Les derniers avis (3 avis)

Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série Monstrophobie
Monstrophobie

Arashiro, lycéen harcelé incapable d'assumer son homosexualité, se transforme en monstre après avoir été blessé par les propos homophobes d'un professeur qu'il admirait. Cette métamorphose devient une carapace : une protection contre le regard des autres, mais aussi un moyen de l'affronter pour de bon. Avec Monstrophobie, Kazuki Minamoto livre un conte moderne assez rude sur l'homophobie, le harcèlement scolaire, la lâcheté institutionnelle et l'acceptation de soi. À partir du rejet et de la honte intériorisée, le récit élargit son propos : la victime peut devenir violente, le harcelé peut à son tour harceler, et les adultes se montrent parfois profondément défaillants. Si la thématique LGBT est centrale, l'enjeu dépasse cette seule question : il est aussi affaire d'identité, de pression sociale et de difficulté à s'accepter. Le propos, sur le fond, est sincère. Le dessin, expressif et efficace, soutient bien les scènes de transformation et de crise intérieure. Le monstre, avec sa drôle d'allure à la frontière entre ridicule et effrayant, matérialise visuellement le mal-être, et certaines planches traduisent avec force la détresse d'Arashiro comme celle d'autres personnages. C'est surtout le ton qui m'a laissé partagé. L'aspect allégorique rend parfois flou le fonctionnement de cette métamorphose, dont les effets semblent variables et narrativement un peu artificiels. Quant à la manière d'aborder les thématiques principales, par moments les réflexions sont profondes, justes et intelligentes dans leur manière d’éviter le manichéisme. Et à d’autres, certains comportements m’ont semblé étranges, voire maladroits. Le héros, notamment, franchit assez tôt une limite problématique lorsqu’il agresse sexuellement celui qu’il aime : une scène un peu violente, aussi surprenante que dérangeante, qui semble ensuite presque éludée. Difficile de ne pas rester gêné par ce traitement, mais on n'en parlera plus jamais dans la suite du manga ce qui m'a laissé circonspect. De même, le professeur admiré apparaît constamment médiocre, mollasson et réactionnaire, au point qu'il devient difficile de comprendre l'attachement d'Arashiro. C'est un manga surprenant, parfois subtil, parfois maladroit, qui peut déconcerter mais qui me semble néanmoins pertinent pour de jeunes lecteurs en quête de réponses sur eux-mêmes et sur le regard des autres.

16/02/2026 (modifier)
Par grogro
Note: 4/5
Couverture de la série Kid Francis
Kid Francis

Autant la boxe me fait profondément chier, autant les boxeurs se révèlent souvent être des personnalités pour le moins attachantes. C'est un monde qui me semble à part, et qui offre un cadre scénaristique prometteur. On gardera en mémoire Ali, Rocky, Raging Bull ou bien encore Million Dollar Baby pour ce qui est du ciné, pour ne citer que ces titres, ou Championzé en ce qui concerne la BD. C'est le cas ici encore une fois. Kid Francis est illustrée par Gregory Mardon dont j'apprécie le travail depuis longtemps. J'aime son dessin qui, sans être ce que j'appellerais un "beau dessin" (même si on sent bien la maitrise), se révèle d'une efficacité redoutable. Il ne s'embarrasse pas de détail, va à l'essentiel, et parvient à nous captiver par la seule force de son expressivité. A mes yeux, rares sont ceux qui parviennent à un tel niveau, de ce point de vue. Quant au scénar, il est à l'image du dessin : il file droit au but, ne laissant sur son passage aucun temps mort. Si la vie du boxeur François Buonagurio (de son vrai nom) est essentiellement composée de lacunes, Marius Rivière reconstitue les blancs avec brio, faisant par la même occasion l'impasse sur la période argentine, sans doute peu voire pas documentée du tout. Alors bien sur, certains personnages paraissent un peu stéréotypée, tel François Spirito, collabo de circonstance comme il y en a plein les romans, mais aussi comme il y en avait plein la vie, ai-je envie d'ajouter... Le scénario manque aussi parfois de surprise, et l'issue de la plupart des situations semble cousu de fil blanc. Mais n'empêche ! Kid Francis est un genre de modèle du genre. En outre, on sent bien la présence des personnalités, ainsi que leur motivation, notamment celles de Kid Francis qui en devient très attachant. Enfin, le contexte historique est très bien rendu. On croise des célébrités de l'époque (Joséphine Baker, Maurice Chevalier, Marcel Pagnol...), on percute l'Histoire (Vous saviez que des quartiers entiers du centre ville de Marseille avaient été dynamités par les Allemands en 1943 ?)... Bref ! C'est une BD solide et sure de son fait qui saura séduire largement.

16/02/2026 (modifier)
Par Vaudou
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Les Phalanges de l'ordre noir
Les Phalanges de l'ordre noir

Le premier chef d'oeuvre du duo Christin-Bilal. Après la trilogie Légendes d'aujourd'hui, c'est l'épisode de la maturité. Christin livre un scénario sans fantastique mais fait cohabiter l'Histoire avec les histoires grâce à l'utilisation d'une voix off qui fonctionne comme un monologue intérieur. C'est précurseur et en plus le procédé est parfaitement maîtrisé, jusqu'à la conclusion magistrale du récit. Guerre d'Espagne, brigades rouges... On est en 1979 et on se rend compte qu'on peut traiter de tous les sujets à travers la bd pour adultes. Bilal utilise pour la dernière fois les bleus de coloriage avant le passage en couleurs direct. Disons juste que le soin apporté aux détails est exceptionnel et que la comparaison avec ses dernières productions peut être assez choquante si on ne connait que sa dernière période artistique. Arrières plans, nuages, chemins de traverses, péniches, bâtisses isolées, toitures au coeur de la ville; tout est sujet à émerveillement. C'est la clôture parfaite d'un premier âge d'or démarré en 1975 avec la Croisière des Oubliés. Le duo Christin-Bilal fait maintenant partie des précurseurs et le montrera encore quelques années plus tard avec Partie de Chasse. NB : à noter que la dernière édition de 2002 nous gratifie d'une longue interview (9 pages !) de Christin et Bilal ensemble très intéressante.

16/02/2026 (modifier)