Les derniers avis (8 avis)

Couverture de la série World of Warcraft
World of Warcraft

Je ne connais l'univers de Warcraft que de très loin, principalement par les bribes captées de ci de là auprès de connaissances anciennement joueuses de WOW, pourtant quand j'ai su que mon père avait trouvé les deux premiers tomes d'une adaptation de l'univers en BD dans une boîte à livre j'avoir avoir été motivée à l'idée d'essayer de voir à quoi ressemblait les fictions annexes créées autour de tout ça. Est-ce que je m'attendais à un mauvais résultat ? Malheureusement oui. J'aime donner sa chance à une oeuvre jusqu'au bout mais il reste notoire que ce genre de production se contente bien souvent d'être un concentré de fanservice au scénario bâclé et complètement hermétique à tout nouvel arrivant. Est-ce bien le cas ici ? Oui. Malheureusement oui, mais je vais quand-même vous argumenter le tout et tenter de vous expliquer pourquoi je ne pense pas être pour autant de mauvaise fois. Premièrement, comme anticipé, pas de place ici pour les néophytes. Sûr, je connais certaines choses de cet univers, des noms des personnages, des lieux-dits, des bribes d'histoire, mais pas assez pour pouvoir affirmer comprendre un minimum cet univers (je sais qu'il y a eu une invasion orque interdimensionnelle par le passé, une grande guerre, puis la création de deux alliances ethniques et culturelles se cassant la gueule et se trahissant pour les décennies a venir, c'est déjà ça). Le côté hermétique de l'oeuvre ici présente pourrait presque être surprenante car tout y est expliqué. Enfin, par "expliquer", comprenez par là que les personnages vont enchaîner les explications et présentations de tout ce qu'ils rencontrent sans une once de subtilité ou de qualité narrative. Comme si les personnages ressentaient le besoin de lire des fiches wikipédias sur tous les objets et sujets de leur périples. Le tout en devient plus que parodique quand les personnages finissent par se résumer à des petits outils d'exposition ambulants, privilégiant la tergiversation froide et vide de sens au développement psychologique et narratif. Merci papa noël, j'avais toujours rêvé d'enfin voir une adaptation en bande dessiné de ces interminables discussions en ligne de fans pour qui le saint lore prévaut toujours sur les histoires intéressantes. Bon, les discussions sont froides, l'exposition est bancale et omniprésente, certes, mais quid de l'histoire ? Basique. Oubliable. Les personnages speedruns la moindre miette de développement que leurs archétypes narratifs leur permettent, les maigres fils du scénarios qui en ressortent sont tellement clichés que cela en devenait presque risible, et, pire que tout à mes yeux, l'univers me parait faux. Si aucun personnage ne me parait vivant de par leur froideur et leur changements d'état d'âme sans queue ni tête, si aucune scène ne prend réellement son temps ou l'occasion pour être posée et nous laisser profiter et découvrir cet univers, le laisser respirer, alors comment diable s'y intéresser ? On rentre donc dans le vif du sujet : la nature d'adaptation et de produit dérivé de cette série. La série n'est pas faite pour quiconque souhaiterais découvrir cet univers, c'est un fait, mais quid des gens déjà familiers ? Eh bien, là aussi, je doute de la qualité. Je sais que lorsque l'on est fan d'un univers, de ses personnages et de son lore, on a tendance à se satisfaire de pas grand chose, de la moindre petite histoire s'y déroulant et dans laquelle on y décélerais un potentiel. Mais voilà, soyons honnête, une bonne fiction ne se doit pas de juste appuyer la nostalgie et les clins d'œil, il faut aussi surtout que l'histoire racontée vaille le coup. Or, encore une fois, ici rien de fôlichon. Je pense même qu'un fan se sentirait d'autant plus floué, la surexposition apparaissant alors comme complément parasitaire. Et puis je sais pas, merdouille, mais si je suis passionnée par un univers et ses personnages je souhaiterais par dessus tout que les récits annexes étendant tout cela se montrent un minimum qualitatif. Là, c'est ni fait ni à faire. Ce n'est même pas suffisament mauvais pour en devenir drôle ou fascinant, c'est juste froid, bâclé, oubliable. Et c'est sans parler de l'enchaînement de clichés de fantasy bas de gamme présentés ici sans subtilité, nuance ou désir de parodier, à commencer par le dimorphisme sexuel de toutes les espèces importantes chez qui les hommes sont de véritables armoirs à glace et les femmes des pin-ups au maquillage et aux formes toujours impeccables (pensée émue à la case du premier tome ou Valeera est dessinée de sorte à nous montrer à la fois son décolleté plongeant et son entrejambe, j'avoue ne pas savoir si j'aurais été capable de me concentrer sur toute cette exposition sans cela). Il y aussi les titres pompeux récités et présentés sans réel poid narratif, le fait que l'on préfère s'étendre sur le passé de ce monde plutôt que de nous le rendre vivant dans le présent narratif, et que sait-je encore. Le monde est ici tout sauf "fantastique". Bord d'aile de merle, je ne demandais qu'à être agréablement surprise et à ne serait-ce que tomber sur un résultat acceptable, passable même. Je n'irais certainement pas plus loin que ces deux premiers tomes, car même si une amélioration miracle serait techniquement possible par la suite, une introduction tellement bâclée me repousse plus qu'autre chose. Et c'était sans parler du dessin, froid, rigide et sans personnalité ! Vous qui entrez ici, abandonnez tout espoir.

09/05/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série Fatals Picards
Fatals Picards

Cette BD met en scène les Fatals Picards dans une série de gags et d'aventures absurdes mêlant rock, parodie, fantastique et satire sociale, dans un esprit proche de l'humour du groupe. Même si j'écoute régulièrement certaines chansons des Fatals Picards, je ne connais quasiment pas le groupe en lui-même. Honnêtement, avant cette lecture, j'aurais été incapable de dire à quoi ressemblaient ses membres, donc impossible pour moi de juger si leur représentation graphique est fidèle ou non. En revanche, ce que je peux dire, c'est que j'aime beaucoup le dessin de Juan. Son style me fait toujours penser à un juste milieu entre celui de Stuf (Passe-moi l'ciel) et celui de Tome (Le Petit Spirou). C'est un dessin très souple, vivant, détaillé et immédiatement sympathique à mes yeux, qui me donne tout de suite envie de lire. L'album commence par une poignée de gags en une page que je n'ai pas trouvés particulièrement drôles, mais qui permettent au moins de découvrir les quatre personnages et de poser leur dynamique. On retrouve déjà ce mélange très particulier entre esprit rock un peu rebelle et humour dérisoire rempli d'autodérision. L'album bascule ensuite vers de véritables histoires courtes mêlant aventure et parodie. Elles se moquent autant des phénomènes de société que d'eux-mêmes, avec un ton souvent tendre malgré le cynisme apparent. On y retrouve toujours cette réaction très rock face à une société jugée absurde, qu'il s'agisse des reprises commerciales des tubes des années 80, de la télé-réalité ou plus globalement de l'idée un peu ridicule de se prétendre nouveaux défenseurs de l'esprit du rock. Le tout est rempli de références et de clins d'œil à la pop culture, avec un esprit qui rappelle aussi bien Scooby-Doo que Kaamelott. Après, je ne sais pas exactement quelle a été l'implication directe des Fatals Picards dans l'écriture de l'album, donc difficile de savoir ce qui vient réellement d'eux ou seulement des auteurs. J'ai largement préféré ces histoires courtes aux gags du début d'album, avec une appréciation croissante au fur et à mesure que je m'attachais aux personnages. Ce n'est pas constamment hilarant, mais cela m'a régulièrement amusé et certains gags m'ont fait rire. L'ensemble réussit surtout à rendre les Fatals Picards assez attachants. À noter aussi que j'ai reconnu assez peu de références directes à leurs chansons, ou alors beaucoup m'ont échappé vu ma connaissance limitée du groupe. Du coup, il n'est probablement pas nécessaire de bien connaître leur discographie pour apprécier l'album. En revanche, quelqu'un qui ne connaît absolument pas les Fatals Picards ne sera peut-être pas forcément attiré par le concept au départ.

09/05/2026 (modifier)
Par cac
Note: 3/5
Couverture de la série Les Carnets de l'apothicaire
Les Carnets de l'apothicaire

Emprunté le premier tome pour voir et c'était une lecture agréable. On suit une jeune fille pauvre à la cour dans un Japon médiéval. Mais il s'avère qu'elle a tout de même des connaissances avancées ce qui n'est pas commun pour sa classe sociale. Elle se fait donc remarquer et devient dame de compagnie. Qui dit cour dit intrigues en tout genre où les personnages essaient de se faire valoir. Le dessin est très correct et lisible. Le problème de ce genre de série est que ça va s'étaler en une série fleuve où la jeune fille va utiliser ses connaissances d'apothicaire pour résoudre différents événements.

09/05/2026 (modifier)
Par cac
Note: 3/5
Couverture de la série La Colère de Poséidon
La Colère de Poséidon

Nilsen revisite plusieurs figures de la mythologie grecque (Poséidon qui donne son titre au recueil, ou encore Léda) mais aussi de l'ancien testament comme Abraham et son fils ou bien sûr Jésus. Tout cela en le mêlant étrangement avec la société contemporaine. Dans la première histoire Poséidon a été oublié des hommes qui maintenant naviguent au GPS, les autres dieux se sont reconvertis dans d'autres activités à l'instar de Bacchus qui crée de nouveaux alcools et d'un autre patron de night-club à Las Vegas. Isaac quant à lui après avoir échappé au sacrifice paternel se replonge dans ses jeux vidéos. Je pense que ça en déconcerta plus d'un, d'autant plus que le dessin est plutôt limité avec de grandes cases en noir et blanc façon ombres chinoises si on peut dire et le texte en-dessous.

09/05/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 2/5
Couverture de la série Les Chansons des Fatals Picards en Bandes Dessinées
Les Chansons des Fatals Picards en Bandes Dessinées

Cette BD adapte et illustre plusieurs chansons des Fatals Picards à travers une succession de petites histoires ou de simples mises en images des paroles du groupe. Je connais assez mal les Fatals Picards en tant que groupe, mais je connaissais et appréciais la plupart des chansons reprises ici. Le problème, c'est que l'album se contente très souvent de les illustrer assez littéralement, sans apporter de relecture, de véritable scénario ou de valeur ajoutée. L'humour absurde, satirique et très second degré du groupe reste évidemment présent, et certaines chansons fonctionnent toujours bien grâce à leurs idées de départ ou à leur ton volontairement idiot et décalé. Mais en dehors du plaisir de retrouver ces morceaux, l'album lui-même reste très limité. Les différentes histoires sont inégales, le rythme manque d'énergie, et graphiquement c'est d'un niveau amateur. Ce n'est pas catastrophique, mais c'est souvent trop simple et maladroit, avec une mise en scène sans impact ni personnalité. Ça ressemble surtout à un petit produit dérivé fait par des fans amateurs pour des fans. Honnêtement, c'est parce que j'aime bien l'esprit du groupe et de leurs chansons que je n'ai pas trouvé l'ensemble nul, mais cela reste un album largement dispensable.

09/05/2026 (modifier)
Par Hub
Note: 1/5
Couverture de la série Exterminateur 17
Exterminateur 17

En refermant Exterminateur 17, j’ai surtout ressenti du soulagement. Pas ce mélange de fascination et de réflexion que peut provoquer une grande œuvre de science-fiction. Non. Juste la satisfaction d’être enfin arrivé au bout d’une lecture qui m’a paru interminable. Et pourtant, le point de départ avait tout pour me plaire. Cette armée d’androïdes créée uniquement pour faire la guerre, envoyée combattre contre le Planétoïde Novack avant qu’une paix soudaine ne rende leur existence absurde… il y avait quelque chose de profondément tragique là-dedans. L’idée qu’Exterminateur 17 survive à cette extinction programmée et hérite du rêve du Maître — libérer les androïdes — promettait une vraie fresque de science-fiction mélancolique et existentielle. Mais dans les faits, je n’ai jamais réussi à entrer dans le récit. Le problème principal, c’est que tout m’a semblé incroyablement froid et désincarné. Exterminateur 17 traverse l’histoire davantage comme un concept philosophique que comme un personnage vivant. Les réflexions sur la liberté, la conscience ou l’humanité s’enchaînent, mais sans émotion, sans tension, sans véritable incarnation. J’avais constamment l’impression de lire des idées plutôt qu’une histoire. Et surtout… quel ennui. Le récit avance lentement, sans vraie quête claire ni progression dramatique forte. Beaucoup de scènes m’ont paru interminables. Je tournais les pages davantage pour finir l’album que par envie de découvrir la suite. Pourtant j’aime les récits contemplatifs ou philosophiques quand ils me happent émotionnellement. Là, je suis resté totalement extérieur du début à la fin. Même la relation entre le Maître et Exterminateur 17, qui aurait pu apporter une vraie dimension tragique ou humaine, m’a semblé trop distante pour réellement me toucher. Le seul élément que je sauve vraiment, ce sont les dessins. Là oui, il y a quelque chose. Certaines planches possèdent une vraie puissance visuelle avec cette science-fiction organique, étrange et presque mystique. L’univers a une identité graphique forte et quelques images restent en tête après la lecture. Clairement, le dessin récupère à lui seul le demi-point de ma note. Parce que pour le reste, cette lecture a surtout été un long tunnel froid et creux que j’ai eu beaucoup de mal à terminer. 1,5/5 pour moi. 1 point pour l’effort d’ambition. 0,5 pour les dessins. Et malheureusement, rien de plus.

09/05/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Le Premier Voyage
Le Premier Voyage

Le regard est un magicien ? - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Sa première édition date de 1987. Il a été réalisé par Edmond Baudoin pour le scénario et les dessins. Il comporte quarante-quatre pages de bande dessinée en noir & blanc. Il comprend un long prologue sous forme d’une nouvelle rédigée par Philippe Chartron. Sa présentation sort également de l’ordinaire, car ledit prologue court tout le long des planches de bande dessinée, sous la forme d’un court paragraphe de texte placé en bas de chaque page. Cet ouvrage a été intégré dans l’anthologie Les sentiers cimentés (2005), publiés par L’Association, regroupant six bandes dessinées de ce bédéaste. De la maison de la grand-mère de Mathieu, là où tout a commencé, où Mathieu en quelque sorte est né, on a toujours vu la mer, entre deux vallons, entre deux collines. La mer était à portée de regard. Mathieu sortait de la maison le matin, et il commençait sa contemplation tout de suite. On lui disait d’aller jouer, d’aller plus loin, mais pas du côté de la citerne tout de même, mais il n’y courait pas. Il regardait là-bas le morceau de mer entre les crêtes, et l’horizon au-dessus des caps. Mathieu bougeait peu, il s’asseyait sous la tonnelle. De temps en temps, grand-mère lui proposait de boire, on lui préparait son petit casse-croûte. Le temps se dilatait et brisait la limite des heures du jour, des mois et aussi des années. La mémoire de ce temps ne fut pas les fêtes du village, l’accident de moto de l’oncle Henri, l’orage de grêle qui détruisit la treille, et autres événements remarquables qui rythmaient les années. La mémoire, ce fut la mer, au loin derrière les vallées, que Mathieu regardait avec grand-mère à son côté. Dans le ciel, les mouettes volètent. Dans la rue, un chien se tient immobile, le regard vide. Dans un pavillon, à l’étage, l’intérieur est tranquille, installé comme si tout était définitif : cuisine pour les cafés qui réparent les blessures, nounours pour les caresses et chat qui absorbe les maléfices, lits pour des morts provisoires et la porte. Le seuil d’une sorte de passion et de rédemption. Un matin comme une promesse, transparent comme le sourire d’une jeune fille inconnue… Un matin à ne pas prendre la voiture.au mois de mai, les hommes suspendaient des lampions à des tresses de buis, liant de guirlandes les balcons des rues de son enfance. La nuit les femmes chantaient. Mathieu accroché à sa mère regardait sa sœur danser. C’était les mai’s. Les voitures ont interdit les mai’s. Peut-être un jour, les machines interdiront les hommes. Mathieu marche tranquillement dans les rues de la ville, saluant une voisine, passant devant des voitures garées, parvenant au port. Un clochard aviné le salue du nom de commandant, et lui demande s’il appareille aujourd’hui. Puis il demande cinq sous, en lui expliquant que lui voyage avec du rouge, en pointant du doigt la bouteille qu’il tient de l’autre main. Mathieu aime regarder les bateaux… Ils ont des mâts, des voiles, une étrave pour fendre l’eau. Comme les autres, il pourrait traverser la mer aller de l’autre côté… Ils ne sont peut-être là que pour réveiller d’anciens rêves… Pour (déjà) sa neuvième bande dessinée, ce créateur si singulier raconte l’histoire d’un homme d’une trentaine d’années qui un matin décide de ne pas se rendre au bureau et de déambuler dans les rues de différents quartiers de Nice. Une banale promenade, et en même temps un regard unique et totalement idiosyncratique et en même temps universel. Ce premier voyage commence avec un dessin en pleine page de quatre mouettes en vol, sur un fond de page totalement vierge… avec un paragraphe de texte en bas de page, assez dense, et en petit caractères. Le lecteur présume qu’il s’agit de l’introduction rédigée par Philippe Chartron. Le lecteur tourne la page et découvre le dessin d’un chien ordinaire, et le texte qui continue en pied de page. En fait, il ne s’agit pas à proprement parler d’une introduction : le texte ressemble plus à une nouvelle racontant la jeunesse du personnage appelé Mathieu, ses vacances chez sa grand-mère, le jeu des trésors cachés dans une boîte d’allumettes, d’abord réels puis imaginaires, l’adaptation facile et tranquille au collège et au lycée, l’entrée dans la vie adulte normale, travailleur et citoyen, amoureux, époux et père, une vie normale, celle que tous attendaient de lui. S’il est familier du bédéaste, le lecteur finit par entretenir le soupçon que le texte est également de sa plume, car il y retrouve la même sensibilité, le même humanisme, la même approche artistique. Mais non, il s’agit bien d’un écrivain réel et distinct. Prêt pour une petite promenade avec Mathieu, trentenaire sans histoire et sans éclat ? Le lecteur commence par remarquer que l’artiste a encore gagné en aisance dans la souplesse de ses traits, sa capacité à montrer, à décrire ou à évoquer avec des simples traits noirs sur une page blanche, en fonction du moment, de la sensation. Dans la troisième planche, avec des six cases disposées par deux en bande, le dessinateur est en mode descriptif : les draps défaits sur le lit, la lampe de chevet, le tableau au mur. Puis une chambre d’enfants avec un bazar sur le lit et une sorte de couverture chauve-souris accrochée au mur. Une vision de la salle de bain avec des noirs plus massifs pour un effet soutenu de contraste sur le blanc de la page. Le passage par le couloir avec de grands rectangles noirs délimitant bien la largeur du couloir, et la forme arrondie du chat qui ressort par sa souplesse. La table du petit-déjeuner encombrée dans la cuisine. Enfin la volée d’escalier avec une vue en plongée inclinée depuis le haut de la cage. Au fil de la balade, le lecteur prend régulièrement son temps pour regarder autour de lui : les petits voiliers amarrés au port, un couple de jeunes gens sur une plage de galets, une forteresse sur les hauteurs devinée dans la perspective d’une rue bordée d’immeubles, des arbres et leur tronc magnifique (cela deviendra une spécialité de Baudoin), des voitures à la carrosserie rutilante dans un parking, la locomotive massive d’un train, la vue de la vie urbaine en étant installé à une terrasse, etc. Le lecteur se rend compte que son regard se trouve séduit par une case par ci, une case par là. Pris dans le flot de la narration visuelle, il se rend compte que certains dessins semblent sortir de l’ordinaire, sans pour autant détonner. Cela commence dès la planche deux avec la cravate de Mathieu représentée comme une succession de traits noir allant en s’évasant et en s’épaississant du haut vers le bas. En planche cinq, la façon de rendre l’apparence globale d’une plage de galets s’avère originale : un effet très réussi reposant sur des points irréguliers. En planche sept, une case se concentre sur le flot de véhicules sur la chaussée, avec une prise de vue à trente centimètres de hauteur par rapport au niveau du trottoir. En planche seize, une case de la largeur de la page : la vue d’un banc sur lequel Mathieu a abandonné sa veste, et sur la partie droite un magnifique tronc d’arbre en premier plan. En planche vingt-trois, une jeune femme retire son teeshirt sur la plage, une représentation évoquant une intensité lumineuse telle qu’elle gomme une partie du contour du corps. Vers la fin pendant trois pages, une prise de vue subjective, à partir du point de vue de Mathieu : il regarde son ami Antoine qui vient de l’accoster dans la rue, et qui l’invite à prendre un verre en terrasse où ils s’assoient. Et puis… Dès la planche deux, il se produit un étrange phénomène : il manque le trait de gauche dans le contour du visage de Mathieu, comme si le bord droit de son visage s’était dissous et que sa tête avait perdu son caractère étanche et fermé. Ce phénomène se reproduit régulièrement avec des altérations variées de la tête : comme une énergie semblant en irradier vers l’extérieur, comme si les galets semblaient y entrer par le haut du crâne, comme si sa tête devenait transparente et pas le reste de son corps, comme si elle se fondait dans les banchages, comme si un chien était assis dessus, comme si une grue mécanique s’y était posée, etc. En fait cette balade s’avère très riche en situations variées : un accident de moto, un appel passé à l’épouse, une rencontre avec clochard, une balade dans les hauteurs, faire connaissance avec une enfant qui pleure suite à une dispute avec ses copines, avec une jeune touriste avenante ne parlant que l’allemand, un trajet en train, observer les passants en étant attablé à une terrasse, se faire rattraper par un garçon qui donne un petit papier (le même garçon présent sur la couverture de l’album Passe le temps (1982), rencontrer sa tante et échanger quelques mots, etc. Or Mathieu a fait un pas de côté : lui un homme sans histoire, il décide de faire le travail buissonnier, sans signe avant-coureur, sans idée particulière. Lui qui pouvait rester silencieux, vacant, mais toujours poli. Il se produit un phénomène singulier, ou plutôt un état d’esprit sortant du train-train quotidien : Une autre texture de l’air, d’autres couleurs… Il a l’impression physique de pénétrer dans un espace exceptionnel… Non ! Pas exceptionnel ! Au contraire ! Mais les yeux des gens, leurs oreilles, leurs sens ne sont plus capables de percevoir l’essentiel. Mais aujourd’hui, il traverse des paysages méconnaissables, qui n’ont rien de commun avec les rues qu’il arpente. Il foule des terres qu’ignorent les passants des rues de la ville. Leur plan de Nice et celui de Mathieu ne sont pas superposables. Un message codé existe dans tout ce qu’il voit, entend, vit depuis qu’il est sorti de chez lui. Parfois il a eu l’impression de toucher au but pour aussitôt s’en éloigner. Maintenant il ne cherche plus, il marche. La lumière ocre a tout envahi, vient-elle du ciel, des façades, de la mer ou de l’intérieur de Mathieu ? Un grand calme est en lui. En accompagnant Mathieu, le lecteur fait également l’expérience de ce décalage, de cette autre façon de voir ce qui l’entoure, d’un réel qui n’est pas superposable à celui des individus de la normalité, de la société de consommation. S’il a accès aux quelques pages réunies sous le titre de Derrière les fagots, le lecteur découvre que ce phénomène représenté visuellement par la tête du personnage qui n’est plus fermée, a produit un effet étrange sur le bédéaste. Cette représentation de la tête ouverte, il l’associe à la schizophrénie, et d’ailleurs un grand médecin des hôpitaux lui écrira après avoir lu cette BD, qu’il s’en sert pour parler de cette maladie. De son côté, le lecteur perçoit ce dispositif visuel comme la métaphore de la vision d’artiste, de la sensibilité propre d’Edmond Baudoin. Cette ouverture de la tête agit comme une capacité à ressentir le monde différemment, à y être plus sensible, une forme d’attention différente relevant d’une harmonie avec la réalité des choses, débarrassée du filtre des habitudes et de la normalisation sociale ambiante. Avec cette perception, Mathieu s’émancipe d’une vision du monde artificielle relevant d’automatismes sociaux, réussissant à accéder à une perception non filtrée, ce qui dissipe les dissonances cognitives afférentes. Raboutant la fin du récit en bande dessinée et celle du texte de la nouvelle, le lecteur découvre que les deux se raccorde parfaitement. Ce premier voyage raconte une histoire fort ordinaire d’un homme sortant de chez lui, et faisant le travail buissonnier, flânant au gré de sa fantaisie, sensible à des choses auxquelles il était sourd dans son quotidien normal. La narration visuelle enchante du début à la fin, oscillant entre une capacité descriptive remarquable, et un art de la sensation tout aussi extraordinaire, les deux s’entremêlant et se complétant sans solution de continuité, du grand art. Le lecteur découvre littéralement le monde par les yeux d’un autre être humain, celui de Mathieu, ceux du bédéaste bien sûr… et ceux du romancier qui a écrit la nouvelle faisant office de préface, parfaitement en phase avec l’auteur. Magique.

09/05/2026 (modifier)
Par Gaston
Note: 2/5
Couverture de la série Jurassic league
Jurassic league

Rien d'autres à ajouter de plus par rapport à l'avis précédent qui a déjà tout bien expliqué les problèmes de cet album. J'ai rien contre les comics de super-héros qui ne sont que du pur divertissement, mais ici le scénario est un peu trop orientés sur les scènes d'actions. Alors il y a pleins de bastons au point où on a un peu oublié de vraiment développé le scénario. Il faut dire aussi qu'il y a trop de personnages et pas assez d'espaces pour tous bien les développés. J'aime bien la version dinosaure de Batman et sa relation avec les humains...et puis c'est à peu près tout. Quant au dessin, j'ai bien aimé le premier dessinateur et beaucoup moins le second (le chapitre 3 au complet est vraiment moche à regarder). Un comics avec un gimmick à oublier rapidement.

09/05/2026 (modifier)