Un récit sur le conflit actuel entre Russie et Ukraine, guerre ouverte depuis 2022, mais déjà engagé depuis 2014 avec l'invasion russe de la Crimée. Par plusieurs aller-retours dans le temps entre les alertes à la bombe contemporaines et les événements du passé les auteurs montrent que l'inimitié est de longue date entre les peuples autour de Kiev et ceux plus à l'est pour simplifier.
On commence par l'Holodomor organisé par Staline dans les années 1930, un génocide par la famine que les russes n'ont jamais reconnu bien sûr. Puis on part plus loin dans le passé sur les origines, la Rus de Kiev, la diffusion de la chrétienté etc.
La période cosaque que je connaissais moins, sorte d'embryon de communauté démocratique. Puis la période plus récente de fin du XXème siècle, manipulation d'élection etc. Les tentatives russes d'affaiblir ou de nier la culture et la langue de ses voisins ont été nombreuses (et pas que là, cf. l'influence dans d'autres républiques autonomes ou bien l'Afghanistan et autres). Bien sûr c'est réalisé par 3 auteurs ukrainiens donc il y a un biais mais j'ai trouvé cela fluide à lire et bien illustré pour ce qui semble être une première bande dessinée de leur part. Un album très instructif et bien construit.
Autant je pouvais reprocher à mes lectures précédentes de McNaught une certain vide, un goût de trop peu, ici avec Hors scène il déroule une véritable intéressante histoire sur le fond avec des dialogues plus fournis. Sur la forme on retrouve sa manie des petites cases carrées, du silence et de l'observation des petits détails. C'est un album de grand format chez Dargaud qui laisse le loisir de détailler ses dessins. Le trait de certains personnages m'a rappelé le style de Sattouf avec les Cahiers d'Esther.
Le scénario pose quant à lui des vrais personnages, des jeunes qui doivent monter une pièce de théâtre au collège. On sent le malaise, les non-dits, les moqueries d'enfants qui grandissent. David est le personnage principal, aussi dans la pièce car il joue le lion. Il est plutôt réservé, ce n'est pas la star de la classe. On sent sa minutie dans la création de son costume. Tout cela est très subtil et bien vu de la part de l'auteur.
Je n’aurais probablement jamais acheté cet album de moi-même. merci à Paco de me l’avoir prêté car effectivement cet album est une claque ! On sait tous que les logiciels espions existent, mais les voir décortiqués à ce point, avec une telle précision, ça fait flipper. Le scénario plonge dans les rouages de la surveillance de masse, et le niveau de détail dans le décryptage des affaires est impressionnant – presque trop réaliste.
Visuellement, c’est une réussite totale. La colorisation, en particulier, sert parfaitement l’ambiance : des tons froids, des contrastes saisissants, et une esthétique qui rappelle les documentaires d’investigation. On a vraiment l’impression de lire un reportage, pas une fiction. Chaque case est travaillée pour renforcer l’immersion et l’angoisse sourde qui monte page après page.
Bref, une BD indispensable pour comprendre (et craindre) l’ère numérique dans laquelle on vit. À lire d’urgence, même si on en ressort avec l’envie de jeter son smartphone ! En tout cas j ai modifié les paramètres de mon iPhone ! Merci Paco pour cette belle découverte.
L’univers et l’ambiance m’ont vraiment immergé dans un Far West rude et sans pitié. On est loin du cliché du cowboy héroïque : ici, l’Ouest américain de 1874 est violent, sale et dangereux, où les habitants, notamment les femmes, doivent se battre juste pour survivre.
J’ai trouvé intéressant que les protagonistes principaux soient trois femmes fortes (Marian, Elfie et Mattie), ce qui donne un vrai souffle narratif différent des westerns classiques centrés sur des hommes. Cela apporte de la modernité dans un récit de genre.
Le dessin de Chris Regnault m’a plu : il est efficace, nerveux et parfois très cinématographique, avec des planches qui rappellent les grands classiques du western à l’écran.
Côté scénario, j’ai ressenti des points forts et des limites. L’histoire va un peu trop vite et ne développe pas toujours tous les enjeux ou relations entre les personnages. Pour moi, cela reste classique, mais très efficace.
Leave Them Alone est une BD western bien construite, avec une atmosphère lourde et immersive, des personnages féminins intéressants et un dessin solide.
Après lecture des deux premiers cycles (tome 1 à 6).
Le prince de la nuit est avant tout une bd grand public, une bd de divertissement. Ce serait s'exposer à de la déception que d'en attendre autre chose.
Le premier tome fonctionne comme un très bon produit d'appel. Un trait propre et talentueux. Une colorisation soignée. On comprend que l'on va suivre les pérégrinations d'un vampire supérieur et sa lutte avec la famille Rougemont à travers les âges.
Les 4 tomes suivants sont bons aussi, même si les personnages secondaires manquent presque toujours de personnalité.
À ce propos, j'ai trouvé le personnage du commissaire anachronique, à cause de sa ressemblance - voulue - avec Jean Gabin. Comme si cet hommage à l'acteur, appartenant à l'imaginaire d'un cinéma gouailleur, me faisait sortir d'un autre imaginaire - le mythe des vampires - difficilement compatible.
Le sixième tome fait chuter ma note. Swolfs a décidé d'insérer des nazis dans son histoire et on ne peut pas dire que ce soit une franche réussite. On sent le manque d'inspiration et la série va d'ailleurs s'arrêter pendant 14 ans après ça.
Un classique oui, mais aussi une bd à vocation commerciale qui ne nous sort jamais de notre zone de confort.
Il y a un suspens subtil : pas qui tue qui, qui baise avec qui, non. Mais qu'est-ce que l'époque de César Borgia ? On nous met dans l'état d'esprit de l'étudiant admirateur de César et c'est fort bien venu. Il a longtemps été assez mal vu sauf par exemple par Nietzche, alors que c'était un homme d'Etat exceptionnel Ceci dit, dans le manga, il y a bien d'autres personnages qui valent le détour… C'est pourquoi on est passionné mais aussi détaché, en arrière-plan. Si dans d'autres séries sur la Renaissance, on dit un peu n'importe quoi historiquement et qu'il y a du sexe pour masquer la nullité des enjeux et du scénario, là, c'est pudique et peut-être prude comme dans un manga non focalisé sur le sexe. Le dessin vaut mille fois des dessins qui ont besoin de beaucoup de couleurs et de clinquants pour faire oublier leur vide. Soyons fou, demandons à un auteur de bd de faire une série sur l'admirable Dioclétien si diabolisé ! Je ne vois pas pourquoi j'aurais honte de demander quand son biographe lançait une bouteille à la mer dans son livre, tant il voulait qu'on lui rende justice !
En quoi l’environnement module l’expression des gènes mais pas leur séquence.
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Il s’agit d’une histoire complète et indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2025. Ce tome a été réalisé par Céline Gandner pour le scénario et par Joël Alessandra pour les dessins et les couleurs. Il comprend quatre-vingt-quatorze pages de bande dessinée. Il commence par un texte d’une page dans lequel la scénariste remercie les personnes qui l’ont encouragée et accompagnée dans la réalisation de cet ouvrage. Il se termine avec un extrait d’un article du Monde, rédigé par Mathilde Damgé et paru le vingt-neuf juin 2021, sur une décision relative à la conservation de ses gamètes pour réaliser une PMA ultérieurement, ainsi qu’une mise à jour par la scénariste sur la PMA et les nouveaux droits pour les enfants nés d’une PMA, où elle précise que cette bande dessinée a été écrite en mars 2020.
Épigénétique : Du grec ancien épi Au-dessus de et de Génétique est la discipline de la biologie qui étudie la nature des mécanismes modifiant de manière réversible, transmissible et adaptative l’expression des gènes sans en changer la séquence ADN. En résumé en quoi l’environnement module l’expression des gènes mais pas leur séquence. Céline écoute une émission de RTL une intervention du docteur Michel Cymes. Il parle d’épigénétique : on a tous un patrimoine génétique mais on peut avoir de l’influence sur la toute-puissance de l’ADN. Prenons un exemple : une personne est sur le point de faire un dessert, la génétique, c’est sa recette. L’épigénétique : c’est le maître d’œuvre, donc vous. Il va choisir et définir la cuisson, l’ordre des ingrédients, la proportion, etc. Il est possible d’optimiser la génétique à travers son alimentation, le sport, le sommeil, les relations sociales, le plaisir… Les gènes nous en remercient !
Juliette effectue une balade en bord de mer, constatant que la vie est si imprévisible parfois. Sur France Inter, Édouard Philippe reprend le mot d’Emmanuel Macron disant que la France est en guerre. Le premier Ministre annonce que dès aujourd’hui douze heures, la France sera totalement confinée avec des mesures de sanctions pour les contrevenants. Le journaliste annonce 148 décès et 6.633 personnes contaminées. Quand Juliette est arrivée dans ce village proche d’Honfleur il y a une semaine, il y avait moins de soixante décès, c’est la petite grippette. Elle avait besoin de se retirer quelques jours. Ce fût, à sa grande joie, des semaines. Deux semaines plus tôt à Paris, elle faisait le constat que : C’est fini, elle est périmée. Et pas une larme. Sur la plage, elle se dit qu’elle ne ressent plus rien, un pas après l’autre, son corps est aussi lourd qu’une pierre. Endolori. Un boulet. Et toujours pas une larme. C’est donc cela la sidération ? Le trois mars 2020, elle avait reçu un courriel de la clinique De Tambre, lui disant que le laboratoire de génétique les avait informés que l’embryon n’était pas transférable, et ajoutant que le docteur lui expliquerait le lendemain en profondeur, et qu’ils enverraient le rapport dès que possible.
Une bande dessinée qui sort de l’ordinaire par plusieurs aspects. Pour commencer, l’introduction se trouve dans le texte de quatrième de couverture dont la lecture permet d’établir la situation de la narratrice en début de récit : Après le non-aboutissement d’un projet bébé avec son ami homo, l’héroïne se lance, à quarante-quatre ans, sur une PMA IAD en Belgique (don de sperme anonyme par insémination). Bien que son profil biologique soit ultra favorable pour son âge, elle vivra cinq inséminations sans suite. Juliette continue malgré tout d’espérer et tente une PMA à Madrid. Ensuite il s’agit d’un narratif à la première personne, intime, donnant la sensation que c’est la scénariste qui parle elle-même. Au travers de ses réflexions exposées dans les cartouches, Juliette (et pas Céline) expose aussi bien son état d’esprit sur sa volonté et son projet d’enfant, que les informations qu’elle assimile au fur et à mesure de ses recherches, sur l’épigénétique et sur les fonctions de la grossesse qui sont beaucoup plus importantes qu’un simple portage. Le lecteur peut se trouver déconcerté par les circonstances dans lesquelles ces réflexions se produisent : le premier confinement décrété lors de l’épidémie de la COVID-19. Cela induit la forme même de la narration : de longues promenades sur la plage, très peu d’autres personnages, l’importance donnée aux émissions de radio et aux lectures. Par la force des choses, une sorte de parallèle s’installe entre l’annonce du décompte des décès et le projet de vie.
Le récit est focalisé sur le personnage de Juliette, sur son projet bébé (comme elle le nomme), sur ses démarches et une forme d’apprentissage. Le dessinateur est ainsi amené à la représenter dans soixante-huit pages, dont trente-deux sont une illustration en pleine page. En fonction de sa sensibilité, le lecteur peut trouver que cette fréquence dans la représentation du personnage principal, souvent en gros plan confine à l’obsession, ou au contraire participe au fait d’en faire le point central, de rendre visible qu’il s’agit d’une démarche personnelle qui lui est spécifique, et qu’il s’agit de son point de vue, fatalement et légitimement autocentré. Comme le montre la couverture (il s’agit d’un dessin en pleine page figurant dans la bande dessinée), Juliette est une belle femme, svelte et souple (on assiste à une de ses séances de yoga en solo devant la mer), sans marque de l’âge, le récit précisant qu’elle a quarante-quatre ans, et le texte de la quatrième couverture évoquant plutôt quarante-six ans. Le dessinateur se tient à l’écart de tout voyeurisme, la montrant dans des poses naturelles, qui en disent un peu sur l’état d’esprit et les habitudes de cette femme. Elle s’habille de manière simple : jean et sweatshirt blanc ou vert, avec des baskets et un imperméable qui semble assez chaud. À une occasion, elle porte un chemisier, et elle revêt un legging avec une brassière de sport assortie. Une femme avenante et prenant soin d’elle, sans sexualisation particulière
Le dessinateur relève le défi d’apporter un intérêt visuel autre qu’un portrait de femme à cette réflexion et cette tranche de vie. Il commence par reprendre les images associées à la captation de l’émission de radio de Michel Cymes, en particulier le logo de la station de radio et la couleur rouge du décor. La deuxième planche montre une vague déferlant sur le sable, dans un dessin en pleine page. Le lecteur apprécie ces balades en bord de mer et la solitude qui s’en dégage, ainsi que le calme : les bosquets en arrière-plan, les longues étendues de sable à marée basse, l’écume des vagues proches du rivage et la mer étale au lointain, un tanker qui passe, l’ombre chinoise des installations portuaires indistinctes, les palissades en bois de guingois, quelques oiseaux dans le ciel, la silhouette du pont de Tancarville, de gros blocs de rochers formant une digue, les dalles du trottoir le long de la plage avec des réverbères caractéristiques, pour finir sur une illustration en pleine page de l’horizon dans une succession de bandes horizontales. Il retranscrit tout aussi bien les éléments pragmatiques du quotidien : l’examen devant la glace de la salle de bain, les agendas où figurent les nombreux rendez-vous pour le processus de fécondation in vitro (FIV), les accessoires du petit-déjeuner, la dégustation de verres de vin accompagnant des coquilles Saint-Jacques, la préparation d’un repas à deux, la lecture d’articles papier ou dématérialisées, etc. La banalité et l’unicité d’un quotidien.
Juliette continue d’investir du temps, de l’énergie et de l’argent pour son projet de bébé, tout en se heurtant à l’échec d’une nouvelle tentative de FIV. Elle écoute Cymes évoquer le concept d’épigénétique et elle se renseigne sur le sujet, en même temps qu’elle apprend la possibilité du double don (féconder les ovocytes d'une donneuse avec le sperme d'un donneur), alors qu’en arrière-plan les informations donnent régulièrement les chiffres des malades de la COVID-19, ainsi que des décès. D’un côté, l’autrice évoque les possibilités offertes par la science et la technologie ; de l’autre Juliette s’interroge sur son projet, sur ses motivations, sur la manière dont les autres la jugeront. Elle se pose également des questions sur ce qu’elle pourra dire au futur potentiel enfant sur sa conception, sur la façon de conceptualiser l’identité de ses parents, entre deux donneurs anonymes et elle qui l’aura porté dans son ventre pendant la grossesse, sur l’éventualité d’une rencontre amoureuse ultérieure et la possibilité pour ce potentiel compagnon d’accepter ce fœtus dans son ventre comme son enfant à venir, d’envisager d’être son père et le sens de ce terme dans de telles conditions. Par la force des choses, la démarche inhabituelle de cette femme et sa détermination amènent le lecteur à se confronter à ses propres convictions quant à la parentalité. Il se remémore ses propres choix, sa propre démarche, sa relation avec ses enfants s’il en a : sa motivation à devenir parent (tout naturellement, ou de manière réfléchie), la forme de responsabilité qu’il éprouve vis-à-vis d’eux, et ce que cet enfant a apporté à ses parents. D’un côté, le récit se focalise entièrement sur Juliette et sa volonté d’être mère, de l’autre cela génère par effet miroir, une réflexion chez le lecteur. Ce dernier ressent que ce récit crée une sensation étrange : les auteurs ont réussi à faire exister Juliette de manière très intense, dépassant les lieux communs et une présentation respectant les règles implicites de la politesse et de la bienséance, pour toucher une intimité sincère et profonde, faisant sortir le lecteur de sa zone de confort.
Une femme souhaite avoir un enfant, par elle-même, bien qu’elle ait dépassé la quarantaine, contre la une forme de normalité sociale implicite. Les auteurs en brossent un portrait intime de manière incidente, avec des illustrations majoritairement focalisées sur Juliette, sa conviction intime qui se heurtent à la normalité sociale et la question de ce que ce potentiel enfant aura d’elle s’il est conçu à partir d’un processus de procréation médicalement assistée de type double don. Cette femme se retrouve encore plus acculée dans ses derniers retranchements par le contexte du confinement et de l’annonce régulière des morts de la pandémie. Un récit tout en douceur, et en même temps radical par son dispositif narratif. Questionnements.
Voilà une BD documentaire de circonstance, vu la poussée sécuritaire qui nous attend avec l'état de notre monde et la poussée des extrêmes dont les traditionnels partis de droite emboîtent le pas, voire les dépassent dans leurs propositions.
Dans cette enquête, Julie Scheibling (scénario) et Rémi Torregrossa (dessin) nous expliquent comment nous avons insidieusement basculé dans des sociétés sur-surveillées, sans vraiment en comprendre les enjeux et les conséquences. Qu'il s'agisse de surveillances individuelles, de masse, des smartphones qui vampirisent nos données à des fins commerciales ou politiques, du business de cette surveillance au détriments de nos droits et des trop tardives tentatives de régulation, la nasse est déjà en place. Ces thèmes sont déclinés au fil de chapitres distincts qui exposent clairement les problèmes et les enjeux, portés par un dessin réaliste et efficace. La colorisation sobre jouant sur les monochromies est du meilleur effet pour ce genre d’exercice, nous recentrant sur le sujet.
Car même si nous sommes plus ou moins conscients des risques et des enjeux de ces nouvelles surveillances, remettre toutes ces facettes en perspective vous donne quand même froid dans le dos et vous donne juste envie de faire comme l'autrice : récupérer un bon vieux téléphone à clapet.
Je ne suis pas un grand fan de Blake et Mortimer, même si j'ai toujours apprécié leur esthétique très rétro, leurs décors soignés et l'élégance un peu surannée qui se dégage de leurs aventures. Du coup, je n'avais aucun attachement sacré à préserver ni de réticence particulière face à une parodie. Ma seule crainte, c'était plutôt de passer à côté de trop de références.
Finalement, Pierre Veys et Nicolas Barral trouvent le bon équilibre.
Le dessin reprend clairement les codes de E.P. Jacobs (mise en page classique, décors détaillés, ambiance très british), mais avec un trait plus souple et plus expressif qui accentue le côté burlesque. Les personnages sont plus caricaturaux, les tronches exagérées, et ça sert très bien l'humour sans jamais trahir complètement l'esprit d'origine.
Côté scénario, ça part assez facilement dans le délire. Blake devient un grand enfant un peu immature, Mortimer un savant bedonnant dont les inventions tournent systématiquement à la catastrophe, et Olrik un méchant pathétique. L'ensemble enchaîne les situations absurdes, les détournements de scènes cultes et les clins d'œil. Tout ne fait pas mouche, il y a quelques longueurs et des gags plus faciles, mais quand ça fonctionne, c'est vraiment drôle. Le premier tome est d'ailleurs le plus libre et le plus réussi à mes yeux, les suivants me paraissent un peu plus inégaux.
Même sans être un connaisseur pointu de la série originale, j'ai pris beaucoup de plaisir à la lecture. Une parodie respectueuse, souvent très amusante, qui fonctionne même sans tout saisir. Pas indispensable, mais clairement une série sympathique.
Un samouraï qui ne peut lutter qu'avec un sabre de bois aimé par une femme mystérieuse. J'avais peur que le sujet ne soit gâché, mais non… Marrant, bien plus tard, tous les samouraïs ont eu presque le même problème, avec l'époque d'Edo : ils pouvaient certes se battre mais avaient moins à le faire et étaient menacés de déclassement. Mais notre héros connait pire situation : il est tout seul ! Enfin sauf un vieux serviteur fidèle, le souvenir de sa mère et bientôt, comme dit plus haut, une femme mystérieuse dont les caractéristiques sont aussi fantastiques que le fait qu'il ne puisse se servir de fer. Le dessin peut être drôle mais est souvent de toute beauté.
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Un récit sur le conflit actuel entre Russie et Ukraine, guerre ouverte depuis 2022, mais déjà engagé depuis 2014 avec l'invasion russe de la Crimée. Par plusieurs aller-retours dans le temps entre les alertes à la bombe contemporaines et les événements du passé les auteurs montrent que l'inimitié est de longue date entre les peuples autour de Kiev et ceux plus à l'est pour simplifier. On commence par l'Holodomor organisé par Staline dans les années 1930, un génocide par la famine que les russes n'ont jamais reconnu bien sûr. Puis on part plus loin dans le passé sur les origines, la Rus de Kiev, la diffusion de la chrétienté etc. La période cosaque que je connaissais moins, sorte d'embryon de communauté démocratique. Puis la période plus récente de fin du XXème siècle, manipulation d'élection etc. Les tentatives russes d'affaiblir ou de nier la culture et la langue de ses voisins ont été nombreuses (et pas que là, cf. l'influence dans d'autres républiques autonomes ou bien l'Afghanistan et autres). Bien sûr c'est réalisé par 3 auteurs ukrainiens donc il y a un biais mais j'ai trouvé cela fluide à lire et bien illustré pour ce qui semble être une première bande dessinée de leur part. Un album très instructif et bien construit.
Hors scène
Autant je pouvais reprocher à mes lectures précédentes de McNaught une certain vide, un goût de trop peu, ici avec Hors scène il déroule une véritable intéressante histoire sur le fond avec des dialogues plus fournis. Sur la forme on retrouve sa manie des petites cases carrées, du silence et de l'observation des petits détails. C'est un album de grand format chez Dargaud qui laisse le loisir de détailler ses dessins. Le trait de certains personnages m'a rappelé le style de Sattouf avec les Cahiers d'Esther. Le scénario pose quant à lui des vrais personnages, des jeunes qui doivent monter une pièce de théâtre au collège. On sent le malaise, les non-dits, les moqueries d'enfants qui grandissent. David est le personnage principal, aussi dans la pièce car il joue le lion. Il est plutôt réservé, ce n'est pas la star de la classe. On sent sa minutie dans la création de son costume. Tout cela est très subtil et bien vu de la part de l'auteur.
Hypersurveillance - Enquête sur les nouveaux outils de surveillance
Je n’aurais probablement jamais acheté cet album de moi-même. merci à Paco de me l’avoir prêté car effectivement cet album est une claque ! On sait tous que les logiciels espions existent, mais les voir décortiqués à ce point, avec une telle précision, ça fait flipper. Le scénario plonge dans les rouages de la surveillance de masse, et le niveau de détail dans le décryptage des affaires est impressionnant – presque trop réaliste. Visuellement, c’est une réussite totale. La colorisation, en particulier, sert parfaitement l’ambiance : des tons froids, des contrastes saisissants, et une esthétique qui rappelle les documentaires d’investigation. On a vraiment l’impression de lire un reportage, pas une fiction. Chaque case est travaillée pour renforcer l’immersion et l’angoisse sourde qui monte page après page. Bref, une BD indispensable pour comprendre (et craindre) l’ère numérique dans laquelle on vit. À lire d’urgence, même si on en ressort avec l’envie de jeter son smartphone ! En tout cas j ai modifié les paramètres de mon iPhone ! Merci Paco pour cette belle découverte.
Leave them alone
L’univers et l’ambiance m’ont vraiment immergé dans un Far West rude et sans pitié. On est loin du cliché du cowboy héroïque : ici, l’Ouest américain de 1874 est violent, sale et dangereux, où les habitants, notamment les femmes, doivent se battre juste pour survivre. J’ai trouvé intéressant que les protagonistes principaux soient trois femmes fortes (Marian, Elfie et Mattie), ce qui donne un vrai souffle narratif différent des westerns classiques centrés sur des hommes. Cela apporte de la modernité dans un récit de genre. Le dessin de Chris Regnault m’a plu : il est efficace, nerveux et parfois très cinématographique, avec des planches qui rappellent les grands classiques du western à l’écran. Côté scénario, j’ai ressenti des points forts et des limites. L’histoire va un peu trop vite et ne développe pas toujours tous les enjeux ou relations entre les personnages. Pour moi, cela reste classique, mais très efficace. Leave Them Alone est une BD western bien construite, avec une atmosphère lourde et immersive, des personnages féminins intéressants et un dessin solide.
Le Prince de la Nuit
Après lecture des deux premiers cycles (tome 1 à 6). Le prince de la nuit est avant tout une bd grand public, une bd de divertissement. Ce serait s'exposer à de la déception que d'en attendre autre chose. Le premier tome fonctionne comme un très bon produit d'appel. Un trait propre et talentueux. Une colorisation soignée. On comprend que l'on va suivre les pérégrinations d'un vampire supérieur et sa lutte avec la famille Rougemont à travers les âges. Les 4 tomes suivants sont bons aussi, même si les personnages secondaires manquent presque toujours de personnalité. À ce propos, j'ai trouvé le personnage du commissaire anachronique, à cause de sa ressemblance - voulue - avec Jean Gabin. Comme si cet hommage à l'acteur, appartenant à l'imaginaire d'un cinéma gouailleur, me faisait sortir d'un autre imaginaire - le mythe des vampires - difficilement compatible. Le sixième tome fait chuter ma note. Swolfs a décidé d'insérer des nazis dans son histoire et on ne peut pas dire que ce soit une franche réussite. On sent le manque d'inspiration et la série va d'ailleurs s'arrêter pendant 14 ans après ça. Un classique oui, mais aussi une bd à vocation commerciale qui ne nous sort jamais de notre zone de confort.
Cesare
Il y a un suspens subtil : pas qui tue qui, qui baise avec qui, non. Mais qu'est-ce que l'époque de César Borgia ? On nous met dans l'état d'esprit de l'étudiant admirateur de César et c'est fort bien venu. Il a longtemps été assez mal vu sauf par exemple par Nietzche, alors que c'était un homme d'Etat exceptionnel Ceci dit, dans le manga, il y a bien d'autres personnages qui valent le détour… C'est pourquoi on est passionné mais aussi détaché, en arrière-plan. Si dans d'autres séries sur la Renaissance, on dit un peu n'importe quoi historiquement et qu'il y a du sexe pour masquer la nullité des enjeux et du scénario, là, c'est pudique et peut-être prude comme dans un manga non focalisé sur le sexe. Le dessin vaut mille fois des dessins qui ont besoin de beaucoup de couleurs et de clinquants pour faire oublier leur vide. Soyons fou, demandons à un auteur de bd de faire une série sur l'admirable Dioclétien si diabolisé ! Je ne vois pas pourquoi j'aurais honte de demander quand son biographe lançait une bouteille à la mer dans son livre, tant il voulait qu'on lui rende justice !
Périmée
En quoi l’environnement module l’expression des gènes mais pas leur séquence. - Il s’agit d’une histoire complète et indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2025. Ce tome a été réalisé par Céline Gandner pour le scénario et par Joël Alessandra pour les dessins et les couleurs. Il comprend quatre-vingt-quatorze pages de bande dessinée. Il commence par un texte d’une page dans lequel la scénariste remercie les personnes qui l’ont encouragée et accompagnée dans la réalisation de cet ouvrage. Il se termine avec un extrait d’un article du Monde, rédigé par Mathilde Damgé et paru le vingt-neuf juin 2021, sur une décision relative à la conservation de ses gamètes pour réaliser une PMA ultérieurement, ainsi qu’une mise à jour par la scénariste sur la PMA et les nouveaux droits pour les enfants nés d’une PMA, où elle précise que cette bande dessinée a été écrite en mars 2020. Épigénétique : Du grec ancien épi Au-dessus de et de Génétique est la discipline de la biologie qui étudie la nature des mécanismes modifiant de manière réversible, transmissible et adaptative l’expression des gènes sans en changer la séquence ADN. En résumé en quoi l’environnement module l’expression des gènes mais pas leur séquence. Céline écoute une émission de RTL une intervention du docteur Michel Cymes. Il parle d’épigénétique : on a tous un patrimoine génétique mais on peut avoir de l’influence sur la toute-puissance de l’ADN. Prenons un exemple : une personne est sur le point de faire un dessert, la génétique, c’est sa recette. L’épigénétique : c’est le maître d’œuvre, donc vous. Il va choisir et définir la cuisson, l’ordre des ingrédients, la proportion, etc. Il est possible d’optimiser la génétique à travers son alimentation, le sport, le sommeil, les relations sociales, le plaisir… Les gènes nous en remercient ! Juliette effectue une balade en bord de mer, constatant que la vie est si imprévisible parfois. Sur France Inter, Édouard Philippe reprend le mot d’Emmanuel Macron disant que la France est en guerre. Le premier Ministre annonce que dès aujourd’hui douze heures, la France sera totalement confinée avec des mesures de sanctions pour les contrevenants. Le journaliste annonce 148 décès et 6.633 personnes contaminées. Quand Juliette est arrivée dans ce village proche d’Honfleur il y a une semaine, il y avait moins de soixante décès, c’est la petite grippette. Elle avait besoin de se retirer quelques jours. Ce fût, à sa grande joie, des semaines. Deux semaines plus tôt à Paris, elle faisait le constat que : C’est fini, elle est périmée. Et pas une larme. Sur la plage, elle se dit qu’elle ne ressent plus rien, un pas après l’autre, son corps est aussi lourd qu’une pierre. Endolori. Un boulet. Et toujours pas une larme. C’est donc cela la sidération ? Le trois mars 2020, elle avait reçu un courriel de la clinique De Tambre, lui disant que le laboratoire de génétique les avait informés que l’embryon n’était pas transférable, et ajoutant que le docteur lui expliquerait le lendemain en profondeur, et qu’ils enverraient le rapport dès que possible. Une bande dessinée qui sort de l’ordinaire par plusieurs aspects. Pour commencer, l’introduction se trouve dans le texte de quatrième de couverture dont la lecture permet d’établir la situation de la narratrice en début de récit : Après le non-aboutissement d’un projet bébé avec son ami homo, l’héroïne se lance, à quarante-quatre ans, sur une PMA IAD en Belgique (don de sperme anonyme par insémination). Bien que son profil biologique soit ultra favorable pour son âge, elle vivra cinq inséminations sans suite. Juliette continue malgré tout d’espérer et tente une PMA à Madrid. Ensuite il s’agit d’un narratif à la première personne, intime, donnant la sensation que c’est la scénariste qui parle elle-même. Au travers de ses réflexions exposées dans les cartouches, Juliette (et pas Céline) expose aussi bien son état d’esprit sur sa volonté et son projet d’enfant, que les informations qu’elle assimile au fur et à mesure de ses recherches, sur l’épigénétique et sur les fonctions de la grossesse qui sont beaucoup plus importantes qu’un simple portage. Le lecteur peut se trouver déconcerté par les circonstances dans lesquelles ces réflexions se produisent : le premier confinement décrété lors de l’épidémie de la COVID-19. Cela induit la forme même de la narration : de longues promenades sur la plage, très peu d’autres personnages, l’importance donnée aux émissions de radio et aux lectures. Par la force des choses, une sorte de parallèle s’installe entre l’annonce du décompte des décès et le projet de vie. Le récit est focalisé sur le personnage de Juliette, sur son projet bébé (comme elle le nomme), sur ses démarches et une forme d’apprentissage. Le dessinateur est ainsi amené à la représenter dans soixante-huit pages, dont trente-deux sont une illustration en pleine page. En fonction de sa sensibilité, le lecteur peut trouver que cette fréquence dans la représentation du personnage principal, souvent en gros plan confine à l’obsession, ou au contraire participe au fait d’en faire le point central, de rendre visible qu’il s’agit d’une démarche personnelle qui lui est spécifique, et qu’il s’agit de son point de vue, fatalement et légitimement autocentré. Comme le montre la couverture (il s’agit d’un dessin en pleine page figurant dans la bande dessinée), Juliette est une belle femme, svelte et souple (on assiste à une de ses séances de yoga en solo devant la mer), sans marque de l’âge, le récit précisant qu’elle a quarante-quatre ans, et le texte de la quatrième couverture évoquant plutôt quarante-six ans. Le dessinateur se tient à l’écart de tout voyeurisme, la montrant dans des poses naturelles, qui en disent un peu sur l’état d’esprit et les habitudes de cette femme. Elle s’habille de manière simple : jean et sweatshirt blanc ou vert, avec des baskets et un imperméable qui semble assez chaud. À une occasion, elle porte un chemisier, et elle revêt un legging avec une brassière de sport assortie. Une femme avenante et prenant soin d’elle, sans sexualisation particulière Le dessinateur relève le défi d’apporter un intérêt visuel autre qu’un portrait de femme à cette réflexion et cette tranche de vie. Il commence par reprendre les images associées à la captation de l’émission de radio de Michel Cymes, en particulier le logo de la station de radio et la couleur rouge du décor. La deuxième planche montre une vague déferlant sur le sable, dans un dessin en pleine page. Le lecteur apprécie ces balades en bord de mer et la solitude qui s’en dégage, ainsi que le calme : les bosquets en arrière-plan, les longues étendues de sable à marée basse, l’écume des vagues proches du rivage et la mer étale au lointain, un tanker qui passe, l’ombre chinoise des installations portuaires indistinctes, les palissades en bois de guingois, quelques oiseaux dans le ciel, la silhouette du pont de Tancarville, de gros blocs de rochers formant une digue, les dalles du trottoir le long de la plage avec des réverbères caractéristiques, pour finir sur une illustration en pleine page de l’horizon dans une succession de bandes horizontales. Il retranscrit tout aussi bien les éléments pragmatiques du quotidien : l’examen devant la glace de la salle de bain, les agendas où figurent les nombreux rendez-vous pour le processus de fécondation in vitro (FIV), les accessoires du petit-déjeuner, la dégustation de verres de vin accompagnant des coquilles Saint-Jacques, la préparation d’un repas à deux, la lecture d’articles papier ou dématérialisées, etc. La banalité et l’unicité d’un quotidien. Juliette continue d’investir du temps, de l’énergie et de l’argent pour son projet de bébé, tout en se heurtant à l’échec d’une nouvelle tentative de FIV. Elle écoute Cymes évoquer le concept d’épigénétique et elle se renseigne sur le sujet, en même temps qu’elle apprend la possibilité du double don (féconder les ovocytes d'une donneuse avec le sperme d'un donneur), alors qu’en arrière-plan les informations donnent régulièrement les chiffres des malades de la COVID-19, ainsi que des décès. D’un côté, l’autrice évoque les possibilités offertes par la science et la technologie ; de l’autre Juliette s’interroge sur son projet, sur ses motivations, sur la manière dont les autres la jugeront. Elle se pose également des questions sur ce qu’elle pourra dire au futur potentiel enfant sur sa conception, sur la façon de conceptualiser l’identité de ses parents, entre deux donneurs anonymes et elle qui l’aura porté dans son ventre pendant la grossesse, sur l’éventualité d’une rencontre amoureuse ultérieure et la possibilité pour ce potentiel compagnon d’accepter ce fœtus dans son ventre comme son enfant à venir, d’envisager d’être son père et le sens de ce terme dans de telles conditions. Par la force des choses, la démarche inhabituelle de cette femme et sa détermination amènent le lecteur à se confronter à ses propres convictions quant à la parentalité. Il se remémore ses propres choix, sa propre démarche, sa relation avec ses enfants s’il en a : sa motivation à devenir parent (tout naturellement, ou de manière réfléchie), la forme de responsabilité qu’il éprouve vis-à-vis d’eux, et ce que cet enfant a apporté à ses parents. D’un côté, le récit se focalise entièrement sur Juliette et sa volonté d’être mère, de l’autre cela génère par effet miroir, une réflexion chez le lecteur. Ce dernier ressent que ce récit crée une sensation étrange : les auteurs ont réussi à faire exister Juliette de manière très intense, dépassant les lieux communs et une présentation respectant les règles implicites de la politesse et de la bienséance, pour toucher une intimité sincère et profonde, faisant sortir le lecteur de sa zone de confort. Une femme souhaite avoir un enfant, par elle-même, bien qu’elle ait dépassé la quarantaine, contre la une forme de normalité sociale implicite. Les auteurs en brossent un portrait intime de manière incidente, avec des illustrations majoritairement focalisées sur Juliette, sa conviction intime qui se heurtent à la normalité sociale et la question de ce que ce potentiel enfant aura d’elle s’il est conçu à partir d’un processus de procréation médicalement assistée de type double don. Cette femme se retrouve encore plus acculée dans ses derniers retranchements par le contexte du confinement et de l’annonce régulière des morts de la pandémie. Un récit tout en douceur, et en même temps radical par son dispositif narratif. Questionnements.
Hypersurveillance - Enquête sur les nouveaux outils de surveillance
Voilà une BD documentaire de circonstance, vu la poussée sécuritaire qui nous attend avec l'état de notre monde et la poussée des extrêmes dont les traditionnels partis de droite emboîtent le pas, voire les dépassent dans leurs propositions. Dans cette enquête, Julie Scheibling (scénario) et Rémi Torregrossa (dessin) nous expliquent comment nous avons insidieusement basculé dans des sociétés sur-surveillées, sans vraiment en comprendre les enjeux et les conséquences. Qu'il s'agisse de surveillances individuelles, de masse, des smartphones qui vampirisent nos données à des fins commerciales ou politiques, du business de cette surveillance au détriments de nos droits et des trop tardives tentatives de régulation, la nasse est déjà en place. Ces thèmes sont déclinés au fil de chapitres distincts qui exposent clairement les problèmes et les enjeux, portés par un dessin réaliste et efficace. La colorisation sobre jouant sur les monochromies est du meilleur effet pour ce genre d’exercice, nous recentrant sur le sujet. Car même si nous sommes plus ou moins conscients des risques et des enjeux de ces nouvelles surveillances, remettre toutes ces facettes en perspective vous donne quand même froid dans le dos et vous donne juste envie de faire comme l'autrice : récupérer un bon vieux téléphone à clapet.
Les Aventures de Philip et Francis
Je ne suis pas un grand fan de Blake et Mortimer, même si j'ai toujours apprécié leur esthétique très rétro, leurs décors soignés et l'élégance un peu surannée qui se dégage de leurs aventures. Du coup, je n'avais aucun attachement sacré à préserver ni de réticence particulière face à une parodie. Ma seule crainte, c'était plutôt de passer à côté de trop de références. Finalement, Pierre Veys et Nicolas Barral trouvent le bon équilibre. Le dessin reprend clairement les codes de E.P. Jacobs (mise en page classique, décors détaillés, ambiance très british), mais avec un trait plus souple et plus expressif qui accentue le côté burlesque. Les personnages sont plus caricaturaux, les tronches exagérées, et ça sert très bien l'humour sans jamais trahir complètement l'esprit d'origine. Côté scénario, ça part assez facilement dans le délire. Blake devient un grand enfant un peu immature, Mortimer un savant bedonnant dont les inventions tournent systématiquement à la catastrophe, et Olrik un méchant pathétique. L'ensemble enchaîne les situations absurdes, les détournements de scènes cultes et les clins d'œil. Tout ne fait pas mouche, il y a quelques longueurs et des gags plus faciles, mais quand ça fonctionne, c'est vraiment drôle. Le premier tome est d'ailleurs le plus libre et le plus réussi à mes yeux, les suivants me paraissent un peu plus inégaux. Même sans être un connaisseur pointu de la série originale, j'ai pris beaucoup de plaisir à la lecture. Une parodie respectueuse, souvent très amusante, qui fonctionne même sans tout saisir. Pas indispensable, mais clairement une série sympathique.
La Danse du Soleil et de la Lune
Un samouraï qui ne peut lutter qu'avec un sabre de bois aimé par une femme mystérieuse. J'avais peur que le sujet ne soit gâché, mais non… Marrant, bien plus tard, tous les samouraïs ont eu presque le même problème, avec l'époque d'Edo : ils pouvaient certes se battre mais avaient moins à le faire et étaient menacés de déclassement. Mais notre héros connait pire situation : il est tout seul ! Enfin sauf un vieux serviteur fidèle, le souvenir de sa mère et bientôt, comme dit plus haut, une femme mystérieuse dont les caractéristiques sont aussi fantastiques que le fait qu'il ne puisse se servir de fer. Le dessin peut être drôle mais est souvent de toute beauté.