Une jeune voleuse embarque à bord d’un équipage de pirates aussi incompétents que loufoques dans une chasse au trésor remplie de créatures fantastiques, de références anachroniques et de clins d'oeil à Pirates des Caraïbes et à d’autres univers du même genre.
L'album repose clairement sur une volonté de détourner les codes du récit de pirates avec un humour absurde et décalé. Le problème, c’est que cet humour m’a paru très lourdaud et souvent forcé, avec des blagues qui semblent plaquées artificiellement sur les scènes plutôt que réellement intégrées au récit. Les dialogues sonnent faux, les personnages passent leur temps à cabotiner, et malgré la volonté de faire du décalé ou de l’absurde, je n’ai quasiment jamais souri.
Le dessin donne pourtant une bonne première impression. Le trait est souple, vivant, assez séduisant au premier regard, avec une vraie énergie graphique et des couleurs agréables. Mais à la lecture, cela devient beaucoup plus brouillon. Les personnages ont des anatomies très cartoonesques qui m’ont souvent perturbé, notamment ces jambes étonnamment courtes et presque caoutchouteuses qui donnent parfois l’impression que les corps manquent totalement de structure. La mise en scène elle-même paraît assez brinquebalante, avec un découpage confus et un rythme qui fonctionne mal.
Malgré un fond graphique pas inintéressant et une envie évidente de proposer une aventure humoristique déjantée, l’histoire ne prend jamais vraiment. Entre les références insistantes, les gags qui tombent à plat et une narration assez pénible à suivre, j’ai péniblement parcouru cet album sans décrocher un sourire.
Une quinquagénaire divorcée part seule sur une île paradisiaque pour vivre des relations tarifées avec de jeunes hommes, tout en gardant un regard lucide sur ce qu'elle vient réellement chercher dans ces vacances mêlant désir, solitude et besoin d'affection.
Là encore, Axel place le sexe de manière très explicite au coeur du récit, avec ce réalisme cru et naturaliste qu'il maîtrise bien. Les corps sont imparfaits, les scènes sexuelles très directes, parfois même volontairement peu glamour, mais ce n'est clairement pas du porno fantasmé : tout paraît pensé avant tout pour servir une histoire et des personnages crédibles.
Et c'est ce que j'apprécie chez lui. Derrière les scènes de sexe, il cherche surtout à raconter quelque chose de réaliste et d'humain. Ici, il parle du vieillissement, du besoin de se sentir encore désirable, du tourisme sexuel féminin, des relations ambiguës où chacun sait plus ou moins pourquoi il est là. Il y a une vraie mélancolie dans tout ça, mais moins lourde et déprimante que dans Une femme fidèle. Le ton est plus léger, plus estival, parfois même un peu tendre.
Le personnage principal fonctionne bien parce qu'elle assume ses envies sans être idéalisée ni caricaturale. Cela rend l'ensemble légèrement plus émoustillant aussi, même si le côté très cru et naturaliste du récit ne m'a pas forcément excité à proprement parler.
L'histoire reste simple et assez courte, comme souvent chez Axel, mais elle m'a paru aboutie et fluide. Ce n'est pas une BD érotique qui cherche avant tout à stimuler, mais plutôt une parenthèse mélancolique et adulte autour du sexe, de la solitude et du besoin de se sentir encore vivant.
Une professeure mariée à un homme lourdement handicapé entretient avec lui une relation intime singulière : elle rencontre d'autres hommes dans des clubs libertins, filme leurs rapports sexuels et partage ensuite ces vidéos avec son mari, jusqu'au jour où les sentiments viennent bouleverser cet équilibre fragile.
Comme toujours chez Axel, le sexe très explicite occupe une place centrale dans le récit, avec ce réalisme cru et naturaliste qu'il maîtrise bien. Les corps paraissent vrais, imparfaits, crédibles, et cela donne aux scènes une dimension plus humaine que fantasmée. Mais justement, dans le cas particulier de cet album, tout cela m'a davantage évoqué quelque chose de triste et de déprimant que réellement érotique.
Il parle surtout de solitude, de dépendance affective, de fidélité, du poids du handicap et de la manière dont un couple tente de survivre malgré une situation impossible. C'est traité sérieusement, avec une certaine justesse, sans voyeurisme gratuit, mais il en ressort une mélancolie permanente qui écrase un peu toute forme d'excitation ou de sensualité. Même les scènes de sexe finissent par dégager une impression de malaise ou de tristesse plus que de plaisir.
Le dessin fonctionne toujours bien, avec ce style réaliste un peu rugueux propre à l'auteur, et les personnages paraissent authentiques, ce qui aide à croire à leur relation. Mais l'histoire reste finalement assez simple et vite résumée, avec une progression assez courte et une conclusion qui m'a laissé un peu vide.
Je ressors donc de cette lecture davantage touché par son côté sombre et humain que réellement emballé. Ce n'est pas inintéressant, loin de là, mais ce n'est clairement pas un album qui m'a donné envie d'y revenir ou de le relire.
Nous sommes à un an de l'élection présidentielle. A l'heure où les candidat(e)s présomptifs/ves sont nombreux/ses, certains essaient de se démarquer, de sortir du lot. Sans clamer que je sois particulièrement fan du personnage, force est de constater que François Ruffin, député écologiste de la Somme, essaie de se démarquer. Journaliste et documentariste de formation, il s'est engagé depuis une dizaine d'années en politique, et est député de la Somme depuis 2017. Ce mandat lui permet de se mêler à la population locale, lors d'évènements divers, de manifestations ou encore d'immersions avec des travailleurs et des travailleuses de la première ligne, salué(e)s durant la crise Covid, mais jamais rétribué(e)s de manière substantielle.
On a donc une suite d'instantanés, certains uniques, d'autres découpés en plusieurs segments, qui montrent son écoute, son talent pour le dialogue et l'esprit de synthèse qui lui permet d'être pertinent et percutant dans ses interventions et ses analyses. Des anecdotes racontées par Ruffin lui-même, et transformées en segments narratifs par le talentueux et chevronné Laurent Galandon. Des anecdotes, des témoignages parfois poignants, tous intéressants. Ruffin s'y montre donc attentif, offensif, mais jamais injurieux ou agressif comme il peut l'être dans d'autres circonstances. C'est donc un peu policé, une bonne chose, mais Ruffin y est aussi, par moments, un peu pédant, ce qui est dommage.
Le travail graphique des onze dessinatrices et dessinateurs qui ont accepté de le suivre dans l'aventure est vraiment bon, quoique très diversifié (on a Pendanx et Jul, par exemple...). Ils ont fait du bon boulot sur des formats courts, voire très courts.
Ces témoignages sont donc intéressants pour comprendre ce qu'est "La France d'en bas".
Ah, une nouvelle variation sur Sherlock Holmes !
Certes, on a déjà eu Les Quatre de Baker Street sur ce même sujet des gamins des rues de Londres, qui servent parfois d'informateurs, voire de limiers, au célèbre détective, mais cette série est un peu différente.
Sur ce premier tome Louis est seul, ou plutôt se retrouve seul suite au meurtre de son amie et protectrice, et il entretient un rapport complexe d'admiration et de rancune envers celui qui vient d'arriver à Baker Street et le prend sous son aile. Holmes y est arrogant, violent, dédaigneux, mais sait reconnaître la graine de détective dans ce gamin tout crasseux. Le scénariste est allé fouiner dans les recoins des œuvres de Sir Arthur Conan Doyle pour y trouver des références, parfois très ténues, à des affaires déjà résolues par Holmes. Il s'en inspire donc, comme de nombreux suiveurs et adeptes, pour proposer des histoires originales. Et ma foi, c'est assez plaisant, avec ces personnages au caractère bien trempé (on y croise également un jeune Lestrade, mais pas encore d'autres personnages iconiques de la saga littéraire d'origine), et ces affaires surprenantes. Et ce premier tome s'achève sur la rencontre avec un autre drôle de personnage...
Graphiquement Matsubara propose une version plutôt intéressante de la Londres victorienne, et des personnages bien tenus visuellement, mis en scène de façon très dynamique. C'est une relecture modenre et intéressante.
La dépression est un véritable fléau, qui gâche la vie de centaines de milliers de personnes, malades comme entourage.
Cette BD nous met à la place d'un psychiatre, le Dr David Gourion, qui anime des séances de dépressifs anonymes. L'album démarre avec l'arrivée d'une nouvelle personne au sein de ce cercle. L'occasion pour les participants de rappeler ce qui les a amenés là, avec la diversité de leurs expériences, leur façon différenciée de vivre leur affection, mais aussi l'accompagnement proposé par le médecin (et d'autres) pour les faire sortir de là. Alors certes, le sujet n'est pas joyeux, mais ma lecture fut rien moins qu'ennuyée. J'ai la chance de ne pas avoir de dépressifs dans mon entourage proche, mais je n'ai pas vraiment eu l'impression d'apprendre grand-chose. Je ne minimise pas du tout la portée de la dépression, et la souffrance de celles et ceux qui y sont confrontés, mais là c'était un plaisir de lecture très relatif.
Le dessin d'Elizabeth Holleville est dans un style naïf, mais sans relief ni inventivité (ici du moins), donc pas grand-chose à en retenir.
Quand je vois ma notation : "Bof, sans plus", je me dis que ça fait un peu dépressif comme réaction...
Les aventures de (Gérard ?) Lambert en Afrique...
C'est une bande pour initié, il n'est pas facile de rentrer dans l'œuvre de Matthias Schultheiss.
Le récit alterne entre polar, fantastique et chronique sociale hyper réaliste. Les protagonistes sont tous des marginaux avec une âme souvent laide. Sauf Lambert, antihéros de cette histoire qui est une sorte de dieu maudit de la destruction.
Côté dessin, le trait est viscéral et tourmenté. Il empreinte beaucoup à la peinture de Egon Schiele, avec une approche très psychologique, où la maigreur des corps et les postures contorsionnées servent à exprimer l'angoisse.
Mais Schulteiss est aussi capable d'utiliser le décor de la mer pour créer une atmosphère onirique à la manière d'un William Turner, en noyant les formes dans une sorte de brouillard tempétueux.
Ma note est sévère car je suis resté un peu étranger à l'univers qui était proposé. Mais force est de constater l'excellent niveau général de cette bande.
3.5
Un bon album qui raconte un procès qui a été important dans la lutte pour légaliser l'avortement en France. Ce qui m'a sauté aux yeux est que tout le long du procès de Marie-Claire Chevalier, une adolescente de 15 ans, est qu'au travers son histoire et celle de sa famille on voit toute la violence que la société peut faire aux femmes: elle a été violée, elle ne veut pas être une mère-fille comme cela a été le cas pour sa mère, la mère qui est le seul parent de la maison et qui vit sur un salaire de misère avec ses filles, les femmes qui ne peuvent pas avoir contrôler sur leur corps....C'est vraiment une histoire triste et c'est intéressant de voir comment ce procès a permis de faire évoluer les mentalités.
Cela dit je comprends les avis moins positifs sur cet album. C'est vrai que plusieurs éléments sont survolés, notamment lorsqu'on fait appelle à des figures féministes. Je pense qu'un lecteur qui ne connait rien à la société française de l'époque pourrait ne pas comprendre certains éléments du scénario. J'ai en tête la scène avec Françoise Giroud qui écrit un article sur l'affaire et un type lambda lui dit que ça pourrait causer des problèmes et elle répond qu'elle s'en fout....Comme on n’explique même pas que Giroud était une des responsables de l'Express à l'époque, on dirait que pour une raison quelconque une journaliste peut écrire tout ce qu'elle veut même si ça attire des problèmes au magazine où elle travaille !
Mais bon cela ne m'a pas trop dérangé vu que j'ai des bonnes connaissances de cette époque et j'ai trouvé que c'était un album passionnant à lire, mais je vois bien les raisons qui pourraient faire en sorte que d'autres lecteurs aiment moins que moi.
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Pyraths
Une jeune voleuse embarque à bord d’un équipage de pirates aussi incompétents que loufoques dans une chasse au trésor remplie de créatures fantastiques, de références anachroniques et de clins d'oeil à Pirates des Caraïbes et à d’autres univers du même genre. L'album repose clairement sur une volonté de détourner les codes du récit de pirates avec un humour absurde et décalé. Le problème, c’est que cet humour m’a paru très lourdaud et souvent forcé, avec des blagues qui semblent plaquées artificiellement sur les scènes plutôt que réellement intégrées au récit. Les dialogues sonnent faux, les personnages passent leur temps à cabotiner, et malgré la volonté de faire du décalé ou de l’absurde, je n’ai quasiment jamais souri. Le dessin donne pourtant une bonne première impression. Le trait est souple, vivant, assez séduisant au premier regard, avec une vraie énergie graphique et des couleurs agréables. Mais à la lecture, cela devient beaucoup plus brouillon. Les personnages ont des anatomies très cartoonesques qui m’ont souvent perturbé, notamment ces jambes étonnamment courtes et presque caoutchouteuses qui donnent parfois l’impression que les corps manquent totalement de structure. La mise en scène elle-même paraît assez brinquebalante, avec un découpage confus et un rythme qui fonctionne mal. Malgré un fond graphique pas inintéressant et une envie évidente de proposer une aventure humoristique déjantée, l’histoire ne prend jamais vraiment. Entre les références insistantes, les gags qui tombent à plat et une narration assez pénible à suivre, j’ai péniblement parcouru cet album sans décrocher un sourire.
Le Prix de l'amour
Une quinquagénaire divorcée part seule sur une île paradisiaque pour vivre des relations tarifées avec de jeunes hommes, tout en gardant un regard lucide sur ce qu'elle vient réellement chercher dans ces vacances mêlant désir, solitude et besoin d'affection. Là encore, Axel place le sexe de manière très explicite au coeur du récit, avec ce réalisme cru et naturaliste qu'il maîtrise bien. Les corps sont imparfaits, les scènes sexuelles très directes, parfois même volontairement peu glamour, mais ce n'est clairement pas du porno fantasmé : tout paraît pensé avant tout pour servir une histoire et des personnages crédibles. Et c'est ce que j'apprécie chez lui. Derrière les scènes de sexe, il cherche surtout à raconter quelque chose de réaliste et d'humain. Ici, il parle du vieillissement, du besoin de se sentir encore désirable, du tourisme sexuel féminin, des relations ambiguës où chacun sait plus ou moins pourquoi il est là. Il y a une vraie mélancolie dans tout ça, mais moins lourde et déprimante que dans Une femme fidèle. Le ton est plus léger, plus estival, parfois même un peu tendre. Le personnage principal fonctionne bien parce qu'elle assume ses envies sans être idéalisée ni caricaturale. Cela rend l'ensemble légèrement plus émoustillant aussi, même si le côté très cru et naturaliste du récit ne m'a pas forcément excité à proprement parler. L'histoire reste simple et assez courte, comme souvent chez Axel, mais elle m'a paru aboutie et fluide. Ce n'est pas une BD érotique qui cherche avant tout à stimuler, mais plutôt une parenthèse mélancolique et adulte autour du sexe, de la solitude et du besoin de se sentir encore vivant.
Une femme fidèle
Une professeure mariée à un homme lourdement handicapé entretient avec lui une relation intime singulière : elle rencontre d'autres hommes dans des clubs libertins, filme leurs rapports sexuels et partage ensuite ces vidéos avec son mari, jusqu'au jour où les sentiments viennent bouleverser cet équilibre fragile. Comme toujours chez Axel, le sexe très explicite occupe une place centrale dans le récit, avec ce réalisme cru et naturaliste qu'il maîtrise bien. Les corps paraissent vrais, imparfaits, crédibles, et cela donne aux scènes une dimension plus humaine que fantasmée. Mais justement, dans le cas particulier de cet album, tout cela m'a davantage évoqué quelque chose de triste et de déprimant que réellement érotique. Il parle surtout de solitude, de dépendance affective, de fidélité, du poids du handicap et de la manière dont un couple tente de survivre malgré une situation impossible. C'est traité sérieusement, avec une certaine justesse, sans voyeurisme gratuit, mais il en ressort une mélancolie permanente qui écrase un peu toute forme d'excitation ou de sensualité. Même les scènes de sexe finissent par dégager une impression de malaise ou de tristesse plus que de plaisir. Le dessin fonctionne toujours bien, avec ce style réaliste un peu rugueux propre à l'auteur, et les personnages paraissent authentiques, ce qui aide à croire à leur relation. Mais l'histoire reste finalement assez simple et vite résumée, avec une progression assez courte et une conclusion qui m'a laissé un peu vide. Je ressors donc de cette lecture davantage touché par son côté sombre et humain que réellement emballé. Ce n'est pas inintéressant, loin de là, mais ce n'est clairement pas un album qui m'a donné envie d'y revenir ou de le relire.
Les Aventures de François Ruffin, député-reporter
Nous sommes à un an de l'élection présidentielle. A l'heure où les candidat(e)s présomptifs/ves sont nombreux/ses, certains essaient de se démarquer, de sortir du lot. Sans clamer que je sois particulièrement fan du personnage, force est de constater que François Ruffin, député écologiste de la Somme, essaie de se démarquer. Journaliste et documentariste de formation, il s'est engagé depuis une dizaine d'années en politique, et est député de la Somme depuis 2017. Ce mandat lui permet de se mêler à la population locale, lors d'évènements divers, de manifestations ou encore d'immersions avec des travailleurs et des travailleuses de la première ligne, salué(e)s durant la crise Covid, mais jamais rétribué(e)s de manière substantielle. On a donc une suite d'instantanés, certains uniques, d'autres découpés en plusieurs segments, qui montrent son écoute, son talent pour le dialogue et l'esprit de synthèse qui lui permet d'être pertinent et percutant dans ses interventions et ses analyses. Des anecdotes racontées par Ruffin lui-même, et transformées en segments narratifs par le talentueux et chevronné Laurent Galandon. Des anecdotes, des témoignages parfois poignants, tous intéressants. Ruffin s'y montre donc attentif, offensif, mais jamais injurieux ou agressif comme il peut l'être dans d'autres circonstances. C'est donc un peu policé, une bonne chose, mais Ruffin y est aussi, par moments, un peu pédant, ce qui est dommage. Le travail graphique des onze dessinatrices et dessinateurs qui ont accepté de le suivre dans l'aventure est vraiment bon, quoique très diversifié (on a Pendanx et Jul, par exemple...). Ils ont fait du bon boulot sur des formats courts, voire très courts. Ces témoignages sont donc intéressants pour comprendre ce qu'est "La France d'en bas".
Gaslight Stray Dog Detectives
Ah, une nouvelle variation sur Sherlock Holmes ! Certes, on a déjà eu Les Quatre de Baker Street sur ce même sujet des gamins des rues de Londres, qui servent parfois d'informateurs, voire de limiers, au célèbre détective, mais cette série est un peu différente. Sur ce premier tome Louis est seul, ou plutôt se retrouve seul suite au meurtre de son amie et protectrice, et il entretient un rapport complexe d'admiration et de rancune envers celui qui vient d'arriver à Baker Street et le prend sous son aile. Holmes y est arrogant, violent, dédaigneux, mais sait reconnaître la graine de détective dans ce gamin tout crasseux. Le scénariste est allé fouiner dans les recoins des œuvres de Sir Arthur Conan Doyle pour y trouver des références, parfois très ténues, à des affaires déjà résolues par Holmes. Il s'en inspire donc, comme de nombreux suiveurs et adeptes, pour proposer des histoires originales. Et ma foi, c'est assez plaisant, avec ces personnages au caractère bien trempé (on y croise également un jeune Lestrade, mais pas encore d'autres personnages iconiques de la saga littéraire d'origine), et ces affaires surprenantes. Et ce premier tome s'achève sur la rencontre avec un autre drôle de personnage... Graphiquement Matsubara propose une version plutôt intéressante de la Londres victorienne, et des personnages bien tenus visuellement, mis en scène de façon très dynamique. C'est une relecture modenre et intéressante.
Les Dépressifs anonymes
La dépression est un véritable fléau, qui gâche la vie de centaines de milliers de personnes, malades comme entourage. Cette BD nous met à la place d'un psychiatre, le Dr David Gourion, qui anime des séances de dépressifs anonymes. L'album démarre avec l'arrivée d'une nouvelle personne au sein de ce cercle. L'occasion pour les participants de rappeler ce qui les a amenés là, avec la diversité de leurs expériences, leur façon différenciée de vivre leur affection, mais aussi l'accompagnement proposé par le médecin (et d'autres) pour les faire sortir de là. Alors certes, le sujet n'est pas joyeux, mais ma lecture fut rien moins qu'ennuyée. J'ai la chance de ne pas avoir de dépressifs dans mon entourage proche, mais je n'ai pas vraiment eu l'impression d'apprendre grand-chose. Je ne minimise pas du tout la portée de la dépression, et la souffrance de celles et ceux qui y sont confrontés, mais là c'était un plaisir de lecture très relatif. Le dessin d'Elizabeth Holleville est dans un style naïf, mais sans relief ni inventivité (ici du moins), donc pas grand-chose à en retenir. Quand je vois ma notation : "Bof, sans plus", je me dis que ça fait un peu dépressif comme réaction...
Le Rêve du requin
Les aventures de (Gérard ?) Lambert en Afrique... C'est une bande pour initié, il n'est pas facile de rentrer dans l'œuvre de Matthias Schultheiss. Le récit alterne entre polar, fantastique et chronique sociale hyper réaliste. Les protagonistes sont tous des marginaux avec une âme souvent laide. Sauf Lambert, antihéros de cette histoire qui est une sorte de dieu maudit de la destruction. Côté dessin, le trait est viscéral et tourmenté. Il empreinte beaucoup à la peinture de Egon Schiele, avec une approche très psychologique, où la maigreur des corps et les postures contorsionnées servent à exprimer l'angoisse. Mais Schulteiss est aussi capable d'utiliser le décor de la mer pour créer une atmosphère onirique à la manière d'un William Turner, en noyant les formes dans une sorte de brouillard tempétueux. Ma note est sévère car je suis resté un peu étranger à l'univers qui était proposé. Mais force est de constater l'excellent niveau général de cette bande.
Bobigny 1972
3.5 Un bon album qui raconte un procès qui a été important dans la lutte pour légaliser l'avortement en France. Ce qui m'a sauté aux yeux est que tout le long du procès de Marie-Claire Chevalier, une adolescente de 15 ans, est qu'au travers son histoire et celle de sa famille on voit toute la violence que la société peut faire aux femmes: elle a été violée, elle ne veut pas être une mère-fille comme cela a été le cas pour sa mère, la mère qui est le seul parent de la maison et qui vit sur un salaire de misère avec ses filles, les femmes qui ne peuvent pas avoir contrôler sur leur corps....C'est vraiment une histoire triste et c'est intéressant de voir comment ce procès a permis de faire évoluer les mentalités. Cela dit je comprends les avis moins positifs sur cet album. C'est vrai que plusieurs éléments sont survolés, notamment lorsqu'on fait appelle à des figures féministes. Je pense qu'un lecteur qui ne connait rien à la société française de l'époque pourrait ne pas comprendre certains éléments du scénario. J'ai en tête la scène avec Françoise Giroud qui écrit un article sur l'affaire et un type lambda lui dit que ça pourrait causer des problèmes et elle répond qu'elle s'en fout....Comme on n’explique même pas que Giroud était une des responsables de l'Express à l'époque, on dirait que pour une raison quelconque une journaliste peut écrire tout ce qu'elle veut même si ça attire des problèmes au magazine où elle travaille ! Mais bon cela ne m'a pas trop dérangé vu que j'ai des bonnes connaissances de cette époque et j'ai trouvé que c'était un album passionnant à lire, mais je vois bien les raisons qui pourraient faire en sorte que d'autres lecteurs aiment moins que moi.