Commençons par saluer une nouvelle fois les éditions Polystyrènes, un « petit éditeur » qui nous propose de très très beaux objets, de chouettes leporellos, avec des couleurs aux couleurs qui me plaisent à chaque fois.
Mais c’est aussi une collection à fortes contraintes pour les auteurs, au niveau du format, contraint et très court. Réussir à transcender ces contraintes, voire à s’en servir est donc une gageure pas toujours relevée.
Et ici, même si, bien entendu, c’est très court, hyper vite lu, et donc peu développé, j’ai trouvé que les auteurs avaient quand même réussi ce pari difficile. Il y a bien une – toute – petite – histoire, vite traversée, et globalement satisfaisante (comme toujours en descendant le long d’une façade…). Un petit jeu « oubapien », autour de la disparition de la lettre « O », qui ne réapparaît qu’en toute fin (je ne sais s’il y a un clin d’œil à « La disparition » de Pérec – que je n’ai pas lue – mais ce petit jeu (qui ajoute une contrainte à celles du format) est utilisée de façon amusante.
Comme la plupart du temps avec cette belle collection, je ressors avec un sentiment ambivalent de ma lecture.
D’abord, comme toujours avec ce « petit éditeur », il faut saluer leur beau travail. C’est vraiment un bel objet, un chouette leporello, avec des couvertures aux belles couleurs. On prend vraiment plaisir à le déplier.
Maintenant, le format original de cette collection bride forcément toute velléité de construire un récit, de développer ne serait-ce qu’une idée. Ça reste le plus souvent frustrant pour le lecteur.
Et, si certaines fois j’ai davantage été réellement séduit, eh bien ici ça m’a moins captivé.
Le dessin est un peu brouillon, mais ça passe. Mais surtout, ça ressemble plus à un assemblage de vignette, de petites observations. Et même les liens entre Claudine et Barbara (deux « géantes » qi semblent engoncées dans les étages de la maison qu’elles occupent avec d’autres personnages) restent finalement obscurs – si ce n’est que Claudine semble avoir quitté Barbara, ce qui la chagrine.
De la SF un peu vieillotte, souvent naïve, mais qui passe globalement assez bien. Même si, dans le second tome surtout, il y a quand même pas mal de raccourcis et de facilités (la rapidité avec laquelle nos rescapés font muter la bestiole et se retrouvent sur la terre ferme, l’évolution des lézards rouges, etc.).
Un récit qui fait son âge donc, avec des idées assez classiques parfois (une ancienne civilisation ayant quitté la Terre en inspirant les connaissances humaines – ici grecques, y compris vêtements et coiffures !) et d’autres sans doute osées pour l’époque, c’est-à-dire les années 1950 (l’homosexualité considérée comme normale, voire quasi obligatoire, l’hétérosexualité étant stigmatisée).
Bon, sinon, ça se laisse lire gentiment. Facilités et naïveté n’entravent pas trop la lecture, on les accepte, et finalement les deux tomes sont avalés rapidement (l’intrigue est assez linéaire et il n’y a pas beaucoup de textes) et souvent agréablement.
Robbie Morrison et Charlie Adlard signent ici un thriller historique teinté d'ésotérisme, de fantastique et d'horreur. La 4e de couverture présente l'album comme une histoire à la croisée du Nom de la Rose et de Sherlock Holmes. Prometteur et ambitieux. Si on retrouve bien un peu la parenté avec le roman d'Umberto Eco, grâce au maitre et son disciple qui mènent une enquête au moyen âge, pour le coté Sherlock Holmes, on repassera. Les investigations conduites par nos deux protagonistes n'empruntent rien au héros de Baker Street. Pas de recherches d'indices, pas de déduction, pas d'énigme, pas de recoupement, pas de filature...
Sur fond d'inquisition, il est question de meurtres sordides qu'un maitre va tenter d'élucider accompagné de son jeune disciple. L'enquête ne donne pas lieu à d'intrigantes investigations. On suit leurs pérégrinations au gré des rencontres et des rebondissements qui se succèdent, comme des meurtres supplémentaires. L'histoire avance linéairement au gré de ses nouveaux éléments, plutôt que grâce à l'enquête. On attend autre chose qu'une rencontre plus ou moins fortuite sur la place de la ville ou à la cour, avec des hommes qui en fin de compte font parti des méchants, et qui vont gentiment les mettre sur la bonne piste. L'intrigue se teinte par moment d'une petite couche d'horreur saupoudrée de fantastique. Le propos tourne surtout autour des assassinats gratuits et malveillants commis par l'inquisition, au nom de dieu. On sent que cette histoire d'inquisition est la clé de l'enquête, on sent également très vite que l'inquisiteur en chef est loin d'être clair, pour le suspens c'est pas idéal.
Globalement l'histoire se tient, elle n'est pas déplaisante, elle dépeint l'ambiance pesante qui devait régner à cette époque et la folie des hommes pensant agir pour le compte de Dieu. Mais au final, l'intrigue ne se révèle ni vraiment originale ni surprenante. Et surtout, on n'a pas la promesse attendue d'une enquête mystérieuse et passionnante.
2,5/5
Je mets trois étoiles, parce que le sujet, dur et bouleversant, est globalement bien traité. Mais je n’ai pas été emballé plus que ça par ce récit autobiographique.
En fait, je n’ai pas trop accroché aux dessins, statiques, plus proches de l’illustration qu’autre chose. Et le mélange de ces dessins avec des photos, ou quelques représentations de documents (lettres retrouvées) donne plus l’impression de lire un bouquin documentaire qu’un vraie BD.
D’autre part, la narration est un peu bordélique, alternant les différentes périodes, qui s’enchainent de façon saccadée (parfois une simple page et quelques mots).
Reste le sujet, qui tient à cœur à l’auteure – qui adapte ici semble-t-il le roman/documentaire qu’elle a écrit à partir de ses souvenirs et des documents familiaux retrouvés, ainsi qu’une enquête personnelle pour remonter le passé de ses grands-parents avant et pendant la Seconde guerre mondiale.
Le récit illustre une nouvelle fois – mais, malgré tout, peut-on être blasé par l’accumulation des témoignages sur l’abject ? – l’horreur du génocide, que l’on ressent ici d’autant plus que l’auteure décrit par quelques anecdotes l’intime de ses grands-parents, leur incompréhension, et tout ce qu’ils ont fait pour sauver leur fils qui, adopté, deviendra le père de l’auteure. Au passage, la partie la plus intéressante – qu’égoïstement j’aurais aimé voir davantage développée, car plus « originale », ce sont les relations qui se sont nouées entre les grands-parents et le couple qui va adopter le père (un curieux quatuor !).
Note réelle 2,5/5.
Parfait ; si j'ai un reproche à faire, c'est à moi, peut-être devrais-je acheter cette série, manifestement à lire et à relire. A mon avis, encore meilleur que Tanabe parce qu'il y a quelque chose de Lovecraftien… mais de plus que cela dans cette série, un fantastique plus personnel… Il faut décidément que je vide mon home de bien des choses sans parler de ranger. Bref ! L'architecture est une présence, quand réaliste et surtout quand elle verse dans le fantastique, belle en elle-même, elle fait penser aux cités obscures, mais en tellement mieux !
Le héros solitaire peut se mesurer en mystère à l'Eternaute, ce qui n'est pas peu dire. Les autres personnages ne sont pas mal non plus. Et quel rythme étrange de narration, et quels cadrage des images, les deux ne faisant qu'un comme cadre de l'histoire. On sent presque le vent de l'ailleurs siffler entre les pages !
J'ai eu la chance de tout pouvoir emprunter à la suite à la Bibliothèque, et ça m'a beaucoup plu ! Le dessin me semble élégant et riche, ce qui permet de patienter le temps que les divers mystères se décantent. Je ne me rappelle pas de toute la complexité, loin s'en faut vu que cela date de plusieurs années, mais la série peut mériter d'être relue. Si aucun personnage n'attire une vraie sympathie, on les plaint tous de ce qu'ils subissent car ils sont vrais. Les deux amoureux disant qu'ils sont bons et que les autres sont mauvais, fuyant, surs de leur bonheur, qu'on retrouve en tant que prostituée et souteneur nous font voir un retournement ironique comme la vie l'est parfois. Et je me demande si ce n'est pas un clin de l'auteur pour la suite : les choses ne sont pas ce qu'elles semblent, et on n'est pas vraiment dans une lutte entre les bons et les méchants. Le mélange de noir et blanc et de couleurs, dans cette série comme dans d'autres, ajoute un petit quelque chose car il est bien fait.
Dans la foulée de Thrace, et sur le même principe, Trif (au scénario et dessin) et Celestini (aux couleurs) se lancent dans un triptyque historique, dans une version « classique » chez Graph Zeppelin, et dans une version plus « adulte » chez Tabou.
J’ai lu les deux versions du premier album, et les deux sont plaisantes à lire.
Trif est un très bon dessinateur, et il reconstitue très bien le XVIIème siècle (décors et habits), avec toujours le souci d’employer un vocabulaire précis (traduction des termes en bas de pages).
Les personnages sont très réussis et, pour ce qui est de cette série, les scènes érotiques sont sensuelles et agréables. Pour le moment c’est d'ailleurs plus érotique que véritablement porno (on est à la limite). Mon seul reproche serait que plusieurs dames se ressemblent un peu trop. Mais pour le reste, c’est visuellement très agréable.
L’intrigue est assez bien ficelée. Une histoire de vengeance, des personnages qui se croisent et n’ont pour le moment pas livrer tous leurs secrets, le potentiel est intéressant. Avec des personnages manipulateurs (la plupart des protagonistes ne sont pas forcément celui ou celle qu’il semble être. A tout prendre le seul à ne rien cacher, c’est celui qui est le « pourri », noble coureur de jupons et excellent escrimeur, qui tue à tour de bras ceux qui ont l’inconscience de le défier en duel (il le fait parfois par amusement). Et la fille de l’une de ses victimes veut se venger, apprendre l’art de l’épée, pour le tuer en duel. Voilà donc notre « duelliste », qui possède, outre une forte personnalité, un charme indéniable – même si, pour le moment, c’est bien la seule de toutes les dames qui traversent l’album à ne pas en avoir usé !
Une série pour le moment agréable à lire et regarder, relativement rythmée, avec du potentiel. Et quelques scènes sensuelles. Je me verrais bien lui mettre une étoile de plus si la qualité se maintient.
Note réelle 3,5/5.
***********************
Rien de bien nouveau à ajouter après lecture du deuxième tome, si ce n'est que c'est encore une lecture plaisante, une série bien fichue.
Trif joue toujours sur un dessin et quelques situations sensuels, sans jamais aller jusqu'au porno, ça reste encore assez soft. Mais toujours très agréable à l'oeil (la colorisation lumineuse de Celestini et le trait de Trif sont plutôt chouettes).
Quant à l'histoire, comme j'avais déjà pu la lire dans la version Graph Zeppelin, elle continue à gagner en dramatisation, avec des secrets qui commencent à être dévoilés et à faire office de bombes à retardement au sein de la bonne société de cour. Du classique, très sympathique. J'attends la suite et fin avec impatience et plaisir.
Le Premier classique de Dufaux.
Beatifica Blues n'est pas une œuvre parfaite mais elle contient en son sein tout ce qui fera le style de l'auteur : intrusion du fantastique, qualité littéraire indéniable, nihilisme des protagonistes... Et choix avisée du dessinateur.
Ici Griffo donne corps à ce récit post apo avec un superbe dessin ancré dans les années 80. C'est magnifique de la première jusqu'à la dernière page.
Une des réussites du binôme est d'avoir assumer leurs inspirations respectives en les citant directement : surréalisme et grands auteurs pour Dufaux, tandis que chez Griffo on note un hommage appuyé à Enki Bilal. Ainsi un des personnages rappelle beaucoup le Jean Ferdinand Choublanc de la Foire aux Immortels.
Tout n'est pas réussi, le tome 2 explore des pistes narratives qui ont du mal à se raccorder avec la trame principale, et la conclusion disponible dans l'intégrale (33 pages, presque le volume d'un quatrième tome) utilise certains raccourcis même si elle a le mérite d'exister.
Je n'aime ni le dessin, ni les gags, ni les personnages, tout me semble mortellement ennuyeux. Ce qu'on lit quand on a un Spirou entre les mains et qu'on ratisse tout comme le buveur la dernière goutte de vin pour ne pas être renvoyé au monde sans joie. Remplissage, de mon point de vue…. Ce qu'il y a de plus intelligent là-dedans, c'est le titre : Boule et Bill, idéal pour ne pas l'oublier. Enfin, c'est cohérent, le père inexistant et la mère inexistante ont un enfant inexistant qui a un chien inexistant. Entre ça et Calvin et Hobbes, c'est le jour et la nuit !
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Le syllogomaniaque
Commençons par saluer une nouvelle fois les éditions Polystyrènes, un « petit éditeur » qui nous propose de très très beaux objets, de chouettes leporellos, avec des couleurs aux couleurs qui me plaisent à chaque fois. Mais c’est aussi une collection à fortes contraintes pour les auteurs, au niveau du format, contraint et très court. Réussir à transcender ces contraintes, voire à s’en servir est donc une gageure pas toujours relevée. Et ici, même si, bien entendu, c’est très court, hyper vite lu, et donc peu développé, j’ai trouvé que les auteurs avaient quand même réussi ce pari difficile. Il y a bien une – toute – petite – histoire, vite traversée, et globalement satisfaisante (comme toujours en descendant le long d’une façade…). Un petit jeu « oubapien », autour de la disparition de la lettre « O », qui ne réapparaît qu’en toute fin (je ne sais s’il y a un clin d’œil à « La disparition » de Pérec – que je n’ai pas lue – mais ce petit jeu (qui ajoute une contrainte à celles du format) est utilisée de façon amusante.
Claudine et Barbara
Comme la plupart du temps avec cette belle collection, je ressors avec un sentiment ambivalent de ma lecture. D’abord, comme toujours avec ce « petit éditeur », il faut saluer leur beau travail. C’est vraiment un bel objet, un chouette leporello, avec des couvertures aux belles couleurs. On prend vraiment plaisir à le déplier. Maintenant, le format original de cette collection bride forcément toute velléité de construire un récit, de développer ne serait-ce qu’une idée. Ça reste le plus souvent frustrant pour le lecteur. Et, si certaines fois j’ai davantage été réellement séduit, eh bien ici ça m’a moins captivé. Le dessin est un peu brouillon, mais ça passe. Mais surtout, ça ressemble plus à un assemblage de vignette, de petites observations. Et même les liens entre Claudine et Barbara (deux « géantes » qi semblent engoncées dans les étages de la maison qu’elles occupent avec d’autres personnages) restent finalement obscurs – si ce n’est que Claudine semble avoir quitté Barbara, ce qui la chagrine.
Le Temple du passé
De la SF un peu vieillotte, souvent naïve, mais qui passe globalement assez bien. Même si, dans le second tome surtout, il y a quand même pas mal de raccourcis et de facilités (la rapidité avec laquelle nos rescapés font muter la bestiole et se retrouvent sur la terre ferme, l’évolution des lézards rouges, etc.). Un récit qui fait son âge donc, avec des idées assez classiques parfois (une ancienne civilisation ayant quitté la Terre en inspirant les connaissances humaines – ici grecques, y compris vêtements et coiffures !) et d’autres sans doute osées pour l’époque, c’est-à-dire les années 1950 (l’homosexualité considérée comme normale, voire quasi obligatoire, l’hétérosexualité étant stigmatisée). Bon, sinon, ça se laisse lire gentiment. Facilités et naïveté n’entravent pas trop la lecture, on les accepte, et finalement les deux tomes sont avalés rapidement (l’intrigue est assez linéaire et il n’y a pas beaucoup de textes) et souvent agréablement.
Hérétique
Robbie Morrison et Charlie Adlard signent ici un thriller historique teinté d'ésotérisme, de fantastique et d'horreur. La 4e de couverture présente l'album comme une histoire à la croisée du Nom de la Rose et de Sherlock Holmes. Prometteur et ambitieux. Si on retrouve bien un peu la parenté avec le roman d'Umberto Eco, grâce au maitre et son disciple qui mènent une enquête au moyen âge, pour le coté Sherlock Holmes, on repassera. Les investigations conduites par nos deux protagonistes n'empruntent rien au héros de Baker Street. Pas de recherches d'indices, pas de déduction, pas d'énigme, pas de recoupement, pas de filature... Sur fond d'inquisition, il est question de meurtres sordides qu'un maitre va tenter d'élucider accompagné de son jeune disciple. L'enquête ne donne pas lieu à d'intrigantes investigations. On suit leurs pérégrinations au gré des rencontres et des rebondissements qui se succèdent, comme des meurtres supplémentaires. L'histoire avance linéairement au gré de ses nouveaux éléments, plutôt que grâce à l'enquête. On attend autre chose qu'une rencontre plus ou moins fortuite sur la place de la ville ou à la cour, avec des hommes qui en fin de compte font parti des méchants, et qui vont gentiment les mettre sur la bonne piste. L'intrigue se teinte par moment d'une petite couche d'horreur saupoudrée de fantastique. Le propos tourne surtout autour des assassinats gratuits et malveillants commis par l'inquisition, au nom de dieu. On sent que cette histoire d'inquisition est la clé de l'enquête, on sent également très vite que l'inquisiteur en chef est loin d'être clair, pour le suspens c'est pas idéal. Globalement l'histoire se tient, elle n'est pas déplaisante, elle dépeint l'ambiance pesante qui devait régner à cette époque et la folie des hommes pensant agir pour le compte de Dieu. Mais au final, l'intrigue ne se révèle ni vraiment originale ni surprenante. Et surtout, on n'a pas la promesse attendue d'une enquête mystérieuse et passionnante. 2,5/5
La Promesse (de Lattre)
Je mets trois étoiles, parce que le sujet, dur et bouleversant, est globalement bien traité. Mais je n’ai pas été emballé plus que ça par ce récit autobiographique. En fait, je n’ai pas trop accroché aux dessins, statiques, plus proches de l’illustration qu’autre chose. Et le mélange de ces dessins avec des photos, ou quelques représentations de documents (lettres retrouvées) donne plus l’impression de lire un bouquin documentaire qu’un vraie BD. D’autre part, la narration est un peu bordélique, alternant les différentes périodes, qui s’enchainent de façon saccadée (parfois une simple page et quelques mots). Reste le sujet, qui tient à cœur à l’auteure – qui adapte ici semble-t-il le roman/documentaire qu’elle a écrit à partir de ses souvenirs et des documents familiaux retrouvés, ainsi qu’une enquête personnelle pour remonter le passé de ses grands-parents avant et pendant la Seconde guerre mondiale. Le récit illustre une nouvelle fois – mais, malgré tout, peut-on être blasé par l’accumulation des témoignages sur l’abject ? – l’horreur du génocide, que l’on ressent ici d’autant plus que l’auteure décrit par quelques anecdotes l’intime de ses grands-parents, leur incompréhension, et tout ce qu’ils ont fait pour sauver leur fils qui, adopté, deviendra le père de l’auteure. Au passage, la partie la plus intéressante – qu’égoïstement j’aurais aimé voir davantage développée, car plus « originale », ce sont les relations qui se sont nouées entre les grands-parents et le couple qui va adopter le père (un curieux quatuor !). Note réelle 2,5/5.
Rork
Parfait ; si j'ai un reproche à faire, c'est à moi, peut-être devrais-je acheter cette série, manifestement à lire et à relire. A mon avis, encore meilleur que Tanabe parce qu'il y a quelque chose de Lovecraftien… mais de plus que cela dans cette série, un fantastique plus personnel… Il faut décidément que je vide mon home de bien des choses sans parler de ranger. Bref ! L'architecture est une présence, quand réaliste et surtout quand elle verse dans le fantastique, belle en elle-même, elle fait penser aux cités obscures, mais en tellement mieux ! Le héros solitaire peut se mesurer en mystère à l'Eternaute, ce qui n'est pas peu dire. Les autres personnages ne sont pas mal non plus. Et quel rythme étrange de narration, et quels cadrage des images, les deux ne faisant qu'un comme cadre de l'histoire. On sent presque le vent de l'ailleurs siffler entre les pages !
Arq
J'ai eu la chance de tout pouvoir emprunter à la suite à la Bibliothèque, et ça m'a beaucoup plu ! Le dessin me semble élégant et riche, ce qui permet de patienter le temps que les divers mystères se décantent. Je ne me rappelle pas de toute la complexité, loin s'en faut vu que cela date de plusieurs années, mais la série peut mériter d'être relue. Si aucun personnage n'attire une vraie sympathie, on les plaint tous de ce qu'ils subissent car ils sont vrais. Les deux amoureux disant qu'ils sont bons et que les autres sont mauvais, fuyant, surs de leur bonheur, qu'on retrouve en tant que prostituée et souteneur nous font voir un retournement ironique comme la vie l'est parfois. Et je me demande si ce n'est pas un clin de l'auteur pour la suite : les choses ne sont pas ce qu'elles semblent, et on n'est pas vraiment dans une lutte entre les bons et les méchants. Le mélange de noir et blanc et de couleurs, dans cette série comme dans d'autres, ajoute un petit quelque chose car il est bien fait.
La Duelliste (Tabou)
Dans la foulée de Thrace, et sur le même principe, Trif (au scénario et dessin) et Celestini (aux couleurs) se lancent dans un triptyque historique, dans une version « classique » chez Graph Zeppelin, et dans une version plus « adulte » chez Tabou. J’ai lu les deux versions du premier album, et les deux sont plaisantes à lire. Trif est un très bon dessinateur, et il reconstitue très bien le XVIIème siècle (décors et habits), avec toujours le souci d’employer un vocabulaire précis (traduction des termes en bas de pages). Les personnages sont très réussis et, pour ce qui est de cette série, les scènes érotiques sont sensuelles et agréables. Pour le moment c’est d'ailleurs plus érotique que véritablement porno (on est à la limite). Mon seul reproche serait que plusieurs dames se ressemblent un peu trop. Mais pour le reste, c’est visuellement très agréable. L’intrigue est assez bien ficelée. Une histoire de vengeance, des personnages qui se croisent et n’ont pour le moment pas livrer tous leurs secrets, le potentiel est intéressant. Avec des personnages manipulateurs (la plupart des protagonistes ne sont pas forcément celui ou celle qu’il semble être. A tout prendre le seul à ne rien cacher, c’est celui qui est le « pourri », noble coureur de jupons et excellent escrimeur, qui tue à tour de bras ceux qui ont l’inconscience de le défier en duel (il le fait parfois par amusement). Et la fille de l’une de ses victimes veut se venger, apprendre l’art de l’épée, pour le tuer en duel. Voilà donc notre « duelliste », qui possède, outre une forte personnalité, un charme indéniable – même si, pour le moment, c’est bien la seule de toutes les dames qui traversent l’album à ne pas en avoir usé ! Une série pour le moment agréable à lire et regarder, relativement rythmée, avec du potentiel. Et quelques scènes sensuelles. Je me verrais bien lui mettre une étoile de plus si la qualité se maintient. Note réelle 3,5/5. *********************** Rien de bien nouveau à ajouter après lecture du deuxième tome, si ce n'est que c'est encore une lecture plaisante, une série bien fichue. Trif joue toujours sur un dessin et quelques situations sensuels, sans jamais aller jusqu'au porno, ça reste encore assez soft. Mais toujours très agréable à l'oeil (la colorisation lumineuse de Celestini et le trait de Trif sont plutôt chouettes). Quant à l'histoire, comme j'avais déjà pu la lire dans la version Graph Zeppelin, elle continue à gagner en dramatisation, avec des secrets qui commencent à être dévoilés et à faire office de bombes à retardement au sein de la bonne société de cour. Du classique, très sympathique. J'attends la suite et fin avec impatience et plaisir.
Beatifica Blues
Le Premier classique de Dufaux. Beatifica Blues n'est pas une œuvre parfaite mais elle contient en son sein tout ce qui fera le style de l'auteur : intrusion du fantastique, qualité littéraire indéniable, nihilisme des protagonistes... Et choix avisée du dessinateur. Ici Griffo donne corps à ce récit post apo avec un superbe dessin ancré dans les années 80. C'est magnifique de la première jusqu'à la dernière page. Une des réussites du binôme est d'avoir assumer leurs inspirations respectives en les citant directement : surréalisme et grands auteurs pour Dufaux, tandis que chez Griffo on note un hommage appuyé à Enki Bilal. Ainsi un des personnages rappelle beaucoup le Jean Ferdinand Choublanc de la Foire aux Immortels. Tout n'est pas réussi, le tome 2 explore des pistes narratives qui ont du mal à se raccorder avec la trame principale, et la conclusion disponible dans l'intégrale (33 pages, presque le volume d'un quatrième tome) utilise certains raccourcis même si elle a le mérite d'exister.
Boule & Bill
Je n'aime ni le dessin, ni les gags, ni les personnages, tout me semble mortellement ennuyeux. Ce qu'on lit quand on a un Spirou entre les mains et qu'on ratisse tout comme le buveur la dernière goutte de vin pour ne pas être renvoyé au monde sans joie. Remplissage, de mon point de vue…. Ce qu'il y a de plus intelligent là-dedans, c'est le titre : Boule et Bill, idéal pour ne pas l'oublier. Enfin, c'est cohérent, le père inexistant et la mère inexistante ont un enfant inexistant qui a un chien inexistant. Entre ça et Calvin et Hobbes, c'est le jour et la nuit !