Fernando Fernandez, grand dessinateur et peintre du fantastique! Les dessins sont vraiment bien: des images expressives en noir et blanc qui sont au service des récits. L'horreur qu'on peut sentir à la lecture, advient surtout de cette synthèse heureuse obtenue entre mots et images, impressionnantes parfois. On voit toutefois que les personnages, leurs cheveux, moustaches, maquillage, appartiennent bien à la fin des années soixante dix: parfois la mode ne pardonne pas.
Cette anthologie permet de comprendre que Moebius, c'est Jean Giraud qui s'amuse à pratiquer l'écriture automatique après avoir fumé un joint (il le dit lui même dans l'interview en préface).
Les récits sont souvent insipides, quand ils ne sont pas incohérents.
Le dessin est assez vilain en général, rien à voir avec l'Incal.
Arzach est ok mais Arzach c'est 10 pages sans dialogue.
Bref, pour moi Moebius c'est en duo avec Jodorowsky ou rien du tout.
Rainer Fassbinder est un cinéaste allemand que je ne connaissais pas vraiment (contrairement à quelqu’un comme Werner Herzog). Simsolo en a visiblement été proche. Et ça se sent, car il entre ici dans l’intime du réalisateur et, s’il en dévoile les multiples facettes et la force, il ne cache aucune faille et défaut du personnage.
On découvre donc un personnage et un cinéaste tous les deux atypiques et intrigants. Un cinéaste, acteur, dramaturge boulimique, qui multiplie les projets (le nombre de pièces de théâtre, de films qu’il réalise ou auxquels il participe en très peu de temps est incroyable. Avec une volonté d’intransigeance qui lui vaut de sortir des sentiers battus – mais aussi de connaitre une reconnaissance tardive et selon lui incomplète.
La personnalité du bonhomme n’est pas en reste, et sort encore plus des sentiers battus. Il allie fidélité à quelques acteurs/actrices, à quelques amants (surtout) et maîtresses et versatilité. Son comportement semble avoir été limite à plusieurs reprises, et je pense que c’était quelqu’un qui nécessitait pas mal de courage pour supporter longtemps sa proximité – par ailleurs irradiante. Sa proximité avec des milieux d’avant-garde, voire avec l’extrême gauche allemande – est aussi intéressante.
Reste que la narration m’a un peu lassé. Très saccadée, passant d’un bon mot, d’une période à l’autre, cela manque de liant et de fluidité à plusieurs reprises. Dessin et colorisation font le boulot, mais sont quand même très froids, et avare de détails – et parfois de précision.
J’ai appris des choses intéressantes sur le personnage, donc la lecture est instructive. Mais ce même personnage, ainsi que la narration m’ont aussi laissé un peu de côté.
Note réelle 2,5/5.
L'histoire est connue de tous: un bébé, fils de nobles anglais, les Greystokes, victimes de toutes les violences, survit contre toute attente dans la jungle africaine. Adopté par les grands singes, il apprend plus tard à écrire en anglais et à parler français!
Bien sûr, il est important de ne pas prendre tout cela au sérieux d'un point de vue biologique, anthropologique ou linguistique. C'est une création littéraire et elle doit demeurer ainsi.
Je ne comprends pas l'utilité de cette édition. Cela n'aide en rien au mythe de Tarzan, qui a beaucoup d’intérêt en termes littéraires et historiques, depuis les romans originaux d'E. R. Burroughs.
Le dessin est franchement mauvais, il suffit de le comparer avec les grands maîtres américains (Foster, Hogarth, Manning, Kubert, Buscema…) et le scénario n’ajoute rien de nouveau ou intéressant.
Cet album se présente comme un recueil d'histoires courtes réunissant plusieurs auteurs, mais l'ensemble m'a surtout donné l’impression de feuilleter un fanzine ou un magazine d’étudiants plutôt qu’un véritable ouvrage abouti. Si l'on excepte Crisse, qui reste un professionnel confirmé (même si son style ne m'a jamais séduit), le niveau général est franchement faible.
Graphiquement, on oscille entre le correct et le maladroit, avec des dessins qui relèvent davantage du bon amateur que d'un travail réellement maîtrisé. Beaucoup de planches fonctionnent mieux en illustration figée qu'en bande dessinée, avec un découpage et une mise en scène souvent approximatifs, voire maladroits.
Côté scénario, le constat est du même ordre : des idées très adolescentes, convenues et déjà vues, qui peinent à susciter le moindre intérêt. Le format court n'excuse pas tout, et ici il ne sert que de prétexte à des récits creux, expédiés et sans véritable enjeu.
La seule curiosité reste la dernière histoire, où Crisse revient avec un récit qui évoque fortement l'univers de Kogaratsu, dans un style graphique différent de celui qu'on lui connaît. Mais là encore, rien de vraiment marquant, ni dans le fond ni dans la forme.
L'ensemble se lit sans trop de difficulté, mais surtout sans le moindre intérêt durable. Un recueil anecdotique et dispensable, qui ressemble davantage à un exercice d'apprentissage qu'à un album digne d'être publié.
Arci, un jeune ouistiti vivant dans la jungle amazonienne, se distingue des siens par une particularité : il est né sans jumeau, fait exceptionnel pour son espèce, lors d'une mystérieuse nuit de lune bleue. Intrigué par cette anomalie, il part en quête de réponses et va rencontrer plusieurs peintres (eux aussi des singes), tous inspirés de grandes figures de l'histoire de l'art dont ils partagent le prénom et l'inspiration générale. Je vous spoile d'ailleurs un peu en vous apprenant que le nom de famille du héros est M'boldo.
C'est clairement une série pensée pour un jeune public, à partir de 7 ans, avec l'ambition de proposer une première ouverture à l'art. Visuellement, le style est très coloré, proche de l'animation cartoon et clairement orienté jeunesse, ce qui correspond bien à la cible.
Le premier tome se concentre sur le dessin et la peinture (tandis que le second annoncera plutôt un volet musical), à travers un récit simple et accessible. Chaque rencontre du héros avec ses mentors artistes est l'occasion d'aborder un aspect du dessin ou de la peinture (couleurs, lumière, ombrages, etc.), avec quelques conseils glissés au fil du récit. Cela reste toutefois très léger : on est plus dans une sensibilisation que dans une véritable démarche pédagogique, ce qui évite l'effet scolaire, mais limite aussi la portée éducative.
L'histoire en elle-même est mignonne et se laisse suivre sans déplaisir. Les rencontres sont sympathiques, le petit vernis d'aventure fonctionne bien, avec juste ce qu'il faut de danger pour pimenter le récit sans jamais inquiéter. Le mystère autour de la lune bleue apporte un fil conducteur, même s'il paraît un peu artificiel et que sa résolution manque de crédibilité mais s'oriente un peu plus vers la poésie. De même, la rencontre surprise vers la fin est assez prévisible pour le lecteur, même si le récit prend quelques pages de plus pour permettre à Arci de faire lui-même le lien.
Cela donne une BD agréable, mignonne et plutôt bien pensée pour initier les plus jeunes à l'art sans les brusquer. En revanche, l'ensemble reste très marqué "jeunesse" et risque de paraître trop simple pour un lecteur au-delà de 12-13 ans.
Cela faisait un moment que j'avais repéré cette série sans oser me lancer, notamment à cause de son nombre de tomes. Pourtant, son dessin m'attirait beaucoup, tout comme la promesse d'une heroic fantasy assez classique et équilibrée, certes plusieurs fois un peu trop inspirée de Tolkien et des jeux de rôles, mais sans tomber dans l'humour ou la parodie un peu systématique de certaines productions récentes, et sans non plus sombrer dans une noirceur excessive. De ce point de vue, la série tient globalement ses promesses.
Le premier diptyque m'a bien plu, notamment par sa maturité et son approche assez réaliste du genre. J'ai apprécié que les auteurs n'hésitent pas à prendre des risques, quitte à faire mourir des personnages importants, ce qui donne du poids au récit. Il y a cependant un petit côté bancal dans la narration, avec un découpage parfois un peu déroutant, où flashbacks et temporalités s'entremêlent sans que ce soit toujours parfaitement fluide, même si cela ne nuit pas vraiment à la lecture.
Le deuxième diptyque m'a davantage accroché, avec un récit beaucoup plus haletant, notamment grâce à son orientation plus sombre et à son ambiance de survie avec des morts-vivants. C'est sans doute la partie que j'ai trouvée la plus efficace et immersive. Et j'ai apprécié le duo de héros, couple atypique qui fonctionne plutôt bien et se révèle attachant. Au point que j'ai été déçu qu'ils ne restent pas au coeur du récit des diptyques suivants.
Car à partir des diptyques suivants, j'ai eu le sentiment que la série changeait progressivement de direction. Les auteurs semblent vouloir davantage installer un fil rouge plus classique autour d'un groupe d'élus destiné à affronter un mal ancien, mais cela se fait avec l'introduction de nouveaux personnages auxquels j'ai eu plus de mal à m'attacher. Les troisième et quatrième diptyques m'ont paru assez plats en comparaison des deux premirs. Cette montée en puissance vers un affrontement final paraît assez convenue et moins maîtrisée.
Le dernier diptyque, censé être l'aboutissement de tout cela, m'a laissé dubitatif. L'antagoniste, présenté comme une menace majeure et inarrêtable, est finalement expédié de manière assez abrupte, passant en quelques pages d'une figure presque invincible à un vieux bonhomme tout résigné. De la même manière, après une fin légèrement surprenante mais un peu abrupt, l'épilogue m'a semblé trop facile, avec un côté presque conte de fées où tout s'arrange sans véritable conséquence, les races disparues reviennent à la vie et tout le monde s'entend bien du jour au lendemain, ce qui contraste avec le ton plus dur des débuts.
J'en retiens une série visuellement très réussie, portée par un dessin solide et immersif, avec deux premiers diptyques vraiment convaincants par leur réalisme et leur efficacité. La suite, en revanche, m'a paru plus inégale et moins inspirée, avec une conclusion qui ne m'a pas satisfait malgré les qualités évidentes de l'ensemble.
Adaptation d'un roman québécois que je ne connaissais pas du tout, ce qui prouve à quel point je ne connais rien des romans modernes !
C'est encore une histoire qui raconte les horreurs de la guerre et vu l'actualité je pense que c'est malheureusement un sujet qui va constamment revenir dans la fiction pour un bon moment. À force de lire des récits ayant pour thème ce sujet, je me disais qu'un jour je finirais par en avoir marre, mais ce ne fut pas le cas du moins pour ce récit. Il faut dire qu'on aborde un thème lié à la guerre que j'ai rarement vu traité en fiction: le sacrifice d'un enfant obligé par son père d'aller faire un attentat suicide.
Le sujet est bien traité avec pudeur et on comprend bien comment les atrocités de la guerre on finit par pousse un père aimant à vouloir sacrifier un de ses enfants. Tout semble tristement réaliste et plusieurs scènes m'ont ému. Le dessin n'est pas superbe, mais le trait va bien avec ce type de récit qui ne montre pas tout et qui laisse le lecteur deviner ce que l’on ne lui montre pas. Un bon récit qui montre l'absurdité de la guerre et de la violence en général.
Je rejoins complètement Cleck. J'en attendais beaucoup, sans doute trop.
J'ai aimé le début, la mise en place, mais j'ai été moins convaincu par la suite qui accumule scènes d'action et situations qu'on a déjà vues et revues ailleurs j'ai trouvé. Ça demeure dynamique, le dessin est efficace, mais rien ne reste véritablement en mémoire, les paysages notamment n'imprégnant pas particulièrement la rétine. L'humour est plutôt bon, mais rien de notable ni de très surprenant non plus. Pour les reprises (nombreuses), j'ai trouvé que le personnage de Don Quichotte fonctionnait quand même bien : un personnage désuet, décalé et mélancolique, mais qui n'en reste pas moins un redoutable guerrier, malgré son style peu académique ! La galerie des personnages dans son ensemble m'a fait penser un peu aux " 7 missionnaires ", album qui m'avait dans mon souvenir davantage distrait.
Content d'avoir suggéré cet album en médiathèque, ça fera sans doute le bonheur de certains, mais pour ma part, je ne pense pas l'acheter. Le tome 2 prendra peut-être un tour plus inattendu, donnant davantage de corps et d'ampleur à cette histoire.
Bon, il faut quand même accepter pas mal de choses improbables pour suivre jusqu’au bout cette histoire. Le fait qu’une quinzaine de tueurs en séries (tous psychopathes et « spécialistes » d’un type de meurtre – souvent sadique), faisant d’un bled comme Buckaroo une sorte de capitale de la folie (quasiment un parc de loisir sur le thème des serial killers), ou alors les énormes souterrains – et tout ce qui s’y trouve (dont de fausses sculptures aztèques ???) – qui semble avoir une superficie improbable – et une hauteur tout aussi incroyable, voilà quand même des choses que j’ai eu du mal à accepter.
J’ai aussi trouvé répétitif et lassants certains procédés, comme celui des très nombreuses scènes où un personnage dit ou fait quelque chose de surprenant et violent, pour qu’ensuite on découvre que c’est juste quelque chose qu’il imagine, l’action reprenant ensuite comme si de rien n’était.
Ceci étant posé, ça reste une lecture assez dynamique, avec moult rebondissements – autour de l’intrigue, ou des – très – nombreux personnages. Plus l’intrigue avance, plus le lecteur est perdu. Il faut dire qu’avec tous ces tueurs – et un flic aux méthodes d’interrogatoire un peu « musclées », le sang coule…
Pas forcément ma came, mais ça se laisse lire. Mais les répétitions évoquées plus haut et quelques longueurs me faisaient au bout d’un moment attendre la fin avec impatience.
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L'art de la B. D. Fernando Fernandez
Fernando Fernandez, grand dessinateur et peintre du fantastique! Les dessins sont vraiment bien: des images expressives en noir et blanc qui sont au service des récits. L'horreur qu'on peut sentir à la lecture, advient surtout de cette synthèse heureuse obtenue entre mots et images, impressionnantes parfois. On voit toutefois que les personnages, leurs cheveux, moustaches, maquillage, appartiennent bien à la fin des années soixante dix: parfois la mode ne pardonne pas.
Moebius oeuvres - Les Années Métal hurlant
Cette anthologie permet de comprendre que Moebius, c'est Jean Giraud qui s'amuse à pratiquer l'écriture automatique après avoir fumé un joint (il le dit lui même dans l'interview en préface). Les récits sont souvent insipides, quand ils ne sont pas incohérents. Le dessin est assez vilain en général, rien à voir avec l'Incal. Arzach est ok mais Arzach c'est 10 pages sans dialogue. Bref, pour moi Moebius c'est en duo avec Jodorowsky ou rien du tout.
Fassbinder - L'Homme qui voulait qu'on l'aime
Rainer Fassbinder est un cinéaste allemand que je ne connaissais pas vraiment (contrairement à quelqu’un comme Werner Herzog). Simsolo en a visiblement été proche. Et ça se sent, car il entre ici dans l’intime du réalisateur et, s’il en dévoile les multiples facettes et la force, il ne cache aucune faille et défaut du personnage. On découvre donc un personnage et un cinéaste tous les deux atypiques et intrigants. Un cinéaste, acteur, dramaturge boulimique, qui multiplie les projets (le nombre de pièces de théâtre, de films qu’il réalise ou auxquels il participe en très peu de temps est incroyable. Avec une volonté d’intransigeance qui lui vaut de sortir des sentiers battus – mais aussi de connaitre une reconnaissance tardive et selon lui incomplète. La personnalité du bonhomme n’est pas en reste, et sort encore plus des sentiers battus. Il allie fidélité à quelques acteurs/actrices, à quelques amants (surtout) et maîtresses et versatilité. Son comportement semble avoir été limite à plusieurs reprises, et je pense que c’était quelqu’un qui nécessitait pas mal de courage pour supporter longtemps sa proximité – par ailleurs irradiante. Sa proximité avec des milieux d’avant-garde, voire avec l’extrême gauche allemande – est aussi intéressante. Reste que la narration m’a un peu lassé. Très saccadée, passant d’un bon mot, d’une période à l’autre, cela manque de liant et de fluidité à plusieurs reprises. Dessin et colorisation font le boulot, mais sont quand même très froids, et avare de détails – et parfois de précision. J’ai appris des choses intéressantes sur le personnage, donc la lecture est instructive. Mais ce même personnage, ainsi que la narration m’ont aussi laissé un peu de côté. Note réelle 2,5/5.
Tarzan l'homme-singe
L'histoire est connue de tous: un bébé, fils de nobles anglais, les Greystokes, victimes de toutes les violences, survit contre toute attente dans la jungle africaine. Adopté par les grands singes, il apprend plus tard à écrire en anglais et à parler français! Bien sûr, il est important de ne pas prendre tout cela au sérieux d'un point de vue biologique, anthropologique ou linguistique. C'est une création littéraire et elle doit demeurer ainsi. Je ne comprends pas l'utilité de cette édition. Cela n'aide en rien au mythe de Tarzan, qui a beaucoup d’intérêt en termes littéraires et historiques, depuis les romans originaux d'E. R. Burroughs. Le dessin est franchement mauvais, il suffit de le comparer avec les grands maîtres américains (Foster, Hogarth, Manning, Kubert, Buscema…) et le scénario n’ajoute rien de nouveau ou intéressant.
Au clair de lune
Cet album se présente comme un recueil d'histoires courtes réunissant plusieurs auteurs, mais l'ensemble m'a surtout donné l’impression de feuilleter un fanzine ou un magazine d’étudiants plutôt qu’un véritable ouvrage abouti. Si l'on excepte Crisse, qui reste un professionnel confirmé (même si son style ne m'a jamais séduit), le niveau général est franchement faible. Graphiquement, on oscille entre le correct et le maladroit, avec des dessins qui relèvent davantage du bon amateur que d'un travail réellement maîtrisé. Beaucoup de planches fonctionnent mieux en illustration figée qu'en bande dessinée, avec un découpage et une mise en scène souvent approximatifs, voire maladroits. Côté scénario, le constat est du même ordre : des idées très adolescentes, convenues et déjà vues, qui peinent à susciter le moindre intérêt. Le format court n'excuse pas tout, et ici il ne sert que de prétexte à des récits creux, expédiés et sans véritable enjeu. La seule curiosité reste la dernière histoire, où Crisse revient avec un récit qui évoque fortement l'univers de Kogaratsu, dans un style graphique différent de celui qu'on lui connaît. Mais là encore, rien de vraiment marquant, ni dans le fond ni dans la forme. L'ensemble se lit sans trop de difficulté, mais surtout sans le moindre intérêt durable. Un recueil anecdotique et dispensable, qui ressemble davantage à un exercice d'apprentissage qu'à un album digne d'être publié.
Arci - Le petit ouistiti
Arci, un jeune ouistiti vivant dans la jungle amazonienne, se distingue des siens par une particularité : il est né sans jumeau, fait exceptionnel pour son espèce, lors d'une mystérieuse nuit de lune bleue. Intrigué par cette anomalie, il part en quête de réponses et va rencontrer plusieurs peintres (eux aussi des singes), tous inspirés de grandes figures de l'histoire de l'art dont ils partagent le prénom et l'inspiration générale. Je vous spoile d'ailleurs un peu en vous apprenant que le nom de famille du héros est M'boldo. C'est clairement une série pensée pour un jeune public, à partir de 7 ans, avec l'ambition de proposer une première ouverture à l'art. Visuellement, le style est très coloré, proche de l'animation cartoon et clairement orienté jeunesse, ce qui correspond bien à la cible. Le premier tome se concentre sur le dessin et la peinture (tandis que le second annoncera plutôt un volet musical), à travers un récit simple et accessible. Chaque rencontre du héros avec ses mentors artistes est l'occasion d'aborder un aspect du dessin ou de la peinture (couleurs, lumière, ombrages, etc.), avec quelques conseils glissés au fil du récit. Cela reste toutefois très léger : on est plus dans une sensibilisation que dans une véritable démarche pédagogique, ce qui évite l'effet scolaire, mais limite aussi la portée éducative. L'histoire en elle-même est mignonne et se laisse suivre sans déplaisir. Les rencontres sont sympathiques, le petit vernis d'aventure fonctionne bien, avec juste ce qu'il faut de danger pour pimenter le récit sans jamais inquiéter. Le mystère autour de la lune bleue apporte un fil conducteur, même s'il paraît un peu artificiel et que sa résolution manque de crédibilité mais s'oriente un peu plus vers la poésie. De même, la rencontre surprise vers la fin est assez prévisible pour le lecteur, même si le récit prend quelques pages de plus pour permettre à Arci de faire lui-même le lien. Cela donne une BD agréable, mignonne et plutôt bien pensée pour initier les plus jeunes à l'art sans les brusquer. En revanche, l'ensemble reste très marqué "jeunesse" et risque de paraître trop simple pour un lecteur au-delà de 12-13 ans.
Wollodrïn
Cela faisait un moment que j'avais repéré cette série sans oser me lancer, notamment à cause de son nombre de tomes. Pourtant, son dessin m'attirait beaucoup, tout comme la promesse d'une heroic fantasy assez classique et équilibrée, certes plusieurs fois un peu trop inspirée de Tolkien et des jeux de rôles, mais sans tomber dans l'humour ou la parodie un peu systématique de certaines productions récentes, et sans non plus sombrer dans une noirceur excessive. De ce point de vue, la série tient globalement ses promesses. Le premier diptyque m'a bien plu, notamment par sa maturité et son approche assez réaliste du genre. J'ai apprécié que les auteurs n'hésitent pas à prendre des risques, quitte à faire mourir des personnages importants, ce qui donne du poids au récit. Il y a cependant un petit côté bancal dans la narration, avec un découpage parfois un peu déroutant, où flashbacks et temporalités s'entremêlent sans que ce soit toujours parfaitement fluide, même si cela ne nuit pas vraiment à la lecture. Le deuxième diptyque m'a davantage accroché, avec un récit beaucoup plus haletant, notamment grâce à son orientation plus sombre et à son ambiance de survie avec des morts-vivants. C'est sans doute la partie que j'ai trouvée la plus efficace et immersive. Et j'ai apprécié le duo de héros, couple atypique qui fonctionne plutôt bien et se révèle attachant. Au point que j'ai été déçu qu'ils ne restent pas au coeur du récit des diptyques suivants. Car à partir des diptyques suivants, j'ai eu le sentiment que la série changeait progressivement de direction. Les auteurs semblent vouloir davantage installer un fil rouge plus classique autour d'un groupe d'élus destiné à affronter un mal ancien, mais cela se fait avec l'introduction de nouveaux personnages auxquels j'ai eu plus de mal à m'attacher. Les troisième et quatrième diptyques m'ont paru assez plats en comparaison des deux premirs. Cette montée en puissance vers un affrontement final paraît assez convenue et moins maîtrisée. Le dernier diptyque, censé être l'aboutissement de tout cela, m'a laissé dubitatif. L'antagoniste, présenté comme une menace majeure et inarrêtable, est finalement expédié de manière assez abrupte, passant en quelques pages d'une figure presque invincible à un vieux bonhomme tout résigné. De la même manière, après une fin légèrement surprenante mais un peu abrupt, l'épilogue m'a semblé trop facile, avec un côté presque conte de fées où tout s'arrange sans véritable conséquence, les races disparues reviennent à la vie et tout le monde s'entend bien du jour au lendemain, ce qui contraste avec le ton plus dur des débuts. J'en retiens une série visuellement très réussie, portée par un dessin solide et immersif, avec deux premiers diptyques vraiment convaincants par leur réalisme et leur efficacité. La suite, en revanche, m'a paru plus inégale et moins inspirée, avec une conclusion qui ne m'a pas satisfait malgré les qualités évidentes de l'ensemble.
L'Orangeraie
Adaptation d'un roman québécois que je ne connaissais pas du tout, ce qui prouve à quel point je ne connais rien des romans modernes ! C'est encore une histoire qui raconte les horreurs de la guerre et vu l'actualité je pense que c'est malheureusement un sujet qui va constamment revenir dans la fiction pour un bon moment. À force de lire des récits ayant pour thème ce sujet, je me disais qu'un jour je finirais par en avoir marre, mais ce ne fut pas le cas du moins pour ce récit. Il faut dire qu'on aborde un thème lié à la guerre que j'ai rarement vu traité en fiction: le sacrifice d'un enfant obligé par son père d'aller faire un attentat suicide. Le sujet est bien traité avec pudeur et on comprend bien comment les atrocités de la guerre on finit par pousse un père aimant à vouloir sacrifier un de ses enfants. Tout semble tristement réaliste et plusieurs scènes m'ont ému. Le dessin n'est pas superbe, mais le trait va bien avec ce type de récit qui ne montre pas tout et qui laisse le lecteur deviner ce que l’on ne lui montre pas. Un bon récit qui montre l'absurdité de la guerre et de la violence en général.
Knight club
Je rejoins complètement Cleck. J'en attendais beaucoup, sans doute trop. J'ai aimé le début, la mise en place, mais j'ai été moins convaincu par la suite qui accumule scènes d'action et situations qu'on a déjà vues et revues ailleurs j'ai trouvé. Ça demeure dynamique, le dessin est efficace, mais rien ne reste véritablement en mémoire, les paysages notamment n'imprégnant pas particulièrement la rétine. L'humour est plutôt bon, mais rien de notable ni de très surprenant non plus. Pour les reprises (nombreuses), j'ai trouvé que le personnage de Don Quichotte fonctionnait quand même bien : un personnage désuet, décalé et mélancolique, mais qui n'en reste pas moins un redoutable guerrier, malgré son style peu académique ! La galerie des personnages dans son ensemble m'a fait penser un peu aux " 7 missionnaires ", album qui m'avait dans mon souvenir davantage distrait. Content d'avoir suggéré cet album en médiathèque, ça fera sans doute le bonheur de certains, mais pour ma part, je ne pense pas l'acheter. Le tome 2 prendra peut-être un tour plus inattendu, donnant davantage de corps et d'ampleur à cette histoire.
Nailbiter
Bon, il faut quand même accepter pas mal de choses improbables pour suivre jusqu’au bout cette histoire. Le fait qu’une quinzaine de tueurs en séries (tous psychopathes et « spécialistes » d’un type de meurtre – souvent sadique), faisant d’un bled comme Buckaroo une sorte de capitale de la folie (quasiment un parc de loisir sur le thème des serial killers), ou alors les énormes souterrains – et tout ce qui s’y trouve (dont de fausses sculptures aztèques ???) – qui semble avoir une superficie improbable – et une hauteur tout aussi incroyable, voilà quand même des choses que j’ai eu du mal à accepter. J’ai aussi trouvé répétitif et lassants certains procédés, comme celui des très nombreuses scènes où un personnage dit ou fait quelque chose de surprenant et violent, pour qu’ensuite on découvre que c’est juste quelque chose qu’il imagine, l’action reprenant ensuite comme si de rien n’était. Ceci étant posé, ça reste une lecture assez dynamique, avec moult rebondissements – autour de l’intrigue, ou des – très – nombreux personnages. Plus l’intrigue avance, plus le lecteur est perdu. Il faut dire qu’avec tous ces tueurs – et un flic aux méthodes d’interrogatoire un peu « musclées », le sang coule… Pas forcément ma came, mais ça se laisse lire. Mais les répétitions évoquées plus haut et quelques longueurs me faisaient au bout d’un moment attendre la fin avec impatience.