Dessin et colorisation font vraiment leur âge ! Mais je trouve que l’ensemble passe encore très bien. Adamov nous propose quelque chose d’assez travaillé, et la vision qu’il donne d’un Paris post-apocalypse est souvent saisissante.
Un univers noir, glauque, dans lequel Cothias développe une intrigue un peu foutraque. Comme une fin du monde, une agonie flamboyante. Au milieu des ruines, des loques humaines en quête d’eau et de nourriture (il y a quelque chose du film « Delicatessen » - la couleur sombre et l’humour noir en moins – dans certaines scènes où le boucher Pancrasse prépare sa barbaque…), et des notabilités déconnectées de la réalité de la plèbe, multipliant orgies et caprices mortels.
Il y a dans certaines scènes, et dans le dessin des choses qui m’ont aussi fait penser à Neige (une série qu’il faudra bien que j’avise, au passage !).
Si dessin et colorisation font leur âge donc, j’ai trouvé dans une lecture récente (je ne sais pas pourquoi j’étais passé à côté de cette série depuis si longtemps !?) que l’intrigue et certains personnages étaient presque intemporels. En tout cas qu’hélas on pouvait trouver quelques points communs avec notre époque contemporaine. Une société et des valeurs en déliquescence, des dirigeants méprisants envers le « peuple » (« Sans dent », immigrés, pauvres, etc.) : si pas mal de personnages font étalage de cynisme, de mépris de classe et de folie, c’est le duc Malik qui incarne le « méchant », gros salaud méprisant, ambitieux, égoïste, sadique, massacrant à tour de bras pour s’amuser avec son train blindé. Son personnage est fascinant – et repoussant – et s’intègre parfaitement dans cet univers où tout semble partir en vrille, où tout s’écroule dans la fange (dans tous les sens du terme). Malik est aussi garant de surprises, puisqu’on ne sait trop à l’avance qui il va tuer (parfois des personnages qui semblaient importants pour l’intrigue).
A l’inverse, Jérôme, Prince de Mortelune, gagne en consistance, et surtout en « positivité » au fur et à mesure qu’avance le récit – et qu’il devient une proie traquée, entourée de quelques personnages longtemps énigmatiques, alors qu’au départ il avait lui aussi un comportement méprisable.
Pour revenir sur le côté graphique, Adamov nous balade pas mal dans ce Paris déglingué, pourrissant, démantibulé. On a même droit à de longues virées dans les sous-sols (égouts, métro – avec un improbable contrôleur des Lilas), il se fait plaisir, et les connaisseurs de la capitale peuvent s’amuser à reconnaitre monuments et quartiers dévastés (j’ai plutôt bien aimé cet aspect) – je ne connais pas Lyon, et j’ai donc été moins captivé lorsque l’intrigue s’y est projetée dans le quatrième tome, ou comme lorsque par la suite nous voit traverser la France, avec ces insectes mutants.
Le tome 5 conclut un cycle. J’allais dire la série – et sans doute aurait-il dû en être ainsi, et les auteurs auraient produit une bien belle œuvre, certes pessimiste, mais originale et plaisante à lire.
Et du coup, difficile d’envisager une suite après ce cinquième tome. Pourtant les auteurs ont remis le couvert. La rupture est brutale, il faut s’y remettre. Mais le ton et les décors sont très – trop différents. Ça part vers quelque chose de plus rationnel au départ (on cherche à expliquer le pourquoi de l’apocalypse dans les premières pages – inutile et cela tue l’imagination du lecteur) et plus classique et moins noir, de la SF moins originale clairement. Et qui m’a en tout cas moins attiré.
Et puis, les touches d’humour – avec ce robot en forme de pingouin par exemple – et les dérives un peu foutraques du scénario m’ont peu à peu mis de côté. Faire revenir les personnages du premier cycle m’est apparu artificiel et vain, et l’histoire – en plus d’être moins facile à suivre – m’a moins intéressé. Sans être inintéressant, ce second cycle forme presque une série à part. en tout cas je pense que les cinq premiers albums, qui se suffisent à eux-mêmes, auraient pu et dû clore la série. Ce second cycle s’embarque dans les rêveries, mais les personnages de Nicolas et de Violhaine ne sont pas assez forts (ils sont même fades dans le premier cycle).
Dans ce second cycle, le dessin d’Adamov est toujours très bon – mais j’aime moins ses décors, j’avais préféré les ruines urbaines. Et la colorisation de Chagnaud (qui remplace ici Adamov) donne un rendu plus net, pas désagréable, mais cela accentue encore la rupture entre les deux cycles).
Vous l’avez compris, j’ai surtout été marqué par les cinq premiers albums (j’aurais sans doute mis une étoile supplémentaire sur ce seul cycle). Les suivants sont peut-être plus dispensables.
Pfff … encore une énième déclinaison de l’univers, d’un côté j’ai envie de sabrer un peu mais d’un autre je n’ai rien à dire de méchant. Ça va être même plutôt l’inverse.
A défaut de surprises, je reconnais le savoir faire des auteurs dans le registre Fantasy. Avec les terres d’Ynuma, nous l’explorerons à la mode asiatique, au programme oni, yokai, samouraï, prêtre, honneur … mais aussi trolls, elfes, gobelins …
Un mélange qui se marrie plutôt pas mal dans le cas présent.
Un 1er tome efficace à tout point de vue, dans son récit, dans la mise en place de ce nouveau monde, dans sa réalisation … la recette est largement éprouvée mais elle continue de m’emporter. J’ai bien accroché avec notre héros rouge.
L’intrigue est classique et linéaire, chasseurs de monstres style Okko, mais ça pose les bases et enjeux de ce nouveau monde sans lourdeur. Quoique je me demande encore comment ils vont le connecter avec celui d’Aquilon (et du coup Arran et Ogon).
La petite et bonne surprise a été dans la construction de l’album, des chapitres qui rappellent des haïkus, et surtout la partie graphique soignée et détaillée de Vax.
Je ne m’enthousiasme pas plus mais une belle entame de série pour les amateurs.
Taro Sakamoto, ancien tueur à gages légendaire devenu paisible épicier rondouillard de quartier, marié et père de famille, se fait rattraper par son passé et par une galerie d'assassins plus dangereux les uns que les autres lorsque sa tête est soudain mise à prix pour un milliard de yens. Voilà qui l'oblige à sortir de sa retraite pour protéger les siens tout en respectant la promesse faite à sa femme de ne plus tuer personne.
Ce que j'ai aimé d'emblée, c'est le ton. On n'est pas dans le shonen classique avec un héros naïf qui veut devenir le meilleur du monde. Ici, le décalage entre le papa bedonnant qui range ses rayons et la machine de guerre qu'il reste au fond de lui est efficace. Ce ton décalé, ainsi que le comportement de nombreux personnages secondaires, contribue à l'humour d'ensemble de la série, souvent absurde, parfois très visuel, et à des scènes d'action dynamiques, lisibles et inventives. C'est fluide, ça va vite, les affrontements s'enchaînent sans temps mort, avec certes beaucoup de morts (on parle d'affrontements entre assassins), mais toujours en conservant un ton léger sur le fond.
J'y ai retrouvé pas mal d'éléments qui m'ont fait penser à Hunter X Hunter : le style graphique, certaines gueules de personnages, le ton oscillant entre violence sérieuse et légèreté, mais surtout la logique des capacités spéciales et la montée en puissance progressive des adversaires. On introduit des combattants de plus en plus forts, dotés de pouvoirs bien identifiés, et des affrontements qui reposent autant sur l'ingéniosité que sur la force brute. Cette mécanique est classique, mais redoutablement efficace.
Pour autant, je ne peux pas dire que le scénario soit formidable. Il y a des facilités, des clichés du genre, des ennemis parfois un peu convenus dans leur design ou leur rôle, et un schéma qui repose longtemps sur la répétition : de nouveaux assassins débarquent, combat, intégration ou élimination. Un fil rouge se met toutefois en place au bout d'une poignée de tomes, et c'est bien celui-ci, ainsi que le rythme soutenu de l'action, qui accroche le lecteur. Concernant l'antagoniste principale, je dois reconnaître que les révélations à son sujet dans les derniers tomes parus en France ne m'ont pas totalement convaincu. L'intention est ambitieuse, mais l'impact reste en deçà de ce que j'attendais et présente surtout une facilité assez marquée lorsque sa vie se révèle réellement en danger.
Malgré cela, la série a quelque chose de très accrocheur. Son ton est original, l'équilibre entre humour et tension fonctionne, et l'attachement aux personnages est réel. Ce n'est peut-être pas un grand scénario millimétré, mais c'est typiquement le genre de manga qu'on ne peut pas lâcher. Je les ai enchaînés sans m'en rendre compte et je les ai dévorés dans leur intégralité. Et rien que pour ça, c'est une belle réussite.
Ce qui m'a attiré vers cette BD, c'est le fait qu'elle retrace la vie pour le moins étonnante du chanteur d'un obscur groupe de rock bordelais des années 80, forcément culte, qui, en ce qui me concerne, était jusqu'à présent complètement inconnu au bataillon. Il n'en fallu pas davantage pour me convaincre de repartir avec la chose sous le bras.
Et c'est pas mal. Le dessin est plutôt cool, rappelant un peu le travail de Mezzo, à savoir un traitement "à l'américaine", y compris dans le traitement des couleurs.
Le scénar est fluide même s'il manque globalement de souffle. Et puis perso, j'aurais aimé que ça cause un peu plus de musique. Je ne sais pas au juste ce que j'attendais, mais cette BD est vraiment centrée sur Gilles Bertin, le braquage de la Brinks, et son exil au Portugal. Le lecteur taquin fera à raison remarquer qu'en cela le titre ne trompe pas...
Mais je ne sais pas, peut-être à cause de la personnalité insaisissable du chanteur... Ouais, un peu sur ma faim...
On tient là une bonne BD, un brin linéaire et convenue, mais qui offre l'avantage de raconter une histoire pas banale tout en exhumant un petit morceau de rock'n'roll.
J'aimais bien le dessin, ça avait l'air original. De plus, c'était sorti chez Oxymore, que j'aime plutôt bien jusqu'à présent.
Bah non ! Pas que ça manque d'originalité, mais le scénar est mou, les dialogues approximatifs et à vrai dire un peu chiants, et l'humour est insaisissable (ou alors c'est le dessin qui est trop "sérieux"...). En tout cas, ça a laissé mes zygomatiques de marbre. Mais surtout, il y a des espaces narratifs lacunaires qui font qu'en tant que lecteur, on a l'impression de descendre un vieil escalier où certaines marches manqueraient. Ce n'est pas rédhibitoire, mais tout cela rend la lecture peu fluide, en clair ! (ou alors c'est l'humour...). La sauce ne prend pas.
Voilà, ça arrive, c'est pas un drame. C'est juste que je ne serai pas du tome 2.
Il y a une erreur dans la base de données.
Autonomes est le premier volume d'une série qui s'appelle Chroniques de fin de siècle.
Le tome 2 est "Mourir à Creys-Malville" et le tome 3 Chooz.
Je n'ai lu que les deux premiers tomes.
Cette série de Bucquoy a de forts accents de phamplet d'extrême gauche. On ne sait jamais trop si c'est de l'art ou de la politique.
La voix off est assez mal employée aussi, et nous tient trop à distance.
Ce qui m'a le plus intéressé, c'est ce basculement d'un récit dystopique vers un récit post apocalyptique.
Le dessin de Santi est superbe. Il se dégage une ambiance unique de ces pages et ça c'est assez rare.
On a droit à pas mal de scènes très crues, le sexe et la violence sont utilisées dans une sorte d'immoralité assumée.
Le personnage principal a les traits de Patrick Dewaere (on croise aussi Miou Miou, Depardieu, Philippe Leotard...) et je mentirai si je disais que ça ne m'avait pas aidé à rester dans l'histoire. C'est un hommage aux Valseuses qui avait cette même veine anarchisante. Bon là on a pas l'humour et le second degré qui va avec.
Ce n'est vraiment pas pour tout le monde, il y a souvent à juste titre la mention "pour public averti" quand vous apercevez la bd sur un site de vente en ligne : concrètement Bucquoy légitime l'idée de l'attentat en tant qu'acte révolutionnaire. Pour aller encore plus loin, il faut savoir que celui-ci sera plus tard de la bande à Godin dans les "attentats" de tartes à la crème.
C'est pour le reste assez figé dans une époque, mais c'est aussi pour moi un exemple dans ce que la bd adulte peut offrir de différent.
C'est assez rare que je n'apprécie pas l'oeuvre d'un auteur phare des années 80-90 mais c'est le cas ici.
Une question de goût simplement. Si vous aimez le genre Tranches de vie en mode introspectif, vous allez adorer.
Cosey est en quelque sorte le père spirituel de beaucoup d'auteurs actuels qui mélangent biographie et fiction.
Au moins chez Cosey on évite l'aspect nombriliste de cet exercice de style. Mais pas l'aspect déprimant.
Le dessin varie étrangement entre le correct et le très bon. J'ai eu du mal avec les visages parfois.
Je vais passer mon tour pour le reste de ses œuvres mais c'est un auteur incontournable à découvrir pour les nouvelles générations qui apprécient ce genre.
Pas facile d'écrire un avis sur cette bande... Je vais m'expliquer.
Anibal 5 est le fruit de la seconde collaboration entre Jodorowsky et Bess. La publication du lama blanc est déjà en cours quand le binôme démarre donc cette nouvelle série.
Anibal 5 est un patchwork réussi d'action, de comédie et de SF.
Le héros éponyme est une sorte de James Bond obsédé sexuel du futur, envoyé en mission à chaque fois qu'un grand méchant élabore un plan diabolique mettant en péril la terre et les humains.
Il y aura quatre enquêtes en tout, 2 dans chaque tome. Le tome 1 est vraiment génial. Après ça dérape un peu... Disons juste qu'Anibal, pour vaincre le dernier méchant qui est une femen assez énervée, va littéralement l'enc...
HA.Ha.ha...
Amis de l'humour bonsoir.
Bref il y a un humour noir assez misogyne dans cette bande qui aurait dû mal à passer aujourd'hui...
Et je n'ai pas évoqué le boss d'Anibal qui est un vieux constamment en train de tripoter sa maîtresse androïde aux allures de lolita.
Le dessin oscille entre le bon et le très bon, Bess propose un style inédit pour l'occasion qui fonctionne plutôt bien.
Un troisième tome est annoncé en dernière page "la mère ventre de fer et ses momies romantiques" mais ne verra jamais le jour.
Une bonne bd mais à recontextualiser avant lecture.
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Les Eaux de Mortelune
Dessin et colorisation font vraiment leur âge ! Mais je trouve que l’ensemble passe encore très bien. Adamov nous propose quelque chose d’assez travaillé, et la vision qu’il donne d’un Paris post-apocalypse est souvent saisissante. Un univers noir, glauque, dans lequel Cothias développe une intrigue un peu foutraque. Comme une fin du monde, une agonie flamboyante. Au milieu des ruines, des loques humaines en quête d’eau et de nourriture (il y a quelque chose du film « Delicatessen » - la couleur sombre et l’humour noir en moins – dans certaines scènes où le boucher Pancrasse prépare sa barbaque…), et des notabilités déconnectées de la réalité de la plèbe, multipliant orgies et caprices mortels. Il y a dans certaines scènes, et dans le dessin des choses qui m’ont aussi fait penser à Neige (une série qu’il faudra bien que j’avise, au passage !). Si dessin et colorisation font leur âge donc, j’ai trouvé dans une lecture récente (je ne sais pas pourquoi j’étais passé à côté de cette série depuis si longtemps !?) que l’intrigue et certains personnages étaient presque intemporels. En tout cas qu’hélas on pouvait trouver quelques points communs avec notre époque contemporaine. Une société et des valeurs en déliquescence, des dirigeants méprisants envers le « peuple » (« Sans dent », immigrés, pauvres, etc.) : si pas mal de personnages font étalage de cynisme, de mépris de classe et de folie, c’est le duc Malik qui incarne le « méchant », gros salaud méprisant, ambitieux, égoïste, sadique, massacrant à tour de bras pour s’amuser avec son train blindé. Son personnage est fascinant – et repoussant – et s’intègre parfaitement dans cet univers où tout semble partir en vrille, où tout s’écroule dans la fange (dans tous les sens du terme). Malik est aussi garant de surprises, puisqu’on ne sait trop à l’avance qui il va tuer (parfois des personnages qui semblaient importants pour l’intrigue). A l’inverse, Jérôme, Prince de Mortelune, gagne en consistance, et surtout en « positivité » au fur et à mesure qu’avance le récit – et qu’il devient une proie traquée, entourée de quelques personnages longtemps énigmatiques, alors qu’au départ il avait lui aussi un comportement méprisable. Pour revenir sur le côté graphique, Adamov nous balade pas mal dans ce Paris déglingué, pourrissant, démantibulé. On a même droit à de longues virées dans les sous-sols (égouts, métro – avec un improbable contrôleur des Lilas), il se fait plaisir, et les connaisseurs de la capitale peuvent s’amuser à reconnaitre monuments et quartiers dévastés (j’ai plutôt bien aimé cet aspect) – je ne connais pas Lyon, et j’ai donc été moins captivé lorsque l’intrigue s’y est projetée dans le quatrième tome, ou comme lorsque par la suite nous voit traverser la France, avec ces insectes mutants. Le tome 5 conclut un cycle. J’allais dire la série – et sans doute aurait-il dû en être ainsi, et les auteurs auraient produit une bien belle œuvre, certes pessimiste, mais originale et plaisante à lire. Et du coup, difficile d’envisager une suite après ce cinquième tome. Pourtant les auteurs ont remis le couvert. La rupture est brutale, il faut s’y remettre. Mais le ton et les décors sont très – trop différents. Ça part vers quelque chose de plus rationnel au départ (on cherche à expliquer le pourquoi de l’apocalypse dans les premières pages – inutile et cela tue l’imagination du lecteur) et plus classique et moins noir, de la SF moins originale clairement. Et qui m’a en tout cas moins attiré. Et puis, les touches d’humour – avec ce robot en forme de pingouin par exemple – et les dérives un peu foutraques du scénario m’ont peu à peu mis de côté. Faire revenir les personnages du premier cycle m’est apparu artificiel et vain, et l’histoire – en plus d’être moins facile à suivre – m’a moins intéressé. Sans être inintéressant, ce second cycle forme presque une série à part. en tout cas je pense que les cinq premiers albums, qui se suffisent à eux-mêmes, auraient pu et dû clore la série. Ce second cycle s’embarque dans les rêveries, mais les personnages de Nicolas et de Violhaine ne sont pas assez forts (ils sont même fades dans le premier cycle). Dans ce second cycle, le dessin d’Adamov est toujours très bon – mais j’aime moins ses décors, j’avais préféré les ruines urbaines. Et la colorisation de Chagnaud (qui remplace ici Adamov) donne un rendu plus net, pas désagréable, mais cela accentue encore la rupture entre les deux cycles). Vous l’avez compris, j’ai surtout été marqué par les cinq premiers albums (j’aurais sans doute mis une étoile supplémentaire sur ce seul cycle). Les suivants sont peut-être plus dispensables.
Terres d'Ynuma
Pfff … encore une énième déclinaison de l’univers, d’un côté j’ai envie de sabrer un peu mais d’un autre je n’ai rien à dire de méchant. Ça va être même plutôt l’inverse. A défaut de surprises, je reconnais le savoir faire des auteurs dans le registre Fantasy. Avec les terres d’Ynuma, nous l’explorerons à la mode asiatique, au programme oni, yokai, samouraï, prêtre, honneur … mais aussi trolls, elfes, gobelins … Un mélange qui se marrie plutôt pas mal dans le cas présent. Un 1er tome efficace à tout point de vue, dans son récit, dans la mise en place de ce nouveau monde, dans sa réalisation … la recette est largement éprouvée mais elle continue de m’emporter. J’ai bien accroché avec notre héros rouge. L’intrigue est classique et linéaire, chasseurs de monstres style Okko, mais ça pose les bases et enjeux de ce nouveau monde sans lourdeur. Quoique je me demande encore comment ils vont le connecter avec celui d’Aquilon (et du coup Arran et Ogon). La petite et bonne surprise a été dans la construction de l’album, des chapitres qui rappellent des haïkus, et surtout la partie graphique soignée et détaillée de Vax. Je ne m’enthousiasme pas plus mais une belle entame de série pour les amateurs.
Sakamoto days
Taro Sakamoto, ancien tueur à gages légendaire devenu paisible épicier rondouillard de quartier, marié et père de famille, se fait rattraper par son passé et par une galerie d'assassins plus dangereux les uns que les autres lorsque sa tête est soudain mise à prix pour un milliard de yens. Voilà qui l'oblige à sortir de sa retraite pour protéger les siens tout en respectant la promesse faite à sa femme de ne plus tuer personne. Ce que j'ai aimé d'emblée, c'est le ton. On n'est pas dans le shonen classique avec un héros naïf qui veut devenir le meilleur du monde. Ici, le décalage entre le papa bedonnant qui range ses rayons et la machine de guerre qu'il reste au fond de lui est efficace. Ce ton décalé, ainsi que le comportement de nombreux personnages secondaires, contribue à l'humour d'ensemble de la série, souvent absurde, parfois très visuel, et à des scènes d'action dynamiques, lisibles et inventives. C'est fluide, ça va vite, les affrontements s'enchaînent sans temps mort, avec certes beaucoup de morts (on parle d'affrontements entre assassins), mais toujours en conservant un ton léger sur le fond. J'y ai retrouvé pas mal d'éléments qui m'ont fait penser à Hunter X Hunter : le style graphique, certaines gueules de personnages, le ton oscillant entre violence sérieuse et légèreté, mais surtout la logique des capacités spéciales et la montée en puissance progressive des adversaires. On introduit des combattants de plus en plus forts, dotés de pouvoirs bien identifiés, et des affrontements qui reposent autant sur l'ingéniosité que sur la force brute. Cette mécanique est classique, mais redoutablement efficace. Pour autant, je ne peux pas dire que le scénario soit formidable. Il y a des facilités, des clichés du genre, des ennemis parfois un peu convenus dans leur design ou leur rôle, et un schéma qui repose longtemps sur la répétition : de nouveaux assassins débarquent, combat, intégration ou élimination. Un fil rouge se met toutefois en place au bout d'une poignée de tomes, et c'est bien celui-ci, ainsi que le rythme soutenu de l'action, qui accroche le lecteur. Concernant l'antagoniste principale, je dois reconnaître que les révélations à son sujet dans les derniers tomes parus en France ne m'ont pas totalement convaincu. L'intention est ambitieuse, mais l'impact reste en deçà de ce que j'attendais et présente surtout une facilité assez marquée lorsque sa vie se révèle réellement en danger. Malgré cela, la série a quelque chose de très accrocheur. Son ton est original, l'équilibre entre humour et tension fonctionne, et l'attachement aux personnages est réel. Ce n'est peut-être pas un grand scénario millimétré, mais c'est typiquement le genre de manga qu'on ne peut pas lâcher. Je les ai enchaînés sans m'en rendre compte et je les ai dévorés dans leur intégralité. Et rien que pour ça, c'est une belle réussite.
Les Héros du peuple sont immortels - La Cavale de Gilles Bertin
Ce qui m'a attiré vers cette BD, c'est le fait qu'elle retrace la vie pour le moins étonnante du chanteur d'un obscur groupe de rock bordelais des années 80, forcément culte, qui, en ce qui me concerne, était jusqu'à présent complètement inconnu au bataillon. Il n'en fallu pas davantage pour me convaincre de repartir avec la chose sous le bras. Et c'est pas mal. Le dessin est plutôt cool, rappelant un peu le travail de Mezzo, à savoir un traitement "à l'américaine", y compris dans le traitement des couleurs. Le scénar est fluide même s'il manque globalement de souffle. Et puis perso, j'aurais aimé que ça cause un peu plus de musique. Je ne sais pas au juste ce que j'attendais, mais cette BD est vraiment centrée sur Gilles Bertin, le braquage de la Brinks, et son exil au Portugal. Le lecteur taquin fera à raison remarquer qu'en cela le titre ne trompe pas... Mais je ne sais pas, peut-être à cause de la personnalité insaisissable du chanteur... Ouais, un peu sur ma faim... On tient là une bonne BD, un brin linéaire et convenue, mais qui offre l'avantage de raconter une histoire pas banale tout en exhumant un petit morceau de rock'n'roll.
Alastor de Sombregarde
J'aimais bien le dessin, ça avait l'air original. De plus, c'était sorti chez Oxymore, que j'aime plutôt bien jusqu'à présent. Bah non ! Pas que ça manque d'originalité, mais le scénar est mou, les dialogues approximatifs et à vrai dire un peu chiants, et l'humour est insaisissable (ou alors c'est le dessin qui est trop "sérieux"...). En tout cas, ça a laissé mes zygomatiques de marbre. Mais surtout, il y a des espaces narratifs lacunaires qui font qu'en tant que lecteur, on a l'impression de descendre un vieil escalier où certaines marches manqueraient. Ce n'est pas rédhibitoire, mais tout cela rend la lecture peu fluide, en clair ! (ou alors c'est l'humour...). La sauce ne prend pas. Voilà, ça arrive, c'est pas un drame. C'est juste que je ne serai pas du tome 2.
Autonomes
Il y a une erreur dans la base de données. Autonomes est le premier volume d'une série qui s'appelle Chroniques de fin de siècle. Le tome 2 est "Mourir à Creys-Malville" et le tome 3 Chooz. Je n'ai lu que les deux premiers tomes. Cette série de Bucquoy a de forts accents de phamplet d'extrême gauche. On ne sait jamais trop si c'est de l'art ou de la politique. La voix off est assez mal employée aussi, et nous tient trop à distance. Ce qui m'a le plus intéressé, c'est ce basculement d'un récit dystopique vers un récit post apocalyptique. Le dessin de Santi est superbe. Il se dégage une ambiance unique de ces pages et ça c'est assez rare. On a droit à pas mal de scènes très crues, le sexe et la violence sont utilisées dans une sorte d'immoralité assumée. Le personnage principal a les traits de Patrick Dewaere (on croise aussi Miou Miou, Depardieu, Philippe Leotard...) et je mentirai si je disais que ça ne m'avait pas aidé à rester dans l'histoire. C'est un hommage aux Valseuses qui avait cette même veine anarchisante. Bon là on a pas l'humour et le second degré qui va avec. Ce n'est vraiment pas pour tout le monde, il y a souvent à juste titre la mention "pour public averti" quand vous apercevez la bd sur un site de vente en ligne : concrètement Bucquoy légitime l'idée de l'attentat en tant qu'acte révolutionnaire. Pour aller encore plus loin, il faut savoir que celui-ci sera plus tard de la bande à Godin dans les "attentats" de tartes à la crème. C'est pour le reste assez figé dans une époque, mais c'est aussi pour moi un exemple dans ce que la bd adulte peut offrir de différent.
Le Voyage en Italie
C'est assez rare que je n'apprécie pas l'oeuvre d'un auteur phare des années 80-90 mais c'est le cas ici. Une question de goût simplement. Si vous aimez le genre Tranches de vie en mode introspectif, vous allez adorer. Cosey est en quelque sorte le père spirituel de beaucoup d'auteurs actuels qui mélangent biographie et fiction. Au moins chez Cosey on évite l'aspect nombriliste de cet exercice de style. Mais pas l'aspect déprimant. Le dessin varie étrangement entre le correct et le très bon. J'ai eu du mal avec les visages parfois. Je vais passer mon tour pour le reste de ses œuvres mais c'est un auteur incontournable à découvrir pour les nouvelles générations qui apprécient ce genre.
Anibal Cinq
Pas facile d'écrire un avis sur cette bande... Je vais m'expliquer. Anibal 5 est le fruit de la seconde collaboration entre Jodorowsky et Bess. La publication du lama blanc est déjà en cours quand le binôme démarre donc cette nouvelle série. Anibal 5 est un patchwork réussi d'action, de comédie et de SF. Le héros éponyme est une sorte de James Bond obsédé sexuel du futur, envoyé en mission à chaque fois qu'un grand méchant élabore un plan diabolique mettant en péril la terre et les humains. Il y aura quatre enquêtes en tout, 2 dans chaque tome. Le tome 1 est vraiment génial. Après ça dérape un peu... Disons juste qu'Anibal, pour vaincre le dernier méchant qui est une femen assez énervée, va littéralement l'enc... HA.Ha.ha... Amis de l'humour bonsoir. Bref il y a un humour noir assez misogyne dans cette bande qui aurait dû mal à passer aujourd'hui... Et je n'ai pas évoqué le boss d'Anibal qui est un vieux constamment en train de tripoter sa maîtresse androïde aux allures de lolita. Le dessin oscille entre le bon et le très bon, Bess propose un style inédit pour l'occasion qui fonctionne plutôt bien. Un troisième tome est annoncé en dernière page "la mère ventre de fer et ses momies romantiques" mais ne verra jamais le jour. Une bonne bd mais à recontextualiser avant lecture.