Un autre bon polar du duo Brubaker et Phillips.
Ici, les auteurs traitent du sujet de la peur satanique qui a secoué les États-Unis des années 80 et lorsque je vois les théories du complot qui pullule sur le web anglophone, je me dis que les mentalités n'ont malheureusement pas trop changés après plusieurs décennies. La bonne idée est que le récit se passe plusieurs décennies après la fin de la panique et que l'héroïne faisait parti d'un groupe d'enfants qui lors de l'hystérie collective sur les sectes sataniques ont accusé des moniteurs d'une colonie satanique. On voit donc comment cet événement a brisée sa vie parce que ce n'est pas facile d'avoir été médiatiquement connu à 6-7 ans comme une victime de Satan en personne !
Le scénario est prenant et les auteurs ont décidément du talent pour pointer les travers de la société américaine. Comme souvent avec Brubaker l'histoire est bien tordue avec son lot de surprise même si je soupçonnais certaines choses qui se sont révélés exactes. On ne sais jamais ce qui est vrai et qui croire, ce qui va bien avec le thème de la panique satanique vu que dans la vraie vie des enfants qui étaient trop jeunes pour bien comprendre ce qui se passait ont été manipulé par des adultes pour détruire la vie d'autres adultes. Il y a juste la fin un peu abrupte qui m'a moins convaincu que le reste, mais cela reste un bon cru du duo.
Nous sommes donc au XIème siècle, dans une Angleterre qui vient de basculer sous le contrôle de Guillaume le Conquérant, après la bataille d'Hastings. Petite histoire dans la grande histoire, une jeune noble récemment veuve est sauvée par un ex-mercenaire danois sous le charme duquel elle tombe rapidement. Mais celui-ci devient à son tour amoureux d'une autre femme.
On a donc un récit de triangle amoureux avec un fond historique un peu complexe. J'avoue, j'ai dû un peu me renseigner pour remettre un peu les enjeux géopolitiques du moment et de la région. L'ensemble du récit rappelle fortement les drames shakespeariens, et pour cause, c'est là qu'il a puisé son inspiration ou carrément placé des histoires comme Macbeth. Si cette inspiration ou parenté n'est peut-être pas revendique par l'auteur, elle est réelle. Non-dits, trahisons, intrigue resserrée à cinq personnages, cela ressemble bel et bien à une tragédie en trois ou cinq actes. Et les personnages y montrent parfois un double visage, comme la cruauté d'Aelfhild, ou la vaillance au combat de Merwynn. Il y a des choses à creuser au niveau psychanalytique, je pense.
Si le dessin de Félix the Rover n'est pas encore mature, il progresse au long de l'album, comme le souligne justement en préface Mauricet, ami du jeune auteur. Si sa marge de progression est encore importante sur les personnages et les animaux, le côté un peu monolithique des bâtiments m'a semblé assez intéressant, comme la forme très particulière de la Motte, surnom de la forteresse commandée par Aelfhild.
Bref, si on n'est pas face à une BD d'une grande maîtrise, elle porte en elle des promesses pour l'avenir de la carrière de son auteur.
Voilà un récit historique qui m'intéressait d'autant plus que je n'y connaissais à peu près rien : la mission du célèbre prestidigitateur Robert-Houdin en Algérie, au service de la colonisation française. C'est une période que je trouve fascinante et la rencontre entre le monde la magie et le monde militaire ne l'est pas moins.
Mathieu Mariolle, l'auteur de la très réussie trilogie Nautilus, poursuit ici sa réflexion sur la conquête et la soif de pouvoir des hommes politiques et militaires. Disons-le tout de suite, c'est l'aspect le plus convenu d'Artifices, celui qui me fait hésiter quant à l'attribution d'un 4/5 pourtant certainement mérité. On a déjà lu tout ça ailleurs, et la vision de la colonisation reste trop marquée par ce cliché du militaire barbare prêt à tout faire brûler contre des innocents civils qui n'ont rien demandé à personne. Cette vision n'est pas fondamentalement fausse, mais elle nécessite d'être maniée avec un doigté et une délicatesse que Mariolle ne maîtrise que partiellement (à l'inverse du génial Alain Ayroles, par exemple). Certes, il nuance par moments son tableau, notamment avec les personnages de Jules Gachet, écartelé entre ses origines françaises et sa culture algérienne, ou celui, encore plus passionnant, de Nélia, une femme inspirée de la bien réelle Lalla Fatma N'Soumer, une femme qui rejette autant la société patriarcale qui est la sienne que la colonisation française. Ce personnage féminin n'est pas si manichéen qu'il en a l'air de prime abord, et tout l'intérêt de la narration repose sur elle. Mais elle ne parvient pas à effacer la dualité trop convenue entre le pacifiste Houdin et le belliqueux De Neveu. Une dizaine de pages en plus aurait sans doute permis de muscler un peu la réflexion pourtant captivante des auteurs.
Mais au-delà de cette survivance de clichés coloniaux et/ou post-coloniaux, Artifices passionne pour son récit d'aventures merveilleusement mis en images. Je ne connaissais pas le dessinateur Julen Ribas, mais cela m'étonne tant son trait est celui d'un grand dessinateur. J'ai beaucoup pensé à Alex Alice devant ce trait réaliste, doux et envoûtant, mis en valeur par des couleurs chaleureuses. L'Algérie est parfaitement rendue dans sa splendeur et son pouvoir de fascination extrême.
C'est le trait qui convenait le mieux pour mettre en scène l'aspect le plus passionnant de ce récit : le duel entre deux illusions, qui cherchent toutes deux à s'emparer des esprits. Si Robert-Houdin est missionné en Algérie, c'est pour démonter les "miracles" et la "magie" dont usent les marabouts pour séduire les foules et les mettre au service de leur guerre sainte. Or, Robert-Houdin est justement mandaté pour mettre en place une autre forme de "magie" qui servira non plus une idéologie religieuse, mais une idéologie politique. Cette dualité entre deux illusions au service de deux fanatismes différents est parfaitement décrite, et s'appuie judicieusement sur des dialogues certes mal dégrossis mais efficaces. Est-il finalement vraiment légitime de sauver les populations arabes de l'esclavage religieux qui leur est imposé si c'est pour les mettre au service de la République colonisatrice, guère moins inhumaine ? Une réflexion intéressante, qui vient renforcer la réflexion de cette bande dessinée, et atténue légèrement les clichés que j'ai reprochés ci-dessus.
Au bilan, malgré une opposition convenue entre deux personnages principaux trop clichés, j'ai vraiment apprécié la lecture de cet album, très fluide et magnifique à contempler. Le récit nous ouvre une page d'histoire qu'on devine très romancée, mais qui brosse malgré tout avec un certain talent les grands enjeux de la période. Avec encore un petit supplément ou en divisant l'intrigue en deux tomes (qui auraient pu jouer sur les points de vue des personnages), on aurait sans doute eu une bande dessinée majeure. En l'état, cela reste une lecture très plaisante et d'un intérêt qui ne se dément jamais.
Avec « De bonne foi », Marguerite Boutrolle nous offre un huis clos au dessin stylisé et aux thématiques diverses. L’album se lit vite malgré sa forte pagination et s’il n’est pas dénué d’intérêt, il ne m’aura pas autant marqué qu’il l’aurait pu.
L’histoire se déroule en Bretagne à une époque où la peine de mort est toujours d’application même si remise en question. Un anarchiste accusé de meurtre trouve refuge dans une maison isolée occupée par une étudiante en droit revenue dans celle-ci pour réviser. Les deux personnages vont progressivement se dévoiler et on va ainsi découvrir qu’un même traumatisme les relie. Le récit nous interroge de la sorte sur le sens des responsabilités, sur la pertinence de la peine de mort, sur le poids de nos erreurs passées. C’est plutôt pas mal mais pas assez creusé à mon goût. On reste plus dans un récit d’ambiance, pas spécialement oppressant malgré la thématique mais plutôt hors du temps. J’ai eu l’impression d’être dans l’œil du cyclone, ce moment d’accalmie au cœur de la tempête pour deux personnages qui peuvent alors prendre le temps de réfléchir à leurs actes.
Le dessin est particulier, déformant volontiers les perspectives. Ce qui crée une ambiance quelque peu fantastique à un récit pourtant tout ce qu’il y a de plus réaliste. Les grandes illustrations ne sont pas rares et, couplées avec le peu de textes, contribue à rendre la lecture très rapide. La colorisation, avec une palette de couleurs volontairement très réduite, ne fait qu'accentuer la chose. J’émettrai tout de même un gros bémol à propos de la physionomie des personnages dont il est très difficile de déterminer l’âge. L’anarchiste, surtout semble bien plus âgé que ce qu’il devrait être, et cela pose problème lors de certains passages du récit.
A la lecture j'ai eu le sentiment que l'autrice prenait plaisir à dessiner 'sa' Bretagne, multipliant les clins d'œil vis-à-vis des lieux visités. Je n'ai rien contre cette pratique mais, dans le cas présent, l'effet a été contre-productif, cassant l'ambiance de thriller qu'elle cherche à instaurer par ailleurs.
Dans l’ensemble, c’est plutôt pas mal mais un peu léger à mon goût. Je crains d’avoir vite oublier cette histoire. Que cela ne vous empêche pas d’y jeter un œil car il y a du taf et de la qualité.
J'ai tant aimé l'histoire que je me promets de lire ce texte de Jack London ! Par contre, grosse déception au niveau du dessin ! La couverture m'évoque un Pratt ou un Breccia, l'intérieur de la BD me semble bien plus fade, convenu et sans subtilité par rapport. Lisible pour l'histoire, je le redis ! Et encore, au début, je pensais à Lovecraft, mais non, le ton est bien différent, heureusement. Je ne vais pas me lancer dans une comparaison, essentiellement par flemme, mais je dirais que la question de la colère rouge est sous-exploitée.
Dans le roman aussi ? Je n'en sais rien, mais il me semble que cela aurait pu faire contraste avec le reste et lier subtilement les deux mondes, l'habituel et celui du rêve - ou de la réincarnation ? Bref, je suis toujours un peu triste quand je vois des occasions perdues.
L'histoire ? Je n'ai pas lu le livre et pas vu le film, des plus classiques, elle se concentre sur un père et un fils et me paraît autant un récit de transmission qu'une histoire apocalyptique. Je n'aime de façon générale pas le ton gris, mais ici, il s'impose, et fait partie du dessin et de la dramatisation. Les visages, et d'ailleurs aussi les cadavres et les gens dont on a mangé une partie pour pouvoir conserver leur viande et se nourrir du reste ? Tout est fort sans sombrer dans le mauvais goût putassier de certains récits d'horreurs. Je pense que je ne vais pas l'oublier vite comme certains albums dispensables, mais je ne sens pas le besoin de le relire.
« Hemingway, la jeune fille et la mer » est un récit d’aventure aux accents burlesques dans lequel les auteurs vont mettre en scène un Ernest Hemingway ‘fantasmé’. Entendez par là que le personnage qui nous est ici présenté correspond plus à sa légende qu’à une quelconque vérité historique, et les aventures dans lesquelles il va être entrainé sont tout autant fantaisistes.
Le récit est très plaisant à lire, entrainant, joyeux, lumineux. Il bénéficie à la fois de la verve de Philippe Charlot, qui a l’art d’humaniser ses personnages et le sens des dialogues, et de la qualité du trait de Laurent Zimny. Ce dernier nous délivre des planches très dynamiques et, on y revient, lumineuses.
On en apprend très peu sur Ernest Hemingway, sinon au travers du dossier disponible en fin d’album, et cette aventure qui le voit mené par le bout de son nez par une gamine déterminée se veut avant tout rocambolesque et en rien réaliste. L’ambiance y est, cependant, et j’ai vraiment été transporté dans les Keys à cette époque très romanesque. De plus le personnage d’Hemingway y est des plus sympathiques. C’est d’ailleurs le point fort du récit, cette sympathie que lui comme l’ensemble des personnages dégagent au fil des planches. Un lien sera bien entendu réalisé par les auteurs entre cette histoire (totalement inventée, faut-il vous le rappeler) et l’écriture de « le Vieil homme et la mer ».
Pas un chef-d’œuvre mais une lecture sympathique et divertissante. Des plus recommandables.
J'ai l'impression d'être complètement passé à côté de cet album.
Il faut dire qu'en général je n'aime pas trop les albums consacrés à un milieu artistique, et encore moins ceux qui sont consacrés à des artistes en particulier. Souvent ils manquent de recul. Il y a des exceptions à cette "règle", mais clairement celui-ci n'en fait pas vraiment partie.
La première scène le voit faire preuve d'une morgue incroyable face aux questions complètement débiles d'une femme lors d'une réception à la Maison Blanche. La première partie est d'un intérêt très limité. on y voit des instantanés de la vie de Miles Davis, surtout sa vie artistique. Des reproductions en BD de photos plus ou moins connues le mettant en scène, avec ses collègues et camarades musiciens, qui sont systématiquement identifiés. Ok, bon... La deuxième partie comporte des épisodes un peu plus longs, comme cette fois où il s'est fait arrêter juste, mais vraiment juste parce qu'il était noir. Ou quand une de ses compagnes, lassée de le voir drogué presque à mort, finit par le quitter. cela donc un aperçu de sa vie, entre gloire un peu démesurée et vie privée pleine de coups reçus et donnés. cela façonne en creux un portrait pas très reluisant, et je ne suis pas sûr que ce soit l'objectif recherché par l'auteur.
Sans oublier qu'on le voit relativement peu jouer vraiment de la musique, ce qui me semble étrange pour un album parlant d'un musicien. bref, pas grand-chose à retenir sur le plan narratif.
Et pour finir un mot sur le dessin, que je trouve approximatif et pas très inventif. Bref, un album que je vais probablement vite oublier.
L’intrigue est légère, loin d’être exempte de facilités, et la fin m’est apparu un chouia trop « heureuse » (condensant en fait les critiques évoquées juste avant). Mais voilà, malgré tout, j’ai passé un bon moment et cette lecture est très agréable.
Tout d’abord j’aime beaucoup le dessin de Vallée – et ce depuis pas mal de temps. Et ici, son trait semi-réaliste, très dynamique, convient parfaitement au ton du récit.
Ensuite l’intrigue. La fin mise à part, c’est du bon boulot. Du facile bien emballé. Une lecture popcorn sympathique. Avec un personnage atypique (un truand se planquant sous les traits – et la soutane – d’un curé !) qui va amener pas mal d’animation dans la ville de Saint-Claude.
En sus des trognes dessinées par Vallée, souvent amusantes, les dialogues sont aussi pleins de verve, d’ironie, et ajoute une bonne touche d’humour, un peu dans la lignée d’Audiard (peut-être en moins percutant).
Bref, c’est un bon diptyque, dynamique, alternant traits d’humour et castagne, jusqu’au final digne d’un blockbuster.
J’arrondis aux trois étoiles, parce que l’adulte que je suis n’a pas forcément été emballé par la lecture de cette série. Mais elle s’adresse avant tout à un jeune lectorat (adolescent je pense), et celui-ci y trouvera sans doute davantage son compte.
C’est une sorte d’Harry Potter girly par moments, avec des jeunes gens passant des épreuves, pour devenir non pas sorciers – quoique la magie joue ici un grand rôle – mais Arcane majeur. En effet, l’auteure ancre son intrigue dans les arcanes du tarot, en y ajoutant tout un tas d’autres univers. Un univers développé dans l’intrigue, mais aussi dans plusieurs petits intermèdes, présentations diverses, sur l’histoire des arcanes, les spécificités de chaque pouvoir, etc.
Le rythme est étrange. En effet, il y a parfois de longs moments de mise en place, avec des dialogues un peu « gentils » à mon goût, et d’autres moments où tout s’accélère – comme durant certaines épreuves du deuxième album, parfois expédiées. Le troisième album (qui condense les deux derniers albums initialement prévus) est un peu plus dense, et apporte un peu plus de consistance à l’histoire.
Dessin et colorisation ne sont pas forcément mon truc, mais je leur reconnais de l’originalité. C’est très coloré, et très lisible.
Je reconnais aussi à l’auteure d’avoir placé au fil de l’intrigue plusieurs thèmes intéressants, et pas souvent mis en avant dans des séries pour ados (en tout cas à ma connaissance) : la sororité (plus généralement, les personnages féminins sont beaucoup plus nombreux, et souvent jouent les principaux rôles), l’homosexualité, voire le questionnement autour du genre (plusieurs fois évoqué, avec en sus l’utilisation du pronom iel).
Au-delà de l’esthétique générale, dont je ne suis pas friand (mais c’est affaire de goût), l’intrigue m’a par ailleurs laissé un peu de côté, dialogues et péripéties manquant de consistance, étant parfois un chouia « faciles » ou « mièvres » (même si ce terme est peut-être un peu fort, et ne concerne que quelques passages).
Mais, je me répète, des ados sont davantage susceptible d’apprécier cette histoire que le vieux bonhomme que je suis.
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La Maison des impies
Un autre bon polar du duo Brubaker et Phillips. Ici, les auteurs traitent du sujet de la peur satanique qui a secoué les États-Unis des années 80 et lorsque je vois les théories du complot qui pullule sur le web anglophone, je me dis que les mentalités n'ont malheureusement pas trop changés après plusieurs décennies. La bonne idée est que le récit se passe plusieurs décennies après la fin de la panique et que l'héroïne faisait parti d'un groupe d'enfants qui lors de l'hystérie collective sur les sectes sataniques ont accusé des moniteurs d'une colonie satanique. On voit donc comment cet événement a brisée sa vie parce que ce n'est pas facile d'avoir été médiatiquement connu à 6-7 ans comme une victime de Satan en personne ! Le scénario est prenant et les auteurs ont décidément du talent pour pointer les travers de la société américaine. Comme souvent avec Brubaker l'histoire est bien tordue avec son lot de surprise même si je soupçonnais certaines choses qui se sont révélés exactes. On ne sais jamais ce qui est vrai et qui croire, ce qui va bien avec le thème de la panique satanique vu que dans la vraie vie des enfants qui étaient trop jeunes pour bien comprendre ce qui se passait ont été manipulé par des adultes pour détruire la vie d'autres adultes. Il y a juste la fin un peu abrupte qui m'a moins convaincu que le reste, mais cela reste un bon cru du duo.
Les Cendres du Nord
Nous sommes donc au XIème siècle, dans une Angleterre qui vient de basculer sous le contrôle de Guillaume le Conquérant, après la bataille d'Hastings. Petite histoire dans la grande histoire, une jeune noble récemment veuve est sauvée par un ex-mercenaire danois sous le charme duquel elle tombe rapidement. Mais celui-ci devient à son tour amoureux d'une autre femme. On a donc un récit de triangle amoureux avec un fond historique un peu complexe. J'avoue, j'ai dû un peu me renseigner pour remettre un peu les enjeux géopolitiques du moment et de la région. L'ensemble du récit rappelle fortement les drames shakespeariens, et pour cause, c'est là qu'il a puisé son inspiration ou carrément placé des histoires comme Macbeth. Si cette inspiration ou parenté n'est peut-être pas revendique par l'auteur, elle est réelle. Non-dits, trahisons, intrigue resserrée à cinq personnages, cela ressemble bel et bien à une tragédie en trois ou cinq actes. Et les personnages y montrent parfois un double visage, comme la cruauté d'Aelfhild, ou la vaillance au combat de Merwynn. Il y a des choses à creuser au niveau psychanalytique, je pense. Si le dessin de Félix the Rover n'est pas encore mature, il progresse au long de l'album, comme le souligne justement en préface Mauricet, ami du jeune auteur. Si sa marge de progression est encore importante sur les personnages et les animaux, le côté un peu monolithique des bâtiments m'a semblé assez intéressant, comme la forme très particulière de la Motte, surnom de la forteresse commandée par Aelfhild. Bref, si on n'est pas face à une BD d'une grande maîtrise, elle porte en elle des promesses pour l'avenir de la carrière de son auteur.
Artifices
Voilà un récit historique qui m'intéressait d'autant plus que je n'y connaissais à peu près rien : la mission du célèbre prestidigitateur Robert-Houdin en Algérie, au service de la colonisation française. C'est une période que je trouve fascinante et la rencontre entre le monde la magie et le monde militaire ne l'est pas moins. Mathieu Mariolle, l'auteur de la très réussie trilogie Nautilus, poursuit ici sa réflexion sur la conquête et la soif de pouvoir des hommes politiques et militaires. Disons-le tout de suite, c'est l'aspect le plus convenu d'Artifices, celui qui me fait hésiter quant à l'attribution d'un 4/5 pourtant certainement mérité. On a déjà lu tout ça ailleurs, et la vision de la colonisation reste trop marquée par ce cliché du militaire barbare prêt à tout faire brûler contre des innocents civils qui n'ont rien demandé à personne. Cette vision n'est pas fondamentalement fausse, mais elle nécessite d'être maniée avec un doigté et une délicatesse que Mariolle ne maîtrise que partiellement (à l'inverse du génial Alain Ayroles, par exemple). Certes, il nuance par moments son tableau, notamment avec les personnages de Jules Gachet, écartelé entre ses origines françaises et sa culture algérienne, ou celui, encore plus passionnant, de Nélia, une femme inspirée de la bien réelle Lalla Fatma N'Soumer, une femme qui rejette autant la société patriarcale qui est la sienne que la colonisation française. Ce personnage féminin n'est pas si manichéen qu'il en a l'air de prime abord, et tout l'intérêt de la narration repose sur elle. Mais elle ne parvient pas à effacer la dualité trop convenue entre le pacifiste Houdin et le belliqueux De Neveu. Une dizaine de pages en plus aurait sans doute permis de muscler un peu la réflexion pourtant captivante des auteurs. Mais au-delà de cette survivance de clichés coloniaux et/ou post-coloniaux, Artifices passionne pour son récit d'aventures merveilleusement mis en images. Je ne connaissais pas le dessinateur Julen Ribas, mais cela m'étonne tant son trait est celui d'un grand dessinateur. J'ai beaucoup pensé à Alex Alice devant ce trait réaliste, doux et envoûtant, mis en valeur par des couleurs chaleureuses. L'Algérie est parfaitement rendue dans sa splendeur et son pouvoir de fascination extrême. C'est le trait qui convenait le mieux pour mettre en scène l'aspect le plus passionnant de ce récit : le duel entre deux illusions, qui cherchent toutes deux à s'emparer des esprits. Si Robert-Houdin est missionné en Algérie, c'est pour démonter les "miracles" et la "magie" dont usent les marabouts pour séduire les foules et les mettre au service de leur guerre sainte. Or, Robert-Houdin est justement mandaté pour mettre en place une autre forme de "magie" qui servira non plus une idéologie religieuse, mais une idéologie politique. Cette dualité entre deux illusions au service de deux fanatismes différents est parfaitement décrite, et s'appuie judicieusement sur des dialogues certes mal dégrossis mais efficaces. Est-il finalement vraiment légitime de sauver les populations arabes de l'esclavage religieux qui leur est imposé si c'est pour les mettre au service de la République colonisatrice, guère moins inhumaine ? Une réflexion intéressante, qui vient renforcer la réflexion de cette bande dessinée, et atténue légèrement les clichés que j'ai reprochés ci-dessus. Au bilan, malgré une opposition convenue entre deux personnages principaux trop clichés, j'ai vraiment apprécié la lecture de cet album, très fluide et magnifique à contempler. Le récit nous ouvre une page d'histoire qu'on devine très romancée, mais qui brosse malgré tout avec un certain talent les grands enjeux de la période. Avec encore un petit supplément ou en divisant l'intrigue en deux tomes (qui auraient pu jouer sur les points de vue des personnages), on aurait sans doute eu une bande dessinée majeure. En l'état, cela reste une lecture très plaisante et d'un intérêt qui ne se dément jamais.
De bonne foi
Avec « De bonne foi », Marguerite Boutrolle nous offre un huis clos au dessin stylisé et aux thématiques diverses. L’album se lit vite malgré sa forte pagination et s’il n’est pas dénué d’intérêt, il ne m’aura pas autant marqué qu’il l’aurait pu. L’histoire se déroule en Bretagne à une époque où la peine de mort est toujours d’application même si remise en question. Un anarchiste accusé de meurtre trouve refuge dans une maison isolée occupée par une étudiante en droit revenue dans celle-ci pour réviser. Les deux personnages vont progressivement se dévoiler et on va ainsi découvrir qu’un même traumatisme les relie. Le récit nous interroge de la sorte sur le sens des responsabilités, sur la pertinence de la peine de mort, sur le poids de nos erreurs passées. C’est plutôt pas mal mais pas assez creusé à mon goût. On reste plus dans un récit d’ambiance, pas spécialement oppressant malgré la thématique mais plutôt hors du temps. J’ai eu l’impression d’être dans l’œil du cyclone, ce moment d’accalmie au cœur de la tempête pour deux personnages qui peuvent alors prendre le temps de réfléchir à leurs actes. Le dessin est particulier, déformant volontiers les perspectives. Ce qui crée une ambiance quelque peu fantastique à un récit pourtant tout ce qu’il y a de plus réaliste. Les grandes illustrations ne sont pas rares et, couplées avec le peu de textes, contribue à rendre la lecture très rapide. La colorisation, avec une palette de couleurs volontairement très réduite, ne fait qu'accentuer la chose. J’émettrai tout de même un gros bémol à propos de la physionomie des personnages dont il est très difficile de déterminer l’âge. L’anarchiste, surtout semble bien plus âgé que ce qu’il devrait être, et cela pose problème lors de certains passages du récit. A la lecture j'ai eu le sentiment que l'autrice prenait plaisir à dessiner 'sa' Bretagne, multipliant les clins d'œil vis-à-vis des lieux visités. Je n'ai rien contre cette pratique mais, dans le cas présent, l'effet a été contre-productif, cassant l'ambiance de thriller qu'elle cherche à instaurer par ailleurs. Dans l’ensemble, c’est plutôt pas mal mais un peu léger à mon goût. Je crains d’avoir vite oublier cette histoire. Que cela ne vous empêche pas d’y jeter un œil car il y a du taf et de la qualité.
Le Vagabond des Étoiles
J'ai tant aimé l'histoire que je me promets de lire ce texte de Jack London ! Par contre, grosse déception au niveau du dessin ! La couverture m'évoque un Pratt ou un Breccia, l'intérieur de la BD me semble bien plus fade, convenu et sans subtilité par rapport. Lisible pour l'histoire, je le redis ! Et encore, au début, je pensais à Lovecraft, mais non, le ton est bien différent, heureusement. Je ne vais pas me lancer dans une comparaison, essentiellement par flemme, mais je dirais que la question de la colère rouge est sous-exploitée. Dans le roman aussi ? Je n'en sais rien, mais il me semble que cela aurait pu faire contraste avec le reste et lier subtilement les deux mondes, l'habituel et celui du rêve - ou de la réincarnation ? Bref, je suis toujours un peu triste quand je vois des occasions perdues.
La Route
L'histoire ? Je n'ai pas lu le livre et pas vu le film, des plus classiques, elle se concentre sur un père et un fils et me paraît autant un récit de transmission qu'une histoire apocalyptique. Je n'aime de façon générale pas le ton gris, mais ici, il s'impose, et fait partie du dessin et de la dramatisation. Les visages, et d'ailleurs aussi les cadavres et les gens dont on a mangé une partie pour pouvoir conserver leur viande et se nourrir du reste ? Tout est fort sans sombrer dans le mauvais goût putassier de certains récits d'horreurs. Je pense que je ne vais pas l'oublier vite comme certains albums dispensables, mais je ne sens pas le besoin de le relire.
Hemingway, la jeune fille et la mer
« Hemingway, la jeune fille et la mer » est un récit d’aventure aux accents burlesques dans lequel les auteurs vont mettre en scène un Ernest Hemingway ‘fantasmé’. Entendez par là que le personnage qui nous est ici présenté correspond plus à sa légende qu’à une quelconque vérité historique, et les aventures dans lesquelles il va être entrainé sont tout autant fantaisistes. Le récit est très plaisant à lire, entrainant, joyeux, lumineux. Il bénéficie à la fois de la verve de Philippe Charlot, qui a l’art d’humaniser ses personnages et le sens des dialogues, et de la qualité du trait de Laurent Zimny. Ce dernier nous délivre des planches très dynamiques et, on y revient, lumineuses. On en apprend très peu sur Ernest Hemingway, sinon au travers du dossier disponible en fin d’album, et cette aventure qui le voit mené par le bout de son nez par une gamine déterminée se veut avant tout rocambolesque et en rien réaliste. L’ambiance y est, cependant, et j’ai vraiment été transporté dans les Keys à cette époque très romanesque. De plus le personnage d’Hemingway y est des plus sympathiques. C’est d’ailleurs le point fort du récit, cette sympathie que lui comme l’ensemble des personnages dégagent au fil des planches. Un lien sera bien entendu réalisé par les auteurs entre cette histoire (totalement inventée, faut-il vous le rappeler) et l’écriture de « le Vieil homme et la mer ». Pas un chef-d’œuvre mais une lecture sympathique et divertissante. Des plus recommandables.
Miles
J'ai l'impression d'être complètement passé à côté de cet album. Il faut dire qu'en général je n'aime pas trop les albums consacrés à un milieu artistique, et encore moins ceux qui sont consacrés à des artistes en particulier. Souvent ils manquent de recul. Il y a des exceptions à cette "règle", mais clairement celui-ci n'en fait pas vraiment partie. La première scène le voit faire preuve d'une morgue incroyable face aux questions complètement débiles d'une femme lors d'une réception à la Maison Blanche. La première partie est d'un intérêt très limité. on y voit des instantanés de la vie de Miles Davis, surtout sa vie artistique. Des reproductions en BD de photos plus ou moins connues le mettant en scène, avec ses collègues et camarades musiciens, qui sont systématiquement identifiés. Ok, bon... La deuxième partie comporte des épisodes un peu plus longs, comme cette fois où il s'est fait arrêter juste, mais vraiment juste parce qu'il était noir. Ou quand une de ses compagnes, lassée de le voir drogué presque à mort, finit par le quitter. cela donc un aperçu de sa vie, entre gloire un peu démesurée et vie privée pleine de coups reçus et donnés. cela façonne en creux un portrait pas très reluisant, et je ne suis pas sûr que ce soit l'objectif recherché par l'auteur. Sans oublier qu'on le voit relativement peu jouer vraiment de la musique, ce qui me semble étrange pour un album parlant d'un musicien. bref, pas grand-chose à retenir sur le plan narratif. Et pour finir un mot sur le dessin, que je trouve approximatif et pas très inventif. Bref, un album que je vais probablement vite oublier.
Habemus Bastard
L’intrigue est légère, loin d’être exempte de facilités, et la fin m’est apparu un chouia trop « heureuse » (condensant en fait les critiques évoquées juste avant). Mais voilà, malgré tout, j’ai passé un bon moment et cette lecture est très agréable. Tout d’abord j’aime beaucoup le dessin de Vallée – et ce depuis pas mal de temps. Et ici, son trait semi-réaliste, très dynamique, convient parfaitement au ton du récit. Ensuite l’intrigue. La fin mise à part, c’est du bon boulot. Du facile bien emballé. Une lecture popcorn sympathique. Avec un personnage atypique (un truand se planquant sous les traits – et la soutane – d’un curé !) qui va amener pas mal d’animation dans la ville de Saint-Claude. En sus des trognes dessinées par Vallée, souvent amusantes, les dialogues sont aussi pleins de verve, d’ironie, et ajoute une bonne touche d’humour, un peu dans la lignée d’Audiard (peut-être en moins percutant). Bref, c’est un bon diptyque, dynamique, alternant traits d’humour et castagne, jusqu’au final digne d’un blockbuster.
Arcana
J’arrondis aux trois étoiles, parce que l’adulte que je suis n’a pas forcément été emballé par la lecture de cette série. Mais elle s’adresse avant tout à un jeune lectorat (adolescent je pense), et celui-ci y trouvera sans doute davantage son compte. C’est une sorte d’Harry Potter girly par moments, avec des jeunes gens passant des épreuves, pour devenir non pas sorciers – quoique la magie joue ici un grand rôle – mais Arcane majeur. En effet, l’auteure ancre son intrigue dans les arcanes du tarot, en y ajoutant tout un tas d’autres univers. Un univers développé dans l’intrigue, mais aussi dans plusieurs petits intermèdes, présentations diverses, sur l’histoire des arcanes, les spécificités de chaque pouvoir, etc. Le rythme est étrange. En effet, il y a parfois de longs moments de mise en place, avec des dialogues un peu « gentils » à mon goût, et d’autres moments où tout s’accélère – comme durant certaines épreuves du deuxième album, parfois expédiées. Le troisième album (qui condense les deux derniers albums initialement prévus) est un peu plus dense, et apporte un peu plus de consistance à l’histoire. Dessin et colorisation ne sont pas forcément mon truc, mais je leur reconnais de l’originalité. C’est très coloré, et très lisible. Je reconnais aussi à l’auteure d’avoir placé au fil de l’intrigue plusieurs thèmes intéressants, et pas souvent mis en avant dans des séries pour ados (en tout cas à ma connaissance) : la sororité (plus généralement, les personnages féminins sont beaucoup plus nombreux, et souvent jouent les principaux rôles), l’homosexualité, voire le questionnement autour du genre (plusieurs fois évoqué, avec en sus l’utilisation du pronom iel). Au-delà de l’esthétique générale, dont je ne suis pas friand (mais c’est affaire de goût), l’intrigue m’a par ailleurs laissé un peu de côté, dialogues et péripéties manquant de consistance, étant parfois un chouia « faciles » ou « mièvres » (même si ce terme est peut-être un peu fort, et ne concerne que quelques passages). Mais, je me répète, des ados sont davantage susceptible d’apprécier cette histoire que le vieux bonhomme que je suis.