Dans son essai La Civilisation du poisson rouge, Bruno Patino dénonce et analyse ce qu'il appelle l'économie de l'attention, moteur central des grandes plateformes numériques et des GAFAM. Son constat est clair : nos usages sont encouragés, orientés et rendus addictifs par des interfaces conçues pour capter du temps de cerveau, au détriment de la concentration, du recul critique et du lien social.
C'est ce livre que Morgan Navarro adapte en bande dessinée afin d'en restituer l'essentiel, à travers une mise en scène graphique simple et efficace.
L'ouvrage explique comment les réseaux sociaux et les moteurs de recherche ont basculé d'une utopie de partage du savoir vers un capitalisme de l'attention, fondé sur la publicité ciblée, la récompense aléatoire et l'exploitation de nos biais cognitifs. Les mécanismes sont clairement exposés, accessibles, et le propos est sociologiquement pertinent. Le passage du livre à la bande dessinée ne se ressent pas vraiment, tant la narration reste fluide et aérée, portée par un narrateur sympathique qui se met en scène dans sa vie quotidienne.
Toutefois, l'ouvrage laisse un peu sur sa faim. Les thèmes abordés sont nombreux mais souvent survolés, et beaucoup d'analyses donnent une impression de déjà-vu. Les auteurs expliquent que les GAFAM utilisent les résultats d'études comportementales pour manipuler leurs utilisateurs, mais sans détailler suffisamment ces méthodes pour que les lecteurs puissent réellement les identifier et les repérer dans leurs usages. Les risques liés aux bulles informationnelles, aux biais de confirmation, à la radicalisation ou à l'affaiblissement du journalisme sont évoqués sans réel approfondissement ni véritable plus-value analytique.
J'ai également eu le sentiment que l'auteur faisait porter l'essentiel de la responsabilité sur les plateformes, sans interroger suffisamment le contexte social, culturel et technique qui a rendu ces usages possibles et désirables. On trouve par ailleurs de nombreuses citations de chercheurs, de sociologues et d'analyses scientifiques, mais assez peu de didactisme ou de pédagogie dans la structure narrative, ce qui fait qu'en tant que lecteur j'ai fini par un peu tout mélanger sans bien assimiler.
Quant aux propositions finales, qu'il s'agisse de solutions individuelles ou d'appels à une refondation plus humaniste du numérique, elles s'avèrent assez convenues et peu percutantes. J'ai refermé l'album sans révélation majeure, avec le sentiment que le titre est plus fort que le contenu.
En définitive, j'ai lu là l'adaptation d'un essai intéressant et bien écrit, utile pour poser un cadre et nommer des mécanismes, mais qui manque de profondeur et d'audace. Une lecture correcte, dont le titre et la couverture me laissaient sans doute attendre davantage, et qui ne m'a pas réellement appris grand-chose de nouveau. Il faut dire aussi que je travaille en partie dans ce milieu et que j'étais déjà bien conscient des aspects addictifs de ces applications et médias auxquels je ne suis pas particulièrement accro. Si je passe une grande partie de mon temps devant des écrans, c'est très rarement sur un smartphone.
Western en apparence très classique, la série installe d’abord un cadre familier : conquête de l’Ouest, violence coloniale, rapports de domination et marginalisation des populations indiennes. Cette entrée en matière respectueuse des codes sert surtout de socle à une lente dérive vers autre chose, plus trouble et plus intime. Progressivement émergent des thèmes plus subtils : identité sexuelle, désir interdit, ambiguïtés des relations humaines, doute permanent sur les intentions et les corps. Une dimension fantastique s’infiltre également, diffuse, jamais clairement balisée, contribuant à une atmosphère volontairement déstabilisante.
L’œuvre ne cherche à aucun moment la séduction. La ligne artistique est forte, assumée, d’une grande cohérence narrative et thématique. Cette maturité fait clairement sa singularité, mais elle a aussi un coût : l’accessibilité est limitée et le plaisir de lecture immédiat s’en trouve parfois amoindri. On sent une BD pensée pour être relue, presque analysée, afin d’en extraire toute la richesse symbolique. En lecture du dimanche, la qualité est indéniable, mais l’expérience reste exigeante et parfois frustrante.
Graphiquement, le dessin peut diviser. Subjectivement peu à mon goût, il demeure toutefois très maîtrisé : cohérent sur l’ensemble de l’album, expressif, et volontairement éloigné de l’imagerie western traditionnelle. Ce choix graphique renforce le décalage avec les codes du genre et annonce très tôt que le récit va s’en affranchir, au service d’une œuvre singulière, inconfortable mais profondément réfléchie.
Une BD douce et agréable, qui aborde l’amour tardif avec une vraie subtilité. Les personnages sont attachants, bien construits, et gagnent en épaisseur au fil des pages. On les comprend sans jamais forcer l’empathie, grâce à un récit simple qui privilégie les trajectoires humaines plutôt que les effets dramatiques.
Le scénario reste assez prévisible, mais ce n’est clairement pas là que se situe l’intérêt de l’album. L’essentiel est dans le chemin parcouru, les petits ajustements émotionnels, les silences et les moments de fragilité. La fin peut laisser sceptique, mais elle ne déséquilibre pas l’ensemble tant le propos repose davantage sur le vécu que sur la conclusion. Quelques touches de morale et de philosophie émergent naturellement, sans lourdeur ni démonstration appuyée.
Graphiquement, le dessin est très soigné et expressif. Le trait rond et doux accompagne parfaitement le ton du récit. Le travail sur les corps vieillissants est particulièrement juste : sans caricature ni clichés, avec une attention sincère portée aux postures, aux regards et au temps qui passe. Une BD qui fait du bien, modeste dans ses ambitions, mais pleinement efficace.
J'aurais aimé que cette série marche aussi bien que les Schtroumpfs : l'utopie en bleue, le bonheur, et avec Johan et Pirlouit, la vie des humains, avec ses oppressions ordinaires. Quand les lutins essaient d'imiter les humains, il n'y a plus de joie chez eux, mais le grand Schtroumpf rétablit la situation… Cependant, nos joyeux lurons n'imitent les humains que par le plaisir du jeu, de la découverte.
Eux… Ils ne sont pas confrontés à par exemple une augmentation de la population diminuant les ressources : un bébé Schtroumpf à nourrir, c'est facile ! Pas de récolte détruite sans possibilité de manger autre chose que des rats et des cadavres, de peste, d'invasions, pas de femme sauf la Schtroumpfette, or la femme, plus faible physiquement que l'homme en général, et arrachée à son groupe par le mariage, fait qu'un modèle d'inégalité est très vite apparu dans les mentalités, ce qui contribue à en rendre l'effacement bien problématique ….
Si nos amis n'ont pas gâché leurs chances, que de privilèges ! Rêver d'être eux est formidable, mais franchement, je ne vois pas comment. C'est peut-être moins le succès des joyeux compagnons que le fait qu'on ne veut pas être renvoyés à notre impossibilité d'être comme eux qui a effacé Johan et Pirlouit. Au contraire, dans la série des lutins bleu, on ne voit que peu les humains, et c'est toujours également le privilège de quelques humains d'élite, Johan et Pirlouit, l'enchanteur, pas le paysan du coin. Or j'approuve ce retrait du monde : pour vivre heureux, vivons caché….
Grande différence d'avec les réconciliation chez les lutins bleu. Voyons, mon album préféré, La source des dieux. Quels déveinards que les humains ! En plus de nos malchances habituelles, des paysans sont très faibles physiquement à cause de la malédiction d'une sorcière. Les Mollassons sont donc d'autant plus exploités par un tyran, sans nul espoir de révolte, car bien trop faibles pour se soulever.
Mais nos héros rétablissent la situation, et vengeurs, ne donnent pas de l'eau de la source des dieux guérisseuse au villageois traître assigné à travailler avec les anciens oppresseurs renversés. Les héros sont des héros, courageux et même altruistes, mais tout se paie et doit se payer pour diminuer les risques de récidives, qu'on se le dise ! Dans cette album, j'ai comme d'habitude adoré Pirlouit attendrissant le gardien de la source en caressant ses serpents et en plaidant pour les pauvres Mollasson, une scène qui reste dans ma mémoire !
Vive Peyo ! D'abord, je passe le chasse-neige : je crois qu'on fait de mauvais procès à Peyo. Avant, bien avant que le racisme n'existe, tout ce qui était sombre était connoté négativement, on avait de noirs desseins, le bien était la lumière, divine, la nuit attendait que l'aube la traverse. Or donc, nos lutins bleus, pourquoi bleu ? Probablement car devenue la couleur préférée de la majorité des Occidentaux, sont menacés par un sorcier vêtus de noir et des lutins noirs. Et maintenant, la lutin bleu ! Création du méchant sorcier, la Schtroumpfette a été introduite comme cheval de Troie chez les lutins bleu. Cela ne veut pas plus dire que les femmes sont mauvaises qu'on ne diabolise les canassons à cause de la ruse d'Ulysse ! Cependant, notre héroïne trouve sa place, admirée par tous les Schtroumpfs. Chez Peyo, ce n'est pas d'où on vient, qui compte, mais ce qu'on fait, ainsi, un sale gosse ressemblant quelque peu au méchant sorcier parvient à changer pour ne pas être comme lui et grâce à l'amitié de nos amis.
Le méchant sorcier est bien vu : il y a plein de gens qui projettent le mal qu'ils font aux autres sur leurs victimes et parlent de s'en venger. Son chat est loyal au sorcier et prédateur avec les Schtroumpfs, ces de son point de vue souris qu'il chasse avec son maître. Le village de nos héros est une utopie qui n'aurait pas mal tournée : pour moi, plus incroyable que la magie ! Si le sorcier ne tramait pas de complots, si le grand Schtroumpf ne s'absentait pas, il ne se passerait presque rien, à part les quelques travaux et jeux de nos lutins. Le Schtroumpf financier m'a fait sourire. J'ai beaucoup aimé aussi un album qui n'est pas de Peyo : Les Schtroumpfs et le livre qui dit tout, qui pouvait faire penser à Google à l'époque, et à présent, aux agents conversationnels. Je ne reprocherais qu'aux albums d'être vraiment inégaux et à nos lutins d'avoir fait de l'ombre à Johan et Pirlouit. Ce n'est pas le méchant sorcier mais eux qui pourraient se plaindre que les Schtroumpfs leur ont fait du tort.
L'héroïne n'a pas la classe de Yoko Tsuno, les dessins ne sont pas si beaux, les intrigues réussies. Mais enfin, c'est une bonne série, et l'une de celles qui a donné une place plus reluisante aux femmes que de faire-valoir. En fait, là, c'est le steward qui sert de faire-valoir… Aucun personnage, à ce que je me rappelle n'a d'ailleurs beaucoup de caractère dans l'équipage, si ceux rencontrés au cours de ses aventures sont intéressants, comme un dirigeant africain… Il y a beaucoup de tentatives d'humour, et quelques-unes font mouche.
Je suis bien content de voir qu'une vieille série de Mitsuru Adachi a enfin été adapté en français et j'espère que ça sera aussi le cas dans le futur avec les titres de cet auteur encore inédit en français. À noter que c'est une des deux séries de type shojos de l'auteur et que l'adaptation en anime a été diffusé en France il y a longtemps.
C'était la deuxième série longue d'Adachi et cela se voit un peu au début de la série. La narration manque un peu de rythme et la romance entre les deux personnages principaux semblent un peu forcée, mais heureusement cela devient vite très bon. On retrouve les éléments qui on fait le succès de l'auteur et qu'il perfectionnera par la suite: de la romance d'adolescents pleins de non-dit, de l'humour, du sport, des personnages humains.....En fait un des problèmes avec Mitsuru Adachi est que c'est le mangaka type qui ne sait pas trop renouveler durant sa carrière et du coup on dirait que ses séries se ressemblent un peu trop. Bon on est encore au début de sa carrière lorsqu'il révolutionnait le manga et qu'il n'était pas en mode pilote automatique alors l'œuvre contient beaucoup de qualités. Disons que si on connait l'œuvre de l'auteur, on est vraiment en terrain connu.
La série se divise en deux parties. La première partie peut se lire comme une longue historie oû le talent dramatique de l'auteur se révèle au fil des pages pour atteindre des sommets lors du match de qualification de baseball. La seconde partie est constituée d'histoires dont le ton est souvent humoristique avec quelques parties plus sérieuses. Le résultat est toujours bon, mais avec quelques défauts. La relation entre les deux personnages principaux fait du surplace (et pendant un moment Adachi semble oublier que l'héroïne est amoureux d'un autre garçon) ce qui donne l'impression qu'on tourne en rond. Et puis vient la fin. J'ai toujours trouvé que l'auteur avait des problèmes pour conclure une œuvre et ici ça doit être le pire exemple. La série s'arrête brutalement sans que rien ne soit vraiment aboutit.
J'ai surtout critiqué la série dans mon avis. Je précise que globalement je me suis amusé. Les gags fonctionnent bien (j'adore le petit ado que personne ne remarque) et il y a des moments qui m'ont émus. C'est surtout que je suis un gros fan d'Adachi et que je suis un peu exigeant avec lui. Disons qu'il y a des défauts qui feront en sorte que si c'est une bonne série, je ne la mets pas dans mes préférés de l'auteur.
N’ayant pas lu le roman original, je ne pourrai me prononcer sur la qualité de cette adaptation en elle-même. On est ici dans un récit d’aventures post-apocalyptique associé à une étude psychologique des personnages, notamment des parents, Pata et Madie, en proie à un terrible dilemme : pour survivre, il leur faudra laisser une partie de leur progéniture (9 enfants au total tout de même !) sur l’île minuscule où ils s’efforçaient de survivre, tout en se sachant condamnés à terme par l’inexorable montée des eaux. La seule issue, gagner d’hypothétiques terres émergées où ils pourraient commencer une nouvelle vie. Malheureusement, leur misérable barque ne peut contenir que 8 personnes ! Après une délibération difficile émaillée d’engueulades et de reproches, Madie se résout à accompagner son mari sur la barque en abandonnant trois de leurs enfants, Louie, Perrine, et Noé, l’objectif étant de revenir les récupérer une fois qu’ils auront rejoint la destination voulue.
Selon un double axe narratif, on suivra d’un côté la traversée de la « famille – 3 » à bord de leur coquille de noix sur un océan déchaîné, de l’autre on observera les trois gosses livrés à eux-mêmes, surpris de constater au petit matin que parents et fratrie sont partis sans eux.
Jusqu’à un certain point, l’histoire est plutôt bien menée et prenante, dans un mode survivaliste, avec son lot de drames et une bonne dose de mer déchaînée et de monstres des profondeurs, mais de la tendresse aussi. Ces trois petits gamins bien mignons et livrés à eux-mêmes sauront nous attendrir avec leurs propos naïfs qui prêtent à sourire. On pense à certains moments à « Sa majesté des mouches » (de façon plus soft, bien sûr), notamment avec l’irruption d’un naufragé à la mine patibulaire et aux intentions peu bienveillantes. Et pourtant, de façon étrange, l’impression globale au sortir de cette lecture s’avère mitigée. Est-ce dû aux ressorts scénaristiques assez peu crédibles ou à la minceur de l’intrigue ? Est-ce dû au mélange des genres, un mauvais dosage entre le spectaculaire et l’intimiste ? Ou encore au manque de contextualisation — on sait juste que le réchauffement climatique est la cause de cette montée des eaux, mais que celle-ci a en fait été déclenchée par l’effondrement d’un volcan (sic). La conclusion du récit, en forme de queue de poisson (on ne saurait mieux dire), n’arrange hélas rien à l’affaire…
Le dessin restera le point fort de cet album. Entre académisme bon teint et style personnel, Dominique Monféry recourt à un trait nerveux et expressif, associé à une belle maîtrise de l’aquarelle, le tout pouvant évoquer le travail d’un Guillaume Sorel. On aura néanmoins le droit d’être déconcerté devant l’aspect par trop minéral des vagues.
Le fait que « Juste après la vague » soit tagué par l’éditeur comme une BD adulte reste compréhensible, en raison de certaines scènes difficiles, mais hormis ces dernières, le livre semblerait plutôt cibler un public jeune. Malgré la noirceur de certains passages, le récit reste dominé par les bons sentiments saccharosés, sans véritable profondeur.
Je ne connaissais pas du tout cet auteur, qui apparemment a déjà publié une quinzaine de bandes dessinées. Quelque peu touche-à-tout, il a été directeur artistique chez différents éditeurs avant de fonder sa propre agence de pub spécialisée dans le divertissement. Auteur d’un blog (le Blog de Mae, personne de BD représentant sa fille âgée deux ans au début du blog), sa passion c’est la BD, et il est suivi par 200 000 fololos sur ses comptes facebook et instagram.
Voilà pour la bio, qui laisse à penser que Pacco est une personnalité active (pour ne pas dire hyperactive) et dynamique. Et avec cette BD, il semble avoir voulu faire profiter de son expérience à d’autres, une initiative après tout plutôt louable.
J’ai donc lu « Un plan infaillible », qu’on pourrait voir comme un ouvrage de développement personnel, tout en étant autobiographique. Pour moi, ça partait donc plutôt mal, obligé de constater (avec dépit) que la mode de ce type d’ouvrage n’est pas encore passée. Cela ne devrait pas tarder de toute façon, puisque l’intelligence artificielle est en train de s’imposer comme le nouveau gourou (virtuel) de notre ère technologique, ce qui risque de creuser lourdement le portefeuille des coachs en tout genre et n’est pas forcément plus réjouissant d’un point de vue philosophique, loin de là…
Indéniablement, Pacco dessine bien, et sa ligne claire élégante et dynamique prouve qu’il n’a rien d’un débutant. En même temps, on ne tombe pas à la renverse et on peut ne pas être fan de ce trait franco-belge déjà vu, qui s’inscrit plus dans la catégorie jeunesse. De la même façon, la mise en page reste dans les codes, sans fantaisie excessive, et on reste dans une bichromie bleu clair un rien monotone.
Quant à la narration, elle pêche par ses approximations et son côté brouillon, peut-être trop elliptique. J’avoue m’être forcé pour lire l’ouvrage jusqu’au bout. Le récit est assez répétitif et on a l’impression que le parcours de l’auteur se résume plus à des galères qu’à des réussites — même s’il y en a incontestablement puisqu’il évoque la création de son agence ou sa satisfaction au moment de publier son premier album. Mais malgré quelques bons conseils et ses « to-do » listes, on se demande un peu si le jeu en vaut la chandelle vu la charge mentale, avec gros stress et phases de déprime à la clé, que Pacco a dû supporter pour pouvoir « réaliser ses rêves ». Je suis donc loin d’être convaincu à titre personnel…
Mais après tout, il est fort possible que je ne sois pas la cible pour ce genre de lecture, j’ai même peut-être passé l’âge (largement !) pour être réceptif, ce qui me conforte dans mon jugement selon lequel « Un plan infaillible » s’adresse plutôt à un public adolescent ou « young adult », comme on dit dans les agences de pub…
Portugal... rencontre perdue, visite manquée... L'image de la couverture, le titre, tout est égarant. Pedrosa est un très bon dessinateur, mais le retour a ses racines n'a, peut-être, été bien orienté ou conseillé. L'album est ennuyeux au niveau du scénario, les personnages aussi et les dessins ne justifient ici le sacrifice de tout lire. C'est dommage quand même. Je conseille d'autres travaux de Pedrosa : Ring Circus, par exemple... et sur le Portugal et son histoire contemporaine, il y a quelques autres albums BD anciens et récents, excellents !
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
9 secondes - La Civilisation du poisson rouge
Dans son essai La Civilisation du poisson rouge, Bruno Patino dénonce et analyse ce qu'il appelle l'économie de l'attention, moteur central des grandes plateformes numériques et des GAFAM. Son constat est clair : nos usages sont encouragés, orientés et rendus addictifs par des interfaces conçues pour capter du temps de cerveau, au détriment de la concentration, du recul critique et du lien social. C'est ce livre que Morgan Navarro adapte en bande dessinée afin d'en restituer l'essentiel, à travers une mise en scène graphique simple et efficace. L'ouvrage explique comment les réseaux sociaux et les moteurs de recherche ont basculé d'une utopie de partage du savoir vers un capitalisme de l'attention, fondé sur la publicité ciblée, la récompense aléatoire et l'exploitation de nos biais cognitifs. Les mécanismes sont clairement exposés, accessibles, et le propos est sociologiquement pertinent. Le passage du livre à la bande dessinée ne se ressent pas vraiment, tant la narration reste fluide et aérée, portée par un narrateur sympathique qui se met en scène dans sa vie quotidienne. Toutefois, l'ouvrage laisse un peu sur sa faim. Les thèmes abordés sont nombreux mais souvent survolés, et beaucoup d'analyses donnent une impression de déjà-vu. Les auteurs expliquent que les GAFAM utilisent les résultats d'études comportementales pour manipuler leurs utilisateurs, mais sans détailler suffisamment ces méthodes pour que les lecteurs puissent réellement les identifier et les repérer dans leurs usages. Les risques liés aux bulles informationnelles, aux biais de confirmation, à la radicalisation ou à l'affaiblissement du journalisme sont évoqués sans réel approfondissement ni véritable plus-value analytique. J'ai également eu le sentiment que l'auteur faisait porter l'essentiel de la responsabilité sur les plateformes, sans interroger suffisamment le contexte social, culturel et technique qui a rendu ces usages possibles et désirables. On trouve par ailleurs de nombreuses citations de chercheurs, de sociologues et d'analyses scientifiques, mais assez peu de didactisme ou de pédagogie dans la structure narrative, ce qui fait qu'en tant que lecteur j'ai fini par un peu tout mélanger sans bien assimiler. Quant aux propositions finales, qu'il s'agisse de solutions individuelles ou d'appels à une refondation plus humaniste du numérique, elles s'avèrent assez convenues et peu percutantes. J'ai refermé l'album sans révélation majeure, avec le sentiment que le titre est plus fort que le contenu. En définitive, j'ai lu là l'adaptation d'un essai intéressant et bien écrit, utile pour poser un cadre et nommer des mécanismes, mais qui manque de profondeur et d'audace. Une lecture correcte, dont le titre et la couverture me laissaient sans doute attendre davantage, et qui ne m'a pas réellement appris grand-chose de nouveau. Il faut dire aussi que je travaille en partie dans ce milieu et que j'étais déjà bien conscient des aspects addictifs de ces applications et médias auxquels je ne suis pas particulièrement accro. Si je passe une grande partie de mon temps devant des écrans, c'est très rarement sur un smartphone.
L'Odeur des garçons affamés
Western en apparence très classique, la série installe d’abord un cadre familier : conquête de l’Ouest, violence coloniale, rapports de domination et marginalisation des populations indiennes. Cette entrée en matière respectueuse des codes sert surtout de socle à une lente dérive vers autre chose, plus trouble et plus intime. Progressivement émergent des thèmes plus subtils : identité sexuelle, désir interdit, ambiguïtés des relations humaines, doute permanent sur les intentions et les corps. Une dimension fantastique s’infiltre également, diffuse, jamais clairement balisée, contribuant à une atmosphère volontairement déstabilisante. L’œuvre ne cherche à aucun moment la séduction. La ligne artistique est forte, assumée, d’une grande cohérence narrative et thématique. Cette maturité fait clairement sa singularité, mais elle a aussi un coût : l’accessibilité est limitée et le plaisir de lecture immédiat s’en trouve parfois amoindri. On sent une BD pensée pour être relue, presque analysée, afin d’en extraire toute la richesse symbolique. En lecture du dimanche, la qualité est indéniable, mais l’expérience reste exigeante et parfois frustrante. Graphiquement, le dessin peut diviser. Subjectivement peu à mon goût, il demeure toutefois très maîtrisé : cohérent sur l’ensemble de l’album, expressif, et volontairement éloigné de l’imagerie western traditionnelle. Ce choix graphique renforce le décalage avec les codes du genre et annonce très tôt que le récit va s’en affranchir, au service d’une œuvre singulière, inconfortable mais profondément réfléchie.
L'Obsolescence programmée de nos sentiments
Une BD douce et agréable, qui aborde l’amour tardif avec une vraie subtilité. Les personnages sont attachants, bien construits, et gagnent en épaisseur au fil des pages. On les comprend sans jamais forcer l’empathie, grâce à un récit simple qui privilégie les trajectoires humaines plutôt que les effets dramatiques. Le scénario reste assez prévisible, mais ce n’est clairement pas là que se situe l’intérêt de l’album. L’essentiel est dans le chemin parcouru, les petits ajustements émotionnels, les silences et les moments de fragilité. La fin peut laisser sceptique, mais elle ne déséquilibre pas l’ensemble tant le propos repose davantage sur le vécu que sur la conclusion. Quelques touches de morale et de philosophie émergent naturellement, sans lourdeur ni démonstration appuyée. Graphiquement, le dessin est très soigné et expressif. Le trait rond et doux accompagne parfaitement le ton du récit. Le travail sur les corps vieillissants est particulièrement juste : sans caricature ni clichés, avec une attention sincère portée aux postures, aux regards et au temps qui passe. Une BD qui fait du bien, modeste dans ses ambitions, mais pleinement efficace.
Johan et Pirlouit
J'aurais aimé que cette série marche aussi bien que les Schtroumpfs : l'utopie en bleue, le bonheur, et avec Johan et Pirlouit, la vie des humains, avec ses oppressions ordinaires. Quand les lutins essaient d'imiter les humains, il n'y a plus de joie chez eux, mais le grand Schtroumpf rétablit la situation… Cependant, nos joyeux lurons n'imitent les humains que par le plaisir du jeu, de la découverte. Eux… Ils ne sont pas confrontés à par exemple une augmentation de la population diminuant les ressources : un bébé Schtroumpf à nourrir, c'est facile ! Pas de récolte détruite sans possibilité de manger autre chose que des rats et des cadavres, de peste, d'invasions, pas de femme sauf la Schtroumpfette, or la femme, plus faible physiquement que l'homme en général, et arrachée à son groupe par le mariage, fait qu'un modèle d'inégalité est très vite apparu dans les mentalités, ce qui contribue à en rendre l'effacement bien problématique …. Si nos amis n'ont pas gâché leurs chances, que de privilèges ! Rêver d'être eux est formidable, mais franchement, je ne vois pas comment. C'est peut-être moins le succès des joyeux compagnons que le fait qu'on ne veut pas être renvoyés à notre impossibilité d'être comme eux qui a effacé Johan et Pirlouit. Au contraire, dans la série des lutins bleu, on ne voit que peu les humains, et c'est toujours également le privilège de quelques humains d'élite, Johan et Pirlouit, l'enchanteur, pas le paysan du coin. Or j'approuve ce retrait du monde : pour vivre heureux, vivons caché…. Grande différence d'avec les réconciliation chez les lutins bleu. Voyons, mon album préféré, La source des dieux. Quels déveinards que les humains ! En plus de nos malchances habituelles, des paysans sont très faibles physiquement à cause de la malédiction d'une sorcière. Les Mollassons sont donc d'autant plus exploités par un tyran, sans nul espoir de révolte, car bien trop faibles pour se soulever. Mais nos héros rétablissent la situation, et vengeurs, ne donnent pas de l'eau de la source des dieux guérisseuse au villageois traître assigné à travailler avec les anciens oppresseurs renversés. Les héros sont des héros, courageux et même altruistes, mais tout se paie et doit se payer pour diminuer les risques de récidives, qu'on se le dise ! Dans cette album, j'ai comme d'habitude adoré Pirlouit attendrissant le gardien de la source en caressant ses serpents et en plaidant pour les pauvres Mollasson, une scène qui reste dans ma mémoire !
Les Schtroumpfs
Vive Peyo ! D'abord, je passe le chasse-neige : je crois qu'on fait de mauvais procès à Peyo. Avant, bien avant que le racisme n'existe, tout ce qui était sombre était connoté négativement, on avait de noirs desseins, le bien était la lumière, divine, la nuit attendait que l'aube la traverse. Or donc, nos lutins bleus, pourquoi bleu ? Probablement car devenue la couleur préférée de la majorité des Occidentaux, sont menacés par un sorcier vêtus de noir et des lutins noirs. Et maintenant, la lutin bleu ! Création du méchant sorcier, la Schtroumpfette a été introduite comme cheval de Troie chez les lutins bleu. Cela ne veut pas plus dire que les femmes sont mauvaises qu'on ne diabolise les canassons à cause de la ruse d'Ulysse ! Cependant, notre héroïne trouve sa place, admirée par tous les Schtroumpfs. Chez Peyo, ce n'est pas d'où on vient, qui compte, mais ce qu'on fait, ainsi, un sale gosse ressemblant quelque peu au méchant sorcier parvient à changer pour ne pas être comme lui et grâce à l'amitié de nos amis. Le méchant sorcier est bien vu : il y a plein de gens qui projettent le mal qu'ils font aux autres sur leurs victimes et parlent de s'en venger. Son chat est loyal au sorcier et prédateur avec les Schtroumpfs, ces de son point de vue souris qu'il chasse avec son maître. Le village de nos héros est une utopie qui n'aurait pas mal tournée : pour moi, plus incroyable que la magie ! Si le sorcier ne tramait pas de complots, si le grand Schtroumpf ne s'absentait pas, il ne se passerait presque rien, à part les quelques travaux et jeux de nos lutins. Le Schtroumpf financier m'a fait sourire. J'ai beaucoup aimé aussi un album qui n'est pas de Peyo : Les Schtroumpfs et le livre qui dit tout, qui pouvait faire penser à Google à l'époque, et à présent, aux agents conversationnels. Je ne reprocherais qu'aux albums d'être vraiment inégaux et à nos lutins d'avoir fait de l'ombre à Johan et Pirlouit. Ce n'est pas le méchant sorcier mais eux qui pourraient se plaindre que les Schtroumpfs leur ont fait du tort.
Natacha
L'héroïne n'a pas la classe de Yoko Tsuno, les dessins ne sont pas si beaux, les intrigues réussies. Mais enfin, c'est une bonne série, et l'une de celles qui a donné une place plus reluisante aux femmes que de faire-valoir. En fait, là, c'est le steward qui sert de faire-valoir… Aucun personnage, à ce que je me rappelle n'a d'ailleurs beaucoup de caractère dans l'équipage, si ceux rencontrés au cours de ses aventures sont intéressants, comme un dirigeant africain… Il y a beaucoup de tentatives d'humour, et quelques-unes font mouche.
Hiatari Ryôkô ! - Une vie nouvelle
Je suis bien content de voir qu'une vieille série de Mitsuru Adachi a enfin été adapté en français et j'espère que ça sera aussi le cas dans le futur avec les titres de cet auteur encore inédit en français. À noter que c'est une des deux séries de type shojos de l'auteur et que l'adaptation en anime a été diffusé en France il y a longtemps. C'était la deuxième série longue d'Adachi et cela se voit un peu au début de la série. La narration manque un peu de rythme et la romance entre les deux personnages principaux semblent un peu forcée, mais heureusement cela devient vite très bon. On retrouve les éléments qui on fait le succès de l'auteur et qu'il perfectionnera par la suite: de la romance d'adolescents pleins de non-dit, de l'humour, du sport, des personnages humains.....En fait un des problèmes avec Mitsuru Adachi est que c'est le mangaka type qui ne sait pas trop renouveler durant sa carrière et du coup on dirait que ses séries se ressemblent un peu trop. Bon on est encore au début de sa carrière lorsqu'il révolutionnait le manga et qu'il n'était pas en mode pilote automatique alors l'œuvre contient beaucoup de qualités. Disons que si on connait l'œuvre de l'auteur, on est vraiment en terrain connu. La série se divise en deux parties. La première partie peut se lire comme une longue historie oû le talent dramatique de l'auteur se révèle au fil des pages pour atteindre des sommets lors du match de qualification de baseball. La seconde partie est constituée d'histoires dont le ton est souvent humoristique avec quelques parties plus sérieuses. Le résultat est toujours bon, mais avec quelques défauts. La relation entre les deux personnages principaux fait du surplace (et pendant un moment Adachi semble oublier que l'héroïne est amoureux d'un autre garçon) ce qui donne l'impression qu'on tourne en rond. Et puis vient la fin. J'ai toujours trouvé que l'auteur avait des problèmes pour conclure une œuvre et ici ça doit être le pire exemple. La série s'arrête brutalement sans que rien ne soit vraiment aboutit. J'ai surtout critiqué la série dans mon avis. Je précise que globalement je me suis amusé. Les gags fonctionnent bien (j'adore le petit ado que personne ne remarque) et il y a des moments qui m'ont émus. C'est surtout que je suis un gros fan d'Adachi et que je suis un peu exigeant avec lui. Disons qu'il y a des défauts qui feront en sorte que si c'est une bonne série, je ne la mets pas dans mes préférés de l'auteur.
Juste après la vague
N’ayant pas lu le roman original, je ne pourrai me prononcer sur la qualité de cette adaptation en elle-même. On est ici dans un récit d’aventures post-apocalyptique associé à une étude psychologique des personnages, notamment des parents, Pata et Madie, en proie à un terrible dilemme : pour survivre, il leur faudra laisser une partie de leur progéniture (9 enfants au total tout de même !) sur l’île minuscule où ils s’efforçaient de survivre, tout en se sachant condamnés à terme par l’inexorable montée des eaux. La seule issue, gagner d’hypothétiques terres émergées où ils pourraient commencer une nouvelle vie. Malheureusement, leur misérable barque ne peut contenir que 8 personnes ! Après une délibération difficile émaillée d’engueulades et de reproches, Madie se résout à accompagner son mari sur la barque en abandonnant trois de leurs enfants, Louie, Perrine, et Noé, l’objectif étant de revenir les récupérer une fois qu’ils auront rejoint la destination voulue. Selon un double axe narratif, on suivra d’un côté la traversée de la « famille – 3 » à bord de leur coquille de noix sur un océan déchaîné, de l’autre on observera les trois gosses livrés à eux-mêmes, surpris de constater au petit matin que parents et fratrie sont partis sans eux. Jusqu’à un certain point, l’histoire est plutôt bien menée et prenante, dans un mode survivaliste, avec son lot de drames et une bonne dose de mer déchaînée et de monstres des profondeurs, mais de la tendresse aussi. Ces trois petits gamins bien mignons et livrés à eux-mêmes sauront nous attendrir avec leurs propos naïfs qui prêtent à sourire. On pense à certains moments à « Sa majesté des mouches » (de façon plus soft, bien sûr), notamment avec l’irruption d’un naufragé à la mine patibulaire et aux intentions peu bienveillantes. Et pourtant, de façon étrange, l’impression globale au sortir de cette lecture s’avère mitigée. Est-ce dû aux ressorts scénaristiques assez peu crédibles ou à la minceur de l’intrigue ? Est-ce dû au mélange des genres, un mauvais dosage entre le spectaculaire et l’intimiste ? Ou encore au manque de contextualisation — on sait juste que le réchauffement climatique est la cause de cette montée des eaux, mais que celle-ci a en fait été déclenchée par l’effondrement d’un volcan (sic). La conclusion du récit, en forme de queue de poisson (on ne saurait mieux dire), n’arrange hélas rien à l’affaire… Le dessin restera le point fort de cet album. Entre académisme bon teint et style personnel, Dominique Monféry recourt à un trait nerveux et expressif, associé à une belle maîtrise de l’aquarelle, le tout pouvant évoquer le travail d’un Guillaume Sorel. On aura néanmoins le droit d’être déconcerté devant l’aspect par trop minéral des vagues. Le fait que « Juste après la vague » soit tagué par l’éditeur comme une BD adulte reste compréhensible, en raison de certaines scènes difficiles, mais hormis ces dernières, le livre semblerait plutôt cibler un public jeune. Malgré la noirceur de certains passages, le récit reste dominé par les bons sentiments saccharosés, sans véritable profondeur.
Un plan infaillible - Comment j'ai réalisé mes plus grands rêves
Je ne connaissais pas du tout cet auteur, qui apparemment a déjà publié une quinzaine de bandes dessinées. Quelque peu touche-à-tout, il a été directeur artistique chez différents éditeurs avant de fonder sa propre agence de pub spécialisée dans le divertissement. Auteur d’un blog (le Blog de Mae, personne de BD représentant sa fille âgée deux ans au début du blog), sa passion c’est la BD, et il est suivi par 200 000 fololos sur ses comptes facebook et instagram. Voilà pour la bio, qui laisse à penser que Pacco est une personnalité active (pour ne pas dire hyperactive) et dynamique. Et avec cette BD, il semble avoir voulu faire profiter de son expérience à d’autres, une initiative après tout plutôt louable. J’ai donc lu « Un plan infaillible », qu’on pourrait voir comme un ouvrage de développement personnel, tout en étant autobiographique. Pour moi, ça partait donc plutôt mal, obligé de constater (avec dépit) que la mode de ce type d’ouvrage n’est pas encore passée. Cela ne devrait pas tarder de toute façon, puisque l’intelligence artificielle est en train de s’imposer comme le nouveau gourou (virtuel) de notre ère technologique, ce qui risque de creuser lourdement le portefeuille des coachs en tout genre et n’est pas forcément plus réjouissant d’un point de vue philosophique, loin de là… Indéniablement, Pacco dessine bien, et sa ligne claire élégante et dynamique prouve qu’il n’a rien d’un débutant. En même temps, on ne tombe pas à la renverse et on peut ne pas être fan de ce trait franco-belge déjà vu, qui s’inscrit plus dans la catégorie jeunesse. De la même façon, la mise en page reste dans les codes, sans fantaisie excessive, et on reste dans une bichromie bleu clair un rien monotone. Quant à la narration, elle pêche par ses approximations et son côté brouillon, peut-être trop elliptique. J’avoue m’être forcé pour lire l’ouvrage jusqu’au bout. Le récit est assez répétitif et on a l’impression que le parcours de l’auteur se résume plus à des galères qu’à des réussites — même s’il y en a incontestablement puisqu’il évoque la création de son agence ou sa satisfaction au moment de publier son premier album. Mais malgré quelques bons conseils et ses « to-do » listes, on se demande un peu si le jeu en vaut la chandelle vu la charge mentale, avec gros stress et phases de déprime à la clé, que Pacco a dû supporter pour pouvoir « réaliser ses rêves ». Je suis donc loin d’être convaincu à titre personnel… Mais après tout, il est fort possible que je ne sois pas la cible pour ce genre de lecture, j’ai même peut-être passé l’âge (largement !) pour être réceptif, ce qui me conforte dans mon jugement selon lequel « Un plan infaillible » s’adresse plutôt à un public adolescent ou « young adult », comme on dit dans les agences de pub…
Portugal
Portugal... rencontre perdue, visite manquée... L'image de la couverture, le titre, tout est égarant. Pedrosa est un très bon dessinateur, mais le retour a ses racines n'a, peut-être, été bien orienté ou conseillé. L'album est ennuyeux au niveau du scénario, les personnages aussi et les dessins ne justifient ici le sacrifice de tout lire. C'est dommage quand même. Je conseille d'autres travaux de Pedrosa : Ring Circus, par exemple... et sur le Portugal et son histoire contemporaine, il y a quelques autres albums BD anciens et récents, excellents !