J’avais découvert Yoann Kavege avec son roman graphique Fantasy, que j’avais beaucoup aimé, donc j’étais assez curieux de lire Moon Deer, sa première bande dessinée. On sent rapidement que l’auteur propose quelque chose de différent : la narration est presque muette et repose essentiellement sur l’image, ce qui demande de se laisser porter plutôt que de chercher une histoire très explicite.
La lecture est très contemplative, avec un rythme lent et une ambiance poétique, presque onirique. J’ai parfois trouvé le récit volontairement flou, mais ça ne m’a pas dérangé : au contraire, ça participe à l’expérience et à l’immersion dans cet univers étrange et spatial. Le dessin et les couleurs jouent un rôle central et racontent beaucoup de choses sans avoir besoin de mots.
Ce que j’ai le plus apprécié, c’est clairement la fin. La chute m’a vraiment marqué : elle donne du sens à tout le reste du récit et m’a fait revoir l’histoire autrement une fois l’album refermé. C’est le genre de conclusion qui reste en tête et qui fait réfléchir après coup.
En résumé, Moon Deer est une BD avant tout visuelle et sensorielle, qui ne plaira pas forcément à tout le monde, mais que j’ai personnellement beaucoup appréciée, notamment grâce à sa fin très réussie. Une œuvre singulière qui confirme mon intérêt pour le travail de Yoann Kavege après Fantasy.
Wallace Wood est un auteur majeur du comics, un auteur en tout cas sous-estimé et injustement mal connu je pense. Un auteur qui a touché à tout, un auteur « de genre » que j’aime beaucoup, tant il y a toujours chez lui quelque chose d’intéressant, y compris dans ses œuvres « mineures », comme c’est le cas ici avec ce « Roi du monde ».
Les éditions du Triton avaient publié pas mal d’auteur américains dans les années 1970 (Wood aura droit à un autre album deux ans après celui-ci), ce qui avait permis aux lecteurs européens de découvrir un pan original du comics (c’est par eux que j’avais découvert Paul Kirchner ou Rand Holmes par exemple).
Je m’étonne que cet album ne soit pas encore référencé sur le site. Je m’y colle donc avec plaisir.
Le dessin de Wood est, comme à son habitude, très agréable. Simple, efficace, son trait plus ou moins réaliste et dynamique est très plaisant. Je suis moins convaincu par la colorisation de Tatjana Wood (sa femme), certes datée, mais surtout avec un encrage moyen.
Comme à son habitude – même si ici il n’y a vraiment rien d’érotique ! – Wood dessine des femmes au corps de pin-up. Les amateurs de Wood reconnaitront des formes mises en avant de façon plus érotique dans « Cons de fée (fées en folie) » par exemple.
Mais ici l’érotisation est à peine suggérée (même si Wood se plait à glisser dans les cases moult femmes dénudées – en tout cas la poitrine à l’air), car l’album n’est pas uniquement destiné à un lectorat adulte. Au contraire, le récit serait presque tout public (n’étaient les pin-up dénudées…), vraiment « gentil » (trop à mon goût d’ailleurs).
Si le récit a des côtés gentillets, Wood glisse quand même quelques piques aux scénarios et héros classiques. En effet, le personnage de Xavier d’Acier (quel nom improbable ! Je serais curieux de connaitre le nom dans la version d’origine) est une caricature visuelle des héros « de genre » habillé tour à tour en sorte de Conan, en Romain, en chevalier… (je passe sur le personnage furtif d’Arlan, caricature de chevalier old school, que Wood n’utilise qu’une case pour le faire disparaitre « parce qu’il n’était pas intéressant » !).
Wood se plait aussi durant le récit à se moquer gentiment des classiques fantasy, sans aller jusqu’à une réelle parodie. Mais ces petits « pas de côté » permettent au lecteur de trouver de l’intérêt à la lecture, car finalement Wood ne sort pas beaucoup aussi de certains sentiers battus.
Le personnage de Weer et son « batociel » aurait sans doute mérité d’être davantage utilisé, pour apporter plus de fantaisie et de poésie au récit. Un récit qui se termine assez brutalement, de façon ouverte, comme si une suite était prévue (peut-être existe-t-elle en version originale ?
Un Wallace Wood mineur donc, pas inintéressant, mais qui ravira surtout les fidèles du bonhomme.
Je découvre les 2 auteurs avec ce tome.
Satisfait mais j’avoue être tout de même un poil mitigé, certainement la faute à mes attentes. Pour l’instant un 3,5 arrondi vers le bas donc.
J’ai aimé le récit, l’aventure, la prise de risques dans les ingrédients, le fin mot de l’histoire, ce côté dark et gore qui transpire de partout … et bien d’autres choses.
Mais en même temps, j’ai eu du mal à m’accaparer l’univers, le graphisme ne m’a pas attrapé outre mesure, les personnages sont bien campés mais pas attachants, il faut accepter de ne pas tout maîtriser dans ce monde … j’étais en dents de scie durant toute ma lecture niveau ressenti, c’est vraiment à la fin que je me suis dit « nan c’est cool ».
Une œuvre à essayer sauf si vous êtes allergique au côté sale, sombre et violent, l’album jouant principalement sur ces thématiques.
J’avoue être sortie un peu trop décontenancé de la forme mais je pense que les futures lectures gommeront ce trait, j’abonderai la note si c’est bien le cas.
Voilà un diptyque intéressant. D’abord parce qu’il se laisse lire très facilement – et relativement rapidement – tant la narration est fluide et aérée.
Ensuite parce qu’il permet – Clot n’ayant pris que très peu de liberté par rapport à la réalité – de mieux connaitre la genèse des théories darwinienne, et aussi l’homme, durant sa « jeunesse », et son fameux voyage autour du monde à bord du Beagle. Une bonne bibliographie est proposée en fin de volume, avec un dossier historique lui aussi bien fichu.
On découvre ainsi l’évolution de la pensée de Darwin lui-même – avant celle des espèces… Ses observations, ses questionnements surtout, qui vont le faire sortir des idées reçues de l’époque, et qui vont par la suite le confronter à tous ceux qui – suivant des Églises aveugles et recluses sur leurs anciens pouvoirs – vont dénaturer sa théorie et la critiquer.
Ce « work in progress » est vraiment intéressant, et bien montré, avec les inquiétudes et autres angoisses perfectionnistes de Darwin, mises en avant dans le second tome, alors qu’il est un « notable » autant décrié que porté au pinacle, la postérité se chargeant de faire le tri (même si je suis toujours halluciné de voir le pouvoir qu’ont certains créationnistes aux États-Unis en ce moment !).
Une série bien fichue en tout cas, très recommandable.
Note réelle 3,5/5.
Une adaptation d’un roman que je ne connais pas, mais qui a de faux airs de documentaire, tant le récit est ancré dans la réalité, tant il en a la saveur et l’amertume.
Après un long moment de mise en place des personnages et des décors (ville, campagnes, ambiance politique qui se dégrade), l’horreur s’abat au Rwanda, et déborde au Burundi, où vivent les personnages que nous suivons. L’horreur du génocide mis en œuvre par des extrémistes Hutus contre les Tutsis (et tous les hutus trop « modérés ») prend évidemment à la gorge. Voir la haine se développer, y compris lorsqu’il s’agit de se venger des meurtriers (voir la scène où le jeune héros est contraint de se joindre à la meute en immolant un Hutu accusé d’être un génocidaire !) ne peut qu’interpeller, même si hélas c’est bien ainsi que ça s’est passé.
Le récit, « romancé », n’en reste pas moins crédible, et nous présente le génocide perpétré au Rwanda – et ses conséquences – de façon naturelle. Parmi les conséquences, la haine développée envers les « Français ». Si elle n’est pas expliquée ici, elle peut se comprendre, tant la France a fermé les yeux, si ce n’est soutenu certains caciques génocidaires, et, on s’en souvient, son intervention – des plus tardives ! – n’a finalement permis que de sauver les génocidaires en fuite… Et la longue mise en place rend encore plus palpable violence et douleur, angoisse et terreur qui vont jeter un voile noir sur la région.
Un récit prenant en tout cas, dans lequel la petite histoire s’intègre très bien dans la grande, les deux étant aisées à suivre.
Voilà bien un album qui mérite lecture même si tout n’est pas parfait.
Le plus gros reproche que je pourrais faire, c’est qu’il manque un petit truc pour dynamiter vraiment l’ensemble (enfin surtout la fin). J’ai terminé ma lecture satisfait mais pas véritablement comblé.
La faute à un fin mot cohérent mais pas aussi envoutant que les 2/3 de l’album. Les ingrédients sont là mais la tension, suspense ou autre se révèlent un peu mou sur la finish, le lecteur ne sera pas véritablement surpris.
Dommage car l’auteur assure seul un gros taf. L’intrigue, comme la description indique, est un mélange de 2 styles assez opposés, quand le vent dans les saules rencontre Dexter.
Ce contraste surprend et marche super bien, d’autant que c’est accentué par la partie graphique et le fond.
Le graphisme se révèle assez mignon, un trait doux mêlé à des tonalités de couleurs pastels, alors que l’histoire nous parle bien de tueurs en série avec des passages assez gores.
Bonjour le grand écart mais l’ensemble fonctionne plutôt bien, cette dichotomie fait le sel et ajoute une belle touche d’originalité. Le tome se lit très bien, narration fluide et chapitrage réussie mais l’auteur privilégie davantage l’ambiance que la psychologie de ses personnages.
Au final (et alors que c’est sympa à suivre), le potentiel n’apparaît pas maximisé, on se dit que ça aurait pu (du) être davantage mémorable.
J’avoue que c’est un peu frustrant, du coup un 3,5 minoré.
Un dernier mot sur l’édition que j’ai trouvé très qualitative pour un prix relativement modique. Je ne sais pas comment fait Ankama mais les autres éditeurs devraient en prendre de la graine. On a un effet relief sur la couverture (fort réussie au passage), stylet et tranche en tissu … très agréable pour les amateurs.
J’ai un train de retard mais le cadeau de Noël idéal (ce que j’ai fait ;)
Mouais. Je n'ai pas été convaincu par cet album, même si certains passages amènent le sourire.
Je suis un gros adepte d'humour con, potache, avec une dose d'absurde: c'est ce qui m'avait attiré lorsque j'avais acheté cet album il y a maintenant assez longtemps. Puis il avait disparu sous une de mes nombreuses piles à lire ou relire, d'où je viens de l'exhumer pour l'aviser.
J'avais de vagues souvenirs plutôt positifs, mais cette relecture complète les tempèrent quelque peu. Ran Corvo et son équipe de bras cassés ont quelque chose de pathétique qui attire le lecteur que je suis. Il a des idées fumeuses, qu'il transforme en catastrophe, et les aventures du pauvre dans lesquelles il se trouve embarqué (lutter contre une parodie de Manufrance de l'espace!?) lui laissent peu d'espoir de gloire, il est condamné au grotesque.
Ça se laisse lire, le sourire aux lèvres parfois, mais pas assez souvent. Sur un registre parfois proche, j'ai clairement préféré Cosmik Roger. Il faut dire que j'ai eu un peu de mal avec l'esthétique développée par Blanchard.
Note réelle 2,5/5.
Le moins qu'on puisse dire est que tout est étrange et bizarre dans cette BD loufoque.
Pourquoi faire simple quand on peut faire compliquer est souvent le mot d'ordre des scénarios tarabiscotés, où on fait 30 planches avec un récit qui pourrait tenir sur 6. L'art de la simplicité, personne ne connait. L'ambiance est très 70, peut-être que les scénaristes avaient abusé de certaines substances bien en vue à l'époque. Il y a souvent ci et là quelques idées amusantes et délirantes.
Graphiquement, c'est tout aussi étrange. Souvent, ça donne l'impression d'un dessinateur qui veut faire croire qu'il sait faire du réaliste, et quand il s'y met à fond, c'est à côté de la plaque, comme les perspectives du décor. Les voitures et immeubles sont assez bien dessinés mais mal placés dans le contexte, donnant l'impression d'un plaquage.
Une BD assez hors norme, proche de Chapeau Melon et Bottes de Cuir, dans un journal pour jeunots, et donc avec des contraintes qui ne permettent pas de mieux développer les choses, car c'aurait pu être une bonne BD pour grands ados et adultes avec des graphismes adéquats. Une BD qui marque, car marchant sur les bas-côtés de la route avec un entrain jouissif, et peut-être un certain "je m'en foutisme" ambiant.
Comme NoirDésir, je trouve que cette biographie est un peu "raide", autant dans le dessin que dans le propos. C'est du formel, trop à mon gout, un peu détaché et froid dans l'exécution.
Je ne connais pas spécialement la vie de Tolkien, je sais juste qu'il avait une pensée politique proche de l'anarchie vers la fin de sa vie. Mais étant très fan du Seigneur des anneaux (que j'ai déjà relu deux fois) et de son œuvre en générale, j'ai apprécié découvrir sa jeunesse et son rapport à la guerre qui va profondément le marquer. La BD n'explore pas beaucoup plus que la Première Guerre Mondiale, ce qui est dommage puisque les années suivantes vont aussi être marquantes avec les différents liens politiques ou le travail qu'il mènera ensuite. C'est dommage de ne pas voir cet ensemble qui va fortement l'influencer aussi et le mener à construire son oeuvre de façon si magistrale.
En fait je crois que la BD est prisonnière de son formalisme : ne voulant pas déborder du cadre fixée, elle reste très factuelle et rigide. La lecture n'est jamais lourde ou chiante, mais jamais entrainante non plus. C'est un déroulé trop classique, qui ne fait pas passer les émotions alors que sa vie en fut chargée, mais qui ne laisse pas non plus passer l'empathie pour Tolkien. J'étais détaché de tout ce qu'il faisait en le regardant de loin, jusqu'à la dernière planche. J'en sors avec des connaissances, mais ni touché ni marqué. C'est dommage, je pense que la BD aurait pu faire mieux. En l'état, j'ai plus envie d'aller voir si d'autres personnes se sont mieux emparées du sujet.
Cette BD n'est pas une autobiographie mais il est indéniable qu'elle s'en inspire fortement pour ce récit. Car nous avons ici la démonstration par l'exemple de la violence éducative, c'est-à-dire la violence que les parents exercent sur leurs enfants et qu'ils leur transmettent bien souvent. Cette violence éducative, ce n'est pas, comme on l'imagine souvent, une violence sourde et brutale. Pas de coups, de viols, de hurlements ou d'enfermements. Mais pour autant, ce n'en est pas moins une violence certaine.
La BD décevra sans doute des gens qui trouveront qu'elle est trop sage, trop gentille, qu'elle ne va pas au fond des choses. Pourtant elle réussit à mettre en lumière ce que je connais depuis des années et dont je parle souvent avec des parents (ce qui conduit aussi souvent à des débats ou de l'énervement), à savoir qu'être un mauvais parent est très facile et souvent dans les détails. Les violences éducatives sont un long processus, des petites phrases prononcées chaque jour à des gestes qui nous paraissent anodins. Cela n'empêche pas d'être de bons parents au global, d'avoir une envie de bien faire voire même d'être prévenant et attentif. Le monde n'est pas si binaire que ça...
Pour en revenir à cette BD, je trouve qu'elle réussit son propos justement parce qu'elle n'essaye pas de montrer une situation caricaturale. Il y a certes le handicap de la sœur qui intervient, mais ce qu'elle raconte est universel. Ce n'est pas un exemple qui parle à tous, ce sont des petits exemples qui peuvent parler à tous. Et ça c'est remarquable. Le personnage principal étant féminin, il se rajoute la couche de sexisme ordinaire envers les femmes (y compris jeune) telles que les remarques à base de "tu n'es pas jolie quand tu boudes", par exemple. Il va de soi qu'une même BD avec un garçon aurait aussi donné son lot de remarques ("sois fort, ne pleure pas", "faut te défendre, reste pas passif", "vas-y, dis-lui bien" etc ....).
La BD est donc un étalage de ces petites violences, de ces moments où l'éducation des parents déraille. Encore une fois, il s'agit ici d'une famille aimante, pas déchirée par un divorce ou qui se déteste, dont les parents ont des boulots (et donc sans pression financière, sans fin de mois difficile) mais déjà là se dessine la violence éducative. Ce qui est formidable, c'est qu'en plaçant le regard du point de vue de l'enfant, on comprend tout ce que cela implique : le manque de patience, d'explication, l'importance du dialogue, de comprendre les émotions et d'en parler, les non-dits, les mensonges pour leur bien, les phrases anodines pourtant lourdes de sens...
Je fais l'éloge de la BD qui n'est pourtant pas sans défaut. Il y a la fin un peu brutale et qui laisse entrevoir les pistes à exploiter : voir un psy, en parler, s'informer, échanger avec ses parents... Mais je comprends que le but n'est pas de faire un manuel à ce propos, juste de présenter la situation de ces violences éducatives et laisser le lecteur ou la lectrice libre de ce qu'il doit en comprendre. Au final, c'est surtout un état des lieux de ce que l'enfant subit au sein des familles. Une BD qui sera à compléter par bien des articles, podcasts et livres pour essayer de mieux en comprendre les enjeux ensuite.
Une BD à lire et à faire lire, à mon goût.
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Moon deer
J’avais découvert Yoann Kavege avec son roman graphique Fantasy, que j’avais beaucoup aimé, donc j’étais assez curieux de lire Moon Deer, sa première bande dessinée. On sent rapidement que l’auteur propose quelque chose de différent : la narration est presque muette et repose essentiellement sur l’image, ce qui demande de se laisser porter plutôt que de chercher une histoire très explicite. La lecture est très contemplative, avec un rythme lent et une ambiance poétique, presque onirique. J’ai parfois trouvé le récit volontairement flou, mais ça ne m’a pas dérangé : au contraire, ça participe à l’expérience et à l’immersion dans cet univers étrange et spatial. Le dessin et les couleurs jouent un rôle central et racontent beaucoup de choses sans avoir besoin de mots. Ce que j’ai le plus apprécié, c’est clairement la fin. La chute m’a vraiment marqué : elle donne du sens à tout le reste du récit et m’a fait revoir l’histoire autrement une fois l’album refermé. C’est le genre de conclusion qui reste en tête et qui fait réfléchir après coup. En résumé, Moon Deer est une BD avant tout visuelle et sensorielle, qui ne plaira pas forcément à tout le monde, mais que j’ai personnellement beaucoup appréciée, notamment grâce à sa fin très réussie. Une œuvre singulière qui confirme mon intérêt pour le travail de Yoann Kavege après Fantasy.
Le Roi du Monde (Wood)
Wallace Wood est un auteur majeur du comics, un auteur en tout cas sous-estimé et injustement mal connu je pense. Un auteur qui a touché à tout, un auteur « de genre » que j’aime beaucoup, tant il y a toujours chez lui quelque chose d’intéressant, y compris dans ses œuvres « mineures », comme c’est le cas ici avec ce « Roi du monde ». Les éditions du Triton avaient publié pas mal d’auteur américains dans les années 1970 (Wood aura droit à un autre album deux ans après celui-ci), ce qui avait permis aux lecteurs européens de découvrir un pan original du comics (c’est par eux que j’avais découvert Paul Kirchner ou Rand Holmes par exemple). Je m’étonne que cet album ne soit pas encore référencé sur le site. Je m’y colle donc avec plaisir. Le dessin de Wood est, comme à son habitude, très agréable. Simple, efficace, son trait plus ou moins réaliste et dynamique est très plaisant. Je suis moins convaincu par la colorisation de Tatjana Wood (sa femme), certes datée, mais surtout avec un encrage moyen. Comme à son habitude – même si ici il n’y a vraiment rien d’érotique ! – Wood dessine des femmes au corps de pin-up. Les amateurs de Wood reconnaitront des formes mises en avant de façon plus érotique dans « Cons de fée (fées en folie) » par exemple. Mais ici l’érotisation est à peine suggérée (même si Wood se plait à glisser dans les cases moult femmes dénudées – en tout cas la poitrine à l’air), car l’album n’est pas uniquement destiné à un lectorat adulte. Au contraire, le récit serait presque tout public (n’étaient les pin-up dénudées…), vraiment « gentil » (trop à mon goût d’ailleurs). Si le récit a des côtés gentillets, Wood glisse quand même quelques piques aux scénarios et héros classiques. En effet, le personnage de Xavier d’Acier (quel nom improbable ! Je serais curieux de connaitre le nom dans la version d’origine) est une caricature visuelle des héros « de genre » habillé tour à tour en sorte de Conan, en Romain, en chevalier… (je passe sur le personnage furtif d’Arlan, caricature de chevalier old school, que Wood n’utilise qu’une case pour le faire disparaitre « parce qu’il n’était pas intéressant » !). Wood se plait aussi durant le récit à se moquer gentiment des classiques fantasy, sans aller jusqu’à une réelle parodie. Mais ces petits « pas de côté » permettent au lecteur de trouver de l’intérêt à la lecture, car finalement Wood ne sort pas beaucoup aussi de certains sentiers battus. Le personnage de Weer et son « batociel » aurait sans doute mérité d’être davantage utilisé, pour apporter plus de fantaisie et de poésie au récit. Un récit qui se termine assez brutalement, de façon ouverte, comme si une suite était prévue (peut-être existe-t-elle en version originale ? Un Wallace Wood mineur donc, pas inintéressant, mais qui ravira surtout les fidèles du bonhomme.
L'Île aux orcs
Je découvre les 2 auteurs avec ce tome. Satisfait mais j’avoue être tout de même un poil mitigé, certainement la faute à mes attentes. Pour l’instant un 3,5 arrondi vers le bas donc. J’ai aimé le récit, l’aventure, la prise de risques dans les ingrédients, le fin mot de l’histoire, ce côté dark et gore qui transpire de partout … et bien d’autres choses. Mais en même temps, j’ai eu du mal à m’accaparer l’univers, le graphisme ne m’a pas attrapé outre mesure, les personnages sont bien campés mais pas attachants, il faut accepter de ne pas tout maîtriser dans ce monde … j’étais en dents de scie durant toute ma lecture niveau ressenti, c’est vraiment à la fin que je me suis dit « nan c’est cool ». Une œuvre à essayer sauf si vous êtes allergique au côté sale, sombre et violent, l’album jouant principalement sur ces thématiques. J’avoue être sortie un peu trop décontenancé de la forme mais je pense que les futures lectures gommeront ce trait, j’abonderai la note si c’est bien le cas.
Darwin
Voilà un diptyque intéressant. D’abord parce qu’il se laisse lire très facilement – et relativement rapidement – tant la narration est fluide et aérée. Ensuite parce qu’il permet – Clot n’ayant pris que très peu de liberté par rapport à la réalité – de mieux connaitre la genèse des théories darwinienne, et aussi l’homme, durant sa « jeunesse », et son fameux voyage autour du monde à bord du Beagle. Une bonne bibliographie est proposée en fin de volume, avec un dossier historique lui aussi bien fichu. On découvre ainsi l’évolution de la pensée de Darwin lui-même – avant celle des espèces… Ses observations, ses questionnements surtout, qui vont le faire sortir des idées reçues de l’époque, et qui vont par la suite le confronter à tous ceux qui – suivant des Églises aveugles et recluses sur leurs anciens pouvoirs – vont dénaturer sa théorie et la critiquer. Ce « work in progress » est vraiment intéressant, et bien montré, avec les inquiétudes et autres angoisses perfectionnistes de Darwin, mises en avant dans le second tome, alors qu’il est un « notable » autant décrié que porté au pinacle, la postérité se chargeant de faire le tri (même si je suis toujours halluciné de voir le pouvoir qu’ont certains créationnistes aux États-Unis en ce moment !). Une série bien fichue en tout cas, très recommandable. Note réelle 3,5/5.
Petit pays
Une adaptation d’un roman que je ne connais pas, mais qui a de faux airs de documentaire, tant le récit est ancré dans la réalité, tant il en a la saveur et l’amertume. Après un long moment de mise en place des personnages et des décors (ville, campagnes, ambiance politique qui se dégrade), l’horreur s’abat au Rwanda, et déborde au Burundi, où vivent les personnages que nous suivons. L’horreur du génocide mis en œuvre par des extrémistes Hutus contre les Tutsis (et tous les hutus trop « modérés ») prend évidemment à la gorge. Voir la haine se développer, y compris lorsqu’il s’agit de se venger des meurtriers (voir la scène où le jeune héros est contraint de se joindre à la meute en immolant un Hutu accusé d’être un génocidaire !) ne peut qu’interpeller, même si hélas c’est bien ainsi que ça s’est passé. Le récit, « romancé », n’en reste pas moins crédible, et nous présente le génocide perpétré au Rwanda – et ses conséquences – de façon naturelle. Parmi les conséquences, la haine développée envers les « Français ». Si elle n’est pas expliquée ici, elle peut se comprendre, tant la France a fermé les yeux, si ce n’est soutenu certains caciques génocidaires, et, on s’en souvient, son intervention – des plus tardives ! – n’a finalement permis que de sauver les génocidaires en fuite… Et la longue mise en place rend encore plus palpable violence et douleur, angoisse et terreur qui vont jeter un voile noir sur la région. Un récit prenant en tout cas, dans lequel la petite histoire s’intègre très bien dans la grande, les deux étant aisées à suivre.
Beneath The Trees - Where Nobody Sees
Voilà bien un album qui mérite lecture même si tout n’est pas parfait. Le plus gros reproche que je pourrais faire, c’est qu’il manque un petit truc pour dynamiter vraiment l’ensemble (enfin surtout la fin). J’ai terminé ma lecture satisfait mais pas véritablement comblé. La faute à un fin mot cohérent mais pas aussi envoutant que les 2/3 de l’album. Les ingrédients sont là mais la tension, suspense ou autre se révèlent un peu mou sur la finish, le lecteur ne sera pas véritablement surpris. Dommage car l’auteur assure seul un gros taf. L’intrigue, comme la description indique, est un mélange de 2 styles assez opposés, quand le vent dans les saules rencontre Dexter. Ce contraste surprend et marche super bien, d’autant que c’est accentué par la partie graphique et le fond. Le graphisme se révèle assez mignon, un trait doux mêlé à des tonalités de couleurs pastels, alors que l’histoire nous parle bien de tueurs en série avec des passages assez gores. Bonjour le grand écart mais l’ensemble fonctionne plutôt bien, cette dichotomie fait le sel et ajoute une belle touche d’originalité. Le tome se lit très bien, narration fluide et chapitrage réussie mais l’auteur privilégie davantage l’ambiance que la psychologie de ses personnages. Au final (et alors que c’est sympa à suivre), le potentiel n’apparaît pas maximisé, on se dit que ça aurait pu (du) être davantage mémorable. J’avoue que c’est un peu frustrant, du coup un 3,5 minoré. Un dernier mot sur l’édition que j’ai trouvé très qualitative pour un prix relativement modique. Je ne sais pas comment fait Ankama mais les autres éditeurs devraient en prendre de la graine. On a un effet relief sur la couverture (fort réussie au passage), stylet et tranche en tissu … très agréable pour les amateurs. J’ai un train de retard mais le cadeau de Noël idéal (ce que j’ai fait ;)
Ran Corvo
Mouais. Je n'ai pas été convaincu par cet album, même si certains passages amènent le sourire. Je suis un gros adepte d'humour con, potache, avec une dose d'absurde: c'est ce qui m'avait attiré lorsque j'avais acheté cet album il y a maintenant assez longtemps. Puis il avait disparu sous une de mes nombreuses piles à lire ou relire, d'où je viens de l'exhumer pour l'aviser. J'avais de vagues souvenirs plutôt positifs, mais cette relecture complète les tempèrent quelque peu. Ran Corvo et son équipe de bras cassés ont quelque chose de pathétique qui attire le lecteur que je suis. Il a des idées fumeuses, qu'il transforme en catastrophe, et les aventures du pauvre dans lesquelles il se trouve embarqué (lutter contre une parodie de Manufrance de l'espace!?) lui laissent peu d'espoir de gloire, il est condamné au grotesque. Ça se laisse lire, le sourire aux lèvres parfois, mais pas assez souvent. Sur un registre parfois proche, j'ai clairement préféré Cosmik Roger. Il faut dire que j'ai eu un peu de mal avec l'esthétique développée par Blanchard. Note réelle 2,5/5.
Mr Magellan
Le moins qu'on puisse dire est que tout est étrange et bizarre dans cette BD loufoque. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliquer est souvent le mot d'ordre des scénarios tarabiscotés, où on fait 30 planches avec un récit qui pourrait tenir sur 6. L'art de la simplicité, personne ne connait. L'ambiance est très 70, peut-être que les scénaristes avaient abusé de certaines substances bien en vue à l'époque. Il y a souvent ci et là quelques idées amusantes et délirantes. Graphiquement, c'est tout aussi étrange. Souvent, ça donne l'impression d'un dessinateur qui veut faire croire qu'il sait faire du réaliste, et quand il s'y met à fond, c'est à côté de la plaque, comme les perspectives du décor. Les voitures et immeubles sont assez bien dessinés mais mal placés dans le contexte, donnant l'impression d'un plaquage. Une BD assez hors norme, proche de Chapeau Melon et Bottes de Cuir, dans un journal pour jeunots, et donc avec des contraintes qui ne permettent pas de mieux développer les choses, car c'aurait pu être une bonne BD pour grands ados et adultes avec des graphismes adéquats. Une BD qui marque, car marchant sur les bas-côtés de la route avec un entrain jouissif, et peut-être un certain "je m'en foutisme" ambiant.
Tolkien - Eclairer les ténèbres
Comme NoirDésir, je trouve que cette biographie est un peu "raide", autant dans le dessin que dans le propos. C'est du formel, trop à mon gout, un peu détaché et froid dans l'exécution. Je ne connais pas spécialement la vie de Tolkien, je sais juste qu'il avait une pensée politique proche de l'anarchie vers la fin de sa vie. Mais étant très fan du Seigneur des anneaux (que j'ai déjà relu deux fois) et de son œuvre en générale, j'ai apprécié découvrir sa jeunesse et son rapport à la guerre qui va profondément le marquer. La BD n'explore pas beaucoup plus que la Première Guerre Mondiale, ce qui est dommage puisque les années suivantes vont aussi être marquantes avec les différents liens politiques ou le travail qu'il mènera ensuite. C'est dommage de ne pas voir cet ensemble qui va fortement l'influencer aussi et le mener à construire son oeuvre de façon si magistrale. En fait je crois que la BD est prisonnière de son formalisme : ne voulant pas déborder du cadre fixée, elle reste très factuelle et rigide. La lecture n'est jamais lourde ou chiante, mais jamais entrainante non plus. C'est un déroulé trop classique, qui ne fait pas passer les émotions alors que sa vie en fut chargée, mais qui ne laisse pas non plus passer l'empathie pour Tolkien. J'étais détaché de tout ce qu'il faisait en le regardant de loin, jusqu'à la dernière planche. J'en sors avec des connaissances, mais ni touché ni marqué. C'est dommage, je pense que la BD aurait pu faire mieux. En l'état, j'ai plus envie d'aller voir si d'autres personnes se sont mieux emparées du sujet.
On l'appelait Vermicelle
Cette BD n'est pas une autobiographie mais il est indéniable qu'elle s'en inspire fortement pour ce récit. Car nous avons ici la démonstration par l'exemple de la violence éducative, c'est-à-dire la violence que les parents exercent sur leurs enfants et qu'ils leur transmettent bien souvent. Cette violence éducative, ce n'est pas, comme on l'imagine souvent, une violence sourde et brutale. Pas de coups, de viols, de hurlements ou d'enfermements. Mais pour autant, ce n'en est pas moins une violence certaine. La BD décevra sans doute des gens qui trouveront qu'elle est trop sage, trop gentille, qu'elle ne va pas au fond des choses. Pourtant elle réussit à mettre en lumière ce que je connais depuis des années et dont je parle souvent avec des parents (ce qui conduit aussi souvent à des débats ou de l'énervement), à savoir qu'être un mauvais parent est très facile et souvent dans les détails. Les violences éducatives sont un long processus, des petites phrases prononcées chaque jour à des gestes qui nous paraissent anodins. Cela n'empêche pas d'être de bons parents au global, d'avoir une envie de bien faire voire même d'être prévenant et attentif. Le monde n'est pas si binaire que ça... Pour en revenir à cette BD, je trouve qu'elle réussit son propos justement parce qu'elle n'essaye pas de montrer une situation caricaturale. Il y a certes le handicap de la sœur qui intervient, mais ce qu'elle raconte est universel. Ce n'est pas un exemple qui parle à tous, ce sont des petits exemples qui peuvent parler à tous. Et ça c'est remarquable. Le personnage principal étant féminin, il se rajoute la couche de sexisme ordinaire envers les femmes (y compris jeune) telles que les remarques à base de "tu n'es pas jolie quand tu boudes", par exemple. Il va de soi qu'une même BD avec un garçon aurait aussi donné son lot de remarques ("sois fort, ne pleure pas", "faut te défendre, reste pas passif", "vas-y, dis-lui bien" etc ....). La BD est donc un étalage de ces petites violences, de ces moments où l'éducation des parents déraille. Encore une fois, il s'agit ici d'une famille aimante, pas déchirée par un divorce ou qui se déteste, dont les parents ont des boulots (et donc sans pression financière, sans fin de mois difficile) mais déjà là se dessine la violence éducative. Ce qui est formidable, c'est qu'en plaçant le regard du point de vue de l'enfant, on comprend tout ce que cela implique : le manque de patience, d'explication, l'importance du dialogue, de comprendre les émotions et d'en parler, les non-dits, les mensonges pour leur bien, les phrases anodines pourtant lourdes de sens... Je fais l'éloge de la BD qui n'est pourtant pas sans défaut. Il y a la fin un peu brutale et qui laisse entrevoir les pistes à exploiter : voir un psy, en parler, s'informer, échanger avec ses parents... Mais je comprends que le but n'est pas de faire un manuel à ce propos, juste de présenter la situation de ces violences éducatives et laisser le lecteur ou la lectrice libre de ce qu'il doit en comprendre. Au final, c'est surtout un état des lieux de ce que l'enfant subit au sein des familles. Une BD qui sera à compléter par bien des articles, podcasts et livres pour essayer de mieux en comprendre les enjeux ensuite. Une BD à lire et à faire lire, à mon goût.