Enfin lu cette série qui avait fait un petit buzz depuis sa republication en français par Délirium.
Dès le début j'ai compris pourquoi cette série a eu autant d'avis positifs. Bryan Talbot a créé une uchronie assez riche, notamment au niveau des références. Son dessin est bon quoique je ne sois pas fan des couleurs faites par ordinateur. Lorsque j'ai vu l'extrait en noir et blanc dans un des bonus de fin d'album, je pense que j'aurais préféré aucune couleur.
Quant au scénario, j'ai trouvé qu'il y avait des qualités et des défauts. Le principal défaut est que trop souvent l'auteur reprends trop de clichés et de personnages archétypiques qui ne me plaisent pas trop. Que le héros soit tellement intelligent qu'il finit par toujours comprendre ce qui se passe, c'est une chose. C'en est une autre lorsqu'il est tellement fort physiquement qu'il peut tout faire et battre plusieurs méchants en même temps en étant à peine blessé. Les personnages féminins les plus importants sont relégué à des rôles stéréotypés du genre la love interest. Le seul personnage qui échappe vraiment à la règle est la professeure ourse du tome 4.
Parlons des tomes, je trouve la qualité un peu inégale. Les deux premiers tomes sont corrects, sans plus et souvent trop prévisible. Par exemple, l'identité du méchant du tome 2 est trop facile à devenir et ça me faisait rigoler de voir l'inspecteur super-intelligent prendre des pages pour comprendre ce que j'avais déjà compris au milieu de l'album. Les deux suivant sont meilleurs, peut-être en partie parce que malgré tout au fil des pages je me suis un peu attaché à cette univers et à ses personnages. Et c'est dans ces deux albums que Talbot a ses meilleures idées. Puis vient le dernier tome, le plus long, le plus ambitieux...et le moins bon album de la série. On retombe dans un récit tellement classique que j'ai vite deviné le déroulement d'une bonne partie du scénario et j'ai fini par m'ennuyer tellement ça s'éternise pour rien. J'ai donc fini cette série sur une mauvaise impression.
Au final, je mets 3/5 pour les tomes 1 et 2, 4/5 pour les tomes 3 et 4 et un beau 2/5 pour le dernier tome.
Grand admirateur de l'œuvre de Howard, je ne peux que me réjouir face à une nouvelle histoire originale des aventures de Conan.
Car à l'inverse de quantité de comics Marvel et Dark Horse qui ne font qu'effleurer le personnage pour n'en retenir que les éléments les plus basiques (gros barbare musclé taper partout), cette BD transpire le respect et la compréhension du personnage.
Rien que la page d'introduction, qui introduit la carte politique du monde tout en rappelant les aventures les plus emblématiques du cimmérien, est un modèle du genre. Les auteurs connaissent chaque nouvelle de Robert Howard (ce qu'ils reconnaissent volontiers dans leur adresse aux lecteurs en fin de volume), et ont parfaitement compris l'âme du personnage.
On est face à une vraie déclaration d'amour à Conan, et cette BD se veut une version personnelle, violente, mais tellement crédible de la fin de ses aventures, ainsi que du monde barbare qu'il incarnait.
Sans trop en dire, on suit deux destins parallèles: Conan, roi âgé qui se sent étouffé par la civilisation et qui voudrait abdiquer à sa manière, et son fils, également appelé Conan, qui vit écrasé dans l'ombre d'un père plus grand que tout, et qui lui ne connait que cette civilisation qui lui sert de bouclier face à tout ce qu'incarne son père.
Si l'hémoglobine ne vous fait pas peur, je vous recommande fortement cette BD, par Crom!
Comme le dit Alix, ce premier tome est introductif et appelle une suite qui s'étendra probablement sur plusieurs albums. Jeff Lemire nous propose une plongée dans la vie de Theresa, une jeune femme, qui revient dans son village natal pour s'occuper de sa mère malade. Ce retour au source sera le point de départ d'une introspection personnelle sur son enfance, son adolescence, son grand-père...
il y a visiblement plusieurs sujets douloureux du passé qui ne sont pas cicatrisés et qui demandent à être analyser. Ce récit a des accents fantastique assez agréable. La lecture des tarots permet à Theresa de voyager au delà de la mort et d'entrer en contact avec des défunts. Notre héroïne s'interrogent face à ses visions, que d'abord elle craint, puis qu'elle semble appréhender de mieux en mieux.
Ce mécanisme est plutôt utilisé à bon escient. Au fil des chapitres et des rencontres, il y a de plus en plus de zones de questionnements (son ami d'enfance, son grand père...). Tous les sujets semblent sensibles et douloureux : on touche à l'enfance, à des blessures intimes. C'est assez intrigant, on se demande bien se qui se cache derrière ses souvenirs douloureux. Le récit est bien rythmé, il y a pas mal de questions et de zones de mystère, mais pas de réponse à la fin de ce tome 1.
Plutôt prenant, mais ça reste très introductif pour le moment.
Une fois de plus, c'est frustrant de voir le très bon dessin humoristique de Mo-CDM mis au service d'histoires pas si drôles.
J'aime son trait énergique, sa mise en scène très Fluide Glacial, avec un vrai sens de la déconne mais aussi un soin apporté aux décors et à la colorisation. C'est percutant, vivant, et les personnages sont pleins de vie.
Mais à côté de ça, les histoires sont assez décevantes. C'est un recueil varié, globalement orienté SF, mais sans lien particulier entre elles. Trop souvent, j'ai eu l'impression d'idées étirées en longueur, pas assez originales ou marquantes pour mériter plusieurs pages, avec des chutes assez plates. J'ai quand même ri quelques fois, la plupart du temps sur des gags très courts, en une ou deux planches maximum. Le reste du temps, je suis resté plutôt blasé face à ces récits trop longs et assez répétitifs, surtout au regard des autres œuvres de Mo-CDM.
Je ne me suis pas ennuyé, car j'aime l'esprit et le dessin de Mo-CDM, mais je n'ai tout simplement pas suffisamment ri. J'ai le sentiment que son humour fonctionne bien mieux sur des formats courts que sur la longueur.
Note : 2,5/5
Jacquie, pur produit des années 80, fan d'aérobic et de musculature, tombe sur un walkman bricolé qui lui permet de voyager dans le temps. Propulsée à travers les époques, elle règle les problèmes à coups de bourre-pif, qu'il s'agisse d'envahisseurs barbares, de téléréalité, de malbouffe ou d'autres absurdités contemporaines ou futures.
Le ton est donné d'emblée. C'est flashy, cartoonesque, très expressif, avec des trognes déformées et un côté Fluide Glacial pleinement assumé. Ça bouge dans tous les sens, c'est rempli d'onomatopées et de gags visuels, et cette énergie correspond bien au tempérament ultra rentre-dedans de l'héroïne. Rien de très subtil, mais c'est vivant et efficace.
Côté scénario, le principe de départ est amusant, notamment grâce au choix de son héroïne. Confronter une caricature des années 80 particulièrement bourrine au reste de l'Histoire crée des décalages comiques et permet quelques piques bien senties sur la société de consommation, les médias ou la bêtise ambiante. Jacquie cogne d'abord et réfléchit, éventuellement, ensuite. J'ai surtout apprécié ses deux premiers voyages : son irruption sur un tournage d'une forme de Loft Story, expédié sans ménagement, puis sa rencontre avec une invasion de Huns nettement moins brutaux qu'elle.
Malheureusement, la suite devient plus répétitive et moins enthousiasmante. Le schéma reste le même : elle débarque dans une époque, constate que tout part en vrille, distribue des baffes, puis repart. L'ensemble finit par tourner en rond, surtout en lisant l'album d'une traite et ce n'est plus tellement amusant ; au plus un vague sourire ici et là.
Le début de cette BD est fun et bien déjanté, mais son idée s'essouffle trop vite et manque de renouvellement. Heureusement, l'énergie de Jacquie permet tout de même de passer un assez bon moment.
Note : 2,5/5
En 2050, après une mystérieuse Grande Bascule qui a profondément transformé le monde, Marty, ado un peu en décalage, reçoit de sa grand-mère une BD qu'elle a autoéditée spécialement pour lui. Elle y raconte l'enfance de son père, gamin à haut potentiel, ainsi que les difficultés d'une mère dépassée par cette différence. Le récit alterne entre ces deux époques : le passé, qui tient du témoignage sur ce que signifie élever un enfant HP dans notre société contemporaine, et le futur, où Marty réalise que ce père qu'il connaît mal lui ressemble beaucoup, mais a grandi dans un cadre bien moins accueillant pour la différence.
Cette BD adapte le roman d'Isabelle Bary, elle-même mère d'un enfant HP. Et malgré un habillage laissant penser à un récit de science-fiction, l'histoire se concentre surtout sur la découverte du haut potentiel et sur ce que cela implique au quotidien pour l'enfant comme pour ses proches.
Graphiquement, l'album entretient volontairement l'ambiguïté. La couverture et les premières planches évoquent un véritable récit d'anticipation avec ce futur proche et cette Grande Bascule en toile de fond. L'ensemble est lisible et soigné, porté par une mise en scène claire qui privilégie les personnages et les émotions plutôt que le spectaculaire. En conséquence, la dimension SF reste pour l'instant très décorative, plus suggérée qu'exploitée.
Côté scénario, j'ai surtout retenu l'approche humaine et assez juste du haut potentiel. Ce n'est pas la première fois que je lis sur le sujet (Comme un oiseau dans un bocal en proposait déjà un témoignage), et, là encore, on est loin du cliché du petit génie brillant et arrogant. Le récit insiste plutôt sur la fatigue mentale, l'hypersensibilité, le sentiment de décalage permanent, ainsi que sur le désarroi des parents qui tâtonnent, oscillant entre amour, culpabilité et exaspération. Quelques pages documentaires viennent d'ailleurs conclure l'album pour expliciter encore davantage ces aspects. J'ai d'ailleurs été surpris d'y lire que jusqu'à 5% de la population française pouvait être considérée comme HP : ça me parait énorme.
Le ton est sincère et doux-amer, mais le premier tome prend son temps pour poser son cadre. Une fois compris que la promesse de science-fiction restera secondaire, on constate une longue exposition, proche de l'état des lieux, sans véritable enjeu narratif immédiat. La Grande Bascule demeure floue, l'importance du contexte futuriste incertaine, et l'intrigue autour de Marty et de la BD de sa grand-mère progresse très lentement (au point que je me suis surpris à trouver qu'il mettait un temps fou à simplement la lire). Il en résulte un rythme un peu étale et un léger sentiment de surplace.
Ce premier tome se lit agréablement et aborde son sujet avec tact et sincérité, mais il ressemble davantage à une mise en place qu'à une histoire pleinement lancée. Intéressant sur le fond, encore trop timide dans sa narration, j'attends le second tome pour voir si ce cadre futuriste et ce dispositif débouchent sur quelque chose de plus incarné.
C’est vraiment un chouette documentaire – mâtiné de roman graphique pour rendre plus vivante cette présentation d’une réalité oubliée. Celle des bidonvilles dans lesquels s’entassaient des populations immigrées dans les années 50-60, puis des « cités de transit » dans lesquelles on t les a envoyées par la suite.
Plus qu’oubliée d’ailleurs on devrait plutôt parler d’occultée, invisibilisée. En effet, il n’y a pas que l’histoire ou la mémoire qui les ait oubliés. Tout était fait à l’époque pour qu’ils n’apparaissent nulle part (logements indécents loin de tout, y compris lorsqu’il s’agit de « reloger » ceux qui sont chassés par les destructions des bidonvilles). Cette réalité n’a laissé que très peu de traces, recouverte par la communication sur les « 30 Glorieuses ».
Au travers de l’histoires de quelques familles, nous découvrons donc cette réalité, le scandale permanent à quelques encâblures de Paris.
La vie, la solidarité, la honte bue des bidonvilles est bien rendue. Comme l’est dans le second tome – qui se déroule une décennie plus tard – l’exploitation éhontée de la main d’oeuvre immigrée par l’industrie et le travail à la chaine.
Quelques textes rappellent régulièrement le contexte, et des interventions (radio, télé, journaux) de politiques (Debré, Pompidou, etc.) ou d’industriels (Bouygues à vomir) montrent le cynisme méprisant à l’œuvre. Au bas de l’échelle, tous les rapaces (gardien de « cité de transit, responsable des listes pour les HLM, etc.) qui exploitent – avec force racisme – ces « bougnoules ».
Si l’humain émerge régulièrement (solidarités de voisinage, fraicheur des jeunes « beurs », luttes sociales et politiques), la lecture s’évère tout de même amère. Les auteurs ne jouent pourtant jamais sur le pathos (y compris pour le massacre du 17 octobre 1961, traité finalement rapidement et presque pudiquement – même si quelques extraits de journaux montrent la désinformation et la racisme ambiant).
Si l’économie – et la société – françaises doivent beaucoup à la main d’œuvre immigrée dans ces Trente Glorieuses qui ne le furent pas pour tous, il est bon de rappeler, alors qu’aujourd’hui certaines idées nauséabondes s’affirment dans les médias, que la France n’a toujours pas soldé ses dettes, en particulier mémorielles. La lecture de ces deux albums est très recommandable.
La narration est fluide et agréable. J’ai bien aimé le dessin, simple, mais efficace (même si certains personnages sont parfois difficiles à différencier).
Cette série possède deux qualités qui d’entrée m’ont attiré : un contexte historique riche (la période instable de reconstruction du royaume de France, des alliances des grandes lignées quelques décennies après la guerre de Cent ans) et un dessin fluide, agréable, reconstituant bien décor et costumes d’époque.
C’est vraiment engageant, et je suis entré dans ce diptyque avec plaisir, en espérant y trouver quelque chose d’équivalent – en moins développé – que la très belle série « Le trône d’argile » sur la période tout juste précédente.
Au final, je ressors en partie satisfait de ma lecture. C’est rythmé, l’arrière-plan historique est bien utilisé, avec les querelles de cour qui pimentent complots et alliances diverses.
Mais, si la grande Histoire est bien utilisée, la petite m’a parfois laissé sur ma faim, avec cette histoire un peu convenue de vengeance entre les deux demi-frères, et cet amour improbable entre Quasimodo et Anne de Bretagne.
Moins fort qu’attendu, ce récit n’en reste pas moins agréable à lire.
Je mets trois étoiles, parce que cet album possède de réelles qualités, et que j’aime bien cet univers médiéval un peu paumé, avec une forteresse perchée sur son rocher qui fait penser aux châteaux cathares. Mais je suis quand même sorti un chouia sur ma faim de cette lecture.
Le dessin des forteresses est très bon, détaillé, comme toutes les – rares – constructions. Mais le reste des décors est un peu évacué, pour le coup peu développé. Quant aux personnages, c’est là aussi un trait fin et précis, Houot soigne clairement son travail. Mais le rendu est un peu trop léché et statique à mon goût. Mais bon, c’est quand même fluide et agréable à l’œil.
L’intrigue ne m’a pas vraiment captivé. Mauvais jeu de mot d’ailleurs, puisque nous suivons un prince ottoman – invité ou otage – dans cet endroit reculé du royaume de France. Il tombe amoureux une jeune héritière (amour partagé), mais cela s’oppose à trop d’intérêts et cette idylle va faire long feu. Pourquoi pas ? mais le rythme est trop lent, il ne se passe pas grand-chose, et j’ai fini par me désintéresser de cette partie du récit – d’ailleurs tout se finit en eau de boudin pour eux.
J’ai un temps cru que ce récit aller basculer vers du médiéval fantastique, avec ces géants évoqués au début, puis repris sur la fin dans la présentation du troubadour (et cette légende du dragon ayant donné naissance aux crêtes sur lesquelles est installée la forteresse). Hélas il n’en est rien. C’est dommage, car cela aurait sans doute pu densifier et améliorer l’intrigue, que j’ai trouvé un peu trop légère et manquant de rebondissements.
Pas désagréable à lire, mais loin d’être inoubliable.
Note réelle 2,5/5.
Dieu sait que j’aime Spirou et Fantasio. J’ai grandi avec eux, je les retrouve toujours avec un plaisir un peu pavlovien, et je me réjouis même de cette idée de “retour aux sources” : aventure classique, énergie bon enfant, et en bonus la présence du Marsupilami qui, à elle seule, suffit souvent à me mettre de bonne humeur. Mais San inferno, franchement… que c’est creux.
Ce n’est pas un album désagréable, attention. Ça se lit bien, ça ne grince pas, ça ne trahit pas ouvertement l’esprit maison. Sauf qu’on a l’impression d’un décor en carton. Le dessin est très minimaliste : les personnages sont fidèles, dans la veine de ce qu’on aime, avec des expressions qui fonctionnent. Mais derrière eux ? Pas grand-chose. Des décors au strict minimum, des arrière-plans qui semblent avoir déserté l’album.
L’histoire, elle aussi, file à toute vitesse. C’est plaisant, oui, mais d’une légèreté telle qu’on referme le livre en vingt minutes, avec une sensation de “minimum syndical”. Ça déroule sans aspérité, sans montée, sans vrai relief, et c’est peut-être ça le problème : il ne se passe rien, au fond, qui laisse une trace.
Je suis le premier à défendre la poursuite de ces franchises de la vieille garde. Mais avec des auteurs talentueux, pourquoi viser si petit, si timide ? J’adoube André Franquin et Tome & Janry, évidemment, mais ils n’ont pas le monopole de la profondeur. On peut faire du classique et du dense. Ici, on a surtout du classique… en mode minimal.
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Grandville
Enfin lu cette série qui avait fait un petit buzz depuis sa republication en français par Délirium. Dès le début j'ai compris pourquoi cette série a eu autant d'avis positifs. Bryan Talbot a créé une uchronie assez riche, notamment au niveau des références. Son dessin est bon quoique je ne sois pas fan des couleurs faites par ordinateur. Lorsque j'ai vu l'extrait en noir et blanc dans un des bonus de fin d'album, je pense que j'aurais préféré aucune couleur. Quant au scénario, j'ai trouvé qu'il y avait des qualités et des défauts. Le principal défaut est que trop souvent l'auteur reprends trop de clichés et de personnages archétypiques qui ne me plaisent pas trop. Que le héros soit tellement intelligent qu'il finit par toujours comprendre ce qui se passe, c'est une chose. C'en est une autre lorsqu'il est tellement fort physiquement qu'il peut tout faire et battre plusieurs méchants en même temps en étant à peine blessé. Les personnages féminins les plus importants sont relégué à des rôles stéréotypés du genre la love interest. Le seul personnage qui échappe vraiment à la règle est la professeure ourse du tome 4. Parlons des tomes, je trouve la qualité un peu inégale. Les deux premiers tomes sont corrects, sans plus et souvent trop prévisible. Par exemple, l'identité du méchant du tome 2 est trop facile à devenir et ça me faisait rigoler de voir l'inspecteur super-intelligent prendre des pages pour comprendre ce que j'avais déjà compris au milieu de l'album. Les deux suivant sont meilleurs, peut-être en partie parce que malgré tout au fil des pages je me suis un peu attaché à cette univers et à ses personnages. Et c'est dans ces deux albums que Talbot a ses meilleures idées. Puis vient le dernier tome, le plus long, le plus ambitieux...et le moins bon album de la série. On retombe dans un récit tellement classique que j'ai vite deviné le déroulement d'une bonne partie du scénario et j'ai fini par m'ennuyer tellement ça s'éternise pour rien. J'ai donc fini cette série sur une mauvaise impression. Au final, je mets 3/5 pour les tomes 1 et 2, 4/5 pour les tomes 3 et 4 et un beau 2/5 pour le dernier tome.
Sang Barbare
Grand admirateur de l'œuvre de Howard, je ne peux que me réjouir face à une nouvelle histoire originale des aventures de Conan. Car à l'inverse de quantité de comics Marvel et Dark Horse qui ne font qu'effleurer le personnage pour n'en retenir que les éléments les plus basiques (gros barbare musclé taper partout), cette BD transpire le respect et la compréhension du personnage. Rien que la page d'introduction, qui introduit la carte politique du monde tout en rappelant les aventures les plus emblématiques du cimmérien, est un modèle du genre. Les auteurs connaissent chaque nouvelle de Robert Howard (ce qu'ils reconnaissent volontiers dans leur adresse aux lecteurs en fin de volume), et ont parfaitement compris l'âme du personnage. On est face à une vraie déclaration d'amour à Conan, et cette BD se veut une version personnelle, violente, mais tellement crédible de la fin de ses aventures, ainsi que du monde barbare qu'il incarnait. Sans trop en dire, on suit deux destins parallèles: Conan, roi âgé qui se sent étouffé par la civilisation et qui voudrait abdiquer à sa manière, et son fils, également appelé Conan, qui vit écrasé dans l'ombre d'un père plus grand que tout, et qui lui ne connait que cette civilisation qui lui sert de bouclier face à tout ce qu'incarne son père. Si l'hémoglobine ne vous fait pas peur, je vous recommande fortement cette BD, par Crom!
Minor arcana
Comme le dit Alix, ce premier tome est introductif et appelle une suite qui s'étendra probablement sur plusieurs albums. Jeff Lemire nous propose une plongée dans la vie de Theresa, une jeune femme, qui revient dans son village natal pour s'occuper de sa mère malade. Ce retour au source sera le point de départ d'une introspection personnelle sur son enfance, son adolescence, son grand-père... il y a visiblement plusieurs sujets douloureux du passé qui ne sont pas cicatrisés et qui demandent à être analyser. Ce récit a des accents fantastique assez agréable. La lecture des tarots permet à Theresa de voyager au delà de la mort et d'entrer en contact avec des défunts. Notre héroïne s'interrogent face à ses visions, que d'abord elle craint, puis qu'elle semble appréhender de mieux en mieux. Ce mécanisme est plutôt utilisé à bon escient. Au fil des chapitres et des rencontres, il y a de plus en plus de zones de questionnements (son ami d'enfance, son grand père...). Tous les sujets semblent sensibles et douloureux : on touche à l'enfance, à des blessures intimes. C'est assez intrigant, on se demande bien se qui se cache derrière ses souvenirs douloureux. Le récit est bien rythmé, il y a pas mal de questions et de zones de mystère, mais pas de réponse à la fin de ce tome 1. Plutôt prenant, mais ça reste très introductif pour le moment.
C'était demain
Une fois de plus, c'est frustrant de voir le très bon dessin humoristique de Mo-CDM mis au service d'histoires pas si drôles. J'aime son trait énergique, sa mise en scène très Fluide Glacial, avec un vrai sens de la déconne mais aussi un soin apporté aux décors et à la colorisation. C'est percutant, vivant, et les personnages sont pleins de vie. Mais à côté de ça, les histoires sont assez décevantes. C'est un recueil varié, globalement orienté SF, mais sans lien particulier entre elles. Trop souvent, j'ai eu l'impression d'idées étirées en longueur, pas assez originales ou marquantes pour mériter plusieurs pages, avec des chutes assez plates. J'ai quand même ri quelques fois, la plupart du temps sur des gags très courts, en une ou deux planches maximum. Le reste du temps, je suis resté plutôt blasé face à ces récits trop longs et assez répétitifs, surtout au regard des autres œuvres de Mo-CDM. Je ne me suis pas ennuyé, car j'aime l'esprit et le dessin de Mo-CDM, mais je n'ai tout simplement pas suffisamment ri. J'ai le sentiment que son humour fonctionne bien mieux sur des formats courts que sur la longueur. Note : 2,5/5
Jacquie sauve le monde
Jacquie, pur produit des années 80, fan d'aérobic et de musculature, tombe sur un walkman bricolé qui lui permet de voyager dans le temps. Propulsée à travers les époques, elle règle les problèmes à coups de bourre-pif, qu'il s'agisse d'envahisseurs barbares, de téléréalité, de malbouffe ou d'autres absurdités contemporaines ou futures. Le ton est donné d'emblée. C'est flashy, cartoonesque, très expressif, avec des trognes déformées et un côté Fluide Glacial pleinement assumé. Ça bouge dans tous les sens, c'est rempli d'onomatopées et de gags visuels, et cette énergie correspond bien au tempérament ultra rentre-dedans de l'héroïne. Rien de très subtil, mais c'est vivant et efficace. Côté scénario, le principe de départ est amusant, notamment grâce au choix de son héroïne. Confronter une caricature des années 80 particulièrement bourrine au reste de l'Histoire crée des décalages comiques et permet quelques piques bien senties sur la société de consommation, les médias ou la bêtise ambiante. Jacquie cogne d'abord et réfléchit, éventuellement, ensuite. J'ai surtout apprécié ses deux premiers voyages : son irruption sur un tournage d'une forme de Loft Story, expédié sans ménagement, puis sa rencontre avec une invasion de Huns nettement moins brutaux qu'elle. Malheureusement, la suite devient plus répétitive et moins enthousiasmante. Le schéma reste le même : elle débarque dans une époque, constate que tout part en vrille, distribue des baffes, puis repart. L'ensemble finit par tourner en rond, surtout en lisant l'album d'une traite et ce n'est plus tellement amusant ; au plus un vague sourire ici et là. Le début de cette BD est fun et bien déjanté, mais son idée s'essouffle trop vite et manque de renouvellement. Heureusement, l'énergie de Jacquie permet tout de même de passer un assez bon moment. Note : 2,5/5
Zebraska
En 2050, après une mystérieuse Grande Bascule qui a profondément transformé le monde, Marty, ado un peu en décalage, reçoit de sa grand-mère une BD qu'elle a autoéditée spécialement pour lui. Elle y raconte l'enfance de son père, gamin à haut potentiel, ainsi que les difficultés d'une mère dépassée par cette différence. Le récit alterne entre ces deux époques : le passé, qui tient du témoignage sur ce que signifie élever un enfant HP dans notre société contemporaine, et le futur, où Marty réalise que ce père qu'il connaît mal lui ressemble beaucoup, mais a grandi dans un cadre bien moins accueillant pour la différence. Cette BD adapte le roman d'Isabelle Bary, elle-même mère d'un enfant HP. Et malgré un habillage laissant penser à un récit de science-fiction, l'histoire se concentre surtout sur la découverte du haut potentiel et sur ce que cela implique au quotidien pour l'enfant comme pour ses proches. Graphiquement, l'album entretient volontairement l'ambiguïté. La couverture et les premières planches évoquent un véritable récit d'anticipation avec ce futur proche et cette Grande Bascule en toile de fond. L'ensemble est lisible et soigné, porté par une mise en scène claire qui privilégie les personnages et les émotions plutôt que le spectaculaire. En conséquence, la dimension SF reste pour l'instant très décorative, plus suggérée qu'exploitée. Côté scénario, j'ai surtout retenu l'approche humaine et assez juste du haut potentiel. Ce n'est pas la première fois que je lis sur le sujet (Comme un oiseau dans un bocal en proposait déjà un témoignage), et, là encore, on est loin du cliché du petit génie brillant et arrogant. Le récit insiste plutôt sur la fatigue mentale, l'hypersensibilité, le sentiment de décalage permanent, ainsi que sur le désarroi des parents qui tâtonnent, oscillant entre amour, culpabilité et exaspération. Quelques pages documentaires viennent d'ailleurs conclure l'album pour expliciter encore davantage ces aspects. J'ai d'ailleurs été surpris d'y lire que jusqu'à 5% de la population française pouvait être considérée comme HP : ça me parait énorme. Le ton est sincère et doux-amer, mais le premier tome prend son temps pour poser son cadre. Une fois compris que la promesse de science-fiction restera secondaire, on constate une longue exposition, proche de l'état des lieux, sans véritable enjeu narratif immédiat. La Grande Bascule demeure floue, l'importance du contexte futuriste incertaine, et l'intrigue autour de Marty et de la BD de sa grand-mère progresse très lentement (au point que je me suis surpris à trouver qu'il mettait un temps fou à simplement la lire). Il en résulte un rythme un peu étale et un léger sentiment de surplace. Ce premier tome se lit agréablement et aborde son sujet avec tact et sincérité, mais il ressemble davantage à une mise en place qu'à une histoire pleinement lancée. Intéressant sur le fond, encore trop timide dans sa narration, j'attends le second tome pour voir si ce cadre futuriste et ce dispositif débouchent sur quelque chose de plus incarné.
Demain, demain
C’est vraiment un chouette documentaire – mâtiné de roman graphique pour rendre plus vivante cette présentation d’une réalité oubliée. Celle des bidonvilles dans lesquels s’entassaient des populations immigrées dans les années 50-60, puis des « cités de transit » dans lesquelles on t les a envoyées par la suite. Plus qu’oubliée d’ailleurs on devrait plutôt parler d’occultée, invisibilisée. En effet, il n’y a pas que l’histoire ou la mémoire qui les ait oubliés. Tout était fait à l’époque pour qu’ils n’apparaissent nulle part (logements indécents loin de tout, y compris lorsqu’il s’agit de « reloger » ceux qui sont chassés par les destructions des bidonvilles). Cette réalité n’a laissé que très peu de traces, recouverte par la communication sur les « 30 Glorieuses ». Au travers de l’histoires de quelques familles, nous découvrons donc cette réalité, le scandale permanent à quelques encâblures de Paris. La vie, la solidarité, la honte bue des bidonvilles est bien rendue. Comme l’est dans le second tome – qui se déroule une décennie plus tard – l’exploitation éhontée de la main d’oeuvre immigrée par l’industrie et le travail à la chaine. Quelques textes rappellent régulièrement le contexte, et des interventions (radio, télé, journaux) de politiques (Debré, Pompidou, etc.) ou d’industriels (Bouygues à vomir) montrent le cynisme méprisant à l’œuvre. Au bas de l’échelle, tous les rapaces (gardien de « cité de transit, responsable des listes pour les HLM, etc.) qui exploitent – avec force racisme – ces « bougnoules ». Si l’humain émerge régulièrement (solidarités de voisinage, fraicheur des jeunes « beurs », luttes sociales et politiques), la lecture s’évère tout de même amère. Les auteurs ne jouent pourtant jamais sur le pathos (y compris pour le massacre du 17 octobre 1961, traité finalement rapidement et presque pudiquement – même si quelques extraits de journaux montrent la désinformation et la racisme ambiant). Si l’économie – et la société – françaises doivent beaucoup à la main d’œuvre immigrée dans ces Trente Glorieuses qui ne le furent pas pour tous, il est bon de rappeler, alors qu’aujourd’hui certaines idées nauséabondes s’affirment dans les médias, que la France n’a toujours pas soldé ses dettes, en particulier mémorielles. La lecture de ces deux albums est très recommandable. La narration est fluide et agréable. J’ai bien aimé le dessin, simple, mais efficace (même si certains personnages sont parfois difficiles à différencier).
Le Bossu de Montfaucon
Cette série possède deux qualités qui d’entrée m’ont attiré : un contexte historique riche (la période instable de reconstruction du royaume de France, des alliances des grandes lignées quelques décennies après la guerre de Cent ans) et un dessin fluide, agréable, reconstituant bien décor et costumes d’époque. C’est vraiment engageant, et je suis entré dans ce diptyque avec plaisir, en espérant y trouver quelque chose d’équivalent – en moins développé – que la très belle série « Le trône d’argile » sur la période tout juste précédente. Au final, je ressors en partie satisfait de ma lecture. C’est rythmé, l’arrière-plan historique est bien utilisé, avec les querelles de cour qui pimentent complots et alliances diverses. Mais, si la grande Histoire est bien utilisée, la petite m’a parfois laissé sur ma faim, avec cette histoire un peu convenue de vengeance entre les deux demi-frères, et cet amour improbable entre Quasimodo et Anne de Bretagne. Moins fort qu’attendu, ce récit n’en reste pas moins agréable à lire.
Asile !
Je mets trois étoiles, parce que cet album possède de réelles qualités, et que j’aime bien cet univers médiéval un peu paumé, avec une forteresse perchée sur son rocher qui fait penser aux châteaux cathares. Mais je suis quand même sorti un chouia sur ma faim de cette lecture. Le dessin des forteresses est très bon, détaillé, comme toutes les – rares – constructions. Mais le reste des décors est un peu évacué, pour le coup peu développé. Quant aux personnages, c’est là aussi un trait fin et précis, Houot soigne clairement son travail. Mais le rendu est un peu trop léché et statique à mon goût. Mais bon, c’est quand même fluide et agréable à l’œil. L’intrigue ne m’a pas vraiment captivé. Mauvais jeu de mot d’ailleurs, puisque nous suivons un prince ottoman – invité ou otage – dans cet endroit reculé du royaume de France. Il tombe amoureux une jeune héritière (amour partagé), mais cela s’oppose à trop d’intérêts et cette idylle va faire long feu. Pourquoi pas ? mais le rythme est trop lent, il ne se passe pas grand-chose, et j’ai fini par me désintéresser de cette partie du récit – d’ailleurs tout se finit en eau de boudin pour eux. J’ai un temps cru que ce récit aller basculer vers du médiéval fantastique, avec ces géants évoqués au début, puis repris sur la fin dans la présentation du troubadour (et cette légende du dragon ayant donné naissance aux crêtes sur lesquelles est installée la forteresse). Hélas il n’en est rien. C’est dommage, car cela aurait sans doute pu densifier et améliorer l’intrigue, que j’ai trouvé un peu trop légère et manquant de rebondissements. Pas désagréable à lire, mais loin d’être inoubliable. Note réelle 2,5/5.
Spirou et Fantasio Classique - Le Trésor de San Inferno
Dieu sait que j’aime Spirou et Fantasio. J’ai grandi avec eux, je les retrouve toujours avec un plaisir un peu pavlovien, et je me réjouis même de cette idée de “retour aux sources” : aventure classique, énergie bon enfant, et en bonus la présence du Marsupilami qui, à elle seule, suffit souvent à me mettre de bonne humeur. Mais San inferno, franchement… que c’est creux. Ce n’est pas un album désagréable, attention. Ça se lit bien, ça ne grince pas, ça ne trahit pas ouvertement l’esprit maison. Sauf qu’on a l’impression d’un décor en carton. Le dessin est très minimaliste : les personnages sont fidèles, dans la veine de ce qu’on aime, avec des expressions qui fonctionnent. Mais derrière eux ? Pas grand-chose. Des décors au strict minimum, des arrière-plans qui semblent avoir déserté l’album. L’histoire, elle aussi, file à toute vitesse. C’est plaisant, oui, mais d’une légèreté telle qu’on referme le livre en vingt minutes, avec une sensation de “minimum syndical”. Ça déroule sans aspérité, sans montée, sans vrai relief, et c’est peut-être ça le problème : il ne se passe rien, au fond, qui laisse une trace. Je suis le premier à défendre la poursuite de ces franchises de la vieille garde. Mais avec des auteurs talentueux, pourquoi viser si petit, si timide ? J’adoube André Franquin et Tome & Janry, évidemment, mais ils n’ont pas le monopole de la profondeur. On peut faire du classique et du dense. Ici, on a surtout du classique… en mode minimal.