J'ai mis du temps avant d'écrire un avis sur Lefranc, tout simplement parce que je suis loin d'avoir lu toute la série et je n'ai lu quasiment aucun des albums parus après l'an 2000. Aucun d'entre eux m'a jamais vraiment passionné au point d'enchaîner les tomes, et je picore plutôt au hasard, au gré des trouvailles ou des relectures.
Globalement, je retrouve les limites habituelles de Jacques Martin : des dialogues très écrits, parfois pesants, des personnages un peu raides, très sérieux, et une narration qui manque de naturel. Lefranc lui-même est un héros lisse, presque caricatural dans sa perfection et donc difficilement attachant.
Et pourtant, malgré ça, j'y reviens régulièrement. Il y a un plaisir un peu régressif à feuilleter ces albums. Le dessin, certes guindé et rigide, possède ce charme rétro très ligne claire, élégant et presque académique, qui donne aux décors, aux voitures, aux architectures une vraie classe. Ce côté suranné fait aujourd'hui partie de l'attrait que je peux avoir pour cette série comme je peux l'avoir pour Alix ou Blake et Mortimer sans qu'aucune de ces séries ne soient une de mes passions.
Ce qui m'a aussi surpris chez Lefranc, c'est de voir à quel point certains scénarios osent carrément bifurquer vers la science-fiction ou le fantastique pur, parfois sans prévenir. Je ne m'attendais pas à ce que la série parte aussi franchement dans ces terrains-là, comme dans l'album Les Portes de l'Enfer par exemple, qui assume presque totalement une ambiance étrange et irréelle. C'est inattendu dans une série aussi classique sur le fond, voire datée dans le style, mais curieusement audacieux.
Au final, je ne dirais pas que c'est une grande série ni que je la recommanderais avec enthousiasme. Mais j'y trouve un petit confort nostalgique, une lecture tranquille quoique souvent trop bavarde, un témoin d'une autre époque de la BD. Pas passionnant, rarement prenant, mais étrangement attachant à sa façon.
Note : 2,5/5
Je ne suis pas un grand fan de Blake et Mortimer, même si j'ai toujours apprécié leur esthétique très rétro, leurs décors soignés et l'élégance un peu surannée qui se dégage de leurs aventures. Du coup, je n'avais aucun attachement sacré à préserver ni de réticence particulière face à une parodie. Ma seule crainte, c'était plutôt de passer à côté de trop de références.
Finalement, Pierre Veys et Nicolas Barral trouvent le bon équilibre.
Le dessin reprend clairement les codes de E.P. Jacobs (mise en page classique, décors détaillés, ambiance très british), mais avec un trait plus souple et plus expressif qui accentue le côté burlesque. Les personnages sont plus caricaturaux, les tronches exagérées, et ça sert très bien l'humour sans jamais trahir complètement l'esprit d'origine.
Côté scénario, ça part assez facilement dans le délire. Blake devient un grand enfant un peu immature, Mortimer un savant bedonnant dont les inventions tournent systématiquement à la catastrophe, et Olrik un méchant pathétique. L'ensemble enchaîne les situations absurdes, les détournements de scènes cultes et les clins d'œil. Tout ne fait pas mouche, il y a quelques longueurs et des gags plus faciles, mais quand ça fonctionne, c'est vraiment drôle. Le premier tome est d'ailleurs le plus libre et le plus réussi à mes yeux, les suivants me paraissent un peu plus inégaux.
Au final, même sans être un connaisseur pointu de la série originale, j'ai pris beaucoup de plaisir à la lecture. Une parodie respectueuse, souvent très amusante, qui fonctionne même sans tout saisir. Pas indispensable, mais clairement une série sympathique.
Samuel Rimbault adapte le roman "Mes sincères condoléances" de Guillaume Bailly en BD. Une BD au titre trompeur, rien de réellement triste, bien que la mort soit notre compagnon de route, c'est l'humour noir qui prédomine.
Le personnage principal sera donc Guillaume Bailly lui-même, il nous fera part de ses anecdotes du haut de ses vingt ans d'expérience aux pompes funèbres. Une succession de petits récits sur une une à quatre planches. Un ensemble inégal plus ou moins drôle, la plus ahurissante de ces histoires est celle se passant dans un club échangiste. D'autres planches vous expliqueront la provenance de certains termes, les plus intéressants sont ceux sur "croque-mort" (non il ne fallait pas mordre violemment l'orteil du défunt) et "corbillard". Enfin, la BD sera parsemée de jeux sur le thème de la mort : un labyrinthe dans un cimetière, retrouver des objets (toujours dans un cimetière), retrouver la bonne ombre d'un brancard à la morgue, une grille de mots croisés et enfin celui des dix différences.
Le dessin est agréable, le trait expressif croque avec justesse ces moments de vie (si je puis dire) et la bichromie est un choix judicieux.
Une curiosité.
Un bon résumé de l'affaire Ben Barka, qui aurait sans doute été résolue depuis longtemps si elle n'était pas aussi politique.
J'avais déjà lu sur cette affaire et je n'ai pas trop appris rien de vraiment nouveau. C'est une bonne synthèse pour un lecteur qui ne connait pas grand chose de l'affaire. Tout est clair et précis même si on fait des allers-retours dans le temps. En effet, le récit n'est pas linéaire et la biographie de la vie de Ben Barka est éparpillée dans l'album. J'ai bien aimé comment chacune des hypothèses sur ce qui est arrivé et qui sont les gens impliqués dans cette affaire sont bien expliqués, et pourquoi elles seraient correctes ou non, c'est un peu dur de s'y retrouver dans une affaire où il y a clairement eu manipulation dans les informations recueillies par la presse.
Cela dit, malgré plusieurs qualités, je ne mets que 3 étoiles. Je trouve que le dessin et la mise en scène sont trop austères. Ce n'est pas très captivant à lire malgré le fait que cette affaire soit passionnante. C'est peut-être la volonté du fils de Ben Barka, qui si j'ai bien compris a participé à la réalisation de l'album, de ne pas faire un truc trop émotif et de traiter le sujet avec pudeur, mais je mentirais si je disais que j'ai aimé ce choix.
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Lefranc
J'ai mis du temps avant d'écrire un avis sur Lefranc, tout simplement parce que je suis loin d'avoir lu toute la série et je n'ai lu quasiment aucun des albums parus après l'an 2000. Aucun d'entre eux m'a jamais vraiment passionné au point d'enchaîner les tomes, et je picore plutôt au hasard, au gré des trouvailles ou des relectures. Globalement, je retrouve les limites habituelles de Jacques Martin : des dialogues très écrits, parfois pesants, des personnages un peu raides, très sérieux, et une narration qui manque de naturel. Lefranc lui-même est un héros lisse, presque caricatural dans sa perfection et donc difficilement attachant. Et pourtant, malgré ça, j'y reviens régulièrement. Il y a un plaisir un peu régressif à feuilleter ces albums. Le dessin, certes guindé et rigide, possède ce charme rétro très ligne claire, élégant et presque académique, qui donne aux décors, aux voitures, aux architectures une vraie classe. Ce côté suranné fait aujourd'hui partie de l'attrait que je peux avoir pour cette série comme je peux l'avoir pour Alix ou Blake et Mortimer sans qu'aucune de ces séries ne soient une de mes passions. Ce qui m'a aussi surpris chez Lefranc, c'est de voir à quel point certains scénarios osent carrément bifurquer vers la science-fiction ou le fantastique pur, parfois sans prévenir. Je ne m'attendais pas à ce que la série parte aussi franchement dans ces terrains-là, comme dans l'album Les Portes de l'Enfer par exemple, qui assume presque totalement une ambiance étrange et irréelle. C'est inattendu dans une série aussi classique sur le fond, voire datée dans le style, mais curieusement audacieux. Au final, je ne dirais pas que c'est une grande série ni que je la recommanderais avec enthousiasme. Mais j'y trouve un petit confort nostalgique, une lecture tranquille quoique souvent trop bavarde, un témoin d'une autre époque de la BD. Pas passionnant, rarement prenant, mais étrangement attachant à sa façon. Note : 2,5/5
Les aventures de Philip et Francis
Je ne suis pas un grand fan de Blake et Mortimer, même si j'ai toujours apprécié leur esthétique très rétro, leurs décors soignés et l'élégance un peu surannée qui se dégage de leurs aventures. Du coup, je n'avais aucun attachement sacré à préserver ni de réticence particulière face à une parodie. Ma seule crainte, c'était plutôt de passer à côté de trop de références. Finalement, Pierre Veys et Nicolas Barral trouvent le bon équilibre. Le dessin reprend clairement les codes de E.P. Jacobs (mise en page classique, décors détaillés, ambiance très british), mais avec un trait plus souple et plus expressif qui accentue le côté burlesque. Les personnages sont plus caricaturaux, les tronches exagérées, et ça sert très bien l'humour sans jamais trahir complètement l'esprit d'origine. Côté scénario, ça part assez facilement dans le délire. Blake devient un grand enfant un peu immature, Mortimer un savant bedonnant dont les inventions tournent systématiquement à la catastrophe, et Olrik un méchant pathétique. L'ensemble enchaîne les situations absurdes, les détournements de scènes cultes et les clins d'œil. Tout ne fait pas mouche, il y a quelques longueurs et des gags plus faciles, mais quand ça fonctionne, c'est vraiment drôle. Le premier tome est d'ailleurs le plus libre et le plus réussi à mes yeux, les suivants me paraissent un peu plus inégaux. Au final, même sans être un connaisseur pointu de la série originale, j'ai pris beaucoup de plaisir à la lecture. Une parodie respectueuse, souvent très amusante, qui fonctionne même sans tout saisir. Pas indispensable, mais clairement une série sympathique.
Nos sincères condoléances
Samuel Rimbault adapte le roman "Mes sincères condoléances" de Guillaume Bailly en BD. Une BD au titre trompeur, rien de réellement triste, bien que la mort soit notre compagnon de route, c'est l'humour noir qui prédomine. Le personnage principal sera donc Guillaume Bailly lui-même, il nous fera part de ses anecdotes du haut de ses vingt ans d'expérience aux pompes funèbres. Une succession de petits récits sur une une à quatre planches. Un ensemble inégal plus ou moins drôle, la plus ahurissante de ces histoires est celle se passant dans un club échangiste. D'autres planches vous expliqueront la provenance de certains termes, les plus intéressants sont ceux sur "croque-mort" (non il ne fallait pas mordre violemment l'orteil du défunt) et "corbillard". Enfin, la BD sera parsemée de jeux sur le thème de la mort : un labyrinthe dans un cimetière, retrouver des objets (toujours dans un cimetière), retrouver la bonne ombre d'un brancard à la morgue, une grille de mots croisés et enfin celui des dix différences. Le dessin est agréable, le trait expressif croque avec justesse ces moments de vie (si je puis dire) et la bichromie est un choix judicieux. Une curiosité.
Ben Barka - La disparition
Un bon résumé de l'affaire Ben Barka, qui aurait sans doute été résolue depuis longtemps si elle n'était pas aussi politique. J'avais déjà lu sur cette affaire et je n'ai pas trop appris rien de vraiment nouveau. C'est une bonne synthèse pour un lecteur qui ne connait pas grand chose de l'affaire. Tout est clair et précis même si on fait des allers-retours dans le temps. En effet, le récit n'est pas linéaire et la biographie de la vie de Ben Barka est éparpillée dans l'album. J'ai bien aimé comment chacune des hypothèses sur ce qui est arrivé et qui sont les gens impliqués dans cette affaire sont bien expliqués, et pourquoi elles seraient correctes ou non, c'est un peu dur de s'y retrouver dans une affaire où il y a clairement eu manipulation dans les informations recueillies par la presse. Cela dit, malgré plusieurs qualités, je ne mets que 3 étoiles. Je trouve que le dessin et la mise en scène sont trop austères. Ce n'est pas très captivant à lire malgré le fait que cette affaire soit passionnante. C'est peut-être la volonté du fils de Ben Barka, qui si j'ai bien compris a participé à la réalisation de l'album, de ne pas faire un truc trop émotif et de traiter le sujet avec pudeur, mais je mentirais si je disais que j'ai aimé ce choix.