À qui le tour ? est un recueil d'histoires courtes d'humour noir, toutes construites autour de faits divers, de meurtres absurdes ou sordides, et de chutes plus ou moins cruelles. Le principe est simple et assumé : prendre la lie de la société humaine et ses pulsions les plus glauques pour en tirer des récits grinçants et très noirs.
Ce type d'histoires s'inscrit clairement dans la tradition de Fluide Glacial, voire de Hara-Kiri. On pense à Tronchet ou à Vuillemin, mais aussi, évidemment, aux personnages minables que Lindingre lui-même a déjà mis en scène dans ses premiers ouvrages (Chez Francisque, Titine au bistrot ou encore La Famille Legroin). Certaines histoires sont efficaces, avec des chutes bien amenées et une noirceur assumée qui fonctionne à plein régime. D'autres sont moins mémorables, souvent parce que la fin est un peu attendue ou trop plate. Et puis il y a des récits qui m'ont laissé froid, soit parce qu'ils donnent une impression de déjà-vu par rapport aux précédents, soit parce que l'humour graveleux ou la facilité de la trame m'ont paru trop appuyés, voire gratuits. J'ai en effet ressenti un effet de répétition, avec des constructions reposant toujours sur le même mécanisme (montée en tension puis chute cruelle), des idées déjà exploitées, et parfois une recherche du choquant pour le choquant sans que cela soit réellement drôle.
Et c'est dommage car, graphiquement, j'aime beaucoup le travail de Jean-Christophe Chauzy. Son dessin est expressif, nerveux, parfois presque agressif, avec une mise en couleurs directes qui rend les planches belles tout en renforçant le malaise et la noirceur des situations. C'est un style qui colle parfaitement à ce type de récits, capable d'être à la fois caricatural et cru tout en restant maîtrisé. Le graphisme porte clairement l'album.
Par conséquent, je suis navré d'avoir trouvé ces histoires si peu drôles et souvent prévisibles dans leur manière d'explorer la médiocrité humaine à travers des personnages tous plus malsains les uns que les autres.
J’ai beaucoup aimé ce récit, qui a réussi à me toucher tant par son sujet que par son traitement.
Le sujet, d’abord, l’histoire de ce jeune homme contraint d’accompagner son père dans un dernier voyage malgré tout le ressentiment qu’il éprouve pour ce dernier, et la découverte progressive de ses origines et, surtout, de sa mère (qu’il n’a jamais connue), m’a touché. J’ai aimé le fait que ce père soit tout sauf parfait. Alcoolique, lâche, menteur, manipulateur, il n’en aime pas moins son enfant et, dans ses moments de lucidité, a pleinement conscience de ses faiblesses et de sa médiocrité. J’ai aimé le fait que le fils ait du mal à aller vers ce père, se pliant au désir de ce dernier du fait de son éducation et de ses origines mais certainement pas par affection. Cette relation froide, distante, pleine de rancœur et de regrets m’a donc touché.
Le traitement ensuite, m’a tout autant plu. La structure en courts chapitres qui nous permettent de découvrir progressivement l’histoire du père est classique mais bien équilibrée. Le dessin est très beau avec un rendu souvent proche de la peinture tout en parvenant à transmettre les émotions des personnages. Et puis, il y a cet emploi récurrent des ombres chinoises pour faire ressortir les passages dans lesquels la violence s’invite. Cette rupture de style crée un choc graphique tout en accentuant la lisibilité de la case, c’est tout con mais vachement efficace. Et pour en finir avec ce dessin, je soulignerai encore quelques cases dans lesquelles le visage de la mère est représenté, cases que j’ai trouvé tout simplement magnifiques.
Donc voilà, à titre personnel, c’est une lecture qui m’a beaucoup touché et que je recommande.
À mi-chemin entre le blog BD et le strip comics, Le Monde à Malec raconte pêle-mêle le quotidien de son auteur, parti vivre a Tokyo avec sa femme coréenne, son travail, les chocs culturels, Internet et une multitude de digressions plus ou moins liées à ces thèmes. Il en découle une accumulation de tranches de vie, de strips et de récits courts, sans véritable colonne vertébrale narrative.
Le dessin est volontairement simple et caricatural, très expressif, avec une mise en page libre. Le format paysage évoque clairement le strip, et l'album en contient d'ailleurs plusieurs. L'énergie graphique est indéniable : ça bouge, ça se lit sans effort et l'ensemble reste clair. En revanche, cela ne cherche jamais la finesse ni la sophistication visuelle. On est sur un registre de blog BD humoristique.
Côté scénario, c'est là que mon avis se divise nettement. Comme évoqué plus haut, l'ensemble est très foutraque. On trouve parfois quelques fragments du quotidien et, plus rarement, des passages réellement consacrés à la vie au Japon. Mais l'album accumule surtout les digressions, les dialogues de couple, les prises de position sur la société et de nombreux extraits issus d'anciennes publications internet de l'auteur. L'humour se veut décomplexé, cynique et souvent autoréflexif, avec quelques brisages du quatrième mur.
Malgré cela, l'ensemble m'a laissé une impression de vide assez persistante. Beaucoup de gags reposent sur un humour potache, volontiers vulgaire, fréquemment scato, ou sur des stéréotypes qui finissent par lasser. La relation avec Kirika, présentée de manière très infantilisante, n'apparait ni touchante ni réellement signifiante, tout au plus anecdotique.
Malgré un cadre théoriquement riche (Tokyo, expatriation, différences culturelles, monde de l'animation), l'album en exploite très peu les possibilités et survole ces sujets de manière trop superficielle. L'auteur semble avoir finalement peu de choses à dire au-delà de lui-même, sans jamais chercher à dépasser l'anecdote ou le gag immédiat. J'y ai donc surtout vu un exercice autocentré, effleurant des thèmes intéressants mais s'attardant trop longuement sur des considérations mineures et sur un humour qui ne m'a jamais fait décrocher un sourire.
Après avoir fait ses armes aux cotés de Desberg pour L'Etoile du Désert et Dufaux pour Rapaces, Enrico Marini signe ici sa première série en étant seul au commande
Je n'ai pas le recul nécessaire pour comparer l'œuvre de Marini avec la référence de Dufaux, Murena, ce qui me permet de juger l'œuvre pour ce qu'elle est … à savoir un très bon divertissement.
L'intrigue sous fond de conquête de la Germanie par Rome s'attarde sur le destin de 2 jeunes hommes, Marcus et Ermanamer (devenu Arminius) qui ayant été rivaux dans leurs jeunes années vont finir par devenir frères puis ennemis au fil de leurs aspirations guerrières.
L'intrigue est donc assez classique, voire même basique, mais elle fait suffisamment le job pour tenir son lecteur attentif et curieux de poursuivre l'aventure avec envie.
Si je prends bonne note des critiques précédentes j'avoue ne pas avoir forcément été choqué par le langage utilisé par l'auteur
Mais le gros point fort de la série, à mon sens, c'est le dessin de Marini. J'apprécie beaucoup son coup de crayon qui s'améliore au fil des tomes. Si ses personnages féminins sont réellement envoutants, les personnages masculins ne sont pas en reste non plus. Quant aux décors et scènes de batailles on sent qu'il y a porté une vraie attention afin de donner un aspect harmonieux à l'ensemble de l'œuvre.
Je suis vraiment fan de son style.
Au final il convient de prendre cette série pour ce qu'elle est, un blockbuster, une machine à fric.
Et finalement ne serait ce pas là son réel point faible ?
Mais moi, je suis tombé dans le panneau et j'attends impatiemment la suite des aventures de Marcus et Arminius
Pauline est partie en Syrakie pour rejoindre les rangs du Grand Khalifat, mais elle ne donne plus signe de vie. L'intrépide Gina décide de suivre ses traces afin de la retrouver et de la ramener à la maison. De son côté, sa tante se lance elle aussi dans l'aventure, en se faisant passer pour un homme.
Le sujet de cette BD est clairement casse-gueule : traiter de l'embrigadement djihadiste, de la condition des femmes sous Daech et de la radicalisation via les réseaux sociaux sur le mode de l'aventure humoristique, afin de dénoncer l'absurdité, la violence et les contradictions d'un système profondément inhumain. Le mélange parait presque indécent. Et pourtant, cela fonctionne plus ou moins, même si je reste partagé, oscillant entre malaise et amusement.
Au dessin, on retrouve Cha, dont le style dynamique ainsi que le trait humoristique et expressif sont bien adaptés au ton du récit. J'apprécie son graphisme, qui fonctionne efficacement pour une aventure légère, avec un visuel rappelant parfois l'école de Marcinelle.
Le scénario adopte un rythme rapide et ne s'encombre pas excessivement de réalisme. Il déroule avec efficacité les différentes étapes de l'embrigadement, depuis le fantasme vendu aux jeunes filles jusqu'à la réalité d'un enfermement total, fait de dépossession du corps et de la volonté. Le regard porté sur la condition féminine est sans ambiguïté, clairement féministe, et certains passages parviennent à faire sourire tout en mettant mal à l'aise. Cet humour permet parfois de rendre supportable l'insoutenable, même si l'équilibre reste fragile et ne fonctionnera pas pour tous les lecteurs.
C'est là que mon avis se divise. L'humour, très caricatural et souvent potache, fait mouche par moments, notamment grâce à la bêtise des combattants du Khalifat et au personnage excessif de la tante Alice, même si celui-ci est parfois trop appuyé. Le récit oscille en permanence entre dénonciation sérieuse et farce, sans toujours trouver la bonne distance. À vouloir rester accessible, sans doute pour toucher un public adolescent, l'intrigue survole parfois ses enjeux et donne trop souvent une impression de facilité, voire de prévisibilité. Tout parait trop simple pour les héroïnes, entre coïncidences énormes et coups de chance répétés, ce qui tend à atténuer la perception du danger et de l'horreur subis par les victimes de l'Etat Islamique.
J'ai donc lu une BD surprenante par le choix de son sujet et par la légèreté assumée de son traitement. Elle présente des maladresses et des limites évidentes, mais se révèle aussi sincère et courageuse dans sa tentative d'informer tout en désacralisant l'horreur par le rire et la caricature. La lecture est restée plaisante, ponctuée de quelques sourires jaunes, mais aussi d'un léger malaise persistant face à la facilité avec laquelle est abordé un cauchemar bien réel vécu par la population syrienne et par des embrigadés trompés par la propagande islamiste.
Bd bien surévaluée. Dessin, arrive à rendre un chat moche et banal, comme on jetterait un diamant dans la boue. Gag ? Rien de génial, qu'est-ce qu'on descend par rapport à tant de séries comiques… On s'ennuie à cause d'une banalité pompeuse, moche et sans mouvement. Les couleurs sont aussi grises que l'humour passe-partout.
L'auteur est bien meilleur comme invité à la télé, je pense que c'est la raison pour laquelle une bulle spéculative comme des dessins nuls et des gags passables où il s'écoute parler ne crève pas. Lises plutôt Calvin et Hobbes !
On oublie que derrière tout artiste, savant ou autre qui réussit il y a sa compagne ou son compagnon et/ou un entrepreneur. Voire une équipe ! L'artiste maudit ? Celui qui se retrouve, alpiniste solitaire sans tous ces merveilleux sherpas !
Découvrir leur rôle ou leur personnalité ne fait pas mal : n'étant pas très branché musique, je ne connaissais pas le producteur dont on parle, ça tombe bien, l'homosexuel juif ou le Juif homosexuel ? A part manager, j'ignore ce qui importait le plus pour lui. Donc, pourquoi je dis que ça tombe bien ? Eh bien, parce que les homosexuels et les Juifs ne nuisent pas plus que les autres à leur prochain, et qu'on ne cesse de les rabaisser sous des motifs récurrents aussi bien que changeants. Certains n'ont de créativité que dans ce domaine, ce qui me semble énigmatique… Pour ce qui est du dessin, c'est comme l'histoire, que j'ai bien aimé, sans plus, à lire, pas forcément à relire. Quand je parle d'histoire, je veux aussi dire la manière dont elle est menée, dans ce commentaire et dans d'autres, sinon, je dirais que le sujet est gâché.
Je ne vois pas pourquoi il faudrait que quiconque, enfant ou adulte, comprenne l'entièreté d'une œuvre à la première lecture. Que celle-ci ait plusieurs niveaux ne la rend que plus riche. Quelle chance a la bande dessinée, nom d'un pithécanthrope ! comme dirait peut-être le capitaine Haddock. Pourquoi ? Eh bien, il n'y a pas de Reader's Digest ou de version pour enfant. On ne déflore pas l'aventure avant la version intégrale ! Voilà, voilà, si les gens cherchent une spécificité noble à un art souvent encore quelque peu minoré.
Il y a beaucoup de bandes de jeunes, là ils sont très jeunes, pas violents mais dépressifs. Et vous savez quoi ? Les enfants tristes, ça existe, et les adultes peuvent s'y reconnaître tout aussi bien que dans des gamins plus joyeux. Ils se posent des question, ils rêvent ? Tous les gosses ne sont heureusement pas aspirés par ce hobby si plaisant : en persécuter d'autres à l'école. Touche fantastique, le chien est aussi intelligent que les enfants, touche de vitalité, quand même, il en déborde malgré sa dépression.
A part ça, j'aime bien l'humour, le dessin…. Et le fait qu'il y ait des produits dérivés ne me gêne pas, au contraire, s'ils sont assez ressemblants, ils permettent de semer, dans une réalité souvent un triste et sans saveur, un peu de sourire et de rêve.
Le dessin caractérise parfaitement les personnages et les situations, et l'écriture aussi. Problème : je ne crois pas du tout qu'une petite fille parlerait ainsi. Nuance : elle pourrait bien dire quelques-unes de ces choses, mais pas tant, à cet âge. C'est, disons, un concentré de réactions possibles d'enfant. Et on passe sur l'invraisemblance ou pas, selon son humeur.
Quand on prend ça comme une fable, c'est parfait, quand est d'humeur réaliste, moins. C'est le problème d'une bd au contexte très réaliste quoique simple, et au personnage principal peu vraisemblable, pour le moins… Mais tout est bon, vraiment.
Je comprends pourtant ceux qui arrêtent puis reprennent Mafalda : au début on s'amuse de ses attaques contre les oppressions et absurdités diverses du monde. Mais à force, on se sent englouti par ces problèmes, sans parler de l'abdication des personnages autres que l'héroïne face au monde.
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À qui le tour ?
À qui le tour ? est un recueil d'histoires courtes d'humour noir, toutes construites autour de faits divers, de meurtres absurdes ou sordides, et de chutes plus ou moins cruelles. Le principe est simple et assumé : prendre la lie de la société humaine et ses pulsions les plus glauques pour en tirer des récits grinçants et très noirs. Ce type d'histoires s'inscrit clairement dans la tradition de Fluide Glacial, voire de Hara-Kiri. On pense à Tronchet ou à Vuillemin, mais aussi, évidemment, aux personnages minables que Lindingre lui-même a déjà mis en scène dans ses premiers ouvrages (Chez Francisque, Titine au bistrot ou encore La Famille Legroin). Certaines histoires sont efficaces, avec des chutes bien amenées et une noirceur assumée qui fonctionne à plein régime. D'autres sont moins mémorables, souvent parce que la fin est un peu attendue ou trop plate. Et puis il y a des récits qui m'ont laissé froid, soit parce qu'ils donnent une impression de déjà-vu par rapport aux précédents, soit parce que l'humour graveleux ou la facilité de la trame m'ont paru trop appuyés, voire gratuits. J'ai en effet ressenti un effet de répétition, avec des constructions reposant toujours sur le même mécanisme (montée en tension puis chute cruelle), des idées déjà exploitées, et parfois une recherche du choquant pour le choquant sans que cela soit réellement drôle. Et c'est dommage car, graphiquement, j'aime beaucoup le travail de Jean-Christophe Chauzy. Son dessin est expressif, nerveux, parfois presque agressif, avec une mise en couleurs directes qui rend les planches belles tout en renforçant le malaise et la noirceur des situations. C'est un style qui colle parfaitement à ce type de récits, capable d'être à la fois caricatural et cru tout en restant maîtrisé. Le graphisme porte clairement l'album. Par conséquent, je suis navré d'avoir trouvé ces histoires si peu drôles et souvent prévisibles dans leur manière d'explorer la médiocrité humaine à travers des personnages tous plus malsains les uns que les autres.
Les Étoiles s'éteignent à l'aube
J’ai beaucoup aimé ce récit, qui a réussi à me toucher tant par son sujet que par son traitement. Le sujet, d’abord, l’histoire de ce jeune homme contraint d’accompagner son père dans un dernier voyage malgré tout le ressentiment qu’il éprouve pour ce dernier, et la découverte progressive de ses origines et, surtout, de sa mère (qu’il n’a jamais connue), m’a touché. J’ai aimé le fait que ce père soit tout sauf parfait. Alcoolique, lâche, menteur, manipulateur, il n’en aime pas moins son enfant et, dans ses moments de lucidité, a pleinement conscience de ses faiblesses et de sa médiocrité. J’ai aimé le fait que le fils ait du mal à aller vers ce père, se pliant au désir de ce dernier du fait de son éducation et de ses origines mais certainement pas par affection. Cette relation froide, distante, pleine de rancœur et de regrets m’a donc touché. Le traitement ensuite, m’a tout autant plu. La structure en courts chapitres qui nous permettent de découvrir progressivement l’histoire du père est classique mais bien équilibrée. Le dessin est très beau avec un rendu souvent proche de la peinture tout en parvenant à transmettre les émotions des personnages. Et puis, il y a cet emploi récurrent des ombres chinoises pour faire ressortir les passages dans lesquels la violence s’invite. Cette rupture de style crée un choc graphique tout en accentuant la lisibilité de la case, c’est tout con mais vachement efficace. Et pour en finir avec ce dessin, je soulignerai encore quelques cases dans lesquelles le visage de la mère est représenté, cases que j’ai trouvé tout simplement magnifiques. Donc voilà, à titre personnel, c’est une lecture qui m’a beaucoup touché et que je recommande.
Le Monde à Malec
À mi-chemin entre le blog BD et le strip comics, Le Monde à Malec raconte pêle-mêle le quotidien de son auteur, parti vivre a Tokyo avec sa femme coréenne, son travail, les chocs culturels, Internet et une multitude de digressions plus ou moins liées à ces thèmes. Il en découle une accumulation de tranches de vie, de strips et de récits courts, sans véritable colonne vertébrale narrative. Le dessin est volontairement simple et caricatural, très expressif, avec une mise en page libre. Le format paysage évoque clairement le strip, et l'album en contient d'ailleurs plusieurs. L'énergie graphique est indéniable : ça bouge, ça se lit sans effort et l'ensemble reste clair. En revanche, cela ne cherche jamais la finesse ni la sophistication visuelle. On est sur un registre de blog BD humoristique. Côté scénario, c'est là que mon avis se divise nettement. Comme évoqué plus haut, l'ensemble est très foutraque. On trouve parfois quelques fragments du quotidien et, plus rarement, des passages réellement consacrés à la vie au Japon. Mais l'album accumule surtout les digressions, les dialogues de couple, les prises de position sur la société et de nombreux extraits issus d'anciennes publications internet de l'auteur. L'humour se veut décomplexé, cynique et souvent autoréflexif, avec quelques brisages du quatrième mur. Malgré cela, l'ensemble m'a laissé une impression de vide assez persistante. Beaucoup de gags reposent sur un humour potache, volontiers vulgaire, fréquemment scato, ou sur des stéréotypes qui finissent par lasser. La relation avec Kirika, présentée de manière très infantilisante, n'apparait ni touchante ni réellement signifiante, tout au plus anecdotique. Malgré un cadre théoriquement riche (Tokyo, expatriation, différences culturelles, monde de l'animation), l'album en exploite très peu les possibilités et survole ces sujets de manière trop superficielle. L'auteur semble avoir finalement peu de choses à dire au-delà de lui-même, sans jamais chercher à dépasser l'anecdote ou le gag immédiat. J'y ai donc surtout vu un exercice autocentré, effleurant des thèmes intéressants mais s'attardant trop longuement sur des considérations mineures et sur un humour qui ne m'a jamais fait décrocher un sourire.
Les Aigles de Rome
Après avoir fait ses armes aux cotés de Desberg pour L'Etoile du Désert et Dufaux pour Rapaces, Enrico Marini signe ici sa première série en étant seul au commande Je n'ai pas le recul nécessaire pour comparer l'œuvre de Marini avec la référence de Dufaux, Murena, ce qui me permet de juger l'œuvre pour ce qu'elle est … à savoir un très bon divertissement. L'intrigue sous fond de conquête de la Germanie par Rome s'attarde sur le destin de 2 jeunes hommes, Marcus et Ermanamer (devenu Arminius) qui ayant été rivaux dans leurs jeunes années vont finir par devenir frères puis ennemis au fil de leurs aspirations guerrières. L'intrigue est donc assez classique, voire même basique, mais elle fait suffisamment le job pour tenir son lecteur attentif et curieux de poursuivre l'aventure avec envie. Si je prends bonne note des critiques précédentes j'avoue ne pas avoir forcément été choqué par le langage utilisé par l'auteur Mais le gros point fort de la série, à mon sens, c'est le dessin de Marini. J'apprécie beaucoup son coup de crayon qui s'améliore au fil des tomes. Si ses personnages féminins sont réellement envoutants, les personnages masculins ne sont pas en reste non plus. Quant aux décors et scènes de batailles on sent qu'il y a porté une vraie attention afin de donner un aspect harmonieux à l'ensemble de l'œuvre. Je suis vraiment fan de son style. Au final il convient de prendre cette série pour ce qu'elle est, un blockbuster, une machine à fric. Et finalement ne serait ce pas là son réel point faible ? Mais moi, je suis tombé dans le panneau et j'attends impatiemment la suite des aventures de Marcus et Arminius
Le Voile noir
Pauline est partie en Syrakie pour rejoindre les rangs du Grand Khalifat, mais elle ne donne plus signe de vie. L'intrépide Gina décide de suivre ses traces afin de la retrouver et de la ramener à la maison. De son côté, sa tante se lance elle aussi dans l'aventure, en se faisant passer pour un homme. Le sujet de cette BD est clairement casse-gueule : traiter de l'embrigadement djihadiste, de la condition des femmes sous Daech et de la radicalisation via les réseaux sociaux sur le mode de l'aventure humoristique, afin de dénoncer l'absurdité, la violence et les contradictions d'un système profondément inhumain. Le mélange parait presque indécent. Et pourtant, cela fonctionne plus ou moins, même si je reste partagé, oscillant entre malaise et amusement. Au dessin, on retrouve Cha, dont le style dynamique ainsi que le trait humoristique et expressif sont bien adaptés au ton du récit. J'apprécie son graphisme, qui fonctionne efficacement pour une aventure légère, avec un visuel rappelant parfois l'école de Marcinelle. Le scénario adopte un rythme rapide et ne s'encombre pas excessivement de réalisme. Il déroule avec efficacité les différentes étapes de l'embrigadement, depuis le fantasme vendu aux jeunes filles jusqu'à la réalité d'un enfermement total, fait de dépossession du corps et de la volonté. Le regard porté sur la condition féminine est sans ambiguïté, clairement féministe, et certains passages parviennent à faire sourire tout en mettant mal à l'aise. Cet humour permet parfois de rendre supportable l'insoutenable, même si l'équilibre reste fragile et ne fonctionnera pas pour tous les lecteurs. C'est là que mon avis se divise. L'humour, très caricatural et souvent potache, fait mouche par moments, notamment grâce à la bêtise des combattants du Khalifat et au personnage excessif de la tante Alice, même si celui-ci est parfois trop appuyé. Le récit oscille en permanence entre dénonciation sérieuse et farce, sans toujours trouver la bonne distance. À vouloir rester accessible, sans doute pour toucher un public adolescent, l'intrigue survole parfois ses enjeux et donne trop souvent une impression de facilité, voire de prévisibilité. Tout parait trop simple pour les héroïnes, entre coïncidences énormes et coups de chance répétés, ce qui tend à atténuer la perception du danger et de l'horreur subis par les victimes de l'Etat Islamique. J'ai donc lu une BD surprenante par le choix de son sujet et par la légèreté assumée de son traitement. Elle présente des maladresses et des limites évidentes, mais se révèle aussi sincère et courageuse dans sa tentative d'informer tout en désacralisant l'horreur par le rire et la caricature. La lecture est restée plaisante, ponctuée de quelques sourires jaunes, mais aussi d'un léger malaise persistant face à la facilité avec laquelle est abordé un cauchemar bien réel vécu par la population syrienne et par des embrigadés trompés par la propagande islamiste.
Le Chat
Bd bien surévaluée. Dessin, arrive à rendre un chat moche et banal, comme on jetterait un diamant dans la boue. Gag ? Rien de génial, qu'est-ce qu'on descend par rapport à tant de séries comiques… On s'ennuie à cause d'une banalité pompeuse, moche et sans mouvement. Les couleurs sont aussi grises que l'humour passe-partout. L'auteur est bien meilleur comme invité à la télé, je pense que c'est la raison pour laquelle une bulle spéculative comme des dessins nuls et des gags passables où il s'écoute parler ne crève pas. Lises plutôt Calvin et Hobbes !
Le Cinquième Beatles - L'Histoire de Brian Epstein
On oublie que derrière tout artiste, savant ou autre qui réussit il y a sa compagne ou son compagnon et/ou un entrepreneur. Voire une équipe ! L'artiste maudit ? Celui qui se retrouve, alpiniste solitaire sans tous ces merveilleux sherpas ! Découvrir leur rôle ou leur personnalité ne fait pas mal : n'étant pas très branché musique, je ne connaissais pas le producteur dont on parle, ça tombe bien, l'homosexuel juif ou le Juif homosexuel ? A part manager, j'ignore ce qui importait le plus pour lui. Donc, pourquoi je dis que ça tombe bien ? Eh bien, parce que les homosexuels et les Juifs ne nuisent pas plus que les autres à leur prochain, et qu'on ne cesse de les rabaisser sous des motifs récurrents aussi bien que changeants. Certains n'ont de créativité que dans ce domaine, ce qui me semble énigmatique… Pour ce qui est du dessin, c'est comme l'histoire, que j'ai bien aimé, sans plus, à lire, pas forcément à relire. Quand je parle d'histoire, je veux aussi dire la manière dont elle est menée, dans ce commentaire et dans d'autres, sinon, je dirais que le sujet est gâché.
Snoopy & les Peanuts
Je ne vois pas pourquoi il faudrait que quiconque, enfant ou adulte, comprenne l'entièreté d'une œuvre à la première lecture. Que celle-ci ait plusieurs niveaux ne la rend que plus riche. Quelle chance a la bande dessinée, nom d'un pithécanthrope ! comme dirait peut-être le capitaine Haddock. Pourquoi ? Eh bien, il n'y a pas de Reader's Digest ou de version pour enfant. On ne déflore pas l'aventure avant la version intégrale ! Voilà, voilà, si les gens cherchent une spécificité noble à un art souvent encore quelque peu minoré. Il y a beaucoup de bandes de jeunes, là ils sont très jeunes, pas violents mais dépressifs. Et vous savez quoi ? Les enfants tristes, ça existe, et les adultes peuvent s'y reconnaître tout aussi bien que dans des gamins plus joyeux. Ils se posent des question, ils rêvent ? Tous les gosses ne sont heureusement pas aspirés par ce hobby si plaisant : en persécuter d'autres à l'école. Touche fantastique, le chien est aussi intelligent que les enfants, touche de vitalité, quand même, il en déborde malgré sa dépression. A part ça, j'aime bien l'humour, le dessin…. Et le fait qu'il y ait des produits dérivés ne me gêne pas, au contraire, s'ils sont assez ressemblants, ils permettent de semer, dans une réalité souvent un triste et sans saveur, un peu de sourire et de rêve.
Mafalda
Le dessin caractérise parfaitement les personnages et les situations, et l'écriture aussi. Problème : je ne crois pas du tout qu'une petite fille parlerait ainsi. Nuance : elle pourrait bien dire quelques-unes de ces choses, mais pas tant, à cet âge. C'est, disons, un concentré de réactions possibles d'enfant. Et on passe sur l'invraisemblance ou pas, selon son humeur. Quand on prend ça comme une fable, c'est parfait, quand est d'humeur réaliste, moins. C'est le problème d'une bd au contexte très réaliste quoique simple, et au personnage principal peu vraisemblable, pour le moins… Mais tout est bon, vraiment. Je comprends pourtant ceux qui arrêtent puis reprennent Mafalda : au début on s'amuse de ses attaques contre les oppressions et absurdités diverses du monde. Mais à force, on se sent englouti par ces problèmes, sans parler de l'abdication des personnages autres que l'héroïne face au monde.