J’arrondis aux trois étoiles, parce que la seconde moitié de l’album est quand même plus engageant, et que j’aime bien ce format à l’italienne (et le travail éditorial d’Atrabile).
Mais je pense que cet album n’est pas vraiment ma came. Le gros premier tiers est même ennuyeux par endroit, avec une atmosphère étouffante, dans une famille un peu – beaucoup – dysfonctionnelle, une sorte de malaise/enfer familial. Quelques dialogues ou situations amusantes permettent de passer outre une certaine répétition, mais ce gros début m’a un peu soulé au bout d’un moment (et le dessin, un peu minimaliste mais lisible, n’est pas non plus ma tasse de thé).
La suite est un peu plus intéressante. On n’est plus sur le couple en crise et leurs enfants, d’autres personnages entrent en scène, on est moins souvent dans le huis-clos du logement de notre quatuor, ce qui aère le récit, et m’ont permis de finir ce récit avec un peu moins de réticences.
Mais, clairement, cet album m’a beaucoup moins captivé que mes prédécesseurs.
Les dessins d'Attanasio sont drôles mais les histoires et le comportement des personnages principaux sont souvent trop répétitifs. La contribution de Goscinny aux textes a été fondamentale: mes histoires préférées sont Spaghetti et le Grand Zampone (un boxeur sensible et timide), et surtout Spaghetti à Paris (avec les touristes américains). C'est pourquoi je vous dis washawasha, goushagousha et washa hop hop!
Une BD douce et poétique où un grand frère voit pousser des fleurs sur sa tête, dans un conte ouvert et contemplatif.
J'ai trouvé cette BD globalement agréable à lire, surtout pour son aspect visuel. Le dessin est très joli, soigné et délicat, et les couleurs sont particulièrement réussies, douces et harmonieuses, ce qui donne à l'ensemble une vraie poésie visuelle.
Sur le fond, j'ai longtemps été perplexe face à l'idée de départ : ces fleurs qui poussent sur la tête du grand frère. Je me suis demandé s'il fallait y voir une analogie précise (maladie, transformation, adolescence, différence...), mais je n'ai pas vraiment eu le sentiment qu'il y ait une clé unique. J'y ai plutôt vu un conte ouvert, volontairement ambigu, qui laisse une grande liberté d'interprétation, ce qui m'a à la fois intéressé et laissé un peu à distance.
L'histoire est très douce, presque trop par moments. Il y a peu de tension ou de conflit, ce qui donne un récit assez linéaire et très apaisé, mais aussi une impression de manque d'ampleur, comme si le potentiel de l'idée de départ restait partiellement en surface. La fin m'a quand même apporté une touche plus émotive car j'y ai vu l'évocation discrète du deuil, ainsi que l'importance de garder en mémoire les belles choses et ce que nous apportent les rencontres et les expériences passées. Cela donne finalement un peu plus de profondeur à l'ensemble.
En 1661, à Paris, un jeune orphelin rêve de théâtre et voit son destin basculer lorsqu'il croise la route de Molière, qui lui ouvre les portes de sa troupe, au cœur d'une époque marquée par les intrigues du règne de Louis XIV.
Le point de départ est séduisant, avec ce parcours d'apprentissage qui permet de croiser plusieurs grandes figures historiques et de découvrir les coulisses du théâtre et de la cour. L'ensemble se lit sans déplaisir, mais je dois reconnaître que je suis resté assez extérieur au récit, qui m'a semblé intéressant sans jamais devenir vraiment passionnant. L'intrigue reste assez sage, avec des enjeux limités et un déroulé qui donne parfois l'impression d'enchaîner les étapes sans véritable montée en intensité.
Graphiquement, le travail est indéniablement soigné. Le dessin est précis, détaillé, avec une belle reconstitution des décors et des costumes, ce qui rend l'ensemble agréable à parcourir. Mais malgré ces qualités, j'ai trouvé l'ensemble assez figé, avec un encrage imprécis et des personnages qui manquent de dynamisme ou d'expressivité, ce qui n'aide pas à donner du relief aux scènes.
Les couleurs, quant à elles, sont correctes, mais m'ont paru manquer de charme et surtout d'harmonie. Elles accompagnent le récit sans vraiment le sublimer, là où un traitement plus marqué aurait sans doute renforcé l'immersion.
Au-delà de ces aspects, c'est surtout l'ampleur du récit qui m'a laissé sur ma faim. L'histoire donne le sentiment de ne faire qu'effleurer son sujet, comme si elle se limitait à une introduction ou à une mise en place. J'aurais aimé que le parcours de Gabriel prenne davantage d'envergure, que les enjeux soient plus développés, ou que le récit s'inscrive dans quelque chose de plus long. En l'état, cela ressemble presque à un premier chapitre qui ne serait pas suivi.
C'est donc une lecture agréable et bien réalisée sur le plan formel, mais qui manque de souffle et d'ambition pour réellement marquer.
Je vais faire une promenade par ici...
Simple, belle et délicate en même temps, comme un haïku japonais, cette œuvre m'a réconcilié avec le manga.
Les dix-sept chapitres qui la composent contribuent progressivement à la création d'un état contemplatif et de sérénité. J'ai beaucoup aimé les paysages si détaillés, à la fois naturels (surtout les arbres) et urbains. Ils nous font regarder la réalité quotidienne d'une manière nouvelle et créative.
Ce n'est pas une œuvre qui peut plaire à tous les publics, je pense : le dessin des personnages et la lenteur de la narration peuvent constituer un obstacle. Mais je recommande la contemplation et l'invitation à la méditation.
Fuyant une famille violente et misérable, sept frères prennent la route sous l'impulsion du plus jeune, Yann, persuadé qu'un danger imminent les menace, et entament un périple vers l'océan, jalonné de rencontres et de témoignages qui reconstituent peu à peu leur histoire.
J'ai été séduit par le dessin de cette adaptation. Le trait est très agréable, expressif, avec une vraie personnalité, et les couleurs sont particulièrement réussies, à la fois douces et évocatrices, renforçant aussi bien les ambiances sombres du départ que les moments plus lumineux du voyage. Visuellement, c'est une belle réussite, qui accompagne parfaitement le ton du récit.
L'histoire, de son côté, s'inscrit comme une relecture moderne du Petit Poucet, mais dans une version finalement plus bienveillante. On retrouve cette idée de fratrie en fuite, menée par le plus jeune, mais débarrassée de la figure de l'ogre au profit d'un enchaînement de rencontres souvent empreintes d'empathie. Ce qui ressort surtout, c'est la relation touchante entre les frères, avec une vraie solidarité et une bienveillance constante qui donnent au récit une dimension chaleureuse malgré le contexte social difficile.
Le parcours fonctionne bien, avec ce côté road trip ponctué de témoignages et de points de vue variés, qui apportent du rythme et permettent de reconstituer progressivement l'histoire. Il y a une forme de douceur et de poésie dans cette progression, malgré la dureté de certains passages, ce qui rend la lecture agréable et fluide.
En revanche, je suis un peu plus réservé sur le fond de l'intrigue et surtout sur sa conclusion. Sans être décevante, elle donne une impression étrange de retour à zéro, comme si tout ce qui avait été construit n'aboutissait pas vraiment à une évolution concrète de la situation. Sauf pour l'un des personnages, pour qui l'épilogue bascule dans une dimension moins réaliste que ce que proposait jusque-là l'histoire, ce qui m'a un peu sorti du cadre posé au départ, même si cela reste assez joli.
Je ressors plutôt charmé par l'ensemble, notamment grâce à son graphisme, son atmosphère, ses personnages et sa dimension humaine, mais aussi légèrement circonspect face à une conclusion qui laisse une impression d'inabouti ou de décalage avec le reste du récit.
Dans mes lectures en retard, Segments attendait depuis de long mois que je daigne y prêter attention. Et quelle surprise !
On a affaire à une vraie belle œuvre de science fiction, l'univers imaginé est très solide, il y a une richesse narrative indéniable.
Richard Malka que je ne connaissais pas a fait du bon boulot. Un travail d'outsider qui se donne à fond en respectant les codes du genre.
On voyage à bord de vaisseaux entre différentes planètes, les escales sont périlleuses, le souffle de l'aventure nous emporte !
L'humour n'est pas absent et rappelle la SF des années 80 qui ne se prenait pas encore trop au sérieux.
Les dessins de Gimenez sont une fois de plus un délice et un émerveillement... Sa notoriété n'est et n'était définitivement pas à la hauteur de son talent.
Le seul défaut de cette bande est d'être sortie entre 2011 et 2014. Elle n'apporte rien de nouveau au genre mais tout est si bien fait... Même la conclusion est à la hauteur.
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J’arrondis aux trois étoiles, parce que la seconde moitié de l’album est quand même plus engageant, et que j’aime bien ce format à l’italienne (et le travail éditorial d’Atrabile). Mais je pense que cet album n’est pas vraiment ma came. Le gros premier tiers est même ennuyeux par endroit, avec une atmosphère étouffante, dans une famille un peu – beaucoup – dysfonctionnelle, une sorte de malaise/enfer familial. Quelques dialogues ou situations amusantes permettent de passer outre une certaine répétition, mais ce gros début m’a un peu soulé au bout d’un moment (et le dessin, un peu minimaliste mais lisible, n’est pas non plus ma tasse de thé). La suite est un peu plus intéressante. On n’est plus sur le couple en crise et leurs enfants, d’autres personnages entrent en scène, on est moins souvent dans le huis-clos du logement de notre quatuor, ce qui aère le récit, et m’ont permis de finir ce récit avec un peu moins de réticences. Mais, clairement, cet album m’a beaucoup moins captivé que mes prédécesseurs.
Spaghetti
Les dessins d'Attanasio sont drôles mais les histoires et le comportement des personnages principaux sont souvent trop répétitifs. La contribution de Goscinny aux textes a été fondamentale: mes histoires préférées sont Spaghetti et le Grand Zampone (un boxeur sensible et timide), et surtout Spaghetti à Paris (avec les touristes américains). C'est pourquoi je vous dis washawasha, goushagousha et washa hop hop!
Les Fleurs de Grand frère
Une BD douce et poétique où un grand frère voit pousser des fleurs sur sa tête, dans un conte ouvert et contemplatif. J'ai trouvé cette BD globalement agréable à lire, surtout pour son aspect visuel. Le dessin est très joli, soigné et délicat, et les couleurs sont particulièrement réussies, douces et harmonieuses, ce qui donne à l'ensemble une vraie poésie visuelle. Sur le fond, j'ai longtemps été perplexe face à l'idée de départ : ces fleurs qui poussent sur la tête du grand frère. Je me suis demandé s'il fallait y voir une analogie précise (maladie, transformation, adolescence, différence...), mais je n'ai pas vraiment eu le sentiment qu'il y ait une clé unique. J'y ai plutôt vu un conte ouvert, volontairement ambigu, qui laisse une grande liberté d'interprétation, ce qui m'a à la fois intéressé et laissé un peu à distance. L'histoire est très douce, presque trop par moments. Il y a peu de tension ou de conflit, ce qui donne un récit assez linéaire et très apaisé, mais aussi une impression de manque d'ampleur, comme si le potentiel de l'idée de départ restait partiellement en surface. La fin m'a quand même apporté une touche plus émotive car j'y ai vu l'évocation discrète du deuil, ainsi que l'importance de garder en mémoire les belles choses et ce que nous apportent les rencontres et les expériences passées. Cela donne finalement un peu plus de profondeur à l'ensemble.
L'Homme qui a séduit le soleil
En 1661, à Paris, un jeune orphelin rêve de théâtre et voit son destin basculer lorsqu'il croise la route de Molière, qui lui ouvre les portes de sa troupe, au cœur d'une époque marquée par les intrigues du règne de Louis XIV. Le point de départ est séduisant, avec ce parcours d'apprentissage qui permet de croiser plusieurs grandes figures historiques et de découvrir les coulisses du théâtre et de la cour. L'ensemble se lit sans déplaisir, mais je dois reconnaître que je suis resté assez extérieur au récit, qui m'a semblé intéressant sans jamais devenir vraiment passionnant. L'intrigue reste assez sage, avec des enjeux limités et un déroulé qui donne parfois l'impression d'enchaîner les étapes sans véritable montée en intensité. Graphiquement, le travail est indéniablement soigné. Le dessin est précis, détaillé, avec une belle reconstitution des décors et des costumes, ce qui rend l'ensemble agréable à parcourir. Mais malgré ces qualités, j'ai trouvé l'ensemble assez figé, avec un encrage imprécis et des personnages qui manquent de dynamisme ou d'expressivité, ce qui n'aide pas à donner du relief aux scènes. Les couleurs, quant à elles, sont correctes, mais m'ont paru manquer de charme et surtout d'harmonie. Elles accompagnent le récit sans vraiment le sublimer, là où un traitement plus marqué aurait sans doute renforcé l'immersion. Au-delà de ces aspects, c'est surtout l'ampleur du récit qui m'a laissé sur ma faim. L'histoire donne le sentiment de ne faire qu'effleurer son sujet, comme si elle se limitait à une introduction ou à une mise en place. J'aurais aimé que le parcours de Gabriel prenne davantage d'envergure, que les enjeux soient plus développés, ou que le récit s'inscrive dans quelque chose de plus long. En l'état, cela ressemble presque à un premier chapitre qui ne serait pas suivi. C'est donc une lecture agréable et bien réalisée sur le plan formel, mais qui manque de souffle et d'ambition pour réellement marquer.
L'Homme qui marche
Je vais faire une promenade par ici... Simple, belle et délicate en même temps, comme un haïku japonais, cette œuvre m'a réconcilié avec le manga. Les dix-sept chapitres qui la composent contribuent progressivement à la création d'un état contemplatif et de sérénité. J'ai beaucoup aimé les paysages si détaillés, à la fois naturels (surtout les arbres) et urbains. Ils nous font regarder la réalité quotidienne d'une manière nouvelle et créative. Ce n'est pas une œuvre qui peut plaire à tous les publics, je pense : le dessin des personnages et la lenteur de la narration peuvent constituer un obstacle. Mais je recommande la contemplation et l'invitation à la méditation.
L'Enfant océan
Fuyant une famille violente et misérable, sept frères prennent la route sous l'impulsion du plus jeune, Yann, persuadé qu'un danger imminent les menace, et entament un périple vers l'océan, jalonné de rencontres et de témoignages qui reconstituent peu à peu leur histoire. J'ai été séduit par le dessin de cette adaptation. Le trait est très agréable, expressif, avec une vraie personnalité, et les couleurs sont particulièrement réussies, à la fois douces et évocatrices, renforçant aussi bien les ambiances sombres du départ que les moments plus lumineux du voyage. Visuellement, c'est une belle réussite, qui accompagne parfaitement le ton du récit. L'histoire, de son côté, s'inscrit comme une relecture moderne du Petit Poucet, mais dans une version finalement plus bienveillante. On retrouve cette idée de fratrie en fuite, menée par le plus jeune, mais débarrassée de la figure de l'ogre au profit d'un enchaînement de rencontres souvent empreintes d'empathie. Ce qui ressort surtout, c'est la relation touchante entre les frères, avec une vraie solidarité et une bienveillance constante qui donnent au récit une dimension chaleureuse malgré le contexte social difficile. Le parcours fonctionne bien, avec ce côté road trip ponctué de témoignages et de points de vue variés, qui apportent du rythme et permettent de reconstituer progressivement l'histoire. Il y a une forme de douceur et de poésie dans cette progression, malgré la dureté de certains passages, ce qui rend la lecture agréable et fluide. En revanche, je suis un peu plus réservé sur le fond de l'intrigue et surtout sur sa conclusion. Sans être décevante, elle donne une impression étrange de retour à zéro, comme si tout ce qui avait été construit n'aboutissait pas vraiment à une évolution concrète de la situation. Sauf pour l'un des personnages, pour qui l'épilogue bascule dans une dimension moins réaliste que ce que proposait jusque-là l'histoire, ce qui m'a un peu sorti du cadre posé au départ, même si cela reste assez joli. Je ressors plutôt charmé par l'ensemble, notamment grâce à son graphisme, son atmosphère, ses personnages et sa dimension humaine, mais aussi légèrement circonspect face à une conclusion qui laisse une impression d'inabouti ou de décalage avec le reste du récit.
Segments
Dans mes lectures en retard, Segments attendait depuis de long mois que je daigne y prêter attention. Et quelle surprise ! On a affaire à une vraie belle œuvre de science fiction, l'univers imaginé est très solide, il y a une richesse narrative indéniable. Richard Malka que je ne connaissais pas a fait du bon boulot. Un travail d'outsider qui se donne à fond en respectant les codes du genre. On voyage à bord de vaisseaux entre différentes planètes, les escales sont périlleuses, le souffle de l'aventure nous emporte ! L'humour n'est pas absent et rappelle la SF des années 80 qui ne se prenait pas encore trop au sérieux. Les dessins de Gimenez sont une fois de plus un délice et un émerveillement... Sa notoriété n'est et n'était définitivement pas à la hauteur de son talent. Le seul défaut de cette bande est d'être sortie entre 2011 et 2014. Elle n'apporte rien de nouveau au genre mais tout est si bien fait... Même la conclusion est à la hauteur. Indispensable pour tout amateur de SF.