Les derniers avis (60 avis)

Par Miguelof
Note: 2/5
Couverture de la série Lettres d'outremer
Lettres d'outremer

À l'époque, annés 90, j'ai acheté plusieurs albums du duo Warnauts et Raives, attiré initialement par le dessin réaliste et la promesse d'une certaine sensualité. Les histoires se sont révélées franchement décevantes et c'est le cas de celle-ci. Aujourd'hui, je considère le dessin trop photographique et l'intrigue assez conventionnelle. Il reste peut-être les couleurs.

25/04/2026 (modifier)
Par Julien
Note: 3/5
Couverture de la série Scotland
Scotland

Je suis les aventures de kathie depuis leur début avec beaucoup de plaisir. Je ne regrette pas l’achat de ce dernier épisode qui, globalement ne demerite pas trop. L’intrigue n’est malgré tout pas a la hauteur des épisodes précédents. Ça donne une impression de " on ferme et on ereint la lumière. Déplus, je trouve le dessin très irrégulier, en particulier pour le visage des personnages. Bref, il était temps d’arrêter, mais je ne regrette pas mon achat

25/04/2026 (modifier)
Par Miguelof
Note: 5/5
Couverture de la série Un Pacte avec Dieu (Un bail avec Dieu / Le Contrat)
Un Pacte avec Dieu (Un bail avec Dieu / Le Contrat)

La naissance du "graphic novel". C'est une de mes œuvres préférées de W. Eisner. Quatre histoires ayant en commun le Bronx, le quartier, les immeubles (tenements). Y habitent des êtres humains tragiques, des figures pathétiques et vicieuses parfois, qui essaient d'échapper à la banalité de leur existence, sans y parvenir vraiment. On remarque tout l'effort et même un certain soin mis par l'auteur dans le dessin des bâtiments et des rues, mais j'admire surtout toute la gamme d'expressions qu'il est capable d'imprimer aux personnages.

25/04/2026 (modifier)
Couverture de la série Commissaire Kouamé
Commissaire Kouamé

La lecture des deux albums m’a permis de découvrir le travail de Marguerite Abouet, qui développe des intrigues forcément exotiques, en Côte d’Ivoire. C’est cette originalité qui fait sortir ces récits policiers du tout-venant, ainsi que le dessin de Donatien Mary (très différent de ce que j’avais vu de lui sur Que la bête fleurisse). Son trait moderne, élancé et semi caricatural, est plutôt agréable, et raccord avec les récits qu’il illustre. Quelques idées récurrentes aussi permettent de dynamiser les récits : le vieux policier (le commissaire Kouamé donc), aux méthodes spéciales : il pratique systématiquement la « question » et est bien moins bonhomme que ce que l’on pourrait attendre de son air « rangé ». Il est pour cela assisté d’Arsène, moins sûr de lui, mais qui le véhicule systématiquement avec l’une de ses bagnoles de collection, toujours parmi les plus petites. Ceci étant dit, les enquêtes policières en elles-mêmes ne sont pas extraordinaires, s’étirent un chouia trop, et cette série vaut avant tout pour le cadre dépaysant et quelques à-côtés originaux. Les gesticulations de Kouamé alternent trop avec des longueurs. Le dessin est très sympa je trouve.

25/04/2026 (modifier)
Par Ju
Note: 4/5
Couverture de la série Dieu en personne
Dieu en personne

Je trouve à Marc Antoine Mathieu un certain talent : j'ai trouvé la bd un peu longuette parfois, un peu verbeuse, je me suis presque ennuyé. Mais une fois le livre refermé, je ne peux pas m'empêcher d'y repenser et de trouver que c'est quand même un peu génial. Oui, l'idée est originale, mais après tout ça ne fait pas tout. Dieu revient parmi nous, et tout ce qu'on trouve à faire, c'est de l'incorporer à notre société ultra consumériste, sensationnaliste et de l'assigner en justice. C'est un peu ridicule mais bien vu, et pour le coup pas spécialement original, parce que c'est un développement qui ma parait logique. Si dieu débarque réellement demain, je pense qu'on peut assister à pas mal de schémas que l'auteur développe, voire pire. Certaines situations sont un peu caricaturées à l'extrême mais finalement c'est très représentatif de notre monde. Les touches d'humour absurdes fonctionnent bien sur moi, plusieurs m'ont arraché un sourire. Et si, comme je l'ai dit en préambule, j'ai parfois trouvé le temps un petit peu long, notamment pendant les miracles de Dieu, ou les explications des témoins, j'ai eu super envie d'arriver à la fin à chaque instant de ma lecture. Celle-ci, encore une fois, n'est pas spécialement originale, mais m'a parfaitement contenté. Elle est à l'image de la bd. Caricaturale et plausible, stupide et très réelle. L'ensemble est une critique de la société, des humains, sur plusieurs plans (commercialisation de tout et n'importe quoi, crédulité, judiciarisation à l'extrême). Le tout est servi par un dessin ultra efficace, comme à chaque fois chez Marc Antoine Mathieu. Et j'ai bien aimé le fait que l'on ne voit jamais le visage de Dieu, qui ajoutait du mystique au personnage.

25/04/2026 (modifier)
Par Ju
Note: 3/5
Couverture de la série L'Arnaque des nouveaux pères
L'Arnaque des nouveaux pères

Il s'agit de la deuxième bd de Guillaume Daudin et Stéphane Jourdain que je lis après "Les Contraceptés". Une fois encore, il s'agit d'une bd reportage sur un sujet tenant à la masculinité, au rôle de l'homme dans le couple et donc, par extension, sur les inégalités entre hommes et femmes. Cette fois, on se concentre sur le rôle du père, sa place dans la vie de famille et son investissement global. Plus précisément, les auteurs s'attachent à démontrer en quoi la figure du "nouveau père", ultra investi et qui serait à égalité avec la mère dans le partage des tâches liées aux enfants (et par extension aux autres tâches domestiques), est biaisée et cache en réalité une situation encore très disparate dans le couple. Comme j'ai un peu de mal à structurer mon propos, je vais commencer par les points positifs de cette bd : Le sujet est très intéressant et traité avec un certain sérieux. On sent que les deux sont très impliqués, ont envie de creuser et prennent du recul sur leur propre situation. Il n'y a pas de moment où ils se disent "ah mais non quand même on en fait déjà beaucoup", ou ce genre de truc, et c'est appréciable. La bd met bien en avant de nombreux points inégalitaires, touche juste sur plusieurs sujets et démontre bien qu'effectivement, malgré les évolutions récentes, les femmes se tapent la majorité du boulot (même dans les couples privilégiés qui ont conscience du problème). Les auteurs démontrent également bien à quel point il y a bien une arnaque du nouveau père, et une glorification de certains comportements qui semblent naturels pour les femmes. Bref, c'est un sujet important, et c'est super de le traiter et de s'y intéresser. Tous les pères devraient, au moins, s'intéresser à ce sujet. Néanmoins, plusieurs aspects négatifs me sautent aux yeux : Si je suis d'accord avec le propos global, il y a, à mes yeux, pas mal de problèmes sur celui-ci. Déjà, comme le dit Bamiléké, les deux auteurs centrent le sujet sur leur expérience à eux, et donc leur classe sociale et leur manière à eux de voir la vie. Ils appartiennent à une classe sociale favorisée et ont donc des préoccupations, des idées propres à leur classe sociale. Je crois qu'il y a deux cases dans la bd où il y a quelque chose sur le fait que c'est plus compliqué pour les pères des classes sociales défavorisées de s'impliquer. Ce n'est pas développé et c'est une grosse erreur, selon moi, car on en arrive à un bouquin qui ne s'adresse qu'aux privilégiés, à ceux qui ont les moyens sociaux et économiques de faire en sorte de bouger un peu les choses. Les autres s'en retrouvent exclus et on est quasiment dans un espèce d'entre soi parisien, qui saute aux yeux avec la réunion entre pères à la fin, où le coaching de paternité. Or, ce type de sujet touche l'ensemble des acteurs de la société et doit s'adresser à tout le monde. Un autre truc qui m'a un peu agacé est le fait que les auteurs semblent vouloir adapter le système existant pour permettre une meilleure égalité entre les parents. On nous vend des starts up ou certaines grosses boites qui ont des chartes pour concilier la vie de famille avec celle de leurs salariés et qui prennent des mesures de compensation. C'est oublier que ça ne concerne que des milieux ultra privilégiés et en de très faibles proportions (bon ok ils le disent mais très vite fait), mais c'est surtout oublier que à l'échelle de la société actuelle, une généralisation de ce type est impossible, simplement parce que le patriarcat et l'inégalité de genre est une des composantes du capitalisme qui est le mode d'organisation de notre société. Vouloir plus d'égalité entre les sexes sans s'attaquer au fondement du système économique est, à mon sens, illusoire. Il y a certes une petite revue littéraire, mais ils résument les propos à l'extrême. C'est peut-être (sûrement) une volonté de vouloir un peu dépolitiser le sujet pour toucher plus de monde, mais en ce qui me concerne ça m'agace et je trouve que le propos perd en pertinence. Après, on aurait aussi pu parler d'autres modes d'éducation, de parentalité etc., mais on s'éloigne du sujet. Sur la forme, je suis aussi un peu circonspect. J'ai trouvé la narration assez lourde, notamment les phrases du genre : "Stéphane se disait depuis quelques temps qu'il fallait qu'il fasse ceci.." où "Ça taraudait l'esprit de Guillaume". Je trouve que ça casse l'aspect docu. Enfin, et c'est la deuxième fois pour une bd de ces deux scénaristes/auteurs, je n'ai pas aimé le dessin. Je trouve les personnages figés et sans expression. Ça manque de vigueur, de chaleur. SI vous n'y connaissez rien sur ce sujet ou avez envie de vous y intéresser en partant un peu de zéro, allez y, ça se lit bien et il y a des choses très intéressantes. Si vous voulez creuser le sujet, c'est en revanche un peu léger.

25/04/2026 (modifier)
Couverture de la série Nouvelle France
Nouvelle France

Je me retrouve pas mal dans l’avis de Cacal69. En effet, la couverture m’a aussi fait de l’œil. Même si, voir un Iroquois sur un cheval (peu adapté au déplacement, à la guerre et à la chasse dans les sous-bois) est surprenant, et sans doute très peu commun à l’époque. J’aime bien cette région et cette époque, où les frontières étaient encore floues et fluides entre les peuples. Nous sommes à l’époque de la Guerre de Sept-Ans, et plusieurs séries ont déjà usé de ces décors – géographiques et historiques. Pratt bien sûr à plusieurs reprises (voir par exemple le très marquant Fort Wheeling - un peu postérieur) ou, plus récemment et chez le même éditeur, les one-shot de Prugne. Et voilà, les deux références que je viens d’évoquer m’ont beaucoup marqué – à des niveaux divers – et à leur aune j’ai sans doute moins apprécié ce « Nouvelle France ». Il n’y a pas le lyrisme et le dynamisme de Pratt. Il n’y a pas non plus le superbe travail à l’aquarelle de Prugne pour magnifier ces forêts interminables. Et pourtant Vrancken s’en sort très honorablement, plusieurs planches sont vraiment très belles. Mais c’est peut-être moins mon truc. Quant à l’intrigue développée par Desberg, elle se laisse lire. Mais, là aussi la beauté des paysages, le lyrisme de ces rencontres et de ces instants de rencontres sont ici moins forts que dans les séries évoquées plus haut (Pratt surtout). Comme l’a fait remarquer Cacal69, les dialogues appuyés, parfois redondants, critiquant l’horreur et l’absurdité de la guerre, anesthésient trop le reste. Et le relativement long passage du héros renvoyer combattre en Europe est maladroit. En effet, outre qu’il ressemble à certains passages de Tardi critiquant l’horreur des tranchées de la Première guerre mondiale (ce qui en soit est très louable), il coupe trop le récit, cela aurait dû être raccourci, voire n’être qu’évoqué brièvement, car l’essentiel était sans doute ailleurs. Une unité de lieu évitant de se disperser en Europe aurait été meilleure je pense. De même, la fin est un peu trop brutale et facile, expédiée. Le combat entre le héros et le guerrier iroquois qui l’attend et le poursuit depuis des années est un peu artificiel aussi. Bon, cela dit, malgré toutes ces critiques, ça reste un album plaisant à lire, loin d’être dénué de qualités. Mais sur le même thème, d’autres séries m’ont davantage plu.

25/04/2026 (modifier)
Par Hub
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série 1629 ou l'effrayante histoire des naufragés du Jakarta
1629 ou l'effrayante histoire des naufragés du Jakarta

Lorsque j’ai commencé, j’avais beaucoup d’attentes car Dorison est un de mes auteurs préférés, et il ne m’a pas déçu. Avec 1629, Dorison livre un récit captivant et terriblement oppressant, une œuvre qu’on ne lâche pas facilement tant on est happé par la tension dramatique et la noirceur du propos. Dès les premières pages, le ton est donné : derrière le récit historique de naufragés se dessine une véritable réflexion sur la nature humaine, la violence et la manière dont l’homme peut basculer dans la barbarie lorsque toute structure sociale disparaît. Le prologue évoque notamment "l’effet Lucifer”, cette théorie psychologique selon laquelle des individus ordinaires peuvent commettre les pires atrocités selon le contexte dans lequel ils évoluent. Cette idée imprègne les 2 albums et donne au récit une profondeur glaçante. Plus qu’un simple récit de survie, 1629 devient une démonstration implacable de la fragilité de la morale humaine face au chaos. Le scénario de Dorison est d’une efficacité redoutable : maîtrisé, intense, sans temps mort. Il installe progressivement un climat de tension qui devient de plus en plus étouffant, jusqu’à rendre la lecture presque suffocante. On assiste, fasciné et horrifié, à la montée de la cruauté et à l’effondrement de toute humanité. Graphiquement, Montaigne accompagne ce récit avec un immense talent. Son dessin réaliste et puissant sublime la violence du propos, avec des planches superbes qui renforcent encore l’immersion et l’intensité dramatique. Avec 1629, Dorison signe selon moi une œuvre majeure : brutale, intelligente, fascinante. Une bande dessinée marquante, qui captive autant qu’elle dérange, et qui confirme une fois de plus tout le génie narratif de son auteur.

25/04/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5
Couverture de la série Hypersurveillance - Enquête sur les nouveaux outils de surveillance
Hypersurveillance - Enquête sur les nouveaux outils de surveillance

Les grandes sociétés de la tech deviennent des kleptocraties numériques. - Ce tome contient un reportage complet, qui ne nécessite pas de connaissance préalable. Son édition originale date de 2026. Il a été réalisé par Julie Scheibling pour le scénario, et par Rémi Torregrossa pour les dessins et les couleurs. Il comprend cent-vingt-six pages de bande dessinée. Il se termine avec une postface de quatre pages reprenant les affiches de l’organisation non gouvernementale Amnesty International sur le thème, illustrant un texte de cette organisation sur la surveillance, ainsi que deux pages listant les sources utilisées. Julie et son compagnon sont attablés pour le dîner quand le téléphone de la journaliste sonne. Elle refuse l’appel et repose le portable, et son compagnon le retourne pour que l’écran ne soit plus visible. Ils reprennent leur conversation et elle déclare qu’il faut qu’ils trouvent la destination que personne ne connaît et qu’on garde secrète. Taquin il demande : avec soleil, plage et sans touriste, au mois d’août ? Elle reconnaît que certes ils n’ont pas les critères de voyage les plus originaux qui soient, mais elle lui promet de trouver une petite île déserte inconnue au bataillon. Plus tard, ils vont se coucher : se mettant au lit, ils consultent une dernière fois leur téléphone respectif et leurs notifications, monsieur devant enlever ses lunettes pour que la reconnaissance faciale fonctionne. En consultant chacun leur smartphone, ils découvrent qu’à peine connectés sur Facebook, le réseau social leur suggère un article de nature très proche pour réserver un voyage sur une ile paradisiaque. Le lendemain, à la réunion de rédaction du journal, Julie propose son sujet : faire une enquête sur la surveillance ordinaire. Le rédacteur-en-chef valide ce sujet à 100%, la chaîne les suivra là-dessus, c’est certain. Il pense même qu’il faut en faire une série documentaire. Julie ajoute qu’on pourrait faire un premier épisode d’enquête qui parle à tout le monde et répond à une question simple : Nos smartphones nous écoutent-ils ? Le rédacteur-en-chef acquiesce : complètement, et il faut mettre ça en perspective avec d’autres affaires. Il lui demande de l’accompagner dans son bureau car il a des contacts à lui donner. Chapitre un : Nos smartphones, ces aspirateurs à données personnelles. Julie et un caméraman se sont déplacés et sont reçus dans le bureau d’un ingénieur en intelligence artificielle, pour commencer leur enquête, et avoir une explication technique face à la paranoïa qui se généralise sur ce sujet. Première question : Comment savoir si nos smartphones nous écoutent ? L‘ingénieur propose à Julie de lui confier son portable : ils vont le poser entre eux et discuter en même temps, il va capter avec son ordinateur tout le trafic du portable pour mesurer son activité. Elle souhaite savoir si comme ça, ils vont voir si le micro s’active. Il lui demande s’il y a un sujet sur lequel elle s’est sentie écoutée récemment. Elle répond : Pas qu’un ! L’autre jour avec son conjoint, ils cherchaient des destinations de vacances paradisiaques et suite à une conversation, ils ont tous les deux reçu des pubs similaires sur des îles grecques. Le titre et le sous-titre annoncent explicitement la nature de l’ouvrage : une enquête journalistique sur les nouveaux outils de surveillance, dont les téléphones portables. Le texte de la quatrième de couverture précise : En partenariat avec Amnesty International, à partir des investigations existantes sur le sujet et d’entretiens avec des acteurs et victimes de la surveillance (CNIL, ingénieurs du numérique, cibles de Pegasus lanceurs d’alerte, start-up, journalistes, magistrats), cet ouvrage met en lumière les liens entre états et entreprises au détriment des droits humains. Le lecteur sait à peu près à quoi s’attendre : une journaliste qui se met en scène au travers d’un avatar, et des entretiens assurant la majeure partie du récit. De fait, passé l’introduction mettant en scène le couple, la bande dessinée se révèle être une suite d’interviews et de reportages, ces derniers en préparation et en cours de montage. L’autrice utilise également des dialogues entre elle et son collègue, ainsi que des images d’archives. Le dessinateur met en scène l’avatar de Julie dans des dessins réalistes et descriptifs, sans aller jusqu’au photoréalisme avec un haut niveau de détails et une solide capacité à reproduire la ressemblance avec les personnes connues. Il utilise des cases rectangulaires, disposées en bande, sans bordure, avec une utilisation thématique des couleurs, c’est-à-dire une palette différente selon les séquences. Ce reportage est construit en six chapitres, plus la scène introductive et la scène de conclusion. Les titres en sont : 1 Nos smartphones, ces aspirateurs à données personnelles, 2 Cambridge Anaytica, l’utilisation sans consentement de données personnelles à des fins mercantiles et politiques, 3 De la surveillance de masse à la surveillance ciblée, 4 Le business de la surveillance au détriment des droits humains, le cas de Hébron, 5 Des concitoyens sous-informés et sur-surveillés, 6 L’heure tardive des réglementations. La journaliste interviewe des spécialistes avec des profils différents : un ingénieur en intelligence artificielle, un Data Analyst lanceur d’alerte ayant travaillé pour Global Technical Services (un sous-traitant d’Apple), Dominique Simonot (ex-journaliste au Canard Enchaîné), Amin (avocat des droits humains et résident de Hébron), des manifestants contre la vidéosurveillance dans l’espace public à Reims, un exposant du salon Vivatech (un représentant de XXII commercialisant un logiciel exploitant les images de vidéosurveillance). Au fil de ces interviews, ou entre deux interviews, le lecteur peut découvrir ou retrouver des affaires pour certaines très médiatisées : l’utilisation d’enregistrement clandestin Siri par Apple, le scandale Cambridge Analytica et les déclarations de Brittany Kaiser, l’affaire du logiciel espion Pegasus de la société israélienne NSO Group, et Predator un des produits concurrents, etc. Ces affaires emmenant aussi bien en Israël qu’en Chine ou dans plusieurs pays d’Afrique. Alors qu’il s’est préparé à des petites cases avec de gros pavés de texte, et un enfilement de têtes en train de parler, le lecteur découvre une belle diversité visuelle. Outre la personnalisation de la narration avec l’avatar de la scénariste, les auteurs utilisent un processus qui rend très vivant l’exposé : montrer la journaliste en train de préparer et de réaliser son reportage. Ainsi, l’histoire devient un récit animé, sans rien perdre de sa rigueur ou de son ambition. Le lecteur peut voir la journaliste interagir avec les interviewés, les relancer avec des questions, des images d’archives pouvant être intégrées à leur échange. L’artiste représente les personnages avec un jeu d’acteur de type naturaliste, sans dramatisation cinématographique ou théâtrale. Les entretiens en présentiel chacun de part et d’autre d’un bureau ou d’une table basse, une déambulation dans un salon de la tech, avec le caméraman effectuant son travail, ou encore une discussion avec le collègue qui assure le montage et la recherche des archives vidéo. Ou les entretiens en distanciel, la bande dessinée permettant de mettre en scène chaque participant chez lui, sans se limiter à une succession d’écran. Il en va de même pour les images reprises dans les médias : des unes de journaux, des auditions télévisées, des reconstitutions… Bien vite, le lecteur prend conscience que la mise en images met également à profit d’autres possibilités de la bande dessinée, au-delà de l’effet de juxtaposition. Ainsi le dessinateur peut matérialiser des éléments qui relèvent d’un autre sens que la vue, par exemples les enregistrements sonores illégaux effectués par Siri sous forme d’ondes acoustiques. Il utilise également la possibilité d’intégrer des représentations conceptuelles telles que le graphe faisant apparaître les liens statistiques établis d’après les données personnelles d’un individu, comme la scolarité, la profession, la vie sentimentale, l’âge, les hobbies, le temps d’écran ou encore la localisation de son lieu de vie. Les auteurs passent également en mode cartographique, métaphorique, dans le monde des icônes. Par exemple, dans les deux pages en vis-à-vis quatorze et quinze, se trouvent représentés les déplacements de Julie sur une carte, un cadenas métaphorique symbole de la protection des données, un personnage qui vient de la troisième bande (celle la plus en bas de la page) pour accéder à la bande du milieu à l’aide d’une échelle et enlever ledit cadenas, avec lequel il s’enfuit dans la dernière case de la page quinze. Le jeu sur les pommes, et sur les autres logos de marque est plus simple, et tout aussi efficace. Le rapprochement visuel entre le bleu de l’icône micro du portable et le bleu du passeport de la République de Chine indique immédiatement comment va être utilisée la captation des données (l’enregistrement de la voix des Ouïghours pour obtenir un passeport), l’âne du parti démocrate et l’éléphant du parti républicain, ou encore cette très belle allégorie dans laquelle un tigre s’en prend à un cheval ailé (le logiciel Predator prenant des parts de marché au logiciel Pegasus), etc. Le lecteur ressent que les dialogues et les expositions se trouvent complétés par les informations visuelles. Avec preuves vérifiables à l’appui, les auteurs abordent plusieurs aspects de ce phénomène qu’ils qualifient d’hypersurveillance, et qui repose sur entreprises se comportant comme des kleptocraties numériques. Il voit des états à l’œuvre, utilisant des prestataires de service mettant à profit ces données pour différents types de surveillance, de contrôles, de discrimination, de coercition. Il poursuit sa lecture avec le dossier d’Amnesty International qui explicite plus avant la problématique : La surveillance en ligne des États et des entreprises porte atteinte à de nombreux droits fondamentaux et en premier lieu au droit à la vie privée. Souvent considéré comme secondaire, le droit à la vie privée se sacrificie sur l’autel de la sécurité nationale brandie par les gouvernements, ou cède face aux conditions générales d’utilisation des géants technologiques. Tout du long de l’ouvrage, le lecteur a bien conscience des valeurs implicites des auteurs et de l’organisation Amnesty International, et il peut se faire une idée des valeurs des entreprises qui développent ces outils de surveillance, et des États qui les utilisent. Ce n’est pas un secret : chaque utilisateur sait qu’en consentant aux conditions générales d’utilisation, il donne en pâture beaucoup d’éléments de sa vie privée aux entreprises numériques correspondantes : Si c’est gratuit, c’est que vous êtes le produit. C’est autre chose de le clairement décortiqué et documenté, avec un exposé facile d’accès et une narration visuelle variée et claire. Édifiant.

25/04/2026 (modifier)
Couverture de la série La Fabrique du prince charmant
La Fabrique du prince charmant

Bah je trouve ça pas si mauvais. Avec les échos glanés de-ci de-là je m'attendais à une catastrophe, mais je dois bien avouer que l'album a su faire mouche chez moi. L'album n'est pas révolutionnaire ou mirobolant pour autant, je me pencherais d'ailleurs sur son gros défaut plus loin, mais il n'en est pas moins resté satisfaisant à mes yeux. Je l'ai vu comme une sorte de "Le Grand Détournement - La Classe Américaine" qui aurait troqué les vieux films pour les vieux romans photos mais aurait gardé cette même rythmique absurde, ce même sentiment que toute la narration tient de bric et de broc, où tous les dialogues ne sont que des logorrhées absurdes à la fois étrangement précises et détaillées mais également volontairement "parlées". Peut-être justement que je suis mieux rentrée dans cet album car, étant friande d'œuvres du genre, j'ai immédiatement donné la rythmique et le ton nécessaire aux répliques lors de ma lecture pour que celles-ci fonctionnent pleinement, mais il n'empêche que j'ai tout de même trouvé certains chapitres bien marrants. Ici, évidemment, tout n'est pas que parodie et détournement puisque l'album et son "scénario" (si tant est que cet ensemble de saynètes absurdes puisse être considéré comme un semblant de fil rouge) cherchent derrière le rire à nous parler de féminisme et d'injonctions patriarcales - choquant, je sais. On pointe du doigt tous les travers et mauvais comportements imposés/instruits/encouragés par notre société, le vocabulaire se montre très souvent pointilleux au milieu de tout ce phrasé absurdement "jeune", les références se font parfois bien précises, il y en a même deux/trois auxquelles je ne m'attendais vraiment pas (la mention des "neurchis" m'a particulièrement surprise et faite rire). Si la forme est drôle et le fond revendicateur (d'autant plus quand le sujet mis sur la table est cher à mon cœur), je dis oui. Bon, comme dit plus haut, et comme vous pouvez vous en douter à la vue des autres notes, tout n'est pas rose non plus. L'album souffre majoritairement de son aspect trop répétitif, peu renouvelé. Même si certains chapitres m'ont parus vraiment marrant et que je suis restée bonne public tout du long, je ne vais pas mentir, beaucoup de petites histoires se répètent, tant dans la construction narrative que dans les propos et idées mises en avant. J'ai le sentiment sincère que l'album aurait mérité à être raccourci de deux ou trois histoires, afin de conserver la fraîcheur et le sentiment. Et puis, malheureusement, le discours féministe et anti-patriarcal est en fait assez peu développé. Les termes parfois pointus et les références bien trouvées fusent, certes, mais même en ayant eu chacune des référence je n'ai pas trouvé le tout particulièrement développé (en tout cas pas autant que ce à quoi j'aurais pu m'attendre). L'album reste avant tout une œuvre comique donc on va dire qu'on peut facilement laisser couler, mais il n'empêche. L'idée est sincèrement bonne, je ne regrette pas de remonter un tant soi peu la note de cet album, mais le tout tourne malheureusement un peu en rond à plusieurs reprises et je me dois d'être honnête sur cet état de fait. L'album n'est pas mauvais mais s’essouffle par moment et pourrait perdre facilement son lectorat. Je le recommande tout de même volontiers aux lecteur-ice-s curieux-ses. (Note réelle 2,5)

25/04/2026 (modifier)