Désolé les copains, mais je vais passer un peu pour le rabat-joie de service…
Je ne m’étendrai pas outre mesure sur cette bande dessinée, d’autant qu’à la base, je ne suis guère adepte de fantasy — et peut-être plus encore de « dark » — et donc pas forcément le mieux placé pour en parler. Pourtant, j’apprécie de sortir parfois de ma zone de confort et découvrir des œuvres vers lesquelles je ne serai jamais allé naturellement. « Deathbringer » m’est tombé dans les mains un peu par hasard. J’avais trouvé le travail éditorial et la couverture attirants, et en feuilletant quelques pages, je me devais de reconnaître un certain talent chez ce dessinateur, un nouveau venu dans la bande dessinée puisque c’est son premier album, qui plus est en tant qu’auteur complet. Le dessin, bien qu’un peu académique à mon goût, est très bien exécuté, avec un noir et blanc qui renforce le côté gothique et beaucoup d’images très spectaculaires. Mais c’est surtout en lisant l’avis de Paco – avec qui je conserve sur BDT un taux d’affinité très élevé, que ma décision de le lire a été prise.
Je me suis donc plongé dans cette lecture avec une certaine fascination pour ce monde fantastique très sombre créé de toutes pièces, mais où l’on retrouve tous les codes du genre. Dans un grand chaudron, jetez un cadavre pourrissant en y versant une sauce de pseudo-médiéval bien épaisse, saupoudrez le tout d’une bonne dose d’ésotérisme, de références lovecraftiennes de sorcellerie nécromancienne, vous obtiendrez « Deathbringer ». En connaissance de cause, j’ai donc abandonné mes repères de lecteur les plus familiers pour pénétrer en terre inconnue, les chakras totalement ouverts. J’ai voulu m’accrocher pour essayer de mon convaincre que cette lecture en valait la peine. J’ai même noté le nom des personnages et leur rôle au fur et à mesure du récit, car il faut le dire, il y en a un certain nombre et j’ai eu parfois un peu de mal à les identifier.
Hélas, force est d’admettre que ma bonne volonté ne fut pas payante. Au fil du récit, le terrible constat s’imposait de lui-même : l’ennui pointait son nez et grandissait inéluctablement, jusqu’à l’overdose. Comme je me l’étais promis — fort heureusement ce n’est pas un si gros pavé et j’avais déjà parcouru la moitié du livre —, j’ai terminé le bouquin, mais en mode automatique, totalement détaché du dénouement et de ce qui pouvait arriver aux protagonistes. Et puis le scénario n’est tout de même pas si fluide…
J’ajouterai que je suis généralement rétif à ce type de graphisme testostéroné, spectaculaire et trash, par des auteurs un peu trop sûrs de leur talent (il est évident qu’Ismaël Legrand a passé des heures et des heures à peaufiner son style, et on ne peut être qu’impressionné), avec plus ou moins cette tendance à se prendre pour des démiurges en créant eux-mêmes une mythologie de toute pièce, et c’est peut-être aussi le genre qui veut ça. Encore faut-il que le scénario soit à la hauteur du dessin.
L’audace dont a fait preuve Legrand est bien sûr méritoire, et les amateurs y trouveront sans doute leur compte (et c’est déjà le cas ici), mais à l’évidence je ne suis pas la cible. J’avais pourtant adoré « Le Seigneur des anneaux » qui reste à ce jour le monument absolu en matière d’heroic fantasy, mais n’est pas Tolkien qui veut… Au final, ce que je craignais n’a fait que conforter mes opinions. Ce qui fait le plus défaut ici, c’est à mon humble avis un scénario de qualité.
Dans un monde légèrement futuriste, presque identique au nôtre, les mythes et les divinités existent et sont accessibles grâce à des portails-miroirs disséminés à travers le globe. Disparu depuis un an, le célèbre aventurier Alexandre Desvereaux a laissé derrière lui sa femme et sa fille, plongées dans l'incertitude et la tristesse, sans savoir par quel portail il a pu se perdre. Jusqu'au jour où un trio de gamins surmotivés entre dans leur vie et met la main sur un indice décisif, leur permettant de se lancer tous ensemble à sa recherche, prêts à voyager à travers des mondes mythologiques et à affronter des dangers qui les dépassent largement.
Il s'agit d'une série destinée aux jeunes adolescents, débordante d'énergie et de dynamisme. Au-delà des portails-miroirs et des univers qu'ils ouvrent, les héros, très inspirés par Les Goonies, disposent d'une technologie futuriste mêlée à des artefacts quasi magiques, comme le bâton de Sun Wukong manié par l'héroïne. Ainsi équipés, chacun apporte ses compétences au groupe : il y a le petit génie, l'ancien sportif devenu handicapé mais pilotant une main volante télécommandée, la casse-cou toujours prête à en découdre, la fille de l'aventurier qui porte à la fois son héritage et l'artefact qu'il lui a légué, et enfin sa mère, seule figure de retenue, qui apporte un peu de maturité et son savoir-faire technologique.
Cette BD m'a pourtant laissé un sentiment de frustration, tant l'énergie communicative et le dynamisme du dessin sont plombés par une mise en scène beaucoup trop confuse.
Le contexte et les enjeux ne sont exposés que très tardivement, laissant longtemps le lecteur dans le flou.
L'exubérance des jeunes héros se transforme rapidement en brouhaha, avec des dialogues qui se superposent en permanence et plusieurs personnages s'exprimant simultanément, ce qui devient vite fatigant à la lecture.
Graphiquement, si le design des personnages, très marqué par l'école Disney, est globalement maîtrisé, de nombreux défauts viennent en atténuer l'impact. Les expressions faciales sont trop souvent outrées, manquant de naturel, comme si l'ensemble des protagonistes, héros comme antagonistes, étaient constamment en représentation ou dans la surenchère.
La mise en scène privilégie aussi presque systématiquement les personnages au détriment des décors. Même lors de la découverte de paysages censés être spectaculaires, le lecteur n'en perçoit quasiment rien, l'image restant focalisée sur les visages des protagonistes. Cette approche empêche à la fois de se situer dans l'espace, de bien comprendre les situations et de savourer la promesse d'évasion. Elle nuit également à la lisibilité des scènes d'action, rendues confuses par des cadrages trop serrés et une accumulation d'effets de flou et de vitesse.
Sur fond de mythologie, de science-fiction et d'une touche de magie, la promesse d'aventure exotique et l'énergie déployée sont belles, mais les faiblesses de la narration et les choix de mise en scène génèrent trop de confusion pour pleinement en profiter, allant même parfois jusqu'à m'agacer.
Bucquoy a été proche de certains surréalistes belges, et la provocation – plus ou moins gratuite (en l’occurrence pas tellement, puisque les « ayant droits » de Tintin ont intenté moult procès) – à l’encontre de sociétés et/ou personnages « établis » a été l’une de ses marques de fabrique.
Malgré la foule de défauts qu’on y trouvait, j’avais clairement davantage « apprécié » La Vie sexuelle d'Astérix. Mais hélas ça n’a pas été le cas ici. Je ne mets pas la note minimum, car je suis a priori client de l’état d’esprit potache et défouloir de Bucquoy, à l’encontre d’une « institution » (que ce soit Tintin ou les éditions Moulinsart). Mais bon, ici, ça ne dépasse clairement pas le n’importe quoi trash.
Et là tout y passe. Bucquoy a convoqué à peu près tous les personnages des différents albums, et tous forniquent, ne font d’ailleurs que ça – au point que ça anesthésie le lecteur et la critique qui aurait pu se glisser dans l’album. Un Rastapopoulos pédophile, des Dupondt travellos et transsexuels, une Castafiore ressemblant à une prostituée, etc., tous les personnages ne font que ça, Bucquoy y ajoutant postures et situations borderline. Du trash qui tourne en rond, qui ne s’embarrasse ni de nuances ni de véritable intrigue.
Le dessin est à l’avenant. Je note même une baisse de niveau dans le dernier tiers, Bucquoy faisant moins d’effort pour les ressemblances avec les originaux, pour le dessin en général, avec une colorisation un peu crade.
Bucquoy s’est sans doute marré à faire ça, mais cet amusement ne passe pas au lecteur hélas.
Une curiosité donc, de la provoc pure, vite lassante.
Une bd loin d'être aussi réussie que la production précédente du duo Lupano Chemineau, La Bibliomule de Cordoue .
Un humour poussif pour ne pas dire forcé, des répliques qui tombent à plat, un récit emprunté, bancal et une fin abrupte, l'ensemble manque d'intérêt et de consistance.
L'auteur, pour tenter de nous convaincre du ton délicieusement malicieux et désinvolte de son histoire, use du comique de répétition jusqu'à la corde, le récit avance comme un poulet (des montagnes) sans tête - je reconnais que ces batraciens étaient plutôt amusants -, accumule les personnages sans intérêt, les gags prévisibles, les révélations qui n'en sont pas et semble s'autosatisfaire de ce petit plaisir iconoclaste ("je n'ai en fait rien à vous révéler et je trouve ça tellement drôle" cf échange avec Robespierre). La colorisation, le trait ne permettent pas non plus de rattraper l'ensemble.
Un peu l'impression pour le coup que le nom a fait la bd.
Note réelle : 2,5 voire 3 si vous aimez cet humour (quand vous savez à l'avance notamment quel personnage va brailler, quel personnage va rester interdit face à telle ou telle situation).
Pendant ce temps, Les Aventuriers de l'Urraca, pourtant superbe récit de pirates, qui a du coffre bien sûr, des choses à raconter, un souffle épique et poétique, un ton joliment mélancolique, a sans doute lui déjà disparu des étals.
Mouais. Gros bof me concernant pour cette série, à laquelle je n’ai jamais vraiment accroché.
Le dessin tout d’abord, assez brouillon, inégal, et souvent avec un rendu un peu bâclé (comme ces visages quasi effacés dès qu’on s’éloigne du gros plan.
Ensuite l’histoire, qui m’a elle aussi paru brouillonne, désordonnée, et aussi peu emballante. Quelques accointances avec « Alice au pays des merveilles », avec cette intrigue qui se déroule dans les rêves d’une gamine, dans lesquelles ses jouets surarmés, et ses parents inquiets (qui arrivent à pénétrer dans cet espace !) livrent un combat épique avec des forces du mal.
Peu emballant, parfois difficile à suivre (dessin et narration pas toujours clairs). Mais aussi des dialogues parfois mièvres (entre les deux parents), ou stupides (les deux parents dialoguant à voix haute tout en s’approchant par surprise d’un ennemi !?).
Une lecture poussive, que j’oublierai assez vite je pense.
Le nouveau pape vient d'être élu : c'est un brave représentant de Dieu sur Terre, souriant et bienveillant, mais il est aussi tout petit. Outre cette incongruité finalement pas bien grave, ce personnage légèrement enfantin qui voit le bien en toute chose et est presque toujours accompagné de son grand cardinal garde du corps va être confronté à des situations touchant gentiment à l'absurde, voire au loufoque.
Cette série m'a laissé une impression assez partagée.
J'aime beaucoup Boucq, pour son dessin comme pour l'originalité de ses univers visuels et humoristiques. Et ici, rien à reprocher au dessin, qui est de très bonne qualité. Son trait caricatural et expressif fonctionne très bien dans ce registre humoristique, d'autant plus avec une colorisation lumineuse qui apporte une vraie légèreté à l'ensemble.
Côté scénario, le début de la série m'a plutôt intrigué. J'étais curieux de voir ce que l'auteur allait faire de ce petit pape. Les premiers chapitres au Vatican sont sympathiques, mais pas hilarants. Par la suite, la fonction papale du héros devient de moins en moins centrale, tant on le voit embarqué dans des situations loufoques qui n'ont plus grand-chose à voir avec son statut, si ce n'est son comportement impassible et bienveillant, ainsi que sa propension à distribuer des bénédictions en toutes circonstances.
L'humour est volontairement bon enfant, respectueux, jamais vraiment mordant, ce qui explique sans doute pourquoi certaines histoires tombent un peu à plat. Boucq y injecte une bonne dose d'absurde et de poésie, avec quelques idées inspirées, mais on reste le plus souvent dans le registre de l'amusant plutôt que du franchement drôle, même si j'ai tout de même ri face à la réaction excessivement outrée du cardinal Gontrand lorsqu'un SDF ose toucher la robe du pape.
C'est une lecture sympathique mais très inégale, avec quelques chapitres un peu poussifs et un humour qui manque d'impact. Mon impression reste globalement positive, essentiellement grâce au dessin et parce que j'apprécie beaucoup Boucq, mais pour le reste, je n'ai pas été enthousiasmé.
Je ne connaissais pas ce roman en partie inachevé de Stevenson. Harambat explique en fin d’album (j’ai lu l’histoire dans l’intégrale des deux tomes) ce qui lui a permis de conclure le récit, à partir de notes de l’auteur. Disons que cette conclusion ne trahit pas ce qui précède, et se révèle « crédible ».
Mais bon, je suis resté en partie à côté de ce récit. Les landes écossaises me plaisent a priori, mais ici elles n’ont pas permis de contrebalancer un récit un peu mollasson (surtout dans le premier tome) et qui reste finalement très – trop – classique (en particulier ce qui concerne les questionnements moraux du héros, et son affrontement avec son magistrat de père).
Quant au dessin, le trait moderne et « jeté » n’est pas inintéressant, mais il est parfois un chouia trop brouillon, un peu maladroit.
Une petite déception me concernant.
Note réelle 2,5/5.
Il s'agit d'un exercice de style ou plutôt d'un défi : une BD peut-elle générer de la peur ?
Guillaume Sorel crée une histoire policière particulièrement macabre. Les crimes horribles s'enchaînent dans un village gallois de bord de mer, le serial killer s'annonce désireux de choquer via un spectaculaire revendiqué. Mais l'invraisemblance des crimes interroge : est-ce l’œuvre d'un déséquilibré (dans ce cas, comment s'y prend-t-il pour assassiner puis mettre en scène de la sorte ses perversités, sans être remarqué) ? Ou bien une vengeance divine ? Le fantastique s'invite peu à peu, à moins que ce ne soit la folie.
Avec son dessin toujours aussi puissant, Sorel ménage des respirations : la journée, un jeune scientifique enquête, parcourant la plage et les champs de blé aux coquelicots. Mais la tension s'immisce toujours rapidement, via une population locale inquiète et soupçonneuse ou des visions d'enfants déstabilisantes. La nuit, l'horreur reprend le dessus, un nouveau crime surgit, l'enquête avance dans une direction qui terrifie le héros.
Malheureusement, force est de constater que Sorel échoue dans son ambition initiale (générer de la peur) mais aussi dans celle minimale (entretenir un récit policier fantastique haletant). L'enquête avance rapidement et de manière fortuite, le fantastique devient évident et peu enthousiasmant (les éléments pertinents étant découverts trop tardivement pour enrichir l'intrigue).
Du côté de la peur, l'usage d'éléments purement cinématographiques interpellent : le plan de coupe sur l'enfant, les yeux brillants dans la nuit, la figuration des actes horribles ou leur volontaire mise hors-champ et la figuration de la terreur sur les visages des héros. Pourquoi ces éléments-là ne fonctionnent-ils pas ? Je crains qu'il ne faille pas uniquement accuser le "média BD" et l'impossibilité pour l'auteur de gérer le rythme de lecture de son lecteur. Sorel n'a pas assez misé sur son découpage, joué des changements de page pour suspendre l'horreur (visage horrifié en dernière case d'une page de droite, explication -ou non- après avoir tourné la page). Il n'a pas non plus essayé de créer une ambiance sonore particulière, sauf avec ces bulles en rose difficiles à interpréter en termes de voix et de décibels.
Un loupé très intéressant, fort bien dessiné : une lecture pertinente tout autant que décevante.
Les avis élogieux m'avaient poussé à intégrer cet album dans la liste de souhaits, un matériel de qualité, des couleurs chatoyantes, une promesse d'aventure, tant de choses qui partaient bien.
Et le premier récit rentre dans l'aventure avec des codes fantasy avec réussite. Les personnages parlent peu, la société matriarcale présentée donne envie de s'y intéresser plus mais nous ne pourrons pas car nous voici déjà en quête. les codes du genre sont là, il n'y a pas vraiment de surprise et difficile de s'attacher aux personnages, un peu quand même à ce paladin servant noblement la cause. Si l'on n'avait pas déjà compris, un peu de texte assez artificiel vient nous expliciter les piliers basés sur des faux semblants de la société que l'on a quitté, un survivant bien peu crédible étant donnés les dangers rencontrés offre un porte de sortie et sans qu'on l'ai vraiment compris notre héroïne accomplit son geste de bravoure avec une froideur qui fait peur et ne nous aide pas à l'apprécier. Le dessin a servi le propos, voyons maintenant l'autre facette.
Si le choix de l'autre personnage m'a surpris, la découverte de cet autre matriarcat est plus verbeux et hélas ce n'est pas une réussite car les textes sont remplis de redondances, très plats et franchement lourds par moments. On va retrouver tous les poncifs qu'il est de bon ton de promouvoir dans notre actualité : le patriarcat c'est moche, le lesbianisme c'est bien, les anciens raisonnent comme des fachos qui ne comprennent rien au monde actuel, sont trop ancrés sur leurs valeurs passéistes et corrompent une belle jeunesse pour qui la vérité doit se trouver en eux. Et on en ajoute des couches... Pff s'il n'y avait ce dessin magnifique en particulier un découpage franchement emballant, la mise en couleur étant réussie mais un poil trop saturée à mon goût, j'aurai fermé le livre depuis longtemps. Milles ans passent et c'est peu dire que de ire qu'on les sent bien passer en tant que lecteur, arrive ce qui unit les deux récits et même à ce moment où une attente d'amour aussi longue et idéale pourrait trouver un climax d'émotions, on n'a que des platitudes navrantes ce qui donne l’impression de voir des personnages qui surjouent. Enfin la chute qui réunit les deux récits et le vieux ringard qui dans un clin d’œil ultime avait bien raison dans sa prédiction à croire que tant d'effort pour montrer de magnifiques matriarcats finalement aussi remplis des mêmes limites que les autres modèles ! Mais là je m'égare et taquine un poil le manifeste qui ne veut probablement adouber cette interprétation.
Cette seconde partie est écœurante, j'ai rarement été aussi dégouté d'une BD et même certains ici m'ont semblé meilleurs.
Au final dur de donner un avis global, car autant la première partie serait entre un bof et un pas mal avec de bonnes choses sous exploitées au détriment d'autres sans intérêt tandis que la seconde me plonge dans une perplexité sur la vacuité en BD. Je n'ai vraiment pas aimé le scénario et les personnages ainsi que les textes, mais le dessin et l'environnement créé méritent mieux allons donc pour le bof, j'aurai tendance à penser que cet auteur devrait s'associer avec un scénariste pour donner le meilleur de lui même
Pas vraiment convaincu par cette BD ... C'est une réflexion sur la vie à l'aube de la cinquantaine, mais franchement c'est pas hyper intéressant lorsqu'on est pas concerné par le sujet.
Et je suis un peu déçu parce que j'avais un bon sentiment en ouvrant la BD. Ca commence bien sur cet homme largué dans sa vie qui remet en question ce qu'il a vécu et voit tout lui échapper. Sauf que très vite, ça devient des considérations personnelles notamment dans ses liens familiaux, il y a plein de petits moments sentimentaux sincères mais qui ne font pas avancer l'intrigue, il se tape la première femme qu'il recroise parce que c'était important de montrer un mec qui se tape une femme (je veux dire, quel autre état d'âme il aurait, ça reste un MEC, non ?). Le tout sans résolution réelle, avec pleins de détails qui manque. La question de son chômage forcé et sa peur de ne pas trouver de travail vu son âge et son statut, ça pourrait donner des considérations intéressantes sur le monde du travail. Mais on l'évoque à peine, de même sur la question des évolutions du couple, de la famille, de l'engagement pour la justice ou le climat ... Ces sujets existent en filigrane du récit mais on reste en surface et le personnage principal ne m'est pas particulièrement sympathique. De fait, je suis assez hermétique à ses problèmes qui ne me parlent pas et ne me concernent pas, de même que sa "dépression" est une petite baisse de moral passagère assez vite résolu. Au final, ça fait parenthèse de vie qui questionne ce qu'on a fait jusqu'à nos cinquante ans. Mais ce n'est ni mordant, ni particulièrement intéressant. Personnellement, ses états d'âmes ne me touchent pas et du coup, il ne reste pas grand chose du récit.
Niveau dessin Davodeau fait son style habituel, c'est propre mais ça ne rehausse pas l'ensemble. Pas sur qu'il y avait moyen de faire mieux, mais ça renforce l'aspect très "film d'auteur" du récit, qui n'arrive pas à m'intéresser. Je passe mon tour pour celle-là.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Deathbringer
Désolé les copains, mais je vais passer un peu pour le rabat-joie de service… Je ne m’étendrai pas outre mesure sur cette bande dessinée, d’autant qu’à la base, je ne suis guère adepte de fantasy — et peut-être plus encore de « dark » — et donc pas forcément le mieux placé pour en parler. Pourtant, j’apprécie de sortir parfois de ma zone de confort et découvrir des œuvres vers lesquelles je ne serai jamais allé naturellement. « Deathbringer » m’est tombé dans les mains un peu par hasard. J’avais trouvé le travail éditorial et la couverture attirants, et en feuilletant quelques pages, je me devais de reconnaître un certain talent chez ce dessinateur, un nouveau venu dans la bande dessinée puisque c’est son premier album, qui plus est en tant qu’auteur complet. Le dessin, bien qu’un peu académique à mon goût, est très bien exécuté, avec un noir et blanc qui renforce le côté gothique et beaucoup d’images très spectaculaires. Mais c’est surtout en lisant l’avis de Paco – avec qui je conserve sur BDT un taux d’affinité très élevé, que ma décision de le lire a été prise. Je me suis donc plongé dans cette lecture avec une certaine fascination pour ce monde fantastique très sombre créé de toutes pièces, mais où l’on retrouve tous les codes du genre. Dans un grand chaudron, jetez un cadavre pourrissant en y versant une sauce de pseudo-médiéval bien épaisse, saupoudrez le tout d’une bonne dose d’ésotérisme, de références lovecraftiennes de sorcellerie nécromancienne, vous obtiendrez « Deathbringer ». En connaissance de cause, j’ai donc abandonné mes repères de lecteur les plus familiers pour pénétrer en terre inconnue, les chakras totalement ouverts. J’ai voulu m’accrocher pour essayer de mon convaincre que cette lecture en valait la peine. J’ai même noté le nom des personnages et leur rôle au fur et à mesure du récit, car il faut le dire, il y en a un certain nombre et j’ai eu parfois un peu de mal à les identifier. Hélas, force est d’admettre que ma bonne volonté ne fut pas payante. Au fil du récit, le terrible constat s’imposait de lui-même : l’ennui pointait son nez et grandissait inéluctablement, jusqu’à l’overdose. Comme je me l’étais promis — fort heureusement ce n’est pas un si gros pavé et j’avais déjà parcouru la moitié du livre —, j’ai terminé le bouquin, mais en mode automatique, totalement détaché du dénouement et de ce qui pouvait arriver aux protagonistes. Et puis le scénario n’est tout de même pas si fluide… J’ajouterai que je suis généralement rétif à ce type de graphisme testostéroné, spectaculaire et trash, par des auteurs un peu trop sûrs de leur talent (il est évident qu’Ismaël Legrand a passé des heures et des heures à peaufiner son style, et on ne peut être qu’impressionné), avec plus ou moins cette tendance à se prendre pour des démiurges en créant eux-mêmes une mythologie de toute pièce, et c’est peut-être aussi le genre qui veut ça. Encore faut-il que le scénario soit à la hauteur du dessin. L’audace dont a fait preuve Legrand est bien sûr méritoire, et les amateurs y trouveront sans doute leur compte (et c’est déjà le cas ici), mais à l’évidence je ne suis pas la cible. J’avais pourtant adoré « Le Seigneur des anneaux » qui reste à ce jour le monument absolu en matière d’heroic fantasy, mais n’est pas Tolkien qui veut… Au final, ce que je craignais n’a fait que conforter mes opinions. Ce qui fait le plus défaut ici, c’est à mon humble avis un scénario de qualité.
Les Utopistes
Dans un monde légèrement futuriste, presque identique au nôtre, les mythes et les divinités existent et sont accessibles grâce à des portails-miroirs disséminés à travers le globe. Disparu depuis un an, le célèbre aventurier Alexandre Desvereaux a laissé derrière lui sa femme et sa fille, plongées dans l'incertitude et la tristesse, sans savoir par quel portail il a pu se perdre. Jusqu'au jour où un trio de gamins surmotivés entre dans leur vie et met la main sur un indice décisif, leur permettant de se lancer tous ensemble à sa recherche, prêts à voyager à travers des mondes mythologiques et à affronter des dangers qui les dépassent largement. Il s'agit d'une série destinée aux jeunes adolescents, débordante d'énergie et de dynamisme. Au-delà des portails-miroirs et des univers qu'ils ouvrent, les héros, très inspirés par Les Goonies, disposent d'une technologie futuriste mêlée à des artefacts quasi magiques, comme le bâton de Sun Wukong manié par l'héroïne. Ainsi équipés, chacun apporte ses compétences au groupe : il y a le petit génie, l'ancien sportif devenu handicapé mais pilotant une main volante télécommandée, la casse-cou toujours prête à en découdre, la fille de l'aventurier qui porte à la fois son héritage et l'artefact qu'il lui a légué, et enfin sa mère, seule figure de retenue, qui apporte un peu de maturité et son savoir-faire technologique. Cette BD m'a pourtant laissé un sentiment de frustration, tant l'énergie communicative et le dynamisme du dessin sont plombés par une mise en scène beaucoup trop confuse. Le contexte et les enjeux ne sont exposés que très tardivement, laissant longtemps le lecteur dans le flou. L'exubérance des jeunes héros se transforme rapidement en brouhaha, avec des dialogues qui se superposent en permanence et plusieurs personnages s'exprimant simultanément, ce qui devient vite fatigant à la lecture. Graphiquement, si le design des personnages, très marqué par l'école Disney, est globalement maîtrisé, de nombreux défauts viennent en atténuer l'impact. Les expressions faciales sont trop souvent outrées, manquant de naturel, comme si l'ensemble des protagonistes, héros comme antagonistes, étaient constamment en représentation ou dans la surenchère. La mise en scène privilégie aussi presque systématiquement les personnages au détriment des décors. Même lors de la découverte de paysages censés être spectaculaires, le lecteur n'en perçoit quasiment rien, l'image restant focalisée sur les visages des protagonistes. Cette approche empêche à la fois de se situer dans l'espace, de bien comprendre les situations et de savourer la promesse d'évasion. Elle nuit également à la lisibilité des scènes d'action, rendues confuses par des cadrages trop serrés et une accumulation d'effets de flou et de vitesse. Sur fond de mythologie, de science-fiction et d'une touche de magie, la promesse d'aventure exotique et l'énergie déployée sont belles, mais les faiblesses de la narration et les choix de mise en scène génèrent trop de confusion pour pleinement en profiter, allant même parfois jusqu'à m'agacer.
La Vie sexuelle de Tintin
Bucquoy a été proche de certains surréalistes belges, et la provocation – plus ou moins gratuite (en l’occurrence pas tellement, puisque les « ayant droits » de Tintin ont intenté moult procès) – à l’encontre de sociétés et/ou personnages « établis » a été l’une de ses marques de fabrique. Malgré la foule de défauts qu’on y trouvait, j’avais clairement davantage « apprécié » La Vie sexuelle d'Astérix. Mais hélas ça n’a pas été le cas ici. Je ne mets pas la note minimum, car je suis a priori client de l’état d’esprit potache et défouloir de Bucquoy, à l’encontre d’une « institution » (que ce soit Tintin ou les éditions Moulinsart). Mais bon, ici, ça ne dépasse clairement pas le n’importe quoi trash. Et là tout y passe. Bucquoy a convoqué à peu près tous les personnages des différents albums, et tous forniquent, ne font d’ailleurs que ça – au point que ça anesthésie le lecteur et la critique qui aurait pu se glisser dans l’album. Un Rastapopoulos pédophile, des Dupondt travellos et transsexuels, une Castafiore ressemblant à une prostituée, etc., tous les personnages ne font que ça, Bucquoy y ajoutant postures et situations borderline. Du trash qui tourne en rond, qui ne s’embarrasse ni de nuances ni de véritable intrigue. Le dessin est à l’avenant. Je note même une baisse de niveau dans le dernier tiers, Bucquoy faisant moins d’effort pour les ressemblances avec les originaux, pour le dessin en général, avec une colorisation un peu crade. Bucquoy s’est sans doute marré à faire ça, mais cet amusement ne passe pas au lecteur hélas. Une curiosité donc, de la provoc pure, vite lassante.
Le Mètre des Caraïbes
Une bd loin d'être aussi réussie que la production précédente du duo Lupano Chemineau, La Bibliomule de Cordoue . Un humour poussif pour ne pas dire forcé, des répliques qui tombent à plat, un récit emprunté, bancal et une fin abrupte, l'ensemble manque d'intérêt et de consistance. L'auteur, pour tenter de nous convaincre du ton délicieusement malicieux et désinvolte de son histoire, use du comique de répétition jusqu'à la corde, le récit avance comme un poulet (des montagnes) sans tête - je reconnais que ces batraciens étaient plutôt amusants -, accumule les personnages sans intérêt, les gags prévisibles, les révélations qui n'en sont pas et semble s'autosatisfaire de ce petit plaisir iconoclaste ("je n'ai en fait rien à vous révéler et je trouve ça tellement drôle" cf échange avec Robespierre). La colorisation, le trait ne permettent pas non plus de rattraper l'ensemble. Un peu l'impression pour le coup que le nom a fait la bd. Note réelle : 2,5 voire 3 si vous aimez cet humour (quand vous savez à l'avance notamment quel personnage va brailler, quel personnage va rester interdit face à telle ou telle situation). Pendant ce temps, Les Aventuriers de l'Urraca, pourtant superbe récit de pirates, qui a du coffre bien sûr, des choses à raconter, un souffle épique et poétique, un ton joliment mélancolique, a sans doute lui déjà disparu des étals.
The Moon is following us
Mouais. Gros bof me concernant pour cette série, à laquelle je n’ai jamais vraiment accroché. Le dessin tout d’abord, assez brouillon, inégal, et souvent avec un rendu un peu bâclé (comme ces visages quasi effacés dès qu’on s’éloigne du gros plan. Ensuite l’histoire, qui m’a elle aussi paru brouillonne, désordonnée, et aussi peu emballante. Quelques accointances avec « Alice au pays des merveilles », avec cette intrigue qui se déroule dans les rêves d’une gamine, dans lesquelles ses jouets surarmés, et ses parents inquiets (qui arrivent à pénétrer dans cet espace !) livrent un combat épique avec des forces du mal. Peu emballant, parfois difficile à suivre (dessin et narration pas toujours clairs). Mais aussi des dialogues parfois mièvres (entre les deux parents), ou stupides (les deux parents dialoguant à voix haute tout en s’approchant par surprise d’un ennemi !?). Une lecture poussive, que j’oublierai assez vite je pense.
Le Petit Pape Pie 3,14
Le nouveau pape vient d'être élu : c'est un brave représentant de Dieu sur Terre, souriant et bienveillant, mais il est aussi tout petit. Outre cette incongruité finalement pas bien grave, ce personnage légèrement enfantin qui voit le bien en toute chose et est presque toujours accompagné de son grand cardinal garde du corps va être confronté à des situations touchant gentiment à l'absurde, voire au loufoque. Cette série m'a laissé une impression assez partagée. J'aime beaucoup Boucq, pour son dessin comme pour l'originalité de ses univers visuels et humoristiques. Et ici, rien à reprocher au dessin, qui est de très bonne qualité. Son trait caricatural et expressif fonctionne très bien dans ce registre humoristique, d'autant plus avec une colorisation lumineuse qui apporte une vraie légèreté à l'ensemble. Côté scénario, le début de la série m'a plutôt intrigué. J'étais curieux de voir ce que l'auteur allait faire de ce petit pape. Les premiers chapitres au Vatican sont sympathiques, mais pas hilarants. Par la suite, la fonction papale du héros devient de moins en moins centrale, tant on le voit embarqué dans des situations loufoques qui n'ont plus grand-chose à voir avec son statut, si ce n'est son comportement impassible et bienveillant, ainsi que sa propension à distribuer des bénédictions en toutes circonstances. L'humour est volontairement bon enfant, respectueux, jamais vraiment mordant, ce qui explique sans doute pourquoi certaines histoires tombent un peu à plat. Boucq y injecte une bonne dose d'absurde et de poésie, avec quelques idées inspirées, mais on reste le plus souvent dans le registre de l'amusant plutôt que du franchement drôle, même si j'ai tout de même ri face à la réaction excessivement outrée du cardinal Gontrand lorsqu'un SDF ose toucher la robe du pape. C'est une lecture sympathique mais très inégale, avec quelques chapitres un peu poussifs et un humour qui manque d'impact. Mon impression reste globalement positive, essentiellement grâce au dessin et parce que j'apprécie beaucoup Boucq, mais pour le reste, je n'ai pas été enthousiasmé.
Hermiston
Je ne connaissais pas ce roman en partie inachevé de Stevenson. Harambat explique en fin d’album (j’ai lu l’histoire dans l’intégrale des deux tomes) ce qui lui a permis de conclure le récit, à partir de notes de l’auteur. Disons que cette conclusion ne trahit pas ce qui précède, et se révèle « crédible ». Mais bon, je suis resté en partie à côté de ce récit. Les landes écossaises me plaisent a priori, mais ici elles n’ont pas permis de contrebalancer un récit un peu mollasson (surtout dans le premier tome) et qui reste finalement très – trop – classique (en particulier ce qui concerne les questionnements moraux du héros, et son affrontement avec son magistrat de père). Quant au dessin, le trait moderne et « jeté » n’est pas inintéressant, mais il est parfois un chouia trop brouillon, un peu maladroit. Une petite déception me concernant. Note réelle 2,5/5.
Deryn Du
Il s'agit d'un exercice de style ou plutôt d'un défi : une BD peut-elle générer de la peur ? Guillaume Sorel crée une histoire policière particulièrement macabre. Les crimes horribles s'enchaînent dans un village gallois de bord de mer, le serial killer s'annonce désireux de choquer via un spectaculaire revendiqué. Mais l'invraisemblance des crimes interroge : est-ce l’œuvre d'un déséquilibré (dans ce cas, comment s'y prend-t-il pour assassiner puis mettre en scène de la sorte ses perversités, sans être remarqué) ? Ou bien une vengeance divine ? Le fantastique s'invite peu à peu, à moins que ce ne soit la folie. Avec son dessin toujours aussi puissant, Sorel ménage des respirations : la journée, un jeune scientifique enquête, parcourant la plage et les champs de blé aux coquelicots. Mais la tension s'immisce toujours rapidement, via une population locale inquiète et soupçonneuse ou des visions d'enfants déstabilisantes. La nuit, l'horreur reprend le dessus, un nouveau crime surgit, l'enquête avance dans une direction qui terrifie le héros. Malheureusement, force est de constater que Sorel échoue dans son ambition initiale (générer de la peur) mais aussi dans celle minimale (entretenir un récit policier fantastique haletant). L'enquête avance rapidement et de manière fortuite, le fantastique devient évident et peu enthousiasmant (les éléments pertinents étant découverts trop tardivement pour enrichir l'intrigue). Du côté de la peur, l'usage d'éléments purement cinématographiques interpellent : le plan de coupe sur l'enfant, les yeux brillants dans la nuit, la figuration des actes horribles ou leur volontaire mise hors-champ et la figuration de la terreur sur les visages des héros. Pourquoi ces éléments-là ne fonctionnent-ils pas ? Je crains qu'il ne faille pas uniquement accuser le "média BD" et l'impossibilité pour l'auteur de gérer le rythme de lecture de son lecteur. Sorel n'a pas assez misé sur son découpage, joué des changements de page pour suspendre l'horreur (visage horrifié en dernière case d'une page de droite, explication -ou non- après avoir tourné la page). Il n'a pas non plus essayé de créer une ambiance sonore particulière, sauf avec ces bulles en rose difficiles à interpréter en termes de voix et de décibels. Un loupé très intéressant, fort bien dessiné : une lecture pertinente tout autant que décevante.
Fantasy - Yourcenar / Alma
Les avis élogieux m'avaient poussé à intégrer cet album dans la liste de souhaits, un matériel de qualité, des couleurs chatoyantes, une promesse d'aventure, tant de choses qui partaient bien. Et le premier récit rentre dans l'aventure avec des codes fantasy avec réussite. Les personnages parlent peu, la société matriarcale présentée donne envie de s'y intéresser plus mais nous ne pourrons pas car nous voici déjà en quête. les codes du genre sont là, il n'y a pas vraiment de surprise et difficile de s'attacher aux personnages, un peu quand même à ce paladin servant noblement la cause. Si l'on n'avait pas déjà compris, un peu de texte assez artificiel vient nous expliciter les piliers basés sur des faux semblants de la société que l'on a quitté, un survivant bien peu crédible étant donnés les dangers rencontrés offre un porte de sortie et sans qu'on l'ai vraiment compris notre héroïne accomplit son geste de bravoure avec une froideur qui fait peur et ne nous aide pas à l'apprécier. Le dessin a servi le propos, voyons maintenant l'autre facette. Si le choix de l'autre personnage m'a surpris, la découverte de cet autre matriarcat est plus verbeux et hélas ce n'est pas une réussite car les textes sont remplis de redondances, très plats et franchement lourds par moments. On va retrouver tous les poncifs qu'il est de bon ton de promouvoir dans notre actualité : le patriarcat c'est moche, le lesbianisme c'est bien, les anciens raisonnent comme des fachos qui ne comprennent rien au monde actuel, sont trop ancrés sur leurs valeurs passéistes et corrompent une belle jeunesse pour qui la vérité doit se trouver en eux. Et on en ajoute des couches... Pff s'il n'y avait ce dessin magnifique en particulier un découpage franchement emballant, la mise en couleur étant réussie mais un poil trop saturée à mon goût, j'aurai fermé le livre depuis longtemps. Milles ans passent et c'est peu dire que de ire qu'on les sent bien passer en tant que lecteur, arrive ce qui unit les deux récits et même à ce moment où une attente d'amour aussi longue et idéale pourrait trouver un climax d'émotions, on n'a que des platitudes navrantes ce qui donne l’impression de voir des personnages qui surjouent. Enfin la chute qui réunit les deux récits et le vieux ringard qui dans un clin d’œil ultime avait bien raison dans sa prédiction à croire que tant d'effort pour montrer de magnifiques matriarcats finalement aussi remplis des mêmes limites que les autres modèles ! Mais là je m'égare et taquine un poil le manifeste qui ne veut probablement adouber cette interprétation. Cette seconde partie est écœurante, j'ai rarement été aussi dégouté d'une BD et même certains
ici m'ont semblé meilleurs.
Au final dur de donner un avis global, car autant la première partie serait entre un bof et un pas mal avec de bonnes choses sous exploitées au détriment d'autres sans intérêt tandis que la seconde me plonge dans une perplexité sur la vacuité en BD. Je n'ai vraiment pas aimé le scénario et les personnages ainsi que les textes, mais le dessin et l'environnement créé méritent mieux allons donc pour le bof, j'aurai tendance à penser que cet auteur devrait s'associer avec un scénariste pour donner le meilleur de lui même
Les Couloirs aériens
Pas vraiment convaincu par cette BD ... C'est une réflexion sur la vie à l'aube de la cinquantaine, mais franchement c'est pas hyper intéressant lorsqu'on est pas concerné par le sujet. Et je suis un peu déçu parce que j'avais un bon sentiment en ouvrant la BD. Ca commence bien sur cet homme largué dans sa vie qui remet en question ce qu'il a vécu et voit tout lui échapper. Sauf que très vite, ça devient des considérations personnelles notamment dans ses liens familiaux, il y a plein de petits moments sentimentaux sincères mais qui ne font pas avancer l'intrigue, il se tape la première femme qu'il recroise parce que c'était important de montrer un mec qui se tape une femme (je veux dire, quel autre état d'âme il aurait, ça reste un MEC, non ?). Le tout sans résolution réelle, avec pleins de détails qui manque. La question de son chômage forcé et sa peur de ne pas trouver de travail vu son âge et son statut, ça pourrait donner des considérations intéressantes sur le monde du travail. Mais on l'évoque à peine, de même sur la question des évolutions du couple, de la famille, de l'engagement pour la justice ou le climat ... Ces sujets existent en filigrane du récit mais on reste en surface et le personnage principal ne m'est pas particulièrement sympathique. De fait, je suis assez hermétique à ses problèmes qui ne me parlent pas et ne me concernent pas, de même que sa "dépression" est une petite baisse de moral passagère assez vite résolu. Au final, ça fait parenthèse de vie qui questionne ce qu'on a fait jusqu'à nos cinquante ans. Mais ce n'est ni mordant, ni particulièrement intéressant. Personnellement, ses états d'âmes ne me touchent pas et du coup, il ne reste pas grand chose du récit. Niveau dessin Davodeau fait son style habituel, c'est propre mais ça ne rehausse pas l'ensemble. Pas sur qu'il y avait moyen de faire mieux, mais ça renforce l'aspect très "film d'auteur" du récit, qui n'arrive pas à m'intéresser. Je passe mon tour pour celle-là.