Les derniers avis (2 avis)

Par Ro
Note: 2/5
Couverture de la série La Chevaleresse
La Chevaleresse

Héloïse, jeune fille empêchée de devenir chevalier par une société médiévale patriarcale, se fiance à Armand, promis au maniement des armes alors qu'il ne rêve que de dessin, afin d'échanger discrètement leurs rôles et de vivre enfin selon leurs aspirations. Utiliser un cadre médiéval pour interroger les rôles de genre, les injonctions sociales et la liberté de choisir sa propre voie est une idée pertinente et difficilement contestable, qui a d'ailleurs déjà été explorée avec succès ces dernières années dans des albums comme Peau d'Homme par exemple. Cet album tente à son tour de s'emparer de ces thématiques à travers une histoire d'échange de rôles, avec une héroïne passionnée par le combat dans un monde qui ne laisse aucune place à ce type d'ambition féminine. Mais son principal problème vient de la manière dont tout cela est mis en scène. Très rapidement, j'ai eu l'impression de lire une histoire assez adolescente, qui empile des intentions très contemporaines sans vraiment se soucier de crédibilité historique, ni même parfois de sa propre logique interne. Dès le postulat de départ, j'avais du mal à croire que leur échange de rôles puisse fonctionner ne serait-ce que plus de quelques minutes, et pourtant le scénario le traite comme une évidence sans jamais vraiment questionner les limites très concrètes d'un tel plan. Plus globalement, l'écriture m'a semblé assez immature, avec une vision du monde souvent très binaire : les hommes sont fréquemment réduits à des figures brutales, guerrières ou obtuses (à l'exception de rares personnages plus artistes ou marginaux), tandis que les femmes incarnent plus volontiers la sensibilité, l'ouverture d'esprit ou les victimes d'un système patriarcal écrasant. L'intention est claire, mais l'ensemble manque de nuance et donne l'impression d'un scénario écrit pour valider des idées déjà établies plutôt que pour construire des personnages réellement complexes. La romance m'a également paru assez téléphonée, avec un côté roman adolescent très calibré dans sa manière d'aborder l'ouverture d'esprit, la liberté identitaire et les relations entre personnages. Là encore, les thèmes abordés sont légitimes, mais tout va trop vite et manque de naturel pour me convaincre émotionnellement. Côté dessin, c'est plus contrasté. J'ai trouvé certaines planches assez jolies, notamment grâce à une colorisation douce qui crée une belle ambiance, mais le trait m'a aussi semblé irrégulier, avec parfois des visages ou des anatomies un peu maladroits et des décors assez vides. Ce n'est donc pas une BD dénuée de qualités, notamment pour un lectorat adolescent qui pourra facilement adhérer à son message d'émancipation et de tolérance. Mais en ce qui me concerne, j'ai surtout eu le sentiment d'une lecture trop démonstrative, qui manque de subtilité, de maturité narrative et de vraisemblance pour pleinement fonctionner. Note : 2,5/5

24/04/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Fils de bourge - Le doux printemps 1936
Fils de bourge - Le doux printemps 1936

À la fin de l'année 1935, dans une petite ville industrielle française, François, 17 ans, grandit sous l'autorité d'un père violent, notable local aux sympathies fascisantes, tandis que la montée des tensions sociales et politiques précède l'arrivée du Front populaire. Les récits situés dans les années 30 se concentrent souvent sur la montée du fascisme ou annoncent directement la Seconde Guerre mondiale, mais abordent plus rarement les conflits sociaux qui ont précédé l'élection du Front populaire et le climat politique qui l'a rendu possible. Cet album montre bien à quel point la situation pouvait être explosive dans certaines villes industrielles, avec une opposition sociale extrêmement marquée entre bourgeoisie locale et classe ouvrière, tout en laissant déjà entrevoir les fractures idéologiques qui ressurgiront pendant l'Occupation, entre futurs collaborateurs séduits par les idées fascistes et figures plus proches du communisme ou du socialisme qui entreront plus tard dans la Résistance. Visuellement, Eric Stalner livre quelque chose de solide. Son dessin reste dans une ligne assez classique et académique, mais c'est propre, lisible et efficace. La colorisation soignée fonctionne bien, notamment dans le contraste entre les décors campagnards verdoyants et les scènes d'intérieur plus étouffantes autour du père du héros. Les personnages sont reconnaissables et la mise en scène sait créer une vraie proximité avec François. Le scénario repose sur une base assez convenue : le fils adolescent qui se rebelle contre un père autoritaire et violent, puis s'émancipe au contact d'un milieu populaire présenté comme plus sincère et solidaire. L'album souffre aussi parfois d'un certain manichéisme, avec des bourgeois particulièrement odieux et méprisants face à des "rouges" certes plus brusques et parfois violents, mais montrés comme loyaux et profondément humains. Du coup, la confrontation sociale paraît par moments un peu caricaturale, avec une haine et un mépris très appuyés de part et d'autre. Ceci dit, quand on observe aujourd'hui certaines formes de radicalisation et de polarisation, on se dit aussi que les tensions de l'époque pouvaient sans doute être tout aussi violentes, simplement sous d'autres formes. Mais malgré ces réserves, cela fonctionne vraiment bien. J'ai été pris par le parcours de François, par sa manière d'encaisser progressivement la violence de son père jusqu'à parvenir à lui résister, par son tiraillement entre son milieu d'origine et ses nouveaux amis, par cette camaraderie parfois très virile née des luttes communes, ainsi que par la discrète romance qui se développe en parallèle. Il y a une vraie envie de le voir triompher des injustices qu'il subit, à la fois sur le plan familial et social. Le rythme est efficace, le récit est accrocheur, et j'ai surtout apprécié qu'il s'agisse d'un one-shot qui va réellement au bout de son histoire. L'épilogue de plusieurs pages consacré aux années suivantes apporte une vraie satisfaction et donne encore plus de poids au destin de François et des autres personnages, tout en renforçant l'intérêt historique de l'ensemble. Au-delà de son classicisme, c'est surtout une BD qui parvient à rendre cette période charnière très concrète et incarnée, en montrant comment les fractures sociales et politiques de l'époque annonçaient déjà une partie des drames à venir.

24/04/2026 (modifier)