Seconde Guerre mondiale. Deux frères issus de la noblesse allemande sont pilotes dans la Luftwaffe. Autant l'un, basé à Guernesey alors occupée par les nazis, connaît le succès auprès des femmes et bénéficie surtout de l'admiration de leur père, autant l'autre est perçu comme un faible par ce dernier et survit à coups d'amphétamines sur l'éprouvant front russe. Pourtant, c'est bien ce plus jeune frère qui s'attire les honneurs après avoir détruit plus de cinquante chars soviétiques à bord de son lourd avion de combat. A l'inverse, l'aîné finit par faire la honte de sa famille en épousant une Britannique… juive.
Rhino s'ouvre comme une série d'aviation et d'aventure historique très académique. Quelques flashbacks viennent préciser le contexte familial des protagonistes, les scènes de combat aérien sont propres et lisibles, et l'on découvre le portrait d'une famille noble en pleine déliquescence (un père handicapé et autoritaire, une mère qui se perd dans l'opium, un fils cadet qui lutte pour obtenir la reconnaissance paternelle, et un autre qui trahit l'honneur familial par amour pour une juive).
Julien Camp a déjà fait ses preuves au dessin avec Eagle - L'Aigle à deux têtes. Son trait est impeccable, notamment dans la représentation des avions, parfaitement maîtrisée. La mise en couleur est plus inégale : parfois trop froide et informatique, notamment dans le flashback d'introduction, elle se révèle à d'autres moments lumineuse et convaincante, en particulier dans les scènes diurnes.
L'intrigue est correcte et suscite l'intérêt, notamment par la question de l'évolution de cette relation familiale complexe au cœur de la Seconde Guerre mondiale. Mais elle manque encore d'envergure et d'originalité. La mise en scène souffre aussi d'un certain manque de clarté, avec des changements de lieux et de personnages peu balisés temporellement, ce qui rend la lecture parfois confuse tant que l'on n'a pas bien assimilé les différents éléments. Par ailleurs, tout n'est pas expliqué, en particulier la nature et la signification de ces "marques d'infamie" que les deux frères peignent successivement sur leurs avions (leur sens ne peut être que déduit a posteriori). N'ayant trouvé aucune trace historique de ce type de marquage, je ne vois pas non plus ce qui justifierait la réaction immédiate de Göring, ni pourquoi leur simple vue provoquerait sa fuite.
Ce premier tome ne suffit pas à faire réellement décoller l'intrigue, mais il introduit des éléments qui pourraient devenir intéressants par la suite. Je demande donc encore à voir.
Jérémie Moreau développe une œuvre originale, qui le plus souvent sort des sentiers battus, au niveau du fond et de la forme. Ici, je suis globalement resté sur ma faim.
Le dessin déjà m’a laissé froid. Formellement réalise, son trait s’accommode de décors et « fonds » le plus souvent escamotés. Mais c’est surtout la colorisation qui se remarque. Il poursuit ici dans la lignée de ce qu’il avait fait dans « Les Pizzlys », avec des couleurs semble-t-il informatiques, s’écartant du réalisme, avec de fortes tendances flashy, voire fluos. Je n’en suis pas vraiment fan.
Pour ce qui l’en est de l’intrigue, je l’ai suivie sans problème, mais aussi hélas sans passion. Certes, il y a sous-jacentes des questions intéressantes : préservation de la faune et de la flore, menacée par les hommes, artificialisation et parcellisation des espaces – ici avec la menace que fait peser la route sur tous ceux qui doivent et veulent la traverser, etc.
Et la différence entre tuer pour vivre/survivre – la plupart des animaux croisés par notre crapaud de héros finissent croquer par d’autres bestioles – et tuer par plaisir ou indifférence comme le font les hommes.
Mais bon, la narration est finalement trop linéaire, monotone (et la colorisation ôte la poésie qui aurait pu s’installer et faire passer cette monotonie). Par exemple j’aurais bien aimé voir un peu d’humour s’inviter, comme dans Nage libre (album auquel le début m’a fait penser, lorsque notre têtard accompagne un saumon).
Je ne suis sans doute pas le cœur de cible de cet album, par ailleurs – mais c’est leur habitude ! – très bien mis en avant par le travail éditorial des éditions 2024.
Note réelle 2,5/5.
Ayant été nourri à la littérature fantastique avec bien sûr du Lovecraft en veux-tu en voilà, c'est avec appétit et curiosité que je me suis lancé dans la lecture de cette nouvelle série.
S'étant spécialisé dans la littérature populaire, fantastique et paranormale, c'est sans surprise que nous retrouvons Richard D. Nolane au scénario avec au dessin Manuel Garcia. Nos deux auteurs vont donc jongler avec tous les ingrédients qui font le bonheur des amateurs de Lovecraft.
Aventure, mystères, monstres, folie, ésotérisme et superstitions sont donc au rendez-vous en suivant les pas mouvementés de Seth Armitage, professeur à l'université de Harvard. Ce dernier va perdre toute sa notoriété et sa crédibilité en voulant aider un de ses meilleurs amis disparu en Mongolie. Il va rentrer de ce voyage traumatisé, au bord de la folie, le dos tatoué d'un étrange énorme tatouage... C'est à Arkham qu'Armitage va finir par retrouver un poste en reprenant la chaire des religions et cultes disparus. Si la chance lui sourit pour ce poste, ce n'est que le début de nouveaux ennuis...
Les amateurs de Lovecraft devraient facilement trouver leur compte dans cette série qui a bien intégré les codes et les ficelles qui ont fait le succès de l'auteur. Les ambiances noires et angoissantes des lieux sont omniprésentes, et on sent le danger tapis dans l'ombre de chaque case. Le dessin de Manuel Garcia est d'une grande efficacité et nous emporte volontiers dans cet univers étrange, dommage que la colorisation de Dijjo Lima n'emporte pas complètement mon engouement ; je trouve qu’elle manque de cohérence au fil des pages et certains effets informatiques ne sont pas des plus judicieux.
Malgré ce petit bémol, j'ai passé un bon moment de lecture, et j'avoue attendre la suite de cette série pour peaufiner ma note en espérant la monter à 4.
(3.5/5)
*** Tome 2 ***
Voici une suite qui aura mis un peu de temps à arriver, mais mieux vaut tard que jamais :)
Nous retrouvons donc le professeur Seth Armitage, accompagné de Lovecraft (himself !) et d'une jeune journaliste, qui cherchent à comprendre ce qui se trame entre Arkham et Providence. Car à chaque événement étrange majeur, le professeur manque défaillir de douleur à cause de son tatouage dans le dos qu'il a "ramené" de son périple en Mongolie. Notre trio a malheureusement toujours un coup de retard, et de terribles événements se profilent sous les coups de boutoir retors de nos monstrueuses divinités : elles préparent leur retour insidieusement mais efficacement...
J'aime replonger dans ces ambiances lovecraftiennes, et nos auteurs y parviennent de belle façon, s'amusant à introduire Lovecraft lui-même dans leur récit de façon originale et réussie. On reste sur le même graphisme efficace de Manuel Garcia, rien à redire de ce côté là.
Vivement le troisième et dernier tome ! J'affinerai ma note en fonction.
Un documentaire ? Oui et non. Un manifeste féministe ? Oui et non.
En revanche c’est un véritable cours de self défense à l’usage des filles. Sans violence mais non sans humour !
Les deux auteures s’adressent directement aux lectrices. Que faire dans des situations où celles-ci peuvent subir des atteintes variées.
Stéréotype de genre, remarques déplacées sur la tenue des jeunes filles, ou sur leur sexualité. Et bien entendu les situations de harcèlement de rue, ou celles en classe ou sur les réseaux sociaux, les relations amoureuses et la notion du consentement...
Que dire ? Que faire ? Comment réagir ?
Cette bd aide à trouver des arguments pour exprimer que la situation doit s’arrêter. Plein de conseils et surtout un panel de solutions pour désamorcer des tensions, pour se sentir plus forte et pour le faire comprendre.
Évidemment aucune violence mais un travail sur l’observation, la posture, l’attitude, la voix, les voies de justice… extrêmement bien expliqués. Et l’accent est mis également sur la sororité. Aider les filles en difficulté et surtout ne pas crier avec les loups. Quelques affaires sordides nous rappellent que c’est et que ça reste nécessaire.
La forme n’est pas en reste sur le discours. Rien de rébarbatif, les situations sont illustrées par des exemples qui parleront aux jeunes filles (et pas que !). Certaines scènes (de harcèlement de rue par exemple) sont commentées… et rejouées après les conseils.
C’est bien foutu. L’humour est habilement distillé. Le dessin est clair et agréable et on remarque une diversité bienvenue dans le profil des filles concernées.
À conseiller dans tous les établissements scolaires, bibliothèques... à diffuser !
Je l’ai emprunté à ma bibliothèque de village. Et je compte bien l’offrir dans la famille.
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Arsouilles
Premier Album très dense, rythme plutôt nerveux, drôle et loufoque, voire trash, à mettre entre des mains avertis.
Rhino
Seconde Guerre mondiale. Deux frères issus de la noblesse allemande sont pilotes dans la Luftwaffe. Autant l'un, basé à Guernesey alors occupée par les nazis, connaît le succès auprès des femmes et bénéficie surtout de l'admiration de leur père, autant l'autre est perçu comme un faible par ce dernier et survit à coups d'amphétamines sur l'éprouvant front russe. Pourtant, c'est bien ce plus jeune frère qui s'attire les honneurs après avoir détruit plus de cinquante chars soviétiques à bord de son lourd avion de combat. A l'inverse, l'aîné finit par faire la honte de sa famille en épousant une Britannique… juive. Rhino s'ouvre comme une série d'aviation et d'aventure historique très académique. Quelques flashbacks viennent préciser le contexte familial des protagonistes, les scènes de combat aérien sont propres et lisibles, et l'on découvre le portrait d'une famille noble en pleine déliquescence (un père handicapé et autoritaire, une mère qui se perd dans l'opium, un fils cadet qui lutte pour obtenir la reconnaissance paternelle, et un autre qui trahit l'honneur familial par amour pour une juive). Julien Camp a déjà fait ses preuves au dessin avec Eagle - L'Aigle à deux têtes. Son trait est impeccable, notamment dans la représentation des avions, parfaitement maîtrisée. La mise en couleur est plus inégale : parfois trop froide et informatique, notamment dans le flashback d'introduction, elle se révèle à d'autres moments lumineuse et convaincante, en particulier dans les scènes diurnes. L'intrigue est correcte et suscite l'intérêt, notamment par la question de l'évolution de cette relation familiale complexe au cœur de la Seconde Guerre mondiale. Mais elle manque encore d'envergure et d'originalité. La mise en scène souffre aussi d'un certain manque de clarté, avec des changements de lieux et de personnages peu balisés temporellement, ce qui rend la lecture parfois confuse tant que l'on n'a pas bien assimilé les différents éléments. Par ailleurs, tout n'est pas expliqué, en particulier la nature et la signification de ces "marques d'infamie" que les deux frères peignent successivement sur leurs avions (leur sens ne peut être que déduit a posteriori). N'ayant trouvé aucune trace historique de ce type de marquage, je ne vois pas non plus ce qui justifierait la réaction immédiate de Göring, ni pourquoi leur simple vue provoquerait sa fuite. Ce premier tome ne suffit pas à faire réellement décoller l'intrigue, mais il introduit des éléments qui pourraient devenir intéressants par la suite. Je demande donc encore à voir.
Alyte
Jérémie Moreau développe une œuvre originale, qui le plus souvent sort des sentiers battus, au niveau du fond et de la forme. Ici, je suis globalement resté sur ma faim. Le dessin déjà m’a laissé froid. Formellement réalise, son trait s’accommode de décors et « fonds » le plus souvent escamotés. Mais c’est surtout la colorisation qui se remarque. Il poursuit ici dans la lignée de ce qu’il avait fait dans « Les Pizzlys », avec des couleurs semble-t-il informatiques, s’écartant du réalisme, avec de fortes tendances flashy, voire fluos. Je n’en suis pas vraiment fan. Pour ce qui l’en est de l’intrigue, je l’ai suivie sans problème, mais aussi hélas sans passion. Certes, il y a sous-jacentes des questions intéressantes : préservation de la faune et de la flore, menacée par les hommes, artificialisation et parcellisation des espaces – ici avec la menace que fait peser la route sur tous ceux qui doivent et veulent la traverser, etc. Et la différence entre tuer pour vivre/survivre – la plupart des animaux croisés par notre crapaud de héros finissent croquer par d’autres bestioles – et tuer par plaisir ou indifférence comme le font les hommes. Mais bon, la narration est finalement trop linéaire, monotone (et la colorisation ôte la poésie qui aurait pu s’installer et faire passer cette monotonie). Par exemple j’aurais bien aimé voir un peu d’humour s’inviter, comme dans Nage libre (album auquel le début m’a fait penser, lorsque notre têtard accompagne un saumon). Je ne suis sans doute pas le cœur de cible de cet album, par ailleurs – mais c’est leur habitude ! – très bien mis en avant par le travail éditorial des éditions 2024. Note réelle 2,5/5.
Arkham Mysteries
Ayant été nourri à la littérature fantastique avec bien sûr du Lovecraft en veux-tu en voilà, c'est avec appétit et curiosité que je me suis lancé dans la lecture de cette nouvelle série. S'étant spécialisé dans la littérature populaire, fantastique et paranormale, c'est sans surprise que nous retrouvons Richard D. Nolane au scénario avec au dessin Manuel Garcia. Nos deux auteurs vont donc jongler avec tous les ingrédients qui font le bonheur des amateurs de Lovecraft. Aventure, mystères, monstres, folie, ésotérisme et superstitions sont donc au rendez-vous en suivant les pas mouvementés de Seth Armitage, professeur à l'université de Harvard. Ce dernier va perdre toute sa notoriété et sa crédibilité en voulant aider un de ses meilleurs amis disparu en Mongolie. Il va rentrer de ce voyage traumatisé, au bord de la folie, le dos tatoué d'un étrange énorme tatouage... C'est à Arkham qu'Armitage va finir par retrouver un poste en reprenant la chaire des religions et cultes disparus. Si la chance lui sourit pour ce poste, ce n'est que le début de nouveaux ennuis... Les amateurs de Lovecraft devraient facilement trouver leur compte dans cette série qui a bien intégré les codes et les ficelles qui ont fait le succès de l'auteur. Les ambiances noires et angoissantes des lieux sont omniprésentes, et on sent le danger tapis dans l'ombre de chaque case. Le dessin de Manuel Garcia est d'une grande efficacité et nous emporte volontiers dans cet univers étrange, dommage que la colorisation de Dijjo Lima n'emporte pas complètement mon engouement ; je trouve qu’elle manque de cohérence au fil des pages et certains effets informatiques ne sont pas des plus judicieux. Malgré ce petit bémol, j'ai passé un bon moment de lecture, et j'avoue attendre la suite de cette série pour peaufiner ma note en espérant la monter à 4. (3.5/5) *** Tome 2 *** Voici une suite qui aura mis un peu de temps à arriver, mais mieux vaut tard que jamais :) Nous retrouvons donc le professeur Seth Armitage, accompagné de Lovecraft (himself !) et d'une jeune journaliste, qui cherchent à comprendre ce qui se trame entre Arkham et Providence. Car à chaque événement étrange majeur, le professeur manque défaillir de douleur à cause de son tatouage dans le dos qu'il a "ramené" de son périple en Mongolie. Notre trio a malheureusement toujours un coup de retard, et de terribles événements se profilent sous les coups de boutoir retors de nos monstrueuses divinités : elles préparent leur retour insidieusement mais efficacement... J'aime replonger dans ces ambiances lovecraftiennes, et nos auteurs y parviennent de belle façon, s'amusant à introduire Lovecraft lui-même dans leur récit de façon originale et réussie. On reste sur le même graphisme efficace de Manuel Garcia, rien à redire de ce côté là. Vivement le troisième et dernier tome ! J'affinerai ma note en fonction.
Basta ! - Guide d'autodéfense féministe pour ados (et pas que...)
Un documentaire ? Oui et non. Un manifeste féministe ? Oui et non. En revanche c’est un véritable cours de self défense à l’usage des filles. Sans violence mais non sans humour ! Les deux auteures s’adressent directement aux lectrices. Que faire dans des situations où celles-ci peuvent subir des atteintes variées. Stéréotype de genre, remarques déplacées sur la tenue des jeunes filles, ou sur leur sexualité. Et bien entendu les situations de harcèlement de rue, ou celles en classe ou sur les réseaux sociaux, les relations amoureuses et la notion du consentement... Que dire ? Que faire ? Comment réagir ? Cette bd aide à trouver des arguments pour exprimer que la situation doit s’arrêter. Plein de conseils et surtout un panel de solutions pour désamorcer des tensions, pour se sentir plus forte et pour le faire comprendre. Évidemment aucune violence mais un travail sur l’observation, la posture, l’attitude, la voix, les voies de justice… extrêmement bien expliqués. Et l’accent est mis également sur la sororité. Aider les filles en difficulté et surtout ne pas crier avec les loups. Quelques affaires sordides nous rappellent que c’est et que ça reste nécessaire. La forme n’est pas en reste sur le discours. Rien de rébarbatif, les situations sont illustrées par des exemples qui parleront aux jeunes filles (et pas que !). Certaines scènes (de harcèlement de rue par exemple) sont commentées… et rejouées après les conseils. C’est bien foutu. L’humour est habilement distillé. Le dessin est clair et agréable et on remarque une diversité bienvenue dans le profil des filles concernées. À conseiller dans tous les établissements scolaires, bibliothèques... à diffuser ! Je l’ai emprunté à ma bibliothèque de village. Et je compte bien l’offrir dans la famille.