Déjà, il me parait utile de définir le titre de ce one-shot de Dark Fantasy qui constitue le premier essai du duo Crom / Freedman bien avant leur génial Birdking : les raiders ce sont simplement des chasseurs de trésor limite hors la loi dans un royaume marqué par la sorcellerie et une politique assez autoritaire.
On suit les pérégrinations de deux frères réputés pour être parmi les meilleurs dans ce genre de quêtes où il est nécessaire nettoyer des donjons par l'épée et l'élimination des monstres pour en ramener quelques piécettes et tout simplement y survivre.
Sauf que Marken le frère ainé veut raccrocher les wagons et tenter un dernier gros coup pour s'installer avec sa compagne à l'abri de tout danger et de toute contrainte de l'aventure. Le plus jeune ne voit pas du même oeil sa destinée et souhaite devenir le plus grand raider de la contrée mais en solo. Leurs routes se séparent donc et l'aventure commence...
Effectivement le scénario est basique, il serait dommage d'en dévoiler davantage mais on y trouve de façon classique tout ce qui fait le sel de ce genre de récits : de la tripaille, de la cruauté mais également de bons sentiments et un certain sens de l'honneur. En peu de mots, le lecteur est rapidement embarqué dans un univers qui lui est inconnu tout en gardant en mémoire les caractérisations simples mais bien définis des principaux protagonistes.
Je suis plutôt fan de ce récit qui va droit à l'essentiel sans s'embarrasser des détails superflus comme pouvait le faire un Sergio Leone dans un cadre bien différent : le western spaghetti. Et on y retrouve ici dans un autre contexte tout les éléments propres à apprécier un solide récit prévisible mais suffisamment bien ficelé pour avoir envie d'en connaitre la conclusion.
Car ce qui n'est pas basique ni prévisible c'est le dessin unique de Crom qui multiplie les scènes d'action avec un découpage frénétique. Le parti pris graphique peut déplaire par l'absence de décors ou de repères. Je trouve pour ma part qu'il colle parfaitement à l'histoire qui reste limpide et apporte même beaucoup de mélancolie.
Autant dire que je ne partage pas l'avis précèdent et je préfère 1000 fois un récit déjà vu mais qui m'en fout plein les mirettes sans temps mort à ces récits pompeux développant trop de personnages inutiles et être embarqué de la sorte. C'est donc une chouette réussite sur bien des niveaux que je relirais avec plaisir.
PS : la réédition des Humanos est remarquable en regard de la première plus chère et à la couverture souple MAIS qu’il est dommage de relever une ou deux fautes de grammaire par ci par là alors qu’il s’agit justement d’une réédition.
J’ai vraiment été happé par ce récit. Dès les premières pages, j’ai ressenti une tension constante et une atmosphère lourde, presque étouffante. L’histoire se déroule dans un monde anthropomorphique ravagé par une guerre qui rappelle directement la Seconde Guerre mondiale. On suit Milton Shaw, pilote de bombardier expérimenté, chargé de frapper une ville contrôlée par un empire de chauves-souris fascistes. Mais après sa mission, son avion est abattu et il se retrouve seul derrière les lignes ennemies, au milieu des ruines qu’il a lui-même contribué à créer.
Ce qui m’a le plus marqué, c’est l’évolution du regard de Milton. Au début, il bombarde sans réellement voir les conséquences humaines de ses actes. Depuis son avion, les victimes restent abstraites, lointaines, presque invisibles. Mais une fois au sol, confronté aux survivants, à leurs regards, à leurs blessures et à leur peur, il découvre peu à peu leur humanité. On ressent son malaise grandissant et cette culpabilité silencieuse qui s’installe en lui. Pourtant, malgré cela, Milton reste focalisé sur sa mission. Il continue d’avancer avec cette mentalité de soldat convaincu que son objectif doit être accompli coûte que coûte. J’ai trouvé ce contraste très fort émotionnellement : il comprend progressivement l’horreur de la guerre, tout en restant prisonnier de sa logique militaire.
J’ai aussi beaucoup aimé la manière dont les flashbacks sont intégrés au récit. Contrairement à certaines œuvres où ils cassent le rythme, ici je les ai trouvés très naturels et bien amenés. Ils enrichissent énormément l’univers, donnent plus de poids aux enjeux et permettent surtout de mieux comprendre la personnalité de Milton, ses motivations et ce qu’il laisse derrière lui. Ça renforce encore davantage l’attachement au personnage et l’impact émotionnel de certaines scènes.
Visuellement, Acuñalivre un travail magnifique. Les dessins sont ultra détaillés, dynamiques et immersifs. Les scènes de destruction dégagent une vraie brutalité, tandis que certaines expressions ou regards transmettent énormément d’émotions malgré l’apparence animale des personnages. L’ambiance visuelle participe énormément à cette sensation de guerre sale, oppressante et désespérée.
Au final, Escape m’a laissé une impression assez forte et mélancolique. Derrière son récit de survie et d’action, c’est surtout une BD qui parle de la déshumanisation provoquée par la guerre, du poids de la culpabilité et de la difficulté à continuer d’avancer quand on commence enfin à voir les victimes derrière les cibles.
Bizarre cette série qui, je pense, rate sa cible. Ou, en tout cas, à vouloir jouer sur plusieurs tableaux, se perd complètement.
Suite à un accident dans une centrale nucléaire (débile, mais aux conséquences meurtrières), trois « veuves » des victimes se lancent dans une croisade pour sa fermeture. S’ensuivent alors moult péripéties, durant lesquelles sont mis en avant : l’incompétence, l’hypocrisie et l’opportunisme des hommes politiques (président, ministres), l’emballement médiatique des chaines d’info qui tournent en boucle et détournent le moindre bout de truc pour en faire du sensationnalisme, etc.
Bref, on retrouve ici des thématiques qui pourraient être louables, et intéressantes pour développer une satire de la société actuelle. Mais, hélas, très rapidement, l’intrigue se contente d’accumuler les dialogues et situations outrancières et caricaturales – sans que ce soit vraiment drôle. C’est juste lourdingue, indigeste, répétitif.
Du coup, on oublie totalement le côté satire sociale, et même le côté humoristique. Ne reste donc qu’un n’importe quoi grotesque. Sur lequel je ne reviendrai pas.
La lecture est sympathique – même si elle n’est pas inoubliable non plus.
Zabus nous présente un gamin, Germain qui, à l’âge de 10 ans, ressent le besoin de « faire le point », et de rédiger ses « mémoires ». A raison d’un chapitre par année (les quatre dernières en tout cas – autour d’un événement marquant à chaque fois), Germain présente et analyse ce qui l’a marqué et ce qui a pu faire de lui cet enfant mature (au point qu’il ait souhaité faire une « pause » et ne plus grandir).
Alors, certes, on peut être étonné de suivre ce gamin, et ses réflexions dignes d’un adulte. Ce décalage n’est finalement pas gênant, on s’y fait, licence créatrice… Et ça se laisse lire, avec un gamin jouant le rôle de Candide, mais aussi de commentateur, et qui livre des moments forts (comme après la mort de son chat, ou pour l’événement final, qui a sans doute déclenché ce processus d’autoanalyse).
La narration est fluide et plaisante, et le dessin est agréable, avec un trait fin, plusieurs bichromies (qui changent avec les chapitres), un rendu ressemblant à celui de certains albums autobiographiques récents de Sattouf.
« Le Voyage en Italie » fut ma première BD de Cosey. Je lui avais attribué la note maximale suite à ma première lecture en 2003… Je relis ce diptyque 23 ans après, et ma note reste à 5/5.
Il s’agit pour moi du « roman graphique » parfait… une histoire incroyablement humaine, une galerie de personnages complexes et attachants, et une intrigue « road movie » dépaysante et prenante. L’amitié qui lie les protagonistes est contagieuse, et on se sent investi dans le succès de leur projet d’adoption, on vibre avec eux… la fin, elle, est juste parfaite. Cette toute dernière planche m’émeut toujours autant, je la trouve tellement triste.
« Le Voyage en Italie » fut aussi mon introduction au dessin de Cosey, que j’ai ensuite admiré dans ses autres œuvres (à commencer par le superbe A la recherche de Peter Pan). J’adore son style typé ligne claire et très détaillé, et ces couleurs pastelles.
Un sans-faute en ce qui me concerne, que j’ai eu la chance de découvrir dans la collection « Horizons », à 5.50 euros l’album couverture souple !
Je relis cet album 22 ans après l’avoir découvert, et je passe ma note de 3/5 à 4/5.
Le Tendre nous propose une histoire juste et touchante sur les traumatismes causés par la guerre et sur la vie quotidienne dans les petits villages français de l’après-guerre, où les mentalités ont l’air aussi périmées que le vieux plâtre jaunâtre des bâtisses locales. La Provence et ses cigales, et le ton très humain rappellent un peu les romans de Pagnol. J’ai en tout cas pris beaucoup de plaisir à suivre le quotidien de notre « Boche » et des habitants de ce petit village.
Surtout que le dessin et les couleurs estivales de Jean-Paul Dethorey sont superbes et aident à se mettre dans l’ambiance du Midi.
Un album « feel good » que j’ai eu beaucoup de plaisir à relire… dommage qu’il ne semble plus être au catalogue de Dupuis, et uniquement trouvable en occasion.
Comme pour les autres albums de William Augel chez la Boite à Bulles, le principe consiste ici à imaginer une enfance fantasmée d'Agatha Christie à travers une succession de petites histoires humoristiques et de mini-enquêtes. On retrouve plein de clins d'oeil à son univers futur, à Miss Marple, Hercule Poirot ou certains titres de ses romans, avec aussi quelques énigmes interactives dont le lecteur trouvera la solution en fin d'album.
C'est une BD jeunesse agréable à feuilleter, surtout grâce au dessin de William Augel que j'aime beaucoup. Son trait est à la fois rond, souple et très assuré, avec des personnages immédiatement attachants, des décors simples mais soignés, et une palette de couleurs douces et élégantes qui donne énormément de charme à l'ensemble. Visuellement, c'est un album chaleureux et très plaisant à parcourir.
En revanche, je reste un peu perplexe sur le public réellement visé. D'un côté, l'humour et plusieurs gags sont très enfantins, avec des histoires courtes et des énigmes qui semblent pensées pour des lecteurs de moins de dix ans. Mais à côté de ça, d'autres références ou enquêtes demandent déjà un peu plus d'attention, et surtout le simple fait de s'intéresser à une version romancée de la jeunesse d'Agatha Christie parlera probablement davantage à des lecteurs plus âgés que le ton général de l'album.
Du coup, j'ai parfois eu l'impression d'un léger décalage entre le sujet traité et la manière très jeunesse de l'aborder. Cela reste une lecture sympathique, fraîche et pleine de bonne humeur, mais je suis resté un peu circonspect sur l'équilibre global de l'ensemble.
L’homme que nous suivons a choisi, peu avant le confinement, de vivre plusieurs mois dans un arbre, dans une cabane frugale mais « pensée » qu’il s’est lui-même construit. Pour faire le point sur sa vie (il a dû arrêter son activité d’éleveur – et entre les lignes ont devine que des idées suicidaires lui sont passé par la tête), lui redonner sens. Ce choix est accompagné par sa famille (sa femme et ses enfants), qui vient le voir chaque semaine.
C’est une expérience originale, qui pousse immanquablement le lecteur à se poser des questions sur ses valeurs et sa vie. C’est aussi quelque chose qui pousse à réfléchir sur la société en général, les rapports entretenus avec la nature.
Le récit est ponctué de réflexions plus ou moins philosophiques (mais rien de prise de tête ni d’artificiel), et de jolies planches « naturalistes » : c’est souvent simple, mais beau, et plein d’optimisme, d’empathie pour la vie sous toutes ses formes.
En refermant l’album on a l’impression d’avoir participé à cette « cure ».
Une lecture agréable en tout cas, plaisante et qui fait intelligemment réfléchir – même si je ne me vois pas personnellement jouer à ce point à l’ermite.
Une BD qui m'a surtout laissé perplexe. Je comprends l'intention de proposer une approche absurde et décalée de la Shoah et de l'occupation nazie en Pologne, avec des personnages grotesques ou hybrides au milieu de soldats réalistes, mais je n'ai jamais vraiment réussi à entrer dedans ni à comprendre où les auteurs voulaient m'emmener.
Le mélange entre récit historique sombre et fantaisie loufoque m'a paru forcé, parfois même arbitraire. Entre les personnages à têtes animales, le nain nazi habillé comme un magicien, les situations absurdes et une intrigue qui donne l'impression d'enchaîner des scènes sans vraie progression, j'ai surtout eu une sensation de confusion permanente. L'histoire semble commencer au milieu de quelque chose et se terminer sans véritable conclusion, avec un côté inachevé qui aurait pu être frustrant si je n'étais resté aussi indifférent au reste de l'album.
Le graphisme participe aussi beaucoup à cette impression. Ce dessin réaliste mélangé à des éléments caricaturaux ou totalement décalés m'a rappelé celui de Bloody Mary que je n'avais déjà pas apprécié. Je comprends l'originalité de son étrangeté ou de son audace visuelle, mais personnellement il m'a surtout tenu à distance du récit au lieu de renforcer son impact.
Certaines idées de mise en scène sont originales, mais j'ai trouvé l'ensemble trop nébuleux et démonstratif pour réellement me toucher. L'album donne l'impression d'utiliser l'absurde comme une fin en soi sans réussir à construire quelque chose de cohérent ou émotionnellement fort autour.
Un jeune garçon, visiblement de bonne famille, fuit en train la ville de New York et se retrouve pris sous l'aile d'un vétéran hobo charismatique, Arizona Joe.
On croit au départ que cette série va s'attacher aux aventures de hobos sillonnant clandestinement les États-Unis à la fin du XIXe siècle. Mais on découvre assez vite que ce n'est en réalité qu'un prologue, et que le véritable récit porte sur ce même garçon devenu adulte, revenu dans son riche milieu de banquiers new-yorkais tout en conservant de cette courte errance un goût du risque, des combats clandestins et une fascination persistante pour ces vagabonds du rail.
Le mélange est assez étrange et parfois difficile à cerner. Le personnage principal reste très distant tout au long du récit, parlant peu et laissant beaucoup de zones d'ombre. Comme il ne dit quasiment rien dans toute la partie introductive, il faut avoir lu le résumé de l'album pour bien comprendre les raisons profondes de sa fuite. De la même manière, la relation avec Arizona Joe m'a paru un peu artificielle : on ne saisit pas vraiment pourquoi ce vétéran hobo à l'allure de Richard Bronson s'attache aussi vite à lui, ni pourquoi, une fois adulte, Newland ressent ce besoin permanent de mettre sa vie en danger dans des quartiers présentés comme extrêmement violents voire mortels pour les autres que lui. Ce côté héros romantique, torturé mais constamment protégé par le scénario et sa position sociale, ne m'a pas énormément touché.
En revanche, j'ai trouvé intéressante la plongée dans cette Amérique de la fin du XIXe siècle, qui rappelle déjà celle de la crise de 1929 alors que les grandes fortunes bancaires se construisent sur un pays traversé par des inégalités énormes. Tout l'aspect documentaire sur les hobos, les débuts de Wall Street et cette société fracturée apporte une richesse au récit, d'autant que le dossier en fin d'album est particulièrement instructif.
Graphiquement, Fabrice Meddour livre un beau travail. Les couleurs désaturées sur lesquelles contrastent le roux intense des cheveux du héros lui donnent des petits airs de Sambre, ce qui participe à l'atmosphère mélancolique et poussiéreuse du récit. Et la couverture est très belle.
Ce fut une lecture intéressante et assez atypique, mais je reste un peu à distance du personnage principal et de ses motivations. Je suis curieux malgré tout de voir où les auteurs veulent aller avec le second et dernier tome.
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Raiders
Déjà, il me parait utile de définir le titre de ce one-shot de Dark Fantasy qui constitue le premier essai du duo Crom / Freedman bien avant leur génial Birdking : les raiders ce sont simplement des chasseurs de trésor limite hors la loi dans un royaume marqué par la sorcellerie et une politique assez autoritaire. On suit les pérégrinations de deux frères réputés pour être parmi les meilleurs dans ce genre de quêtes où il est nécessaire nettoyer des donjons par l'épée et l'élimination des monstres pour en ramener quelques piécettes et tout simplement y survivre. Sauf que Marken le frère ainé veut raccrocher les wagons et tenter un dernier gros coup pour s'installer avec sa compagne à l'abri de tout danger et de toute contrainte de l'aventure. Le plus jeune ne voit pas du même oeil sa destinée et souhaite devenir le plus grand raider de la contrée mais en solo. Leurs routes se séparent donc et l'aventure commence... Effectivement le scénario est basique, il serait dommage d'en dévoiler davantage mais on y trouve de façon classique tout ce qui fait le sel de ce genre de récits : de la tripaille, de la cruauté mais également de bons sentiments et un certain sens de l'honneur. En peu de mots, le lecteur est rapidement embarqué dans un univers qui lui est inconnu tout en gardant en mémoire les caractérisations simples mais bien définis des principaux protagonistes. Je suis plutôt fan de ce récit qui va droit à l'essentiel sans s'embarrasser des détails superflus comme pouvait le faire un Sergio Leone dans un cadre bien différent : le western spaghetti. Et on y retrouve ici dans un autre contexte tout les éléments propres à apprécier un solide récit prévisible mais suffisamment bien ficelé pour avoir envie d'en connaitre la conclusion. Car ce qui n'est pas basique ni prévisible c'est le dessin unique de Crom qui multiplie les scènes d'action avec un découpage frénétique. Le parti pris graphique peut déplaire par l'absence de décors ou de repères. Je trouve pour ma part qu'il colle parfaitement à l'histoire qui reste limpide et apporte même beaucoup de mélancolie. Autant dire que je ne partage pas l'avis précèdent et je préfère 1000 fois un récit déjà vu mais qui m'en fout plein les mirettes sans temps mort à ces récits pompeux développant trop de personnages inutiles et être embarqué de la sorte. C'est donc une chouette réussite sur bien des niveaux que je relirais avec plaisir. PS : la réédition des Humanos est remarquable en regard de la première plus chère et à la couverture souple MAIS qu’il est dommage de relever une ou deux fautes de grammaire par ci par là alors qu’il s’agit justement d’une réédition.
Escape
J’ai vraiment été happé par ce récit. Dès les premières pages, j’ai ressenti une tension constante et une atmosphère lourde, presque étouffante. L’histoire se déroule dans un monde anthropomorphique ravagé par une guerre qui rappelle directement la Seconde Guerre mondiale. On suit Milton Shaw, pilote de bombardier expérimenté, chargé de frapper une ville contrôlée par un empire de chauves-souris fascistes. Mais après sa mission, son avion est abattu et il se retrouve seul derrière les lignes ennemies, au milieu des ruines qu’il a lui-même contribué à créer. Ce qui m’a le plus marqué, c’est l’évolution du regard de Milton. Au début, il bombarde sans réellement voir les conséquences humaines de ses actes. Depuis son avion, les victimes restent abstraites, lointaines, presque invisibles. Mais une fois au sol, confronté aux survivants, à leurs regards, à leurs blessures et à leur peur, il découvre peu à peu leur humanité. On ressent son malaise grandissant et cette culpabilité silencieuse qui s’installe en lui. Pourtant, malgré cela, Milton reste focalisé sur sa mission. Il continue d’avancer avec cette mentalité de soldat convaincu que son objectif doit être accompli coûte que coûte. J’ai trouvé ce contraste très fort émotionnellement : il comprend progressivement l’horreur de la guerre, tout en restant prisonnier de sa logique militaire. J’ai aussi beaucoup aimé la manière dont les flashbacks sont intégrés au récit. Contrairement à certaines œuvres où ils cassent le rythme, ici je les ai trouvés très naturels et bien amenés. Ils enrichissent énormément l’univers, donnent plus de poids aux enjeux et permettent surtout de mieux comprendre la personnalité de Milton, ses motivations et ce qu’il laisse derrière lui. Ça renforce encore davantage l’attachement au personnage et l’impact émotionnel de certaines scènes. Visuellement, Acuñalivre un travail magnifique. Les dessins sont ultra détaillés, dynamiques et immersifs. Les scènes de destruction dégagent une vraie brutalité, tandis que certaines expressions ou regards transmettent énormément d’émotions malgré l’apparence animale des personnages. L’ambiance visuelle participe énormément à cette sensation de guerre sale, oppressante et désespérée. Au final, Escape m’a laissé une impression assez forte et mélancolique. Derrière son récit de survie et d’action, c’est surtout une BD qui parle de la déshumanisation provoquée par la guerre, du poids de la culpabilité et de la difficulté à continuer d’avancer quand on commence enfin à voir les victimes derrière les cibles.
Les Veuves électriques
Bizarre cette série qui, je pense, rate sa cible. Ou, en tout cas, à vouloir jouer sur plusieurs tableaux, se perd complètement. Suite à un accident dans une centrale nucléaire (débile, mais aux conséquences meurtrières), trois « veuves » des victimes se lancent dans une croisade pour sa fermeture. S’ensuivent alors moult péripéties, durant lesquelles sont mis en avant : l’incompétence, l’hypocrisie et l’opportunisme des hommes politiques (président, ministres), l’emballement médiatique des chaines d’info qui tournent en boucle et détournent le moindre bout de truc pour en faire du sensationnalisme, etc. Bref, on retrouve ici des thématiques qui pourraient être louables, et intéressantes pour développer une satire de la société actuelle. Mais, hélas, très rapidement, l’intrigue se contente d’accumuler les dialogues et situations outrancières et caricaturales – sans que ce soit vraiment drôle. C’est juste lourdingue, indigeste, répétitif. Du coup, on oublie totalement le côté satire sociale, et même le côté humoristique. Ne reste donc qu’un n’importe quoi grotesque. Sur lequel je ne reviendrai pas.
Mémoires d'un garçon agité
La lecture est sympathique – même si elle n’est pas inoubliable non plus. Zabus nous présente un gamin, Germain qui, à l’âge de 10 ans, ressent le besoin de « faire le point », et de rédiger ses « mémoires ». A raison d’un chapitre par année (les quatre dernières en tout cas – autour d’un événement marquant à chaque fois), Germain présente et analyse ce qui l’a marqué et ce qui a pu faire de lui cet enfant mature (au point qu’il ait souhaité faire une « pause » et ne plus grandir). Alors, certes, on peut être étonné de suivre ce gamin, et ses réflexions dignes d’un adulte. Ce décalage n’est finalement pas gênant, on s’y fait, licence créatrice… Et ça se laisse lire, avec un gamin jouant le rôle de Candide, mais aussi de commentateur, et qui livre des moments forts (comme après la mort de son chat, ou pour l’événement final, qui a sans doute déclenché ce processus d’autoanalyse). La narration est fluide et plaisante, et le dessin est agréable, avec un trait fin, plusieurs bichromies (qui changent avec les chapitres), un rendu ressemblant à celui de certains albums autobiographiques récents de Sattouf.
Le Voyage en Italie
« Le Voyage en Italie » fut ma première BD de Cosey. Je lui avais attribué la note maximale suite à ma première lecture en 2003… Je relis ce diptyque 23 ans après, et ma note reste à 5/5. Il s’agit pour moi du « roman graphique » parfait… une histoire incroyablement humaine, une galerie de personnages complexes et attachants, et une intrigue « road movie » dépaysante et prenante. L’amitié qui lie les protagonistes est contagieuse, et on se sent investi dans le succès de leur projet d’adoption, on vibre avec eux… la fin, elle, est juste parfaite. Cette toute dernière planche m’émeut toujours autant, je la trouve tellement triste. « Le Voyage en Italie » fut aussi mon introduction au dessin de Cosey, que j’ai ensuite admiré dans ses autres œuvres (à commencer par le superbe A la recherche de Peter Pan). J’adore son style typé ligne claire et très détaillé, et ces couleurs pastelles. Un sans-faute en ce qui me concerne, que j’ai eu la chance de découvrir dans la collection « Horizons », à 5.50 euros l’album couverture souple !
L'oiseau noir
Je relis cet album 22 ans après l’avoir découvert, et je passe ma note de 3/5 à 4/5. Le Tendre nous propose une histoire juste et touchante sur les traumatismes causés par la guerre et sur la vie quotidienne dans les petits villages français de l’après-guerre, où les mentalités ont l’air aussi périmées que le vieux plâtre jaunâtre des bâtisses locales. La Provence et ses cigales, et le ton très humain rappellent un peu les romans de Pagnol. J’ai en tout cas pris beaucoup de plaisir à suivre le quotidien de notre « Boche » et des habitants de ce petit village. Surtout que le dessin et les couleurs estivales de Jean-Paul Dethorey sont superbes et aident à se mettre dans l’ambiance du Midi. Un album « feel good » que j’ai eu beaucoup de plaisir à relire… dommage qu’il ne semble plus être au catalogue de Dupuis, et uniquement trouvable en occasion.
Les Petits Génies - Little Agatha Christie
Comme pour les autres albums de William Augel chez la Boite à Bulles, le principe consiste ici à imaginer une enfance fantasmée d'Agatha Christie à travers une succession de petites histoires humoristiques et de mini-enquêtes. On retrouve plein de clins d'oeil à son univers futur, à Miss Marple, Hercule Poirot ou certains titres de ses romans, avec aussi quelques énigmes interactives dont le lecteur trouvera la solution en fin d'album. C'est une BD jeunesse agréable à feuilleter, surtout grâce au dessin de William Augel que j'aime beaucoup. Son trait est à la fois rond, souple et très assuré, avec des personnages immédiatement attachants, des décors simples mais soignés, et une palette de couleurs douces et élégantes qui donne énormément de charme à l'ensemble. Visuellement, c'est un album chaleureux et très plaisant à parcourir. En revanche, je reste un peu perplexe sur le public réellement visé. D'un côté, l'humour et plusieurs gags sont très enfantins, avec des histoires courtes et des énigmes qui semblent pensées pour des lecteurs de moins de dix ans. Mais à côté de ça, d'autres références ou enquêtes demandent déjà un peu plus d'attention, et surtout le simple fait de s'intéresser à une version romancée de la jeunesse d'Agatha Christie parlera probablement davantage à des lecteurs plus âgés que le ton général de l'album. Du coup, j'ai parfois eu l'impression d'un léger décalage entre le sujet traité et la manière très jeunesse de l'aborder. Cela reste une lecture sympathique, fraîche et pleine de bonne humeur, mais je suis resté un peu circonspect sur l'équilibre global de l'ensemble.
Par la force des arbres
L’homme que nous suivons a choisi, peu avant le confinement, de vivre plusieurs mois dans un arbre, dans une cabane frugale mais « pensée » qu’il s’est lui-même construit. Pour faire le point sur sa vie (il a dû arrêter son activité d’éleveur – et entre les lignes ont devine que des idées suicidaires lui sont passé par la tête), lui redonner sens. Ce choix est accompagné par sa famille (sa femme et ses enfants), qui vient le voir chaque semaine. C’est une expérience originale, qui pousse immanquablement le lecteur à se poser des questions sur ses valeurs et sa vie. C’est aussi quelque chose qui pousse à réfléchir sur la société en général, les rapports entretenus avec la nature. Le récit est ponctué de réflexions plus ou moins philosophiques (mais rien de prise de tête ni d’artificiel), et de jolies planches « naturalistes » : c’est souvent simple, mais beau, et plein d’optimisme, d’empathie pour la vie sous toutes ses formes. En refermant l’album on a l’impression d’avoir participé à cette « cure ». Une lecture agréable en tout cas, plaisante et qui fait intelligemment réfléchir – même si je ne me vois pas personnellement jouer à ce point à l’ermite.
Achtung Zelig !
Une BD qui m'a surtout laissé perplexe. Je comprends l'intention de proposer une approche absurde et décalée de la Shoah et de l'occupation nazie en Pologne, avec des personnages grotesques ou hybrides au milieu de soldats réalistes, mais je n'ai jamais vraiment réussi à entrer dedans ni à comprendre où les auteurs voulaient m'emmener. Le mélange entre récit historique sombre et fantaisie loufoque m'a paru forcé, parfois même arbitraire. Entre les personnages à têtes animales, le nain nazi habillé comme un magicien, les situations absurdes et une intrigue qui donne l'impression d'enchaîner des scènes sans vraie progression, j'ai surtout eu une sensation de confusion permanente. L'histoire semble commencer au milieu de quelque chose et se terminer sans véritable conclusion, avec un côté inachevé qui aurait pu être frustrant si je n'étais resté aussi indifférent au reste de l'album. Le graphisme participe aussi beaucoup à cette impression. Ce dessin réaliste mélangé à des éléments caricaturaux ou totalement décalés m'a rappelé celui de Bloody Mary que je n'avais déjà pas apprécié. Je comprends l'originalité de son étrangeté ou de son audace visuelle, mais personnellement il m'a surtout tenu à distance du récit au lieu de renforcer son impact. Certaines idées de mise en scène sont originales, mais j'ai trouvé l'ensemble trop nébuleux et démonstratif pour réellement me toucher. L'album donne l'impression d'utiliser l'absurde comme une fin en soi sans réussir à construire quelque chose de cohérent ou émotionnellement fort autour.
La Vie extraordinaire d'Arizona Joe
Un jeune garçon, visiblement de bonne famille, fuit en train la ville de New York et se retrouve pris sous l'aile d'un vétéran hobo charismatique, Arizona Joe. On croit au départ que cette série va s'attacher aux aventures de hobos sillonnant clandestinement les États-Unis à la fin du XIXe siècle. Mais on découvre assez vite que ce n'est en réalité qu'un prologue, et que le véritable récit porte sur ce même garçon devenu adulte, revenu dans son riche milieu de banquiers new-yorkais tout en conservant de cette courte errance un goût du risque, des combats clandestins et une fascination persistante pour ces vagabonds du rail. Le mélange est assez étrange et parfois difficile à cerner. Le personnage principal reste très distant tout au long du récit, parlant peu et laissant beaucoup de zones d'ombre. Comme il ne dit quasiment rien dans toute la partie introductive, il faut avoir lu le résumé de l'album pour bien comprendre les raisons profondes de sa fuite. De la même manière, la relation avec Arizona Joe m'a paru un peu artificielle : on ne saisit pas vraiment pourquoi ce vétéran hobo à l'allure de Richard Bronson s'attache aussi vite à lui, ni pourquoi, une fois adulte, Newland ressent ce besoin permanent de mettre sa vie en danger dans des quartiers présentés comme extrêmement violents voire mortels pour les autres que lui. Ce côté héros romantique, torturé mais constamment protégé par le scénario et sa position sociale, ne m'a pas énormément touché. En revanche, j'ai trouvé intéressante la plongée dans cette Amérique de la fin du XIXe siècle, qui rappelle déjà celle de la crise de 1929 alors que les grandes fortunes bancaires se construisent sur un pays traversé par des inégalités énormes. Tout l'aspect documentaire sur les hobos, les débuts de Wall Street et cette société fracturée apporte une richesse au récit, d'autant que le dossier en fin d'album est particulièrement instructif. Graphiquement, Fabrice Meddour livre un beau travail. Les couleurs désaturées sur lesquelles contrastent le roux intense des cheveux du héros lui donnent des petits airs de Sambre, ce qui participe à l'atmosphère mélancolique et poussiéreuse du récit. Et la couverture est très belle. Ce fut une lecture intéressante et assez atypique, mais je reste un peu à distance du personnage principal et de ses motivations. Je suis curieux malgré tout de voir où les auteurs veulent aller avec le second et dernier tome.