J'aime beaucoup tout ce que fait Trif en général, et j'approuve son idée récente de faire ses récits en deux formes, une sage et tout public de 48 pages et une version chez Tabou qui se permet de déshabiller les gens. Même si, très franchement, il faut dire qu'a assez peu de choses qui méritent de classer cette ouvrage chez Tabou.
En effet, la BD reste assez sage dans son traitement visuel. Trif a son coup de crayon et n'en démord pas, avec une certaine façon de représenter les femmes dénudées qui se retrouve d'un album à l'autre mais pour le reste il s'ingénie à détailler les vêtements, intérieurs et décors de son récit, ce qui fait plaisir. Il ne brille pas d'excellence mais arrive toujours à faire son travail visuel, avec une colorisation qui rehausse légèrement l'ensemble sans jamais faire tâche. Un dessin maitrisé qui se permet de jouer sur les cadrages et les planches, variant les positions et les tailles des cases sans jamais nuire au confort de lecture. Vraiment, je le redis mais son dessin est efficace à chaque fois !
Maintenant niveau histoire, c'est du classique roman de cape et d'épée avec une femme qui se travestit en homme. Et franchement, ça passe nickel ! Le scénario se déroule sans temps mort, agrémenté de ces passes d'armes à la rapière qui font très cinématographique. Trif nous fait un scénario classique, certes, mais prenant et aux multiples protagonistes qui ont tous de l'intérêt et pour l'histoire et pour le lecteur. L'antagoniste n'est pas un méchant monolithique et se trouve au centre d'une toile d'intrigue qui prend progressivement forme. C'est assez linéaire mais pas cousu de fil blanc et j'avoue ne pas être certain de là où ça nous mène.
Bref, un début de série qui part très bien, je suis preneur de la suite dès qu'elle sortira !
Le Royaume des Squelettes est un univers gris et désolé, où des squelettes se bagarrent sans crainte de se briser puisqu'ils sont déjà morts. L'arrivée soudaine de la petite Garance et de son doudou Graziella bouleverse ce quotidien : après un accueil d'abord mouvementé, elle est célébrée... avant de disparaître aussi brusquement qu'elle était arrivée en emportant par mégarde le sceptre du roi. Skeletos, le garde royal, est alors envoyé dans le monde des humains pour le récupérer.
Adaptée d'un spectacle en lecture musicale, cette BD jeunesse mêle gentils monstres et humour autour de la mort, avec comme seule ambition de divertir. On y retrouve Garance, une fillette intrépide que rien n'effraie, pas même l'idée d'un accident fatal ; Skeletos, colosse bagarreur et docile, prompt à obéir à toute figure d'autorité, Garance incluse ; et les autres autour d'eux qui oscillent entre peur et perplexité face à leurs aventures décalées.
Le dessin comme la narration rappellent fortement Joann Sfar, jusque dans la forme des bulles et dans la narration toujours conjuguée au présent. Les lecteurs de Petit Vampire retrouveront une atmosphère similaire, proche d'Halloween.
C'est mignon, rythmé et souvent amusant, de quoi séduire sans mal les jeunes lecteurs. Mais si l'ensemble se lit avec plaisir, le scénario reste assez attendu et ne laisse pas une forte empreinte une fois refermé.
Une BD sur l'un des pires dirigeants de la mafia italienne, commanditaire de l'assassinat du juge Falcone dont j'ai surtout eu connaissance via l'excellente BD La Pieuvre - Quatorze ans de lutte contre la Mafia que je recommande.
La BD ici est son histoire, son parcours seulement, raconté par lui-même à lui-même alors qu'il fait le bilan de sa vie dans ses derniers instants. La lecture est fluide, on remonte à sa naissance et toute la difficulté de ses premières années lorsqu'il devient orphelin, son intégration progressive dans la mafia et sa montée vers les hautes sphères, jusqu'à commanditer des assassinats symboliquement forts.
La BD est bonne, dans l'ensemble, mais je suis un peu réservé sur le final, qui reste une "simple" histoire de mafieux raconté par lui-même. En dehors de ça, si vous n'avez pas creusé le sujet au préalable certains détails risquent de vous passer sous le nez, comme les secteurs qu'il touche ou l'importance de la drogue dans ces années-là via la French connection et les connexions politiques derrière. De même, la BD s'arrête à ce personnage et assez peu sur son impact, sur les connections qu'il eut avec les différentes mafias (ou les politiques) ou la portée réel de son autorité. La BD se concentre un long moment sur la montée en puissance de son personnage, ce qui fait manquer de temps sur la suite des évènements. D'autre part je trouve que les auteurs prennent des libertés sur la conscience du personnage que je le soupçonne de ne jamais avoir eu ...
Le dessin charbonneux convient très bien à la BD et reste lisible, sans temps mort dans la lecture. Une BD qui apporte un petit éclairage sur la mafia et ces personnes qui firent autant de victimes, mais sans grand plus. Lecture recommandé si vous vous intéressez au sujet, pas forcément indispensable même si c'est votre came cela dit.
A première vue un album on ne peut plus classique rassemblant divers gags absurdes tournant autour du monde de l'entreprise.
Et puis, surprise, des variations ! Une BD dont vous êtes le héros, un gag collaboratif où plusieurs personnes ont pu s'amuser à créer la troisième case, il y a même des petites participations d'autres auteurices à la fin de l'album !
C'est inégal, tantôt bien trouvé et drôle et tantôt convenu et malheureusement plat, mais toujours créatif. Je reconnais cela aux création d'Ami Inintéressant, même quand ce n'est pas drôle c'est au moins agréable et souvent créatif.
Peut-être pas le meilleur album pour se faire une idée du travail de l'auteur, l'aspect melting pot de l'album pourra aussi rebuter certain-e-s, mais la lecture n'était pas inintéressante (rire).
PS : si vous êtes intéressé-e-s, puisqu'iels ne sont pas mentionné-e-s dans la fiche de l'album sur le site, les trois auteur-ice-s intervenant à la fin de l'album sont Dara Nabati, Vincent Ducamin et Tamos le Thermos (j'ai d'ailleurs bien aimé la petite parodie moyen-âgeuse du monde de l'entreprise de Tamos).
Dans l'océan d'albums d'humour absurdes "à la Fabcaro", chose rare, certain-e-s parviennent un peu à se démarquer. Après quelques lectures de cet auteur je pense pouvoir dire qu'il en fait partie.
En quoi se démarque-t-il ? Est-ce le dessin ? Le sujet ?
Non, simplement des récurrences et obsessions de l'auteur : Ami Inintéressant aime beaucoup raconter ses déboires et tout particulièrement son mal être.
Oui, je sais, comme Fabcaro, mais j'vous jure que c'est un peu différent !
Pas révolutionnaire mais au fur et à mesure de ses petits récits, alternant les délires et blagounettes faciles (mais tout de même bien réalisées) et les anecdotes, un petit sentiment de connivence se découvre. Sans nécessairement rire aux éclats tout du long comme d'autres auteur-ice-s peuvent m'inspirer j'ai tout de même souri et apprécié les idées qui parsèment l'album. Qu'il s'agisse de l'enchaînement et la surabondance des blagues centrées sur ses névroses et ses complexes qui finissent par faire rire par répétition, des blagues métas sur l'album en lui-même et sa composition, ou encore de tous ses petits moments filés et répétés qui sentent bons la frustration d'évènements lui étant vraiment arrivé et qui parleront à beaucoup, j'ai pris un sincère plaisir à la lecture.
Pas la meilleure comédie qui soit mais une lecture tout de même agréable, qui aura tout de même réussi à me faire passer un bon moment (et c'est déjà une belle chose, aigrie que je suis).
J'espère tout de même qu'avec l'album acheté Ami Inintéressant pourra s'acheter plein d'autres demi-tacos !
Pour ma part, cette série est excellente, ... oui je suis Bruxellois ... et un certain âge ... Retrouver Bruxelles, au travers des cases, refaire un itinéraire bien connu avec Robert Sax, est toujours un bon moment, bien agréable... Sans oublier les scénarios qui n'ont rien à envier à d'autres auteurs ... Dommage le Tome 6 tarde à paraître. Des raisons d'espérer ? Pourvu que !
Je pense que cela ferait plaisir à pas mal de lecteurs. Merci en tous cas pour ces 5 premiers tomes, Patrick.
Un Tronchet étonnant, loin de ses productions personnelles – en tout cas de la déconne poisseuse que j’apprécie dans plusieurs de ses séries. Loin aussi des romans de sa compagne qu’il a déjà adaptés. Le roman à l’origine de cet album m’est inconnu, et je pense d’ailleurs que ça n’est pas ma came.
Pourtant ça se laisse lire, avec une mécanique romantique assez bien huilée. Il y a une grosse rupture de ton lorsque Paul, le héros, perd sa mère, ce qui l’amène à « partir » un peu partout (sans que cela soit toujours précisé), multipliant expériences professionnelles et amoureuses. Mais la grande affaire de Paul, ce sont ses relations avec son père, un doux rêveur, toujours à l’esbroufe pour fonder de nouveaux projets, un « winner loser » finalement sympathique.
Mais à part quelques passages un peu amusants, et des idées intéressantes pour lier les personnages, j’ai trouvé l’ensemble finalement assez creux. Et je n’ai pas toujours trouvé très crédibles les relations entre Paul et Vivien, même si celles-ci permettent à Paul se moins avoir peur de la vie.
Note réelle 2,5/5.
Les dessins, pas du tout à mon goût, auraient suffit à ne pas me donner envie de lire ce diptyque. Mais sachant que cette BD traitait du génocide arménien, et n'ayant jamais rien lu sur ce sujet, je me suis dit que c'était l'occasion d'apprendre quelque chose sur cette période méconnue de l'histoire. Le scénario est sacrément bien ficelé. Tellement bien qu'on se sent en pleine fiction pendant notre lecture, et que par conséquent il manque cruellement un dossier historique à la fin pour nous éclairer sur ce qui est historiquement avéré et ce qui est pure invention afin de faire un bon scenario. Car la somme des horreurs et injustices racontées ici ressemble en tous points au scénario type de la BD adulte d'aventure.
Duchazeau a déjà à plusieurs reprises publié des albums montrant son amour de la musique. En particulier celle de l’Amérique profonde, surtout le blues, avec entre autres Le Rêve de Meteor Slim ou Lomax - Collecteurs de Folk Songs. Il poursuit ici avec cette biographie amoureuse de Robert Johnson.
J’avais suivi sur divers forums à l’époque les mésaventures des planches originales (j’imagine l’angoisse de Duchazeau, jusqu’à ce qu’il retrouve les planches qu’on lui avait volé !). Cet épisode a sans doute accentué l’attente autour de cet album.
Bénéficiant d’un très beau travail éditorial de la part de Sarbacane, cet album met clairement en avant le talent graphique de Duchazeau. J’aime vraiment beaucoup son Noir et Blanc, qui alterne de façon heureuse partie très précises (certains décors, voitures, etc.) et personnages plus esquissés – plus ou moins. On passe dans une même planche de la quasi épure d’un script à quelque chose de très élaboré. En tout cas ce trait faussement hésitant, comme « lâché » au fil d’une inspiration rageuse ou rêveuse est pour beaucoup dans le plaisir ressenti à la lecture de cette biographie.
Une biographie très décousue, dans laquelle les flash-backs sur la jeunesse de Johnson s’invitent au cœur de ses déambulations. Mais le dessin « pris sur le vif » et le caractère décousu de la narration collent parfaitement au personnage de Johnson, qui brûle la vie par tous les bouts, qui est constamment à la recherche de ses origines (son père), de femmes, d’alcool et d’endroits et moments pour chanter et jouer son « blues ». On peut dire que Johnson incarne dans toutes ses acceptation ce blues, et que Duchazeau lui a ici rendu un bien bel hommage.
Car Johnson, Noir vivant dans le sud ultra raciste, n’a jamais connu la gloire de son vivant (Duchazeau s’amuse à faire se croiser sans se rencontrer Johnson et les deux New-yorkais le cherchant pour un spectacle au Carnegie Hall, où il ne sera finalement présent qu’à titre posthume, deux musiques de lui étant jouées au gramophone).
Finir par cette scène et quelques notes/paroles de Johnson permet à Duchazeau d’entretenir l’immortalité d’un homme qui a toujours vécu l’instant à fond (avec les femmes, l’alcool, les copains, la musique), qui a toujours voulu rester digne (presque dandy avec ses maigres moyens).
Un très bel album.
Cette collection des Grandes Batailles navales commence à être bien fournie. Et du coup, au bout d’un moment, Delitte doit bien aller chercher des batailles sans doute moins importantes, les principales ayant déjà été traitées. Mais c’est aussi l’occasion de découvrir des batailles très peu connues, comme c’est le cas avec celle-ci, que je ne connaissais pas du tout.
Elle prend place comme une introduction à la guerre de Crimée, avant que la France et l’Angleterre n’interviennent directement contre la Russie. On ne voit ici ces puissances qu’au travers de leurs conseillers militaires/observateurs, dont le rôle est ici essentiellement narratif : par leur bouche sont présentés défauts et handicaps de la marine et de l’armée ottomanes (de toute façon l’issue de la bataille nous est donnée dès la première page, le reste étant une sorte de flash-back).
La bataille en elle-même a ressemblé à un tir aux pigeons, les navires russes coulant une escadre ottomane en rade en très peu de temps. L’essentiel de l’album tient donc dans la préparation de ce désastre, la mise en place du contexte et des personnages principaux.
Ça se laisse lire, sans être très emballant non plus. Aucun personnage charismatique, et une action faible, jusqu’au dernier tiers de l’album, Delitte étirant trop certains passages peu importants (comme ceux autour des officiers russes, chassés d’une forteresse, puis finalement embarqué sur leur flotte).
Le dessin de Sandro fait le travail. Quelques menus défauts de proportions, mais il accompagne bien sinon le texte de Delitte.
Comme à l’habitude, un petit dossier historique complète la lecture et situe assez bien le contexte (la principale importance de cette bataille vient du fait que c'est la dernière à opposer deux marines à voiles). Mais en le lisant, on s’aperçoit que plusieurs dialogues et commentaires du récit reprennent mot pour mot le texte de certains passages du dossier. J’avais déjà remarqué ça sur d’autres albums de la collection…
Note réelle 2,5/5.
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La Duelliste (Tabou)
J'aime beaucoup tout ce que fait Trif en général, et j'approuve son idée récente de faire ses récits en deux formes, une sage et tout public de 48 pages et une version chez Tabou qui se permet de déshabiller les gens. Même si, très franchement, il faut dire qu'a assez peu de choses qui méritent de classer cette ouvrage chez Tabou. En effet, la BD reste assez sage dans son traitement visuel. Trif a son coup de crayon et n'en démord pas, avec une certaine façon de représenter les femmes dénudées qui se retrouve d'un album à l'autre mais pour le reste il s'ingénie à détailler les vêtements, intérieurs et décors de son récit, ce qui fait plaisir. Il ne brille pas d'excellence mais arrive toujours à faire son travail visuel, avec une colorisation qui rehausse légèrement l'ensemble sans jamais faire tâche. Un dessin maitrisé qui se permet de jouer sur les cadrages et les planches, variant les positions et les tailles des cases sans jamais nuire au confort de lecture. Vraiment, je le redis mais son dessin est efficace à chaque fois ! Maintenant niveau histoire, c'est du classique roman de cape et d'épée avec une femme qui se travestit en homme. Et franchement, ça passe nickel ! Le scénario se déroule sans temps mort, agrémenté de ces passes d'armes à la rapière qui font très cinématographique. Trif nous fait un scénario classique, certes, mais prenant et aux multiples protagonistes qui ont tous de l'intérêt et pour l'histoire et pour le lecteur. L'antagoniste n'est pas un méchant monolithique et se trouve au centre d'une toile d'intrigue qui prend progressivement forme. C'est assez linéaire mais pas cousu de fil blanc et j'avoue ne pas être certain de là où ça nous mène. Bref, un début de série qui part très bien, je suis preneur de la suite dès qu'elle sortira !
Skeletos
Le Royaume des Squelettes est un univers gris et désolé, où des squelettes se bagarrent sans crainte de se briser puisqu'ils sont déjà morts. L'arrivée soudaine de la petite Garance et de son doudou Graziella bouleverse ce quotidien : après un accueil d'abord mouvementé, elle est célébrée... avant de disparaître aussi brusquement qu'elle était arrivée en emportant par mégarde le sceptre du roi. Skeletos, le garde royal, est alors envoyé dans le monde des humains pour le récupérer. Adaptée d'un spectacle en lecture musicale, cette BD jeunesse mêle gentils monstres et humour autour de la mort, avec comme seule ambition de divertir. On y retrouve Garance, une fillette intrépide que rien n'effraie, pas même l'idée d'un accident fatal ; Skeletos, colosse bagarreur et docile, prompt à obéir à toute figure d'autorité, Garance incluse ; et les autres autour d'eux qui oscillent entre peur et perplexité face à leurs aventures décalées. Le dessin comme la narration rappellent fortement Joann Sfar, jusque dans la forme des bulles et dans la narration toujours conjuguée au présent. Les lecteurs de Petit Vampire retrouveront une atmosphère similaire, proche d'Halloween. C'est mignon, rythmé et souvent amusant, de quoi séduire sans mal les jeunes lecteurs. Mais si l'ensemble se lit avec plaisir, le scénario reste assez attendu et ne laisse pas une forte empreinte une fois refermé.
Le Fauve de Corleone
Une BD sur l'un des pires dirigeants de la mafia italienne, commanditaire de l'assassinat du juge Falcone dont j'ai surtout eu connaissance via l'excellente BD La Pieuvre - Quatorze ans de lutte contre la Mafia que je recommande. La BD ici est son histoire, son parcours seulement, raconté par lui-même à lui-même alors qu'il fait le bilan de sa vie dans ses derniers instants. La lecture est fluide, on remonte à sa naissance et toute la difficulté de ses premières années lorsqu'il devient orphelin, son intégration progressive dans la mafia et sa montée vers les hautes sphères, jusqu'à commanditer des assassinats symboliquement forts. La BD est bonne, dans l'ensemble, mais je suis un peu réservé sur le final, qui reste une "simple" histoire de mafieux raconté par lui-même. En dehors de ça, si vous n'avez pas creusé le sujet au préalable certains détails risquent de vous passer sous le nez, comme les secteurs qu'il touche ou l'importance de la drogue dans ces années-là via la French connection et les connexions politiques derrière. De même, la BD s'arrête à ce personnage et assez peu sur son impact, sur les connections qu'il eut avec les différentes mafias (ou les politiques) ou la portée réel de son autorité. La BD se concentre un long moment sur la montée en puissance de son personnage, ce qui fait manquer de temps sur la suite des évènements. D'autre part je trouve que les auteurs prennent des libertés sur la conscience du personnage que je le soupçonne de ne jamais avoir eu ... Le dessin charbonneux convient très bien à la BD et reste lisible, sans temps mort dans la lecture. Une BD qui apporte un petit éclairage sur la mafia et ces personnes qui firent autant de victimes, mais sans grand plus. Lecture recommandé si vous vous intéressez au sujet, pas forcément indispensable même si c'est votre came cela dit.
Open Space
A première vue un album on ne peut plus classique rassemblant divers gags absurdes tournant autour du monde de l'entreprise. Et puis, surprise, des variations ! Une BD dont vous êtes le héros, un gag collaboratif où plusieurs personnes ont pu s'amuser à créer la troisième case, il y a même des petites participations d'autres auteurices à la fin de l'album ! C'est inégal, tantôt bien trouvé et drôle et tantôt convenu et malheureusement plat, mais toujours créatif. Je reconnais cela aux création d'Ami Inintéressant, même quand ce n'est pas drôle c'est au moins agréable et souvent créatif. Peut-être pas le meilleur album pour se faire une idée du travail de l'auteur, l'aspect melting pot de l'album pourra aussi rebuter certain-e-s, mais la lecture n'était pas inintéressante (rire). PS : si vous êtes intéressé-e-s, puisqu'iels ne sont pas mentionné-e-s dans la fiche de l'album sur le site, les trois auteur-ice-s intervenant à la fin de l'album sont Dara Nabati, Vincent Ducamin et Tamos le Thermos (j'ai d'ailleurs bien aimé la petite parodie moyen-âgeuse du monde de l'entreprise de Tamos).
Comme un mardi
Dans l'océan d'albums d'humour absurdes "à la Fabcaro", chose rare, certain-e-s parviennent un peu à se démarquer. Après quelques lectures de cet auteur je pense pouvoir dire qu'il en fait partie. En quoi se démarque-t-il ? Est-ce le dessin ? Le sujet ? Non, simplement des récurrences et obsessions de l'auteur : Ami Inintéressant aime beaucoup raconter ses déboires et tout particulièrement son mal être. Oui, je sais, comme Fabcaro, mais j'vous jure que c'est un peu différent ! Pas révolutionnaire mais au fur et à mesure de ses petits récits, alternant les délires et blagounettes faciles (mais tout de même bien réalisées) et les anecdotes, un petit sentiment de connivence se découvre. Sans nécessairement rire aux éclats tout du long comme d'autres auteur-ice-s peuvent m'inspirer j'ai tout de même souri et apprécié les idées qui parsèment l'album. Qu'il s'agisse de l'enchaînement et la surabondance des blagues centrées sur ses névroses et ses complexes qui finissent par faire rire par répétition, des blagues métas sur l'album en lui-même et sa composition, ou encore de tous ses petits moments filés et répétés qui sentent bons la frustration d'évènements lui étant vraiment arrivé et qui parleront à beaucoup, j'ai pris un sincère plaisir à la lecture. Pas la meilleure comédie qui soit mais une lecture tout de même agréable, qui aura tout de même réussi à me faire passer un bon moment (et c'est déjà une belle chose, aigrie que je suis). J'espère tout de même qu'avec l'album acheté Ami Inintéressant pourra s'acheter plein d'autres demi-tacos !
Robert Sax
Pour ma part, cette série est excellente, ... oui je suis Bruxellois ... et un certain âge ... Retrouver Bruxelles, au travers des cases, refaire un itinéraire bien connu avec Robert Sax, est toujours un bon moment, bien agréable... Sans oublier les scénarios qui n'ont rien à envier à d'autres auteurs ... Dommage le Tome 6 tarde à paraître. Des raisons d'espérer ? Pourvu que ! Je pense que cela ferait plaisir à pas mal de lecteurs. Merci en tous cas pour ces 5 premiers tomes, Patrick.
La Vie me fait peur
Un Tronchet étonnant, loin de ses productions personnelles – en tout cas de la déconne poisseuse que j’apprécie dans plusieurs de ses séries. Loin aussi des romans de sa compagne qu’il a déjà adaptés. Le roman à l’origine de cet album m’est inconnu, et je pense d’ailleurs que ça n’est pas ma came. Pourtant ça se laisse lire, avec une mécanique romantique assez bien huilée. Il y a une grosse rupture de ton lorsque Paul, le héros, perd sa mère, ce qui l’amène à « partir » un peu partout (sans que cela soit toujours précisé), multipliant expériences professionnelles et amoureuses. Mais la grande affaire de Paul, ce sont ses relations avec son père, un doux rêveur, toujours à l’esbroufe pour fonder de nouveaux projets, un « winner loser » finalement sympathique. Mais à part quelques passages un peu amusants, et des idées intéressantes pour lier les personnages, j’ai trouvé l’ensemble finalement assez creux. Et je n’ai pas toujours trouvé très crédibles les relations entre Paul et Vivien, même si celles-ci permettent à Paul se moins avoir peur de la vie. Note réelle 2,5/5.
Le Cahier à fleurs
Les dessins, pas du tout à mon goût, auraient suffit à ne pas me donner envie de lire ce diptyque. Mais sachant que cette BD traitait du génocide arménien, et n'ayant jamais rien lu sur ce sujet, je me suis dit que c'était l'occasion d'apprendre quelque chose sur cette période méconnue de l'histoire. Le scénario est sacrément bien ficelé. Tellement bien qu'on se sent en pleine fiction pendant notre lecture, et que par conséquent il manque cruellement un dossier historique à la fin pour nous éclairer sur ce qui est historiquement avéré et ce qui est pure invention afin de faire un bon scenario. Car la somme des horreurs et injustices racontées ici ressemble en tous points au scénario type de la BD adulte d'aventure.
Les Derniers Jours de Robert Johnson
Duchazeau a déjà à plusieurs reprises publié des albums montrant son amour de la musique. En particulier celle de l’Amérique profonde, surtout le blues, avec entre autres Le Rêve de Meteor Slim ou Lomax - Collecteurs de Folk Songs. Il poursuit ici avec cette biographie amoureuse de Robert Johnson. J’avais suivi sur divers forums à l’époque les mésaventures des planches originales (j’imagine l’angoisse de Duchazeau, jusqu’à ce qu’il retrouve les planches qu’on lui avait volé !). Cet épisode a sans doute accentué l’attente autour de cet album. Bénéficiant d’un très beau travail éditorial de la part de Sarbacane, cet album met clairement en avant le talent graphique de Duchazeau. J’aime vraiment beaucoup son Noir et Blanc, qui alterne de façon heureuse partie très précises (certains décors, voitures, etc.) et personnages plus esquissés – plus ou moins. On passe dans une même planche de la quasi épure d’un script à quelque chose de très élaboré. En tout cas ce trait faussement hésitant, comme « lâché » au fil d’une inspiration rageuse ou rêveuse est pour beaucoup dans le plaisir ressenti à la lecture de cette biographie. Une biographie très décousue, dans laquelle les flash-backs sur la jeunesse de Johnson s’invitent au cœur de ses déambulations. Mais le dessin « pris sur le vif » et le caractère décousu de la narration collent parfaitement au personnage de Johnson, qui brûle la vie par tous les bouts, qui est constamment à la recherche de ses origines (son père), de femmes, d’alcool et d’endroits et moments pour chanter et jouer son « blues ». On peut dire que Johnson incarne dans toutes ses acceptation ce blues, et que Duchazeau lui a ici rendu un bien bel hommage. Car Johnson, Noir vivant dans le sud ultra raciste, n’a jamais connu la gloire de son vivant (Duchazeau s’amuse à faire se croiser sans se rencontrer Johnson et les deux New-yorkais le cherchant pour un spectacle au Carnegie Hall, où il ne sera finalement présent qu’à titre posthume, deux musiques de lui étant jouées au gramophone). Finir par cette scène et quelques notes/paroles de Johnson permet à Duchazeau d’entretenir l’immortalité d’un homme qui a toujours vécu l’instant à fond (avec les femmes, l’alcool, les copains, la musique), qui a toujours voulu rester digne (presque dandy avec ses maigres moyens). Un très bel album.
Sinope
Cette collection des Grandes Batailles navales commence à être bien fournie. Et du coup, au bout d’un moment, Delitte doit bien aller chercher des batailles sans doute moins importantes, les principales ayant déjà été traitées. Mais c’est aussi l’occasion de découvrir des batailles très peu connues, comme c’est le cas avec celle-ci, que je ne connaissais pas du tout. Elle prend place comme une introduction à la guerre de Crimée, avant que la France et l’Angleterre n’interviennent directement contre la Russie. On ne voit ici ces puissances qu’au travers de leurs conseillers militaires/observateurs, dont le rôle est ici essentiellement narratif : par leur bouche sont présentés défauts et handicaps de la marine et de l’armée ottomanes (de toute façon l’issue de la bataille nous est donnée dès la première page, le reste étant une sorte de flash-back). La bataille en elle-même a ressemblé à un tir aux pigeons, les navires russes coulant une escadre ottomane en rade en très peu de temps. L’essentiel de l’album tient donc dans la préparation de ce désastre, la mise en place du contexte et des personnages principaux. Ça se laisse lire, sans être très emballant non plus. Aucun personnage charismatique, et une action faible, jusqu’au dernier tiers de l’album, Delitte étirant trop certains passages peu importants (comme ceux autour des officiers russes, chassés d’une forteresse, puis finalement embarqué sur leur flotte). Le dessin de Sandro fait le travail. Quelques menus défauts de proportions, mais il accompagne bien sinon le texte de Delitte. Comme à l’habitude, un petit dossier historique complète la lecture et situe assez bien le contexte (la principale importance de cette bataille vient du fait que c'est la dernière à opposer deux marines à voiles). Mais en le lisant, on s’aperçoit que plusieurs dialogues et commentaires du récit reprennent mot pour mot le texte de certains passages du dossier. J’avais déjà remarqué ça sur d’autres albums de la collection… Note réelle 2,5/5.