Le bandit, la belle, le nain et la chèvre ! Voilà les quatre chapitres et les ingrédients de ce western léger qui emprunte clairement au Bon, la Brute et le Truand pour livrer un divertissement frais, aussi musclé que plein d'humour. Il s'agit d'une chasse au trésor réunissant une galerie de personnages truculents : un criminel à la gouaille facile mais qui n'aime pas les bêtes, une redoutable chasseuse de primes et son terrible chien, et enfin un petit magouilleur (au sens propre comme au figuré) et sa chèvre de compagnie, le tout sur fond de frontière mexicaine et de troupes de Benito Juarez.
C'est le genre de lecture très plaisante qui ravira aussi bien les amateurs de western que ceux de personnages hauts en couleur, dotés d'une vraie personnalité et dont les interactions donnent envie d'aller plus loin. La structure en quatre chapitres permet à la fois de développer une intrigue principale assez dense et de faire exister plusieurs sous-intrigues successives au fil du récit. Le dessin participe pleinement à ce ton léger, avec des accents parfois proches du cartoon qui rappellent qu'il s'agit avant tout d'un pur divertissement, tout en conservant un socle réaliste, notamment dans les décors. L'humour est omniprésent sans jamais écraser l'aventure, et l'on se laisse facilement embarquer par l'envie de savoir où tout cela mène et si le fameux trésor sera bien au rendez-vous.
La conclusion laisse en revanche une impression plus mitigée. Le dernier chapitre se montre à la fois un peu confus et plus invraisemblable que le reste de l'album. Les événements s'enchainent trop facilement, certains retournements paraissent téléphonés, et l'ensemble perd en crédibilité, ce qui affaiblit l'impact de la fin. Le duo de Japonais introduit à ce moment-là manque également de profondeur et peine à trouver sa place, ce qui n'aide pas à renforcer l'intérêt de ce segment final.
C'est d'autant plus dommage que les trois premiers chapitres fonctionnent très bien et que l'on s'attache réellement aux personnages. Le dernier acte donne le sentiment que ceux-ci s'effacent un peu au profit d'un twist final pas totalement convaincant, comme si leurs aspérités étaient lissées pour faire avancer une conclusion un peu bancale. On ne parle pas d'une fin ratée, mais d'une conclusion en deçà des promesses initiales, laissant une légère frustration au moment de refermer l'album.
Cela reste malgré tout une lecture très agréable, ponctuée de sourires et portée par une vraie envie de suivre l'intrigue et les interactions entre ces protagonistes attachants et amusants. Un western sympathique, souvent très réussi, et pas loin d'être franchement bien.
Note : 3,5/5
Certains albums ne s’annoncent pas, ils s’imposent. Celui-ci fait partie de ces œuvres que l’on découvre presque par accident et qui, dès les premières pages, créent une forme d’évidence. Tout commence par une image saisissante, une scène ample et puissante, qui capte immédiatement l’attention et donne envie d’aller plus loin.
Une liberté rare, perceptible à chaque étape de la lecture. Le récit ne cherche jamais à suivre une recette ou à cocher des cases. Il avance avec assurance, prend des risques, assume ses partis pris et construit un univers dense, cohérent, parfois déroutant, toujours sincère. Cette approche donne au scénario une personnalité forte, loin des schémas narratifs trop souvent recyclés.
Visuellement, l’album impressionne par son ambition. Le dessin ne se contente pas d’illustrer le récit : il le porte, l’enrichit, le rend crédible. Les décors, les personnages, les scènes d’action comme les moments plus calmes participent à une immersion totale. Chaque plan semble pensé pour servir l’atmosphère et renforcer la sensation de monde vivant.
Au final, Le Coup du Maître s’impose comme une œuvre singulière, exigeante et généreuse, qui démontre que la bande dessinée sur le jeu de rôle peut encore surprendre en dehors des sentiers balisés. Un album marquant, qui laisse une vraie empreinte une fois refermé.
Gros coup de cœur. Le scénario avance avec une limpidité remarquable : il ne cherche pas l’effet de surprise artificiel mais construit, pas à pas, une trajectoire dont l’issue paraît inéluctable. Cette progression maîtrisée donne au récit une tension constante, presque fataliste, qui renforce son impact. Le conte se déploie dans un univers crédible, mêlant lieux et noms inventés mais immédiatement lisibles, créant un miroir troublant avec notre réalité sans jamais tomber dans la démonstration appuyée.
Les personnages sont le cœur du livre : profondément humains, complexes, crédibles dans leurs contradictions et leurs dérives. Leur évolution, dans un contexte sombre et radicalisé, est décrite avec une justesse rare. La noirceur du propos n’est jamais gratuite ; elle s’inscrit dans un monde cohérent, dur, mais sans morale surlignée. Tout paraît à sa place, ce qui rend l’ensemble d’autant plus marquant.
Graphiquement, l’album impressionne. Le noir et blanc puissant, proche du fusain, alterne avec intelligence entre douceur et violence, accompagnant parfaitement les états émotionnels du récit. L’usage ponctuel de la couleur pour la musique est une idée brillante, à la fois discrète et signifiante. La cohérence visuelle est totale, jusque dans la conception des pages et l’identité graphique globale de l’ouvrage.
Encore l'adaptation d'un roman que je ne connaissais pas et le résultat est pas mal.. On ne voit pas du tout que c'est tiré d'un roman, il y a pas de textes inutiles et on a bien compris que la BD est un art visuel. Il faut dire aussi que le dessinateur et coscénariste de l'adaptation a de l'expérience dans le métier.
Le dessin de Kerascoët est toujours aussi agréable à l'œil et va très bien pour ce type d'histoire. C'est un conte remplit de bons mots, le genre d'album parfait pour un jeune qui a une bonne connaissance de la langue française. J'ai trouvé la lecture agréable, mais avec quelques défauts. Si l'héroïne est terriblement attachante, c'est moins le cas des autres personnages qui m'ont semblé trop réduit à un trait de caractère pour être intéressant. Cela n'est pas trop dérangé vu que c'est un conte et que dans ce type de récit les personnages sont souvent stéréotypée à l'extrême, mais cela a tout de même contribué à ce que je ne trouve pas le récit extraordinaire. Un autre défaut est que je trouve que toute la partie où l'héroïne est un demoiselle finit par trainer un peu longueur.
Cela reste un bon album, mais je la mets pas dans mes lectures indispensables.
Sa Majesté des Mouches, ou comment une bande de gamins naufragés sur une île déserte finit par faire émerger le pire de la société humaine et de ses instincts les plus bas.
Malgré son nombre conséquent de pages, cette adaptation en BD se lit très bien, grâce à une mise en page aérée et un rythme maîtrisé, proche d'un récit d'aventure ponctué de quelques moments plus contemplatifs. Le dessin est efficace et expressif, soutenu par un travail de couleurs convaincant. Les enfants sont facilement identifiables et la mise en scène reste très lisible, ce qui permet de se laisser pleinement porter par l'histoire (en dehors du passage volontairement flou des hallucinations de Simon).
Ayant déjà lu et apprécié le roman, j'en connaissais le déroulé, même si certains détails m'étaient sortis de la tête. Cette relecture sous forme graphique m'a permis de mieux en saisir la finesse du propos et la construction progressive de son drame. Les personnages sont solidement campés, chacun trouvant sa place et sa fonction dans le récit. Bien qu'il s'agisse de l'adaptation d'un classique des années 1950, le propos demeure intemporel, et cette version se révèle fraiche, moderne et prenante, comme un excellent récit d'aventure.
Pour faire simple, il s'agit de l'adaptation pleinement réussie d'une œuvre à la fois intelligente et dure, qui mérite largement d'être lue.
Corrosif, drôle et tendre !
On va suivre la routine de la famille Hopkins : Mark, Claire et leurs deux enfants. Et le moins que l'on puisse dire c'est que l'on est très loin de la famille idyllique. Claire est dépressive, elle reste cloîtrer à la maison à vider des bouteilles de vin tout en étant odieuse avec son mari et ses enfants (sauf lorsqu'elle a besoin d'être ravitaillée en pinard ou clopes). Le climat familial est pesant. La famille est sur le bord de l'implosion.
Une narration construite sur une succession de strips, mais ceux-ci forment un tout, une histoire complète. Le ton employé peut être caustique, dur, tendre ou drôle, il fait toujours mouche.
Arrivé au tiers du bouquin j'ai eu un peur que ce soit long et répétitif. Et ben non, tout d'un coup, patatras, le récit bifurque sur d'autres rails, une voie parallèle (ce mot n'est pas choisi au hasard) qui prend une direction inattendue, mais qui curieusement amènera Claire et Mark à la même destination. Et c'est vraiment cela qui donne tout le piquant à cette histoire pas comme les autres. Tu seras un peu désarçonné au départ, mais tout va prendre sens au fil des pages.
Un comics qui brasse de nombreux thèmes et principalement les relations avec nos congénères sous la forme d'une chronique sociale, tant dans la sphère privée que dans celle du domaine professionnel. Et pour le coup Paul B. Rainey ne plante pas ses flèches à côté de ses cibles. L'actualité internationale n'est pas oubliée.
Un dessin qui ne m'attire pas au premier regard. Un trait simple qui croque avec justesse tout ce petit monde. Il va à l'essentiel tout en restant expressif et minutieux dans les détails lorsque cela est nécessaire.
Une mise en page classique avec de nombreuses vignettes par planche, mais la science des cadrages compense ce manque d'originalité.
J'ai aimé le choix du format à l'italienne.
Du bon boulot.
Un comics à découvrir, mais le mieux est d'en savoir le moins possible sur son contenu.
Un très bon 4 étoiles.
Un album collectif sur le thème du rapport à la bouffe, composé tantôt d'anecdotes personnelles, tantôt de réflexions sur la société, tantôt de sujets plus fictionnels, voire d’un petit conte pour la fin.
Réalisés par des auteurs québécois, j'ai trouvé que les dessins de chaque histoire étaient réussis, chacun dans son style bien distinct. Il n'y a que la dernière, le fameux petit conte, que j'ai trouvée trop simplement dessinée et faible en termes de couleurs. Toutes les autres histoires montrent un vrai talent, que j'ai apprécié.
Par contre, les scénarios sont beaucoup trop anecdotiques. Les tentatives d'humour tombent à plat, les sujets personnels manquent d'intérêt (et les multiples références québécoises ne parlent pas forcément à un lecteur français) et les fictions laissent indifférent. On a l'impression que le thème n'a pas vraiment inspiré les auteurs, qui se sont contentés de livrer leur copie en respectant le sujet, sans avoir grand-chose à raconter.
Je me suis bien ennuyé.
Un manga ambitieux et étonnant. Une lecture prenante.
Étonnant comme manga, en effet. Déjà avec ce très grand format inhabituel pour le genre, et un dessin au trait fin et pur qui, mis à part certains visages (surtout dans le second tome d’ailleurs), s’écarte du style manga main stream pour se rapprocher de styles plus occidentaux. Finalement, il n’y a que le sens de lecture qui le rattache clairement au manga.
Si je reste sur le dessin, il est vraiment très bon, très beau, avec de belles planches dans l’espace, des vaisseaux bien restitués. Même si les personnages sont classiques et finalement peu détaillés, et si les décors sont souvent escamotés au profit de fonds blancs. J’ai été moins convaincu par les quelques passages en couleurs (les couleurs elles-mêmes ne m’ayant pas plu). Le résultat reste quand même très agréable. Il m’a fait penser à « L’odyssée de l’espace – une histoire de la conquête spatiale » pour le rendu (et en partie la thématique).
Mais, plus qu’une histoire de la conquête spatiale, axée donc sur le passé, c’est une vision SF (mais bourrée de références scientifiques) de ce que pourrait être le futur spatial, avec une forte influence de « 2001 l’odyssée de l’espace », revendiquée dans le titre, nombre d’images, et la postface de l’auteur.
Avec quelques personnages comme fil rouge, nous suivons ainsi, sur plusieurs siècles, et dans l’espace quasi infini, l’humanité aux prises avec les limites de la connaissance.
De nombreuses citations, bibliques, scientifiques, rendent certains passages assez ardus, tandis que nombre d’autres passages sont quasi muets. Un peu inégal, mais globalement intéressant, voire captivant, le récit se laisse lire agréablement.
En effet, les avancées scientifiques, la « conquête/découverte » spatiale permettent aussi en creux, au gré de dialogues ou de péripéties divers, d’évoquer plusieurs sujets : exploitation de l’espace (et les inévitables rivalités pour les ressources), défis scientifiques, sacrifice humain nécessaire à l’avancée de la connaissance, défi lancé aux pensées religieuses (j’ai bien aimé le long chapitre dans le premier album autour de Lucifer et de la volonté du pape de contrôler les connaissances, avec un parallèle avec ce qui s’était passé autour de Galilée), etc.
Bon, cela dit, si j’ai beaucoup aimé le premier tome (4 étoiles), le suivant m’a moins accroché (3 étoiles). Le dessin d’abord, plus « manga » et moins détaillé. Le récit ensuite, moins intéressant globalement, même si certains passages sont plus réussis, et si c’est finalement plus rythmé, avec plus de conflits, de morts, d’inquiétudes.
Note réelle 3,5/5.
L'Escadron bleu est le surnom donné à une unité mobile de la Croix-Rouge française, composée de jeunes infirmières et ambulancières chargées, à partir de 1945, de rapatrier en France les prisonniers de guerre blessés. Ayant d'abord opéré entre l'Allemagne et la France, elles furent ensuite envoyées en Pologne afin de récupérer les survivants des camps, mais aussi les Malgré-Nous, ces Alsaciens et Lorrains enrôlés de force par les Nazis et considérés comme des traitres et des ennemis par les Russes. Elles se retrouvent alors confrontées à la situation complexe d'une Pologne en train de passer entièrement sous la coupe soviétique, où les autorités voient d'un très mauvais oeil ces Françaises susceptibles de témoigner des exactions de l'Armée Rouge sur la population locale et de faire évader des blessés que les Russes considèrent comme des prisonniers ne méritant que la mort.
C'est un pan de l'Histoire qui m'était totalement inconnu, cette période charnière entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et la tombée du Rideau de Fer. J'ignorais également tout du travail à la fois extrêmement compliqué et dangereux de ces femmes engagées dans la Croix-Rouge française, qui ont mis leurs efforts et parfois leurs vies au service du rapatriement des anciens prisonniers et blessés français à partir de 1945. Rappeler leurs actions et mettre en lumière qui elles étaient afin qu'elles ne soient pas oubliées constitue une initiative très louable. L'album se révèle d'ailleurs passionnant par tout ce qu'il montre de la complexité de la situation locale et des risques pris par ces femmes, notamment sous le commandement du medecin-lieutenant Madeleine Pauliac. Certaines situations témoignent d'une audace incroyable, qui aurait valu à n'importe quel autre soldat ou infirmier français l'emprisonnement, voire la mort, et condamné des centaines de blessés à une issue tragique.
Des faits héroïques, un contexte très instructif et une intention exemplaire, donc, mais une BD malheureusement en demi-teinte en raison d'un manque de clarté narrative. La situation est complexe et reste trop peu expliquée. Il faut déjà disposer de solides connaissances historiques ou réussir à capter des informations disséminées au fil des pages pour bien comprendre ce qui est en jeu, et même dans ce cas, la lecture manque d'une vue d'ensemble ou de repères récapitulatifs permettant de tout assimiler. La narration multiplie par ailleurs les sauts dans le temps et l'espace, sans indiquer clairement où et quand l'on se situe, ce qui rend la lecture confuse. À cela s'ajoute une galerie de personnages très fournie et un dessin des visages parfois changeant, qui conduit facilement à confondre les protagonistes. Il m'a fallu par exemple un certain nombre de pages pour réaliser que la fameuse Madeleine ne faisait pas partie de l'Escadron bleu lors de leurs missions en Allemagne.
Le dessin lui-même est inégal. Globalement plaisant, il fonctionne bien pour les décors et rend régulièrement les personnages de manière convaincante. Mais il se montre aussi inconstant, avec des visages parfois moins réussis ou trop variables pour être reconnus sans ambiguité. Cela reste toutefois un ensemble de belles planches, dont j'apprécie en particulier le travail sur les couleurs et la lumière. Et il faut dire qu'il y avait énormément à raconter, tant les actions menées par ces femmes entre 1945 et 1946 furent nombreuses et intenses.
J'ai donc apprécié l'ouvrage pour sa dimension historique et son travail de mémoire, qui rappelle au grand public l'œuvre héroïque de ces femmes au sortir de la Seconde Guerre mondiale. En revanche, j'ai davantage souffert de la confusion de sa narration et de la difficulté, en tant que lecteur, à me repérer entre les lieux et les époques pour pleinement assimiler ce qui m'était raconté.
Je trouve que cette œuvre est parfaite : on voit et la tragédie de la guerre en général, et la bêtise de ne pas tenir compte de l'état des soldats au nom d'une stratégie fumeuse contre laquelle se dresse un officier qui finit exécuté. On n'en sent pas moins chaque personnage, l'après-guerre et les femmes, excusez du peu ! Il y a même une poésie de la nostalgie de la paix, du bonheur et de l'amour hantant la guerre, de même que la guerre hante cette harmonie. Je lis que cette œuvre est une suite ? Mais elle se suffit à elle-même. Je lis qu'il n'y a pas de plan large ? A quoi bon pour le propos d'Une après-midi d'été ? On ne dénonce pas la guerre de masse, on ne célèbre pas les Orages d'acier, on reste à hauteur d'hommes tentant de faire ce qu'ils estiment leur devoir, survivre, aimer, encore, et mourir.
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Le bandit, la belle, le nain et la chèvre ! Voilà les quatre chapitres et les ingrédients de ce western léger qui emprunte clairement au Bon, la Brute et le Truand pour livrer un divertissement frais, aussi musclé que plein d'humour. Il s'agit d'une chasse au trésor réunissant une galerie de personnages truculents : un criminel à la gouaille facile mais qui n'aime pas les bêtes, une redoutable chasseuse de primes et son terrible chien, et enfin un petit magouilleur (au sens propre comme au figuré) et sa chèvre de compagnie, le tout sur fond de frontière mexicaine et de troupes de Benito Juarez. C'est le genre de lecture très plaisante qui ravira aussi bien les amateurs de western que ceux de personnages hauts en couleur, dotés d'une vraie personnalité et dont les interactions donnent envie d'aller plus loin. La structure en quatre chapitres permet à la fois de développer une intrigue principale assez dense et de faire exister plusieurs sous-intrigues successives au fil du récit. Le dessin participe pleinement à ce ton léger, avec des accents parfois proches du cartoon qui rappellent qu'il s'agit avant tout d'un pur divertissement, tout en conservant un socle réaliste, notamment dans les décors. L'humour est omniprésent sans jamais écraser l'aventure, et l'on se laisse facilement embarquer par l'envie de savoir où tout cela mène et si le fameux trésor sera bien au rendez-vous. La conclusion laisse en revanche une impression plus mitigée. Le dernier chapitre se montre à la fois un peu confus et plus invraisemblable que le reste de l'album. Les événements s'enchainent trop facilement, certains retournements paraissent téléphonés, et l'ensemble perd en crédibilité, ce qui affaiblit l'impact de la fin. Le duo de Japonais introduit à ce moment-là manque également de profondeur et peine à trouver sa place, ce qui n'aide pas à renforcer l'intérêt de ce segment final. C'est d'autant plus dommage que les trois premiers chapitres fonctionnent très bien et que l'on s'attache réellement aux personnages. Le dernier acte donne le sentiment que ceux-ci s'effacent un peu au profit d'un twist final pas totalement convaincant, comme si leurs aspérités étaient lissées pour faire avancer une conclusion un peu bancale. On ne parle pas d'une fin ratée, mais d'une conclusion en deçà des promesses initiales, laissant une légère frustration au moment de refermer l'album. Cela reste malgré tout une lecture très agréable, ponctuée de sourires et portée par une vraie envie de suivre l'intrigue et les interactions entre ces protagonistes attachants et amusants. Un western sympathique, souvent très réussi, et pas loin d'être franchement bien. Note : 3,5/5
Le Coup du Maître
Certains albums ne s’annoncent pas, ils s’imposent. Celui-ci fait partie de ces œuvres que l’on découvre presque par accident et qui, dès les premières pages, créent une forme d’évidence. Tout commence par une image saisissante, une scène ample et puissante, qui capte immédiatement l’attention et donne envie d’aller plus loin. Une liberté rare, perceptible à chaque étape de la lecture. Le récit ne cherche jamais à suivre une recette ou à cocher des cases. Il avance avec assurance, prend des risques, assume ses partis pris et construit un univers dense, cohérent, parfois déroutant, toujours sincère. Cette approche donne au scénario une personnalité forte, loin des schémas narratifs trop souvent recyclés. Visuellement, l’album impressionne par son ambition. Le dessin ne se contente pas d’illustrer le récit : il le porte, l’enrichit, le rend crédible. Les décors, les personnages, les scènes d’action comme les moments plus calmes participent à une immersion totale. Chaque plan semble pensé pour servir l’atmosphère et renforcer la sensation de monde vivant. Au final, Le Coup du Maître s’impose comme une œuvre singulière, exigeante et généreuse, qui démontre que la bande dessinée sur le jeu de rôle peut encore surprendre en dehors des sentiers balisés. Un album marquant, qui laisse une vraie empreinte une fois refermé.
Soli Deo Gloria
Gros coup de cœur. Le scénario avance avec une limpidité remarquable : il ne cherche pas l’effet de surprise artificiel mais construit, pas à pas, une trajectoire dont l’issue paraît inéluctable. Cette progression maîtrisée donne au récit une tension constante, presque fataliste, qui renforce son impact. Le conte se déploie dans un univers crédible, mêlant lieux et noms inventés mais immédiatement lisibles, créant un miroir troublant avec notre réalité sans jamais tomber dans la démonstration appuyée. Les personnages sont le cœur du livre : profondément humains, complexes, crédibles dans leurs contradictions et leurs dérives. Leur évolution, dans un contexte sombre et radicalisé, est décrite avec une justesse rare. La noirceur du propos n’est jamais gratuite ; elle s’inscrit dans un monde cohérent, dur, mais sans morale surlignée. Tout paraît à sa place, ce qui rend l’ensemble d’autant plus marquant. Graphiquement, l’album impressionne. Le noir et blanc puissant, proche du fusain, alterne avec intelligence entre douceur et violence, accompagnant parfaitement les états émotionnels du récit. L’usage ponctuel de la couleur pour la musique est une idée brillante, à la fois discrète et signifiante. La cohérence visuelle est totale, jusque dans la conception des pages et l’identité graphique globale de l’ouvrage.
De Cape et de Mots
Encore l'adaptation d'un roman que je ne connaissais pas et le résultat est pas mal.. On ne voit pas du tout que c'est tiré d'un roman, il y a pas de textes inutiles et on a bien compris que la BD est un art visuel. Il faut dire aussi que le dessinateur et coscénariste de l'adaptation a de l'expérience dans le métier. Le dessin de Kerascoët est toujours aussi agréable à l'œil et va très bien pour ce type d'histoire. C'est un conte remplit de bons mots, le genre d'album parfait pour un jeune qui a une bonne connaissance de la langue française. J'ai trouvé la lecture agréable, mais avec quelques défauts. Si l'héroïne est terriblement attachante, c'est moins le cas des autres personnages qui m'ont semblé trop réduit à un trait de caractère pour être intéressant. Cela n'est pas trop dérangé vu que c'est un conte et que dans ce type de récit les personnages sont souvent stéréotypée à l'extrême, mais cela a tout de même contribué à ce que je ne trouve pas le récit extraordinaire. Un autre défaut est que je trouve que toute la partie où l'héroïne est un demoiselle finit par trainer un peu longueur. Cela reste un bon album, mais je la mets pas dans mes lectures indispensables.
Sa Majesté des Mouches
Sa Majesté des Mouches, ou comment une bande de gamins naufragés sur une île déserte finit par faire émerger le pire de la société humaine et de ses instincts les plus bas. Malgré son nombre conséquent de pages, cette adaptation en BD se lit très bien, grâce à une mise en page aérée et un rythme maîtrisé, proche d'un récit d'aventure ponctué de quelques moments plus contemplatifs. Le dessin est efficace et expressif, soutenu par un travail de couleurs convaincant. Les enfants sont facilement identifiables et la mise en scène reste très lisible, ce qui permet de se laisser pleinement porter par l'histoire (en dehors du passage volontairement flou des hallucinations de Simon). Ayant déjà lu et apprécié le roman, j'en connaissais le déroulé, même si certains détails m'étaient sortis de la tête. Cette relecture sous forme graphique m'a permis de mieux en saisir la finesse du propos et la construction progressive de son drame. Les personnages sont solidement campés, chacun trouvant sa place et sa fonction dans le récit. Bien qu'il s'agisse de l'adaptation d'un classique des années 1950, le propos demeure intemporel, et cette version se révèle fraiche, moderne et prenante, comme un excellent récit d'aventure. Pour faire simple, il s'agit de l'adaptation pleinement réussie d'une œuvre à la fois intelligente et dure, qui mérite largement d'être lue.
Why don't you love me?
Corrosif, drôle et tendre ! On va suivre la routine de la famille Hopkins : Mark, Claire et leurs deux enfants. Et le moins que l'on puisse dire c'est que l'on est très loin de la famille idyllique. Claire est dépressive, elle reste cloîtrer à la maison à vider des bouteilles de vin tout en étant odieuse avec son mari et ses enfants (sauf lorsqu'elle a besoin d'être ravitaillée en pinard ou clopes). Le climat familial est pesant. La famille est sur le bord de l'implosion. Une narration construite sur une succession de strips, mais ceux-ci forment un tout, une histoire complète. Le ton employé peut être caustique, dur, tendre ou drôle, il fait toujours mouche. Arrivé au tiers du bouquin j'ai eu un peur que ce soit long et répétitif. Et ben non, tout d'un coup, patatras, le récit bifurque sur d'autres rails, une voie parallèle (ce mot n'est pas choisi au hasard) qui prend une direction inattendue, mais qui curieusement amènera Claire et Mark à la même destination. Et c'est vraiment cela qui donne tout le piquant à cette histoire pas comme les autres. Tu seras un peu désarçonné au départ, mais tout va prendre sens au fil des pages. Un comics qui brasse de nombreux thèmes et principalement les relations avec nos congénères sous la forme d'une chronique sociale, tant dans la sphère privée que dans celle du domaine professionnel. Et pour le coup Paul B. Rainey ne plante pas ses flèches à côté de ses cibles. L'actualité internationale n'est pas oubliée. Un dessin qui ne m'attire pas au premier regard. Un trait simple qui croque avec justesse tout ce petit monde. Il va à l'essentiel tout en restant expressif et minutieux dans les détails lorsque cela est nécessaire. Une mise en page classique avec de nombreuses vignettes par planche, mais la science des cadrages compense ce manque d'originalité. J'ai aimé le choix du format à l'italienne. Du bon boulot. Un comics à découvrir, mais le mieux est d'en savoir le moins possible sur son contenu. Un très bon 4 étoiles.
Amuse-gueules
Un album collectif sur le thème du rapport à la bouffe, composé tantôt d'anecdotes personnelles, tantôt de réflexions sur la société, tantôt de sujets plus fictionnels, voire d’un petit conte pour la fin. Réalisés par des auteurs québécois, j'ai trouvé que les dessins de chaque histoire étaient réussis, chacun dans son style bien distinct. Il n'y a que la dernière, le fameux petit conte, que j'ai trouvée trop simplement dessinée et faible en termes de couleurs. Toutes les autres histoires montrent un vrai talent, que j'ai apprécié. Par contre, les scénarios sont beaucoup trop anecdotiques. Les tentatives d'humour tombent à plat, les sujets personnels manquent d'intérêt (et les multiples références québécoises ne parlent pas forcément à un lecteur français) et les fictions laissent indifférent. On a l'impression que le thème n'a pas vraiment inspiré les auteurs, qui se sont contentés de livrer leur copie en respectant le sujet, sans avoir grand-chose à raconter. Je me suis bien ennuyé.
2001 Nights stories
Un manga ambitieux et étonnant. Une lecture prenante. Étonnant comme manga, en effet. Déjà avec ce très grand format inhabituel pour le genre, et un dessin au trait fin et pur qui, mis à part certains visages (surtout dans le second tome d’ailleurs), s’écarte du style manga main stream pour se rapprocher de styles plus occidentaux. Finalement, il n’y a que le sens de lecture qui le rattache clairement au manga. Si je reste sur le dessin, il est vraiment très bon, très beau, avec de belles planches dans l’espace, des vaisseaux bien restitués. Même si les personnages sont classiques et finalement peu détaillés, et si les décors sont souvent escamotés au profit de fonds blancs. J’ai été moins convaincu par les quelques passages en couleurs (les couleurs elles-mêmes ne m’ayant pas plu). Le résultat reste quand même très agréable. Il m’a fait penser à « L’odyssée de l’espace – une histoire de la conquête spatiale » pour le rendu (et en partie la thématique). Mais, plus qu’une histoire de la conquête spatiale, axée donc sur le passé, c’est une vision SF (mais bourrée de références scientifiques) de ce que pourrait être le futur spatial, avec une forte influence de « 2001 l’odyssée de l’espace », revendiquée dans le titre, nombre d’images, et la postface de l’auteur. Avec quelques personnages comme fil rouge, nous suivons ainsi, sur plusieurs siècles, et dans l’espace quasi infini, l’humanité aux prises avec les limites de la connaissance. De nombreuses citations, bibliques, scientifiques, rendent certains passages assez ardus, tandis que nombre d’autres passages sont quasi muets. Un peu inégal, mais globalement intéressant, voire captivant, le récit se laisse lire agréablement. En effet, les avancées scientifiques, la « conquête/découverte » spatiale permettent aussi en creux, au gré de dialogues ou de péripéties divers, d’évoquer plusieurs sujets : exploitation de l’espace (et les inévitables rivalités pour les ressources), défis scientifiques, sacrifice humain nécessaire à l’avancée de la connaissance, défi lancé aux pensées religieuses (j’ai bien aimé le long chapitre dans le premier album autour de Lucifer et de la volonté du pape de contrôler les connaissances, avec un parallèle avec ce qui s’était passé autour de Galilée), etc. Bon, cela dit, si j’ai beaucoup aimé le premier tome (4 étoiles), le suivant m’a moins accroché (3 étoiles). Le dessin d’abord, plus « manga » et moins détaillé. Le récit ensuite, moins intéressant globalement, même si certains passages sont plus réussis, et si c’est finalement plus rythmé, avec plus de conflits, de morts, d’inquiétudes. Note réelle 3,5/5.
L'Escadron bleu, 1945
L'Escadron bleu est le surnom donné à une unité mobile de la Croix-Rouge française, composée de jeunes infirmières et ambulancières chargées, à partir de 1945, de rapatrier en France les prisonniers de guerre blessés. Ayant d'abord opéré entre l'Allemagne et la France, elles furent ensuite envoyées en Pologne afin de récupérer les survivants des camps, mais aussi les Malgré-Nous, ces Alsaciens et Lorrains enrôlés de force par les Nazis et considérés comme des traitres et des ennemis par les Russes. Elles se retrouvent alors confrontées à la situation complexe d'une Pologne en train de passer entièrement sous la coupe soviétique, où les autorités voient d'un très mauvais oeil ces Françaises susceptibles de témoigner des exactions de l'Armée Rouge sur la population locale et de faire évader des blessés que les Russes considèrent comme des prisonniers ne méritant que la mort. C'est un pan de l'Histoire qui m'était totalement inconnu, cette période charnière entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et la tombée du Rideau de Fer. J'ignorais également tout du travail à la fois extrêmement compliqué et dangereux de ces femmes engagées dans la Croix-Rouge française, qui ont mis leurs efforts et parfois leurs vies au service du rapatriement des anciens prisonniers et blessés français à partir de 1945. Rappeler leurs actions et mettre en lumière qui elles étaient afin qu'elles ne soient pas oubliées constitue une initiative très louable. L'album se révèle d'ailleurs passionnant par tout ce qu'il montre de la complexité de la situation locale et des risques pris par ces femmes, notamment sous le commandement du medecin-lieutenant Madeleine Pauliac. Certaines situations témoignent d'une audace incroyable, qui aurait valu à n'importe quel autre soldat ou infirmier français l'emprisonnement, voire la mort, et condamné des centaines de blessés à une issue tragique. Des faits héroïques, un contexte très instructif et une intention exemplaire, donc, mais une BD malheureusement en demi-teinte en raison d'un manque de clarté narrative. La situation est complexe et reste trop peu expliquée. Il faut déjà disposer de solides connaissances historiques ou réussir à capter des informations disséminées au fil des pages pour bien comprendre ce qui est en jeu, et même dans ce cas, la lecture manque d'une vue d'ensemble ou de repères récapitulatifs permettant de tout assimiler. La narration multiplie par ailleurs les sauts dans le temps et l'espace, sans indiquer clairement où et quand l'on se situe, ce qui rend la lecture confuse. À cela s'ajoute une galerie de personnages très fournie et un dessin des visages parfois changeant, qui conduit facilement à confondre les protagonistes. Il m'a fallu par exemple un certain nombre de pages pour réaliser que la fameuse Madeleine ne faisait pas partie de l'Escadron bleu lors de leurs missions en Allemagne. Le dessin lui-même est inégal. Globalement plaisant, il fonctionne bien pour les décors et rend régulièrement les personnages de manière convaincante. Mais il se montre aussi inconstant, avec des visages parfois moins réussis ou trop variables pour être reconnus sans ambiguité. Cela reste toutefois un ensemble de belles planches, dont j'apprécie en particulier le travail sur les couleurs et la lumière. Et il faut dire qu'il y avait énormément à raconter, tant les actions menées par ces femmes entre 1945 et 1946 furent nombreuses et intenses. J'ai donc apprécié l'ouvrage pour sa dimension historique et son travail de mémoire, qui rappelle au grand public l'œuvre héroïque de ces femmes au sortir de la Seconde Guerre mondiale. En revanche, j'ai davantage souffert de la confusion de sa narration et de la difficulté, en tant que lecteur, à me repérer entre les lieux et les époques pour pleinement assimiler ce qui m'était raconté.
Une après-midi d'été
Je trouve que cette œuvre est parfaite : on voit et la tragédie de la guerre en général, et la bêtise de ne pas tenir compte de l'état des soldats au nom d'une stratégie fumeuse contre laquelle se dresse un officier qui finit exécuté. On n'en sent pas moins chaque personnage, l'après-guerre et les femmes, excusez du peu ! Il y a même une poésie de la nostalgie de la paix, du bonheur et de l'amour hantant la guerre, de même que la guerre hante cette harmonie. Je lis que cette œuvre est une suite ? Mais elle se suffit à elle-même. Je lis qu'il n'y a pas de plan large ? A quoi bon pour le propos d'Une après-midi d'été ? On ne dénonce pas la guerre de masse, on ne célèbre pas les Orages d'acier, on reste à hauteur d'hommes tentant de faire ce qu'ils estiment leur devoir, survivre, aimer, encore, et mourir.