La femme conduit, l’homme la suit.
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Ce tome contient une histoire complète et indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2024. Il a été réalisé par Simona Mogavino pour le scénario, Carlos Gómez pour les dessins, et les couleurs ont été réalisées par Lorenzo Pieri & Luca Saponti. Il comprend cent-dix-huit pages de bande dessinée. Il se termine par un dossier de huit pages, intitulé : Pour aller plus loin, rédigé par la scénariste, dans lequel elle aborde les fouilles réalisées dans le site archéologique Akrotiri enseveli sous les cendres d’une éruption volcanique sur l’île de Santorin, l’exploration de ce site et sa société matriarcale, la symbolique du serpent dans la société minoenne, les mythes et les personnages du récit pour Pasiphaé, Minos, Dédale, Ida, Akoto, Costa.
À Saqqarah, en Égypte, dans la deuxième année de règne de Sobekhotep IV, vers 1630 avant JC, deux prêtres viennent d’achever un rituel astrologique. Celui qui a manipulé la pierre est exténué, comme si son tout son être s’était échappé de son enveloppe corporelle pour se disperser dans le cosmos. Il explique à l’autre que cette pierre possède sa propre vibration énergétique, très puissante, qui altère les flux de vitalités des organes du corps et les amplifie, c’est pour ça qu’ils vivent si longtemps. Demain, les énergies de leur corps et du cosmos retrouveront leur harmonie et leur équilibre. Il poursuit : ils doivent d’abord laver la pierre à l’eau courante pour lui retirer la négativité quelle a assimilée, après quoi ils l’exposeront à la lumière de la pleine Lune toute la nuit… Elle a besoin de se recharger. Plus haut, le scribe Ipou-Our note les divinations catastrophiques du grand prêtre.
À quelque temps de là, un navire s’apprête à aborder dans le port de Théra, avec à son bord Barsalas et Deseux. L’arrivée du premier est vite remarquée par l’administrateur Nestor du palais de Knossos, et par un simple pêcheur nommé Costa. Ce dernier prend Barsalas pour l’accueillir, pour fêter son retour après tant d’années d’absence. Par maladresse, un homme en train de charger de lourdes jarres, fait tomber une amphore qui se brise à terre. Nestor s’emporte car le clan des potiers refuse d’en fabriquer davantage, d’ailleurs il doit en parler à Ida, et cette fois elle devra lui obéir. En entendant prononcer ce nom, Barsalas se renfrogne un peu. Son ami lui explique que maintenant c’est elle qui dirige le clan des potiers car sa mère est trop vieille et aveugle. Mais malgré sa cécité, elle voit encore la déesse et les informe des avertissements des dieux. Barsalas prend congé de son ami, car il veut montrer la ville à Deseux, son protégé. Chemin faisant, il reconnaît Aranare, un superbe athlète et le salue, l’autre lui expliquant qu’il est le nouveau maître du gymnase du clan des potiers. Un autre navire s’apprête à accoster avec à son bord une figure encapuchonnée, Xenocide, qui a lui aussi reconnu Barsalas. Dans le grand atelier des potiers, Ida explique à sa fille Marita que les clients veulent des motifs traditionnels, et qu’elle ne veut pas peindre des taureaux.
Le lecteur ressent rapidement qu’il s’agit d’un ouvrage dense nécessitant du temps de cerveau disponible, ou en tout cas un petit effort d’attention supplémentaire pour assimiler toutes les informations présentes dans chaque page. L’introduction se déroule en Égypte, sans rapport direct avec la suite. Le lecteur se rend compte en cours de route de l’identité réelle du personnage se faisant appeler Barsalas, et de son lien avec la mythologie. Les spécificités de la société minoenne apparaissent au fil des conversations et des situations, de manière organique, sans exposé structuré. La distribution comprend une quinzaine de personnages intervenant plus ou moins régulièrement, chacun avec leur rôle dans la société, et leurs objectifs propres. L’action se déroule sur deux sites différents, Santorin et la Crète. L’ouvrage regroupe deux actes, chacun aurait pu former un tome à lui tout seul. Le récit joue avec la mythologie, offrant une variation personnalisée, sans rappeler la version communément admise. Les dessins s’inscrivent dans un registre réaliste avec un niveau de détails très élevé, donnant parfois la sensation de photoréalisme, une démarche de reconstitution historique très impressionnante dans sa minutie, avec des cases demandant également de prendre le temps de les regarder, de les lire pour assimiler toutes les informations qu’elles contiennent. Cela peut demander un temps d’adaptation pour ajuster son mode de lecture, pour prendre consciemment le temps de s’attacher aux détails d’une coiffure pour distinguer différents personnages féminins, par exemple.
Dans le dossier de fin, la scénariste explique que : Son récit a pris forme grâce aux fouilles commencées en 1967 par Spyrídion Marinátos et ensuite poursuivies par Chrístos Doúmas, à Aktrotiri, de cet établissement de l’âge de Bronze enseveli sous les cendres d’une éruption volcanique entre le XVIIe et le XVIe siècle avant JC. Elle continue en indiquant que : son travail dans le domaine de la restauration picturale l’a guidée dans une exploration approfondie des peintures murales d’Akrotiri. Elle y a découvert les échos d’un culte peut-être matriarcal, témoins d’un profond respect pour le divin féminin qui battait au cœur de leur société. En lisant cette déclaration, le lecteur comprend que le récit qu’il a lu comprend des éléments factuels de nature historique, racontés sur la base de l’interprétation orientée de l’autrice, entre faits avérés et spéculations, et même parti pris. Il comprend également au fur et à mesure que la narration prend en compte le système de croyances de la société de l’époque, la mythologie dont est familier pour partie le lecteur, sans pour autant faire intervenir les dieux de manière physique. Le lecteur familier du mythe du Minotaure et de Thésée comprend le principe de reconstitution orientée, en voyant la réinterprétation qui en est faite, que ce soit sur la nature même du Minotaure, ou sur l’identité de celui qui le tue, ou encore sur le comportement et le rôle d’Ariane.
Le lecteur est impressionné dès la première page par la minutie descriptive de la narration visuelle. À l’opposé de visuels génériques et insipides prêts à l‘emploi, l’artiste a à cœur de montrer chaque chose dans le détail. Dans cette première planche, il en va ainsi de la pince utilisée pour saisir la pierre, de la table chargée de signes et de symboles et des hiéroglyphes sur le mur. Deux pages plus loin le lecteur découvre le navire arrivant à Santorin, à nouveau dans le détail de ses cordages et de sa voile, puis une vue du ciel de l’île, les amphores et les jarres sur le quai, ainsi que les pierres du pavage, les ballots et multiples cordages, etc. Tout du long il prend le temps de regarder aussi bien un ustensile ou un accessoire, que l’aménagement urbain ou les paysages naturels. En fonction de sa sensibilité, il s’attache plutôt aux belles bouclettes de la chevelure d’Aranare, aux bijoux d’Ida, aux yeux laiteux de sa mère Madi, à la tunique à la coupe particulière de Deseux, aux motifs décoratifs sur le mur d’une taverne, au masque ouvragé de Pasiphaé, à la parure de perles de Minos, aux multiples cadavres de poissons sur la plage (sinistre présage), aux oiseaux dans le ciel, au maquillage saisissant d’Ariane, à l’arme utilisée pour estropier Barsalas, à l’épée de Thésée, aux cornes du masque de taureau de Minos, etc. Ou alors il se montre plus sensible aux prises de vue et à la manière dont elles mettent en valeur les lieux : la géographie de l’île de Santorin, les rues du port, l’atelier de poterie, une taverne, des navires à rames approchant du port, la magnifique cour intérieure du temple égyptien en forme de pentagone, la pente herbue ou pait un troupeau de chèvres, la grotte où Barsalas est torturé, les jardins du palais, et bien sûr le labyrinthe.
Le lecteur se laisse embarquer dans l’intrigue, entre le retour du mystérieux Barsalas, les manigances de Minos, la gouvernance de Pasiphaé, les éléments mythologiques. Il se retrouve sous le charme de l’évocation du fonctionnement d’un matriarcat. Il relève les éléments féministes qui apparaissent, libre d’y adhérer ou non, et même incité à prendre du recul sur leur viabilité, sur leur fragilité, ou leur capacité à résister à la pression d’un patriarcat menaçant. Il reconnaît les noms mythologiques les plus connus comme Thésée, Minos, Dédale, ou encore Ariane. Il s’interroge peut-être sur Pasiphaé, ou Potnia Theron. Il décèle comment les autrices réécrivent le mythe du labyrinthe pour qu’il se trouve en phase avec la possibilité d’un matriarcat. Il y reconnait une façon d’aborder des histoires connues, en prenant le point de vue d’un personnage secondaire, ou de l’antagoniste, ou en renversant sa perspective en l’écrivant par les yeux d’une femme. Il voit comment la scénariste agence les éléments du récit, ceux historiques, ceux mythologiques et ceux qu’elle a apportés pour évoquer le basculement d’une société matriarcale vers le patriarcat, ce qui correspond bien à l’ambition d’évoquer une civilisation. Il se remémore également la courte phrase en sous-titre de la quatrième de couverture : Quand l’astrologie fait trembler l’histoire. De fait, cette composante est présente dans la scène introductive, et dans les précitions de la prophétesse Madi, tout en entraînant des répercussions très modérées.
Une bande dessinée qui sort de l’ordinaire par ses ambitions. La narration visuelle s’inscrit dans les reconstitutions historiques les plus minutieuses, ayant à cœur d’immerger concrètement le lecteur dans cette civilisation, à la fois à Santorin, à la fois en Crète, que ce soit l’urbanisme, l’architecture, les scènes de la vie quotidienne, les tenues vestimentaires, les ustensiles et outils, un travail remarquable de finesse. Le récit se développe selon plusieurs axes : une intrigue s’attachant au sort de la reine Pasiphaé et de l’enfant Akoto, un regard sur une civilisation matriarcale, une réinterprétation d’un mythe grec classique, celui du Minotaure en donnant le rôle principal aux femmes. Après la lecture du dossier final, la compréhension du récit et de son ampleur se trouvera améliorée par une un feuilletage complémentaire. Impressionnant.
Le coups de coeur de ces dernières années (comme la plupart des titres des Editions Calandre).
Préférez "Le trésor de Noirmoutier" qui est le meilleur à mon sens de la série pour le moment.
Certains grogneront sur le dessin jugé parfois trop rapide et imprécis mais c'est le premier charme de la série.
Les scénarios se tiennent tous et évitent la facilité.
A ceux qui seront les voir, vous y trouver de nombreux clins d'oeil à d'autres séries illustres.
Vivement le tome 13 qui ne va pas tarder.
Je recommande.
Je relis cet album 25 ans après l’avoir découvert, et je passe ma note de 3/5 à 4/5.
Il agissait pour moi d’une première rencontre avec le dessin de Rosinski (avant Le Grand Pouvoir du Chninkel ou même Thorgal), et j’avais beaucoup aimé… j’adore toujours autant aujourd’hui, les planches ont de la gueule et sont très lisibles, et les couleurs sépia retranscrivent parfaitement l’ambiance poussiéreuse du grand ouest américain.
Le scenario de Van Hamme est certes classique, et ressort tous les poncifs du genre… mais je l’ai trouvé prenant, ingénieusement construit, et la pirouette finale m’a beaucoup plu.
Un one-shot classique mais diablement efficace !
Un album qui contient plusieurs histoires de Batman scénarisés par Paul Dini dont la saga du Coeur de Silence qui donne le titre à cet album. J'aime bien Paul Dini depuis la série animée Batman des années 90 et j'ai retrouvé dans ces récits de Batman ce que j'aime chez lui.
Une spécialité de la série des années 90 est qu'elle remettait au gout du jour des méchants un peu oublié comme Mister Freezer et Dini le fait encore ici avec Silence. C'était un méchant apparu dans ''Batman - Silence'' et il ne m'avait pas du tout impressionné. Paul Dini approfondit le personnage et son passé et le rends délicieusement haïssable. Le scénario est captivant même s'il y a des éléments de déjà vu (le grand méchant qui fait tout pour détruire la vie du héros) et il y a vraiment tout ce que j'aime de l'univers de Batman. Batman lui-même n'est pas un connard insensible comme dans trop de comics modernes.
En tout cas, c'est vraiment le genre d'album que je recommanderais à quelqu'un qui aime bien les comics de super-héros divertissement.
Fables est une série que j’ai adorée du début à la fin. L’univers est incroyablement riche et donne vraiment l’impression d’exister au-delà des personnages principaux. Le concept de reprendre les figures des contes et légendes pour les intégrer dans un monde moderne est exploité de manière intelligente et souvent surprenante.
Ce que j’ai particulièrement aimé, c’est à quel point le monde paraît complet et vivant. Chaque personnage, chaque royaume et chaque intrigue donnent la sensation de faire partie d’un univers immense avec sa propre histoire et ses propres règles. Plus la série avance, plus on découvre de nouvelles facettes de cet univers, et ça rend la lecture très addictive.
Par contre, avec l’édition intégrale, j’ai dû m’y reprendre en deux fois pour tout lire. C’est extrêmement dense, et avaler toute la série d’un seul coup peut devenir un peu lourd. Mais malgré ça, je trouvais toujours une raison d’y revenir, justement parce que l’univers et les personnages donnent envie de continuer à explorer ce monde.
Pour moi, c’est clairement l’un des meilleurs comics de fantasy moderne, autant pour son ambiance que pour la manière dont il réinvente les contes classiques sans jamais tomber dans la parodie facile.
Première page : Jeanne d'Arc se fait brouter par un mouton. On va vivre un grand moment.
Je sais que les puristes préfèrent Gillon en NB mais de mon côté je privilégie son oeuvre en couleurs. J'ai donc lu uniquement le tome 1 et non l'intégrale.
J'ai trouvé justement que la colorisation était sublime, avec un travail à l'aquarelle remarquable.
Je tiens à préciser que la colorimétrie des scans présentés dans la galerie est peu fidèle et ne rend pas justice au dessin original.
Quelques planches sont moins élaborées que d'autres. J'en ignore la raison mais ce n'est pas choquant.
Le récit reprend la version classique de l'histoire de Jeanne d'Arc, celle que l'on a déjà vu dans d'autres œuvres, je pense au film Jeanne la Pucelle de Pialat.
Gillon y ajoute des touches d'érotisme qui s'intègrent bien.
Dans les autres qualités à citer, je dirai une recherche historique indéniable et une écriture de haute volée :
"L'aube incertaine esquisse les contours des contrevents quand Jehanne se dresse dans le froissement des draps éparpillés".
C'est beau !
Un grand cru de Gillon.
Je pense que j'ai tous les albums de David Snug ou quasi, et l'ouvrage ici présent est le seul de toute ma collection toutes bds confondues qui m'ait été dédicacé par l'auteur. Cela fait-il de moi un fan ? Je n'en sais rien, mais le fait est que j'aime toutes les bédés, comme dirait l'autre, de l'auteur. Et celle-ci ne fait pas exception à la règle. C'est même un bon cru.
Déjà, stylistiquement parlant côté dessin, c'est l'album le plus abouti de l'auteur. J'aime beaucoup ce style, qui n'est pas si naïf et "moche" que ce que David Snug veut en dire. Il suffit de regarder un peu ce qui se fait autour, notamment sur internet, pour se rendre compte qu'il s'en sort très bien. Le trait est d'ailleurs bien plus net que lors de ses premiers albums, et ca donne un rendu hyper propre. Son personnage principal a une bonne petite bouille et un air sympathique, il est mine de rien assez expressif. Et j'avoue que je trouve toujours assez drôle les têtes des personnalités politiques qui sont calquées. Ça reste un dessin simple mais bien réalisé, avec peu ou pas de décors outre les fameux petits cacas signatures.
Côté scénario, l'auteur nous fait le compte rendu des manifs auxquelles il a participé a l'occasion des mobilisations contre les retraites et en profite pour livrer son regard sur les situations politiques, sociétales du moment. C'est très souvent drôle, inspiré et redoutablement bien vu. Qu'on ne s'y trompe pas, derrière le dessin simpliste et l'apparente légèreté du propos et des réflexions du héros, il y a une solide culture politique derrière, comme dans chaque bd de Snug. Ça rejoint un peu en cela Koko n'aime pas le capitalisme, une apparente simplicité et de l'humour parfois absurde derrière lesquels se cache un propos politique précis, documenté et construit.
C'est donc intelligent mais aussi très drôle. Les expressions du personnage sont assez rigolotes. Et plusieurs planches franchement drôles dans leur narration, leur parti pris, j'aime beaucoup celle de Marlène Schiappa dans Playboy, pour n'en citer qu'une.
Allez, même si ça fait un petit bout de temps que je l'ai lue, un petit coup de coeur pour l'ami Snug. C'est sans doute ma deuxième bédé préférée de l'auteur après Dépôt de bilan de compétences et je trouve que son travail mérite de la lumière. Après tout, peut être que je suis vraiment fan.
« Le Sursis » occupe une place particulière dans ma vie de BDphile : il s’agit de la première BD « adulte » que j’ai lue… c’était en 1999 lors de la parution du deuxième tome, et 2 ans avant la création de BDtheque… J’avais choisi ce diptyque grâce à son dessin, et 27 ans après, je réalise que j’avais eu la main heureuse !
L’histoire est rondement menée, il se passe tellement de choses dans ce petit village français sous l’occupation allemande : les petits drames de la vie, les amourettes, les débats politiques sur la terrasse du café, mais aussi la résistance qui s’organise, et la menace constante des Allemands et des collabos… tout ce cirque nous est conté par Julien, du haut de son grenier et lors de ses excursions nocturnes. J’ai pris beaucoup de plaisir à relire cette histoire champêtre, à suivre ce bal romantique entre nos deux protagonistes… surtout que le dessin de Gibrat est absolument magnifique… j’adore notamment ses personnages.
Un diptyque immanquable en ce qui me concerne.
Pour ceux qui possèdent déjà tout de Barks et de Rosa, cette édition est un peu redondante. Mais c'est toujours très agréable de relire Picsou (Scrooge McDuck) sous toutes les formes ! Pour les plus âgés, Romano Scarpa et quelques autres peuvent constituer une nouveauté. Les dessins sont très dynamiques et je pense qu'ils peuvent encore captiver de nouveaux lecteurs.
Gaston a raison, il existe depuis que je suis petit une énorme production brésilienne. Tout n'a pas la même qualité, mais j'aime beaucoup lire les canards avec cet accent et ces expressions si typiques !
Cet album est issu de la collection "Les Contes des Cœurs Perdus", sorte d'anthologie autour de petites histoires aux allures de contes, ou reigne une ambiance de réalisme magique et où l'on aborde avec positivité des sujets sentimentaux parfois assez forts mais néanmoins universels.
Ici, il est question de l'éponyme Mitsuko, ou plutôt du regard que les habitants du village où elle habite lui réserve depuis plusieurs années. Mitsuko ne parle pas beaucoup, fuit le regard et la compagnie des autres et, crime apparemment inqualifiable, fouille dans les poubelles du voisinage. Son comportement a tôt fait de l'isoler des autres et la pauvre Mitsuko, vivant seule avec son père loin des autres, se sent seule et peine à communiquer. Ce qui est malheureux quand la perte de sa mère lui pèse sur le cœur.
L'histoire est toute simple et son sujet de l'isolement et du jugement trop vite posé est joli, mais si l'album brille c'est avant tout pour son dessin magnifique, aux traits rond, épais et aux couleurs chaudes, mais aussi pour sa jolie allégorie du Kintsugi pour symboliser la situation de Mitsuko.
Comme toujours dans cette collection il est ici question d'aborder avec positivité et fantaisie des sujets qui pourraient peser sur le cœur de son lectorat, de tout âge par ailleurs, et c'est avec joie que je recommande celui-ci. Sans doute très simple mais pas moins joliment raconté et illustré.
(Note réelle 3,5)
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Civilisations - Crète
La femme conduit, l’homme la suit. - Ce tome contient une histoire complète et indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2024. Il a été réalisé par Simona Mogavino pour le scénario, Carlos Gómez pour les dessins, et les couleurs ont été réalisées par Lorenzo Pieri & Luca Saponti. Il comprend cent-dix-huit pages de bande dessinée. Il se termine par un dossier de huit pages, intitulé : Pour aller plus loin, rédigé par la scénariste, dans lequel elle aborde les fouilles réalisées dans le site archéologique Akrotiri enseveli sous les cendres d’une éruption volcanique sur l’île de Santorin, l’exploration de ce site et sa société matriarcale, la symbolique du serpent dans la société minoenne, les mythes et les personnages du récit pour Pasiphaé, Minos, Dédale, Ida, Akoto, Costa. À Saqqarah, en Égypte, dans la deuxième année de règne de Sobekhotep IV, vers 1630 avant JC, deux prêtres viennent d’achever un rituel astrologique. Celui qui a manipulé la pierre est exténué, comme si son tout son être s’était échappé de son enveloppe corporelle pour se disperser dans le cosmos. Il explique à l’autre que cette pierre possède sa propre vibration énergétique, très puissante, qui altère les flux de vitalités des organes du corps et les amplifie, c’est pour ça qu’ils vivent si longtemps. Demain, les énergies de leur corps et du cosmos retrouveront leur harmonie et leur équilibre. Il poursuit : ils doivent d’abord laver la pierre à l’eau courante pour lui retirer la négativité quelle a assimilée, après quoi ils l’exposeront à la lumière de la pleine Lune toute la nuit… Elle a besoin de se recharger. Plus haut, le scribe Ipou-Our note les divinations catastrophiques du grand prêtre. À quelque temps de là, un navire s’apprête à aborder dans le port de Théra, avec à son bord Barsalas et Deseux. L’arrivée du premier est vite remarquée par l’administrateur Nestor du palais de Knossos, et par un simple pêcheur nommé Costa. Ce dernier prend Barsalas pour l’accueillir, pour fêter son retour après tant d’années d’absence. Par maladresse, un homme en train de charger de lourdes jarres, fait tomber une amphore qui se brise à terre. Nestor s’emporte car le clan des potiers refuse d’en fabriquer davantage, d’ailleurs il doit en parler à Ida, et cette fois elle devra lui obéir. En entendant prononcer ce nom, Barsalas se renfrogne un peu. Son ami lui explique que maintenant c’est elle qui dirige le clan des potiers car sa mère est trop vieille et aveugle. Mais malgré sa cécité, elle voit encore la déesse et les informe des avertissements des dieux. Barsalas prend congé de son ami, car il veut montrer la ville à Deseux, son protégé. Chemin faisant, il reconnaît Aranare, un superbe athlète et le salue, l’autre lui expliquant qu’il est le nouveau maître du gymnase du clan des potiers. Un autre navire s’apprête à accoster avec à son bord une figure encapuchonnée, Xenocide, qui a lui aussi reconnu Barsalas. Dans le grand atelier des potiers, Ida explique à sa fille Marita que les clients veulent des motifs traditionnels, et qu’elle ne veut pas peindre des taureaux. Le lecteur ressent rapidement qu’il s’agit d’un ouvrage dense nécessitant du temps de cerveau disponible, ou en tout cas un petit effort d’attention supplémentaire pour assimiler toutes les informations présentes dans chaque page. L’introduction se déroule en Égypte, sans rapport direct avec la suite. Le lecteur se rend compte en cours de route de l’identité réelle du personnage se faisant appeler Barsalas, et de son lien avec la mythologie. Les spécificités de la société minoenne apparaissent au fil des conversations et des situations, de manière organique, sans exposé structuré. La distribution comprend une quinzaine de personnages intervenant plus ou moins régulièrement, chacun avec leur rôle dans la société, et leurs objectifs propres. L’action se déroule sur deux sites différents, Santorin et la Crète. L’ouvrage regroupe deux actes, chacun aurait pu former un tome à lui tout seul. Le récit joue avec la mythologie, offrant une variation personnalisée, sans rappeler la version communément admise. Les dessins s’inscrivent dans un registre réaliste avec un niveau de détails très élevé, donnant parfois la sensation de photoréalisme, une démarche de reconstitution historique très impressionnante dans sa minutie, avec des cases demandant également de prendre le temps de les regarder, de les lire pour assimiler toutes les informations qu’elles contiennent. Cela peut demander un temps d’adaptation pour ajuster son mode de lecture, pour prendre consciemment le temps de s’attacher aux détails d’une coiffure pour distinguer différents personnages féminins, par exemple. Dans le dossier de fin, la scénariste explique que : Son récit a pris forme grâce aux fouilles commencées en 1967 par Spyrídion Marinátos et ensuite poursuivies par Chrístos Doúmas, à Aktrotiri, de cet établissement de l’âge de Bronze enseveli sous les cendres d’une éruption volcanique entre le XVIIe et le XVIe siècle avant JC. Elle continue en indiquant que : son travail dans le domaine de la restauration picturale l’a guidée dans une exploration approfondie des peintures murales d’Akrotiri. Elle y a découvert les échos d’un culte peut-être matriarcal, témoins d’un profond respect pour le divin féminin qui battait au cœur de leur société. En lisant cette déclaration, le lecteur comprend que le récit qu’il a lu comprend des éléments factuels de nature historique, racontés sur la base de l’interprétation orientée de l’autrice, entre faits avérés et spéculations, et même parti pris. Il comprend également au fur et à mesure que la narration prend en compte le système de croyances de la société de l’époque, la mythologie dont est familier pour partie le lecteur, sans pour autant faire intervenir les dieux de manière physique. Le lecteur familier du mythe du Minotaure et de Thésée comprend le principe de reconstitution orientée, en voyant la réinterprétation qui en est faite, que ce soit sur la nature même du Minotaure, ou sur l’identité de celui qui le tue, ou encore sur le comportement et le rôle d’Ariane. Le lecteur est impressionné dès la première page par la minutie descriptive de la narration visuelle. À l’opposé de visuels génériques et insipides prêts à l‘emploi, l’artiste a à cœur de montrer chaque chose dans le détail. Dans cette première planche, il en va ainsi de la pince utilisée pour saisir la pierre, de la table chargée de signes et de symboles et des hiéroglyphes sur le mur. Deux pages plus loin le lecteur découvre le navire arrivant à Santorin, à nouveau dans le détail de ses cordages et de sa voile, puis une vue du ciel de l’île, les amphores et les jarres sur le quai, ainsi que les pierres du pavage, les ballots et multiples cordages, etc. Tout du long il prend le temps de regarder aussi bien un ustensile ou un accessoire, que l’aménagement urbain ou les paysages naturels. En fonction de sa sensibilité, il s’attache plutôt aux belles bouclettes de la chevelure d’Aranare, aux bijoux d’Ida, aux yeux laiteux de sa mère Madi, à la tunique à la coupe particulière de Deseux, aux motifs décoratifs sur le mur d’une taverne, au masque ouvragé de Pasiphaé, à la parure de perles de Minos, aux multiples cadavres de poissons sur la plage (sinistre présage), aux oiseaux dans le ciel, au maquillage saisissant d’Ariane, à l’arme utilisée pour estropier Barsalas, à l’épée de Thésée, aux cornes du masque de taureau de Minos, etc. Ou alors il se montre plus sensible aux prises de vue et à la manière dont elles mettent en valeur les lieux : la géographie de l’île de Santorin, les rues du port, l’atelier de poterie, une taverne, des navires à rames approchant du port, la magnifique cour intérieure du temple égyptien en forme de pentagone, la pente herbue ou pait un troupeau de chèvres, la grotte où Barsalas est torturé, les jardins du palais, et bien sûr le labyrinthe. Le lecteur se laisse embarquer dans l’intrigue, entre le retour du mystérieux Barsalas, les manigances de Minos, la gouvernance de Pasiphaé, les éléments mythologiques. Il se retrouve sous le charme de l’évocation du fonctionnement d’un matriarcat. Il relève les éléments féministes qui apparaissent, libre d’y adhérer ou non, et même incité à prendre du recul sur leur viabilité, sur leur fragilité, ou leur capacité à résister à la pression d’un patriarcat menaçant. Il reconnaît les noms mythologiques les plus connus comme Thésée, Minos, Dédale, ou encore Ariane. Il s’interroge peut-être sur Pasiphaé, ou Potnia Theron. Il décèle comment les autrices réécrivent le mythe du labyrinthe pour qu’il se trouve en phase avec la possibilité d’un matriarcat. Il y reconnait une façon d’aborder des histoires connues, en prenant le point de vue d’un personnage secondaire, ou de l’antagoniste, ou en renversant sa perspective en l’écrivant par les yeux d’une femme. Il voit comment la scénariste agence les éléments du récit, ceux historiques, ceux mythologiques et ceux qu’elle a apportés pour évoquer le basculement d’une société matriarcale vers le patriarcat, ce qui correspond bien à l’ambition d’évoquer une civilisation. Il se remémore également la courte phrase en sous-titre de la quatrième de couverture : Quand l’astrologie fait trembler l’histoire. De fait, cette composante est présente dans la scène introductive, et dans les précitions de la prophétesse Madi, tout en entraînant des répercussions très modérées. Une bande dessinée qui sort de l’ordinaire par ses ambitions. La narration visuelle s’inscrit dans les reconstitutions historiques les plus minutieuses, ayant à cœur d’immerger concrètement le lecteur dans cette civilisation, à la fois à Santorin, à la fois en Crète, que ce soit l’urbanisme, l’architecture, les scènes de la vie quotidienne, les tenues vestimentaires, les ustensiles et outils, un travail remarquable de finesse. Le récit se développe selon plusieurs axes : une intrigue s’attachant au sort de la reine Pasiphaé et de l’enfant Akoto, un regard sur une civilisation matriarcale, une réinterprétation d’un mythe grec classique, celui du Minotaure en donnant le rôle principal aux femmes. Après la lecture du dossier final, la compréhension du récit et de son ampleur se trouvera améliorée par une un feuilletage complémentaire. Impressionnant.
Une Aventure de Jacques Gipar
Le coups de coeur de ces dernières années (comme la plupart des titres des Editions Calandre). Préférez "Le trésor de Noirmoutier" qui est le meilleur à mon sens de la série pour le moment. Certains grogneront sur le dessin jugé parfois trop rapide et imprécis mais c'est le premier charme de la série. Les scénarios se tiennent tous et évitent la facilité. A ceux qui seront les voir, vous y trouver de nombreux clins d'oeil à d'autres séries illustres. Vivement le tome 13 qui ne va pas tarder. Je recommande.
Western
Je relis cet album 25 ans après l’avoir découvert, et je passe ma note de 3/5 à 4/5. Il agissait pour moi d’une première rencontre avec le dessin de Rosinski (avant Le Grand Pouvoir du Chninkel ou même Thorgal), et j’avais beaucoup aimé… j’adore toujours autant aujourd’hui, les planches ont de la gueule et sont très lisibles, et les couleurs sépia retranscrivent parfaitement l’ambiance poussiéreuse du grand ouest américain. Le scenario de Van Hamme est certes classique, et ressort tous les poncifs du genre… mais je l’ai trouvé prenant, ingénieusement construit, et la pirouette finale m’a beaucoup plu. Un one-shot classique mais diablement efficace !
Batman - Le Coeur de silence
Un album qui contient plusieurs histoires de Batman scénarisés par Paul Dini dont la saga du Coeur de Silence qui donne le titre à cet album. J'aime bien Paul Dini depuis la série animée Batman des années 90 et j'ai retrouvé dans ces récits de Batman ce que j'aime chez lui. Une spécialité de la série des années 90 est qu'elle remettait au gout du jour des méchants un peu oublié comme Mister Freezer et Dini le fait encore ici avec Silence. C'était un méchant apparu dans ''Batman - Silence'' et il ne m'avait pas du tout impressionné. Paul Dini approfondit le personnage et son passé et le rends délicieusement haïssable. Le scénario est captivant même s'il y a des éléments de déjà vu (le grand méchant qui fait tout pour détruire la vie du héros) et il y a vraiment tout ce que j'aime de l'univers de Batman. Batman lui-même n'est pas un connard insensible comme dans trop de comics modernes. En tout cas, c'est vraiment le genre d'album que je recommanderais à quelqu'un qui aime bien les comics de super-héros divertissement.
Fables
Fables est une série que j’ai adorée du début à la fin. L’univers est incroyablement riche et donne vraiment l’impression d’exister au-delà des personnages principaux. Le concept de reprendre les figures des contes et légendes pour les intégrer dans un monde moderne est exploité de manière intelligente et souvent surprenante. Ce que j’ai particulièrement aimé, c’est à quel point le monde paraît complet et vivant. Chaque personnage, chaque royaume et chaque intrigue donnent la sensation de faire partie d’un univers immense avec sa propre histoire et ses propres règles. Plus la série avance, plus on découvre de nouvelles facettes de cet univers, et ça rend la lecture très addictive. Par contre, avec l’édition intégrale, j’ai dû m’y reprendre en deux fois pour tout lire. C’est extrêmement dense, et avaler toute la série d’un seul coup peut devenir un peu lourd. Mais malgré ça, je trouvais toujours une raison d’y revenir, justement parce que l’univers et les personnages donnent envie de continuer à explorer ce monde. Pour moi, c’est clairement l’un des meilleurs comics de fantasy moderne, autant pour son ambiance que pour la manière dont il réinvente les contes classiques sans jamais tomber dans la parodie facile.
Jehanne la Pucelle
Première page : Jeanne d'Arc se fait brouter par un mouton. On va vivre un grand moment. Je sais que les puristes préfèrent Gillon en NB mais de mon côté je privilégie son oeuvre en couleurs. J'ai donc lu uniquement le tome 1 et non l'intégrale. J'ai trouvé justement que la colorisation était sublime, avec un travail à l'aquarelle remarquable. Je tiens à préciser que la colorimétrie des scans présentés dans la galerie est peu fidèle et ne rend pas justice au dessin original. Quelques planches sont moins élaborées que d'autres. J'en ignore la raison mais ce n'est pas choquant. Le récit reprend la version classique de l'histoire de Jeanne d'Arc, celle que l'on a déjà vu dans d'autres œuvres, je pense au film Jeanne la Pucelle de Pialat. Gillon y ajoute des touches d'érotisme qui s'intègrent bien. Dans les autres qualités à citer, je dirai une recherche historique indéniable et une écriture de haute volée : "L'aube incertaine esquisse les contours des contrevents quand Jehanne se dresse dans le froissement des draps éparpillés". C'est beau ! Un grand cru de Gillon.
En marche ou grève
Je pense que j'ai tous les albums de David Snug ou quasi, et l'ouvrage ici présent est le seul de toute ma collection toutes bds confondues qui m'ait été dédicacé par l'auteur. Cela fait-il de moi un fan ? Je n'en sais rien, mais le fait est que j'aime toutes les bédés, comme dirait l'autre, de l'auteur. Et celle-ci ne fait pas exception à la règle. C'est même un bon cru. Déjà, stylistiquement parlant côté dessin, c'est l'album le plus abouti de l'auteur. J'aime beaucoup ce style, qui n'est pas si naïf et "moche" que ce que David Snug veut en dire. Il suffit de regarder un peu ce qui se fait autour, notamment sur internet, pour se rendre compte qu'il s'en sort très bien. Le trait est d'ailleurs bien plus net que lors de ses premiers albums, et ca donne un rendu hyper propre. Son personnage principal a une bonne petite bouille et un air sympathique, il est mine de rien assez expressif. Et j'avoue que je trouve toujours assez drôle les têtes des personnalités politiques qui sont calquées. Ça reste un dessin simple mais bien réalisé, avec peu ou pas de décors outre les fameux petits cacas signatures. Côté scénario, l'auteur nous fait le compte rendu des manifs auxquelles il a participé a l'occasion des mobilisations contre les retraites et en profite pour livrer son regard sur les situations politiques, sociétales du moment. C'est très souvent drôle, inspiré et redoutablement bien vu. Qu'on ne s'y trompe pas, derrière le dessin simpliste et l'apparente légèreté du propos et des réflexions du héros, il y a une solide culture politique derrière, comme dans chaque bd de Snug. Ça rejoint un peu en cela Koko n'aime pas le capitalisme, une apparente simplicité et de l'humour parfois absurde derrière lesquels se cache un propos politique précis, documenté et construit. C'est donc intelligent mais aussi très drôle. Les expressions du personnage sont assez rigolotes. Et plusieurs planches franchement drôles dans leur narration, leur parti pris, j'aime beaucoup celle de Marlène Schiappa dans Playboy, pour n'en citer qu'une. Allez, même si ça fait un petit bout de temps que je l'ai lue, un petit coup de coeur pour l'ami Snug. C'est sans doute ma deuxième bédé préférée de l'auteur après Dépôt de bilan de compétences et je trouve que son travail mérite de la lumière. Après tout, peut être que je suis vraiment fan.
Le Sursis
« Le Sursis » occupe une place particulière dans ma vie de BDphile : il s’agit de la première BD « adulte » que j’ai lue… c’était en 1999 lors de la parution du deuxième tome, et 2 ans avant la création de BDtheque… J’avais choisi ce diptyque grâce à son dessin, et 27 ans après, je réalise que j’avais eu la main heureuse ! L’histoire est rondement menée, il se passe tellement de choses dans ce petit village français sous l’occupation allemande : les petits drames de la vie, les amourettes, les débats politiques sur la terrasse du café, mais aussi la résistance qui s’organise, et la menace constante des Allemands et des collabos… tout ce cirque nous est conté par Julien, du haut de son grenier et lors de ses excursions nocturnes. J’ai pris beaucoup de plaisir à relire cette histoire champêtre, à suivre ce bal romantique entre nos deux protagonistes… surtout que le dessin de Gibrat est absolument magnifique… j’adore notamment ses personnages. Un diptyque immanquable en ce qui me concerne.
Balthazar Picsou - L'Encyclopédie
Pour ceux qui possèdent déjà tout de Barks et de Rosa, cette édition est un peu redondante. Mais c'est toujours très agréable de relire Picsou (Scrooge McDuck) sous toutes les formes ! Pour les plus âgés, Romano Scarpa et quelques autres peuvent constituer une nouveauté. Les dessins sont très dynamiques et je pense qu'ils peuvent encore captiver de nouveaux lecteurs. Gaston a raison, il existe depuis que je suis petit une énorme production brésilienne. Tout n'a pas la même qualité, mais j'aime beaucoup lire les canards avec cet accent et ces expressions si typiques !
Mitsuko
Cet album est issu de la collection "Les Contes des Cœurs Perdus", sorte d'anthologie autour de petites histoires aux allures de contes, ou reigne une ambiance de réalisme magique et où l'on aborde avec positivité des sujets sentimentaux parfois assez forts mais néanmoins universels. Ici, il est question de l'éponyme Mitsuko, ou plutôt du regard que les habitants du village où elle habite lui réserve depuis plusieurs années. Mitsuko ne parle pas beaucoup, fuit le regard et la compagnie des autres et, crime apparemment inqualifiable, fouille dans les poubelles du voisinage. Son comportement a tôt fait de l'isoler des autres et la pauvre Mitsuko, vivant seule avec son père loin des autres, se sent seule et peine à communiquer. Ce qui est malheureux quand la perte de sa mère lui pèse sur le cœur. L'histoire est toute simple et son sujet de l'isolement et du jugement trop vite posé est joli, mais si l'album brille c'est avant tout pour son dessin magnifique, aux traits rond, épais et aux couleurs chaudes, mais aussi pour sa jolie allégorie du Kintsugi pour symboliser la situation de Mitsuko. Comme toujours dans cette collection il est ici question d'aborder avec positivité et fantaisie des sujets qui pourraient peser sur le cœur de son lectorat, de tout âge par ailleurs, et c'est avec joie que je recommande celui-ci. Sans doute très simple mais pas moins joliment raconté et illustré. (Note réelle 3,5)