Voilà une série qui a tout pour plaire aux amateurs de récits militaires sur la Seconde guerre mondiale.
D’abord le dessin est vraiment très bon. Remarque valable pour tout ce qui concerne le matériel (avions, chars, etc.), mais aussi pour les personnages et les décors (immensités de l’URSS – boueuses ou enneigés – et décors urbains). Agréable à l’œil, et plutôt fluide. Du beau travail.
Ensuite Speltens a fait un choix original et intéressant pour situer son intrigue. En effet, nous suivons des soldats allemands uniquement sur le front Est, face à l’armée rouge, et en plus on ne commence à les suivre qu’à partir de novembre 1942, c’est-à-dire au moment où la bataille de Stalingrad entre dans sa phase ultime. C’est donc une armée allemande stoppée, puis qui bat en retraite – malgré les contre-attaques, malgré la propagande qui refuse longtemps d’admettre l’évidence – que nous suivons.
Si nous voyons des forces soviétiques (chars, avions, certains soldats), tout est centré sur des soldats allemands. De la Wehrmacht uniquement, et non de la SS ou des Einsatzgruppen. Cela permet à Speltens de nous proposer des hommes éloignés des fanatiques que l’on s’imagine, des hommes qui n’hésitent pas à critiquer la propagande voire même le Führer. Du coup on peut s’attacher à ces hommes. Nous suivons certains d’entre eux – qui disparaissent au fur et à mesure au fil des pertes importantes subies par l’armée allemande, avec un jeune homme au centre du récit, avec ses fragilités, son humanité.
On ne s’ennuie jamais sur les quatre tomes – même si évidemment nous connaissons le dénouement général (les derniers soldats que nous suivons participent aux combats désespérés du printemps 1945).
Mon unique bémol viendrait de la conclusion sur la dernière page : c’est vraiment inutile, « too much ».
Bucquoy a été proche de certains surréalistes belges, et la provocation – plus ou moins gratuite (en l’occurrence pas tellement, puisque les « ayant droits » de Tintin ont intenté moult procès) – à l’encontre de sociétés et/ou personnages « établis » a été l’une de ses marques de fabrique.
Malgré la foule de défauts qu’on y trouvait, j’avais clairement davantage « apprécié » La Vie sexuelle d'Astérix. Mais hélas ça n’a pas été le cas ici. Je ne mets pas la note minimum, car je suis a priori client de l’état d’esprit potache et défouloir de Bucquoy, à l’encontre d’une « institution » (que ce soit Tintin ou les éditions Moulinsart). Mais bon, ici, ça ne dépasse clairement pas le n’importe quoi trash.
Et là tout y passe. Bucquoy a convoqué à peu près tous les personnages des différents albums, et tous forniquent, ne font d’ailleurs que ça – au point que ça anesthésie le lecteur et la critique qui aurait pu se glisser dans l’album. Un Rastapopoulos pédophile, des Dupondt travellos et transsexuels, une Castafiore ressemblant à une prostituée, etc., tous les personnages ne font que ça, Bucquoy y ajoutant postures et situations borderline. Du trash qui tourne en rond, qui ne s’embarrasse ni de nuances ni de véritable intrigue.
Le dessin est à l’avenant. Je note même une baisse de niveau dans le dernier tiers, Bucquoy faisant moins d’effort pour les ressemblances avec les originaux, pour le dessin en général, avec une colorisation un peu crade.
Bucquoy s’est sans doute marré à faire ça, mais cet amusement ne passe pas au lecteur hélas.
Une curiosité donc, de la provoc pure, vite lassante.
Je n'ai jamais lu la traduction VF, pour tout dire le fait que cette série ait été traduite me sidère, mais vous savez quoi ? On s'en fout. On s'en fout parce que le texte est ici le cadet de mes soucis, et que les traducteur-ice-s auraient pu être des Shakespeare en puissance que cela n'aurait rien retirer à la nature problématique de cette œuvre.
La série est une comédie érotique parodiant l'univers des magical girls. Comme j'aime les parodies, que les séries de magical girls sont propices à du grand n'importe quoi assumé et que l'on m'avait dit que la série contenait de la romance gay j'était allée fureter histoire de voir de quoi il retournait.
Eh beh mon cochon, qu'est-ce que j'ai-t-y pas découvert !
Déjà, premier élément qui marque : la dimension érotique susmensionné de l'œuvre n'est pas qu'un élément, c'est visiblement le cœur même du projet. Tout le panel de situations et d'outils BDSM qui traversent l'esprit de l'auteur nous sont ici partagés. Pas un défaut en soi, si ce n'est que, comme je le mentionne à chaque série érotique que j'avise ici, ce n'est pas nécessairement ce que je recherche en bande-dessinée, mais après tout ne pas être le public visé ne fait pas de cette œuvre une mauvaise création.
Non, ce qui fait de cette série une petite perle d'abject à mes yeux, c'est que, série de magical girl oblige (je suppose), nous avons affaire ici à des mineures. Même pas des lycéennes d'ailleurs, tout aussi problématique mais considérées (pour je ne sais quel raison) comme une sorte de zone grise dans l'inconscient collectif. Non, non, ici nous avons à faire à des collégiennes, grand max (oui parce qu'on en a aussi qui sortent de la maternelle, dans le tas). Rien de plus excitant que de regarder des agressions sexuelles sur des gamines dont la principale occupation dans la vie consiste à colorier et manger des pains au chocolat, je suppose.
Nan, vraiment, qu'une telle création puisse voir le jour, je peux le comprendre (je ne l'excuse en rien mais on va dire que je ne tiens pas le Japon comme parangon de morale en ce qui concerne les publications), mais qu'elle ait été traduite et publiée en dehors de son territoire, ça je ne m'en remet pas.
Je suis sûre qu'il y aurait plus de choses à dire, peut-être un propos sur la fiction CNC (le fantasme de la relation non-consentie consentie) mais je ne me sens pas assez légitime sur le sujet, peut-être aussi plus développer sur les viols à répétition dans cette histoire (parce que, oui, ce n'était pas une façon de parler), mais in fine je n'ai pas envie. Pas envie de plus développer sur cette série qui, de toute façon, ne consiste qu'à ça : voir des mineures s'agresser sexuellement.
Les histoires de guerres de faction, de lore qui tient sur un post-it et de "saphisme" surtout bien male-gaze, perso je m'en fous. J'avais lu ce qui devait être les deux premiers tomes à sa sortie en scans, j'avais été sidérée, j'avais vaguement zieuté les quelques chapitres suivants et constater que ça réussissait l'exploit d'être d'encore plus mauvais goût, j'ai aussitôt décidé d'essayer d'oublier du mieux que je pouvais ce que j'avais lu.
Très bon récit accessible aux adolescents, mais qui fonctionne tout aussi bien pour un public adulte. Le scénario est solidement construit, porté par une morale claire sans lourdeur. Le choix du contexte breton, relativement peu exploité dans les récits de Résistance, apporte une vraie singularité et ancre efficacement l’histoire dans une réalité locale crédible.
Le traitement du corps enseignant et de ses difficultés est mené avec subtilité, tout comme celui de la guerre, jamais spectaculaire ni complaisant. Les personnages, et en particulier les enfants, sont écrits avec beaucoup d’humanité : chacun est identifiable, compréhensible et attachant, ce qui renforce l’impact émotionnel sans forcer le trait. Le diptyque ne cherche pas à révolutionner le genre, mais assume pleinement ce qu’il est : un récit simple, juste et sincère.
Graphiquement, le dessin est très réussi. Expressif et plutôt artistique, il apporte une vraie dynamique à un scénario volontairement efficace et sans prise de risque majeure. L’ensemble fonctionne avec fluidité et cohérence. Un diptyque chaleureux, honnête et émotionnellement gratifiant, que l’on recommande sans réserve aux adolescents, aux enseignants et à tous ceux qui apprécient, à l’occasion, une lecture qui fait simplement du bien.
Œuvre exigeante et de haute tenue, L’Homme gribouillé articule avec justesse une intrigue d’enquête et un récit fantastique profondément symbolique. La dimension familiale – filiation, héritage, rapport mère-fille – constitue l’ossature du récit et lui confère une densité émotionnelle réelle. Le fantastique n’est jamais décoratif : il fonctionne comme un système de métaphores cohérent, enrichissant le propos et ouvrant l’histoire sur une lecture plus ample, presque mythologique.
La narration est dense mais rigoureusement maîtrisée. Le récit demande de l’attention, sans jamais verser dans la complexité gratuite. Les personnages sont solidement construits, travaillés en profondeur, et évoluent de manière crédible au fil des révélations. L’ensemble offre un sentiment de cohérence et un réel « retour sur investissement » pour le lecteur attentif, avec une impression persistante que l’album gagnera encore en richesse lors d’une relecture.
Graphiquement, le noir et blanc s’impose comme un choix particulièrement pertinent. Le dessin, moderne et très dynamique, apporte une intensité constante à l’intrigue. La composition des planches, le contenu des cases et la gestion des contrastes sont clairement pensés pour servir le récit et lui donner du corps. Un travail graphique remarquable, au service direct de l’atmosphère et du sens.
L’ordre et le respect de la hiérarchie ne peuvent pas être corrompus.
-
Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre, qui ne nécessite pas de connaissances préalables. Il s’agit du vingt-troisième album de cette série sur les grandes batailles navales. Son édition originale date de 2025. Il a été réalisé par Jean-Yves Delitte pour le scénario et les dessins, avec une mise en couleurs réalisée par Douchka Delitte. Il comporte quarante-six pages de bande dessinée. Il se termine par un dossier de huit pages, rédigé par le scénariste, généreusement illustré par des documents d’archives, avec des parties portant les titres suivants : Il était une fois la Grande Catherine, Un jeu de dominos, Puisque c’est la guerre rêvons de grandeur, Une marine russe qui se relève, Et voguent les navires !, Se battre durant trois jours, Encore quelques batailles et puis la paix.
On a appelé ce siècle celui des Lumières mais étonnamment, chaque fois qu’une guerre se terminait, on s’empressait d’en provoquer une autre. Dans une humanité qui ne peut se défaire de l’acte guerrier pour faire entendre sa voix, il y aura toujours des hommes prêts à en suivre d’autres. Et dans des temps où il en faut peu pour bouter le feu aux poudres et embraser le monde, le désordre finit toujours par s’étendre au-delà des frontières. L’homme a cette particularité de toujours trouver une raison prétendument légitime pour nuire. Tel le jeu de dominos d’origine chinoise et qui apparaît en Europe vers les années 1960, la guerre russo-ottomane qui a éclatée en octobre 1768 n’a été qu’une des conséquences des troubles qui ont secoué la république des Deux Nations, union du royaume de Pologne avec le grand-duché de Lituanie. À bord du Netron Menia, les servants s’affairent autour des canons pour tirer sur un navire ottoman. Pendant ce temps-là, le marin Piotr a accompagné le lieutenant Alexis Ivanovitch Gortchakoff à la sainte-barbe. Dans cette partie du vaisseau où sont serrés les ustensiles d’artillerie et la poudre, le marin embroche le lieutenant à la suite d’une algarade.
Forteresse de Navarin, dans les premiers jours de juin 1770, l’édifice militaire qui garde la baie de Pylos a été érigé par les Ottomans sur les fondations d’un vieux port. Occupée par différentes armées au fil des conflits, la forteresse est reprise en ce mois de juin, par ses bâtisseurs avec l’aide de mercenaires albanais. Des assaillants qui font preuve d’un zèle particulier à l’égard des rebelles grecs qui avaient fait de la forteresse un lieu de résistance ! Sur le navire Netron Menia, un officier observe la scène avec une longue vue commentant qu’il semble que les Ottomans aient repris la forteresse. Il estime qu’il s’agit d’une drôle de guerre qu’ils mènent là : endurer des mois de mer depuis Saint-Pétersbourg pour établir un timide blocus avant de renoncer. Un autre officier lui demande s’ils en sont responsables. Il continue : Les Ottomans refusent de les affronter, ils arrivent, les ennemis fuient les lieux, ils lèvent les ancres et les Ottomans reviennent.
Cette fois-ci, l’auteur peintre officiel de la Marine et membre titulaire de l’académie des Arts et Sciences de la Mer, emmène le lecteur en mer Égée dans le troisième tiers du dix-huitième siècle. Comme à son habitude, il donne corps à la reconstitution historique de cette bataille navale en entremêlant les faits, les visions des navires et des points de vue à hauteur de l’individu, exclusivement masculin. La lecture de la bande dessinée peut se suffire à elle-même pour un néophyte sur cette période de l’Histoire dans cette région du globe, ce qui requiert un bon niveau d’attention pour saisir les implications contenues dans les sous-entendus des discussions. Dès la deuxième planche, l’auteur mentionne la guerre russo-ottomane et les troubles qui ont secoué la république des Deux Nations. La première référence renvoie à la sixième guerre qui s’est déroulée de 1768 à 1774 et qui a opposé l’Empire russe à l’Empire ottoman, les premiers essayant d’obtenir un accès à la mer Noire. La seconde évoque un État formé par l'union du royaume de Pologne et du grand-duché de Lituanie de 1569 à 1795. Par la suite, le scénariste fait aussi bien mention d’événements ponctuels comme la prise de la forteresse de Navarin, que des grands de ce monde, comme Grigori Ivanovitch Orlov (1734-1783) et ses frères Alexeï Grigorievitch (1737-1807) et Fiodor Grigorievitch (1741-1796), de Catherine la Grande (1729-1796, Sophie Frédérique Augusta d'Anhalt-Zerbst). Il met également en scène John Elphinstone (1722-1785), un officier de marine anglais, ayant réellement existé, étant passé en 1768 au service de l’Empire russe.
Le lecteur connaisseur de cette période replace sans difficulté ces repères, le néophyte apprécie qu’ils soient étoffés ou développés dans le dossier historique clôturant cet ouvrage, que ce soit le couple de Catherine II et Pierre III, un bref historique des enjeux des précédentes guerre russo-ottomanes, le début de celle qui éclate en 1768, l’état de la marine russe à cette époque, la composition de la flotte ottomane (seize vaisseaux de ligne, six frégates, treize galères, six chebecs et une trentaine de navires de charge, soit un total de mille trois cents canons), l’issue de la bataille terrestre de Larga en Moldavie, et la suite. Il en va de même pour la composante de la marine : la possibilité pour le connaisseur de voir ces bâtiments en action en conformité avec la réalité historique, ou l’occasion de découvrir à quoi pouvait ressembler une bataille navale à l’époque. Comme d’habitude les dessins des navires enchantent le lecteur. Une illustration en pleine page d’un navire russe pour commencer, au beau milieu de la bataille. Aucun détail ne manque : de la coque au grand mât, les voiles pour parties déchirées par les boulets, la figure de la proue et le beaupré, les innombrables cordages, etc. Ce navire et celui en arrière-plan sont finement détourés avec des traits encrés, et ils ressortent sur la mer qui a été réalisée à la peinture. Ce tome se déroule essentiellement en mer, avec trente-huit pages montrant les navires soit vus de la mer, soit à partir d’un pont ou d’une cabine. Le lecteur en prend également plein les yeux avec deux illustrations en pleine page, et trois en double page.
Au fil des séquences, l’artiste représente les hommes d’équipage s’affairant sur les navires pour les activités quotidiennes et lors des affrontements à coup de tirs de canon. Comme d’habitude, les images mettent en évidence qu’il s’agit d’un monde d’hommes. Il faut disposer d’une bonne vue pour entrapercevoir deux silhouettes féminines de loin sur un quai en page seize. Le dessinateur détoure chaque forme un trait de contour à l’encrage fin, pouvant présenter quelques aspérités tranchantes, ce qui donne une sensation d’environnements rudes et âpres, en cohérence avec la dureté et la brutalité de la vie en mer et des batailles. Il s’attache à reproduire avec rigueur les uniformes des militaires, les armes, les équipements et accessoires des vaisseaux. Le lecteur peut voir des êtres humains normaux, avec des attitudes adultes, certains s’attachant à garder leurs distances, d’autres les asticotant, les gradés ayant des postures plus guindées. En regardant les uns et les autres, le lecteur peut voir l’agilité et la force physique nécessaires pour travailler sur le pont, dans les voiles, etc. De la même manière lors de la séquence de quatre pages dans une campagne enneigée d’Ukraine en février 1769, il peut constater la rigueur du climat, comment les soldats luttent contre le froid, les platelages de bois utilisés dans le camp pour se tenir à l’écart l’humidité de la neige, les tensions qui peuvent exister entre les marins, et l’horrible réalité des blessures et mutilations occasionnées par les boulets sur la chair humaine, ainsi que les noyades lors des combats. La mise en couleur repose sur des teintes un peu ternes, accentuant une ambiance réaliste et éprouvante.
Conformément au dispositif narratif bien rôdé, adapté depuis le début de la série, l’auteur ancre humainement le récit sur des personnages fictifs, ici un marin prénommé Piotr et un lieutenant appelé Alexis Ivanovitch Gortchakoff. D’un côté, il s’agit d’artifices pour apporter un point de vue à hauteur d’hommes, montrer ce que c’est d’être marin sur un des navires de la flotte russe, servir sous les ordres, supporter les autres marins, remplir la fonction de servant de canon, ou pour le lieutenant comment on peut se retrouver sur un navire sans aucune formation. D’un autre, ils dépassent leur simple valeur fonctionnelle, en évoquant une facette de leur vie ou une autre dans leurs dialogues. De manière inattendue, le lecteur voit ainsi apparaître le thème du rapport au père, et de l’héritage moral qu’il transmet à ses enfants, soit de manière positive, soit de manière négative en donnant le mauvais exemple. Ainsi le récit charrie le principe de reproduction des hiérarchies sociales. Cette idée trouve un écho dans la notion de respect de la hiérarchie militaire qui est abordée par le sergent : trouver le bon équilibre entre obéissance, déférence, distance. Au point qu’il rappelle que : L’ordre et le respect de la hiérarchie ne peuvent pas être corrompus. S’il a lu d’autres tomes de la série, par exemple U-9 (2025) avec Philippe Adamov & Fabio Pezzi, le lecteur est à nouveau frappé par une évidence : ces hommes se battent littéralement au péril de leur vie en conséquence de décisions d’individus qui ne les verront jamais et qui n’ont aucune idée de leurs sacrifices, ou même de leurs conditions de vie.
Un tome de plus dans cette collection présentant les mêmes qualités : un grand soin apporté à la reconstitution historique, en particulier les navires, mais aussi les autres éléments militaires et de la vie pragmatique, des cases clairement disposées en bande, une structure efficace jouant avec le fait qu’il s’agit d’événements historiques déjà connus et donc commençant par la scène choc de la fin, et un monde d’hommes. Comme à son habitude, l’auteur dispense élégamment les informations indispensables, et les complète dans le dossier final. Il aborde incidemment d’autres thèmes comme l’héritage psychologique du père vers le fils, ou les formes du respect de la hiérarchie.
Une bd loin d'être aussi réussie que la production précédente du duo Lupano Chemineau, La Bibliomule de Cordoue .
Un humour poussif pour ne pas dire forcé, des répliques qui tombent à plat, un récit emprunté, bancal et une fin abrupte, l'ensemble manque d'intérêt et de consistance.
L'auteur, pour tenter de nous convaincre du ton délicieusement malicieux et désinvolte de son histoire, use du comique de répétition jusqu'à la corde, le récit avance comme un poulet (des montagnes) sans tête - je reconnais que ces batraciens étaient plutôt amusants -, accumule les personnages sans intérêt, les gags prévisibles, les révélations qui n'en sont pas et semble s'autosatisfaire de ce petit plaisir iconoclaste ("je n'ai en fait rien à vous révéler et je trouve ça tellement drôle" cf échange avec Robespierre). La colorisation, le trait ne permettent pas non plus de rattraper l'ensemble.
Un peu l'impression pour le coup que le nom a fait la bd.
Note réelle : 2,5 voire 3 si vous aimez cet humour (quand vous savez à l'avance notamment quel personnage va brailler, quel personnage va rester interdit face à telle ou telle situation).
Pendant ce temps, Les Aventuriers de l'Urraca, pourtant superbe récit de pirates, qui a du coffre bien sûr, des choses à raconter, un souffle épique et poétique, un ton joliment mélancolique, a sans doute lui déjà disparu des étals.
Mouais. Gros bof me concernant pour cette série, à laquelle je n’ai jamais vraiment accroché.
Le dessin tout d’abord, assez brouillon, inégal, et souvent avec un rendu un peu bâclé (comme ces visages quasi effacés dès qu’on s’éloigne du gros plan.
Ensuite l’histoire, qui m’a elle aussi paru brouillonne, désordonnée, et aussi peu emballante. Quelques accointances avec « Alice au pays des merveilles », avec cette intrigue qui se déroule dans les rêves d’une gamine, dans lesquelles ses jouets surarmés, et ses parents inquiets (qui arrivent à pénétrer dans cet espace !) livrent un combat épique avec des forces du mal.
Peu emballant, parfois difficile à suivre (dessin et narration pas toujours clairs). Mais aussi des dialogues parfois mièvres (entre les deux parents), ou stupides (les deux parents dialoguant à voix haute tout en s’approchant par surprise d’un ennemi !?).
Une lecture poussive, que j’oublierai assez vite je pense.
Avec Fidji, Jean-Luc Cano nous propose un road-trip haletant, porté sur l'action, qu'on a du mal à refermer avant d'en connaitre l'issue. Il est ici question d'amitié, de temps qui passe et de la difficulté de passer de l'adolescence à l'âge adulte.
Ce qui marque en premier lieu, c'est la qualité graphique de cette BD parsemée de nombreuses cases en pleines pages du plus bel effet. Le trait de Pierre-Denis Goux est vraiment très dynamique, précis et fin, offrant au lecteur des scènes avec beaucoup de mouvements. Les cadrages alternant paysages, gros plans sur les visages ou le regard des personnages sont particulièrement habiles. Enfin, j'ai également beaucoup apprécié la mise en couleurs de Julia Pinchuk qui colle parfaitement avec les différentes ambiances des chapitres composant cette BD (avec une mention spéciale pour la couverture que je trouve très belle). C'est donc quasiment un sans-faute à ce niveau.
Je suis à peine plus mitigé concernant le scénario car j'ai senti venir la chute finale, une cinquantaine de pages avant la fin. Et je trouve ce genre de ficelle un peu éculée depuis les films tels que Fight Club. Malgré tout, et bien que les réactions de nos deux héros soient parfois agaçantes, l'histoire se lit sans déplaisir, la narration étant fluide et les péripéties s'enchainant de manière très rythmée.
Un agréable moment de lecture.
SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 7/10
GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 8,5/10
NOTE GLOBALE : 15,5/20
Pour une fois, le superhéros n'est ni un jeune, ni un savant, mais un vieux dévalué par sa famille d'ingrats. La réalité sociale est très perceptible dans les situations, dialogues, dessins. Le vieux tombe sur son devoir encore plus étonné qu'un Hobbit sur un anneau de pouvoir, mais il n'en est pas corrompu, seulement un peu dépassé, au début. Pour moi, le vrai sujet du manga est l'inviable sagesse d'un ignoré. Parmi tant, il rend le monde un peu meilleur, si héros, il va jusqu'au bout, sans faire de phrase. Digne de figurer comme sage si des superhéros plus tourmentés se cherchent quelqu'un qui sait écouter les autres.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
L'Armée de l'ombre
Voilà une série qui a tout pour plaire aux amateurs de récits militaires sur la Seconde guerre mondiale. D’abord le dessin est vraiment très bon. Remarque valable pour tout ce qui concerne le matériel (avions, chars, etc.), mais aussi pour les personnages et les décors (immensités de l’URSS – boueuses ou enneigés – et décors urbains). Agréable à l’œil, et plutôt fluide. Du beau travail. Ensuite Speltens a fait un choix original et intéressant pour situer son intrigue. En effet, nous suivons des soldats allemands uniquement sur le front Est, face à l’armée rouge, et en plus on ne commence à les suivre qu’à partir de novembre 1942, c’est-à-dire au moment où la bataille de Stalingrad entre dans sa phase ultime. C’est donc une armée allemande stoppée, puis qui bat en retraite – malgré les contre-attaques, malgré la propagande qui refuse longtemps d’admettre l’évidence – que nous suivons. Si nous voyons des forces soviétiques (chars, avions, certains soldats), tout est centré sur des soldats allemands. De la Wehrmacht uniquement, et non de la SS ou des Einsatzgruppen. Cela permet à Speltens de nous proposer des hommes éloignés des fanatiques que l’on s’imagine, des hommes qui n’hésitent pas à critiquer la propagande voire même le Führer. Du coup on peut s’attacher à ces hommes. Nous suivons certains d’entre eux – qui disparaissent au fur et à mesure au fil des pertes importantes subies par l’armée allemande, avec un jeune homme au centre du récit, avec ses fragilités, son humanité. On ne s’ennuie jamais sur les quatre tomes – même si évidemment nous connaissons le dénouement général (les derniers soldats que nous suivons participent aux combats désespérés du printemps 1945). Mon unique bémol viendrait de la conclusion sur la dernière page : c’est vraiment inutile, « too much ».
La Vie sexuelle de Tintin
Bucquoy a été proche de certains surréalistes belges, et la provocation – plus ou moins gratuite (en l’occurrence pas tellement, puisque les « ayant droits » de Tintin ont intenté moult procès) – à l’encontre de sociétés et/ou personnages « établis » a été l’une de ses marques de fabrique. Malgré la foule de défauts qu’on y trouvait, j’avais clairement davantage « apprécié » La Vie sexuelle d'Astérix. Mais hélas ça n’a pas été le cas ici. Je ne mets pas la note minimum, car je suis a priori client de l’état d’esprit potache et défouloir de Bucquoy, à l’encontre d’une « institution » (que ce soit Tintin ou les éditions Moulinsart). Mais bon, ici, ça ne dépasse clairement pas le n’importe quoi trash. Et là tout y passe. Bucquoy a convoqué à peu près tous les personnages des différents albums, et tous forniquent, ne font d’ailleurs que ça – au point que ça anesthésie le lecteur et la critique qui aurait pu se glisser dans l’album. Un Rastapopoulos pédophile, des Dupondt travellos et transsexuels, une Castafiore ressemblant à une prostituée, etc., tous les personnages ne font que ça, Bucquoy y ajoutant postures et situations borderline. Du trash qui tourne en rond, qui ne s’embarrasse ni de nuances ni de véritable intrigue. Le dessin est à l’avenant. Je note même une baisse de niveau dans le dernier tiers, Bucquoy faisant moins d’effort pour les ressemblances avec les originaux, pour le dessin en général, avec une colorisation un peu crade. Bucquoy s’est sans doute marré à faire ça, mais cet amusement ne passe pas au lecteur hélas. Une curiosité donc, de la provoc pure, vite lassante.
Looking up to Magical Girls
Je n'ai jamais lu la traduction VF, pour tout dire le fait que cette série ait été traduite me sidère, mais vous savez quoi ? On s'en fout. On s'en fout parce que le texte est ici le cadet de mes soucis, et que les traducteur-ice-s auraient pu être des Shakespeare en puissance que cela n'aurait rien retirer à la nature problématique de cette œuvre. La série est une comédie érotique parodiant l'univers des magical girls. Comme j'aime les parodies, que les séries de magical girls sont propices à du grand n'importe quoi assumé et que l'on m'avait dit que la série contenait de la romance gay j'était allée fureter histoire de voir de quoi il retournait. Eh beh mon cochon, qu'est-ce que j'ai-t-y pas découvert ! Déjà, premier élément qui marque : la dimension érotique susmensionné de l'œuvre n'est pas qu'un élément, c'est visiblement le cœur même du projet. Tout le panel de situations et d'outils BDSM qui traversent l'esprit de l'auteur nous sont ici partagés. Pas un défaut en soi, si ce n'est que, comme je le mentionne à chaque série érotique que j'avise ici, ce n'est pas nécessairement ce que je recherche en bande-dessinée, mais après tout ne pas être le public visé ne fait pas de cette œuvre une mauvaise création. Non, ce qui fait de cette série une petite perle d'abject à mes yeux, c'est que, série de magical girl oblige (je suppose), nous avons affaire ici à des mineures. Même pas des lycéennes d'ailleurs, tout aussi problématique mais considérées (pour je ne sais quel raison) comme une sorte de zone grise dans l'inconscient collectif. Non, non, ici nous avons à faire à des collégiennes, grand max (oui parce qu'on en a aussi qui sortent de la maternelle, dans le tas). Rien de plus excitant que de regarder des agressions sexuelles sur des gamines dont la principale occupation dans la vie consiste à colorier et manger des pains au chocolat, je suppose. Nan, vraiment, qu'une telle création puisse voir le jour, je peux le comprendre (je ne l'excuse en rien mais on va dire que je ne tiens pas le Japon comme parangon de morale en ce qui concerne les publications), mais qu'elle ait été traduite et publiée en dehors de son territoire, ça je ne m'en remet pas. Je suis sûre qu'il y aurait plus de choses à dire, peut-être un propos sur la fiction CNC (le fantasme de la relation non-consentie consentie) mais je ne me sens pas assez légitime sur le sujet, peut-être aussi plus développer sur les viols à répétition dans cette histoire (parce que, oui, ce n'était pas une façon de parler), mais in fine je n'ai pas envie. Pas envie de plus développer sur cette série qui, de toute façon, ne consiste qu'à ça : voir des mineures s'agresser sexuellement. Les histoires de guerres de faction, de lore qui tient sur un post-it et de "saphisme" surtout bien male-gaze, perso je m'en fous. J'avais lu ce qui devait être les deux premiers tomes à sa sortie en scans, j'avais été sidérée, j'avais vaguement zieuté les quelques chapitres suivants et constater que ça réussissait l'exploit d'être d'encore plus mauvais goût, j'ai aussitôt décidé d'essayer d'oublier du mieux que je pouvais ce que j'avais lu.
L'Institutrice
Très bon récit accessible aux adolescents, mais qui fonctionne tout aussi bien pour un public adulte. Le scénario est solidement construit, porté par une morale claire sans lourdeur. Le choix du contexte breton, relativement peu exploité dans les récits de Résistance, apporte une vraie singularité et ancre efficacement l’histoire dans une réalité locale crédible. Le traitement du corps enseignant et de ses difficultés est mené avec subtilité, tout comme celui de la guerre, jamais spectaculaire ni complaisant. Les personnages, et en particulier les enfants, sont écrits avec beaucoup d’humanité : chacun est identifiable, compréhensible et attachant, ce qui renforce l’impact émotionnel sans forcer le trait. Le diptyque ne cherche pas à révolutionner le genre, mais assume pleinement ce qu’il est : un récit simple, juste et sincère. Graphiquement, le dessin est très réussi. Expressif et plutôt artistique, il apporte une vraie dynamique à un scénario volontairement efficace et sans prise de risque majeure. L’ensemble fonctionne avec fluidité et cohérence. Un diptyque chaleureux, honnête et émotionnellement gratifiant, que l’on recommande sans réserve aux adolescents, aux enseignants et à tous ceux qui apprécient, à l’occasion, une lecture qui fait simplement du bien.
L'Homme gribouillé
Œuvre exigeante et de haute tenue, L’Homme gribouillé articule avec justesse une intrigue d’enquête et un récit fantastique profondément symbolique. La dimension familiale – filiation, héritage, rapport mère-fille – constitue l’ossature du récit et lui confère une densité émotionnelle réelle. Le fantastique n’est jamais décoratif : il fonctionne comme un système de métaphores cohérent, enrichissant le propos et ouvrant l’histoire sur une lecture plus ample, presque mythologique. La narration est dense mais rigoureusement maîtrisée. Le récit demande de l’attention, sans jamais verser dans la complexité gratuite. Les personnages sont solidement construits, travaillés en profondeur, et évoluent de manière crédible au fil des révélations. L’ensemble offre un sentiment de cohérence et un réel « retour sur investissement » pour le lecteur attentif, avec une impression persistante que l’album gagnera encore en richesse lors d’une relecture. Graphiquement, le noir et blanc s’impose comme un choix particulièrement pertinent. Le dessin, moderne et très dynamique, apporte une intensité constante à l’intrigue. La composition des planches, le contenu des cases et la gestion des contrastes sont clairement pensés pour servir le récit et lui donner du corps. Un travail graphique remarquable, au service direct de l’atmosphère et du sens.
Tchesmé
L’ordre et le respect de la hiérarchie ne peuvent pas être corrompus. - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre, qui ne nécessite pas de connaissances préalables. Il s’agit du vingt-troisième album de cette série sur les grandes batailles navales. Son édition originale date de 2025. Il a été réalisé par Jean-Yves Delitte pour le scénario et les dessins, avec une mise en couleurs réalisée par Douchka Delitte. Il comporte quarante-six pages de bande dessinée. Il se termine par un dossier de huit pages, rédigé par le scénariste, généreusement illustré par des documents d’archives, avec des parties portant les titres suivants : Il était une fois la Grande Catherine, Un jeu de dominos, Puisque c’est la guerre rêvons de grandeur, Une marine russe qui se relève, Et voguent les navires !, Se battre durant trois jours, Encore quelques batailles et puis la paix. On a appelé ce siècle celui des Lumières mais étonnamment, chaque fois qu’une guerre se terminait, on s’empressait d’en provoquer une autre. Dans une humanité qui ne peut se défaire de l’acte guerrier pour faire entendre sa voix, il y aura toujours des hommes prêts à en suivre d’autres. Et dans des temps où il en faut peu pour bouter le feu aux poudres et embraser le monde, le désordre finit toujours par s’étendre au-delà des frontières. L’homme a cette particularité de toujours trouver une raison prétendument légitime pour nuire. Tel le jeu de dominos d’origine chinoise et qui apparaît en Europe vers les années 1960, la guerre russo-ottomane qui a éclatée en octobre 1768 n’a été qu’une des conséquences des troubles qui ont secoué la république des Deux Nations, union du royaume de Pologne avec le grand-duché de Lituanie. À bord du Netron Menia, les servants s’affairent autour des canons pour tirer sur un navire ottoman. Pendant ce temps-là, le marin Piotr a accompagné le lieutenant Alexis Ivanovitch Gortchakoff à la sainte-barbe. Dans cette partie du vaisseau où sont serrés les ustensiles d’artillerie et la poudre, le marin embroche le lieutenant à la suite d’une algarade. Forteresse de Navarin, dans les premiers jours de juin 1770, l’édifice militaire qui garde la baie de Pylos a été érigé par les Ottomans sur les fondations d’un vieux port. Occupée par différentes armées au fil des conflits, la forteresse est reprise en ce mois de juin, par ses bâtisseurs avec l’aide de mercenaires albanais. Des assaillants qui font preuve d’un zèle particulier à l’égard des rebelles grecs qui avaient fait de la forteresse un lieu de résistance ! Sur le navire Netron Menia, un officier observe la scène avec une longue vue commentant qu’il semble que les Ottomans aient repris la forteresse. Il estime qu’il s’agit d’une drôle de guerre qu’ils mènent là : endurer des mois de mer depuis Saint-Pétersbourg pour établir un timide blocus avant de renoncer. Un autre officier lui demande s’ils en sont responsables. Il continue : Les Ottomans refusent de les affronter, ils arrivent, les ennemis fuient les lieux, ils lèvent les ancres et les Ottomans reviennent. Cette fois-ci, l’auteur peintre officiel de la Marine et membre titulaire de l’académie des Arts et Sciences de la Mer, emmène le lecteur en mer Égée dans le troisième tiers du dix-huitième siècle. Comme à son habitude, il donne corps à la reconstitution historique de cette bataille navale en entremêlant les faits, les visions des navires et des points de vue à hauteur de l’individu, exclusivement masculin. La lecture de la bande dessinée peut se suffire à elle-même pour un néophyte sur cette période de l’Histoire dans cette région du globe, ce qui requiert un bon niveau d’attention pour saisir les implications contenues dans les sous-entendus des discussions. Dès la deuxième planche, l’auteur mentionne la guerre russo-ottomane et les troubles qui ont secoué la république des Deux Nations. La première référence renvoie à la sixième guerre qui s’est déroulée de 1768 à 1774 et qui a opposé l’Empire russe à l’Empire ottoman, les premiers essayant d’obtenir un accès à la mer Noire. La seconde évoque un État formé par l'union du royaume de Pologne et du grand-duché de Lituanie de 1569 à 1795. Par la suite, le scénariste fait aussi bien mention d’événements ponctuels comme la prise de la forteresse de Navarin, que des grands de ce monde, comme Grigori Ivanovitch Orlov (1734-1783) et ses frères Alexeï Grigorievitch (1737-1807) et Fiodor Grigorievitch (1741-1796), de Catherine la Grande (1729-1796, Sophie Frédérique Augusta d'Anhalt-Zerbst). Il met également en scène John Elphinstone (1722-1785), un officier de marine anglais, ayant réellement existé, étant passé en 1768 au service de l’Empire russe. Le lecteur connaisseur de cette période replace sans difficulté ces repères, le néophyte apprécie qu’ils soient étoffés ou développés dans le dossier historique clôturant cet ouvrage, que ce soit le couple de Catherine II et Pierre III, un bref historique des enjeux des précédentes guerre russo-ottomanes, le début de celle qui éclate en 1768, l’état de la marine russe à cette époque, la composition de la flotte ottomane (seize vaisseaux de ligne, six frégates, treize galères, six chebecs et une trentaine de navires de charge, soit un total de mille trois cents canons), l’issue de la bataille terrestre de Larga en Moldavie, et la suite. Il en va de même pour la composante de la marine : la possibilité pour le connaisseur de voir ces bâtiments en action en conformité avec la réalité historique, ou l’occasion de découvrir à quoi pouvait ressembler une bataille navale à l’époque. Comme d’habitude les dessins des navires enchantent le lecteur. Une illustration en pleine page d’un navire russe pour commencer, au beau milieu de la bataille. Aucun détail ne manque : de la coque au grand mât, les voiles pour parties déchirées par les boulets, la figure de la proue et le beaupré, les innombrables cordages, etc. Ce navire et celui en arrière-plan sont finement détourés avec des traits encrés, et ils ressortent sur la mer qui a été réalisée à la peinture. Ce tome se déroule essentiellement en mer, avec trente-huit pages montrant les navires soit vus de la mer, soit à partir d’un pont ou d’une cabine. Le lecteur en prend également plein les yeux avec deux illustrations en pleine page, et trois en double page. Au fil des séquences, l’artiste représente les hommes d’équipage s’affairant sur les navires pour les activités quotidiennes et lors des affrontements à coup de tirs de canon. Comme d’habitude, les images mettent en évidence qu’il s’agit d’un monde d’hommes. Il faut disposer d’une bonne vue pour entrapercevoir deux silhouettes féminines de loin sur un quai en page seize. Le dessinateur détoure chaque forme un trait de contour à l’encrage fin, pouvant présenter quelques aspérités tranchantes, ce qui donne une sensation d’environnements rudes et âpres, en cohérence avec la dureté et la brutalité de la vie en mer et des batailles. Il s’attache à reproduire avec rigueur les uniformes des militaires, les armes, les équipements et accessoires des vaisseaux. Le lecteur peut voir des êtres humains normaux, avec des attitudes adultes, certains s’attachant à garder leurs distances, d’autres les asticotant, les gradés ayant des postures plus guindées. En regardant les uns et les autres, le lecteur peut voir l’agilité et la force physique nécessaires pour travailler sur le pont, dans les voiles, etc. De la même manière lors de la séquence de quatre pages dans une campagne enneigée d’Ukraine en février 1769, il peut constater la rigueur du climat, comment les soldats luttent contre le froid, les platelages de bois utilisés dans le camp pour se tenir à l’écart l’humidité de la neige, les tensions qui peuvent exister entre les marins, et l’horrible réalité des blessures et mutilations occasionnées par les boulets sur la chair humaine, ainsi que les noyades lors des combats. La mise en couleur repose sur des teintes un peu ternes, accentuant une ambiance réaliste et éprouvante. Conformément au dispositif narratif bien rôdé, adapté depuis le début de la série, l’auteur ancre humainement le récit sur des personnages fictifs, ici un marin prénommé Piotr et un lieutenant appelé Alexis Ivanovitch Gortchakoff. D’un côté, il s’agit d’artifices pour apporter un point de vue à hauteur d’hommes, montrer ce que c’est d’être marin sur un des navires de la flotte russe, servir sous les ordres, supporter les autres marins, remplir la fonction de servant de canon, ou pour le lieutenant comment on peut se retrouver sur un navire sans aucune formation. D’un autre, ils dépassent leur simple valeur fonctionnelle, en évoquant une facette de leur vie ou une autre dans leurs dialogues. De manière inattendue, le lecteur voit ainsi apparaître le thème du rapport au père, et de l’héritage moral qu’il transmet à ses enfants, soit de manière positive, soit de manière négative en donnant le mauvais exemple. Ainsi le récit charrie le principe de reproduction des hiérarchies sociales. Cette idée trouve un écho dans la notion de respect de la hiérarchie militaire qui est abordée par le sergent : trouver le bon équilibre entre obéissance, déférence, distance. Au point qu’il rappelle que : L’ordre et le respect de la hiérarchie ne peuvent pas être corrompus. S’il a lu d’autres tomes de la série, par exemple U-9 (2025) avec Philippe Adamov & Fabio Pezzi, le lecteur est à nouveau frappé par une évidence : ces hommes se battent littéralement au péril de leur vie en conséquence de décisions d’individus qui ne les verront jamais et qui n’ont aucune idée de leurs sacrifices, ou même de leurs conditions de vie. Un tome de plus dans cette collection présentant les mêmes qualités : un grand soin apporté à la reconstitution historique, en particulier les navires, mais aussi les autres éléments militaires et de la vie pragmatique, des cases clairement disposées en bande, une structure efficace jouant avec le fait qu’il s’agit d’événements historiques déjà connus et donc commençant par la scène choc de la fin, et un monde d’hommes. Comme à son habitude, l’auteur dispense élégamment les informations indispensables, et les complète dans le dossier final. Il aborde incidemment d’autres thèmes comme l’héritage psychologique du père vers le fils, ou les formes du respect de la hiérarchie.
Le Mètre des Caraïbes
Une bd loin d'être aussi réussie que la production précédente du duo Lupano Chemineau, La Bibliomule de Cordoue . Un humour poussif pour ne pas dire forcé, des répliques qui tombent à plat, un récit emprunté, bancal et une fin abrupte, l'ensemble manque d'intérêt et de consistance. L'auteur, pour tenter de nous convaincre du ton délicieusement malicieux et désinvolte de son histoire, use du comique de répétition jusqu'à la corde, le récit avance comme un poulet (des montagnes) sans tête - je reconnais que ces batraciens étaient plutôt amusants -, accumule les personnages sans intérêt, les gags prévisibles, les révélations qui n'en sont pas et semble s'autosatisfaire de ce petit plaisir iconoclaste ("je n'ai en fait rien à vous révéler et je trouve ça tellement drôle" cf échange avec Robespierre). La colorisation, le trait ne permettent pas non plus de rattraper l'ensemble. Un peu l'impression pour le coup que le nom a fait la bd. Note réelle : 2,5 voire 3 si vous aimez cet humour (quand vous savez à l'avance notamment quel personnage va brailler, quel personnage va rester interdit face à telle ou telle situation). Pendant ce temps, Les Aventuriers de l'Urraca, pourtant superbe récit de pirates, qui a du coffre bien sûr, des choses à raconter, un souffle épique et poétique, un ton joliment mélancolique, a sans doute lui déjà disparu des étals.
The Moon is following us
Mouais. Gros bof me concernant pour cette série, à laquelle je n’ai jamais vraiment accroché. Le dessin tout d’abord, assez brouillon, inégal, et souvent avec un rendu un peu bâclé (comme ces visages quasi effacés dès qu’on s’éloigne du gros plan. Ensuite l’histoire, qui m’a elle aussi paru brouillonne, désordonnée, et aussi peu emballante. Quelques accointances avec « Alice au pays des merveilles », avec cette intrigue qui se déroule dans les rêves d’une gamine, dans lesquelles ses jouets surarmés, et ses parents inquiets (qui arrivent à pénétrer dans cet espace !) livrent un combat épique avec des forces du mal. Peu emballant, parfois difficile à suivre (dessin et narration pas toujours clairs). Mais aussi des dialogues parfois mièvres (entre les deux parents), ou stupides (les deux parents dialoguant à voix haute tout en s’approchant par surprise d’un ennemi !?). Une lecture poussive, que j’oublierai assez vite je pense.
Fidji
Avec Fidji, Jean-Luc Cano nous propose un road-trip haletant, porté sur l'action, qu'on a du mal à refermer avant d'en connaitre l'issue. Il est ici question d'amitié, de temps qui passe et de la difficulté de passer de l'adolescence à l'âge adulte. Ce qui marque en premier lieu, c'est la qualité graphique de cette BD parsemée de nombreuses cases en pleines pages du plus bel effet. Le trait de Pierre-Denis Goux est vraiment très dynamique, précis et fin, offrant au lecteur des scènes avec beaucoup de mouvements. Les cadrages alternant paysages, gros plans sur les visages ou le regard des personnages sont particulièrement habiles. Enfin, j'ai également beaucoup apprécié la mise en couleurs de Julia Pinchuk qui colle parfaitement avec les différentes ambiances des chapitres composant cette BD (avec une mention spéciale pour la couverture que je trouve très belle). C'est donc quasiment un sans-faute à ce niveau. Je suis à peine plus mitigé concernant le scénario car j'ai senti venir la chute finale, une cinquantaine de pages avant la fin. Et je trouve ce genre de ficelle un peu éculée depuis les films tels que Fight Club. Malgré tout, et bien que les réactions de nos deux héros soient parfois agaçantes, l'histoire se lit sans déplaisir, la narration étant fluide et les péripéties s'enchainant de manière très rythmée. Un agréable moment de lecture. SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 7/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 8,5/10 NOTE GLOBALE : 15,5/20
Last Hero Inuyashiki
Pour une fois, le superhéros n'est ni un jeune, ni un savant, mais un vieux dévalué par sa famille d'ingrats. La réalité sociale est très perceptible dans les situations, dialogues, dessins. Le vieux tombe sur son devoir encore plus étonné qu'un Hobbit sur un anneau de pouvoir, mais il n'en est pas corrompu, seulement un peu dépassé, au début. Pour moi, le vrai sujet du manga est l'inviable sagesse d'un ignoré. Parmi tant, il rend le monde un peu meilleur, si héros, il va jusqu'au bout, sans faire de phrase. Digne de figurer comme sage si des superhéros plus tourmentés se cherchent quelqu'un qui sait écouter les autres.