Les aventures de Charlie et Théo, deux enfants issus d'une famille de vétérinaires, qui se retrouvent à résoudre des enquêtes animalières improbables entre grenouilles exotiques, disparitions d'éléphants, trafic d'animaux et protection des écosystèmes.
Même si cela reste clairement une série pensée avant tout pour de jeunes lecteurs autour de 7 à 10 ans, j'ai trouvé l'ensemble plutôt sympathique et plus malin que ce que je craignais au départ. L'idée de départ assez originale : mélanger enquêtes jeunesse et univers vétérinaire apporte un petit angle différent aux habituelles BD de détectives pour enfants. Derrière les intrigues volontairement farfelues, il y a souvent un fond écologique ou animalier plutôt pertinent, autour des espèces menacées, des écosystèmes ou du trafic animal, sans que cela devienne trop pesant.
Le dessin est très simple, rond et coloré, avec un côté très "journal de Mickey" ou dessin animé jeunesse assumé, mais ça fonctionne bien dans ce registre là. Les personnages sont immédiatement identifiables, les albums se lisent facilement et le ton reste léger et dynamique.
Les scénarios reposent évidemment sur beaucoup de facilités et certaines situations sont très tirées par les cheveux, mais j'ai été surpris de voir que les enquêtes ne se laissent pas toujours deviner immédiatement. Certaines attisent même un peu la curiosité et tiennent relativement la route dans leur logique interne, même si les résolutions restent forcément très enfantines et simplifiées.
Ce n'est pas une série que j'aborderais avec les mêmes attentes qu'une BD tout public ou adulte évidemment, mais dans son créneau petite jeunesse, j'ai trouvé ça plutôt efficace et suffisamment inventif pour passer un bon moment.
Voici l'ultime œuvre de Richard Corben, et comme souvent, celle-ci reprend tous les codes du récit d'horreur. On va y retrouver une forêt inquiétante, une sordide demeure, un sinistre cimetière, des monstres horribles et une jeune femme au milieu de cet imbroglio. La touche de nouveauté sera ce champignon aux effets destructeurs. Je disais donc la dernière œuvre de Corben, il n'a pas pu la terminer complètement puisque Beth Corben Reed et José Villarrubia réaliseront la colorisation des pages 98 à 120 (on ne s'aperçoit pas du passage de témoin).
Un déroulé très classique qui ne surprendra guère les aficionados du genre. Le rythme et les rebondissements (souvent prévisibles) sont maîtrisés. Par contre, la narration est à l'ancienne avec ce petit goût désuet des années 70, ce qui pourra en rebuter certains.
Il fallait bien que notre héroïne se retrouve les seins à l'air (le pêcher mignon de Corben) ce qui déclenchera la seule touche d'humour de l'album : « heureusement je n'ai pas perdu mon pantalon ».
Pour ses dernières planches, Richard Corben nous fait étalage de son talent. Un style inimitable qui m'émerveille à chaque fois. Toujours ces visages expressifs taillés dans un rectangle et ces corps aux postures théâtrales et parfois improbables. Les couleurs made in Corben sont un ravissement. Cette fois-ci la mise en page est plus éclatée que d'ordinaire.
Le GROS point fort de ce comics.
On est loin du chef-d’œuvre, mais je conseille aux inconditionnels du Maître.
Le récit personnel de l'auteur qui revient s'installer dans ses Landes natales pour retaper une ancienne métairie et y construire, saison après saison, une vie plus proche de la terre, entre travaux agricoles, apprentissage des gestes ruraux et réflexion sur sa place dans ce monde.
C'est un album qui marque surtout par son ambiance et son dessin, que j'ai trouvé élégant et évocateur. Le trait est simple mais assuré, avec des paysages de campagne et de nature bien rendus, une vraie douceur dans les couleurs et une atmosphère globale qui colle à cette idée de retour à la terre. Visuellement, j'ai trouvé ça réussi et assez apaisant.
Sur le fond, le propos me parle beaucoup. Cette envie de revenir à une vie plus proche de la nature, de retaper une ferme, de tendre vers une forme d'autonomie et d'harmonie avec le vivant fait écho à quelque chose que je partage. L'album montre bien aussi, à travers ce quotidien de travaux, de saisons et de transmissions, à quel point ce type de projet est à la fois riche de sens mais aussi très exigeant. Il y a quelque chose d'intimidant dans ce qu'il implique concrètement, surtout quand on n'a pas déjà les bases ou un entourage qui maîtrise ces savoir-faire, comme l'auteur.
En revanche, j'ai eu plus de mal avec la forme du récit. Le texte est très présent, parfois presque trop explicatif, avec un côté journal de bord ou réflexion continue sur ce qu'il faut faire et pourquoi, qui m'a parfois donné l'impression d'un déroulé un peu didactique. A l'inverse, certains passages sont très introspectifs ou philosophiques, mais au détriment d'une narration vraiment incarnée ou fluide. Du coup, j'ai régulièrement décroché, malgré mon intérêt pour le sujet.
J'ai trouvé ça beau et sincère, avec un vrai sujet et une vraie cohérence, mais la lecture m'a paru assez laborieuse car il manque une vraie histoire plutôt qu'une forme de contemplation mi explicative mi philosophique.
La Gosse est à l’origine un récit autobiographique dans lequel Nadia Daam parle de sa relation avec sa fille, qu’elle élève seule depuis sa séparation avec le père de celle-ci. L’histoire débute au moment du décès du père en question et se découpe en de multiples chapitres de longueurs variées. Dans ceux-ci l’autrice aborde différents sujets avec un regard naturellement féminin.
Cati Baur adapte ce récit avec beaucoup de talent, parvenant à offrir une mise en page variée et inventive alors que le sujet tourne très vite autour des mêmes questionnements, des mêmes thématiques. C’est vivant, tendre, enjoué, empli d’émotions.
Je suis de sexe masculin et je n’ai pas d’enfant. La vision qu’offre Nadia Daam de sa relation avec sa fille aurait donc pu très largement me passer au-dessus de la tête, mais grâce à la mise en page de Cati Baur, je me suis pris au jeu. J’ai écouté cette mère inquiète pour sa fille, désireuse de l’accompagner au mieux, pas parfaite, consciente de ses limites ou de ses incohérences. J’ai trouvé ce récit aussi sincère qu’instructif. Plus que « La Gosse », j’aurais d’ailleurs appelé ce récit « Une Mère » tant le sujet, pour moi, est bien plus la mère que la fille. Il est, en tous les cas éclairant même si, comme le dit l’autrice, cette famille ne peut représenter une généralité… mais toute famille n’est-elle pas unique ? Ce que l’on transmet dépend de ce qu’on a vécu, de la manière dont on l’a vécu, de notre sexe, de notre époque, de notre classe sociale. Ce récit est donc celui d’une mère, avec son histoire, son passé, ses angoisses, sa culture, son intelligence. C’est un témoignage touchant de sincérité.
Vraiment pas mal du tout, alors que la thématique aurait vraiment très rapidement pu m’endormir. Une lecture que je conseille très vivement aux personnes intéressées par ce sujet… et que je ne déconseillerai certainement pas aux autres (dont je faisais partie).
Une autobiographie des dernières années et jours d'un dessinateur génial... en bande dessinée. Inclassable, délirant, émouvant, c'est beau et les mots nous manquent a tous...
Je ne conseille ni la lecture ni l'achat sauf qu'aux inconditionnels de Moebius. Les dessins et les textes sont improvisés, spontanés, surtout au commencement. Mais l'édition est vraiment belle!
L'autobiographie peut souvent tomber dans un exercice de justification personnelle ou d'hypocrisie. Ce n'est pas le cas ici, je crois. Après tant d'années, j'aime de plus en plus ces livres. C'est Giraud/Moebius dans sa sincérité la plus dénudée. J'avais lu des interviews peu de temps avant : ses peurs et ses émois, ses passions et ses plaisirs, ses renoncements et ses regrets aussi. Tout cela se retrouve transposé dans cette œuvre, à travers les dessins, et c'est ici le plus important, je pense !
Comme cela arrive à beaucoup de lecteurs, c'est ma série préférée de Bilal. Après avoir tout lu de sa collaboration avec Christin, ce fut un choc esthétique et libérateur de découvrir Alcide Nikopol, Jill Bioskop et toute la faune humaine et extraterrestre des histoires.
J'ai regardé Paris et Londres différemment et j'ai commencé à dessiner automatiquement des profils bilaliens partout.
Froid Équateur ne m'a plus impressionné autant, je commençais à devenir immunisé, peut-être...
P. S. mon exemplaire de «Libération» du 14 octobre 1993 commence à montrer son âge.
Un one-shot que j'ai trouvé franchement bof.
Oui, le dessin de Claudio Castellini est beau à admirer, mais c'est à peu près la seule qualité de l'album. Heureusement d'ailleurs que Panini a publié une version en noir et blanc parce que cela permet de bien admirer le travail du dessinateur italien. Je suis allé voir sur internet à quoi ressemblait la version originale en couleur et mon dieu que c'est laid. Je pense que si Panini avait publié cette version, j'aurais surement mis 1 étoile parce que c'est limite illisible.
Sinon, le scénario imaginé par Ron Marz est creux et banal. Ça finit par virer en suites de scènes bastons entre personnages que je ne connais pas hormis le Silver Surfer qui ne m'a jamais trop attiré. Je comprends que le récit était juste une excuse pour que Castellini montre son talent, mais pour moi dans une BD le dessin ET le scénario sont important. Si tout ce qui compte s'est le dessin, autant juste acheter un artbook. Je ne vois pas trop l'intérêt de lire une bd uniquement pour le dessin, ça voudrait bien que c'est pas grave si le scénario est nul, incompréhensible ou bâclé, tout ce qui compte s'est qu'il y a des jolies cases à admirer.
Bien que j'aime posséder cet album, je reconnais qu'il intéresse surtout les vieux nostalgiques comme moi. Le terme "archives" a tout son sens : des gags sympathiques et des dessins vieillots qui capteraient difficilement aujourd'hui l'attention des jeunes. Parmi les dessins, ceux d'Uderzo se distinguent déjà, bien que Bob de Moor me plaise aussi. En revanche, Bissot ou Angenot sont vraiment très basiques. Le dossier initial est intéressant et très instructif sur le plan historique.
Moi aussi je ne suis pas particulièrement attiré par le personnage de Docteur Strange même si j'ai apprécié certaines de ses aventures, notamment celles dessinés par Steve Ditko et Marie Severin.
Ce one-shot avait attiré mon attention à cause de son beau dessin qui me rappelle une version modernisé du Docteur Strange de Ditko. Il faut savoir que le personnage est devenu populaire uniquement grâce au design étrange de Ditko et le scénario était presque facultatif. Heureusement, il y a un vrai scénario dans cette minisérie et c''est pas juste une suite de scènes cosmiques qui servent de prétexte pour que l'auteur montre qu'il sait bien dessiner. Il y a un histoire très dense qui brasse plusieurs thèmes. Peut-être même un peu trop parce que c'est facile de s'y perdre. Il faut vraiment rester concentré, rien que mal lire une ou deux cases peut vous faire perdre le cours du récit !
Un album qui sort du lot des récits de super-héros habituel. Sans avoir été enthousiasmé au point d'avoir trouver le récit exceptionnel, c'est à lire au moins une fois si on veut découvrir quelque chose de différent qui vient de chez Marvel.
Cette fiction adaptée du best-seller empruntant à des faits historiques nous plonge dans les coulisses du Kremlin, au moment où Poutine succède à Boris Elstine, après sa démission après huit années de présidence. Vladimir Baranov, le protagoniste principal a bien existé mais fut plutôt inspiré par Vladislav Sourkov que Baranov, qui lui n’a jamais fréquenté les instances du pouvoir russe. On assiste ainsi au moment où l’homme rencontre pour la première fois le futur maître du Kremlin. Lors de cet échange, Poutine adoube Baranov en lui proposant d’être son éminence grise, mais on comprend vite que celui qui sera bientôt surnommé « le tsar », n’est pas du genre à s’en laisser conter. Ici, Jacamon a su parfaitement reproduire et souligner son regard d’acier, reflétant son absence totale d’états d’âme, comme on pourra s’en rendre compte dans la suite du récit.
Entre les deux hommes, on sent une sorte de fascination réciproque. Baranov est un type brillant, issu du monde du spectacle, qui connaît parfaitement les rouages de la manipulation et possède l’éloquence. Poutine sent très vite le bénéfice qu’il tirerait de l’avoir à ses côtés, mais pour cela, il n’hésitera pas à imposer ses conditions : Baranov devra travailler « exclusivement » pour lui !
Sous les traits de Jacamon, Baranov apparaît comme un personnage totalement romanesque et séducteur, qui aspire à faire partie des hautes sphères du pouvoir. Son regard bleu acier, à l’instar de Poutine, évoque celui des loups, des animaux que le co-auteur du « Tueur » utilise avec pertinence comme métaphore tout au long du récit. Mais Baranov, contrairement au dictateur, a des états d’âme, lesquels contribueront à son éviction… le conseiller de l’ombre, perdra les faveurs du chef et finira par démissionner, comme « ces loups qui abandonnent la meute sans raison apparente »…
Dans cette adaptation plutôt fluide, les dialogues restent de haut vol et la réflexion sur le pouvoir passionnante. On ne doute pas de la réalité dépeinte dans une séquence saisissante où Baranov visite les bureaux de Prigojine, propagandiste et chef du groupe Wagner de sinistre mémoire. Comme on le voit, les Russes avaient depuis longtemps compris comment ils pouvaient agir sur la géopolitique via les réseaux sociaux en créant leurs « usines à trolls ».
Le dessin réaliste de Luc Jacamon, non dénué d’un certain académisme, recèle une finesse dans le trait, avec une maîtrise des effets visuels et de la couleur qui révèle l’étendue de son talent. Les premières scènes se déroulant dans les paysages de Sibérie sont particulièrement réussies.
Alors que le « tsar » est dans la vingt-sixième année de son règne sans partage, « Le Mage de Kremlin » n’est pas de nature à nous rassurer sur ses intentions, notamment en ce qui concerne la guerre en Ukraine, dont nous saisissons ici les raisons. Mais en basant son histoire sur des faits réels, da Empoli s’est efforcé dans une tonalité littéraire de nous livrer une reconstitution fidèle de cette plongée au cœur du pouvoir russe, qui fait froid dans le dos, certes, mais demeure instructive pour tenter de comprendre ce qui se passe dans la tête d’un autocrate tel que Poutine.
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Les P'tits Vétos dingos
Les aventures de Charlie et Théo, deux enfants issus d'une famille de vétérinaires, qui se retrouvent à résoudre des enquêtes animalières improbables entre grenouilles exotiques, disparitions d'éléphants, trafic d'animaux et protection des écosystèmes. Même si cela reste clairement une série pensée avant tout pour de jeunes lecteurs autour de 7 à 10 ans, j'ai trouvé l'ensemble plutôt sympathique et plus malin que ce que je craignais au départ. L'idée de départ assez originale : mélanger enquêtes jeunesse et univers vétérinaire apporte un petit angle différent aux habituelles BD de détectives pour enfants. Derrière les intrigues volontairement farfelues, il y a souvent un fond écologique ou animalier plutôt pertinent, autour des espèces menacées, des écosystèmes ou du trafic animal, sans que cela devienne trop pesant. Le dessin est très simple, rond et coloré, avec un côté très "journal de Mickey" ou dessin animé jeunesse assumé, mais ça fonctionne bien dans ce registre là. Les personnages sont immédiatement identifiables, les albums se lisent facilement et le ton reste léger et dynamique. Les scénarios reposent évidemment sur beaucoup de facilités et certaines situations sont très tirées par les cheveux, mais j'ai été surpris de voir que les enquêtes ne se laissent pas toujours deviner immédiatement. Certaines attisent même un peu la curiosité et tiennent relativement la route dans leur logique interne, même si les résolutions restent forcément très enfantines et simplifiées. Ce n'est pas une série que j'aborderais avec les mêmes attentes qu'une BD tout public ou adulte évidemment, mais dans son créneau petite jeunesse, j'ai trouvé ça plutôt efficace et suffisamment inventif pour passer un bon moment.
Dimwood
Voici l'ultime œuvre de Richard Corben, et comme souvent, celle-ci reprend tous les codes du récit d'horreur. On va y retrouver une forêt inquiétante, une sordide demeure, un sinistre cimetière, des monstres horribles et une jeune femme au milieu de cet imbroglio. La touche de nouveauté sera ce champignon aux effets destructeurs. Je disais donc la dernière œuvre de Corben, il n'a pas pu la terminer complètement puisque Beth Corben Reed et José Villarrubia réaliseront la colorisation des pages 98 à 120 (on ne s'aperçoit pas du passage de témoin). Un déroulé très classique qui ne surprendra guère les aficionados du genre. Le rythme et les rebondissements (souvent prévisibles) sont maîtrisés. Par contre, la narration est à l'ancienne avec ce petit goût désuet des années 70, ce qui pourra en rebuter certains. Il fallait bien que notre héroïne se retrouve les seins à l'air (le pêcher mignon de Corben) ce qui déclenchera la seule touche d'humour de l'album : « heureusement je n'ai pas perdu mon pantalon ». Pour ses dernières planches, Richard Corben nous fait étalage de son talent. Un style inimitable qui m'émerveille à chaque fois. Toujours ces visages expressifs taillés dans un rectangle et ces corps aux postures théâtrales et parfois improbables. Les couleurs made in Corben sont un ravissement. Cette fois-ci la mise en page est plus éclatée que d'ordinaire. Le GROS point fort de ce comics. On est loin du chef-d’œuvre, mais je conseille aux inconditionnels du Maître.
J'ai toujours rêvé d'être un fermier
Le récit personnel de l'auteur qui revient s'installer dans ses Landes natales pour retaper une ancienne métairie et y construire, saison après saison, une vie plus proche de la terre, entre travaux agricoles, apprentissage des gestes ruraux et réflexion sur sa place dans ce monde. C'est un album qui marque surtout par son ambiance et son dessin, que j'ai trouvé élégant et évocateur. Le trait est simple mais assuré, avec des paysages de campagne et de nature bien rendus, une vraie douceur dans les couleurs et une atmosphère globale qui colle à cette idée de retour à la terre. Visuellement, j'ai trouvé ça réussi et assez apaisant. Sur le fond, le propos me parle beaucoup. Cette envie de revenir à une vie plus proche de la nature, de retaper une ferme, de tendre vers une forme d'autonomie et d'harmonie avec le vivant fait écho à quelque chose que je partage. L'album montre bien aussi, à travers ce quotidien de travaux, de saisons et de transmissions, à quel point ce type de projet est à la fois riche de sens mais aussi très exigeant. Il y a quelque chose d'intimidant dans ce qu'il implique concrètement, surtout quand on n'a pas déjà les bases ou un entourage qui maîtrise ces savoir-faire, comme l'auteur. En revanche, j'ai eu plus de mal avec la forme du récit. Le texte est très présent, parfois presque trop explicatif, avec un côté journal de bord ou réflexion continue sur ce qu'il faut faire et pourquoi, qui m'a parfois donné l'impression d'un déroulé un peu didactique. A l'inverse, certains passages sont très introspectifs ou philosophiques, mais au détriment d'une narration vraiment incarnée ou fluide. Du coup, j'ai régulièrement décroché, malgré mon intérêt pour le sujet. J'ai trouvé ça beau et sincère, avec un vrai sujet et une vraie cohérence, mais la lecture m'a paru assez laborieuse car il manque une vraie histoire plutôt qu'une forme de contemplation mi explicative mi philosophique.
La Gosse
La Gosse est à l’origine un récit autobiographique dans lequel Nadia Daam parle de sa relation avec sa fille, qu’elle élève seule depuis sa séparation avec le père de celle-ci. L’histoire débute au moment du décès du père en question et se découpe en de multiples chapitres de longueurs variées. Dans ceux-ci l’autrice aborde différents sujets avec un regard naturellement féminin. Cati Baur adapte ce récit avec beaucoup de talent, parvenant à offrir une mise en page variée et inventive alors que le sujet tourne très vite autour des mêmes questionnements, des mêmes thématiques. C’est vivant, tendre, enjoué, empli d’émotions. Je suis de sexe masculin et je n’ai pas d’enfant. La vision qu’offre Nadia Daam de sa relation avec sa fille aurait donc pu très largement me passer au-dessus de la tête, mais grâce à la mise en page de Cati Baur, je me suis pris au jeu. J’ai écouté cette mère inquiète pour sa fille, désireuse de l’accompagner au mieux, pas parfaite, consciente de ses limites ou de ses incohérences. J’ai trouvé ce récit aussi sincère qu’instructif. Plus que « La Gosse », j’aurais d’ailleurs appelé ce récit « Une Mère » tant le sujet, pour moi, est bien plus la mère que la fille. Il est, en tous les cas éclairant même si, comme le dit l’autrice, cette famille ne peut représenter une généralité… mais toute famille n’est-elle pas unique ? Ce que l’on transmet dépend de ce qu’on a vécu, de la manière dont on l’a vécu, de notre sexe, de notre époque, de notre classe sociale. Ce récit est donc celui d’une mère, avec son histoire, son passé, ses angoisses, sa culture, son intelligence. C’est un témoignage touchant de sincérité. Vraiment pas mal du tout, alors que la thématique aurait vraiment très rapidement pu m’endormir. Une lecture que je conseille très vivement aux personnes intéressées par ce sujet… et que je ne déconseillerai certainement pas aux autres (dont je faisais partie).
Inside Moebius
Une autobiographie des dernières années et jours d'un dessinateur génial... en bande dessinée. Inclassable, délirant, émouvant, c'est beau et les mots nous manquent a tous... Je ne conseille ni la lecture ni l'achat sauf qu'aux inconditionnels de Moebius. Les dessins et les textes sont improvisés, spontanés, surtout au commencement. Mais l'édition est vraiment belle! L'autobiographie peut souvent tomber dans un exercice de justification personnelle ou d'hypocrisie. Ce n'est pas le cas ici, je crois. Après tant d'années, j'aime de plus en plus ces livres. C'est Giraud/Moebius dans sa sincérité la plus dénudée. J'avais lu des interviews peu de temps avant : ses peurs et ses émois, ses passions et ses plaisirs, ses renoncements et ses regrets aussi. Tout cela se retrouve transposé dans cette œuvre, à travers les dessins, et c'est ici le plus important, je pense !
La Trilogie Nikopol
Comme cela arrive à beaucoup de lecteurs, c'est ma série préférée de Bilal. Après avoir tout lu de sa collaboration avec Christin, ce fut un choc esthétique et libérateur de découvrir Alcide Nikopol, Jill Bioskop et toute la faune humaine et extraterrestre des histoires. J'ai regardé Paris et Londres différemment et j'ai commencé à dessiner automatiquement des profils bilaliens partout. Froid Équateur ne m'a plus impressionné autant, je commençais à devenir immunisé, peut-être... P. S. mon exemplaire de «Libération» du 14 octobre 1993 commence à montrer son âge.
Silver Surfer - L'Obscure Clarté des étoiles
Un one-shot que j'ai trouvé franchement bof. Oui, le dessin de Claudio Castellini est beau à admirer, mais c'est à peu près la seule qualité de l'album. Heureusement d'ailleurs que Panini a publié une version en noir et blanc parce que cela permet de bien admirer le travail du dessinateur italien. Je suis allé voir sur internet à quoi ressemblait la version originale en couleur et mon dieu que c'est laid. Je pense que si Panini avait publié cette version, j'aurais surement mis 1 étoile parce que c'est limite illisible. Sinon, le scénario imaginé par Ron Marz est creux et banal. Ça finit par virer en suites de scènes bastons entre personnages que je ne connais pas hormis le Silver Surfer qui ne m'a jamais trop attiré. Je comprends que le récit était juste une excuse pour que Castellini montre son talent, mais pour moi dans une BD le dessin ET le scénario sont important. Si tout ce qui compte s'est le dessin, autant juste acheter un artbook. Je ne vois pas trop l'intérêt de lire une bd uniquement pour le dessin, ça voudrait bien que c'est pas grave si le scénario est nul, incompréhensible ou bâclé, tout ce qui compte s'est qu'il y a des jolies cases à admirer.
Les Archives Goscinny - Le journal Tintin 1956-1961
Bien que j'aime posséder cet album, je reconnais qu'il intéresse surtout les vieux nostalgiques comme moi. Le terme "archives" a tout son sens : des gags sympathiques et des dessins vieillots qui capteraient difficilement aujourd'hui l'attention des jeunes. Parmi les dessins, ceux d'Uderzo se distinguent déjà, bien que Bob de Moor me plaise aussi. En revanche, Bissot ou Angenot sont vraiment très basiques. Le dossier initial est intéressant et très instructif sur le plan historique.
Doctor Strange - Fall Sunrise
Moi aussi je ne suis pas particulièrement attiré par le personnage de Docteur Strange même si j'ai apprécié certaines de ses aventures, notamment celles dessinés par Steve Ditko et Marie Severin. Ce one-shot avait attiré mon attention à cause de son beau dessin qui me rappelle une version modernisé du Docteur Strange de Ditko. Il faut savoir que le personnage est devenu populaire uniquement grâce au design étrange de Ditko et le scénario était presque facultatif. Heureusement, il y a un vrai scénario dans cette minisérie et c''est pas juste une suite de scènes cosmiques qui servent de prétexte pour que l'auteur montre qu'il sait bien dessiner. Il y a un histoire très dense qui brasse plusieurs thèmes. Peut-être même un peu trop parce que c'est facile de s'y perdre. Il faut vraiment rester concentré, rien que mal lire une ou deux cases peut vous faire perdre le cours du récit ! Un album qui sort du lot des récits de super-héros habituel. Sans avoir été enthousiasmé au point d'avoir trouver le récit exceptionnel, c'est à lire au moins une fois si on veut découvrir quelque chose de différent qui vient de chez Marvel.
Le Mage du Kremlin
Cette fiction adaptée du best-seller empruntant à des faits historiques nous plonge dans les coulisses du Kremlin, au moment où Poutine succède à Boris Elstine, après sa démission après huit années de présidence. Vladimir Baranov, le protagoniste principal a bien existé mais fut plutôt inspiré par Vladislav Sourkov que Baranov, qui lui n’a jamais fréquenté les instances du pouvoir russe. On assiste ainsi au moment où l’homme rencontre pour la première fois le futur maître du Kremlin. Lors de cet échange, Poutine adoube Baranov en lui proposant d’être son éminence grise, mais on comprend vite que celui qui sera bientôt surnommé « le tsar », n’est pas du genre à s’en laisser conter. Ici, Jacamon a su parfaitement reproduire et souligner son regard d’acier, reflétant son absence totale d’états d’âme, comme on pourra s’en rendre compte dans la suite du récit. Entre les deux hommes, on sent une sorte de fascination réciproque. Baranov est un type brillant, issu du monde du spectacle, qui connaît parfaitement les rouages de la manipulation et possède l’éloquence. Poutine sent très vite le bénéfice qu’il tirerait de l’avoir à ses côtés, mais pour cela, il n’hésitera pas à imposer ses conditions : Baranov devra travailler « exclusivement » pour lui ! Sous les traits de Jacamon, Baranov apparaît comme un personnage totalement romanesque et séducteur, qui aspire à faire partie des hautes sphères du pouvoir. Son regard bleu acier, à l’instar de Poutine, évoque celui des loups, des animaux que le co-auteur du « Tueur » utilise avec pertinence comme métaphore tout au long du récit. Mais Baranov, contrairement au dictateur, a des états d’âme, lesquels contribueront à son éviction… le conseiller de l’ombre, perdra les faveurs du chef et finira par démissionner, comme « ces loups qui abandonnent la meute sans raison apparente »… Dans cette adaptation plutôt fluide, les dialogues restent de haut vol et la réflexion sur le pouvoir passionnante. On ne doute pas de la réalité dépeinte dans une séquence saisissante où Baranov visite les bureaux de Prigojine, propagandiste et chef du groupe Wagner de sinistre mémoire. Comme on le voit, les Russes avaient depuis longtemps compris comment ils pouvaient agir sur la géopolitique via les réseaux sociaux en créant leurs « usines à trolls ». Le dessin réaliste de Luc Jacamon, non dénué d’un certain académisme, recèle une finesse dans le trait, avec une maîtrise des effets visuels et de la couleur qui révèle l’étendue de son talent. Les premières scènes se déroulant dans les paysages de Sibérie sont particulièrement réussies. Alors que le « tsar » est dans la vingt-sixième année de son règne sans partage, « Le Mage de Kremlin » n’est pas de nature à nous rassurer sur ses intentions, notamment en ce qui concerne la guerre en Ukraine, dont nous saisissons ici les raisons. Mais en basant son histoire sur des faits réels, da Empoli s’est efforcé dans une tonalité littéraire de nous livrer une reconstitution fidèle de cette plongée au cœur du pouvoir russe, qui fait froid dans le dos, certes, mais demeure instructive pour tenter de comprendre ce qui se passe dans la tête d’un autocrate tel que Poutine.