2.5
C'est le nom de Jacques Lamontagne qui a attiré mon attention lorsque je cherchais de nouvelles séries à lire dans une des bibliothèques de ma ville. C'est un auteur que j'apprécie même si sa production est inégale.
J'ai été un peu déçu de voir qu'il ne signe que le scénario parce que j'adore son dessin, mais le dessinateur s'en tire bien et au final le problème vient du scénario de Lamontagne. Les personnages sont des archétypes et les thèmes abordés dans les deux tomes sont du déjà vu. Tout est trop classique et léger pour que ça soit mémorable. Je ne dirais pas que tout est prévisible, mais lorsqu'on avait une révélation je n'étais pas surpris. Si le premier tome est pas trop mal, le rythme du deuxième tome est trop rapide et tout ce conclus d'une manière trop facilement.
Ça se laisse lire si on a rien à faire.
Je rejoins l'avis des autres sur cet one-shot.
J'ai lu cet album parce que j'ai vu que c'était de Binet et je ne connaissais pas du tout l'histoire de Marion. Cette pauvre femme a été victime d'un ACV à l'âge de 18 ans et qui durant longue réhabilitions a correspondue avec Binet, un des ses auteurs de bandes dessinées préférés. Binet a donc produit ce témoignage sur ce qui lui est arrivé.
Le résultat est correct. On retrouve le dessin de Binet que j'aime bien et son humour permet de passer au travers les choses horribles qui sont arrivés à Marion après avoir eu son ACV. On retrouve l'humour jaune qu'il y avait dans l'autobiographie de Binet ``L'institution''. La lecture est cependant trop légère pour être mémorable, J'aurais aimé que la partie où on découvre qu'une pilule contraceptive serait la cause de l'ACV et le procès qui s'en est suivie soit plus approfondie. Ça va tellement vite qu'en refermant l'album je n'étais pas convaincu de la culpabilité de la compagnie pharmaceutique. La fin est trop abrupte même si je comprends que le fait que la procédure judiciaire soit toujours en cours fait en sorte que l'histoire personnelle de Marion n'avait pas de conclusion durant la production de cet album.
J’ai découvert Silver Surfer: Requiem dans l’édition Marvel Prestige, et pour moi c’est un 5/5 sans hésitation.
Ce comics m’a marqué par son approche totalement différente du genre super-héroïque. Ici, pas de combats ni d’action démesurée : tout repose sur une ambiance mélancolique et une réflexion profonde sur la mort. Voir le Surfer d’Argent, habituellement presque divin, confronté à sa fin le rend incroyablement humain.
L’histoire est simple, mais puissante. Chaque moment ressemble à un adieu, chaque dialogue sonne juste. Il y a une vraie dignité dans sa manière d’accepter l’inévitable, et ça donne une portée émotionnelle assez rare chez Marvel.
Visuellement, c’est sublime : des planches lumineuses, presque irréelles, qui contrastent parfaitement avec la tristesse du récit. Ça renforce ce côté poétique et intemporel.
Au final, Requiem est une œuvre courte mais marquante, presque une méditation sur la vie et la mort. Une vraie claque, et clairement l’un des récits les plus touchants que j’ai lus chez Marvel.
Étrange sentiment à la lecture de ce diptyque. En refermant le deuxième album, j’ai eu l’impression de n’avoir quasiment rien lu.
Alors, certes, cette lecture est très rapide ! Mais, sur une période fortement anxiogène (Paris sous l’occupation), la traque des juifs, les profiteurs de guerre, et avec deux femmes paumées et persécutées pour traverser ces nuits glauques, il y avait quand même matière à proposer quelque chose de plus intense.
Au lieu de quoi, bien au contraire, c’est une histoire relativement creuse, avec un manque de rythme flagrant, qui m’a laissé de côté. Et tous les commentaires en off, parfois redondants ou inutiles, n’ont fait qu’accentuer cette impression de vide.
Les rares moments dramatiques sont édulcorés. Ceux qui aident Anna pour ses papiers sont arrêtés /violentés, mais la façon de représenter ces actions (bruits et images d’étoiles) est un peu ridicule. Le sort d’Anna et d’Arlette, un temps très inquiétant, est rapidement rassurant, avec un happy end un peu forcé, avec une transition brutale.
On a du mal à s’attacher à Arlette et Anna, les deux héroïnes, là aussi tout n’est qu’effleuré.
Une lecture décevante me concernant.
Incroyable et perturbant à la fois, c'est une pépite sur laquelle on ne tombe pas assez à mon goût ! Tout est pensé pour nous plonger dans un désir malsain de continuer à lire et c'est formidable ! Tout est si bien pensé, si bien fait, un tel respect de la communauté LGBTQIA+ ! C'est un manga qui mériterait une adaptation cinématographique !!
Hey, vous avez remarqué que le discours public et politique prenait un tournant dramatique dernièrement ?
Ça vous dirait une série de gags où l'on caricaturerait la situation à fond pour en rire (et un peu pointer du doigt aussi) ?
L'album est une succession de gags cons et sarcastiques, teintés d'un léger humour noir, parodiant la glissée dernière de notre société vers des tendances fascistes.
Un nouveau ministre vient d'arriver au pouvoir, on privatise tout, on tente de ramener la méritocratie, on musèle et punit toute forme de contre-pouvoir, on met en place des termes valises que personne ne comprend vraiment pour manipuler l'opinion publique, on entretient un culte de la personnalité des leaders et une division militarisée de la société, … Bref, on pointe du doigt le caractère froid et inhumain de l'administratif à outrance joint aux dérives sectaires et fascistes qui ont de nouveau le vent en poupe dernièrement.
Le dessin est minimaliste (bonhommes bâtons), la situation est caricaturale au possible, la formule est aujourd'hui bien connue mais le résultat reste bon. Pas révolutionnaire mais tout de même bon, avec quelques gags qui ont fait mouche.
J'aurais sans doute préféré des dénonciations plus affirmées et des gags plus mordants (reproche que je fais mine de rien régulièrement face aux créations humoristiques se revendiquant également dénonciatrices), mais bon pour cela je n'aurais qu'à lire ou écouter des essais sur le sujet, en tant qu'album humoristique (mais tout de même un peu critique) le résultat est bon.
Je regrette tout de même qu'avec toutes ces conneries de féministes hystériques et de wokistes radicalo-gauchistes on en oublie finalement de synergiser des solutions holistiques en garantissant un upscale des bulletpoints dans un cadre de libération économique !
La dernière œuvre de Pichard publiée de son vivant.
Je ne suis pas en mesure de vérifier la fidélité de l'adaptation n'ayant pas lu le roman original de Diderot.
Néanmoins la transposition par Pichard de ce classique en bd semblait une évidence.
L'histoire d'une religieuse, enfermée en couvent et tourmentée par les sœurs car elle souhaitait renoncer à ses voeux et recouvrer la liberté, constitue un terreau parfait pour accueillir les obsessions de l'auteur : luxure, vanité, servitude...
Je ne met que 3 car arrivé à la fin, on comprends que l'histoire n'est pas terminée (Suzanne prévoit de retrouver son bienfaiteur). Cela est certainement dû aux problèmes de santé de Pichard qui l'obligeront à arrêter de dessiner à la fin des années 90.
Au niveau du dessin, on retrouve le trait de sa dernière période c'est à dire très hachuré mais toujours aussi talentueux.
Une lecture recommandée (à condition de se confesser après).
Cet album recueille l'adaptation de trois nouvelles de Lovecraft liées au Monde du Rêve, comme des préquels ou des spin-offs des aventures de Randolph Carter, sans que celui-ci apparaisse dans aucune d'entre elles.
La première, Celephais, reprend presque la même trame que La Quête onirique de Kadath l'inconnue, avec un rêveur qui cherche à retrouver la belle cité dont il rêvait jadis. Les aventures de Kuranes sont néanmoins plus concises et plus évaporées, centrées sur un artiste paumé qui fuit la réalité pour vivre dans un monde rêvé idéal, parfois par le biais de drogues, avec une fin volontairement en demi-teinte qui diffère du ton plus classique de Lovecraft. Cela manque de structure et, pour qui a lu Kadath, cela ressemble trop à un brouillon imprécis et inabouti.
La seconde raconte l'origine de la loi interdisant de tuer les chats de la ville d'Ulthar, éléments essentiels eux aussi de La Quête onirique de Kadath l'inconnue. L'histoire est basique et sans surprise pour qui connaît les aventures de Randolph Carter. Je n'ai pas aimé non plus Ulthar représentée comme une cité européenne trop contemporaine, loin de l'imaginaire fantasy que je me faisais du Monde du Rêve. Les faiblesses du dessin de Gou Tanabe m'ont aussi sauté aux yeux, notamment la laideur des chats, essentiels au récit mais mal rendus.
La troisième commence elle aussi à Ulthar et suit deux personnages partant observer les dieux de la Terre danser sur leur ancienne montagne. Là encore, le sujet est déjà abordé dans La Quête onirique de Kadath l'inconnue, mais Lovecraft revient sur le thème pour montrer concrètement ce qui arrive à ceux qui commettent ce sacrilège d'orgueil. Pas de surprise ici non plus, pas de représentation graphique marquante. J'ai été de nouveau agacé de voir à Ulthar une église si chrétienne et une croix qui n'ont, à mon sens, pas leur place dans le Monde du Rêve.
Il s'agit donc de l'adaptation de trois nouvelles dispensables car toutes largement supplantées par La Quête onirique de Kadath l'inconnue, pour lesquelles le dessin ainsi que les choix graphiques de Gou Tanabe contribuent peu à restituer la magie et l'étrangeté du Monde du Rêve. Cela manque de souffle et de cohérence avec l'univers original.
Alors que le film d'animation vient de sortir ce 4 mars, voici la version BD qui débarque. Ces deux adaptations du roman à succès d’Ahmadou Kourouma « Allah n'est pas obligé » (prix Renaudot 2000) sont réalisés par Zaven Najjar aidé de Karine Winczura au scénario.
C'est l'histoire d'un garçon, Birahima 8 ans, qui doit partir chez sa tante après le décès de sa mère. Un voyage avec pour point de départ Togobala en Guinée et direction le Libéria où vit sa tutrice, il sera accompagné par Yacouba un grigriman. Nous sommes en 1990 et à cette période la situation géopolotique n'est pas simple dans cette partie de l'Afrique de l'Ouest.
Un récit âpre, violent et parfois drôle qui mélange fiction et la terrible réalité historique. En effet, Birahima et son compagnon de voyage seront enrôlés de force par des factions armées qui vont lui mettre une Kalachnikov dans les mains et en faire un enfant soldat. Des milices qui se battent pour le pouvoir, celui de commercer avec les occidentaux à un prix défiant toutes concurrences les richesses du sous-sol (or et diamant) et pour cela elles commetteront les pires exactions : meurtres et viols sont les instruments de la terreur. Mais aussi, pour éviter une élection, une pratique barbare « manches longues ou manches courtes ? » et lorsqu'on voit arriver la machette...
Une narration dominée par la voix off de Birahima avec son langage fait d'un français local (on s'y habitue rapidement). Un petit garçon qui ne quitte jamais ses dictionnaires et qui nous donnera régulièrement la signification de certains mots (pour appuyer là où ça fait mal).
Une BD très instructive sur cette période de l'Histoire quelque peu oubliée, elle ne fait pas dans le sensationnel, les scènes cruelles ne sont que suggérées. Femmes, enfants et vieillards en sont les premières victimes. Mais voilà, il m'a manqué l'essentiel : l'émotion !
Graphiquement, j'ai aimé ce rendu très réaliste, on est véritablement en immersion dans cette Afrique de l'ouest.
Je ne sais pas si Zaven Najjar a pioché dans les images de son film pour réaliser l'album. Par contre, ce que je sais c'est que cette BD est plus fidèle au roman et qu'il y a introduit des passages ne figurant pas dans son film.
Du bon boulot.
Lecture conseillée pour ce travail de mémoire.
Note réelle : 3,5.
Après Mezkal et Convoi, revoilà notre duo d'auteurs qui se lance dans une nouvelle série plus développée (3 tomes prévus).
Nous voici projetés dans un univers SF bien noir qui pourrait faire penser à Blade Runner pour le background, même si l'action se situe dans une méta-cité de Lyon qui a bien changé avec le temps. Cette mégalopole est tenue d'une main de fer par le Mayor et sa milice et différentes factions mafieuses qui se partagent le marché de la drogue du moment : le Blast, seul échappatoire illusoire d'une populace essorée. Quand arrive sur le marché une contrefaçon meilleur prix, le fragile équilibre de ces magnats commence à vaciller et la mécanique du pire se pointe en ligne de mire...
Si les personnages et l'intrigue fourmillent d'emprunts et de clins d'oeils, c'est avant tout le graphisme maîtrisé de Jeff qui nous accroche. Composition, dessin et colorisation sont une franche réussite. Côté scénario, ça sent quand même le déjà vu, même si (comme moi) les amateurs du genre ils trouveront leurs petits. La trame générale reste pour le moment avec ce tome introductif un peu floue, espérons que la suite développe davantage et ouvre de nouveaux horizons.
En attendant, un bon premier tome qui donne l'eau à la bouche.
*** Tome 2 ***
Et voici donc le second volet de cette trilogie ! Moi qui attendait de la surprise et des rebondissements, et bien j'ai été servi !
Car dans ce deuxième opus, ça ne fait pas dans la demi mesure ! On pourrait même parfois reprocher au récit de s'emballer et de frôler le parapet. Certaines scènes s'enchainent tellement vite qu'il m'a fallu reprendre certaines pages pour bien comprendre les enjeux et ce qui se passait.
Mais globalement tout se tient et déroule grand train, servi par le dessin de Jef qui pose à merveille ambiances et personnages. C'est sombre et glauque à souhait, maniant un équilibre très juste entre trait, cadrages et colorisation. Le résultat est bluffant.
Vivement le tome 3 !
*** Tome 3 ***
Voici donc la conclusion de cette trilogie. Une mécanique bien huilée à l'hémoglobine, qui réussit à retomber sur ses pattes sans trop de dommages.
Car vu le nombre de personnages et le pourcentage élevé de pertes autorisées, faut s'accrocher pour ne pas perdre le fil. J'ai bien fait de relire le tome 2 avant de m'attaquer à sa conclusion, car son macrocosme et ses différentes parties prenantes sont légion et ventilent dans tous les sens. MétaCitéLyon est en ébullition et ça charcle à tout va ! Jef n'a dans cette série pas son pareil pour retranscrire cette ambiance futuriste sirupeuse et mortifère ; l'immersion est totale !
Une très bonne trilogie de SF bien noire comme je les aime !
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Le Manoir Sheridan
2.5 C'est le nom de Jacques Lamontagne qui a attiré mon attention lorsque je cherchais de nouvelles séries à lire dans une des bibliothèques de ma ville. C'est un auteur que j'apprécie même si sa production est inégale. J'ai été un peu déçu de voir qu'il ne signe que le scénario parce que j'adore son dessin, mais le dessinateur s'en tire bien et au final le problème vient du scénario de Lamontagne. Les personnages sont des archétypes et les thèmes abordés dans les deux tomes sont du déjà vu. Tout est trop classique et léger pour que ça soit mémorable. Je ne dirais pas que tout est prévisible, mais lorsqu'on avait une révélation je n'étais pas surpris. Si le premier tome est pas trop mal, le rythme du deuxième tome est trop rapide et tout ce conclus d'une manière trop facilement. Ça se laisse lire si on a rien à faire.
Marion
Je rejoins l'avis des autres sur cet one-shot. J'ai lu cet album parce que j'ai vu que c'était de Binet et je ne connaissais pas du tout l'histoire de Marion. Cette pauvre femme a été victime d'un ACV à l'âge de 18 ans et qui durant longue réhabilitions a correspondue avec Binet, un des ses auteurs de bandes dessinées préférés. Binet a donc produit ce témoignage sur ce qui lui est arrivé. Le résultat est correct. On retrouve le dessin de Binet que j'aime bien et son humour permet de passer au travers les choses horribles qui sont arrivés à Marion après avoir eu son ACV. On retrouve l'humour jaune qu'il y avait dans l'autobiographie de Binet ``L'institution''. La lecture est cependant trop légère pour être mémorable, J'aurais aimé que la partie où on découvre qu'une pilule contraceptive serait la cause de l'ACV et le procès qui s'en est suivie soit plus approfondie. Ça va tellement vite qu'en refermant l'album je n'étais pas convaincu de la culpabilité de la compagnie pharmaceutique. La fin est trop abrupte même si je comprends que le fait que la procédure judiciaire soit toujours en cours fait en sorte que l'histoire personnelle de Marion n'avait pas de conclusion durant la production de cet album.
Silver Surfer - Requiem
J’ai découvert Silver Surfer: Requiem dans l’édition Marvel Prestige, et pour moi c’est un 5/5 sans hésitation. Ce comics m’a marqué par son approche totalement différente du genre super-héroïque. Ici, pas de combats ni d’action démesurée : tout repose sur une ambiance mélancolique et une réflexion profonde sur la mort. Voir le Surfer d’Argent, habituellement presque divin, confronté à sa fin le rend incroyablement humain. L’histoire est simple, mais puissante. Chaque moment ressemble à un adieu, chaque dialogue sonne juste. Il y a une vraie dignité dans sa manière d’accepter l’inévitable, et ça donne une portée émotionnelle assez rare chez Marvel. Visuellement, c’est sublime : des planches lumineuses, presque irréelles, qui contrastent parfaitement avec la tristesse du récit. Ça renforce ce côté poétique et intemporel. Au final, Requiem est une œuvre courte mais marquante, presque une méditation sur la vie et la mort. Une vraie claque, et clairement l’un des récits les plus touchants que j’ai lus chez Marvel.
Deux passantes dans la nuit
Étrange sentiment à la lecture de ce diptyque. En refermant le deuxième album, j’ai eu l’impression de n’avoir quasiment rien lu. Alors, certes, cette lecture est très rapide ! Mais, sur une période fortement anxiogène (Paris sous l’occupation), la traque des juifs, les profiteurs de guerre, et avec deux femmes paumées et persécutées pour traverser ces nuits glauques, il y avait quand même matière à proposer quelque chose de plus intense. Au lieu de quoi, bien au contraire, c’est une histoire relativement creuse, avec un manque de rythme flagrant, qui m’a laissé de côté. Et tous les commentaires en off, parfois redondants ou inutiles, n’ont fait qu’accentuer cette impression de vide. Les rares moments dramatiques sont édulcorés. Ceux qui aident Anna pour ses papiers sont arrêtés /violentés, mais la façon de représenter ces actions (bruits et images d’étoiles) est un peu ridicule. Le sort d’Anna et d’Arlette, un temps très inquiétant, est rapidement rassurant, avec un happy end un peu forcé, avec une transition brutale. On a du mal à s’attacher à Arlette et Anna, les deux héroïnes, là aussi tout n’est qu’effleuré. Une lecture décevante me concernant.
Monstrophobie
Incroyable et perturbant à la fois, c'est une pépite sur laquelle on ne tombe pas assez à mon goût ! Tout est pensé pour nous plonger dans un désir malsain de continuer à lire et c'est formidable ! Tout est si bien pensé, si bien fait, un tel respect de la communauté LGBTQIA+ ! C'est un manga qui mériterait une adaptation cinématographique !!
Amour, Fascisme et CDD
Hey, vous avez remarqué que le discours public et politique prenait un tournant dramatique dernièrement ? Ça vous dirait une série de gags où l'on caricaturerait la situation à fond pour en rire (et un peu pointer du doigt aussi) ? L'album est une succession de gags cons et sarcastiques, teintés d'un léger humour noir, parodiant la glissée dernière de notre société vers des tendances fascistes. Un nouveau ministre vient d'arriver au pouvoir, on privatise tout, on tente de ramener la méritocratie, on musèle et punit toute forme de contre-pouvoir, on met en place des termes valises que personne ne comprend vraiment pour manipuler l'opinion publique, on entretient un culte de la personnalité des leaders et une division militarisée de la société, … Bref, on pointe du doigt le caractère froid et inhumain de l'administratif à outrance joint aux dérives sectaires et fascistes qui ont de nouveau le vent en poupe dernièrement. Le dessin est minimaliste (bonhommes bâtons), la situation est caricaturale au possible, la formule est aujourd'hui bien connue mais le résultat reste bon. Pas révolutionnaire mais tout de même bon, avec quelques gags qui ont fait mouche. J'aurais sans doute préféré des dénonciations plus affirmées et des gags plus mordants (reproche que je fais mine de rien régulièrement face aux créations humoristiques se revendiquant également dénonciatrices), mais bon pour cela je n'aurais qu'à lire ou écouter des essais sur le sujet, en tant qu'album humoristique (mais tout de même un peu critique) le résultat est bon. Je regrette tout de même qu'avec toutes ces conneries de féministes hystériques et de wokistes radicalo-gauchistes on en oublie finalement de synergiser des solutions holistiques en garantissant un upscale des bulletpoints dans un cadre de libération économique !
La Religieuse
La dernière œuvre de Pichard publiée de son vivant. Je ne suis pas en mesure de vérifier la fidélité de l'adaptation n'ayant pas lu le roman original de Diderot. Néanmoins la transposition par Pichard de ce classique en bd semblait une évidence. L'histoire d'une religieuse, enfermée en couvent et tourmentée par les sœurs car elle souhaitait renoncer à ses voeux et recouvrer la liberté, constitue un terreau parfait pour accueillir les obsessions de l'auteur : luxure, vanité, servitude... Je ne met que 3 car arrivé à la fin, on comprends que l'histoire n'est pas terminée (Suzanne prévoit de retrouver son bienfaiteur). Cela est certainement dû aux problèmes de santé de Pichard qui l'obligeront à arrêter de dessiner à la fin des années 90. Au niveau du dessin, on retrouve le trait de sa dernière période c'est à dire très hachuré mais toujours aussi talentueux. Une lecture recommandée (à condition de se confesser après).
Les Chats d'Ulthar
Cet album recueille l'adaptation de trois nouvelles de Lovecraft liées au Monde du Rêve, comme des préquels ou des spin-offs des aventures de Randolph Carter, sans que celui-ci apparaisse dans aucune d'entre elles. La première, Celephais, reprend presque la même trame que La Quête onirique de Kadath l'inconnue, avec un rêveur qui cherche à retrouver la belle cité dont il rêvait jadis. Les aventures de Kuranes sont néanmoins plus concises et plus évaporées, centrées sur un artiste paumé qui fuit la réalité pour vivre dans un monde rêvé idéal, parfois par le biais de drogues, avec une fin volontairement en demi-teinte qui diffère du ton plus classique de Lovecraft. Cela manque de structure et, pour qui a lu Kadath, cela ressemble trop à un brouillon imprécis et inabouti. La seconde raconte l'origine de la loi interdisant de tuer les chats de la ville d'Ulthar, éléments essentiels eux aussi de La Quête onirique de Kadath l'inconnue. L'histoire est basique et sans surprise pour qui connaît les aventures de Randolph Carter. Je n'ai pas aimé non plus Ulthar représentée comme une cité européenne trop contemporaine, loin de l'imaginaire fantasy que je me faisais du Monde du Rêve. Les faiblesses du dessin de Gou Tanabe m'ont aussi sauté aux yeux, notamment la laideur des chats, essentiels au récit mais mal rendus. La troisième commence elle aussi à Ulthar et suit deux personnages partant observer les dieux de la Terre danser sur leur ancienne montagne. Là encore, le sujet est déjà abordé dans La Quête onirique de Kadath l'inconnue, mais Lovecraft revient sur le thème pour montrer concrètement ce qui arrive à ceux qui commettent ce sacrilège d'orgueil. Pas de surprise ici non plus, pas de représentation graphique marquante. J'ai été de nouveau agacé de voir à Ulthar une église si chrétienne et une croix qui n'ont, à mon sens, pas leur place dans le Monde du Rêve. Il s'agit donc de l'adaptation de trois nouvelles dispensables car toutes largement supplantées par La Quête onirique de Kadath l'inconnue, pour lesquelles le dessin ainsi que les choix graphiques de Gou Tanabe contribuent peu à restituer la magie et l'étrangeté du Monde du Rêve. Cela manque de souffle et de cohérence avec l'univers original.
Allah n'est pas obligé
Alors que le film d'animation vient de sortir ce 4 mars, voici la version BD qui débarque. Ces deux adaptations du roman à succès d’Ahmadou Kourouma « Allah n'est pas obligé » (prix Renaudot 2000) sont réalisés par Zaven Najjar aidé de Karine Winczura au scénario. C'est l'histoire d'un garçon, Birahima 8 ans, qui doit partir chez sa tante après le décès de sa mère. Un voyage avec pour point de départ Togobala en Guinée et direction le Libéria où vit sa tutrice, il sera accompagné par Yacouba un grigriman. Nous sommes en 1990 et à cette période la situation géopolotique n'est pas simple dans cette partie de l'Afrique de l'Ouest. Un récit âpre, violent et parfois drôle qui mélange fiction et la terrible réalité historique. En effet, Birahima et son compagnon de voyage seront enrôlés de force par des factions armées qui vont lui mettre une Kalachnikov dans les mains et en faire un enfant soldat. Des milices qui se battent pour le pouvoir, celui de commercer avec les occidentaux à un prix défiant toutes concurrences les richesses du sous-sol (or et diamant) et pour cela elles commetteront les pires exactions : meurtres et viols sont les instruments de la terreur. Mais aussi, pour éviter une élection, une pratique barbare « manches longues ou manches courtes ? » et lorsqu'on voit arriver la machette... Une narration dominée par la voix off de Birahima avec son langage fait d'un français local (on s'y habitue rapidement). Un petit garçon qui ne quitte jamais ses dictionnaires et qui nous donnera régulièrement la signification de certains mots (pour appuyer là où ça fait mal). Une BD très instructive sur cette période de l'Histoire quelque peu oubliée, elle ne fait pas dans le sensationnel, les scènes cruelles ne sont que suggérées. Femmes, enfants et vieillards en sont les premières victimes. Mais voilà, il m'a manqué l'essentiel : l'émotion ! Graphiquement, j'ai aimé ce rendu très réaliste, on est véritablement en immersion dans cette Afrique de l'ouest. Je ne sais pas si Zaven Najjar a pioché dans les images de son film pour réaliser l'album. Par contre, ce que je sais c'est que cette BD est plus fidèle au roman et qu'il y a introduit des passages ne figurant pas dans son film. Du bon boulot. Lecture conseillée pour ce travail de mémoire. Note réelle : 3,5.
La Mécanique
Après Mezkal et Convoi, revoilà notre duo d'auteurs qui se lance dans une nouvelle série plus développée (3 tomes prévus). Nous voici projetés dans un univers SF bien noir qui pourrait faire penser à Blade Runner pour le background, même si l'action se situe dans une méta-cité de Lyon qui a bien changé avec le temps. Cette mégalopole est tenue d'une main de fer par le Mayor et sa milice et différentes factions mafieuses qui se partagent le marché de la drogue du moment : le Blast, seul échappatoire illusoire d'une populace essorée. Quand arrive sur le marché une contrefaçon meilleur prix, le fragile équilibre de ces magnats commence à vaciller et la mécanique du pire se pointe en ligne de mire... Si les personnages et l'intrigue fourmillent d'emprunts et de clins d'oeils, c'est avant tout le graphisme maîtrisé de Jeff qui nous accroche. Composition, dessin et colorisation sont une franche réussite. Côté scénario, ça sent quand même le déjà vu, même si (comme moi) les amateurs du genre ils trouveront leurs petits. La trame générale reste pour le moment avec ce tome introductif un peu floue, espérons que la suite développe davantage et ouvre de nouveaux horizons. En attendant, un bon premier tome qui donne l'eau à la bouche. *** Tome 2 *** Et voici donc le second volet de cette trilogie ! Moi qui attendait de la surprise et des rebondissements, et bien j'ai été servi ! Car dans ce deuxième opus, ça ne fait pas dans la demi mesure ! On pourrait même parfois reprocher au récit de s'emballer et de frôler le parapet. Certaines scènes s'enchainent tellement vite qu'il m'a fallu reprendre certaines pages pour bien comprendre les enjeux et ce qui se passait. Mais globalement tout se tient et déroule grand train, servi par le dessin de Jef qui pose à merveille ambiances et personnages. C'est sombre et glauque à souhait, maniant un équilibre très juste entre trait, cadrages et colorisation. Le résultat est bluffant. Vivement le tome 3 ! *** Tome 3 *** Voici donc la conclusion de cette trilogie. Une mécanique bien huilée à l'hémoglobine, qui réussit à retomber sur ses pattes sans trop de dommages. Car vu le nombre de personnages et le pourcentage élevé de pertes autorisées, faut s'accrocher pour ne pas perdre le fil. J'ai bien fait de relire le tome 2 avant de m'attaquer à sa conclusion, car son macrocosme et ses différentes parties prenantes sont légion et ventilent dans tous les sens. MétaCitéLyon est en ébullition et ça charcle à tout va ! Jef n'a dans cette série pas son pareil pour retranscrire cette ambiance futuriste sirupeuse et mortifère ; l'immersion est totale ! Une très bonne trilogie de SF bien noire comme je les aime !