Une lecture sympathique, mais qui au final m’a laissé un peu sur ma faim.
Disons que les deux auteurs font le boulot, ne trahissent pas l’univers originel et usent plutôt bien des personnages (même si Spirou - et à un degré moindre le Marsupilami - sont ici en retrait).
En fait le début est même très dynamique et amusant, avec un Fantasio au meilleur de sa forme, titillé par une Seccotine espiègle, la rencontre des deux proposant quelques saillies et gags réussis.
Hélas, si Trondheim réussit quand même à bâtir une aventure qui se laisse lire, le rythme baisse singulièrement par la suite, c’est à la fois plus mou et plus creux, on s’enlise dans le désert (il est vrai que le quasi huis-clos au milieu du désert n’aide pas à renouveler l’intrigue).
Il n’y a pas de vrais méchants. Rodrigo et Sofia paraissent trop artificiels dans leurs réactions – et leur attitude change parfois du tout au tout sans nuance. Et du coup, alors que l’antagonisme entre Fantasio et Seccotine tourne en rond, le lecteur peine à trouver de quoi s’accrocher.
Restent quelques idées amusantes de Trondheim, mais là aussi, c’est moins fluide que le style Franquin, plus saccadé et inégal.
Les dix dernières pages sont clairement moins captivantes, jusqu’à la chute finale, amusante mais que l’on a vu venir de loin.
Pas déshonorant, mais un album qui n’a pas tenu les promesses entrevues au départ.
Un album totalement muet, mais qui dégage une grande force, et beaucoup d’émotions. C’est en tout cas tout à fait le type de récit que je recherche, surprenant dans la forme et le fond. Pour son entrée dans le neuvième art, Vincent Perriot nous proposait quelque chose sortant des sentiers battus, et presque envoûtant.
Une partie de la construction du récit a sans doute dû se faire au fil de la plume, avec pas mal d’improvisation, et l’on serait bien en peine de résumer précisément cette « aventure ». Ou plutôt un résumé n’en retiendrait que la surface : disons que c’est un road-movie poétique, dans lequel nous suivons deux jeunes femmes (dont nous ne saurons pas grand-chose, si ce n’est qu’elles semblent être artistes – musiciennes – et amoureuses l’une de l’autre).
La tension amoureuse est latente, n’éclate qu’en toute fin d’album. Surtout, « l’intrigue » est construite à base d’anecdotes, d’ « arrêts sur image », virant parfois à la poésie pure, au fil des rencontres, des incidents – voire accidents – dynamisant cette « virée ».
L’aspect graphique joue pour beaucoup dans le ressenti du lecteur. En effet, le dessin, avec un trait nerveux, joue d’un beau Noir et Blanc pour nous amener dans ce road-trip. Page de gauche une vignette centrée sur les héroïnes, comme un zoom « explicatif », alors qu’une illustration pleine page occupe celle de droite, beaucoup plus fouillée, souvent plus poétique, en tout cas moins facile à résumer.
Un chouette album en tout cas. A feuilleter avant d’acheter, c’est assez spécial. Mais j’y ai largement trouvé mon compte.
note réelle 3,5/5.
Hureau est un auteur que j’aime beaucoup. Et j’ai encore une fois apprécié ma lecture.
C’est l’un de ses premiers albums. On le sent un peu avec ce dessin parfois hésitant. Mais c’est déjà un travail que j’apprécie. Un dessin simple, mais très frais, agréable, que ce soit pour les personnages, les animaux, ou les décors.
C’est une sorte de carnet de voyage – il en réalisera plusieurs par la suite – au Cambodge, alors qu’il est accompagné de quelques amis (je précise que je possède la première version, alors qu’une réédition, que je ne connais pas, a semble-t-il un peu complété l’album originel).
Une foule d’anecdotes, traitées de façon simple, avec pas mal d’autodérision, une certaine poésie, Hureau glisse plante aussi le décor politique du pays, avec des allusions à la dictature des Khmers rouges – le tout fait discrètement et de façon fluide. Avec les problèmes face à l’administration et/ou la police que l’on retrouve dans plusieurs de ses albums du même genre (voir par exemple Mille parages - Fragments bourlingatoires d'ici et d'ailleurs)
Rien d’extraordinaire dans cet album, mais la lecture est plaisante et confirme le talent de cet auteur qui construit une œuvre intéressante.
Note réelle 3,5/5.
Enfin lu le premier cycle de cette bande dessinée qui sort du lot. J'en ai lu des bandes dessinées qui parlent de la résistance française et cette série est une des meilleures de ce genre, notamment parce que le scénario repose sur le témoignage d'une vraie résistante.
La vie de Madeleine Riffaud est vraiment palpitante et à travers elle on voit à quel point être résistant était dangereux. Si le premier tome m'a semblé un peu longuet, j'ai été totalement captivé par les tomes suivants qui sont sortis pour le moment. J'ai bien aimé suivre le quotidien des résistants et ressentir de la tension avec eux parce que quand on résiste on ne sait jamais si on va encore être vivant le lendemain et si les gens autours de nous sont fiables. Le seul truc qui m'a un peu dérangé durant ma lecture est que la plupart des tragédies que subit Madeleine ne semblent pas l'affecter plus que ça. C'est peut-être à cause de sa force de caractère ou parce qu'elle a vécu une période où le drame pouvait surgir à chaque instant. Ça doit être une question de génération.
Le dessin est élégant et illustre bien le récit. Je ne sais pas quoi trop ajouter de plus aux autres avis positifs. Allez lire cette série si ce n'est pas déjà fait !
J'aime vraiment le dessin du monde imaginaire… Alors oui, avoir deux styles de dessins était une riche idée à l'époque, sauf que le dessin de notre monde est vraiment trop plat. Seule la moitié de la bande dessinée mérite d'être regardée, en fait. Et puis, d'autres l'ont vu, il y a déperdition de l'originalité. Est-ce une fatalité parce que le fantastique serait ainsi ? Non, il ne se réduit pas à la nouvelle. Ou bien la bd serait-elle indigne de cet équilibre subtil entre réalité et imaginaire ? Non, tous les arts sont légitimes ! Et la bd a des lettres de noblesses longues comme le bras. La série est bonne, mais méritait-elle vraiment un prix ? J'en doute. Les historiens le diront sans doute un jour. Si on veut du fantastique qui tient la route on a Mort Cinder où il domine, et Corto Maltese, où il surgit et où il s'en va, comme un chat se jette sur vous quand il lui plait, puis rêve sur le canapé, ou chasse, sous la lune.
Arriver à rendre les squelettes expressifs, ce n'est pas rien, rendre l'ennui intéressant, aussi. Typique de la bd qu'on est heureux de trouver quand les autres sont trop formatées, mais qu'on préférerait plus… vivante. Je l'ai lu il y a longtemps et le souvenir n'est pas des plus distinct, mais on espère que les morts iront mieux et surtout découvrir leur monde. On est heureux des pauvres plaisirs qu'ils arrivent à trouver encore comme boire du café, je crois, en fait j'ai lu cette bd il y a longtemps, mais ma mémoire qui oublie bien des choses classe ainsi, à relire, ou non, et là, elle me souffle qu'il faudrait relire tout ça. Je me rappelle que malgré l'ennui qu'on ressent comme toujours de celui des protagonistes, il n'y a pas de… temps mort, dans cette bd, pas de baisse de régime. Mais absurde ou pas, que ce régime est lent !
Note réelle 3,5, entre pas mal et franchement bien, traduit en mot, je dirais bien.
Quel bel hommage au personnage de Morris ! On sent que Mathieu Bonhomme a pris plaisir à réinterpréter ce mythe de la bande dessinée. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que le pari est réussi.
Comme beaucoup d'aviseurs l'ont indiqué avant moi, le premier tome (qui devait probablement rester initialement un one-shot) est un ton au dessus. L'idée de départ est excellente : Lucky-Luke, l'homme qui tire plus vite que son ombre, est abattu lors d'un duel. Le tome commence par cette scène puis retrace les événements ayant mené à cette issue. Bien qu'on sente dès le départ le retournement de situation arriver, l'ensemble est vraiment percutant, agréable et bourré de clins d’œil. Plus qu'un hommage à Lucky Luke, c'est un véritable hommage au western. Bonhomme s'amuse également et tente d'expliquer à sa manière le fait que Lucky luke soit devenu non fumeur, passant de sa bonne vieille cigarette à un brin d'herbe en 1983.
Dans le 2ème tome, un ton en dessous il est vrai, l'auteur aborde le rapport de Lucky Luke aux femmes et place notre héros dans le rôle du chassé, ce dernier ayant une prime sur sa tête. Il introduit également quelques nouveaux personnages comme le cousin des Daltons (qu'on aimerait revoir dans cette réinterprétation!) ou encore le fils de Phil Defer, j'ai nommé Brad Defer ! :) Mais cette histoire de convoi est un peu trop linéaire et convenue à mon goût.
Du point de vue des graphismes, Mathieu Bonhomme excelle dans le découpage et dans le cadrage des scènes d'action, rien à redire de ce côté là. Je mettrais juste un petit bémol sur la colorisation qui joue top souvent la carte de la bichromie, nuisant pour moi aux détails des décors et à la profondeurs des cases. Je ne suis pas assez connaisseur du travail de cet auteur pour savoir si c'est typique de ses œuvres mais il est vrai que dans notre cas, ce procédé rappelle aussi celui de la BD d'origine ou plus globalement des BD franco-belges des années 70-80.
En conclusion, on en redemande et attendons la suite avec impatience ! (il se murmurerait qu'un troisième tome est en préparation avec des décors enneigés selon les derniers interviews).
SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 8,5/10
GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 7,5/10
NOTE GLOBALE : 16/20
Mouais. J’ai souvent du mal avec Wolinski, son dessin et son humour, pour lesquels je ne pense pas être le cœur de cible.
Ici encore, son dessin est moyen, avec une colorisation un peu baveuse. Mais bon, c’est lisible et sur ce genre de strips/histoires très courtes, ça n’est pas l’aspect le plus important.
Autre écueil de cet album – représentatif du « style » Wolinski – c’est que c’est verbeux. Le texte sature parfois les pages (il n’y a pas vraiment de gaufrier traditionnel), et du coup c’est parfois indigeste, et l’humour est aussi parfois noyé dans ce texte.
L’ensemble est inégal. Et d’ailleurs, pour confirmer ce que j’écrivais plus haut, les gags qui m’ont le plus amusé sont le plus souvent ceux qui sont les plus directs, qui ont le moins de texte.
Si l’on a souvent des discussions « de couple », le cul et/ou l’amour n’occupent pas tout l’espace, Wolinski se lance aussi au travers de ses personnages dans des digressions – politiques par exemple – qui détonnent un peu.
Inégal donc, amusant parfois, mais aussi indigeste.
Note réelle 2,5/5.
Je découvre cet auteur italien avec cet album. Si graphiquement il possède un indéniable talent, l’histoire en elle-même – si l’on fait abstraction des scènes de sexe, m’a clairement laissé sur ma faim.
Le dessin de Venturi, qui possède quelques accointances avec celui de Magnus, est plutôt bon. Un trait fin, qui use bien du Noir et Blanc, et ne néglige pas les décors (pas toujours présents, mais souvent très détaillés et soignés, c’est même maniéré parfois).
Les scènes de sexe sont elles aussi bien présentées.
Graphiquement donc, c’est agréable.
Le récit quant à lui ne brille pas par son originalité. Le titre fait penser à certains romans de Sade, mais l’intrigue n’en possède ni la force brutale et politique, ni les tensions érotiques violentes.
Une belle et riche veuve – madame de Beaufleur donc – est accusée de maricide, et va durant tout l’album chercher à fuir les suites judiciaires, aidée dans sa fuite par des hommes qui tous vont goûter de son hospitalité intime.
Hélas, les scènes de sexe s’enchainent en faisant perdre tout intérêt à la trame générale, Venturi plaçant ici à peu près tous les classiques du genre, madame de Beaufleur copulant avec tout ce qui passe à sa portée (de ses protecteurs à une nonne lubrique, en passant par toute une bande de brigands), et ce dans toutes les positions. La tension érotique y perd évidemment en même temps que la crédibilité de l’histoire. Madame de Beaufleur aurait pu être dotée d’une personnalité plus forte et perverse je pense, pour donner plus de densité à l’intrigue.
Du sexe en costume (fin du XVIème ou début du XVIIème siècle ?) joli à regarder, mais qui se perd dans les poncifs du genre.
Cette BD est incroyable ! Un vrai coup de cœur que j'ai lu d'une traite.
Tout d'abord, les dessins sont magnifiques. Les personnages sont joliment expressifs et on se laisse submerger par les couleurs.
J'aime la frontière floue entre le monde réel et le monde imaginaire. Cela titille l'imaginaire !
L'histoire est fort émouvante, bien amenée et teintée de pointes d'humour que j'ai grandement apprécié.
La BD traite un sujet difficile au travers de planches sublimes de couleurs chaleureuses... Ou froide selon l'émotion à transmettre. Je trouve les choix visuels très porteurs et réussis, notamment pour contraster et mettre en relief la détresse des parents... Mais je ne m'étalerai pas plus, je ne veux pas spoiler !
En tant que jeune maman je me suis identifiée à la protagoniste sans aucun mal, et l'histoire m'a émue de par son humanité, me tirant même quelques larmes ! J'ai hâte de lire la suite et espère évidemment un dénouement heureux pour les protagonistes auxquels je me suis déjà attachée.
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Spirou et Fantasio Classique - Le Trésor de San Inferno
Une lecture sympathique, mais qui au final m’a laissé un peu sur ma faim. Disons que les deux auteurs font le boulot, ne trahissent pas l’univers originel et usent plutôt bien des personnages (même si Spirou - et à un degré moindre le Marsupilami - sont ici en retrait). En fait le début est même très dynamique et amusant, avec un Fantasio au meilleur de sa forme, titillé par une Seccotine espiègle, la rencontre des deux proposant quelques saillies et gags réussis. Hélas, si Trondheim réussit quand même à bâtir une aventure qui se laisse lire, le rythme baisse singulièrement par la suite, c’est à la fois plus mou et plus creux, on s’enlise dans le désert (il est vrai que le quasi huis-clos au milieu du désert n’aide pas à renouveler l’intrigue). Il n’y a pas de vrais méchants. Rodrigo et Sofia paraissent trop artificiels dans leurs réactions – et leur attitude change parfois du tout au tout sans nuance. Et du coup, alors que l’antagonisme entre Fantasio et Seccotine tourne en rond, le lecteur peine à trouver de quoi s’accrocher. Restent quelques idées amusantes de Trondheim, mais là aussi, c’est moins fluide que le style Franquin, plus saccadé et inégal. Les dix dernières pages sont clairement moins captivantes, jusqu’à la chute finale, amusante mais que l’on a vu venir de loin. Pas déshonorant, mais un album qui n’a pas tenu les promesses entrevues au départ.
Entre deux
Un album totalement muet, mais qui dégage une grande force, et beaucoup d’émotions. C’est en tout cas tout à fait le type de récit que je recherche, surprenant dans la forme et le fond. Pour son entrée dans le neuvième art, Vincent Perriot nous proposait quelque chose sortant des sentiers battus, et presque envoûtant. Une partie de la construction du récit a sans doute dû se faire au fil de la plume, avec pas mal d’improvisation, et l’on serait bien en peine de résumer précisément cette « aventure ». Ou plutôt un résumé n’en retiendrait que la surface : disons que c’est un road-movie poétique, dans lequel nous suivons deux jeunes femmes (dont nous ne saurons pas grand-chose, si ce n’est qu’elles semblent être artistes – musiciennes – et amoureuses l’une de l’autre). La tension amoureuse est latente, n’éclate qu’en toute fin d’album. Surtout, « l’intrigue » est construite à base d’anecdotes, d’ « arrêts sur image », virant parfois à la poésie pure, au fil des rencontres, des incidents – voire accidents – dynamisant cette « virée ». L’aspect graphique joue pour beaucoup dans le ressenti du lecteur. En effet, le dessin, avec un trait nerveux, joue d’un beau Noir et Blanc pour nous amener dans ce road-trip. Page de gauche une vignette centrée sur les héroïnes, comme un zoom « explicatif », alors qu’une illustration pleine page occupe celle de droite, beaucoup plus fouillée, souvent plus poétique, en tout cas moins facile à résumer. Un chouette album en tout cas. A feuilleter avant d’acheter, c’est assez spécial. Mais j’y ai largement trouvé mon compte. note réelle 3,5/5.
Palaces
Hureau est un auteur que j’aime beaucoup. Et j’ai encore une fois apprécié ma lecture. C’est l’un de ses premiers albums. On le sent un peu avec ce dessin parfois hésitant. Mais c’est déjà un travail que j’apprécie. Un dessin simple, mais très frais, agréable, que ce soit pour les personnages, les animaux, ou les décors. C’est une sorte de carnet de voyage – il en réalisera plusieurs par la suite – au Cambodge, alors qu’il est accompagné de quelques amis (je précise que je possède la première version, alors qu’une réédition, que je ne connais pas, a semble-t-il un peu complété l’album originel). Une foule d’anecdotes, traitées de façon simple, avec pas mal d’autodérision, une certaine poésie, Hureau glisse plante aussi le décor politique du pays, avec des allusions à la dictature des Khmers rouges – le tout fait discrètement et de façon fluide. Avec les problèmes face à l’administration et/ou la police que l’on retrouve dans plusieurs de ses albums du même genre (voir par exemple Mille parages - Fragments bourlingatoires d'ici et d'ailleurs) Rien d’extraordinaire dans cet album, mais la lecture est plaisante et confirme le talent de cet auteur qui construit une œuvre intéressante. Note réelle 3,5/5.
Madeleine, résistante
Enfin lu le premier cycle de cette bande dessinée qui sort du lot. J'en ai lu des bandes dessinées qui parlent de la résistance française et cette série est une des meilleures de ce genre, notamment parce que le scénario repose sur le témoignage d'une vraie résistante. La vie de Madeleine Riffaud est vraiment palpitante et à travers elle on voit à quel point être résistant était dangereux. Si le premier tome m'a semblé un peu longuet, j'ai été totalement captivé par les tomes suivants qui sont sortis pour le moment. J'ai bien aimé suivre le quotidien des résistants et ressentir de la tension avec eux parce que quand on résiste on ne sait jamais si on va encore être vivant le lendemain et si les gens autours de nous sont fiables. Le seul truc qui m'a un peu dérangé durant ma lecture est que la plupart des tragédies que subit Madeleine ne semblent pas l'affecter plus que ça. C'est peut-être à cause de sa force de caractère ou parce qu'elle a vécu une période où le drame pouvait surgir à chaque instant. Ça doit être une question de génération. Le dessin est élégant et illustre bien le récit. Je ne sais pas quoi trop ajouter de plus aux autres avis positifs. Allez lire cette série si ce n'est pas déjà fait !
Le Pays Miroir
J'aime vraiment le dessin du monde imaginaire… Alors oui, avoir deux styles de dessins était une riche idée à l'époque, sauf que le dessin de notre monde est vraiment trop plat. Seule la moitié de la bande dessinée mérite d'être regardée, en fait. Et puis, d'autres l'ont vu, il y a déperdition de l'originalité. Est-ce une fatalité parce que le fantastique serait ainsi ? Non, il ne se réduit pas à la nouvelle. Ou bien la bd serait-elle indigne de cet équilibre subtil entre réalité et imaginaire ? Non, tous les arts sont légitimes ! Et la bd a des lettres de noblesses longues comme le bras. La série est bonne, mais méritait-elle vraiment un prix ? J'en doute. Les historiens le diront sans doute un jour. Si on veut du fantastique qui tient la route on a Mort Cinder où il domine, et Corto Maltese, où il surgit et où il s'en va, comme un chat se jette sur vous quand il lui plait, puis rêve sur le canapé, ou chasse, sous la lune.
Monsieur Mardi-Gras Descendres
Arriver à rendre les squelettes expressifs, ce n'est pas rien, rendre l'ennui intéressant, aussi. Typique de la bd qu'on est heureux de trouver quand les autres sont trop formatées, mais qu'on préférerait plus… vivante. Je l'ai lu il y a longtemps et le souvenir n'est pas des plus distinct, mais on espère que les morts iront mieux et surtout découvrir leur monde. On est heureux des pauvres plaisirs qu'ils arrivent à trouver encore comme boire du café, je crois, en fait j'ai lu cette bd il y a longtemps, mais ma mémoire qui oublie bien des choses classe ainsi, à relire, ou non, et là, elle me souffle qu'il faudrait relire tout ça. Je me rappelle que malgré l'ennui qu'on ressent comme toujours de celui des protagonistes, il n'y a pas de… temps mort, dans cette bd, pas de baisse de régime. Mais absurde ou pas, que ce régime est lent ! Note réelle 3,5, entre pas mal et franchement bien, traduit en mot, je dirais bien.
Lucky Luke vu par Mathieu Bonhomme (L'Homme qui tua Lucky Luke / Wanted Lucky Luke)
Quel bel hommage au personnage de Morris ! On sent que Mathieu Bonhomme a pris plaisir à réinterpréter ce mythe de la bande dessinée. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que le pari est réussi. Comme beaucoup d'aviseurs l'ont indiqué avant moi, le premier tome (qui devait probablement rester initialement un one-shot) est un ton au dessus. L'idée de départ est excellente : Lucky-Luke, l'homme qui tire plus vite que son ombre, est abattu lors d'un duel. Le tome commence par cette scène puis retrace les événements ayant mené à cette issue. Bien qu'on sente dès le départ le retournement de situation arriver, l'ensemble est vraiment percutant, agréable et bourré de clins d’œil. Plus qu'un hommage à Lucky Luke, c'est un véritable hommage au western. Bonhomme s'amuse également et tente d'expliquer à sa manière le fait que Lucky luke soit devenu non fumeur, passant de sa bonne vieille cigarette à un brin d'herbe en 1983. Dans le 2ème tome, un ton en dessous il est vrai, l'auteur aborde le rapport de Lucky Luke aux femmes et place notre héros dans le rôle du chassé, ce dernier ayant une prime sur sa tête. Il introduit également quelques nouveaux personnages comme le cousin des Daltons (qu'on aimerait revoir dans cette réinterprétation!) ou encore le fils de Phil Defer, j'ai nommé Brad Defer ! :) Mais cette histoire de convoi est un peu trop linéaire et convenue à mon goût. Du point de vue des graphismes, Mathieu Bonhomme excelle dans le découpage et dans le cadrage des scènes d'action, rien à redire de ce côté là. Je mettrais juste un petit bémol sur la colorisation qui joue top souvent la carte de la bichromie, nuisant pour moi aux détails des décors et à la profondeurs des cases. Je ne suis pas assez connaisseur du travail de cet auteur pour savoir si c'est typique de ses œuvres mais il est vrai que dans notre cas, ce procédé rappelle aussi celui de la BD d'origine ou plus globalement des BD franco-belges des années 70-80. En conclusion, on en redemande et attendons la suite avec impatience ! (il se murmurerait qu'un troisième tome est en préparation avec des décors enneigés selon les derniers interviews). SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 8,5/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 7,5/10 NOTE GLOBALE : 16/20
Les Secrets d'un couple heureux
Mouais. J’ai souvent du mal avec Wolinski, son dessin et son humour, pour lesquels je ne pense pas être le cœur de cible. Ici encore, son dessin est moyen, avec une colorisation un peu baveuse. Mais bon, c’est lisible et sur ce genre de strips/histoires très courtes, ça n’est pas l’aspect le plus important. Autre écueil de cet album – représentatif du « style » Wolinski – c’est que c’est verbeux. Le texte sature parfois les pages (il n’y a pas vraiment de gaufrier traditionnel), et du coup c’est parfois indigeste, et l’humour est aussi parfois noyé dans ce texte. L’ensemble est inégal. Et d’ailleurs, pour confirmer ce que j’écrivais plus haut, les gags qui m’ont le plus amusé sont le plus souvent ceux qui sont les plus directs, qui ont le moins de texte. Si l’on a souvent des discussions « de couple », le cul et/ou l’amour n’occupent pas tout l’espace, Wolinski se lance aussi au travers de ses personnages dans des digressions – politiques par exemple – qui détonnent un peu. Inégal donc, amusant parfois, mais aussi indigeste. Note réelle 2,5/5.
Les Infortunes de Madame de Beaufleur
Je découvre cet auteur italien avec cet album. Si graphiquement il possède un indéniable talent, l’histoire en elle-même – si l’on fait abstraction des scènes de sexe, m’a clairement laissé sur ma faim. Le dessin de Venturi, qui possède quelques accointances avec celui de Magnus, est plutôt bon. Un trait fin, qui use bien du Noir et Blanc, et ne néglige pas les décors (pas toujours présents, mais souvent très détaillés et soignés, c’est même maniéré parfois). Les scènes de sexe sont elles aussi bien présentées. Graphiquement donc, c’est agréable. Le récit quant à lui ne brille pas par son originalité. Le titre fait penser à certains romans de Sade, mais l’intrigue n’en possède ni la force brutale et politique, ni les tensions érotiques violentes. Une belle et riche veuve – madame de Beaufleur donc – est accusée de maricide, et va durant tout l’album chercher à fuir les suites judiciaires, aidée dans sa fuite par des hommes qui tous vont goûter de son hospitalité intime. Hélas, les scènes de sexe s’enchainent en faisant perdre tout intérêt à la trame générale, Venturi plaçant ici à peu près tous les classiques du genre, madame de Beaufleur copulant avec tout ce qui passe à sa portée (de ses protecteurs à une nonne lubrique, en passant par toute une bande de brigands), et ce dans toutes les positions. La tension érotique y perd évidemment en même temps que la crédibilité de l’histoire. Madame de Beaufleur aurait pu être dotée d’une personnalité plus forte et perverse je pense, pour donner plus de densité à l’intrigue. Du sexe en costume (fin du XVIème ou début du XVIIème siècle ?) joli à regarder, mais qui se perd dans les poncifs du genre.
Mitsuo
Cette BD est incroyable ! Un vrai coup de cœur que j'ai lu d'une traite. Tout d'abord, les dessins sont magnifiques. Les personnages sont joliment expressifs et on se laisse submerger par les couleurs. J'aime la frontière floue entre le monde réel et le monde imaginaire. Cela titille l'imaginaire ! L'histoire est fort émouvante, bien amenée et teintée de pointes d'humour que j'ai grandement apprécié. La BD traite un sujet difficile au travers de planches sublimes de couleurs chaleureuses... Ou froide selon l'émotion à transmettre. Je trouve les choix visuels très porteurs et réussis, notamment pour contraster et mettre en relief la détresse des parents... Mais je ne m'étalerai pas plus, je ne veux pas spoiler ! En tant que jeune maman je me suis identifiée à la protagoniste sans aucun mal, et l'histoire m'a émue de par son humanité, me tirant même quelques larmes ! J'ai hâte de lire la suite et espère évidemment un dénouement heureux pour les protagonistes auxquels je me suis déjà attachée.