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Les dernier avis (55 avis)

Couverture de la série Daddy's Girl
Daddy's Girl

Comme beaucoup l’ont souligné, c’est d’un sujet lourd que traite cet album, dans lequel Debbie Drechsler dévoile la part voilée, franchement très noire, de son enfance et de son adolescence. Et elle le fait de façon presque dépassionnée, alors même que ce qu’elle nous montre, par petites touches (l’inceste, le viol, etc. qu’elle subit) relève d’une rare violence. A part les deux derniers, l’album regroupe les chapitres quasiment dans l’ordre inverse de leur rédaction – je ne sais pas si ce choix fait sens. Il n’y a de toute façon pas « d’ordre », puisque les anecdotes distillées ici s’accumulent plus qu’elles ne s’expliquent. Et d’ailleurs le point de vue change parfois, ainsi que les prénoms des jeunes filles. Même si nous suivons Lilly, sa mère et son père, ainsi que ses sœurs, dans des histoires où la tristesse est souvent très forte, saturant la lecture : la façon dont son père l’empêche de connaître des petits moments de bonheur (lorsqu’une copine de Lilly vient voir avec elle les étoiles par exemple) est assez terrible. J’ai vraiment bien aimé le dessin, qui use très bien du Noir et Blanc. La colorisation parfois utilisée (dans les derniers chapitres uniquement) est elle aussi très belle je trouve. Au final, c’est un album fort, qui ne joue ni sur le pathos ni sur le sous-entendu hypocrite : un « équilibre de la terreur » qui ne peut laisser indifférent le lecteur. Mais c’est une lecture que je vous recommande.

19/02/2020 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Le Tueur - Affaires d'Etat
Le Tueur - Affaires d'Etat

La suite de la série Le tueur n'était pas de ces BD que j'attendais, la série mère se finissant sur un dernier volume qui était parfait à mes yeux, avec tout ce qu'il fallait de noirceur et de considérations sociétales très marquées par le dégoût d'une humanité. C'est donc un peu circonspect que je me suis penché sur ce nouvel opus qui semble inaugurer une nouvelle ère du Tueur. Et c'est relativement bon pour l'instant ! Si la série démarre en douceur, avec ce qu'il faut d'action et de considérations sociétales, on se penche plus directement sur les affaires internes de la France et la façon dont certains problèmes sont réglés de manière bien rude. Ce n'est toujours pas la série que je recommande au déprimé ou à ceux qui ont envie de découvertes joyeuses : entre la morale politique et les échanges bien acides sur la façon de diriger un pays, on est dans une BD qui tire à boulet rouge sur le pouvoir, ses armes et ses protagonistes. Encore une fois, c'est à charge envers l'humanité, mais avec un ciblage plus précis sur les arcanes du pouvoir et ses différents personnages, tous aussi pourris. Le ton du récit laisse envisager une suite potentiellement surprenante, et j'ai hâte de découvrir ce que Matz nous prépare dans la suite. Le dessin est toujours aussi bon, il n'y a pas à tortiller : précis et vif, dans l'action et parfaitement en adéquation avec le propos. Rien à redire de plus dessus. Bref, une nouvelle série qui a de bonnes idées et qui démarre fort, j'ai bien envie de découvrir la suite du Tueur !

18/02/2020 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Paul à la maison
Paul à la maison

Bien que je n'ai pas lu l'intégralité des tomes de la série Paul, je suis effectivement très surpris par le ton de ce récit. C'est bien plus noir et sombre que les précédents opus, et dégage une ambiance bien plus fataliste que dans les autres récits, toujours orientés sur le positif et l'optimisme. Et pour autant, j'ai apprécié cet opus qui s'inscrit dans un tout autre contexte de celui des autres, un peu plus proche et également plus réaliste. Ce que j'ai beaucoup aimé dans la série des Paul, c'est que c'est réellement une tranche de vie, un point de vue de la société via ce personnage et ses considérations. Et c'est tout l'intérêt de voir la vie de ce bonhomme, le dépaysement de la Belle Province et de ses idiomes de langage, mais aussi la façon dont il envisage la vie et se développe au fur et à mesure des tomes. Celui-ci est d'un ton totalement différent, donc, mais je l'ai trouvé aussi très mélancolique. Paul est ici vieillissant, avec tous les aspects de la vieillesse que l'on peut envisager : la solitude (très marquée dans le livre), les soucis physiques, la considération du temps qui a passé, la coupure entre l'individu et la société qu'il a du mal à comprendre ... C'est très nettement un roman graphique qui considère que le temps passé et que son personnage (très proche de l'auteur probablement, plusieurs parallèles sont menés dans le livre) ne semble plus avoir sa place dans ce monde-ci. La moitié des choses semblent incompréhensibles ou ineptes à ses yeux, et j'ai trouvé très juste et touchant le rapport qu'il entretient avec ce qu'il reste de son monde. La bande-dessinée comme métier, sa famille éclatée ... On sent que Paul s'accroche aux restes de son monde mais qu'il fait également le deuil d'une grande partie de sa vie. Et j'ai été touché par cela, comme si Rabagliati représentait déjà la vieillesse qui vient avant l'heure dans la vie d'un homme. Et j'ai été sensible aussi à un message que je sens dans le récit, et qui concerne plus la société dans son ensemble. Notamment l'accélération technologique ou la perte de repères d'une génération en mal de vivre et vieillissante. Quelle place a encore un père de famille après son divorce ? Que doit-il faire vis-à-vis de sa fille lorsqu'elle part à l'étranger de son propre chef ? Quelle place a un auteur plus âgé dans le monde jeune de la bande-dessinée ? Comment parler de son métier, de sa passion à des jeunes ? Et je sens aussi tout le drame de l'absence de dialogues, présent dans toute la BD. Paul ne peut plus dialoguer, ni avec sa famille ni avec ses voisins. Ni même avec sa mère ou sa sœur, et c'est le silence lourd durant toute la BD. Une métaphore assez sentie lorsque Paul imagine jeter tous les téléphones d'un bus pour obliger les gens à parler. J'aime bien cette scène, parce qu'on sent toute la frustration de se sentir dans une société où la communication a remplacé le dialogue. On ne parle plus, mais on communique en tout sens. Et c'est d'autant plus intéressant avec la mise en abime entre la BD (qui est un média et donc un moyen de communiquer) mais aussi le fait que les études de Paul sur le design technique et la communication soit présentes par petites touches. Paul à la maison, c'est tout une représentation de la communication ou le dialogue. Bref, sans être un grand fan de la série, du moins pas encore, je me suis senti touché par cet opus qui renferme beaucoup de choses en peu de mots. Et surtout c'est incroyable comment Rabagliati arrive à faire passer l'émotion en peu de mots. Les personnages, que l'on a suivis sur plusieurs tomes, ont ici bien changé, et si toutes les clés de cette évolution ne sont pas encore connues, j'ai envie de savoir et de continuer à les suivre. Un nouvel opus réussi pour l'auteur, et qui appelle une suite, lorsqu'elle viendra !

18/02/2020 (modifier)
Par Yann135
Note: 4/5
Couverture de la série Pop, histoire d'un marin
Pop, histoire d'un marin

J’ai acheté cet ouvrage (publication sous forme de 4 fascicules en Italie) en janvier 2019 à Angoulême et j’ai laissé cette intégrale trainer sur ma table de nuit pendant 1 année presque jour pour jour ! C’est en mettant un peu d’ordre dans ma chambre que j’ai redécouvert cette BD !!! Je suis dingue d’avoir laissé en jachère celle-ci ! 208 pages merveilleuses qui se lisent d’une seule traite, tellement l’aventure est passionnante. Un petit bijou bluffant ! Fabiano Ambu vous entraine dans son monde où Popeye côtoie Corto Maltese ! Le crayonné est délicat et précis. L’atmosphère sombre et violente est mise en exergue par une colorisation adaptée. A découvrir au plus vite !

17/02/2020 (modifier)
Par Berkan
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Le Voyageur
Le Voyageur

Belle surprise cette lecture! Particulièrement apprécié l'ambiance qui rappelle un peu Moebius. Traits sobres et monde futuriste en déclin. Puis le mystère qui entoure notre voyageur jusqu'aux dernières planches nous pousse à poursuivre la lecture sans interruption jusqu'à la fin. Il m'a peut-être manqué un peu plus de développement psychologique du héros et son évolution face à son éternel problème, mais je pense que l'auteur souhaitait garder cette histoire à un niveau de 1er degré. Tel un simple récit où ce sont les ressentis du lecteur qui combleraient les vides.

17/02/2020 (modifier)
Par PAco
Note: 4/5
Couverture de la série Mausart
Mausart

Assez fan du travail de Gradimir Smudja que j'avais découvert il y a quelques années avec son premier album Vincent et Van Gogh puis plus récemment avec Wilfrid Lupano avec un album jeunesse Cheval de bois, cheval de vent, j'étais curieux de voir ce qu'il allait cette fois-ci nous proposer avec cet intrigant "Mausart". On reste dans un registre jeunesse avec un album court de 32 pages nous racontant comment Mausart, petite souris issue d'une famille de mélomanes vivant dans le piano du musicien officiel de la cour, un loup du nom de Salieri, va devenir le musicien attitré du roi. Profitant un jour de son absence, Mausart qui rêve de jouer sur un vrai piano, va se risquer et jouer un air qu'il n'avait composé que dans sa tête. La reine passant dans la rue à ce moment et le trouvant fort agréable va demander à Salieri de venir lui rejouer à la cour pour son anniversaire... Ce dernier va forcément se trouver dans une situation délicate et va donc devoir tout faire pour que cette satanée souris joue la musique qu'elle a composé, tout en s'en attribuant les mérites. L'histoire est somme toute assez simple, mais l'idée est bien trouvée et comme toujours avec Gradimir Smudja, magistralement réalisée. Son coup de crayon et sa mise en couleur sont un régal pour les yeux ! Et puis moi qui suis très difficile sur les bd aux personnages zoomorphes, j'ai ici été conquis. Ne serais-ce que pour la magnifique double page du concert avec la tête effarée du couple royal et de tout ses sujets, j'en redemande ! Un album à mettre entre toutes les mains ! *** tome 2 *** Après la très bonne surprise du tome 1 qui avait placé la barre assez haute, j'avoue que j'ai été un peu déçu par ce deuxième opus. Le talent de Gradimir Smudja est toujours au rendez-vous, mais c'est le scénario qui m'a beaucoup moins emballé. Sa prévisibilité m'a un peu gâché ma lecture car j'ai rapidement mis le doigt sur le ressort de l'intrigue et l'effet de surprise voulu est du coup tombé un peu à plat. Je veux bien croire que cette BD s'adresse avant tout à des enfants, mais là c'est quand même un peu cousu de fils blanc. Alors oui on sent que Gradimir Smudja s'est fait plaisir graphiquement au fil de ses planches à nous proposer une Venise de carnaval bouillonnante et grouillante, où s'égaye toute une population animalière bigarrée. C’est beau, rien à redire à ce sujet, mais l'inconsistance du scénario ou plutôt sa prévisibilité font rapidement retomber le soufflé. Dommage. (je passe donc ma note globale à 3.5)

25/10/2018 (MAJ le 17/02/2020) (modifier)
Par PAco
Note: 4/5
Couverture de la série Alice Matheson
Alice Matheson

Les livres sur les zombies, c'est comme les zombies : quand y'en a plus y'en a encore ! Cette fois-ci c'est Jean-Luc Istin qui quitte ses terrains de prédilections de la fantasy et le monde celte pour nous proposer du zombie à midi ! Il est accompagné d'un dessinateur que je ne connais pas Philippe Vandaële. Son trait tire un peu vers le comics, tout en gardant un style réaliste agréable. Son découpage est bon et donne tout l'élan nécessaire pour impulser le rythme soutenu à la narration. Car on va forcément aller de rebondissements en rebondissements, avec ce petit côté "qui va y passer avant la fin de la page ???" qu'avait imposé la référence du genre Walking Dead. Moi qui aime bien me faire surprendre de bout en bout par un album, je me suis surpris à apprécier la présentation des protagonistes proposée en 2e de couverture (autre point commun avec Walking Dead d'ailleurs). Alors, qu'est-ce qui fera la différence pour cet énième album du genre ? Peut-être l'attention portée à la psychologie des personnages. On sent qu'Istin a essayé d'y porter un grand soin. Peut-être le fait que notre héroïne soit une sociopathe patentée ? C'est sûr que c'est quand même con de ne vivre que pour faire et voir mourir les gens, et que tout à coup, ces derniers reviennent "à la vie" ^^ Ce premier album pose plutôt bien les choses, j'attends de voir la suite pour me faire un avis complet. *** tomes 2 à 6 *** Et bien voilà, je viens de finir cette série, et j'avoue que je l'ai trouvé prenante et réussie. On se laisse embarquer par ce personnage de psychopathe malmenée en pleine épidémie de zombie dans un Londres contemporain. Les personnages gravitant autour d'Alice sont bien trouvés et assez originaux. Le suspens quant à leur survie possible ou leur rôle plus ou moins secondaire dans l'intrigue est géré intelligemment et apporte souvent quelque chose au scénario. Car au fil de ses rencontres plus ou moins inopinées, Alice évolue non sans mal dans sa quête qui compose l'intrigue centrale ; ça avance doucement mais certainement au fil des tomes jusqu'à sa conclusion plutôt bien trouvée. Voilà donc une série qui aura su sortir son épingle du jeu de très belle manière dans la production actuelle de séries s'intéressant aux zombies.

09/06/2015 (MAJ le 17/02/2020) (modifier)
Par Erik
Note: 4/5
Couverture de la série Tokyo therapy
Tokyo therapy

J’aime bien ce type de manga qui est presque de nature professionnelle sur l’exercice de la psychologie. Ceux qui font des études de psycho pourront aisément le lire. On fait tout de suite connaissance avec une thérapeute très sympathique qui ne veut que le bonheur de ses patients. On aura droit dans le premier volume à trois cas distincts, à savoir la mère de famille qui n’arrive pas à faire son deuil, l’homme qui est violent subitement dans son couple par rapport à un fait de son adolescence, et enfin la victime d’une prise d’otage à l’étranger qui s’est très mal passée. Si le premier cas était plutôt classique dans sa résolution, les deux autres seront moins simples et plus inattendus. Le graphisme est très beau avec des personnages et des décors assez bien réalisés avec une bonne qualité dans l'édition. Cela rend la lecture assez agréable par rapport à sa fluidité. Il est vrai que les différents personnages ont de la consistance, à commencer par notre psychologue clinicienne qui n'hésite pas à dévoiler sa vie privée ou bien à critiquer les dires de son prédécesseur sur un cas. Il est vrai que cela ne plaira pas forcément aux membres de cette confrérie. Le pompon est certainement la scène où elle visionne une scène de caméra vidéosurveillance au mépris des lois concernant la protection des données personnelles. Certains troubles psychologiques seront mis en avant comme par exemple le syndrome de Horner, la schizophrénie, le syndrome de Münchhausen, la résistance du surmoi, les troubles de stress post-traumatique... A noter que cela se termine au second tome alors que cela aurait pu continuer aisément. C’est un peu dommage pour une fois qu’un manga était assez intéressant à tous points de vue.

17/02/2020 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Shangri-La
Shangri-La

J'ai beaucoup de sympathie pour cet album qui possède beaucoup de qualités malgré ses quelques défauts assez visibles. Mais ceux-ci ne sont pas suffisants pour m'empêcher d'aimer cette BD sincèrement, parce que je la trouve réussie sur le message qu'elle porte et la volonté première, mais parce que j'ai un réel plaisir à la relire, pour la qualité de ses planches et son ambiance. C'est un ami qui me prêta la première fois cette BD, et je suis tombé sous le charme de cette histoire futuriste caricaturant à gros traits la nôtre. Entre les panneaux de publicités rappelant certains produits d'une société à la pomme bien connue, la classification des individus, le racisme (lié ici à une nouvelle race d'humains croisés avec des animaux) ou la politique, on sent les influences et les caricatures que l'auteur met en avant. Certes, elles sont parfois grossières ou très visibles, mais cela ne m'a pas dérangé, puisqu'on sent la volonté première de faire une histoire dans un contexte très identifiable. Ce monde est fait pour être détesté, et l'auteur ne prend pas de gant pour le faire. L'histoire est assez bien menée, même si je suis un peu déçu de la toute fin (les dernières pages réellement), qui ne m'ont pas satisfait au niveau de la conclusion du récit. Et c'est dommage, parce que tout ce qui tourne autour de la révolution et du chaos social m'a bien plu : ce n'est pas fait de façon manichéenne, en y allant à gros sabots : "la révolution c'est trop bien, faut la faire". Les scènes violentes et les réflexions qui sont menées nuancent le propos d'une révolution, surtout dans un espace tel que celui-ci. Et d'autres petits détails m'ont plu, notamment au niveau des personnages et de ce John, qui connait une évolution et un final surprenant. Pour le coup, je ne m'attendais réellement pas à cette fin pour lui. Le dessin m'accroche bien, à chaque relecture je me penche un peu plus sur les détails dans le fond, la façon de cadrer ou les mises en place dans la page. Régulièrement il renforce les scènes, notamment lors des violences ou des scènes finales, et la colorisation renforce le tout. Et c'est plaisant de voir un auteur s'être fait plaisir dans sa représentation de l'espace, d'une société en station spatiale et d'un futur. On sent plusieurs sources d'inspiration mais l'auteur les réarrange à sa sauce, et l'ensemble a une certaine homogénéité qui convient tout à fait au genre du récit. C'est une BD qui a de très belles qualités, comme je l'ai dit au début, et si certaines choses peuvent sembler grossières (la critique d'Apple n'est même pas déguisée, avec l'histoire de l'I-phone 6 et 7 sortis en même temps), j'aime bien le fait qu'il intègre pas mal de messages divers dans une BD de science-fiction qui prend le temps de poser un propos politique, des personnages crédibles et une ambiance de dictature voilée. C'est bien mené, et même si je n'ai pas été très fan des dernières pages du récit et de la façon un peu facile de conclure, je reste sur l'impression générale qui se dégage dans les relectures, et j'apprécie toujours de me refaire un petit tour dans l'espace !

17/02/2020 (modifier)
Par Canarde
Note: 4/5
Couverture de la série Payer la terre
Payer la terre

Un documentaire complet sur le déracinement organisé par les pouvoirs publics du peuple Déné au Canada. Je n'avais jamais lu de BD de Sacco, et les sujets précédents me paraissaient tellement durs que je ne me sentais pas le courage de commencer par ça... En réalité, celui-ci l'est tout autant (dur). Le plus étonnant c'est qu'il m'a renvoyé finalement à ce qu'a dû subir ma mère née en Auvergne en 1945. Ses parents parlaient patois et à 7 ans, elle a été mise en pension chez les "bonnes sœurs", puis est partie étudier à Lyon. Avec ce nouveau formatage, il n'a plus été question pour elle de revenir à la ferme, elle est "montée dans l'échelle sociale" mais a perdu sa langue et la responsabilité de son territoire, dont elle héritera pourtant, et sans doute moi après elle.. Le parallèle peut sembler exagéré, mais regardons les choses en face, les auvergnates sont toutes parties à la ville, les hommes, en charge des fermes ont cherché des épouses sur les petites annonces du chasseur français (de l'est ou d'outre-mer), certains se suicident, bref, ce n'est pas très reluisant quand-même. L'éducation forcée organisée par l'état canadien pour tous les enfants Dénés qui ont été arrachés à leur culture de chasseurs cueilleurs (et non d'éleveur comme en Auvergne) a créé un désastre culturel dont Joe Sacco et sa chauffeuse Shauna, sont venus observer les détails, et sonder les motivations. Les motivations : arracher les peuples à leur terre, pour pouvoir exploiter les forêts de manière industrielle. Les détails : alcoolisme, chômage, incompréhensions et divisions à l'intérieur des familles, les enfants revenant incapables d'allumer un feu, de peler un orignal ou de construire une barque avec sa peau. Bref cette lourde somme de 263 pages d'interviews d'autochtones de tous avis racontant leurs expériences, à l'âge de l'enfance dans le monde traditionnel et nomade, puis l'internement forcé dans des écoles "civilisatrices", et leur vies aujourd'hui, salariés dans des boîtes d'exploitation forestières ou minières, ou chômeurs, instituteurs, travailleurs sociaux, ... Le dessin, très précis, en noir et blanc, avec des visages en gros plan, des véhicules, des paysages, des machines d'extraction, est une représentation touffue et appliquée. On sent la volonté de faire référence, que tout cela soit visible à la face du monde. Lisez "Payer la terre", vous verrez que toutes nos familles paysannes françaises ont été soumises au même chantage au progrès : Votre culture va mourir, mais en échange vous aurez l'argent. So what ?

16/02/2020 (modifier)