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Couverture de la série Gachiakuta
Gachiakuta

J'avais entendu parler de cette série en bien depuis si longtemps, d'autant plus depuis la sortie de son adaptation animée, que j'avais été surprise en constatant que la série n'avait toujours pas été ajoutée au site. Je profite donc de ma lecture découverte des 14 tomes sortis à présent pour l'ajouter à la banque de données. L'histoire est celle de Rudo, fils d'un meurtrier vivant dans un bidonville où sont parqués les descendants de criminel-le-s, un passionné de la réparation qui voue un amour inconditionnel à tous les objets jetés parfois sans même de remords par les habitants de sa cité. Au début l'histoire semble toute tracée : un récit sur la différence et la ségrégation entre deux strates de la population, un jeune héros à la vision unique qui va chambouler le monde qui l'entoure et changer les mœurs à sa manière, une destinée toute tracée même, qui sait ? Eh bien oui, c'est exactement ce qui va se passer (ou en tout cas dans les grandes lignes), mais l'histoire cache un dernier atout dans sa manche qui fait son charme : ce n'est pas dans cette cité que se déroulera l'intrigue mais en bas, dans le monde des détritus. La cité de départ est une cité volante, se déplaçant de part et d'autres du monde et jetant ses déchets par dessus bords sans le moindre état d'âme. Et c'est dans ce monde complètement pollué d'en bas que notre héros va se retrouver plongé après avoir été accusé à tort du meurtre de son père adoptif et condamné à mort. Devant faire ses preuves dans un monde différent de celui qu'il avait connu jusque là, un monde rempli d'amas de détritus vivants, de magiciens capables d’insuffler la vie à leurs objets adorés et de conflits de factions en veux-tu en voilà que notre bon Rudo va devoir faire ses preuves et, il l'espère, pouvoir un jour trouver le moyen de remonter au sein de la cité volante pour se venger. L'histoire est on ne peut plus classique, c'est son défaut le plus notable. Je commence par ça parce que j'ai déjà un peu abordé le problème dans mon résumé de l'histoire. Cette série est un shonen de type nekketsu, un type de récit à la construction narrative extrêmement connue et codifiée, ce qui n'est pas un mal en soi mais qui le devient dès lors que la formule ne se renouvelle pas. Ici, malheureusement (et c'est potentiellement personnel, vu comme beaucoup d'amateur-ice-s du genre semblent adorer cette série), je n'ai pas eu l'impression de voir la forme narrative pleinement renouvelée, ou a minima originale. La forme est on ne peut plus agréable - et je compte bien m'étendre là-dessus après - mais le fond, bien trop prévisible par moment m'a un peu gêné. Le défaut n'est pas énorme, je reproche surtout le côté trop linéaire de certains moments et enchaînements. En revanche, pour ce qui est des reproches plus notables je mentionnerais tout de même rapidement l'exposition on ne peut plus maladroite et tombant bien souvent comme un cheveux sur la soupe (ça manque de naturel, quoi). Le récit fait scripté, en fait, c'est ça le problème. Je sais que ce problème découle du manque de prise de risque narrative susmentionné, mais il n'empêche que ça fait chier quand au milieu de ma lecture je ne peux pas m'empêcher de me dire que tout ceci sonne parfois un peu trop comme un vieux JRPG, où l'on devine dès le premier regard quel personnage sera important ou non et où les ficelles scénaristiques se voient parfois un peu trop. En vrai la comparaison vidéoludique n'est pas tant un défaut à mes yeux, car les ficelles scénaristiques mises à part, ce monde donne envie d'être exploré, et tous ces propos de grandes zones pleines de dangers, de conflits de factions et de quête à la recherche d'une légendaire série d'équipement aux propriétés extraordinaires et fondamentalement liée au lore local sont le terreau propice à un petit jeu-vidéo dont je ne dirais certainement pas non. Bon, allez, le positif maintenant ! Graphiquement c'est charmant. L'artiste a un coup de crayon vraiment sympathique, ses designs sont joliment exagérés (qu'il s'agisse des expressions bariolés des personnages ou bien de leurs vêtements aux proportions chaotiques), ce monde "dépotoir" a une patte, une culture vraiment sympathique, on ressent bien dans les vêtements, les bâtiments, les objets du quotidiens que tout est fait de bric et de broc, que les gens ici ont beau subir les chutes de déchets d'en haut et leurs conséquences ils ont tout de même réussi à maintenir une civilisation stable (enfin aussi stable que possible). L'ambiance garbage punk où l'on rafistole ce que l'on peut, où le moindre déchet peut se révéler être un trésor, les graffitis aux murs traités comme des œuvres d'art légitimes et l'expression sincère d'être conscients, la camaraderie et l’entraide qui régit notre groupe de héros mis en contraste avec le monde froid et cruel (et toxique, surtout), ... Tout ça fait de cette série une formule on ne peut plus charmante, et c'est selon moi par là que la série tire sa force. J'ai déjà brièvement mentionné le travail des expressions mais je vais m'étendre un peu plus ! Le dessin étant déjà ouvertement exagéré, les personnages ne détonnent pas lorsque interviennent les cassures comiques, les déformations de visages pour appuyer les moments drôles, et j'avoue même avoir trouvé certains de ces moments honnêtement amusants. Voilà ! Même si c'est classique dans le fond c'est fun et entraînant dans la forme, et c'est déjà très bien. Je m'en veux sincèrement d'avoir autant insisté sur le côté parfois trop artificiel de la narration, surtout parce qu'il n'est pas si grave que ça (sauf en ce qui concerne l'exposition, je le trouve vraiment maladroit à ce niveau-là), mais c'est bien parce que le dessin et le monde m'ont semblé si intéressants que ce petit défaut a parasité mon appréciation. Pas un chef d’œuvre (comme j'ai parfois cru entendre parler de cette série) mais assurément une œuvre suffisamment intéressante pour valoir le coup d’œil. Je compte bien garder le nom de l'autrice dans un coin de ma tête et voir ce qu'elle comptera proposer d'autre après cette série.

11/01/2026 (modifier)
Par Ana
Note: 3/5
Couverture de la série L'Homme qui plantait des arbres
L'Homme qui plantait des arbres

J'ai bien aimé lire cette bd, je l'ai finie en un soir. Les dessin sont beaux, et je les ai autant appréciés que l'histoire. Ce livre est toutefois intéressant car il reprend l'histoire vraie du berger Elzéard Bouffier. Bref, une œuvre que je conseille car grâce à lui, les forêts existent !!

11/01/2026 (modifier)
Couverture de la série Le Voleur d'amour
Le Voleur d'amour

"Vivre longtemps, c'est accumuler les tragédies." Une citation qui illustre parfaitement cette BD. Une très belle découverte que cette adaptation du roman de Richard Malka (que je connaissais plus en tant qu'avocat suite aux attentats de Charlie hebdo qu'en tant qu'écrivain). Tout d'abord, cet ouvrage est vraiment un bel objet avec cette couverture légèrement dorée du plus bel effet rappelant des mosaïques orientales. Graphiquement, j'ai également été subjugué par ces décors aux tons pastels tantôt dans les teintes bleues, tantôt avec des dominantes jaunes ou rouges. De véritables aquarelles que l'on aime à contempler en dehors de toute considérations scénaristiques. On sent que Yannick Corboz prend également plaisir à transporter le lecteur dans les rue de Venise au XVIIème siècle, en passant par Paris au XIXème, New York plus moderne, jusqu'aux confins de l'Afrique... Le dessin n'est pas en reste non plus, avec un trait conférant beaucoup de mouvements aux scènes, de magnifiques scènes d'amour (qui sont nombreuses dans cet ouvrage) et des époques et décors très variés et parfaitement représentés. En effet, l'auteur nous raconte l'histoire d'Adrian van Gott, sorte de vampire immortel, qui va traverser les époques et les contrées. Mais ici, point de canines et de scènes sanguinolentes, notre héros se nourrit de l'amour de ses victimes via des baisers les vidant de leurs sentiments. Une malédiction en sorte, ces baisers sonnant bien souvent le glas de la vie de ceux qui le reçoivent. L'ensemble est ainsi très poétique même si je comprends l'avis de Brodeck. En effet, s'agissant d'une adaptation d'un roman, la voix narrative est quasi omniprésente tout au long de l'histoire, le héros racontant son vécu qui, vous l'aurez compris, est plutôt long. La sensualité qui transparait de cette œuvre et le type de narration à la premier personne m'ont beaucoup fait penser au film "Entretien avec un vampire" comme l'a justement évoqué Cacal69, mais ce qui se dégage du récit m'a également fait penser à These Savage Shores que j'avais également beaucoup apprécié. Ainsi, bien que le récit soit lent et, il est vrai, un brin répétitif, ce parti pris transcrit à merveille l'éternité de la vie de notre héros maudit et son désespoir qui finit par prendre le pas sur le reste. Une BD que je conseille aux amateurs du genre. SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 8/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 9/10 NOTE GLOBALE : 17/20

11/01/2026 (modifier)
Par Lodi
Note: 3/5
Couverture de la série L'Histoire d'un vilain rat
L'Histoire d'un vilain rat

Malgré des imperfections dans le dessin et dans le rythme, on s'attache au personnage principal… et à son rat, ce qui n'est pas gagné, avec moi. La jeune SDF ne doit pas dire qu'elle n'a pas couché avec un garçon, dans la rue, car le prestige de ce dernier en pâtirait, alors qu'avant, elle a subi des abus qu'elle ne pouvait dire et qui l'ont déterminé à se réfugier dans la rue ! Les personnages autour d'elle ne sont pas caricaturaux. On voit aussi comment elle se reconstruit. J'imagine que c'est pour cela et pour faire écho avec la jeunesse de l'héroïne que le dessin est tendre. Et pour adoucir ou redoubler en contraste la beauté du monde ? Il y a le contraste entre la rue et la nature, le passé et le présent, et pourtant, j'ai dû lutter contre l'ennui pour finir la bd que je n'ai pourtant pas oubliée après des années. Note réelle 3.5

11/01/2026 (modifier)
Par Lodi
Note: 3/5
Couverture de la série Le Scorpion
Le Scorpion

Distrayant. Rythme et dessins vifs et anguleux mitigés de couleurs vives et parfois douces. On ne croit pas une seconde à l'intrigue, mais on n'est pas là pour ça, non pas plus qu'avec Les trois mousquetaires. Complot ? Cela fait dramatique et donne une causalité unique, on peut presque lire la bd en dormant, j'en ai parcouru quelques-unes et ai arrêté. Maintenant, je soulève un problème : pourquoi les gens croient-ils aux théories du complot, désir de diaboliser, de causalité unique, de drame ? Autant la violence en art peut purger, autant je me demande si le complot qui explique tout en art purge ou au contraire encourage les théories du complot. En attendant, je trouve normal que le héros ait un visage anguleux : un désir de vengeance tend tout, y compris la peau du visage, et il n'en est pas moins beau pour autant, les autres eux ont des physiques variés. Je sais que les fictions trop prises de tête peuvent lasser, mais des actions répétitives et le manque d'idées aussi. Est-ce que c'est pour rien que je loue les meilleures fictions ? La réussite est si difficile !

11/01/2026 (modifier)
Couverture de la série Le Gouffre des résurrections
Le Gouffre des résurrections

Je ne suis a priori pas forcément friand de fantastique, et ma note se ressent sans doute de ces préventions. Il y a toutefois un certain nombre de séries du genre qui ont su me satisfaire. Celle-ci n’en fera pas partie. Le premier tiers du récit est un peu haché (changements temporels et de lieux), mais plutôt accrocheur, jusqu’à l’arrivée de l’expédition de secours dans les étendues glacées. Il y a une ambiance à la Lovecraft dans la montée de l’angoisse, du mal prêt à surgir des profondeurs. Mais Lovecraft joue avant tout sur l’ambiance, et là cette terreur s’incarne rapidement. A partir de ce moment j’ai décroché. D’abord parce que le fantastique phagocyte tout. Mais surtout parce qu’il est vain. Saturant le récit, les zombies auraient tout aussi bien pu être de chair, tribu inuit quelconque, tout se transforme en une simple mise à mort successive des membres de l’expédition, le scénario se réduisant à presque rien, une succession de combats et de massacres, jusqu’à une conclusion que j’ai trouvée bâclée. Reste un dessin et une colorisation que j’ai bien aimés, c’est agréable et fluide. Hélas au service d’une intrigue qui m’a laissé de côté.

10/01/2026 (modifier)
Par Lodi
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Calvin et Hobbes
Calvin et Hobbes

J'aime tout et surtout la relation entre Calvin l'enfant et Hobbes le tigre réel pour ce dernier, peluche pour les autres. L'enfant est dans l'imaginaire et la destructivité avec parfois des commentaires décapants à la Malfada : mais moins systématique, ce qui sonne plus juste, d'un point de vue psychologique. Les dessins sont aussi bien plus dynamiques que dans cette série et dans les Peanuts. Autre bon point : les adultes ne sont pas là comme simples faire-valoir, caricatures de carton-pâte. On ne manque enfin pas de tendresse entre le petit garçon et son tigre. La société est critiquée mais avec discrétion, c'est par l'accumulation de gags qu'on s'éveille à ce qui ne va pas en elle : et c'est comme un ingrédient relevant le reste mais pas trop qui donne du goût et de l'appétit, faisant qu'on peut tout lire à la suite, si je n'en dirais pas forcément autant des deux séries qui me viennent à l'esprit en avisant ma préférée. Et le dessin ! Assez de détails pour l'ambiance, pour s'attacher aux personnages, et pas trop, pour le gag, avec la vitesse qui semble celle du dessin et la notation parfaite de tous les mouvements ? Tant de bandes dessinées se voulant humoristiques sont sans dialogues vrais et stylisés à la fois, comme ici, encastés dans des dessins qui créent un monde.

10/01/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Dracula (Bess)
Dracula (Bess)

Le roman de Bram Stoker a inspiré tellement de récits de vampires, de Dracula et autres Nosferatu que, mine de rien, je n'avais jamais lu le roman lui-même, ni lu ou vu d'adaptation complètement fidèle (je n'ai pas vu le film de Coppola qui, d'après ce que j'en sais, en est pourtant très proche). C'est donc cette BD qui m'a permis d'en découvrir le contenu réel et, bien que j'en connaissais de nombreux fragments, je n'imaginais pas que cette oeuvre soit aussi moderne, dense et complexe. Georges Bess fait le choix d'une fidélité quasi totale au roman de Bram Stoker, et cela se ressent immédiatement dans la narration. Le récit reprend la trame et l'esprit du texte original, avec ses nombreuses voix off, son écriture très fin XIXe siècle et son déroulé parfois lent. Forcément, cela peut paraître daté ou un peu rigide pour un lecteur contemporain, mais pour ma part, je suis assez sensible à ce type d'adaptation dense, qui demande du temps et de l'attention. Là où l'album impressionne sans discussion possible, c'est sur le plan graphique. Les planches sont tout simplement somptueuses, absolument toutes d'une richesse et d'une maîtrise rares. C'est à la fois élégant et, en même temps, l'auteur s'offre le luxe d'une mise en page très libre, qui évite l'académisme et installe une atmosphère gothique puissante tout en restant teintée de modernité. Le château de Dracula, les paysages de Transylvanie, le cimetière en bord de mer ou certaines visions presque hallucinées sont particulièrement marquants. Cette excellence du dessin confère au récit une présence à la fois monstrueuse et fascinante. Côté scénario, cette fidélité m'a permis de découvrir l'intensité et l'envergure de cette oeuvre classique. J'ai été surpris de voir à quel point elle prend de l'ampleur et mêle autant de personnages. Je l'ai trouvée nettement plus moderne que le tout aussi classique Frankenstein. Certes, quelques passages paraissent moins tendus ou moins incarnés que d'autres, notamment lors du tragique périple du Déméter ou dans une partie de l'action se déroulant en Angleterre. Mais de nombreux moments sont extrêmement forts, et surtout remarquablement bien racontés dans cette adaptation de Georges Bess. Au-delà de sa beauté pure et puissante, l'ouvrage dégage une véritable force d'évocation. Ce Dracula se lit autant qu'il se contemple, et s'impose aussi bien comme une expérience graphique impressionnante que comme l'adaptation idéale d'un roman dont j'ignorais la profondeur et la modernité.

10/01/2026 (modifier)
Par Blue boy
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Soli Deo Gloria
Soli Deo Gloria

Il est toujours intimidant de décrire un ouvrage qu’on a particulièrement apprécié, surtout quand on a le sentiment d’avoir affaire à un chef d’œuvre comme ici, sans l’ombre d’un doute. Tout d’abord, — parce qu’on va commencer dans l’ordre —, il faut dire que la couverture tout à fait réussie rend totalement hommage au contenu. On y voit Hans et Helma, les (faux) jumeaux du récit se faire face, dans une position de recueillement, comme hypnotisés par les gracieuses arabesques jaillissant d’un point central (le néant ?) et symbolisant la musique, thème central du livre. L’image est bordée verticalement par des portées musicales (un gimmick graphique qui ornera chaque page et additionné d’une note supplémentaire d’un chapitre à l’autre), avec trois crânes tout en bas pour évoquer la mort, qui plane constamment au fil du récit. La qualité éditoriale vient renforcer la beauté de cette couverture par un vernis sélectif doré, et en effet, c’est bien de l’or que l’on a entre les mains. On rentre très facilement dans cette histoire, qui commence comme un conte noir et restera captivante jusqu’au bout. Le début fait immédiatement penser à Hansel et Gretel, ne serait-ce que par ce premier chapitre intitulé « Hans et Helma », et commence dans un contexte très similaire. Les deux enfants vont entamer leur apprentissage de la vie de façon très cruelle, non seulement par leurs conditions de vie miséreuse dans cette campagne profonde, mais aussi avec la perte brutale de leurs parents massacrés par des bandits de grands chemins. Et dans cet océan d’obscurité, ils vont apprendre à nager, grâce en partie à leur sensibilité musicale que l’écoute des oiseaux dans la forêt proche va galvaniser. « Les oiseaux sont d’excellent maîtres de musique » : ainsi parlait leur oncle Ambel, lui dont le goût pour la musique fut tué dans l’œuf par la barbarie humaine… Dans ce qui va s’avérer un parcours initiatique ballotés par des vents contraires et ses bourrasques, les deux enfants vont grâce à leur talent inné se faire peu à peu une place au soleil sombre d’un XVIIIe siècle quelque peu parallèle. Dans ce Saint-Empire fictionnel, « Laguna Majora » est la capitale des lacs italiens, et Amsterdam a été rebaptisée « Adamstern ». Le thème central de « Soli Deo Gloria » est la musique, principalement baroque, et révèle chez Jean-Christophe Deveney une connaissance approfondie des subtilités de cet art ici porté aux nues. Mais nul besoin d’être mélomane pour être happé par ce récit, qui peut même constituer une initiation à un genre souvent considéré comme élitiste voire poussiéreux. À travers la musique, cette bande dessinée brasse d’autres thématiques assez variées, jouant d’abord sur le contraste d’une époque où la finesse du monde des arts, accessible seulement à des privilégiés, côtoyait la barbarie et la misère la plus crasse, sans parler des menaces épidémiques comme la peste. Et comme on le verra au fil des pages, s’extirper des gouffres de pauvreté pour taquiner les cieux les plus luxueux, ça comporte quelques risques. Et là, attention que cela ne monte pas au cerveau ! L’orgueil de se savoir talentueux peut s’avérer une malédiction, nous dit l’auteur, avec la possibilité qu’il se retourne contre vous. Hans va en faire les frais en perdant le contrôle de ses émotions, c’est ce qu’on pourrait appeler un « bad karma ». On ne dira rien de la fin, à la fois époustouflante et saisissante dans son âpreté, mais le livre se termine aussi de très belle façon, notamment avec la rencontre d’Helma avec Jean-Sébastien Bach à Zeiplitch (on aura reconnu Leipzig !). Cette séquence nous laisse stupéfait devant la modestie du bonhomme, considéré comme un génie dans l’histoire de la musique occidentale. Et une fois encore, cela peut susciter l’envie de découvrir sa musique pour ceux qui comme moi, ignare pitoyable, ne connaissent que son nom. Venons-en maintenant au dessin, totalement à la hauteur de l’excellent scénario, d’une richesse inouïe. Edouard Cour a opté pour le noir et blanc, où les seules couleurs sont dédiées aux ondes sonores produites par la musique. Cela commence avec les frêles volutes accompagnant le chant des oiseaux pour finir avec les arabesques foisonnantes du puissant « ressurectio » interprété dans la basilique Saint-Pierre de « Romula ». Quant au trait, il est juste admirable, associé à un parfait équilibre dans la composition, le cadrage et la mise en page. Délicat pour décrire les bords du lac Majeur, il peut apparaître rugueux voire abstrait pour illustrer des scènes plus tourmentées. Mais globalement, le noir et blanc reste totalement adapté au récit. Le dessinateur confesse lui-même qu’en raison d’un léger daltonisme, il privilégie le procédé. Devant le résultat, on se dit qu’il a eu bien raison. J’ai moi-même passé de longs moments à admirer la minutie de son travail à la loupe (oui !), avec cette légère et épatante trame quadrillée. Ajoutons à cela la grande expressivité des visages, Cour a su parfaitement transmettre le sentiment d’orgueil émanant de Hans, car oui, c’est bien cela aussi que raconte la BD, cet orgueil infâme et pourtant si humain, cette forteresse de nos egos dérisoires. Avec désormais cinq albums à son actif (dont trois en tant qu’auteur complet), Edouard Cour n’a pas encore produit d’ouvrage notable, mais nul doute que « Sole Di Gloria » marquera pour lui un tournant en le plaçant dans le cercle restreint des maestros du dessin. Quant à Jean-Christophe Deveney, bénéficiant d’une bibliographie plus fournie (notamment « Géante », publié en 2020) , il s’était distingué l’année dernière avec son fauve du jury à Angoulême pour ses atmosphériques « Météores », un très beau roman graphique. Mais que s’est-il passé entre ces deux auteurs, qui à l’unisson semblent avoir été touchés par la grâce ? Cette fresque tourbillonnante est un pur enchantement auquel je n’ai personnellement vu aucun bémol, aucune faille. C’est un conte de fées, noir d’encre, avec quelques rayons de soleil. Comme tous les contes de fées me direz-vous. Au-delà du récit initiatique, « Soli Deo Gloria » pourrait être accessoirement un antidote contre nos pulsions les plus primaires. Mais c'est sans doute d'abord un livre de sagesse célébrant la beauté des arts et de l’esprit, une symphonie graphique décrivant le combat entre l’ombre et la lumière, la laideur et la beauté, l’ordure et le sublime, dont on ne sait jamais vraiment qui l’emportera. Il dépeint un monde où, du fumier le plus dru émergent parfois des diamants. Et ce monde, bien que fictionnel, semble bien être le nôtre, pour le meilleur ou pour le pire. Oui, « Soli Deo Gloria » est un chef d’œuvre, et c’est ainsi que je poserai mon point final.

10/01/2026 (modifier)
Par Cleck
Note: 2/5
Couverture de la série Raoul Fulgurex
Raoul Fulgurex

Une pantalonnade peut-elle s'étirer en un cycle de 3 tomes, construire une longue intrigue sur des personnages initialement présentés comme artificiels, parodiques, caricaturaux ? Ce doit être possible, mais cette BD n'y parvient pas complètement. On rit parfois, sourit très souvent, mais l'on s'étonne la plupart du temps que ce récit d'aventure puisse se développer autant tout en étant basé sur du flan. De belles idées parodiques ne sauvent pas le projet du bancal. L'impertinence s'essouffle souvent au profit d'une aventure totalement abracadabrante, mais trop respectée pour demeurer risible. Et l'humour volontiers misogyne apparaît bien complaisant aujourd'hui. L'on s'ennuie un peu, un comble pour un tel projet !

10/01/2026 (modifier)