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Anaïs Nin - Sur la mer des mensonges

Note: 3.63/5
(3.63/5 pour 8 avis)

Angoulême 2021 : Prix du public France Télévisions Anaïs Nin...


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Début des années 30. Anaïs Nin vit en banlieue parisienne et lutte contre l’angoisse de sa vie d’épouse de banquier. Plusieurs fois déracinée, elle a grandi entre 2 continents, 3 langues, et peine à trouver sa place dans une société qui relègue les femmes à des seconds rôles. Elle veut être écrivain, et s’est inventé, depuis l'enfance, une échappatoire : son journal. Il est sa drogue, son compagnon, son double, celui qui lui permet d’explorer la complexité de ses sentiments et de percevoir la sensualité qui couve en elle. C’est alors qu’elle rencontre Henry Miller, une révélation qui s’avère la première étape vers de grands bouleversements.

Scénariste
Dessinateur
Coloriste
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 26 Août 2020
Statut histoire One shot 1 tome paru
Couverture de la série Anaïs Nin - Sur la mer des mensonges

20/09/2020 | Mac Arthur
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Par Ro
Note: 3/5
L'avatar du posteur Ro

Pour certaines oeuvres, il convient de séparer l'ouvrage de son auteur. Dans le cas de celle-ci, il m'a fallu séparer l'ouvrage de son personnage. Je ne connaissais Anaïs Nin que de nom, ne sachant pas vraiment jusqu'à il y a peu en quoi elle était connue. Cette BD m'a permis de la découvrir... et de constater pourquoi elle n'était jamais parvenue jusqu'à moi tant elle s'éloigne des aspirations et affections de mes proches et de moi-même. Concrètement, je n'ai aucun intérêt pour le personnage, ne partageant aucun des atermoiements sentimentaux de celle qui m'a été présentée ici comme une femme mariée oisive s'abandonnant aux désirs des hommes qu'elle rencontre pour nourrir son esprit artistique et sa psychologie tourmentée avant d'elle-même prendre les devants avec presque tout le monde jusqu'à aboutir à une liberté venant percuter de plein fouet l'inceste, et cela tout en louant son mari fidèle et compréhensif. Faut-il célébrer une telle ouverture d'esprit ? Disons que ce n'est pas ma vision de la libération de la femme puisque ce n'est aucunement la liberté à laquelle j'aspire moi-même. S'il fallait donc juger une oeuvre sur son personnage, j'estimerais cette BD bof sans plus, car cette femme qui a sans doute dû choquer au début du 20e siècle ne m'inspire aujourd'hui qu'une indifférence légèrement méprisante. Mais la BD en elle-même n'en demeure pas moins de belle qualité. Sur le plan narratif, elle a su maintenir mon intérêt malgré un sujet qui, comme je le dis plus haut, avait tout lieu de m'ennuyer rapidement. Sur le plan graphique ensuite, je la trouve très belle. Je ne suis pas amateur en général de ce type de graphisme qui épure voire omet la majorité des décors pour se focaliser sur les seuls protagonistes et quelques décorations illustratives, mais j'ai trouvé dans cet album une grande esthétique et une jolie personnalité visuelle. J'apprécie l'originalité de cet encrage aux couleurs variées. Je craignais que leurs tons pastels le rendent mièvre à mes yeux, mais en définitive je trouve les planches très réussies et attractives. Et grâce à cela, j'ai pu approcher une facette de l'esprit de cette fameuse Anaïs Nin vers laquelle je n'aurais probablement jamais été autrement. C'est donc un bel ouvrage, mais sur un sujet qui ne m'intéresse pas et n'a pas su me toucher malgré l'excellence de sa mise en scène.

11/04/2021 (modifier)
L'avatar du posteur ThePatrick

Chaque homme à qui j'ai fait lire mes textes a tenté de changer mon écriture. Écrire comme un homme ne m'intéresse pas. Je veux écrire comme une femme. Cette présentation m'avait mis l'eau à la bouche. En ressortant de ce livre, je n'ai pas l'impression d'avoir eu un quelconque développement sur ce sujet. Anaïs Nin a de sacrés problèmes. Elle a visiblement baigné dans un milieu familial toxique et pervers. Elle est loin, très loin d'être au clair avec elle-même. Elle attire d'abord involontairement les hommes comme le miel les mouches et ne sait pas leur dire non, et ensuite elle les attire volontairement. Elle voudrait bien écrire des trucs super bien qui révolutionneraient les genres et casseraient les codes, et on la voit discuter de quel mot il faudrait mettre à la place de celui-ci... En terme de priorité, peut-être la structure ou le fond seraient-ils plus importants ? Elle fréquente June, la femme d'Henry Miller, et fait des commentaires sur sa vacuité et le fait qu'elle n'existe que dans le regard des autres. Par contre, elle, pour exister, couche avec à peu près tous les hommes qu'elle rencontre. Intéressant... Anaïs Nin, pour aller mieux, devrait sans doute faire une psychanalyse. Ce qu'elle fait. Mais elle couche avec son analyste. Alors elle fait une autre psychanalyse, avec un analyste vachement mieux, un disciple de Freud. Manque de bol, elle couche aussi avec. Quel dommage. Anaïs Nin, pour aller mieux, ne doit pas changer, elle doit s'accepter telle qu'elle est. Alors elle couche avec son père dans lequel elle cherche son image et des réponses, qu'elle croit trouver mais non. Alors elle cherche des réponses en elle-même, mais a quand même couché avec son père. Au final, Anaïs Nin, pour rester celle qu'elle veut être, réussira à perdre son enfant. Alors excusez-moi, mais sans connaître le personnage à part par ce récit et sans avoir lu un seul extrait de sa prose, je trouve Anaïs Nin d'un égoïsme sans borne, d'abord esclave de ses travers, puis esclave volontaire de ses travers. Victime de perversité, et elle-même perverse et dénuée de toute morale. Ne cherchant pas de solution pour s'améliorer mais s'enfonçant au contraire pour réussir à se sentir mieux. Ce récit est malsain, et il ne s'agit pas d'exploration de la féminité, mais d'exploration d'une personnalité. Même si à côté de ça les analyses psychologiques à deux balles fusent parfois, tel un épisode d'Anaïs et les garçons. Dans toute cette histoire, le seul personnage à peu près normal bienveillant est le mari d'Anaïs, cocu jusqu'au cou et auquel elle ment pour le préserver (ou se préserver elle-même ? ©Psychologie de quartier). On pourra dire qu'Anaïs Nin a trop d'amour pour un seul homme, et on gagnera ainsi le badge du club des excuses foireuses pour justifier l'infidélité. J'ai su au bout d'un demi-chapitre que ce livre ne me plairait pas. Je ne m'attendais pas que ça soit à ce point-là. Sinon, oui, le dessin est très beau.

09/04/2021 (modifier)
L'avatar du posteur Calimeranne

Léonie Bischoff... Mac Arthur nous avait bien dit de ne pas oublier ce nom... Eh bien je peux vous dire qu'après cette magnifique lecture je ne l'oublierai pas de sitôt ! J’ai découvert cet album (et, je dois le confesser, l’existence d’Anaïs Nin par la même occasion) grâce à la critique postée par Mac Arthur. Son enthousiasme débordant, ainsi que le dessin séduisant m’ont donné envie de lire cette BD ; par la suite, les autres critiques élogieuses postées sur le site m’ont définitivement convaincue que je ne devais pas passer à côté. Et grand bien m’en a pris ! Dès les premières pages j’ai été envoutée par le dessin… ah, ce dessin, que dire à part qu’il est tout simplement sublime ? Après ma lecture, je me suis rendue compte que j'avais déjà lu un album dessiné par Léonie Bischoff (Le Prédicateur) mais je n’ai pas été spécialement marquée par son dessin. En revanche, dans cet album l’autrice me parait avoir atteint une parfaite maturité, semblant laisser libre cours à toute sa créativité et son inspiration. Le dessin au crayon multicolore apporte beaucoup de douceur et un charme indéniable. Les nombreux espaces laissés blancs apportent quant à eux dans certaines planches une belle luminosité qui contraste avec d’autres scènes plus sombres. Le trait gracieux retranscrit à merveille la sensualité d’Anaïs Nin, certaines compositions sont tout simplement magnifiques. C'est original, délicat, inspiré ; à mes yeux c'est tout simplement parfait. Et quel bonheur de découvrir au fil des pages que ce dessin magnifique n’est pas le seul atout de cet album ! J’ai été très rapidement happée par le récit, j’ai plongé avec bonheur dans l'esprit d'Anaïs, cette femme superbe qui brûle de vivre pleinement, sans entraves, loin des chemins tout tracés. Il se dégage de son être la passion, l'amour ; et loin de l'image de l'artiste tourmenté éternellement malheureux elle ouvre une autre voie. Léonie Bischoff nous ouvre une porte sur la vie d’Anaïs Nin par le biais des extraits de son journal intime, journal qu’elle a tenu avec assiduité toute sa vie. La force de cet ouvrage est de rendre compréhensible des comportements que par ailleurs on pourrait être tenté de juger ; en pénétrant dans l’esprit et le cœur d’Anaïs Nin, on réalise que malgré ses nombreuses aventures, il n'y a nulle trace d'égoïsme ni de manque de respect envers son mari à qui elle voue un amour sincère. Il semble juste que son cœur et ses désirs sont trop grands pour un seul homme. Et elle témoigne à chaque personne qu’elle croise une telle bienveillance qu’on ne peut voir en elle qu’une belle personne. Je suis heureuse d’avoir lu ce superbe album, et d’avoir découvert Anaïs Nin, cette femme décidément fascinante. Nul doute qu'elle ne s'est pas retournée dans sa tombe à la sortie de l'album. Au contraire, elle doit y reposer plus en paix que jamais, reconnaissante d'avoir été à ce point magnifiée et si bien comprise.

03/04/2021 (modifier)
Par Canarde
Note: 4/5
L'avatar du posteur Canarde

L'histoire prenante et juste d'un esprit vif. Anaïs Nin est surtout connue pour avoir rédigé un journal intime très précis de sa vie, y compris amoureuse. Elle a aimé, et beaucoup travaillé avec Henry Miller qui lui doit sans doute beaucoup au point de vue littéraire. Cette collaboration associée à son journal, font flotter à coté de son nom un parfum de scandale, puisque tous les deux étaient mariés par ailleurs. Ici, son parcours nous est conté depuis l'intérieur, et chaque femme pourra se reconnaître dans ses questionnements et ses scrupules. Même si son parcours amoureux est complexe et douloureux, il est en germe en chacune de nous. Les réactions estomaquées des aviseurs précédents montrent que cette description est très réaliste et poignante. Les dessins aux crayons de mille couleurs se rassemblent en une ambiance violette qui tend vers la mélancolie. Les années de l'entre-deux-guerres à Paris sont présentes par les rencontres qu'elle y fait mais c'est surtout une histoire de son mûrissement intérieur (je pense issue de ses journaux eux-mêmes, que je n'ai encore pas lus, mais que cet album me donne envie de découvrir). On y voit les débuts de son couple avec son mari, la rencontre avec Miller, son amour ambigu pour son père, qui l'avait abandonnée toute jeune. Compte tenu des avis masculins déjà publiés, je crois que cette BD est un indispensable pour que les hommes comprennent mieux les femmes, et pour les femmes, elles s'y reconnaîtront. Anaïs est une sorte de Marcel Proust au féminin qui sait décortiquer les contours de ses propres sentiments. Mais contrairement à "Recherche du temps perdu", ici le monde extérieur est assez absent.

29/11/2020 (MAJ le 02/01/2021) (modifier)
Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
L'avatar du posteur Alix

Une lecture qui ne laisse pas indifférent, ça c’est sûr. Il faut dire que la vie de l’écrivaine Anaïs Nin fut bien remplie, et que sa personnalité complexe est abondamment documentée dans ses nombreux journaux intimes, publiés de son vivant. Léonie Bischoff a réussi la prouesse de synthétiser toute une vie en 190 pages de BD, sans qu’on ressente des omissions ou coupures (qui ont pourtant dû être nécessaires). Les sujets abordés sont tellement humains, féminins voire féministes, et la vie a priori scandaleuse et choquante d’Anaïs nous est racontée tout naturellement « de l’intérieur ». En tant que lecteur masculin j’ai accepté et compris des actes pourtant souvent indécents (je pense notamment à la relation incestueuse avec son père – ce dernier l’ayant d’ailleurs violée à l’âge de 9 ans, avant de l’abandonner). La réalisation de l’album est remarquable. On est d’abord charmé par le style graphique tellement particulier, mais c’est surtout la narration qui m’a impressionné : cet album raconte tellement de choses, fait passer tellement d’émotions… les planches sont pourtant aérées et légères en textes, les émotions sont transmises par les regards, les silences, les couleurs… Il aurait été tellement plus « facile » de réutiliser les textes des journaux originaux, mais l’autrice n’est pas tombée dans ce piège et démontre une maitrise du 9eme art qui force le respect. Un portrait passionnant d’une femme incroyable. Un coup de cœur !

02/01/2021 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
L'avatar du posteur gruizzli

Oh, mais quelle claque, mes amis ! Quelle claque ! Je crois bien que c'est la première fois que je ressors d'une lecture de BD en me disant que j'ai eu la sensation d'avoir lu le plus brillant portrait de femme que l'on ai jamais fait dans cet art. Et c'est fou ce que ça fait du bien ! J'avais eu envie de lire la BD rien qu'à sa couverture et aux visuels du dessin, mais maintenant je n'ai qu'une envie : la prêter et la faire lire au maximum de monde. Parce que, quand une BD prend le temps de vous mettre une telle baffe, il ne faut pas hésiter un instant à la diffuser. Et pour parler immédiatement de ce que je considère comme l'excellence de ce volume, je dois remercier l'auteure : Merci Léonie Bischoff d'avoir fait un tel ouvrage. Merci de l'histoire, du dessin, de la composition et du travail derrière. C'est incroyable comme cette BD m'a happé et relâché à la dernière page dans un dessin envoutant, aux couleurs magnifiques et au trait sublime. Je ne saurais dire de quelle façon, mais l'auteure à une douceur du trait, une esquisse d'une finesse et d'un voluptueux incroyable, magnifié par les compositions toutes les plus travaillées les unes que les autres. C'est bien simple, certaines planches sont à décalquer pour afficher chez soi, tant elles sont parlantes dans le trait et dans le message. Réellement ! Et je ne parle pas de la façon dont elle arrive aussi bien à représenter les Années Folles que les tournoiement intérieurs de l'héroïne. Par des ajouts floral, des renversements et des miroirs, des jeux sur les couleurs et les ombres, Léonie Bischoff arrive à nous faire ressentir tout ce qu'il y a dans la vie intérieure de cette femme. Une pure merveille visuelle, un magnifique ouvrage rien que pour cela. Ça devient rare, les lectures où je ressors avec des étoiles plein les yeux juste parce que le dessin m'a envouté à ce point-là, et dans cet ouvrage-ci, on y est pleinement ! Et si le dessin est parfait, rien à redire, que dire de l'histoire ! J'aurais tant à en dire, mais je n'ai pas envie de dévoiler tout ce qui est dedans, alors je pourrais me contenter de dire que c'est la première fois que j'ai eu la sensation de lire un portrait de femme tellement parlant que je m'y suis senti impliqué. Tout au long du récit, par les pensées de Anaïs Nin tout autant que par ses actions, je me suis retrouvé littéralement dans sa peau, ses sentiments et ses envies. Et ... eh ben ça fait du bien d'être emmenée de cette façon, si douce, sensuelle et sensorielle (grâce au dessin) dans un univers totalement féminin d'un personnage aussi marquant et intéressant. Je ne connaissais rien à la vie d'Anaïs Nin, dont je n'avais jamais lu le nom auparavant, mais voila que j'ai envie de foncer découvrir tout ce qu'elle a pu faire, tant le récit donne envie de plus. Sa lecture fini, je n'ai pas envie de quitter ce personnage. Et puis, pour une fois que je suis emmené d'une façon qui sonne aussi juste dans l'intimité d'une femme, je ne peux qu'approuver ! C'est une plongée dans son monde tout intérieur, de sa vie sexuelle aux rapports familiaux, amicaux et amoureux. Rien que les petits passages sur le fait d'aimer plusieurs personnes, j'ai adoré. Et surtout, rien n'est martelé, mis trop en avant ou trop peu. C'est savamment dosé pour balayer un grand nombre de sujets et nous laisser tout le loisir d'en tirer ce que l'on voudra. Rien n'est explicitement dit quant à ce qu'il nous en faut retirer, et j'adore cela. L'auteure sème des graines de réflexions et de pensées, nous laissant les faire grandir tandis qu'elle se contente de nous dire ce que Anaïs Nin en aura retiré. Et puis, je me dois de dire : nom de dieu, c'est beau ! C'est réellement beau comme BD, une magnifique histoire de vie, une auteure qui étonne et qui plait, un dessin magnifique, un soupçon de poésie dans les mots et dans les images ... Réellement, cette BD est belle, en plus d'être une belle BD. J'en sors peut-être trop émerveillé, mais c'est mon vrai ressenti au sortir de ma lecture. J'ai une envie folle de la partager à tout le monde, de la faire lire et de me la relire, pour le plaisir des yeux et du cœur, parce que ce genre de BD fait du bien. Elle m'a ravi, et rien que pour cela je ne peux que vous la conseiller. Mes collègues aviseurs l'ont déjà dit, et je me joins à leur voix : oui, c'est une BD indispensable. En cette fin d'année morose, une telle couleur dans la vie fait plaisir de manière incroyablement forte. J'en suis encore tout sourire, de cette lecture, alors je me devais de vous le partager.

16/11/2020 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5
L'avatar du posteur Blue boy

Dans cette première moitié d'un XXe siècle encore très patriarcal mais où la voix des féministes commençait à se faire entendre, Anaïs Nin, sans être pour autant militante, revendiquait pour sa part sa volonté d’écrire « comme une femme ». Léonie Bischoff a au moins ceci en commun avec l’écrivaine dans sa façon de dessiner, qui recèle une volupté et une douceur toute féminine, ne serait-ce que par le choix graphique de ne pas encrer son travail, élaboré entièrement aux crayons de couleur. L’un deux, multicolore, a été utilisé pour les contours, ce qui produit un résultat assez original. Oscillant entre un minimalisme sobre et une exubérance colorée, avec quelques beaux passages plein de poésie, le trait dégage une vraie sensualité lorsqu’il en vient à illustrer le plaisir féminin. C’est ainsi que Léonie Bischoff va évoquer le parcours riche et romanesque de cette apatride qui « a grandi entre deux continents, trois langues, et peinait à trouver sa place dans une société qui reléguait les femmes aux seconds rôles ». Femme de dilemme, coincée entre son rôle d’épouse aimante et son désir d’émancipation, Anaïs Nin fut conduite à « inventer » sa vie à travers son journal intime, n’hésitant pas à l’enjoliver, la comparant à une œuvre d’art que sa propre « magie » lui permettait de sculpter. Celle qui trompait son mari Hugo tout en confessant qu’elle avait besoin d’aimer Henry (Miller) pour mieux l’aimer — car elle était profondément attachée à ce mari qu’elle définissait comme étant « parfait » — était une hédoniste bisexuelle dont le besoin de séduire était irrépressible. Très jolie femme, elle n’y voyait pas à mal, disait-elle, mais préférait le mensonge pour éviter de faire souffrir Hugo. Pour cette introvertie dont la quête d’absolu restait contenue, l’acte d’amour requérait l’union des esprits comme des corps. Au final, cette vie, quand bien même elle n’est que rêvée, nous charme, mise en relief par un dessin élégant qui nous plonge dans une époque (les années folles) qui n’était en fait qu’une parenthèse enchantée entre les deux terribles guerres du XXe siècle qui plombèrent l’Europe. A travers la biographie de cette femme libre et transgressive, Léonie Bischoff nous livre un récit original et intemporel où le désir féminin est réhabilité, tout en évoquant des thèmes aussi sensibles que l’inceste et l’avortement avec la subtilité que permet son trait imagé.

11/11/2020 (modifier)
L'avatar du posteur Mac Arthur

Waouw, je... Waouw !! Léonie Bischoff Léonie Bischoff Léonie Bischoff (Non, mais c'est juste pour que vous reteniez son nom) Léonie Bischoff Léonie Bischoff Anaïs Nin... Quelle claque, mes aïeux, quelle claque ! Dans ma totale inculture, je n'aurais su vous dire si ce nom correspondait à une héroïne de roman ou à son autrice. Anaïs Nin, ce nom en lui-même flotte tellement comme une toile de soie par un matin clair qu'il me semblait logique qu'il soit lié à un personnage romanesque. Et même s'il s'agit d'une écrivaine on ne peut plus réelle, Anaïs Nin n'en est pas moins romanesque pour la cause ! Et finalement, j'ai presqu'envie de dire "qu'importe qu'il s'agisse d'un personnage réel ou pas", Anaïs Nin incarne la féminité dans toute sa complexité, dans toute sa diversité. Ce personnage est fascinant, diamant brut aux multiples facettes, fidèle et sulfureuse, passionnée et passionnante. Et Léonie Bischoff nous la présente avec un talent incroyable. Les planches sont superbes, qui semblent dessinées avec un crayon 'quatre couleurs' ici, réalisées avec un soin méticuleux là (et le plus souvent les deux ici et là). L'écriture est fine et sensible, avec des phrases que j'aurais rêvé écrire un jour ("Je vous considère comme mon égale" dit-il en me plaçant sur un piédestal). Le personnage qu'elle nous décrit a tout pour séduire, pour fasciner. Pour effrayer aussi tant elle semble libre et sans barrières, insaisissable quand bien même elle se donne sans compter. Non, franchement, waouw, quoi ! Le personnage est fascinant, le dessin est magnifique, l'écriture est fine et cette biographie ressemble à tout sauf à une biographie tant elle déborde de passion, tant elle appréhende la complexité du désir féminin avec subtilité et honnêteté. Gros, gros, mais alors là, très gros coup de coeur !!

20/09/2020 (modifier)