Les derniers avis (10 avis)

Par Lodi
Note: 3/5
Couverture de la série La 3e Kamera
La 3e Kamera

A le mérite d'attirer l'attention sur un aspect méconnu de l'Histoire, soit la propagande nazie sur le front et une déviation face à cela, des images que les propagandistes faisaient pour eux-mêmes. De plus, l'action montre bien la situation de Berlin et des Américains et des Russes dans les ruines des vaincus. Je confonds un peu les Berlinois entre eux et leurs vainqueurs entre eux : ils ne parviennent pas à m'intéresser comme individus, et ce n'est pas la faute du dessin, assez bon, ni d'un rythme traînant mais de quelque chose de plus subtil et que je ne vais pas me casser la tête à chercher. Comme souvent, la couverture est plus dramatique et plus esthétique que le reste de l'ouvrage.

31/01/2026 (modifier)
Couverture de la série Le Dernier Atlas
Le Dernier Atlas

Eh bien, que voilà une série vraiment emballante, bien fichue ! J’ai un temps cru que l’empilement des thèmes abordés durant le récit allait le rendre indigeste, ou allait le faire partir dans tous les sens, c’est-à-dire n’importe où. Car il y a des tonnes de sujets abordés ! La guerre d’Algérie et ses conséquences, les enjeux post-coloniaux à propos du contrôle de certaines ressources, les luttes sociales actuelles (ZAD, fermeture de certains sites industriels entre autres), les relations internationales (avec le pays émergent qu’est l’Inde par exemple, ou autour des relations Franco algériennes), les enjeux autour du nucléaire, etc. Et avec cet arrière-plan des plus riches, les auteurs ont bâti un récit uchronique (autour de l’usage de ces robots géants, mais pas que – voir Fillon président…) et surtout un récit qui commence comme un polar (et le reste aussi en grande partie dans les deux derniers tomes, même si cet aspect s’efface peu à peu). Un récit très riche donc, mais finalement équilibré. Même si certains détails m’ont un peu moins convaincu : la quête familiale de Tayeb – surtout dans le dernier tome, mais aussi les allers-retours entre France et Algérie un chouia trop « facile » pour le chef mafieux « dieu-le-père ». Mais ce sont des bémols mineurs, compensés largement par la richesse de l’intrigue, une narration aérée et fluide, et des personnages finalement pas si monolithiques que ça (Tayeb en tête). Mais bon, ça reste quand même un chouette série, que j’ai dévoré d’une traite – une longue traite quand même, parce que chaque tome offre une pagination conséquente.

31/01/2026 (modifier)
Par Blue boy
Note: 3/5
Couverture de la série The Junction
The Junction

Comme pour ses deux ouvrages précédents — dont "l’Appel à Cthulu", encore non avisé sur BDT —, ce monsieur, né au Canada mais résident au Royaume-Uni, a conçu le scénario, c’est donc un auteur complet auquel nous avons affaire. Il réussit ici à nous captiver dès les premières pages avec cette histoire très intrigante au pitch imparable : un garçon disparu mystérieusement réapparaît 12 ans plus tard sans avoir changé d’un iota. Comme celui-ci semble avoir totalement perdu la mémoire, les enquêteurs vont s’efforcer de résoudre cette énigme en décortiquant son journal intime. Une tâche ardue puisque le document ne respecte aucune chronologie, citant des lieux totalement inconnus, notamment Kirby Junction, la ville où le garçon aurait séjourné durant ces douze années. De même, les événements relatés sont de l’ordre du surnaturel : des maisons apparaissant comme par magie en l’espace d’une nuit, avec leurs occupants venus d’on ne sait où, des livres aux pages entièrement blanches, ou encore des nains de jardin qui se mettent à parler… On n’est pas vraiment sûr de ce que l’on doit retenir de cette bande dessinée, mais sans dévoiler l’intrigue, on peut dire qu’il est question du deuil, avec cette impossibilité à accepter la mort d’un être aimé. Aucune violence ici, ce récit est comme un va-et-vient entre le réel et l’imaginaire, le passé et le présent, une invitation à passer de l’autre côté du miroir, vers une dimension parallèle… Certes, l’atmosphère reste vaguement inquiétante mais globalement paisible. Si ce récit fantastique est prenant, il a également cette faculté à nous envoûter, et la partie visuelle y est pour beaucoup. Tout à fait original, le dessin de Norm Konyu est très graphique, poétique aussi, avec une maîtrise de la couleur exceptionnelle, mais il n’y a pas de quoi être surpris quand on est au fait du parcours de l’auteur. Le trait géométrique, qui s’applique aussi bien aux décors qu’aux personnages, est pour le moins audacieux, se révélant souvent poétique avec des textures joliment travaillées. Dans un cahier graphique en fin d’ouvrage, Konyu livre quelques secrets sur sa technique de travail, assez singulière, qui mêle l’encre et le numérique. Ma seule réserve portera sur l’aspect un peu froid et inexpressif des personnages, qui rejaillit sur leur personnalité déjà pas très fouillée à la base, et peut parfois gêner leur identification. Cela étant, « The Junction » constitue une lecture plaisante, dont l’originalité de l’approche graphique reste le gros point fort, ainsi que son aptitude à vous embarquer dans la narration. Norm Konyu a déjà prévu de publier un nouvel ouvrage fin 2026, qui s’intitulera « L’Espace entre les arbres ». Avec un tel titre, on ne doute pas un instant qu’il saura à nouveau nous surprendre.

31/01/2026 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Jeune et fauchée
Jeune et fauchée

?Quand on nait avec une cuillère d’argent dans la bouche, on croit être préservé à vie des problèmes de fric, et on imagine encore moins être un jour concerné par la pauvreté. C’est pourtant ce qui est arrivé à Florence Dupré la Tour, comme elle le raconte dans ce témoignage rare, à peine croyable. Après « Cruelle », « Pucelle » et « Jumelle », l'autrice poursuit son parcours autobiographique avec cette fois pour thématique, comme le suggère le titre, son rapport à l’argent. Comment pourrait-on être désargentée et pauvre quand on vient d’un milieu bourgeois où l’entre-soi est soigneusement préservé, quitte à arranger des mariages consanguins, en ayant passé toute son enfance dans une magnifique demeure entouré d’un vaste jardin ? C’est pourtant bien ce qu’elle a vécu, « Mâââdemoiselle » Dupré la Tour. La dèche, la vraie, comme n’importe quel déclassé social, n’importe quel « gueux », à tirer le diable par la queue chaque fin de mois. Avec son patronyme à rallonge qui en impose à tous les « Dupont-Martin » de base, on pourrait hausser les épaules et juste se dire, elle doit être un peu mytho la meuf… C’est sans compter sur son talent de conteuse, car il faut le dire, on est immédiatement embarqué dans cette histoire où à plusieurs reprises il y a de quoi tomber de sa chaise. Dans un style crobardesque, qui fonctionne très bien par son côté expressif et évocateur — et on sait très bien que depuis Reiser, il faut un certain talent pour faire du « moche », un parti pris parfaitement maîtrisé aujourd'hui par des auteurs comme Lefred-Thouron ou Marion Montaigne — Florence Dupré la Tour va dérouler son récit, avec humour et une sincérité qui l’honore. Ce problème de thune commencera à l’adolescence, où le désir d’indépendance se manifeste très naturellement. Mais si maman refuse d’accorder un minimum d’argent de poche à sa progéniture, cela devient vite problématique. C’est ainsi que Florence, à l’âge de 17 ans, va se retrouver à errer dans les rues comme une pauvrette en compagnie de sa sœur jumelle Bénédicte, contrainte de fouiller dans les fontaines en espérant trouver de quoi de se payer un coca… pour deux ! Le début d’une longue galère où elle connaîtra ensuite, après des débuts difficile dans la bande dessinée, l’angoisse de se retrouver à la rue, contrainte de vivre dans un appartement aux murs moisis avec ses deux enfants en bas âge, sans aucun soutien financier de parents indifférents à sa souffrance. Il serait pourtant difficile d’y voir un récit à charge, celui-ci ayant davantage une fonction exutoire. L’autrice ne fait jamais montre d’acrimonie (même si on sent une part de colère, y compris contre elle-même), elle s'efforce d’être factuelle, confirmant qu’on peut avoir des oursins dans les poches tout en étant pété de thunes. Bien au contraire, cette dernière explique, un peu honteuse, qu’elle ne pouvait s’empêcher d’avoir de l’admiration pour ses géniteurs, lesquels ne lui ont pourtant pas fait de cadeaux ni soutenu dans ses choix. Elle fait même preuve de compréhension à leur égard. Non, c’est sûr, ses parents n’étaient pas des salauds. Peut-être étaient-ils eux-mêmes victimes de leur éducation bourgeoise, qui leur avait appris à considérer comme vulgaire le fait de s’épancher sur leurs états d’âme. Dans ce milieu, il est mal vu de demander de l’aide, il n’y a que les pauvres qui peuvent faire ça ! Bien élevée, « Mademoiselle Florence » avait appris à la fermer sans réclamer : rester digne à tout prix, c’était tout ce qui comptait, surtout quand on avait cette chance de porter un patronyme de noble ! Cette bande dessinée expose à la lumière un milieu finalement assez méconnu et qui a plutôt tendance à pratiquer le secret et l’entre soi — on ne sait jamais, ça pourrait donner des idées aux gueux qui sont à leurs portes et convoitent le magot. Une question revient souvent au cours des pages : comment ses proches ont-ils accueilli le livre ? Le moins qu’on puisse dire, c’est que le portrait n’est pas des plus flatteurs, même si la conclusion du livre vient tempérer cette impression. « Jeune et fauchée », qui aborde en filigrane le statut difficile de bédéiste, s’avère un récit passionnant que l’on dévore littéralement, la rareté du sujet (être "bourgeois" et pauvre à la fois) en renforçant l’intérêt. De par son style aussi bien graphique que narratif, j’y ai trouvé beaucoup de similitudes avec cet album de Carole Lobel, En territoire ennemi (paru en 2024 chez L’Association), qui traite de façon tout aussi saisissante des traumatismes résultant d’une relation toxique pour ses victimes. Et tout comme ce dernier, l’ouvrage de Florence Dupré la Tour est un vrai coup de cœur qui touche avant tout par son authenticité.

31/01/2026 (modifier)
Par Hervé
Note: 3/5
Couverture de la série XIII Parody
XIII Parody

L'album porte bien son titre : Parody ! Contrairement à l'album anniversaire "traquenards et sentiments" qui était pathétique tant au niveau de la forme que du scénario, ici Van Hamme assume ici l'autodérision! Et c'est pas mal fichu. Nous avons certes droit à un véritable catalogue des principaux personnages apparus dans la série mais c'est assez drôle. C'est vite lu (trois vignettes par page) et le dessin de Philippe Xavier est à la hauteur. Il faut dire que cette histoire était d'abord destinée à être éditée dans un format plus petit (le mini-récit présent dans le journal Spirou n° 4495 du 5 juin 2024) avant de connaitre l'honneur du format cartonné. A réserver aux inconditionnels et collectionneurs de XIII évidement, car cet album n'est pas indispensable pour les simples amateurs du plus célèbre des amnésiques de la bande dessinée.

31/01/2026 (modifier)
Couverture de la série La Maison du canal
La Maison du canal

Je surnote un peu mais j’ai trouvé ma lecture très intéressante (même si pas pressé d’y revenir). Les auteurs me sont quasi inconnus, je me suis lancé dans cette lecture pour le nom de Simenon, bien curieux de découvrir d’autres adaptations de ces romans durs. La neige était sale m’ayant bien titillé. Je suis sorti de ma lecture plutôt comblé niveau attente. Même si rien de sorcier, j’ai vraiment aimé la ligne dur du roman, les personnages ne sont pas attachants mais je les ai mieux saisi que dans l’autre adaptation citée plus haut. L’ambiance m’a rappelé ce que j’aime bien dans les films de Chabrol par exemple (campagne, bourgeoisie, clash). Et cette ambiance est le gros point fort de ce tome. C’est parfaitement séquencé et admirablement mis en images. Je découvre le travail d’Edith, un style faussement simple mais vraiment au service de l’intrigue, son trait ne m’a pas dérangé mais c’est surtout ses tronches et ses couleurs que j’ai trouvé remarquables. C’est gris, c’est morne, ça retranscrit parfaitement la localisation et l’époque. Bref j’ai bien apprécié le fond du roman et le soin apporté à la version bd. 3,5

31/01/2026 (modifier)
Couverture de la série XIII Parody
XIII Parody

A la limite de mettre 1* à cet album, c’est vraiment pas bon, même pour les fans absolus de la franchise. Plus j’avançais dans ma lecture, plus mon peu d’intérêt s’évaporait. En gros, j’ai souri à 2, 3 idées (gags ?) du début avant de trouver ça vraiment lourdingue sur la longueur. Pourtant l’idée de cette (auto)parodie par JVH ne me rebutait pas, il y avait matière avec notre amnésique préféré. Malheureusement l’intrigue déployée est d’une pauvreté abyssale et on tombe rapidement dans le gros n’importe quoi. Je n’ai pas aimé non plus la narration bien trop diluée (3 cases par pages la plupart du temps) malgré un dessin solide de Xavier. En fait, j’ai eu l’impression de lire un cadavre exquis (mais par les mêmes auteurs), un truc improvisé qui ne remplit absolument pas les attentes du lecteur. Je m’interroge vraiment sur la finalité de cette parution, je ne dis pas en bonus ou cadeau de revue bd, mais c’est franchement à fuir en librairie. Nota : le seul truc que j’ai un tantinet apprécié c’est que l’on revient sur la (bonne) période JVH niveau référence (ou persos), je n’étais pas trop perdu.

31/01/2026 (modifier)
Par pol
Note: 3/5
Couverture de la série La Bête du nord
La Bête du nord

Oscar Martin s'attaque à l'univers de Conan le Barbare en proposant une histoire inédite, et quand on apprécie l'univers qu'il a créé avec Solo, forcément ça attise la curiosité. Il se consacre ici au scénario et laisse les pinceaux à son ami Leonel Castellani, à qui il avait déjà confié le dessin du spin off Solo - Lyra. Ce récit s'ouvre avec un Conan fatigué, en quête de repos, qui débarque dans une cité aux prises à différents clans de voleurs. Et de repos il n'aura point. A peine arrivé, ça va déjà cogner, et en plus il accepte rapidement une mission : délivrer la fille d'un chef de gang prisonnière d'un rival. Appâté par la récompense promise, il se lance alors à la recherche de la jeune fille. Simple et efficace, Conan doit jouer des muscles et de l'épée. Pas de surprise de ce coté là : ceux qui vont se dresser sur sa route se feront découper les uns après les autres, et l'issue du récit ne fait pas trop de doute. On n'est pas bien inquiet pour Conan. L'hémoglobine va couler, le récit carbure à la testostérone. Tout comme le dessin : Muscles saillants, cadrages et découpages dynamiques, le visuel est lui aussi efficace. Niveau ambiance c'est réussi. Le scénario est bien construit et les rebondissements qui accompagnent la quête de notre héros pimentent l'intrigue juste ce qu'il faut. Quelques petites surprises, et autres déconvenues au programme, permettent d'éviter un simple enchainement de scènes de baston. Au final, une histoire inédite plutôt sympa, joliment illustrée, qui se lit d'une traite.... si bien sûr vous n'avez rien contre ce genre de récit de fantasy avec des coups d'épées à chaque double page.

31/01/2026 (modifier)
Par Cacal69
Note: 3/5
Couverture de la série La Maison du canal
La Maison du canal

Ma seconde lecture de la collection "Simenon, les romans durs" après l'excellent La Neige était sale. Une BD classée dans le genre policier. D'un crime il sera question, mais il n'interviendra qu'à la fin de l'album et en sera la conclusion. Le récit se déroule en Flandre belge. Edmée, une jeune fille de seize ans, quitte Bruxelles à la mort de son père pour s'installer chez son oncle qui dirige le domaine des irrigations. Un oncle qu'elle n'aura pas le temps de rencontrer, il meurt encorné par une vache. Edmée va découvrir la vie à la campagne avec son ciel bas et gris juste éclairé par les bougies et la pluie incessante qui la déprime. L'intrigue donne la part belle à Edmée et ses interactions avec sa famille d'adoption, entre manipulations et l'envie d'une vie meilleure. Du coup le rythme est lent et repose essentiellement sur l'ambiance grisâtre et les non-dits. L'atmosphère malsaine est bien rendue, mais aucun des personnages ne m'a réellement intéressé et je ne suis jamais vraiment entré dans cette histoire intimiste. Le dessin d'Édith est très agréable, mais allez savoir pourquoi, je fais une fixette sur sa représentation des "nez", et sa gâche un peu mon plaisir. Le choix des couleurs plonge le lecteur dans la grisaille du plat pays. Nez-en-moins, c'est du bon boulot. Une lecture sympathique qui ne me restera pas en mémoire.

31/01/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série La Vallée des oubliées
La Vallée des oubliées

La justice et la vengeance sont des choses différentes, petit… - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2025. Il a été réalisé par Pierre Dubois pour le scénario Alain Henriet pour les dessins, et Usagi (Patricia Tilkin) pour la mise en couleurs. Il comprend cent-quarante-deux pages de bande dessinée. Quand, à travers les vallées perdues, on voit au loin chevaucher deux cavaliers, l’un derrière l’autre, on sait que l’un poursuit l’autre. À moins qu’il ne soit qu’une ombre, un fantôme que le premier veut fuir… Sur un large chemin dans une vallée arborée, un jeune cavalier avance à une allure tranquille. Il passe au milieu d’un troupeau de paisibles vaches Highland. Il finit par entrer dans Sabbath City, une petite ville avec sa rue principale en terre et les bâtiments en bois. Il remarque les trois montures attachées à la barre devant le saloon. Il y attache la sienne et y pénètre. Il se rend au comptoir et demande un whisky qu’il boit tranquillement, tout en examinant le reflet de la salle dans le grand miroir. Il repère un individu bien portant en train de lever son verre et tenant une dame de petite vertu par la taille, il se vante d’être en train de gagner aux cartes, et il offre sa tournée. Clark pose son verre et dirige vers sa table. Il salue Hart en lui demandant s’il triche toujours. Son interlocuteur ne se démonte pas, reste tranquillement assis et lui rappelle les faits : le fait que Clark ait déçu Winter, leur employeur, qu’il a récolté ce qu’il a semé, œil pour œil et dent pour dent, vengeance sur vengeance. Le jeune cowboy répond qu’il y a eu des coups de trop, et que ce n’était plus la guerre ; il veut savoir où se trouve Winter. Hart se lève et propose de conclure la discussion, tout en mettant sa main sur la crosse de son revolver. Soudain Wells, un autre membre de la bande, fait irruption en disant qu’il est temps de partir. Clark abat Hart et tire sur Wells sans le toucher, ce dernier ressortant. Lorsqu’il se retrouve à l’extérieur, Clark voit la bande s’enfuir en galopant. Une personne leur tire dessus en disant qu’ils ont pillé la banque. Avec fracas, l’attelage de quatre chevaux blancs passe, en tirant la diligence couchée sur le côté. Le shérif arrive à cheval en expliquant qu’il a envoyé Harvey chercher du renfort, et qu’il fait appel aux volontaires : il faut faire vite ou ils les perdront. Mais les fuyards ont mis le feu à une cariole et des caisses en bois, qui forment un barrage au milieu de la grand-rue et l’incendie menace déjà de se propager aux bâtiments : il faut s’en occuper de toute urgence. Clark décide de fausser compagnie à la foule en prenant une ruelle transversale, partant en passant par le cimetière. Il finit par rejoindre la route et il remarque un foulard rouge attaché à un arbre : il comprend que Winter a laissé ce souvenir à son attention. Il avance tranquillement sur le chemin, et se rend compte que les habitants de Sabbath City sont déjà aux trousses des pillards. Il quitte la route principale pour prendre de la hauteur et il comprend que la bande a laissé quelques gars derrière en guet-apens pour couvrir la retraite. Les villageois vont tomber dans le piège. Un beau jeune homme, Clark, au passé condamnable, s’étant révolté contre Winter un chef d’une bande de pillards, sanguinaire, sans foi ni loi, habile avec une arme à feu, et solitaire dans sa quête de vengeance, le lecteur comprenant que sa famille a été massacrée sur les ordres de Winter. C’est parti pour une histoire de vengeance avec un héros mâle et fringuant, téméraire et plus futé que les autres. Au bout d’un trentaine de pages, il sauve un Amérindien, Shee-Ke-Ah, grièvement blessé, et au bout d’une quarantaine de pages, il est lui-même grièvement blessé. Et recueilli par un groupe de femmes vivant à l’écart dans la vallée des oubliées. Une trame classique avec un personnage principal tenant un premier rôle tout aussi classique. La première planche offre un spectacle très sympathique au lecteur : superbe paysage, avec le relief particulier de cet endroit, une végétation identifiable, une succession de paysages invitant à la promenade, ou à la balade à cheval, ce très beau relief vallonné, le large chemin dans la forêt clairsemée, le troupeau de vaches avec ces longues cornes si caractéristiques, le village de l’Ouest avec ses baraques en bois. Par la suite, les auteurs vont encore offrir de belles promenades au lecteur : le cimetière aux tombes très sommaires, de nouvelles chevauchées dans d’autres paysages naturels, la découverte du village fortifié de la vallée des oubliées, etc. Certes, il est question de violence, des coups de feu sont échangés, des hommes meurent, des victimes innocentes sont abattues sans état d’âme. D’un autre côté, la narration visuelle apparaît très propre sur elle : traits de contour précis et réguliers, rehaussés par des traits tout aussi propres pour marquer les textures et renforcer le relief à l’intérieur des formes délimitées. L’artiste montre les choses de manière factuelle, sans verser dans l’expressionnisme ou l’impressionnisme, des représentations descriptives minutieuses et détaillées. Le lecteur peut ainsi s’attarder sur la végétation et les plantes, les poches sur la selle du cheval, la forme des bouteilles au comptoir, les différences de morphologie des troncs d’arbre, la variété des robes de ces dames oubliées à l’exception de la salopette pour la jeune adolescente Do, les accessoires et outils visibles au fur et à mesure de la découverte du village fortifié, le bardas du colporteur Scurly et sa toque de fourrure, la nourriture du petit-déjeuner à la table de Ma Joe, l’ameublement sommaire de la chambre d’hôtel à Warlock, etc. Ce rendu graphique donne l’impression que tout est propre, neuf même si parfois rustique, et souvent bien rangé, bien ordonné. Toutefois… Toutefois, cette bande dessinée raconte et montre des moments durs dont l’apparence propre des dessins n’atténuent pas la brutalité. Certes, en page treize quand Clark abat Hart, il est en état de légitime défense, et la petite touche rouge qui apparaît dans le dos du pillard semble plus une convention visuelle qu’une description factuelle. De même l’incendie en pleine rue impressionne par la hauteur des flammes, sans vraiment dégager une chaleur intense ou donner la sensation d’être menaçant au point de se propager rapidement. Le ressenti du lecteur se trouve modifié en page vingt-deux quand il voit de manière toute aussi factuelle une balle traverser la tempe droite d’un homme et le sang gicler de l’autre côté du visage. L’extraction, sans anesthésie bien sûr, de la balle dans le torse de Shee-Ke-Ah, conscient tout du long, s’avère également visuellement éprouvante. Quand les bushwhackers à cheval tirent calmement sur deux femmes puis un enfant à quelques mètres, leur cruauté et leur manque d’empathie frappent le lecteur de plein fouet : la violence a perdu son caractère aseptisé et propre, pour devenir des actes ignominieux sur des individus sans défense, la manifestation immonde de l’exercice de la force par des individus dépourvus de toute considération pour n’importe quel autre être humain, une abomination abjecte. Le lecteur prend ainsi conscience de la qualité d’une narration visuelle impeccable. L’artiste dessine avec un souci des éléments concrets, de montrer chaque environnement de manière détaillée, qu’il s’agisse d’un moment bucolique ou poétique, ou d’actes barbares dans une lutte sans merci, ou une action d’extermination. Il n’y a qu’à voir la quarantaine de pillards chargeant à cheval sur le village fortifié de Ladies’ Valley, chacun différent de l’autre, tous positionnés de manière à ce que les autres disposent d’assez de place pour évoluer : une vraie composition prenant en compte les paramètres concrets d’une telle situation. Dans le même ordre d’idée, l’assaut sur Ladies’ Valley se déroule pendant une vingtaine de pages, et la conception du plan de prise de vues intègre la disposition relative de chaque bâtiment, le déplacement de chacun, la progression du groupe, la formation de poches de résistance, les modalités d’attaque en fonction des constructions et de leur fonction. Une séquence qui doit sa qualité narrative aussi bien au scénariste qu’au dessinateur. Rapidement, le lecteur se rend compte que l’intrigue présente des caractéristiques qui la différencie d’un récit classique d’un héros viril prompt à sauver la veuve et l’orphelin, et à châtier les prédateurs. Clark se révèle incapable de tout arrêter tout seul, voire il sait quand son intervention sera inefficace, et il évite alors de se mettre en danger. Alors qu’il vient de faire la preuve qu’il connaît bien la stratégie habituelle de Winter et de ses bushwhackers, il se fait quand même avoir dans un guet-apens similaire en tout point. Il ne doit son salut qu’à l’intervention des femmes de Ladies’ Valley, entre autres à une adolescente et une squaw âgée. Il découvre même qu’elles tirent à l’arme à feu, aussi bien que lui. Il se fait avoir une autre fois par une femme qui l’a mené par le bout du nez. Il a également beaucoup de choses à apprendre de Scurly, aventurier chevronné. Il se montre impitoyable et agressif, qualités qui lui permettent de survivre et de mener sa vengeance à son terme, et même d’envisager sa poursuite… pas tout à fait le héros au cœur pur et aux valeurs morales irréprochables. Le lecteur familier du scénariste remarque qu’en toile de fonds, il reprend le principe du riche propriétaire terrien (ici il s’appelle Henry Adams Martineau) qui harcèle les petits fermiers, jusqu’à les éliminer si nécessaire pour agrandir son exploitation, intrigue similaire à celle de Texas Jack (2018) avec Dimitri Armand. Un western dont les dessins clairs et propres donnent l’impression d’une lecture tout public, pour une intrigue linéaire mettant en scène un héros au cœur pur. À la lecture, le récit prend plus de saveurs, apparaît plus adulte, entre ce jeune homme vaillant et intrépide, animé par un solide désir de vengeance, ne devant sa survie qu’à un groupe de femmes et un mentor plus âgé, des dessins qui montrent toute l’horreur des tueries et des exécutions sommaires, contrastant avec la beauté et la richesse des paysages. Une chevauchée mouvementée, conflictuelle, sous l’emprise de la loi du plus fort.

31/01/2026 (modifier)