L’intrigue a été conçue avant le Covid, et de toute façon le virus en question est une création de toutes pièces des chercheurs liés au complexe militaro-industriel (bizarrement ici avec une sorte de collaboration entre USA et France).
Si cet aspect dégueugueu des armes bactériologiques passe au second plan rapidement (pour revenir en touche finale quand même !), il n’en est pas moins qu’il y a quelques résonnances avec le Covid, et les épisodes de confinements forcés, et de mise entre parenthèses des libertés et des droits de chacun, au profit d’une prétendue raison d’Etat.
Ricar plante très bien le décor dans le premier tome, avec une belle galerie de personnages, souvent archétypes, voire clichés (la journaliste sans scrupules pour trouver un scoop, les conseillers du Président froids calculateurs, des militaires sans état d’âme, et quelques « touristes » plus ou moins bien embouchés). Il utilise aussi très bien le huis-clos – il est vrai assez étendu quand même – avec ce paquebot géant où un homme suspecté d’être contaminé par un virus échappé d’un laboratoire travaillant pour l’armée a trouvé refuge, au milieu de milliers de touristes, dans une promiscuité propice à la propagation dudit virus, extrêmement mortel.
Les deux premiers tomes sont vraiment bien fichus, avec une montée en tension, un rythme haletant, au milieu de diverses hypocrisies.
Mes seuls bémols serait une inutile surenchère avec ces navires militaires pris d’assaut par des confinés désespérés : c’est trop improbable et artificiel.
Par ailleurs, si le dessin de Rica est lisible et fluide, il y a quelques imprécisions, en particulier lorsque des personnages sont en mouvement (ou pour quelques visages).
Mais bon, ça reste une série intéressante. De l’aventure dynamique. Mais aussi quelques questionnements pas dénués d’intérêt : quid des armes bactériologiques secrètes ? Peut-on sacrifier sciemment des centaines, voire des milliers d’individus, pour espérer en sauver plus ? Ces questions d’éthique traversent le récit et le densifient.
Note réelle 3,5/5.
Dans l'Angleterre victorienne, une jeune fille indépendante se retrouve liée malgré elle à un fantôme aussi envahissant qu'insupportable, et va tout faire pour s'en débarrasser.
J'ai trouvé dans cet album une lecture globalement agréable, portée avant tout par un univers visuel très réussi. J'aime beaucoup le dessin, en particulier les décors et les couleurs, qui installent une ambiance à la fois douce, légèrement gothique et pleine de fantaisie. L'ensemble est souvent très plaisant à parcourir, avec de belles planches et un vrai soin apporté aux atmosphères.
Le personnage d'Abby fonctionne également très bien. C'est une héroïne plaisante à suivre, crédible dans son contexte tout en ayant un tempérament étonnamment moderne. Sa détermination, son franc-parler et le fait qu'elle ne se laisse ni impressionner par le fantastique ni par le danger en font un personnage vivant et attachant. Tout l'inverse de l'insupportable Walton, mais c'est le personnage qui veut ça.
Le traitement du personnage de la Mort et de ses acolytes est original, voire déroutant, très loin des représentations classiques. Il y a une vraie volonté de décaler les codes, avec un mélange de dérision et d'étrangeté qui donne une identité particulière à l'ensemble. Je n'y accroche qu'à moitié mais ça amène une part d'humour appréciable.
En revanche, le rythme est assez irrégulier, avec des passages qui s'enchaînent de manière un peu trop rapide ou confuse, donnant une impression d'emballement. Certaines idées ou thématiques auraient sans doute mérité d'être davantage développées pour gagner en lisibilité et en profondeur.
Malgré ces réserves, j'ai passé un bon moment de lecture. L'album est divertissant, porté par son énergie, son univers et la beauté de son graphisme, et j'ai apprécié sa conclusion, qui apporte une touche de cohérence et de douceur bienvenue à l'ensemble.
Note : 3,5/5
J'ai, comme tous les abonnés au compte instagram d'Evemarie, vu naître cet album, en quelque sorte.
C'était en début d'année 2025, lorsque "l'affaire Bétharram" est révélée au grand public, avec notamment l'implication du Premier ministre de l'époque, François Bayrou. Une actualité qui fait remonter des souvenirs de la scolarité d'Evemarie dans une institution similaire, et qu'elle raconte alors par le biais de quelques planches mêlant sujet grave et humour potache. Des publications qui ont provoqué un afflux de témoignages, lesquels ont incité l'autrice à raconter ses années collège et lycée.
Alors soyons clairs, rien de croustillant, pas d'histoires de viols, même s'il y a eu des choses qui aujourd'hui ne passeraient absolument pas. A l'époque, la jeune Evemarie pensait que cela faisait partie de l'enseignement dans le privé, que c'était "normal", quelque part, ce qui en dit long sur l'endoctrinement et les mœurs en vogue jusqu'aux années 90-2000. Il n'empêche que ceux qui ont frappé les élèves, qui les ont fait se déshabiller devant eux (sans aller plus loin, du moins ici) sont toujours en place, et ont même, pour certains, obtenu des promotions...
Mais revenons à l'album. C'est tout u n système, à la fois cruel, abusif et absurde, qui nous est dévoilé. Des élèves qui se font défoncer l'estomac parce qu'ils ont osé demander une fourniture en classe, des responsables qui s'opposent à une réorientation d'une élève on ne sait pourquoi, ou des remarques sur une tenue jugée décadente sans aucune raison. Evemarie raconte tout ça avec cet humour décalé qui la caractérise, et qui l'a amenée à travailler avec Fabcaro, maître du genre qui signe d'ailleurs une petite préface de l'album, et si le ton est léger, le fond, lui, est inquiétant.
C'est donc un album au ton léger, mais qui fait réfléchir.
C'est la rencontre entre une famille pauvre en plein hiver et un sympathique prestidigitateur qui vient apporter un peu de chaleur, d'espoir et de réconfort dans leur quotidien difficile.
C'est un conte quasi muet, rapide à lire, qui repose avant tout sur ses ambiances et ses intentions. Tout passe par les gestes, les regards et quelques éléments symboliques, avec une narration claire et accessible, qui conviendra sans doute très bien à un jeune lectorat.
L'ensemble est indéniablement soigné : le trait est doux, les couleurs sont belles, et certaines planches dégagent une vraie poésie, notamment dans les jeux de lumière et les atmosphères hivernales.
Pour autant, j'ai eu du mal à être pleinement emporté. Le récit m'a semblé assez linéaire et surtout très appuyé dans ses intentions. Ce personnage qui dispense joie et espoir à coups de petits tours de magie, de pétales et de musique donne parfois une impression un peu trop douce et convenue, presque naïve, qui limite l'implication.
L'ensemble reste agréable et délicat, avec une vraie sensibilité dans la mise en images, mais il manque sans doute de relief, de surprise ou de second niveau de lecture pour marquer davantage, en particulier pour un lecteur adulte.
Pourquoi vouloir toujours tout savoir ?
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Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Son édition originale date de 1991. Il a été réalisé par Edmond Baudoin pour le scénario et les dessins. Il compte quarante-quatre pages de bande dessinée en noir & blanc. Il commence par une introduction rédigée par l’écrivain J.M.G. Le Clézio qui raconte qu’il a connu le bédéaste sur le chemin de l’école où ils conduisaient l’un Anne, l’autre Amy. Il explique que quand il a lu ses premiers albums il lui a semblé qu’ils avaient habité la même maison qu’ils avaient connu les mêmes gens, et qu’ils avaient découvert la vie en même temps, à travers ces rues bizarres du quartier Arson, près de la Manufacture des Tabacs, sur les quais entre les ballots de liège et les barils d’huile. Il raconte que ce sont ces premières impressions, qui font que la bande dessinée, tout d’un coup, est plus simple et plus facile, et qu’on y entre comme si on faisait partie des dessins. Et puis on découvre d’autres choses, le mystère, peut-être, le temps, la solitude, la peur de changer ou de vieillir, le désir d’échapper, d’être un autre, et en même temps l’attachement pour tout ce qu’on a connu depuis l’enfance, c’est-à-dire la poésie, celle-là même que fait, d’une toute autre façon, un autre niçois qui s’appelle Daniel Biga (1940-, poète).
Les hirondelles font exister le ciel… C’est Betty qui le dit… Leur vol fait comme une écriture, une écriture qui s’efface. Betty dit aussi que nous c’est pareil. Que nous dessinons nous aussi, quand on bouge. Betty aime les écritures des hirondelles. Elle aime aussi leurs musiques, leurs danses, leurs voyages. Quelque part sur une grande place, les gens discutent en petit groupe, se croisent, jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’une jeune femme seule au milieu, tous les autres s’étant éloignés. Un homme joue au flipper. Une fillette danse. Un disque tourne sur une platine. Une boule de flipper roule. Un couple fait l’amour. Des acteurs jouent une pièce sur une scène.
Le jeudi à Nice à 20h15, une jeune femme quitte Betty en acceptant son rendez-vous, le lendemain matin à dix heures. Betty rentre chez elle où elle est accueillie par sa fille Élée courant vers elle à bras ouvert, et par Julia plus réservée. Dans la cabine de contrôle, Emmanuel se plaint avec les autres techniciens de la musique que jouent ceux qu’ils enregistrent. Marion les rejoint et regrettant qu’Emmanuel s’en va encore ce week-end, ce dernier constatant qu’elle est jalouse. À Nice à 20h50, les trois femmes sont à table, et Betty dit que dans dix jours exactement elle sera à Naples. Julia prend la parole : la jeune mère trépigne… Mais ce n’est pas pour Naples… C’est pour sa danse… Pour ces instants de création où Betty enfante sur un fil… Mais pour le cas où elle aurait le temps d’y jeter un coup d’œil… Julia pourrait lui parler de Naples… C’était il y a vingt-cinq ans à peu près… Elle, par chance elle l’a découverte par la mer… En plein été, au soleil de deux heures, et son paquebot venait de Gênes au retour d’Amérique du Sud, un merveilleux paquebot italien… Bref, la splendeur, l’explosion de la lumière sur les îles tremblant de joie dans leurs propres reflets, et une heure après… Dès le quai la misère hurlante, et chantante, les gosses mendiants, les gosses piqueurs de valises… Un opéra splendide et fou où se chantait, se dansait l’interminable fin de leur vieux monde…
Le lecteur se trouve vite déconcerté par la structure narrative utilisée par le bédéaste, lui dont les bandes dessinées sont toujours immédiatement accessibles. Il se trouve face à une forme de juxtaposition de cases passant d’un sujet à un autre : ces badauds sur une place, cette jeune femme à la longue chevelure, le joueur de flipper, la petite fille qui s’appelle Évée (pour Éléonore), puis le repas à table et les évocations d’un voyage à Naples, puis une danse, puis un viol dans une rue sombre de New York, puis… Cette fragmentation atteint son point culminant en planche vingt-quatre, composée de six cases, deux se déroulant à Nice, une à New York, une à Paris, une Beyrouth, une à Naples. C’est la seule et unique case se déroulant à Beyrouth. Il y a aura bien une case dont le cartouche précise qu’elle se situe à Kaboul, mais sans lien apparent. Pour New York, il semble bien qu’il s’agisse de l’amorce d’un nouveau viol. Le lecteur reconnaît les personnages dans les deux autres cases, même si le fil ténu avec la chanteuse blonde semble ne mener nulle part en particulier. Déroutant.
Le lecteur observe la même approche composite, dans un premier temps pour les dessins : cette vue de dessus en oblique sur de petites silhouettes comme posées sur un fond blanc, ce petit visage aux traits fortement contrastés en bas à droite de la case, la représentation réaliste et détaillée de la table de jeu du flipper, l’effet de déformation du reflet de la même table sur la surface sphérique de la bille, les représentations des personnages majoritairement au pinceau parfois rehaussées à la plume, et cette extraordinaire scène de danse de la planche trente-six à la planche quarante-et-un. Cette expression corporelle peut évoquer au lecteur une bande dessinée ultérieur du même artiste Le Corps collectif - Danser l'invisible (2019) avec Jeanne Alechinsky, chorégraphe et danseuse, un hommage à Nadia Vadori-Gauthier chorégraphe et à son groupe de danse appelé Corps Collectif, une représentation magique de la danse moderne. Pour revenir à la bande dessinée, cette variété de modes graphiques peut ajouter à la sensation de morcellement de certaines parties de la narration. Pour autant, elle ne produit pas de solution de continuité, le lecteur retrouvant la sensibilité et la personnalité de l’artiste dans chacun.
Les dessins d’êtres humains portent le sceau du sens de l’observation et de l’empathie du dessinateur. En les regardant, le lecteur peut ressentir leur état d’esprit, se faire une idée de leur émotion. Dans ce petit dessin d’une enfant, il voit toute l’intensité qu’on peut avoir à cet âge lorsque l’on dit quelque chose d’important, auquel on souhaite que son interlocuteur ou son auditoire accorde toute leur attention, avec le même engagement. Il se produit un effet fort différent en regardant le visage tout ridé de Julia : une sorte de masque qui s’est formé avec les années, les décennies, et pourtant la force vitale intacte est perceptible lorsqu’elle parle. Le lecteur se trouve saisit par le regard fixe de Marion, les traits lisses de la jeune femme, sa coupe de cheveux courts, son étrange absence d’expression, qui se trouve expliquée plus tard par son addiction. Il éprouve une grande horreur et une compassion sans limite pour la jeune femme qui se fait violer, réalisant à la fin de cette séquence que son visage reste invisible couvert par ses cheveux ou masqué par l’ombre pour indiquer l’absence de sa personnalité dans les yeux des criminels. Par comparaison, il est impressionné par l’assurance de la jeune femme blonde qui vient apporter une cassette à Emmanuel, ce qui se confirme dans une scène suivante où elle repousse une avance avec une autorité définitive. Il lui faut un peu de temps pour se rendre compte que le visage de Betty / Béatrice se dérobe. Peut-être en prend-il conscience en planche dix-sept avec un cadrage bizarre où les jambes de sa fille en train de danser sur la plage empêche de voir ledit visage. Ou bien enfin en planche quarante-deux où elle se tient face au lecteur.
La narration peut déconcerter : des allers-retours très fréquents d’un endroit à l’autre, Nice, New York, Paris, Beyrouth, Naples, des voyages, des personnages apparaissant le temps d’une séquence. Certes, le récit déroule une histoire facile à cerner : le voyage de Betty / Béatrice à Naples, sa relation avec sa fille Éléonore, sa relation amoureuse épisodique avec Emmanuel qui vit à Paris, sa rencontre avec Giorgio à Naples, et cette rencontre initiale avec le narrateur. Et donc ces apartés ou ces pas de côté avec Julia (peut-être la mère de Betty), Éléonore sa fille, Marion amoureuse d’Emmanuel, les badauds sur la place, l’agression sexuelle à New York, le questionnement sur l’engagement personnel dans le théâtre, l’effet distractif de la poitrine de Chantal, le masque dans la fête, etc. Le lecteur y voit une forme de juxtaposition : d’un côté ce qui se passe dans l’histoire principale, et par intermittence ce qui se passe ailleurs. Ce procédé peut être utilisé pour faire apparaître la nature arbitraire de la vie (Pourquoi ça arrive à l’un plutôt qu’à l’autre ?) en fonction des hasards de la naissance, de la personnalité. Il peut également être utilisé pour montrer sciemment quelque chose qui n’a rien à voir avec le fil directeur de l’intrigue : un moment de fugue de l’esprit d’un personnage ou de l’auteur… Encore que tout provient de l’esprit de l’auteur et que personne ne dispose de la faculté d’imaginer quelque chose de totalement sans rapport avec le fil conducteur, à partir de rien. Il est donc plus probable que sciemment ou inconsciemment Baudoin établit des parallèles. Ainsi l’histoire atroce de la jeune femme violée se déroule en contrepoint avec les relations sexuelles de Betty, pointant du doigt l’horreur du comportement mâle, alors que des relations saines sont possibles. Dans le même temps une personne âgée arrose ses fleurs à Beyrouth, sans avoir aucunement conscience de ce qui arrive dans cette ruelle de New York, indifférent à cette horreur ignoble et aux autres qui se commettent concomitamment quelque part sur la planète. Le lecteur ressent que l’histoire présente comme point focal le personnage de Betty, sa façon d’exprimer les émotions par le théâtre, et plus encore par la danse, absorbant inconsciemment ce qui se passe autour d’elle, et le retranscrivant dans ses mouvements chorégraphiés. Elle ne perçoit pas ces autres fragments de vie, et dans le même temps ils façonnent le monde qu’elle ressent.
Le lecteur familier avec l’œuvre d’Edmond Baudoin ne s’attend pas à éprouver des hésitations à la lecture d’une de ses bandes dessinées, à se trouver en difficulté de compréhension. Il retrouve sa narration visuelle déjà unique, tellement personnelle, tellement sensible, expressive et inventive, donnant une vie pleine et entière à chaque personnage. Il découvre rapidement le fil directeur de l’histoire : une femme artiste, actrice et danseuse, exprimant des émotions et des ressentis au travers de son art, se nourrissant de ses relations amoureuses, familiales et amicales. Petit à petit, le lecteur perçoit l’intention de l’auteur : donner à voir la multiplicité du quotidien, des vies, leurs différences, la force du désir masculin et les horreurs qui l’accompagnent, y compris pour les hommes, la part prépondérante d’arbitraire dans chaque vie. Envoûtant.
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Virus
L’intrigue a été conçue avant le Covid, et de toute façon le virus en question est une création de toutes pièces des chercheurs liés au complexe militaro-industriel (bizarrement ici avec une sorte de collaboration entre USA et France). Si cet aspect dégueugueu des armes bactériologiques passe au second plan rapidement (pour revenir en touche finale quand même !), il n’en est pas moins qu’il y a quelques résonnances avec le Covid, et les épisodes de confinements forcés, et de mise entre parenthèses des libertés et des droits de chacun, au profit d’une prétendue raison d’Etat. Ricar plante très bien le décor dans le premier tome, avec une belle galerie de personnages, souvent archétypes, voire clichés (la journaliste sans scrupules pour trouver un scoop, les conseillers du Président froids calculateurs, des militaires sans état d’âme, et quelques « touristes » plus ou moins bien embouchés). Il utilise aussi très bien le huis-clos – il est vrai assez étendu quand même – avec ce paquebot géant où un homme suspecté d’être contaminé par un virus échappé d’un laboratoire travaillant pour l’armée a trouvé refuge, au milieu de milliers de touristes, dans une promiscuité propice à la propagation dudit virus, extrêmement mortel. Les deux premiers tomes sont vraiment bien fichus, avec une montée en tension, un rythme haletant, au milieu de diverses hypocrisies. Mes seuls bémols serait une inutile surenchère avec ces navires militaires pris d’assaut par des confinés désespérés : c’est trop improbable et artificiel. Par ailleurs, si le dessin de Rica est lisible et fluide, il y a quelques imprécisions, en particulier lorsque des personnages sont en mouvement (ou pour quelques visages). Mais bon, ça reste une série intéressante. De l’aventure dynamique. Mais aussi quelques questionnements pas dénués d’intérêt : quid des armes bactériologiques secrètes ? Peut-on sacrifier sciemment des centaines, voire des milliers d’individus, pour espérer en sauver plus ? Ces questions d’éthique traversent le récit et le densifient. Note réelle 3,5/5.
Abby & Walton
Dans l'Angleterre victorienne, une jeune fille indépendante se retrouve liée malgré elle à un fantôme aussi envahissant qu'insupportable, et va tout faire pour s'en débarrasser. J'ai trouvé dans cet album une lecture globalement agréable, portée avant tout par un univers visuel très réussi. J'aime beaucoup le dessin, en particulier les décors et les couleurs, qui installent une ambiance à la fois douce, légèrement gothique et pleine de fantaisie. L'ensemble est souvent très plaisant à parcourir, avec de belles planches et un vrai soin apporté aux atmosphères. Le personnage d'Abby fonctionne également très bien. C'est une héroïne plaisante à suivre, crédible dans son contexte tout en ayant un tempérament étonnamment moderne. Sa détermination, son franc-parler et le fait qu'elle ne se laisse ni impressionner par le fantastique ni par le danger en font un personnage vivant et attachant. Tout l'inverse de l'insupportable Walton, mais c'est le personnage qui veut ça. Le traitement du personnage de la Mort et de ses acolytes est original, voire déroutant, très loin des représentations classiques. Il y a une vraie volonté de décaler les codes, avec un mélange de dérision et d'étrangeté qui donne une identité particulière à l'ensemble. Je n'y accroche qu'à moitié mais ça amène une part d'humour appréciable. En revanche, le rythme est assez irrégulier, avec des passages qui s'enchaînent de manière un peu trop rapide ou confuse, donnant une impression d'emballement. Certaines idées ou thématiques auraient sans doute mérité d'être davantage développées pour gagner en lisibilité et en profondeur. Malgré ces réserves, j'ai passé un bon moment de lecture. L'album est divertissant, porté par son énergie, son univers et la beauté de son graphisme, et j'ai apprécié sa conclusion, qui apporte une touche de cohérence et de douceur bienvenue à l'ensemble. Note : 3,5/5
L'Ecole est finie !
J'ai, comme tous les abonnés au compte instagram d'Evemarie, vu naître cet album, en quelque sorte. C'était en début d'année 2025, lorsque "l'affaire Bétharram" est révélée au grand public, avec notamment l'implication du Premier ministre de l'époque, François Bayrou. Une actualité qui fait remonter des souvenirs de la scolarité d'Evemarie dans une institution similaire, et qu'elle raconte alors par le biais de quelques planches mêlant sujet grave et humour potache. Des publications qui ont provoqué un afflux de témoignages, lesquels ont incité l'autrice à raconter ses années collège et lycée. Alors soyons clairs, rien de croustillant, pas d'histoires de viols, même s'il y a eu des choses qui aujourd'hui ne passeraient absolument pas. A l'époque, la jeune Evemarie pensait que cela faisait partie de l'enseignement dans le privé, que c'était "normal", quelque part, ce qui en dit long sur l'endoctrinement et les mœurs en vogue jusqu'aux années 90-2000. Il n'empêche que ceux qui ont frappé les élèves, qui les ont fait se déshabiller devant eux (sans aller plus loin, du moins ici) sont toujours en place, et ont même, pour certains, obtenu des promotions... Mais revenons à l'album. C'est tout u n système, à la fois cruel, abusif et absurde, qui nous est dévoilé. Des élèves qui se font défoncer l'estomac parce qu'ils ont osé demander une fourniture en classe, des responsables qui s'opposent à une réorientation d'une élève on ne sait pourquoi, ou des remarques sur une tenue jugée décadente sans aucune raison. Evemarie raconte tout ça avec cet humour décalé qui la caractérise, et qui l'a amenée à travailler avec Fabcaro, maître du genre qui signe d'ailleurs une petite préface de l'album, et si le ton est léger, le fond, lui, est inquiétant. C'est donc un album au ton léger, mais qui fait réfléchir.
Pétales
C'est la rencontre entre une famille pauvre en plein hiver et un sympathique prestidigitateur qui vient apporter un peu de chaleur, d'espoir et de réconfort dans leur quotidien difficile. C'est un conte quasi muet, rapide à lire, qui repose avant tout sur ses ambiances et ses intentions. Tout passe par les gestes, les regards et quelques éléments symboliques, avec une narration claire et accessible, qui conviendra sans doute très bien à un jeune lectorat. L'ensemble est indéniablement soigné : le trait est doux, les couleurs sont belles, et certaines planches dégagent une vraie poésie, notamment dans les jeux de lumière et les atmosphères hivernales. Pour autant, j'ai eu du mal à être pleinement emporté. Le récit m'a semblé assez linéaire et surtout très appuyé dans ses intentions. Ce personnage qui dispense joie et espoir à coups de petits tours de magie, de pétales et de musique donne parfois une impression un peu trop douce et convenue, presque naïve, qui limite l'implication. L'ensemble reste agréable et délicat, avec une vraie sensibilité dans la mise en images, mais il manque sans doute de relief, de surprise ou de second niveau de lecture pour marquer davantage, en particulier pour un lecteur adulte.
Un flip coca !
Pourquoi vouloir toujours tout savoir ? - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Son édition originale date de 1991. Il a été réalisé par Edmond Baudoin pour le scénario et les dessins. Il compte quarante-quatre pages de bande dessinée en noir & blanc. Il commence par une introduction rédigée par l’écrivain J.M.G. Le Clézio qui raconte qu’il a connu le bédéaste sur le chemin de l’école où ils conduisaient l’un Anne, l’autre Amy. Il explique que quand il a lu ses premiers albums il lui a semblé qu’ils avaient habité la même maison qu’ils avaient connu les mêmes gens, et qu’ils avaient découvert la vie en même temps, à travers ces rues bizarres du quartier Arson, près de la Manufacture des Tabacs, sur les quais entre les ballots de liège et les barils d’huile. Il raconte que ce sont ces premières impressions, qui font que la bande dessinée, tout d’un coup, est plus simple et plus facile, et qu’on y entre comme si on faisait partie des dessins. Et puis on découvre d’autres choses, le mystère, peut-être, le temps, la solitude, la peur de changer ou de vieillir, le désir d’échapper, d’être un autre, et en même temps l’attachement pour tout ce qu’on a connu depuis l’enfance, c’est-à-dire la poésie, celle-là même que fait, d’une toute autre façon, un autre niçois qui s’appelle Daniel Biga (1940-, poète). Les hirondelles font exister le ciel… C’est Betty qui le dit… Leur vol fait comme une écriture, une écriture qui s’efface. Betty dit aussi que nous c’est pareil. Que nous dessinons nous aussi, quand on bouge. Betty aime les écritures des hirondelles. Elle aime aussi leurs musiques, leurs danses, leurs voyages. Quelque part sur une grande place, les gens discutent en petit groupe, se croisent, jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’une jeune femme seule au milieu, tous les autres s’étant éloignés. Un homme joue au flipper. Une fillette danse. Un disque tourne sur une platine. Une boule de flipper roule. Un couple fait l’amour. Des acteurs jouent une pièce sur une scène. Le jeudi à Nice à 20h15, une jeune femme quitte Betty en acceptant son rendez-vous, le lendemain matin à dix heures. Betty rentre chez elle où elle est accueillie par sa fille Élée courant vers elle à bras ouvert, et par Julia plus réservée. Dans la cabine de contrôle, Emmanuel se plaint avec les autres techniciens de la musique que jouent ceux qu’ils enregistrent. Marion les rejoint et regrettant qu’Emmanuel s’en va encore ce week-end, ce dernier constatant qu’elle est jalouse. À Nice à 20h50, les trois femmes sont à table, et Betty dit que dans dix jours exactement elle sera à Naples. Julia prend la parole : la jeune mère trépigne… Mais ce n’est pas pour Naples… C’est pour sa danse… Pour ces instants de création où Betty enfante sur un fil… Mais pour le cas où elle aurait le temps d’y jeter un coup d’œil… Julia pourrait lui parler de Naples… C’était il y a vingt-cinq ans à peu près… Elle, par chance elle l’a découverte par la mer… En plein été, au soleil de deux heures, et son paquebot venait de Gênes au retour d’Amérique du Sud, un merveilleux paquebot italien… Bref, la splendeur, l’explosion de la lumière sur les îles tremblant de joie dans leurs propres reflets, et une heure après… Dès le quai la misère hurlante, et chantante, les gosses mendiants, les gosses piqueurs de valises… Un opéra splendide et fou où se chantait, se dansait l’interminable fin de leur vieux monde… Le lecteur se trouve vite déconcerté par la structure narrative utilisée par le bédéaste, lui dont les bandes dessinées sont toujours immédiatement accessibles. Il se trouve face à une forme de juxtaposition de cases passant d’un sujet à un autre : ces badauds sur une place, cette jeune femme à la longue chevelure, le joueur de flipper, la petite fille qui s’appelle Évée (pour Éléonore), puis le repas à table et les évocations d’un voyage à Naples, puis une danse, puis un viol dans une rue sombre de New York, puis… Cette fragmentation atteint son point culminant en planche vingt-quatre, composée de six cases, deux se déroulant à Nice, une à New York, une à Paris, une Beyrouth, une à Naples. C’est la seule et unique case se déroulant à Beyrouth. Il y a aura bien une case dont le cartouche précise qu’elle se situe à Kaboul, mais sans lien apparent. Pour New York, il semble bien qu’il s’agisse de l’amorce d’un nouveau viol. Le lecteur reconnaît les personnages dans les deux autres cases, même si le fil ténu avec la chanteuse blonde semble ne mener nulle part en particulier. Déroutant. Le lecteur observe la même approche composite, dans un premier temps pour les dessins : cette vue de dessus en oblique sur de petites silhouettes comme posées sur un fond blanc, ce petit visage aux traits fortement contrastés en bas à droite de la case, la représentation réaliste et détaillée de la table de jeu du flipper, l’effet de déformation du reflet de la même table sur la surface sphérique de la bille, les représentations des personnages majoritairement au pinceau parfois rehaussées à la plume, et cette extraordinaire scène de danse de la planche trente-six à la planche quarante-et-un. Cette expression corporelle peut évoquer au lecteur une bande dessinée ultérieur du même artiste Le Corps collectif - Danser l'invisible (2019) avec Jeanne Alechinsky, chorégraphe et danseuse, un hommage à Nadia Vadori-Gauthier chorégraphe et à son groupe de danse appelé Corps Collectif, une représentation magique de la danse moderne. Pour revenir à la bande dessinée, cette variété de modes graphiques peut ajouter à la sensation de morcellement de certaines parties de la narration. Pour autant, elle ne produit pas de solution de continuité, le lecteur retrouvant la sensibilité et la personnalité de l’artiste dans chacun. Les dessins d’êtres humains portent le sceau du sens de l’observation et de l’empathie du dessinateur. En les regardant, le lecteur peut ressentir leur état d’esprit, se faire une idée de leur émotion. Dans ce petit dessin d’une enfant, il voit toute l’intensité qu’on peut avoir à cet âge lorsque l’on dit quelque chose d’important, auquel on souhaite que son interlocuteur ou son auditoire accorde toute leur attention, avec le même engagement. Il se produit un effet fort différent en regardant le visage tout ridé de Julia : une sorte de masque qui s’est formé avec les années, les décennies, et pourtant la force vitale intacte est perceptible lorsqu’elle parle. Le lecteur se trouve saisit par le regard fixe de Marion, les traits lisses de la jeune femme, sa coupe de cheveux courts, son étrange absence d’expression, qui se trouve expliquée plus tard par son addiction. Il éprouve une grande horreur et une compassion sans limite pour la jeune femme qui se fait violer, réalisant à la fin de cette séquence que son visage reste invisible couvert par ses cheveux ou masqué par l’ombre pour indiquer l’absence de sa personnalité dans les yeux des criminels. Par comparaison, il est impressionné par l’assurance de la jeune femme blonde qui vient apporter une cassette à Emmanuel, ce qui se confirme dans une scène suivante où elle repousse une avance avec une autorité définitive. Il lui faut un peu de temps pour se rendre compte que le visage de Betty / Béatrice se dérobe. Peut-être en prend-il conscience en planche dix-sept avec un cadrage bizarre où les jambes de sa fille en train de danser sur la plage empêche de voir ledit visage. Ou bien enfin en planche quarante-deux où elle se tient face au lecteur. La narration peut déconcerter : des allers-retours très fréquents d’un endroit à l’autre, Nice, New York, Paris, Beyrouth, Naples, des voyages, des personnages apparaissant le temps d’une séquence. Certes, le récit déroule une histoire facile à cerner : le voyage de Betty / Béatrice à Naples, sa relation avec sa fille Éléonore, sa relation amoureuse épisodique avec Emmanuel qui vit à Paris, sa rencontre avec Giorgio à Naples, et cette rencontre initiale avec le narrateur. Et donc ces apartés ou ces pas de côté avec Julia (peut-être la mère de Betty), Éléonore sa fille, Marion amoureuse d’Emmanuel, les badauds sur la place, l’agression sexuelle à New York, le questionnement sur l’engagement personnel dans le théâtre, l’effet distractif de la poitrine de Chantal, le masque dans la fête, etc. Le lecteur y voit une forme de juxtaposition : d’un côté ce qui se passe dans l’histoire principale, et par intermittence ce qui se passe ailleurs. Ce procédé peut être utilisé pour faire apparaître la nature arbitraire de la vie (Pourquoi ça arrive à l’un plutôt qu’à l’autre ?) en fonction des hasards de la naissance, de la personnalité. Il peut également être utilisé pour montrer sciemment quelque chose qui n’a rien à voir avec le fil directeur de l’intrigue : un moment de fugue de l’esprit d’un personnage ou de l’auteur… Encore que tout provient de l’esprit de l’auteur et que personne ne dispose de la faculté d’imaginer quelque chose de totalement sans rapport avec le fil conducteur, à partir de rien. Il est donc plus probable que sciemment ou inconsciemment Baudoin établit des parallèles. Ainsi l’histoire atroce de la jeune femme violée se déroule en contrepoint avec les relations sexuelles de Betty, pointant du doigt l’horreur du comportement mâle, alors que des relations saines sont possibles. Dans le même temps une personne âgée arrose ses fleurs à Beyrouth, sans avoir aucunement conscience de ce qui arrive dans cette ruelle de New York, indifférent à cette horreur ignoble et aux autres qui se commettent concomitamment quelque part sur la planète. Le lecteur ressent que l’histoire présente comme point focal le personnage de Betty, sa façon d’exprimer les émotions par le théâtre, et plus encore par la danse, absorbant inconsciemment ce qui se passe autour d’elle, et le retranscrivant dans ses mouvements chorégraphiés. Elle ne perçoit pas ces autres fragments de vie, et dans le même temps ils façonnent le monde qu’elle ressent. Le lecteur familier avec l’œuvre d’Edmond Baudoin ne s’attend pas à éprouver des hésitations à la lecture d’une de ses bandes dessinées, à se trouver en difficulté de compréhension. Il retrouve sa narration visuelle déjà unique, tellement personnelle, tellement sensible, expressive et inventive, donnant une vie pleine et entière à chaque personnage. Il découvre rapidement le fil directeur de l’histoire : une femme artiste, actrice et danseuse, exprimant des émotions et des ressentis au travers de son art, se nourrissant de ses relations amoureuses, familiales et amicales. Petit à petit, le lecteur perçoit l’intention de l’auteur : donner à voir la multiplicité du quotidien, des vies, leurs différences, la force du désir masculin et les horreurs qui l’accompagnent, y compris pour les hommes, la part prépondérante d’arbitraire dans chaque vie. Envoûtant.