Les derniers avis (30 avis)

Par Lodi
Note: 4/5
Couverture de la série L'Arbre-coeur
L'Arbre-coeur

Je rejoins largement Solo : Comès est à son meilleur dans les Ardennes, le personnage principal ressemble à un personnage dans Corto Maltesse. Volontairement ou non ? Allez savoir…. On peut parler de folie de la guerre ou individuelle tant qu'on veut, mais il y a un désir de liberté des personnages. Par ses amis imaginaires, l'héroïne si l'on peut dire se libère de sa solitude et des conventions sociales. Par le jeu de guerre, les hommes avec qui elle se confronte se libèrent de leur violence. Et c'est très bien comme ça : il faut se purger de sa violence sans nuire à personne, l'art est censé le faire, mais un jeu comme une fausse guerre et des personnages imaginaires y parviennent aussi. Après, il faut savoir se donner des limites…. Un des hommes essaie vaguement d'expliquer qu'on ne peut en vouloir à l'héroïne qui ne fait pas exprès d'être folle, mais de même qu'elle n'a pas voulu tenir compte du fait qu'il est bon qu'ils se purgent de leur violence sans nuire, ils ne veulent pas l'excuser au motif de ses troubles. L'auteur traite de la question de la folie, de la guerre, de la purgation et de l'incommunicabilité et de la nature, il éclaire plus certains aspects que d'autres… Les explications ne sont pas forcément de trop, et pour ce qu'elles disent, et pour apaiser à la fin, et pour… Qui sait ? Pour qu'on dise qu'il explique trop quand tant de choses comme la nature, l'incommunicabilité et la purgation restent dans l'ombre ! Le lecteur a l'esprit apaisé ou impatienté de croire tout comprendre. Mais un jour, il pourra reprendre l'œuvre et lui trouver de nouvelles résonnances, au lieu de paraître plus petite et fanée, ce sera tout le contraire !

07/06/2026 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série Love Bullet
Love Bullet

Ce manga commence bien avec un premier tome introductif bien excitant. Il y a tout d'abord le dessin qui est vraiment dynamique et très beau à regarder. C'est le style de dessin que j'aime lire dans un manga. Pour ce qui est du scénario, l'autrice reprends le thème des cupidons de manière originale. Notre héroïne est morte de manière tragique est devenue un cupidon. À travers ces yeux de recrue, on découvre le métier de cupidon et l'autrice n'a pas peur de partir dans un gros délire parce que ses cupidons n'utilisent pas du tout l'arc pour toucher le cœur des gens ! L'humour fonctionne bien et il y a un bon équilibre entre les moments rigolos et le coté tragique du premier arc narratif. En effet, l'héroïne va retrouver quelqu'un de son passé lors de sa première mission et on traite du drame avec pudeur et intelligence. Les différents cupidons sont attachants. J'espère que la suite va être aussi bonne.

07/06/2026 (modifier)
Par PatrikGC
Note: 4/5
Couverture de la série Boulard
Boulard

Ce dérivé des Profs ne démérite pas, d'autant qu'on retrouve ci et là les protagonistes de la série mère. Comme bcp de recueils de gags, il faut lire quelques pages, sinon c'est l'overdose, ça peut vite lasser. Rien de méchant, rien de subversif, une BD très honnêtement dessinée par Mauricet puis Stédo, qui ne sont pas des débutants et qui savent manier le crayon. Bref, c'est plus que largement correct graphiquement. Pour les scénarios, parfois, il y a des redites, c'est un peu normal. Certains albums sont très thématiques, comme celui des vacances. Mais globalement, ça tient bien la route, on va dire que c'est au dessus du panier. Chose amusante, la petite amie de Boulard n'est pas la même dans les 2 séries, mais ce n'est pas très gênant. Je trouve le graphisme du petit frère un peu loupé : il fait nettement trop âgé dans les 1er albums. Emporté par mon élan, j'attribue 4 étoiles à ce genre de BD souvent injustement décriée, dont le but est de divertir.

07/06/2026 (modifier)
Par Michefra
Note: 4/5
Couverture de la série Je ne veux pas travailler
Je ne veux pas travailler

Attiré par son titre provocateur, j'ai apprécié me plonger dans Je ne veux pas travailler de Nele Jongeling. Depuis qu'elle a terminé ses études, Edith est en recherche d'emploi depuis 1 an. Elle décide de participer à un show TV intitulé « Job de Rêve », mettant en concurrence cinq candidats dans des épreuves censées évaluer leur motivation, apprendre à augmenter sa productivité ou bien développer ses capacités de communication. A la clef : une offre d'emploi correspondant au job de ses rêves. Oui mais il y a un problème, Edith n'a aucune idée de son job de rêve à elle. Si cette BD a aussi bien fonctionné sur moi c'est que je crois que je me retrouve dans le constat d'Edith (pas de spoil c'est au début) : « C'est que je veux bien travailler… mais dès que je vois une offre d'emploi … j'ai honte de le dire mais la semaine de 40 heures, le travail en équipe, les responsabilités, tout ça me dépasse complètement ». Je trouve que cette BD arrive à mettre en scène un problème actuel : L'accès à l'emploi devient de moins en moins garanti alors que travailler est indispensable pour exister socialement. Je suis toujours un peu gêné lorsqu'on me demande ce que je fais dans la vie, non pas que mon travail soit dévalorisant mais vraiment ça ne me représente pas. Pour en revenir à l'ouvrage, la BD est un beau pavé de 300 pages mais se lit assez rapidement (environ 1h30). Au-delà du propos, j'ai trouvé les personnages très attachants et bien écrits. La parodie des discours managériaux prônant le bien être des employés (uniquement pour maximiser leur rentabilité) m'a beaucoup fait sourire. La construction des planches est efficace (j'ai beaucoup aimé par exemple la multitude de petites cases sur une planche pour représenter le quotidien chargé d'une mère devant s'occuper de ses enfants et trouver un travail). Je dois tout de même mettre un bémol sur le dessin et les couleurs qui peuvent rebuter. Et vous, vous faites quoi dans la vie ?

07/06/2026 (modifier)
Par Talum
Note: 4/5
Couverture de la série B.O. comme un dieu
B.O. comme un dieu

C’est une œuvre originale réservée à un public adulte, portée par un scénario correct et surtout par une identité visuelle très marquante. Quelques mots d’abord sur le dessin. Il est immédiatement reconnaissable et vraiment singulier. Les couleurs pastel éclatantes, les associations audacieuses de teintes et d’aplats, ainsi que les contours minimalistes des personnages et des objets donnent à l’ensemble un aspect à la fois élégant, vivant et légèrement rétro. L’artiste accorde une attention particulière à la couleur et à la composition, et le résultat est particulièrement réussi. Certaines planches sont un véritable plaisir pour les yeux, et plusieurs cases pourraient facilement être exposées comme des affiches dans une galerie d’art contemporain. J’ai également apprécié la manière dont l’histoire est racontée. Le récit passe par les pensées de Bo, qui se remémore des événements auxquels il a lui-même participé. Le scénario n’est ni particulièrement complexe ni très profond, mais il reste agréable à suivre et suffisamment prenant pour marquer la mémoire. Au final, c’est une œuvre visuellement très originale destinée à un public adulte. Si elle ne brille pas forcément par ses idées, elle séduit par son style graphique atypique et son atmosphère. Après ma lecture, j’ai eu envie de feuilleter à nouveau l’album, simplement pour revoir ces couleurs, ces compositions et ces choix visuels. C’est clairement le dessin qui m’a le plus marqué dans cette œuvre.

06/06/2026 (modifier)
Couverture de la série Sibylline - Chroniques d'une escort girl
Sibylline - Chroniques d'une escort girl

Une lecture intéressante. Sixtine Dano (que je découvre avec cet album) parvient à traiter d’un sujet difficile avec une certaine pudeur, une retenue – même si, du coup, on pourrait reprocher à cette histoire de manquer de souffle. Le fait est que le ton presque dépassionné du récit ne nous place pas immédiatement, ou totalement, en situation d’empathie envers Raphaëlle (ou sa copine). Et pourtant, elles se retrouvent dans des situations difficiles. A l’inverse, l’auteure parvient bien – par-delà tel ou tel personnage – à nous rendre conscients de problèmes plus « généraux ». A savoir les problèmes économiques de certains étudiants – même si ici Raphaëlle n’est pas forcément représentative (ses parents sont là, et elle étudie et vit dans des conditions plus agréables que beaucoup d’étudiants fauchés). Mais surtout, au travers de son activité d’escort girl, Raphaëlle rencontre quelques hommes qui font prendre conscience de certaines violences – sociales, sexuelles – qui se combinent. Le discours froid de certains « clients » fait peur. Le dernier client en est presque caricatural, odieux, sûr de lui et de sa « générosité » (« L’argent sert de contrat à un échange égalitaire et équilibré », « combien un homme peut-il dépenser pour une femme-trophée ? », etc.). Plus que le personnage de Raphaëlle – qui nous sert presque d’envoyée spéciale, « d’infiltrée », c’est le sujet général qui captive. Même si la baisse de tension est brutale sur la fin, et qu’on quitte Raphaëlle et sa copine en ayant l’impression qu’on n’a pas tout appris sur elle. Elles n'illustrent pas non plus une vision très gaie, optimiste de l'amour... Note réelle 3,5/5.

06/06/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Hampton Roads
Hampton Roads

Le temps de la marine à voile et aux carènes de bois semble bien révolu ! - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre, constituant le septième de cette série sur les batailles navales. Son édition originale date de 2018. Il a été réalisé par Jean-Yves Delitte, peintre officiel de la Marine, membre titulaire de l’académie des Arts & Sciences de la Mer, pour le scénario et les dessins, par Douchka Delitte pour les couleurs. Il comprend quarante-six pages de bande dessinée. Il se termine par un dossier historique de huit pages, rédigé par le scénariste, agrémenté de documents visuels comprenant sept chapitres et un glossaire. Les différentes parties portent les titres suivants après une introduction sans titre sur le contexte des armes au moment où la guerre civile éclate en avril 1861 aux Amériques, entre États du Sud et du Nord : L’artillerie ou l’histoire d’une continuelle révolution, De la frégate au cuirassé, petit hier géant demain, Que cela est lent ! La roue à aubes ou l’hélice ?, CSS Virginia vs USS Monitor, Triste mot Fin !. Amérique du Nord, état de Virginie, le huit mars 1862, dans un fortin militaire, un jeune soldat de l’Union scrute l’horizon du port naturel d’Hampton Roads. Un autre soldat, plus expérimenté, lui enjoint de descendre du point haut sur lequel il se trouve, car il risque de se faire tirer dessus. Le premier obéit à contre-cœur car les Johnnys sont planqués de l’autre côté. Un autre soldat s’approche du vétéran pour savoir ce que voulait le jeunot. Constatant qu’il s’ennuie, l’autre comprend cette sensation : cela fait des mois qu’ils sont terrés ici, et que leurs belles frégates ont mouillé leurs ancres. Il ne pensait pas qu’un blocus ressemblait à cela. Il n’a pas encore vu un seul navire avec le Stars and Bars. L’ancien lui répond en lui demandant avec quoi les confédérés pourraient attaquer : avec leurs malheureux fluviaux armés de pierriers ? Pour lui, ce n’est pas demain qu’ils quitteront Norfolk. Faudrait être fou pour qu’ils oser attaquer les frégates de l’Union, rien qu’avec le Cumberland avec ses cinquante canons taillerait en pièces toute une armée. Pourtant, il se produit un mouvement sur l’eau du côté des confédérés. Le lieutenant appelle tous les servants à leurs pièces, les autres regardant par-dessus la barricade : un drôle de navire approche, avec une ligne de flottaison très basse et le drapeau Stars and Bars. Trois mois plus tôt à Hampton Roads, les confédérés s’impatientent dans leur camp fortifié, le sergent ne comprenant pas pourquoi ils ne leur envoient pas quelques obus. Un soldat lui fait observer que les macaques, comme dit son interlocuteur, font le blocus des ports confédérés, pas vraiment une déculottée. Puis il ajoute que tout cela sera bientôt fini car il se prépare un truc à Norfolk. Le lieutenant Taylor Wood vient à passer à cheval par-là, et il leur indique qu’il cherche à rejoindre l’arsenal de Norfolk. Le sergent lui explique qu’il est sur le mauvais chemin, Norfolk c’est derrière lui. Il lui faut retourner sur ses pas et au premier croisement prendre à l’ouest. Au même instant, plus au nord à New York, sur les rivages de East River à hauteur de Greenpoint, là où les constructeurs navals rivalisent d’ingéniosité loin des tumultes de la guerre… Le lecteur a pu venir à cet album parce qu’il connaît déjà la bataille et qu’il se demande comment elle va être racontée, ou parce qu’il lui tarde de se retrouver au cœur d’une nouvelle bataille navale dans cette série qu’il apprécie, ou encore la forme bizarre du navire en couverture, le CSS (Confederate States Ship), a éveillé sa curiosité. Comme dans les autres tomes, il prend graduellement conscience des enjeux réels du récit. À l’évidence dans l’histoire de la marine de guerre, cette bataille navale présente la première utilisation d’un navire cuirassé dans un affrontement militaire. Le contexte est rapidement établi : la guerre de Sécession, c’est-à-dire une guerre civile survenue entre 1861 et 1865 aux États-Unis. L’un des personnages mentionne le nom de Jefferson Davies (1808-1889), président des États-Unis confédérés de 1861 à 1865. Si le récit s’attache à quelques personnages jusqu’au conflit lui-même, le dossier évoque d’autres personnages historiques ayant eu une importance majeure dans l’évolution des navires de guerre : Henri-Joseph Paixans (1783-1854) inventeur du concept du canon-obusier, John Adolphus Bernard Dahlgren (1809-1870) pour le canon à chargement par la bouche en fonte, Thomas Jackson Rodman (1815-1871) pour le canon mixte boulet et obus, William George Armstrong (1810-1900) pour le canon rayé à chargement par la culasse, Martin von Wahrendorff (1789-1861) inventeur du mécanisme de chargement par la culasse des canons, Robert Parker Parrott (1804-1877) pour la mise au point d’un canon à âme rayée, Jacques-Noël Sané (1740-1831) ingénieur constructeur naval français, l’un des plus brillants de l’âge de la voile, surnommé aussi le Vauban de la marine. Ce qui donne une vision éclairante des enjeux techniques. Au premier degré, l’auteur évoque les dernières phases de préparation du CSS Virginia, et en parallèle évoque la réaction côté Union. Comme à son habitude, l’auteur prend soin de promener le lecteur dans des lieux variés, insufflant ainsi du rythme à son récit et de la diversité de manière organique. Ainsi le lecteur se retrouve les pieds dans la boue à côté d’un canon sur un platelage en bois dans le fortin, puis dans un fortin du camp opposé à partager sa gamelle avec les soldats en buvant dans des tasses métalliques, dans les chantiers navals à Greenpoint (New York), puis ceux de Norfolk avec les rues en terre. Enfin devant le CSS Virginia en train d’être carapaçonné pour devenir un cuirassé dans une splendide illustration en double page (seize et dix-sept). Il se retrouve à suivre le lieutenant Taylor Wood sur sa monture dans des routes enneigées. Il peine avec les soldats à marcher dans la neige sous le vent pour regagner Norfolk à pied. Enfin le temps est venu de la première sortie du CSS Virginia qui fait feu sur un navire de l’Union, alors que les boulets pleuvent littéralement autour de lui, certains atteignant leur cible. Il passe la nuit dans un fortin avec les militaires en train de supputer quelles actions seront les plus probables le lendemain. La bataille opposant le CSS Virginia et le USS Monitor : en trois pages dont un dessin en double page, l’affrontement a eu lieu, bref, brutal et définitif. Le lecteur sent bien que ces pages se lisent toutes seules, chaque situation participant autant de l’évidence de que la plausibilité. En fonction de son horizon d’attente, il peut être plus ou moins contenté par les choix narratifs de l’auteur. Finalement la bataille navale s’avère très courte, ce qui correspond en fait à la réalité de son déroulement : deux sorties du premier cuirassé, chacune de quelques heures. Il peut trouver que consacrer la planche vingt-cinq au passage des saisons dans un plan fixe constitué de quatre cases de la largeur de la page aurait pu être employé à étoffer la narration par exemple quant aux circonstances historiques. D’un autre côté, il peut également l’interpréter comme une mise en scène du déroulement temporel menant à cette bataille : des jours, des semaines qui se passe sans que les soldats de l’Union ou confédérés ne perçoivent quelque information que ce soit concernant l’apparition à venir d’une nouvelle classe de navires. Comme à son habitude, l’auteur laisse de côté la gent féminine qui n’a pas le droit de cité dans son tome, et il met en scène des hommes burinés, blanchis sous le harnais pour certains. La direction d’acteurs fait ressortir des êtres humains sur la réserve propre à la vie en société, et à la relation subalterne découlant des grades dans l’armée. Ce qui n’empêche pas que leur visage exprime régulièrement des états d’esprit apportant une couleur inattendue à leurs propos, à commencer par ce soldat de l’Union portant une forme condescendance amusée sur l’inexpérience d’un jeune militaire, dans la première planche. Ou le même en page quarante-six arborant un air vraiment surpris (malgré son expérience) par les échanges de boulets de canon entre les deux cuirassés. Comme d’habitude chez cet auteur, le récit met en lumière à quel point la vie de chaque soldat est tributaire de décisions prises par des personnes maniant le pouvoir très loin des champs de bataille, méconnaissant complètement les conditions de vie des militaires en opération. Par exemple un soldat s’adresse un lieutenant pour donner son avis : Ce serait bien la première fois que ces abrutis de l’état-major auraient un plan, ils sont juste bons à les faire monter à l’assaut au premier coup de feu ! Un autre fait remarquer que : Le pire c’est cette guerre, car hier leurs grands-pères se sont battus pour leur offrir la liberté. Aujourd’hui, leurs descendances s’entretuent pour des histoires d’esclavage ou on ne sait trop bien quoi ! Plus loin un photographe plantant son appareil pour essayer d’obtenir un cliché de la bataille qui va se dérouler dans la baie, constate avec un cynisme à toute épreuve que : Ce qui l’ennuie, c’est qu’il n’y a même pas de quoi faire une belle photo avec toute cette fumée ! Malgré tout, à l’issue de la bataille navale, les uns et les autres ont conscience qu’ils ont assisté à un moment déterminant dans l’histoire de la marine : Le temps de la marine à voile et aux carènes de bois semble bien révolu ! À nouveau, le lecteur régulier (sans forcément être systématique) de la série en perçoit sa dimension sous-jacente : pointer les moments clés de l’évolution des engagements navals, soit en les racontant directement, comme cette première apparition de cuirassés, soit en les évoquant, comme l’évolution des techniques des canons. Avec le recul, une bataille d’une ampleur très réduite, en réalité l’affrontement de deux navires à une reprise. En fait une bataille de référence dans l’histoire de ces engagements car il s’agit de la première apparition d’un navire cuirassé. L’artiste et le scénariste (oui, c’est la même personne) font preuve d’un art consommé de la narration que ce soit par le réalisme rêche des dessins et la qualité de la reconstitution historique, ou par l’habileté élégante avec laquelle les informations apparaissent à chaque page, dressant un portrait multi-facette de la situation. Du bel ouvrage.

06/06/2026 (modifier)
Couverture de la série La Muette - Drancy, un camp aux portes de Paris
La Muette - Drancy, un camp aux portes de Paris

Un album agréable à lire – si tant est que l’on puisse parler de plaisir en lisant cette présentation d’un enfer haineux… Les auteurs se sont solidement documentés. Ça se voit tout au long de l’album, et se vérifie avec les sources données en fin d’album (et c’était confirmé par la préface d’Annette Wieviorka). « La Muette », c’est le nom de la cité de Drancy qui va servir, durant toute l’occupation, de « camp de transit », « stockant les Juifs raflés avant que ceux-ci ne remplissent les convois en direction des camps d’extermination en Pologne, une fois que la « Solution finale » a été précisée à Wannsee. Encore que l’expression camp de transit soit assez floue. Car La Muette est plus qu’un avant-goût de l’enfer, elle en est une partie. En effet, nombreux sont ceux qui succombent aux mauvais traitements, affamés, fous, humiliés en permanence. On voit bien la collaboration de la police et donc de Vichy (pour les grandes rafles, mais aussi pour la surveillance de ce camp). Je ne peux donc que me joindre aux auteurs, qui parlent d’ordures à propos de ceux qui tentent de réhabiliter Pétain et son œuvre, prétendant que celui-ci a « sauvé » les Juifs français. On voit aussi la radicalisation des Nazis (après Wannsee) et de Laval, lorsque les rafles – et les convois vers la mort – ne concerneront plus seulement les hommes, mais aussi les femmes et les enfants. La force de ce récit est de donner corps aux victimes. De donner à voir noms et visages, de « réhumaniser » ces personnes, qui ont été déshumanisées avant que d’être exterminées. Le dessin est fluide, et la bichromie bleue/gris convient bien à l’atmosphère grisâtre, terne et déprimante qui domine parmi ces êtres en sursis. Un album à lire, pour ne pas oublier ce à quoi mène l’essentialisation et le rejet de groupes stigmatisés. Ici les Juifs, mais aujourd’hui d’autres populations pourraient en être victimes.

05/06/2026 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Car l'enfer est ici (Le Pouvoir des innocents - cycle 2)
Car l'enfer est ici (Le Pouvoir des innocents - cycle 2)

Alors, comment est cette suite du Le Pouvoir des innocents de Brunschwig, éditée près de 20 après le premier tome du premier cycle, et dix ans après le dernier ? Eh bien c'est une suite qui fait bien toute les liaisons de l'histoire précédente, mais surtout relie les points quant au propos sur la politique des États-Unis des années 90. On a clairement une réflexion sur les démocrates et les républicains dans ces années-là, associé à une question sur le 11 septembre qui débarque. Les références sont souvent assez clair, comme le nouveau président qui est un Bush fils à peine caricaturé, fils à papa élu sur des votes douteux et porté par une aile droite qui tente de contrer des volontés démocrates de plus en plus clair dans un programme politique social. Tout les espoirs seront anéantis dans un bain de sang lors d'un 11 septembre qui marquera le retour d'une droite conservatrice et plus dure que jamais. Le débat est désormais clos, hélas ... La BD est donc une réflexion, dix ans après, sur l'Amérique des années 90 juste au passage à l'an 2000. On y voit pèle-mêle les aspirations d'une jeunesse des années 80, la mafia toujours aussi présente, les gens désabusés par des politiciens véreux dans lesquels plus personne ne croit ... C'est assez bien fait, on sent l'idée de retranscrire tout ça d'une façon compréhensible et surtout qui permette de faire ressentir l'impact sur le citoyen de la politique globale. Le hic, c'est que le scénario emprunte tellement de pistes qu'il n'arrive pas à réellement boucler ses arcs et que l'on sent qu'une partie reste en suspens pour la suite. Mac Arthur est peu présent alors qu'il aurait pu avoir un réel impact à la fin, Joshua devient une figure récupéré par une extrême-droite raciste mais sans que ce ne soit développé, bref on sent que Brunschwig sait qu'il fera des développements dans un troisième arc et ça se sent que tout n'est pas présenté pour être bouclé ici. Ce qui est dommage, car j'aurais aimé que le dernier tome ne soit pas uniquement (ou presque) le procès et qu'on voit comment tout ceci peut se boucler. Je dirais que la BD subit le poids de tout ce que les auteurs voulaient y mettre, sans avoir le temps de correctement traiter chaque aspect soulevé. La BD a donc des défauts, mais je reste sur une bonne note car elle a l'avantage de parler d'une manière originale de la politique, du pouvoir et des enjeu sociaux. De même, le rythme est impeccable et elle a le bon gout de proposer des personnages attachants mais pas sans défauts. En fait, je crois que la BD est pétrit de bonnes intentions dans la narration et dans le propos, ce qui rend la lecture plaisante et laisse un bon gout dans l'ensemble. Je me demande si la contrainte de cinq tomes pour copier la première série n'aurait pas dû sauter pour aller dans une série plus longue qui aurait alors pu prendre le temps de tout traiter. En l'état, c'est une bonne suite, peut-être pas au niveau de sa première série qui arrivait à conclure l'ensemble, mais ça ne dépareille pas. Lecture recommandée !

05/06/2026 (modifier)
Couverture de la série Ils brûlent
Ils brûlent

200 pages où il ne se passe pas forcément grand-chose en matière d’action, avec un dessin hésitant, pas exempt de défauts, avare de détails. Et pourtant. Pourtant, j’ai vraiment bien aimé ce premier album, qui me permet de découvrir le travail de cet auteur. Le dessin, malgré ces défauts – ou peut-être à cause de ces défauts, je ne sais pas, est agréable, très vif, un trait rageur, nerveux, dans un style moderne qui accompagne très bien le récit. L’histoire se déroule dans une sorte de moyen-âge indéfini, et nous suivons un groupe de personnages, Georg, un jeune homme, et deux sorcières – qui livrent peu à peu un passé de violences subies. Le tout dans une ambiance lourde, les sorcières sont pourchassées, des bûchers accueillent nos héros lors de la traversée du seul village rencontré. Car on est souvent en pleine nature, et ce sont les dialogues entre les trois personnages, au cours de leurs pérégrinations, qui sont le fil rouge de l’histoire. et El Hamouri parvient à faire ressentir au lecteur la douleur qui traverse les personnages – douleur physique autant que psychique et morale, le tout avec une économie de moyens (narratifs et graphiques). Un auteur et une série à suivre en tout cas. ************* J'ai eu un peu plus de mal avec ce deuxième tome, que j'ai trouvé un chouia moins "dense", j'ai davantage ressenti quelques longueurs. Toutes relatives bien sûr, car il ne s'agit pas d'une intrigue qui mise sur l'action. Ce bémol pointé, ça reste quand même une lecture globalement plaisante, un récit original, qui met à nu les personnages, qui met en avant la douleur - physique et psychologique - et qui joue énormément sur les silences. Une narration aérée donc, qui prend son temps (parfois trop comme je l'ai écrit), mais qui continue à développer un univers original. Original aussi bien sûr - et cet aspect seul peut rebuter nombre de lecteurs - du point de vue graphique. Un trait toujours aussi nerveux, rageur, "torturé", parfois minimaliste, parfois très chargé, avec une bichromie où la marron, la rouille dominent. On ne peut que saluer ce projet original d'El Hamouri, et les éditions 6 Pieds sous Terre, qui font des choix risqués à l'heure où les petites structures sont menacés. Une série sur laquelle les lecteurs curieux doivent jeter un oeil. J'ai hâte de voir le prochain tome conclusif de cette série qui sort des sentiers battus.

29/01/2024 (MAJ le 04/06/2026) (modifier)