Les derniers avis (9 avis)

Par Blue boy
Note: 4/5
Couverture de la série L'Homme qui a vu l'homme qui filme l'homme qui tire plus vite que son ombre (presque journal d'un tournage)
L'Homme qui a vu l'homme qui filme l'homme qui tire plus vite que son ombre (presque journal d'un tournage)

Si on connaissait déjà « l’homme qui tire plus vite que son ombre », peut-être avons-nous ici « l’homme qui a imaginé le titre le plus long du monde », Guillaume Bouzard. Un champion dans sa catégorie : ingérable. En tout cas, pour un éditeur… D’ailleurs, ledit Bouzard s’est même permis de ne pas citer Lucky Luke dans le titre en question, alors que l’album est censé accompagner la sortie en ce printemps de la « série événement » dont le héros est le célèbre cow-boy solitaire. Ce fut l’idée lumineuse de Dargaud, l’éditeur historique des « Lucky Luke », de proposer à un dessinateur de produire un carnet de route du tournage. Bouzard fut donc l’heureux élu, logique puisque l’auteur le plus rigolo de la galaxie avait déjà publié en 2017 une parodie du héros du Far West (« Jolly Jumper ne répond plus »). Pour ce faire, ce dernier s’est rendu en Espagne du côté d’Almeria, là où furent tournés autrefois des monuments du cinéma, notamment « Il était une fois dans l’Ouest », « Pour une poignée de dollars », « Lawrence d’Arabie » ou encore « Indiana Jones et la dernière croisade »… « Jamais le dernier pour la déconne », l’ami Bouzard s’est donc envolé aux frais de la princesse dans le désert de Tabernas, au milieu des décors du « Far West andalou », pour y concevoir son « presque journal d’un tournage ». L’expression n’est pas galvaudée, car comme on s’en doute, Bouzard a fait exactement ce qu’on attendait de lui, c'est-à-dire faire en sorte que l’on ne sache pas à quoi s’attendre… Dans les limites imposées par ce type d’ouvrage (parce que c’est tout de même une commande), il a réussi de son côté à imposer son « n’importe nawak » proverbial. Hormis ses dons de « dessinateur rigolo », expert en autodérision, Bouzard se met en scène en transformant ses gaffes en gags, ou en baragouinant un espagnol approximatif histoire de faire le malin. Il possède aussi un certain talent pour passer dans le champ des caméras au mauvais moment ou de mettre le « seum » à son éditeur qui aimerait bien un truc un peu cohérent, parce que tout de même, il faudrait qu’il y ait un retour sur investissement. On sera étonné une fois de plus — même si on le savait déjà depuis « The autobiography of me too » — de constater que l’auteur a la faculté d’avoir des discussions avec les canidés. Ici, il a trouvé en Rantanplan le confident idéal, contrairement à l’équipe de tournage trop affairée pour lui accorder une quelconque importance, parfois condescendante et dédaignant ses propositions d’« apporter un œil neuf » sur la façon de tourner un film… Si on ne retrouve pas le niveau de « The Autobiography of me too », on ressort plus enthousiaste que pour son opus avec Lucky Luke, « Jolly Jumper ne répond plus », lequel manquait de souffle burlesque. Ici, on reconnaît bien la patte décalée de l’auteur, avec des passages pleins de fantaisie hilarante (le cahier graphique en IA, ou le maquillage improvisé…). Et de son trait faussement nonchalant, il maîtrise toujours le sens du mouvement pour accentuer la drôlerie des scènes les plus excentriques (l’inénarrable scène avec les chèvres).

11/04/2026 (modifier)
Couverture de la série Le Choucas
Le Choucas

J’ai emprunté et lu les cinq premiers albums (chacun développe une histoire indépendante). Si j’avais lu les albums au moment de leur sortie, je pense que j’aurais peut-être arrêté après le premier – voire le suivant. En effet, j’ai trouvé le démarrage un peu poussif et « facile » (la façon dont notre héros devient détective en quelques seconde après avoir été licencié de son usine d’horlogerie !?). Mais j’ai insisté, et j’ai bien fait. Et d’ailleurs, rétrospectivement, même ces premiers albums sont intéressants – même si j’ai davantage apprécié certains des suivants. Le personnage principal, Le Choucas donc, est un détective privé « à l’ancienne ». D’ailleurs, dessin et narration ont tous deux quelque chose d’un peu désuet, font sans doute plus que leur âge (je n’aurais probablement pas été surpris d’apprendre que ces albums dataient de plus d’une décennie que la réalité !). C’est que Lax nous immerge dans une sorte de clin d’œil permanent aux récits policiers de la collection « Série noire » (époque historique) : de très nombreuses citations (dans les dialogues ou dans les commentaires off), apparitions récurrentes de couvertures de romans de cette collection. Avec un Choucas qui a des airs d’un Humphrey Boggart « fatigué ». La narration est, elle aussi, proche de pas mal de récits noirs et poisseux parus dans la célèbre collection policière de Gallimard. Du coup, c’est souvent lent – et le premier album, qui doit en plus planter le décor et présenter les personnages, en a sans doute pâti. Mais l’ensemble est rehaussé par les dialogues et commentaires, qui, en plus de faire souvent référence aux romans de la « Série noire », sont assez enlevés, multiplient les jeux de mots : la lecture est, du coup, assez savoureuse, et le rythme, certes un peu lent (quoi que, pas tant que ça sur les tomes 4 et 5) se trouve constamment relancé par ces tirades. Autour du Choucas gravitent quelques seconds rôles : un livreur de pizzas, un concierge amateur de statistiques beauf et lourdingue, la frangine du héros, et surtout Gabin, chauffeur de taxi qui l’accompagne sur certains passages, et le tire même de certains mauvais draps (de façons improbables dans le tome 5). Des cinq albums que j’ai lus (je lirais le sixième dès que j’en aurais l’occasion), mes préférés sont le 4 et le 5. Le quatrième (« Le Choucas n’en mène pas large »), est plus exotique que les autres (où l’intrigue est d’habitude plus « casanière », dans Paris essentiellement – quelques petits points communs – dialogues y compris – avec certains passages des Burma de Léo Malet), plus dynamique, avec de longs passages dans la forêt amazonienne (un peu de la fraicheur du film « L’homme de Rio », retravaillé à la sauce roman policier noir). J’ai vraiment beaucoup aimé cet album. Dans un autre registre, le cinquième (« Le Choucas met le feu aux poudres ») est lui aussi réussi. Il joue davantage sur le registre loufoque (mais cet aspect n’était pas complètement absent avant : voir l’album où une joueuse de scrabble est éliminé pour une raison improbable) : l’attaque des éditions Dynamite par des femmes en furie – et le viol du PDG droitiste par sa secrétaire sont assez savoureux, alors que l’enquête de base (sur la disparition d’un furet !?) est un prétexte vite escamoté. Bref, une série assez originale, et recommandable. Le dessin de Lax est sans doute moins « chiadé » que ce qu’il a pu faire ailleurs, mais son style colle bien au polar noir faussement miteux développé ici. Je suis moins convaincu par la colorisation. Note réelle 3,5/5.

11/04/2026 (modifier)
Par grogro
Note: 4/5
Couverture de la série Vincent avant Van Gogh
Vincent avant Van Gogh

J'ai bien aimé cette BD. D'abord parce que je m'intéresse à la peinture, mais aussi parce qu'elle m'a permis de découvrir la face cachée de Van Gogh dont je ne connaissais que l'œuvre picturale, que je trouve, comme beaucoup, absolument magnifique (et très singulière - impossible de confondre ses toiles avec celles d'un autre peintre). Van Gogh, et le mouvement Impressionniste en général, c'est un peu la tarte à la crème de l'Histoire de l'Art, entendons par là qu'elle fait véritablement partie de la culture populaire. Que l'on s'intéresse au sujet ou pas, tout le monde connais les tournesols. On les voit partout : boites de chocolat, ou de sucre, t-shirts, pubs... Sans compter les films, références diverses disséminées dans d'autres créations, parodies... Bref ! Van Gogh, Monet, Renoir et compagnie, c'est presque dans nos cerveaux reptiliens. Mais qu'en est-il de l'artiste, de sa vie, de ce qui lui a réellement tordu les boyaux ? C'est bien là le moindre des mérites de cette BD : éclairer la vie de Vincent Van Gogh avant la lettre (ou plus exactement avant le coup de pinceau). Je n'en dirai pas plus, ne voulant pas spoiler, mais franchement, j'étais à mille lieux d'imaginer ce qu'avait pu être la jeunesse du bonhomme. Rien que pour ça, je ressors assez étonné de ma lecture. Je sens que j'ai fait le plein de quelque chose, que désormais, le regard que je porterai sur son œuvre va s'enrichir d'une lumière nouvelle, et ça, c'est très satisfaisant. Alors certes, je suis assez d'accord avec Noirdésir pour dire que le procédé narratif est un brin monotone. Néanmoins, cette tentative de pénétrer au cœur même de la psyché de l'artiste, de disséquer les sentiments et les émotions qui ont pu le traverser, me semble très pertinente et réussie. On saisit également quelques moments clefs, ou qui on pu être des moments charnières, comme le fait de payer les gens avec ses dessins (on imagine aisément tout ce qui a dû être perdu, mais aussi comment on peut de temps en temps retrouver des œuvres d'artistes dans des endroits improbables). Ca fonctionne, c'est cohérent. Et oui, on aurait aimé une bibliographie ! Du coup, j'ai un peu cherché, et je suis tombé sur ce site : https://vangoghletters.org/vg/letters.html. Toutes les lettres sont rassemblées ici, même si non traduites. En outre, on trouvera différents bouquins rassemblant tout ou partie de cette correspondance entretenue avec son frangin. Lettres à Theo, Dernière lettre à Theo (Metin Arditi), Van Gogh et ses lettres (Leo Jansen)... Je m'en vais d'ailleurs de ce pas réserver les bouquins à la bibliothèque... Je ne terminerai quand même pas sans évoquer le dessin de Sergio Salma, très chouette. Il a ce genre de trait qui me plait beaucoup. Si on aime la peinture (et la BD), il serait dommage de passer à côté de cette BD.

11/04/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Calypso (Cosey)
Calypso (Cosey)

Sa voix protégeait ceux qui l'écoutaient. - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2017. Il a été réalisé par Cosey (Bernard Cosendai), pour le scénario et les dessins, d’après une idée originale de François Mattille. Il comprend cent pages de bande dessinée en noir & blanc. Une sirène ondulant entre deux eaux. Des vagues. Une brume de chaleur au-dessus de la mer. Des nuages flottant dans le ciel. Des cristaux de neige en train de tomber. Des flocons de neige qui volètent. Dans le lointain, un beau sommet enneigé. Sur le flanc d’une montagne opposé à un village sur une autre montagne, un chantier d’extraction de petite ampleur avec les ouvriers qui font une courte pause. L’un d’eux demande à Gus quelle est l’heure. L’intéressé répond 16h13, il a bon à une minute près car il est 16h14. Un autre collègue lui dit qu’il devrait s’engager dans un cirque, ce à quoi il répond qu’il est né avec une horloge dans la tête. Il leur reste encore trois quarts d’heure de travail. Soudain un étai cède, Gus a juste le temps de pousser son ami Pepe hors de la galerie, et ils s’en tirent tous les deux de justesse, sous les yeux médusés du reste de l’équipe. Le soir venu, l’équipe de mineurs a regagné le village et ils boivent un coup ensemble au café. Pepe évoque son projet : encore une dizaine de saisons et il aura assez d’économies pour ouvrir un restaurant à fondue sur la plage du côté de Barcelona. À l’initiative de l’un d’eux, les regards se tournent vers l’écran de télévision : il s’agit d’une rediffusion du film Calypso, avec Georgia Gould dans le rôle de la sirène. Les commentaires commencent sur le mode admiratif, puis deviennent de nature grivoise, un mineur indiquant qu’il aurait bien suivi l’actrice au fond de l’océan, un autre ajoutant faisant observer que l’ennui c’est qu’il n’était pas tout seul. Un autre surenchérit : Tout Hollywood lui est passé dessus, il n’y a pas de miracle pour réussir dans le cinéma, i faut coucher. Cela met Gus hors de lui : il se retourne et décoche un crochet du droit dans la mâchoire de celui qui vient de faire cette remarque. Sur l’écran, la sirène continue d’onduler gracieusement sous l’eau. Les autres aident le mineur à terre à se révéler, pendant que Gus crie qu’il a simplement dit que maintenant qu’elle a quitté ce monde, faut arrêter de déblatérer des saloperies sur Georgia Gould, pare que Georgia Gould c’était une pure, elle, cent fois plus pure que chacun d’eux. Puis il s’agenouille et s’excuse auprès de Marcel, celui-ci acceptant de bonne grâce, estimant qu’ils ont tous un peu les nerfs aujourd’hui avec l’éboulement. Gus sort, et les autres plaisantent sur le fait qu’il ait pu connaitre l’actrice, qu’elle était folle de lui, mais que lui hésitait avec Marilyn Monroe, et qu’Ava Gardner se traînait à ses pieds. Finalement le soir, dans leur dortoir partagé, il raconte qu’elle et lui se retrouvaient dans le petit train qui descendait à l’école, départ 6h47. Elle venait du village voisin, elle s’appelle en réalité Georgette Schwitzgebel. Cette bande dessinée se lit comme une évidence : l’œil assimile immédiatement les dessins, les dialogues sont concis, les événements se déroulent avec limpidité. Le lecteur éprouve tout de suite une forme de sympathie pour Gus, un peu bourru, un peu sous le coup de retrouver son amour de jeunesse dont la gloire l’a emporté loin de lui, et faisant preuve de bon sens au bon moment, les expériences de la vie lui ayant mis du plomb dans la tête. Il apparaît tranquille et plutôt bien veillant avec sa ligne de cheveux qui a reculé haut sur son crâne, ses joues toujours mal rasées, et les plis de sa peau attestant de son âge. Pepe semble être dans la même tranche d’âge que lui avec cette même forme de comportement posé qui vient avec les années, et de camaraderie évidente. Les paysages apparaissent plus vrais que nature : le lecteur sait que l’auteur aime les régions montagneuses de la Suisse, et cela se voit dans le naturel avec lequel il représente cette région, une zone montagneuse surplombant le lac Léman, les montagnes, les pentes herbues, l’évocation des plantes et des arbres, le petit village de montagne, le magnifique chalet qui abrite la clinique dans laquelle séjourne Georgette Schwitzbegel. Chaque élément est à sa place, que ce soit la disposition générale ou les détails. L’urbanisme et l’architecture de montagne pour le village, la prédominance du bois comme matériau dans le restaurant, les rambardes, les fromages bien alignés sur les étagères dans la fromagerie, etc. Le titre évoque une nymphe qui a retenu Ulysse pendant sept ans auprès d’elle. Le lecteur peut y voir la dénomination assez logique de cette actrice qui a interprété une sirène, comme également une métaphore de ce qui l’a retenue loin de son pays et de son amour d’enfance. Il se fait la réflexion que sa représentation sur la couverture semble assez androgyne, âgée également, plus de soixante ans, ce qui se confirme à la lecture, Georgette devant avoir un tout petit peu plus que cet âge. Le lecteur fait d’abord sa connaissance au travers des images du film apparaissant sur l’écran de télévision, un peu floues. Elle apparaît enfin en planche vingt-huit en tout point semblable à l’image de la couverture, avec ces lunettes noires dont elle ne se départit à aucun moment du récit. Elle porte elle aussi les marques de l’âge, ayant conservé une fine silhouette, et portant quelques bracelets en guise de bijoux. Le lecteur observe les autres personnages : ils présentent tous une allure normale, avec une direction d’acteur dans un registre naturaliste, et des tenues vestimentaires banales, peut-être exception faite des motifs de la robe de Georgia Gould. Il note également que le récit se déroule avant l’avènement des téléphones portables. Le lecteur se prépare sereinement à apprécier un séjour tranquille dans les montagnes suisses. Son horizon d’attente est comblé avec une première case de la largeur de la page, un simple trait encré, la silhouette de pins en ombre chinoise, une ou deux taches pour évoquer une zone rocheuse affleurante, et hop ! un beau paysage de montagne. Une illustration en double page, planches quatre & cinq : très beau paysage de montagne avec les chalets disposés le long d’une route sinueuse. Une locomotive et trois wagons qui montent tranquillement sur une voie ferrée, passant entre deux zones de prairie, et les arbres en arrière-plan. La découverte du chalet à trois étages abritant la clinique Edelweiss. L’artiste épate par la perfection irréelle du placement des masses de noir et leur contour, entre image descriptive et effet impressionniste. En planche trente-sept en voyant une zone de blanc au milieu de deux noires, l’effet de la cascade produit une sensation d’humidité peu commune. Le lecteur se dit qu’il louerait bien, lui aussi, une des caravanes à l’écart pour y passer une semaine de vacances dans cet endroit tranquille. La traversée du lac Léman lui fait tout autant envie, avec cette grande étendue d’eau, d’un calme apaisant. Puis il se retrouve dans une banlieue étatsunienne tout aussi plausible et représentée avec la même science du dosage et des formes un peu lâches de prime abord, très précisément délimitées pour produire l’effet recherché. Gus, Gustave Muveran de son vrai nom, retrouve son amour d’adolescence, Georgette Schwitzgebel. Il souhaite ranimer l’amitié et l’amour qui les a liés près d’un demi-siècle auparavant. Ça tombe bien, elle-même ne dirait pas non à effectuer un voyage à New York, mais il faut qu’elle échappe à son tuteur légal. Ha bon, finalement le scénario se dirigerait vers une forme d’aventure… Fort heureusement le bon sens prévaut, et Gus a bien l’intention d’éviter de se laisser embarquer dans un plan romanesque nécessitant de faire fi de la sagesse acquise de l’expérience… À moins que… Enfin, en tout cas, il ne peut pas laisser tomber Georgette. Le scénariste joue avec les attentes du lecteur, testant les limites de sa suspension d’incrédulité consentie. Un tout petit peu plus ? Pourquoi pas ? Dans le même temps, le lecteur ressent que ce lien affectif a résisté aux décennies passées, et qu’il existe une véritable envie de faire plaisir. Il se laisse donc embarquer dans cette comédie romantique, assez particulière, entre deux sexagénaires, ayant eu des parcours de vie très différents. L’auteur se tient à l’écart de tout sentiment à l’eau de rose, ou pleurnichard. La séquence d’ouverture atteste également que le récit charrie des éléments propices à un autre niveau de lecture. La sirène et son nom évoquant un retour empêché, les images du cycle de l’eau qui emmène de l’océan à aux montagnes et à leur neige, une image de la notion d’interdépendance universelle. Les contraires qui s’attirent entre Georgia et Gus, ou encore ce projet décalé d’ouvrir un restaurant de fondues à Barcelone, ou peut-être des spécialités espagnoles à Lausanne ou Genève ? La possibilité qu’un individu mal intentionné se conduise comme un prédateur vis-à-vis de l’argent de Georgia Gould ? Ou n’est-ce que dans l’imagination de l’actrice et de Gus ? Le fait que rien ne s’arrête jamais, avec la découverte de l’existence d’une nouvelle génération, et peut-être deux. Une forme de destin qui évite l’arrestation à Gus, à moins que ce ne soit l’influence d’une défunte dans le monde des vivants ? L’auteur semble s’amuser à sous-entendre que la vie de ses personnages est sous forte influence, sous l’emprise de forces arbitraires facétieuses, celle de leur créateur par exemple. Une femme a tourné dans un film portant le titre de Calypso, qui a fait rêver d’innombrables spectateurs et spectatrices, et qui continue d’en faire rêver de nouveaux. Avec ce rôle, elle a exercé une influence la vie de millions de personnes. Aujourd’hui, elle profite de sa retraite dans une clinique reculée, où la retrouve son premier amour. Cosey met à profit sa science de la narration visuelle avec des dessins puissamment évocateurs, tout en racontant l’histoire avec une évidence et une simplicité remarquables. Le lecteur sent qu’il oscille entre la comédie romantique et une réflexion sous-jacente sur le caractère arbitraire de la vie, et l’espoir toujours présent, rarement là où on l’attend. Étonnant.

11/04/2026 (modifier)
Par Hub
Note: 4/5
Couverture de la série La Bête du nord
La Bête du nord

Il s'agit d'un Conan généreux et sans détour. Oscar Martin et Leonel Castellani signent une écriture originale, efficace et très généreuse de Conan. Ici, on est clairement en terrain connu… mais c’est aussi tout le plaisir. Taverne, baston générale, créatures, femmes fatales : tous les codes sont là, assumés à fond. Ça découpe, ça cogne, et ça ne cherche jamais à faire semblant. Pourtant, derrière cette façade très “bourrine”, le récit tient bien la route et réserve même quelques surprises bienvenues, jusqu’à une fin qu’on n’attend pas forcément. Le vrai point fort reste le travail graphique de Castellani. Certaines planches, notamment en grand format, en mettent plein les yeux. Son trait donne du souffle à l’ensemble et accentue ce côté épique et viscéral. On est sur une lecture qui va à 100 à l’heure, sans temps mort. Alors oui, ça ne révolutionne rien. Mais ce n’est pas le but. C’est du Conan pur jus, efficace, généreux, presque “pop-corn”, qui fait exactement ce qu’on attend de lui — et le fait bien. Note : 3,5/5 – Un très bon moment de lecture, fun et maîtrisé, qui donne envie de revoir ce type de projet.

11/04/2026 (modifier)
Par Hub
Note: 4/5
Couverture de la série East of West
East of West

Une claque aussi ambitieuse que déroutante Avec East of West, Hickman et Dragotta livrent une œuvre dense, exigeante, mais profondément marquante. Mélange improbable de western, de science-fiction et d’uchronie, le récit nous plonge dans une Amérique fracturée où les Cavaliers de l’Apocalypse ne sont jamais bien loin… et où la Mort elle-même décide de tracer sa propre route. Dès les premières pages, on sent que Hickman ne prend pas son lecteur par la main. L’univers est riche, politique, parfois même opaque, mais c’est aussi ce qui fait toute sa force : on s’y perd pour mieux s’y retrouver. Derrière cette complexité se cache une histoire étonnamment intime, presque tragique, centrée sur la vengeance, l’amour et la fatalité. Graphiquement, Dragotta fait un travail impressionnant. Son style anguleux, précis et ultra lisible donne une identité forte à la série. Certaines planches sont tout simplement iconiques, notamment grâce à une direction artistique et des designs mémorables. Mais East of West n’est pas sans défauts. Son exigence narrative pourra en rebuter plus d’un, et le rythme, parfois inégal, demande un vrai investissement. C’est clairement une œuvre qui ne se livre pas facilement… mais qui récompense largement ceux qui s’y accrochent. En résumé : un comics audacieux, dense et unique, qui ne plaira pas à tout le monde, mais qui mérite clairement d’être découvert si vous aimez les récits ambitieux et les univers forts.

11/04/2026 (modifier)
Par Hub
Note: 4/5
Couverture de la série Et lorsque ma vengeance s'abattra sur vous
Et lorsque ma vengeance s'abattra sur vous

Lorsque ma vengeance s’abattra sur vous propose un récit tendu et maîtrisé, avec une vraie ambiance qui s’installe dès le départ. Contrairement à ce qu’on pourrait attendre, le récit prend aussi le temps de respirer par moments, avec des pauses bienvenues qui renforcent encore la tension globale. Le dessin de Rebalka est très particulier, presque dérangeant par instants, avec des corps et des visages qui semblent parfois déformés. Mais c’est justement ce qui fait sa force : ce style colle parfaitement au propos et au titre, et donne une identité visuelle forte à l’ensemble. On se laisse vite embarquer… et c’est peut-être là le seul vrai regret. On aurait aimé en profiter plus longtemps. La fin, ouverte, fonctionne, mais elle arrive un peu trop vite et laisse un léger sentiment de frustration. Au final, un bon titre, singulier et marquant, qui aurait mérité quelques pages de plus pour pleinement déployer son potentiel.

11/04/2026 (modifier)
Par Hub
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série L'Executeur
L'Executeur

Je ne m’attendais pas à un truc aussi radical. L’Exécuteur te prend à la gorge dès le début et ne relâche jamais la pression. On est sur un récit sombre, sec, sans concession. L’ambiance est étouffante, presque nihiliste par moments, avec une tension permanente qui rend la lecture hyper immersive. Le personnage principal est un pur anti-héros, sans aucun vernis : un vrai connard, froid, méthodique, souvent implacable. Et pourtant… on s’y attache très vite, presque malgré soi, ce qui rend l’ensemble encore plus dérangeant. Côté dessin, ça a forcément un peu vieilli (fin 90), mais ça reste très clair et efficace. Les personnages sont bien caractérisés, on les reconnaît immédiatement, et surtout l’action est toujours lisible. Ça va à l’essentiel, sans fioritures, avec un vrai sens du rythme. La narration est du même niveau : pas de gras, pas de détour inutile. Chaque page compte, jusqu’à une fin qui marque. Clairement, pour moi, c’est le genre de comics qui peut devenir culte. Une œuvre dure, assumée, et marquante.

11/04/2026 (modifier)
Par Gaston
Note: 3/5
Couverture de la série Journal Tintin - Spécial 77 ans
Journal Tintin - Spécial 77 ans

Je n'étais pas né lorsque paraissait le Journal de Tintin, mais jeune j'avais réussit à trouver des vieux numéros des années 60-70 dans une brocante et plus tard j'avais trouvé des vieux recueils des années 80. J'ai donc une petite connaissance de l'ambiance du journal lors de certaines époques et des souvenirs de jeunesses relié au journal. Malgré tout, même si j'aime bien la série Tintin et plusieurs séries tirés de son journal, ce n'est pas le magazine de BD qui a le plus influencé mes lectures. En effet, je suis plus attiré par Spirou et Pilote ainsi que par les revues plus adultes À suivre et Fluide Glacial. La faute revient que le journal a fait beaucoup de place à des séries réalistes mettant en vedette des héros impeccables qui ont prit un bon coup de vieux selon moi. Malheureusement, une bonne partie de ce recueil traite de ses héros et cela donne des dizaines et des dizaines de récits qui ne m'ont pas intéressé parce que je n'aimais pas la série originale. Il faut dire aussi le ton des ses récits étaient souvent au premier degré comme si on était encore dans les années 50-70, mais j'imagine que cela va plaire aux fans. En plus, plusieurs séries de Tintin que j'aime n'ont pas eu droit à un hommage (Chick Bill, Oumpah-Pah, Martin Milan....). Bon maintenant que je me suis plains, il y a quand même des belles choses dans ce recueil. J'ai bien aimé la plupart des hommages qui étaient tirés de séries que j'apprécie et certaines m'ont même émue (je pense notamment à l'histoire courte hommage à Modeste et Pompon ou celle de Prudence Petitpas). Les plus intéressants sont celle où un auteur connu reprends une série et l'adapte à sa sauce. C'est selon moi pour ça que ce type de recueil devrait exister. C'est vraiment jubilatoire de voir Clifton revu par Foerster ou Lewis Trondheim s'amuser avec Blake et Mortimer. Au final, c'est encore une fois un recueil collectif dont le niveau est inégal, mais la plupart du temps cela venait du fait que j'aimais ou pas la série qu'on rendait hommage. En fait, c'est comme lire un magazine de BD: on passe les séries qu'on aimait pas pour lire celles qu'on appréciait !

11/04/2026 (modifier)