Le Château des Animaux

Note: 4.33/5
(4.33/5 pour 3 avis)

Rire, c’est déjà ne plus subir.


Quelque part dans la France de l’entre-deux guerres, niché au cœur d’une ferme oubliée des hommes, le Château des animaux est dirigé d’un sabot de fer par le président Silvio… Secondé par une milice de chiens, le taureau dictateur exploite les autres animaux, tous contraints à des travaux de peine épuisants pour le bien de la communauté… Miss Bengalore, chatte craintive qui ne cherche qu’à protéger ses deux petits, et César, un lapin gigolo, vont s’allier au sage et mystérieux Azélar, un rat à lunettes pour prôner la résistance à l’injustice, la lutte contre les crocs et les griffes par la désobéissance et le rire…

Scénariste
Dessinateur
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 25 Avril 2018
Statut histoire Série en cours (prévue en quatre tomes) 1 tome paru
Dernière parution : Moins d'un an
Couverture de la série Le Château des Animaux
Les notes (3)
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12/06/2018 | Le Grand A
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Par LuluZifer
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
L'avatar du posteur LuluZifer

Que de coups de cœur depuis ce début de rentrée scolaire ^^ ! Euh ! Enfin bref je me comprends. Le ‘Château des animaux’ tome 1 par Xavier Dorison et Félix Delep, c'est 72 pages en format franco/belge de pur bonheur et avec une couverture magnifique. Une longue lecture délicieuse, raffinée, captivante et j'en passe. Tout d'abord, cette nouvelle série chez Casterman, est inspirée du roman de Orwell, La Ferme des animaux. Un roman court, intense et grinçant. Que j'ai lu il y a longtemps. Ça m'a donné envie de le relire. Il parle savamment de la rébellion des animaux contre l'homme, car ce dernier ne produit rien à part faire bosser les animaux et les égorger à la fin, et cela se déroule dans une petite ferme. C'est drôle et très caustique. Mais revenons à nos moutons (ahahaha), et parlons de ce tome 1 qui est totalement merveilleux. Il a tout d’abord été publié en format Gazette, en trois parties, comme cela avait été le cas pour la série Le Château des étoiles chez Rue de Sèvres ou comme l'avait fait également Delcourt pour le volume 8 des Les Passagers du vent de Bourgeon. C'est sympa comme procédé mais on a envie quand même d'acheter ensuite la bd finale. Je n'en ai encore pas vu passer de ces jolies Gazettes et, malheureusement, je bave d'en acquérir les 3 premières parties. Bref ! Du coup, Casterman a publié également une version prestige en N&B, qui a l'air assez luxueuse. Je m'égare encore. J'ai donc mis plus d'une semaine à lire ce petit bijou aux dessins subtils et bien marrants, mais parfois avec un zeste de cruauté tout animale. Le récit transposé par Xavier Dorison est vraiment excellent. Il s’approprie l’histoire de Orwell avec brio et bien évidemment Félix Delep le met en images de manière experte. C’est tellement mignon de voir tous ces animaux souffrir et se rebeller ! Oui et tellement émouvant de voir leurs expressions si bien réalisées. Malgré moi certains passages m'ont fait penser à certains Disney comme les Aristochats ou même les 101 Dalmatiens en parcourant ces 66 planches sublimes. Ça m’a vraiment beaucoup plu. Et C’est une très intelligente adaptation du récit de Orwell. Que dire de plus ? J’ai trop hâte de lire la suite. La 4ème Gazette, qui entame le début du tome 2, est déjà annoncée sur le site de Casterman, mais elle ne sortira que fin janvier 2020. Et je me dis que le tome 2 de l’album du coup va sortir dans pas mal de temps mais c’est normal, laissons travailler les artistes tranquillement.

15/10/2019 (modifier)
L'avatar du posteur Mac Arthur

Avec « Le Château des animaux », Casterman a clairement sorti l’artillerie lourde. Un récit tout d’abord publié sous forme de journaux (amusants mais guère pratiques en définitive) suivis de ce premier tome qui renferme donc le même contenu que les trois premiers journaux. Premier tome décliné sous deux formes, la classique et une autre de luxe réservée aux collectionneurs. Quand vous voyez un tel déploiement de moyens, vous ne pouvez que vous dire que chez Casterman, on croit à ce projet ! Et il y a de bonnes raisons d’y croire ! La première vient du dessin de Félix Delep : un trait vif et expressif grâce auquel les différents personnages prennent vie tandis que les décors nous emmènent dans un univers moyenâgeux qui n’est pas sans rappeler celui de « L'Épée d'Ardenois ». La mise en page est également de haut vol. Ce récit se lit avec une grande facilité et l’équilibre entre le texte et le dessin est on ne peut plus agréable. Le scénario est lui aussi excellent. Dorison nous emmène au sein d’un château avec ses différences de caste et de statut. Les rapports de force déterminent le statut social et tandis que les puissants dirigent, les faibles subissent. L’originalité vient ici du fait que les différents protagonistes ne sont pas humains mais bien des animaux. Pas des personnages animaliers, non, de vrais animaux ! Ce qui, à mes yeux, est bien plus intéressant (il est vrai que je commence à saturer de ces séries aux personnages animaliers où l’emploi de faciès d’animaux n’apporte finalement pas grand-chose au récit… sinon la facilité pour le dessinateur de rapidement singulariser les visages de ses personnages). Reste l’ambition ultime : écrire un récit qui loue la révolte pacifiste. Dans son texte d’introduction, Xavier Dorison parle bien sûr de La Ferme des animaux comme source d’inspiration première mais nous déclare également toute sa fascination pour ces instigateurs de révolte qui ont réussi à faire changer les choses sans verser le sang (du moins pas celui de leurs opposants). Il aimerait, au travers du Château des animaux, créer un récit dont les héros parviendraient à changer les choses en n’utilisant pas la force physique. Du coup, l’emploi d’animaux comme personnages principaux s’en trouve encore plus judicieux. Que peut le rat face au buffle, le lapin face aux chiens sinon user de son intelligence pour compenser sa faiblesse physique ? Bon, à mes yeux, le sarcasme, la moquerie ne sont pas des armes pacifistes (il suffit de voir les ravages que peut faire ce type d’attaque sur Facebook, menant certains au suicide) et c’est le seul détail sur lequel je coince légèrement. La violence est de mise dans les deux camps, elle prend juste une forme plus physique chez les uns et plus psychique et psychologique chez les autres. Mais j’aime bien, hein ! Les personnages sont vite attachants, le récit est bien mené, le dessin est magnifique… Il y a juste cette promesse d’une révolte pacifiste qui, à mes yeux, n’est pas tenue jusqu’à présent (et Xavier Dorison n’en aurait pas parlé dans son introduction que cela ne m’aurait pas dérangé du tout).

25/09/2019 (modifier)
L'avatar du posteur Le Grand A

Qui n’a toujours pas lu La ferme des animaux de George Orwell ? Court roman devenu un classique dénonçant le stalinisme et de façon plus générale les régimes totalitaires au travers d’une fable animalière où ces derniers après avoir renversé les humains qui les exploitaient, devenaient à leur tour les despotes de leurs congénères, l’oppressé d’hier devenant ironiquement l’oppresseur de demain. Très clairement Le Château des animaux ne renient pas cette influence orwellienne et ce jusqu’à son introduction très similaire à quelques détails près : pour une raison inconnue les humains du château sont partis, laissant les animaux présents sur place à leur libre destinée, ceux-ci ayant très vite basculé dans un régime tyrannique qui ne dit pas son nom, à moins qu’il en est été ainsi depuis le début. Au sein de ce microcosme bestial, c’est la loi du plus fort qui règne en réalité : l’égalité n’est même plus une utopie, le partage des richesses n’est qu’un leurre, les valeurs d’entraide un mirage, tandis que la terreur règne au sein de la basse-cour. La masse composée des frêles lapins, canards, poules, moutons et autres vertébrés dociles, est dispersée. Faibles individuellement, ces derniers ne se rendent pas compte qu’ensemble en unissant leur volonté, ils peuvent déplacer des montagnes et pourquoi pas, renverser le joug implacable de celui qui incarne l’autorité, le « Duce », le taureau Silvio, entouré qu’il est de ses sbires, les chiens de garde du système, et du coq collabo figure du « vox princeps ». L’étincelle rallumant la flamme de l’indépendance viendra t-elle de l’oie Adélaïde, voix de la colère, d’Azelar le rat vagabond et séditieux, ou bien de Miss B la chatte mère-courage ? Une histoire prenante, bien que n’ayant parcouru pour le moment que 24 pages du récit, pleine de passions et de dramaturgie. C’est peut être là que se joue la différence avec la fiction d’Orwell car là où La Ferme... se « limitait » un peu à l’allégorie politique, Xavier Dorison la poule aux œufs d’or de la bd franco-belge, romance tout cela en y injectant des personnages bien campés, classiques dans leur genre mais néanmoins efficaces et attachants, du drama, un bon sens du rythme, ainsi qu’une tonalité réaliste et violente à ne pas mettre entre toutes les pattes. Pour illustrer cette rébellion, c’est vers un jeune espoir que s’est tourné Dorison, en la personne de Félix Delep. Inconnu au bataillon, ce jeune artiste n’est pas pour autant un lapin de six semaines tant ses dessins impressionnent sur tous les aspects par leur maturité et la maîtrise qu’il s’en dégage. Un trait semi-réaliste absolument nickel, dans la lignée des maîtres de l’anthropomorphisme que sont Juanjo Guarnido (Blacksad) ou Willem (L'Épée d'Ardenois) à la différence que les animaux d’ici n’ont pas une morphologie humaine, se sont juste des animaux à 2 ou 4 pattes capables de communiquer entre eux et d’interagir avec les éléments du décor. Le travail à la couleur directe façon aquarelle, le soin apporté aux décors, des cadrages alternant les différentes prises de vue, sans oublier le format gazette en 29,7 x 41,8 cm qui en met plein les mirettes, viennent parachever la bonne impression d’ensemble. Une vraie réussite pour le peu qu’on puisse en juger. « Vous ne pouvez pas avoir une révolution si vous ne la faites pas pour votre compte ; une dictature bienveillante, ça n’existe pas ». George Orwell.

12/06/2018 (modifier)