Un conte relativement classique dans son déroulement, fortement ancré dans l’univers japonais.
Une lecture intéressante, et surtout belle à regarder. Car Toppi a vraiment beaucoup de talent, son coup de crayon, son utilisation du Noir et Blanc, tout ici est réussi. Que ce soit les personnages (hommes ou démons), les animaux, les décors (villages ou forêts), c’est vraiment très chouette.
Quant au récit, c’est l’histoire d’un enfant, héritier d’un prince déchu recueilli par un vieil ermite et qui va peu à peu, une fois devenu adulte, et avec l’aide d’un Renard, accomplir plusieurs miracles, jusqu’à renverser le méchant démon responsable de la déchéance de son père : bien sûr au final le héros va recouvrer son trône, le Renard sa vraie identité. Du classique donc, mais bien mené, la narration est aérée, agréable.
Une belle réussite du genre.
Frankenstein, du mangaka Junji Ito, est en réalité un recueil de 11 nouvelles du maître réalisées entre 1989 et 2000, Frankenstein ayant été dessinée entre septembre et novembre 1994. Parmi ces œuvres figurent notamment 6 courtes histoires de 30-40 pages chacune, centrées sur le personnage principal d'Oshikiri, lycéen complexé par sa taille et vivant seul dans une grande bâtisse, ses parents étant en voyage pour leur travail. Le scénario de ces nouvelles, centrées sur l'existence de dimensions alternatives à la nôtre sont plutôt originales et efficaces. Elles m'ont un peu fait penser aux histoires de la série TV "La quatrième dimension". Les dernières nouvelles de quelques pages sont un peu plus anecdotiques et parfois à la limite du ridicule (notamment celles centrées sur le bichon maltais du mangaka...).
S'agissant à présent de l'histoire centrale de l'ouvrage, Junji Ito adapte très fidèlement le classique de Mary Shelley datant de 1818. Les seules différences résidant dans la chute finale et lors de la création de la compagne du Monstre, Junji Ito ne pouvant résister à mettre en images une seconde fois le retour à la vie d'une créature morte.
Bien que l'histoire reste fluide et plutôt agréable à lire, les 188 pages ne permettent pas à l'auteur de fluidifier l'ensemble de l'histoire. Certains passages sont ainsi selon moi trop abruptes. Par exemple, le changement de point de vue de Victor Frankenstein sur la bête et plus globalement sur son travail est bien trop rapide. De même, les personnages secondaires tels qu'Henry ne sont pas assez travaillés à mon goût et ont parfois des réactions peu crédibles (Henry validant très rapidement la création d'une compagne pour le monstre à partir de cadavres féminins par exemple !). L'histoire aurait donc gagné à être un peu plus étoffée pour fluidifier l'ensemble, nuancer certains passages ou encore mieux décrire cette relation particulière existant entre la Bête et son créateur.
Du point de vue des graphismes, en tant que maître de l'épouvante, Ito excelle bien évidemment dans la mise en image des scènes horrifiques, la création de la bête et de sa compagne en étant les points culminants. J'ai été en revanche un peu moins séduit par le trait du reste des protagonistes, notamment Viktor Frankenstein, mais cela reste très subjectif.
Enfin, le recueil de plus de 400 pages, édité aux éditions Mangetsu, et agrémenté de l'analyse de Morollian en fin d'ouvrage, est vraiment magnifique avec son titre en vernis différencié et sa couverture rigide. Il devrait trôner fièrement dans toute bonne bibliothèque des fans du mangaka même si, vous l'aurez compris, il ne s'agit pas de sa meilleure œuvre selon moi.
SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 6,5/10
GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 6,5/10
NOTE GLOBALE : 13/20
Akileos continue de traduire les séries d'EC Comics et celle-ci est un gros morceau parce qu'elle fait partie, avec ''Tales from the crypt'' et ''The Haunt of Fear'' de la trilogie des comics d'horreur qui a fait la célébrité de l'éditeur dans les années 50.
Comme c'est le cas avec les autres recueils d'EC comics, la qualité est inégale selon les récits et je trouve même qu'il y a une grosse différence de qualité entre les deux albums. En effet, dans le premier tome on est au début des histoires fantastiques d'EC Comics et les histoires sont souvent plus faibles et plus banales que ce qu'ils font par la suite. J'ai trouvé que plusieurs histoires avaient des chutes pourries du genre le personnage principal qui se réveille et se rends compte que tout ce qui est arrivé depuis le début était un horrible cauchemar, mais là on voit que son cauchemar va se réaliser. On ne trouve pas les fameux hosts qui ont fait la renommée de l'éditeur.
Quand ses personnages débarquent enfin, la qualité augmente même si évidemment certains récits sont mieux que d'autres. J'ai remarqué que je ne suis pas un grand fan du travail de Johnny Craig. À contrario lorsque c'est bon c'est très bon et le tome 2 contient une de mes histoires préférées à savoir celle du vampire qui travaille dans une banque de sang. C'est le genre d'histoires avec de l'humour noir comme je l'aime et en plus c'est dessiné par mon dessinateur préféré de l'écurie d'EC Comics à savoir Jack Davis.
En gros, si vous avez déjà lu des récits d'horreurs de cette éditeur, vous savez ce que vous allez retrouver et si c'est pour vous.
Vous mettez beaucoup de texte dans vos bédés ?
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Ce tome est un recueil d’histoires réalisées par l’auteur, publiées pour certaines dans Télérama, The New Yorker, Les Inrockuptibles, Lapin, Spirou, Le blog du monde, Le tigre et l’impossible. Son édition originale date de 2016. Il a été réalisé par Charles Berberian pour les scénarios et les dessins, avec des couleurs de Robin Doo pour quatre histoires. Il comprend quatre-vingt-quatorze pages de bande dessinée, réparties en quinze histoires, comprenant de une à vingt-neuf pages.
Le bonheur occidental 1, sept pages. Le grand scénariste Xavier Van Glüten est à une soirée mondaine en se demandant ce qu’il fait là où les femmes en veulent plus à son fric qu’à son corps. L’attachée qui l’accompagne l’informe que le ministre arrive dans cinq minutes pour lui remettre sa médaille, et que la RTBF et France 3 vont l’interviewer après. Il lui répond qu’il ne comprend rien à cette nouvelle génération de blogueurs qui clapotent dans un océan de médiocrité. À l‘extérieur retentissent des voix, des membres de l’atelier Mastodonte qui veulent rentrer. Charles Berberian arrive au niveau de Van Glüten et la discussion s’engage. Le lendemain l’auteur est reçu par Olivier le directeur général de la maison d’édition qui lui dit que ce n’était pas très malin de gifler Van Glüten la veille, et que ce dernier a demandé sa tête ce que l’éditeur a refusé. Mais Berberian doit s’excuser. Sur ces entrefaites, Van Glüten entre à son tour dans le bureau, portant une minerve.
Gotlib, Fuide et moi, deux pages. L’auteur se souvient de ses débuts. Petit, la lecture de la Rubrique-à-Brac l’a marqué au fer rouge. Il se fit alors la promesse qu’un jour il serait auteur de bande dessinée tout comme Marcel Gotlib. Une quinzaine d’années plus tard, Fluide Glacial, le journal fondé par son idole, accepte de publier les pages que Philippe Dupuy et lui ont dessinées. Ils sont persuadés que le maître lui-même va les recevoir. Mais c’est Jacques Diament, le rédacteur en chef, qui les accueille. Il boit de l’eau à intervalles réguliers en leur expliquant ce que c’est que l’humour. […] Monty Python’s Flying Circus, six pages. L’auteur a l’occasion de rencontrer Graham Chapman et les autres Monthy Python, et il leur déclare qu’il cherche une place dans leur cirque. […] Gentil fricateur, deux pages. Une dame âgée rentre dans un magasin appelé Nestor le store, et indique au propriétaire qu’elle cherche le bureau de poste dans la rue. Il lui explique qu’il vient d’ouvrir il y a deux jours à peine et qu’il vend du bonheur, tout ce qui peut aider à rendre la vie plus belle, plus agréable, par exemple une boîte de e-cassoulet dont il lui fait la démonstration. […] Nos amis les riches, six pages. Dans une soirée ou chaque invité porte un loup, le responsable déclare que l’heure est grave : il y a un traître parmi eux. Charles Berberian se fait immédiatement démasquer parce qu’il porte des chaussures à moins de deux cents euros. Il avoue s’être infiltré afin de faire un reportage pour le magazine Fluide Glacial. Après un échange railleur sur les valeurs morales, il se fait mettre dehors par le videur…
Comme il l’évoque dans un des récits (Gotlib, Fluide et moi), l’auteur a commencé sa carrière en réalisant des bandes dessinées à quatre mains, avec Philippe Dupuy, entre autres les séries Le Journal d'Henriette (1988-91, trois albums) suivi de Henriette (1998-2003, quatre albums), Monsieur Jean (1991-2005, sept albums et deux hors-série). Puis chacun a continué sa carrière de son côté. En ouvrant ce recueil, le lecteur a conscience de sa nature : une compilation de récits courts d’origine diverse. De fait, les thèmes sont variés, le plus souvent de nature autobiographique, vraisemblablement plus de l’autofiction, voire de la pure fiction pour l’enquête chez les riches à l’occasion d’une soirée privée. Ainsi le lecteur voit l’auteur se ridiculiser face à un bédéaste ayant un plus grand succès que lui, remonter ses souvenirs pour découvrir son premier contact avec Marcel Gotlib (1934-2016), s’imaginer proposer ses services aux Monthy Python, enquêter chez les riches, interviewer les proches collaborateurs de Jean-Luc Mélenchon, rencontrer Leiji Matsumoto (1938-2023, créateur d’Albator), et enfin se déguiser en Albator. Au milieu de ces histoires, se trouve le récit le plus long : une parodie de nature politique, mettant en scène le grand cerceau européen, un projet pour sauver l’Union et l’économie européennes, mais personne ne sait vraiment comment ni pourquoi, et personne ne sait non plus qui en a eu l’idée le premier. Certains politiques sont aisément identifiables : Hollande, DSK, Sarkozy.
La nature composite de l’ouvrage implique que le lecteur appréciera plus certains récits que d’autres. Il peut en particulier être déconcerté par la longueur du Grand cerceau européen, c’est-à-dire vingt-neuf pages, et sa nature satirique sur un projet politique aussi artificiel qu’absurde, que personne ne comprend, à commencer par le président de la France lui-même, ses conseillers, et même son créateur. L’auteur réalise des dessins caricaturaux : le lecteur peut bien ressentir son mépris pour Nicolas Sarkozy et sa nervosité, pour François Hollande et sa placidité, pour Dominique Strauss-Kahn et sa libido hors de contrôle. Berberian réalise des cases sans bordure, avec un trait de contour sec et très fin, des lavis de gris, et quelques apparitions de couleur qui tranchent fortement avec le reste. Il s’amuse à mêler des faits d’actualité avec des inventions loufoques. Dans la première catégorie : les conseillers en communication, DSK en éminence grise et ses affaires de nature sexuelle, les interviews de David Pujadas, le recours à des agences de communication, le lien entre Hollande et Ségolène Royal, les liens entre Sarkozy et Bachar al-Hassad. Dans la deuxième : le grand cerceau européen lui-même, l’amour de DSK pour le tiramisu, la chanson de Hollande pour le grand cerceau, l’attraction irrépressible d’Angela Merkel pour Hollande, l’expérience de DSK avec un aspirateur, etc. En fonction de ses attentes, le lecteur pourra être hilare devant l’inventivité et l’humour absurde, ou bien se lasser d’avoir la sensation d’une blague potache étirée pendant trop de pages.
Au cours des pages, le lecteur va donc passer d’un type de récit à un autre assez différent, et rencontrer également des illustrations indépendantes. La première en pleine page : trois passants dans une rue calme, en nuances de gris, la fresque murale ressortant grâce à ses couleurs. Puis une illustration en double page, des personnes faisant la queue pour recevoir une dose de justice dans une soupe populaire, avec le diable surveillant l’opération. Un homme passant devant une station-service dont le toit est occupé par un immense chat. Deux jeunes adultes installés à la terrasse d’un café à la nuit tombante, chaque absorbé dans la consultation de son écran, avec le titre : La vie de bohême. Une série de vingt dessins, dont quatre en couleurs, croquant des moments de la vie quotidienne dans différentes villes, faisant apparaître la diversité des individus, le contraste entre la situation de certains d’eux, des faits sociétaux. Puis encore quatre autres au pinceau plus loin sur une même page, et une dernière illustration en pleine page. En fonction de sa sensibilité, le lecteur peut percevoir ces images comme une façon d’augmenter la pagination, ou bien une façon de faire ressortir la capacité d’observation de l’artiste, et les différentes techniques qu’il utilise.
Il est également possible d’envisager les récits dans lesquels l’auteur se met en scène comme d’un côté un commentaire sur la société dans laquelle il évolue à l’époque, et également un commentaire sur lui-même. Dans le premier registre, il tourne en dérision le monde de l’édition et l’importance accordée au paraître et à la réputation. Sous sa plume, l’éditeur apparaît suffisant, Van Glüten est un vieux beau. La jeune éditrice Lizzy annonce explicitement qu’elle n’en est pas vraiment une, qu’elle est la fille de l’actionnaire principal de la boîte : le dessinateur sait la rendre immédiatement sympathique avec son visage franc, ses vêtements amples pour masquer pour partie son surpoids, sa façon d’apprécier la vie. Le chapitre sur les riches fonctionne très bien sur le plan de l’humour, en revanche le récit est trop dans l’exagération pour être une critique légitime. Le reportage sur l’équipe de Mélenchon utilise des cases plus petites et carrées, avec une variété des personnes interviewées qui en fait un vrai reportage. Les deux pages mettant en scène Sylvio Berlusconi s’inscrivent également dans le domaine du sketch absurde. L’apparition de Leiji Matsumoto met en avant l’importance accordée à ce mangaka dans le monde de la bande dessinée. L’histoire finale permet de retrouver Lizzy avec Charles, pour une autre critique sociale sur le milieu artistique, avec une touche d’humanisme et d’autodérision.
En effet, l’auteur se met en scène avec autodérision. Cela commence avec son manque de succès économique depuis la dissolution de son duo avec Philippe Dupuy, et sa propension à se montrer insolent, voire violent, envers les riches et puissants. Puis vient son attitude de fan vis-à-vis de Marcel Gotlib et la fierté de travailler dans son magazine, même s’il ne le rencontre pas, et une autre histoire entièrement fictionnelle et totalement honnête quant à son amour pour les Monty Python. Vient ensuite son mépris pour les riches, son admiration pour l’équipe de Mélenchon, sa prise de recul sur les réseaux sociaux et les vidéos qui reçoivent énormément d’appréciations, et enfin sa prestation en Albator. Il apparaît comme un être humain modeste, conscient de ses limites, et par voie de conséquence tout aussi conscient des défauts des autres et du ridicule inhérent à toute personne qui souhaite paraître. Il retrouve ces caractéristiques et ses qualités dans les autres histoires où il ne se met pas en scène : une critique de la gestion des ressources humaines comme des individus jetables, l’utilisation des réseaux sociaux par une personne à la rue, renvoyant le passant à sa solitude, une autre nouvelle du monde sur la guerre, et le thème du quart d’heure de postérité.
Un recueil d’histoires courtes de l’auteur, mêlant autofiction et fiction pure, avec une bonne dose d’humour alliant autodérision et absurde, avec une critique sociale premier degré, et une tendance à l’inventivité débridée. Une narration visuelle claire allant de dessins aux contours secs et fins à une histoire en deux pages à l’aquarelle, avec un sens personnel de la caricature. Une compilation de bric et de broc, et des récits qui exhalent tous la personnalité de leur auteur. Sympathique et drôle.
Pas vraiment convaincue par cet album.
Ces petits épisodes mettant en scène Thérèse d’Avila se veulent drôles et irrévérencieux. J’ai vraiment eu du mal à adhérer. L’humour m’a paru forcé, un brin répétitif et verbeux, le côté iconoclaste dilué dans l’absurde.
Peut-être n’étais-je pas dans le meilleur jour pour apprécier.
Parce que je reconnais que Claire Bretécher est certes une pionnière de la bd. Je la trouvais plus drôle dans sa série des frustrés, dont je lisais des extraits de loin en loin il y a longtemps.
De plus son dessin si caractéristique est à mes yeux bien meilleur sans la colorisation présente ici.
FOC est une BD des années 80, parue en 4 tomes.
L'action se déroule au Moyen-Âge, en pleine inquisition. C'est à priori dans le royaume de France (pays d'Oc).
L'histoire est assez confuse/difficile à comprendre: comme l'ont expliqué d'autres personnes avant moi, l'insertion des dialogues est tout sauf claire, les séquences nocturnes sont illisibles, on passe souvent d'une perspective à une autre sans transition ni vraie cohérence.
On a d'un côté des humains violents et intégristes (croisés, inquisiteurs), des paysans en pleine révolte, des lépreux, et des extra-terrestres tout moches (imaginez une sorte de hiboux végétal habillé de guenilles) qui sautent d'un corps à l'autre pour survivre, parfois en éliminant leur hôte.
J'avoue n'y avoir rien compris.
En plus il y a énormément de violence gratuite et graphique. C'est très poisseux dans l'aspect et les dessins. Dessins de qualité par ailleurs.
Mais bon, au final, je n'ai franchement pas aimé. Ajoutons à cela que la série n'est pas terminée, mais bien abandonnée: rien n'était résolu, et un cinquième tome, "le ciboire aux aigues marines" était même annoncé.
Les dessins, les personnages, les couleurs et l'histoire ? Tout me va. Le trait aérien me rappelle celui de la série Jeremiah, mais le récit tient bien mieux la route et puis, si j'ai découvert Jeremiah avant, le style graphique du pouvoir des innocents me semble plus abouti. On empoigne la réalité, être dedans sans y sombrer, danser avec elle. Ni la ligne claire je suis une trace, ni je hachure sombrement comme on découperait le monde en tranches expressionniste, il y a là un équilibre dynamique entre les deux, quelque chose qui fait danser le regard.
Et quel titre accrocheur et beau que "Le pouvoir des innocents" ! Il y a des traumatisés, de la violence, un leader charismatique et gentil soit une veille dame qu'on aimerait tous avoir comme mamie, professeur ou n'importe quoi d'autre, d'ailleurs… On a envie de croire qu'il suffirait de pas grand-chose, de la coalisions des bonnes volontés des "innocents" pour que le monde devienne meilleur, avec un mélange de changement de pouvoir démocratique et de manière de vivre plus solidaire…. non pas extorqué par la culpabilité mais grâce à l'exemple de quelques-uns, capable de nous renvoyer à notre capacité d'empathie.
J'ai lu cette série (enfin surtout le tome 1, j'ai arrêté au cours du tome 2) parce qu'il y avait le nom du scénariste Jonathan Hickman sur la couverture. Cela m'intriguait car il est considéré comme un bon scénariste par plusieurs fans de comics books américains sur internet alors que le peu que j'avais lu de lui il y a longtemps ne m'a pas impressionné. Je me suis dit que cette série était une bonne opportunité pour mieux le connaitre…et après lecture je pense que je vais continuer d'ignorer toutes ses œuvres que je n'ai pas lues.
C'est dommage parce que le dessin est vraiment très beau et on voit que les auteurs ont fait des efforts pour imaginer cet univers, mais voilà le scénario n’est pas terrible. Il faut savoir qu'il y a plusieurs pages qui expliquent bien ce monde fictif et au lieu de les mettre à la fin de chaque chapitre, comme des bonus, on les met souvent entre deux scènes, cela casse le rythme. Parlant de casser le rythme, il y aussi le fait que les chapitres sont souvent très courts, on dirait presque que chaque scène méritait son propre chapitre ! De plus, l'histoire est vraiment bordélique et décousue. Il n'y a pas grand chose qui a retenu mon attention.
J'ai l'impression que c'est encore un récit où on a pris plus d'attention au contenant qu'au contenu. Le dessin est superbe et rien qu'en feuilletant on a envie de lire cette série. Si on prend chaque planche individuellement, on pense qu'on va lire une bonne série, mais si on met toutes les planches ensemble, on se rend compte qu'il y a des problèmes.
Un Batman qui sort du lot sur la forme.
Tout d'abord, ce n'est pas tous les jours qu'un auteur d'origine africaine fait du Batman et j'ai tout de suite aimé son dessin. Je l'ai trouvé dynamique et plus agréable à l'œil que le dessin formaté et sans vie qu'on retrouve dans plein de comics de super-héros modernes. Le scénario est raconté comme un conte et de plus il se passe des choses dans chaque chapitre, on n'a pas l'impression que l'histoire fait du surplace afin d'avoir le nombre minimum de pages requis pour sortir en format paperback.
Le scénario est toutefois un peu moins original si on a déjà lu des aventures mettant en vedette Damian, le Robin qui est le fils de Batman et Talia. Il y a rien de nouveau sous le soleil dans le traitement des personnages qu'on aperçoit dans ce récit, mais cela ne m'a pas dérangé parce que c'est bien fait et aussi on voit un aspect de Batman que j'aime bien, à savoir la Bat-family. Pour moi la famille est un thème important de l'univers de Batman et c'est bien exploité ici. Les personnages ne tombent pas dans leurs pires travers (pas de Batman sociopathe par exemple) et il y a un ton optimiste que j'aimerais bien retrouver plus souvent dans les Batman récents.
Un bon divertissement.
Bon, ben mon avis sera court : je n'ai rien compris à cette histoire.
Alors bien sur, je vois bien la métaphore de la création, l'envie de se perdre dans son œuvre, mais franchement, je ne vois pas trop ce que le récit raconte. Avoir une thématique c'est bien, mais ça ne suffit pas. Ici elle manque de clarté, sans compter que la BD propose plein de choses peu exploitées : la communication à travers le temps, la création, l'internet (enfin, je crois). Le voyage entre les îles avec la chauve-souris géante laisse aussi perplexe : c'est une manière de symboliser les connections entre site internet, une métaphore de l'isolement des artistes ? J'en sais rien et franchement, j'ai pas envie d'en savoir plus. C'est trop rapide comme récit, trop cryptique (pourquoi quelqu'un s'appelle l'Oracle si elle ne donne aucune prédiction ?) et franchement pas très intéressant même dans la résolution.
Le dessin va de pair avec ce récit : un peu bizarre, très carré dans le style, inspiré de manga et d'animés, dynamique et en bichromie qui accentue le coté très artistique de l'ensemble. En somme, ça m'évoque une belle coquille vide qui n'a pas assez de matière pour m'intéresser et semble refuser des clés de lectures immédiates pour qu'on puisse comprendre sans manuel. Pour ma part c'est rangé dans le "m'en fiche", et je vais l'oublier tranquillement. Pas pour moi !
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Momotaro
Un conte relativement classique dans son déroulement, fortement ancré dans l’univers japonais. Une lecture intéressante, et surtout belle à regarder. Car Toppi a vraiment beaucoup de talent, son coup de crayon, son utilisation du Noir et Blanc, tout ici est réussi. Que ce soit les personnages (hommes ou démons), les animaux, les décors (villages ou forêts), c’est vraiment très chouette. Quant au récit, c’est l’histoire d’un enfant, héritier d’un prince déchu recueilli par un vieil ermite et qui va peu à peu, une fois devenu adulte, et avec l’aide d’un Renard, accomplir plusieurs miracles, jusqu’à renverser le méchant démon responsable de la déchéance de son père : bien sûr au final le héros va recouvrer son trône, le Renard sa vraie identité. Du classique donc, mais bien mené, la narration est aérée, agréable. Une belle réussite du genre.
Frankenstein (Junji Ito)
Frankenstein, du mangaka Junji Ito, est en réalité un recueil de 11 nouvelles du maître réalisées entre 1989 et 2000, Frankenstein ayant été dessinée entre septembre et novembre 1994. Parmi ces œuvres figurent notamment 6 courtes histoires de 30-40 pages chacune, centrées sur le personnage principal d'Oshikiri, lycéen complexé par sa taille et vivant seul dans une grande bâtisse, ses parents étant en voyage pour leur travail. Le scénario de ces nouvelles, centrées sur l'existence de dimensions alternatives à la nôtre sont plutôt originales et efficaces. Elles m'ont un peu fait penser aux histoires de la série TV "La quatrième dimension". Les dernières nouvelles de quelques pages sont un peu plus anecdotiques et parfois à la limite du ridicule (notamment celles centrées sur le bichon maltais du mangaka...). S'agissant à présent de l'histoire centrale de l'ouvrage, Junji Ito adapte très fidèlement le classique de Mary Shelley datant de 1818. Les seules différences résidant dans la chute finale et lors de la création de la compagne du Monstre, Junji Ito ne pouvant résister à mettre en images une seconde fois le retour à la vie d'une créature morte. Bien que l'histoire reste fluide et plutôt agréable à lire, les 188 pages ne permettent pas à l'auteur de fluidifier l'ensemble de l'histoire. Certains passages sont ainsi selon moi trop abruptes. Par exemple, le changement de point de vue de Victor Frankenstein sur la bête et plus globalement sur son travail est bien trop rapide. De même, les personnages secondaires tels qu'Henry ne sont pas assez travaillés à mon goût et ont parfois des réactions peu crédibles (Henry validant très rapidement la création d'une compagne pour le monstre à partir de cadavres féminins par exemple !). L'histoire aurait donc gagné à être un peu plus étoffée pour fluidifier l'ensemble, nuancer certains passages ou encore mieux décrire cette relation particulière existant entre la Bête et son créateur. Du point de vue des graphismes, en tant que maître de l'épouvante, Ito excelle bien évidemment dans la mise en image des scènes horrifiques, la création de la bête et de sa compagne en étant les points culminants. J'ai été en revanche un peu moins séduit par le trait du reste des protagonistes, notamment Viktor Frankenstein, mais cela reste très subjectif. Enfin, le recueil de plus de 400 pages, édité aux éditions Mangetsu, et agrémenté de l'analyse de Morollian en fin d'ouvrage, est vraiment magnifique avec son titre en vernis différencié et sa couverture rigide. Il devrait trôner fièrement dans toute bonne bibliothèque des fans du mangaka même si, vous l'aurez compris, il ne s'agit pas de sa meilleure œuvre selon moi. SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 6,5/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 6,5/10 NOTE GLOBALE : 13/20
The Vault Of Horror
Akileos continue de traduire les séries d'EC Comics et celle-ci est un gros morceau parce qu'elle fait partie, avec ''Tales from the crypt'' et ''The Haunt of Fear'' de la trilogie des comics d'horreur qui a fait la célébrité de l'éditeur dans les années 50. Comme c'est le cas avec les autres recueils d'EC comics, la qualité est inégale selon les récits et je trouve même qu'il y a une grosse différence de qualité entre les deux albums. En effet, dans le premier tome on est au début des histoires fantastiques d'EC Comics et les histoires sont souvent plus faibles et plus banales que ce qu'ils font par la suite. J'ai trouvé que plusieurs histoires avaient des chutes pourries du genre le personnage principal qui se réveille et se rends compte que tout ce qui est arrivé depuis le début était un horrible cauchemar, mais là on voit que son cauchemar va se réaliser. On ne trouve pas les fameux hosts qui ont fait la renommée de l'éditeur. Quand ses personnages débarquent enfin, la qualité augmente même si évidemment certains récits sont mieux que d'autres. J'ai remarqué que je ne suis pas un grand fan du travail de Johnny Craig. À contrario lorsque c'est bon c'est très bon et le tome 2 contient une de mes histoires préférées à savoir celle du vampire qui travaille dans une banque de sang. C'est le genre d'histoires avec de l'humour noir comme je l'aime et en plus c'est dessiné par mon dessinateur préféré de l'écurie d'EC Comics à savoir Jack Davis. En gros, si vous avez déjà lu des récits d'horreurs de cette éditeur, vous savez ce que vous allez retrouver et si c'est pour vous.
Le Bonheur Occidental
Vous mettez beaucoup de texte dans vos bédés ? - Ce tome est un recueil d’histoires réalisées par l’auteur, publiées pour certaines dans Télérama, The New Yorker, Les Inrockuptibles, Lapin, Spirou, Le blog du monde, Le tigre et l’impossible. Son édition originale date de 2016. Il a été réalisé par Charles Berberian pour les scénarios et les dessins, avec des couleurs de Robin Doo pour quatre histoires. Il comprend quatre-vingt-quatorze pages de bande dessinée, réparties en quinze histoires, comprenant de une à vingt-neuf pages. Le bonheur occidental 1, sept pages. Le grand scénariste Xavier Van Glüten est à une soirée mondaine en se demandant ce qu’il fait là où les femmes en veulent plus à son fric qu’à son corps. L’attachée qui l’accompagne l’informe que le ministre arrive dans cinq minutes pour lui remettre sa médaille, et que la RTBF et France 3 vont l’interviewer après. Il lui répond qu’il ne comprend rien à cette nouvelle génération de blogueurs qui clapotent dans un océan de médiocrité. À l‘extérieur retentissent des voix, des membres de l’atelier Mastodonte qui veulent rentrer. Charles Berberian arrive au niveau de Van Glüten et la discussion s’engage. Le lendemain l’auteur est reçu par Olivier le directeur général de la maison d’édition qui lui dit que ce n’était pas très malin de gifler Van Glüten la veille, et que ce dernier a demandé sa tête ce que l’éditeur a refusé. Mais Berberian doit s’excuser. Sur ces entrefaites, Van Glüten entre à son tour dans le bureau, portant une minerve. Gotlib, Fuide et moi, deux pages. L’auteur se souvient de ses débuts. Petit, la lecture de la Rubrique-à-Brac l’a marqué au fer rouge. Il se fit alors la promesse qu’un jour il serait auteur de bande dessinée tout comme Marcel Gotlib. Une quinzaine d’années plus tard, Fluide Glacial, le journal fondé par son idole, accepte de publier les pages que Philippe Dupuy et lui ont dessinées. Ils sont persuadés que le maître lui-même va les recevoir. Mais c’est Jacques Diament, le rédacteur en chef, qui les accueille. Il boit de l’eau à intervalles réguliers en leur expliquant ce que c’est que l’humour. […] Monty Python’s Flying Circus, six pages. L’auteur a l’occasion de rencontrer Graham Chapman et les autres Monthy Python, et il leur déclare qu’il cherche une place dans leur cirque. […] Gentil fricateur, deux pages. Une dame âgée rentre dans un magasin appelé Nestor le store, et indique au propriétaire qu’elle cherche le bureau de poste dans la rue. Il lui explique qu’il vient d’ouvrir il y a deux jours à peine et qu’il vend du bonheur, tout ce qui peut aider à rendre la vie plus belle, plus agréable, par exemple une boîte de e-cassoulet dont il lui fait la démonstration. […] Nos amis les riches, six pages. Dans une soirée ou chaque invité porte un loup, le responsable déclare que l’heure est grave : il y a un traître parmi eux. Charles Berberian se fait immédiatement démasquer parce qu’il porte des chaussures à moins de deux cents euros. Il avoue s’être infiltré afin de faire un reportage pour le magazine Fluide Glacial. Après un échange railleur sur les valeurs morales, il se fait mettre dehors par le videur… Comme il l’évoque dans un des récits (Gotlib, Fluide et moi), l’auteur a commencé sa carrière en réalisant des bandes dessinées à quatre mains, avec Philippe Dupuy, entre autres les séries Le Journal d'Henriette (1988-91, trois albums) suivi de Henriette (1998-2003, quatre albums), Monsieur Jean (1991-2005, sept albums et deux hors-série). Puis chacun a continué sa carrière de son côté. En ouvrant ce recueil, le lecteur a conscience de sa nature : une compilation de récits courts d’origine diverse. De fait, les thèmes sont variés, le plus souvent de nature autobiographique, vraisemblablement plus de l’autofiction, voire de la pure fiction pour l’enquête chez les riches à l’occasion d’une soirée privée. Ainsi le lecteur voit l’auteur se ridiculiser face à un bédéaste ayant un plus grand succès que lui, remonter ses souvenirs pour découvrir son premier contact avec Marcel Gotlib (1934-2016), s’imaginer proposer ses services aux Monthy Python, enquêter chez les riches, interviewer les proches collaborateurs de Jean-Luc Mélenchon, rencontrer Leiji Matsumoto (1938-2023, créateur d’Albator), et enfin se déguiser en Albator. Au milieu de ces histoires, se trouve le récit le plus long : une parodie de nature politique, mettant en scène le grand cerceau européen, un projet pour sauver l’Union et l’économie européennes, mais personne ne sait vraiment comment ni pourquoi, et personne ne sait non plus qui en a eu l’idée le premier. Certains politiques sont aisément identifiables : Hollande, DSK, Sarkozy. La nature composite de l’ouvrage implique que le lecteur appréciera plus certains récits que d’autres. Il peut en particulier être déconcerté par la longueur du Grand cerceau européen, c’est-à-dire vingt-neuf pages, et sa nature satirique sur un projet politique aussi artificiel qu’absurde, que personne ne comprend, à commencer par le président de la France lui-même, ses conseillers, et même son créateur. L’auteur réalise des dessins caricaturaux : le lecteur peut bien ressentir son mépris pour Nicolas Sarkozy et sa nervosité, pour François Hollande et sa placidité, pour Dominique Strauss-Kahn et sa libido hors de contrôle. Berberian réalise des cases sans bordure, avec un trait de contour sec et très fin, des lavis de gris, et quelques apparitions de couleur qui tranchent fortement avec le reste. Il s’amuse à mêler des faits d’actualité avec des inventions loufoques. Dans la première catégorie : les conseillers en communication, DSK en éminence grise et ses affaires de nature sexuelle, les interviews de David Pujadas, le recours à des agences de communication, le lien entre Hollande et Ségolène Royal, les liens entre Sarkozy et Bachar al-Hassad. Dans la deuxième : le grand cerceau européen lui-même, l’amour de DSK pour le tiramisu, la chanson de Hollande pour le grand cerceau, l’attraction irrépressible d’Angela Merkel pour Hollande, l’expérience de DSK avec un aspirateur, etc. En fonction de ses attentes, le lecteur pourra être hilare devant l’inventivité et l’humour absurde, ou bien se lasser d’avoir la sensation d’une blague potache étirée pendant trop de pages. Au cours des pages, le lecteur va donc passer d’un type de récit à un autre assez différent, et rencontrer également des illustrations indépendantes. La première en pleine page : trois passants dans une rue calme, en nuances de gris, la fresque murale ressortant grâce à ses couleurs. Puis une illustration en double page, des personnes faisant la queue pour recevoir une dose de justice dans une soupe populaire, avec le diable surveillant l’opération. Un homme passant devant une station-service dont le toit est occupé par un immense chat. Deux jeunes adultes installés à la terrasse d’un café à la nuit tombante, chaque absorbé dans la consultation de son écran, avec le titre : La vie de bohême. Une série de vingt dessins, dont quatre en couleurs, croquant des moments de la vie quotidienne dans différentes villes, faisant apparaître la diversité des individus, le contraste entre la situation de certains d’eux, des faits sociétaux. Puis encore quatre autres au pinceau plus loin sur une même page, et une dernière illustration en pleine page. En fonction de sa sensibilité, le lecteur peut percevoir ces images comme une façon d’augmenter la pagination, ou bien une façon de faire ressortir la capacité d’observation de l’artiste, et les différentes techniques qu’il utilise. Il est également possible d’envisager les récits dans lesquels l’auteur se met en scène comme d’un côté un commentaire sur la société dans laquelle il évolue à l’époque, et également un commentaire sur lui-même. Dans le premier registre, il tourne en dérision le monde de l’édition et l’importance accordée au paraître et à la réputation. Sous sa plume, l’éditeur apparaît suffisant, Van Glüten est un vieux beau. La jeune éditrice Lizzy annonce explicitement qu’elle n’en est pas vraiment une, qu’elle est la fille de l’actionnaire principal de la boîte : le dessinateur sait la rendre immédiatement sympathique avec son visage franc, ses vêtements amples pour masquer pour partie son surpoids, sa façon d’apprécier la vie. Le chapitre sur les riches fonctionne très bien sur le plan de l’humour, en revanche le récit est trop dans l’exagération pour être une critique légitime. Le reportage sur l’équipe de Mélenchon utilise des cases plus petites et carrées, avec une variété des personnes interviewées qui en fait un vrai reportage. Les deux pages mettant en scène Sylvio Berlusconi s’inscrivent également dans le domaine du sketch absurde. L’apparition de Leiji Matsumoto met en avant l’importance accordée à ce mangaka dans le monde de la bande dessinée. L’histoire finale permet de retrouver Lizzy avec Charles, pour une autre critique sociale sur le milieu artistique, avec une touche d’humanisme et d’autodérision. En effet, l’auteur se met en scène avec autodérision. Cela commence avec son manque de succès économique depuis la dissolution de son duo avec Philippe Dupuy, et sa propension à se montrer insolent, voire violent, envers les riches et puissants. Puis vient son attitude de fan vis-à-vis de Marcel Gotlib et la fierté de travailler dans son magazine, même s’il ne le rencontre pas, et une autre histoire entièrement fictionnelle et totalement honnête quant à son amour pour les Monty Python. Vient ensuite son mépris pour les riches, son admiration pour l’équipe de Mélenchon, sa prise de recul sur les réseaux sociaux et les vidéos qui reçoivent énormément d’appréciations, et enfin sa prestation en Albator. Il apparaît comme un être humain modeste, conscient de ses limites, et par voie de conséquence tout aussi conscient des défauts des autres et du ridicule inhérent à toute personne qui souhaite paraître. Il retrouve ces caractéristiques et ses qualités dans les autres histoires où il ne se met pas en scène : une critique de la gestion des ressources humaines comme des individus jetables, l’utilisation des réseaux sociaux par une personne à la rue, renvoyant le passant à sa solitude, une autre nouvelle du monde sur la guerre, et le thème du quart d’heure de postérité. Un recueil d’histoires courtes de l’auteur, mêlant autofiction et fiction pure, avec une bonne dose d’humour alliant autodérision et absurde, avec une critique sociale premier degré, et une tendance à l’inventivité débridée. Une narration visuelle claire allant de dessins aux contours secs et fins à une histoire en deux pages à l’aquarelle, avec un sens personnel de la caricature. Une compilation de bric et de broc, et des récits qui exhalent tous la personnalité de leur auteur. Sympathique et drôle.
La Vie passionnée de Thérèse d'Avila
Pas vraiment convaincue par cet album. Ces petits épisodes mettant en scène Thérèse d’Avila se veulent drôles et irrévérencieux. J’ai vraiment eu du mal à adhérer. L’humour m’a paru forcé, un brin répétitif et verbeux, le côté iconoclaste dilué dans l’absurde. Peut-être n’étais-je pas dans le meilleur jour pour apprécier. Parce que je reconnais que Claire Bretécher est certes une pionnière de la bd. Je la trouvais plus drôle dans sa série des frustrés, dont je lisais des extraits de loin en loin il y a longtemps. De plus son dessin si caractéristique est à mes yeux bien meilleur sans la colorisation présente ici.
Foc
FOC est une BD des années 80, parue en 4 tomes. L'action se déroule au Moyen-Âge, en pleine inquisition. C'est à priori dans le royaume de France (pays d'Oc). L'histoire est assez confuse/difficile à comprendre: comme l'ont expliqué d'autres personnes avant moi, l'insertion des dialogues est tout sauf claire, les séquences nocturnes sont illisibles, on passe souvent d'une perspective à une autre sans transition ni vraie cohérence. On a d'un côté des humains violents et intégristes (croisés, inquisiteurs), des paysans en pleine révolte, des lépreux, et des extra-terrestres tout moches (imaginez une sorte de hiboux végétal habillé de guenilles) qui sautent d'un corps à l'autre pour survivre, parfois en éliminant leur hôte. J'avoue n'y avoir rien compris. En plus il y a énormément de violence gratuite et graphique. C'est très poisseux dans l'aspect et les dessins. Dessins de qualité par ailleurs. Mais bon, au final, je n'ai franchement pas aimé. Ajoutons à cela que la série n'est pas terminée, mais bien abandonnée: rien n'était résolu, et un cinquième tome, "le ciboire aux aigues marines" était même annoncé.
Le Pouvoir des innocents
Les dessins, les personnages, les couleurs et l'histoire ? Tout me va. Le trait aérien me rappelle celui de la série Jeremiah, mais le récit tient bien mieux la route et puis, si j'ai découvert Jeremiah avant, le style graphique du pouvoir des innocents me semble plus abouti. On empoigne la réalité, être dedans sans y sombrer, danser avec elle. Ni la ligne claire je suis une trace, ni je hachure sombrement comme on découperait le monde en tranches expressionniste, il y a là un équilibre dynamique entre les deux, quelque chose qui fait danser le regard. Et quel titre accrocheur et beau que "Le pouvoir des innocents" ! Il y a des traumatisés, de la violence, un leader charismatique et gentil soit une veille dame qu'on aimerait tous avoir comme mamie, professeur ou n'importe quoi d'autre, d'ailleurs… On a envie de croire qu'il suffirait de pas grand-chose, de la coalisions des bonnes volontés des "innocents" pour que le monde devienne meilleur, avec un mélange de changement de pouvoir démocratique et de manière de vivre plus solidaire…. non pas extorqué par la culpabilité mais grâce à l'exemple de quelques-uns, capable de nous renvoyer à notre capacité d'empathie.
Decorum
J'ai lu cette série (enfin surtout le tome 1, j'ai arrêté au cours du tome 2) parce qu'il y avait le nom du scénariste Jonathan Hickman sur la couverture. Cela m'intriguait car il est considéré comme un bon scénariste par plusieurs fans de comics books américains sur internet alors que le peu que j'avais lu de lui il y a longtemps ne m'a pas impressionné. Je me suis dit que cette série était une bonne opportunité pour mieux le connaitre…et après lecture je pense que je vais continuer d'ignorer toutes ses œuvres que je n'ai pas lues. C'est dommage parce que le dessin est vraiment très beau et on voit que les auteurs ont fait des efforts pour imaginer cet univers, mais voilà le scénario n’est pas terrible. Il faut savoir qu'il y a plusieurs pages qui expliquent bien ce monde fictif et au lieu de les mettre à la fin de chaque chapitre, comme des bonus, on les met souvent entre deux scènes, cela casse le rythme. Parlant de casser le rythme, il y aussi le fait que les chapitres sont souvent très courts, on dirait presque que chaque scène méritait son propre chapitre ! De plus, l'histoire est vraiment bordélique et décousue. Il n'y a pas grand chose qui a retenu mon attention. J'ai l'impression que c'est encore un récit où on a pris plus d'attention au contenant qu'au contenu. Le dessin est superbe et rien qu'en feuilletant on a envie de lire cette série. Si on prend chaque planche individuellement, on pense qu'on va lire une bonne série, mais si on met toutes les planches ensemble, on se rend compte qu'il y a des problèmes.
Robin - The Boy Wonder
Un Batman qui sort du lot sur la forme. Tout d'abord, ce n'est pas tous les jours qu'un auteur d'origine africaine fait du Batman et j'ai tout de suite aimé son dessin. Je l'ai trouvé dynamique et plus agréable à l'œil que le dessin formaté et sans vie qu'on retrouve dans plein de comics de super-héros modernes. Le scénario est raconté comme un conte et de plus il se passe des choses dans chaque chapitre, on n'a pas l'impression que l'histoire fait du surplace afin d'avoir le nombre minimum de pages requis pour sortir en format paperback. Le scénario est toutefois un peu moins original si on a déjà lu des aventures mettant en vedette Damian, le Robin qui est le fils de Batman et Talia. Il y a rien de nouveau sous le soleil dans le traitement des personnages qu'on aperçoit dans ce récit, mais cela ne m'a pas dérangé parce que c'est bien fait et aussi on voit un aspect de Batman que j'aime bien, à savoir la Bat-family. Pour moi la famille est un thème important de l'univers de Batman et c'est bien exploité ici. Les personnages ne tombent pas dans leurs pires travers (pas de Batman sociopathe par exemple) et il y a un ton optimiste que j'aimerais bien retrouver plus souvent dans les Batman récents. Un bon divertissement.
Leftstar et l'étrange péripétie
Bon, ben mon avis sera court : je n'ai rien compris à cette histoire. Alors bien sur, je vois bien la métaphore de la création, l'envie de se perdre dans son œuvre, mais franchement, je ne vois pas trop ce que le récit raconte. Avoir une thématique c'est bien, mais ça ne suffit pas. Ici elle manque de clarté, sans compter que la BD propose plein de choses peu exploitées : la communication à travers le temps, la création, l'internet (enfin, je crois). Le voyage entre les îles avec la chauve-souris géante laisse aussi perplexe : c'est une manière de symboliser les connections entre site internet, une métaphore de l'isolement des artistes ? J'en sais rien et franchement, j'ai pas envie d'en savoir plus. C'est trop rapide comme récit, trop cryptique (pourquoi quelqu'un s'appelle l'Oracle si elle ne donne aucune prédiction ?) et franchement pas très intéressant même dans la résolution. Le dessin va de pair avec ce récit : un peu bizarre, très carré dans le style, inspiré de manga et d'animés, dynamique et en bichromie qui accentue le coté très artistique de l'ensemble. En somme, ça m'évoque une belle coquille vide qui n'a pas assez de matière pour m'intéresser et semble refuser des clés de lectures immédiates pour qu'on puisse comprendre sans manuel. Pour ma part c'est rangé dans le "m'en fiche", et je vais l'oublier tranquillement. Pas pour moi !