Quel beau voyage que ce "Dieu vagabond".
Un voyage qui fait se côtoyer la mythologie grecque et notre monde contemporain. On va suivre Eustis, un satyre du cortège de Dionysos qui s'est fait bannir du monde des dieux pour se retrouver parmi les mortels. Un récit qui passe successivement du monde réel à la mythologie au fur et à mesure des pérégrinations d'Eustis et de ses diverses rencontres, mais il n'oubliera pas de taquiner la bouteille dès que cela est possible (on ne se refait pas). Le récit aux nombreuses références est bien structuré, onirique, poétique et il n'omet pas une petite dose de réflexion. Autres atouts : les protagonistes, ils sonnent justes et on peut s'identifier facilement à eux.
Une bien belle et touchante odyssée.
Si ma lecture fut si plaisante, elle doit énormément au graphisme singulier de Fabrizio Dori. Un dessin au trait fin, détaillé et expressif au rendu légèrement statistique. À cela s'ajoute un choix judicieux des couleurs qui lui donne du cachet. Mais surtout, ces deux composantes fluctuent suivant l'évolution du récit. Superbe !
Vraiment le point fort de cet album.
Une BD à découvrir !
Le dessin est ce qui m'a attiré vers cet album : il est séduisant, sensuel, souvent émoustillant, avec de belles compositions et une mise en couleurs soignée. Il y a certes un léger aspect informatique dans le rendu, mais l'ensemble reste très agréable à regarder. Dommage en revanche que le lettrage vienne casser une partie de cette esthétique, avec une police type Comic Sans et quelques effets qui font bricolage façon PowerPoint.
Le problème, c'est que ce travail graphique est au service d'un récit qui ne suit pas. L'histoire est assez banale et surtout racontée sur un ton qui sonne faux : très littéraire, prétentieux, parfois pompeux, avec des dialogues et une voix off qui cherchent une forme de poésie mais tombent plutôt dans le lourd et l'artificiel. Cela donne une impression proche de certains téléfilms érotiques qui se veulent esthétisants, mais qui finissent par agacer par leur manque de naturel et leur suffisance.
C'est une BD qui attire l'œil mais dont le récit et les dialogues sont à l'inverse rebutants.
3.5
Une œuvre bien particulière que voilà ! Après l'avoir lu une première fois il y a quelques jours et je me suis dit que je devrais la relire au moins une fois avant de poster mon avis pour bien comprendre les subtilités de cette BD.
Je ne sais pas trop si j'ai bien tout compris parce que c'est une œuvre dense avec une structure particulière. Peut-être que je vais mieux comprendre cette partie du scénario au cours d'une autre relecture, mais je pense que j'ai assez lu ce one-shot pour le moment et j'en ai compris assez pour savoir que j'ai bien aimé. J'avoue que je me méfie toujours lorsqu'une BD a une narration qui sort du lot parce que parfois c'est un gimmick inutile qui sert juste à rendre original un scénario qui ne l'est pas. Cela semblait être un peu le cas ici au premier coup d'œil, un énième polar bien noir avec des animaux humanisés et puis au fil des pages on finit par s'apercevoir que ce n'est pas le cas. C'est un scénario riche et je ne vais pas en dire plus pour ne pas gâcher la lecture. J'ai commencé ma lecture avec le coté utilisé comme couverture sur ce site et je pense que c'est la meilleur façon de lire l'album.
Le dessin est vraiment remarquable. Un premier coup d'essai réussi pour l'auteur.
Une jeune fille dotée d'un lien mystérieux avec l'eau et la nature se retrouve au cœur d'un conflit entre traditions, forces mystiques et modernité destructrice, sur fond de construction d'un grand barrage.
Mon avis sur cette BD est assez typiquement un "oui mais…".
Oui, parce que c'est un ouvrage généreux, dense, visuellement très réussi. Le dessin est franchement beau, maîtrisé, avec des couleurs riches et une bonne capacité à embarquer dans un univers d'aventure. Il y a un vrai souffle, un sens du mouvement, des scènes marquantes, et globalement une qualité graphique qui donne envie de tourner les pages. Les personnages fonctionnent plutôt bien, même s'ils restent assez classiques, et certaines interactions ou moments d'aventure sont vraiment agréables à suivre. On sent une belle envie de raconter quelque chose, et ça se ressent.
Mais en même temps, difficile de ne pas être freiné par un gros sentiment de déjà vu. L'histoire mélange tellement d'influences qu'elle finit par perdre de sa singularité. Influence de Miyazaki avant tout, car la trame globale, comme la relation entre les deux jeunes héros ou encore les braves pirates, fait énormément penser au Château dans le ciel, avec par moments des échos à Princesse Mononoké, voire même à Ponyo sur la falaise (je pense à la scène de course sous l'eau). À cela s'ajoutent d'autres influences plus larges du récit d'aventure, et même un parallèle avec le film La Forêt d'Émeraude pour toute la dimension autour du barrage menaçant les populations locales.
Le problème, c'est que cet empilement finit par créer une certaine distance. Plutôt que d'être pleinement pris dans l'histoire, j'ai souvent eu l'impression de reconnaître des éléments déjà vus ailleurs, ce qui installe une forme d'indifférence. Même le cadre africain m'a laissé un peu perplexe : alors que les auteurs sont sud-africains, j'y ai rarement reconnu l'Afrique que je connais. J'avais plus souvent l'impression d'être dans une Amazonie fantasmée ou dans des îles du Pacifique, avec une vision assez stéréotypée de la terre d'aventure et d'exploration.
Et puis il y a la conclusion, qui m'a laissé un peu sur ma faim. Elle mélange beaucoup d'éléments, au point qu'on ne sait plus très bien quelles sont les motivations des différents camps, ni même comment interpréter la fin : elle va tellement dans tous les sens qu'on ne sait plus trop si les gentils ont vraiment gagné, ni s'il y a lieu de se réjouir au final.
Du coup, je reste partagé. Je n'ai pas été aussi captivé et emporté que je l'aurais voulu. Mais en même temps, il y a suffisamment de qualités (visuelles, rythmiques, d'ambiance) pour que je trouve que cette BD mérite d'être mise en avant. Ce n'est pas une réussite totale, mais c'est loin d'être une œuvre sans intérêt.
Et ben maintenant on adapte des reportages qui sont parus il y a des décennies !
Le thème de la shoah n'est pas nouveau dans le monde de la bande dessinée et je me demandais si cet album allait apporter quelques choses de neuf. Et ben on a un peu ça dans la seconde partie. Si j'ai déjà lu des témoignages de survivants de la shoah et comment ce génocide a influencé leurs enfants qui sont nés après le conflit, je n'avais jamais lu de témoignages d'enfants de nazis. C'est très intéressant et on voit une variétée de témoignages, entre ceux qui renient leurs parents et d'autres qui les défendent et vont jusqu'à nier la réalité en tombant dans le négationnisme. Il y a des passages vraiment intéressants, notamment ceux portant sur les rencontres entre les enfants de survivants de l'holocauste et d'enfants de nazis.
Cela dit, même si le propos est passionnant, ce n'est pas raconté de manière passionnante. La faute au dessin réaliste que j'ai trouvé franchement laid. La mise en scène est plate, même lorsque la dessinatrice essai des truc dynamiques. Dommage cela fait baisser la qualité de l'album.
Cet album ne se contente pas de raconter le seul récit d'Adam et Ève comme son titre pourrait le laisser penser. Il va plus loin en intégrant aussi l'histoire d'Abel et Caïn, puis en développant l'errance de Caïn, la naissance d'Hénoch et le devenir de la ville qui porte son nom. Cette dernière partie m'a d'ailleurs surpris, car elle n'est pas détaillée de cette manière dans la Genèse (en tout cas pas à ma connaissance), contrairement à ce que pourrait laisser entendre le sous-titre de l'album. Et à l'inverse, le récit ne dit absolument rien de Seth, pourtant troisième fils d'Adam et Ève et ancêtre supposé de l'humanité dans la tradition biblique, ce qui est assez étonnant.
Pour le reste, on est face à une adaptation globalement fidèle au texte. Il n'y a donc pas de grandes surprises pour qui connaît déjà la Genèse, mais l'ensemble est raconté de manière fluide, bien rythmée, et plutôt agréable à lire. Le dessin est classique mais solide, et accompagne efficacement le récit sans vraiment marquer durablement.
Cette fidélité a aussi pour effet de laisser apparaître assez clairement les incohérences du texte biblique. La malédiction qui frappe Caïn est présentée comme terrible, mais ne l'empêche visiblement ni de survivre ni de fonder une famille, voire une civilisation. Et surtout, rien n'explique l'origine de sa femme, qui apparaît au détour d'une case alors qu'Adam et Ève sont censés être les seuls humains sur Terre. Le dossier documentaire en fin d'album n'apporte, lui non plus, aucun éclairage sur ces zones d'ombre : il préfère s'orienter vers une réflexion plus philosophique sur le Bien, le Mal et la figure du Diable, ce qui peut être intéressant en soi, mais laisse de côté certaines questions concrètes que le récit soulève pourtant assez naturellement.
C'est une adaptation sérieuse et plutôt bien menée dans sa forme, mais qui reste très sage, sans prise de risque, et qui n'exploite pas forcément tout le potentiel de questionnement que ce texte fondateur pourrait offrir.
Il est important de ne pas confondre l'œuvre avec l'auteur, proclame la néo-herméneutique.
Nous sommes face à une biographie romancée et critique qui ne cache pas les aspects les plus désagréables d'une personnalité égocentrique et auto-martyrisée. Je pense que le plus intéressant dans le récit est la rencontre avec Klimt et sa relation d'amitié mais aussi de rivalité mimétique.
Au niveau du dessin et des couleurs, je crois que Coste a fait un bon travail. Ce n'est pas attrayant au premier contact, mais cela finit par correspondre, sans copier servilement, à l'esprit de la vie et de l'œuvre de Schiele, un Klimt moins décoratif et plus sombre.
Je recommanderais surtout la contemplation des peintures en direct. Chose que j'ai faite, encore jeune, allant exprès aux musées Albertina et Belvédère de Vienne. À cette époque, j'admirais incontestablement l'art du peintre. En plus de la peinture érotique, il fut un grand portraitiste (au-delà des autoportraits) et paysagiste (tant la nature que la ville). Je regrette que l'album ne se soit pas davantage penché sur ces peintures, mais je comprends, nous ne sommes pas ici devant un essai d'esthétique philosophique ou de philosophie de l'histoire. Le contexte de la décadence viennoise, le démantèlement de l'Empire et le pessimisme régnant ont produit des génies. Freud, entre autres, pourrait avoir quelque chose à dire sur son concitoyen. Mais il a préféré attaquer d'autres génies, comme Dostoïevski...
Souvent, je me suis demandé comment l'œuvre d'Egon aurait évolué s'il n'était pas mort à 28 ans. Comme le dit Xavier Coste à la fin, «tant de tableaux qui n'auront pas été peints».
Ce livre m'a été offert en 1970, alors que je ne savais rien de la Belgique, si ce n'est que c'était le pays de Tintin. À l'époque, je l'ai trouvé instructif, bien que je n'aimasse pas beaucoup les dessins. Aujourd'hui, je suis plus critique et je suis assez d'accord avec l'avis de Gaston : il est trop naïf et glorifie excessivement les exploits nationaux. Surtout, il parle de la « mission civilisatrice » et passe sous silence les atrocités du colonialisme au Congo.
C'est une antiquité et elle doit rester uniquement comme une curiosité historique.
La collection « La Sagesse des mythes » se développait essentiellement autour des mythes de l’Antiquité – principalement grecque. Voilà que Glénat semble vouloir la prolonger d’une collection « proche » (par le nom, la direction de Luc Ferry – qui signe encore « l’analyse » dans le dossier en fin d’album). Mais cette collection « La sagesse des mythes, contes et légendes » me semble carrément fourre-tout : en effet, le mythe biblique d’Adam et Eve ici traité voisinera avec des choses plus « littéraires » comme Lancelot, Don Juan, Carmen, Tristan et Iseult (pour ceux qui sont d’ores et déjà publiés ou annoncés). Je ne suis pas convaincu par cette extension, qui fait un peu « ratissage » pour pouvoir prendre tout et n’importe quoi.
Bon, je ne sais pas si cet apriori négatif a joué, mais toujours est-il que je n’ai pas aimé cet « Adam et Eve ». il peut se laisser lire, mais je l’ai trouvé creux, mièvre, manquant singulièrement d’allant, de force épique. On y trouve une version classique de la Genèse, autour d’Adam et d’Eve donc, puis de Caïn et Abel et de leur descendance, qui peuple la Terre en travaillant, subissant générations après générations les conséquences de la prétendue faute d’Eve. On reste dans une vision très sexiste, mais aussi manichéenne, autour de la notion de « mal ». Mais l’athée que je suis s’est ennuyé durant cette lecture (courte au demeurant), il n’y a pas là de merveilleux (comme dans le tableau de Bosch « Le jardin des délices – reproduit pour illustrer le texte de Ferry) pour contrebalancer un discours très normé et castrateur. Le texte de Ferry se concentre uniquement sur la notion de Mal/Satan, mais la partie BD semble exempte d’allégorie et, prise comme un récit lambda, elle est très quelconque.
J’ajoute que je ne suis pas fan du rendu du dessin – et surtout de la colorisation (affaire de goût peut-être, c’est quand même très lisible).
Bon, le second tome se fait pas mal attendre, au point qu’on puisse craindre un abandon de cette série ? Si sur le principe ça me gênerait, dans les faits mon regret serait atténué par le fait que je n’ai que très moyennement accroché à ce tome inaugural. En tout cas bien moins que mon prédécesseur.
Le point de départ fait immanquablement penser à « Gladiator » (un général victorieux qui brusquement va tomber en disgrâce en s’approchant trop de l’empereur…). Ça s’en écarte ensuite pour se centrer sur la folie de Caligula, notre héros déchu, Falco se trouvant, avec une dizaine d’autres prisonniers divers (dont un chef barbare capturé par notre héros au départ) au cœur d’une chasse à l’homme, qui occupe entièrement la seconde moitié de cet album.
C’est un peu léger et fait rapidement passer au second plan les critiques sociales entrevues (certains notables romains étant nostalgiques de la République).
En fait plusieurs choses m’ont gêné. D’abord le beau frère de Falco est un peu caricatural, et je n’ai pas trop accroché au visage presque juvénile qu’on lui donne parfois (plus généralement, je n’ai pas accroché au rendu des visages…).
Surtout, la chasse à l’homme occupe trop de place, et manque clairement de subtilités. Tous les hommes sont éliminés les uns après les autres (tous se sont bêtement isolés et sont victimes tour à tour de ce que Caligula envoie pour les tuer, tandis que Falco et le chef barbare sont bien évidemment plus malin (en plus d’être les plus forts au combat), je vous laisse deviner qui va s’en sortir.
Contrairement aux archers Parthes, lions, Pictes qui poursuivent Falco, je pense l’abandonner…
Note réelle 2,5/5.
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Le Dieu vagabond
Quel beau voyage que ce "Dieu vagabond". Un voyage qui fait se côtoyer la mythologie grecque et notre monde contemporain. On va suivre Eustis, un satyre du cortège de Dionysos qui s'est fait bannir du monde des dieux pour se retrouver parmi les mortels. Un récit qui passe successivement du monde réel à la mythologie au fur et à mesure des pérégrinations d'Eustis et de ses diverses rencontres, mais il n'oubliera pas de taquiner la bouteille dès que cela est possible (on ne se refait pas). Le récit aux nombreuses références est bien structuré, onirique, poétique et il n'omet pas une petite dose de réflexion. Autres atouts : les protagonistes, ils sonnent justes et on peut s'identifier facilement à eux. Une bien belle et touchante odyssée. Si ma lecture fut si plaisante, elle doit énormément au graphisme singulier de Fabrizio Dori. Un dessin au trait fin, détaillé et expressif au rendu légèrement statistique. À cela s'ajoute un choix judicieux des couleurs qui lui donne du cachet. Mais surtout, ces deux composantes fluctuent suivant l'évolution du récit. Superbe ! Vraiment le point fort de cet album. Une BD à découvrir !
Bye bye tristesse
Le dessin est ce qui m'a attiré vers cet album : il est séduisant, sensuel, souvent émoustillant, avec de belles compositions et une mise en couleurs soignée. Il y a certes un léger aspect informatique dans le rendu, mais l'ensemble reste très agréable à regarder. Dommage en revanche que le lettrage vienne casser une partie de cette esthétique, avec une police type Comic Sans et quelques effets qui font bricolage façon PowerPoint. Le problème, c'est que ce travail graphique est au service d'un récit qui ne suit pas. L'histoire est assez banale et surtout racontée sur un ton qui sonne faux : très littéraire, prétentieux, parfois pompeux, avec des dialogues et une voix off qui cherchent une forme de poésie mais tombent plutôt dans le lourd et l'artificiel. Cela donne une impression proche de certains téléfilms érotiques qui se veulent esthétisants, mais qui finissent par agacer par leur manque de naturel et leur suffisance. C'est une BD qui attire l'œil mais dont le récit et les dialogues sont à l'inverse rebutants.
L'Orfèvre (Lozes)
3.5 Une œuvre bien particulière que voilà ! Après l'avoir lu une première fois il y a quelques jours et je me suis dit que je devrais la relire au moins une fois avant de poster mon avis pour bien comprendre les subtilités de cette BD. Je ne sais pas trop si j'ai bien tout compris parce que c'est une œuvre dense avec une structure particulière. Peut-être que je vais mieux comprendre cette partie du scénario au cours d'une autre relecture, mais je pense que j'ai assez lu ce one-shot pour le moment et j'en ai compris assez pour savoir que j'ai bien aimé. J'avoue que je me méfie toujours lorsqu'une BD a une narration qui sort du lot parce que parfois c'est un gimmick inutile qui sert juste à rendre original un scénario qui ne l'est pas. Cela semblait être un peu le cas ici au premier coup d'œil, un énième polar bien noir avec des animaux humanisés et puis au fil des pages on finit par s'apercevoir que ce n'est pas le cas. C'est un scénario riche et je ne vais pas en dire plus pour ne pas gâcher la lecture. J'ai commencé ma lecture avec le coté utilisé comme couverture sur ce site et je pense que c'est la meilleur façon de lire l'album. Le dessin est vraiment remarquable. Un premier coup d'essai réussi pour l'auteur.
Kariba
Une jeune fille dotée d'un lien mystérieux avec l'eau et la nature se retrouve au cœur d'un conflit entre traditions, forces mystiques et modernité destructrice, sur fond de construction d'un grand barrage. Mon avis sur cette BD est assez typiquement un "oui mais…". Oui, parce que c'est un ouvrage généreux, dense, visuellement très réussi. Le dessin est franchement beau, maîtrisé, avec des couleurs riches et une bonne capacité à embarquer dans un univers d'aventure. Il y a un vrai souffle, un sens du mouvement, des scènes marquantes, et globalement une qualité graphique qui donne envie de tourner les pages. Les personnages fonctionnent plutôt bien, même s'ils restent assez classiques, et certaines interactions ou moments d'aventure sont vraiment agréables à suivre. On sent une belle envie de raconter quelque chose, et ça se ressent. Mais en même temps, difficile de ne pas être freiné par un gros sentiment de déjà vu. L'histoire mélange tellement d'influences qu'elle finit par perdre de sa singularité. Influence de Miyazaki avant tout, car la trame globale, comme la relation entre les deux jeunes héros ou encore les braves pirates, fait énormément penser au Château dans le ciel, avec par moments des échos à Princesse Mononoké, voire même à Ponyo sur la falaise (je pense à la scène de course sous l'eau). À cela s'ajoutent d'autres influences plus larges du récit d'aventure, et même un parallèle avec le film La Forêt d'Émeraude pour toute la dimension autour du barrage menaçant les populations locales. Le problème, c'est que cet empilement finit par créer une certaine distance. Plutôt que d'être pleinement pris dans l'histoire, j'ai souvent eu l'impression de reconnaître des éléments déjà vus ailleurs, ce qui installe une forme d'indifférence. Même le cadre africain m'a laissé un peu perplexe : alors que les auteurs sont sud-africains, j'y ai rarement reconnu l'Afrique que je connais. J'avais plus souvent l'impression d'être dans une Amazonie fantasmée ou dans des îles du Pacifique, avec une vision assez stéréotypée de la terre d'aventure et d'exploration. Et puis il y a la conclusion, qui m'a laissé un peu sur ma faim. Elle mélange beaucoup d'éléments, au point qu'on ne sait plus très bien quelles sont les motivations des différents camps, ni même comment interpréter la fin : elle va tellement dans tous les sens qu'on ne sait plus trop si les gentils ont vraiment gagné, ni s'il y a lieu de se réjouir au final. Du coup, je reste partagé. Je n'ai pas été aussi captivé et emporté que je l'aurais voulu. Mais en même temps, il y a suffisamment de qualités (visuelles, rythmiques, d'ambiance) pour que je trouve que cette BD mérite d'être mise en avant. Ce n'est pas une réussite totale, mais c'est loin d'être une œuvre sans intérêt.
Les Mémoires de la Shoah
Et ben maintenant on adapte des reportages qui sont parus il y a des décennies ! Le thème de la shoah n'est pas nouveau dans le monde de la bande dessinée et je me demandais si cet album allait apporter quelques choses de neuf. Et ben on a un peu ça dans la seconde partie. Si j'ai déjà lu des témoignages de survivants de la shoah et comment ce génocide a influencé leurs enfants qui sont nés après le conflit, je n'avais jamais lu de témoignages d'enfants de nazis. C'est très intéressant et on voit une variétée de témoignages, entre ceux qui renient leurs parents et d'autres qui les défendent et vont jusqu'à nier la réalité en tombant dans le négationnisme. Il y a des passages vraiment intéressants, notamment ceux portant sur les rencontres entre les enfants de survivants de l'holocauste et d'enfants de nazis. Cela dit, même si le propos est passionnant, ce n'est pas raconté de manière passionnante. La faute au dessin réaliste que j'ai trouvé franchement laid. La mise en scène est plate, même lorsque la dessinatrice essai des truc dynamiques. Dommage cela fait baisser la qualité de l'album.
Adam et Eve - La Genèse
Cet album ne se contente pas de raconter le seul récit d'Adam et Ève comme son titre pourrait le laisser penser. Il va plus loin en intégrant aussi l'histoire d'Abel et Caïn, puis en développant l'errance de Caïn, la naissance d'Hénoch et le devenir de la ville qui porte son nom. Cette dernière partie m'a d'ailleurs surpris, car elle n'est pas détaillée de cette manière dans la Genèse (en tout cas pas à ma connaissance), contrairement à ce que pourrait laisser entendre le sous-titre de l'album. Et à l'inverse, le récit ne dit absolument rien de Seth, pourtant troisième fils d'Adam et Ève et ancêtre supposé de l'humanité dans la tradition biblique, ce qui est assez étonnant. Pour le reste, on est face à une adaptation globalement fidèle au texte. Il n'y a donc pas de grandes surprises pour qui connaît déjà la Genèse, mais l'ensemble est raconté de manière fluide, bien rythmée, et plutôt agréable à lire. Le dessin est classique mais solide, et accompagne efficacement le récit sans vraiment marquer durablement. Cette fidélité a aussi pour effet de laisser apparaître assez clairement les incohérences du texte biblique. La malédiction qui frappe Caïn est présentée comme terrible, mais ne l'empêche visiblement ni de survivre ni de fonder une famille, voire une civilisation. Et surtout, rien n'explique l'origine de sa femme, qui apparaît au détour d'une case alors qu'Adam et Ève sont censés être les seuls humains sur Terre. Le dossier documentaire en fin d'album n'apporte, lui non plus, aucun éclairage sur ces zones d'ombre : il préfère s'orienter vers une réflexion plus philosophique sur le Bien, le Mal et la figure du Diable, ce qui peut être intéressant en soi, mais laisse de côté certaines questions concrètes que le récit soulève pourtant assez naturellement. C'est une adaptation sérieuse et plutôt bien menée dans sa forme, mais qui reste très sage, sans prise de risque, et qui n'exploite pas forcément tout le potentiel de questionnement que ce texte fondateur pourrait offrir.
Egon Schiele
Il est important de ne pas confondre l'œuvre avec l'auteur, proclame la néo-herméneutique. Nous sommes face à une biographie romancée et critique qui ne cache pas les aspects les plus désagréables d'une personnalité égocentrique et auto-martyrisée. Je pense que le plus intéressant dans le récit est la rencontre avec Klimt et sa relation d'amitié mais aussi de rivalité mimétique. Au niveau du dessin et des couleurs, je crois que Coste a fait un bon travail. Ce n'est pas attrayant au premier contact, mais cela finit par correspondre, sans copier servilement, à l'esprit de la vie et de l'œuvre de Schiele, un Klimt moins décoratif et plus sombre. Je recommanderais surtout la contemplation des peintures en direct. Chose que j'ai faite, encore jeune, allant exprès aux musées Albertina et Belvédère de Vienne. À cette époque, j'admirais incontestablement l'art du peintre. En plus de la peinture érotique, il fut un grand portraitiste (au-delà des autoportraits) et paysagiste (tant la nature que la ville). Je regrette que l'album ne se soit pas davantage penché sur ces peintures, mais je comprends, nous ne sommes pas ici devant un essai d'esthétique philosophique ou de philosophie de l'histoire. Le contexte de la décadence viennoise, le démantèlement de l'Empire et le pessimisme régnant ont produit des génies. Freud, entre autres, pourrait avoir quelque chose à dire sur son concitoyen. Mais il a préféré attaquer d'autres génies, comme Dostoïevski... Souvent, je me suis demandé comment l'œuvre d'Egon aurait évolué s'il n'était pas mort à 28 ans. Comme le dit Xavier Coste à la fin, «tant de tableaux qui n'auront pas été peints».
L'Aventure des Belges
Ce livre m'a été offert en 1970, alors que je ne savais rien de la Belgique, si ce n'est que c'était le pays de Tintin. À l'époque, je l'ai trouvé instructif, bien que je n'aimasse pas beaucoup les dessins. Aujourd'hui, je suis plus critique et je suis assez d'accord avec l'avis de Gaston : il est trop naïf et glorifie excessivement les exploits nationaux. Surtout, il parle de la « mission civilisatrice » et passe sous silence les atrocités du colonialisme au Congo. C'est une antiquité et elle doit rester uniquement comme une curiosité historique.
Adam et Eve - La Genèse
La collection « La Sagesse des mythes » se développait essentiellement autour des mythes de l’Antiquité – principalement grecque. Voilà que Glénat semble vouloir la prolonger d’une collection « proche » (par le nom, la direction de Luc Ferry – qui signe encore « l’analyse » dans le dossier en fin d’album). Mais cette collection « La sagesse des mythes, contes et légendes » me semble carrément fourre-tout : en effet, le mythe biblique d’Adam et Eve ici traité voisinera avec des choses plus « littéraires » comme Lancelot, Don Juan, Carmen, Tristan et Iseult (pour ceux qui sont d’ores et déjà publiés ou annoncés). Je ne suis pas convaincu par cette extension, qui fait un peu « ratissage » pour pouvoir prendre tout et n’importe quoi. Bon, je ne sais pas si cet apriori négatif a joué, mais toujours est-il que je n’ai pas aimé cet « Adam et Eve ». il peut se laisser lire, mais je l’ai trouvé creux, mièvre, manquant singulièrement d’allant, de force épique. On y trouve une version classique de la Genèse, autour d’Adam et d’Eve donc, puis de Caïn et Abel et de leur descendance, qui peuple la Terre en travaillant, subissant générations après générations les conséquences de la prétendue faute d’Eve. On reste dans une vision très sexiste, mais aussi manichéenne, autour de la notion de « mal ». Mais l’athée que je suis s’est ennuyé durant cette lecture (courte au demeurant), il n’y a pas là de merveilleux (comme dans le tableau de Bosch « Le jardin des délices – reproduit pour illustrer le texte de Ferry) pour contrebalancer un discours très normé et castrateur. Le texte de Ferry se concentre uniquement sur la notion de Mal/Satan, mais la partie BD semble exempte d’allégorie et, prise comme un récit lambda, elle est très quelconque. J’ajoute que je ne suis pas fan du rendu du dessin – et surtout de la colorisation (affaire de goût peut-être, c’est quand même très lisible).
Nemoralia
Bon, le second tome se fait pas mal attendre, au point qu’on puisse craindre un abandon de cette série ? Si sur le principe ça me gênerait, dans les faits mon regret serait atténué par le fait que je n’ai que très moyennement accroché à ce tome inaugural. En tout cas bien moins que mon prédécesseur. Le point de départ fait immanquablement penser à « Gladiator » (un général victorieux qui brusquement va tomber en disgrâce en s’approchant trop de l’empereur…). Ça s’en écarte ensuite pour se centrer sur la folie de Caligula, notre héros déchu, Falco se trouvant, avec une dizaine d’autres prisonniers divers (dont un chef barbare capturé par notre héros au départ) au cœur d’une chasse à l’homme, qui occupe entièrement la seconde moitié de cet album. C’est un peu léger et fait rapidement passer au second plan les critiques sociales entrevues (certains notables romains étant nostalgiques de la République). En fait plusieurs choses m’ont gêné. D’abord le beau frère de Falco est un peu caricatural, et je n’ai pas trop accroché au visage presque juvénile qu’on lui donne parfois (plus généralement, je n’ai pas accroché au rendu des visages…). Surtout, la chasse à l’homme occupe trop de place, et manque clairement de subtilités. Tous les hommes sont éliminés les uns après les autres (tous se sont bêtement isolés et sont victimes tour à tour de ce que Caligula envoie pour les tuer, tandis que Falco et le chef barbare sont bien évidemment plus malin (en plus d’être les plus forts au combat), je vous laisse deviner qui va s’en sortir. Contrairement aux archers Parthes, lions, Pictes qui poursuivent Falco, je pense l’abandonner… Note réelle 2,5/5.