filles. Sans violence mais non sans humour ! Les deux auteures s’adressent directement aux lectrices. Que faire dans des situations où celles-ci peuvent subir des atteintes variées. Stéréotype de genre, remarques déplacées sur la tenue des jeunes filles, ou sur leur sexualité. Et bien entendu les situations de harcèlement de rue, ou celles en classe ou sur les réseaux sociaux, les relations amoureuses et la notion du consentement... Que dire ? Que faire ? Comment réagir ? Cette bd aide à trouver des arguments pour exprimer que la situation doit s’arrêter. Plein de conseils et surtout un panel de solutions pour désamorcer des tensions, pour se sentir plus forte et pour le faire comprendre. Évidemment aucune violence mais un travail sur l’observation, la posture, l’attitude, la voix, les voies de justice… extrêmement bien expliqués. Et l’accent est mis également sur la sororité. Aider les filles en difficulté et surtout ne pas crier avec les loups. Quelques affaires sordides nous rappellent que c’est et que ça reste nécessaire. La forme n’est pas en reste sur le discours. Rien de rébarbatif, les situations sont illustrées par des exemples qui parleront aux jeunes filles (et pas que !). Certaines scènes (de harcèlement de rue par exemple) sont commentées… et rejouées après les conseils. C’est bien foutu. L’humour est habilement distillé. Le dessin est clair et agréable et on remarque une diversité bienvenue dans le profil des filles concernées. À conseiller dans tous les établissements scolaires, bibliothèques... à diffuser ! Je l’ai emprunté à ma bibliothèque de village. Et je compte bien l’offrir dans la famille.