Le témoignage de Ponthus m'a enthousiasmé, aussi étais-je véritablement curieux de voir ce que donnerait son adaptation en roman graphique. Mais j'ai bien vite déchanté. Les illustrations sont certes élégantes, mais bien sages ! Nulle rage ici, nulle âpreté, nulle dureté ! Notre héros a par exemple une petite bouille ronde bien joviale quand j'escomptais lire dans son visage l'hargneuse ironie prolétarienne d'un punk anar' quelque peu revenu de ses illusions de jeunesse. De même, le récit surdécoupe les scénettes de l'essai, ne parvenant à en rendre ni la puissance poétique, ni la détresse sociale, ni même (chose plus surprenante) la dureté du travail déshumanisant. Le parcours de cet homme brisé se découvre ici paisiblement, sa vie de famille est tout juste survolée oubliant combien le travail, notamment de nuit, use les couples. Enfin, le regard sur la condition ouvrière et les ouvriers côtoyés vient presque contredire le militantisme originel : la bd insiste sur l'humour sexiste de l'insupportable collègue, sur les avantages contractuels des grévistes syndiqués, mais autrement moins sur le regard empli d'humanité, sur l'unité de classe malgré les inégalités de statut. Au risque de modifier le regard général et d'inviter son lecteur au mépris à l'égard de ces supposés "illettrés".
Martinière ne parvient pas non plus à intégrer suffisamment d'éléments dans son récit pour que son lecteur comprenne véritablement combien le fait de fredonner en travaillant est bien plus qu'un moyen de combler l'ennui : il s'agit là véritablement d'une nécessité pour surmonter les terribles conditions de travail.
La liste des remontrances paraît longue comme le bras, mais le matériau demeure de qualité, le projet davantage maladroitement mené que trahi. Néanmoins, mieux vaut relire Ceux qui me touchent ou le témoignage de Ponthus, et espérer que Julien Martinière parvienne à l'avenir à mieux structurer ses récits, à mieux découper ses BD, à s'éloigner du scénario pour en respecter davantage l'esprit que la trame séquencée.
Une maxi-série inédite en dix épisodes (avec trois arcs narratifs de trois épisodes et un épisode conclusif) consacrée au célèbre Yoda. Ce format fonctionne très bien, car il permet d’explorer différentes périodes de sa vie tout en racontant des histoires assez complètes.
J’ai particulièrement apprécié le fait que le comics prenne le temps de montrer Yoda dans plusieurs moments importants de l’univers Star Wars. Chaque arc a sa propre ambiance et permet de voir le personnage sous un angle différent : en maître Jedi, en guide pour les plus jeunes ou encore en stratège pendant la Guerre des Clones. On retrouve bien la sagesse du personnage, mais aussi ses interrogations face à la Force et aux événements.
Les dessins sont globalement très réussis et participent beaucoup au plaisir de lecture. Les différentes équipes artistiques apportent chacune leur style, ce qui rend les arcs assez variés visuellement.
Certaines histoires m’ont un peu plus marqué que d’autres, mais l’ensemble reste très solide et intéressant, surtout pour un personnage aussi emblématique que Yoda. C’est une lecture que j’ai vraiment appréciée et qui développe bien le personnage.
L'héroïne, Cécile, fille de magistrat rêve de marcher dans les traces de son père et d'embrasser également une carrière dans la magistrature. Seulement, en 1848, la société de l'époque ne voit pas les choses comme cela. Ce type de carrière est réservé aux hommes tandis que la place des femmes est plutôt à la maison. Cécile ne l'entend pas de cette oreille.
Il n'en faut pas plus pour embarquer avec elle dans un récit d'aventures, teinté de western et de féminisme. De western car sa route va la mener dans un village du sud des États Unis où elle héritera de l'étoile de shérif. De féminisme car ses talents d'oratrice lui serviront autant pour défendre les causes qu'elle estime justes, que pour plaider la cause de son genre dans un combat contre la discrimination. L'histoire s'appuie d'ailleurs sur quelques faits historiques pour étayer ce propos.
Ce mix donne un récit burlesque et distrayant. Il y a quelques scènes assez sympathiques. Que ce soit la beuverie qui va la conduire vers les USA, l'attaque de train qu'elle va vivre lors de son premier voyage, ou son plaidoyer improvisé pour éviter la pendaison à ses agresseurs, il y a quelques passages cocasses. La dimension sociale est également abordée intelligemment et l'ensemble se tient sur 120 pages.
Un premier album original, tant dans le graphisme que dans le propos.
Un road-movie qui m'a semblé correct, sans plus.
Il faut dire que les personnages et les situations qu'ils vivent sont un peu cliché: alors le héros est encore une fois un jeune trentenaire qui hésite encore devenir définitivement un adulte responsable avec sa copine ou continuer de faire le con avec son copain un peu toxique qu'il n'a plus vu depuis un an. Dites c'est quand la dernière fois que vous avez lu ou vu une œuvre de fiction où c'était la femme d'un couple qui était l'irresponsable ? Non je dis ça parce que j'ai déjà eu un collègue de travail qui avait la fibre paternelle et qui adorait sa fille pendant que la mère foutait rien et c'est lui qui payait tout. Pourquoi je vois jamais des gens qui sont comme ceux de mon entourage dans la fiction, est-ce que ma vie et la leur sont si extraordinaires que ça ?
Pour revenir à la bd, le héros part donc en road-movie avec son meilleur pote qu'il n'a pas vu depuis un an après qui se soit disputé avec sa copine. Le voyage va être l'occasion pour le héros de mettre les points sur les i sur ce qu'il a vraiment envie de faire de sa vie et s'il a vraiment changé ou non en un an. Il y a des qualités dans cet album, le dessin est dynamique et il y a de bons dialogues, c'est juste que tout est trop classique et cousu de fils blancs, pour que cela reste une lecture marquante. Même les révélations de la fin, je les avais devinées au milieu de l'album, lorsque j'ai remarqué quelques incidents bizarres.
Ce livre m'a été offert par ma fille dans la version anglaise de Penguin Books en 2019. Première édition, je crois, et que je conserve et estime avec beaucoup d'amour et de saudade (nostalgie). Je me suis souvenu d'elle en cette Journée de la Femme. L'approche de la dystopie écrite par M. Atwood est très opportune aujourd'hui et les illustrations sont bien faites. Je pense que l'édition française que j'ai feuilletée correspond bien à la version originale et je recommande vivement la lecture et la réflexion sur le thème.
Première anthologie d'Enki Bilal avant Mémoires d'autres temps qui sera publié vingt ans plus tard.
A l'inverse du second recueil, celui ci est tout en couleurs. Il ne comporte pas de sommaire et il est plus condensé (45 pages contre 70).
On a moins l'impression d'un fond de catalogue. On se concentre sur huit histoires, aucune n'est à jeter (enfin si : Orlson et le déglingué).
Les récits sont toutefois très courts, trop courts pour laisser un souvenir mémorable, et l'ouvrage reste par conséquent destiné aux complétionistes de Bilal.
Je ne suis pas du tout rentré dans cet album qui a une histoire bien absurde dont je ne suis pas certain d'avoir bien compris les aboutissements.
Il faut dire que la mise en scène n'aide pas trop. Souvent, on a une vue d'ensemble d'une partie de ce grand immeuble où se passe l'action et c'est un peu dur de s'attacher à des personnages qui ne sont que des petits points dans un grand paysage. C'est vrai que visuellement c'est splendide et intéressant, mais le scénario en lui-même ne m'a pas captivé. J'ai eu l'impression que c'était encore une fois une BD où on a uniquement privilégié le dessin. Si tout ce qui compte dans une BD c'est le dessin, pourquoi alors se casser la tête à imaginer un scénario et même écrire des dialogues ?
Donc, si visuellement il y a effectivement des planches qui restent en mémoire, le reste m'a paru superficiel et le ton du récit est trop absurde pour moi. Peut-être que si le scénario était plus conventionnel, j'aurais mieux accroché. Après une 50aine de pages, j'en avais marre de lire une histoire qui ne m'attirait pas (surtout que sur certaines pages je ne savais pas trop quel personnage disait le texte de telle bulle). En tout cas, pour moi c'est clairement une BD clivante. Certains vont adorer et d'autres vont rester en dehors du récit et s'ennuyer ferme.
Difficile de venir aviser un tel album, surtout lorsque celui-ci a été tant encensé.
L'œuvre est bonne, indubitablement, les dessins sont travaillés, simples d'apparence mais chaque case fourmillant pourtant de détails, le joli travail des couleurs n'apparaissant que pour illustrer le beau créatif (principalement la musique et le chant ici mais l'on observera également de la peinture) fait mouche et donne une jolie identité visuelle au récit, comme une illustration du pouvoir de l'art amenant de la couleur dans les mornes vies, le récit là aussi simple mais tout de même rondement mené, … Bref, je ne vais pas aller à contre-courant ici, l'album est bon et mérite ses louanges.
Je regrette tout de même de ne pas avoir pu vraiment être touchée par l'œuvre. Les aléas des sensibilités artistiques et émotionnelles sont ce qu'elles sont, tout le monde ne vibrera pas de la même manière face aux même créations, mais il n'empêche qu'après avoir vu passer tant d'avis dithyrambiques j'avoue avoir refermé l'album avec un certain goût d'occasion manquée. L'histoire me parle, je suis sensible aux histoires de famille, aux récits de destins au départs liés et se perdant et s'éloignant face aux tragédies de la vie, encore plus aux créations artistiques prenant pour sujet la création artistique en elle-même, sous ses aspects les plus enchanteurs et évocateurs comme les plus froids et cruels, en un mot comme en cent l'histoire de ces deux jumeaux prodiges auraient dû faire mouche chez moi, évoquer en moi quelque chose de plus. Je ne sais pas quel serait ce "quelque chose de plus", l'album m'apparait objectivement comme très bon, les forme graphique comme narrative sont réalisées avec talent et je ne saurais pas véritablement quoi changer pour que cela me paraisse plus juste, mais pourtant voilà un petit quelque chose me manque.
Sans doute juste moi qui reste malgré tout une triste rabat-joie.
Mais terminons tout de même cet avis sur une note positive, car après tout l'album reste malgré mes regrets d'excellente facture.
Retranscrire par le dessin le chant et la musique n'est pas chose facile et pourtant le duo d'auteur est ici parvenu à créer une jolie ode au chant, à l'amour des sons du monde et des créatures qui le peuple, le tout enrobé dans le récit tragique de deux jeunes gens pour qui l'amour de l'art mènera vers le gloire, l'orgueil et la déchéance (et peut-être une fin heureuse quand-même, si on est sage).
C'est effectivement un Western tout ce qu'il y a de plus classique. Et pour distraire durant 1-2heures de lecture, il fait très bien le job.
Après, j'ai quand même trois gros reproches:
1.Le dessin est certes clair et propre, mais franchement désuet dans le style: cette BD est dessinée comme pas mal de westerns des années 70-début 80.
2.Pareil pour le scénario 100%-action qui semble dater de la même époque.
3.Et qui surtout est à la fois prévisible et peu crédible.
Car oui, je termine ma critique par un court résumé, alors que d'habitude c'est par-là qu'on commence: un homme de loi (sollicitor en anglais, il n'y a pas d'équivalent véritable en droit français, le plus proche c'est huissier) va essayer de retrouver un héritier pour lui permettre de palper quelques millions.
Cet homme de loi est équipé d'un pistolet automatique dernier cri, avec lequel il va envoyer ad patres la moitié de l’État du Texas. Car oui, il tue, tue et re-tue les méchants avec un rythme qui laisse quand même songeur, sans jamais avoir à subir une quelconque conséquence légale.
Et les péripéties s'enchaînent de manière complètement abracadabrantesque et incohérente.
En gros (très) fun mais très bête aussi.
Je n'ai pas lu toutes les adaptations BD du roman original de Conrad, ni vu tous les films qui s'en inspirent. Celle-ci me semble assez fidèle à la “novella” originale au niveau de l'intrigue et du texte. Je juge important de ne pas confondre la vision de Marlow sur l'Afrique et le Congo avec les opinions de Conrad lui-même sur le racisme et la violence. Selon certains critiques, il a été novateur à ce niveau, mais ici, je pense qu'il vaut mieux éviter ces polémiques…
Je n'ai pas adhéré immédiatement aux dessins de Brahy. Ils m'ont semblé peu travaillés et sans grandes images spectaculaires. Ensuite, au fur et à mesure que je lisais, j'ai commencé à me sentir plus identifié et je pense qu'ils sont en harmonie avec le texte. J'ai particulièrement apprécié les couleurs de Cyril Saint-Blancat, mais même celles-ci pourraient être plus sombres et glauques... Bref, je crois que le livre peut constituer une bonne introduction aux ténèbres et à Conrad. "The horror! The horror!" J'aime dire ça!
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
A la ligne
Le témoignage de Ponthus m'a enthousiasmé, aussi étais-je véritablement curieux de voir ce que donnerait son adaptation en roman graphique. Mais j'ai bien vite déchanté. Les illustrations sont certes élégantes, mais bien sages ! Nulle rage ici, nulle âpreté, nulle dureté ! Notre héros a par exemple une petite bouille ronde bien joviale quand j'escomptais lire dans son visage l'hargneuse ironie prolétarienne d'un punk anar' quelque peu revenu de ses illusions de jeunesse. De même, le récit surdécoupe les scénettes de l'essai, ne parvenant à en rendre ni la puissance poétique, ni la détresse sociale, ni même (chose plus surprenante) la dureté du travail déshumanisant. Le parcours de cet homme brisé se découvre ici paisiblement, sa vie de famille est tout juste survolée oubliant combien le travail, notamment de nuit, use les couples. Enfin, le regard sur la condition ouvrière et les ouvriers côtoyés vient presque contredire le militantisme originel : la bd insiste sur l'humour sexiste de l'insupportable collègue, sur les avantages contractuels des grévistes syndiqués, mais autrement moins sur le regard empli d'humanité, sur l'unité de classe malgré les inégalités de statut. Au risque de modifier le regard général et d'inviter son lecteur au mépris à l'égard de ces supposés "illettrés". Martinière ne parvient pas non plus à intégrer suffisamment d'éléments dans son récit pour que son lecteur comprenne véritablement combien le fait de fredonner en travaillant est bien plus qu'un moyen de combler l'ennui : il s'agit là véritablement d'une nécessité pour surmonter les terribles conditions de travail. La liste des remontrances paraît longue comme le bras, mais le matériau demeure de qualité, le projet davantage maladroitement mené que trahi. Néanmoins, mieux vaut relire Ceux qui me touchent ou le témoignage de Ponthus, et espérer que Julien Martinière parvienne à l'avenir à mieux structurer ses récits, à mieux découper ses BD, à s'éloigner du scénario pour en respecter davantage l'esprit que la trame séquencée.
Star Wars - Yoda
Une maxi-série inédite en dix épisodes (avec trois arcs narratifs de trois épisodes et un épisode conclusif) consacrée au célèbre Yoda. Ce format fonctionne très bien, car il permet d’explorer différentes périodes de sa vie tout en racontant des histoires assez complètes. J’ai particulièrement apprécié le fait que le comics prenne le temps de montrer Yoda dans plusieurs moments importants de l’univers Star Wars. Chaque arc a sa propre ambiance et permet de voir le personnage sous un angle différent : en maître Jedi, en guide pour les plus jeunes ou encore en stratège pendant la Guerre des Clones. On retrouve bien la sagesse du personnage, mais aussi ses interrogations face à la Force et aux événements. Les dessins sont globalement très réussis et participent beaucoup au plaisir de lecture. Les différentes équipes artistiques apportent chacune leur style, ce qui rend les arcs assez variés visuellement. Certaines histoires m’ont un peu plus marqué que d’autres, mais l’ensemble reste très solide et intéressant, surtout pour un personnage aussi emblématique que Yoda. C’est une lecture que j’ai vraiment appréciée et qui développe bien le personnage.
Cécile la shérif
L'héroïne, Cécile, fille de magistrat rêve de marcher dans les traces de son père et d'embrasser également une carrière dans la magistrature. Seulement, en 1848, la société de l'époque ne voit pas les choses comme cela. Ce type de carrière est réservé aux hommes tandis que la place des femmes est plutôt à la maison. Cécile ne l'entend pas de cette oreille. Il n'en faut pas plus pour embarquer avec elle dans un récit d'aventures, teinté de western et de féminisme. De western car sa route va la mener dans un village du sud des États Unis où elle héritera de l'étoile de shérif. De féminisme car ses talents d'oratrice lui serviront autant pour défendre les causes qu'elle estime justes, que pour plaider la cause de son genre dans un combat contre la discrimination. L'histoire s'appuie d'ailleurs sur quelques faits historiques pour étayer ce propos. Ce mix donne un récit burlesque et distrayant. Il y a quelques scènes assez sympathiques. Que ce soit la beuverie qui va la conduire vers les USA, l'attaque de train qu'elle va vivre lors de son premier voyage, ou son plaidoyer improvisé pour éviter la pendaison à ses agresseurs, il y a quelques passages cocasses. La dimension sociale est également abordée intelligemment et l'ensemble se tient sur 120 pages. Un premier album original, tant dans le graphisme que dans le propos.
Fidji
Un road-movie qui m'a semblé correct, sans plus. Il faut dire que les personnages et les situations qu'ils vivent sont un peu cliché: alors le héros est encore une fois un jeune trentenaire qui hésite encore devenir définitivement un adulte responsable avec sa copine ou continuer de faire le con avec son copain un peu toxique qu'il n'a plus vu depuis un an. Dites c'est quand la dernière fois que vous avez lu ou vu une œuvre de fiction où c'était la femme d'un couple qui était l'irresponsable ? Non je dis ça parce que j'ai déjà eu un collègue de travail qui avait la fibre paternelle et qui adorait sa fille pendant que la mère foutait rien et c'est lui qui payait tout. Pourquoi je vois jamais des gens qui sont comme ceux de mon entourage dans la fiction, est-ce que ma vie et la leur sont si extraordinaires que ça ? Pour revenir à la bd, le héros part donc en road-movie avec son meilleur pote qu'il n'a pas vu depuis un an après qui se soit disputé avec sa copine. Le voyage va être l'occasion pour le héros de mettre les points sur les i sur ce qu'il a vraiment envie de faire de sa vie et s'il a vraiment changé ou non en un an. Il y a des qualités dans cet album, le dessin est dynamique et il y a de bons dialogues, c'est juste que tout est trop classique et cousu de fils blancs, pour que cela reste une lecture marquante. Même les révélations de la fin, je les avais devinées au milieu de l'album, lorsque j'ai remarqué quelques incidents bizarres.
La Servante écarlate
Ce livre m'a été offert par ma fille dans la version anglaise de Penguin Books en 2019. Première édition, je crois, et que je conserve et estime avec beaucoup d'amour et de saudade (nostalgie). Je me suis souvenu d'elle en cette Journée de la Femme. L'approche de la dystopie écrite par M. Atwood est très opportune aujourd'hui et les illustrations sont bien faites. Je pense que l'édition française que j'ai feuilletée correspond bien à la version originale et je recommande vivement la lecture et la réflexion sur le thème.
Mémoires d'outre-espace
Première anthologie d'Enki Bilal avant Mémoires d'autres temps qui sera publié vingt ans plus tard. A l'inverse du second recueil, celui ci est tout en couleurs. Il ne comporte pas de sommaire et il est plus condensé (45 pages contre 70). On a moins l'impression d'un fond de catalogue. On se concentre sur huit histoires, aucune n'est à jeter (enfin si : Orlson et le déglingué). Les récits sont toutefois très courts, trop courts pour laisser un souvenir mémorable, et l'ouvrage reste par conséquent destiné aux complétionistes de Bilal.
La Trahison d'Olympe
Je ne suis pas du tout rentré dans cet album qui a une histoire bien absurde dont je ne suis pas certain d'avoir bien compris les aboutissements. Il faut dire que la mise en scène n'aide pas trop. Souvent, on a une vue d'ensemble d'une partie de ce grand immeuble où se passe l'action et c'est un peu dur de s'attacher à des personnages qui ne sont que des petits points dans un grand paysage. C'est vrai que visuellement c'est splendide et intéressant, mais le scénario en lui-même ne m'a pas captivé. J'ai eu l'impression que c'était encore une fois une BD où on a uniquement privilégié le dessin. Si tout ce qui compte dans une BD c'est le dessin, pourquoi alors se casser la tête à imaginer un scénario et même écrire des dialogues ? Donc, si visuellement il y a effectivement des planches qui restent en mémoire, le reste m'a paru superficiel et le ton du récit est trop absurde pour moi. Peut-être que si le scénario était plus conventionnel, j'aurais mieux accroché. Après une 50aine de pages, j'en avais marre de lire une histoire qui ne m'attirait pas (surtout que sur certaines pages je ne savais pas trop quel personnage disait le texte de telle bulle). En tout cas, pour moi c'est clairement une BD clivante. Certains vont adorer et d'autres vont rester en dehors du récit et s'ennuyer ferme.
Soli Deo Gloria
Difficile de venir aviser un tel album, surtout lorsque celui-ci a été tant encensé. L'œuvre est bonne, indubitablement, les dessins sont travaillés, simples d'apparence mais chaque case fourmillant pourtant de détails, le joli travail des couleurs n'apparaissant que pour illustrer le beau créatif (principalement la musique et le chant ici mais l'on observera également de la peinture) fait mouche et donne une jolie identité visuelle au récit, comme une illustration du pouvoir de l'art amenant de la couleur dans les mornes vies, le récit là aussi simple mais tout de même rondement mené, … Bref, je ne vais pas aller à contre-courant ici, l'album est bon et mérite ses louanges. Je regrette tout de même de ne pas avoir pu vraiment être touchée par l'œuvre. Les aléas des sensibilités artistiques et émotionnelles sont ce qu'elles sont, tout le monde ne vibrera pas de la même manière face aux même créations, mais il n'empêche qu'après avoir vu passer tant d'avis dithyrambiques j'avoue avoir refermé l'album avec un certain goût d'occasion manquée. L'histoire me parle, je suis sensible aux histoires de famille, aux récits de destins au départs liés et se perdant et s'éloignant face aux tragédies de la vie, encore plus aux créations artistiques prenant pour sujet la création artistique en elle-même, sous ses aspects les plus enchanteurs et évocateurs comme les plus froids et cruels, en un mot comme en cent l'histoire de ces deux jumeaux prodiges auraient dû faire mouche chez moi, évoquer en moi quelque chose de plus. Je ne sais pas quel serait ce "quelque chose de plus", l'album m'apparait objectivement comme très bon, les forme graphique comme narrative sont réalisées avec talent et je ne saurais pas véritablement quoi changer pour que cela me paraisse plus juste, mais pourtant voilà un petit quelque chose me manque. Sans doute juste moi qui reste malgré tout une triste rabat-joie. Mais terminons tout de même cet avis sur une note positive, car après tout l'album reste malgré mes regrets d'excellente facture. Retranscrire par le dessin le chant et la musique n'est pas chose facile et pourtant le duo d'auteur est ici parvenu à créer une jolie ode au chant, à l'amour des sons du monde et des créatures qui le peuple, le tout enrobé dans le récit tragique de deux jeunes gens pour qui l'amour de l'art mènera vers le gloire, l'orgueil et la déchéance (et peut-être une fin heureuse quand-même, si on est sage).
L'Homme de la loi
C'est effectivement un Western tout ce qu'il y a de plus classique. Et pour distraire durant 1-2heures de lecture, il fait très bien le job. Après, j'ai quand même trois gros reproches: 1.Le dessin est certes clair et propre, mais franchement désuet dans le style: cette BD est dessinée comme pas mal de westerns des années 70-début 80. 2.Pareil pour le scénario 100%-action qui semble dater de la même époque. 3.Et qui surtout est à la fois prévisible et peu crédible. Car oui, je termine ma critique par un court résumé, alors que d'habitude c'est par-là qu'on commence: un homme de loi (sollicitor en anglais, il n'y a pas d'équivalent véritable en droit français, le plus proche c'est huissier) va essayer de retrouver un héritier pour lui permettre de palper quelques millions. Cet homme de loi est équipé d'un pistolet automatique dernier cri, avec lequel il va envoyer ad patres la moitié de l’État du Texas. Car oui, il tue, tue et re-tue les méchants avec un rythme qui laisse quand même songeur, sans jamais avoir à subir une quelconque conséquence légale. Et les péripéties s'enchaînent de manière complètement abracadabrantesque et incohérente. En gros (très) fun mais très bête aussi.
Au coeur des ténèbres (Luc Brahy)
Je n'ai pas lu toutes les adaptations BD du roman original de Conrad, ni vu tous les films qui s'en inspirent. Celle-ci me semble assez fidèle à la “novella” originale au niveau de l'intrigue et du texte. Je juge important de ne pas confondre la vision de Marlow sur l'Afrique et le Congo avec les opinions de Conrad lui-même sur le racisme et la violence. Selon certains critiques, il a été novateur à ce niveau, mais ici, je pense qu'il vaut mieux éviter ces polémiques… Je n'ai pas adhéré immédiatement aux dessins de Brahy. Ils m'ont semblé peu travaillés et sans grandes images spectaculaires. Ensuite, au fur et à mesure que je lisais, j'ai commencé à me sentir plus identifié et je pense qu'ils sont en harmonie avec le texte. J'ai particulièrement apprécié les couleurs de Cyril Saint-Blancat, mais même celles-ci pourraient être plus sombres et glauques... Bref, je crois que le livre peut constituer une bonne introduction aux ténèbres et à Conrad. "The horror! The horror!" J'aime dire ça!