N’ayant pas lu le roman original, je ne pourrai me prononcer sur la qualité de cette adaptation en elle-même. On est ici dans un récit d’aventures post-apocalyptique associé à une étude psychologique des personnages, notamment des parents, Pata et Madie, en proie à un terrible dilemme : pour survivre, il leur faudra laisser une partie de leur progéniture (9 enfants au total tout de même !) sur l’île minuscule où ils s’efforçaient de survivre, tout en se sachant condamnés à terme par l’inexorable montée des eaux. La seule issue, gagner d’hypothétiques terres émergées où ils pourraient commencer une nouvelle vie. Malheureusement, leur misérable barque ne peut contenir que 8 personnes ! Après une délibération difficile émaillée d’engueulades et de reproches, Madie se résout à accompagner son mari sur la barque en abandonnant trois de leurs enfants, Louie, Perrine, et Noé, l’objectif étant de revenir les récupérer une fois qu’ils auront rejoint la destination voulue.
Selon un double axe narratif, on suivra d’un côté la traversée de la « famille – 3 » à bord de leur coquille de noix sur un océan déchaîné, de l’autre on observera les trois gosses livrés à eux-mêmes, surpris de constater au petit matin que parents et fratrie sont partis sans eux.
Jusqu’à un certain point, l’histoire est plutôt bien menée et prenante, dans un mode survivaliste, avec son lot de drames et une bonne dose de mer déchaînée et de monstres des profondeurs, mais de la tendresse aussi. Ces trois petits gamins bien mignons et livrés à eux-mêmes sauront nous attendrir avec leurs propos naïfs qui prêtent à sourire. On pense à certains moments à « Sa majesté des mouches » (de façon plus soft, bien sûr), notamment avec l’irruption d’un naufragé à la mine patibulaire et aux intentions peu bienveillantes. Et pourtant, de façon étrange, l’impression globale au sortir de cette lecture s’avère mitigée. Est-ce dû aux ressorts scénaristiques assez peu crédibles ou à la minceur de l’intrigue ? Est-ce dû au mélange des genres, un mauvais dosage entre le spectaculaire et l’intimiste ? Ou encore au manque de contextualisation — on sait juste que le réchauffement climatique est la cause de cette montée des eaux, mais que celle-ci a en fait été déclenchée par l’effondrement d’un volcan (sic). La conclusion du récit, en forme de queue de poisson (on ne saurait mieux dire), n’arrange hélas rien à l’affaire…
Le dessin restera le point fort de cet album. Entre académisme bon teint et style personnel, Dominique Monféry recourt à un trait nerveux et expressif, associé à une belle maîtrise de l’aquarelle, le tout pouvant évoquer le travail d’un Guillaume Sorel. On aura néanmoins le droit d’être déconcerté devant l’aspect par trop minéral des vagues.
Le fait que « Juste après la vague » soit tagué par l’éditeur comme une BD adulte reste compréhensible, en raison de certaines scènes difficiles, mais hormis ces dernières, le livre semblerait plutôt cibler un public jeune. Malgré la noirceur de certains passages, le récit reste dominé par les bons sentiments saccharosés, sans véritable profondeur.
Je ne connaissais pas du tout cet auteur, qui apparemment a déjà publié une quinzaine de bandes dessinées. Quelque peu touche-à-tout, il a été directeur artistique chez différents éditeurs avant de fonder sa propre agence de pub spécialisée dans le divertissement. Auteur d’un blog (le Blog de Mae, personne de BD représentant sa fille âgée deux ans au début du blog), sa passion c’est la BD, et il est suivi par 200 000 fololos sur ses comptes facebook et instagram.
Voilà pour la bio, qui laisse à penser que Pacco est une personnalité active (pour ne pas dire hyperactive) et dynamique. Et avec cette BD, il semble avoir voulu faire profiter de son expérience à d’autres, une initiative après tout plutôt louable.
J’ai donc lu « Un plan infaillible », qu’on pourrait voir comme un ouvrage de développement personnel, tout en étant autobiographique. Pour moi, ça partait donc plutôt mal, obligé de constater (avec dépit) que la mode de ce type d’ouvrage n’est pas encore passée. Cela ne devrait pas tarder de toute façon, puisque l’intelligence artificielle est en train de s’imposer comme le nouveau gourou (virtuel) de notre ère technologique, ce qui risque de creuser lourdement le portefeuille des coachs en tout genre et n’est pas forcément plus réjouissant d’un point de vue philosophique, loin de là…
Indéniablement, Pacco dessine bien, et sa ligne claire élégante et dynamique prouve qu’il n’a rien d’un débutant. En même temps, on ne tombe pas à la renverse et on peut ne pas être fan de ce trait franco-belge déjà vu, qui s’inscrit plus dans la catégorie jeunesse. De la même façon, la mise en page reste dans les codes, sans fantaisie excessive, et on reste dans une bichromie bleu clair un rien monotone.
Quant à la narration, elle pêche par ses approximations et son côté brouillon, peut-être trop elliptique. J’avoue m’être forcé pour lire l’ouvrage jusqu’au bout. Le récit est assez répétitif et on a l’impression que le parcours de l’auteur se résume plus à des galères qu’à des réussites — même s’il y en a incontestablement puisqu’il évoque la création de son agence ou sa satisfaction au moment de publier son premier album. Mais malgré quelques bons conseils et ses « to-do » listes, on se demande un peu si le jeu en vaut la chandelle vu la charge mentale, avec gros stress et phases de déprime à la clé, que Pacco a dû supporter pour pouvoir « réaliser ses rêves ». Je suis donc loin d’être convaincu à titre personnel…
Mais après tout, il est fort possible que je ne sois pas la cible pour ce genre de lecture, j’ai même peut-être passé l’âge (largement !) pour être réceptif, ce qui me conforte dans mon jugement selon lequel « Un plan infaillible » s’adresse plutôt à un public adolescent ou « young adult », comme on dit dans les agences de pub…
Portugal... rencontre perdue, visite manquée... L'image de la couverture, le titre, tout est égarant. Pedrosa est un très bon dessinateur, mais le retour a ses racines n'a, peut-être, été bien orienté ou conseillé. L'album est ennuyeux au niveau du scénario, les personnages aussi et les dessins ne justifient ici le sacrifice de tout lire. C'est dommage quand même. Je conseille d'autres travaux de Pedrosa : Ring Circus, par exemple... et sur le Portugal et son histoire contemporaine, il y a quelques autres albums BD anciens et récents, excellents !
Lucas est amoureux d'Annika, qui ne le remarque même pas. Pour espérer attirer son attention, il décide de se trouver un petit boulot afin de s'offrir une Vespa. Le seul poste qu'il décroche est cependant inattendu : nettoyeur de cendres… en Enfer. Mais ce n'est pas si terrible, et en plus l'un de ses collègues démons lui propose de l'aider à séduire son crush en échange de son aide pour quitter les lieux et ce boulot dont il a marre.
Nous sommes ici entre fantastique, romance adolescente et comédie absurde. Aucun manichéisme à l'horizon : même si l'on parle d'anges et de démons, ils sont tous présentés comme foncièrement sympathiques. Les quiproquos s'enchaînent à un bon rythme, les retournements sont souvent imprévisibles, et l'humour fonctionne grâce à un bon sens du décalage, notamment dans la représentation de l'Enfer, peuplé de démons bêtes, excessifs et étrangement attachants.
Le dessin est agréable. Le trait est simple mais expressif. Je lui ai trouvé ici et là de petits airs de Bill Watterson (Calvin et Hobbes), dont j'imagine que l'auteur est amateur. Les personnages infernaux sont immédiatement lisibles, drôles et volontairement caricaturaux, avec un petit côté cartoon. La narration visuelle fonctionne bien, avec peu de texte et une lecture fluide et accessible. Je note aussi que la version originale (allemande) de cette BD était en noir et blanc, et que le passage en couleurs pour l'édition française est très appréciable.
Sous son humour potache, l'album glisse également quelques thèmes plus sérieux (premier amour, précarité, rapport au travail), sans jamais appuyer lourdement dessus. L'ensemble se montre aussi gentiment transgressif, notamment dans la représentation du divin vers la fin du récit, qui m'a bien amusé. Le tout reste léger, rythmé et sincère, même si l'on ressent parfois quelques coïncidences un peu faciles, et que rien ne vient vraiment rendre l'ensemble hilarant ou inoubliable.
C'est une lecture agréable, drôle et attachante, adaptée à des lecteurs préadolescents, mais qui saura aussi amuser les adultes sans pour autant les marquer durablement.
Bon… Je viens ajouter ma pierre à l'édifice des convaincus par cette bd. Là, on n’est pas dans la simple “bonne BD”, mais dans le genre d’album qui happe et ne lâche plus.
Graphiquement, c’est superbe. Les dessins sont magnifiques. Objet, cadrage, mise en page, de respiration… Rien n’est laissé au hasard.
Côté scénario, c'est carré, magnifiquement mené. Ça avance avec une sorte de mécanique implacable, on sent très vite qu’on marche vers quelque chose, qu’on ne pourra pas l’éviter, et pourtant on continue, hypnotisé. C’est tendu, maîtrisé, jamais gratuit : tout converge, tout se met en place, jusqu’à l’inéluctable.
A lire. Une BD qui reste en tête une fois refermée, qui donne envie d’y revenir juste pour savourer et en reprendre.
Contrapaso est une grande oeuvre. Grande en terme de taille car chaque album est de bonne taille et fait plus de 150 pages pour un récit très dense, presque romanesque. Grande aussi en terme de somme de travail et de soin qui lui a été apportée par son auteure, une Teresa Valero dont je découvre ici le talent.
Cela se passe à Madrid, sous la dictature de Franco dans les années 1950. Les deux héros sont journalistes, spécialisés dans les faits divers. L'un est un vieux de la vieille, ancien phalangiste désabusé qui se dédie désormais à la recherche de la vérité, notamment sur la mort de femmes tuées par ce qui ressemble à un tueur en série, chose qui n'existe officiellement pas dans l'Espagne Franquiste. L'autre est un jeune homme qui vient de revenir en Espagne après avoir fui en France pour échapper à un passé familial et romantique compliqué. Aussi novice soit-il dans le domaine journalistique, il se révèle lui aussi très motivé par la recherche de la vérité, quitte à braver les interdits, et sa forte personnalité va faire des étincelles face à celle de son collègue imposé.
Si ce couple de personnages que tout oppose et qui va finalement apprendre à s'apprécier a des airs de déjà-vu (on pense par exemple au film Seven avec qui il partage une ambiance similaire), on apprécie très vite les personnalités complexes et profondes de ces deux là qui sont loin d'être des stéréotypes et qui ont bien des choses à nous faire découvrir sur leurs origines et motivations.
Graphiquement, j'ai aussi très vite été séduit. Le cadre, les décors détaillés, les costumes, la mise en scène et les couleurs m'ont fait penser à Blacksad, avec de vrais humains. Je n'irais pas jusqu'à les comparer pour de bon car Teresa Valero n'atteint pas la virtuosité de Guarnido, mais c'est pour vous dire à quel point son dessin reste admirable, et surtout agréable à lire. Et maintenir ce niveau de qualité sur plus de 150 pages par album, c'est remarquable.
L'histoire est complexe et surtout très mature. Nous y sommes dans l'ambiance d'un polar noir, avec une bonne part d'historique en sus. Dès le premier tome, plusieurs trames narratives s'entremêlent. Au cœur de l'intrigue, il y a l'enquête policière menée par nos deux journalistes puis une femme venue à leur aide, portant sur une série de morts suspectes visiblement en lien avec le milieu médical et notamment le traitement réservé aux lesbiennes durant les débuts de la dictature, puisque évidemment dans l'Espagne de Franco, le lesbianisme est une maladie qui doit se soigner en toute discrétion. En parallèle, nous en apprenons davantage sur le passé de nos héros, et notamment sur les relations familiales du plus jeune des deux, ainsi que sur une ancienne relation tristement avortée.
Et surtout, ce qui m'a le plus intéressé ici, c'est la mise en scène et la découverte de l'intérieur de la vie sous la dictature franquiste. J'avais eu une vision assez ample de celle-ci grâce à Carlos Gimenez et ses fameux Paracuellos, Barrio et Les Temps Mauvais, auteur à qui Teresa Valero rend d'ailleurs hommage le temps d'un chapitre. Ici, c'est une autre facette qui m'a été présentée, à la fois plus adulte et moins étouffante, et en même temps toujours pleine d'hypocrisie et de contradictions. On y découvre des espagnols divisés et hésitants, ni totalement dans un camp ni totalement dans l'autre, certains d'entre eux passant même radicalement de l'un à l'autre. On y découvre surtout une Espagne lasse de sa dictature et où l'on sent que l'élite gouvernementale est en train de perdre ses marques. C'est bigrement intéressant et surtout présenté avec beaucoup d'intelligence.
L'auteure s'est beaucoup documentée sur le sujet et elle en profite pour mettre en scène de nombreux personnages certes fictifs mais inspirés de personnes et de situations ayant existé. Cela offre un panel de protagonistes très originaux et qui mériteraient presque tous une histoire rien qu'à eux.
En même temps, cet aspect adulte et riche en informations du récit se ressent dans la narration qui est parfois intense. Le lecteur doit garder son esprit aux aguets pour bien suivre le déroulement du récit et les nombreuses révélations qui ne se font qu'à demi-mot.
Le premier tome tient bien la route sur ce plan là. D'ordinaire, moi qui ne suis pas amateur de polars (j'ai tendance à m'y perdre quand une enquête complexe accumule les non-dits), j'ai trouvé ici que cela passait bien et je m'étais suffisamment bien attaché aux personnages et au contexte pour bien comprendre l'intrigue, et même pour fortement apprécier sa mise en scène parfois cinématographique, avec quelques ellipses surprenantes et pourtant claires et logiques.
Le second tome par contre est plus exigeant. La profusion d'informations et de contexte sur l'Espagne Franquiste et son rapport au cinéma et à l'urbanisme peut facilement noyer le lecteur, et la mise en scène n'aide cette fois pas toujours. Une lecture attentive voire une relecture sont nécessaires pour bien tout appréhender, avec malgré tout quelques flous persistants. En cela, ce tome est moins bon que le premier, mais pour le reste, il demeure tout aussi beau et instructif sur cette époque et ces lieux.
C'est du grand art, tant sur le plan du dessin que de la narration et de l'intérêt de l'intrigue et des personnages. Chaque tome est particulièrement dense, constituant à lui seul un épais one-shot avec une histoire complète qui se suffit à elle-même. Mais il s'agit bien aussi d'une série à suivre, une trilogie où l'on suit les mêmes personnages et où une enquête en fil rouge relie chacun et dont on n'aura le fin mot que dans le dernier tome.
Il est à noter Mais la fin de l'album ouvre la porte vers une suite et je retrouverai avec plaisir ses héros et son cadre si particulier pour de nouvelles aventures et enquêtes.
Ambiance western, mais pas trop.
C'est ce qu'on pourrait dire de cet album, le premier d'un jeune auteur bordelais, Jolan Thomas. Nous avons donc trois laissés-pour-compte, qui refusent de céder aux sirènes de la modernité galopante en devenant des mineurs ou des ouvriers, nostalgiques de l'ancien temps, lorsque les bisons dévalaient sur les plaines. Ce temps est bel et bien révolu, les bisons ne sont plus qu'un souvenir dans leur tête, et pour survivre, ils choisissent d'attaquer un train. Mais bien sûr ils vont se faire prendre. Pour écrire son histoire, Jolan Thomas s'est beaucoup documenté sur cette période tourmentée, et si on est dans la fiction, ce Procès des affamés a des accents d'authenticité.
C'est un premier album, qui n'est bien sûr pas exempt de défauts. J'ai par exemple décelé des petits défauts de rythme, des passages elliptiques qui auraient mérité d'être un peu développés, etc. Thomas a quand même essayé de bien présenter ses personnages, au travers notamment de flashes-backs, et c'est un bon point. Il y a des scènes bien construites, comme celle où des apprentis malfrats se disputent, ou la scène d'effroi des Tuniques bleues découvrant l'horreur dans le train. La toute dernière case possède une forte charge émotionnelle et symbolique, par ailleurs.
Graphiquement Jolan Thomas se situe, et c'est assumé, dans la lignée de Julie Rocheleau, une belle référence. Il possède déjà de bons repères en termes de découpage et de dynamisme, cela promet pour ses futurs projets.
Sans être la BD du siècle, c'est un bon divertissement, qui propose en outre une réflexion sur la modernité et ses conséquences sur le Far West.
Nous sommes dans une société post-apocalyptique, où humains, robots et démons se côtoient, se combattent parfois. Où des androïdes arborent des masques humains pour rassurer ceux qu'il reste. Où certains peuvent éprouver des sentiments, à long terme.
C'est un monde un peu étrange qu'a construit Takuji Kato. Sur le classique duo/homme/machine se superpose, à la fi de ce long premier volume d'exposition, la figure du démon, pas encore bien défini, mais assez intrigant. Il présente un rapport inversé entre humains et androïdes, les premiers pouvant servi de gardes du corps aux seconds, une "mère" droïde, une gamine dont tombe amoureuse une tourelle commandée par une IA... Je l'ai dit, ce premier volume, qui compte plus de 300 pages, ne sert qu'à installer l'univers, les personnages, le décor. J'avoue que c'est un peu lassant de découvrir les tranches de vie de certains personnages sur 80 pages, alors que d'autres sont expédiés en une vingtaine de planches. Cela reste cependant suffisamment divertissant pour qu'on aie envie de savoir ce qu'il va se passer avec tous ces droîdes, humains et démons.
Le decorum SF se résume essentiellement à une ambiance post-apo vite expédiée, à des combats de mechas, et... c'est tout. Classique, mais rapide. Le design de ceux-ci est sympa, sans plus, et le dessin plutôt agréable, bien aidé par une mise ne scène nerveuse.
A suivre, donc.
J'ai été plutôt séduit par cette BD. J'ignorais tout de sa paire d'auteur, mais elle fonctionne bien. Elle contient une somme de qualités essentielles, et j'ai pris du plaisir à la lire.
D'abord, le dessin, comme toujours, car c'est lui qui force ma décision au moment de passer à la caisse. Par la seule force d'un joli trait, je peux repartir avec. Alors oui, bien sur, il y a quand même d'autres facteurs, comme le thème qui peut être rédhibitoire, mais en règle générale, je le redis : c'est le dessin qui a le premier et le dernier mot. Dans Malanotte, Laura La Came déploie un univers tout à fait personnel en mêlant la force du charbon pour l’ambiance fantastique (dans tous les sens du terme) à l’élégance d’un trait fin et précis, plus fouillé, plus minutieux, histoire d’ancrer cette histoire dans une réalité que nous, lecteurs-trices sommes susceptible de connaitre. Je trouve que tout cela fonctionne à merveille et nous gratifie de plusieurs très belles planches sur lesquelles on s’arrête longuement.
Le scénario n’est pas en reste. Il prend le temps de s’installer, laissant progressivement monter un malaise de plus en en plus lourd. L’histoire n’est pas située géographiquement et pourrait se dérouler n’importe où, mais il y a un petit parfum d’Italie qui flotte, ne serait-ce qu’à travers les noms des personnages. Mais l’Italie des petits villages, avant l’avènement du portable, l’Italie des croyances et superstitions populaires. Le final laisse un petit goût d’inachèvement, certes, et on referme Malanotte avec la sensation d’émerger d’un mauvaise rêve poisseux, mais l’effet est volontaire, et très bien vu à mon sens. La fin propose plus qu’elle ne résout, ce qui colle parfaitement à cette atmosphère cauchemardesque.
Sur ce coup-là, je ne vais pas bouder mon plaisir. Et j’espère bien croiser à nouveau la route de Laura La Came…
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Juste après la vague
N’ayant pas lu le roman original, je ne pourrai me prononcer sur la qualité de cette adaptation en elle-même. On est ici dans un récit d’aventures post-apocalyptique associé à une étude psychologique des personnages, notamment des parents, Pata et Madie, en proie à un terrible dilemme : pour survivre, il leur faudra laisser une partie de leur progéniture (9 enfants au total tout de même !) sur l’île minuscule où ils s’efforçaient de survivre, tout en se sachant condamnés à terme par l’inexorable montée des eaux. La seule issue, gagner d’hypothétiques terres émergées où ils pourraient commencer une nouvelle vie. Malheureusement, leur misérable barque ne peut contenir que 8 personnes ! Après une délibération difficile émaillée d’engueulades et de reproches, Madie se résout à accompagner son mari sur la barque en abandonnant trois de leurs enfants, Louie, Perrine, et Noé, l’objectif étant de revenir les récupérer une fois qu’ils auront rejoint la destination voulue. Selon un double axe narratif, on suivra d’un côté la traversée de la « famille – 3 » à bord de leur coquille de noix sur un océan déchaîné, de l’autre on observera les trois gosses livrés à eux-mêmes, surpris de constater au petit matin que parents et fratrie sont partis sans eux. Jusqu’à un certain point, l’histoire est plutôt bien menée et prenante, dans un mode survivaliste, avec son lot de drames et une bonne dose de mer déchaînée et de monstres des profondeurs, mais de la tendresse aussi. Ces trois petits gamins bien mignons et livrés à eux-mêmes sauront nous attendrir avec leurs propos naïfs qui prêtent à sourire. On pense à certains moments à « Sa majesté des mouches » (de façon plus soft, bien sûr), notamment avec l’irruption d’un naufragé à la mine patibulaire et aux intentions peu bienveillantes. Et pourtant, de façon étrange, l’impression globale au sortir de cette lecture s’avère mitigée. Est-ce dû aux ressorts scénaristiques assez peu crédibles ou à la minceur de l’intrigue ? Est-ce dû au mélange des genres, un mauvais dosage entre le spectaculaire et l’intimiste ? Ou encore au manque de contextualisation — on sait juste que le réchauffement climatique est la cause de cette montée des eaux, mais que celle-ci a en fait été déclenchée par l’effondrement d’un volcan (sic). La conclusion du récit, en forme de queue de poisson (on ne saurait mieux dire), n’arrange hélas rien à l’affaire… Le dessin restera le point fort de cet album. Entre académisme bon teint et style personnel, Dominique Monféry recourt à un trait nerveux et expressif, associé à une belle maîtrise de l’aquarelle, le tout pouvant évoquer le travail d’un Guillaume Sorel. On aura néanmoins le droit d’être déconcerté devant l’aspect par trop minéral des vagues. Le fait que « Juste après la vague » soit tagué par l’éditeur comme une BD adulte reste compréhensible, en raison de certaines scènes difficiles, mais hormis ces dernières, le livre semblerait plutôt cibler un public jeune. Malgré la noirceur de certains passages, le récit reste dominé par les bons sentiments saccharosés, sans véritable profondeur.
Un plan infaillible - Comment j'ai réalisé mes plus grands rêves
Je ne connaissais pas du tout cet auteur, qui apparemment a déjà publié une quinzaine de bandes dessinées. Quelque peu touche-à-tout, il a été directeur artistique chez différents éditeurs avant de fonder sa propre agence de pub spécialisée dans le divertissement. Auteur d’un blog (le Blog de Mae, personne de BD représentant sa fille âgée deux ans au début du blog), sa passion c’est la BD, et il est suivi par 200 000 fololos sur ses comptes facebook et instagram. Voilà pour la bio, qui laisse à penser que Pacco est une personnalité active (pour ne pas dire hyperactive) et dynamique. Et avec cette BD, il semble avoir voulu faire profiter de son expérience à d’autres, une initiative après tout plutôt louable. J’ai donc lu « Un plan infaillible », qu’on pourrait voir comme un ouvrage de développement personnel, tout en étant autobiographique. Pour moi, ça partait donc plutôt mal, obligé de constater (avec dépit) que la mode de ce type d’ouvrage n’est pas encore passée. Cela ne devrait pas tarder de toute façon, puisque l’intelligence artificielle est en train de s’imposer comme le nouveau gourou (virtuel) de notre ère technologique, ce qui risque de creuser lourdement le portefeuille des coachs en tout genre et n’est pas forcément plus réjouissant d’un point de vue philosophique, loin de là… Indéniablement, Pacco dessine bien, et sa ligne claire élégante et dynamique prouve qu’il n’a rien d’un débutant. En même temps, on ne tombe pas à la renverse et on peut ne pas être fan de ce trait franco-belge déjà vu, qui s’inscrit plus dans la catégorie jeunesse. De la même façon, la mise en page reste dans les codes, sans fantaisie excessive, et on reste dans une bichromie bleu clair un rien monotone. Quant à la narration, elle pêche par ses approximations et son côté brouillon, peut-être trop elliptique. J’avoue m’être forcé pour lire l’ouvrage jusqu’au bout. Le récit est assez répétitif et on a l’impression que le parcours de l’auteur se résume plus à des galères qu’à des réussites — même s’il y en a incontestablement puisqu’il évoque la création de son agence ou sa satisfaction au moment de publier son premier album. Mais malgré quelques bons conseils et ses « to-do » listes, on se demande un peu si le jeu en vaut la chandelle vu la charge mentale, avec gros stress et phases de déprime à la clé, que Pacco a dû supporter pour pouvoir « réaliser ses rêves ». Je suis donc loin d’être convaincu à titre personnel… Mais après tout, il est fort possible que je ne sois pas la cible pour ce genre de lecture, j’ai même peut-être passé l’âge (largement !) pour être réceptif, ce qui me conforte dans mon jugement selon lequel « Un plan infaillible » s’adresse plutôt à un public adolescent ou « young adult », comme on dit dans les agences de pub…
Portugal
Portugal... rencontre perdue, visite manquée... L'image de la couverture, le titre, tout est égarant. Pedrosa est un très bon dessinateur, mais le retour a ses racines n'a, peut-être, été bien orienté ou conseillé. L'album est ennuyeux au niveau du scénario, les personnages aussi et les dessins ne justifient ici le sacrifice de tout lire. C'est dommage quand même. Je conseille d'autres travaux de Pedrosa : Ring Circus, par exemple... et sur le Portugal et son histoire contemporaine, il y a quelques autres albums BD anciens et récents, excellents !
Un Crush d'enfer
Lucas est amoureux d'Annika, qui ne le remarque même pas. Pour espérer attirer son attention, il décide de se trouver un petit boulot afin de s'offrir une Vespa. Le seul poste qu'il décroche est cependant inattendu : nettoyeur de cendres… en Enfer. Mais ce n'est pas si terrible, et en plus l'un de ses collègues démons lui propose de l'aider à séduire son crush en échange de son aide pour quitter les lieux et ce boulot dont il a marre. Nous sommes ici entre fantastique, romance adolescente et comédie absurde. Aucun manichéisme à l'horizon : même si l'on parle d'anges et de démons, ils sont tous présentés comme foncièrement sympathiques. Les quiproquos s'enchaînent à un bon rythme, les retournements sont souvent imprévisibles, et l'humour fonctionne grâce à un bon sens du décalage, notamment dans la représentation de l'Enfer, peuplé de démons bêtes, excessifs et étrangement attachants. Le dessin est agréable. Le trait est simple mais expressif. Je lui ai trouvé ici et là de petits airs de Bill Watterson (Calvin et Hobbes), dont j'imagine que l'auteur est amateur. Les personnages infernaux sont immédiatement lisibles, drôles et volontairement caricaturaux, avec un petit côté cartoon. La narration visuelle fonctionne bien, avec peu de texte et une lecture fluide et accessible. Je note aussi que la version originale (allemande) de cette BD était en noir et blanc, et que le passage en couleurs pour l'édition française est très appréciable. Sous son humour potache, l'album glisse également quelques thèmes plus sérieux (premier amour, précarité, rapport au travail), sans jamais appuyer lourdement dessus. L'ensemble se montre aussi gentiment transgressif, notamment dans la représentation du divin vers la fin du récit, qui m'a bien amusé. Le tout reste léger, rythmé et sincère, même si l'on ressent parfois quelques coïncidences un peu faciles, et que rien ne vient vraiment rendre l'ensemble hilarant ou inoubliable. C'est une lecture agréable, drôle et attachante, adaptée à des lecteurs préadolescents, mais qui saura aussi amuser les adultes sans pour autant les marquer durablement.
Soli Deo Gloria
Bon… Je viens ajouter ma pierre à l'édifice des convaincus par cette bd. Là, on n’est pas dans la simple “bonne BD”, mais dans le genre d’album qui happe et ne lâche plus. Graphiquement, c’est superbe. Les dessins sont magnifiques. Objet, cadrage, mise en page, de respiration… Rien n’est laissé au hasard. Côté scénario, c'est carré, magnifiquement mené. Ça avance avec une sorte de mécanique implacable, on sent très vite qu’on marche vers quelque chose, qu’on ne pourra pas l’éviter, et pourtant on continue, hypnotisé. C’est tendu, maîtrisé, jamais gratuit : tout converge, tout se met en place, jusqu’à l’inéluctable. A lire. Une BD qui reste en tête une fois refermée, qui donne envie d’y revenir juste pour savourer et en reprendre.
Contrapaso
Contrapaso est une grande oeuvre. Grande en terme de taille car chaque album est de bonne taille et fait plus de 150 pages pour un récit très dense, presque romanesque. Grande aussi en terme de somme de travail et de soin qui lui a été apportée par son auteure, une Teresa Valero dont je découvre ici le talent. Cela se passe à Madrid, sous la dictature de Franco dans les années 1950. Les deux héros sont journalistes, spécialisés dans les faits divers. L'un est un vieux de la vieille, ancien phalangiste désabusé qui se dédie désormais à la recherche de la vérité, notamment sur la mort de femmes tuées par ce qui ressemble à un tueur en série, chose qui n'existe officiellement pas dans l'Espagne Franquiste. L'autre est un jeune homme qui vient de revenir en Espagne après avoir fui en France pour échapper à un passé familial et romantique compliqué. Aussi novice soit-il dans le domaine journalistique, il se révèle lui aussi très motivé par la recherche de la vérité, quitte à braver les interdits, et sa forte personnalité va faire des étincelles face à celle de son collègue imposé. Si ce couple de personnages que tout oppose et qui va finalement apprendre à s'apprécier a des airs de déjà-vu (on pense par exemple au film Seven avec qui il partage une ambiance similaire), on apprécie très vite les personnalités complexes et profondes de ces deux là qui sont loin d'être des stéréotypes et qui ont bien des choses à nous faire découvrir sur leurs origines et motivations. Graphiquement, j'ai aussi très vite été séduit. Le cadre, les décors détaillés, les costumes, la mise en scène et les couleurs m'ont fait penser à Blacksad, avec de vrais humains. Je n'irais pas jusqu'à les comparer pour de bon car Teresa Valero n'atteint pas la virtuosité de Guarnido, mais c'est pour vous dire à quel point son dessin reste admirable, et surtout agréable à lire. Et maintenir ce niveau de qualité sur plus de 150 pages par album, c'est remarquable. L'histoire est complexe et surtout très mature. Nous y sommes dans l'ambiance d'un polar noir, avec une bonne part d'historique en sus. Dès le premier tome, plusieurs trames narratives s'entremêlent. Au cœur de l'intrigue, il y a l'enquête policière menée par nos deux journalistes puis une femme venue à leur aide, portant sur une série de morts suspectes visiblement en lien avec le milieu médical et notamment le traitement réservé aux lesbiennes durant les débuts de la dictature, puisque évidemment dans l'Espagne de Franco, le lesbianisme est une maladie qui doit se soigner en toute discrétion. En parallèle, nous en apprenons davantage sur le passé de nos héros, et notamment sur les relations familiales du plus jeune des deux, ainsi que sur une ancienne relation tristement avortée. Et surtout, ce qui m'a le plus intéressé ici, c'est la mise en scène et la découverte de l'intérieur de la vie sous la dictature franquiste. J'avais eu une vision assez ample de celle-ci grâce à Carlos Gimenez et ses fameux Paracuellos, Barrio et Les Temps Mauvais, auteur à qui Teresa Valero rend d'ailleurs hommage le temps d'un chapitre. Ici, c'est une autre facette qui m'a été présentée, à la fois plus adulte et moins étouffante, et en même temps toujours pleine d'hypocrisie et de contradictions. On y découvre des espagnols divisés et hésitants, ni totalement dans un camp ni totalement dans l'autre, certains d'entre eux passant même radicalement de l'un à l'autre. On y découvre surtout une Espagne lasse de sa dictature et où l'on sent que l'élite gouvernementale est en train de perdre ses marques. C'est bigrement intéressant et surtout présenté avec beaucoup d'intelligence. L'auteure s'est beaucoup documentée sur le sujet et elle en profite pour mettre en scène de nombreux personnages certes fictifs mais inspirés de personnes et de situations ayant existé. Cela offre un panel de protagonistes très originaux et qui mériteraient presque tous une histoire rien qu'à eux. En même temps, cet aspect adulte et riche en informations du récit se ressent dans la narration qui est parfois intense. Le lecteur doit garder son esprit aux aguets pour bien suivre le déroulement du récit et les nombreuses révélations qui ne se font qu'à demi-mot. Le premier tome tient bien la route sur ce plan là. D'ordinaire, moi qui ne suis pas amateur de polars (j'ai tendance à m'y perdre quand une enquête complexe accumule les non-dits), j'ai trouvé ici que cela passait bien et je m'étais suffisamment bien attaché aux personnages et au contexte pour bien comprendre l'intrigue, et même pour fortement apprécier sa mise en scène parfois cinématographique, avec quelques ellipses surprenantes et pourtant claires et logiques. Le second tome par contre est plus exigeant. La profusion d'informations et de contexte sur l'Espagne Franquiste et son rapport au cinéma et à l'urbanisme peut facilement noyer le lecteur, et la mise en scène n'aide cette fois pas toujours. Une lecture attentive voire une relecture sont nécessaires pour bien tout appréhender, avec malgré tout quelques flous persistants. En cela, ce tome est moins bon que le premier, mais pour le reste, il demeure tout aussi beau et instructif sur cette époque et ces lieux. C'est du grand art, tant sur le plan du dessin que de la narration et de l'intérêt de l'intrigue et des personnages. Chaque tome est particulièrement dense, constituant à lui seul un épais one-shot avec une histoire complète qui se suffit à elle-même. Mais il s'agit bien aussi d'une série à suivre, une trilogie où l'on suit les mêmes personnages et où une enquête en fil rouge relie chacun et dont on n'aura le fin mot que dans le dernier tome. Il est à noter Mais la fin de l'album ouvre la porte vers une suite et je retrouverai avec plaisir ses héros et son cadre si particulier pour de nouvelles aventures et enquêtes.
Le Procès des affamés
Ambiance western, mais pas trop. C'est ce qu'on pourrait dire de cet album, le premier d'un jeune auteur bordelais, Jolan Thomas. Nous avons donc trois laissés-pour-compte, qui refusent de céder aux sirènes de la modernité galopante en devenant des mineurs ou des ouvriers, nostalgiques de l'ancien temps, lorsque les bisons dévalaient sur les plaines. Ce temps est bel et bien révolu, les bisons ne sont plus qu'un souvenir dans leur tête, et pour survivre, ils choisissent d'attaquer un train. Mais bien sûr ils vont se faire prendre. Pour écrire son histoire, Jolan Thomas s'est beaucoup documenté sur cette période tourmentée, et si on est dans la fiction, ce Procès des affamés a des accents d'authenticité. C'est un premier album, qui n'est bien sûr pas exempt de défauts. J'ai par exemple décelé des petits défauts de rythme, des passages elliptiques qui auraient mérité d'être un peu développés, etc. Thomas a quand même essayé de bien présenter ses personnages, au travers notamment de flashes-backs, et c'est un bon point. Il y a des scènes bien construites, comme celle où des apprentis malfrats se disputent, ou la scène d'effroi des Tuniques bleues découvrant l'horreur dans le train. La toute dernière case possède une forte charge émotionnelle et symbolique, par ailleurs. Graphiquement Jolan Thomas se situe, et c'est assumé, dans la lignée de Julie Rocheleau, une belle référence. Il possède déjà de bons repères en termes de découpage et de dynamisme, cela promet pour ses futurs projets. Sans être la BD du siècle, c'est un bon divertissement, qui propose en outre une réflexion sur la modernité et ses conséquences sur le Far West.
Mechanical Buddy Universe
Nous sommes dans une société post-apocalyptique, où humains, robots et démons se côtoient, se combattent parfois. Où des androïdes arborent des masques humains pour rassurer ceux qu'il reste. Où certains peuvent éprouver des sentiments, à long terme. C'est un monde un peu étrange qu'a construit Takuji Kato. Sur le classique duo/homme/machine se superpose, à la fi de ce long premier volume d'exposition, la figure du démon, pas encore bien défini, mais assez intrigant. Il présente un rapport inversé entre humains et androïdes, les premiers pouvant servi de gardes du corps aux seconds, une "mère" droïde, une gamine dont tombe amoureuse une tourelle commandée par une IA... Je l'ai dit, ce premier volume, qui compte plus de 300 pages, ne sert qu'à installer l'univers, les personnages, le décor. J'avoue que c'est un peu lassant de découvrir les tranches de vie de certains personnages sur 80 pages, alors que d'autres sont expédiés en une vingtaine de planches. Cela reste cependant suffisamment divertissant pour qu'on aie envie de savoir ce qu'il va se passer avec tous ces droîdes, humains et démons. Le decorum SF se résume essentiellement à une ambiance post-apo vite expédiée, à des combats de mechas, et... c'est tout. Classique, mais rapide. Le design de ceux-ci est sympa, sans plus, et le dessin plutôt agréable, bien aidé par une mise ne scène nerveuse. A suivre, donc.
Malanotte - La Malédiction de la Pantafa
J'ai été plutôt séduit par cette BD. J'ignorais tout de sa paire d'auteur, mais elle fonctionne bien. Elle contient une somme de qualités essentielles, et j'ai pris du plaisir à la lire. D'abord, le dessin, comme toujours, car c'est lui qui force ma décision au moment de passer à la caisse. Par la seule force d'un joli trait, je peux repartir avec. Alors oui, bien sur, il y a quand même d'autres facteurs, comme le thème qui peut être rédhibitoire, mais en règle générale, je le redis : c'est le dessin qui a le premier et le dernier mot. Dans Malanotte, Laura La Came déploie un univers tout à fait personnel en mêlant la force du charbon pour l’ambiance fantastique (dans tous les sens du terme) à l’élégance d’un trait fin et précis, plus fouillé, plus minutieux, histoire d’ancrer cette histoire dans une réalité que nous, lecteurs-trices sommes susceptible de connaitre. Je trouve que tout cela fonctionne à merveille et nous gratifie de plusieurs très belles planches sur lesquelles on s’arrête longuement. Le scénario n’est pas en reste. Il prend le temps de s’installer, laissant progressivement monter un malaise de plus en en plus lourd. L’histoire n’est pas située géographiquement et pourrait se dérouler n’importe où, mais il y a un petit parfum d’Italie qui flotte, ne serait-ce qu’à travers les noms des personnages. Mais l’Italie des petits villages, avant l’avènement du portable, l’Italie des croyances et superstitions populaires. Le final laisse un petit goût d’inachèvement, certes, et on referme Malanotte avec la sensation d’émerger d’un mauvaise rêve poisseux, mais l’effet est volontaire, et très bien vu à mon sens. La fin propose plus qu’elle ne résout, ce qui colle parfaitement à cette atmosphère cauchemardesque. Sur ce coup-là, je ne vais pas bouder mon plaisir. Et j’espère bien croiser à nouveau la route de Laura La Came…