Je ne suis pas un geek, je ne connaissais donc pas l'existence de ce jeu vidéo, ici, adapté en BD.
Je me suis profondément ennuyé durant les 112 pages de ce premier verset. Un récit où culte et dévotion seront les enjeux de cette intrigue. Dans une étrange forêt, différentes religions vont se battre pour ne pas disparaître. Rien de bien nouveau, on va y découvrir tous les mauvais penchants des croyances anciennes.
J'ai trouvé les personnages stéréotypés et manquant de charisme. Une narration énergique et équilibrée, les scènes d'action et les moments développant la personnalité des personnages se partagent équitablement le nombre de planches. Un ensemble léger qui ne m'a pas convaincu.
La partie graphique dénote avec le sujet proposé. Un style caricatural proche du manga associé à des couleurs tapantes. Ça bouge dans tous les sens.
Pas mal.
Un premier tome qui ne m'a pas donné envie de poursuive l'aventure.
À réserver aux inconditionnels du jeu vidéo, enfin, peut-être...
Un polar bien tordu comme je l'aime.
Le scénariste utilise trois faits historiques qui se sont passés la même semaine (le discours historique de Martin Luther King, un double meurtre jamais dont le coupable n'a jamais été retrouvé et la mort en Afrique de l'activiste américain noir W. E. B. Du Bois) pour concocter un polar efficace qui se passe durant le 20 ème anniversaire du discours de King. C'est un de ses polars où on sait dés le début qui est le coupable et se sont ses motivations qui sont nébuleuses. On va comprendre petit à petit la mentalité de ce tueur via des flashbacks.
Certes, le scénario n'échappe pas aux défauts récurrents des polars: il y a des facilités dans le scénario et aussi aucun personnage n'est vraiment attachant. Aussi, le seul truc vraiment captivant est savoir la réponse au mystère et après qu'on le sait il y a pas grand chose qui donne envie de relire l'album un jour. Le noir et blanc est pas mal.
Premier album de Jon McNaught que je lis et franchement je ne pense pas en lire un autre avant longtemps.
Le dessin m'a fait un peu pensé à du Chris Ware, surtout la manière dont l'auteur aime bien faire de très petites cases. Heureusement, il y a souvent peu de dialogues alors les pages se lisent vite malgré le nombre de cases. Quant au scénario, on est dans du contemplatif. On suit le personnage principal au travers de différentes tranches de vies. C'est un ado un peu timide et mal dans sa peau qui se retrouve à jouer dans une pièce de théâtre. J'ai trouvé les personnages et les situations vraiment banales. J'ai rien contre les récits qui ne font que montrer la vie quotidienne de quelqu'un, mais ici j'ai eu l'impression que l'auteur n'avait rien de très intéressant à dire. Il ne se passe pas grand chose de bien intéressant et j'ai lu le récit dans une indifférence générale.
Pas pour moi.
Deux choses et demi sont bien : la scène des gens morts à cause du pétrole dont le charnier est assez bien dessiné : ça fait une scène forte plus le dessin, bon quand il s'agit de montrer ce qui se décompose avec son style hachuré. Donc bonne scène plus assez bon dessin, ça fait 1,5. Il y a aussi le fait de porter l'attention sur le fait que la gestion des réfugiés, climatiques ou non, va être de plus en plus privatisé, ce qui ne sent pas très bon pour leurs droits. Donc 1,5+1 = 2,5 que je vais arrondir à 3 pour la couverture.
Sinon, je n'ai pas aimé, vu que je n'aime pas le terrorisme, qui a mon avis ne se justifie que contre quelque tyran, mais comme le dit le "héros" les gens ne vont pas renoncer à leur confort, il faut donc court-circuiter la démocratie. Le beau sauveur que voilà ! On a déjà eu des gens d'extrême gauche ou d'extrême droite pour jouer les autoritaires et les totalitaires, il faut croire que ça nous manque, appelons des tyrans. En attendant, notre "héros" tue le PDG de Total : en France on envie les géants du numérique vu qu'on n'en a pas, mais on tape sur un géant pétrolier par envie pour les plus riches, et non par désir de liberté, qu'on sacrifie dès qu'on se toque de quelque cause ou homme providentiel.
On est sûr donc que les actes du terroriste plairont à bien des lecteurs, mais en somme, aucune entreprise, nul Etat ne doit payer de rançon pour récupérer quelqu'un de peur d'encourager les ravisseurs et un homme d'ordre comme l'était le terroriste en tant qu'ancien militaire, le sait parfaitement, donc son discours sur la méchante entreprise qui ne sauve ni son PDG ni la planète tombe à plat. Soit l'homme est hypocrite, soit il est incohérent, le beau héros que voilà !
Le patron de Total ne sert en vérité que de bouc émissaire : comme disait Jean Yann, tout le monde veut sauver le monde, personne ne veut descendre les poubelles, mais en approuvant le meurtre d'un méchant capitaliste, on réconcilie les foules sur son dos. Le procès est un beau numéro, aussi, on étend la focale, même une entreprise pas trop polluante sera coupable par complicité vu qu'elle fait affaire avec de pires. Je laisse à penser ce que ça donnerait dans les relations de voisinage ou de famille : si on va assez loin, qui ne sera coupable par association ? Bien sûr, le "héros" a perdu un être proche pour qu'on se sente proche de lui, est puni mais il y a un happy end, comme ça on aura pu faire passer des énormités. Mais ce sont des horreurs qu'il ne faut pas cautionner…. Si les gens le font et imitent, je m'en lave les mains : on aura un gouvernement autoritaire et une terreur écologique avec de tels principes.
Peau de mille bêtes est un conte des frères Grimm que je ne connaissais pas mais qui s'apparente beaucoup au Peau d'Âne plus français. Et cet album en est une relecture librement inspirée, pleine de fantaisie et de modernité.
Son gros point fort est le graphisme de Stéphane Fert. Son style, très personnel, joue sur des teintes de bleus, de roses et de noirs, avec un rendu à la fois poétique et légèrement gothique qui correspond parfaitement à l'univers du conte. Le dessin des personnages féminins, en particulier, est vraiment charmant, avec une vraie présence et une élégance qui participent beaucoup à l'atmosphère générale.
Sur le fond, l'histoire reprend les codes classiques du conte de fées mais les détourne avec une approche plus contemporaine. J'ai bien aimé la manière dont les contes classiques sont revisités avec une certaine modernité, parfois même avec une forme de mise en abyme et des touches d'humour qui viennent désamorcer ou commenter les codes du genre. Cela apporte un vrai relief, de la légèreté et cela évite de tomber dans une simple adaptation illustrative.
Le récit aborde aussi des thèmes assez forts (désir, inceste, émancipation, identité), tout en conservant une dimension poétique et symbolique propre au genre. L'ensemble est globalement bien mené, avec des personnages intéressants, notamment l'héroïne qui s'affirme davantage que dans les versions traditionnelles. Et j'ai souri au jeu de mots de ce roi lucane qui se déclare insectueux quand il voit la beauté de sa fille.
L'intrigue, bien que solide, reste toutefois assez classique dans sa structure, et certains effets ou intentions modernes m'ont semblé un peu appuyés et m'ont parfois laissé un petit peu à distance.
C'est un conte modernisé très agréable, portée par une identité visuelle forte et une relecture intelligente du matériau d'origine. Très bon, même si je ne suis pas totalement tombé sous le charme.
Cet album propose cinq courtes histoires librement inspirées du folklore scandinave, mettant en scène trolls, elfes et autres créatures des forêts du Nord.
J'y ai trouvé un hommage assez mignon à cet imaginaire, porté avant tout par un travail graphique réussi. Le dessin s'inscrit dans la lignée d'illustrateurs scandinaves classiques comme Carl Larsson ou John Bauer, avec, par moments, une touche qui rappelle aussi Arthur Rackham, notamment dans certaines scènes d'elfes dansants. L'ensemble dégage un charme évident, avec des couleurs sombres mais douces et une atmosphère feutrée qui évoque parfaitement les contes nordiques.
Les cinq récits sont très courts et reposent sur des scénarios simples, presque comme de petites fables pour enfants. L'intérêt est moins dans l'intrigue que dans l'ambiance et la manière de donner vie à ce folklore, avec un humour léger et un ton globalement bienveillant. On retrouve souvent en filigrane un message assez classique autour du respect de la nature, de l'équilibre entre l'homme et son environnement, ou encore de l'idée de ne pas prendre plus que ce que l'on donne.
Cela fonctionne plutôt bien dans l'ensemble, même si certains passages peuvent paraître un peu appuyés ou légèrement moralisateurs. A noter également que les dialogues, parfois un peu soutenus, ne sont pas toujours les plus adaptés à un très jeune lectorat alors que l'album leur semble pourtant destiné.
Malgré ses qualités visuelles et son atmosphère réussie, l'ensemble est assez convenu. Les histoires sont prévisibles, sans véritable surprise, et peinent à captiver. Cela donne une lecture agréable, mais assez sage, qui pourra séduire les plus jeunes ou les amateurs de contes traditionnels, là où un lecteur adulte risque de rester un peu à distance.
Alors que je garde de l'affection pour la collection Les Meilleurs Récits du Journal de Spirou grâce à mes lectures de jeunesse, ce recueil-ci est trop inégal et, dans l'ensemble, décevant.
La thématique autour des animaux reste assez vague : il peut s'agir aussi bien d'intégrer un animal comme simple élément d'intrigue que d'aborder réellement la condition animale, voire simplement de mettre en scène des personnages animaliers, ce qui n'apporte finalement pas grand-chose puisque ces personnages pourraient tout aussi bien être humains.
Sur les sept histoires proposées, une seule m'a vraiment plu, les autres allant du moyen à l'anecdotique.
Dans le détail :
- L'île du Boumpteryx, par Ley Kip (pseudonyme regroupant Marcel Denis et André Franquin au scénario, avec Jidéhem et Jean Roba au dessin), est un récit d'aventure humoristique typique de l'école de Marcinelle des années 50. Les nombreuses péripéties, censées amuser, me paraissent aujourd'hui très datées, avec un ton très enfantin. J'aime néanmoins la bouille mélancolique de l'oiseau.
- Mély-mélodrame, par Mitteï et Walthéry, dénonce de manière assez convenue et un peu naïve l'abandon des animaux de compagnie. Ce n'est pas mauvais mais encore une fois un peu trop enfantin pour moi. Le dessin est réussi, même si je préfère le trait de Walthéry à celui de Mitteï.
- Cravate, héros de l'Aéropostale, par Wasterlain, est le fameux récit aux personnages animaliers dont je parlais plus haut. Le dessin est sympathique, mais l'histoire manque d'intérêt, ni vraiment drôle ni captivante, et est un peu trop bavarde.
- Broussaille, de Frank et Bom, est pour moi la meilleure du lot : une histoire simple mais très belle, à la fois intelligente, bien menée et poétique.
- Le Hérisson, par Malik, est trop anecdotique. Le propos sur la dureté imposée aux animaux sauvages par les humains est louable, mais le traitement comme le dessin assez réaliste ne m'ont pas enthousiasmé.
- Sombre printemps, par Mitteï et Séron, est un court récit mi-conte mi-humoristique autour des coucous, qui s'oublie trop vite.
- Le Long Voyage, par Desberg et Warnants, m'a séduit par son dessin, très réussi. En revanche, l'histoire, qui dénonce la capture et la vivisection d'animaux exotiques, m'a semblé assez plate, avec un message un peu simpliste et appuyé.
Globalement, malgré quelques qualités graphiques indéniables et une ou deux bonnes idées, l'ensemble manque de consistance. Je n'ai réellement accroché qu'à Broussaille, là où le reste m'a laissé assez indifférent, voire déçu.
Rien d’extraordinaire ni de réellement très original dans ce gros recueil d’histoires courtes. Mais Corben connait ses classiques, et il nous propose quelques récits sympathiques, qui plairont sans doute aux amateurs des « Creepy ».
J’ai lu ce recueil par petites touches, et ces « pastilles » passent bien, même si certaines histoires sont un peu trop « légères » à mon goût. Je ne suis pas forcément le cœur de cible de toute façon.
Le dessin de Corben – qui change parfois un peu de style – est très lisible. Mais là aussi pas forcément mon truc. Ça manque quand même souvent de détails, et le rendu n’est pas à la hauteur du travail de Wrightson ou de Wood sur ce type de récits fantastiques.
Les dessins d'Auclair sont magnifiques et ont su exprimer toute la beauté de l'esthétique celte. Quant au récit, je n'ai pas compris grand-chose à l'époque et même aujourd'hui, beaucoup d'aspects m'échappent. Je reconnais l'effort positif des auteurs pour donner une voix aux minorités et aux traditions anciennes et c'est pourquoi je garde dans ma bibliothèque, avec fierté, l'édition originale.
L’intrigue a été conçue avant le Covid, et de toute façon le virus en question est une création de toutes pièces des chercheurs liés au complexe militaro-industriel (bizarrement ici avec une sorte de collaboration entre USA et France).
Si cet aspect dégueugueu des armes bactériologiques passe au second plan rapidement (pour revenir en touche finale quand même !), il n’en est pas moins qu’il y a quelques résonnances avec le Covid, et les épisodes de confinements forcés, et de mise entre parenthèses des libertés et des droits de chacun, au profit d’une prétendue raison d’Etat.
Ricar plante très bien le décor dans le premier tome, avec une belle galerie de personnages, souvent archétypes, voire clichés (la journaliste sans scrupules pour trouver un scoop, les conseillers du Président froids calculateurs, des militaires sans état d’âme, et quelques « touristes » plus ou moins bien embouchés). Il utilise aussi très bien le huis-clos – il est vrai assez étendu quand même – avec ce paquebot géant où un homme suspecté d’être contaminé par un virus échappé d’un laboratoire travaillant pour l’armée a trouvé refuge, au milieu de milliers de touristes, dans une promiscuité propice à la propagation dudit virus, extrêmement mortel.
Les deux premiers tomes sont vraiment bien fichus, avec une montée en tension, un rythme haletant, au milieu de diverses hypocrisies.
Mes seuls bémols serait une inutile surenchère avec ces navires militaires pris d’assaut par des confinés désespérés : c’est trop improbable et artificiel.
Par ailleurs, si le dessin de Rica est lisible et fluide, il y a quelques imprécisions, en particulier lorsque des personnages sont en mouvement (ou pour quelques visages).
Mais bon, ça reste une série intéressante. De l’aventure dynamique. Mais aussi quelques questionnements pas dénués d’intérêt : quid des armes bactériologiques secrètes ? Peut-on sacrifier sciemment des centaines, voire des milliers d’individus, pour espérer en sauver plus ? Ces questions d’éthique traversent le récit et le densifient.
Note réelle 3,5/5.
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Cult of the Lamb
Je ne suis pas un geek, je ne connaissais donc pas l'existence de ce jeu vidéo, ici, adapté en BD. Je me suis profondément ennuyé durant les 112 pages de ce premier verset. Un récit où culte et dévotion seront les enjeux de cette intrigue. Dans une étrange forêt, différentes religions vont se battre pour ne pas disparaître. Rien de bien nouveau, on va y découvrir tous les mauvais penchants des croyances anciennes. J'ai trouvé les personnages stéréotypés et manquant de charisme. Une narration énergique et équilibrée, les scènes d'action et les moments développant la personnalité des personnages se partagent équitablement le nombre de planches. Un ensemble léger qui ne m'a pas convaincu. La partie graphique dénote avec le sujet proposé. Un style caricatural proche du manga associé à des couleurs tapantes. Ça bouge dans tous les sens. Pas mal. Un premier tome qui ne m'a pas donné envie de poursuive l'aventure. À réserver aux inconditionnels du jeu vidéo, enfin, peut-être...
Black Gospel
Un polar bien tordu comme je l'aime. Le scénariste utilise trois faits historiques qui se sont passés la même semaine (le discours historique de Martin Luther King, un double meurtre jamais dont le coupable n'a jamais été retrouvé et la mort en Afrique de l'activiste américain noir W. E. B. Du Bois) pour concocter un polar efficace qui se passe durant le 20 ème anniversaire du discours de King. C'est un de ses polars où on sait dés le début qui est le coupable et se sont ses motivations qui sont nébuleuses. On va comprendre petit à petit la mentalité de ce tueur via des flashbacks. Certes, le scénario n'échappe pas aux défauts récurrents des polars: il y a des facilités dans le scénario et aussi aucun personnage n'est vraiment attachant. Aussi, le seul truc vraiment captivant est savoir la réponse au mystère et après qu'on le sait il y a pas grand chose qui donne envie de relire l'album un jour. Le noir et blanc est pas mal.
Hors scène
Premier album de Jon McNaught que je lis et franchement je ne pense pas en lire un autre avant longtemps. Le dessin m'a fait un peu pensé à du Chris Ware, surtout la manière dont l'auteur aime bien faire de très petites cases. Heureusement, il y a souvent peu de dialogues alors les pages se lisent vite malgré le nombre de cases. Quant au scénario, on est dans du contemplatif. On suit le personnage principal au travers de différentes tranches de vies. C'est un ado un peu timide et mal dans sa peau qui se retrouve à jouer dans une pièce de théâtre. J'ai trouvé les personnages et les situations vraiment banales. J'ai rien contre les récits qui ne font que montrer la vie quotidienne de quelqu'un, mais ici j'ai eu l'impression que l'auteur n'avait rien de très intéressant à dire. Il ne se passe pas grand chose de bien intéressant et j'ai lu le récit dans une indifférence générale. Pas pour moi.
Impact - Green War
Deux choses et demi sont bien : la scène des gens morts à cause du pétrole dont le charnier est assez bien dessiné : ça fait une scène forte plus le dessin, bon quand il s'agit de montrer ce qui se décompose avec son style hachuré. Donc bonne scène plus assez bon dessin, ça fait 1,5. Il y a aussi le fait de porter l'attention sur le fait que la gestion des réfugiés, climatiques ou non, va être de plus en plus privatisé, ce qui ne sent pas très bon pour leurs droits. Donc 1,5+1 = 2,5 que je vais arrondir à 3 pour la couverture. Sinon, je n'ai pas aimé, vu que je n'aime pas le terrorisme, qui a mon avis ne se justifie que contre quelque tyran, mais comme le dit le "héros" les gens ne vont pas renoncer à leur confort, il faut donc court-circuiter la démocratie. Le beau sauveur que voilà ! On a déjà eu des gens d'extrême gauche ou d'extrême droite pour jouer les autoritaires et les totalitaires, il faut croire que ça nous manque, appelons des tyrans. En attendant, notre "héros" tue le PDG de Total : en France on envie les géants du numérique vu qu'on n'en a pas, mais on tape sur un géant pétrolier par envie pour les plus riches, et non par désir de liberté, qu'on sacrifie dès qu'on se toque de quelque cause ou homme providentiel. On est sûr donc que les actes du terroriste plairont à bien des lecteurs, mais en somme, aucune entreprise, nul Etat ne doit payer de rançon pour récupérer quelqu'un de peur d'encourager les ravisseurs et un homme d'ordre comme l'était le terroriste en tant qu'ancien militaire, le sait parfaitement, donc son discours sur la méchante entreprise qui ne sauve ni son PDG ni la planète tombe à plat. Soit l'homme est hypocrite, soit il est incohérent, le beau héros que voilà ! Le patron de Total ne sert en vérité que de bouc émissaire : comme disait Jean Yann, tout le monde veut sauver le monde, personne ne veut descendre les poubelles, mais en approuvant le meurtre d'un méchant capitaliste, on réconcilie les foules sur son dos. Le procès est un beau numéro, aussi, on étend la focale, même une entreprise pas trop polluante sera coupable par complicité vu qu'elle fait affaire avec de pires. Je laisse à penser ce que ça donnerait dans les relations de voisinage ou de famille : si on va assez loin, qui ne sera coupable par association ? Bien sûr, le "héros" a perdu un être proche pour qu'on se sente proche de lui, est puni mais il y a un happy end, comme ça on aura pu faire passer des énormités. Mais ce sont des horreurs qu'il ne faut pas cautionner…. Si les gens le font et imitent, je m'en lave les mains : on aura un gouvernement autoritaire et une terreur écologique avec de tels principes.
Peau de Mille Bêtes
Peau de mille bêtes est un conte des frères Grimm que je ne connaissais pas mais qui s'apparente beaucoup au Peau d'Âne plus français. Et cet album en est une relecture librement inspirée, pleine de fantaisie et de modernité. Son gros point fort est le graphisme de Stéphane Fert. Son style, très personnel, joue sur des teintes de bleus, de roses et de noirs, avec un rendu à la fois poétique et légèrement gothique qui correspond parfaitement à l'univers du conte. Le dessin des personnages féminins, en particulier, est vraiment charmant, avec une vraie présence et une élégance qui participent beaucoup à l'atmosphère générale. Sur le fond, l'histoire reprend les codes classiques du conte de fées mais les détourne avec une approche plus contemporaine. J'ai bien aimé la manière dont les contes classiques sont revisités avec une certaine modernité, parfois même avec une forme de mise en abyme et des touches d'humour qui viennent désamorcer ou commenter les codes du genre. Cela apporte un vrai relief, de la légèreté et cela évite de tomber dans une simple adaptation illustrative. Le récit aborde aussi des thèmes assez forts (désir, inceste, émancipation, identité), tout en conservant une dimension poétique et symbolique propre au genre. L'ensemble est globalement bien mené, avec des personnages intéressants, notamment l'héroïne qui s'affirme davantage que dans les versions traditionnelles. Et j'ai souri au jeu de mots de ce roi lucane qui se déclare insectueux quand il voit la beauté de sa fille. L'intrigue, bien que solide, reste toutefois assez classique dans sa structure, et certains effets ou intentions modernes m'ont semblé un peu appuyés et m'ont parfois laissé un petit peu à distance. C'est un conte modernisé très agréable, portée par une identité visuelle forte et une relecture intelligente du matériau d'origine. Très bon, même si je ne suis pas totalement tombé sous le charme.
Secrets de trolls
Cet album propose cinq courtes histoires librement inspirées du folklore scandinave, mettant en scène trolls, elfes et autres créatures des forêts du Nord. J'y ai trouvé un hommage assez mignon à cet imaginaire, porté avant tout par un travail graphique réussi. Le dessin s'inscrit dans la lignée d'illustrateurs scandinaves classiques comme Carl Larsson ou John Bauer, avec, par moments, une touche qui rappelle aussi Arthur Rackham, notamment dans certaines scènes d'elfes dansants. L'ensemble dégage un charme évident, avec des couleurs sombres mais douces et une atmosphère feutrée qui évoque parfaitement les contes nordiques. Les cinq récits sont très courts et reposent sur des scénarios simples, presque comme de petites fables pour enfants. L'intérêt est moins dans l'intrigue que dans l'ambiance et la manière de donner vie à ce folklore, avec un humour léger et un ton globalement bienveillant. On retrouve souvent en filigrane un message assez classique autour du respect de la nature, de l'équilibre entre l'homme et son environnement, ou encore de l'idée de ne pas prendre plus que ce que l'on donne. Cela fonctionne plutôt bien dans l'ensemble, même si certains passages peuvent paraître un peu appuyés ou légèrement moralisateurs. A noter également que les dialogues, parfois un peu soutenus, ne sont pas toujours les plus adaptés à un très jeune lectorat alors que l'album leur semble pourtant destiné. Malgré ses qualités visuelles et son atmosphère réussie, l'ensemble est assez convenu. Les histoires sont prévisibles, sans véritable surprise, et peinent à captiver. Cela donne une lecture agréable, mais assez sage, qui pourra séduire les plus jeunes ou les amateurs de contes traditionnels, là où un lecteur adulte risque de rester un peu à distance.
Spécial animaux
Alors que je garde de l'affection pour la collection Les Meilleurs Récits du Journal de Spirou grâce à mes lectures de jeunesse, ce recueil-ci est trop inégal et, dans l'ensemble, décevant. La thématique autour des animaux reste assez vague : il peut s'agir aussi bien d'intégrer un animal comme simple élément d'intrigue que d'aborder réellement la condition animale, voire simplement de mettre en scène des personnages animaliers, ce qui n'apporte finalement pas grand-chose puisque ces personnages pourraient tout aussi bien être humains. Sur les sept histoires proposées, une seule m'a vraiment plu, les autres allant du moyen à l'anecdotique. Dans le détail : - L'île du Boumpteryx, par Ley Kip (pseudonyme regroupant Marcel Denis et André Franquin au scénario, avec Jidéhem et Jean Roba au dessin), est un récit d'aventure humoristique typique de l'école de Marcinelle des années 50. Les nombreuses péripéties, censées amuser, me paraissent aujourd'hui très datées, avec un ton très enfantin. J'aime néanmoins la bouille mélancolique de l'oiseau. - Mély-mélodrame, par Mitteï et Walthéry, dénonce de manière assez convenue et un peu naïve l'abandon des animaux de compagnie. Ce n'est pas mauvais mais encore une fois un peu trop enfantin pour moi. Le dessin est réussi, même si je préfère le trait de Walthéry à celui de Mitteï. - Cravate, héros de l'Aéropostale, par Wasterlain, est le fameux récit aux personnages animaliers dont je parlais plus haut. Le dessin est sympathique, mais l'histoire manque d'intérêt, ni vraiment drôle ni captivante, et est un peu trop bavarde. - Broussaille, de Frank et Bom, est pour moi la meilleure du lot : une histoire simple mais très belle, à la fois intelligente, bien menée et poétique. - Le Hérisson, par Malik, est trop anecdotique. Le propos sur la dureté imposée aux animaux sauvages par les humains est louable, mais le traitement comme le dessin assez réaliste ne m'ont pas enthousiasmé. - Sombre printemps, par Mitteï et Séron, est un court récit mi-conte mi-humoristique autour des coucous, qui s'oublie trop vite. - Le Long Voyage, par Desberg et Warnants, m'a séduit par son dessin, très réussi. En revanche, l'histoire, qui dénonce la capture et la vivisection d'animaux exotiques, m'a semblé assez plate, avec un message un peu simpliste et appuyé. Globalement, malgré quelques qualités graphiques indéniables et une ou deux bonnes idées, l'ensemble manque de consistance. Je n'ai réellement accroché qu'à Broussaille, là où le reste m'a laissé assez indifférent, voire déçu.
Grave - Les Contes du cimetière
Rien d’extraordinaire ni de réellement très original dans ce gros recueil d’histoires courtes. Mais Corben connait ses classiques, et il nous propose quelques récits sympathiques, qui plairont sans doute aux amateurs des « Creepy ». J’ai lu ce recueil par petites touches, et ces « pastilles » passent bien, même si certaines histoires sont un peu trop « légères » à mon goût. Je ne suis pas forcément le cœur de cible de toute façon. Le dessin de Corben – qui change parfois un peu de style – est très lisible. Mais là aussi pas forcément mon truc. Ça manque quand même souvent de détails, et le rendu n’est pas à la hauteur du travail de Wrightson ou de Wood sur ce type de récits fantastiques.
Bran Ruz
Les dessins d'Auclair sont magnifiques et ont su exprimer toute la beauté de l'esthétique celte. Quant au récit, je n'ai pas compris grand-chose à l'époque et même aujourd'hui, beaucoup d'aspects m'échappent. Je reconnais l'effort positif des auteurs pour donner une voix aux minorités et aux traditions anciennes et c'est pourquoi je garde dans ma bibliothèque, avec fierté, l'édition originale.
Virus
L’intrigue a été conçue avant le Covid, et de toute façon le virus en question est une création de toutes pièces des chercheurs liés au complexe militaro-industriel (bizarrement ici avec une sorte de collaboration entre USA et France). Si cet aspect dégueugueu des armes bactériologiques passe au second plan rapidement (pour revenir en touche finale quand même !), il n’en est pas moins qu’il y a quelques résonnances avec le Covid, et les épisodes de confinements forcés, et de mise entre parenthèses des libertés et des droits de chacun, au profit d’une prétendue raison d’Etat. Ricar plante très bien le décor dans le premier tome, avec une belle galerie de personnages, souvent archétypes, voire clichés (la journaliste sans scrupules pour trouver un scoop, les conseillers du Président froids calculateurs, des militaires sans état d’âme, et quelques « touristes » plus ou moins bien embouchés). Il utilise aussi très bien le huis-clos – il est vrai assez étendu quand même – avec ce paquebot géant où un homme suspecté d’être contaminé par un virus échappé d’un laboratoire travaillant pour l’armée a trouvé refuge, au milieu de milliers de touristes, dans une promiscuité propice à la propagation dudit virus, extrêmement mortel. Les deux premiers tomes sont vraiment bien fichus, avec une montée en tension, un rythme haletant, au milieu de diverses hypocrisies. Mes seuls bémols serait une inutile surenchère avec ces navires militaires pris d’assaut par des confinés désespérés : c’est trop improbable et artificiel. Par ailleurs, si le dessin de Rica est lisible et fluide, il y a quelques imprécisions, en particulier lorsque des personnages sont en mouvement (ou pour quelques visages). Mais bon, ça reste une série intéressante. De l’aventure dynamique. Mais aussi quelques questionnements pas dénués d’intérêt : quid des armes bactériologiques secrètes ? Peut-on sacrifier sciemment des centaines, voire des milliers d’individus, pour espérer en sauver plus ? Ces questions d’éthique traversent le récit et le densifient. Note réelle 3,5/5.