Les derniers avis (27 avis)

Par Présence
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Première Dame
Première Dame

Avoir raison au mauvais moment, c’est avoir tort. - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2025. Il a été réalisé par Didier Tronchet pour le scénario, et par Jean-Philippe Peyraud pour les dessins et les couleurs. Il comprend deux cent soixante-dix pages de bande dessinée. Le président de la République française, Thierry Langlois, est en train de faire un déplacement dans une cité de banlieue. Il répond de manière informelle aux questions de quelques jeunes. Soudain, l’un d’eux l’interpelle par le surnom de Tity. Il se dirige vers lui en lui demandant ce qu’il veut. Un selfie ? L’adolescent lui fait un double doigt d’honneur, tout en l’informant que la jeunesse souhaite s’en prendre à son anus. Et il part en courant. Énervé, le président saute par-dessus la barrière et se met à courser le malpoli et son copain, avec sa sécurité qui essaye de le suivre, et les journalistes en remorque. Après une course-poursuite acharnée, le président finit par plaquer le jeune et lui coller une baffe. Les journalistes s’en donnent à cœur joie à la télévision : Cette séquence est proprement hallucinante ! On se croirait dans une cour d’école. C’est totalement inédit sous la Ve république. C’est un abaissement de la fonction présidentielle, on en est presque à un point de non-retour… Au palais de l’Élysée, dans une grande salle de réunion, le président éteint la télévision et demande leur avis aux ministres présents. Les réactions sont précautionneuses : C’est une bonne réaction, ça donne de la présidence une image virile et volontariste. Et aussi : Un chef de l’État courageux qui va au charbon, qui ne redoute pas le contact avec le public, les Français aiment ce genre de proximité. Ensuite : Et puis vous restaurez l’autorité de l’État dans ce que certains appellent les zones de non-droit. Et enfin : Et si je puis me permettre, monsieur le président, la France sportive appréciera cette course et ce placage dans les règles qui rappellent son passé de rugbyman. Le président remercie les ministres et les fait sortir de la salle. Puis il se tourne vers Armand Le Poix, le secrétaire général de l’Élysée, et ami de trente ans. Ce dernier répond à la question du président : Les deux, secrétaire général et ami, lui disent que cette une énorme bêtise. Si on frappe un enfant, on est perdant à tous les coups. Et à un an du renouvellement de son mandat, l’image qu’il renvoie est catastrophique. Celle d’un président incapable de maîtriser ses nerfs. Ils sont interrompus par un appel téléphonique : Thierry décroche, c’est Sophie son ex qui lui apprend qu’elle a un nouveau compagnon. En entendant le nom de l’homme en question, le président jette violemment son téléphone par terre et il se brise. Ailleurs, dans une salle de cinéma, l’actrice Victoria Coraly se voit décerner le marteau d’or de la meilleure actrice. Elle monte sur scène et elle entame son discours : Elle croit plus que jamais à un cinéma engagé dans la vraie vie, toute expression qui n’a pas pour champ d’action le monde ici et maintenant est un art mort. Tous les participants l’acclament : Crève le cinoche commercial ! Le texte de la quatrième couverture explique que pour rétablir son image le président a pour projet de choisir une nouvelle première dame. La séquence d’ouverture établit le ton du récit : une comédie dramatique, ou peut-être même une comédie tout court. Le président est un ancien rugbyman et il course un jeune impoli, peut-être même insolent, évoquant la réaction courroucée d’un vrai président. Un président qui va entretenir une relation avec actrice… Hummm ! Ah oui, comme John Fitzgerald Kennedy (1917-1963) & Marilyn Monroe (1926-1962, Norma Baker), même si le président dans le cadre de ce récit fait le parallèle entre JFK & Jackie Kennedy-Onassis (1929-1994, Jacqueline Lee Bouvier). Thierry Langlois apparaît tout de suite un peu dépassé, entre son tempérament parfois un peu impétueux, son ministre de l’Intérieur qui manigance et même complote pour le faire tomber, constamment rabaissé par sa mère Nadège Langlois, et manipulé plus ou moins ouvertement par son ami de trente ans Armand de Poix et par l’amant de celui-ci Xavier Fursac, grand communicant embauché par son compagnon pour s’occuper de l’image du président. De l’autre côté, une actrice tout aussi immédiatement sympathique, normale et gentiment militante pour un cinéma engagé, en particulier pour les sans-papiers. Le lecteur sent bien que la tonalité du récit sera plus légère que dramatique, focalisée sur le développement de la relation entre ces deux personnes que beaucoup de choses opposent. Conquis dès les premières pages, le lecteur se trouve emporté par la dynamique du récit, pas tant de savoir si le président et ses deux conseillers parviendront à rattraper son image médiatique, plutôt de savoir ce que peut générer l’interaction entre lui et l’actrice. Il sourit en voyant qu’elle se trouve acculée à accepter une proposition très scabreuse : littéralement le rôle de première dame, c’est-à-dire l’interpréter avec ses talents d’actrice. Pour autant les auteurs se tiennent à l’écart de toute forme de domination ou d’emprise au mieux malaisante, au pire sadique. L’artiste doit réaliser un nombre conséquent de pages, et il les fait dans un registre réaliste et descriptif, avec une forme de simplification appliquée de manière différenciée, et une touche d’exagération comique dans les expressions de visage et dans certains comportements et gestes relevant du langage corporel. En fonction du personnage, il peut très discrètement améliorer sa silhouette. La morphologie de joueur de rugby élancé pour le président. Celle fine, gracile et tendue de l’actrice. Celle plus rondouillarde et confortable de l’ami de trente ans avec une barbe improbable et une pipe au bec. Celle moqueuse du chargé de communication avec ses cheveux mi-longs et sa tenue décontractée. Ou encore les expressions perfides du ministre de l’Intérieur caractéristiques du rôle de traître. Sans oublier Valentin, le jeune garçon d’une demi-douzaine d’années, fils de Victoria Coraly. La course-poursuite en deux pages est formidable : un vrai spectacle, très rythmé, un authentique placage selon les règles, et une baffe pas tout à fait volée, enfin ça se discute, toujours est-il que le lecteur comprend parfaitement l’émotion qui a envahi le président. Puis il voit le téléphone se fracasser au sol après avoir été violemment jeté à terre : une narration impeccable, un emportement passager à nouveau tout à fait compréhensible, une petite touche d’exagération visuelle pour en faire passer l’intensité au lecteur. Ce moment humoristique fonctionne à la perfection, et il annonce les moments d’humeur à venir, tant par la maîtrise de la narration que par la justesse de la situation. Ces passages comiques renforcent encore l’empathie du lecteur pour les personnages : le comique de répétition avec les portables fracassés, la gifle retentissante assénée par Nadège Langlois qui estime son fils-là lui fait honte, incapable qu’il est de tenir sa femme ou de s’en faire respecter, ayant un poste moins important que son frère qui lui a une bonne place dans l’industrie, une femme sèche et méprisante très réussie. Ou encore le regard plein de haine de la Miss France qui regarde l’actrice en comprenant qu’elle vient de faire échouer son espoir de devenir la première dame. Sans oublier l’énergie enfantine de Valentin débordant de vie. Le lecteur se trouve vite captivé par les relations de ce duo improbable, oublieux des techniques utilisées par les auteurs, pour simplement savourer le plaisir de cette histoire divertissante et touchante. Il ressent bien la justesse du jeu des personnages et leur expressivité. Il note inconsciemment que les dessins se nourrissent de temps à autre d’images d’actualité, que ce soit le président filant dans les rues de Paris à scooter (comme un autre président bien réel), ou les forces de l’ordre intervenant pour démanteler un camp de personnes à la rue en éventrant leurs tentes, ou les chargeant alors qu’ils ont trouvé refuge dans une église. Il absorbe également les ambiances générées par les différentes palettes de couleurs en fonction des séquences et de leur nature, ressentant que le coloriste passe régulièrement en mode expressionniste, quittant le domaine réaliste. Il apprécie de s’immerger aussi bien dans les rues de Paris, qu’au milieu des ors de la République, ou encore dans le modeste appartement de Victoria Coraly, dans un café parisien, dans une limousine entourée de motards, dans une cabine de la grande roue, au musée des arts forains (les pavillons de Bercy, 53 avenue des Terroirs de France, dans le douzième arrondissement de Paris), en train de jouer au rugby sur une des pelouses de l’Élysée, et même au bord de l’océan en Bretagne. Dans le même temps, cette comédie romantique intègre des éléments de l’actualité et repose sur un enjeu très concret. Il est question de personnes à la rue, de sans-papiers vivant dans l’angoisse d’être arrêtés, de la nécessité pour le cinéma d’être engagé (c’est du moins la conviction de Victoria Coraly), de solitude au sommet du pouvoir, de communication politique (Ce choix de teasing authentifie l’information et verrouille le storytelling. Cette version doit écraser toutes les autres par sa charge affective positive… Pour le public, la vérité est toujours sentimentale.), de panier de crabes entre politiciens, chacun cherchant à mettre son adversaire politique en difficulté, à le discréditer, d’à quel point on se retrouve prisonnier de ses alliances, de récupération politique, et même de convictions politiques. De prime abord, Thierry Langlois semble peu crédible dans son poste de président. Lors d’une escapade dans une guinguette, il expose ses convictions à Victoria, et il apparaît fort conscient des limites de ses actions, et aussi de la nécessité de ses actions. Pour lui : La politique, c’est accepter le réel, accepter de soulever le capot et de mettre les mains dans le cambouis, là où ça se passe. Et d’essayer qu’on avance, tous ensemble si possible. Il continue en demandant ce qui se passe sans politique ? C’est l’anarchie ou la dictature ! Le chaos ou les généraux ? Des observations plus concrètes et pertinentes qu’une simple comédie. Enfin, les auteurs mettent en scène avec une certaine honnêteté la question de savoir si l’actrice pourra influer un peu ou pas du tout sur la politique gouvernementale. Une petite bluette sympathique et divertissante sur la dynamique de la jeune femme rebelle (y compris sur le plan politique) se retrouvant à l’Élysée, avec le risque de tomber sous le charme indéniable du président. Une narration visuelle remarquable en tout point, en particulier sur le rythme et sur la direction des acteurs, embarquant le lecteur du début à la fin, avec un sens impeccable de l’humour. Thierry Langlois et Victoria Coraly sont immédiatement sympathiques et attachants, leur relation évoluant tout en étant empêchée. Les auteurs savent également filer des questionnements réels dans la tapisserie de leur comédie, sans l’alourdir. Une réussite pétillante, drôle et touchante.

25/03/2026 (modifier)
Couverture de la série Porcelaine
Porcelaine

Une histoire qui commence comme un conte à la Dickens, puis qui bascule rapidement vers un univers fantastique/SF, tout en gardant en filigrane quelque chose de classique (le vieux milliardaire qui recueil une fille des rues et en fait son héritière). Chaque tome décrit l’évolution de l’univers, en suivant l’héroïne, d’abord enfant des rues, puis femme et mère, pour enfin être presque éjectée/rejetée par sa famille. Il y a des facilités, qu’il faut accepter. La quasi unité de lieu – comment sont ravitaillés les habitants de la tour, longtemps assiégés ? Mais aussi cette « fabrication » semble-t-il aisée de personnes mi-robots mi-golem – les « Porcelaines », et les pouvoirs que possède l’héroïne pour les commander. Mais cette histoire se laisse lire, avec une héroïne qui n’est pas monolithique et qui, voulant se maintenir à l’abri des conflits, et vivre simplement, va au contraire progressivement se trouver à faire des choix brutaux, existentiels, et devoir se comporter comme une cheffe de guerre, sacrifiant perdant successivement – au propre comme au figuré – ceux qu’elle aime ou a aimés. Le dessin est plutôt sympa, agréable à l’œil, fluide, avec une colorisation assez lumineuse (qui lisse quand même parfois un peu trop les détails). Mais les décors sont un peu escamotés, et j’ai été surpris par ces corps aux longues jambes.

24/03/2026 (modifier)
Par Gaston
Note: 3/5
Couverture de la série Le Puits
Le Puits

Premier album de cette nouvelle collection de Dargaud que je lis et qui semble s'adresser au public de young adult si je me fie aux fiches des séries de cette collection que j'ai aperçues sur BDTheque. Le dessin est dans le pur style que l'on retrouve dans les comics young adult depuis quelques années. Ce n'est pas un style que j'affectionne particulièrement, mais c'est lisible et ça fait le job. Pour ce qui est du scénario, c'est encore une fois une aventure qui met en vedette un personnage jeune (et ici c'est une fille) auquel le lectorat ado peut s'identifier et qui va subir une quête qui va lui faire comprendre plusieurs leçons de la vie. Ce n'est pas original comme trame narrative, mais son traitement l'est. L'héroïne va se retrouver obligée de faire en sorte que le vœu de trois personnes soient exaucé, et elle le fait sans magie, elle ne peut qu'utiliser son cerveau pour réussir. Le scénario est vraiment prenant pendant une bonne partie du récit... Malheureusement tout s'écroule lorsqu'on arrive au troisième vœu. Le scénario devient plus classique et conventionnel. Les dernières péripéties m'ont semblé précipitées, comme si les auteurs en avaient eu marre, et voulaient finir leur récit le plus rapidement possible. Bref, tout l'enthousiasme que j'ai ressenti a fini par disparaitre lorsque j'ai refermé l'album. Au final, c'est pas trop mal, mais je conseillerais surtout un emprunt.

24/03/2026 (modifier)
Couverture de la série Sangliers
Sangliers

Les deux précédents albums de Lisa Blumen – parus eux aussi chez L’Employé du moi – m’avaient fait découvrir une auteure originale. Plutôt sur des sujets SF ou proches, sortant des sentiers battus. Bref, un a priori favorable, qui m’a fait passer outre le sujet de cet album, qui traite de quelque chose que je ne connais pas vraiment, et pour lequel j’aurais de fortes préventions. Tout ce qui tourne autour du maquillage m’indiffère, et les « influenceurs » (influenceuses ici) – cette autre façon plus branchée – et plus hypocrite – de faire de la publicité sur internet et les réseaux sociaux me rebutent au plus haut point (je hais la publicité, et en plus je trouve que c’est une exaltation de l’insignifiance, du paraître débile. Une allergie intellectuelle donc de ma part. Nous suivons donc une jeune influenceuse, qui présente régulièrement à ses suiveurs sur le net une partie de sa vie privée, et les nombreux produits de maquillage qu’elle reçoit de la part de sociétés spécialisées. L’accumulation des « placements de produits » donne quelque chose de risible, comme l’est le formatage de « l’image idéale » des jeunes filles/femmes suivant ce genre de contenus. La seule chose qui m’ait un tant soit peu intéressé dans cette histoire, c’est quand on nous montre, au hasard de quelques rencontre entre l’influenceuse et les représentants des marques qui lui fournissent des échantillons, ou le directeur d’une agence qui l’emploie, comment notre influenceuse est en fait traitée comme une travailleuse « ordinaire » (loin du 2.0), c’est-à-dire maltraitée, subissant moult pressions. Autre moment intéressant, la façon dont les réseaux sociaux permettent à tous les névrosés de déballer leur violence, leurs idées masculinistes, leurs insultes gratuites et anonymes : notre influenceuse qui ne vit que pour et par le net et l’image qu’elle y véhicule, en découvre ainsi vers la fin les nombreuses zones d’ombre. Mais bon, si les autres albums de Blumen m’avaient toujours intéressé, celui-ci m’a laissé de côté. Et la fin, un peu brutale et ouverte, nous laisse dans l’expectative quant aux choix de l’héroïne. Je pense que ça n’est pas ma came.

24/03/2026 (modifier)
Par pol
Note: 3/5
Couverture de la série Jusqu'à la nuit tombée
Jusqu'à la nuit tombée

Jusqu'à la tombée de la nuit, un titre poétique pour un récit intime sur le deuil et la quête de réponses. David, un jeune homme à l'approche de la quarantaine, revient dans le village où enfant il passait toutes ses vacances d'été. Ce voyage fait remonter à la surface de joyeux souvenirs d'enfance, comme des rires et des jeux avec ses cousins. Ce village est surtout le lieu qui a vu disparaitre sa soeur il y a 25 ans. Ce voyage initiatique sur les lieux du drame est surtout motivé par le besoin de réponses : que s'est il passé cet été là ? On suit un homme perdu qui erre dans le village et aux alentours à la recherche d'un déclic. Tantôt en se remémorant les souvenirs de cet été tragique, à la recherche d'une piste. Tantôt en s'interrogeant sur les conséquences de ce traumatisme sur l'homme qui l'est devenu et le lien entre ce drame et les blessures qui le troublent actuellement. Cette dualité est bien exploitée, les doutes et le mal être de David se ressentent bien. Coté dessin, on sent quelques défauts de jeunesse. Des perspectives un peu ratées au début et un trait qui manque globalement d'assurance. Cela dessert un peu le récit qui y perd pas mal de son potentiel dramatique. On est sur un terrain déjà pas mal exploré en BD, celui du drame intime et du deuil, l'histoire a quelques atouts mais au final il manque un petit quelque chose pour sortir du lot des romans graphiques traitant d'un sujet similaire.

24/03/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 2/5
Couverture de la série Apocalypse
Apocalypse

Dans un monde post-apocalyptique, l'humanité survit tant bien que mal face à des créatures monstrueuses au service de ténébreux vampires. Païli, une super guerrière humaine dont on ignore l'origine des pouvoirs, est appelée à jouer un rôle clé dans un conflit qui la dépasse. D'un point de vue purement technique, le travail graphique est indéniable. Le rendu est très réaliste, limite surréaliste, avec une maîtrise certaine de la couleur et de la lumière. Mais, outre son aspect figé comme une photo, ce style a un aspect très kitsch, évoquant ces vieilles illustrations de Métal Hurlant réalisées à l'aérographe, avec leurs excès, leur emphase et leur goût du spectaculaire daté. Cette impression se retrouve d'ailleurs dans tout le reste. La mise en scène, les antagonistes, certaines situations et même les dialogues flirtent régulièrement avec ce côté désuet et kitsch, parfois involontairement caricatural. L'ambiance gothique, les effets appuyés, les poses dramatiques et les symboles accumulés finissent par donner au récit un ton excessif qui peut autant fasciner que faire lever les yeux au ciel. Moi j'ai carrément soupiré. Pourtant, malgré ces réserves, l'intrigue fonctionne suffisamment pour éveiller la curiosité. Le monde posé, les mystères esquissés et les relations entre les personnages donnent envie de voir où tout cela va mener. Malheureusement, la série ayant été abandonnée, tout restera à jamais en suspens. Difficile dès lors de recommander une lecture qui, malgré une curiosité réelle et quelques qualités évidentes, ne mènera nulle part et laissera le lecteur sans réponse.

24/03/2026 (modifier)
Couverture de la série Love Bullet
Love Bullet

Keuwa ?! Love Bullet est arrivé dans nos vertes contrées ?! Et la traduction est de très bonne facture ?! Incroyable mais vrai et je me devais de l'acheter ! Love Bullet c'était à la base un one-shot tout à fait charmant qui avait fait parler de lui sur internet et qui avait finalement réussi à obtenir une sérialisation. Je l'avais découvert dès la sortie du oneshot, comme beaucoup j'étais tombée sous le charme de l'idée et cela me fait donc plaisir de voir que l'œuvre pourra désormais toucher un public encore un peu plus large. La base est simple mais bourrée de potentiel : et si les âmes des jeunes gens morts avant d'avoir pu connaître l'amour se voyaient offrir le droit de servir la déesse de l'Amour en personne. Comment sert-on la déesse de l'Amour ? En tirant des balles de calibre 12 dans la tête des amoureux transis en devenir, pardi ! Grenades, fusil de sniper, armes de poings en tout genre, les cupidons de cette histoire sont de véritables Rambo, des "one-man army" (ou plutôt "one-girl army" dans le cas présent), des machines de guerre armées jusqu'aux dents pour réussir leur mission. "Pourquoi tirer sur des gens" vous entends-je dire ? Mais parce que les arcs c'est désuet ! Vous avez idée du nombre de personnes que l'on pourrait faire tomber (amoureuses) avec des moyens modernes comparé aux armes d'antan ? Surtout quand on nous promet une récompense aussi alléchante qu'une résurrection et la possibilité d'enfin connaître l'amour soi-même une fois que l'on aura pu permettre à suffisamment de couples de naître, alors on enfile son gilet pare-balle, on se renseigne sur ses cibles et on se prépare à chasser sa prime karmique, nom de nom ! On suit Koharu, nouvelle cupidon fraîchement réincarnée, entremetteuse de talent de son vivant et toujours aussi empathique, qui va devoir apprendre les ficelles du métier avec ses trois mentors : Kanna, une feignante au grand cœur, Ena, une professionnelle pure et dure, et enfin Chiyo… une bastonneuse dans l'âme qui préfère clairement casser la gueule à ses camarades cupidons plutôt que de faire son boulot ! Ce qui marche beaucoup dans cette histoire, c'est le mélange loufoque de la prémisse et la forme parfaitement sérieuse de son exécution, qui à aucun moment ne se gênent l'une l'autre. Mieux : le sérieux des cupidons et de leur mission appuie le décalage comique. Et même au-delà du comique, c'est une série loufoque qui se permet d'être touchante, de traiter avec rigueur son sujet principal, qui est celui de l'amour et des relations entre les individu-e-s. Non, vraiment, sans pour autant vous faire miroiter un chef d'œuvre insoupçonné, je le redis : Love Bullet est une série tout à fait charmante, un petit délire qui n'oublie pas d'être de qualité, une ode à l'amour explosif (entre individus comme envers les armes et les situations de guéguerre, ne nous voilons pas la face). Allez, un p'tit coup de cœur, c'est de circonstance !

24/03/2026 (modifier)
Par Cleck
Note: 3/5
Couverture de la série Knight club
Knight club

BD dont j'espérais bien davantage. Une telle unanimité critique était parvenue à mettre en sourdine ma fâcheuse tendance à relativiser et restreindre mon horizon d'attente. Tout commençait fort bien, et la gourmandise annoncée m'apparaissait en effet bien appétissante : une mise en page très cinématographique mettant en valeur une originalité de traitement du texte et déjà un humour ironiquement ravageur dès les toutes premières pages. Et puis... tout s'étiola à mesure que la BD empruntait le chemin par trop balisé du shonen d'action. Moi qui viens de publier la critique de Silent Jenny, je me surprends à faire la fine bouche sur une BD au positionnement exactement inversé : tout ici n'est que divertissement, sans finesse ni richesse, est vu et déjà vu, et malheureusement pas aussi bien agencé qu'espéré. L'habileté n'aura finalement été présente qu'en de rares occasions, l'humour aussi, les extravagances formalistes également. Attendons le tome 2 pour déterminer ce qu'il en sera véritablement, mais en l'état, je viens à regrets nuancer les avis très positifs ici postés.

24/03/2026 (modifier)
Par Cleck
Note: 3/5
Couverture de la série Silent Jenny
Silent Jenny

Comme souvent, les romans graphiques de Mathieu Bablet ne se laissent pas aisément apprivoiser. Il cultive une forme de SF ambitieuse, volontiers vertigineuse dans sa manière de développer (voire d'affronter) ses thématiques, mais c'est généralement pessimiste, sinon glauque et quelque peu fastidieux à lire. Les amples paginations, les teintes fades des couleurs, les illustrations au trait extrêmement fin dépourvu de dynamisme n'aident pas à l'émergence du plaisir de lire. Mais inversement, cela ajoute de la cohérence à l'ensemble, indirectement de la profondeur à ses récits. J'espérais que cette BD-ci, via la thématique de la biodiversité, de l'espoir habitant les initiatives des personnages, de ce voyage dans l'infiniment petit, parviendrait à limiter les "défauts" de cet auteur, qu'il pourrait trouver-là matière à satisfaire le fan hardcore de SF et le public moins familier des dystopies, soucieux d'y trouver une richesse de récit passionnante, mais aussi divertissante. Malheureusement, toutes les thématiques sociétales et écologiques de son récit, ainsi que l'aspect véritablement ludique des voyages dans le "millimonde" sont peu développés, au profit d'un univers laissé volontairement mystérieux, de personnages renfermés sur leurs motivations essentialistes, d'une aventure empêtrée dans l'ombre d'un monde gagné par le nihilisme. La conclusion renforce le nihilisme initial, sans chercher à dramatiser l'abattement de certains personnages : le constat désabusé l'emporte, l'ironie dépourvue de mordant s'invite et la BD se referme avec le sentiment d'avoir été plongé dans un univers d'une richesse davantage supposée que constatée, d'un auteur jusqu'au-boutiste ayant refusé toutes les facilités s'offrant à lui. Saluons l'intégrité, l’intransigeance, en ces heures de compromissions et de duperies généralisées, l'on ne saurait maugréer sur de telles qualités !

24/03/2026 (modifier)
Couverture de la série Le Visage du Créateur
Le Visage du Créateur

Le 28 janvier 1986, la navette Challenger explose en plein vol, quelques secondes après son décollage, en direct sur les télévisions du monde entier. LF. Bollée & C. Spadoni nous invitent à passer un moment en compagnie des sept astronautes disparus à bord, dont deux femmes et deux civils. Voici leur histoire. Le journaliste Laurent-Frédéric Bollée s'est fait un nom dans l'univers de la BD avec l'album magistral, La bombe (Glénat 2020) et l'épopée de la première bombe atomique. Après l'explosion de Hiroshima, le visage du créateur raconte lui aussi une histoire dont chacun connait parfaitement le sinistre dénouement : le 28 janvier 1986 la navette spatiale Challenger se désintègre en direct, quelques secondes après son décollage de Cap Canaveral. On peut reprendre les mots de LF. Bollée lui-même : « C'est une idée reçue de croire que, parce qu'on connait la fin d'une histoire, celle-ci sera moins passionnante à découvrir ». Le dessinateur Cristiano Spadoni est connu pour avoir travaillé sur les costumes du film Marie-Antoinette (celui de Sofia Coppola) mais c'est aussi un complice de longue date de LF. Bollée. Quant au titre de l'album, il est tiré du discours de Ronald Reagan, prononcé à la tv quelques heures après l'explosion de la navette : « Nous ne les oublierons jamais, eux qui ce matin se préparaient à s'envoler et rompre leur lien difficile avec la Terre pour toucher le visage du Créateur. » Des mots empruntés à un poème d'un pilote américain, John Gillepsie Magee Jr. Après le succès du programme Apollo vers la Lune, l'intérêt du public est en baisse et la Nasa cherche à redorer son blason (et regonfler ses subventions) : d'où les navettes, la première est même baptisée Enterprise, l'embauche à la communication de Nichelle Nichols (actrice black de Star Trek) et le recrutement de civils dont une professeure, Christa McAuliffe, qui doit donner un cours depuis l'espace. « Envoyer deux civils dans l'espace, dont une femme, est l'opération de communication la plus importante de la NASA depuis ces dix dernières années ». La pression politique et médiatique est énorme et les difficultés techniques balayées rapidement. Trop rapidement. Cet album revient sur les tout débuts de la genèse de ce vol et lance le compte-à-rebours ... plus de dix-huit ans avant la désintégration. Un décompte qui va rythmer les chapitres jusqu'au 28 janvier 86. ? LF. Bollée et son dessinateur C. Spadoni ont choisi de retracer toute l'histoire de ce vol, ses motivations, son recrutement, ses difficultés et sa longue préparation. Les auteurs ont choisi d'en faire un véritable hommage aux sept astronautes disparus dans la catastrophe. Cet angle d'approche souligne le côté humain de ces conquérants de l'espace avec, pour la première fois, la présence de "civils" à bord de la navette. Les dernières secondes du compte-à-rebours (10, 9, 8, ...) qui se reflètent dans chacun des visages présents ce jour-là à Cap Canaveral, est une planche particulièrement émouvante. ? Mais LF. Bollée est un journaliste réputé pour son sérieux documentaire : l'émotion est peut-être celle du lecteur mais le scénario, lui, ne romance pas, ne mélodramatise pas, et ne retrace que des faits. Même la petite surprise finale des toutes dernières pages n'est pas de fiction. Ou si peu. ? On s'attendait peut-être à des couleurs rutilantes pour cette épopée spatiale mais on ne sera pas déçu par ce noir et blanc (encore un très beau noir et blanc) et un dessin d'apparence très simplifié, entre croquis pris sur le vif et story-board, qui vient donner un petit côté journalistique à cette enquête. ? Cette lecture est vraiment édifiante, notamment dans les implications politiques ou symboliques de ce vol Challenger : l'actrice Nichelle Nichols de Star Trek fut, en 1968, la première femme noire à embrasser un acteur blanc à la télévision (le capitaine Kirk interprété par William Shatner) l'enseignante Christa McAuliffe fut recrutée par la NASA (et Nichelle Nichols) dans le cadre du programme "teacher in space" lancé par Ronald Reagan pour assurer la promotion de l'enseignement des sciences Mais c'est aussi une lecture éclairante sur les origines techniques, politiques et financières de cette catastrophe. Pour éviter de gâcher le plaisir de la lecture (même si tout est déjà écrit sur le web ou dans le rapport de la commission d'enquête Rogers), disons simplement que c'est une histoire affligeante qui laissera certainement le lecteur sans voix. ? Quelques jours après cette lecture, on se surprend à repenser à ces femmes et ces hommes, on se revoit assis à discuter avec eux pendant de longs moments et là on se dit que Bollée et Spadoni ont bien réussi leur coup.

24/03/2026 (modifier)