Mon ressenti final est à mi-chemin entre le bof, sans plus et le pas mal. En gros, pour moi c'est un bof sans plus, mais pour le public visé (jeunes lectrices), c'est sans doute pas mal.
La Bd est dans un gros ensemble de clichés, l'école de sorcellerie avec les costumes clichés qui personnellement m'ont beaucoup fait rire, surtout les chapeaux que j'imaginais en permanence tomber de leurs têtes au vu de la taille, ainsi que des jeunes étudiants et étudiantes qui voient une de leurs camarades disparaitre. L'une d'entre elle va commencer à enquêter, persuadée que les adultes ne font rien.
Soyons honnête, ça ne va pas super loin niveau histoire. C'est le hic d'une histoire avec de la magie : lorsque je vois les étudiantes faire des tours pour retrouver leur amie et y parvenir, je me demande comment des adultes qui ont plus d'expériences et de connaissances ne peuvent pas y parvenir encore plus vite. De même, il y a des moments où je m'interrogeais sur les compétences des professeurs alors que des gamines échappent à leurs surveillance en permanence dans un monde de magie. Mais disons qu'on doit suspendre notre jugement un petit moment pour en profiter, voulez-vous ?
En gros, l'histoire est une variation sur un secret d'adulte bien gardé que des gamins vont révéler au grand jour. Le tout avec des histoires d'amitié et d'amours (LGBT) dans un contexte d'école de magie. Ça ne vole pas très loin, et même si la résolution a une petite surprise, elle n'est pas non plus extraordinaire. C'est assez convenu, ça ne m'a pas étonné.
Le dessin de Sweeney boo est perfectible, et personnellement j'ai du mal avec les bouches qu'elle fait. On dirait que tout les élèves ont les lèvres refaites, de même il y a plusieurs tics qui me sautent aux yeux dans les cheveux ou les expressions de visages qui font trop marquées. Bref, c'est pas ce qui me convient le plus, et je dois avouer que je ne suis pas enthousiaste par ce volume qui semble être le premier d'une série en devenir. Personnellement je ne serais pas au rendez-vous de la suite, mais encore une fois, je ne suis pas du tout le public cible. Donc laissons un 2.5 généreux.
Une femme flamande vivant dans un village ravagé par la peste se lance dans une poursuite hallucinée à travers l'enfer et les paysages de l'Apocalypse pour tenter de retrouver son mari emporté par les spectres de la mort.
Je reconnais sans difficulté le travail ambitieux réalisé autour de cet album. Muriel Blondeau construit un univers médiéval fantastique très personnel, nourri de folklore flamand, de visions apocalyptiques et surtout d'un hommage permanent à l'univers pictural de Pieter Brueghel. Toute la BD fonctionne comme une réinterprétation libre et fiévreuse de Margot l'enragée, mais aussi de quelques autres œuvres du peintre, avec des références visuelles évidentes à ses enfers grouillants, à ses monstres, à ses scènes de chaos et à cette représentation très organique de l'Apocalypse. On sent aussi fortement l'influence de Jérôme Bosch dans le bestiaire et certaines visions grotesques ou cauchemardesques.
Visuellement, l'album possède une vraie identité. Le grand format carré accentue cette impression d'objet atypique et permet à l'autrice de construire des planches très libres, pleines de débordements graphiques, de personnages qui envahissent les cases, de créatures absurdes, de détails partout et de compositions volontairement désorientantes. Il y a un vrai travail pour donner vie à une espèce de conte médiéval halluciné où le lecteur traverse un monde de peste, de mort, de superstition et de visions infernales.
Mais malgré tout ça, je n'ai jamais réussi à entrer dans le récit. J'ai trouvé l'ensemble beaucoup trop fantasque, onirique et volontairement confus. Les péripéties s'enchaînent dans une logique de rêve fiévreux où l'on passe sans arrêt d'une rencontre absurde à une autre, d'un symbole à un autre, sans structure claire ni montée dramatique qui me donne envie de suivre l'aventure. Je comprends que cette désorientation fasse partie du projet, mais elle ma empêché de rentrer dans le récit.
Le langage utilisé n'a pas aidé non plus. Les dialogues sont remplis d'expressions flamandes et de références culturelles nécessitant constamment de revenir au lexique placé en début d'album. Je peux comprendre que cela participe à l'ambiance folklorique, mais j'ai trouvé ça assez pénible et cassant pour la lecture. J'avais régulièrement l'impression qu'il me manquait des références culturelles, historiques ou picturales pour réellement apprécier ce que l'album essayait de raconter.
Même si je respecte la proposition artistique et le travail d'hommage à Brueghel, cette BD m'a laissé une impression de confusion et d'ennui. J'y ai davantage vu un exercice graphique et culturel érudit qu'un récit capable de réellement me captiver.
Voila une BD intéressante à mettre entre les mains des petites filles ! C'est un manuel assez simple, clair et didactique sur les femmes, avec la question centrale de "qu'est-ce qu'une femme ?". Sans divulgâcher, la réponse ne sera pas très simple, évidemment. Puisque la femme est une construction sociale, une façon de comprendre les différences de genres qu'on identifie comme essentialisante.
La BD s'inscrit dans la lignée d'un grand nombre d'autre œuvre qui analysent la place des femmes dans notre société et ce que l'on apprend en l'analysant. La BD cite de nombreuses autrices, de témoignages aux travaux de recherches, tout en se mettant en scène en tant que maman, mais aussi dans sa propre vie de femme telle qu'elle l'a vécue dans la jeunesse. Car oui, le tout est principalement articulé autour de l'enfance et de l'école, de ces années où l'on fabrique et intègre le sexisme. L'ensemble est à la fois très clair, notamment par un découpage en chapitre qui permet de s'articuler d'une notion à l'autre tout en restant parfaitement fluide, mais en distinguant parfaitement bien chacune d'entre elles. D'autre part, il y a une vraie construction du propos qui intègre progressivement chaque notion pour développer. Au final, même si je n'ai pas appris grand chose car beaucoup de ces sujets étaient déjà arrivées avant dans mes réflexions et mes lectures, je suis émerveillé de les voir expliqué si simplement et si efficacement au grand nombre. Les témoignages de chacun/chacune permet de renforcer les questions, les débats.
Tout au plus, dirais-je qu'il manque une partie sur le female gaze (évoqué mais pas en ces termes) ainsi que sur la prédominance du male-gaze et ce qu'il génère. C'est dans le même ordre d'idée que ce qui est évoqué dans la BD mais ça aurait permis un sujet intéressant précisément sur l'art. Mais là on est dans du pinaillage.
Le dessin de Marie Dubois colle très bien à ce type de récit, avec un dessin aux touches coloré, très rond et sans trop de décors, permettant de bien faire ressortir tout les aspects de son documentaire. Ni trop détaillé ni trop flou, il est dans cette précision qui convient lorsque le propos n'est pas transmis principalement par le dessin. Bref, très réussi là aussi.
En fait, je dirais que toute personne qui a un gamin devrait lui offrir, quel que soit son genre, pour faire évoluer les mentalités dans le bon sens. On commence à peine à avoir ces sujets qui percent dans le débat public, il serait de bon ton que ça fasse plus que des petits échos dans les milieux militants. Une BD à mettre entre toutes les mains, donc.
Nous sommes à un an de l'élection présidentielle. A l'heure où les candidat(e)s présomptifs/ves sont nombreux/ses, certains essaient de se démarquer, de sortir du lot. Sans clamer que je sois particulièrement fan du personnage, force est de constater que François Ruffin, député écologiste de la Somme, essaie de se démarquer. Journaliste et documentariste de formation, il s'est engagé depuis une dizaine d'années en politique, et est député de la Somme depuis 2017. Ce mandat lui permet de se mêler à la population locale, lors d'évènements divers, de manifestations ou encore d'immersions avec des travailleurs et des travailleuses de la première ligne, salué(e)s durant la crise Covid, mais jamais rétribué(e)s de manière substantielle.
On a donc une suite d'instantanés, certains uniques, d'autres découpés en plusieurs segments, qui montrent son écoute, son talent pour le dialogue et l'esprit de synthèse qui lui permet d'être pertinent et percutant dans ses interventions et ses analyses. Des anecdotes racontées par Ruffin lui-même, et transformées en segments narratifs par le talentueux et chevronné Laurent Galandon. Des anecdotes, des témoignages parfois poignants, tous intéressants. Ruffin s'y montre donc attentif, offensif, mais jamais injurieux ou agressif comme il peut l'être dans d'autres circonstances. C'est donc un peu policé, une bonne chose, mais Ruffin y est aussi, par moments, un peu pédant, ce qui est dommage.
EDIT : A la lumière de la relecture dans un autre angle, et différents témoignages, dont celui d'une personne présente dans le récit se déroulant dans un train, il semblerait qu'en plus de jouer au sauveur blanc, Ruffin ait bien bien contrefait certaines choses, en sa faveur. Je ne peux que condamner ce comportement, car si on a coutume de romancer les choses en BD, c'est pour que le récit soit meilleur ; si c'est à des fins électoralistes, cela pose un gros problème pour moi. Je baisse donc ma note initiale de 3 à 2/5, ne voulant pas sanctionner le travail de la douzaine d'auteurs qui ont participé à ce collectif, et que Ruffin semble invisibiliser quand il fait la promo de l'album.
Le travail graphique des onze dessinatrices et dessinateurs qui ont accepté de le suivre dans l'aventure est vraiment bon, quoique très diversifié (on a Pendanx et Jul, par exemple...). Ils ont fait du bon boulot sur des formats courts, voire très courts.
En bref, un album à prendre avec beaucoup de pincettes.
Je ressors avec un sentiment mitigé de ma lecture. J’ai emprunté cet album au hasard, attiré par le sujet, mais aussi par ce titre et son sous-titre énigmatiques.
La révolte des esclaves de Saint Domingue durant la Révolution est intéressante, comme l’est le personnage de Toussaint Louverture. De la même façon, l’histoire postérieure de ce lieu, sous le nom d’Haïti, est aussi intéressant – et souvent mal ou sous étudié.
De plus, j’avais été visiter il y a quelques années le fort de Joux, lieu d’incarcération et de mort de Toussaint, là où commence et se passe une partie de ce récit.
Un récit hybride, mélangeant Histoire, essai. Un récit qui se veut au plus près des documents d’époque, et qui balaye plusieurs sujets.
La vision raciste de la science européenne du XIXème siècle (édifiants rapports pour estimer si le crâne retrouvé était d’un Blanc ou d’un Nègre – pour ne pas dire un singe !), la bureaucratie et toutes ses formules engoncées, grotesques et déshumanisantes (de toutes époques, de l’Empire au milieu du XXème siècle), la lutte pour le jeune État haïtien pour recouvrer les reste de son « héros national » et par là même donner corps à son histoire (je regrette quand même que ne soit jamais évoqué le racket exercé par la France contre la jeune République d’Haïti sous Charles X en échange de la reconnaissance de l’indépendance, acte scandaleux et souvent occulté expliquant en partie la situation actuelle du pays !).
Un matériau assez riche donc, en grande partie repris d’une étude publiée au début du XXème siècle.
Mais voilà, le plaisir intellectuel ne s’accompagne pas forcément d’un grand plaisir de lecture. En effet, la narration est assez lourde – du fait des choix de restituer intégralement et avec les termes juridiques et formalistes de l’époque tous les documents judiciaires, administratifs ou diplomatiques. C’est aussi très décousu et souvent difficile à suivre dans la mise en page, le texte se trouvant dans des dialogues et se poursuivant parfois hors phylactère.
C’est dommage, car la lecture est intéressante, instructive, voire édifiante. Un album curieux, sans doute plein de maladresses, mais qui se révèle quand même globalement recommandable, eu égard aux sujets abordés, et aux connaissances qu’il distille.
Et encore une saga de Nury cochée ! Pour être honnête, j'ai eu du mal à entrer dans celle-ci. La faute à un dessin un peu particulier, d'abord, qui n'est pas laid, mais dont les proportions étranges déconcertent un peu. Et ensuite parce que le scénario prend son temps. Ce qui est une bonne chose, mais pendant les 2 premiers tomes, je ne savais pas si j'allais aimer vraiment ou si ça deviendrait un pétard mouillé. Mais le miracle a fini par opérer. Après 2 tomes très classiques et très convenus pour qui lit régulièrement du Nury, le récit commence à prendre davantage d'ampleur, et à révéler ses enjeux géopolitiques.
C'est là que L'Or et le Sang exploite pleinement son potentiel, et devient véritablement captivant. À partir du moment où nos deux héros commencent à être en conflit, le récit commence à nous emmener peu à peu vers une fin inévitablement tragique et on retrouve la gravité qui réussit tant aux œuvres de Nury.
En outre, c'est aussi à partir du 3e tome que le récit s'ancre davantage dans l'Histoire. On y voit débarquer des personnages historiques célèbres dont j'ignorais toute implication dans la guerre du Rif, et on voit se dessiner les grandes lignes de ce conflit entre nations africaines et européennes qui vont structurer une grande partie des relations internationales du XXe siècle. Accompagné d'une action qui prend des proportions plus épiques, le récit devient alors celui d'une grande fresque à la Lawrence d'Arabie, avec de fortes teintes picaresques. Malgré un dessin que j'aurais aimé un peu plus soigné (même s'il s'améliore dans le 4e tome), c'est passionnant, c'est envoûtant, c'est profond et c'est tout ce qu'on attend d'une grande aventure marquante.
Et quand on referme le dernier tome de cette belle quadrilogie, on réaliste qu'on a découvert tout un pan qu'on ignorait presque intégralement de l'histoire d'Afrique du Nord, et on se dit que quand même, entre enseignement et divertissement, la BD est décidément un des plus grands arts qui soient.
Je me retrouve dans l’avis de grogro, en ce qui concerne ses critiques. En effet, le dessin est parfois moyen, et les navires – surtout lorsqu’on parle de flibuste ! – ne sont ni détaillés ni particulièrement réussis.
Ensuite la narration est souvent trop hachée, pointilliste, comme si nous était uniquement restituée une collection d’instantanés, de moments, au détriment d’une trame plus agréable à suivre car plus fluide et claire. Une sorte de chronologie illustrée, qui reste frustrante, pour l’intrigue, mais aussi pour le sujet.
Car le sujet m’intéresse. Je connaissais L’Olonnais de nom, croisé dans les maintenant nombreux bouquins lus sur les pirates/boucaniers/flibustiers/corsaires, mais je n’avais pas fait le lien avec les Sables d’Olonne pour l’origine de son surnom… C’est en tout cas un personnage intéressant, qui traverse une époque et des lieux qui le sont tout autant, avec pas mal d potentiel pour qui voudrait y situer une histoire. D’ailleurs, une partie des péripéties (lutte entre boucanier français et lanceros espagnols, politiques accommodantes et « personnelles » des gouverneurs français de La Tortue, arrivée de femmes vendues aux enchères sur cette même île, etc.) sont reprise dans la série La Promesse de la Tortue, que j’ai lue récemment.
Si le récit se laisse lire, par-delà l’intérêt du sujet, il n’en reste pas moins que je suis sorti frustré de cette lecture. Je ne sais pas si ça vient de l’adaptation ou du roman d’origine, mais ça m’a laissé l’impression d’un matériau mal ou sous-exploité.
Note réelle 2,5/5.
Un oiseau insouciant et beaucoup trop enthousiaste entraîne malgré lui un écureuil anxieux dans un voyage mouvementé tandis qu'un gros chat les poursuit pour les dévorer.
C'est une série jeunesse qui vise une tranche d'âge autour de 7-10 ans maximum, et tout est construit dans cet esprit.
Le duo principal repose sur la mécanique extrêmement classique d'un tandem entre un personnage surexcité, envahissant et irresponsable, et un autre plus grincheux et obligé de le suivre malgré lui. Cela rappelle des duos comme dans dans les films Un ticket pour deux ou L'Âge de glace, ou même la BD Marc Lebut et son voisin, avec ce principe où l'un des deux provoque continuellement des catastrophes que l'autre doit subir. Heureusement, l'oiseau est ici plus sympathique que Marc Lebut et conserve un côté naïf et attachant qui évite qu'il devienne réellement agaçant, même si la réconciliation finale arrive malgré tout un peu vite et de manière assez facile dans ce premier album.
L'histoire repose sur une suite de péripéties, de poursuites et de rencontres, avec une énergie proche du cartoon classique. Toute la partie autour du chat qui poursuit les héros m'a rappelé les malheurs qui s'abattent sur le pauvre loup dans Merlin l'Enchanteur, ou encore certains cartoons à la Looney Tunes. C'est répétitif dans son fonctionnement, mais aussi assez amusant.
Le récit ne cherche jamais à surprendre un lecteur adulte. Tout est très balisé, simple et orienté aventure humoristique pour enfants. Mais l'ensemble fonctionne bien dans ce qu'il cherche à faire. Le rythme est soutenu, les gags s'enchaînent efficacement et la lecture est fluide.
Graphiquement, c'est assez réussi. Le dessin est simple et la ligne un peu anguleuse mais c'est lisible et expressif, avec une bonne énergie dans les scènes d'action et les expressions exagérées façon animation. L'oiseau rappelle d'ailleurs beaucoup le design des personnages d'Angry Birds. L'ensemble dégage une sensation de "dessin animé transformé en BD", avec des couleurs vives et beaucoup de mouvement.
Même si rien ne sort vraiment des codes habituels de l'aventure jeunesse animalière humoristique, cette série qui s'entame est divertissante et plutôt attachante dans son genre. A noter d'ailleurs que la version originale américaines compte déjà sept tomes : à voir si l'adaptation française aura suffisamment de succès pour entrainer la traduction de toute la série.
Un conte oriental très dépaysant.
Ce qui m'a frappé tout de suite, c'est une vision de l'amour conjugal fondé sur le projet professionnel de la femme : Ayse est fille de fabricant de tapis et elle souhaite partir à la ville pour faire connaître le travail de sa famille. Zeynel est le fils d'une famille très savante (mère médecin et père imam) il est comme réfugié dans les mots des saintes écritures. Ce mariage est à la fois arrangé et consenti pour servir le projet d'Ayse.
C'est Zeynel qui est beau et Aysé qui est entreprenante.
La seconde partie avec la mauvaise rencontre est moins originale.
Le dessin, très dense en couleur, avec une certaine fixité, faisant référence aux motifs des tapis, peut rebuter, mais honnêtement cela fait aussi le charme de l'album.
Il y a un rythme un peu déconcertant, une certaine lenteur méditative par moments ( pages muettes, pages de prières ou de poésie...) et à d'autres, l'action se précipite.
Cela peut donner une certaine frustration mais , pour moi, le message qui met en valeur une autre forme d'amour que le modèle hollywoodien est ce qu'il y a de plus important : avec une interpénétration entre ambition personnelle, perpétuation familiale, compréhension mutuelle, tendresse, ce mélange est réellement original aujourd'hui et semble faire le pont entre les traditions de tous pays et le metoo occidental...
Pas grand chose à ajouter à l'avis de Pol.
Toulmé est très fort pour nous montrer la vie quotidienne et en extraire ce qu'elle a de touchant voire d'inspirant. Au fur et à mesure des jours, cet informaticien en burnout reprend pied dans la vie en essayant de s'adapter à son nouveau rôle d'AESH. ( Aide aux enfants en situation de handicap ) Pas très vif et un peu handicapé, lui-même, au début (rien ne lui est expliqué) il découvre un monde qui n'a rien d'exotique : un collège bien croqué dans son béton, mais avec des classes spéciales, cachées dans un coin, les ULIS.
On voit que le système d'éducation crée beaucoup de laissés pour compte. Et que les personnes chargées d'accompagner ces enfants sont souvent en souffrance, dans un sentiment d'échec et d'exclusion, comme si "devenir normal" était l'objectif à atteindre, absolument, sans autre critère de réussite.
Nous sommes tous un peu pris dans cet objectif parce que nous confondons "rôle social" et "conformité". Toulmé ne propose ni réflexion ni solution et c'est en cela qu'il est fort : toutes les informations et émotions nous sont données, et à nous de réfléchir...
Son dessin, plus rondelet que dans Ce n'est pas toi que j'attendais, joue toujours avec des couleurs douces mais cette fois-ci, avec des pages en contraste ( jaune et violet, orange et bleu, changeant de couple au fil des saisons). Rien de révolutionnaire, adapté à tout public, et peut-être à faire lire aussi aux enfants...
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Paix à mon âme
Mon ressenti final est à mi-chemin entre le bof, sans plus et le pas mal. En gros, pour moi c'est un bof sans plus, mais pour le public visé (jeunes lectrices), c'est sans doute pas mal. La Bd est dans un gros ensemble de clichés, l'école de sorcellerie avec les costumes clichés qui personnellement m'ont beaucoup fait rire, surtout les chapeaux que j'imaginais en permanence tomber de leurs têtes au vu de la taille, ainsi que des jeunes étudiants et étudiantes qui voient une de leurs camarades disparaitre. L'une d'entre elle va commencer à enquêter, persuadée que les adultes ne font rien. Soyons honnête, ça ne va pas super loin niveau histoire. C'est le hic d'une histoire avec de la magie : lorsque je vois les étudiantes faire des tours pour retrouver leur amie et y parvenir, je me demande comment des adultes qui ont plus d'expériences et de connaissances ne peuvent pas y parvenir encore plus vite. De même, il y a des moments où je m'interrogeais sur les compétences des professeurs alors que des gamines échappent à leurs surveillance en permanence dans un monde de magie. Mais disons qu'on doit suspendre notre jugement un petit moment pour en profiter, voulez-vous ? En gros, l'histoire est une variation sur un secret d'adulte bien gardé que des gamins vont révéler au grand jour. Le tout avec des histoires d'amitié et d'amours (LGBT) dans un contexte d'école de magie. Ça ne vole pas très loin, et même si la résolution a une petite surprise, elle n'est pas non plus extraordinaire. C'est assez convenu, ça ne m'a pas étonné. Le dessin de Sweeney boo est perfectible, et personnellement j'ai du mal avec les bouches qu'elle fait. On dirait que tout les élèves ont les lèvres refaites, de même il y a plusieurs tics qui me sautent aux yeux dans les cheveux ou les expressions de visages qui font trop marquées. Bref, c'est pas ce qui me convient le plus, et je dois avouer que je ne suis pas enthousiaste par ce volume qui semble être le premier d'une série en devenir. Personnellement je ne serais pas au rendez-vous de la suite, mais encore une fois, je ne suis pas du tout le public cible. Donc laissons un 2.5 généreux.
Margot la folle
Une femme flamande vivant dans un village ravagé par la peste se lance dans une poursuite hallucinée à travers l'enfer et les paysages de l'Apocalypse pour tenter de retrouver son mari emporté par les spectres de la mort. Je reconnais sans difficulté le travail ambitieux réalisé autour de cet album. Muriel Blondeau construit un univers médiéval fantastique très personnel, nourri de folklore flamand, de visions apocalyptiques et surtout d'un hommage permanent à l'univers pictural de Pieter Brueghel. Toute la BD fonctionne comme une réinterprétation libre et fiévreuse de Margot l'enragée, mais aussi de quelques autres œuvres du peintre, avec des références visuelles évidentes à ses enfers grouillants, à ses monstres, à ses scènes de chaos et à cette représentation très organique de l'Apocalypse. On sent aussi fortement l'influence de Jérôme Bosch dans le bestiaire et certaines visions grotesques ou cauchemardesques. Visuellement, l'album possède une vraie identité. Le grand format carré accentue cette impression d'objet atypique et permet à l'autrice de construire des planches très libres, pleines de débordements graphiques, de personnages qui envahissent les cases, de créatures absurdes, de détails partout et de compositions volontairement désorientantes. Il y a un vrai travail pour donner vie à une espèce de conte médiéval halluciné où le lecteur traverse un monde de peste, de mort, de superstition et de visions infernales. Mais malgré tout ça, je n'ai jamais réussi à entrer dans le récit. J'ai trouvé l'ensemble beaucoup trop fantasque, onirique et volontairement confus. Les péripéties s'enchaînent dans une logique de rêve fiévreux où l'on passe sans arrêt d'une rencontre absurde à une autre, d'un symbole à un autre, sans structure claire ni montée dramatique qui me donne envie de suivre l'aventure. Je comprends que cette désorientation fasse partie du projet, mais elle ma empêché de rentrer dans le récit. Le langage utilisé n'a pas aidé non plus. Les dialogues sont remplis d'expressions flamandes et de références culturelles nécessitant constamment de revenir au lexique placé en début d'album. Je peux comprendre que cela participe à l'ambiance folklorique, mais j'ai trouvé ça assez pénible et cassant pour la lecture. J'avais régulièrement l'impression qu'il me manquait des références culturelles, historiques ou picturales pour réellement apprécier ce que l'album essayait de raconter. Même si je respecte la proposition artistique et le travail d'hommage à Brueghel, cette BD m'a laissé une impression de confusion et d'ennui. J'y ai davantage vu un exercice graphique et culturel érudit qu'un récit capable de réellement me captiver.
Meuf - Guide pour nos filles
Voila une BD intéressante à mettre entre les mains des petites filles ! C'est un manuel assez simple, clair et didactique sur les femmes, avec la question centrale de "qu'est-ce qu'une femme ?". Sans divulgâcher, la réponse ne sera pas très simple, évidemment. Puisque la femme est une construction sociale, une façon de comprendre les différences de genres qu'on identifie comme essentialisante. La BD s'inscrit dans la lignée d'un grand nombre d'autre œuvre qui analysent la place des femmes dans notre société et ce que l'on apprend en l'analysant. La BD cite de nombreuses autrices, de témoignages aux travaux de recherches, tout en se mettant en scène en tant que maman, mais aussi dans sa propre vie de femme telle qu'elle l'a vécue dans la jeunesse. Car oui, le tout est principalement articulé autour de l'enfance et de l'école, de ces années où l'on fabrique et intègre le sexisme. L'ensemble est à la fois très clair, notamment par un découpage en chapitre qui permet de s'articuler d'une notion à l'autre tout en restant parfaitement fluide, mais en distinguant parfaitement bien chacune d'entre elles. D'autre part, il y a une vraie construction du propos qui intègre progressivement chaque notion pour développer. Au final, même si je n'ai pas appris grand chose car beaucoup de ces sujets étaient déjà arrivées avant dans mes réflexions et mes lectures, je suis émerveillé de les voir expliqué si simplement et si efficacement au grand nombre. Les témoignages de chacun/chacune permet de renforcer les questions, les débats. Tout au plus, dirais-je qu'il manque une partie sur le female gaze (évoqué mais pas en ces termes) ainsi que sur la prédominance du male-gaze et ce qu'il génère. C'est dans le même ordre d'idée que ce qui est évoqué dans la BD mais ça aurait permis un sujet intéressant précisément sur l'art. Mais là on est dans du pinaillage. Le dessin de Marie Dubois colle très bien à ce type de récit, avec un dessin aux touches coloré, très rond et sans trop de décors, permettant de bien faire ressortir tout les aspects de son documentaire. Ni trop détaillé ni trop flou, il est dans cette précision qui convient lorsque le propos n'est pas transmis principalement par le dessin. Bref, très réussi là aussi. En fait, je dirais que toute personne qui a un gamin devrait lui offrir, quel que soit son genre, pour faire évoluer les mentalités dans le bon sens. On commence à peine à avoir ces sujets qui percent dans le débat public, il serait de bon ton que ça fasse plus que des petits échos dans les milieux militants. Une BD à mettre entre toutes les mains, donc.
Les Aventures de François Ruffin, député-reporter
Nous sommes à un an de l'élection présidentielle. A l'heure où les candidat(e)s présomptifs/ves sont nombreux/ses, certains essaient de se démarquer, de sortir du lot. Sans clamer que je sois particulièrement fan du personnage, force est de constater que François Ruffin, député écologiste de la Somme, essaie de se démarquer. Journaliste et documentariste de formation, il s'est engagé depuis une dizaine d'années en politique, et est député de la Somme depuis 2017. Ce mandat lui permet de se mêler à la population locale, lors d'évènements divers, de manifestations ou encore d'immersions avec des travailleurs et des travailleuses de la première ligne, salué(e)s durant la crise Covid, mais jamais rétribué(e)s de manière substantielle. On a donc une suite d'instantanés, certains uniques, d'autres découpés en plusieurs segments, qui montrent son écoute, son talent pour le dialogue et l'esprit de synthèse qui lui permet d'être pertinent et percutant dans ses interventions et ses analyses. Des anecdotes racontées par Ruffin lui-même, et transformées en segments narratifs par le talentueux et chevronné Laurent Galandon. Des anecdotes, des témoignages parfois poignants, tous intéressants. Ruffin s'y montre donc attentif, offensif, mais jamais injurieux ou agressif comme il peut l'être dans d'autres circonstances. C'est donc un peu policé, une bonne chose, mais Ruffin y est aussi, par moments, un peu pédant, ce qui est dommage. EDIT : A la lumière de la relecture dans un autre angle, et différents témoignages, dont celui d'une personne présente dans le récit se déroulant dans un train, il semblerait qu'en plus de jouer au sauveur blanc, Ruffin ait bien bien contrefait certaines choses, en sa faveur. Je ne peux que condamner ce comportement, car si on a coutume de romancer les choses en BD, c'est pour que le récit soit meilleur ; si c'est à des fins électoralistes, cela pose un gros problème pour moi. Je baisse donc ma note initiale de 3 à 2/5, ne voulant pas sanctionner le travail de la douzaine d'auteurs qui ont participé à ce collectif, et que Ruffin semble invisibiliser quand il fait la promo de l'album. Le travail graphique des onze dessinatrices et dessinateurs qui ont accepté de le suivre dans l'aventure est vraiment bon, quoique très diversifié (on a Pendanx et Jul, par exemple...). Ils ont fait du bon boulot sur des formats courts, voire très courts. En bref, un album à prendre avec beaucoup de pincettes.
Toussaint est mort dans sa tombe - Essai sur le saccage méticuleux d'un corps
Je ressors avec un sentiment mitigé de ma lecture. J’ai emprunté cet album au hasard, attiré par le sujet, mais aussi par ce titre et son sous-titre énigmatiques. La révolte des esclaves de Saint Domingue durant la Révolution est intéressante, comme l’est le personnage de Toussaint Louverture. De la même façon, l’histoire postérieure de ce lieu, sous le nom d’Haïti, est aussi intéressant – et souvent mal ou sous étudié. De plus, j’avais été visiter il y a quelques années le fort de Joux, lieu d’incarcération et de mort de Toussaint, là où commence et se passe une partie de ce récit. Un récit hybride, mélangeant Histoire, essai. Un récit qui se veut au plus près des documents d’époque, et qui balaye plusieurs sujets. La vision raciste de la science européenne du XIXème siècle (édifiants rapports pour estimer si le crâne retrouvé était d’un Blanc ou d’un Nègre – pour ne pas dire un singe !), la bureaucratie et toutes ses formules engoncées, grotesques et déshumanisantes (de toutes époques, de l’Empire au milieu du XXème siècle), la lutte pour le jeune État haïtien pour recouvrer les reste de son « héros national » et par là même donner corps à son histoire (je regrette quand même que ne soit jamais évoqué le racket exercé par la France contre la jeune République d’Haïti sous Charles X en échange de la reconnaissance de l’indépendance, acte scandaleux et souvent occulté expliquant en partie la situation actuelle du pays !). Un matériau assez riche donc, en grande partie repris d’une étude publiée au début du XXème siècle. Mais voilà, le plaisir intellectuel ne s’accompagne pas forcément d’un grand plaisir de lecture. En effet, la narration est assez lourde – du fait des choix de restituer intégralement et avec les termes juridiques et formalistes de l’époque tous les documents judiciaires, administratifs ou diplomatiques. C’est aussi très décousu et souvent difficile à suivre dans la mise en page, le texte se trouvant dans des dialogues et se poursuivant parfois hors phylactère. C’est dommage, car la lecture est intéressante, instructive, voire édifiante. Un album curieux, sans doute plein de maladresses, mais qui se révèle quand même globalement recommandable, eu égard aux sujets abordés, et aux connaissances qu’il distille.
L'Or et le Sang
Et encore une saga de Nury cochée ! Pour être honnête, j'ai eu du mal à entrer dans celle-ci. La faute à un dessin un peu particulier, d'abord, qui n'est pas laid, mais dont les proportions étranges déconcertent un peu. Et ensuite parce que le scénario prend son temps. Ce qui est une bonne chose, mais pendant les 2 premiers tomes, je ne savais pas si j'allais aimer vraiment ou si ça deviendrait un pétard mouillé. Mais le miracle a fini par opérer. Après 2 tomes très classiques et très convenus pour qui lit régulièrement du Nury, le récit commence à prendre davantage d'ampleur, et à révéler ses enjeux géopolitiques. C'est là que L'Or et le Sang exploite pleinement son potentiel, et devient véritablement captivant. À partir du moment où nos deux héros commencent à être en conflit, le récit commence à nous emmener peu à peu vers une fin inévitablement tragique et on retrouve la gravité qui réussit tant aux œuvres de Nury. En outre, c'est aussi à partir du 3e tome que le récit s'ancre davantage dans l'Histoire. On y voit débarquer des personnages historiques célèbres dont j'ignorais toute implication dans la guerre du Rif, et on voit se dessiner les grandes lignes de ce conflit entre nations africaines et européennes qui vont structurer une grande partie des relations internationales du XXe siècle. Accompagné d'une action qui prend des proportions plus épiques, le récit devient alors celui d'une grande fresque à la Lawrence d'Arabie, avec de fortes teintes picaresques. Malgré un dessin que j'aurais aimé un peu plus soigné (même s'il s'améliore dans le 4e tome), c'est passionnant, c'est envoûtant, c'est profond et c'est tout ce qu'on attend d'une grande aventure marquante. Et quand on referme le dernier tome de cette belle quadrilogie, on réaliste qu'on a découvert tout un pan qu'on ignorait presque intégralement de l'histoire d'Afrique du Nord, et on se dit que quand même, entre enseignement et divertissement, la BD est décidément un des plus grands arts qui soient.
Le Marin des sables
Je me retrouve dans l’avis de grogro, en ce qui concerne ses critiques. En effet, le dessin est parfois moyen, et les navires – surtout lorsqu’on parle de flibuste ! – ne sont ni détaillés ni particulièrement réussis. Ensuite la narration est souvent trop hachée, pointilliste, comme si nous était uniquement restituée une collection d’instantanés, de moments, au détriment d’une trame plus agréable à suivre car plus fluide et claire. Une sorte de chronologie illustrée, qui reste frustrante, pour l’intrigue, mais aussi pour le sujet. Car le sujet m’intéresse. Je connaissais L’Olonnais de nom, croisé dans les maintenant nombreux bouquins lus sur les pirates/boucaniers/flibustiers/corsaires, mais je n’avais pas fait le lien avec les Sables d’Olonne pour l’origine de son surnom… C’est en tout cas un personnage intéressant, qui traverse une époque et des lieux qui le sont tout autant, avec pas mal d potentiel pour qui voudrait y situer une histoire. D’ailleurs, une partie des péripéties (lutte entre boucanier français et lanceros espagnols, politiques accommodantes et « personnelles » des gouverneurs français de La Tortue, arrivée de femmes vendues aux enchères sur cette même île, etc.) sont reprise dans la série La Promesse de la Tortue, que j’ai lue récemment. Si le récit se laisse lire, par-delà l’intérêt du sujet, il n’en reste pas moins que je suis sorti frustré de cette lecture. Je ne sais pas si ça vient de l’adaptation ou du roman d’origine, mais ça m’a laissé l’impression d’un matériau mal ou sous-exploité. Note réelle 2,5/5.
L'Équipée du bosquet
Un oiseau insouciant et beaucoup trop enthousiaste entraîne malgré lui un écureuil anxieux dans un voyage mouvementé tandis qu'un gros chat les poursuit pour les dévorer. C'est une série jeunesse qui vise une tranche d'âge autour de 7-10 ans maximum, et tout est construit dans cet esprit. Le duo principal repose sur la mécanique extrêmement classique d'un tandem entre un personnage surexcité, envahissant et irresponsable, et un autre plus grincheux et obligé de le suivre malgré lui. Cela rappelle des duos comme dans dans les films Un ticket pour deux ou L'Âge de glace, ou même la BD Marc Lebut et son voisin, avec ce principe où l'un des deux provoque continuellement des catastrophes que l'autre doit subir. Heureusement, l'oiseau est ici plus sympathique que Marc Lebut et conserve un côté naïf et attachant qui évite qu'il devienne réellement agaçant, même si la réconciliation finale arrive malgré tout un peu vite et de manière assez facile dans ce premier album. L'histoire repose sur une suite de péripéties, de poursuites et de rencontres, avec une énergie proche du cartoon classique. Toute la partie autour du chat qui poursuit les héros m'a rappelé les malheurs qui s'abattent sur le pauvre loup dans Merlin l'Enchanteur, ou encore certains cartoons à la Looney Tunes. C'est répétitif dans son fonctionnement, mais aussi assez amusant. Le récit ne cherche jamais à surprendre un lecteur adulte. Tout est très balisé, simple et orienté aventure humoristique pour enfants. Mais l'ensemble fonctionne bien dans ce qu'il cherche à faire. Le rythme est soutenu, les gags s'enchaînent efficacement et la lecture est fluide. Graphiquement, c'est assez réussi. Le dessin est simple et la ligne un peu anguleuse mais c'est lisible et expressif, avec une bonne énergie dans les scènes d'action et les expressions exagérées façon animation. L'oiseau rappelle d'ailleurs beaucoup le design des personnages d'Angry Birds. L'ensemble dégage une sensation de "dessin animé transformé en BD", avec des couleurs vives et beaucoup de mouvement. Même si rien ne sort vraiment des codes habituels de l'aventure jeunesse animalière humoristique, cette série qui s'entame est divertissante et plutôt attachante dans son genre. A noter d'ailleurs que la version originale américaines compte déjà sept tomes : à voir si l'adaptation française aura suffisamment de succès pour entrainer la traduction de toute la série.
Le Marchand de tapis de Constantinople
Un conte oriental très dépaysant. Ce qui m'a frappé tout de suite, c'est une vision de l'amour conjugal fondé sur le projet professionnel de la femme : Ayse est fille de fabricant de tapis et elle souhaite partir à la ville pour faire connaître le travail de sa famille. Zeynel est le fils d'une famille très savante (mère médecin et père imam) il est comme réfugié dans les mots des saintes écritures. Ce mariage est à la fois arrangé et consenti pour servir le projet d'Ayse. C'est Zeynel qui est beau et Aysé qui est entreprenante. La seconde partie avec la mauvaise rencontre est moins originale. Le dessin, très dense en couleur, avec une certaine fixité, faisant référence aux motifs des tapis, peut rebuter, mais honnêtement cela fait aussi le charme de l'album. Il y a un rythme un peu déconcertant, une certaine lenteur méditative par moments ( pages muettes, pages de prières ou de poésie...) et à d'autres, l'action se précipite. Cela peut donner une certaine frustration mais , pour moi, le message qui met en valeur une autre forme d'amour que le modèle hollywoodien est ce qu'il y a de plus important : avec une interpénétration entre ambition personnelle, perpétuation familiale, compréhension mutuelle, tendresse, ce mélange est réellement original aujourd'hui et semble faire le pont entre les traditions de tous pays et le metoo occidental...
Ulis
Pas grand chose à ajouter à l'avis de Pol. Toulmé est très fort pour nous montrer la vie quotidienne et en extraire ce qu'elle a de touchant voire d'inspirant. Au fur et à mesure des jours, cet informaticien en burnout reprend pied dans la vie en essayant de s'adapter à son nouveau rôle d'AESH. ( Aide aux enfants en situation de handicap ) Pas très vif et un peu handicapé, lui-même, au début (rien ne lui est expliqué) il découvre un monde qui n'a rien d'exotique : un collège bien croqué dans son béton, mais avec des classes spéciales, cachées dans un coin, les ULIS. On voit que le système d'éducation crée beaucoup de laissés pour compte. Et que les personnes chargées d'accompagner ces enfants sont souvent en souffrance, dans un sentiment d'échec et d'exclusion, comme si "devenir normal" était l'objectif à atteindre, absolument, sans autre critère de réussite. Nous sommes tous un peu pris dans cet objectif parce que nous confondons "rôle social" et "conformité". Toulmé ne propose ni réflexion ni solution et c'est en cela qu'il est fort : toutes les informations et émotions nous sont données, et à nous de réfléchir... Son dessin, plus rondelet que dans Ce n'est pas toi que j'attendais, joue toujours avec des couleurs douces mais cette fois-ci, avec des pages en contraste ( jaune et violet, orange et bleu, changeant de couple au fil des saisons). Rien de révolutionnaire, adapté à tout public, et peut-être à faire lire aussi aux enfants...