Le dessin n'est pas d'une nullité absolue mais c'est l'histoire qui porte la lecture. Découvrons les aventures d'une lesbienne flamboyante à une époque où une telle audace détonnait. Bien sûr, c'était plus facile en héritière fortunée que dans une situation moins avantageuse mais attendez… Elle avait déjà deux handicaps sociaux : femme et homosexuelle, désolé, mais plus les obstacles s'accumulent, moins il y a de probabilités qu'on les surmonte. Ce qui fait que les riches ont l'utilité sociale éventuelle de pouvoir être en avance sur les mœurs et de faire de l'art ou du mécénat voire les deux comme Caillebotte qu'on redécouvre de nos jours.
Bref, avec notre héroïne, on n'est donc pas dans le misérabilisme, mais dans l'aventure réjouissante, par moment, j'avais l'impression d'être dans un film de cap et d'épée. D'accord, je ne me souviens pas de duel, mais il y a la passion des navires et la gouvernance fantasque mais somme tout assez efficace et humaniste d'une île. A présent, après sa mort, notre héroïne a l'utilité sociale de montrer que l'émancipation féminine et homosexuelle remonte plus loin qu'on peut le penser et donc conforter les personnes défendant leur droit, puisque tout le monde se cherche des précurseurs. J'imagine qu'une célébrité élogieuse et utile ne lui déplairait pas, mais franchement, le dessin aurait pu et dû être mieux.
3.5
Un récit initiatique simple et qui se lit vite, mais qui est aussi terriblement efficace !
Durant la guerre civile espagnole, un jeune soldat républicain est en fuite et il se retrouve dans un phare perdu au milieu de nulle part et dont le vieux gardien est un peu excentrique. Les échanges entre les deux personnages sont très bien écrits et donnent des moments savoureux. Leur deux personnalités se complémentent bien et le récit est vraiment captivant à lire.
Ce qui est incroyable est que lors du dénouement je me suis rendu compte à quel point le scénario est au final assez cliché, mais c'est tellement bien fait qu'au final ce n'est pas un problème. Cela montre que si on a du talent, on peut réussir à captiver un lecteur avec des éléments narratifs qu'il a déjà vus une bonne centaine de fois. Le côté poétique de l'œuvre m'a touché et la fin m'a vraiment ému. J'ai aimé le dessin qui selon moi va parfaitement à ce genre de récit.
Après avoir lu ce one-shot, je comprends qu'il n'ait pas été posté sur ce site avant parce qu'il ne sort pas du tout du lot.
C'est du pur roman graphique qui montre la vie d'un adolescent durant les derniers jours de juillet. En gros, cet ado semble un peu mal dans sa peau, il a des problèmes familiaux (des membres de sa famille qui s'engueulent, la grand-mère qui n’en a rien à foutre et fait juste que regarder la télé). Il passe donc beaucoup de temps dehors avec d'autres jeunes de son âge, dont une fille qu'il semble aimer.
Le scénario m'a ennuyé. Je n'ai rien contre une bande dessinée qui raconte le quotidien, mais il faut quand même avoir quelque chose d'intéressant à dire et ce n'est pas le cas ici. Le personnage principal a certes des problèmes, mais des problèmes que j'ai déjà vus mieux traités dans d'autres histoires. À un moment, ça tourne un peu en rond et lorsque ça se termine je ne savais pas trop où l'autrice avait voulu en venir avec son récit. Je pense que c'est pour les gros fans de récits contemplatifs, en tout cas c'est sûr que si vous aimez l'action vous allez vous ennuyer ferme.
Il y a tout de même quelques qualités. Le dessin est pas trop mal et la narration est dynamique, alors au moins ça se lit facilement, même si je me suis ennuyé du début jusqu'à la fin. Album oubliable en ce qui me concerne.
Bon, j'ai longuement réfléchi à quelle note donner à cet album.
Je n'ai pas une grande attache à l'univers de Freaks' Squeele, dont j'avais lu les albums il y a plusieurs années et qui n'était pas parvenu à m'accrocher (un peu trop fouillis à mon goût), pourtant j'avoue que le dessin et et la mise en scène de Florent Maudoux m'ont toujours attirer l'œil, je trouve sincèrement ses créations - ne serait-ce que sur la forme - joliment ouvragées. Alors, même si je n'avais pas réussi à rentrer dans Freaks' Squeele il y a si longtemps j'avais quand-même essayé de garder un œil sur les créations du bonhomme et m'était justement tenté sur cet album, sorte de spinoff de l'univers susnommé pouvant se suffir à lui-même.
Si je ne sais pas comment noter cet album c'est donc en partie car les trois récits qu'elle contient souffre un peu du même défaut qui m'avait empêché de pleinement rentré dans Freaks' Squeele, à savoir que le récit est délirant et énergique, bourré de référence et de jeu sur les tons (jonglant sans cesse entre dialogues sérieux et comiques) mais malheureusement incapable de se canaliser et finissant bien trop souvent par m'apparaître "fouillis". Ici, même si le défaut est toujours là, j'arrive à rentrer dans le délire, la fougue narrative et le gloubi-boulga créatif (mélangeant films d'actions asiatiques autour des guerres de gangs et la présence d'un monde surnaturelle côtoyant le nôtre) marchent et m’apparaissent réellement comme très joliment trouvés.
Mais du coup, le triptyque mérite-t-il que je chante ses louanges ou bien ne me paraît-il si efficace que parce que je le compare avec sa série mère qui m'avait déçue ?
Bah j'en sais rien…
Je vais quand-même vous présenter les qualités des trois histoires parce qu'avec tout ça je ne parle plus de l'album !
Elles tournent toutes autour de l'éponyme Masiko, tueuse à gage professionnelle, ange vengeur capable de tuer en un éclair, véritable légende dans les milieux criminelle qu'elle cherche pourtant à fuir (tant qu'elle peut), … et depuis peu maman ! Oui, on le comprend très vite, tout le sel du personnage et des trois histoire la concernant est ce jeu constant entre la figure maternelle, aimante et rêveuse, et la figure d'ange de la mort que Masiko inspire partout où elle passe.
La première histoire est une explosion, on y suis Masiko et sa fille (Xiong Mao, aka "Petit Panda") venant tout juste de fuir le monde sous-terrain et devant échapper aux vagues d'assassins en tout genre à leurs trousses. Des scènes d'actions dantesques et bien rythmées, des dialogues punchs et parfois idiots qui fleurent bon la série B, une touche d'émotion avec une ouverture potentielle vers des lendemains meilleurs, … C'est sans doute mon histoire préférée des trois, même s'il s'agit de la plus simple, rien que pour son rythme entraînant.
La seconde histoire est une histoire de vengeance, construite autour de trois puissants - de trois ordures pourrais-je même ajouter - se racontant le sourire aux lèvres comment ils ont ruiné la vie de trois femmes, le tout devant une danse de voiles construite comme un décompte. Treize mouvements, treize doubles pages faisant lentement avancé les histoires de ces trois hommes abjectes devant le corps de la danseuse se révélant chaque fois un peu plus, faisant toujours monter la tension et nous faisant deviner ce qu'il va rapidement se passer une fois le décompte terminé. L'histoire est là encore très bien rythmée même si je regrette un tantinet le caractère trop prévisible du dénouement, ce qui n'est certes pas un mal quand l'histoire reste si joliment narrée mais qui m'a tout de même parue un chouïa dommageable. Disons qu'on n'est pas là pour un twist narratif mais qu'on tient par la tension grimpante et la promesse d'une explosion finale.
La troisième histoire, enfin, est la plus surprenante. Elle tient presque du roman puisque la narration est purement externe à ce qui nous est montré, très verbeuse aussi. Cette histoire retrace le passé du père de Xiong Mao, de sa rencontre avec Masiko et la raison pour laquelle ils se sont séparés, la raison pour laquelle elle et sa fille ont du fuir. C'est une histoire assez classique de montée au pouvoir dans la mafia, de propos sur l'honneur et la camaraderie au sein d'un univers extrêmement violent et cruel, se terminant bien évidemment de manière amère, mais si cette petite histoire brille c'est surtout par sa forme. Chaque page, en plus de la narration du père, nous présente un tatouage de Masiko, symboles du temps qui passe (puisque les tatouages s'ajoutent et s'empilent sans cesse) mais aussi symboles des changements de la vie de ces personnages. Tout con sur le papier mais efficace.
En bref les trois histoires sont vives, bien rythmées, entraînantes et joliment construites, je prend un grand plaisir à lire cet album.
Pourtant comme dit longuement (et de manière bien foireuse) dans mon intro, je ne sais pas comment bien noter cet album. Aucune attache à la série mère, pas une grande fan de l'imagerie "sexy à tout prix" des personnages féminins, pas une amatrice des récits ambitieux mais qui se perdent parfois dans leur élan créatif.
Mais vous savez quoi ? Parce que j'aime beaucoup le dessin de Maudoux, les récits délirants façon série B qui s'assument et parce que je prend un sincère plaisir à la lecture, je me dis que je peux faire monter ma note à 3,5 et arrondir à 4 sans regret !
(En plus comme ça je ne culpabiliserai pas de faire baisser la moyenne de l'album).
Une lecture sympathique, mais qui au final m’a laissé un peu sur ma faim.
Disons que les deux auteurs font le boulot, ne trahissent pas l’univers originel et usent plutôt bien des personnages (même si Spirou - et à un degré moindre le Marsupilami - sont ici en retrait).
En fait le début est même très dynamique et amusant, avec un Fantasio au meilleur de sa forme, titillé par une Seccotine espiègle, la rencontre des deux proposant quelques saillies et gags réussis.
Hélas, si Trondheim réussit quand même à bâtir une aventure qui se laisse lire, le rythme baisse singulièrement par la suite, c’est à la fois plus mou et plus creux, on s’enlise dans le désert (il est vrai que le quasi huis-clos au milieu du désert n’aide pas à renouveler l’intrigue).
Il n’y a pas de vrais méchants. Rodrigo et Sofia paraissent trop artificiels dans leurs réactions – et leur attitude change parfois du tout au tout sans nuance. Et du coup, alors que l’antagonisme entre Fantasio et Seccotine tourne en rond, le lecteur peine à trouver de quoi s’accrocher.
Restent quelques idées amusantes de Trondheim, mais là aussi, c’est moins fluide que le style Franquin, plus saccadé et inégal.
Les dix dernières pages sont clairement moins captivantes, jusqu’à la chute finale, amusante mais que l’on a vu venir de loin.
Pas déshonorant, mais un album qui n’a pas tenu les promesses entrevues au départ.
Un album totalement muet, mais qui dégage une grande force, et beaucoup d’émotions. C’est en tout cas tout à fait le type de récit que je recherche, surprenant dans la forme et le fond. Pour son entrée dans le neuvième art, Vincent Perriot nous proposait quelque chose sortant des sentiers battus, et presque envoûtant.
Une partie de la construction du récit a sans doute dû se faire au fil de la plume, avec pas mal d’improvisation, et l’on serait bien en peine de résumer précisément cette « aventure ». Ou plutôt un résumé n’en retiendrait que la surface : disons que c’est un road-movie poétique, dans lequel nous suivons deux jeunes femmes (dont nous ne saurons pas grand-chose, si ce n’est qu’elles semblent être artistes – musiciennes – et amoureuses l’une de l’autre).
La tension amoureuse est latente, n’éclate qu’en toute fin d’album. Surtout, « l’intrigue » est construite à base d’anecdotes, d’ « arrêts sur image », virant parfois à la poésie pure, au fil des rencontres, des incidents – voire accidents – dynamisant cette « virée ».
L’aspect graphique joue pour beaucoup dans le ressenti du lecteur. En effet, le dessin, avec un trait nerveux, joue d’un beau Noir et Blanc pour nous amener dans ce road-trip. Page de gauche une vignette centrée sur les héroïnes, comme un zoom « explicatif », alors qu’une illustration pleine page occupe celle de droite, beaucoup plus fouillée, souvent plus poétique, en tout cas moins facile à résumer.
Un chouette album en tout cas. A feuilleter avant d’acheter, c’est assez spécial. Mais j’y ai largement trouvé mon compte.
note réelle 3,5/5.
Hureau est un auteur que j’aime beaucoup. Et j’ai encore une fois apprécié ma lecture.
C’est l’un de ses premiers albums. On le sent un peu avec ce dessin parfois hésitant. Mais c’est déjà un travail que j’apprécie. Un dessin simple, mais très frais, agréable, que ce soit pour les personnages, les animaux, ou les décors.
C’est une sorte de carnet de voyage – il en réalisera plusieurs par la suite – au Cambodge, alors qu’il est accompagné de quelques amis (je précise que je possède la première version, alors qu’une réédition, que je ne connais pas, a semble-t-il un peu complété l’album originel).
Une foule d’anecdotes, traitées de façon simple, avec pas mal d’autodérision, une certaine poésie, Hureau glisse plante aussi le décor politique du pays, avec des allusions à la dictature des Khmers rouges – le tout fait discrètement et de façon fluide. Avec les problèmes face à l’administration et/ou la police que l’on retrouve dans plusieurs de ses albums du même genre (voir par exemple Mille parages - Fragments bourlingatoires d'ici et d'ailleurs)
Rien d’extraordinaire dans cet album, mais la lecture est plaisante et confirme le talent de cet auteur qui construit une œuvre intéressante.
Note réelle 3,5/5.
Enfin lu le premier cycle de cette bande dessinée qui sort du lot. J'en ai lu des bandes dessinées qui parlent de la résistance française et cette série est une des meilleures de ce genre, notamment parce que le scénario repose sur le témoignage d'une vraie résistante.
La vie de Madeleine Riffaud est vraiment palpitante et à travers elle on voit à quel point être résistant était dangereux. Si le premier tome m'a semblé un peu longuet, j'ai été totalement captivé par les tomes suivants qui sont sortis pour le moment. J'ai bien aimé suivre le quotidien des résistants et ressentir de la tension avec eux parce que quand on résiste on ne sait jamais si on va encore être vivant le lendemain et si les gens autours de nous sont fiables. Le seul truc qui m'a un peu dérangé durant ma lecture est que la plupart des tragédies que subit Madeleine ne semblent pas l'affecter plus que ça. C'est peut-être à cause de sa force de caractère ou parce qu'elle a vécu une période où le drame pouvait surgir à chaque instant. Ça doit être une question de génération.
Le dessin est élégant et illustre bien le récit. Je ne sais pas quoi trop ajouter de plus aux autres avis positifs. Allez lire cette série si ce n'est pas déjà fait !
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Joe la Pirate
Le dessin n'est pas d'une nullité absolue mais c'est l'histoire qui porte la lecture. Découvrons les aventures d'une lesbienne flamboyante à une époque où une telle audace détonnait. Bien sûr, c'était plus facile en héritière fortunée que dans une situation moins avantageuse mais attendez… Elle avait déjà deux handicaps sociaux : femme et homosexuelle, désolé, mais plus les obstacles s'accumulent, moins il y a de probabilités qu'on les surmonte. Ce qui fait que les riches ont l'utilité sociale éventuelle de pouvoir être en avance sur les mœurs et de faire de l'art ou du mécénat voire les deux comme Caillebotte qu'on redécouvre de nos jours. Bref, avec notre héroïne, on n'est donc pas dans le misérabilisme, mais dans l'aventure réjouissante, par moment, j'avais l'impression d'être dans un film de cap et d'épée. D'accord, je ne me souviens pas de duel, mais il y a la passion des navires et la gouvernance fantasque mais somme tout assez efficace et humaniste d'une île. A présent, après sa mort, notre héroïne a l'utilité sociale de montrer que l'émancipation féminine et homosexuelle remonte plus loin qu'on peut le penser et donc conforter les personnes défendant leur droit, puisque tout le monde se cherche des précurseurs. J'imagine qu'une célébrité élogieuse et utile ne lui déplairait pas, mais franchement, le dessin aurait pu et dû être mieux.
Le Phare
3.5 Un récit initiatique simple et qui se lit vite, mais qui est aussi terriblement efficace ! Durant la guerre civile espagnole, un jeune soldat républicain est en fuite et il se retrouve dans un phare perdu au milieu de nulle part et dont le vieux gardien est un peu excentrique. Les échanges entre les deux personnages sont très bien écrits et donnent des moments savoureux. Leur deux personnalités se complémentent bien et le récit est vraiment captivant à lire. Ce qui est incroyable est que lors du dénouement je me suis rendu compte à quel point le scénario est au final assez cliché, mais c'est tellement bien fait qu'au final ce n'est pas un problème. Cela montre que si on a du talent, on peut réussir à captiver un lecteur avec des éléments narratifs qu'il a déjà vus une bonne centaine de fois. Le côté poétique de l'œuvre m'a touché et la fin m'a vraiment ému. J'ai aimé le dessin qui selon moi va parfaitement à ce genre de récit.
La Fin de juillet
Après avoir lu ce one-shot, je comprends qu'il n'ait pas été posté sur ce site avant parce qu'il ne sort pas du tout du lot. C'est du pur roman graphique qui montre la vie d'un adolescent durant les derniers jours de juillet. En gros, cet ado semble un peu mal dans sa peau, il a des problèmes familiaux (des membres de sa famille qui s'engueulent, la grand-mère qui n’en a rien à foutre et fait juste que regarder la télé). Il passe donc beaucoup de temps dehors avec d'autres jeunes de son âge, dont une fille qu'il semble aimer. Le scénario m'a ennuyé. Je n'ai rien contre une bande dessinée qui raconte le quotidien, mais il faut quand même avoir quelque chose d'intéressant à dire et ce n'est pas le cas ici. Le personnage principal a certes des problèmes, mais des problèmes que j'ai déjà vus mieux traités dans d'autres histoires. À un moment, ça tourne un peu en rond et lorsque ça se termine je ne savais pas trop où l'autrice avait voulu en venir avec son récit. Je pense que c'est pour les gros fans de récits contemplatifs, en tout cas c'est sûr que si vous aimez l'action vous allez vous ennuyer ferme. Il y a tout de même quelques qualités. Le dessin est pas trop mal et la narration est dynamique, alors au moins ça se lit facilement, même si je me suis ennuyé du début jusqu'à la fin. Album oubliable en ce qui me concerne.
Freaks' Squeele - Masiko
Bon, j'ai longuement réfléchi à quelle note donner à cet album. Je n'ai pas une grande attache à l'univers de Freaks' Squeele, dont j'avais lu les albums il y a plusieurs années et qui n'était pas parvenu à m'accrocher (un peu trop fouillis à mon goût), pourtant j'avoue que le dessin et et la mise en scène de Florent Maudoux m'ont toujours attirer l'œil, je trouve sincèrement ses créations - ne serait-ce que sur la forme - joliment ouvragées. Alors, même si je n'avais pas réussi à rentrer dans Freaks' Squeele il y a si longtemps j'avais quand-même essayé de garder un œil sur les créations du bonhomme et m'était justement tenté sur cet album, sorte de spinoff de l'univers susnommé pouvant se suffir à lui-même. Si je ne sais pas comment noter cet album c'est donc en partie car les trois récits qu'elle contient souffre un peu du même défaut qui m'avait empêché de pleinement rentré dans Freaks' Squeele, à savoir que le récit est délirant et énergique, bourré de référence et de jeu sur les tons (jonglant sans cesse entre dialogues sérieux et comiques) mais malheureusement incapable de se canaliser et finissant bien trop souvent par m'apparaître "fouillis". Ici, même si le défaut est toujours là, j'arrive à rentrer dans le délire, la fougue narrative et le gloubi-boulga créatif (mélangeant films d'actions asiatiques autour des guerres de gangs et la présence d'un monde surnaturelle côtoyant le nôtre) marchent et m’apparaissent réellement comme très joliment trouvés. Mais du coup, le triptyque mérite-t-il que je chante ses louanges ou bien ne me paraît-il si efficace que parce que je le compare avec sa série mère qui m'avait déçue ? Bah j'en sais rien… Je vais quand-même vous présenter les qualités des trois histoires parce qu'avec tout ça je ne parle plus de l'album ! Elles tournent toutes autour de l'éponyme Masiko, tueuse à gage professionnelle, ange vengeur capable de tuer en un éclair, véritable légende dans les milieux criminelle qu'elle cherche pourtant à fuir (tant qu'elle peut), … et depuis peu maman ! Oui, on le comprend très vite, tout le sel du personnage et des trois histoire la concernant est ce jeu constant entre la figure maternelle, aimante et rêveuse, et la figure d'ange de la mort que Masiko inspire partout où elle passe. La première histoire est une explosion, on y suis Masiko et sa fille (Xiong Mao, aka "Petit Panda") venant tout juste de fuir le monde sous-terrain et devant échapper aux vagues d'assassins en tout genre à leurs trousses. Des scènes d'actions dantesques et bien rythmées, des dialogues punchs et parfois idiots qui fleurent bon la série B, une touche d'émotion avec une ouverture potentielle vers des lendemains meilleurs, … C'est sans doute mon histoire préférée des trois, même s'il s'agit de la plus simple, rien que pour son rythme entraînant. La seconde histoire est une histoire de vengeance, construite autour de trois puissants - de trois ordures pourrais-je même ajouter - se racontant le sourire aux lèvres comment ils ont ruiné la vie de trois femmes, le tout devant une danse de voiles construite comme un décompte. Treize mouvements, treize doubles pages faisant lentement avancé les histoires de ces trois hommes abjectes devant le corps de la danseuse se révélant chaque fois un peu plus, faisant toujours monter la tension et nous faisant deviner ce qu'il va rapidement se passer une fois le décompte terminé. L'histoire est là encore très bien rythmée même si je regrette un tantinet le caractère trop prévisible du dénouement, ce qui n'est certes pas un mal quand l'histoire reste si joliment narrée mais qui m'a tout de même parue un chouïa dommageable. Disons qu'on n'est pas là pour un twist narratif mais qu'on tient par la tension grimpante et la promesse d'une explosion finale. La troisième histoire, enfin, est la plus surprenante. Elle tient presque du roman puisque la narration est purement externe à ce qui nous est montré, très verbeuse aussi. Cette histoire retrace le passé du père de Xiong Mao, de sa rencontre avec Masiko et la raison pour laquelle ils se sont séparés, la raison pour laquelle elle et sa fille ont du fuir. C'est une histoire assez classique de montée au pouvoir dans la mafia, de propos sur l'honneur et la camaraderie au sein d'un univers extrêmement violent et cruel, se terminant bien évidemment de manière amère, mais si cette petite histoire brille c'est surtout par sa forme. Chaque page, en plus de la narration du père, nous présente un tatouage de Masiko, symboles du temps qui passe (puisque les tatouages s'ajoutent et s'empilent sans cesse) mais aussi symboles des changements de la vie de ces personnages. Tout con sur le papier mais efficace. En bref les trois histoires sont vives, bien rythmées, entraînantes et joliment construites, je prend un grand plaisir à lire cet album. Pourtant comme dit longuement (et de manière bien foireuse) dans mon intro, je ne sais pas comment bien noter cet album. Aucune attache à la série mère, pas une grande fan de l'imagerie "sexy à tout prix" des personnages féminins, pas une amatrice des récits ambitieux mais qui se perdent parfois dans leur élan créatif. Mais vous savez quoi ? Parce que j'aime beaucoup le dessin de Maudoux, les récits délirants façon série B qui s'assument et parce que je prend un sincère plaisir à la lecture, je me dis que je peux faire monter ma note à 3,5 et arrondir à 4 sans regret ! (En plus comme ça je ne culpabiliserai pas de faire baisser la moyenne de l'album).
Spirou et Fantasio Classique - Le Trésor de San Inferno
Une lecture sympathique, mais qui au final m’a laissé un peu sur ma faim. Disons que les deux auteurs font le boulot, ne trahissent pas l’univers originel et usent plutôt bien des personnages (même si Spirou - et à un degré moindre le Marsupilami - sont ici en retrait). En fait le début est même très dynamique et amusant, avec un Fantasio au meilleur de sa forme, titillé par une Seccotine espiègle, la rencontre des deux proposant quelques saillies et gags réussis. Hélas, si Trondheim réussit quand même à bâtir une aventure qui se laisse lire, le rythme baisse singulièrement par la suite, c’est à la fois plus mou et plus creux, on s’enlise dans le désert (il est vrai que le quasi huis-clos au milieu du désert n’aide pas à renouveler l’intrigue). Il n’y a pas de vrais méchants. Rodrigo et Sofia paraissent trop artificiels dans leurs réactions – et leur attitude change parfois du tout au tout sans nuance. Et du coup, alors que l’antagonisme entre Fantasio et Seccotine tourne en rond, le lecteur peine à trouver de quoi s’accrocher. Restent quelques idées amusantes de Trondheim, mais là aussi, c’est moins fluide que le style Franquin, plus saccadé et inégal. Les dix dernières pages sont clairement moins captivantes, jusqu’à la chute finale, amusante mais que l’on a vu venir de loin. Pas déshonorant, mais un album qui n’a pas tenu les promesses entrevues au départ.
Entre deux
Un album totalement muet, mais qui dégage une grande force, et beaucoup d’émotions. C’est en tout cas tout à fait le type de récit que je recherche, surprenant dans la forme et le fond. Pour son entrée dans le neuvième art, Vincent Perriot nous proposait quelque chose sortant des sentiers battus, et presque envoûtant. Une partie de la construction du récit a sans doute dû se faire au fil de la plume, avec pas mal d’improvisation, et l’on serait bien en peine de résumer précisément cette « aventure ». Ou plutôt un résumé n’en retiendrait que la surface : disons que c’est un road-movie poétique, dans lequel nous suivons deux jeunes femmes (dont nous ne saurons pas grand-chose, si ce n’est qu’elles semblent être artistes – musiciennes – et amoureuses l’une de l’autre). La tension amoureuse est latente, n’éclate qu’en toute fin d’album. Surtout, « l’intrigue » est construite à base d’anecdotes, d’ « arrêts sur image », virant parfois à la poésie pure, au fil des rencontres, des incidents – voire accidents – dynamisant cette « virée ». L’aspect graphique joue pour beaucoup dans le ressenti du lecteur. En effet, le dessin, avec un trait nerveux, joue d’un beau Noir et Blanc pour nous amener dans ce road-trip. Page de gauche une vignette centrée sur les héroïnes, comme un zoom « explicatif », alors qu’une illustration pleine page occupe celle de droite, beaucoup plus fouillée, souvent plus poétique, en tout cas moins facile à résumer. Un chouette album en tout cas. A feuilleter avant d’acheter, c’est assez spécial. Mais j’y ai largement trouvé mon compte. note réelle 3,5/5.
Palaces
Hureau est un auteur que j’aime beaucoup. Et j’ai encore une fois apprécié ma lecture. C’est l’un de ses premiers albums. On le sent un peu avec ce dessin parfois hésitant. Mais c’est déjà un travail que j’apprécie. Un dessin simple, mais très frais, agréable, que ce soit pour les personnages, les animaux, ou les décors. C’est une sorte de carnet de voyage – il en réalisera plusieurs par la suite – au Cambodge, alors qu’il est accompagné de quelques amis (je précise que je possède la première version, alors qu’une réédition, que je ne connais pas, a semble-t-il un peu complété l’album originel). Une foule d’anecdotes, traitées de façon simple, avec pas mal d’autodérision, une certaine poésie, Hureau glisse plante aussi le décor politique du pays, avec des allusions à la dictature des Khmers rouges – le tout fait discrètement et de façon fluide. Avec les problèmes face à l’administration et/ou la police que l’on retrouve dans plusieurs de ses albums du même genre (voir par exemple Mille parages - Fragments bourlingatoires d'ici et d'ailleurs) Rien d’extraordinaire dans cet album, mais la lecture est plaisante et confirme le talent de cet auteur qui construit une œuvre intéressante. Note réelle 3,5/5.
Madeleine, résistante
Enfin lu le premier cycle de cette bande dessinée qui sort du lot. J'en ai lu des bandes dessinées qui parlent de la résistance française et cette série est une des meilleures de ce genre, notamment parce que le scénario repose sur le témoignage d'une vraie résistante. La vie de Madeleine Riffaud est vraiment palpitante et à travers elle on voit à quel point être résistant était dangereux. Si le premier tome m'a semblé un peu longuet, j'ai été totalement captivé par les tomes suivants qui sont sortis pour le moment. J'ai bien aimé suivre le quotidien des résistants et ressentir de la tension avec eux parce que quand on résiste on ne sait jamais si on va encore être vivant le lendemain et si les gens autours de nous sont fiables. Le seul truc qui m'a un peu dérangé durant ma lecture est que la plupart des tragédies que subit Madeleine ne semblent pas l'affecter plus que ça. C'est peut-être à cause de sa force de caractère ou parce qu'elle a vécu une période où le drame pouvait surgir à chaque instant. Ça doit être une question de génération. Le dessin est élégant et illustre bien le récit. Je ne sais pas quoi trop ajouter de plus aux autres avis positifs. Allez lire cette série si ce n'est pas déjà fait !