Sa voix protégeait ceux qui l'écoutaient.
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Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2017. Il a été réalisé par Cosey (Bernard Cosendai), pour le scénario et les dessins, d’après une idée originale de François Mattille. Il comprend cent pages de bande dessinée en noir & blanc.
Une sirène ondulant entre deux eaux. Des vagues. Une brume de chaleur au-dessus de la mer. Des nuages flottant dans le ciel. Des cristaux de neige en train de tomber. Des flocons de neige qui volètent. Dans le lointain, un beau sommet enneigé. Sur le flanc d’une montagne opposé à un village sur une autre montagne, un chantier d’extraction de petite ampleur avec les ouvriers qui font une courte pause. L’un d’eux demande à Gus quelle est l’heure. L’intéressé répond 16h13, il a bon à une minute près car il est 16h14. Un autre collègue lui dit qu’il devrait s’engager dans un cirque, ce à quoi il répond qu’il est né avec une horloge dans la tête. Il leur reste encore trois quarts d’heure de travail. Soudain un étai cède, Gus a juste le temps de pousser son ami Pepe hors de la galerie, et ils s’en tirent tous les deux de justesse, sous les yeux médusés du reste de l’équipe. Le soir venu, l’équipe de mineurs a regagné le village et ils boivent un coup ensemble au café. Pepe évoque son projet : encore une dizaine de saisons et il aura assez d’économies pour ouvrir un restaurant à fondue sur la plage du côté de Barcelona. À l’initiative de l’un d’eux, les regards se tournent vers l’écran de télévision : il s’agit d’une rediffusion du film Calypso, avec Georgia Gould dans le rôle de la sirène.
Les commentaires commencent sur le mode admiratif, puis deviennent de nature grivoise, un mineur indiquant qu’il aurait bien suivi l’actrice au fond de l’océan, un autre ajoutant faisant observer que l’ennui c’est qu’il n’était pas tout seul. Un autre surenchérit : Tout Hollywood lui est passé dessus, il n’y a pas de miracle pour réussir dans le cinéma, i faut coucher. Cela met Gus hors de lui : il se retourne et décoche un crochet du droit dans la mâchoire de celui qui vient de faire cette remarque. Sur l’écran, la sirène continue d’onduler gracieusement sous l’eau. Les autres aident le mineur à terre à se révéler, pendant que Gus crie qu’il a simplement dit que maintenant qu’elle a quitté ce monde, faut arrêter de déblatérer des saloperies sur Georgia Gould, pare que Georgia Gould c’était une pure, elle, cent fois plus pure que chacun d’eux. Puis il s’agenouille et s’excuse auprès de Marcel, celui-ci acceptant de bonne grâce, estimant qu’ils ont tous un peu les nerfs aujourd’hui avec l’éboulement. Gus sort, et les autres plaisantent sur le fait qu’il ait pu connaitre l’actrice, qu’elle était folle de lui, mais que lui hésitait avec Marilyn Monroe, et qu’Ava Gardner se traînait à ses pieds. Finalement le soir, dans leur dortoir partagé, il raconte qu’elle et lui se retrouvaient dans le petit train qui descendait à l’école, départ 6h47. Elle venait du village voisin, elle s’appelle en réalité Georgette Schwitzgebel.
Cette bande dessinée se lit comme une évidence : l’œil assimile immédiatement les dessins, les dialogues sont concis, les événements se déroulent avec limpidité. Le lecteur éprouve tout de suite une forme de sympathie pour Gus, un peu bourru, un peu sous le coup de retrouver son amour de jeunesse dont la gloire l’a emporté loin de lui, et faisant preuve de bon sens au bon moment, les expériences de la vie lui ayant mis du plomb dans la tête. Il apparaît tranquille et plutôt bien veillant avec sa ligne de cheveux qui a reculé haut sur son crâne, ses joues toujours mal rasées, et les plis de sa peau attestant de son âge. Pepe semble être dans la même tranche d’âge que lui avec cette même forme de comportement posé qui vient avec les années, et de camaraderie évidente. Les paysages apparaissent plus vrais que nature : le lecteur sait que l’auteur aime les régions montagneuses de la Suisse, et cela se voit dans le naturel avec lequel il représente cette région, une zone montagneuse surplombant le lac Léman, les montagnes, les pentes herbues, l’évocation des plantes et des arbres, le petit village de montagne, le magnifique chalet qui abrite la clinique dans laquelle séjourne Georgette Schwitzbegel. Chaque élément est à sa place, que ce soit la disposition générale ou les détails. L’urbanisme et l’architecture de montagne pour le village, la prédominance du bois comme matériau dans le restaurant, les rambardes, les fromages bien alignés sur les étagères dans la fromagerie, etc.
Le titre évoque une nymphe qui a retenu Ulysse pendant sept ans auprès d’elle. Le lecteur peut y voir la dénomination assez logique de cette actrice qui a interprété une sirène, comme également une métaphore de ce qui l’a retenue loin de son pays et de son amour d’enfance. Il se fait la réflexion que sa représentation sur la couverture semble assez androgyne, âgée également, plus de soixante ans, ce qui se confirme à la lecture, Georgette devant avoir un tout petit peu plus que cet âge. Le lecteur fait d’abord sa connaissance au travers des images du film apparaissant sur l’écran de télévision, un peu floues. Elle apparaît enfin en planche vingt-huit en tout point semblable à l’image de la couverture, avec ces lunettes noires dont elle ne se départit à aucun moment du récit. Elle porte elle aussi les marques de l’âge, ayant conservé une fine silhouette, et portant quelques bracelets en guise de bijoux. Le lecteur observe les autres personnages : ils présentent tous une allure normale, avec une direction d’acteur dans un registre naturaliste, et des tenues vestimentaires banales, peut-être exception faite des motifs de la robe de Georgia Gould. Il note également que le récit se déroule avant l’avènement des téléphones portables.
Le lecteur se prépare sereinement à apprécier un séjour tranquille dans les montagnes suisses. Son horizon d’attente est comblé avec une première case de la largeur de la page, un simple trait encré, la silhouette de pins en ombre chinoise, une ou deux taches pour évoquer une zone rocheuse affleurante, et hop ! un beau paysage de montagne. Une illustration en double page, planches quatre & cinq : très beau paysage de montagne avec les chalets disposés le long d’une route sinueuse. Une locomotive et trois wagons qui montent tranquillement sur une voie ferrée, passant entre deux zones de prairie, et les arbres en arrière-plan. La découverte du chalet à trois étages abritant la clinique Edelweiss. L’artiste épate par la perfection irréelle du placement des masses de noir et leur contour, entre image descriptive et effet impressionniste. En planche trente-sept en voyant une zone de blanc au milieu de deux noires, l’effet de la cascade produit une sensation d’humidité peu commune. Le lecteur se dit qu’il louerait bien, lui aussi, une des caravanes à l’écart pour y passer une semaine de vacances dans cet endroit tranquille. La traversée du lac Léman lui fait tout autant envie, avec cette grande étendue d’eau, d’un calme apaisant. Puis il se retrouve dans une banlieue étatsunienne tout aussi plausible et représentée avec la même science du dosage et des formes un peu lâches de prime abord, très précisément délimitées pour produire l’effet recherché.
Gus, Gustave Muveran de son vrai nom, retrouve son amour d’adolescence, Georgette Schwitzgebel. Il souhaite ranimer l’amitié et l’amour qui les a liés près d’un demi-siècle auparavant. Ça tombe bien, elle-même ne dirait pas non à effectuer un voyage à New York, mais il faut qu’elle échappe à son tuteur légal. Ha bon, finalement le scénario se dirigerait vers une forme d’aventure… Fort heureusement le bon sens prévaut, et Gus a bien l’intention d’éviter de se laisser embarquer dans un plan romanesque nécessitant de faire fi de la sagesse acquise de l’expérience… À moins que… Enfin, en tout cas, il ne peut pas laisser tomber Georgette. Le scénariste joue avec les attentes du lecteur, testant les limites de sa suspension d’incrédulité consentie. Un tout petit peu plus ? Pourquoi pas ? Dans le même temps, le lecteur ressent que ce lien affectif a résisté aux décennies passées, et qu’il existe une véritable envie de faire plaisir. Il se laisse donc embarquer dans cette comédie romantique, assez particulière, entre deux sexagénaires, ayant eu des parcours de vie très différents.
L’auteur se tient à l’écart de tout sentiment à l’eau de rose, ou pleurnichard. La séquence d’ouverture atteste également que le récit charrie des éléments propices à un autre niveau de lecture. La sirène et son nom évoquant un retour empêché, les images du cycle de l’eau qui emmène de l’océan à aux montagnes et à leur neige, une image de la notion d’interdépendance universelle. Les contraires qui s’attirent entre Georgia et Gus, ou encore ce projet décalé d’ouvrir un restaurant de fondues à Barcelone, ou peut-être des spécialités espagnoles à Lausanne ou Genève ? La possibilité qu’un individu mal intentionné se conduise comme un prédateur vis-à-vis de l’argent de Georgia Gould ? Ou n’est-ce que dans l’imagination de l’actrice et de Gus ? Le fait que rien ne s’arrête jamais, avec la découverte de l’existence d’une nouvelle génération, et peut-être deux. Une forme de destin qui évite l’arrestation à Gus, à moins que ce ne soit l’influence d’une défunte dans le monde des vivants ? L’auteur semble s’amuser à sous-entendre que la vie de ses personnages est sous forte influence, sous l’emprise de forces arbitraires facétieuses, celle de leur créateur par exemple.
Une femme a tourné dans un film portant le titre de Calypso, qui a fait rêver d’innombrables spectateurs et spectatrices, et qui continue d’en faire rêver de nouveaux. Avec ce rôle, elle a exercé une influence la vie de millions de personnes. Aujourd’hui, elle profite de sa retraite dans une clinique reculée, où la retrouve son premier amour. Cosey met à profit sa science de la narration visuelle avec des dessins puissamment évocateurs, tout en racontant l’histoire avec une évidence et une simplicité remarquables. Le lecteur sent qu’il oscille entre la comédie romantique et une réflexion sous-jacente sur le caractère arbitraire de la vie, et l’espoir toujours présent, rarement là où on l’attend. Étonnant.
Il s'agit d'un Conan généreux et sans détour.
Oscar Martin et Leonel Castellani signent une écriture originale, efficace et très généreuse de Conan.
Ici, on est clairement en terrain connu… mais c’est aussi tout le plaisir. Taverne, baston générale, créatures, femmes fatales : tous les codes sont là, assumés à fond. Ça découpe, ça cogne, et ça ne cherche jamais à faire semblant. Pourtant, derrière cette façade très “bourrine”, le récit tient bien la route et réserve même quelques surprises bienvenues, jusqu’à une fin qu’on n’attend pas forcément.
Le vrai point fort reste le travail graphique de Castellani. Certaines planches, notamment en grand format, en mettent plein les yeux. Son trait donne du souffle à l’ensemble et accentue ce côté épique et viscéral. On est sur une lecture qui va à 100 à l’heure, sans temps mort.
Alors oui, ça ne révolutionne rien. Mais ce n’est pas le but. C’est du Conan pur jus, efficace, généreux, presque “pop-corn”, qui fait exactement ce qu’on attend de lui — et le fait bien.
Note : 3,5/5 – Un très bon moment de lecture, fun et maîtrisé, qui donne envie de revoir ce type de projet.
Une claque aussi ambitieuse que déroutante
Avec East of West, Hickman et Dragotta livrent une œuvre dense, exigeante, mais profondément marquante. Mélange improbable de western, de science-fiction et d’uchronie, le récit nous plonge dans une Amérique fracturée où les Cavaliers de l’Apocalypse ne sont jamais bien loin… et où la Mort elle-même décide de tracer sa propre route.
Dès les premières pages, on sent que Hickman ne prend pas son lecteur par la main. L’univers est riche, politique, parfois même opaque, mais c’est aussi ce qui fait toute sa force : on s’y perd pour mieux s’y retrouver. Derrière cette complexité se cache une histoire étonnamment intime, presque tragique, centrée sur la vengeance, l’amour et la fatalité.
Graphiquement, Dragotta fait un travail impressionnant. Son style anguleux, précis et ultra lisible donne une identité forte à la série. Certaines planches sont tout simplement iconiques, notamment grâce à une direction artistique et des designs mémorables.
Mais East of West n’est pas sans défauts. Son exigence narrative pourra en rebuter plus d’un, et le rythme, parfois inégal, demande un vrai investissement. C’est clairement une œuvre qui ne se livre pas facilement… mais qui récompense largement ceux qui s’y accrochent.
En résumé : un comics audacieux, dense et unique, qui ne plaira pas à tout le monde, mais qui mérite clairement d’être découvert si vous aimez les récits ambitieux et les univers forts.
Lorsque ma vengeance s’abattra sur vous propose un récit tendu et maîtrisé, avec une vraie ambiance qui s’installe dès le départ. Contrairement à ce qu’on pourrait attendre, le récit prend aussi le temps de respirer par moments, avec des pauses bienvenues qui renforcent encore la tension globale.
Le dessin de Rebalka est très particulier, presque dérangeant par instants, avec des corps et des visages qui semblent parfois déformés. Mais c’est justement ce qui fait sa force : ce style colle parfaitement au propos et au titre, et donne une identité visuelle forte à l’ensemble.
On se laisse vite embarquer… et c’est peut-être là le seul vrai regret. On aurait aimé en profiter plus longtemps. La fin, ouverte, fonctionne, mais elle arrive un peu trop vite et laisse un léger sentiment de frustration.
Au final, un bon titre, singulier et marquant, qui aurait mérité quelques pages de plus pour pleinement déployer son potentiel.
Je ne m’attendais pas à un truc aussi radical. L’Exécuteur te prend à la gorge dès le début et ne relâche jamais la pression.
On est sur un récit sombre, sec, sans concession. L’ambiance est étouffante, presque nihiliste par moments, avec une tension permanente qui rend la lecture hyper immersive.
Le personnage principal est un pur anti-héros, sans aucun vernis : un vrai connard, froid, méthodique, souvent implacable. Et pourtant… on s’y attache très vite, presque malgré soi, ce qui rend l’ensemble encore plus dérangeant.
Côté dessin, ça a forcément un peu vieilli (fin 90), mais ça reste très clair et efficace. Les personnages sont bien caractérisés, on les reconnaît immédiatement, et surtout l’action est toujours lisible. Ça va à l’essentiel, sans fioritures, avec un vrai sens du rythme.
La narration est du même niveau : pas de gras, pas de détour inutile. Chaque page compte, jusqu’à une fin qui marque.
Clairement, pour moi, c’est le genre de comics qui peut devenir culte. Une œuvre dure, assumée, et marquante.
Je n'étais pas né lorsque paraissait le Journal de Tintin, mais jeune j'avais réussit à trouver des vieux numéros des années 60-70 dans une brocante et plus tard j'avais trouvé des vieux recueils des années 80. J'ai donc une petite connaissance de l'ambiance du journal lors de certaines époques et des souvenirs de jeunesses relié au journal.
Malgré tout, même si j'aime bien la série Tintin et plusieurs séries tirés de son journal, ce n'est pas le magazine de BD qui a le plus influencé mes lectures. En effet, je suis plus attiré par Spirou et Pilote ainsi que par les revues plus adultes À suivre et Fluide Glacial. La faute revient que le journal a fait beaucoup de place à des séries réalistes mettant en vedette des héros impeccables qui ont prit un bon coup de vieux selon moi. Malheureusement, une bonne partie de ce recueil traite de ses héros et cela donne des dizaines et des dizaines de récits qui ne m'ont pas intéressé parce que je n'aimais pas la série originale. Il faut dire aussi le ton des ses récits étaient souvent au premier degré comme si on était encore dans les années 50-70, mais j'imagine que cela va plaire aux fans. En plus, plusieurs séries de Tintin que j'aime n'ont pas eu droit à un hommage (Chick Bill, Oumpah-Pah, Martin Milan....).
Bon maintenant que je me suis plains, il y a quand même des belles choses dans ce recueil. J'ai bien aimé la plupart des hommages qui étaient tirés de séries que j'apprécie et certaines m'ont même émue (je pense notamment à l'histoire courte hommage à Modeste et Pompon ou celle de Prudence Petitpas). Les plus intéressants sont celle où un auteur connu reprends une série et l'adapte à sa sauce. C'est selon moi pour ça que ce type de recueil devrait exister. C'est vraiment jubilatoire de voir Clifton revu par Foerster ou Lewis Trondheim s'amuser avec Blake et Mortimer.
Au final, c'est encore une fois un recueil collectif dont le niveau est inégal, mais la plupart du temps cela venait du fait que j'aimais ou pas la série qu'on rendait hommage. En fait, c'est comme lire un magazine de BD: on passe les séries qu'on aimait pas pour lire celles qu'on appréciait !
Suite au décès de leurs parents dans un crash aérien, Ashley et Joyce Ravencroft sont recueillis par leur oncle et leur tante, avant de recevoir un mystérieux colis envoyé peu avant le drame, qui va les entraîner dans une enquête pleine d'énigmes.
J'ai trouvé l'ensemble plutôt agréable, à commencer par le graphisme, qui est clairement l'un des gros points forts de la série à mon goût. Le style est très chouette, avec une vraie personnalité, un trait souple et expressif, et surtout de très belles couleurs qui apportent beaucoup de charme et d'énergie à l'ensemble. Il y a un côté à la fois dynamique et chaleureux qui fonctionne très bien et qui rend la lecture immédiatement plaisante.
Côté intrigue, c'est également réussi dans l'ensemble. L'enquête est sympathique à suivre, avec des raisonnements plutôt bien amenés et des comportements crédibles de la part des deux jeunes héros, qui réfléchissent et agissent de manière assez intelligente. Les différents protagonistes apportent aussi un vrai plus, avec des personnalités marquées et parfois un peu loufoques qui enrichissent le récit, attisent le mystère et donnent du relief à l'ensemble.
Malheureusement, tout cela est un peu plombé par plusieurs facilités et incohérences qui finissent par nuire à la crédibilité de l'histoire. Certaines situations paraissent trop opportunes, comme cette capacité à se retrouver exactement au bon endroit au bon moment pour assister à une scène clé pourtant censée être secrète. Et surtout, la révélation finale m'a semblé vraiment trop artificielle, voire peu cohérente (sans spoiler, difficile de croire qu'un tel plan puisse réellement être mis en place de cette manière).
Du coup, malgré ses qualités évidentes, notamment visuelles, dans les personnages et dans la construction de son enquête, la série m'a laissé une impression un peu frustrante, avec une intrigue qui fonctionne bien sur le moment mais qui ne tient pas totalement sur la durée une fois qu'on prend un peu de recul.
En 1861, un garçon de 9 ans fugue pour rejoindre l'armée de l'Union, s'impose peu à peu au sein d'un régiment malgré son âge, et devient malgré lui une figure médiatique de la guerre de Sécession.
Il est assez surprenant de voir Johnny Clem intégré à cette collection de "héros de guerre" chez Grand Angle, tant son parcours tranche avec celui des autres figures mises en avant. On parle ici d'un enfant qui, sur un coup de tête presque incompréhensible, décide de suivre les soldats au front. D'abord toléré comme mascotte, puis utilisé comme tambour, il finit même par porter un fusil bien trop grand pour lui, dans un contexte où sa présence relève davantage de l'anomalie que de l'héroïsme classique.
Le récit insiste sur sa détermination hors norme, mais donne aussi l'image d'un gamin particulièrement borné, mû par une motivation difficile à rationaliser et prêt à aller au front au mépris total du danger. Son seul réel fait d'armes reste d'ailleurs assez limité et tient presque du hasard, mais son parcours suffira à en faire une figure médiatique, instrumentalisée à l'époque pour galvaniser les troupes et marquer les esprits. C'est finalement davantage la construction d'un symbole que le récit d'un véritable parcours militaire exceptionnel.
L'album reste néanmoins intéressant dans la manière dont il restitue ce destin singulier, entre fascination et malaise face à cette enfance happée par la guerre. On suit un parcours atypique, qui en dit autant sur l'époque que sur le personnage lui-même. La démobilisation forcée du jeune garçon, lorsque son âge finit par devenir impossible à ignorer, vient d'ailleurs rappeler le caractère profondément absurde de cette situation.
Côté dessin, le travail est solide et immersif, avec une reconstitution soignée de la guerre de Sécession et une vraie attention portée aux expressions et aux ambiances. Il a une bonne personnalité, même si cela suppose parfois des mâchoires et bouches étonnamment grosses chez certains personnages.
Reste une impression un peu ambivalente : celle d'un récit bien raconté, instructif, mais centré sur une figure dont l'héroïsation interroge plus qu'elle ne convainc.
Cet album retrace le parcours d'Audie Murphy, jeune Américain frêle qui parvient à s'engager pendant la Seconde Guerre mondiale, devient l'un des soldats les plus décorés de son pays, avant de revenir marqué à vie par les horreurs du front.
Son destin a de quoi intriguer, entre ascension fulgurante, actes de bravoure et traumatisme durable. Mais dans les faits, j'ai eu beaucoup de mal à m'immerger dans le récit, en grande partie à cause de son traitement graphique et narratif.
Le dessin m'a posé problème. Il est globalement trop imprécis, avec des personnages qui se ressemblent beaucoup, d'autant plus qu'ils portent presque tous le même uniforme. Cela rend rapidement les scènes confuses, surtout dans les moments d'action. Les couleurs, assez ternes, n'aident pas non plus à distinguer les plans ou à donner du relief à l'ensemble.
La mise en scène accentue encore cette impression. Le découpage est assez haché, avec de nombreux sauts chronologiques qui désorientent plus qu'ils ne structurent le récit. On passe d'une situation à une autre sans toujours bien comprendre le contexte, et certaines scènes, notamment les combats, manquent clairement de lisibilité. Il devient alors difficile de suivre précisément ce qui se joue ou de mesurer l'importance des événements.
À cela s'ajoute un personnage principal que j'ai trouvé étonnamment lisse et insaisissable. Malgré son statut de héros, je n'ai jamais vraiment réussi à comprendre ce qui le motive, ni à ressentir son évolution. Son parcours est là, factuellement, mais il peine à prendre vie ou à susciter une véritable implication émotionnelle. Il faut attendre la scène finale, spectaculaire, pour entrevoir quelque chose de plus marquant, avec cet acte au sommet d'un tank qui évoque presque une forme de geste de vengeance désespérée, voire suicidaire. Mais cela arrive tard et ne suffit pas à compenser le manque d'incarnation du reste du récit.
Alors qu'il tente de rendre hommage à une figure héroïque, cet album m'a semblé échouer à transmettre ce qui faisait sa singularité, tant sur le plan narratif que visuel. Le fond est intéressant, mais la forme m'a empêché d'y adhérer.
J’aurais tellement voulu mieux noter et apprécier cette série. En effet, l’époque et les lieux dans lesquels se déroulent les histoires m’intéressent a priori beaucoup. Mais c’est frustré et globalement déçu que je suis sorti de cette lecture.
D’abord je n’apprécie généralement pas le changement de dessinateur au sein d’une même série. Et là, il y en a une multitude ! Beaucoup de styles se ressemblent, mais il y a quand même de notables différences parfois, et ça me gêne. De plus, ce dessin lui-même n’est franchement pas toujours clair, voir agréable à l’œil (affaire de goûts sans doute, mais souvent ça ne m’a pas convenu).
C’est l’utilisation du matériau historique qui m’a aussi déçu. En effet, des raids vikings aux Varègues à l’Est, en passant par tous les royaumes et principautés nordiques (Suédois, Danois, etc.), il y a matière. Les Francs, les royaumes saxons d’Angleterre, les Byzantins qui les côtoient (commerce et/ou guerre) ajoutent un arrière-plan au fort potentiel.
Et le fait de s’inspirer (avec moult citations) de sagas et autres textes anciens, du norois et de la culture nordique permettent d’ancrer le récit dans quelque chose d’intéressant.
Mais le rendu m’a laissé sur ma faim.
D’abord c’est souvent très brouillon, et personnages et intrigues ne sont pas toujours clairement développées (dès la première histoire, le sort du gamin saxon trahissant les siens, pour devenir ensuite un chef viking, j’ai senti un manque, une histoire « expédiée » sans qu’on puisse s’attacher aux personnages). C’est parfois trop court, d’autres fois trop long (le siège de Paris par exemple dans le troisième tome s’étale trop sur certains détails).
Ensuite certains passages dévient vers du comics de super héros – même si ça ne sombre pas dans une revisite fantastique comme je l’ai un temps craint.
Note réelle 2,5/5.
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Calypso (Cosey)
Sa voix protégeait ceux qui l'écoutaient. - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2017. Il a été réalisé par Cosey (Bernard Cosendai), pour le scénario et les dessins, d’après une idée originale de François Mattille. Il comprend cent pages de bande dessinée en noir & blanc. Une sirène ondulant entre deux eaux. Des vagues. Une brume de chaleur au-dessus de la mer. Des nuages flottant dans le ciel. Des cristaux de neige en train de tomber. Des flocons de neige qui volètent. Dans le lointain, un beau sommet enneigé. Sur le flanc d’une montagne opposé à un village sur une autre montagne, un chantier d’extraction de petite ampleur avec les ouvriers qui font une courte pause. L’un d’eux demande à Gus quelle est l’heure. L’intéressé répond 16h13, il a bon à une minute près car il est 16h14. Un autre collègue lui dit qu’il devrait s’engager dans un cirque, ce à quoi il répond qu’il est né avec une horloge dans la tête. Il leur reste encore trois quarts d’heure de travail. Soudain un étai cède, Gus a juste le temps de pousser son ami Pepe hors de la galerie, et ils s’en tirent tous les deux de justesse, sous les yeux médusés du reste de l’équipe. Le soir venu, l’équipe de mineurs a regagné le village et ils boivent un coup ensemble au café. Pepe évoque son projet : encore une dizaine de saisons et il aura assez d’économies pour ouvrir un restaurant à fondue sur la plage du côté de Barcelona. À l’initiative de l’un d’eux, les regards se tournent vers l’écran de télévision : il s’agit d’une rediffusion du film Calypso, avec Georgia Gould dans le rôle de la sirène. Les commentaires commencent sur le mode admiratif, puis deviennent de nature grivoise, un mineur indiquant qu’il aurait bien suivi l’actrice au fond de l’océan, un autre ajoutant faisant observer que l’ennui c’est qu’il n’était pas tout seul. Un autre surenchérit : Tout Hollywood lui est passé dessus, il n’y a pas de miracle pour réussir dans le cinéma, i faut coucher. Cela met Gus hors de lui : il se retourne et décoche un crochet du droit dans la mâchoire de celui qui vient de faire cette remarque. Sur l’écran, la sirène continue d’onduler gracieusement sous l’eau. Les autres aident le mineur à terre à se révéler, pendant que Gus crie qu’il a simplement dit que maintenant qu’elle a quitté ce monde, faut arrêter de déblatérer des saloperies sur Georgia Gould, pare que Georgia Gould c’était une pure, elle, cent fois plus pure que chacun d’eux. Puis il s’agenouille et s’excuse auprès de Marcel, celui-ci acceptant de bonne grâce, estimant qu’ils ont tous un peu les nerfs aujourd’hui avec l’éboulement. Gus sort, et les autres plaisantent sur le fait qu’il ait pu connaitre l’actrice, qu’elle était folle de lui, mais que lui hésitait avec Marilyn Monroe, et qu’Ava Gardner se traînait à ses pieds. Finalement le soir, dans leur dortoir partagé, il raconte qu’elle et lui se retrouvaient dans le petit train qui descendait à l’école, départ 6h47. Elle venait du village voisin, elle s’appelle en réalité Georgette Schwitzgebel. Cette bande dessinée se lit comme une évidence : l’œil assimile immédiatement les dessins, les dialogues sont concis, les événements se déroulent avec limpidité. Le lecteur éprouve tout de suite une forme de sympathie pour Gus, un peu bourru, un peu sous le coup de retrouver son amour de jeunesse dont la gloire l’a emporté loin de lui, et faisant preuve de bon sens au bon moment, les expériences de la vie lui ayant mis du plomb dans la tête. Il apparaît tranquille et plutôt bien veillant avec sa ligne de cheveux qui a reculé haut sur son crâne, ses joues toujours mal rasées, et les plis de sa peau attestant de son âge. Pepe semble être dans la même tranche d’âge que lui avec cette même forme de comportement posé qui vient avec les années, et de camaraderie évidente. Les paysages apparaissent plus vrais que nature : le lecteur sait que l’auteur aime les régions montagneuses de la Suisse, et cela se voit dans le naturel avec lequel il représente cette région, une zone montagneuse surplombant le lac Léman, les montagnes, les pentes herbues, l’évocation des plantes et des arbres, le petit village de montagne, le magnifique chalet qui abrite la clinique dans laquelle séjourne Georgette Schwitzbegel. Chaque élément est à sa place, que ce soit la disposition générale ou les détails. L’urbanisme et l’architecture de montagne pour le village, la prédominance du bois comme matériau dans le restaurant, les rambardes, les fromages bien alignés sur les étagères dans la fromagerie, etc. Le titre évoque une nymphe qui a retenu Ulysse pendant sept ans auprès d’elle. Le lecteur peut y voir la dénomination assez logique de cette actrice qui a interprété une sirène, comme également une métaphore de ce qui l’a retenue loin de son pays et de son amour d’enfance. Il se fait la réflexion que sa représentation sur la couverture semble assez androgyne, âgée également, plus de soixante ans, ce qui se confirme à la lecture, Georgette devant avoir un tout petit peu plus que cet âge. Le lecteur fait d’abord sa connaissance au travers des images du film apparaissant sur l’écran de télévision, un peu floues. Elle apparaît enfin en planche vingt-huit en tout point semblable à l’image de la couverture, avec ces lunettes noires dont elle ne se départit à aucun moment du récit. Elle porte elle aussi les marques de l’âge, ayant conservé une fine silhouette, et portant quelques bracelets en guise de bijoux. Le lecteur observe les autres personnages : ils présentent tous une allure normale, avec une direction d’acteur dans un registre naturaliste, et des tenues vestimentaires banales, peut-être exception faite des motifs de la robe de Georgia Gould. Il note également que le récit se déroule avant l’avènement des téléphones portables. Le lecteur se prépare sereinement à apprécier un séjour tranquille dans les montagnes suisses. Son horizon d’attente est comblé avec une première case de la largeur de la page, un simple trait encré, la silhouette de pins en ombre chinoise, une ou deux taches pour évoquer une zone rocheuse affleurante, et hop ! un beau paysage de montagne. Une illustration en double page, planches quatre & cinq : très beau paysage de montagne avec les chalets disposés le long d’une route sinueuse. Une locomotive et trois wagons qui montent tranquillement sur une voie ferrée, passant entre deux zones de prairie, et les arbres en arrière-plan. La découverte du chalet à trois étages abritant la clinique Edelweiss. L’artiste épate par la perfection irréelle du placement des masses de noir et leur contour, entre image descriptive et effet impressionniste. En planche trente-sept en voyant une zone de blanc au milieu de deux noires, l’effet de la cascade produit une sensation d’humidité peu commune. Le lecteur se dit qu’il louerait bien, lui aussi, une des caravanes à l’écart pour y passer une semaine de vacances dans cet endroit tranquille. La traversée du lac Léman lui fait tout autant envie, avec cette grande étendue d’eau, d’un calme apaisant. Puis il se retrouve dans une banlieue étatsunienne tout aussi plausible et représentée avec la même science du dosage et des formes un peu lâches de prime abord, très précisément délimitées pour produire l’effet recherché. Gus, Gustave Muveran de son vrai nom, retrouve son amour d’adolescence, Georgette Schwitzgebel. Il souhaite ranimer l’amitié et l’amour qui les a liés près d’un demi-siècle auparavant. Ça tombe bien, elle-même ne dirait pas non à effectuer un voyage à New York, mais il faut qu’elle échappe à son tuteur légal. Ha bon, finalement le scénario se dirigerait vers une forme d’aventure… Fort heureusement le bon sens prévaut, et Gus a bien l’intention d’éviter de se laisser embarquer dans un plan romanesque nécessitant de faire fi de la sagesse acquise de l’expérience… À moins que… Enfin, en tout cas, il ne peut pas laisser tomber Georgette. Le scénariste joue avec les attentes du lecteur, testant les limites de sa suspension d’incrédulité consentie. Un tout petit peu plus ? Pourquoi pas ? Dans le même temps, le lecteur ressent que ce lien affectif a résisté aux décennies passées, et qu’il existe une véritable envie de faire plaisir. Il se laisse donc embarquer dans cette comédie romantique, assez particulière, entre deux sexagénaires, ayant eu des parcours de vie très différents. L’auteur se tient à l’écart de tout sentiment à l’eau de rose, ou pleurnichard. La séquence d’ouverture atteste également que le récit charrie des éléments propices à un autre niveau de lecture. La sirène et son nom évoquant un retour empêché, les images du cycle de l’eau qui emmène de l’océan à aux montagnes et à leur neige, une image de la notion d’interdépendance universelle. Les contraires qui s’attirent entre Georgia et Gus, ou encore ce projet décalé d’ouvrir un restaurant de fondues à Barcelone, ou peut-être des spécialités espagnoles à Lausanne ou Genève ? La possibilité qu’un individu mal intentionné se conduise comme un prédateur vis-à-vis de l’argent de Georgia Gould ? Ou n’est-ce que dans l’imagination de l’actrice et de Gus ? Le fait que rien ne s’arrête jamais, avec la découverte de l’existence d’une nouvelle génération, et peut-être deux. Une forme de destin qui évite l’arrestation à Gus, à moins que ce ne soit l’influence d’une défunte dans le monde des vivants ? L’auteur semble s’amuser à sous-entendre que la vie de ses personnages est sous forte influence, sous l’emprise de forces arbitraires facétieuses, celle de leur créateur par exemple. Une femme a tourné dans un film portant le titre de Calypso, qui a fait rêver d’innombrables spectateurs et spectatrices, et qui continue d’en faire rêver de nouveaux. Avec ce rôle, elle a exercé une influence la vie de millions de personnes. Aujourd’hui, elle profite de sa retraite dans une clinique reculée, où la retrouve son premier amour. Cosey met à profit sa science de la narration visuelle avec des dessins puissamment évocateurs, tout en racontant l’histoire avec une évidence et une simplicité remarquables. Le lecteur sent qu’il oscille entre la comédie romantique et une réflexion sous-jacente sur le caractère arbitraire de la vie, et l’espoir toujours présent, rarement là où on l’attend. Étonnant.
La Bête du nord
Il s'agit d'un Conan généreux et sans détour. Oscar Martin et Leonel Castellani signent une écriture originale, efficace et très généreuse de Conan. Ici, on est clairement en terrain connu… mais c’est aussi tout le plaisir. Taverne, baston générale, créatures, femmes fatales : tous les codes sont là, assumés à fond. Ça découpe, ça cogne, et ça ne cherche jamais à faire semblant. Pourtant, derrière cette façade très “bourrine”, le récit tient bien la route et réserve même quelques surprises bienvenues, jusqu’à une fin qu’on n’attend pas forcément. Le vrai point fort reste le travail graphique de Castellani. Certaines planches, notamment en grand format, en mettent plein les yeux. Son trait donne du souffle à l’ensemble et accentue ce côté épique et viscéral. On est sur une lecture qui va à 100 à l’heure, sans temps mort. Alors oui, ça ne révolutionne rien. Mais ce n’est pas le but. C’est du Conan pur jus, efficace, généreux, presque “pop-corn”, qui fait exactement ce qu’on attend de lui — et le fait bien. Note : 3,5/5 – Un très bon moment de lecture, fun et maîtrisé, qui donne envie de revoir ce type de projet.
East of West
Une claque aussi ambitieuse que déroutante Avec East of West, Hickman et Dragotta livrent une œuvre dense, exigeante, mais profondément marquante. Mélange improbable de western, de science-fiction et d’uchronie, le récit nous plonge dans une Amérique fracturée où les Cavaliers de l’Apocalypse ne sont jamais bien loin… et où la Mort elle-même décide de tracer sa propre route. Dès les premières pages, on sent que Hickman ne prend pas son lecteur par la main. L’univers est riche, politique, parfois même opaque, mais c’est aussi ce qui fait toute sa force : on s’y perd pour mieux s’y retrouver. Derrière cette complexité se cache une histoire étonnamment intime, presque tragique, centrée sur la vengeance, l’amour et la fatalité. Graphiquement, Dragotta fait un travail impressionnant. Son style anguleux, précis et ultra lisible donne une identité forte à la série. Certaines planches sont tout simplement iconiques, notamment grâce à une direction artistique et des designs mémorables. Mais East of West n’est pas sans défauts. Son exigence narrative pourra en rebuter plus d’un, et le rythme, parfois inégal, demande un vrai investissement. C’est clairement une œuvre qui ne se livre pas facilement… mais qui récompense largement ceux qui s’y accrochent. En résumé : un comics audacieux, dense et unique, qui ne plaira pas à tout le monde, mais qui mérite clairement d’être découvert si vous aimez les récits ambitieux et les univers forts.
Et lorsque ma vengeance s'abattra sur vous
Lorsque ma vengeance s’abattra sur vous propose un récit tendu et maîtrisé, avec une vraie ambiance qui s’installe dès le départ. Contrairement à ce qu’on pourrait attendre, le récit prend aussi le temps de respirer par moments, avec des pauses bienvenues qui renforcent encore la tension globale. Le dessin de Rebalka est très particulier, presque dérangeant par instants, avec des corps et des visages qui semblent parfois déformés. Mais c’est justement ce qui fait sa force : ce style colle parfaitement au propos et au titre, et donne une identité visuelle forte à l’ensemble. On se laisse vite embarquer… et c’est peut-être là le seul vrai regret. On aurait aimé en profiter plus longtemps. La fin, ouverte, fonctionne, mais elle arrive un peu trop vite et laisse un léger sentiment de frustration. Au final, un bon titre, singulier et marquant, qui aurait mérité quelques pages de plus pour pleinement déployer son potentiel.
L'Executeur
Je ne m’attendais pas à un truc aussi radical. L’Exécuteur te prend à la gorge dès le début et ne relâche jamais la pression. On est sur un récit sombre, sec, sans concession. L’ambiance est étouffante, presque nihiliste par moments, avec une tension permanente qui rend la lecture hyper immersive. Le personnage principal est un pur anti-héros, sans aucun vernis : un vrai connard, froid, méthodique, souvent implacable. Et pourtant… on s’y attache très vite, presque malgré soi, ce qui rend l’ensemble encore plus dérangeant. Côté dessin, ça a forcément un peu vieilli (fin 90), mais ça reste très clair et efficace. Les personnages sont bien caractérisés, on les reconnaît immédiatement, et surtout l’action est toujours lisible. Ça va à l’essentiel, sans fioritures, avec un vrai sens du rythme. La narration est du même niveau : pas de gras, pas de détour inutile. Chaque page compte, jusqu’à une fin qui marque. Clairement, pour moi, c’est le genre de comics qui peut devenir culte. Une œuvre dure, assumée, et marquante.
Journal Tintin - Spécial 77 ans
Je n'étais pas né lorsque paraissait le Journal de Tintin, mais jeune j'avais réussit à trouver des vieux numéros des années 60-70 dans une brocante et plus tard j'avais trouvé des vieux recueils des années 80. J'ai donc une petite connaissance de l'ambiance du journal lors de certaines époques et des souvenirs de jeunesses relié au journal. Malgré tout, même si j'aime bien la série Tintin et plusieurs séries tirés de son journal, ce n'est pas le magazine de BD qui a le plus influencé mes lectures. En effet, je suis plus attiré par Spirou et Pilote ainsi que par les revues plus adultes À suivre et Fluide Glacial. La faute revient que le journal a fait beaucoup de place à des séries réalistes mettant en vedette des héros impeccables qui ont prit un bon coup de vieux selon moi. Malheureusement, une bonne partie de ce recueil traite de ses héros et cela donne des dizaines et des dizaines de récits qui ne m'ont pas intéressé parce que je n'aimais pas la série originale. Il faut dire aussi le ton des ses récits étaient souvent au premier degré comme si on était encore dans les années 50-70, mais j'imagine que cela va plaire aux fans. En plus, plusieurs séries de Tintin que j'aime n'ont pas eu droit à un hommage (Chick Bill, Oumpah-Pah, Martin Milan....). Bon maintenant que je me suis plains, il y a quand même des belles choses dans ce recueil. J'ai bien aimé la plupart des hommages qui étaient tirés de séries que j'apprécie et certaines m'ont même émue (je pense notamment à l'histoire courte hommage à Modeste et Pompon ou celle de Prudence Petitpas). Les plus intéressants sont celle où un auteur connu reprends une série et l'adapte à sa sauce. C'est selon moi pour ça que ce type de recueil devrait exister. C'est vraiment jubilatoire de voir Clifton revu par Foerster ou Lewis Trondheim s'amuser avec Blake et Mortimer. Au final, c'est encore une fois un recueil collectif dont le niveau est inégal, mais la plupart du temps cela venait du fait que j'aimais ou pas la série qu'on rendait hommage. En fait, c'est comme lire un magazine de BD: on passe les séries qu'on aimait pas pour lire celles qu'on appréciait !
Les Ravencroft
Suite au décès de leurs parents dans un crash aérien, Ashley et Joyce Ravencroft sont recueillis par leur oncle et leur tante, avant de recevoir un mystérieux colis envoyé peu avant le drame, qui va les entraîner dans une enquête pleine d'énigmes. J'ai trouvé l'ensemble plutôt agréable, à commencer par le graphisme, qui est clairement l'un des gros points forts de la série à mon goût. Le style est très chouette, avec une vraie personnalité, un trait souple et expressif, et surtout de très belles couleurs qui apportent beaucoup de charme et d'énergie à l'ensemble. Il y a un côté à la fois dynamique et chaleureux qui fonctionne très bien et qui rend la lecture immédiatement plaisante. Côté intrigue, c'est également réussi dans l'ensemble. L'enquête est sympathique à suivre, avec des raisonnements plutôt bien amenés et des comportements crédibles de la part des deux jeunes héros, qui réfléchissent et agissent de manière assez intelligente. Les différents protagonistes apportent aussi un vrai plus, avec des personnalités marquées et parfois un peu loufoques qui enrichissent le récit, attisent le mystère et donnent du relief à l'ensemble. Malheureusement, tout cela est un peu plombé par plusieurs facilités et incohérences qui finissent par nuire à la crédibilité de l'histoire. Certaines situations paraissent trop opportunes, comme cette capacité à se retrouver exactement au bon endroit au bon moment pour assister à une scène clé pourtant censée être secrète. Et surtout, la révélation finale m'a semblé vraiment trop artificielle, voire peu cohérente (sans spoiler, difficile de croire qu'un tel plan puisse réellement être mis en place de cette manière). Du coup, malgré ses qualités évidentes, notamment visuelles, dans les personnages et dans la construction de son enquête, la série m'a laissé une impression un peu frustrante, avec une intrigue qui fonctionne bien sur le moment mais qui ne tient pas totalement sur la durée une fois qu'on prend un peu de recul.
Héros de guerre - Johnny Clem
En 1861, un garçon de 9 ans fugue pour rejoindre l'armée de l'Union, s'impose peu à peu au sein d'un régiment malgré son âge, et devient malgré lui une figure médiatique de la guerre de Sécession. Il est assez surprenant de voir Johnny Clem intégré à cette collection de "héros de guerre" chez Grand Angle, tant son parcours tranche avec celui des autres figures mises en avant. On parle ici d'un enfant qui, sur un coup de tête presque incompréhensible, décide de suivre les soldats au front. D'abord toléré comme mascotte, puis utilisé comme tambour, il finit même par porter un fusil bien trop grand pour lui, dans un contexte où sa présence relève davantage de l'anomalie que de l'héroïsme classique. Le récit insiste sur sa détermination hors norme, mais donne aussi l'image d'un gamin particulièrement borné, mû par une motivation difficile à rationaliser et prêt à aller au front au mépris total du danger. Son seul réel fait d'armes reste d'ailleurs assez limité et tient presque du hasard, mais son parcours suffira à en faire une figure médiatique, instrumentalisée à l'époque pour galvaniser les troupes et marquer les esprits. C'est finalement davantage la construction d'un symbole que le récit d'un véritable parcours militaire exceptionnel. L'album reste néanmoins intéressant dans la manière dont il restitue ce destin singulier, entre fascination et malaise face à cette enfance happée par la guerre. On suit un parcours atypique, qui en dit autant sur l'époque que sur le personnage lui-même. La démobilisation forcée du jeune garçon, lorsque son âge finit par devenir impossible à ignorer, vient d'ailleurs rappeler le caractère profondément absurde de cette situation. Côté dessin, le travail est solide et immersif, avec une reconstitution soignée de la guerre de Sécession et une vraie attention portée aux expressions et aux ambiances. Il a une bonne personnalité, même si cela suppose parfois des mâchoires et bouches étonnamment grosses chez certains personnages. Reste une impression un peu ambivalente : celle d'un récit bien raconté, instructif, mais centré sur une figure dont l'héroïsation interroge plus qu'elle ne convainc.
Héros de guerre - Audie Murphy
Cet album retrace le parcours d'Audie Murphy, jeune Américain frêle qui parvient à s'engager pendant la Seconde Guerre mondiale, devient l'un des soldats les plus décorés de son pays, avant de revenir marqué à vie par les horreurs du front. Son destin a de quoi intriguer, entre ascension fulgurante, actes de bravoure et traumatisme durable. Mais dans les faits, j'ai eu beaucoup de mal à m'immerger dans le récit, en grande partie à cause de son traitement graphique et narratif. Le dessin m'a posé problème. Il est globalement trop imprécis, avec des personnages qui se ressemblent beaucoup, d'autant plus qu'ils portent presque tous le même uniforme. Cela rend rapidement les scènes confuses, surtout dans les moments d'action. Les couleurs, assez ternes, n'aident pas non plus à distinguer les plans ou à donner du relief à l'ensemble. La mise en scène accentue encore cette impression. Le découpage est assez haché, avec de nombreux sauts chronologiques qui désorientent plus qu'ils ne structurent le récit. On passe d'une situation à une autre sans toujours bien comprendre le contexte, et certaines scènes, notamment les combats, manquent clairement de lisibilité. Il devient alors difficile de suivre précisément ce qui se joue ou de mesurer l'importance des événements. À cela s'ajoute un personnage principal que j'ai trouvé étonnamment lisse et insaisissable. Malgré son statut de héros, je n'ai jamais vraiment réussi à comprendre ce qui le motive, ni à ressentir son évolution. Son parcours est là, factuellement, mais il peine à prendre vie ou à susciter une véritable implication émotionnelle. Il faut attendre la scène finale, spectaculaire, pour entrevoir quelque chose de plus marquant, avec cet acte au sommet d'un tank qui évoque presque une forme de geste de vengeance désespérée, voire suicidaire. Mais cela arrive tard et ne suffit pas à compenser le manque d'incarnation du reste du récit. Alors qu'il tente de rendre hommage à une figure héroïque, cet album m'a semblé échouer à transmettre ce qui faisait sa singularité, tant sur le plan narratif que visuel. Le fond est intéressant, mais la forme m'a empêché d'y adhérer.
Northlanders
J’aurais tellement voulu mieux noter et apprécier cette série. En effet, l’époque et les lieux dans lesquels se déroulent les histoires m’intéressent a priori beaucoup. Mais c’est frustré et globalement déçu que je suis sorti de cette lecture. D’abord je n’apprécie généralement pas le changement de dessinateur au sein d’une même série. Et là, il y en a une multitude ! Beaucoup de styles se ressemblent, mais il y a quand même de notables différences parfois, et ça me gêne. De plus, ce dessin lui-même n’est franchement pas toujours clair, voir agréable à l’œil (affaire de goûts sans doute, mais souvent ça ne m’a pas convenu). C’est l’utilisation du matériau historique qui m’a aussi déçu. En effet, des raids vikings aux Varègues à l’Est, en passant par tous les royaumes et principautés nordiques (Suédois, Danois, etc.), il y a matière. Les Francs, les royaumes saxons d’Angleterre, les Byzantins qui les côtoient (commerce et/ou guerre) ajoutent un arrière-plan au fort potentiel. Et le fait de s’inspirer (avec moult citations) de sagas et autres textes anciens, du norois et de la culture nordique permettent d’ancrer le récit dans quelque chose d’intéressant. Mais le rendu m’a laissé sur ma faim. D’abord c’est souvent très brouillon, et personnages et intrigues ne sont pas toujours clairement développées (dès la première histoire, le sort du gamin saxon trahissant les siens, pour devenir ensuite un chef viking, j’ai senti un manque, une histoire « expédiée » sans qu’on puisse s’attacher aux personnages). C’est parfois trop court, d’autres fois trop long (le siège de Paris par exemple dans le troisième tome s’étale trop sur certains détails). Ensuite certains passages dévient vers du comics de super héros – même si ça ne sombre pas dans une revisite fantastique comme je l’ai un temps craint. Note réelle 2,5/5.