Les derniers avis (10 avis)

Par Gaston
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Méditerranée - Histoires d'un continent kaléidoscope
Méditerranée - Histoires d'un continent kaléidoscope

3.5 Un album qui parle d'un sujet qui me passionne : l'histoire de la méditerranée, une région particulière de la terre parce que c'est le berceau de nombreuses civilisations à la fois occidentales et orientales qui ont souvent une histoire commune, notamment à cause des différents empires qui ont colonisé l'endroit. Ce que je peux reprocher à cet album intéressant est que c'est un peu décousu. Par exemple, tout le long de l'album on suit le temps d'une page ou deux un immigrant clandestin qui tente de vivre une nouvelle vie en France après avoir failli mourir en traversant la méditerranée et le lien entre cet immigrant et l'auteur n'est clair qu'à la fin. C'est un peu le problème avec ces albums qui brassent plusieurs thèmes sur le même sujet, je pense que l'auteur aurait dû découper son album en chapitres et faire suivre le parcours de cet immigrant à la fin de chaque chapitre. En tout cas, c'est un album riche en informations. Les différentes personnes que l'auteur interviewe sont passionnants à lire et j'aurais aucun problème à les écouter parler des heures. On parle de trucs qui me passionnent comme l'histoire en général, les civilisations qui se croisent, l'origine des langues et des mots... C'est vraiment fait pour un lecteur comme moi. Le dessin est dynamique et la narration fluide. Il y a plein de mots et à aucun moment cela m'a paru lourd à lire. Le genre de documentaire que j'affectionne.

07/01/2026 (modifier)
Par Gaston
Note: 2/5
Couverture de la série Ça dépend des animaux
Ça dépend des animaux

Un album qui m'a intrigué par son titre ainsi que par son dessin. En effet, j'aime bien ce style de dessin que je trouve un peu élégant et les couleurs sont attrayantes. Malheureusement, le scénario est beaucoup moins bon. Ça commence pourtant pas trop mal lorsque les visiteurs d'un zoo reçoivent un appel d'urgence et ne comprennent pas ce qui se passe. C'est amusant même si le lecteur devine facilement la raison de l'état d'urgence rien qu'en lisant le titre de l'album. Puis on bascule du point de vue des animaux et là le récit devient moins intéressant. En gros, on va voir comment les animaux ont causé le chaos dans le zoo et cette partie est trop longue. J'ai eu la sensation qu'on faisait du surplace. Des pages et des pages sur des animaux qui se demandent quoi faire alors que j'aurais bien mieux aimer voir comment la société allait réagir aux événements. On a droit à un genre e conte moral censé être marrant (enfin, c'est comme ça que j'ai compris les intentions des auteurs) et au final le récit est banal et la fin est tellement ouverte que je me suis demandé si je n’étais pas entrain de lire le tome 1 d'une nouvelle série. Vu qu'il y a pas marqué à suivre sous la dernière case, on a donc une histoire qui se termine en queue de poisson, mais à ce stade je m'en foutais un peu alors que j'étais enthousiasmé au début.

07/01/2026 (modifier)
Par Lodi
Note: 3/5
Couverture de la série Le Vent dans les Saules
Le Vent dans les Saules

Le roman vaut mieux que la bd aux images certes soignées… Pas assez de caractère et de poésie ! Sinon, oui, l'histoire ne démarre pas très vite, mais on est dans la campagne anglaise dans ce qu'elle a de plus rassurant, alors… Ne lire le roman ou la bd que si on a envie d'entendre Le vent dans les saules : le titre est assez explicite, non ? Sinon, oui, les animaux sont curieusement un mixte entre humain et animal : une convention à accepter comme dans Le roman de renard, par exemple. C'est aussi à prendre ou à laisser, comme les chants dans l'opéra. Non, je trouve juste que la bd est bien jolie, mais pas belle comme le livre. Elle manque de souffle et l'humour au dépens du crapaud ne peut la rendre aussi grosse que le bœuf ! Offrons par exemple Calvin et Hobbes à un enfant, et le roman Le vent dans les saules à un adolescent. Avec Calvin et Hobbes on offre des bd pour la vie. Avec Le vent dans les saules, l'amour de la nature anglaise à un adolescent, un âge où on n'aime pas juste des animaux, mais les paysages, la nature, et où on désire être rassuré mais aussi l'aventure, et se sentir en lien avec le monde, comme dans ce livre discrètement panthéiste.

07/01/2026 (modifier)
Couverture de la série Les Equinoxes
Les Equinoxes

Je rejoins Erik dans son ressenti. J’aime beaucoup l’auteur, mais là rien à faire, cet album m’ennuie (bien content de ne pas avoir craqué à l’époque). A la vue des notes, quelque chose m’a sans doute bien échappé mais à aucun moment je n’ai succombé. Poésie, mélancolie, justesse ou finesse … tout a coulé sur moi, je n’en pouvais plus de voir poindre la fin. Les intentions de l’auteur me sont restées obscures, le côté décousu n’a pas aidé (j’avoue ne pas avoir fait de gros effort non plus) et c’est bien la 1ere fois que son graphisme ne m’attrape pas. Triste, terne et peu captivant. Certainement à essayer mais pas pour moi. Dans ma petite tête, il est rangé dans la catégorie Télérama chiant.

07/01/2026 (modifier)
Par Cacal69
Note: 3/5
Couverture de la série Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur
Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur

Je retrouve Fred Fordham après son excellent Terremer, il adapte de nouveau un roman à succès. Il se spécialise dans le genre lorsqu'on regarde sa production. Une petite ville de l'Alabama, Maycomb, en 1933. Le choc boursier de 1929 se fait encore ressentir. On va suivre le quotidien de deux gamins, un frère et une sœur (ils seront rejoint par un autre garçon pendant les grandes vacances) dans cette Amérique désœuvrée. C'est à travers les yeux de Scout (la sœur) que l'on va suivre cette histoire. Un début de récit qui nous emmène sur une fausse piste avec la blessure de son frère, c'est bien plus tard que le récit prend une autre dimension avec le procès d'un noir accusé de viol sur une jeune femme blanche. Et de fait, le métier du père de Scout prend tout son sens, il est avocat, mais un avocat que l'on regarde de travers, il défend les noirs. Une narration sur un rythme mou avec quelques longueurs, surtout au début du bouquin avec le quotidien des gamins, mais ce rythme mou permet de ressentir le poids de la ségrégation qui pèse sur cette période Historique aux États-Unis. Par contre, je suis un peu déçu par le peu de place que prend le procès. Un rendu graphique agréable avec ce style simple, réaliste et lisse à la colorisation réussie, il est en adéquation avec le récit. Une lecture recommandable.

07/01/2026 (modifier)
Couverture de la série La Distinction
La Distinction

Wahou ! Une bd passionnante. Le titre et la couverture ne m'attiraient pas franchement. J'avais une idée toute faite de ce que j'allais y trouver. Benêt que j'étais ! Je connaissais de nom Pierre Bourdieu, très mal sa pensée. Grâce à cette bd c'est rectifié et heureusement ! C'est chirurgical de justesse. J'ai régulièrement fait des pauses dans la lecture tellement les réflexions me parlaient, étaient pertinentes. J'ai appris, compris, réfléchis sur pas mal de choses. Certaines notions m'étaient plutôt familières (le capital culturel, ou le capital social par exemple) d'autres pas du tout. Mais les réflexions de cette bd/Bourdieu ciblent très avec précision les mécaniques de classes et réappuyer sur certaines notions de grille de lecture du monde que nous avons sans en avoir conscience. C'est amusant car j'ai reconnu des réflexions dans cette bd que j'avais déjà faite, ou déjà entendu de la part de proches. Du coup je m'en vais de ce pas regarder les écrits de Pierre Bourdieu, et les personnes que ses écrits ont inspirés. Le récit global est fluide, les lycées attachants (tout comme le dessin de Typhaine Rivière), bref tout fonctionne. Vivement recommandé !

07/01/2026 (modifier)
Couverture de la série Mémoires de Gris
Mémoires de Gris

Quelle tragédie ! Une mécanique implacable et tragique. Je me suis bien attaché aux personnages positifs de l'album qui évoluent dans un monde de brutes et de violences. Tous les personnages positifs de l'histoire tentent à leur manière d'arrêter le cycle de la violence qu'ils ont subi et qu'ils vivent au quotidien. Cependant, rien ne parvient à arrêter la violence engendrée, même quand ils tentent de l'endiguer. J'ai aussi trouvé le traitement du personnage féminin, le personnage pivot de l'histoire, bien écrite, légitime dans ses actions qu'on ne cautionnerait pas mais que l'on comprend parfaitement. L'empathie envers ce personnage marche car on comprend la violence perpétuel d'un monde masculin qui l'a mené là ou elle est. Une atmosphère de brume tout au long de l'album fixe une ambiance certaine. La narration, qui fait des aller-retour avec le passé ajoue de la compréhension et un certain suspens au fur et à mesure du récit. je ne m'attendais pas du tout à ce type d'histoire, que j'ai trouvé bien ficelé, intelligent. Mais quelle tristesse se dégage de l'ensemble ! Comme je le disais un peu plus haut c'est une vraie tragédie grecque. La couverture est sublime, et une fois l'album lu on comprend la mélancolie qui s'en dégage. J'ai bien accroché aux dessins et au personnages bien typés. J'ai beaucoup aimé !

07/01/2026 (modifier)
Couverture de la série Come Home Indio
Come Home Indio

Dans sa préface, Luc Brunschwig avoue avoir été frappé par la force de ce témoignage – et avoir découvert une belle personnalité. Si au départ j’étais un peu circonspect, je dois le rejoindre après avoir fini cet album. En effet, ce livre est vraiment intéressant, et de plus en plus prenant. C’est une autobiographie, l’auteur se racontant sans concession, parfois de façon brute, sans filtre, ce qui donne des scènes ou des propos un peu durs – pour lui ou certains proches, comme ses parents. Jim Terry est un métis (sa mère est indienne). Il va subir plusieurs déchirures. D’abord le divorce de ses parents – et les allers-retours entre les deux le tiraillent. Ensuite une autre déchirure, plus forte et plus subtile, identitaire. Si pendant longtemps sa part indienne est refoulée (instinct défensif face au racisme ambiant, mais aussi manque réel d’intérêt pour la culture indienne, parfois « folklorisée »), il va peu à peu prendre conscience de celle-ci, et la revendiquer, alors même que l’alcoolisme (mal qui traverse le récit plus ou moins violemment) semble le pousser sur une pente dangereuse. Le point d’orgue de cette prise de conscience, et de la « reconstruction » de Terry se voit dans l’avant dernier chapitre, lorsqu’il participe à un acte de résistance de plusieurs nations indiennes sur le site emblématique de Standing Rock. Pour marquer le coup et l’importance de cet action pour lui, ce chapitre se distingue par un récit uniquement textuel, sans bande dessinée. Un court chapitre conclut en revenant à la bande dessinée, comme pour marquer une paix retrouvée, un auteur et un être apaisé. Et là le titre prend toute sa signification. Le dessin est classique et fluide, très agréable. Bref, voilà un album que je vous encourage à découvrir !

07/01/2026 (modifier)
Couverture de la série U-Boot
U-Boot

Je vais rester sur trois étoiles, une note reflétant mon sentiment mitigé, alors que qualités et défauts s’équilibrent à peu près. Disons que j’en suis sorti un peu déçu. Pas forcément intrinsèquement, mais plutôt parce que je pense que Delitte aurait pu mieux exploiter le potentiel de sa série. Connaissant plutôt bien la bibliographie de cet auteur, et au vu des couvertures, je m’attendais à une série purement historique, ayant pour cadre la guerre sous-marine en fin de second conflit mondial. En fait il n’en est rien, même si une partie du récit s’insère dans cette trame. La seule chose qui ne m’ait pas surpris, c’est la qualité du dessin de Delitte. Bien sûr il est excellent pour tout ce qui est navire ou engin (même s’il n’a évidemment pas pu placer de vieux gréements !). Il l’est aussi pour les décors – y compris pour des choses éloignées de ses séries habituelles, comme ici les déserts des États-Unis. Les personnages sont aussi intéressants, même si, comme toujours chez lui, les personnages sont un peu raides, les visages un peu « carrés », quasi tous sur le même moule pour les hommes (quasiment pas de personnages féminins – un seul en fait -, ce qu’il peine à réussir, deux points communs qu’il partage avec Hermann…). Visuellement plutôt agréable donc. Quant à l’intrigue, elle s’étale sur un peu plus d’un siècle, de la fin de la Seconde guerre mondiale aux années 2050. Commençant comme un récit historique classique, elle bascule ensuite vers quelque chose de différent, mêlant uchronie et Science-Fiction, en multipliant les lieux où se déroulent les événements : Atlantique ; Amazonie ; déserts nord-américains ; Tchernobyl ; Peenemünde dans le Nord de l’Allemagne ; une Venise futuriste, Argentine, etc.). Pour dynamiser son récit, Delitte multiplie les allers-retours à la fois temporels et géographiques entre ces lieux et ces périodes. Si l’ensemble se laisse lire, et si on ne s’ennuie jamais, plusieurs choses m’ont quand même plus ou moins gêné. D’abord quelques facilités. Par exemple Himmel dirigeant quelques temps tout seul (alors qu’il n’a évidemment aucune notion technique pour le faire) le sous-marin jusqu’à son échouage en Amazonie – mais aussi sa « survie », ainsi que les caisses et documents qui l’accompagnaient durant 6 ans en pleine jungle au milieu de l’humidité… A l’autre bout de l’histoire, j’ai trouvé que la Venise de 2059 était en partie improbable au niveau de certaines nouveauté technologique… Mais ce sont surtout les nombreux flashbacks et allers-retours qui m’ont gêné. Ça hache parfois trop le récit, ça manque de fluidité. Surtout qu’à certains moments c’est très saccadé, et que ça ne se justifie pas toujours (certains passages à Peenemünde n’apportent pas grand-chose). J’aurais préféré voir mieux développé la situation en 2059 (et élagués certains passages ou flashbacks antérieurs). C’est un peu artificiel et parfois pénible. Enfin, le titre de la série et les couvertures ne sont pas vraiment bien choisie, tant elles n’ont qu’un rapport ténu avec le cœur – et même la quasi-totalité – de l’intrigue. Une série qui surprend dans l’œuvre de Delitte, qui a du potentiel, mais qui se perd dans une mise en scène trop « alambiquée », alors qu’un récit plus « linéaire » (sans l’être totalement bien sûr) et jouant plus sur la partie futuriste aurait gagné en richesse et intérêt. Ça se laisse lire plutôt agréablement toutefois.

07/01/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Santiago de Cuba
Santiago de Cuba

Mais au temps des canons à âme rayée et des obus, les dieux sont impuissants. - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre, qui ne nécessite pas de connaissances préalables. Son édition originale date de 2023. Il a été réalisé par Jean-Yves Delitte pour le scénario et les dessins. Les couleurs ont été réalisées par Douchka Delitte. Il comprend quarante-six pages de bande dessinée. Il se termine par un dossier historique de huit pages, réalisé par l’auteur, chapitré : Il y a d’abord une page de l’histoire, Quinze années (parsemées de tumultes et de désordres), Une paix si proche puis le basculement, Les premiers coups de canon aux Philippines, Après Manille couper les fils, David contre Goliath ?, Les prémices de la défaite annoncée, Un rêve d’évasion qui devient cauchemar, Un épilogue écrit d’avance. Tout conflit a son casus belli. Dans la guerre hispano- américaine de 1898, c’est le naufrage d’un cuirassé de l’US Navy dans les eaux cubaines. À la fin du XIXe siècle, un vent de liberté souffle sur la grande île des Caraïbes, possession espagnole. De tumultes en insurrections, le désordre s’installe. En janvier 1898, les États-Unis, qui ont des intérêts dans l’île, décident d’envoyer un navire de guerre. La sixième puissance maritime mondiale tient à rappeler aux belligérants qu’elle surveille. Malheureusement, la manœuvre d’intimidation se transforme en tragédie et met le feu aux poudres. Le 15 février 1898, une impressionnante explosion déchire les flancs du cuirassé USS Maine. Le vaisseau sombre en quelques minutes entraînant dans la mort 261 hommes d’équipage. La suite n’est plus qu’un jeu de domino, dont rien n’arrête les chutes. Le 25 avril 1898, le royaume d’Espagne et les États-Unis d’Amérique sont en guerre. Le 1er mai 1898, le feu roulant des canons de six vaisseaux de l’US Navy s’abat sur une douzaine de navires espagnols au mouillage dans la baie de Manille aux Philippines. New York, cité de tous les rêves et de tous les excès, quinze jours plus tard. À l’abri de la foule populeuse qui encombre les rues, deux hommes devisent tranquillement dans un salon privé luxueux. Le sénateur Henry Cabot Lodge lit un article du New York Journal : Après la conquête victorieuse des Philippines, voilà que nos fiers soldats s’apprêtent à poser les pieds à Cuba pour botter le cul à ces misérables Espagnols qui massacrent de malheureux Cubains. Le sénateur félicite son interlocuteur : il estime que William Randolph Hearst a l’art de la formule. Il ajoute : Voilà encore une manière habile d’augmenter le tirage de ses journaux. L’éditeur rétorque que c’est le sénateur qui hier encore l’encourageait à soutenir davantage le gouvernement. Il explique qu’il n’a pas tout inventé concernant les Espagnols, que les exactions de ce Weyler sont réelles. Ils trinquent ensemble à cette guerre et au pouvoir de la presse de Hearst. Ils sont d’accord avec une note du parti : Leur nation ne peut plus se contenter d’une aire d’influence circonscrite aux seules Amériques. Hearst ajoute qu’il suffit que Lodge lui dise ce qu’il veut lire. C’est un tome de plus dans la collection des grandes batailles navales : une narration concise et précise au montage très personnel et direct, des dessins dans un registre naturel et descriptif avec des contours un peu acérés et irréguliers pour accentuer l’âpreté des individus et des situations, une gamme de couleur dans les bruns-gris, parfois maronnasse pour une réalité peu souriante et grave. L’auteur tire le maximum possible du format de quarante-six pages, en évoquant certains pans du contexte historique, en mettant en scène trois ou quatre personnages fictifs, en faisant intervenir plusieurs personnages historiques comme William Randolph Hearst (1863-1951), Henry Cabot Lodge (1850-1924), William McKinley (1843-1901), Richard Harding Davis (1864-1916), Theodore Roosevelt (1858-1919). Il commence son récit le quinze février 1898, avec l’explosion qui déchire les flancs du cuirassé USS Maine. Il le termine avec la parution de l’article qui annonce que la flotte espagnole est décimée et Santiago de Cuba est tombée, ainsi que Hearst savourant le pouvoir que lui donne sa presse, à New York le trente juillet de la même année, moins de six mois plus tard. Les pages sont structurées à partir de cases rectangulaires sagement alignées en bande, avec parfois une tête qui dépasse sur la bande du dessus, ou des pieds sur celle du dessous. Le lecteur peut également savourer deux dessins en double page (une avenue fourmillant d’activités à New York, les navires à quai dans la baie de Tampa) et un en pleine page (les cuirassés américains à Tampa). À l’évidence, le lecteur vient pour les scènes de bataille navale, encore plus alléché par le fait que Delitte ait également réalisé les dessins, en ayant à l’esprit sa qualité de peintre officiel de la Marine et de membre titulaire de l’Académie des Arts & Sciences de la Mer. Il est comblé dès la première planche : elle comporte deux cases de la largeur de la page, l’une occupant les deux tiers de la hauteur, l’autre le tiers restant, montrant l’USS Maine qui fut le second cuirassé de l’United States Navy, d’abord fringuant dans la baie de La Havane, puis en piteux état après l’explosion. Le lecteur est un peu pris par surprise en découvrant une vue d’une rue très animée de New York en double page, dépourvue de toute connotation maritime. Puis retour à l’océan avec un navire de guerre américain mouillant non loin de la petite ville portuaire de Cienfuegos, alternant des vues sur l’eau et des vues sur le pont : le lecteur peut se repaître des détails confiant dans l’authenticité historique, pouvant se projeter sur le bâtiment. Vient ensuite de l’illustration en double page des bateaux de marchandise à double pont avec leur haute cheminée sur les rives de la baie de Tampa, et les ouvriers s’employant au chargement. Les séquences maritimes culminent avec la bataille navale proprement dite : quinze pages de course-poursuite, d’esquives et de tirs au canon, mettant en évidence le caractère inhumain des énormes masses d’acier, la puissance de feu des canons, la coordination des servants, les marins en train d’alimenter les chaudières en charbon, les soldats déchiquetés par les obus, les navires déchiquetés, etc. Comme dans les autres tomes, le récit expose des éléments de contexte soigneusement choisis pour apporter d’autres points de vue à cette bataille navale. Étant un auteur complet, Delitte maîtrise entièrement sa composition des scènes, en particulier la répartition des informations entre texte (dialogue, exposition) et images, ainsi que leur complémentarité. Le lecteur se régale de le voir illustrer d’autres choses que des navires. L’illustration en double page consacrée à la rue de New York montre toute son activité, entre les marchands ambulants, les étals, les échelles de secours métalliques en façade, les badauds. Par la suite, le lecteur prend le temps d’apprécier les portraits accrochés aux murs du salon du club privé, la citerne d’eau sur le toit d’un immeuble, la locomotive à vapeur tirant les wagons de marchandise, l’église de Santiago de Cuba, un énorme canon en bordure de côte pour tirer sur les navires ennemis, un paysage naturel à l’intérieur de l’île, Giuseppe Almoda & Jose Morales cheminant sur les routes en terre, l’immeuble du Tribune pavoisé aux couleurs du drapeau américain, etc. Les personnages apparaissent tous adultes et sérieux, comme il sied à un récit de guerre, les femmes étant reléguées à quelques rôles limités de figuration. Le lecteur se rend rapidement compte que l’auteur fait des références très succinctes à certains faits historiques, et que chaque séquence sert aussi bien l’enchaînement des événements qui mènent à la bataille navale, que des observations sur d’autres thèmes. Le premier cartouche de texte évoque ainsi la notion de casus belli : il explicite celui de la guerre qui oppose le royaume espagnol aux États-Unis, et le lecteur peut penser à d’autres qu’il s’agisse de l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand d'Autriche (1863-1914) ou des incidents du golfe du Tonkin sont survenus les deux et quatre août 1964, et leur rapport relatif avec la guerre qui s’en est suivie. Par la suite, il est également question de la collusion de la presse à grand tirage avec le politique (en particulier les journaux de William Randolph Hearst), les hasards de la vie au travers du destin national de Theodore Roosevelt qui se forge pour partie grâce à ses faits de guerre à Cuba, le sort des simples soldats en fonction des décisions de généraux et aussi celles de politiciens prises à New York, la réalité des enjeux économiques et de politique international bien plus prioritaires que ceux moraux, dans le choix de déclarer et de mener une guerre, la réalité du massacre et de la mort d’êtres humains. Le genre très particulier de la reconstitution historique d’une bataille navale contient alors des éléments sociétaux, transformant un récit de genre en un regard sur le fonctionnement de la société de cette époque, et de celle contemporaine quand on repense à l’instrumentalisation des conflits armés. Peut-être faut-il un goût particulier pour être attiré par une bande dessinée dédiée à un conflit naval historique très précis, avec déjà une fascination pour les bâtiments de guerre ? Dans le même temps, cet auteur complet a acquis un niveau de maîtrise de son art remarquable : sa concision synthétique dans sa manière de présenter les faits et l’époque, la qualité de sa reconstitution historique qui dépasse sa simple capacité à représenter les navires de guerre. Le lecteur ressent qu’il lit bien plus que le déroulé d’un conflit maritime : les enjeux de terrain et les enjeux de la classe politique à s’engager dans une guerre, le vécu des soldats sur le terrain et l’arbitraire de leur vie et de leur mort, et aussi de magnifiques représentations des navires de guerre, et de la bataille elle-même. Une réussite.

07/01/2026 (modifier)