Western en apparence très classique, la série installe d’abord un cadre familier : conquête de l’Ouest, violence coloniale, rapports de domination et marginalisation des populations indiennes. Cette entrée en matière respectueuse des codes sert surtout de socle à une lente dérive vers autre chose, plus trouble et plus intime. Progressivement émergent des thèmes plus subtils : identité sexuelle, désir interdit, ambiguïtés des relations humaines, doute permanent sur les intentions et les corps. Une dimension fantastique s’infiltre également, diffuse, jamais clairement balisée, contribuant à une atmosphère volontairement déstabilisante.
L’œuvre ne cherche à aucun moment la séduction. La ligne artistique est forte, assumée, d’une grande cohérence narrative et thématique. Cette maturité fait clairement sa singularité, mais elle a aussi un coût : l’accessibilité est limitée et le plaisir de lecture immédiat s’en trouve parfois amoindri. On sent une BD pensée pour être relue, presque analysée, afin d’en extraire toute la richesse symbolique. En lecture du dimanche, la qualité est indéniable, mais l’expérience reste exigeante et parfois frustrante.
Graphiquement, le dessin peut diviser. Subjectivement peu à mon goût, il demeure toutefois très maîtrisé : cohérent sur l’ensemble de l’album, expressif, et volontairement éloigné de l’imagerie western traditionnelle. Ce choix graphique renforce le décalage avec les codes du genre et annonce très tôt que le récit va s’en affranchir, au service d’une œuvre singulière, inconfortable mais profondément réfléchie.
Une BD douce et agréable, qui aborde l’amour tardif avec une vraie subtilité. Les personnages sont attachants, bien construits, et gagnent en épaisseur au fil des pages. On les comprend sans jamais forcer l’empathie, grâce à un récit simple qui privilégie les trajectoires humaines plutôt que les effets dramatiques.
Le scénario reste assez prévisible, mais ce n’est clairement pas là que se situe l’intérêt de l’album. L’essentiel est dans le chemin parcouru, les petits ajustements émotionnels, les silences et les moments de fragilité. La fin peut laisser sceptique, mais elle ne déséquilibre pas l’ensemble tant le propos repose davantage sur le vécu que sur la conclusion. Quelques touches de morale et de philosophie émergent naturellement, sans lourdeur ni démonstration appuyée.
Graphiquement, le dessin est très soigné et expressif. Le trait rond et doux accompagne parfaitement le ton du récit. Le travail sur les corps vieillissants est particulièrement juste : sans caricature ni clichés, avec une attention sincère portée aux postures, aux regards et au temps qui passe. Une BD qui fait du bien, modeste dans ses ambitions, mais pleinement efficace.
J'aurais aimé que cette série marche aussi bien que les Schtroumpfs : l'utopie en bleue, le bonheur, et avec Johan et Pirlouit, la vie des humains, avec ses oppressions ordinaires. Quand les lutins essaient d'imiter les humains, il n'y a plus de joie chez eux, mais le grand Schtroumpf rétablit la situation… Cependant, nos joyeux lurons n'imitent les humains que par le plaisir du jeu, de la découverte.
Eux… Ils ne sont pas confrontés à par exemple une augmentation de la population diminuant les ressources : un bébé Schtroumpf à nourrir, c'est facile ! Pas de récolte détruite sans possibilité de manger autre chose que des rats et des cadavres, de peste, d'invasions, pas de femme sauf la Schtroumpfette, or la femme, plus faible physiquement que l'homme en général, et arrachée à son groupe par le mariage, fait qu'un modèle d'inégalité est très vite apparu dans les mentalités, ce qui contribue à en rendre l'effacement bien problématique ….
Si nos amis n'ont pas gâché leurs chances, que de privilèges ! Rêver d'être eux est formidable, mais franchement, je ne vois pas comment. C'est peut-être moins le succès des joyeux compagnons que le fait qu'on ne veut pas être renvoyés à notre impossibilité d'être comme eux qui a effacé Johan et Pirlouit. Au contraire, dans la série des lutins bleu, on ne voit que peu les humains, et c'est toujours également le privilège de quelques humains d'élite, Johan et Pirlouit, l'enchanteur, pas le paysan du coin. Or j'approuve ce retrait du monde : pour vivre heureux, vivons caché….
Grande différence d'avec les réconciliation chez les lutins bleu. Voyons, mon album préféré, La source des dieux. Quels déveinards que les humains ! En plus de nos malchances habituelles, des paysans sont très faibles physiquement à cause de la malédiction d'une sorcière. Les Mollassons sont donc d'autant plus exploités par un tyran, sans nul espoir de révolte, car bien trop faibles pour se soulever.
Mais nos héros rétablissent la situation, et vengeurs, ne donnent pas de l'eau de la source des dieux guérisseuse au villageois traître assigné à travailler avec les anciens oppresseurs renversés. Les héros sont des héros, courageux et même altruistes, mais tout se paie et doit se payer pour diminuer les risques de récidives, qu'on se le dise ! Dans cette album, j'ai comme d'habitude adoré Pirlouit attendrissant le gardien de la source en caressant ses serpents et en plaidant pour les pauvres Mollasson, une scène qui reste dans ma mémoire !
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L'Odeur des garçons affamés
Western en apparence très classique, la série installe d’abord un cadre familier : conquête de l’Ouest, violence coloniale, rapports de domination et marginalisation des populations indiennes. Cette entrée en matière respectueuse des codes sert surtout de socle à une lente dérive vers autre chose, plus trouble et plus intime. Progressivement émergent des thèmes plus subtils : identité sexuelle, désir interdit, ambiguïtés des relations humaines, doute permanent sur les intentions et les corps. Une dimension fantastique s’infiltre également, diffuse, jamais clairement balisée, contribuant à une atmosphère volontairement déstabilisante. L’œuvre ne cherche à aucun moment la séduction. La ligne artistique est forte, assumée, d’une grande cohérence narrative et thématique. Cette maturité fait clairement sa singularité, mais elle a aussi un coût : l’accessibilité est limitée et le plaisir de lecture immédiat s’en trouve parfois amoindri. On sent une BD pensée pour être relue, presque analysée, afin d’en extraire toute la richesse symbolique. En lecture du dimanche, la qualité est indéniable, mais l’expérience reste exigeante et parfois frustrante. Graphiquement, le dessin peut diviser. Subjectivement peu à mon goût, il demeure toutefois très maîtrisé : cohérent sur l’ensemble de l’album, expressif, et volontairement éloigné de l’imagerie western traditionnelle. Ce choix graphique renforce le décalage avec les codes du genre et annonce très tôt que le récit va s’en affranchir, au service d’une œuvre singulière, inconfortable mais profondément réfléchie.
L'Obsolescence programmée de nos sentiments
Une BD douce et agréable, qui aborde l’amour tardif avec une vraie subtilité. Les personnages sont attachants, bien construits, et gagnent en épaisseur au fil des pages. On les comprend sans jamais forcer l’empathie, grâce à un récit simple qui privilégie les trajectoires humaines plutôt que les effets dramatiques. Le scénario reste assez prévisible, mais ce n’est clairement pas là que se situe l’intérêt de l’album. L’essentiel est dans le chemin parcouru, les petits ajustements émotionnels, les silences et les moments de fragilité. La fin peut laisser sceptique, mais elle ne déséquilibre pas l’ensemble tant le propos repose davantage sur le vécu que sur la conclusion. Quelques touches de morale et de philosophie émergent naturellement, sans lourdeur ni démonstration appuyée. Graphiquement, le dessin est très soigné et expressif. Le trait rond et doux accompagne parfaitement le ton du récit. Le travail sur les corps vieillissants est particulièrement juste : sans caricature ni clichés, avec une attention sincère portée aux postures, aux regards et au temps qui passe. Une BD qui fait du bien, modeste dans ses ambitions, mais pleinement efficace.
Johan et Pirlouit
J'aurais aimé que cette série marche aussi bien que les Schtroumpfs : l'utopie en bleue, le bonheur, et avec Johan et Pirlouit, la vie des humains, avec ses oppressions ordinaires. Quand les lutins essaient d'imiter les humains, il n'y a plus de joie chez eux, mais le grand Schtroumpf rétablit la situation… Cependant, nos joyeux lurons n'imitent les humains que par le plaisir du jeu, de la découverte. Eux… Ils ne sont pas confrontés à par exemple une augmentation de la population diminuant les ressources : un bébé Schtroumpf à nourrir, c'est facile ! Pas de récolte détruite sans possibilité de manger autre chose que des rats et des cadavres, de peste, d'invasions, pas de femme sauf la Schtroumpfette, or la femme, plus faible physiquement que l'homme en général, et arrachée à son groupe par le mariage, fait qu'un modèle d'inégalité est très vite apparu dans les mentalités, ce qui contribue à en rendre l'effacement bien problématique …. Si nos amis n'ont pas gâché leurs chances, que de privilèges ! Rêver d'être eux est formidable, mais franchement, je ne vois pas comment. C'est peut-être moins le succès des joyeux compagnons que le fait qu'on ne veut pas être renvoyés à notre impossibilité d'être comme eux qui a effacé Johan et Pirlouit. Au contraire, dans la série des lutins bleu, on ne voit que peu les humains, et c'est toujours également le privilège de quelques humains d'élite, Johan et Pirlouit, l'enchanteur, pas le paysan du coin. Or j'approuve ce retrait du monde : pour vivre heureux, vivons caché…. Grande différence d'avec les réconciliation chez les lutins bleu. Voyons, mon album préféré, La source des dieux. Quels déveinards que les humains ! En plus de nos malchances habituelles, des paysans sont très faibles physiquement à cause de la malédiction d'une sorcière. Les Mollassons sont donc d'autant plus exploités par un tyran, sans nul espoir de révolte, car bien trop faibles pour se soulever. Mais nos héros rétablissent la situation, et vengeurs, ne donnent pas de l'eau de la source des dieux guérisseuse au villageois traître assigné à travailler avec les anciens oppresseurs renversés. Les héros sont des héros, courageux et même altruistes, mais tout se paie et doit se payer pour diminuer les risques de récidives, qu'on se le dise ! Dans cette album, j'ai comme d'habitude adoré Pirlouit attendrissant le gardien de la source en caressant ses serpents et en plaidant pour les pauvres Mollasson, une scène qui reste dans ma mémoire !