Awar est un passeur, à la tête de convois de migrants vers le Royaume-Uni pour le compte d'un réseau aux méthodes mafieuses. L'arrivée d'une jeune Kurde fuyant la Syrie ravive chez lui de douloureux souvenirs et une humanité qu'il croyait étouffée par ce système cruel dont il n'est qu'un rouage.
Basé sur les enquêtes de terrain du journaliste Frederic Loore, cette BD raconte de l'intérieur le fonctionnement du trafic de migrants, en adoptant, fait assez rare, le point de vue des passeurs. La tonalité oscille entre thriller et drame social. Filières, intermédiaires, hiérarchie, méthodes de pression, marchandisation des corps : l'ensemble se veut instructif et documenté, et il y a un solide travail d'enquête derrière la fiction (ainsi qu'un cahier documentaire sur le trafic d'êtres humains en fin d'album).
L'objet en lui-même est une bel et grand album, un ouvrage éditorialement soigné qui impose immédiatement sa présence. Le dessin, sombre et réaliste, travaille surtout en teintes de gris, relevées de quelques rares touches de couleur venant souligner certains éléments symboliques, comme le foulard de combattante kurde de la jeune femme. Cette palette restreinte renforce la rudesse du propos. L'atmosphère est lourde, oppressante, bien en accord avec ce récit dur, presque sans échappatoire.
Sur le fond, la description du trafic est implacable. On mesure la violence du système, l'exploitation cynique, la peur constante des migrants, l'humiliation organisée par les trafiquants. C'est âpre, parfois glaçant, et probablement crédible au regard de la documentation revendiquée. Pourtant, une question persiste : le traitement des antagonistes m'a semblé très manichéen. Les trafiquants apparaissent comme revanchards, haineux, brutaux, arrogants : de véritables salopards sans nuance, à l'exception relative du héros qui dissimule son humanité derrière un masque d'impassibilité. Leur violence est telle qu'on en vient à s'interroger : est-ce la représentation fidèle d'une réalité déjà insoutenable, ou une accentuation dramatique destinée à renforcer l'impact ?
De la même manière, la passivité apparente des migrants face à ces exactions interroge (tout comme leur focalisation quasi exclusive sur le Royaume-Uni comme terre d'accueil, mais c'est un autre sujet). On conçoit que leur situation soit désespérée, que la guerre et l'absence de perspectives puissent rendre acceptable l'inacceptable. Mais face aux abus montrés ici, j'ai parfois eu du mal à comprendre pourquoi aucune révolte ne semblait possible. Je me suis demandé s'il s'agissait du reflet d'un rapport de force si écrasant qu'il annihile toute résistance, ou si le récit ne forçait pas le trait pour dénoncer l'horreur du système au détriment d'un peu de nuance. Je ne peux que supposer que l'histoire est conforme à la triste réalité documentée.
Passeur(s) est une œuvre dure, sombre et solidement construite. Un récit instructif et engagé, qui éclaire efficacement les mécanismes du trafic de migrants. Mais son traitement très frontal, presque sans nuance dans la caractérisation des bourreaux, laisse planer un doute : sommes-nous face à une réalité brute, aussi terrible que cela, ou à une vision volontairement accentuée pour frapper les consciences ?
Quoi qu'il en soit, la lecture ne laisse pas indifférent.
Arashiro, lycéen harcelé incapable d'assumer son homosexualité, se transforme en monstre après avoir été blessé par les propos homophobes d'un professeur qu'il admirait. Cette métamorphose devient une carapace : une protection contre le regard des autres, mais aussi un moyen de l'affronter pour de bon.
Avec Monstrophobie, Kazuki Minamoto livre un conte moderne assez rude sur l'homophobie, le harcèlement scolaire, la lâcheté institutionnelle et l'acceptation de soi. À partir du rejet et de la honte intériorisée, le récit élargit son propos : la victime peut devenir violente, le harcelé peut à son tour harceler, et les adultes se montrent parfois profondément défaillants. Si la thématique LGBT est centrale, l'enjeu dépasse cette seule question : il est aussi affaire d'identité, de pression sociale et de difficulté à s'accepter. Le propos, sur le fond, est sincère.
Le dessin, expressif et efficace, soutient bien les scènes de transformation et de crise intérieure. Le monstre, avec sa drôle d'allure à la frontière entre ridicule et effrayant, matérialise visuellement le mal-être, et certaines planches traduisent avec force la détresse d'Arashiro comme celle d'autres personnages.
C'est surtout le ton qui m'a laissé partagé.
L'aspect allégorique rend parfois flou le fonctionnement de cette métamorphose, dont les effets semblent variables et narrativement un peu artificiels.
Quant à la manière d'aborder les thématiques principales, par moments les réflexions sont profondes, justes et intelligentes dans leur manière d’éviter le manichéisme. Et à d’autres, certains comportements m’ont semblé étranges, voire maladroits. Le héros, notamment, franchit assez tôt une limite problématique lorsqu’il agresse sexuellement celui qu’il aime : une scène un peu violente, aussi surprenante que dérangeante, qui semble ensuite presque éludée. Difficile de ne pas rester gêné par ce traitement, mais on n'en parlera plus jamais dans la suite du manga ce qui m'a laissé circonspect.
De même, le professeur admiré apparaît constamment médiocre, mollasson et réactionnaire, au point qu'il devient difficile de comprendre l'attachement d'Arashiro.
C'est un manga surprenant, parfois subtil, parfois maladroit, qui peut déconcerter mais qui me semble néanmoins pertinent pour de jeunes lecteurs en quête de réponses sur eux-mêmes et sur le regard des autres.
Autant la boxe me fait profondément chier, autant les boxeurs se révèlent souvent être des personnalités pour le moins attachantes. C'est un monde qui me semble à part, et qui offre un cadre scénaristique prometteur. On gardera en mémoire Ali, Rocky, Raging Bull ou bien encore Million Dollar Baby pour ce qui est du ciné, pour ne citer que ces titres, ou Championzé en ce qui concerne la BD.
C'est le cas ici encore une fois. Kid Francis est illustrée par Gregory Mardon dont j'apprécie le travail depuis longtemps. J'aime son dessin qui, sans être ce que j'appellerais un "beau dessin" (même si on sent bien la maitrise), se révèle d'une efficacité redoutable. Il ne s'embarrasse pas de détail, va à l'essentiel, et parvient à nous captiver par la seule force de son expressivité. A mes yeux, rares sont ceux qui parviennent à un tel niveau, de ce point de vue.
Quant au scénar, il est à l'image du dessin : il file droit au but, ne laissant sur son passage aucun temps mort. Si la vie du boxeur François Buonagurio (de son vrai nom) est essentiellement composée de lacunes, Marius Rivière reconstitue les blancs avec brio, faisant par la même occasion l'impasse sur la période argentine, sans doute peu voire pas documentée du tout.
Alors bien sur, certains personnages paraissent un peu stéréotypée, tel François Spirito, collabo de circonstance comme il y en a plein les romans, mais aussi comme il y en avait plein la vie, ai-je envie d'ajouter... Le scénario manque aussi parfois de surprise, et l'issue de la plupart des situations semble cousu de fil blanc. Mais n'empêche ! Kid Francis est un genre de modèle du genre. En outre, on sent bien la présence des personnalités, ainsi que leur motivation, notamment celles de Kid Francis qui en devient très attachant.
Enfin, le contexte historique est très bien rendu. On croise des célébrités de l'époque (Joséphine Baker, Maurice Chevalier, Marcel Pagnol...), on percute l'Histoire (Vous saviez que des quartiers entiers du centre ville de Marseille avaient été dynamités par les Allemands en 1943 ?)... Bref ! C'est une BD solide et sure de son fait qui saura séduire largement.
Le premier chef d'oeuvre du duo Christin-Bilal.
Après la trilogie Légendes d'aujourd'hui, c'est l'épisode de la maturité.
Christin livre un scénario sans fantastique mais fait cohabiter l'Histoire avec les histoires grâce à l'utilisation d'une voix off qui fonctionne comme un monologue intérieur. C'est précurseur et en plus le procédé est parfaitement maîtrisé, jusqu'à la conclusion magistrale du récit.
Guerre d'Espagne, brigades rouges... On est en 1979 et on se rend compte qu'on peut traiter de tous les sujets à travers la bd pour adultes.
Bilal utilise pour la dernière fois les bleus de coloriage avant le passage en couleurs direct.
Disons juste que le soin apporté aux détails est exceptionnel et que la comparaison avec ses dernières productions peut être assez choquante si on ne connait que sa dernière période artistique.
Arrières plans, nuages, chemins de traverses, péniches, bâtisses isolées, toitures au coeur de la ville; tout est sujet à émerveillement.
C'est la clôture parfaite d'un premier âge d'or démarré en 1975 avec la Croisière des Oubliés.
Le duo Christin-Bilal fait maintenant partie des précurseurs et le montrera encore quelques années plus tard avec Partie de Chasse.
NB : à noter que la dernière édition de 2002 nous gratifie d'une longue interview (9 pages !) de Christin et Bilal ensemble très intéressante.
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Passeur(s)
Awar est un passeur, à la tête de convois de migrants vers le Royaume-Uni pour le compte d'un réseau aux méthodes mafieuses. L'arrivée d'une jeune Kurde fuyant la Syrie ravive chez lui de douloureux souvenirs et une humanité qu'il croyait étouffée par ce système cruel dont il n'est qu'un rouage. Basé sur les enquêtes de terrain du journaliste Frederic Loore, cette BD raconte de l'intérieur le fonctionnement du trafic de migrants, en adoptant, fait assez rare, le point de vue des passeurs. La tonalité oscille entre thriller et drame social. Filières, intermédiaires, hiérarchie, méthodes de pression, marchandisation des corps : l'ensemble se veut instructif et documenté, et il y a un solide travail d'enquête derrière la fiction (ainsi qu'un cahier documentaire sur le trafic d'êtres humains en fin d'album). L'objet en lui-même est une bel et grand album, un ouvrage éditorialement soigné qui impose immédiatement sa présence. Le dessin, sombre et réaliste, travaille surtout en teintes de gris, relevées de quelques rares touches de couleur venant souligner certains éléments symboliques, comme le foulard de combattante kurde de la jeune femme. Cette palette restreinte renforce la rudesse du propos. L'atmosphère est lourde, oppressante, bien en accord avec ce récit dur, presque sans échappatoire. Sur le fond, la description du trafic est implacable. On mesure la violence du système, l'exploitation cynique, la peur constante des migrants, l'humiliation organisée par les trafiquants. C'est âpre, parfois glaçant, et probablement crédible au regard de la documentation revendiquée. Pourtant, une question persiste : le traitement des antagonistes m'a semblé très manichéen. Les trafiquants apparaissent comme revanchards, haineux, brutaux, arrogants : de véritables salopards sans nuance, à l'exception relative du héros qui dissimule son humanité derrière un masque d'impassibilité. Leur violence est telle qu'on en vient à s'interroger : est-ce la représentation fidèle d'une réalité déjà insoutenable, ou une accentuation dramatique destinée à renforcer l'impact ? De la même manière, la passivité apparente des migrants face à ces exactions interroge (tout comme leur focalisation quasi exclusive sur le Royaume-Uni comme terre d'accueil, mais c'est un autre sujet). On conçoit que leur situation soit désespérée, que la guerre et l'absence de perspectives puissent rendre acceptable l'inacceptable. Mais face aux abus montrés ici, j'ai parfois eu du mal à comprendre pourquoi aucune révolte ne semblait possible. Je me suis demandé s'il s'agissait du reflet d'un rapport de force si écrasant qu'il annihile toute résistance, ou si le récit ne forçait pas le trait pour dénoncer l'horreur du système au détriment d'un peu de nuance. Je ne peux que supposer que l'histoire est conforme à la triste réalité documentée. Passeur(s) est une œuvre dure, sombre et solidement construite. Un récit instructif et engagé, qui éclaire efficacement les mécanismes du trafic de migrants. Mais son traitement très frontal, presque sans nuance dans la caractérisation des bourreaux, laisse planer un doute : sommes-nous face à une réalité brute, aussi terrible que cela, ou à une vision volontairement accentuée pour frapper les consciences ? Quoi qu'il en soit, la lecture ne laisse pas indifférent.
Monstrophobie
Arashiro, lycéen harcelé incapable d'assumer son homosexualité, se transforme en monstre après avoir été blessé par les propos homophobes d'un professeur qu'il admirait. Cette métamorphose devient une carapace : une protection contre le regard des autres, mais aussi un moyen de l'affronter pour de bon. Avec Monstrophobie, Kazuki Minamoto livre un conte moderne assez rude sur l'homophobie, le harcèlement scolaire, la lâcheté institutionnelle et l'acceptation de soi. À partir du rejet et de la honte intériorisée, le récit élargit son propos : la victime peut devenir violente, le harcelé peut à son tour harceler, et les adultes se montrent parfois profondément défaillants. Si la thématique LGBT est centrale, l'enjeu dépasse cette seule question : il est aussi affaire d'identité, de pression sociale et de difficulté à s'accepter. Le propos, sur le fond, est sincère. Le dessin, expressif et efficace, soutient bien les scènes de transformation et de crise intérieure. Le monstre, avec sa drôle d'allure à la frontière entre ridicule et effrayant, matérialise visuellement le mal-être, et certaines planches traduisent avec force la détresse d'Arashiro comme celle d'autres personnages. C'est surtout le ton qui m'a laissé partagé. L'aspect allégorique rend parfois flou le fonctionnement de cette métamorphose, dont les effets semblent variables et narrativement un peu artificiels. Quant à la manière d'aborder les thématiques principales, par moments les réflexions sont profondes, justes et intelligentes dans leur manière d’éviter le manichéisme. Et à d’autres, certains comportements m’ont semblé étranges, voire maladroits. Le héros, notamment, franchit assez tôt une limite problématique lorsqu’il agresse sexuellement celui qu’il aime : une scène un peu violente, aussi surprenante que dérangeante, qui semble ensuite presque éludée. Difficile de ne pas rester gêné par ce traitement, mais on n'en parlera plus jamais dans la suite du manga ce qui m'a laissé circonspect. De même, le professeur admiré apparaît constamment médiocre, mollasson et réactionnaire, au point qu'il devient difficile de comprendre l'attachement d'Arashiro. C'est un manga surprenant, parfois subtil, parfois maladroit, qui peut déconcerter mais qui me semble néanmoins pertinent pour de jeunes lecteurs en quête de réponses sur eux-mêmes et sur le regard des autres.
Kid Francis
Autant la boxe me fait profondément chier, autant les boxeurs se révèlent souvent être des personnalités pour le moins attachantes. C'est un monde qui me semble à part, et qui offre un cadre scénaristique prometteur. On gardera en mémoire Ali, Rocky, Raging Bull ou bien encore Million Dollar Baby pour ce qui est du ciné, pour ne citer que ces titres, ou Championzé en ce qui concerne la BD. C'est le cas ici encore une fois. Kid Francis est illustrée par Gregory Mardon dont j'apprécie le travail depuis longtemps. J'aime son dessin qui, sans être ce que j'appellerais un "beau dessin" (même si on sent bien la maitrise), se révèle d'une efficacité redoutable. Il ne s'embarrasse pas de détail, va à l'essentiel, et parvient à nous captiver par la seule force de son expressivité. A mes yeux, rares sont ceux qui parviennent à un tel niveau, de ce point de vue. Quant au scénar, il est à l'image du dessin : il file droit au but, ne laissant sur son passage aucun temps mort. Si la vie du boxeur François Buonagurio (de son vrai nom) est essentiellement composée de lacunes, Marius Rivière reconstitue les blancs avec brio, faisant par la même occasion l'impasse sur la période argentine, sans doute peu voire pas documentée du tout. Alors bien sur, certains personnages paraissent un peu stéréotypée, tel François Spirito, collabo de circonstance comme il y en a plein les romans, mais aussi comme il y en avait plein la vie, ai-je envie d'ajouter... Le scénario manque aussi parfois de surprise, et l'issue de la plupart des situations semble cousu de fil blanc. Mais n'empêche ! Kid Francis est un genre de modèle du genre. En outre, on sent bien la présence des personnalités, ainsi que leur motivation, notamment celles de Kid Francis qui en devient très attachant. Enfin, le contexte historique est très bien rendu. On croise des célébrités de l'époque (Joséphine Baker, Maurice Chevalier, Marcel Pagnol...), on percute l'Histoire (Vous saviez que des quartiers entiers du centre ville de Marseille avaient été dynamités par les Allemands en 1943 ?)... Bref ! C'est une BD solide et sure de son fait qui saura séduire largement.
Les Phalanges de l'ordre noir
Le premier chef d'oeuvre du duo Christin-Bilal. Après la trilogie Légendes d'aujourd'hui, c'est l'épisode de la maturité. Christin livre un scénario sans fantastique mais fait cohabiter l'Histoire avec les histoires grâce à l'utilisation d'une voix off qui fonctionne comme un monologue intérieur. C'est précurseur et en plus le procédé est parfaitement maîtrisé, jusqu'à la conclusion magistrale du récit. Guerre d'Espagne, brigades rouges... On est en 1979 et on se rend compte qu'on peut traiter de tous les sujets à travers la bd pour adultes. Bilal utilise pour la dernière fois les bleus de coloriage avant le passage en couleurs direct. Disons juste que le soin apporté aux détails est exceptionnel et que la comparaison avec ses dernières productions peut être assez choquante si on ne connait que sa dernière période artistique. Arrières plans, nuages, chemins de traverses, péniches, bâtisses isolées, toitures au coeur de la ville; tout est sujet à émerveillement. C'est la clôture parfaite d'un premier âge d'or démarré en 1975 avec la Croisière des Oubliés. Le duo Christin-Bilal fait maintenant partie des précurseurs et le montrera encore quelques années plus tard avec Partie de Chasse. NB : à noter que la dernière édition de 2002 nous gratifie d'une longue interview (9 pages !) de Christin et Bilal ensemble très intéressante.