Lorsque j’étais tombé par hasard sur cet album en farfouillant dans des bacs d’occasion, je croyais avoir découvert une vieille publication de Jordi Bernet – un auteur dont j’avais déjà apprécié plusieurs séries (je ne sais pas pourquoi, je m’étais uniquement focalisé sur Bernet, et pas sur Toledano…). En fait il s’agit d’un autre auteur bien sûr – même si je crois que c’est un oncle de Jordi Bernet.
Le petit texte de présentation présente « Les Guerrilleros » comme une sorte d’Astérix et Obélix espagnols. Certes, il y a bien l’idée d’une résistance a priori déséquilibrée entre un envahisseur surpuissant et des patriotes malins et courageux, certes, les envahisseurs sont vraiment bêtes. Mais la comparaison s’arrête là, tant j’ai trouvé l’humour vraiment poussif, et les personnages sans réelle profondeur.
Péripéties et dialogues manquent en effet de percussion (n’est pas Goscinny qui veut !), et seuls quelques rares moments m’ont fait sourire, l’essentiel de l’album me laissant de marbre.
La série a été au préalable publié dans la revue espagnole Trinca, au tout début des années 1970. Le contexte dans lequel se déroule la série, la révolte espagnole de mai 1808 face aux troupes napoléoniennes a rarement été exploité – du moins en France. Mais c’est surtout le contexte de création et de publication qui prime ici. En effet, on est dans les dernières années de la dictature franquiste, et on comprend que celle-ci voit d’un bon œil la mise en avant du patriotisme espagnol, les idées nationalistes proches des phalangistes (par ricochet, on comprend aussi que cette dictature devait encore singulièrement brider la liberté créatrice).
De fait, on est très loin ici des séries qui sortiront après la chute de Franco, dans des revues autrement plus irrévérencieuses, ça reste très ampoulé, convenu, avec un humour qui fait quand même daté (le gag de la banane sur laquelle glisse un officier français…).
Sur la même période historique, et avec un dessin assez proche, j’avais quand même préféré Godaille et Godasse. Le dessin d’ailleurs, sans être excellent, est quand même ce qui passe le mieux. Du caricatural plus ou moins gentillet (pas très détaillé), mais qui peine à relever le plat des intrigues.
Cet album est une sorte de suite de Palaces, et il en possède les mêmes qualités. J’en suis donc sorti avec le même – bon – ressenti.
Nous suivons donc encore Hureau dans son périple au Cambodge, tenant une sorte de carnet de voyage, mêlant anecdotes sur la société cambodgienne, merveilles de la nature, rencontres diverses et variées. Et galères. Car Hureau s’est fait voler ses papiers (et son carnet de croquis !) et son retour en France va s’en trouver compliqué, avec des tracasseries administratives aggravées par un petit niveau de corruption…
La narration est fluide, agréable, le ton est enjoué et plein d’auto dérision. Et le dessin est encore très agréable.
Voilà donc un nouvel album plaisant de cet auteur qui me plait vraiment beaucoup.
Note réelle 3,5/5.
Les dessins sont très élégants, surtout pour ce qui concerne les arbres et les papillons. Montrer les papillons voler en pleine jungle sans qu'ils paraissent avalés par la sylve est un tour de force. Le savant, sa cousine et collaboratrice et le chasseur d'insecte local forment un trio bien sympathique. Les opposants de basse extraction ne sont pas diabolisés : qui ne comprend qu'on se moque des papillons quand on doit nourrir sa famille ? Mais on ne risque pas de s'attacher à eux parce qu'on ne la voit pas, leur famille, et surtout parce qu'ils sont menaçants, surtout avec les Indiens. Ces derniers par parenthèse ne chassent pas les papillons y voyant les âmes de leurs ancêtres et/ou parce que même si les insectes sont de vrais concentrés en protéines, ils ne sont pas à leur goût.
Les Indiens sont une présence un peu fantomatique de la forêt, ne s'attardant pas jouir de l'hospitalité des écologistes, soit une inversion de la réalité, dans les faits, les peuples premiers sont chez eux, et les autres, leurs hôtes ou les usurpateurs de leurs terres, multinationales, pauvres Blancs et écologistes créant des réserves naturelles débarrassées de ceux qui deviennent réfugiés de la conservation. Dans les faits, nous polluons, nous expulsons, dans nos rêves, nous protégeons. Dans les rêves, on peut même veilleur sur des papillons pas encore trouvés !
Cependant, ce rêve s'enroule autour du sort tragique des Indiens, d'informations autour des papillons programmés pour vivre peu et qui dans les faits, se voient souvent décéder autrement que de leurs belle mort, et entre le rêve et la réalité, se glisse des haikus sur les papillons. Le rêve se rehausse de la peur d'un danger bien réel : la puissance sans guère de contre-pouvoir des multinationales.
Il est judicieux de ne pas préciser les intérêts concrets : plus vague, la fable est plus universelle. Et puis, cela évite de diaboliser, quand on est poète, dans une fiction ou non impacté par les insectes, on les prise. Si on est un paysan ayant peur des ravageurs, quelqu'un ne voulant pas d'insecte chez soi… ou quelqu'un désireux d'investir pour du profit, on ne voit pas l'intérêt d'un papillon qu'on ne trouve d'ailleurs pas. Et donc, le point de vue de tous est bien rendu, mais la beauté et la chaleur humaine font pencher la balance du côté des protecteurs des papillons.
BD légèrement intimidante car se présentant explicitement comme un chef-d'œuvre, l'éditeur ayant soigné les détails et désiré le clinquant du doré.
Mais intimidante ne signifie nullement austère. Il s'agit d'un conte gothique assez terrible, une saga familiale sur un frère et une sœur, sur leur élévation sociale via leur don pour la musique, sur leur relation longtemps fusionnelle. Hymne à la création artistique, il sera question de talent, de travail, d'orgueil, de passion.
Les illustrations sont d'une grande finesse, légèrement enfantines pour ce qui est des personnages, habiles dans leur usage des contrastes du noir et blanc, occasionnellement illuminées de couleurs décrivant la beauté de la musique (cet usage naïf des couleurs n'est pas sans évoquer les Blast de Larcenet).
La réussite de l'ensemble est assez insolente, elle fascine mais ne m'enthousiasme pas totalement : malgré le souffle de la passion omniprésent, demeure principalement l'impression d'un récit trop fabriqué et étonnamment trop naïf dans ses moments de vie. Un peu à la manière du cinéma de Kubrick, l'humilité manque et déshumanise l'œuvre.
Dans un immeuble parisien en 1915 cohabite une galerie de personnages incongrus, dont beaucoup semblent issus de divers contes de fées. À la suite de deux disparitions et d'un meurtre, deux policiers vont enquêter et remuer tout ce petit monde absurde.
Cet album est foncièrement original. Il mêle enquête policière, pastiche de contes et humour absurde, avec son lot de surprises, aussi bien sur le plan narratif que graphique. L'ensemble donne parfois l'impression d'un ouvrage collectif, tant les fils narratifs s'entrecroisent et tant les styles de dessin varient d'un passage à l'autre. Les situations sont inattendues, les dialogues fusent, les références s'accumulent, et l'album dégage une véritable énergie créative. C'est à la fois drôle et désarçonnant : on ne sait jamais vraiment sur quel pied danser ni où les auteurs souhaitent nous mener.
Le regard porté sur les contes est volontairement irrévérencieux, cynique et adulte, avec un usage appuyé de l'anachronisme et du détournement psychanalytique (notamment à travers plusieurs références à La Psychanalyse des contes de fées de Bettelheim, auxquelles je n'ai pas vraiment accroché, ceci dit). Les personnages sont paumés, malheureux, parfois pathétiques, et cette vision désenchantée des figures de l'enfance se révèle à la fois drôle et légèrement grinçante. Derrière la farce affleure clairement un propos sur la perte de l'innocence, le refus de grandir et les névroses que l'on traîne avec soi.
Graphiquement, le travail de Bandini est très réussi. Comme évoqué plus haut, il change de style selon les chapitres, les fils narratifs, et parfois même en plein cours de récit, allant jusqu'à un léger brisage du quatrième mur lorsque les personnages prennent conscience d'être dessinés différemment. J'ai réellement cru, à certains moments, à un ouvrage collectif tant certaines scènes s'intercalent de manière abrupte, comme si un autre récit se déroulait en parallèle du fil principal. Le trait peut être semi-réaliste ou évoquer l'illustration jeunesse avant de basculer vers un registre plus adulte, avec des variations de styles, de couleurs et même de techniques aussi surprenantes que les ruptures de ton du scénario. C'est parfois un peu foutraque, mais c'est beau, et malgré la profusion de personnages et de situations, l'ensemble reste lisible et souvent très inventif visuellement.
En revanche, l'album a tendance à se disperser. À force d'accumuler les pistes, les jeux de mots, les références et les ruptures de registre, le récit perd parfois en clarté et en efficacité. La dimension psychanalytique, intéressante sur le principe, devient par moments lourde ou plaquée, comme si les auteurs cherchaient à tout expliquer là où le non-sens aurait suffi. La fin, en particulier, m'a laissé un sentiment de confusion, avec l'impression que le livre ne savait plus très bien quelle direction prendre.
Tout conte fée est donc une BD originale, inventive et souvent amusante, mais aussi inégale. J'ai apprécié son audace, son humour et son univers, tout en regrettant qu'elle n'ait pas davantage canalisé ses idées pour tenir la distance jusqu'au bout. Un album qui mérite d'être découvert, à condition d'accepter qu'il perde parfois son lecteur en chemin.
Nouveau projet documentaire de Davodeau, sur sa femme et son métier d'accompagnante de personnes développant des troubles de la mémoire (la maladie d'Alzheimer notamment).
Comme à son habitude, l'auteur parvient à insuffler une bienveillance profondément touchante, à dresser des portraits d'une belle justesse, à glorifier les projets sinon combats que mènent d'honnêtes et simples employés pour améliorer des situations, des vies. Des vertus souvent oubliées, sinon méprisées, que Davodeau replace au centre des réflexions, non sans militantisme : promouvant ici les pratiques inspirées des pédagogies de Montessori, en opposition aux logiques de gestion financière des établissements spécialisés entraînant un chronométrage des soins.
Les illustrations sont toujours au diapason du fond : beaucoup de tendresse dans ce noir et blanc peu contrasté, dans ces cases aérées, ces sourires en coin, ces yeux ronds ; et puis des textes amples refusant l'implicite et ne cachant ni les doutes ni les interrogations des locuteurs.
Les objectifs de Davodeau sont souvent simples et beaux : témoigner, faire connaître ; certes il y a toujours un point de vue, un regard, mais non-envahissant, clairement énoncé, chacun pouvant encore se positionner comme il l'entend. L'essentiel étant l'humanisme : ici, que le regard change sur les personnes développant ces troubles, que la maladie ne finisse pas par les résumer sinon les personnifier, que la vie l'emporte sur la seule gestion de la maladie.
On est ici entre un Le Lama blanc sans les délires mystiques de Jodo (même s’il s’était un peu retenu) et une vision plus planante, contemplative, langoureuse et amoureuse des immensités himalayennes comme Cosey a pu le développer dans Jonathan. Mais de toute façon, Bess est un amoureux et connaisseur des cultures du sous-continent indien (voir en plus de « Péma Ling » et Le Lama blanc son très beau Incredible India).
J’ai parlé de beauté, je voudrais commencer par le dessin de Bess, que j’aime vraiment beaucoup. Son trait classique possède une force, qu’il transmet à ses personnages, ridés par le froid et le soleil, ses paysages sont vraiment réussis. Visuellement c’est chouette. Même si je pense préférer son travail en Noir et Blanc.
La colorisation fait presque plus que son âge : là aussi il y a des accointances avec celle de Cosey.
La série se laisse lire – indépendamment de son dessin réussi – mais ne m’a pas emballé plus que ça.
D’abord parce des longueurs – que ne compensent pas toujours les beaux paysages – donnent un rythme qui engourdit parfois le lecteur.
Ensuite parce que Bess, que l’on sent connaisseur et amateur de la culture tibétaine, remplit beaucoup trop ses cases d’un texte qui les phagocyte parfois. Ces deux travers ne s’améliorent pas au fil des tomes.
Par contre, le personnage de Péma Ling est attachant, et propose souvent un « pas de côté », un petit côté divertissant, rafraichissant, au milieu du récit bavard. Comme le dessin, ce personnage donne force et intérêt à l’intrigue, et permet de passer outre certaines lourdeurs évoquées plus haut.
Hélas, le récit restera inachevé.
L'album enchaîne des dialogues en duo censés commenter la société et l'actualité politique. Il y est beaucoup question de sociologie, d'idées et d'états d'âme, mais sous une forme très bavarde, avec des tentatives d'humour qui, pour ma part, ne fonctionnent jamais.
Sur la forme, cela m'a immédiatement rappelé les albums de Bretécher, notamment Les Frustrés, que je n'ai jamais réussi à lire pour de bon tant ils m'ennuient. On retrouve ce dispositif proche du dessin de presse : des personnages statiques, des décors absents ou réduits au strict minimum, et un humour supposé reposer uniquement sur les échanges verbaux plutôt que sur la mise en scène. Le dessin n'est pas désagréable, le trait possède même une certaine personnalité, mais l'ensemble est peu enthousiasmant.
Mais surtout ce sont ces dialogues qui m'ont ennuyé à un point que j'avais du mal à ne serait-ce que terminer les planches que j'entamais. Ce discours politique et sociologique me paraît creux, dépourvu de véritable angle ou de finesse, et surtout totalement dénué d'humour. Je n'y ai perçu ni second degré, ni justesse, ni la moindre percussion comique.
Cela ne m'a pas arraché le moindre sourire et j'ai fini par abandonner la lecture bien avant la fin de l'album.
Je serais tenté de dire que je n'ai vraiment pas aimé cet album, si ce n'est pour un point : le dessin de Ju/CDM, qui reste très réussi et constitue le principal atout de l'ouvrage.
Pour le reste, cela ne fonctionne pas pour moi.
Il s'agit d'une succession de gags centrés sur Michel, un nerd socialement inadapté, obsédé par les fichiers Excel et incapable de réussir la moindre interaction avec ses collègues ou avec les femmes. Sur le papier, le sujet aurait pourtant pu m'amuser, étant moi-même volontiers geek et introverti. Mais ici, l'humour ne prend jamais.
Les gags et les dialogues tombent systématiquement à plat. L'humour est poussif, répétitif, mal rythmé, et ne provoque pas le moindre sourire. Il s'appuie sur une caricature facile et un jusqu'au-boutisme qui va trop vite dans le mur. Surtout, le personnage de Michel est profondément antipathique. Égocentrique, parfois violent et simplement stupide, il n'éveille aucune empathie et se révèle bien plus pénible qu'amusant ou touchant. Je m'en suis lassé au bout de quelques pages et j'ai terminé l'album avec difficulté.
Les auteurs tentent bien de faire évoluer légèrement la situation sur la fin, en entraînant le personnage vers une nouvelle obsession (le death metal), mais cela reste tout aussi stéréotypé, sans être ni drôle ni attachant.
Au final, je n'ai pas aimé cet album. Mais il est bien dessiné.
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Les Guerrilleros
Lorsque j’étais tombé par hasard sur cet album en farfouillant dans des bacs d’occasion, je croyais avoir découvert une vieille publication de Jordi Bernet – un auteur dont j’avais déjà apprécié plusieurs séries (je ne sais pas pourquoi, je m’étais uniquement focalisé sur Bernet, et pas sur Toledano…). En fait il s’agit d’un autre auteur bien sûr – même si je crois que c’est un oncle de Jordi Bernet. Le petit texte de présentation présente « Les Guerrilleros » comme une sorte d’Astérix et Obélix espagnols. Certes, il y a bien l’idée d’une résistance a priori déséquilibrée entre un envahisseur surpuissant et des patriotes malins et courageux, certes, les envahisseurs sont vraiment bêtes. Mais la comparaison s’arrête là, tant j’ai trouvé l’humour vraiment poussif, et les personnages sans réelle profondeur. Péripéties et dialogues manquent en effet de percussion (n’est pas Goscinny qui veut !), et seuls quelques rares moments m’ont fait sourire, l’essentiel de l’album me laissant de marbre. La série a été au préalable publié dans la revue espagnole Trinca, au tout début des années 1970. Le contexte dans lequel se déroule la série, la révolte espagnole de mai 1808 face aux troupes napoléoniennes a rarement été exploité – du moins en France. Mais c’est surtout le contexte de création et de publication qui prime ici. En effet, on est dans les dernières années de la dictature franquiste, et on comprend que celle-ci voit d’un bon œil la mise en avant du patriotisme espagnol, les idées nationalistes proches des phalangistes (par ricochet, on comprend aussi que cette dictature devait encore singulièrement brider la liberté créatrice). De fait, on est très loin ici des séries qui sortiront après la chute de Franco, dans des revues autrement plus irrévérencieuses, ça reste très ampoulé, convenu, avec un humour qui fait quand même daté (le gag de la banane sur laquelle glisse un officier français…). Sur la même période historique, et avec un dessin assez proche, j’avais quand même préféré Godaille et Godasse. Le dessin d’ailleurs, sans être excellent, est quand même ce qui passe le mieux. Du caricatural plus ou moins gentillet (pas très détaillé), mais qui peine à relever le plat des intrigues.
Bureau des prolongations
Cet album est une sorte de suite de Palaces, et il en possède les mêmes qualités. J’en suis donc sorti avec le même – bon – ressenti. Nous suivons donc encore Hureau dans son périple au Cambodge, tenant une sorte de carnet de voyage, mêlant anecdotes sur la société cambodgienne, merveilles de la nature, rencontres diverses et variées. Et galères. Car Hureau s’est fait voler ses papiers (et son carnet de croquis !) et son retour en France va s’en trouver compliqué, avec des tracasseries administratives aggravées par un petit niveau de corruption… La narration est fluide, agréable, le ton est enjoué et plein d’auto dérision. Et le dessin est encore très agréable. Voilà donc un nouvel album plaisant de cet auteur qui me plait vraiment beaucoup. Note réelle 3,5/5.
Les Papillons ne meurent pas de vieillesse
Les dessins sont très élégants, surtout pour ce qui concerne les arbres et les papillons. Montrer les papillons voler en pleine jungle sans qu'ils paraissent avalés par la sylve est un tour de force. Le savant, sa cousine et collaboratrice et le chasseur d'insecte local forment un trio bien sympathique. Les opposants de basse extraction ne sont pas diabolisés : qui ne comprend qu'on se moque des papillons quand on doit nourrir sa famille ? Mais on ne risque pas de s'attacher à eux parce qu'on ne la voit pas, leur famille, et surtout parce qu'ils sont menaçants, surtout avec les Indiens. Ces derniers par parenthèse ne chassent pas les papillons y voyant les âmes de leurs ancêtres et/ou parce que même si les insectes sont de vrais concentrés en protéines, ils ne sont pas à leur goût. Les Indiens sont une présence un peu fantomatique de la forêt, ne s'attardant pas jouir de l'hospitalité des écologistes, soit une inversion de la réalité, dans les faits, les peuples premiers sont chez eux, et les autres, leurs hôtes ou les usurpateurs de leurs terres, multinationales, pauvres Blancs et écologistes créant des réserves naturelles débarrassées de ceux qui deviennent réfugiés de la conservation. Dans les faits, nous polluons, nous expulsons, dans nos rêves, nous protégeons. Dans les rêves, on peut même veilleur sur des papillons pas encore trouvés ! Cependant, ce rêve s'enroule autour du sort tragique des Indiens, d'informations autour des papillons programmés pour vivre peu et qui dans les faits, se voient souvent décéder autrement que de leurs belle mort, et entre le rêve et la réalité, se glisse des haikus sur les papillons. Le rêve se rehausse de la peur d'un danger bien réel : la puissance sans guère de contre-pouvoir des multinationales. Il est judicieux de ne pas préciser les intérêts concrets : plus vague, la fable est plus universelle. Et puis, cela évite de diaboliser, quand on est poète, dans une fiction ou non impacté par les insectes, on les prise. Si on est un paysan ayant peur des ravageurs, quelqu'un ne voulant pas d'insecte chez soi… ou quelqu'un désireux d'investir pour du profit, on ne voit pas l'intérêt d'un papillon qu'on ne trouve d'ailleurs pas. Et donc, le point de vue de tous est bien rendu, mais la beauté et la chaleur humaine font pencher la balance du côté des protecteurs des papillons.
Soli Deo Gloria
BD légèrement intimidante car se présentant explicitement comme un chef-d'œuvre, l'éditeur ayant soigné les détails et désiré le clinquant du doré. Mais intimidante ne signifie nullement austère. Il s'agit d'un conte gothique assez terrible, une saga familiale sur un frère et une sœur, sur leur élévation sociale via leur don pour la musique, sur leur relation longtemps fusionnelle. Hymne à la création artistique, il sera question de talent, de travail, d'orgueil, de passion. Les illustrations sont d'une grande finesse, légèrement enfantines pour ce qui est des personnages, habiles dans leur usage des contrastes du noir et blanc, occasionnellement illuminées de couleurs décrivant la beauté de la musique (cet usage naïf des couleurs n'est pas sans évoquer les Blast de Larcenet). La réussite de l'ensemble est assez insolente, elle fascine mais ne m'enthousiasme pas totalement : malgré le souffle de la passion omniprésent, demeure principalement l'impression d'un récit trop fabriqué et étonnamment trop naïf dans ses moments de vie. Un peu à la manière du cinéma de Kubrick, l'humilité manque et déshumanise l'œuvre.
Tout conte fée
Dans un immeuble parisien en 1915 cohabite une galerie de personnages incongrus, dont beaucoup semblent issus de divers contes de fées. À la suite de deux disparitions et d'un meurtre, deux policiers vont enquêter et remuer tout ce petit monde absurde. Cet album est foncièrement original. Il mêle enquête policière, pastiche de contes et humour absurde, avec son lot de surprises, aussi bien sur le plan narratif que graphique. L'ensemble donne parfois l'impression d'un ouvrage collectif, tant les fils narratifs s'entrecroisent et tant les styles de dessin varient d'un passage à l'autre. Les situations sont inattendues, les dialogues fusent, les références s'accumulent, et l'album dégage une véritable énergie créative. C'est à la fois drôle et désarçonnant : on ne sait jamais vraiment sur quel pied danser ni où les auteurs souhaitent nous mener. Le regard porté sur les contes est volontairement irrévérencieux, cynique et adulte, avec un usage appuyé de l'anachronisme et du détournement psychanalytique (notamment à travers plusieurs références à La Psychanalyse des contes de fées de Bettelheim, auxquelles je n'ai pas vraiment accroché, ceci dit). Les personnages sont paumés, malheureux, parfois pathétiques, et cette vision désenchantée des figures de l'enfance se révèle à la fois drôle et légèrement grinçante. Derrière la farce affleure clairement un propos sur la perte de l'innocence, le refus de grandir et les névroses que l'on traîne avec soi. Graphiquement, le travail de Bandini est très réussi. Comme évoqué plus haut, il change de style selon les chapitres, les fils narratifs, et parfois même en plein cours de récit, allant jusqu'à un léger brisage du quatrième mur lorsque les personnages prennent conscience d'être dessinés différemment. J'ai réellement cru, à certains moments, à un ouvrage collectif tant certaines scènes s'intercalent de manière abrupte, comme si un autre récit se déroulait en parallèle du fil principal. Le trait peut être semi-réaliste ou évoquer l'illustration jeunesse avant de basculer vers un registre plus adulte, avec des variations de styles, de couleurs et même de techniques aussi surprenantes que les ruptures de ton du scénario. C'est parfois un peu foutraque, mais c'est beau, et malgré la profusion de personnages et de situations, l'ensemble reste lisible et souvent très inventif visuellement. En revanche, l'album a tendance à se disperser. À force d'accumuler les pistes, les jeux de mots, les références et les ruptures de registre, le récit perd parfois en clarté et en efficacité. La dimension psychanalytique, intéressante sur le principe, devient par moments lourde ou plaquée, comme si les auteurs cherchaient à tout expliquer là où le non-sens aurait suffi. La fin, en particulier, m'a laissé un sentiment de confusion, avec l'impression que le livre ne savait plus très bien quelle direction prendre. Tout conte fée est donc une BD originale, inventive et souvent amusante, mais aussi inégale. J'ai apprécié son audace, son humour et son univers, tout en regrettant qu'elle n'ait pas davantage canalisé ses idées pour tenir la distance jusqu'au bout. Un album qui mérite d'être découvert, à condition d'accepter qu'il perde parfois son lecteur en chemin.
Là où tu vas - Voyage au pays de la mémoire qui flanche
Nouveau projet documentaire de Davodeau, sur sa femme et son métier d'accompagnante de personnes développant des troubles de la mémoire (la maladie d'Alzheimer notamment). Comme à son habitude, l'auteur parvient à insuffler une bienveillance profondément touchante, à dresser des portraits d'une belle justesse, à glorifier les projets sinon combats que mènent d'honnêtes et simples employés pour améliorer des situations, des vies. Des vertus souvent oubliées, sinon méprisées, que Davodeau replace au centre des réflexions, non sans militantisme : promouvant ici les pratiques inspirées des pédagogies de Montessori, en opposition aux logiques de gestion financière des établissements spécialisés entraînant un chronométrage des soins. Les illustrations sont toujours au diapason du fond : beaucoup de tendresse dans ce noir et blanc peu contrasté, dans ces cases aérées, ces sourires en coin, ces yeux ronds ; et puis des textes amples refusant l'implicite et ne cachant ni les doutes ni les interrogations des locuteurs. Les objectifs de Davodeau sont souvent simples et beaux : témoigner, faire connaître ; certes il y a toujours un point de vue, un regard, mais non-envahissant, clairement énoncé, chacun pouvant encore se positionner comme il l'entend. L'essentiel étant l'humanisme : ici, que le regard change sur les personnes développant ces troubles, que la maladie ne finisse pas par les résumer sinon les personnifier, que la vie l'emporte sur la seule gestion de la maladie.
Péma Ling
On est ici entre un Le Lama blanc sans les délires mystiques de Jodo (même s’il s’était un peu retenu) et une vision plus planante, contemplative, langoureuse et amoureuse des immensités himalayennes comme Cosey a pu le développer dans Jonathan. Mais de toute façon, Bess est un amoureux et connaisseur des cultures du sous-continent indien (voir en plus de « Péma Ling » et Le Lama blanc son très beau Incredible India). J’ai parlé de beauté, je voudrais commencer par le dessin de Bess, que j’aime vraiment beaucoup. Son trait classique possède une force, qu’il transmet à ses personnages, ridés par le froid et le soleil, ses paysages sont vraiment réussis. Visuellement c’est chouette. Même si je pense préférer son travail en Noir et Blanc. La colorisation fait presque plus que son âge : là aussi il y a des accointances avec celle de Cosey. La série se laisse lire – indépendamment de son dessin réussi – mais ne m’a pas emballé plus que ça. D’abord parce des longueurs – que ne compensent pas toujours les beaux paysages – donnent un rythme qui engourdit parfois le lecteur. Ensuite parce que Bess, que l’on sent connaisseur et amateur de la culture tibétaine, remplit beaucoup trop ses cases d’un texte qui les phagocyte parfois. Ces deux travers ne s’améliorent pas au fil des tomes. Par contre, le personnage de Péma Ling est attachant, et propose souvent un « pas de côté », un petit côté divertissant, rafraichissant, au milieu du récit bavard. Comme le dessin, ce personnage donne force et intérêt à l’intrigue, et permet de passer outre certaines lourdeurs évoquées plus haut. Hélas, le récit restera inachevé.
Les Temps sont flous
L'album enchaîne des dialogues en duo censés commenter la société et l'actualité politique. Il y est beaucoup question de sociologie, d'idées et d'états d'âme, mais sous une forme très bavarde, avec des tentatives d'humour qui, pour ma part, ne fonctionnent jamais. Sur la forme, cela m'a immédiatement rappelé les albums de Bretécher, notamment Les Frustrés, que je n'ai jamais réussi à lire pour de bon tant ils m'ennuient. On retrouve ce dispositif proche du dessin de presse : des personnages statiques, des décors absents ou réduits au strict minimum, et un humour supposé reposer uniquement sur les échanges verbaux plutôt que sur la mise en scène. Le dessin n'est pas désagréable, le trait possède même une certaine personnalité, mais l'ensemble est peu enthousiasmant. Mais surtout ce sont ces dialogues qui m'ont ennuyé à un point que j'avais du mal à ne serait-ce que terminer les planches que j'entamais. Ce discours politique et sociologique me paraît creux, dépourvu de véritable angle ou de finesse, et surtout totalement dénué d'humour. Je n'y ai perçu ni second degré, ni justesse, ni la moindre percussion comique. Cela ne m'a pas arraché le moindre sourire et j'ai fini par abandonner la lecture bien avant la fin de l'album.
La Bureautique des Sentiments
Je serais tenté de dire que je n'ai vraiment pas aimé cet album, si ce n'est pour un point : le dessin de Ju/CDM, qui reste très réussi et constitue le principal atout de l'ouvrage. Pour le reste, cela ne fonctionne pas pour moi. Il s'agit d'une succession de gags centrés sur Michel, un nerd socialement inadapté, obsédé par les fichiers Excel et incapable de réussir la moindre interaction avec ses collègues ou avec les femmes. Sur le papier, le sujet aurait pourtant pu m'amuser, étant moi-même volontiers geek et introverti. Mais ici, l'humour ne prend jamais. Les gags et les dialogues tombent systématiquement à plat. L'humour est poussif, répétitif, mal rythmé, et ne provoque pas le moindre sourire. Il s'appuie sur une caricature facile et un jusqu'au-boutisme qui va trop vite dans le mur. Surtout, le personnage de Michel est profondément antipathique. Égocentrique, parfois violent et simplement stupide, il n'éveille aucune empathie et se révèle bien plus pénible qu'amusant ou touchant. Je m'en suis lassé au bout de quelques pages et j'ai terminé l'album avec difficulté. Les auteurs tentent bien de faire évoluer légèrement la situation sur la fin, en entraînant le personnage vers une nouvelle obsession (le death metal), mais cela reste tout aussi stéréotypé, sans être ni drôle ni attachant. Au final, je n'ai pas aimé cet album. Mais il est bien dessiné.