ATYPIQUE !
Il va m'être difficile de parler de cette BD tant elle sort des sentiers battus et tant chacun en fera son interprétation (ou pas). Ce qui est certain c'est qu'elle ne laissera pas indifférente.
Un album où vont se succéder de petits récits autoporteurs mais formant un ensemble cohérent par les thèmes évoqués. Autre particularité, il n'y a pas de personnage principal, c'est le vivant qui tiendra ce rôle.
Jérémie Gasparutto nous guide sur différents chemins où le texte se fait rare, il est souvent énigmatique, parfois poétique et d'autre fois hermétique. Chacun en fera son interprétation. Personnellement j'y ai surtout vu une introspection sur nos peurs de l'inconnu, une reconnexion avec la nature et de s'ouvrir aux autres. Il veut faire tomber les remparts qui nous emprisonnent dans une société individualiste qui va à mille à l'heure.
Un album avec une patte graphique indéniable, elle permet une immersion dans cet environnement entre rêve et réalité. La narration s'appuie énormément sur la mise en page de Gasparutto pour cette expérience sensorielle.
Du très bon travail.
Je tiens à souligner le travail éditorial de qualité, comme toujours, pour le label 619.
Que dire en conclusion... Pas totalement séduit mais pas totalement réfractaire.
Un OVNI.
J'ai mis longtemps à me plonger dans ces Chroniques de Légion, après ma relative déception à la lecture de Je suis légion. C'est toutefois chose faite et j'ai été beaucoup plus séduit ! Cette histoire a beaucoup plus d'ampleur et même d'originalité, en plus d'être largement mieux dessinée. L'idée de faire dessiner chaque époque par un réalisateur différent est une excellente idée, d'autant que tous les dessinateurs convoqués sont bons (même si on aurait aimé que Henninot débarque plus tôt dans la saga).
C'est très agréable à lire, et sert parfaitement un récit savamment construit, qui ne manque jamais de puissance. Les dialogues et l'atmosphère sombre fonctionnent à merveille, et Nury se glisse avec une grande aisance dans le genre du récit de vampires (même s'il ne dépassera jamais le fabuleux D d'Alain Ayroles). Ce récit d'êtres immortels qui découvrent leur pouvoir et leur malédiction au fil des siècles est grandiose, épique, et joliment sanglant. Aucune époque n'est réellement décevante par rapport aux autres.
En revanche, il faut reconnaître que la multiplication des identités et la présence de deux frères rend parfois l'intrigue inutilement compliquée. La fluidité narrative en est affectée lorsqu'il faut reconstituer le fil du récit pour savoir si on est en présence de Radu ou de Vlad (mais ça, encore, ça va), et surtout, si tel personnage apparemment innocent est une des multiples identités de l'un ou de l'autre. Parfois, on le comprend facilement, parfois, pas du tout.
Néanmoins, cette légère confusion n'affecte que peu le plaisir de lecture pris devant cette saga captivante.
Le final fait d'ailleurs légèrement retomber le soufflé. Heureusement que le jeu d'échecs intemporel est dessiné par Henninot, car cela compense la petite perte d'intérêt qui accompagne ce final somme toute pas si époustouflant que l'auteur l'aurait probablement voulu. Rien de bien méchant, et je ressors néanmoins très satisfait de cette tétralogie épique. Au point de revoir à la hausse la saga-mère ? Pas sûr, mais à voir très prochainement.
Je viens de finir la lecture de cette bande dessinée dans Spirou, j'avoue ne pas l'avoir relu d'affilée, donc peut-être me manque-t-il une petite vue d'ensemble. Néanmoins, je peux affirmer sans conteste que la lecture est très plaisante ! Le dessin de Dalena est efficace, plein de douceur et d'élégance. Son trait correspond parfaitement au graphisme d'une série jeunesse dont le public peut être élargi sans problèmes.
Le scénario de Lapuss' est soigné également. Il prend le temps de bien poser son univers avant d'embrayer sur l'action, ce qui m'a favorablement étonné. À la lecture hebdomadaire de Spirou, cela veut dire qu'on a dû attendre plus de 2 numéros avant d'avoir l'impression que l'action commençait enfin. Cela m'a favorablement étonné car j'aime ces bandes dessinées (cela vaut aussi pour les séries télévisées) qui résistent à la tendance de tout de suite plonger le lecteur à fond dans l'action, en bâclant la phase de présentation de l'univers et des personnages. Ici, Lapuss' fait tout dans l'ordre, et tant pis si le lecteur décroche dans les premières pages. On sent que le scénariste est suffisamment sûr de ses bases pour se permettre de prendre son temps. Un très bon point pour cet album, donc.
Quant à l'histoire globale, il faudra de toute façon attendre la suite pour en savoir plus et en dire davantage. Ce premier tome constitue en tous cas une exposition très solide, et il y a de quoi développer une suite tout à fait convaincante. C'est pourquoi je reste à 3 étoiles, la série n'ayant pas totalement fait ses preuves, mais je pourrais facilement monter au-dessus, si la suite exploite tout le potentiel de cet univers.
En tous cas, ça me paraît une excellente série jeunesse, bien écrite, bien dessinée, aux promesses alléchantes. Croisons les doigts que les auteurs n'en gâchent rien !
On a un album indéniablement soigné sur le plan graphique. Le trait est élégant, les ambiances aquatiques sont travaillées, et certaines planches respirent une vraie sensibilité. On sent un auteur qui sait composer une image et donner de la matière à ses décors. Sur ce point, rien à dire : c’est joli, parfois même très beau.
Mais voilà… le récit, lui, m’a perdu en route. J’ai trouvé l’ensemble long, étiré, avec un rythme qui s’installe difficilement et des passages qui donnent l’impression de tourner en rond. Là où j’attendais une progression, de la tension ou simplement un plaisir de narration, je me suis retrouvé face à quelque chose d’assez ennuyeux.
Et c’est peut-être ce qui m’a le plus gêné : cette sensation que l’auteur se regarde un peu trop le nombril, au détriment du lecteur. Au final, malgré des dessins qui méritent le détour, ce n’était pas une lecture plaisante pour moi.
Je ne lirais probablement pas le tome 2, et le 1 ne va pas rester dans ma bibliothèque.
3.5
J'ai bien aimé ce one-shot même si je comprends que d'autres posteurs aient moins accroché.
En effet, le scénario est au final assez classique, le genre d'histoire qu'on voit dans plein d'œuvres destinées à la jeunesse avec un message convenu du genre il faut faire son deuil. Mais bon cela ne m'a pas dérangé parce que j'ai trouvé le scénario terriblement efficace. Il faut dire que le récit traite de sujets qui m'attirent comme le folklore ou encore l'histoire des quartiers. Les personnages sont attachants et le scénario est captivant. L'album se laisse lire facilement malgré son nombre de pages et le fait qu'il y a souvent beaucoup de textes.
Le dessin est pas mal et on voit très bien que l'auteur a travaillé dans l'animation. Je ne sais pas trop quoi ajouter de plus aux éloges. C'est vraiment un bon divertissement.
C'est déjà mieux que Little Ego qui m'était tombé des mains.
Ici Giardino nous raconte des histoires d'adultères qui tournent souvent au crime.
Sur le 4eme plat de couverture, Le Monde nous vend ces intrigues comme étant à la croisée des influences d'Alberto Moravia et d'Umberto Eco, rien que ça. Je n'ai pas assez lu ces auteurs pour confirmer.
Il n'empêche, passé les deux premiers récits qui inaugurent cette bande et qui sont très anecdotiques, un vrai charme s'opère. On reconnaît alors la patte d'un auteur qui nous dépeint toujours le même profil de personnages et qui semble nous dire : "il n'y a pas d'innocent, il n'existe que des coupables".
Et puis Giardino était un grand dessinateur et on n'est pas déçu à ce niveau, je garde en souvenir notamment la nouvelle qui se passe à Venise et qui est particulièrement soignée.
A découvrir.
Le premier cycle de cette série sur les mondes d'Aldébaran m'avait laissé un super souvenir quand je l'ai lu ado, mais en la relisant des années plus tard quelques points me chagrinent. C'est malgré tout une bonne série, qu'il faut replacer dans le contexte des années 90.
Je comprends la critique sur le manque de diversité des ethnies représentées (issues de la terre) ainsi que sur les expressions faciales des personnages mais ce n'est pas ce qui m'a le plus dérangé. Après tout, les d'occidentaux n'auraient-ils pas pu lancer cette expédition et donc envoyé en priorité des occidentaux avec une plus forte proportion de personnes caucasiennes ?
Cependant ce qui me chagrine le plus est le manque de diversité dans les corps ; des gentils, beaux comme des dieux sur qui tout le monde veut sauter et des méchants aux traits de méchants, trop sérieux ou bedonnants. Les corps sont tous les mêmes, interchangeables, fantasmés : des femmes avec des énormes seins bien fermes (que l'on voit beaucoup trop), des ventres plats, des belles hanches et des jambes fines, des hommes aux corps d'athlètes et aux traits anguleux ...
Les personnages, surtout les femmes, sont très sexualisées, les seins toujours bien moulées, se trimballant souvent en culottes. A peine un homme rencontre un femme ou inversement qu'ils doivent coucher ensemble/être en couple... c'est trop. Surtout que Kim à 13 ans dans le premier tome et est à deux doigts de coucher avec un homme. Puis à 17 ans elle couche avec Marc qui en a 21. Son âge m'a dérangé. Elle est trop mature pour avoir 13 ans, et son rôle est plus celui d'une jeune femme que d'une gamine.
C'est pour moi le gros point noir de cette série, sinon j'ai été transportée dans cet univers fantastique avec une faune et une flore bien imaginée et qui sert un beau récit d'aventure.
La fin est un poil trop facile à mon goût avec une épilogue digne d'un Disney.
C'est une histoire assez longue sur la vie d'un humanitaire dans une ONG au coeur de l'Afghanistan au début des années 2000. A vrai dire on a un peu de mal à se rendre compte de la réalité de son travail à part rencontrer des gens, faire en sorte qu'ils s'entendent sur tel ou tel projet pour leur village.
On se situe post attentats du 11 Septembre, c'est un pays à la population jeune qui ne connait que le conflit depuis l'invasion soviétique de la fin des années 1970. Les gens survivent plus qu'ils ne vivent dans un pays figé sans grande trace du progrès. Pas de loisirs, et certains habitants sont très isolés dans les montagnes. Le pays est le refuge des produits de consommation périmés que les autres ne veulent pas.
La poussière, des paysages arides, tout cela est bien rendu par le dessin noir et blanc assez épuré. L'album contient plusieurs chapitres sur différents points de la société afghane, parfois comique et pleine de paradoxe. Sur les relations homme femme par exemple, la question du voile et de la burqa, les hommes draguent notamment à Kaboul, mais pour leur mariage ils ne veulent pas une femme "délurée" qui accepte d'aller manger une glace. Non il leur faut une femme "pure", un objet en réalité tant elle ne peut rien faire sans l'aval d'un homme.
Un bon travail d'édition des Requins Marteaux avec ce livre épais. Néanmoins je relève plusieurs fautes d'orthographe notamment dans une page d'intertitre (ascène au lieu d'ascèse...), horripilant. Il y a un chapitre un peu plus long que les autres où un homme raconte son long et coûteux périple pour tenter de rejoindre l'Angleterre. Il serait intéressant de savoir ce qu'il en est 20 ans après, sans doute pas mieux voire pire.
Mouais. J’ai lu la série dans l’intégrale. Je ne me suis pas ennuyé, mais l’intrigue ne m’a pas emballé plus que ça. Affaire de goûts sans doute.
L’histoire ressemble à une série B à l’américaine (quelques points communs avec cette île rassemblant les rebus de la société qui m’a fait penser à des films comme « New-York 1997 » de Carpenter, ou « Les guerriers de la nuit » de Hill), avec une lutte entre clans, lutte qui va se trouver dynamisée par l’arrivée d’une femme envoyée au milieu de ce panier de crabes par un laboratoire pharmaceutique à qui on a volé des produits secrets.
C’est assez dynamique donc, mais les combats (pas toujours très lisibles parfois) occupent parfois trop de place, et l’intrigue elle-même n’est pas de celles qui m’intéressent. La psychologie des personnages est aussi un peu légère.
Le dessin lui aussi m’a un peu laissé de côté. Même s’il possède de réelles qualités. J’ai bien aimé la colorisation (tous les tons employés donnent un rendu qui me plait). Les décors sont peu développés, mais les décors urbains en fond sont plutôt chouettes (avec cette belle colorisation en plus).
Pour le reste, je ne suis pas fan du dessin des personnages. On est sur un style proche de certains comics, avec des corps bodybuildés pour les hommes, avec mâchoires carnassières, des femmes aux poitrines opulentes. Et surtout des corps très allongés, et des visages qui me paraissaient un peu petits par rapport au reste du corps.
Note réelle 2,5/5.
Je n'étais pas prêt pour cette lecture... Jodorowsky pousse le curseur du délire assez loin ici en adoptant l'angle de la comedie de mœurs (à la sauce piquante !).
Le premier tome est brillant à tous les niveaux. Moebius livre de très belles planches, s'amuse avec la gamme chromatique des couleurs pour illustrer certaines scènes tandis que Jodo met en place un canevas drôle et très original.
Malheureusement ça se gâte un peu à partir du tome 2. Moebius choisit de rajeunir son dessin pour une raison inconnue et cela réduit l'histoire à sa dimension humoristique. Pour enfoncer le clou, Jodorowsky nous abreuve tout à coup de citations philosophiques faisant l'effet d'un somnifère.
Cette direction est assumée et s'accélère au troisième et dernier tome. On lit sans déplaisir d'autant que Jodo est assez inspiré pour conclure son histoire.
J'ai eu un peu de mal avec le running gag régressif qui sert de fil marron - haha - à l'intrigue.
Le changement de style visuel est le principal défaut de cette bande. C'est fort dommage d'autant que ça partait bien avec cette couverture sublime qui sera malheureusement censurée à partir de l'édition 2020.
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Le Chemin derrière la maison
ATYPIQUE ! Il va m'être difficile de parler de cette BD tant elle sort des sentiers battus et tant chacun en fera son interprétation (ou pas). Ce qui est certain c'est qu'elle ne laissera pas indifférente. Un album où vont se succéder de petits récits autoporteurs mais formant un ensemble cohérent par les thèmes évoqués. Autre particularité, il n'y a pas de personnage principal, c'est le vivant qui tiendra ce rôle. Jérémie Gasparutto nous guide sur différents chemins où le texte se fait rare, il est souvent énigmatique, parfois poétique et d'autre fois hermétique. Chacun en fera son interprétation. Personnellement j'y ai surtout vu une introspection sur nos peurs de l'inconnu, une reconnexion avec la nature et de s'ouvrir aux autres. Il veut faire tomber les remparts qui nous emprisonnent dans une société individualiste qui va à mille à l'heure. Un album avec une patte graphique indéniable, elle permet une immersion dans cet environnement entre rêve et réalité. La narration s'appuie énormément sur la mise en page de Gasparutto pour cette expérience sensorielle. Du très bon travail. Je tiens à souligner le travail éditorial de qualité, comme toujours, pour le label 619. Que dire en conclusion... Pas totalement séduit mais pas totalement réfractaire. Un OVNI.
Les Chroniques de Légion
J'ai mis longtemps à me plonger dans ces Chroniques de Légion, après ma relative déception à la lecture de Je suis légion. C'est toutefois chose faite et j'ai été beaucoup plus séduit ! Cette histoire a beaucoup plus d'ampleur et même d'originalité, en plus d'être largement mieux dessinée. L'idée de faire dessiner chaque époque par un réalisateur différent est une excellente idée, d'autant que tous les dessinateurs convoqués sont bons (même si on aurait aimé que Henninot débarque plus tôt dans la saga). C'est très agréable à lire, et sert parfaitement un récit savamment construit, qui ne manque jamais de puissance. Les dialogues et l'atmosphère sombre fonctionnent à merveille, et Nury se glisse avec une grande aisance dans le genre du récit de vampires (même s'il ne dépassera jamais le fabuleux D d'Alain Ayroles). Ce récit d'êtres immortels qui découvrent leur pouvoir et leur malédiction au fil des siècles est grandiose, épique, et joliment sanglant. Aucune époque n'est réellement décevante par rapport aux autres. En revanche, il faut reconnaître que la multiplication des identités et la présence de deux frères rend parfois l'intrigue inutilement compliquée. La fluidité narrative en est affectée lorsqu'il faut reconstituer le fil du récit pour savoir si on est en présence de Radu ou de Vlad (mais ça, encore, ça va), et surtout, si tel personnage apparemment innocent est une des multiples identités de l'un ou de l'autre. Parfois, on le comprend facilement, parfois, pas du tout. Néanmoins, cette légère confusion n'affecte que peu le plaisir de lecture pris devant cette saga captivante. Le final fait d'ailleurs légèrement retomber le soufflé. Heureusement que le jeu d'échecs intemporel est dessiné par Henninot, car cela compense la petite perte d'intérêt qui accompagne ce final somme toute pas si époustouflant que l'auteur l'aurait probablement voulu. Rien de bien méchant, et je ressors néanmoins très satisfait de cette tétralogie épique. Au point de revoir à la hausse la saga-mère ? Pas sûr, mais à voir très prochainement.
Dina et le millimonde
Je viens de finir la lecture de cette bande dessinée dans Spirou, j'avoue ne pas l'avoir relu d'affilée, donc peut-être me manque-t-il une petite vue d'ensemble. Néanmoins, je peux affirmer sans conteste que la lecture est très plaisante ! Le dessin de Dalena est efficace, plein de douceur et d'élégance. Son trait correspond parfaitement au graphisme d'une série jeunesse dont le public peut être élargi sans problèmes. Le scénario de Lapuss' est soigné également. Il prend le temps de bien poser son univers avant d'embrayer sur l'action, ce qui m'a favorablement étonné. À la lecture hebdomadaire de Spirou, cela veut dire qu'on a dû attendre plus de 2 numéros avant d'avoir l'impression que l'action commençait enfin. Cela m'a favorablement étonné car j'aime ces bandes dessinées (cela vaut aussi pour les séries télévisées) qui résistent à la tendance de tout de suite plonger le lecteur à fond dans l'action, en bâclant la phase de présentation de l'univers et des personnages. Ici, Lapuss' fait tout dans l'ordre, et tant pis si le lecteur décroche dans les premières pages. On sent que le scénariste est suffisamment sûr de ses bases pour se permettre de prendre son temps. Un très bon point pour cet album, donc. Quant à l'histoire globale, il faudra de toute façon attendre la suite pour en savoir plus et en dire davantage. Ce premier tome constitue en tous cas une exposition très solide, et il y a de quoi développer une suite tout à fait convaincante. C'est pourquoi je reste à 3 étoiles, la série n'ayant pas totalement fait ses preuves, mais je pourrais facilement monter au-dessus, si la suite exploite tout le potentiel de cet univers. En tous cas, ça me paraît une excellente série jeunesse, bien écrite, bien dessinée, aux promesses alléchantes. Croisons les doigts que les auteurs n'en gâchent rien !
L'Âge d'eau
On a un album indéniablement soigné sur le plan graphique. Le trait est élégant, les ambiances aquatiques sont travaillées, et certaines planches respirent une vraie sensibilité. On sent un auteur qui sait composer une image et donner de la matière à ses décors. Sur ce point, rien à dire : c’est joli, parfois même très beau. Mais voilà… le récit, lui, m’a perdu en route. J’ai trouvé l’ensemble long, étiré, avec un rythme qui s’installe difficilement et des passages qui donnent l’impression de tourner en rond. Là où j’attendais une progression, de la tension ou simplement un plaisir de narration, je me suis retrouvé face à quelque chose d’assez ennuyeux. Et c’est peut-être ce qui m’a le plus gêné : cette sensation que l’auteur se regarde un peu trop le nombril, au détriment du lecteur. Au final, malgré des dessins qui méritent le détour, ce n’était pas une lecture plaisante pour moi. Je ne lirais probablement pas le tome 2, et le 1 ne va pas rester dans ma bibliothèque.
Downlands
3.5 J'ai bien aimé ce one-shot même si je comprends que d'autres posteurs aient moins accroché. En effet, le scénario est au final assez classique, le genre d'histoire qu'on voit dans plein d'œuvres destinées à la jeunesse avec un message convenu du genre il faut faire son deuil. Mais bon cela ne m'a pas dérangé parce que j'ai trouvé le scénario terriblement efficace. Il faut dire que le récit traite de sujets qui m'attirent comme le folklore ou encore l'histoire des quartiers. Les personnages sont attachants et le scénario est captivant. L'album se laisse lire facilement malgré son nombre de pages et le fait qu'il y a souvent beaucoup de textes. Le dessin est pas mal et on voit très bien que l'auteur a travaillé dans l'animation. Je ne sais pas trop quoi ajouter de plus aux éloges. C'est vraiment un bon divertissement.
Vacances fatales
C'est déjà mieux que Little Ego qui m'était tombé des mains. Ici Giardino nous raconte des histoires d'adultères qui tournent souvent au crime. Sur le 4eme plat de couverture, Le Monde nous vend ces intrigues comme étant à la croisée des influences d'Alberto Moravia et d'Umberto Eco, rien que ça. Je n'ai pas assez lu ces auteurs pour confirmer. Il n'empêche, passé les deux premiers récits qui inaugurent cette bande et qui sont très anecdotiques, un vrai charme s'opère. On reconnaît alors la patte d'un auteur qui nous dépeint toujours le même profil de personnages et qui semble nous dire : "il n'y a pas d'innocent, il n'existe que des coupables". Et puis Giardino était un grand dessinateur et on n'est pas déçu à ce niveau, je garde en souvenir notamment la nouvelle qui se passe à Venise et qui est particulièrement soignée. A découvrir.
Aldébaran
Le premier cycle de cette série sur les mondes d'Aldébaran m'avait laissé un super souvenir quand je l'ai lu ado, mais en la relisant des années plus tard quelques points me chagrinent. C'est malgré tout une bonne série, qu'il faut replacer dans le contexte des années 90. Je comprends la critique sur le manque de diversité des ethnies représentées (issues de la terre) ainsi que sur les expressions faciales des personnages mais ce n'est pas ce qui m'a le plus dérangé. Après tout, les d'occidentaux n'auraient-ils pas pu lancer cette expédition et donc envoyé en priorité des occidentaux avec une plus forte proportion de personnes caucasiennes ? Cependant ce qui me chagrine le plus est le manque de diversité dans les corps ; des gentils, beaux comme des dieux sur qui tout le monde veut sauter et des méchants aux traits de méchants, trop sérieux ou bedonnants. Les corps sont tous les mêmes, interchangeables, fantasmés : des femmes avec des énormes seins bien fermes (que l'on voit beaucoup trop), des ventres plats, des belles hanches et des jambes fines, des hommes aux corps d'athlètes et aux traits anguleux ... Les personnages, surtout les femmes, sont très sexualisées, les seins toujours bien moulées, se trimballant souvent en culottes. A peine un homme rencontre un femme ou inversement qu'ils doivent coucher ensemble/être en couple... c'est trop. Surtout que Kim à 13 ans dans le premier tome et est à deux doigts de coucher avec un homme. Puis à 17 ans elle couche avec Marc qui en a 21. Son âge m'a dérangé. Elle est trop mature pour avoir 13 ans, et son rôle est plus celui d'une jeune femme que d'une gamine. C'est pour moi le gros point noir de cette série, sinon j'ai été transportée dans cet univers fantastique avec une faune et une flore bien imaginée et qui sert un beau récit d'aventure. La fin est un poil trop facile à mon goût avec une épilogue digne d'un Disney.
La Première Fleur du pays sans arbre
C'est une histoire assez longue sur la vie d'un humanitaire dans une ONG au coeur de l'Afghanistan au début des années 2000. A vrai dire on a un peu de mal à se rendre compte de la réalité de son travail à part rencontrer des gens, faire en sorte qu'ils s'entendent sur tel ou tel projet pour leur village. On se situe post attentats du 11 Septembre, c'est un pays à la population jeune qui ne connait que le conflit depuis l'invasion soviétique de la fin des années 1970. Les gens survivent plus qu'ils ne vivent dans un pays figé sans grande trace du progrès. Pas de loisirs, et certains habitants sont très isolés dans les montagnes. Le pays est le refuge des produits de consommation périmés que les autres ne veulent pas. La poussière, des paysages arides, tout cela est bien rendu par le dessin noir et blanc assez épuré. L'album contient plusieurs chapitres sur différents points de la société afghane, parfois comique et pleine de paradoxe. Sur les relations homme femme par exemple, la question du voile et de la burqa, les hommes draguent notamment à Kaboul, mais pour leur mariage ils ne veulent pas une femme "délurée" qui accepte d'aller manger une glace. Non il leur faut une femme "pure", un objet en réalité tant elle ne peut rien faire sans l'aval d'un homme. Un bon travail d'édition des Requins Marteaux avec ce livre épais. Néanmoins je relève plusieurs fautes d'orthographe notamment dans une page d'intertitre (ascène au lieu d'ascèse...), horripilant. Il y a un chapitre un peu plus long que les autres où un homme raconte son long et coûteux périple pour tenter de rejoindre l'Angleterre. Il serait intéressant de savoir ce qu'il en est 20 ans après, sans doute pas mieux voire pire.
Ghostface
Mouais. J’ai lu la série dans l’intégrale. Je ne me suis pas ennuyé, mais l’intrigue ne m’a pas emballé plus que ça. Affaire de goûts sans doute. L’histoire ressemble à une série B à l’américaine (quelques points communs avec cette île rassemblant les rebus de la société qui m’a fait penser à des films comme « New-York 1997 » de Carpenter, ou « Les guerriers de la nuit » de Hill), avec une lutte entre clans, lutte qui va se trouver dynamisée par l’arrivée d’une femme envoyée au milieu de ce panier de crabes par un laboratoire pharmaceutique à qui on a volé des produits secrets. C’est assez dynamique donc, mais les combats (pas toujours très lisibles parfois) occupent parfois trop de place, et l’intrigue elle-même n’est pas de celles qui m’intéressent. La psychologie des personnages est aussi un peu légère. Le dessin lui aussi m’a un peu laissé de côté. Même s’il possède de réelles qualités. J’ai bien aimé la colorisation (tous les tons employés donnent un rendu qui me plait). Les décors sont peu développés, mais les décors urbains en fond sont plutôt chouettes (avec cette belle colorisation en plus). Pour le reste, je ne suis pas fan du dessin des personnages. On est sur un style proche de certains comics, avec des corps bodybuildés pour les hommes, avec mâchoires carnassières, des femmes aux poitrines opulentes. Et surtout des corps très allongés, et des visages qui me paraissaient un peu petits par rapport au reste du corps. Note réelle 2,5/5.
La Folle du Sacré-Coeur (Le Coeur couronné)
Je n'étais pas prêt pour cette lecture... Jodorowsky pousse le curseur du délire assez loin ici en adoptant l'angle de la comedie de mœurs (à la sauce piquante !). Le premier tome est brillant à tous les niveaux. Moebius livre de très belles planches, s'amuse avec la gamme chromatique des couleurs pour illustrer certaines scènes tandis que Jodo met en place un canevas drôle et très original. Malheureusement ça se gâte un peu à partir du tome 2. Moebius choisit de rajeunir son dessin pour une raison inconnue et cela réduit l'histoire à sa dimension humoristique. Pour enfoncer le clou, Jodorowsky nous abreuve tout à coup de citations philosophiques faisant l'effet d'un somnifère. Cette direction est assumée et s'accélère au troisième et dernier tome. On lit sans déplaisir d'autant que Jodo est assez inspiré pour conclure son histoire. J'ai eu un peu de mal avec le running gag régressif qui sert de fil marron - haha - à l'intrigue. Le changement de style visuel est le principal défaut de cette bande. C'est fort dommage d'autant que ça partait bien avec cette couverture sublime qui sera malheureusement censurée à partir de l'édition 2020.