Les derniers avis (8 avis)

Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Macabres
Macabres

Dead, she said (2008) - Joe Coogan se réveille dans la chambre de son meublé, perclus de douleur dans tout son corps. Il a l'impression que tout son matelas est imbibé d'une matière visqueuse. Coogan fait des efforts immenses pour ouvrir les yeux se demandant à quel point il était bourré la veille pour être dans un aussi sale état. Alors que la douleur dans son ventre se fait de plus en plus forte, il doit déployer des trésors d'énergie pour bouger sa main puis ses pieds, puis ses doigts. Il en est à souhaiter à ce que quelqu'un abrège ses souffrances en lui collant une balle dans la tête. Il poursuit ses efforts et parvient à se redresser sur son séant. Il pose les pieds au sol et il se tâte le ventre, y découvrant un trou, selon toute vraisemblance une blessure causée par balle. Il allume la lampe de chevet et regarde son ventre. Il se rend compte que ses intestins se sont dévidés et sont sortis de leur logement abdominal. Il se lève sans paniquer parce que vu son état il a largement passé ce stade. Il comprend que le liquide visqueux qui imbibe son matelas c'est son propre sang. Il se lève. Le lecteur habitué des scénarios de Steve sait qu'il ne doit pas s'attendre à quelque chose de très compliqué. Il va s'agir d'un récit linéaire dans lequel un chasseur de monstre ou un monstre lui-même va s'en prendre à d'autres. Cependant avant même d'avoir entamé sa lecture, il lui sait grâce d'avoir concocté une intrigue pour Bernie Wrightson, pour lui avoir fourni l'occasion de se remettre au dessin, en plus pour illustrer des choses qui lui plaisent. Effectivement, comme l'annonce le titre, un individu passé de vie à trépas revient à la vie pour une raison indéterminée, sans explication de donnée dans le récit. C'est donc à lui qu'il appartient de mener l'enquête d'abord sur les circonstances de sa mort, ensuite sur une épidémie d'insectes tueurs géants. Steve Niles surprend quand même son lecteur avec le corps en train de se décomposer de Joe Coogan qui doit y parer le plus rapidement possible. Il utilise également le fait que Coogan ait été un détective privé ce qui le mêle à une enquête justifiant sa mort et son implication dans l'affaire qui s'en suit. Le scénariste rajoute un personnage féminin pour faire bonne mesure. Veronica Howard ne bénéficie pas de la même exposition que Coogan, mais elle n'est pas non plus cantonnée au rôle de potiche, et encore moins de demoiselle en détresse. Steve Niles concocte donc un scénario sur mesure pour Bernie Wrightson afin qu'il lui soit donné de dessiner ce qu'il aime. Le lecteur retrouve donc un peu de gore (les boyaux de Coogan qui sortent de leur logement), de pauvres personnes confiantes attaquées par des insectes géants, une bibliothèque bien poussiéreuse, un laboratoire avec des cornues et une allure gothique, un monstre avec trop de bras, une séquence évoquant le bon docteur Frankenstein en train de travailler sur son monstre. En effet outre des histoires de monstres, entre autres, pour les magazines Warren , Bernie Wrightson est resté célèbre pour ses planches illustrant le roman de Marie Shelley Frankenstein (1983), ainsi que pour la suite Frankenstein - Le monstre est vivant (2012-2014-2016). Avec le dessin en pleine page, le lecteur observe que l'artiste a utilisé un pinceau ou un crayon plus gros que pour les illustrations de Frankenstein, avec un rendu moins obsessionnel. Il note quand même que Wrightson a beaucoup travaillé la texture du drap imbibé de matière visqueuse, les ombres sur le mur, la texture des lattes de bois et du ciment du mur. Tout du long, il joue sur la forme des aplats de noir, un peu massifs mais très découpés, donnant de la consistance à chaque image. Il note également que Wrightson réalise des visages à la peau un peu lisse, même s'ils sont marqués de plis. La seule exception est celui de Coogan lui-même dont la peau se détériore au fur et à mesure des pages. Par contre le visage de Veronica Howard est lisse au point d'en devenir angélique. Les personnages disposent tous de morphologies distinctes, mais les yeux sont souvent ronds. Du coup les expressions de visage ont beau être variées, elles manquent de naturel, de conviction. Wrightson a opté pour un langage corporel de type naturaliste. Il prend soin de représenter les décors avec une fréquence élevée. Le lecteur ne peut pas s'empêcher de trouver les intérieurs des appartements et des bureaux, assez quelconques, manquant de personnalité. De même les façades des immeubles manquent d'une touche gothique. Du coup, les séquences se déroulant en ville souffre du fait que le dessinateur se contient, et n'utilise pas de licence artistique pour apporter une touche expressionniste à ses descriptions. Le lecteur se résigne à une histoire un peu convenue, mais avec quelques éléments inattendus, et des dessins trop sages. Ce n'est pas non plus une catastrophe : le lecteur peut voir la tension du corps de Joe Coogan alors qu'il essaye de bouger ses membres. Il apprécie la viscosité des intestins qu'il essaye de remettre à leur place. Il sourit en voyant la dextérité avec laquelle Wrightson met en scène le couple de campeurs, l'inquiétude sourde de la femme, l'assurance tranquille de l'homme. Il commence à se dire que l'artiste n'a pas perdu son coup de crayon avec le dessin en double page montrant le docteur Baxter s'occuper de ses pensionnaires, à la fois pour la mise en scène, à la fois pour la texture rocheuse. Il se dit même que Bernie Wrightson est au meilleur de sa forme avec un autre dessin en double page où Joe Coogan est allongé sur une table. Il retrouve en effet la minutie de ses dessins, pour les effets de texture sur la peau, les étranges bocaux en arrière-plan, l'étrange douceur de Veronica Howard qu'il est impossible d'interpréter comme la faiblesse d'une femme sans défense. Certes la narration visuelle manque parfois de conviction, de détails dans certaines cases, et peut se reposer sur des clichés… enfin des images donnant une impression de déjà-vu, ou plutôt déjà dessinés par Wrightson, c’est-à-dire déjà avec une forte personnalité graphique. Le temps d'un dessin, parfois d'une séquence, le lecteur retrouve la sensibilité si particulière à la fois horrifique et gothique des dessins de Bernie Wrightson et la magie opère comme au bon vieux temps d'Eerie & Creepy. Cette histoire se lit rapidement, et Bernie Wrightson n'est pas au sommet de son art. Néanmoins Steve Niles a déjà écrit des histoires bien plus linéaires, et bien plus squelettiques. Il prend soin d'imaginer des séquences en phase avec les préférences de l'artiste, pour mettre en valeur ses points forts. En outre, il est possible que l'amateur apprécie de retrouver les figures classiques du mort-vivant avec une variation inattendue, du savant fou, et de la jolie demoiselle faisant bien plus que simple faire-valoir pour le personnage principal. Bernie Wrightson donne l'impression de s'appliquer jusqu'à en perdre sa saveur pour les séquences en civil, sans monstre et sans horreur. Parc contre, sa personnalité graphique revient à la surface dès que le récit s'engage dans une horreur plus graphique, plus gothique. Doc Macabre (2011) - Un couple est barricadé dans sa maison un peu à l'écart de la ville. À l'extérieur, sur la grande pelouse, plusieurs individus morts dans un état de décomposition plus ou moins avancé sont en train de progresser lentement vers la maison, des zombies. Le mari a appelé Doc Macabre à la rescousse en laissant un message sur son répondeur, mais sa femme commence à douter qu'il arrive à temps. Tout d'un coup, une voix de jeune homme retentit, avertissant les zombies que le temps est venu qu'ils retournent à leur tombe. Les zombies se retournent et commencent à marcher vers Doc Macabre. Celui-ci tient dans ses mains un étrange fusil : il fait tomber une goutte d'un liquide non identifié dans un réservoir situé en amont du canon. Puis il presse la gâchette. Il sort des sortes d'éclair du canon qui se propagent de zombie en zombie. Ils ne s'écroulent pas par terre, à la grande déception de Doc Macabre. Après un instant d'hésitation, ils font demi-tour et se dirigent chacun vers leur tombe où ils s'allongent en commençant à remettre de la terre par-dessus eux pour se recouvrir. Un prêtre sort d'une voiture, en demandant si la situation est résolue. Doc Macabre répond que oui, et tend la facture en indiquant qu'il prend la carte bleue. Il s'agit donc du troisième et dernier récit par ordre chronologique, vaguement connecté avec les deux autres. La connexion consiste dans le fait que Joe Coogan (détective privé de Drive she said) et Kevin (Ghoul) apparaissent dans cette histoire. Comme pour le tome précédent, Steve Niles a fait l'effort de concevoir une vraie histoire et pas juste une trame simpliste, linéaire et convenue. L'histoire commence par une scène introductive montrant Doc Macabre en action pour que le lecteur sache de quoi il est capable, suivi par une page avec ses anciens professeurs parlant de lui pour établir qu'il s'agit d'un génie qui résout des affaires paranormales. Il utilise effectivement une arme et des machineries relevant dune technologie rétro-futuriste. Au fil des pages, le lecteur constate qu'il existe des combinés de téléphone sans fil, ainsi que des terminaux portables pour carte bancaire ; il ne semble pas y avoir encore de téléphone portable ou d'ordinateur portable. Il n'est pas fait mention d'internet. De toutes les manières, l'année réelle du récit est sans incidence sur son déroulement. Le scénariste a donc imaginé un personnage principal assez générique : un jeune homme, inventeur de génie et pourfendeur de créatures surnaturelles. Il avait déjà réalisé une intervention dans The Ghoul. Un trait de caractère le distingue toutefois des personnages sortant de ce moule : il a presque toujours le sourire aux lèvres et il ne semble pas très inquiet face au danger, même si son invention ne fonctionne pas comme il l'avait prévu. Le lecteur a du mal à savoir s'il s'agit d'un optimisme naturel, ou plutôt d'une confiance en lui sans limite. Le lecteur accepte donc bien volontiers d'accompagner Doc Macabre dans ses affaires pour le voir débiter du monstre. Une fois la scène d'introduction passée, il accepte d'enquêter sur une maison hantée. Au vu de la situation, le lecteur habitué de ce genre de récit se doute bien de quoi il retourne. Le plaisir de la lecture ne réside donc pas dans l'intrigue et le suspense, mais plus dans la manière de mettre en œuvre les conventions du genre et de permettre à Bernie Wrightson de réaliser des dessins mémorables dans le genre qu'il affectionne. En ayant lu les deux autres histoires, le lecteur s'est un peu habitué au niveau des dessins de l'artiste, un peu en deçà de sa production dans les années 1970 & 1980. Ceci fait qu'il est agréablement surpris par la première page : une maison isolée dont s'approche des zombies, des textures assez fines sur la peau des zombies, le bois des planches que le mari est en train de clouer sur les fenêtres, l'étoffe fatiguée commençant à se décomposer des vêtements des morts vivants. Il éprouve la sensation d'être revenu à la grande époque de l'artiste. De fait les séquences suivantes confortent l'impression que Bernie Wrightson a retrouvé la fougue de ses jeunes années, la motivation pour réaliser des cases peaufinées afin de transcrire l'horreur ou le merveilleux des scènes. Ainsi le lecteur sourit devant la posture de Doc Macabre tenant son improbable fusil, son léger sourire, sa confiance, et sa morphologie assez fine et peu musculeuse. Il sourit encore en voyant les morts vivants regagner leur tombe et se recouvrir de terre. Wrightson sait doser ses ingrédients pour que le lecteur puisse prendre ce qu'il représente au premier degré, et sourire en comprenant que l'artiste sait qu'il utilise des conventions éculées sans se prendre au sérieux, mais sans s'en moquer. Ce parti pris saute aux yeux avec le dessin de la maison du couple Brooks occupant une demi page, un hommage à ces vieilles demeures propices à abriter des manifestations surnaturelles anciennes. L'apparition du spectre qui persécute le couple Brooks marie également avec un savoir-faire consommé le premier degré, et la réaction critique de Doc Macabre en se retrouvant face à un vieil homme, les bijoux de famille à l'air. L'artiste ne réalise pas des dessins horrifiques dans le but de choquer ou de traumatiser le lecteur, mais pour le divertir, sans rien sacrifier à leur qualité ou à leur minutie pour autant. Le lecteur se retrouve aux anges quand Bernie Wrightson se lâche encore plus dans des dessins premiers degrés. Il commence par découvrir un dessin en double page dans lequel Doc Macabre se tient devant une sorte de sphère montée sur un mat, qui électrise toute cette pièce du laboratoire. Il s'agit d'un magnifique hommage au film Frankenstein, et en même temps d'un moment entièrement intégré au récit. Le même phénomène se reproduit lors d'un dessin en pleine page, mais cette fois-ci pour une vue de l'extérieur de la demeure, où il ne manque ni une brique, ni une tuile, à nouveau une implication totale de l'artiste. Bien sûr, Wrigthson ne réalise pas que des cases pleines à craquer, et il se repose sur les trucs et astuces habituels des comics par exemple lors des scènes de dialogues, avec des arrière-plans pouvant être vides. Même alors, la représentation des personnages reste travaillée et peaufinée. Par la suite, le lecteur découvre encore un dessin en double page quand Lloyd se retrouve face à Joe Coogan et Ghoul. Là encore, Bernie Wrightson a investi beaucoup de temps pour une composition mémorable, pour un dessin léché et soigné, avec un effet impressionnant sur le lecteur qui comprend ce que peut ressentir le pauvre Lloyd face à ces 2 individus sortant de l'ordinaire. Doc Macabre est la troisième histoire issue de la collaboration de Steve Niles et Bernie Wrightson pour IDW. Ils avaient déjà réalisé auparavant City of Others pour Dark Horse Comics. Au fil des pages, le lecteur se rend compte que scénariste et dessinateur sont totalement en phase, avec une forte implication dans leur récit. Steve Niles continue décrire sur mesure pour Wrightson, en ayant pris le temps de développer une véritable histoire, avec une intrigue originale. Wrightson semble avoir été conquis par cette histoire, et cela se ressent dans ses pages plus travaillées que dans les deux précédents récits. Le lecteur éprouve la sensation de retrouver la verve de Wrightson à ses débuts, avec en plus la conscience des auteurs d'écrire pour un public qui attend plus qu'une simple histoire à chute, avec des dessins horrifiques. De fait, la narration intègre les conventions de ce genre de récits, en faisant ressentir que c'est un fait exprès, et sait les utiliser au profit de l'intrigue, mariant ainsi un hommage au genre, avec une histoire premier degré réalisée de main de maître. The Ghoul (2010) - Le lieutenant détective Lloyd Klimp de la police de Los Angels attend un agent très spécial sur le petit aéroport de Burbank, à deux heures du matin, à l'écart des éventuels curieux. Il pense aux différentes affaires sur lesquelles il a déjà enquêtées, aux meurtres sordides. Mais rien dans sa carrière n'a entamé sa conviction que le surnaturel n'existe pas. Sauf que le dernier cas arrivé sur son bureau présente des particularités inexplicables et qu'il a été amené à en parler à ses supérieurs qui ont demandé l'aide d'une agence assez particulière elle aussi. C'est ainsi qu'il assiste à l'atterrissage de l'avion spécialement aménagé amenant The Ghoul, un individu massif de 3 mètres de haut. Malgré son expérience professionnelle, Lloyd Klimpt est très impressionné par Ghoul, au point d'en devenir révérencieux, Ghoul en profitant pour le charrier sur sa naïveté apparente, avec des réponses sarcastiques. Klimpt emmène Ghoul vers le petit camion de déménagement qu'il a loué, pour que Ghoul puisse y caser sa masse imposante. Ce dernier lui demande s'il a ramené à manger et Klimpt conduit le véhicule jusqu'à son pavillon situé sous une bretelle d'autoroute urbaine. Chemin faisant, Klimpt explique la raison de la venue de Ghoul. Le lecteur sait qu'il peut s'attendre à des dessins de Bernie Wrightson avec une forme fluctuante en fonction des planches, et un scénario de Steve Niles vraisemblablement un peu plus consistant que ceux pour la série Criminal Macabre par exemple. Effectivement le scénariste a conservé ses tics d'écriture. En quelques pages l'intrigue est posée : un inspecteur de police qui enquête sur une actrice visiblement immortelle impliquée dans une affaire criminelle, un individu surnaturel l'assistant dans l'enquête. Effectivement Steve Niles n'en a cure de se conformer aux structures classiques d'une histoire. Au final, la rencontre avec les Atwood ne se produit que d'ans le dernier épisode, et l'affrontement est réglé en 4 pages. De manière inattendue, il se montre un peu facétieux en faisant intervenir Joe Coogan dans l'enquête le temps d'une scène (le personnage principal de Dead, she said) et le lecteur rencontre le personnage principal de la collaboration suivante entre Niles & Wrightson : Doc Macabre. C'est même lui qui indique le prénom de Ghoul : Kevin. Niles se montre encore plus facétieux par le fait que Ghoul a ses propres objectifs et que finalement l'épisode deux est consacré à autre chose que l'enquête : des démons qui prennent pied sur Terre à l'occasion de la nuit de Walpurgis. Le lecteur doit accepter de s'en remettre à la fantaisie de Steve Niles qui raconte ce que bon lui semble, ou alors qui conçoit son scénario sur la base de ce que Bernie Wrightson souhaite dessiner. Toutefois, il sait aussi poser une ambiance et être efficace dans sa narration. Le lecteur se rend compte qu'il s'attache facilement à Lloyd Klimpt, impressionné par la masse de Ghoul, et même par sa simple existence qui prouve de manière massive l'existence du surnaturel. Du coup, il sourit et compatit quand Klimpt se rend compte qu'il n'est pas à la hauteur pour affronter les démons, ou qu'il subit les moqueries de Ghoul. Niles sait aussi insuffler une personnalité à Ghoul, blasé et sûr de lui. Le lecteur sourit en voyant ce duo (pas si) mal assorti, entre le professionnel expérimenté se retrouvant en situation de débutant et le professionnel blasé avançant sans coup férir. Il est donc vraisemblable que Bernie Wrightson se retrouve à illustrer une histoire faite sur mesure pour lui. Comme dans Dead she said, le lecteur attend et repère les moments où ce grand artiste retrouve sa magnificence, et ses dessins imposent leur qualité gothique et horrifique. Il n'a pas à attendre très longtemps car dès la page 4, l'artiste en met plein la vue avec le dessin tout simple d'une énorme chaussure qui sort de l'avion, directement sous le nez de Klimpt, totalement pris au dépourvu par la pointure. Bien sûr la peau tendue sur le visage de Ghoul (ou Kevin) évoque celle du monstre de Frankenstein, avec cette sensation de créature à l'étroit dans un corps qui n'arrive pas à la contenir. Les gros plans sur le visage de Ghoul font également ressortir l'intensité de sa présence, comme s'il était entièrement focalisé sur son objectif, ou s'il souffrait intérieurement d'un tourment indicible. Il faut ensuite attendre quelques pages avant que Wrightson ne puisse revenir dans le registre de l'horreur. Le corps crucifié et les têtes sur des piquets manquent un peu d'impact, faute de textures suffisamment travaillées, sur le bois, mais aussi pour les peaux des victimes. Il en va tout autrement pour les démons, car Wrightson soigne plus la texture de leur peau, ainsi que les perforations occasionnées par les balles d'arme à feu. Dans ce même registre, le visage de Joe Coogan s'avère très réussi avec sa chair en décomposition (il faut croire que son embaumement atteint ses limites). Le pire (ou le meilleur d'un point de visuel) arrive lors de l'affrontement contre ce qui se trouve dans le manoir des Atwood où les créatures monstrueuses sont plus réussies que celles à la fin de Drive she said. Pour ce récit, Niles & Wrightson ont donc plus misé sur la fibre horrifique que sur la fibre gothique. Néanmoins, la narration visuelle libère d'autres saveurs étonnantes. Dans la première page, quatre cases sont consacrées à un roulage de cigarette en gros plan, plus vrai que nature, qu'il s'agisse de la texture des brins de tabac, de la position des doigts pour donner la bonne forme à la feuille, ou du léchage pour la coller. Le lecteur a l'impression que Wrightson a fait ça toute sa vie. Quelques pages plus soin, survient l'évocation de la carrière des Atwood, et ces actrices ont effectivement un bien joli minois. Alors que les décors urbains de Dead she said étaient banals, ceux du présent récit disposent de plus de personnalité : la jolie maison au pied d'une pile de pont d'une dizaine de mètres de haut, l'incroyable bazar organisé à l'intérieur de la boutique de pornographie et du bureau de Jones, l'immeuble à moitié délabré qui abrite le bureau de Joe Coogan, ou encore la belle demeure des Atwood. Lorsque Ghoul et Klimpt pénètrent à l'intérieur de ladite demeure, ils passent dans l'entrée et dans des couloirs tapissés de photographies des 3 générations de vedette, entre musée et temple à la gloire de ces dames. Au fil des pages, le lecteur se rend compte que Bernie Wrightson semble s'impliquer de plus en plus, les noirs devenant plus présents et plus travaillés, les traits de texture devenant plus nombreux et plus ouvragés. Le lecteur ne retrouve pas la finesse des traits des illustrations de Frankenstein, mais il retrouve le côté tactile et le niveau de détails des belles illustrations de Wrightson. Cette deuxième histoire réalisée par Bernie Wrightson avec Steve Niles pour IDW s'avère plus savoureuse que la première, avec un scénario plus décontracté, peut-être un peu décomplexé. Bernie Wrightson semble plus à l'aise que sur la première, avec des pages plus réussies, même si elles ne sont pas dans un registre gothique. Il faut donc que le lecteur accepte de renoncer à une partie de ses attentes concernant Wrightson pour pouvoir être en mesure d'apprécier la facétie de Steve Niles, et l'implication différente de Bernie Wrightson.

16/04/2026 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série La Route
La Route

Cette BD est la troisième approche que j'ai de cette histoire, après avoir découvert l'excellent film de John Hillcoat ainsi que la lecture du livre d'origine de Cormack McCarthy. Autant dire que je ne suis pas à une lecture surprise, mais surtout que je peux aisément comparer les trois façon dont l'histoire se déploie. Cependant, je reconnais tout d'abord à Manu Larcenet le talent de nous faire une adaptation qui ne semble pas faire doublon avec le film. C'est certes la même histoire et le même déroulé, mais sans que je ne sente une redondance claire. Il a sa patte artistique, son regard et ses façon de représenter le texte de McCarthy (assez spécial, d'ailleurs, aux phrases courtes et au découpage travaillé). Donc si vous hésitez parce que vous connaissez le film, il n'y a pas lieu de s'inquiéter : Larcenet sait ce qu'il fait et produit une œuvre indépendante, qui complète le film sans le supplanter ou le copier. Maintenant la BD en tant que telle est une adaptation, mais on ne le sent pas. Le texte est souvent absent, les lents passages de silence entrecoupés de moments de violences, graphique, verbale ou physique, rythment le récit qui est une lente marche dans un paysage dévasté. Larcenet à réussi à s'approprier le rythme du texte d'origine pour conter ce récit d'un enfant et d'un père qui luttent pour conserver leurs humanités, dans un monde qui n'est plus que cendre et dévastation. Le récit prend son temps mais n'est jamais lassant, grâce au dessin et à la mise en page qui font enchainer les pages sans que l'on s'en rende compte. Larcenet a désormais son trait noir, charbonneux, collant parfaitement au récit apocalyptique. Si vous avez aimé ses dernières productions, c'est le même et si vous l'appréciez il n'y a aucune raison que vous n'aimiez pas. Une lecture prenante, noire et dure, comme l'était le roman, qui a des airs d'actualité par bon nombres d'aspects mais tente de rester positif par sa tentative de conserver l'humain dans le désespoir. Une histoire qui m'avait déjà marqué deux fois, et qui l'a refait une troisième fois. Et je me dois de féliciter l'auteur d'origine mais aussi Larcenet qui sait ce qu'il fait avec ses pinceaux.

16/04/2026 (modifier)
Par gruizzli
Note: 3/5
Couverture de la série Le Dernier Quai
Le Dernier Quai

Une BD sur la mort et l'après, avec une idée que j'ai déjà vu exploitée dans différentes œuvres et que je ne pourrais pas qualifier d'originale. Non, ce qui est intéressant, c'est le déroulé progressif et l'histoire qui change progressivement jusqu'à se concentrer sur le personnage principal. Le hic, c'est qu'à la lecture j'ai assez vite compris vers quoi on se dirigeait. Même si des surprises subsistent, le global était assez clair pour moi et certains retournements m'ont semblé un peu trop téléphonés, notamment parce que les autres oeuvres que j'avais vu/lu utilisaient les mêmes procédés narratifs. Je ne parle bien sur pas de plagiat, juste d'idées communes, qui finissent par se retrouver d'une histoire à l'autre. Maintenant, ce n'est pas parce que le déroulé m'a semblé prévisible qu'il était ennuyant, d'autant que plusieurs surprises m'ont cueillis. D'ailleurs j'étais assez surpris de la révélation autour de la fille qui a un comportement très étrange, et l'idée m'a franchement fait rire. D'ailleurs quelques métaphores sont assez bien amenées dans l'ensemble et c'est la plus grande qualité que j'ai trouvé à cette BD. La BD se laisse lire, sans aucun soucis, et je ne vous la déconseillerait pas. C'est juste qu'elle n'a pas l'attrait de la nouveauté dans le genre, et que même si elle est bien menée avec ses bonnes idées et une fin assez mignonne, elle n'est pas non plus inoubliable. Le genre de BD qui est "juste" bien, donc ni déconseillé ni hautement recommandée. En tout cas, ça ne fait pas de mal quand on tombe dessus !

16/04/2026 (modifier)
Couverture de la série Woodstock 69 - Le Concert du siècle
Woodstock 69 - Le Concert du siècle

Pas mal de qualités dans cet album, qui ont fait de cette lecture un réel moment de plaisir. Quelques choix scénaristiques ont cependant empêché que j’attribue plus qu’un simple 3/5. Un album que je conseille cependant, du moins si vous cherchez à vous distraire au travers d’une fiction et non à vous instruire grâce à un documentaire. Au rayon des qualités, le dessin très lisible et expressif de Munuera. C’est agréable et facile à lire avec des personnages bien typés et des décors soignés quand l’intrigue l’exige. Petit plus en plus, la reproduction (souvent détournée) d’illustrations qui symbolisent ce festival dans notre inconscient collectif : on se souvient de ces photographies de glissades improvisées dans la boue, le dessinateur reproduit le même cadrage mais remplace le personnage de la photo par un des acteurs principaux de ce récit. Ce procédé sera utilisé plusieurs fois (et j’en ai certainement raté plus d’une) mais sans que cela ne gêne la lecture. Au contraire, ça participe à notre immersion en exploitant notre mémoire souvent inconsciente. Le récit est lui aussi plaisant à lire. On va suivre ainsi quelques personnages fictifs tout en en croisant d’autres historiques. L’équilibre est plutôt bon même si la part fictionnelle prend le dessus sur le pan documentaire du récit. J’en ai finalement très peu appris sur le festival en lui-même mais j’ai aimé me balader dans cette foule en compagnie des personnages. Il y a également une très bonne trouvaille scénaristique pour transcender le charisme d’un des organisateurs emblématiques du festival… que je vous laisse découvrir. Petit bémol : le sentiment de lire un récit qui se déroule en 1969 mais avec des personnages qui pensent comme en 2026. A plusieurs reprises, j’ai une cette sensation de personnages trop modernes dans leur façon de parler comme dans leurs manières de penser par rapport à l’époque à laquelle Woodstock s’est déroulé. Pas mal du tout, mais pas parfait pour autant. Divertissant.

16/04/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série Au Chant des Grenouilles
Au Chant des Grenouilles

Dans la forêt de Greenwood, le Club du Samedi est une bande d'amis débrouillards, composée de jeunes animaux de différentes espèces qui s'entraident au fil de petites aventures du quotidien, entre concours de pâtisserie, enquêtes et imprévus. Au Chant des Grenouilles est une série concept dans le sens où elle réunit les mêmes scénaristes (Anaïs Halard et Barbara Canepa), tandis que chaque tome est confié à un dessinateur différent. Les six premiers albums sont ainsi illustrés successivement par Florent Sacré, Jérémie Almanza, Giovanni Rigano, Kerascoët, Alexis Nesme et Aurélie Neyret. Le graphisme constitue clairement le principal attrait de la série. L'ensemble est très soigné, avec une colorisation douce et travaillée, et l'on sent l'influence de Barbara Canepa dans la direction artistique. Chaque tome propose un univers visuel riche, avec de très beaux décors et une vraie atmosphère, renforcée par des planches parfois proches de l'illustration. J'aime également beaucoup la présence de la carte de la forêt et des lieux visités, qui participe à cette sensation d'immersion. Je suis en revanche plus mitigé sur le choix de multiplier les dessinateurs. Pris individuellement, chaque style a ses qualités, mais les différences sont suffisamment marquées pour créer une rupture assez nette d'un tome à l'autre. Cela m'a notamment frappé en passant du premier au second volume, avec une impression de changement d'ambiance et même de perception des personnages, dont les expressions et les visages ne renvoient plus tout à fait la même chose. Au-delà de ma préférence personnelle pour le style de Florent Sacré, cette variation nuit un peu à la continuité globale. Sur le plan narratif, la série propose d'abord un premier cycle en trois tomes, avant de basculer vers des histoires en un tome. Les intrigues restent assez simples et clairement orientées vers un jeune public. Pour un lecteur adulte, cela peut paraître un peu léger, avec des enjeux limités et un manque global de tension narrative. Le début de la série est notamment très introductif, avec une mise en place de l'univers et des personnages qui prend le pas sur une véritable intrigue, ce qui donne parfois l'impression qu'il ne se passe pas grand-chose. Le rythme constitue d'ailleurs un point un peu fragile. Le premier cycle m'a semblé légèrement étiré, alors que l'histoire en un tome du tome 4 (le dernier actuellement paru) est à l'inverse sont un peu trop vite lue. Malgré cela, l'ensemble est agréable à lire. Les dialogues sont plutôt naturels et bien écrits, et j'apprécie les petites pages à vocation éducative qui viennent enrichir le récit en présentant la nature, la faune ou même quelques recettes de cuisine. Il y a aussi des choix intéressants dans la composition du groupe, notamment la présence d'une araignée et d'une chauve-souris parmi les héros, ce qui change des habituels animaux plus consensuels. Le personnage de Shadow l'araignée, en particulier, est bien exploité et apporte une touche originale. En revanche, tous les protagonistes ne sont pas aussi attachants, et certains restent un peu en retrait ou manquent de relief, ce qui limite parfois l'implication dans leurs aventures. C'est une série visuellement très réussie, portée par une direction artistique forte et un univers plein de charme, mais dont les histoires peinent à proposer un véritable souffle narratif. Une lecture sans doute idéale pour un jeune public, mais qui laisse un peu sur sa faim lorsqu'on en attend davantage sur le fond.

16/04/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 2/5
Couverture de la série Agence Quanta
Agence Quanta

Attiré par le dessin de Jean-Marc Krings et par le thème de la science-fiction, en particulier les voyages dans le temps, j’ai finalement été assez déçu par cette série qui peine à tenir ses promesses. Le dessin de Krings, proche de l'école de Marcinelle, est pourtant à la hauteur de mes attentes. Il est dynamique, lisible, avec un certain charme et une vraie efficacité dans les scènes d’action. C’est agréable à parcourir et cela donne un rythme visuel correct à l’ensemble. Mais côté scénario, ça ne suit pas. L’introduction est inutilement longue et entretient volontairement le flou sur les enjeux sans que cela soit réellement justifié, ce qui m’a davantage lassé qu’intrigué. Et une fois le concept posé, l’histoire reste trop classique et manque clairement de souffle. L’intrigue, jamais vraiment palpitante, enchaîne des situations convenues sans réelle montée en tension. Les personnages surtout ne m’ont pas aidé à m’investir. L’héroïne manque de charisme, voire m’agace un peu, et les autres protagonistes sont souvent volontairement antipathiques, ce qui rend l’ensemble peu engageant. J’ai eu du mal à m’attacher à qui que ce soit ou à me sentir concerné par ce qui leur arrive. La narration elle-même pose problème, avec un découpage assez haché qui coupe régulièrement l’action pour passer à des scènes parallèles. Cela casse le rythme plus qu’autre chose et nuit à l’immersion. Et enfin, la conclusion donne une impression d’inachevé. Tout va très vite, laissant plusieurs questions sans réponse, comme si la série avait été écourtée brutalement, alors qu’il paraît évident que l’auteur envisageait quelque chose de plus long. Le résultat est une fin précipitée qui ne parvient pas à donner une vraie satisfaction. Bref, malgré un dessin solide et un point de départ qui pouvait être prometteur, l'intrigue reste trop peu aboutie pour me convaincre.

16/04/2026 (modifier)
Par Gaston
Note: 3/5
Couverture de la série The Lion and the Eagle
The Lion and the Eagle

2.5 Ici, Garth Ennis prend des risques et donne une nouvelle direction à sa carrière : il fait un one-shot qui se passe durant la seconde guerre mondiale ! Donc oui, c'est encore un récit de guerre d'Ennis et ses détracteurs qui trouvent qu'il ne se renouvelle pas vont encore une fois avoir raison. La grosse nouveauté est que cela se passe en Birmanie et ce sont les britanniques, aidés par les locaux ainsi que par des soldats de leurs colonies, contre les japonais. Déjà à la base on voit bien moins le front pacifique comparé à celui en Europe, mais on oublie facilement que l'Angleterre avait encore des colonies dans ce coin là et que l'empire japonais les avait envahies. Ceux qui ont déjà lu un récit de guerre d'Ennis ne vont pas être surpris parce qu'on est en terrain connu. Ennis rend hommage à des soldats qui risquent leur vie pour affronter un ennemi dangereux qui commet des crimes de guerres. On philosophe un peu sur la vie, l'absurdité de la guerre et l'hypocrisie en général (les britanniques colonisateurs sont-ils mieux que les japonais colonisateurs ?). Ça se laisse lire et il y a quelques scènes marquantes, mais ça ressemble trop à d'autres récits de guerre se passant dans une jungle (lisez juste n'importe quoi sur la guerre du Vietnam et les grosses différences c'est le matériel de guerre et la nationalité des personnages) ou à ce qu'Ennis à déjà écrit sur le sujet pour être marquant. Comme souvent avec Ennis, il y a de bons dialogues, mais parfois ils sonnent un peu faux. Il y a des répliques qui semblent être dites par des hommes modernes qui connaissent déjà l'issue de la guerre et ce qui va arriver ensuite et pas par des soldats durant la seconde guerre mondiale.

16/04/2026 (modifier)
Par Gaston
Note: 2/5
Couverture de la série Marjorie Finnegan - Criminelle temporelle
Marjorie Finnegan - Criminelle temporelle

Comme tous les scénaristes très (ou trop ?) prolifiques, il y a de bonnes et de moins bonnes séries de Garth Ennis. C'est particulièrement le cas avec ses séries 100% humoristiques. Parfois, j'entre dans son délire et d'autres fois pas et c'est le cas ici. Il faut dire que le scénario manque un peu d'originalité : l'héroïne est une grosse connasse qui fout le bordel à travers le temps et sa sœur beaucoup plus sérieuse qu'elle fait tout pour l'arrêter. Le personnage principal qui voyage dans le temps et fait n'importe quoi, je l'avais déjà vu et les deux sœurs sont des stéréotypes vivants. Il y aussi une intrigue avec des méchants qui font un truc par rapport aux religions parce que oui encore une fois Ennis attaque la religion , quoique cette fois-ci il insulte toutes les croyances et pas juste le christianisme. Dans le discours anti-religieux qu'Ennis tiens dans cette série, je ne vois pas ce qu'il apporte de plus par rapport à des séries mieux écrites comme 'Preacher' ou ''Les Chroniques de Wormwood''. J'ai l'impression qu'il n'avait rien de nouveau à dire avec cette série. Il y a quelques bons passages, mais c'est trop décousu et le scénario traine en longueur. Le récit se terminant lorsqu'il devient enfin un peu intéressant quoique les auteurs laissent planer la possibilité d'une suite. Sinon, le dessin est correct et c'est le point fort de l'album. Un Ennis mineur pour moi.

16/04/2026 (modifier)