J'ai hésité sur ma note, mais le ressenti final est bel et bien que j'ai raté un truc, donc que la BD n'est pas parvenue à me faire comprendre ce qu'elle voulait dire. Et ma note s'en ressent.
C'est une autrice que je ne connaissais pas mais avec un trait intéressant, à défaut d'être mémorable. Il y a une esthétique qui tend parfois vers le glauque dans les visages, notamment la transpiration lors du stress, et qui est parfois dérangeant dans la façon de représenter les choses, surtout lors des rapports au corps qui est une thématique de la BD mais dont je n'ai pas compris l'enjeu.
En fait, c'est surtout que je ne vois pas trop ce que la BD raconte. C'est une jeune femme dans une famille dysfonctionnelle qui veut vivre seule et s'émanciper, tandis que revient son ancienne amie top-modèle et qu'elle semble avoir du mal à s'entendre avec son copain. Sauf qu'au-delà de ça, alors qu'une montée en pression survient et qu'elle fait un geste (symboliquement en couverture de l'album), la BD n'arrive pas à parler de quelque chose de concret. Le soufflé retombe sur une fin réaliste, sans doute, mais qui n'a pas vraiment d'intérêt narratif. J'avais plein de questions sans réponses lorsque j'ai fermé l'album : pourquoi ce rapport avec la mère à la fin, que veut-il dire sur elle, sur elles ? Pourquoi un personnage couche à la fin avec ce type qui semble être problématique, qu'est-ce que ça veut dire ? Pourquoi nous montrer ça sans développement ?
Je vois bien un rapport à la sincérité, au mensonge, au corps aussi (il y a une opposition entre la mannequin et celle qui a un corps un peu ordinaire), mais quel est le lien avec le reste ? C'est une histoire de passage à l'âge adulte, des conneries qu'on est prêt à faire quand la vie nous pousse à bout, un commentaire social sur la place des femmes, une réflexion sur la violence ? Tout ça ou rien, on en sait pas plus au final. Tout est trop lent et trop rapide, pas de thématiques claires, pas de liens entre les questions ... J'en ressors plus curieux que satisfait, notamment parce que je ne sais pas du tout ce que l'autrice voulait traiter comme sujet. Soit il y en a trop, soit c'est pas assez développé. Et dans ce cas, je ne peux pas recommander cette lecture.
Cette BD raconte l'AVC du père du personnage et les conséquences sur sa vie, notamment le fait qu'il n'arrive désormais qu'à dire une petite poignée de mots notamment "merveilleux", mot qu'il ne semblait pas employer beaucoup auparavant.
Cookie Kalkaire raconte surtout une histoire de famille, la sienne, avec tous les bouleversements qu'elle connut suite à cet évènement. Cookie Kalkaire est alors au Canada avec sa compagne, son père est remariée, il a une autre fille encore mineure et son ancienne femme ne lui parle plus. Désormais, le père est bloqué sur des mots, a du mal à bouger ses membres et ne peut plus s'exprimer pleinement. Commence le travail de rééducation et la famille doit accepter tout cela.
La BD m'a fait penser à une autre, Silence radio - 36 mois pour me relever d’un AVC, mais avec le point de vue de la famille plutôt que celle de l'intéressé ici. Et on sent les différentes révolutions que cela opère dans la famille, entre la sœur qui grandit d'un coup et trop vite, la réconciliation inattendue avec l'ex-femme et les mouvements de chacun pour se rapprocher. Les tensions débarquent aussi, et la vie avance. La résolution ne sera pas finale, c'est une tranche de vie avec les bouleversements d'un AVC, on finit sur la vie qui continue et certaines choses résolues, d'autres non. La BD s'inscrit aussi sur le temps long, plusieurs années passent avec les chapitres. Au final, c'est une BD sur la famille dans le temps long, une sorte de réconciliation avec le père.
Le dessin de Cookie Kalkaire est assez bon, j'avais noté son travail avec Pénis de table et il est identique ici. Ses touches de couleurs sont maitrisés, le dessin est très expressif et il arrive à faire des passages drôles et d'autres tendres sans jamais exagérer de manière outrancière. C'est une BD agréable à lire, au sujet qui intéressera du monde et que je conseille. Agréable, quoi !
Le projet formaliste en diable expliqué en postface (une volonté narrative d'autonomiser chaque planche pour une possible reconstitution en strips façon comics des 50's) est davantage une curiosité oulipienne qu'une démarche proprement intéressante pour le lecteur, car objectivement peu lisible durant la lecture hormis via sa conséquence rythmique et le sentiment d'une avancée dramatique saccadée. Inversement, l'entrée en matière explicitant le voyage dans le temps est véritablement catastrophique : l'essentiel passe par des dialogues d'une lourdeur incroyable et le vu et revu procédé scénaristique de l'évanouissement.
Malgré ces deux premières planches d'une finesse pachydermique, une intrigue d'espionnage nous faisant avaler bien des couleuvres et un humour certes pertinent mais répétitif, car toujours basé sur l'observation ironique d'un quotidien des années 50's par un regard façonné en 2025 (l'on ne retrouve pas ici le sel des dialogues d'un Lapinot, multipliant les bons mots, mais toujours en liaison avec une intrigue avançant en partie grâce à eux) ; bref, malgré tous ces défauts, la lecture demeure agréable. L'hommage (aux strips, aux illustrations à l'ancienne, à l'espionnage, à notre représentation des années 50's, à Audrey Hepburn...) est sincère, le rythme d'une originalité intrigante, le principe du voyage dans le temps forcément ludique, le petit monde des actrices en devenir toujours intéressant, l'humour féministe malgré tout plaisant.
Oublions tout ce que cette BD aurait pu être et retenons honnêtement le plaisir de la lire.
Été 1966. Dans le petit village de Saint-Allaire vit Anna Soulette, jeune femme qui attise les convoitises. Autour d'elle se nouent jalousies amoureuses, rivalités de village et soupçons liés à un magot caché, sur fond de chronique rurale teintée de polar.
J'ai passé un agréable moment de lecture. Sans être révolutionnaire, l'album fonctionne grâce à son mélange de comédie rurale, de satire sociale et de léger suspense, le tout rythmé par des chapitres introduits par des textes malicieux. Les personnages sont très typés, parfois à la limite de la caricature, mais ils donnent chair à cette France des années 60 reconstituée avec soin. Les dialogues regorgent de bons mots et de sous-entendus, et l'on sent que le scénariste et romancier Franck Bouysse prend plaisir à ciseler ses formules.
Graphiquement, le trait expressif de Daniel Casanave, allié aux couleurs fraîches et lumineuses de Claire Champion, apporte une touche moderne à cet univers rétro. L'ensemble dégage une belle lumière et un charme certain, entre tendresse et ironie.
L'intrigue reste assez simple et sa résolution m'a semblé un peu facile, presque tombée de nulle part. Il y a une enquête policière, même si elle est annexe au récit principal, et elle est résolue grâce à un indice que j'ai eu l'impression de ne jamais avoir vu auparavant (hormis sa découverte), désignant un coupable dont rien ne laissait présager les motivations ni le passage à l'acte. Quant à la conclusion de l'intrigue principale, elle est heureuse et apaisée, ce qui a le mérite de déjouer les attentes, mais elle m'a également paru trop commode au regard des ombres qui planaient jusque-là. Tout semblait annoncer un basculement vers le drame : racisme ordinaire, avidité, rancœurs familiales, haines tenaces... Cette tension constante m'a d'ailleurs empêché de goûter pleinement la douceur supposée de ce village, qui aurait autrement eu tout pour me séduire.
Je ressors donc relativement diverti de ma lecture, ayant apprécié la part ensoleillée de son ambiance et de ses dialogues truculents, mais étant resté plus réservé face à sa tension dramatique et à la rapidité de sa résolution.
Récemment, j'ai découvert la quasi-totalité des films de Jean Yanne, que je ne connaissais pour ainsi dire pas. Excellente découverte de cet humour d'une autre époque, parfait reflet de ladite époque ! En apprenant qu'il avait fait deux bandes dessinées avec Tito Topin, dessinateur de plusieurs génériques mémorables de ses films, je me suis précipité dessus.
Là encore, Les Dossiers du B.I.D.E. sont le parfait reflet d'une époque. Déjà graphiquement, il n'y a qu'à regarder une seule page, Topin abuse largement du style psychédélique. Tout est ultra-flash, aucun trait n'est droit, le dessinateur s'échappe de la réalité dès qu'il le peut, ce qui - à mon sens - rencontre vite ses limites dans une bande dessinée, où la narration du récit nécessite une cohérence minimale. Ici, c'est parfois difficile à suivre, ou juste lassant, dans la mesure où ça n'est vraiment pas un style graphique auquel j'adhère.
Cela dit, on retrouve complètement l'esprit de Jean Yanne au scénario, et là, pour le coup, j'adhère bien davantage. Les dialogues sont truffés de calembours tous plus nuls (et donc hilarants) les uns que les autres. Au-delà de ça, Yanne s'amuse comme toujours à dézinguer toutes les institutions de son époque avec une acidité qui fait du bien. C'est décapant, mais jamais véritablement méchant, on sent bien que l'auteur tire sur des institutions, des groupes, des symboles, mais jamais sur les personnes en elles-mêmes. Impression renforcée par le recours à l'absurde (très poussé) qui atténue la charge politique qu'on aurait pu voir dans ces récits.
Même si je préférerais toujours les films de Yanne, particulièrement ses deux sommets que sont Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil et surtout le génialissime Moi y'en a vouloir des sous, je n'ai donc pas détesté la lecture de ces deux bandes dessinées, même si je pense que, finalement, elles auraient eu plus de portée avec un dessin plus classique. Mais pour les amateurs de l'humour "yannesque", c'est à lire.
Des trois albums de Vera Brosgol traduits en français jusqu'à présent, c'est celui-ci qui m'a paru le moins intéressant.
Il faut dire que les deux albums contiennent des éléments fantastiques et donc que tout pouvait arriver alors qu'ici on est dans un récit basé sur des souvenirs de colos de l'autrice ainsi que des gens de son entourage, alors tout est plus terre à terre. On suit donc une jeune fille américaine d'origine russe qui a du mal à se faire des amies et qui espère s'en faire dans une colo qui s'adresse aux expatriés russes. Évidemment, cela ne va pas se passer aussi facilement qu'elle le pensait et elle est souvent très malheureuse.
Le one-shot n'est pas mauvais en soi, il se laisse lire sans problème, il y a des bonnes scènes et le dessin de Brosgol est toujours aussi bon. Les introvertis comme l'héroïne risquent de se retrouver dans certaines situations. Le problème est qu'au final le scénario est trop banal et un peu trop convenu pour être passionnant à lire. Le seul aspect vraiment original est que cela se passe dans un camp pour Russes orthodoxes, mais la plupart du temps on dirait que ça se passe dans n'importe quelle colo de vacances.
3.5
Un conte moderne bien sympathique à lire.
L'histoire met en vedette une fille grosse, riche et seule qui risque de se retrouver à la rue et qui est amoureuse du beau Peter qui s'est fait enlevé par une sirène ! Le récit est dans le ton de ce que l'on retrouve dans la production de young adult moderne et Jane et Peter sont des personnages plus complexes que ce que l'on retrouve dans les vieux contes. L'héroïne est une victime, mais elle a aussi des défauts et elle participe à la mentalité que la beauté est tout ce qui compte. Les péripéties sont prenantes et les personnages sont attachants. Certaines scènes m'ont ému. Il y a quelques grosses facilités et des grosses coïncidences, mais en même temps cela fait partie des règles des contes.
Le dessin de Vera Brosgol est dynamique et expressif comme je l'aime. La narration est fluide et les plus de 300 pages de cet album se lisent facilement. Un album avec un beau message que je recommande aux adolescents.
Un peu déçu par cette bd qui reste néanmoins très correcte.
Je l’ai avant tout lue pour comprendre le mécanisme des pyramides de Ponzi.
Ce n’est pas incompréhensible, mais j’ai trouvé les explications assez courtes et peu instructives.
J’aurais aimé des explications plus pédagogiques, plus travaillées à la Christophe Blain par exemple.
L’aspect biographique sur Sieur Ponzi est cependant assez sympathique.
Le dessin a un côté romantique et nous transporte facilement à cette époque.
Note : 2,5
Si l’album est vaguement romancé, et que l’héroïne se prénomme Paula, il semblerait qu’Hermine nous raconte ici quelque chose d’autobiographique.
L’album est donc uniquement centré sur Laura, qui monologue, discute avec sa psy, ou a quelques échanges avec ses parents ou quelques amis. Tout tourne autour de ses obsessions – directement liées aux injonctions de la société, relayées par amis, collègues, parents – pour lesquelles Laura devrait être « belle », c’est-à-dire sans « gras superflu ».
Au milieu des dépressions, des régimes plus ou moins violents et exotiques, des tentatives pour cacher à ses proches son mal-être et ses kilos sous disant en trop, Paula cherche à émerger, à trouver une solution. Déjà à s’accepter telle qu’elle est. Et comprendre les mécanismes à l’œuvre.
En fin d’album, de nombreuses ressources (numéros verts/hotlines, bibliographie, associations) pouvant aider ceux et celles (les femmes étant plus touchées que les hommes par les injonctions sociétales) qui rencontreraient les mêmes soucis que Paula.
Le dessin est statique, avec quelques itérations iconiques, et la narration n’est pas non plus très dynamique. Mais l’essentiel est sans doute ailleurs, l’album a surtout valeur d’exemple, de lecture propice à déclencher un processus de sortie d’une spirale négative (qui peut mener au suicide).
C’est je crois la première série que je lis dans cette collection, et je commence avec un mythe qui n’est pas grec. Mais qui est fondateur, puisqu’il a plus ou moins inspiré des personnages et épisodes de la Bible (voir l’épisode du déluge) ou des mythes grecs (Héraclès par exemple).
Ce triptyque est globalement bien fichu, intéressant. C’est une très bonne vulgarisation de ce mythe. En fin de premier tome, Luc Ferry propose une très bonne présentation et analyse de ce mythe. Je ne sais trop quoi penser de cet emplacement. En effet, il permet au lecteur n’ayant aucune connaissance du mythe de se familiariser avec lui rapidement – et cela devait aussi jouer pour l’éditeur, soucieux de captiver un lectorat pour les tomes suivants. Mais d’un autre côté ce texte très bien fichu « spoile » complètement le récit, et du coup les deux derniers albums ne ménagent aucune surprise et font même un peu redite par rapport au texte de Ferry (je serais donc tenté de recommander la lecture du texte de Ferry après avoir lu les trois albums BD).
Pour ce qui est de la partie BD donc, la narration est aérée, l’histoire est facile à suivre. La conclusion brutale prend son sens après lecture du texte de Ferry.
Le dessin fait le boulot – même s’il est avare de détails. Le changement au niveau de la colorisation dans le dernier tome est un peu surprenant au début, mais le changement s’avère finalement mineur (mais elle lisse un peu trop les détails quand même).
Si ce mythe vous a intéressé, je vous recommande la version de Jens Harder (Gilgamesh (Harder)), un auteur que j’aime beaucoup, et qui a produit quelque chose de plus exigeant, jouant sur un tout autre registre que ce triptyque : deux lectures complémentaires finalement, celle de « La sagesse des mythes » étant clairement plus grand – ou tout – public.
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J'ai hésité sur ma note, mais le ressenti final est bel et bien que j'ai raté un truc, donc que la BD n'est pas parvenue à me faire comprendre ce qu'elle voulait dire. Et ma note s'en ressent. C'est une autrice que je ne connaissais pas mais avec un trait intéressant, à défaut d'être mémorable. Il y a une esthétique qui tend parfois vers le glauque dans les visages, notamment la transpiration lors du stress, et qui est parfois dérangeant dans la façon de représenter les choses, surtout lors des rapports au corps qui est une thématique de la BD mais dont je n'ai pas compris l'enjeu. En fait, c'est surtout que je ne vois pas trop ce que la BD raconte. C'est une jeune femme dans une famille dysfonctionnelle qui veut vivre seule et s'émanciper, tandis que revient son ancienne amie top-modèle et qu'elle semble avoir du mal à s'entendre avec son copain. Sauf qu'au-delà de ça, alors qu'une montée en pression survient et qu'elle fait un geste (symboliquement en couverture de l'album), la BD n'arrive pas à parler de quelque chose de concret. Le soufflé retombe sur une fin réaliste, sans doute, mais qui n'a pas vraiment d'intérêt narratif. J'avais plein de questions sans réponses lorsque j'ai fermé l'album : pourquoi ce rapport avec la mère à la fin, que veut-il dire sur elle, sur elles ? Pourquoi un personnage couche à la fin avec ce type qui semble être problématique, qu'est-ce que ça veut dire ? Pourquoi nous montrer ça sans développement ? Je vois bien un rapport à la sincérité, au mensonge, au corps aussi (il y a une opposition entre la mannequin et celle qui a un corps un peu ordinaire), mais quel est le lien avec le reste ? C'est une histoire de passage à l'âge adulte, des conneries qu'on est prêt à faire quand la vie nous pousse à bout, un commentaire social sur la place des femmes, une réflexion sur la violence ? Tout ça ou rien, on en sait pas plus au final. Tout est trop lent et trop rapide, pas de thématiques claires, pas de liens entre les questions ... J'en ressors plus curieux que satisfait, notamment parce que je ne sais pas du tout ce que l'autrice voulait traiter comme sujet. Soit il y en a trop, soit c'est pas assez développé. Et dans ce cas, je ne peux pas recommander cette lecture.
Merveilleux !
Cette BD raconte l'AVC du père du personnage et les conséquences sur sa vie, notamment le fait qu'il n'arrive désormais qu'à dire une petite poignée de mots notamment "merveilleux", mot qu'il ne semblait pas employer beaucoup auparavant. Cookie Kalkaire raconte surtout une histoire de famille, la sienne, avec tous les bouleversements qu'elle connut suite à cet évènement. Cookie Kalkaire est alors au Canada avec sa compagne, son père est remariée, il a une autre fille encore mineure et son ancienne femme ne lui parle plus. Désormais, le père est bloqué sur des mots, a du mal à bouger ses membres et ne peut plus s'exprimer pleinement. Commence le travail de rééducation et la famille doit accepter tout cela. La BD m'a fait penser à une autre, Silence radio - 36 mois pour me relever d’un AVC, mais avec le point de vue de la famille plutôt que celle de l'intéressé ici. Et on sent les différentes révolutions que cela opère dans la famille, entre la sœur qui grandit d'un coup et trop vite, la réconciliation inattendue avec l'ex-femme et les mouvements de chacun pour se rapprocher. Les tensions débarquent aussi, et la vie avance. La résolution ne sera pas finale, c'est une tranche de vie avec les bouleversements d'un AVC, on finit sur la vie qui continue et certaines choses résolues, d'autres non. La BD s'inscrit aussi sur le temps long, plusieurs années passent avec les chapitres. Au final, c'est une BD sur la famille dans le temps long, une sorte de réconciliation avec le père. Le dessin de Cookie Kalkaire est assez bon, j'avais noté son travail avec Pénis de table et il est identique ici. Ses touches de couleurs sont maitrisés, le dessin est très expressif et il arrive à faire des passages drôles et d'autres tendres sans jamais exagérer de manière outrancière. C'est une BD agréable à lire, au sujet qui intéressera du monde et que je conseille. Agréable, quoi !
Green Witch Village
Le projet formaliste en diable expliqué en postface (une volonté narrative d'autonomiser chaque planche pour une possible reconstitution en strips façon comics des 50's) est davantage une curiosité oulipienne qu'une démarche proprement intéressante pour le lecteur, car objectivement peu lisible durant la lecture hormis via sa conséquence rythmique et le sentiment d'une avancée dramatique saccadée. Inversement, l'entrée en matière explicitant le voyage dans le temps est véritablement catastrophique : l'essentiel passe par des dialogues d'une lourdeur incroyable et le vu et revu procédé scénaristique de l'évanouissement. Malgré ces deux premières planches d'une finesse pachydermique, une intrigue d'espionnage nous faisant avaler bien des couleuvres et un humour certes pertinent mais répétitif, car toujours basé sur l'observation ironique d'un quotidien des années 50's par un regard façonné en 2025 (l'on ne retrouve pas ici le sel des dialogues d'un Lapinot, multipliant les bons mots, mais toujours en liaison avec une intrigue avançant en partie grâce à eux) ; bref, malgré tous ces défauts, la lecture demeure agréable. L'hommage (aux strips, aux illustrations à l'ancienne, à l'espionnage, à notre représentation des années 50's, à Audrey Hepburn...) est sincère, le rythme d'une originalité intrigante, le principe du voyage dans le temps forcément ludique, le petit monde des actrices en devenir toujours intéressant, l'humour féministe malgré tout plaisant. Oublions tout ce que cette BD aurait pu être et retenons honnêtement le plaisir de la lire.
Eté brûlant à Saint-Allaire
Été 1966. Dans le petit village de Saint-Allaire vit Anna Soulette, jeune femme qui attise les convoitises. Autour d'elle se nouent jalousies amoureuses, rivalités de village et soupçons liés à un magot caché, sur fond de chronique rurale teintée de polar. J'ai passé un agréable moment de lecture. Sans être révolutionnaire, l'album fonctionne grâce à son mélange de comédie rurale, de satire sociale et de léger suspense, le tout rythmé par des chapitres introduits par des textes malicieux. Les personnages sont très typés, parfois à la limite de la caricature, mais ils donnent chair à cette France des années 60 reconstituée avec soin. Les dialogues regorgent de bons mots et de sous-entendus, et l'on sent que le scénariste et romancier Franck Bouysse prend plaisir à ciseler ses formules. Graphiquement, le trait expressif de Daniel Casanave, allié aux couleurs fraîches et lumineuses de Claire Champion, apporte une touche moderne à cet univers rétro. L'ensemble dégage une belle lumière et un charme certain, entre tendresse et ironie. L'intrigue reste assez simple et sa résolution m'a semblé un peu facile, presque tombée de nulle part. Il y a une enquête policière, même si elle est annexe au récit principal, et elle est résolue grâce à un indice que j'ai eu l'impression de ne jamais avoir vu auparavant (hormis sa découverte), désignant un coupable dont rien ne laissait présager les motivations ni le passage à l'acte. Quant à la conclusion de l'intrigue principale, elle est heureuse et apaisée, ce qui a le mérite de déjouer les attentes, mais elle m'a également paru trop commode au regard des ombres qui planaient jusque-là. Tout semblait annoncer un basculement vers le drame : racisme ordinaire, avidité, rancœurs familiales, haines tenaces... Cette tension constante m'a d'ailleurs empêché de goûter pleinement la douceur supposée de ce village, qui aurait autrement eu tout pour me séduire. Je ressors donc relativement diverti de ma lecture, ayant apprécié la part ensoleillée de son ambiance et de ses dialogues truculents, mais étant resté plus réservé face à sa tension dramatique et à la rapidité de sa résolution.
Les Dossiers du B.I.D.E.
Récemment, j'ai découvert la quasi-totalité des films de Jean Yanne, que je ne connaissais pour ainsi dire pas. Excellente découverte de cet humour d'une autre époque, parfait reflet de ladite époque ! En apprenant qu'il avait fait deux bandes dessinées avec Tito Topin, dessinateur de plusieurs génériques mémorables de ses films, je me suis précipité dessus. Là encore, Les Dossiers du B.I.D.E. sont le parfait reflet d'une époque. Déjà graphiquement, il n'y a qu'à regarder une seule page, Topin abuse largement du style psychédélique. Tout est ultra-flash, aucun trait n'est droit, le dessinateur s'échappe de la réalité dès qu'il le peut, ce qui - à mon sens - rencontre vite ses limites dans une bande dessinée, où la narration du récit nécessite une cohérence minimale. Ici, c'est parfois difficile à suivre, ou juste lassant, dans la mesure où ça n'est vraiment pas un style graphique auquel j'adhère. Cela dit, on retrouve complètement l'esprit de Jean Yanne au scénario, et là, pour le coup, j'adhère bien davantage. Les dialogues sont truffés de calembours tous plus nuls (et donc hilarants) les uns que les autres. Au-delà de ça, Yanne s'amuse comme toujours à dézinguer toutes les institutions de son époque avec une acidité qui fait du bien. C'est décapant, mais jamais véritablement méchant, on sent bien que l'auteur tire sur des institutions, des groupes, des symboles, mais jamais sur les personnes en elles-mêmes. Impression renforcée par le recours à l'absurde (très poussé) qui atténue la charge politique qu'on aurait pu voir dans ces récits. Même si je préférerais toujours les films de Yanne, particulièrement ses deux sommets que sont Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil et surtout le génialissime Moi y'en a vouloir des sous, je n'ai donc pas détesté la lecture de ces deux bandes dessinées, même si je pense que, finalement, elles auraient eu plus de portée avec un dessin plus classique. Mais pour les amateurs de l'humour "yannesque", c'est à lire.
Un été d'enfer !
Des trois albums de Vera Brosgol traduits en français jusqu'à présent, c'est celui-ci qui m'a paru le moins intéressant. Il faut dire que les deux albums contiennent des éléments fantastiques et donc que tout pouvait arriver alors qu'ici on est dans un récit basé sur des souvenirs de colos de l'autrice ainsi que des gens de son entourage, alors tout est plus terre à terre. On suit donc une jeune fille américaine d'origine russe qui a du mal à se faire des amies et qui espère s'en faire dans une colo qui s'adresse aux expatriés russes. Évidemment, cela ne va pas se passer aussi facilement qu'elle le pensait et elle est souvent très malheureuse. Le one-shot n'est pas mauvais en soi, il se laisse lire sans problème, il y a des bonnes scènes et le dessin de Brosgol est toujours aussi bon. Les introvertis comme l'héroïne risquent de se retrouver dans certaines situations. Le problème est qu'au final le scénario est trop banal et un peu trop convenu pour être passionnant à lire. Le seul aspect vraiment original est que cela se passe dans un camp pour Russes orthodoxes, mais la plupart du temps on dirait que ça se passe dans n'importe quelle colo de vacances.
Jane face aux Sirènes
3.5 Un conte moderne bien sympathique à lire. L'histoire met en vedette une fille grosse, riche et seule qui risque de se retrouver à la rue et qui est amoureuse du beau Peter qui s'est fait enlevé par une sirène ! Le récit est dans le ton de ce que l'on retrouve dans la production de young adult moderne et Jane et Peter sont des personnages plus complexes que ce que l'on retrouve dans les vieux contes. L'héroïne est une victime, mais elle a aussi des défauts et elle participe à la mentalité que la beauté est tout ce qui compte. Les péripéties sont prenantes et les personnages sont attachants. Certaines scènes m'ont ému. Il y a quelques grosses facilités et des grosses coïncidences, mais en même temps cela fait partie des règles des contes. Le dessin de Vera Brosgol est dynamique et expressif comme je l'aime. La narration est fluide et les plus de 300 pages de cet album se lisent facilement. Un album avec un beau message que je recommande aux adolescents.
La Pyramide de Ponzi
Un peu déçu par cette bd qui reste néanmoins très correcte. Je l’ai avant tout lue pour comprendre le mécanisme des pyramides de Ponzi. Ce n’est pas incompréhensible, mais j’ai trouvé les explications assez courtes et peu instructives. J’aurais aimé des explications plus pédagogiques, plus travaillées à la Christophe Blain par exemple. L’aspect biographique sur Sieur Ponzi est cependant assez sympathique. Le dessin a un côté romantique et nous transporte facilement à cette époque. Note : 2,5
Moi, Paula 25 ans, 10 ans de privation
Si l’album est vaguement romancé, et que l’héroïne se prénomme Paula, il semblerait qu’Hermine nous raconte ici quelque chose d’autobiographique. L’album est donc uniquement centré sur Laura, qui monologue, discute avec sa psy, ou a quelques échanges avec ses parents ou quelques amis. Tout tourne autour de ses obsessions – directement liées aux injonctions de la société, relayées par amis, collègues, parents – pour lesquelles Laura devrait être « belle », c’est-à-dire sans « gras superflu ». Au milieu des dépressions, des régimes plus ou moins violents et exotiques, des tentatives pour cacher à ses proches son mal-être et ses kilos sous disant en trop, Paula cherche à émerger, à trouver une solution. Déjà à s’accepter telle qu’elle est. Et comprendre les mécanismes à l’œuvre. En fin d’album, de nombreuses ressources (numéros verts/hotlines, bibliographie, associations) pouvant aider ceux et celles (les femmes étant plus touchées que les hommes par les injonctions sociétales) qui rencontreraient les mêmes soucis que Paula. Le dessin est statique, avec quelques itérations iconiques, et la narration n’est pas non plus très dynamique. Mais l’essentiel est sans doute ailleurs, l’album a surtout valeur d’exemple, de lecture propice à déclencher un processus de sortie d’une spirale négative (qui peut mener au suicide).
Gilgamesh (Glénat)
C’est je crois la première série que je lis dans cette collection, et je commence avec un mythe qui n’est pas grec. Mais qui est fondateur, puisqu’il a plus ou moins inspiré des personnages et épisodes de la Bible (voir l’épisode du déluge) ou des mythes grecs (Héraclès par exemple). Ce triptyque est globalement bien fichu, intéressant. C’est une très bonne vulgarisation de ce mythe. En fin de premier tome, Luc Ferry propose une très bonne présentation et analyse de ce mythe. Je ne sais trop quoi penser de cet emplacement. En effet, il permet au lecteur n’ayant aucune connaissance du mythe de se familiariser avec lui rapidement – et cela devait aussi jouer pour l’éditeur, soucieux de captiver un lectorat pour les tomes suivants. Mais d’un autre côté ce texte très bien fichu « spoile » complètement le récit, et du coup les deux derniers albums ne ménagent aucune surprise et font même un peu redite par rapport au texte de Ferry (je serais donc tenté de recommander la lecture du texte de Ferry après avoir lu les trois albums BD). Pour ce qui est de la partie BD donc, la narration est aérée, l’histoire est facile à suivre. La conclusion brutale prend son sens après lecture du texte de Ferry. Le dessin fait le boulot – même s’il est avare de détails. Le changement au niveau de la colorisation dans le dernier tome est un peu surprenant au début, mais le changement s’avère finalement mineur (mais elle lisse un peu trop les détails quand même). Si ce mythe vous a intéressé, je vous recommande la version de Jens Harder (Gilgamesh (Harder)), un auteur que j’aime beaucoup, et qui a produit quelque chose de plus exigeant, jouant sur un tout autre registre que ce triptyque : deux lectures complémentaires finalement, celle de « La sagesse des mythes » étant clairement plus grand – ou tout – public.