Cet album ne se contente pas de raconter le seul récit d'Adam et Ève comme son titre pourrait le laisser penser. Il va plus loin en intégrant aussi l'histoire d'Abel et Caïn, puis en développant l'errance de Caïn, la naissance d'Hénoch et le devenir de la ville qui porte son nom. Cette dernière partie m'a d'ailleurs surpris, car elle n'est pas détaillée de cette manière dans la Genèse (en tout cas pas à ma connaissance), contrairement à ce que pourrait laisser entendre le sous-titre de l'album. Et à l'inverse, le récit ne dit absolument rien de Seth, pourtant troisième fils d'Adam et Ève et ancêtre supposé de l'humanité dans la tradition biblique, ce qui est assez étonnant.
Pour le reste, on est face à une adaptation globalement fidèle au texte. Il n'y a donc pas de grandes surprises pour qui connaît déjà la Genèse, mais l'ensemble est raconté de manière fluide, bien rythmée, et plutôt agréable à lire. Le dessin est classique mais solide, et accompagne efficacement le récit sans vraiment marquer durablement.
Cette fidélité a aussi pour effet de laisser apparaître assez clairement les incohérences du texte biblique. La malédiction qui frappe Caïn est présentée comme terrible, mais ne l'empêche visiblement ni de survivre ni de fonder une famille, voire une civilisation. Et surtout, rien n'explique l'origine de sa femme, qui apparaît au détour d'une case alors qu'Adam et Ève sont censés être les seuls humains sur Terre. Le dossier documentaire en fin d'album n'apporte, lui non plus, aucun éclairage sur ces zones d'ombre : il préfère s'orienter vers une réflexion plus philosophique sur le Bien, le Mal et la figure du Diable, ce qui peut être intéressant en soi, mais laisse de côté certaines questions concrètes que le récit soulève pourtant assez naturellement.
C'est une adaptation sérieuse et plutôt bien menée dans sa forme, mais qui reste très sage, sans prise de risque, et qui n'exploite pas forcément tout le potentiel de questionnement que ce texte fondateur pourrait offrir.
Il est important de ne pas confondre l'œuvre avec l'auteur, proclame la néo-herméneutique.
Nous sommes face à une biographie romancée et critique qui ne cache pas les aspects les plus désagréables d'une personnalité égocentrique et auto-martyrisée. Je pense que le plus intéressant dans le récit est la rencontre avec Klimt et sa relation d'amitié mais aussi de rivalité mimétique.
Au niveau du dessin et des couleurs, je crois que Coste a fait un bon travail. Ce n'est pas attrayant au premier contact, mais cela finit par correspondre, sans copier servilement, à l'esprit de la vie et de l'œuvre de Schiele, un Klimt moins décoratif et plus sombre.
Je recommanderais surtout la contemplation des peintures en direct. Chose que j'ai faite, encore jeune, allant exprès aux musées Albertina et Belvédère de Vienne. À cette époque, j'admirais incontestablement l'art du peintre. En plus de la peinture érotique, il fut un grand portraitiste (au-delà des autoportraits) et paysagiste (tant la nature que la ville). Je regrette que l'album ne se soit pas davantage penché sur ces peintures, mais je comprends, nous ne sommes pas ici devant un essai d'esthétique philosophique ou de philosophie de l'histoire. Le contexte de la décadence viennoise, le démantèlement de l'Empire et le pessimisme régnant ont produit des génies. Freud, entre autres, pourrait avoir quelque chose à dire sur son concitoyen. Mais il a préféré attaquer d'autres génies, comme Dostoïevski...
Souvent, je me suis demandé comment l'œuvre d'Egon aurait évolué s'il n'était pas mort à 28 ans. Comme le dit Xavier Coste à la fin, «tant de tableaux qui n'auront pas été peints».
Ce livre m'a été offert en 1970, alors que je ne savais rien de la Belgique, si ce n'est que c'était le pays de Tintin. À l'époque, je l'ai trouvé instructif, bien que je n'aimasse pas beaucoup les dessins. Aujourd'hui, je suis plus critique et je suis assez d'accord avec l'avis de Gaston : il est trop naïf et glorifie excessivement les exploits nationaux. Surtout, il parle de la « mission civilisatrice » et passe sous silence les atrocités du colonialisme au Congo.
C'est une antiquité et elle doit rester uniquement comme une curiosité historique.
La collection « La Sagesse des mythes » se développait essentiellement autour des mythes de l’Antiquité – principalement grecque. Voilà que Glénat semble vouloir la prolonger d’une collection « proche » (par le nom, la direction de Luc Ferry – qui signe encore « l’analyse » dans le dossier en fin d’album). Mais cette collection « La sagesse des mythes, contes et légendes » me semble carrément fourre-tout : en effet, le mythe biblique d’Adam et Eve ici traité voisinera avec des choses plus « littéraires » comme Lancelot, Don Juan, Carmen, Tristan et Iseult (pour ceux qui sont d’ores et déjà publiés ou annoncés). Je ne suis pas convaincu par cette extension, qui fait un peu « ratissage » pour pouvoir prendre tout et n’importe quoi.
Bon, je ne sais pas si cet apriori négatif a joué, mais toujours est-il que je n’ai pas aimé cet « Adam et Eve ». il peut se laisser lire, mais je l’ai trouvé creux, mièvre, manquant singulièrement d’allant, de force épique. On y trouve une version classique de la Genèse, autour d’Adam et d’Eve donc, puis de Caïn et Abel et de leur descendance, qui peuple la Terre en travaillant, subissant générations après générations les conséquences de la prétendue faute d’Eve. On reste dans une vision très sexiste, mais aussi manichéenne, autour de la notion de « mal ». Mais l’athée que je suis s’est ennuyé durant cette lecture (courte au demeurant), il n’y a pas là de merveilleux (comme dans le tableau de Bosch « Le jardin des délices – reproduit pour illustrer le texte de Ferry) pour contrebalancer un discours très normé et castrateur. Le texte de Ferry se concentre uniquement sur la notion de Mal/Satan, mais la partie BD semble exempte d’allégorie et, prise comme un récit lambda, elle est très quelconque.
J’ajoute que je ne suis pas fan du rendu du dessin – et surtout de la colorisation (affaire de goût peut-être, c’est quand même très lisible).
Bon, le second tome se fait pas mal attendre, au point qu’on puisse craindre un abandon de cette série ? Si sur le principe ça me gênerait, dans les faits mon regret serait atténué par le fait que je n’ai que très moyennement accroché à ce tome inaugural. En tout cas bien moins que mon prédécesseur.
Le point de départ fait immanquablement penser à « Gladiator » (un général victorieux qui brusquement va tomber en disgrâce en s’approchant trop de l’empereur…). Ça s’en écarte ensuite pour se centrer sur la folie de Caligula, notre héros déchu, Falco se trouvant, avec une dizaine d’autres prisonniers divers (dont un chef barbare capturé par notre héros au départ) au cœur d’une chasse à l’homme, qui occupe entièrement la seconde moitié de cet album.
C’est un peu léger et fait rapidement passer au second plan les critiques sociales entrevues (certains notables romains étant nostalgiques de la République).
En fait plusieurs choses m’ont gêné. D’abord le beau frère de Falco est un peu caricatural, et je n’ai pas trop accroché au visage presque juvénile qu’on lui donne parfois (plus généralement, je n’ai pas accroché au rendu des visages…).
Surtout, la chasse à l’homme occupe trop de place, et manque clairement de subtilités. Tous les hommes sont éliminés les uns après les autres (tous se sont bêtement isolés et sont victimes tour à tour de ce que Caligula envoie pour les tuer, tandis que Falco et le chef barbare sont bien évidemment plus malin (en plus d’être les plus forts au combat), je vous laisse deviner qui va s’en sortir.
Contrairement aux archers Parthes, lions, Pictes qui poursuivent Falco, je pense l’abandonner…
Note réelle 2,5/5.
Un polar très sympathique.
L’histoire en elle-même se laisse lire, mais c’est surtout la « mise en scène » qui la fait sortir du lot et rend relativement prenante l’intrigue.
En effet, c’est assez « déconstruit » au départ, avec ces personnages (féminins surtout) qui ne se connaissent pas et sur lesquels on nous livre au compte-gouttes quelques infos, jusqu’à ce que leurs trajectoires se croisent et que l’histoire prenne corps et sens. J’ai quand même eu un peu de mal au début à saisir ce qui se passait et qui était qui. Même si ça s’éclaire au fur et à mesure, c’est un petit bémol me concernant. Surtout que pas mal de scènes sont « revues », vécues sous différents angles en fonction des protagonistes.
A ces allers-retours et multiplications d’angles de vue s’ajoute le travail graphique, lui aussi s’écartant du gaufrier classique. De grandes cases alternent avec plein de toute petites. Et la colorisation, volontairement tranchée, parfois terne, donne une patine un peu vintage intéressante.
L’ensemble est assez noir, même si la fin offre une respiration et presque un happy-end. Le personnage de Dee reste quand même jusqu’au bout un peu nihiliste et paumé.
Un petit polar plaisant, dynamique, dont les deux tomes se lisent relativement vite.
Note réelle 3,5/5.
Depuis quelques années, les éditions Cornélius ont entrepris de rééditer toute l’œuvre de Nicole Claveloux. Ils poursuivent leur travail avec cet album inédit. Comme à leur habitude ils le font très bien, avec un très beau travail éditorial, qui met en valeur une histoire très originale.
Dans ce récit, nous entrons dans le cerveau endormi de l’auteure, pour pénétrer au cœur de ses rêves. Mais rêves et réalité se mélangent. Comme se mélangent propos réalistes et décors et situations quasi surréalistes.
Durant son sommeil, le subconscient de Claveloux est très animé. Les très nombreux personnages se partagent l’animation, la mise en fonctionnement de ce qui pourrait s’apparenter à une petite entreprise, qui subit une sorte de « contrôle de gestion », de la part de Charles Chaposec, qui exige logique et raison, singulièrement éloignés du mode de fonctionnement d’autres personnages. Claveloux penche nettement vers ceux qui apportent imprévus et magie aux rêves (comme Loïc Lalune): l'imagination doit garder le pouvoir !
La plupart des cases sont très chargées. D’abord avec un texte très abondant (c’est un peu ce qui m’a parfois gêné, c’est parfois indigeste – même si finalement ça passe). Mais surtout avec ce dessin, qui mélange personnages humains et animaliers, avec des décors très riches (qui font penser parfois à ceux du Douanier Rousseau), avec une multitude de détails en arrière-plan.
Se chargeant elle-même de la colorisation (couleurs peintes avec des encres à eau), Claveloux nous propose ici quelque chose de très réussi, prouvant qu’à son « grand âge » elle n’a pas perdu la main.
Si le récit est parfois difficile à suivre, il est néanmoins plaisant à lire, et très original, avec une partie graphique que j’ai vraiment beaucoup aimée.
Franchement bien me parait un peu excessif mais « pas mal » me semble a contrario très réducteur…
Off est en fait un bon récit sans doute trop prévisible. Je suis plutôt amateur du genre (thriller d’anticipation) et je ne vais donc pas bouder mon plaisir car j’ai retrouvé les éléments attendus : des références scientifiques, des clins d’œil politiques, une vision assez sombre du futur, un dessin efficace, un rythme soutenu, un bon casting avec des personnages plus complexes qu’il n’y parait au premier abord… Et, pour le Belge que je suis, un ancrage national bien marqué avec pas mal de références faites à la situation actuelle de la Belgique.
Tout est bon… mais rien n’est vraiment exceptionnel. Il manque LA super idée ou LE personnage envoûtant. Ici, le récit ronronne. Ça sent le téléfilm grand public, que l’on suit avec un plaisir coupable, en appréciant les références et le soin apporté mais durant lequel on sait pouvoir fermer les yeux cinq minutes sans perdre le fil d’un récit à la trajectoire annoncée.
C’est le genre de lecture que je conseille vivement aux lecteurs ‘classiques’ (Yann135, tu devrais bien accrocher) mais je crains qu’il ne laisse sur leur faim les plus aventureux.
Pas mal du tout… mais il manque un petit quelque chose pour atteindre le cran supérieur.
Une adolescente en deuil se retrouve entraînée, le soir d'Halloween, dans le monde des morts, où elle tente de retrouver sa mère tout en affrontant des forces qui la dépassent.
J'ai été assez surpris, et même un peu peiné, de découvrir que Mina Loween s'était arrêtée dès son premier tome, parce que ce début n'avait rien de honteux, loin de là. On sent clairement une œuvre encore en construction, avec des défauts de jeunesse, mais aussi un vrai potentiel qui donnait envie de lire la suite.
Le dessin, notamment, démarre de manière un peu hésitante, avec des proportions parfois approximatives et un manque de volume sur certaines planches. Mais assez vite, le trait gagne en assurance, affirme une jolie personnalité et s'accompagne de couleurs travaillées qui apportent beaucoup à l'ambiance. Il y a quelque chose de sincère et de déjà assez singulier dans ce style, qui ne demandait qu'à mûrir.
Même impression côté scénario. Le début peut donner l'impression d'un récit un peu adolescent, avec un cadre et des codes assez familiers autour de cette jeune héroïne plongée dans le monde des morts. Mais plus on avance, plus l'univers se révèle intéressant, avec des idées qui sortent un peu des sentiers battus, des personnages qui sonnent juste dans leurs réactions et leurs dialogues, et surtout plusieurs éléments de mystère (les crâmés, les nécromanciens, le fonctionnement de ce monde des morts) qui donnent envie d'en apprendre davantage.
Ce n'est pas parfait, il y a parfois un peu trop d'informations qui s'accumulent et une narration encore un peu maladroite, mais l'ensemble est agréable à suivre. On sent qu'il y avait matière à développer quelque chose de plus ambitieux sur la durée.
Du coup, difficile de ne pas regretter l'arrêt prématuré de la série. Savoir que cela tient en partie aux conditions compliquées chez Les Humanoïdes Associés à l'époque, avec des auteurs mal rémunérés, rend la chose d'autant plus amère, d'autant que cela semble s'être répété pour d'autres auteurs ces derniers temps. Quand on voit ce que ce premier tome laissait entrevoir, on se dit qu'il y avait les éléments pour construire une sympathique série.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Adam et Eve - La Genèse
Cet album ne se contente pas de raconter le seul récit d'Adam et Ève comme son titre pourrait le laisser penser. Il va plus loin en intégrant aussi l'histoire d'Abel et Caïn, puis en développant l'errance de Caïn, la naissance d'Hénoch et le devenir de la ville qui porte son nom. Cette dernière partie m'a d'ailleurs surpris, car elle n'est pas détaillée de cette manière dans la Genèse (en tout cas pas à ma connaissance), contrairement à ce que pourrait laisser entendre le sous-titre de l'album. Et à l'inverse, le récit ne dit absolument rien de Seth, pourtant troisième fils d'Adam et Ève et ancêtre supposé de l'humanité dans la tradition biblique, ce qui est assez étonnant. Pour le reste, on est face à une adaptation globalement fidèle au texte. Il n'y a donc pas de grandes surprises pour qui connaît déjà la Genèse, mais l'ensemble est raconté de manière fluide, bien rythmée, et plutôt agréable à lire. Le dessin est classique mais solide, et accompagne efficacement le récit sans vraiment marquer durablement. Cette fidélité a aussi pour effet de laisser apparaître assez clairement les incohérences du texte biblique. La malédiction qui frappe Caïn est présentée comme terrible, mais ne l'empêche visiblement ni de survivre ni de fonder une famille, voire une civilisation. Et surtout, rien n'explique l'origine de sa femme, qui apparaît au détour d'une case alors qu'Adam et Ève sont censés être les seuls humains sur Terre. Le dossier documentaire en fin d'album n'apporte, lui non plus, aucun éclairage sur ces zones d'ombre : il préfère s'orienter vers une réflexion plus philosophique sur le Bien, le Mal et la figure du Diable, ce qui peut être intéressant en soi, mais laisse de côté certaines questions concrètes que le récit soulève pourtant assez naturellement. C'est une adaptation sérieuse et plutôt bien menée dans sa forme, mais qui reste très sage, sans prise de risque, et qui n'exploite pas forcément tout le potentiel de questionnement que ce texte fondateur pourrait offrir.
Egon Schiele
Il est important de ne pas confondre l'œuvre avec l'auteur, proclame la néo-herméneutique. Nous sommes face à une biographie romancée et critique qui ne cache pas les aspects les plus désagréables d'une personnalité égocentrique et auto-martyrisée. Je pense que le plus intéressant dans le récit est la rencontre avec Klimt et sa relation d'amitié mais aussi de rivalité mimétique. Au niveau du dessin et des couleurs, je crois que Coste a fait un bon travail. Ce n'est pas attrayant au premier contact, mais cela finit par correspondre, sans copier servilement, à l'esprit de la vie et de l'œuvre de Schiele, un Klimt moins décoratif et plus sombre. Je recommanderais surtout la contemplation des peintures en direct. Chose que j'ai faite, encore jeune, allant exprès aux musées Albertina et Belvédère de Vienne. À cette époque, j'admirais incontestablement l'art du peintre. En plus de la peinture érotique, il fut un grand portraitiste (au-delà des autoportraits) et paysagiste (tant la nature que la ville). Je regrette que l'album ne se soit pas davantage penché sur ces peintures, mais je comprends, nous ne sommes pas ici devant un essai d'esthétique philosophique ou de philosophie de l'histoire. Le contexte de la décadence viennoise, le démantèlement de l'Empire et le pessimisme régnant ont produit des génies. Freud, entre autres, pourrait avoir quelque chose à dire sur son concitoyen. Mais il a préféré attaquer d'autres génies, comme Dostoïevski... Souvent, je me suis demandé comment l'œuvre d'Egon aurait évolué s'il n'était pas mort à 28 ans. Comme le dit Xavier Coste à la fin, «tant de tableaux qui n'auront pas été peints».
L'Aventure des Belges
Ce livre m'a été offert en 1970, alors que je ne savais rien de la Belgique, si ce n'est que c'était le pays de Tintin. À l'époque, je l'ai trouvé instructif, bien que je n'aimasse pas beaucoup les dessins. Aujourd'hui, je suis plus critique et je suis assez d'accord avec l'avis de Gaston : il est trop naïf et glorifie excessivement les exploits nationaux. Surtout, il parle de la « mission civilisatrice » et passe sous silence les atrocités du colonialisme au Congo. C'est une antiquité et elle doit rester uniquement comme une curiosité historique.
Adam et Eve - La Genèse
La collection « La Sagesse des mythes » se développait essentiellement autour des mythes de l’Antiquité – principalement grecque. Voilà que Glénat semble vouloir la prolonger d’une collection « proche » (par le nom, la direction de Luc Ferry – qui signe encore « l’analyse » dans le dossier en fin d’album). Mais cette collection « La sagesse des mythes, contes et légendes » me semble carrément fourre-tout : en effet, le mythe biblique d’Adam et Eve ici traité voisinera avec des choses plus « littéraires » comme Lancelot, Don Juan, Carmen, Tristan et Iseult (pour ceux qui sont d’ores et déjà publiés ou annoncés). Je ne suis pas convaincu par cette extension, qui fait un peu « ratissage » pour pouvoir prendre tout et n’importe quoi. Bon, je ne sais pas si cet apriori négatif a joué, mais toujours est-il que je n’ai pas aimé cet « Adam et Eve ». il peut se laisser lire, mais je l’ai trouvé creux, mièvre, manquant singulièrement d’allant, de force épique. On y trouve une version classique de la Genèse, autour d’Adam et d’Eve donc, puis de Caïn et Abel et de leur descendance, qui peuple la Terre en travaillant, subissant générations après générations les conséquences de la prétendue faute d’Eve. On reste dans une vision très sexiste, mais aussi manichéenne, autour de la notion de « mal ». Mais l’athée que je suis s’est ennuyé durant cette lecture (courte au demeurant), il n’y a pas là de merveilleux (comme dans le tableau de Bosch « Le jardin des délices – reproduit pour illustrer le texte de Ferry) pour contrebalancer un discours très normé et castrateur. Le texte de Ferry se concentre uniquement sur la notion de Mal/Satan, mais la partie BD semble exempte d’allégorie et, prise comme un récit lambda, elle est très quelconque. J’ajoute que je ne suis pas fan du rendu du dessin – et surtout de la colorisation (affaire de goût peut-être, c’est quand même très lisible).
Nemoralia
Bon, le second tome se fait pas mal attendre, au point qu’on puisse craindre un abandon de cette série ? Si sur le principe ça me gênerait, dans les faits mon regret serait atténué par le fait que je n’ai que très moyennement accroché à ce tome inaugural. En tout cas bien moins que mon prédécesseur. Le point de départ fait immanquablement penser à « Gladiator » (un général victorieux qui brusquement va tomber en disgrâce en s’approchant trop de l’empereur…). Ça s’en écarte ensuite pour se centrer sur la folie de Caligula, notre héros déchu, Falco se trouvant, avec une dizaine d’autres prisonniers divers (dont un chef barbare capturé par notre héros au départ) au cœur d’une chasse à l’homme, qui occupe entièrement la seconde moitié de cet album. C’est un peu léger et fait rapidement passer au second plan les critiques sociales entrevues (certains notables romains étant nostalgiques de la République). En fait plusieurs choses m’ont gêné. D’abord le beau frère de Falco est un peu caricatural, et je n’ai pas trop accroché au visage presque juvénile qu’on lui donne parfois (plus généralement, je n’ai pas accroché au rendu des visages…). Surtout, la chasse à l’homme occupe trop de place, et manque clairement de subtilités. Tous les hommes sont éliminés les uns après les autres (tous se sont bêtement isolés et sont victimes tour à tour de ce que Caligula envoie pour les tuer, tandis que Falco et le chef barbare sont bien évidemment plus malin (en plus d’être les plus forts au combat), je vous laisse deviner qui va s’en sortir. Contrairement aux archers Parthes, lions, Pictes qui poursuivent Falco, je pense l’abandonner… Note réelle 2,5/5.
November
Un polar très sympathique. L’histoire en elle-même se laisse lire, mais c’est surtout la « mise en scène » qui la fait sortir du lot et rend relativement prenante l’intrigue. En effet, c’est assez « déconstruit » au départ, avec ces personnages (féminins surtout) qui ne se connaissent pas et sur lesquels on nous livre au compte-gouttes quelques infos, jusqu’à ce que leurs trajectoires se croisent et que l’histoire prenne corps et sens. J’ai quand même eu un peu de mal au début à saisir ce qui se passait et qui était qui. Même si ça s’éclaire au fur et à mesure, c’est un petit bémol me concernant. Surtout que pas mal de scènes sont « revues », vécues sous différents angles en fonction des protagonistes. A ces allers-retours et multiplications d’angles de vue s’ajoute le travail graphique, lui aussi s’écartant du gaufrier classique. De grandes cases alternent avec plein de toute petites. Et la colorisation, volontairement tranchée, parfois terne, donne une patine un peu vintage intéressante. L’ensemble est assez noir, même si la fin offre une respiration et presque un happy-end. Le personnage de Dee reste quand même jusqu’au bout un peu nihiliste et paumé. Un petit polar plaisant, dynamique, dont les deux tomes se lisent relativement vite. Note réelle 3,5/5.
Ce soir c'est cauchemar
Depuis quelques années, les éditions Cornélius ont entrepris de rééditer toute l’œuvre de Nicole Claveloux. Ils poursuivent leur travail avec cet album inédit. Comme à leur habitude ils le font très bien, avec un très beau travail éditorial, qui met en valeur une histoire très originale. Dans ce récit, nous entrons dans le cerveau endormi de l’auteure, pour pénétrer au cœur de ses rêves. Mais rêves et réalité se mélangent. Comme se mélangent propos réalistes et décors et situations quasi surréalistes. Durant son sommeil, le subconscient de Claveloux est très animé. Les très nombreux personnages se partagent l’animation, la mise en fonctionnement de ce qui pourrait s’apparenter à une petite entreprise, qui subit une sorte de « contrôle de gestion », de la part de Charles Chaposec, qui exige logique et raison, singulièrement éloignés du mode de fonctionnement d’autres personnages. Claveloux penche nettement vers ceux qui apportent imprévus et magie aux rêves (comme Loïc Lalune): l'imagination doit garder le pouvoir ! La plupart des cases sont très chargées. D’abord avec un texte très abondant (c’est un peu ce qui m’a parfois gêné, c’est parfois indigeste – même si finalement ça passe). Mais surtout avec ce dessin, qui mélange personnages humains et animaliers, avec des décors très riches (qui font penser parfois à ceux du Douanier Rousseau), avec une multitude de détails en arrière-plan. Se chargeant elle-même de la colorisation (couleurs peintes avec des encres à eau), Claveloux nous propose ici quelque chose de très réussi, prouvant qu’à son « grand âge » elle n’a pas perdu la main. Si le récit est parfois difficile à suivre, il est néanmoins plaisant à lire, et très original, avec une partie graphique que j’ai vraiment beaucoup aimée.
Off
Franchement bien me parait un peu excessif mais « pas mal » me semble a contrario très réducteur… Off est en fait un bon récit sans doute trop prévisible. Je suis plutôt amateur du genre (thriller d’anticipation) et je ne vais donc pas bouder mon plaisir car j’ai retrouvé les éléments attendus : des références scientifiques, des clins d’œil politiques, une vision assez sombre du futur, un dessin efficace, un rythme soutenu, un bon casting avec des personnages plus complexes qu’il n’y parait au premier abord… Et, pour le Belge que je suis, un ancrage national bien marqué avec pas mal de références faites à la situation actuelle de la Belgique. Tout est bon… mais rien n’est vraiment exceptionnel. Il manque LA super idée ou LE personnage envoûtant. Ici, le récit ronronne. Ça sent le téléfilm grand public, que l’on suit avec un plaisir coupable, en appréciant les références et le soin apporté mais durant lequel on sait pouvoir fermer les yeux cinq minutes sans perdre le fil d’un récit à la trajectoire annoncée. C’est le genre de lecture que je conseille vivement aux lecteurs ‘classiques’ (Yann135, tu devrais bien accrocher) mais je crains qu’il ne laisse sur leur faim les plus aventureux. Pas mal du tout… mais il manque un petit quelque chose pour atteindre le cran supérieur.
Mina Loween
Une adolescente en deuil se retrouve entraînée, le soir d'Halloween, dans le monde des morts, où elle tente de retrouver sa mère tout en affrontant des forces qui la dépassent. J'ai été assez surpris, et même un peu peiné, de découvrir que Mina Loween s'était arrêtée dès son premier tome, parce que ce début n'avait rien de honteux, loin de là. On sent clairement une œuvre encore en construction, avec des défauts de jeunesse, mais aussi un vrai potentiel qui donnait envie de lire la suite. Le dessin, notamment, démarre de manière un peu hésitante, avec des proportions parfois approximatives et un manque de volume sur certaines planches. Mais assez vite, le trait gagne en assurance, affirme une jolie personnalité et s'accompagne de couleurs travaillées qui apportent beaucoup à l'ambiance. Il y a quelque chose de sincère et de déjà assez singulier dans ce style, qui ne demandait qu'à mûrir. Même impression côté scénario. Le début peut donner l'impression d'un récit un peu adolescent, avec un cadre et des codes assez familiers autour de cette jeune héroïne plongée dans le monde des morts. Mais plus on avance, plus l'univers se révèle intéressant, avec des idées qui sortent un peu des sentiers battus, des personnages qui sonnent juste dans leurs réactions et leurs dialogues, et surtout plusieurs éléments de mystère (les crâmés, les nécromanciens, le fonctionnement de ce monde des morts) qui donnent envie d'en apprendre davantage. Ce n'est pas parfait, il y a parfois un peu trop d'informations qui s'accumulent et une narration encore un peu maladroite, mais l'ensemble est agréable à suivre. On sent qu'il y avait matière à développer quelque chose de plus ambitieux sur la durée. Du coup, difficile de ne pas regretter l'arrêt prématuré de la série. Savoir que cela tient en partie aux conditions compliquées chez Les Humanoïdes Associés à l'époque, avec des auteurs mal rémunérés, rend la chose d'autant plus amère, d'autant que cela semble s'être répété pour d'autres auteurs ces derniers temps. Quand on voit ce que ce premier tome laissait entrevoir, on se dit qu'il y avait les éléments pour construire une sympathique série.