Une jeune voleuse embarque à bord d’un équipage de pirates aussi incompétents que loufoques dans une chasse au trésor remplie de créatures fantastiques, de références anachroniques et de clins d'oeil à Pirates des Caraïbes et à d’autres univers du même genre.
L'album repose clairement sur une volonté de détourner les codes du récit de pirates avec un humour absurde et décalé. Le problème, c’est que cet humour m’a paru très lourdaud et souvent forcé, avec des blagues qui semblent plaquées artificiellement sur les scènes plutôt que réellement intégrées au récit. Les dialogues sonnent faux, les personnages passent leur temps à cabotiner, et malgré la volonté de faire du décalé ou de l’absurde, je n’ai quasiment jamais souri.
Le dessin donne pourtant une bonne première impression. Le trait est souple, vivant, assez séduisant au premier regard, avec une vraie énergie graphique et des couleurs agréables. Mais à la lecture, cela devient beaucoup plus brouillon. Les personnages ont des anatomies très cartoonesques qui m’ont souvent perturbé, notamment ces jambes étonnamment courtes et presque caoutchouteuses qui donnent parfois l’impression que les corps manquent totalement de structure. La mise en scène elle-même paraît assez brinquebalante, avec un découpage confus et un rythme qui fonctionne mal.
Malgré un fond graphique pas inintéressant et une envie évidente de proposer une aventure humoristique déjantée, l’histoire ne prend jamais vraiment. Entre les références insistantes, les gags qui tombent à plat et une narration assez pénible à suivre, j’ai péniblement parcouru cet album sans décrocher un sourire.
Une professeure mariée à un homme lourdement handicapé entretient avec lui une relation intime singulière : elle rencontre d'autres hommes dans des clubs libertins, filme leurs rapports sexuels et partage ensuite ces vidéos avec son mari, jusqu'au jour où les sentiments viennent bouleverser cet équilibre fragile.
Comme toujours chez Axel, le sexe très explicite occupe une place centrale dans le récit, avec ce réalisme cru et naturaliste qu'il maîtrise bien. Les corps paraissent vrais, imparfaits, crédibles, et cela donne aux scènes une dimension plus humaine que fantasmée. Mais justement, dans le cas particulier de cet album, tout cela m'a davantage évoqué quelque chose de triste et de déprimant que réellement érotique.
Il parle surtout de solitude, de dépendance affective, de fidélité, du poids du handicap et de la manière dont un couple tente de survivre malgré une situation impossible. C'est traité sérieusement, avec une certaine justesse, sans voyeurisme gratuit, mais il en ressort une mélancolie permanente qui écrase un peu toute forme d'excitation ou de sensualité. Même les scènes de sexe finissent par dégager une impression de malaise ou de tristesse plus que de plaisir.
Le dessin fonctionne toujours bien, avec ce style réaliste un peu rugueux propre à l'auteur, et les personnages paraissent authentiques, ce qui aide à croire à leur relation. Mais l'histoire reste finalement assez simple et vite résumée, avec une progression assez courte et une conclusion qui m'a laissé un peu vide.
Je ressors donc de cette lecture davantage touché par son côté sombre et humain que réellement emballé. Ce n'est pas inintéressant, loin de là, mais ce n'est clairement pas un album qui m'a donné envie d'y revenir ou de le relire.
La dépression est un véritable fléau, qui gâche la vie de centaines de milliers de personnes, malades comme entourage.
Cette BD nous met à la place d'un psychiatre, le Dr David Gourion, qui anime des séances de dépressifs anonymes. L'album démarre avec l'arrivée d'une nouvelle personne au sein de ce cercle. L'occasion pour les participants de rappeler ce qui les a amenés là, avec la diversité de leurs expériences, leur façon différenciée de vivre leur affection, mais aussi l'accompagnement proposé par le médecin (et d'autres) pour les faire sortir de là. Alors certes, le sujet n'est pas joyeux, mais ma lecture fut rien moins qu'ennuyée. J'ai la chance de ne pas avoir de dépressifs dans mon entourage proche, mais je n'ai pas vraiment eu l'impression d'apprendre grand-chose. Je ne minimise pas du tout la portée de la dépression, et la souffrance de celles et ceux qui y sont confrontés, mais là c'était un plaisir de lecture très relatif.
Le dessin d'Elizabeth Holleville est dans un style naïf, mais sans relief ni inventivité (ici du moins), donc pas grand-chose à en retenir.
Quand je vois ma notation : "Bof, sans plus", je me dis que ça fait un peu dépressif comme réaction...
C’est une bien cruelle déception que cette revisite des aventures de Lucky Luke par un des auteurs humoristiques que je plaçais dans le haut du panier : Bouzard. Une déception comparable à celle que j’ai ressenti avec « Choco-boys », une autre variation de l’univers du célèbre cow-boy par le bédéaste allemand Ralf König.
Bouzard, qui m’avait tant amusé avec son « Autobiography of me too », est visiblement un fan de Lucky Luke, comme beaucoup d’entre nous. Il s’est attelé ici à la conception d’un scénario en essayant de marier l’univers du héros à sa propre sauce. Si on peut sourire au début des quelques vannes décalées (les digressions sur la brindille, la scène de l’ombre qui suit très lentement le cow-boy lorsqu’il sort du bureau du procureur…), tout cela s’essouffle assez vite au fil des pages. Les gags paraissent faciles et tombent à plat (par exemple les blagues autour du « daltonisme » des Dalton ou l’annonce du mariage de Ma Dalton avec son ravisseur, Phil Defer…).
Le constat est difficile à admettre quand on apprécie un auteur, mais Bouzard a clairement manqué d’inspiration ici, et on n’y retrouve aucunement la fantaisie dont on le sait capable. Etait-ce une œuvre de commande qui n’arrivait pas au bon moment ? Est-ce parce que l’auteur n’a pas su se fixer une ligne directrice en reprenant sa recette consistant justement à ne pas en avoir ? Avec un scénario totalement incohérent qui serait peut-être inapproprié dans le cas présent, renforçant l’écart avec les narrations si bien ficelées de Goscinny ? Tout cela nous amène à une question : peut-on faire une parodie d’une œuvre déjà humoristique au départ, surtout quand celle-ci est signée des « monstres » du neuvième art tels qu’Uderzo et le précité Goscinny ?
Comme je n’ai pas envie d’enfoncer Bouzard outre mesure, parce que je sais qu’il en a sous le capot, je serai compréhensif en avançant que même les champions se plantent parfois. « Jolly Jumper ne répond plus » est un ratage manifeste selon moi, et mon appréciation n’est relevée que par son style graphique toujours efficace. On notera que si les Dalton sont les copies quasi conformes (et un peu paresseuses) des personnages originaux, Lucky Luke est méconnaissable, doté d’un gros nez qui ne suffit pas à le rendre drôle, et dépourvu de sa brindille qui restait le seul substitut à son mythique mégot, avant que la loi liée à la cigarette n’impose ses diktats à la culture.
En conclusion, on pourrait presque se demander si Jolly Jumper n’a pas décidé de s’enfermer dans le silence parce qu’il désapprouvait le projet… D’autant que le titre est quelque peu trompeur, puisqu’en définitive, ce sont les Dalton qui sont au centre de l’histoire et non le cheval à la crinière blonde… Mais quand je dis que l’auteur en a sous le capot et que l’espoir n’est pas perdu, on pourra le vérifier avec le récent « L’Homme qui a vu l’homme qui filme l’homme qui tire plus vite que son ombre ». Cette fois consacré au tournage de la série sur Lucky Luke, cet album nous permettra de retrouver l’humour si particulier de Bouzard.
Un inspecteur de police mène une enquête autour de la mort de Pier Paolo Pasolini, une investigation qui le plonge peu à peu dans un entrelacs de faits, de souvenirs et de visions où sa propre identité semble se confondre avec celle du cinéaste.
Le dessin m’a laissé une impression globalement propre et de qualité, avec une vraie maîtrise et une lecture fluide des planches. Mais cette impression est contrebalancée par une certaine raideur des personnages et du trait, qui donne parfois un côté figé à l’ensemble.
L’histoire démarre comme un polar noir assez classique et bien construit, dans une ambiance elle aussi propre et posée. Puis progressivement, le récit bascule dans quelque chose de plus trouble, en mêlant réalité, enquête et flashbacks autour de Pasolini. On se retrouve dans un va-et-vient permanent où les frontières deviennent floues, avec des évocations quasi fantomatiques de Pasolini, au point qu’on ne sait plus si l’on suit le détective, le cinéaste, ou une forme de fusion des deux.
Ce brouillage finit par contaminer les motivations des personnages. Le détective semble s’aliéner peu à peu, obsédé par son enquête, jusqu’à adopter un comportement de plus en plus stéréotypé, notamment dans sa manière de séduire les femmes croisées, alors même qu’il a une jeune et belle épouse amoureuse de lui. Cette dérive rend son parcours de moins en moins lisible.
La conclusion arrive finalement de façon assez plate, sans réel impact, sans que l’on sache vraiment quoi retenir des enjeux ou des trajectoires. À force de mélanger les niveaux de lecture et de brouiller les repères, j’ai fini par être complètement perdu dans le récit.
Une série qui possède quelques qualités, mais qui m’a un peu laissé de côté, en tout cas dont je me suis lassé rapidement.
C’est du fantastique SF assez vieillot, et qui fait quand même son âge (elle a presque 70 ans). C’est assez verbeux – parfois trop (un tic d’époque – songeons aux auteurs du journal Tintin, avec des personnages commentant en pensée leurs actions), et le personnage de Sherlock, intriguant au départ, devient lassant, tant il semble tout savoir et pouvoir tout faire (se déplacer dans l’univers, résoudre les « énigmes », comme celle de cette statuette dangereuse). On est prié d’y croire sans explication (comment la « tour/fusée » est remplacée par sa copie sous-terraine dans la maison sans que quiconque s’en aperçoive ?).
Bon, il y a des idées, et parfois le fantastique intrigue suffisamment pour captiver l’attention, mais pas sur la durée. En tout cas la lecture d’une traite de l’intégrale publiée (avec un très beau travail éditorial) par Revival s’est révélée quelque peu indigeste.
Le dessin de Breccia est plutôt bon, use bien du Noir et Blanc (les auteurs côtoyaient alors Pratt en Argentine et, même si les styles sont différents, il y a pu y avoir des influences mutuelles au niveau de ce Noir et Blanc). Quelques cases sont quand même moins lisibles (peut-être la qualité des originaux repris par Revival était-elle inégale ?
A noter que certaines histoires passent au format à l’italienne, changeant le sens de lecture…
Une petite curiosité historique.
Note réelle 2,5/5
Le dessin est ce qui m'a attiré vers cet album : il est séduisant, sensuel, souvent émoustillant, avec de belles compositions et une mise en couleurs soignée. Il y a certes un léger aspect informatique dans le rendu, mais l'ensemble reste très agréable à regarder. Dommage en revanche que le lettrage vienne casser une partie de cette esthétique, avec une police type Comic Sans et quelques effets qui font bricolage façon PowerPoint.
Le problème, c'est que ce travail graphique est au service d'un récit qui ne suit pas. L'histoire est assez banale et surtout racontée sur un ton qui sonne faux : très littéraire, prétentieux, parfois pompeux, avec des dialogues et une voix off qui cherchent une forme de poésie mais tombent plutôt dans le lourd et l'artificiel. Cela donne une impression proche de certains téléfilms érotiques qui se veulent esthétisants, mais qui finissent par agacer par leur manque de naturel et leur suffisance.
C'est une BD qui attire l'œil mais dont le récit et les dialogues sont à l'inverse rebutants.
La collection « La Sagesse des mythes » se développait essentiellement autour des mythes de l’Antiquité – principalement grecque. Voilà que Glénat semble vouloir la prolonger d’une collection « proche » (par le nom, la direction de Luc Ferry – qui signe encore « l’analyse » dans le dossier en fin d’album). Mais cette collection « La sagesse des mythes, contes et légendes » me semble carrément fourre-tout : en effet, le mythe biblique d’Adam et Eve ici traité voisinera avec des choses plus « littéraires » comme Lancelot, Don Juan, Carmen, Tristan et Iseult (pour ceux qui sont d’ores et déjà publiés ou annoncés). Je ne suis pas convaincu par cette extension, qui fait un peu « ratissage » pour pouvoir prendre tout et n’importe quoi.
Bon, je ne sais pas si cet apriori négatif a joué, mais toujours est-il que je n’ai pas aimé cet « Adam et Eve ». il peut se laisser lire, mais je l’ai trouvé creux, mièvre, manquant singulièrement d’allant, de force épique. On y trouve une version classique de la Genèse, autour d’Adam et d’Eve donc, puis de Caïn et Abel et de leur descendance, qui peuple la Terre en travaillant, subissant générations après générations les conséquences de la prétendue faute d’Eve. On reste dans une vision très sexiste, mais aussi manichéenne, autour de la notion de « mal ». Mais l’athée que je suis s’est ennuyé durant cette lecture (courte au demeurant), il n’y a pas là de merveilleux (comme dans le tableau de Bosch « Le jardin des délices – reproduit pour illustrer le texte de Ferry) pour contrebalancer un discours très normé et castrateur. Le texte de Ferry se concentre uniquement sur la notion de Mal/Satan, mais la partie BD semble exempte d’allégorie et, prise comme un récit lambda, elle est très quelconque.
J’ajoute que je ne suis pas fan du rendu du dessin – et surtout de la colorisation (affaire de goût peut-être, c’est quand même très lisible).
Bon, le second tome se fait pas mal attendre, au point qu’on puisse craindre un abandon de cette série ? Si sur le principe ça me gênerait, dans les faits mon regret serait atténué par le fait que je n’ai que très moyennement accroché à ce tome inaugural. En tout cas bien moins que mon prédécesseur.
Le point de départ fait immanquablement penser à « Gladiator » (un général victorieux qui brusquement va tomber en disgrâce en s’approchant trop de l’empereur…). Ça s’en écarte ensuite pour se centrer sur la folie de Caligula, notre héros déchu, Falco se trouvant, avec une dizaine d’autres prisonniers divers (dont un chef barbare capturé par notre héros au départ) au cœur d’une chasse à l’homme, qui occupe entièrement la seconde moitié de cet album.
C’est un peu léger et fait rapidement passer au second plan les critiques sociales entrevues (certains notables romains étant nostalgiques de la République).
En fait plusieurs choses m’ont gêné. D’abord le beau frère de Falco est un peu caricatural, et je n’ai pas trop accroché au visage presque juvénile qu’on lui donne parfois (plus généralement, je n’ai pas accroché au rendu des visages…).
Surtout, la chasse à l’homme occupe trop de place, et manque clairement de subtilités. Tous les hommes sont éliminés les uns après les autres (tous se sont bêtement isolés et sont victimes tour à tour de ce que Caligula envoie pour les tuer, tandis que Falco et le chef barbare sont bien évidemment plus malin (en plus d’être les plus forts au combat), je vous laisse deviner qui va s’en sortir.
Contrairement aux archers Parthes, lions, Pictes qui poursuivent Falco, je pense l’abandonner…
Note réelle 2,5/5.
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Une jeune voleuse embarque à bord d’un équipage de pirates aussi incompétents que loufoques dans une chasse au trésor remplie de créatures fantastiques, de références anachroniques et de clins d'oeil à Pirates des Caraïbes et à d’autres univers du même genre. L'album repose clairement sur une volonté de détourner les codes du récit de pirates avec un humour absurde et décalé. Le problème, c’est que cet humour m’a paru très lourdaud et souvent forcé, avec des blagues qui semblent plaquées artificiellement sur les scènes plutôt que réellement intégrées au récit. Les dialogues sonnent faux, les personnages passent leur temps à cabotiner, et malgré la volonté de faire du décalé ou de l’absurde, je n’ai quasiment jamais souri. Le dessin donne pourtant une bonne première impression. Le trait est souple, vivant, assez séduisant au premier regard, avec une vraie énergie graphique et des couleurs agréables. Mais à la lecture, cela devient beaucoup plus brouillon. Les personnages ont des anatomies très cartoonesques qui m’ont souvent perturbé, notamment ces jambes étonnamment courtes et presque caoutchouteuses qui donnent parfois l’impression que les corps manquent totalement de structure. La mise en scène elle-même paraît assez brinquebalante, avec un découpage confus et un rythme qui fonctionne mal. Malgré un fond graphique pas inintéressant et une envie évidente de proposer une aventure humoristique déjantée, l’histoire ne prend jamais vraiment. Entre les références insistantes, les gags qui tombent à plat et une narration assez pénible à suivre, j’ai péniblement parcouru cet album sans décrocher un sourire.
Une femme fidèle
Une professeure mariée à un homme lourdement handicapé entretient avec lui une relation intime singulière : elle rencontre d'autres hommes dans des clubs libertins, filme leurs rapports sexuels et partage ensuite ces vidéos avec son mari, jusqu'au jour où les sentiments viennent bouleverser cet équilibre fragile. Comme toujours chez Axel, le sexe très explicite occupe une place centrale dans le récit, avec ce réalisme cru et naturaliste qu'il maîtrise bien. Les corps paraissent vrais, imparfaits, crédibles, et cela donne aux scènes une dimension plus humaine que fantasmée. Mais justement, dans le cas particulier de cet album, tout cela m'a davantage évoqué quelque chose de triste et de déprimant que réellement érotique. Il parle surtout de solitude, de dépendance affective, de fidélité, du poids du handicap et de la manière dont un couple tente de survivre malgré une situation impossible. C'est traité sérieusement, avec une certaine justesse, sans voyeurisme gratuit, mais il en ressort une mélancolie permanente qui écrase un peu toute forme d'excitation ou de sensualité. Même les scènes de sexe finissent par dégager une impression de malaise ou de tristesse plus que de plaisir. Le dessin fonctionne toujours bien, avec ce style réaliste un peu rugueux propre à l'auteur, et les personnages paraissent authentiques, ce qui aide à croire à leur relation. Mais l'histoire reste finalement assez simple et vite résumée, avec une progression assez courte et une conclusion qui m'a laissé un peu vide. Je ressors donc de cette lecture davantage touché par son côté sombre et humain que réellement emballé. Ce n'est pas inintéressant, loin de là, mais ce n'est clairement pas un album qui m'a donné envie d'y revenir ou de le relire.
Les Dépressifs anonymes
La dépression est un véritable fléau, qui gâche la vie de centaines de milliers de personnes, malades comme entourage. Cette BD nous met à la place d'un psychiatre, le Dr David Gourion, qui anime des séances de dépressifs anonymes. L'album démarre avec l'arrivée d'une nouvelle personne au sein de ce cercle. L'occasion pour les participants de rappeler ce qui les a amenés là, avec la diversité de leurs expériences, leur façon différenciée de vivre leur affection, mais aussi l'accompagnement proposé par le médecin (et d'autres) pour les faire sortir de là. Alors certes, le sujet n'est pas joyeux, mais ma lecture fut rien moins qu'ennuyée. J'ai la chance de ne pas avoir de dépressifs dans mon entourage proche, mais je n'ai pas vraiment eu l'impression d'apprendre grand-chose. Je ne minimise pas du tout la portée de la dépression, et la souffrance de celles et ceux qui y sont confrontés, mais là c'était un plaisir de lecture très relatif. Le dessin d'Elizabeth Holleville est dans un style naïf, mais sans relief ni inventivité (ici du moins), donc pas grand-chose à en retenir. Quand je vois ma notation : "Bof, sans plus", je me dis que ça fait un peu dépressif comme réaction...
Lucky Luke - Jolly Jumper ne répond plus
C’est une bien cruelle déception que cette revisite des aventures de Lucky Luke par un des auteurs humoristiques que je plaçais dans le haut du panier : Bouzard. Une déception comparable à celle que j’ai ressenti avec « Choco-boys », une autre variation de l’univers du célèbre cow-boy par le bédéaste allemand Ralf König. Bouzard, qui m’avait tant amusé avec son « Autobiography of me too », est visiblement un fan de Lucky Luke, comme beaucoup d’entre nous. Il s’est attelé ici à la conception d’un scénario en essayant de marier l’univers du héros à sa propre sauce. Si on peut sourire au début des quelques vannes décalées (les digressions sur la brindille, la scène de l’ombre qui suit très lentement le cow-boy lorsqu’il sort du bureau du procureur…), tout cela s’essouffle assez vite au fil des pages. Les gags paraissent faciles et tombent à plat (par exemple les blagues autour du « daltonisme » des Dalton ou l’annonce du mariage de Ma Dalton avec son ravisseur, Phil Defer…). Le constat est difficile à admettre quand on apprécie un auteur, mais Bouzard a clairement manqué d’inspiration ici, et on n’y retrouve aucunement la fantaisie dont on le sait capable. Etait-ce une œuvre de commande qui n’arrivait pas au bon moment ? Est-ce parce que l’auteur n’a pas su se fixer une ligne directrice en reprenant sa recette consistant justement à ne pas en avoir ? Avec un scénario totalement incohérent qui serait peut-être inapproprié dans le cas présent, renforçant l’écart avec les narrations si bien ficelées de Goscinny ? Tout cela nous amène à une question : peut-on faire une parodie d’une œuvre déjà humoristique au départ, surtout quand celle-ci est signée des « monstres » du neuvième art tels qu’Uderzo et le précité Goscinny ? Comme je n’ai pas envie d’enfoncer Bouzard outre mesure, parce que je sais qu’il en a sous le capot, je serai compréhensif en avançant que même les champions se plantent parfois. « Jolly Jumper ne répond plus » est un ratage manifeste selon moi, et mon appréciation n’est relevée que par son style graphique toujours efficace. On notera que si les Dalton sont les copies quasi conformes (et un peu paresseuses) des personnages originaux, Lucky Luke est méconnaissable, doté d’un gros nez qui ne suffit pas à le rendre drôle, et dépourvu de sa brindille qui restait le seul substitut à son mythique mégot, avant que la loi liée à la cigarette n’impose ses diktats à la culture. En conclusion, on pourrait presque se demander si Jolly Jumper n’a pas décidé de s’enfermer dans le silence parce qu’il désapprouvait le projet… D’autant que le titre est quelque peu trompeur, puisqu’en définitive, ce sont les Dalton qui sont au centre de l’histoire et non le cheval à la crinière blonde… Mais quand je dis que l’auteur en a sous le capot et que l’espoir n’est pas perdu, on pourra le vérifier avec le récent « L’Homme qui a vu l’homme qui filme l’homme qui tire plus vite que son ombre ». Cette fois consacré au tournage de la série sur Lucky Luke, cet album nous permettra de retrouver l’humour si particulier de Bouzard.
Pasolini - Pig ! Pig ! Pig !
Un inspecteur de police mène une enquête autour de la mort de Pier Paolo Pasolini, une investigation qui le plonge peu à peu dans un entrelacs de faits, de souvenirs et de visions où sa propre identité semble se confondre avec celle du cinéaste. Le dessin m’a laissé une impression globalement propre et de qualité, avec une vraie maîtrise et une lecture fluide des planches. Mais cette impression est contrebalancée par une certaine raideur des personnages et du trait, qui donne parfois un côté figé à l’ensemble. L’histoire démarre comme un polar noir assez classique et bien construit, dans une ambiance elle aussi propre et posée. Puis progressivement, le récit bascule dans quelque chose de plus trouble, en mêlant réalité, enquête et flashbacks autour de Pasolini. On se retrouve dans un va-et-vient permanent où les frontières deviennent floues, avec des évocations quasi fantomatiques de Pasolini, au point qu’on ne sait plus si l’on suit le détective, le cinéaste, ou une forme de fusion des deux. Ce brouillage finit par contaminer les motivations des personnages. Le détective semble s’aliéner peu à peu, obsédé par son enquête, jusqu’à adopter un comportement de plus en plus stéréotypé, notamment dans sa manière de séduire les femmes croisées, alors même qu’il a une jeune et belle épouse amoureuse de lui. Cette dérive rend son parcours de moins en moins lisible. La conclusion arrive finalement de façon assez plate, sans réel impact, sans que l’on sache vraiment quoi retenir des enjeux ou des trajectoires. À force de mélanger les niveaux de lecture et de brouiller les repères, j’ai fini par être complètement perdu dans le récit.
Sherlock Time
Une série qui possède quelques qualités, mais qui m’a un peu laissé de côté, en tout cas dont je me suis lassé rapidement. C’est du fantastique SF assez vieillot, et qui fait quand même son âge (elle a presque 70 ans). C’est assez verbeux – parfois trop (un tic d’époque – songeons aux auteurs du journal Tintin, avec des personnages commentant en pensée leurs actions), et le personnage de Sherlock, intriguant au départ, devient lassant, tant il semble tout savoir et pouvoir tout faire (se déplacer dans l’univers, résoudre les « énigmes », comme celle de cette statuette dangereuse). On est prié d’y croire sans explication (comment la « tour/fusée » est remplacée par sa copie sous-terraine dans la maison sans que quiconque s’en aperçoive ?). Bon, il y a des idées, et parfois le fantastique intrigue suffisamment pour captiver l’attention, mais pas sur la durée. En tout cas la lecture d’une traite de l’intégrale publiée (avec un très beau travail éditorial) par Revival s’est révélée quelque peu indigeste. Le dessin de Breccia est plutôt bon, use bien du Noir et Blanc (les auteurs côtoyaient alors Pratt en Argentine et, même si les styles sont différents, il y a pu y avoir des influences mutuelles au niveau de ce Noir et Blanc). Quelques cases sont quand même moins lisibles (peut-être la qualité des originaux repris par Revival était-elle inégale ? A noter que certaines histoires passent au format à l’italienne, changeant le sens de lecture… Une petite curiosité historique. Note réelle 2,5/5
Bye bye tristesse
Le dessin est ce qui m'a attiré vers cet album : il est séduisant, sensuel, souvent émoustillant, avec de belles compositions et une mise en couleurs soignée. Il y a certes un léger aspect informatique dans le rendu, mais l'ensemble reste très agréable à regarder. Dommage en revanche que le lettrage vienne casser une partie de cette esthétique, avec une police type Comic Sans et quelques effets qui font bricolage façon PowerPoint. Le problème, c'est que ce travail graphique est au service d'un récit qui ne suit pas. L'histoire est assez banale et surtout racontée sur un ton qui sonne faux : très littéraire, prétentieux, parfois pompeux, avec des dialogues et une voix off qui cherchent une forme de poésie mais tombent plutôt dans le lourd et l'artificiel. Cela donne une impression proche de certains téléfilms érotiques qui se veulent esthétisants, mais qui finissent par agacer par leur manque de naturel et leur suffisance. C'est une BD qui attire l'œil mais dont le récit et les dialogues sont à l'inverse rebutants.
Adam et Eve - La Genèse
La collection « La Sagesse des mythes » se développait essentiellement autour des mythes de l’Antiquité – principalement grecque. Voilà que Glénat semble vouloir la prolonger d’une collection « proche » (par le nom, la direction de Luc Ferry – qui signe encore « l’analyse » dans le dossier en fin d’album). Mais cette collection « La sagesse des mythes, contes et légendes » me semble carrément fourre-tout : en effet, le mythe biblique d’Adam et Eve ici traité voisinera avec des choses plus « littéraires » comme Lancelot, Don Juan, Carmen, Tristan et Iseult (pour ceux qui sont d’ores et déjà publiés ou annoncés). Je ne suis pas convaincu par cette extension, qui fait un peu « ratissage » pour pouvoir prendre tout et n’importe quoi. Bon, je ne sais pas si cet apriori négatif a joué, mais toujours est-il que je n’ai pas aimé cet « Adam et Eve ». il peut se laisser lire, mais je l’ai trouvé creux, mièvre, manquant singulièrement d’allant, de force épique. On y trouve une version classique de la Genèse, autour d’Adam et d’Eve donc, puis de Caïn et Abel et de leur descendance, qui peuple la Terre en travaillant, subissant générations après générations les conséquences de la prétendue faute d’Eve. On reste dans une vision très sexiste, mais aussi manichéenne, autour de la notion de « mal ». Mais l’athée que je suis s’est ennuyé durant cette lecture (courte au demeurant), il n’y a pas là de merveilleux (comme dans le tableau de Bosch « Le jardin des délices – reproduit pour illustrer le texte de Ferry) pour contrebalancer un discours très normé et castrateur. Le texte de Ferry se concentre uniquement sur la notion de Mal/Satan, mais la partie BD semble exempte d’allégorie et, prise comme un récit lambda, elle est très quelconque. J’ajoute que je ne suis pas fan du rendu du dessin – et surtout de la colorisation (affaire de goût peut-être, c’est quand même très lisible).
Nemoralia
Bon, le second tome se fait pas mal attendre, au point qu’on puisse craindre un abandon de cette série ? Si sur le principe ça me gênerait, dans les faits mon regret serait atténué par le fait que je n’ai que très moyennement accroché à ce tome inaugural. En tout cas bien moins que mon prédécesseur. Le point de départ fait immanquablement penser à « Gladiator » (un général victorieux qui brusquement va tomber en disgrâce en s’approchant trop de l’empereur…). Ça s’en écarte ensuite pour se centrer sur la folie de Caligula, notre héros déchu, Falco se trouvant, avec une dizaine d’autres prisonniers divers (dont un chef barbare capturé par notre héros au départ) au cœur d’une chasse à l’homme, qui occupe entièrement la seconde moitié de cet album. C’est un peu léger et fait rapidement passer au second plan les critiques sociales entrevues (certains notables romains étant nostalgiques de la République). En fait plusieurs choses m’ont gêné. D’abord le beau frère de Falco est un peu caricatural, et je n’ai pas trop accroché au visage presque juvénile qu’on lui donne parfois (plus généralement, je n’ai pas accroché au rendu des visages…). Surtout, la chasse à l’homme occupe trop de place, et manque clairement de subtilités. Tous les hommes sont éliminés les uns après les autres (tous se sont bêtement isolés et sont victimes tour à tour de ce que Caligula envoie pour les tuer, tandis que Falco et le chef barbare sont bien évidemment plus malin (en plus d’être les plus forts au combat), je vous laisse deviner qui va s’en sortir. Contrairement aux archers Parthes, lions, Pictes qui poursuivent Falco, je pense l’abandonner… Note réelle 2,5/5.