Un album qui m'a déçu parce le résumé est pas du tout ce que l'on retrouve dans la BD !
Je m'attendais à un petit conte sympathique remplit de créatures fantastiques et au final...ben il y a du fantastique, mais qui sert à rien dans le récit et qu'on aurait pu éliminer sans problème. Il faut dire que c'est adapté librement d'un roman que je n'ai pas lu, mais de ce que j'ai lu sur internet il ne semble pas avoir grand chose de fantastique dans l'œuvre originale. C'est une bête histoire d'amour entre un jeune veuf et une jeune fille et cela ne m'aurait pas dérangé si au moins c'était bien fait, mais j'ai trouvé que c'était banal et froid. Je ne me suis pas du tout attaché aux personnages et à leur histoire.
Il faut dire aussi que c'état les débuts de VoRo et cela se voit au dessin qui est très inégal et fait souvent amateur. Les débuts d'un auteur qui fera mieux par la suite. Un péché de jeunesse à l'intérêt très limité en ce qui me concerne.
Un album qui m'a surpris dans sa forme. Je m'attendais à une œuvre de fiction qui raconterait une tragédie syndicale oubliée (il faut dire que le nord de l'Ontario est une région surtout rurale, peu peuplé et loin du centre d'animation de cette province) et en fait c'est un documentaire.
On suit tout le long le scénariste, qui est aussi historien, discuté de l'affaire avec une autre historienne dans des petites cases apposés sur des dessins plus grands et c'est la source d'une bonne partie du texte de l'album. Je ne suis pas particulièrement fan du procédé, en particulier parce que l'aspect art séquentiel de cette BD est souvent minimal hormis quelques moments percutant où ne sont pas présent les historiens comme lorsqu'on voit un individu prendre son fusil pour tirer sur les grévistes. C'est vraiment le genre de BD documentaire où j'ai l'impression qu'on aurait pu faire un livre sans problème. Il faut dire aussi que le travail de Quesnel ressemble plus à de l'illustration et si j'aime bien les décors, j'aime un peu moins les personnages qui sont souvent trop figés. On dirait juste que quelqu'un a dessiné par-dessus des photos.
Sinon, cela reste quand même un album intéressant qui remets en lumière une affaire que toute le monde a oubliée. L'événement en lui-même est d'ailleurs banalement tragique pour n'importe qui qui connait un peu l'histoire des luttes ouvrières: compagnie toute puissante qui fait la loi, grévistes qui essaient d'améliorer leurs sorts, les autorités qui ne font rien et cela se termine dans le drame et la parodie de justice. Triste schéma qu'on a vu bien trop souvent !
Après un début hésitant et peu convaincant en tant que policier (il y avait déjà un détective dans le journal de Tintin), tout a changé pour Bernard avec l'héritage du Cormoran. Avec Djinn et le et si plein de couleurs Barney, l'équipage était au complet pour partir à l'aventure sur tous les continents du monde.
Malgré les tronches laides dessinées par Hermann, la véritable protagoniste dans beaucoup des albums de la série est la nature, les menaces et les défis de phénomènes extrêmes. Cela a permis des dessins spectaculaires et des séquences mémorables.
Ce fut ma première lecture du duo Hermann et Greg et elle reste pour moi la série d'aventure par excellence. Avec les dessins de Dany ou Aidans ( auteurs que j'aime pourtant beaucoup) ce n'était plus la même chose, et la dernière aventure (texte de Yves H.) était dispensable.
Je ne connaissais pas encore Mattotti et j'espérais trouver une adaptation plus consensuelle du célèbre roman de R. L. Stevenson. Cependant, il s'agit d'une succession de tableaux expressionnistes, bons pour être exposés dans une galerie. C'est de l'art, oui, mais cela laisse beaucoup à désirer en tant que bande dessinée. Ce fut un choc pour lequel je n'étais pas préparé.
Difficile de reprocher grand-chose à cette adaptation tant elle fait globalement très bien ce qu'elle entreprend. Le récit de Charles Dickens est retranscrit de manière claire, fluide et accessible, avec un bon rythme narratif qui va à l'essentiel sans donner l'impression de trahir les grandes étapes du conte. Pour quelqu'un qui ne connaîtrait pas encore Un chant de Noël, c'est clairement une porte d'entrée très efficace.
Visuellement, c'est également une réussite. Le dessin de Thomas Labourot est soigné, expressif et agréable à parcourir, avec une colorisation lumineuse qui alterne bien les ambiances plus sombres et les passages plus chaleureux liés à l'esprit de Noël. J'ai aussi apprécié quelques petits clins d'œil graphiques qui modernisent légèrement l'ensemble sans dénaturer le matériau d'origine comme cette apparition furtive de Rémi Sans Famille le temps d'une scène. L'ensemble est vivant, lisible, et transmet bien la dimension magique du récit.
Mon principal bémol vient finalement de ce qui fait aussi la qualité de l'album : sa grande fidélité au texte original. Comme il existe déjà énormément d'adaptations de ce conte, il est difficile d'y trouver un véritable effet de surprise ou une relecture particulièrement marquante quand on connaît déjà bien l'histoire. Certains dialogues peuvent aussi paraître un peu naïfs ou convenus dans une lecture moderne, même si cela reste largement lié au matériau d'origine. Et j'avoue avoir trouvé que Scrooge amorçait son revirement moral un peu trop rapidement, puisqu'il commence déjà à se remettre en question dès la visite du premier esprit, ce qui rend sa transformation légèrement abrupte.
Mais en dehors de cela, c'est une adaptation très propre, sincère et efficace. Elle remplit bien son rôle pour faire découvrir ce grand classique de Dickens à un jeune public ou à des lecteurs qui ne l'ont jamais lu. En revanche, ceux qui connaissent déjà le conte par cœur risquent surtout d'y retrouver une version appliquée plutôt qu'une réinterprétation vraiment originale.
Note : 3,5/5
Pendant leurs vacances dans un petit village de montagne, Léna et ses amis s'ennuient ferme jusqu'au jour où ils découvrent une mystérieuse pierre rose et d'improbables grenouilles parlantes organisées en société secrète, bien décidées à menacer le village.
Le point de départ de cette BD jeunesse, à savoir ces grenouilles parlantes et leur drôle de secte secrète, est forcément absurde, mais l'album assume pleinement son côté farfelu et en fait le moteur d'une aventure amusante. Il y a une énergie communicative, des situations volontairement improbables, un humour qui attire le sourire, et une bonne capacité à retrouver cette logique de l'enfance où l'extraordinaire surgit naturellement au coin d'un champ ou d'une rivière. L'ensemble m'a parfois rappelé certaines séries d'animation du début des années 2010 dans son ton, son sens du mouvement et sa manière de mélanger aventure, humour et bizarrerie.
L'album s'adresse un peu plus à de jeunes lecteurs qu'à des adultes et va parfois vite dans son déroulement, mais il conserve un bon sens du rythme et une envie constante d'emmener ses jeunes héros d'une idée farfelue à une autre.
La partie graphique est plutôt réjouissante. Le dessin a une bonne personnalité, avec des designs expressifs, des compositions lisibles et une palette de couleurs vive qui crée des ambiances variées selon les scènes. On sent aussi des influences multiples (animation, manga, BD jeunesse plus classique) sans que l'autrice espagnole donne l'impression de simplement reproduire quelque chose de déjà vu. Il y a au contraire une vraie identité visuelle qui se dégage de l'ensemble. Je suis en revanche plus mesuré sur les quelques scènes muettes qui ne sont pas toujours évidentes à comprendre immédiatement : heureusement, les dialogues qui suivent permettent de mieux saisir ce qui y était représenté.
C'est une aventure jeunesse imaginative et pleine d'énergie, qu'on lit avec le sourire et qui est portée par le graphisme très prometteur de Júlia Rubau Vigara, dont je pense qu'on reverra d'autres œuvres publiées en France à l'avenir.
Dans le Paris populaire du début des années 60, la petite Brigitte grandit dans la Zone, aux abords d'un périphérique encore en construction, et raconte son quotidien familial et de voisinage à hauteur d'enfant.
Je connaissais Brigitte Lecordier avant tout pour ses voix dans Dragon Ball (et je le dis avec émotion), et Arcady Picardi pour ses chapitres sur Dragon Ball Multiverse, donc je m'attendais à quelque chose d'assez proche de cet univers. En réalité, cette BD n'a quasiment rien à voir avec Dragon Ball (à quelques petits clins d'œil graphiques près), et le style d'Arcady Picardi est d'ailleurs très différent de ce qu'il avait pu expérimenter sur DB Multiverse.
Et c'est une excellente surprise. J'ai trouvé son dessin étonnamment maîtrisé, avec une vraie personnalité visuelle. Il y a quelque chose de familier dans certaines influences sans que je parvienne vraiment à le rattacher à un style précis, ce qui lui donne justement une identité très forte. La mise en scène est particulièrement réussie, très vivante, avec un excellent sens du rythme visuel, et la colorisation accompagne parfaitement cette atmosphère à la fois chaleureuse et plus rude.
Le récit de Brigitte Lecordier est tout aussi personnel. On sent qu'on est dans une autobiographie très intime, construite à partir de souvenirs d'enfance, avec cette petite Bibi solaire, énergique et toujours souriante qui traverse un environnement pourtant objectivement très dur. La force du livre vient justement de ce contraste permanent : à travers ses yeux, on découvre avec humour, imagination et une joie de vivre constante des réalités parfois franchement sordides.
Et c'est là que l'album devient vraiment singulier : il ne s'agit pas d'un regard naïf d'enfant qui ne comprend pas ce qui l'entoure. Bibi semble au contraire parfaitement consciente que tout n'est pas rose, mais choisit instinctivement d'en voir les aspects humains, drôles ou lumineux. Les prostituées de l'immeuble deviennent avant tout des voisines attachantes, l'exhibitionniste près de l'école est traité avec une forme de distance presque absurde, et le voisin policier ripou qui bat sa femme se fait remettre à sa place par les grandes sœurs de Brigitte. Le rêve, l'imaginaire et la dureté sociale cohabitent constamment avec une douceur assez désarmante.
Le découpage en courts chapitres fonctionne très bien : j'ai picoré ces souvenirs avec plaisir, en découvrant progressivement cette époque et ces lieux extrêmement pauvres, avec parfois un vrai malaise en tant que lecteur adulte face à ce que cela raconte en creux sur la misère sociale de l'époque.
Et pourtant, ce qui reste surtout en tête, c'est ce sourire permanent de la petite Bibi, qui illumine ce décor gris de ses propres couleurs chaleureuses. Une autobiographie atypique, très vivante, parfois drôle, parfois dérangeante, dans un cadre historique à la fois très proche et assez méconnu, mais surtout un récit et une héroïne très attachants.
Un trois étoiles sans plus, même si je pense que le lectorat principalement visé (adolescent ?) y trouvera sans doute davantage son compte que moi.
Le sujet – au sens large – de base est plutôt accrocheur, puisque l’intrigue tourne autour de l’acceptation de la différence, voire de la transidentité (même si ce dernier thème, que je croyais devoir être prépondérant, s’efface rapidement en fait) : le héros, Martino/Rebis, est rejeté car différent – mais en fait surtout car albinos.
L’intrigue se déroule dans un moyen-âge un peu irréel, en une époque où, certes, les différences étaient stigmatisées – ou instrumentalisées – par l’Eglise et autres superstitions. Mais on peut supposer que l’auteure se sert de cette histoire/époque pour mettre en avant une thématique qui redevient hélas de plus en plus d’actualité (voir les violences de plus en plus marquées contre l’homosexualité, et plus généralement contre la communauté queer dans de nombreux pays).
L’histoire se laisse lire, assez rapidement, mais elle m’a quelque peu laissé sur ma faim.
Le dessin est très lisible, pas désagréable, mais n’est pas forcément ma tasse de thé (et la colorisation informatique non plus).
Surtout, il y a un rythme parfois trop lent, des facilités, un univers presque aseptisé, qui rendent mal la rugosité de l’époque, et qui surtout édulcore trop la violence du rejet. Cela manque de rythme, et de saleté, d’âpreté. Cela rend l’histoire artificielle et lui ôte par là un peu de sa force. Je ne sait si cela vient du fait qu’on s’adresse à des ados, ou si l’auteure volait rester dans du Disney like un peu trop rose, mais l’intrigue et les personnages auraient pu gagner en profondeur en évitant trop de rondeur et de douceur.
Accessoirement, je ne suis pas sûr que le fait d’être une « sorcière » (comme celle qui recueille Martino, et qui semble incarner LA sorcière) fasse d’elle quelqu’un de plus tolérant que la moyenne. Être « déviant » (au sens où l’entend la société de l’époque) ne vous rend pas forcément défenseur de toutes les « déviances » (toujours au sens où l’entend la société de l’époque) : Viviana en est presque anachronique, en tout cas cela m’a surpris qu’elle aille à ce point contre certains interdits (homosexualité par exemple).
Le fantastique qui s’invite dans les trente dernières pages ne m’a pas non plus convaincu, comme le happy-end.
Mais bon, je ne suis sans doute pas le cœur de cible.
« Tout, mais pas Beyrouth ! », voilà le cri du cœur de la mère de Mathieu Diez, lorsqu’il lui annonce qu’il postulé pour un poste d’attaché culturel d’ambassade. Et, bien évidemment, c’est ce poste qu’il a décroché, en 2021.
Plusieurs thématiques sont abordées dans ce documentaire aux airs de carnet de voyage. D’abord la découverte d’un pays, que le relatif calme du début de son séjour permet à l’auteur de découvrir. Et le travail d’un attaché culturel, qui réussit à mettre sur pieds plusieurs salons/rencontres d’auteurs, un salon de BD et un autre plus littéraire.
Plusieurs rappels de l’histoire du Liban sont bien amenés. Ils permettent de mieux comprendre ce qui va progressivement se passer, dans une descente en enfers prévisible, pour qui suit l’actualité de la région. En effet, arrivé peu après le désastre de la méga explosion dans le port de Beyrouth, et alors que gabegies et corruption des élites dirigeantes hypothèque le relèvement du pays après la très longue guerre civile des années1970-1980, le dernier tiers du récit est occupé par les conflits dans lesquels le Liban va se trouver entrainé.
Les attaques israéliennes, contre les Hezbollah d’abord, mais rapidement contre les civils libanais de façon quasi indifférencié (bombardements, explosions de « bippers », etc.), tout ceci allant crescendo après l’attaque du Hezbollah contre Israël en octobre 2023.
L’activité culturelle est alors mise en suspens, les familles sont évacuées, et l’auteur lui aussi doit quitter le Liban, les bombes se rapprochant.
On ne peut qu’être inquiet pour les Libanais, car le récit s’arrête avant les bombardements israéliens de ces derniers mois (qui ont tué des milliers de personnes et détruit des quartiers entiers des grandes villes, et rasé de dizaines de villages). Le Liban qui semblait revivre sous les yeux de l’auteur semble reparti dans une spirale infernale, dans l’indifférence internationale, son territoire amputé et ses infrastructures détruites au mépris du droit international.
Le récit est vivant, un peu à la manière d’un Delisle. Pas trop autocentré, une narration dynamique et simple (comme le dessin de Jibé, qui use de plusieurs bichromies pour accompagner ce récit).
Une lecture intéressante.
Watership Down nous conte l'histoire d'un jeune groupe de lapins depuis leur "évasion" de leur garenne originelle à la création de leur propre garenne.
J'ai trouvé l' histoire fort intéressante même si certains passages trainent un peu en longueur.
L'idée de prendre des lapins en héros est vraiment surprenante et osée.
En effet dans l'imaginaire collectif le lapin est une gentille petite bête craintive mais que nenni mon brave, certaines castagnes n'ont rien à envier à des combat d'animaux plus "féroces"
Comme l'indique cac dans son avis l'analogie à la société humaine parait évidente. Il y est question d'émancipation, de lutte de classes, de liberté et de vivre ensemble. Des thèmes universels et qui parlent facilement au plus grand nombre
Toutefois j'ai un petit bémol sur la différenciation des différents protagonistes. Par moment elle n'est vraiment pas évidente et il m'est arrivé de me perdre
De plus si ma lecture fut plaisante je n'ai pas eu non plus ce gout de "reviens-y" qui me permettrait de monter ma note
Note réelle 3.5/5
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La Mare au diable
Un album qui m'a déçu parce le résumé est pas du tout ce que l'on retrouve dans la BD ! Je m'attendais à un petit conte sympathique remplit de créatures fantastiques et au final...ben il y a du fantastique, mais qui sert à rien dans le récit et qu'on aurait pu éliminer sans problème. Il faut dire que c'est adapté librement d'un roman que je n'ai pas lu, mais de ce que j'ai lu sur internet il ne semble pas avoir grand chose de fantastique dans l'œuvre originale. C'est une bête histoire d'amour entre un jeune veuf et une jeune fille et cela ne m'aurait pas dérangé si au moins c'était bien fait, mais j'ai trouvé que c'était banal et froid. Je ne me suis pas du tout attaché aux personnages et à leur histoire. Il faut dire aussi que c'état les débuts de VoRo et cela se voit au dessin qui est très inégal et fait souvent amateur. Les débuts d'un auteur qui fera mieux par la suite. Un péché de jeunesse à l'intérêt très limité en ce qui me concerne.
Du sang sur la neige - La tragédie de Reesor Siding
Un album qui m'a surpris dans sa forme. Je m'attendais à une œuvre de fiction qui raconterait une tragédie syndicale oubliée (il faut dire que le nord de l'Ontario est une région surtout rurale, peu peuplé et loin du centre d'animation de cette province) et en fait c'est un documentaire. On suit tout le long le scénariste, qui est aussi historien, discuté de l'affaire avec une autre historienne dans des petites cases apposés sur des dessins plus grands et c'est la source d'une bonne partie du texte de l'album. Je ne suis pas particulièrement fan du procédé, en particulier parce que l'aspect art séquentiel de cette BD est souvent minimal hormis quelques moments percutant où ne sont pas présent les historiens comme lorsqu'on voit un individu prendre son fusil pour tirer sur les grévistes. C'est vraiment le genre de BD documentaire où j'ai l'impression qu'on aurait pu faire un livre sans problème. Il faut dire aussi que le travail de Quesnel ressemble plus à de l'illustration et si j'aime bien les décors, j'aime un peu moins les personnages qui sont souvent trop figés. On dirait juste que quelqu'un a dessiné par-dessus des photos. Sinon, cela reste quand même un album intéressant qui remets en lumière une affaire que toute le monde a oubliée. L'événement en lui-même est d'ailleurs banalement tragique pour n'importe qui qui connait un peu l'histoire des luttes ouvrières: compagnie toute puissante qui fait la loi, grévistes qui essaient d'améliorer leurs sorts, les autorités qui ne font rien et cela se termine dans le drame et la parodie de justice. Triste schéma qu'on a vu bien trop souvent !
Bernard Prince
Après un début hésitant et peu convaincant en tant que policier (il y avait déjà un détective dans le journal de Tintin), tout a changé pour Bernard avec l'héritage du Cormoran. Avec Djinn et le et si plein de couleurs Barney, l'équipage était au complet pour partir à l'aventure sur tous les continents du monde. Malgré les tronches laides dessinées par Hermann, la véritable protagoniste dans beaucoup des albums de la série est la nature, les menaces et les défis de phénomènes extrêmes. Cela a permis des dessins spectaculaires et des séquences mémorables. Ce fut ma première lecture du duo Hermann et Greg et elle reste pour moi la série d'aventure par excellence. Avec les dessins de Dany ou Aidans ( auteurs que j'aime pourtant beaucoup) ce n'était plus la même chose, et la dernière aventure (texte de Yves H.) était dispensable.
Docteur Jekyll & Mister Hyde
Je ne connaissais pas encore Mattotti et j'espérais trouver une adaptation plus consensuelle du célèbre roman de R. L. Stevenson. Cependant, il s'agit d'une succession de tableaux expressionnistes, bons pour être exposés dans une galerie. C'est de l'art, oui, mais cela laisse beaucoup à désirer en tant que bande dessinée. Ce fut un choc pour lequel je n'étais pas préparé.
Un Chant de Noël
Difficile de reprocher grand-chose à cette adaptation tant elle fait globalement très bien ce qu'elle entreprend. Le récit de Charles Dickens est retranscrit de manière claire, fluide et accessible, avec un bon rythme narratif qui va à l'essentiel sans donner l'impression de trahir les grandes étapes du conte. Pour quelqu'un qui ne connaîtrait pas encore Un chant de Noël, c'est clairement une porte d'entrée très efficace. Visuellement, c'est également une réussite. Le dessin de Thomas Labourot est soigné, expressif et agréable à parcourir, avec une colorisation lumineuse qui alterne bien les ambiances plus sombres et les passages plus chaleureux liés à l'esprit de Noël. J'ai aussi apprécié quelques petits clins d'œil graphiques qui modernisent légèrement l'ensemble sans dénaturer le matériau d'origine comme cette apparition furtive de Rémi Sans Famille le temps d'une scène. L'ensemble est vivant, lisible, et transmet bien la dimension magique du récit. Mon principal bémol vient finalement de ce qui fait aussi la qualité de l'album : sa grande fidélité au texte original. Comme il existe déjà énormément d'adaptations de ce conte, il est difficile d'y trouver un véritable effet de surprise ou une relecture particulièrement marquante quand on connaît déjà bien l'histoire. Certains dialogues peuvent aussi paraître un peu naïfs ou convenus dans une lecture moderne, même si cela reste largement lié au matériau d'origine. Et j'avoue avoir trouvé que Scrooge amorçait son revirement moral un peu trop rapidement, puisqu'il commence déjà à se remettre en question dès la visite du premier esprit, ce qui rend sa transformation légèrement abrupte. Mais en dehors de cela, c'est une adaptation très propre, sincère et efficace. Elle remplit bien son rôle pour faire découvrir ce grand classique de Dickens à un jeune public ou à des lecteurs qui ne l'ont jamais lu. En revanche, ceux qui connaissent déjà le conte par cœur risquent surtout d'y retrouver une version appliquée plutôt qu'une réinterprétation vraiment originale. Note : 3,5/5
Le Complot des grenouilles
Pendant leurs vacances dans un petit village de montagne, Léna et ses amis s'ennuient ferme jusqu'au jour où ils découvrent une mystérieuse pierre rose et d'improbables grenouilles parlantes organisées en société secrète, bien décidées à menacer le village. Le point de départ de cette BD jeunesse, à savoir ces grenouilles parlantes et leur drôle de secte secrète, est forcément absurde, mais l'album assume pleinement son côté farfelu et en fait le moteur d'une aventure amusante. Il y a une énergie communicative, des situations volontairement improbables, un humour qui attire le sourire, et une bonne capacité à retrouver cette logique de l'enfance où l'extraordinaire surgit naturellement au coin d'un champ ou d'une rivière. L'ensemble m'a parfois rappelé certaines séries d'animation du début des années 2010 dans son ton, son sens du mouvement et sa manière de mélanger aventure, humour et bizarrerie. L'album s'adresse un peu plus à de jeunes lecteurs qu'à des adultes et va parfois vite dans son déroulement, mais il conserve un bon sens du rythme et une envie constante d'emmener ses jeunes héros d'une idée farfelue à une autre. La partie graphique est plutôt réjouissante. Le dessin a une bonne personnalité, avec des designs expressifs, des compositions lisibles et une palette de couleurs vive qui crée des ambiances variées selon les scènes. On sent aussi des influences multiples (animation, manga, BD jeunesse plus classique) sans que l'autrice espagnole donne l'impression de simplement reproduire quelque chose de déjà vu. Il y a au contraire une vraie identité visuelle qui se dégage de l'ensemble. Je suis en revanche plus mesuré sur les quelques scènes muettes qui ne sont pas toujours évidentes à comprendre immédiatement : heureusement, les dialogues qui suivent permettent de mieux saisir ce qui y était représenté. C'est une aventure jeunesse imaginative et pleine d'énergie, qu'on lit avec le sourire et qui est portée par le graphisme très prometteur de Júlia Rubau Vigara, dont je pense qu'on reverra d'autres œuvres publiées en France à l'avenir.
La Réalité est énorme
Dans le Paris populaire du début des années 60, la petite Brigitte grandit dans la Zone, aux abords d'un périphérique encore en construction, et raconte son quotidien familial et de voisinage à hauteur d'enfant. Je connaissais Brigitte Lecordier avant tout pour ses voix dans Dragon Ball (et je le dis avec émotion), et Arcady Picardi pour ses chapitres sur Dragon Ball Multiverse, donc je m'attendais à quelque chose d'assez proche de cet univers. En réalité, cette BD n'a quasiment rien à voir avec Dragon Ball (à quelques petits clins d'œil graphiques près), et le style d'Arcady Picardi est d'ailleurs très différent de ce qu'il avait pu expérimenter sur DB Multiverse. Et c'est une excellente surprise. J'ai trouvé son dessin étonnamment maîtrisé, avec une vraie personnalité visuelle. Il y a quelque chose de familier dans certaines influences sans que je parvienne vraiment à le rattacher à un style précis, ce qui lui donne justement une identité très forte. La mise en scène est particulièrement réussie, très vivante, avec un excellent sens du rythme visuel, et la colorisation accompagne parfaitement cette atmosphère à la fois chaleureuse et plus rude. Le récit de Brigitte Lecordier est tout aussi personnel. On sent qu'on est dans une autobiographie très intime, construite à partir de souvenirs d'enfance, avec cette petite Bibi solaire, énergique et toujours souriante qui traverse un environnement pourtant objectivement très dur. La force du livre vient justement de ce contraste permanent : à travers ses yeux, on découvre avec humour, imagination et une joie de vivre constante des réalités parfois franchement sordides. Et c'est là que l'album devient vraiment singulier : il ne s'agit pas d'un regard naïf d'enfant qui ne comprend pas ce qui l'entoure. Bibi semble au contraire parfaitement consciente que tout n'est pas rose, mais choisit instinctivement d'en voir les aspects humains, drôles ou lumineux. Les prostituées de l'immeuble deviennent avant tout des voisines attachantes, l'exhibitionniste près de l'école est traité avec une forme de distance presque absurde, et le voisin policier ripou qui bat sa femme se fait remettre à sa place par les grandes sœurs de Brigitte. Le rêve, l'imaginaire et la dureté sociale cohabitent constamment avec une douceur assez désarmante. Le découpage en courts chapitres fonctionne très bien : j'ai picoré ces souvenirs avec plaisir, en découvrant progressivement cette époque et ces lieux extrêmement pauvres, avec parfois un vrai malaise en tant que lecteur adulte face à ce que cela raconte en creux sur la misère sociale de l'époque. Et pourtant, ce qui reste surtout en tête, c'est ce sourire permanent de la petite Bibi, qui illumine ce décor gris de ses propres couleurs chaleureuses. Une autobiographie atypique, très vivante, parfois drôle, parfois dérangeante, dans un cadre historique à la fois très proche et assez méconnu, mais surtout un récit et une héroïne très attachants.
Rebis
Un trois étoiles sans plus, même si je pense que le lectorat principalement visé (adolescent ?) y trouvera sans doute davantage son compte que moi. Le sujet – au sens large – de base est plutôt accrocheur, puisque l’intrigue tourne autour de l’acceptation de la différence, voire de la transidentité (même si ce dernier thème, que je croyais devoir être prépondérant, s’efface rapidement en fait) : le héros, Martino/Rebis, est rejeté car différent – mais en fait surtout car albinos. L’intrigue se déroule dans un moyen-âge un peu irréel, en une époque où, certes, les différences étaient stigmatisées – ou instrumentalisées – par l’Eglise et autres superstitions. Mais on peut supposer que l’auteure se sert de cette histoire/époque pour mettre en avant une thématique qui redevient hélas de plus en plus d’actualité (voir les violences de plus en plus marquées contre l’homosexualité, et plus généralement contre la communauté queer dans de nombreux pays). L’histoire se laisse lire, assez rapidement, mais elle m’a quelque peu laissé sur ma faim. Le dessin est très lisible, pas désagréable, mais n’est pas forcément ma tasse de thé (et la colorisation informatique non plus). Surtout, il y a un rythme parfois trop lent, des facilités, un univers presque aseptisé, qui rendent mal la rugosité de l’époque, et qui surtout édulcore trop la violence du rejet. Cela manque de rythme, et de saleté, d’âpreté. Cela rend l’histoire artificielle et lui ôte par là un peu de sa force. Je ne sait si cela vient du fait qu’on s’adresse à des ados, ou si l’auteure volait rester dans du Disney like un peu trop rose, mais l’intrigue et les personnages auraient pu gagner en profondeur en évitant trop de rondeur et de douceur. Accessoirement, je ne suis pas sûr que le fait d’être une « sorcière » (comme celle qui recueille Martino, et qui semble incarner LA sorcière) fasse d’elle quelqu’un de plus tolérant que la moyenne. Être « déviant » (au sens où l’entend la société de l’époque) ne vous rend pas forcément défenseur de toutes les « déviances » (toujours au sens où l’entend la société de l’époque) : Viviana en est presque anachronique, en tout cas cela m’a surpris qu’elle aille à ce point contre certains interdits (homosexualité par exemple). Le fantastique qui s’invite dans les trente dernières pages ne m’a pas non plus convaincu, comme le happy-end. Mais bon, je ne suis sans doute pas le cœur de cible.
Tout mais pas Beyrouth
« Tout, mais pas Beyrouth ! », voilà le cri du cœur de la mère de Mathieu Diez, lorsqu’il lui annonce qu’il postulé pour un poste d’attaché culturel d’ambassade. Et, bien évidemment, c’est ce poste qu’il a décroché, en 2021. Plusieurs thématiques sont abordées dans ce documentaire aux airs de carnet de voyage. D’abord la découverte d’un pays, que le relatif calme du début de son séjour permet à l’auteur de découvrir. Et le travail d’un attaché culturel, qui réussit à mettre sur pieds plusieurs salons/rencontres d’auteurs, un salon de BD et un autre plus littéraire. Plusieurs rappels de l’histoire du Liban sont bien amenés. Ils permettent de mieux comprendre ce qui va progressivement se passer, dans une descente en enfers prévisible, pour qui suit l’actualité de la région. En effet, arrivé peu après le désastre de la méga explosion dans le port de Beyrouth, et alors que gabegies et corruption des élites dirigeantes hypothèque le relèvement du pays après la très longue guerre civile des années1970-1980, le dernier tiers du récit est occupé par les conflits dans lesquels le Liban va se trouver entrainé. Les attaques israéliennes, contre les Hezbollah d’abord, mais rapidement contre les civils libanais de façon quasi indifférencié (bombardements, explosions de « bippers », etc.), tout ceci allant crescendo après l’attaque du Hezbollah contre Israël en octobre 2023. L’activité culturelle est alors mise en suspens, les familles sont évacuées, et l’auteur lui aussi doit quitter le Liban, les bombes se rapprochant. On ne peut qu’être inquiet pour les Libanais, car le récit s’arrête avant les bombardements israéliens de ces derniers mois (qui ont tué des milliers de personnes et détruit des quartiers entiers des grandes villes, et rasé de dizaines de villages). Le Liban qui semblait revivre sous les yeux de l’auteur semble reparti dans une spirale infernale, dans l’indifférence internationale, son territoire amputé et ses infrastructures détruites au mépris du droit international. Le récit est vivant, un peu à la manière d’un Delisle. Pas trop autocentré, une narration dynamique et simple (comme le dessin de Jibé, qui use de plusieurs bichromies pour accompagner ce récit). Une lecture intéressante.
Watership Down
Watership Down nous conte l'histoire d'un jeune groupe de lapins depuis leur "évasion" de leur garenne originelle à la création de leur propre garenne. J'ai trouvé l' histoire fort intéressante même si certains passages trainent un peu en longueur. L'idée de prendre des lapins en héros est vraiment surprenante et osée. En effet dans l'imaginaire collectif le lapin est une gentille petite bête craintive mais que nenni mon brave, certaines castagnes n'ont rien à envier à des combat d'animaux plus "féroces" Comme l'indique cac dans son avis l'analogie à la société humaine parait évidente. Il y est question d'émancipation, de lutte de classes, de liberté et de vivre ensemble. Des thèmes universels et qui parlent facilement au plus grand nombre Toutefois j'ai un petit bémol sur la différenciation des différents protagonistes. Par moment elle n'est vraiment pas évidente et il m'est arrivé de me perdre De plus si ma lecture fut plaisante je n'ai pas eu non plus ce gout de "reviens-y" qui me permettrait de monter ma note Note réelle 3.5/5