Les derniers avis (13 avis)

Par Warou
Note: 3/5
Couverture de la série Tanger sous la pluie
Tanger sous la pluie

Une BD plaisante à lire, dont l'approche est originale. D'autant plus intéressante, certes, si l'on s'intéresse à Matisse et au Maghreb mais accessible également aux "profanes". Mon principal regret, qui m'a empêché de mettre une meilleure note, est le choix de la bichromie pour le dessin (par ailleurs agréable). Quel dommage, pour un ouvrage sur l'un des maîtres de la couleur, d'y avoir volontairement renoncé. Peut-être un choix des auteurs, mais dont l'objectif m'échappe alors. Quelle superbe BD ça aurait pu être si le dessin s'était davantage inspiré de l'œuvre de Matisse !

04/02/2026 (modifier)
Par Bootdisk
Note: 1/5
Couverture de la série Le Déclic
Le Déclic

Qu'est-ce que c'est nul... C'est ça votre "oeuvre culte" ? Un scénario de série Z misogyne et aux dialogues ineptes, une conclusion idiote... J'ai jamais été bien fan de Manara, et ce n'est pas ça qui va me réconcilier avec le fameux dessinateur italien. Oui, *même* le Tome 1 est franchement bête, y a vraiment rien à sauver là-dedans. Curieusement, les dessins du T01 me font un peu penser à Bilal, avec tous leurs petits traits. Ce n'est plus le cas dans les tomes ultérieurs. Bon, dans l'ensemble, passez votre chemin.

04/02/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série Les Ahlalaaas
Les Ahlalaaas

Deux minuscules alpinistes du peuple des Ahlalàààs se lancent un défi improbable : gravir le personnage d'Achille Talon comme s'il s'agissait d'une montagne. Leur ascension, mise en scène comme un exploit sportif sponsorisé, les conduit de la semelle à la tête du géant, chaque geste de celui-ci devenant pour eux un véritable cataclysme. Il est étonnant de voir Derib, l'auteur de Yakari et Buddy Longway, s'aventurer dans une histoire humoristique aussi fantasque, et plus encore d'y faire intervenir de manière explicite le héros d'un autre auteur, Achille Talon, dont l'univers est à l'opposé de ses séries d'aventure. Il faut toutefois rappeler que cette courte série a été prépubliée dans l'éphémère magazine Achille Talon en 1975. J'imagine qu'elle a alors été conçue comme une récréation amusante pour Derib, et comme une fantaisie légère destinée aux lecteurs du magazine. Je l'ai moi-même abordée avec le sourire, comme une curiosité un peu insolite issue d'une époque évoquant la nostalgie. Côté dessin, Derib reste fidèle à lui-même : un trait clair, souple et très lisible, des personnages expressifs et des couleurs simples mais agréables. Malgré des décors réduits à l'essentiel, la lecture reste fluide et parfaitement compréhensible. Achille Talon et son univers sont par ailleurs restitués avec beaucoup de tendresse, dans un style assez proche de celui de Greg. Sur le fond, en revanche, l'ensemble demeure très anecdotique. L'idée de départ est amusante, certaines trouvailles d'échelle fonctionnent et deux ou trois gags font mouche, mais le récit reste léger et assez creux. Il n'y a ni véritable enjeu ni réelle surprise, et l'aventure se déroule rapidement, avec un sourire parfois un peu complaisant, sans provoquer de vrai rire. Cela ressemble davantage à une fantaisie récréative qu'à une histoire à part entière, avec un ton qui semble parfois clairement destiné à un jeune public. Une curiosité sympathique et bien dessinée, mais qui ne s'adressera sans doute qu'aux amateurs de Greg et de Derib, ou aux collectionneurs.

04/02/2026 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Don Juan des Flots
Don Juan des Flots

Je suis très surpris de cette lecture, qui part sur des chapeaux de roues et s'embarque dans une histoire aux tournants imprévisibles. Je suis très fan de la direction prise par l'histoire après ce premier tome ! Ce tome introductif est parfaitement bien exécuté, avec une histoire vite campée et des personnages bien inspirés. Le protagoniste est ce bretteur amateur de bon mots, protecteur des pauvres gens dans une cité ressemblant un peu à Venise, dans un contexte de magie et de questionnements sociaux. En quelques pages l'histoire prend un envol avec cette congrégation de révolutionnaires qui entendent changer les choses dans le monde. Et si l'on a du classique dans le début de l'aventure, très vite le récit semble accélérer jusqu'à une révélation finale surprenante et qui augure du bon pour la suite. J'ai accroché tout de suite à l'histoire et j'ai envie de voir la suite, qui est prometteuse. Le tout est servi par un dessin qui est appréciable. Je n'ai encore rien lu de sa part mais la dessinatrice a un coup de crayon qui fait ressortir les scènes d'actions et les intérieurs, tout en ayant un trait global qui rappelle tout à fait les films de capes et d'épées, une esthétique vénitienne et les visuels marquants. L'ensemble est clair et lisible, dynamique et coloré, une lecture franchement agréable ! Je ne peux que recommander la lecture de ce premier tome qui promet pour la suite. Le deuxième tome poursuit l'histoire et l'accélère, allant dans une direction intéressante. J'aime beaucoup l'idée qui est présente du pouvoir avec contrepartie et ce que ça dit sur l'exercice du pouvoir. C'est une vraie question de la façon dont le pouvoir passe par des réseaux de domination, incarné ici par le Commodore qui distribue de la puissance, laquelle est chaque fois compensée par un cout négatif. De l'autre côté, Don Juan est (même si ça n'est pas encore confirmé) une sorte d'électron libre qui trace sa propre voie, presque anarchiste et social, faisant ses propres liens sociaux par son charisme et son bagout. De même, il semble disposer de pouvoirs sans contrepartie, métaphore peut-être d'une conception différente de la société et d'un pouvoir qui n'est pas vertical ? Cette question du pouvoir et de la politique est au centre du récit de cape et d'épées, et ce deuxième tome confirme que le récit d'aventure est l'enrobage d'une réflexion sur la société. Sur la notre, sans aucun doute, mais avec l'aspect fun et prenant d'une comédie d'aventure aux personnages bien campés. C'est vraiment une lecture intéressante et que je recommande !

26/08/2025 (MAJ le 04/02/2026) (modifier)
Par Ro
Note: 2/5
Couverture de la série Anatole(s)
Anatole(s)

On suit la vie d'Anatole de sa naissance à sa mort, à raison d'une planche par année. Un destin parfaitement ordinaire, entre attentes parentales, désillusions scolaires, boulot alimentaire, relations bancales et petites humiliations du quotidien. Graphiquement, c'est sans doute ce qui m'a le plus convaincu. Le trait est fin, propre, plutôt élégant, avec une vraie lisibilité. L'épure des décors fonctionne bien et donne un côté clair et posé à l'ensemble. En revanche, j'ai beaucoup moins accroché au fond. Le concept est malin sur le papier, mais l'exécution m'a paru très monotone. L'humour grinçant tire surtout vers le désabusé, voire le misérabilisme, et l'ambiance générale de chaque planche est franchement morose, presque déprimante. Là où ça devrait faire sourire par la dérision, j'ai surtout ressenti une succession de petites lâchetés, de frustrations et de constats amers. Les gags tombent souvent à plat, je n'ai quasiment pas ri, et le personnage, trop passif et neurasthénique, finit par rendre la lecture assez pesante. Une idée intéressante et un dessin soigné, mais une tonalité trop sombre pour moi, qui m'a plus plombé le moral qu'amusé.

04/02/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Inanna Djoun
Inanna Djoun

Dans ce monde gentiment décalé, le Royaume de Babylone est évolué et dominateur, tandis que, dans la lointaine Europe blanche, la pauvre France est encore à demi sauvage, à peine en voie de développement. Une archéologue est envoyée en mission dans cette contrée exotique et arriérée afin d'y piller des reliques pour son musée. Le principe est simple mais ingénieux : ici, c'est la France profonde qui devient le terrain d'aventure folklorique. Je réalise avec cet album que j'ai finalement lu assez peu d'ouvrages de B-gnet, alors que cet album là se révèle excellent et me donne envie d'en découvrir davantage. Outre la parodie évidente mais finalement assez fine d'Indiana Jones et de Tintin, je ressens une forte influence des œuvres de Daniel Goossens, avec leur ton absurde et pince-sans-rire, et même des références directes à ce dernier (ce bébé qui pleure avec des Rrrr sous ses cris). Le concept est limpide et surtout parfaitement tenu sur la durée. Là où ce genre d'idée peut vite s'épuiser, le récit ne tourne jamais en rond, car l'auteur multiplie les variations, les détournements et les clins d'œil. L'inversion des regards fonctionne très bien, aussi bien pour la parodie pure que pour la petite satire du tourisme, de l'exotisme et de nos travers bien franchouillards. L'humour m'a souvent fait rire, ce qui est déjà beaucoup, mais j'ai aussi été très agréablement surpris par la quantité de bonnes idées que contient cet album. C'est absurde, parfois très bête, parfois plus mordant, avec des gags visuels et des jeux de mots qui s'enchaînent sans temps mort. Quant au dessin, il est dynamique et lisible, là encore avec un léger esprit Goossens dans la mise en scène, ainsi qu'un bon sens du rythme et de la narration humoristique. Et j'ai beaucoup aimé les fausses couvertures de Tintin qui ponctuent chaque chapitre. Je n'en attendais rien et j'ai découvert là un album franchement drôle et bien mené, qui exploite son idée jusqu'au bout sans l'étirer artificiellement. Il me donne envie d'explorer davantage l'œuvre de son auteur.

04/02/2026 (modifier)
Couverture de la série Malcolm Max
Malcolm Max

Une série qui mérite vraiment le détour. Se déroulant dans le Londres du dernier quart du XIXème siècle, elle multiplie les références : Frankenstein, Jack l’Éventreur, Sherlock Holmes (qui est même souvent évoqué, étant voisin des deux gamines qui aide Malcolm, etc., Malcolm Max étant une sorte de mixe entre Sherlock Holmes (pour le flegme et les déductions fines) et James Bond (pour son sex appeal), tandis que son acolyte Charisma – improbable demi vampire – allie charme (elle est vraiment sexy) et force (de caractère comme de frappe !). Les trois albums sont assez denses, les textes sont très présents (c’est même parfois un peu trop envahissant, mais bon, globalement ça passe), et ils ne se lisent pas si rapidement que ça. Mais c’est quand même une lecture plaisante, divertissante. Les dialogues justement, sont souvent caustiques, pimentés d’humour, entre Max et Charisma, mais aussi avec le commissaire – qui est bien évidemment à côté de la plaque. Il y a des facilités, des couleuvres à avaler (par exemple l’évasion de Max de la Tour de Londres – et même le fait qu’il aille ensuite chez lui, sans y être immédiatement recherché…). Mais ici je l’accepte aisément, car c’est au service d’une intrigue à la fois dynamique et farfelue, pleine d’allant. Le dernier tome mise sur de l’action survitaminée, avec apparition d’une reine Victoria ridicule avec sa mini couronne, de Nellie Bly… Dernier détail, et pas des moindres, le dessin, que j’ai trouvé très agréable. Un trait fin, un peu anguleux pour certains visages, mais un rendu plaisant. Une série divertissante qui me fait regretter que Mennigen n’ait pour le moment pas récidivé (que ce soit sur un autre cycle ou sur une autre série).

04/02/2026 (modifier)
Couverture de la série Rust River City
Rust River City

Il y a des choses originales et/ou intéressantes dans cette histoire. Mais ce premier album m’a quand même laissé de côté, au point que je ne suis pas sûr d’aller lire la suite et fin dans le prochain tome. Le dessin est original – la colorisation aussi d’ailleurs. Foin de réalisme. Mais j’ai vraiment eu du mal avec. L’histoire se développe dans une ambiance un peu glauque, en tout cas crépusculaire. Un brave type – qui élève seul ses deux mômes – se retrouve au chômage, multiplie les petits boulots, accusant les Niaks, les Juifs, d’être responsables de sa mouise, tout en ressassant ses souvenirs du Vietnam. Jusqu’à se voir proposer de devenir acteur porno… Il y a dans ce récit une vision noire – et finalement pas si éloignée que ça de la réalité – d’une certaine société déclassée et reléguée de l’Amérique profonde. Et, si certaines couleurs flashy s’invitent, c’est plutôt le sombre qui domine. Mais voilà, j’ai eu du mal à m’intéresser à cette histoire, et les dialogues, souvent – trop – abondants, rendent certains passages un peu indigestes. Je pense en fait que ça n’est pas ma came. Note réelle 2,5/5.

04/02/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5
Couverture de la série Voyage aux îles de la Désolation
Voyage aux îles de la Désolation

Qu’apprennent-ils de l’île, qu’apprennent-ils des autres, qu’apprennent-ils d’eux-mêmes ? - Ce tome contient une histoire complète, un reportage réalisé par l’auteur, à l’occasion d’un voyage dans les Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF). Son édition originale date de 2011. Il a été réalisé par Emmanuel Lepage pour le scénario, les dessins et les couleurs. Il comprend cent-cinquante-quatre pages de bande dessinée. Après ce voyage effectué en 2010, il en réalisera un autres aux îles Kerguelen en 2022/23, qui donnera lieu à un second ouvrage : Danser avec le vent (2025). Jour 1. Onze heures. Le Boeing 777 d’Air France en provenance de Paris-Orly se pose à l’aéroport de Roland -Garros de Saint-Denis de la Réunion. Cette fois, c’est sûr, Emmanuel va embarquer. Choisir d’arriver trois heures seulement avant l’appareillage du navire n’était pas très malin. Ça faisait deux jours qu’il ne dormait plus à l’idée de louper l’embarquement. D’autres avaient fait ce choix : les chercheurs de l’IPEV. Il se renseigne auprès d’une voyageuse. L’IPEV : l’Institut Paul Émile Victor, c’est-à-dire l’institut polaire français. C’est eux qui coordonnent les recherches scientifiques sur les îles, lui explique la jeune femme en lui retournant la question pour qu’il se présente. Il explique qu’il est auteur de bandes dessinées, il aimerait raconter cette rotation australe. Trois jours plus tôt en février 2010, un jour de départ en vacances, il reçoit un appel de son frère François qui lui demande si ça lui dirait toujours de partir aux Kerguelen, une place à bord du bateau vient de se libérer, ils voyageraient ensemble. Il faut qu’il se décide dans la demi-heure et qu’il appelle les TAAF tout de suite, sinon ils vont donner la place à quelqu’un d’autre. L’idée d’un voyage dans les TAAF, les Terres Australes et Antarctiques Françaises, était venue de Caroline, journaliste à l’hebdomadaire Le Marin. Elle avait proposé à François, photographe, de monter un dossier auprès de l’administration des TAAF afin d’embarquer à bord du navire ravitailleur des terres australes. Les terres australes, Crozet, Amsterdam, Saint-Paul… Kerguelen, enfin jadis surnommées les îles de la Désolation. Des confettis d’empire, égarés dans l’immensité bleue, à cheval entre les quarantième et cinquantième parallèles. Non loin de cette bande blanche qui court en bas des cartes comme pour lester le monde. Enfant Emmanuel se perdait dans la contemplation des cartes que ses parents avaient judicieusement placées. Ker-Gue-Len. Un mot qui râcle la gorge puis se couche sur le palais. Ker-Gue-Len. Un nom breton égaré en Antarctique. Il n’imaginait terres plus perdues, plus lointaines. C’était le monde du bout du monde. Et voilà qu’on lui proposait de s’y rendre. Il allait affronter une mer que les marins qualifient de rugissante, de hurlante même. La mer qu’il ne connait que de la côte, la mer qu’il contemple chaque matin, sans jamais l’avoir prise pourtant. Il allait pouvoir la sentir, la ressentir, la vivre tel que l’ont fait ces peintres qui le nourrissent : Marin-Marie, Joubert, Brenet… Peut-être, enfin, la comprendre… Et savoir la dessiner à son tour. La première séquence expose clairement la nature du projet : un voyage dans les Terres Australes et Antarctiques Françaises, à bord d’un vaisseau en mission scientifique et de ravitaillement, raconté par les bédéaste que ces îles ont fait rêver depuis son enfance. C’est-à-dire naviguer et se rendre dans l’archipel Crozet, les îles Kerguelen et les Îles Saint-Paul et Amsterdam, la plus grande réserve naturelle de France. L’horizon d’attente d’un tel récit de voyage comprend de belles descriptions au travers des dessins ou des illustrations, la confrontation de l’image qu’Emmanuel s’est bâtie de cette destination avec l’expérience de la réalité, et bien sûr des rencontres avec les résidents, et peut-être les autres voyageurs. L’artiste a choisi un mode narratif visuel mêlant des cases en noir & blanc avec des nuances de gris dans des cases rectangulaire avec bordure sagement alignées en bande, et des illustrations en couleurs réalisées à la peinture, ces dernières étant pour la majorité réalisées sur le vif, et le plus souvent sans bordure… avec quelques exceptions. L’expérience de la navigation, des séjours à terre et des rencontres est racontée à la première personne avec la sensibilité de l’auteur, ses connaissances préalables, ses nombreuses découvertes, et à plusieurs reprises son goût pour l’histoire des découvertes par les grands explorateurs de cette région. Le lecteur répond à l’invitation au voyage et il monte à bord du Marion Dufresne, suivant bien volontiers Emmanuel. Un rapide retour en arrière pour évoquer sa fascination pour cette région du globe et son caractère quasi mythique à ses yeux, la vision du navire que l’auteur présente en ces termes : Un navire conçu spécialement pour ravitailler les bases scientifiques subantarctiques, à la fois paquebot, pétrolier, porte-conteneurs et navire océanographe. […] Le Marion, en plus d’être multiple, est tout simplement beau. Le lecteur se demande qui était cette dame prénommée Marion, et il va effectuer une recherche en ligne pour découvrir qu’il s’agit de Marc Joseph Marion du Fresne (1724-1772), dit Marion-Dufresne, un corsaire, capitaine de la Compagnie des Indes, et explorateur français du XVIIIe siècle. Au fil des commentaires et des découvertes de l’auteur, sa curiosité peut l’amener à lui-même explorer d’autres références comme Paul Émile Victor (1907-1995, explorateur polaire, scientifique, ethnologue, écrivain français,), le roman Moonfleet (1898) de John Meade Falkner (1858-1932), la tradition maritime qui amène à utiliser la périphrase Bête à grandes oreilles pour ne pas prononcer le mot […], le passage à la postérité de Alfred Faure (1925-1968, météorologue), les différences entre le skua (Labbe antarctique) et le pétrel, etc. À d’autres moments, l’auteur se montre didactique, par exemple quand il explicite la différence entre manchot et pingouin. Dans le cours du récit, le bédéaste laisse parler sa curiosité historique à plusieurs reprises. Ainsi le lecteur commence par découvrir le drame appelé les Naufragés de Tromelin, en référence à l’île du même nom, s’étant déroulé en 1761 : une flûte de la Compagnie des Indes, qui transportait des esclaves de Madagascar à l’île de France (aujourd’hui Maurice), s’est échouée sur l’île de sable. Quatre images sépia racontant un drame qui contrastent fortement avec le bleu et le vert de l’illustration suivant, et l’écume blanche de la mer. À la page quatre-vingt-quatorze commence l’histoire de Yves Joseph de Kerguelen de Trémarec (1734-1797), le découvreur des îles… qui ne les vit jamais. La couleur sépia reprend ses droits, pour des images conjuguant les traits de visages effacés par les décennies passées, et les lignes d’écumes et de vagues d’une blancheur éclatante. Dernière séquence en sépia : les oubliés de l’île Saint-Paul, dont l’auteur apprît l’existence par le livre (1982) portant ce nom de Daniel Floc’h, un ami de son père. Trois pages retraçant ce drame avec des images mémorables et respectueuses, débouchant sur une illustration lumineuse qui occupe les deux tiers d’une double page avec de magnifiques couleurs. Ce voyage est donc l’occasion de fouler la terre, ou le sable, de ces différentes îles, l’artiste donnant à voir de magnifiques spectacles diurne ou nocturne, terrestre ou maritime, le lecteur se mettant à rêver à son tour d’accomplir ce voyage. Il souhaite pouvoir contempler par lui-même ces rudes paysages, et cette faune spécifique à cette région du monde, en particulier les différents oiseaux, et aussi les bernard-l’ermite de Tromelin, et ses frégates, ses fous à pieds rouges et fous masqués, les manchots, les éléphants de mer, les skuas et les pétrels, les albatros, etc. Dans le même temps, il décrit également la vie à bord, les conditions matérielles d’existence, et les missions de ravitaillement, des opérations très concrètes. Dans ces cases en noir & blanc, le lecteur peut voir l’auteur se mettre en scène, en particulier lors de ses accès aggravés de mal de mer. Il découvre avec lui les autres passagers, dont les scientifiques qui suscitent en lui une forte admiration, à la fois pour la banalité de leur apparence de vulgum pecus, à la fois par les connaissances, leurs compétences, et leur qualité de vulgarisateurs. La lecture révèle de nombreuses richesses dans la narration. Le voyage, l’exotisme, les compétences des scientifiques, et aussi des ressentis émotionnels. L’auteur embrasse pleinement la mission à réaliser par le navire et par son équipage : chaque jour qui passe à terre avant de pouvoir partir est un jour perdu. Il observe comment se comportent les différents groupes d’êtres humains, réunis pour une période déterminée, que ce soient ceux du voyage, ou ceux effectuant une mission pour plusieurs mois, comment se manifeste cet esprit de groupe, comment le langage et en particulier les termes spécifiques (les pafiens, les Pilods, etc.) participent à la cohésion de groupe, etc. Il évoque comment le sentiment d’isolement s’empare de lui alors qu’il n’y a plus de liaison par téléphone portable, que la journée s’organise autour des appels de la cloche pour le repas, qu’ils voient des hommes et des femmes entièrement dévoués à leur mission ou à leur tâche, etc. Le lecteur fait bien partie de ce voyage, éprouvant les sensations d’Emmanuel, faisant l’expérience de cette vie détachée des contingences matérielles habituelles (pas d’argent, pas de courses à faire, pas de responsabilités familiales à assumer). Embarquer pour les terres australes et antarctiques françaises, y découvrir leur géographie et la faune, jusqu’à enfin contempler une aurore australe. Le bédéaste raconte son voyage avec un beau coup de crayon et de pinceau, une sensibilité pour ces terres dont il a rêvé depuis qu’il était tout petit, une attention particulière aux autres sur le navire et à terre, un regard humaniste sur les drames historiques dont ces îles ont été le témoin. Un voyage de découverte, une coupure du quotidien urbain et métropolitain. Une invitation au voyage.

04/02/2026 (modifier)
Couverture de la série La Horde du contrevent
La Horde du contrevent

Adaptation directe du roman d’Alain Damasio, la série ne cherche pas à réinventer le fond. Le scénario suit fidèlement l’œuvre d’origine, dont l’intrigue, la densité et la force conceptuelle constituent déjà le cœur du projet. L’intérêt principal de la bande dessinée réside ailleurs : dans la matérialisation d’un univers dont la puissance descriptive pouvait, à la lecture du roman, rester difficile à pleinement visualiser. Sur ce point, le dessin est particulièrement abouti. La représentation du vent, de l’effort, des corps en tension et des paysages hostiles est maîtrisée et lisible. L’univers prend corps avec cohérence, sans affaiblir la rudesse ni la poésie du texte d’origine. Les personnages sont bien caractérisés graphiquement et la dynamique de groupe fonctionne, laissant apparaître progressivement la complexité des relations et la fatigue psychologique du voyage. La BD respecte ainsi autant l’esprit que les émotions du roman, en proposant une interprétation graphique solide et immersive. En revanche, sa valeur repose largement sur le matériau initial : l’adaptation sublime, mais ne dépasse pas l’œuvre source. Une lecture très réussie pour qui connaît et apprécie le livre, mais dont l’excellence tient davantage à la transposition qu’à l’originalité intrinsèque du récit.

04/02/2026 (modifier)