Un récit on ne peut plus classique mais qui parvient tout de même à être entraînant.
L'histoire est celle d'un couvent dont le terrain va bientôt se faire racheter pour construire une usine et qui se retrouve, par la force des choses, à devoir gérer une distillerie clandestine et collaborer avec des gangs mafieux pour pouvoir s'en sortir.
Il y a peu de choses à dire sur le diptyque (car encore une fois mine de rien très classique et que je ne voudrais pas me retrouver à tout vous dévoiler) mais le récit reste intéressant. Le cadre trouble du récit, en plein cœur des guerres mafieuses, de la prohibition et des agissements du klan, est idéal pour ce récit qui brille surtout par son rythme vif et son petit côté "explosif" (tout s'enchaîne, se croise et se percute assez rapidement ; en tout cas cela m'emporte dans le récit). Les personnages sont simples mais attachants, on finit par connaître chacune des bonnes sœurs au sein de ce couvent - alors même qu'elles ne possèdent parfois qu'un simple trait de caractère - et le véritable sentiment d'entraide et de protection qui anime cette sororité parvient à rendre le tout assez touchant.
Bon, encore une fois, pas de quoi casser trois pattes à un canard, mais sans être révolutionnaire la lecture est on ne peut plus agréable, et si je regrette certains petits détails de rien du tout comme le fait que les "traits d'ombrages" sur les visages lorsque les personnages sont choqués m'ont semblé détonner avec le dessin et le travail des expressions (que je trouvais pourtant efficace) je n'en reste pas moins satisfaite une fois le dernier album refermé.
Je n'aurais presque pas dit non à une suite.
César est un couillon au mental d'enfant de dix ans, et Brutus n'en peut plus de ses conneries. C'est décidé, il va mettre en place un complot pour l'assassiner, pour le bien de Rome. Sauf que ses complices sont tous aussi couillons.
Je découvre le duo Karibou et Duparcmeur avec cet album, et il donne très envie de lire leurs autres productions. Humour absurde et percutant, élégance du dessin et efficacité de la mise en scène se combinent ici pour un résultat qui m'a fait éclater de rire à de nombreuses reprises.
Graphiquement, on est sur un dessin réaliste, volontairement figé et minimaliste, en bichromie bleutée, utilisant régulièrement l'itération iconique. Les décors sont souvent vides, mais les personnages sont très soignés et très réussis, et leurs airs impassibles accentuent le côté pince-sans-rire de l'humour. Cela rappelle clairement les BD de Fabcaro, et ce choix fonctionne bien ici : le dessin s'efface au profit du texte et renforce même l'absurdité des dialogues par son extrême neutralité. La lecture est fluide, les personnages immédiatement identifiables, et la mise en scène reste claire malgré la simplicité du dispositif.
L'humour repose essentiellement sur l'absurde, les anachronismes et les dialogues. César est constamment en décalage avec les situations, et c'est souvent dans ce contraste que les gags fonctionnent le mieux. J'ai apprécié que l'humour ne repose pas uniquement sur la chute finale, mais aussi sur le déroulement même des scènes et des échanges, avec des situations qui dégénèrent progressivement. Les running gags sont présents mais restent globalement maîtrisés, sans jamais devenir trop lourds.
Tout n'est pas parfaitement équilibré pour autant. La volonté de relier tous ces gags afin d'en faire une histoire continue entraîne quelques baisses de rythme, surtout sur la fin, où l'assassinat s'étire un peu trop. J'ai beaucoup ri sur certains gags et situations, simplement souri sur d'autres, et quelques pages tombent légèrement à plat, mais l'ensemble demeure globalement très réussi.
Si l'on aime l'humour absurde, le contraste entre des personnages très sérieux et des situations loufoques, ainsi qu'une relecture anachronique de l'Histoire, c'est clairement une lecture recommandable.
Un ministre véreux et déconnecté du réel est contraint de démissionner pour une bête histoire de notes de frais un peu trop conséquentes. Le voilà obligé de pointer à Pôle emploi et de s'abaisser au niveau de la plèbe.
Cette BD prend la forme de petits albums souples proposant des gags en quatre cases qui s'articulent, par leur succession, comme une histoire complète à chaque tome.
Le premier est une satire du politicien lui-même : le magouilleur imbu de sa personne, vivant aux frais de la Nation, incapable de faire autre chose que se faire mousser et profiter du système, très au-dessus d'un monde réel avec lequel il n'entretient plus aucun lien. Les figures politiques ayant inspiré ce fameux Henri-Xavier de Lapègre sont nombreuses, mais à la lecture de son portrait, on imagine volontiers un cocktail entre Patrick Balkany et François Fillon, notamment à travers le personnage de son épouse vivant d'un emploi fictif gracieusement offert par son mari.
Le second tome se recentre davantage sur une satire de la politique elle-même, tandis que notre politicien déchu est catapulté dans un petit village de province où il doit briguer un mandat. Cette fois, plus que l'homme, c'est surtout le système électoral, fait de poignées de mains, de meetings et de fausses promesses, qui est tourné en dérision.
Le graphisme, proche du dessin de presse, va à l'essentiel, dans un style certes peu mémorable mais efficace et correctement mis en scène.
Dans l'ensemble, la satire est plaisante et le contraste entre les illusions perdues de ce politicien au caractère bien trempé et la réalité du terrain prête souvent à sourire, voire à rire. Toutefois, au-delà du caractère très convenu de nombreuses idées, caricature oblige, plusieurs gags se révèlent aussi assez répétitifs, ce qui peut finir par lasser sur des albums dépassant les 90 pages. J'ai lu ces volumes comme une moquerie gentiment amusante, avec quelques idées qui font mouche, mais aussi d'autres qui tombent à plat et surprennent peu.
Un récit d'anticipation et dystopique.
Derrière "Les yeux doux" des pin-ups placardées un peu partout en ville, se cachent des caméras qui observent la population. Dans ce futur indéterminé, certains luttent pour faire tomber le système en place qui ne laisse aucune once de liberté.
J'ai aimé la narration dynamique avec ces petits chapitres où des citations servent d'introduction.
J'ai aimé la touche d'humour qui accompagne le récit.
J'ai aimé les personnalités des protagonistes qui les rendent attachants.
J'ai aimé la dénonciation du pouvoir en place qui fait écho à nos sociétés (produire, consommer, contrôler).
J'ai aimé, en tant que petit-fils de mineur, la représentation de la salle des pendus.
J'ai moins aimé la conclusion, elle est trop simpliste et expéditive avec ce goût de guimauve.
J'ai moins aimé le fait de ne pas tout comprendre : l'invisibilité de certains personnages me laisse perplexe.
J'ai aimé le dessin de Michel Colline, il a du cachet. La représentation urbaine dans un style rétro futuriste est superbe. Les bouilles des personnages ne sont pas en reste, elles sont un peu déformées/caricaturées pour refléter leur personnalité.
J'ai aimé la colorisation sombre de Cyril Saint-Blancat, elle donne une atmosphère inquiétante.
Une lecture sympathique.
Jean-Louis Tripp continue son autobiographie en s'attaquant cette fois-ci à son père et la relation souvent compliquée qu'il a eue avec lui.
Le père de Tripp ressemble à de nombreux parents : il y a de bons côtés et l'auteur garde de bons souvenirs, mais il pouvait aussi être un père de mauvaise foi qui n'avait pas le temps de bien élever ses enfants (les parents de Tripp l'ont d'ailleurs eu lorsqu'ils étaient trop jeunes et qui ne savaient pas trop quoi faire avec un bébé) et surtout il a fait partie de ces trop nombreuses générations d'hommes qui ont grandi avec l'idée qu'on doit tout garder en soi-même au lieu de chercher de l'aide.
Tripp est honnête et n'a pas peur de se représenter de manière parfois détestable devant les lecteurs. Il était un enfant turbulent qui aimait bien embêter son petit frère. Au travers la figure de se père à la fois présent et absent, on voit aussi un peu l'histoire familiale de Tripp. Ses parents s'engueulent tout le temps et vont finir par divorcer et à cause de leur comportement le petit Tripp vivra une expérience traumatisante lorsqu'il n'était encore qu'un enfant. Un des moments les plus passionnants de l'album est la conversation entre l'auteur et sa vieille mère qui admet qu'elle et son mari n'étaient pas prêts pour avoir un enfant lorsqu'ils l'ont eu.
C'est vraiment un album passionnant qui se lit facilement malgré le nombre de pages. Le dessin de Tripp est toujours agréable et il recrée bien une France qui n'existe plus.
J’avais découvert Yoann Kavege avec son roman graphique Fantasy, que j’avais beaucoup aimé, donc j’étais assez curieux de lire Moon Deer, sa première bande dessinée. On sent rapidement que l’auteur propose quelque chose de différent : la narration est presque muette et repose essentiellement sur l’image, ce qui demande de se laisser porter plutôt que de chercher une histoire très explicite.
La lecture est très contemplative, avec un rythme lent et une ambiance poétique, presque onirique. J’ai parfois trouvé le récit volontairement flou, mais ça ne m’a pas dérangé : au contraire, ça participe à l’expérience et à l’immersion dans cet univers étrange et spatial. Le dessin et les couleurs jouent un rôle central et racontent beaucoup de choses sans avoir besoin de mots.
Ce que j’ai le plus apprécié, c’est clairement la fin. La chute m’a vraiment marqué : elle donne du sens à tout le reste du récit et m’a fait revoir l’histoire autrement une fois l’album refermé. C’est le genre de conclusion qui reste en tête et qui fait réfléchir après coup.
En résumé, Moon Deer est une BD avant tout visuelle et sensorielle, qui ne plaira pas forcément à tout le monde, mais que j’ai personnellement beaucoup appréciée, notamment grâce à sa fin très réussie. Une œuvre singulière qui confirme mon intérêt pour le travail de Yoann Kavege après Fantasy.
Wallace Wood est un auteur majeur du comics, un auteur en tout cas sous-estimé et injustement mal connu je pense. Un auteur qui a touché à tout, un auteur « de genre » que j’aime beaucoup, tant il y a toujours chez lui quelque chose d’intéressant, y compris dans ses œuvres « mineures », comme c’est le cas ici avec ce « Roi du monde ».
Les éditions du Triton avaient publié pas mal d’auteur américains dans les années 1970 (Wood aura droit à un autre album deux ans après celui-ci), ce qui avait permis aux lecteurs européens de découvrir un pan original du comics (c’est par eux que j’avais découvert Paul Kirchner ou Rand Holmes par exemple).
Je m’étonne que cet album ne soit pas encore référencé sur le site. Je m’y colle donc avec plaisir.
Le dessin de Wood est, comme à son habitude, très agréable. Simple, efficace, son trait plus ou moins réaliste et dynamique est très plaisant. Je suis moins convaincu par la colorisation de Tatjana Wood (sa femme), certes datée, mais surtout avec un encrage moyen.
Comme à son habitude – même si ici il n’y a vraiment rien d’érotique ! – Wood dessine des femmes au corps de pin-up. Les amateurs de Wood reconnaitront des formes mises en avant de façon plus érotique dans « Cons de fée (fées en folie) » par exemple.
Mais ici l’érotisation est à peine suggérée (même si Wood se plait à glisser dans les cases moult femmes dénudées – en tout cas la poitrine à l’air), car l’album n’est pas uniquement destiné à un lectorat adulte. Au contraire, le récit serait presque tout public (n’étaient les pin-up dénudées…), vraiment « gentil » (trop à mon goût d’ailleurs).
Si le récit a des côtés gentillets, Wood glisse quand même quelques piques aux scénarios et héros classiques. En effet, le personnage de Xavier d’Acier (quel nom improbable ! Je serais curieux de connaitre le nom dans la version d’origine) est une caricature visuelle des héros « de genre » habillé tour à tour en sorte de Conan, en Romain, en chevalier… (je passe sur le personnage furtif d’Arlan, caricature de chevalier old school, que Wood n’utilise qu’une case pour le faire disparaitre « parce qu’il n’était pas intéressant » !).
Wood se plait aussi durant le récit à se moquer gentiment des classiques fantasy, sans aller jusqu’à une réelle parodie. Mais ces petits « pas de côté » permettent au lecteur de trouver de l’intérêt à la lecture, car finalement Wood ne sort pas beaucoup aussi de certains sentiers battus.
Le personnage de Weer et son « batociel » aurait sans doute mérité d’être davantage utilisé, pour apporter plus de fantaisie et de poésie au récit. Un récit qui se termine assez brutalement, de façon ouverte, comme si une suite était prévue (peut-être existe-t-elle en version originale ?
Un Wallace Wood mineur donc, pas inintéressant, mais qui ravira surtout les fidèles du bonhomme.
Je découvre les 2 auteurs avec ce tome.
Satisfait mais j’avoue être tout de même un poil mitigé, certainement la faute à mes attentes. Pour l’instant un 3,5 arrondi vers le bas donc.
J’ai aimé le récit, l’aventure, la prise de risques dans les ingrédients, le fin mot de l’histoire, ce côté dark et gore qui transpire de partout … et bien d’autres choses.
Mais en même temps, j’ai eu du mal à m’accaparer l’univers, le graphisme ne m’a pas attrapé outre mesure, les personnages sont bien campés mais pas attachants, il faut accepter de ne pas tout maîtriser dans ce monde … j’étais en dents de scie durant toute ma lecture niveau ressenti, c’est vraiment à la fin que je me suis dit « nan c’est cool ».
Une œuvre à essayer sauf si vous êtes allergique au côté sale, sombre et violent, l’album jouant principalement sur ces thématiques.
J’avoue être sortie un peu trop décontenancé de la forme mais je pense que les futures lectures gommeront ce trait, j’abonderai la note si c’est bien le cas.
Voilà un diptyque intéressant. D’abord parce qu’il se laisse lire très facilement – et relativement rapidement – tant la narration est fluide et aérée.
Ensuite parce qu’il permet – Clot n’ayant pris que très peu de liberté par rapport à la réalité – de mieux connaitre la genèse des théories darwinienne, et aussi l’homme, durant sa « jeunesse », et son fameux voyage autour du monde à bord du Beagle. Une bonne bibliographie est proposée en fin de volume, avec un dossier historique lui aussi bien fichu.
On découvre ainsi l’évolution de la pensée de Darwin lui-même – avant celle des espèces… Ses observations, ses questionnements surtout, qui vont le faire sortir des idées reçues de l’époque, et qui vont par la suite le confronter à tous ceux qui – suivant des Églises aveugles et recluses sur leurs anciens pouvoirs – vont dénaturer sa théorie et la critiquer.
Ce « work in progress » est vraiment intéressant, et bien montré, avec les inquiétudes et autres angoisses perfectionnistes de Darwin, mises en avant dans le second tome, alors qu’il est un « notable » autant décrié que porté au pinacle, la postérité se chargeant de faire le tri (même si je suis toujours halluciné de voir le pouvoir qu’ont certains créationnistes aux États-Unis en ce moment !).
Une série bien fichue en tout cas, très recommandable.
Note réelle 3,5/5.
Une adaptation d’un roman que je ne connais pas, mais qui a de faux airs de documentaire, tant le récit est ancré dans la réalité, tant il en a la saveur et l’amertume.
Après un long moment de mise en place des personnages et des décors (ville, campagnes, ambiance politique qui se dégrade), l’horreur s’abat au Rwanda, et déborde au Burundi, où vivent les personnages que nous suivons. L’horreur du génocide mis en œuvre par des extrémistes Hutus contre les Tutsis (et tous les hutus trop « modérés ») prend évidemment à la gorge. Voir la haine se développer, y compris lorsqu’il s’agit de se venger des meurtriers (voir la scène où le jeune héros est contraint de se joindre à la meute en immolant un Hutu accusé d’être un génocidaire !) ne peut qu’interpeller, même si hélas c’est bien ainsi que ça s’est passé.
Le récit, « romancé », n’en reste pas moins crédible, et nous présente le génocide perpétré au Rwanda – et ses conséquences – de façon naturelle. Parmi les conséquences, la haine développée envers les « Français ». Si elle n’est pas expliquée ici, elle peut se comprendre, tant la France a fermé les yeux, si ce n’est soutenu certains caciques génocidaires, et, on s’en souvient, son intervention – des plus tardives ! – n’a finalement permis que de sauver les génocidaires en fuite… Et la longue mise en place rend encore plus palpable violence et douleur, angoisse et terreur qui vont jeter un voile noir sur la région.
Un récit prenant en tout cas, dans lequel la petite histoire s’intègre très bien dans la grande, les deux étant aisées à suivre.
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L'Élixir de Dieu
Un récit on ne peut plus classique mais qui parvient tout de même à être entraînant. L'histoire est celle d'un couvent dont le terrain va bientôt se faire racheter pour construire une usine et qui se retrouve, par la force des choses, à devoir gérer une distillerie clandestine et collaborer avec des gangs mafieux pour pouvoir s'en sortir. Il y a peu de choses à dire sur le diptyque (car encore une fois mine de rien très classique et que je ne voudrais pas me retrouver à tout vous dévoiler) mais le récit reste intéressant. Le cadre trouble du récit, en plein cœur des guerres mafieuses, de la prohibition et des agissements du klan, est idéal pour ce récit qui brille surtout par son rythme vif et son petit côté "explosif" (tout s'enchaîne, se croise et se percute assez rapidement ; en tout cas cela m'emporte dans le récit). Les personnages sont simples mais attachants, on finit par connaître chacune des bonnes sœurs au sein de ce couvent - alors même qu'elles ne possèdent parfois qu'un simple trait de caractère - et le véritable sentiment d'entraide et de protection qui anime cette sororité parvient à rendre le tout assez touchant. Bon, encore une fois, pas de quoi casser trois pattes à un canard, mais sans être révolutionnaire la lecture est on ne peut plus agréable, et si je regrette certains petits détails de rien du tout comme le fait que les "traits d'ombrages" sur les visages lorsque les personnages sont choqués m'ont semblé détonner avec le dessin et le travail des expressions (que je trouvais pourtant efficace) je n'en reste pas moins satisfaite une fois le dernier album refermé. Je n'aurais presque pas dit non à une suite.
Salade César
César est un couillon au mental d'enfant de dix ans, et Brutus n'en peut plus de ses conneries. C'est décidé, il va mettre en place un complot pour l'assassiner, pour le bien de Rome. Sauf que ses complices sont tous aussi couillons. Je découvre le duo Karibou et Duparcmeur avec cet album, et il donne très envie de lire leurs autres productions. Humour absurde et percutant, élégance du dessin et efficacité de la mise en scène se combinent ici pour un résultat qui m'a fait éclater de rire à de nombreuses reprises. Graphiquement, on est sur un dessin réaliste, volontairement figé et minimaliste, en bichromie bleutée, utilisant régulièrement l'itération iconique. Les décors sont souvent vides, mais les personnages sont très soignés et très réussis, et leurs airs impassibles accentuent le côté pince-sans-rire de l'humour. Cela rappelle clairement les BD de Fabcaro, et ce choix fonctionne bien ici : le dessin s'efface au profit du texte et renforce même l'absurdité des dialogues par son extrême neutralité. La lecture est fluide, les personnages immédiatement identifiables, et la mise en scène reste claire malgré la simplicité du dispositif. L'humour repose essentiellement sur l'absurde, les anachronismes et les dialogues. César est constamment en décalage avec les situations, et c'est souvent dans ce contraste que les gags fonctionnent le mieux. J'ai apprécié que l'humour ne repose pas uniquement sur la chute finale, mais aussi sur le déroulement même des scènes et des échanges, avec des situations qui dégénèrent progressivement. Les running gags sont présents mais restent globalement maîtrisés, sans jamais devenir trop lourds. Tout n'est pas parfaitement équilibré pour autant. La volonté de relier tous ces gags afin d'en faire une histoire continue entraîne quelques baisses de rythme, surtout sur la fin, où l'assassinat s'étire un peu trop. J'ai beaucoup ri sur certains gags et situations, simplement souri sur d'autres, et quelques pages tombent légèrement à plat, mais l'ensemble demeure globalement très réussi. Si l'on aime l'humour absurde, le contraste entre des personnages très sérieux et des situations loufoques, ainsi qu'une relecture anachronique de l'Histoire, c'est clairement une lecture recommandable.
Homo Politicus
Un ministre véreux et déconnecté du réel est contraint de démissionner pour une bête histoire de notes de frais un peu trop conséquentes. Le voilà obligé de pointer à Pôle emploi et de s'abaisser au niveau de la plèbe. Cette BD prend la forme de petits albums souples proposant des gags en quatre cases qui s'articulent, par leur succession, comme une histoire complète à chaque tome. Le premier est une satire du politicien lui-même : le magouilleur imbu de sa personne, vivant aux frais de la Nation, incapable de faire autre chose que se faire mousser et profiter du système, très au-dessus d'un monde réel avec lequel il n'entretient plus aucun lien. Les figures politiques ayant inspiré ce fameux Henri-Xavier de Lapègre sont nombreuses, mais à la lecture de son portrait, on imagine volontiers un cocktail entre Patrick Balkany et François Fillon, notamment à travers le personnage de son épouse vivant d'un emploi fictif gracieusement offert par son mari. Le second tome se recentre davantage sur une satire de la politique elle-même, tandis que notre politicien déchu est catapulté dans un petit village de province où il doit briguer un mandat. Cette fois, plus que l'homme, c'est surtout le système électoral, fait de poignées de mains, de meetings et de fausses promesses, qui est tourné en dérision. Le graphisme, proche du dessin de presse, va à l'essentiel, dans un style certes peu mémorable mais efficace et correctement mis en scène. Dans l'ensemble, la satire est plaisante et le contraste entre les illusions perdues de ce politicien au caractère bien trempé et la réalité du terrain prête souvent à sourire, voire à rire. Toutefois, au-delà du caractère très convenu de nombreuses idées, caricature oblige, plusieurs gags se révèlent aussi assez répétitifs, ce qui peut finir par lasser sur des albums dépassant les 90 pages. J'ai lu ces volumes comme une moquerie gentiment amusante, avec quelques idées qui font mouche, mais aussi d'autres qui tombent à plat et surprennent peu.
Les Yeux doux
Un récit d'anticipation et dystopique. Derrière "Les yeux doux" des pin-ups placardées un peu partout en ville, se cachent des caméras qui observent la population. Dans ce futur indéterminé, certains luttent pour faire tomber le système en place qui ne laisse aucune once de liberté. J'ai aimé la narration dynamique avec ces petits chapitres où des citations servent d'introduction. J'ai aimé la touche d'humour qui accompagne le récit. J'ai aimé les personnalités des protagonistes qui les rendent attachants. J'ai aimé la dénonciation du pouvoir en place qui fait écho à nos sociétés (produire, consommer, contrôler). J'ai aimé, en tant que petit-fils de mineur, la représentation de la salle des pendus. J'ai moins aimé la conclusion, elle est trop simpliste et expéditive avec ce goût de guimauve. J'ai moins aimé le fait de ne pas tout comprendre : l'invisibilité de certains personnages me laisse perplexe. J'ai aimé le dessin de Michel Colline, il a du cachet. La représentation urbaine dans un style rétro futuriste est superbe. Les bouilles des personnages ne sont pas en reste, elles sont un peu déformées/caricaturées pour refléter leur personnalité. J'ai aimé la colorisation sombre de Cyril Saint-Blancat, elle donne une atmosphère inquiétante. Une lecture sympathique.
Un père
Jean-Louis Tripp continue son autobiographie en s'attaquant cette fois-ci à son père et la relation souvent compliquée qu'il a eue avec lui. Le père de Tripp ressemble à de nombreux parents : il y a de bons côtés et l'auteur garde de bons souvenirs, mais il pouvait aussi être un père de mauvaise foi qui n'avait pas le temps de bien élever ses enfants (les parents de Tripp l'ont d'ailleurs eu lorsqu'ils étaient trop jeunes et qui ne savaient pas trop quoi faire avec un bébé) et surtout il a fait partie de ces trop nombreuses générations d'hommes qui ont grandi avec l'idée qu'on doit tout garder en soi-même au lieu de chercher de l'aide. Tripp est honnête et n'a pas peur de se représenter de manière parfois détestable devant les lecteurs. Il était un enfant turbulent qui aimait bien embêter son petit frère. Au travers la figure de se père à la fois présent et absent, on voit aussi un peu l'histoire familiale de Tripp. Ses parents s'engueulent tout le temps et vont finir par divorcer et à cause de leur comportement le petit Tripp vivra une expérience traumatisante lorsqu'il n'était encore qu'un enfant. Un des moments les plus passionnants de l'album est la conversation entre l'auteur et sa vieille mère qui admet qu'elle et son mari n'étaient pas prêts pour avoir un enfant lorsqu'ils l'ont eu. C'est vraiment un album passionnant qui se lit facilement malgré le nombre de pages. Le dessin de Tripp est toujours agréable et il recrée bien une France qui n'existe plus.
Moon deer
J’avais découvert Yoann Kavege avec son roman graphique Fantasy, que j’avais beaucoup aimé, donc j’étais assez curieux de lire Moon Deer, sa première bande dessinée. On sent rapidement que l’auteur propose quelque chose de différent : la narration est presque muette et repose essentiellement sur l’image, ce qui demande de se laisser porter plutôt que de chercher une histoire très explicite. La lecture est très contemplative, avec un rythme lent et une ambiance poétique, presque onirique. J’ai parfois trouvé le récit volontairement flou, mais ça ne m’a pas dérangé : au contraire, ça participe à l’expérience et à l’immersion dans cet univers étrange et spatial. Le dessin et les couleurs jouent un rôle central et racontent beaucoup de choses sans avoir besoin de mots. Ce que j’ai le plus apprécié, c’est clairement la fin. La chute m’a vraiment marqué : elle donne du sens à tout le reste du récit et m’a fait revoir l’histoire autrement une fois l’album refermé. C’est le genre de conclusion qui reste en tête et qui fait réfléchir après coup. En résumé, Moon Deer est une BD avant tout visuelle et sensorielle, qui ne plaira pas forcément à tout le monde, mais que j’ai personnellement beaucoup appréciée, notamment grâce à sa fin très réussie. Une œuvre singulière qui confirme mon intérêt pour le travail de Yoann Kavege après Fantasy.
Le Roi du Monde (Wood)
Wallace Wood est un auteur majeur du comics, un auteur en tout cas sous-estimé et injustement mal connu je pense. Un auteur qui a touché à tout, un auteur « de genre » que j’aime beaucoup, tant il y a toujours chez lui quelque chose d’intéressant, y compris dans ses œuvres « mineures », comme c’est le cas ici avec ce « Roi du monde ». Les éditions du Triton avaient publié pas mal d’auteur américains dans les années 1970 (Wood aura droit à un autre album deux ans après celui-ci), ce qui avait permis aux lecteurs européens de découvrir un pan original du comics (c’est par eux que j’avais découvert Paul Kirchner ou Rand Holmes par exemple). Je m’étonne que cet album ne soit pas encore référencé sur le site. Je m’y colle donc avec plaisir. Le dessin de Wood est, comme à son habitude, très agréable. Simple, efficace, son trait plus ou moins réaliste et dynamique est très plaisant. Je suis moins convaincu par la colorisation de Tatjana Wood (sa femme), certes datée, mais surtout avec un encrage moyen. Comme à son habitude – même si ici il n’y a vraiment rien d’érotique ! – Wood dessine des femmes au corps de pin-up. Les amateurs de Wood reconnaitront des formes mises en avant de façon plus érotique dans « Cons de fée (fées en folie) » par exemple. Mais ici l’érotisation est à peine suggérée (même si Wood se plait à glisser dans les cases moult femmes dénudées – en tout cas la poitrine à l’air), car l’album n’est pas uniquement destiné à un lectorat adulte. Au contraire, le récit serait presque tout public (n’étaient les pin-up dénudées…), vraiment « gentil » (trop à mon goût d’ailleurs). Si le récit a des côtés gentillets, Wood glisse quand même quelques piques aux scénarios et héros classiques. En effet, le personnage de Xavier d’Acier (quel nom improbable ! Je serais curieux de connaitre le nom dans la version d’origine) est une caricature visuelle des héros « de genre » habillé tour à tour en sorte de Conan, en Romain, en chevalier… (je passe sur le personnage furtif d’Arlan, caricature de chevalier old school, que Wood n’utilise qu’une case pour le faire disparaitre « parce qu’il n’était pas intéressant » !). Wood se plait aussi durant le récit à se moquer gentiment des classiques fantasy, sans aller jusqu’à une réelle parodie. Mais ces petits « pas de côté » permettent au lecteur de trouver de l’intérêt à la lecture, car finalement Wood ne sort pas beaucoup aussi de certains sentiers battus. Le personnage de Weer et son « batociel » aurait sans doute mérité d’être davantage utilisé, pour apporter plus de fantaisie et de poésie au récit. Un récit qui se termine assez brutalement, de façon ouverte, comme si une suite était prévue (peut-être existe-t-elle en version originale ? Un Wallace Wood mineur donc, pas inintéressant, mais qui ravira surtout les fidèles du bonhomme.
L'Île aux orcs
Je découvre les 2 auteurs avec ce tome. Satisfait mais j’avoue être tout de même un poil mitigé, certainement la faute à mes attentes. Pour l’instant un 3,5 arrondi vers le bas donc. J’ai aimé le récit, l’aventure, la prise de risques dans les ingrédients, le fin mot de l’histoire, ce côté dark et gore qui transpire de partout … et bien d’autres choses. Mais en même temps, j’ai eu du mal à m’accaparer l’univers, le graphisme ne m’a pas attrapé outre mesure, les personnages sont bien campés mais pas attachants, il faut accepter de ne pas tout maîtriser dans ce monde … j’étais en dents de scie durant toute ma lecture niveau ressenti, c’est vraiment à la fin que je me suis dit « nan c’est cool ». Une œuvre à essayer sauf si vous êtes allergique au côté sale, sombre et violent, l’album jouant principalement sur ces thématiques. J’avoue être sortie un peu trop décontenancé de la forme mais je pense que les futures lectures gommeront ce trait, j’abonderai la note si c’est bien le cas.
Darwin
Voilà un diptyque intéressant. D’abord parce qu’il se laisse lire très facilement – et relativement rapidement – tant la narration est fluide et aérée. Ensuite parce qu’il permet – Clot n’ayant pris que très peu de liberté par rapport à la réalité – de mieux connaitre la genèse des théories darwinienne, et aussi l’homme, durant sa « jeunesse », et son fameux voyage autour du monde à bord du Beagle. Une bonne bibliographie est proposée en fin de volume, avec un dossier historique lui aussi bien fichu. On découvre ainsi l’évolution de la pensée de Darwin lui-même – avant celle des espèces… Ses observations, ses questionnements surtout, qui vont le faire sortir des idées reçues de l’époque, et qui vont par la suite le confronter à tous ceux qui – suivant des Églises aveugles et recluses sur leurs anciens pouvoirs – vont dénaturer sa théorie et la critiquer. Ce « work in progress » est vraiment intéressant, et bien montré, avec les inquiétudes et autres angoisses perfectionnistes de Darwin, mises en avant dans le second tome, alors qu’il est un « notable » autant décrié que porté au pinacle, la postérité se chargeant de faire le tri (même si je suis toujours halluciné de voir le pouvoir qu’ont certains créationnistes aux États-Unis en ce moment !). Une série bien fichue en tout cas, très recommandable. Note réelle 3,5/5.
Petit pays
Une adaptation d’un roman que je ne connais pas, mais qui a de faux airs de documentaire, tant le récit est ancré dans la réalité, tant il en a la saveur et l’amertume. Après un long moment de mise en place des personnages et des décors (ville, campagnes, ambiance politique qui se dégrade), l’horreur s’abat au Rwanda, et déborde au Burundi, où vivent les personnages que nous suivons. L’horreur du génocide mis en œuvre par des extrémistes Hutus contre les Tutsis (et tous les hutus trop « modérés ») prend évidemment à la gorge. Voir la haine se développer, y compris lorsqu’il s’agit de se venger des meurtriers (voir la scène où le jeune héros est contraint de se joindre à la meute en immolant un Hutu accusé d’être un génocidaire !) ne peut qu’interpeller, même si hélas c’est bien ainsi que ça s’est passé. Le récit, « romancé », n’en reste pas moins crédible, et nous présente le génocide perpétré au Rwanda – et ses conséquences – de façon naturelle. Parmi les conséquences, la haine développée envers les « Français ». Si elle n’est pas expliquée ici, elle peut se comprendre, tant la France a fermé les yeux, si ce n’est soutenu certains caciques génocidaires, et, on s’en souvient, son intervention – des plus tardives ! – n’a finalement permis que de sauver les génocidaires en fuite… Et la longue mise en place rend encore plus palpable violence et douleur, angoisse et terreur qui vont jeter un voile noir sur la région. Un récit prenant en tout cas, dans lequel la petite histoire s’intègre très bien dans la grande, les deux étant aisées à suivre.