C'est une lecture pas désagréable, mais qui m'a un tantinet laissé sur ma faim.
Le type de récit - et un peu le dessin, relativement minimaliste - font immanquablement penser aux documentaires de Delisle. Mais la comparaison n'est pas avantageuse. En effet, il manque quelques petits "trucs" qui permettent aux récit de Delisle de "mieux passer". Plus d'humour, (même s'il y a quand même un peu d'autodérision amusante parfois ici - comme lorsqu'il faut multiplier les "culs secs", ou lorsqu'il faut s'échanger des cartes de visite), et aussi une narration nous permettant de nous attacher davantage au narrateur.
Mais bon, ça se laisse lire, avec ce jeune homme qui découvre la Chine - et ses premiers boulots aussi. Il nous sert de guide dans cette culture éloignée de celle des Européens, ses tentatives, maladresses apportant un peu de fraicheur au récit.
Ce récit décolle un vers dans le dernier tiers, avec une situation embarrassante (il y avait eu quelques passages moins captivants avant). Peut-être aussi que le personnage de Delisle (souvent un coopérant, travaillant pour une ONG, ou accompagnant sa femme qui le fait) était aussi au départ plus proche de mes préoccupations que ce jeune homme rêvant de créer son entreprise (en Chine ou ailleurs), ce qui a joué pour me faire moins apprécier cet album que ceux de Delisle ? Mais ça reste quand même une lecture sympathique.
Je ne vais pas tourner autour du pot : c'est un nanar, pas un petit mais un gros, un bien velu.
Pourtant les deux auteurs ne sont pas des nouveaux venus : Victor de la Fuente sait tenir un crayon, et Victor Mora sait construire une histoire. Je me demande si ce n'était pas un travail purement alimentaire, genre payer ses impôts en retard.
Pour l'histoire (ou ce qui ressemble) : mélangez dans le même brouet des Américains patibulaires, des Russes pas mieux lotis, une belle héroïne blondinette, d'autres femmes bien foutues et propices à perdre leurs vêtements, un savant fou sauce nazi, du vaudou avec des zombies, des crocodiles (ou des caïmans), des mercenaires bien relous et nécrophiles (pendant qu'on y est), un brin de psychomachinchouette, touillez bien et vous obtenez une BD de 46 planches dont on tourne les pages en se demandant quel machin à la masse va survenir. Ils ne vont pas oser faire ça ? Ben si, ils l'ont fait quand même !
Je soupçonne le scénariste avoir joué aux dés : 1=les Martiens débarquent, 2=un calamar géant attaque, 3=une plage pleine de mines, 4=...
Une note de 2 parce que c'est Victor de la Fuente qui a dessiné (bien que certaines cases ont été vite faites).
C'est via Le Poids des héros que j'ai connu David Sala. Une œuvre majestueuse, impressionnante et admirable visuellement, dont je regrettais le traitement scénaristique quelque peu maladroit, la faute à un enchevêtrement de thématiques ambitieuses et intimes imparfaitement agencées.
Avec Frankenstein, je me doutais que ce défaut disparaîtrait, le récit étant connu et limpide. Naturellement, quelques libertés scénaristiques sont prises avec l'œuvre de Shelley et Sala choisit de se focaliser sur la thématique de la vengeance, guidée par la colère née du violent rejet.
Côté illustrations, c'est à nouveau d'une puissance graphique incroyable, avec des hommages notamment aux peintures de Bacon, Schiele et Van Gogh. D'une beauté indéniable quand l'auteur fait le choix de couleurs froides, d'un mauvais goût intéressant dans les rares pages chaudement colorées renvoyant à l'humeur alors légère du monstre mélancolique.
Grandiose lorsque le récit parvient à associer le thriller à un sentiment d'urgence (la scène du retour à l'hôtel pour sauver sa femme), quand l'horreur est adoucie par une inattendue mélancolie, le récit est malheureusement un peu moins abouti quand il illustre froidement une implacable et inéluctable vengeance ou quand il tente d'associer le monstre à une tendre naïveté toute enfantine.
Que le chef-d'œuvre soit de peu loupé importe peu : ce roman graphique est une merveille, d'une puissance rare, imprégnant durablement nos rétines.
Clouzot est un des mes réalisateurs français préférés et son film inachevé L'Enfer fait parti des films que j'aurais aimé qu'ils voient le jour parce que Clouzot avait de grandes ambitions pour ce film. Cette BD sert donc de remplacement, l'auteur ayant passé des années de recherche pour recréer le film le plus fidèlement possible.
Le résultat est pas trop mal. Le principal défaut est que trop souvent je me disais que ce qui était correct dans cette bande dessinée aurait été plus spectaculaire dans le film. Je pense notamment aux scènes psychédéliques qui sont plus banales dans le format BD, un médium où on peut facilement faire n'importe quoi du moment qu'on sait bien dessiner. Ce qui n'aide pas trop est que le scénario est au fond un peu banal, du moins pour un lecteur moderne. Un mari est jaloux, s'imagine que sa femme la trompe, petit à petit il mélange de plus en plus la réalité et son imagination et tout finit dans le drame. C'est du thriller classique, mais je pense que cela aurait été captivant dans un film mise en scène par le grand Clouzot. Un autre problème est que le mari surjoue trop. Dans un film, cela peut passer si le personnage est interpréter par un bon acteur, mais dans une BD cela devient vite horripilant, du moins pour moi.
Cela reste une lecture correcte et c'est intéressant de s'imaginer ce que cela aurait donné comme film.
Jack Kirby est sans contredit l'une des figures les plus importants des comics books américains. Tout le long de sa carrière il va créer des personnages qui sont encore utilisés de nos jours et c'est lui qui a fait de la petite firme Marvel un des deux géants de l'industrie américaine.
Je connaissais déjà les grandes lignes de la vie de Kirby et je n'ai pas apprit grand chose de plus avec cette biographie, mais le récit est tellement prenant que cela ne m'a pas dérangé. L'auteur a fait beaucoup de recherches pour présenter la vie d'un grand dessinateur dont certains moments de sa vie sont controversé (encore aujourd'hui, il y a pleins de débats sur qui a vraiment fait quoi dans le duo Lee-Kirby). Cela dit, je n'ai pas trop aimé comment Scioli semble facilement croire tout ce que Joe Simon dit alors que tout comme Stan Lee, Simon avait tendance à jouer avec la vérité et à exagérer son rôle de créateur dans les années du duo Kirby-Simon. Je prends donc tout ce qu'il dit, notamment la scène qui explique pourquoi lui et Kirby se sont fait virer de Marvel dans les années 40 et la raison pourquoi Kirby a décidé de détester Stan Lee pour toute sa vie avec un gros grain de sel.
Au travers la vie de Kirby, on voit toute une partie de l'histoire du comics books et notamment comment tant de créateurs ont été pressé comme des citrons pour créer des personnages pour ensuite être jeté lorsqu'ils sont vieux et que des jeunes ont prit leur place. Et comme les personnages appartiennent à l'éditeur, c'est lui qui empoche tous les bénéfices. Il y a plusieurs situations vraiment révoltantes dans ce comics.
Quant au dessin, je l'ai bien aimé sauf pour un détail: avant d'avoir les cheveux gris, Kirby semble continuellement être un jeune enfant de 10-12 ans. Je sais qu’il n’était pas très grand de taille, mais là il ne change pratiquement pas de tête pendant des décennies et voir un type travailler ou aller à la guerre alors qu'on dirait qu'il a à peine atteint l'âge de la puberté cela donne une impression bizarre.
Germain, dix ans, rédige ses mémoires à la machine à écrire en revenant sur d'importants souvenirs de son enfance, qui dissimulent peu à peu un drame plus profond.
Cet album bénéficie d'une construction narrative originale et assez amusante. En se regardant lui-même comme un écrivain à l'ancienne, Germain raconte ses petites bêtises, ses maladresses et ses découvertes avec une candeur désarmante, sans toujours mesurer la portée des événements qui l'entourent, ce qui rend certains passages à la fois drôles et touchants. Chaque souvenir fonctionne comme une petite histoire indépendante, douce-amère, où l'humour et la spontanéité de l'enfance côtoient discrètement des réalités bien plus graves.
Ce procédé ainsi que le dessin de Valérie Vernay m'a fait penser au Petit Nicolas de Sempé et Goscinny. On retrouve cette même simplicité apparente, ces visages expressifs et cette capacité à observer le monde à hauteur d'enfant. Mais ici, c'est un Petit Nicolas plus mélancolique, traversé par le deuil, la culpabilité et la peur de grandir. La comparaison s'arrête là, mais j'ai retrouvé cette même justesse de ton qui permet d'aborder des sujets forts avec suffisamment de légèreté pour ne jamais sombrer dans le pathos.
J'ai été doucement touché au début, puis de plus en plus au fil des pages à mesure que le puzzle se reconstituait. Vincent Zabus fait preuve d'une belle sensibilité dans son écriture et parvient à évoquer des thèmes difficiles avec beaucoup de pudeur. L'émotion est bien présente, parfois même bouleversante, mais elle reste toujours accompagnée d'un léger sourire, un peu jaune parfois, qui empêche le récit de devenir écrasant.
Une très belle bande dessinée, tendre, délicate et profondément humaine, qui parle du deuil et de l'enfance avec finesse et légèreté.
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Bienvenue en Chine
C'est une lecture pas désagréable, mais qui m'a un tantinet laissé sur ma faim. Le type de récit - et un peu le dessin, relativement minimaliste - font immanquablement penser aux documentaires de Delisle. Mais la comparaison n'est pas avantageuse. En effet, il manque quelques petits "trucs" qui permettent aux récit de Delisle de "mieux passer". Plus d'humour, (même s'il y a quand même un peu d'autodérision amusante parfois ici - comme lorsqu'il faut multiplier les "culs secs", ou lorsqu'il faut s'échanger des cartes de visite), et aussi une narration nous permettant de nous attacher davantage au narrateur. Mais bon, ça se laisse lire, avec ce jeune homme qui découvre la Chine - et ses premiers boulots aussi. Il nous sert de guide dans cette culture éloignée de celle des Européens, ses tentatives, maladresses apportant un peu de fraicheur au récit. Ce récit décolle un vers dans le dernier tiers, avec une situation embarrassante (il y avait eu quelques passages moins captivants avant). Peut-être aussi que le personnage de Delisle (souvent un coopérant, travaillant pour une ONG, ou accompagnant sa femme qui le fait) était aussi au départ plus proche de mes préoccupations que ce jeune homme rêvant de créer son entreprise (en Chine ou ailleurs), ce qui a joué pour me faire moins apprécier cet album que ceux de Delisle ? Mais ça reste quand même une lecture sympathique.
La Sibérienne
Je ne vais pas tourner autour du pot : c'est un nanar, pas un petit mais un gros, un bien velu. Pourtant les deux auteurs ne sont pas des nouveaux venus : Victor de la Fuente sait tenir un crayon, et Victor Mora sait construire une histoire. Je me demande si ce n'était pas un travail purement alimentaire, genre payer ses impôts en retard. Pour l'histoire (ou ce qui ressemble) : mélangez dans le même brouet des Américains patibulaires, des Russes pas mieux lotis, une belle héroïne blondinette, d'autres femmes bien foutues et propices à perdre leurs vêtements, un savant fou sauce nazi, du vaudou avec des zombies, des crocodiles (ou des caïmans), des mercenaires bien relous et nécrophiles (pendant qu'on y est), un brin de psychomachinchouette, touillez bien et vous obtenez une BD de 46 planches dont on tourne les pages en se demandant quel machin à la masse va survenir. Ils ne vont pas oser faire ça ? Ben si, ils l'ont fait quand même ! Je soupçonne le scénariste avoir joué aux dés : 1=les Martiens débarquent, 2=un calamar géant attaque, 3=une plage pleine de mines, 4=... Une note de 2 parce que c'est Victor de la Fuente qui a dessiné (bien que certaines cases ont été vite faites).
Frankenstein (Sala)
C'est via Le Poids des héros que j'ai connu David Sala. Une œuvre majestueuse, impressionnante et admirable visuellement, dont je regrettais le traitement scénaristique quelque peu maladroit, la faute à un enchevêtrement de thématiques ambitieuses et intimes imparfaitement agencées. Avec Frankenstein, je me doutais que ce défaut disparaîtrait, le récit étant connu et limpide. Naturellement, quelques libertés scénaristiques sont prises avec l'œuvre de Shelley et Sala choisit de se focaliser sur la thématique de la vengeance, guidée par la colère née du violent rejet. Côté illustrations, c'est à nouveau d'une puissance graphique incroyable, avec des hommages notamment aux peintures de Bacon, Schiele et Van Gogh. D'une beauté indéniable quand l'auteur fait le choix de couleurs froides, d'un mauvais goût intéressant dans les rares pages chaudement colorées renvoyant à l'humeur alors légère du monstre mélancolique. Grandiose lorsque le récit parvient à associer le thriller à un sentiment d'urgence (la scène du retour à l'hôtel pour sauver sa femme), quand l'horreur est adoucie par une inattendue mélancolie, le récit est malheureusement un peu moins abouti quand il illustre froidement une implacable et inéluctable vengeance ou quand il tente d'associer le monstre à une tendre naïveté toute enfantine. Que le chef-d'œuvre soit de peu loupé importe peu : ce roman graphique est une merveille, d'une puissance rare, imprégnant durablement nos rétines.
L'Enfer
Clouzot est un des mes réalisateurs français préférés et son film inachevé L'Enfer fait parti des films que j'aurais aimé qu'ils voient le jour parce que Clouzot avait de grandes ambitions pour ce film. Cette BD sert donc de remplacement, l'auteur ayant passé des années de recherche pour recréer le film le plus fidèlement possible. Le résultat est pas trop mal. Le principal défaut est que trop souvent je me disais que ce qui était correct dans cette bande dessinée aurait été plus spectaculaire dans le film. Je pense notamment aux scènes psychédéliques qui sont plus banales dans le format BD, un médium où on peut facilement faire n'importe quoi du moment qu'on sait bien dessiner. Ce qui n'aide pas trop est que le scénario est au fond un peu banal, du moins pour un lecteur moderne. Un mari est jaloux, s'imagine que sa femme la trompe, petit à petit il mélange de plus en plus la réalité et son imagination et tout finit dans le drame. C'est du thriller classique, mais je pense que cela aurait été captivant dans un film mise en scène par le grand Clouzot. Un autre problème est que le mari surjoue trop. Dans un film, cela peut passer si le personnage est interpréter par un bon acteur, mais dans une BD cela devient vite horripilant, du moins pour moi. Cela reste une lecture correcte et c'est intéressant de s'imaginer ce que cela aurait donné comme film.
La Vie extraordinaire de Jack Kirby
Jack Kirby est sans contredit l'une des figures les plus importants des comics books américains. Tout le long de sa carrière il va créer des personnages qui sont encore utilisés de nos jours et c'est lui qui a fait de la petite firme Marvel un des deux géants de l'industrie américaine. Je connaissais déjà les grandes lignes de la vie de Kirby et je n'ai pas apprit grand chose de plus avec cette biographie, mais le récit est tellement prenant que cela ne m'a pas dérangé. L'auteur a fait beaucoup de recherches pour présenter la vie d'un grand dessinateur dont certains moments de sa vie sont controversé (encore aujourd'hui, il y a pleins de débats sur qui a vraiment fait quoi dans le duo Lee-Kirby). Cela dit, je n'ai pas trop aimé comment Scioli semble facilement croire tout ce que Joe Simon dit alors que tout comme Stan Lee, Simon avait tendance à jouer avec la vérité et à exagérer son rôle de créateur dans les années du duo Kirby-Simon. Je prends donc tout ce qu'il dit, notamment la scène qui explique pourquoi lui et Kirby se sont fait virer de Marvel dans les années 40 et la raison pourquoi Kirby a décidé de détester Stan Lee pour toute sa vie avec un gros grain de sel. Au travers la vie de Kirby, on voit toute une partie de l'histoire du comics books et notamment comment tant de créateurs ont été pressé comme des citrons pour créer des personnages pour ensuite être jeté lorsqu'ils sont vieux et que des jeunes ont prit leur place. Et comme les personnages appartiennent à l'éditeur, c'est lui qui empoche tous les bénéfices. Il y a plusieurs situations vraiment révoltantes dans ce comics. Quant au dessin, je l'ai bien aimé sauf pour un détail: avant d'avoir les cheveux gris, Kirby semble continuellement être un jeune enfant de 10-12 ans. Je sais qu’il n’était pas très grand de taille, mais là il ne change pratiquement pas de tête pendant des décennies et voir un type travailler ou aller à la guerre alors qu'on dirait qu'il a à peine atteint l'âge de la puberté cela donne une impression bizarre.
Mémoires d'un garçon agité
Germain, dix ans, rédige ses mémoires à la machine à écrire en revenant sur d'importants souvenirs de son enfance, qui dissimulent peu à peu un drame plus profond. Cet album bénéficie d'une construction narrative originale et assez amusante. En se regardant lui-même comme un écrivain à l'ancienne, Germain raconte ses petites bêtises, ses maladresses et ses découvertes avec une candeur désarmante, sans toujours mesurer la portée des événements qui l'entourent, ce qui rend certains passages à la fois drôles et touchants. Chaque souvenir fonctionne comme une petite histoire indépendante, douce-amère, où l'humour et la spontanéité de l'enfance côtoient discrètement des réalités bien plus graves. Ce procédé ainsi que le dessin de Valérie Vernay m'a fait penser au Petit Nicolas de Sempé et Goscinny. On retrouve cette même simplicité apparente, ces visages expressifs et cette capacité à observer le monde à hauteur d'enfant. Mais ici, c'est un Petit Nicolas plus mélancolique, traversé par le deuil, la culpabilité et la peur de grandir. La comparaison s'arrête là, mais j'ai retrouvé cette même justesse de ton qui permet d'aborder des sujets forts avec suffisamment de légèreté pour ne jamais sombrer dans le pathos. J'ai été doucement touché au début, puis de plus en plus au fil des pages à mesure que le puzzle se reconstituait. Vincent Zabus fait preuve d'une belle sensibilité dans son écriture et parvient à évoquer des thèmes difficiles avec beaucoup de pudeur. L'émotion est bien présente, parfois même bouleversante, mais elle reste toujours accompagnée d'un léger sourire, un peu jaune parfois, qui empêche le récit de devenir écrasant. Une très belle bande dessinée, tendre, délicate et profondément humaine, qui parle du deuil et de l'enfance avec finesse et légèreté.