Le bandit, la belle, le nain et la chèvre ! Voilà les quatre chapitres et les ingrédients de ce western léger qui emprunte clairement au Bon, la Brute et le Truand pour livrer un divertissement frais, aussi musclé que plein d'humour. Il s'agit d'une chasse au trésor réunissant une galerie de personnages truculents : un criminel à la gouaille facile mais qui n'aime pas les bêtes, une redoutable chasseuse de primes et son terrible chien, et enfin un petit magouilleur (au sens propre comme au figuré) et sa chèvre de compagnie, le tout sur fond de frontière mexicaine et de troupes de Benito Juarez.
C'est le genre de lecture très plaisante qui ravira aussi bien les amateurs de western que ceux de personnages hauts en couleur, dotés d'une vraie personnalité et dont les interactions donnent envie d'aller plus loin. La structure en quatre chapitres permet à la fois de développer une intrigue principale assez dense et de faire exister plusieurs sous-intrigues successives au fil du récit. Le dessin participe pleinement à ce ton léger, avec des accents parfois proches du cartoon qui rappellent qu'il s'agit avant tout d'un pur divertissement, tout en conservant un socle réaliste, notamment dans les décors. L'humour est omniprésent sans jamais écraser l'aventure, et l'on se laisse facilement embarquer par l'envie de savoir où tout cela mène et si le fameux trésor sera bien au rendez-vous.
La conclusion laisse en revanche une impression plus mitigée. Le dernier chapitre se montre à la fois un peu confus et plus invraisemblable que le reste de l'album. Les événements s'enchainent trop facilement, certains retournements paraissent téléphonés, et l'ensemble perd en crédibilité, ce qui affaiblit l'impact de la fin. Le duo de Japonais introduit à ce moment-là manque également de profondeur et peine à trouver sa place, ce qui n'aide pas à renforcer l'intérêt de ce segment final.
C'est d'autant plus dommage que les trois premiers chapitres fonctionnent très bien et que l'on s'attache réellement aux personnages. Le dernier acte donne le sentiment que ceux-ci s'effacent un peu au profit d'un twist final pas totalement convaincant, comme si leurs aspérités étaient lissées pour faire avancer une conclusion un peu bancale. On ne parle pas d'une fin ratée, mais d'une conclusion en deçà des promesses initiales, laissant une légère frustration au moment de refermer l'album.
Cela reste malgré tout une lecture très agréable, ponctuée de sourires et portée par une vraie envie de suivre l'intrigue et les interactions entre ces protagonistes attachants et amusants. Un western sympathique, souvent très réussi, et pas loin d'être franchement bien.
Note : 3,5/5
Sa Majesté des Mouches, ou comment une bande de gamins naufragés sur une île déserte finit par faire émerger le pire de la société humaine et de ses instincts les plus bas.
Malgré son nombre conséquent de pages, cette adaptation en BD se lit très bien, grâce à une mise en page aérée et un rythme maîtrisé, proche d'un récit d'aventure ponctué de quelques moments plus contemplatifs. Le dessin est efficace et expressif, soutenu par un travail de couleurs convaincant. Les enfants sont facilement identifiables et la mise en scène reste très lisible, ce qui permet de se laisser pleinement porter par l'histoire (en dehors du passage volontairement flou des hallucinations de Simon).
Ayant déjà lu et apprécié le roman, j'en connaissais le déroulé, même si certains détails m'étaient sortis de la tête. Cette relecture sous forme graphique m'a permis de mieux en saisir la finesse du propos et la construction progressive de son drame. Les personnages sont solidement campés, chacun trouvant sa place et sa fonction dans le récit. Bien qu'il s'agisse de l'adaptation d'un classique des années 1950, le propos demeure intemporel, et cette version se révèle fraiche, moderne et prenante, comme un excellent récit d'aventure.
Pour faire simple, il s'agit de l'adaptation pleinement réussie d'une œuvre à la fois intelligente et dure, qui mérite largement d'être lue.
Corrosif, drôle et tendre !
On va suivre la routine de la famille Hopkins : Mark, Claire et leurs deux enfants. Et le moins que l'on puisse dire c'est que l'on est très loin de la famille idyllique. Claire est dépressive, elle reste cloîtrer à la maison à vider des bouteilles de vin tout en étant odieuse avec son mari et ses enfants (sauf lorsqu'elle a besoin d'être ravitaillée en pinard ou clopes). Le climat familial est pesant. La famille est sur le bord de l'implosion.
Une narration construite sur une succession de strips, mais ceux-ci forment un tout, une histoire complète. Le ton employé peut être caustique, dur, tendre ou drôle, il fait toujours mouche.
Arrivé au tiers du bouquin j'ai eu un peur que ce soit long et répétitif. Et ben non, tout d'un coup, patatras, le récit bifurque sur d'autres rails, une voie parallèle (ce mot n'est pas choisi au hasard) qui prend une direction inattendue, mais qui curieusement amènera Claire et Mark à la même destination. Et c'est vraiment cela qui donne tout le piquant à cette histoire pas comme les autres. Tu seras un peu désarçonné au départ, mais tout va prendre sens au fil des pages.
Un comics qui brasse de nombreux thèmes et principalement les relations avec nos congénères sous la forme d'une chronique sociale, tant dans la sphère privée que dans celle du domaine professionnel. Et pour le coup Paul B. Rainey ne plante pas ses flèches à côté de ses cibles. L'actualité internationale n'est pas oubliée.
Un dessin qui ne m'attire pas au premier regard. Un trait simple qui croque avec justesse tout ce petit monde. Il va à l'essentiel tout en restant expressif et minutieux dans les détails lorsque cela est nécessaire.
Une mise en page classique avec de nombreuses vignettes par planche, mais la science des cadrages compense ce manque d'originalité.
J'ai aimé le choix du format à l'italienne.
Du bon boulot.
Un comics à découvrir, mais le mieux est d'en savoir le moins possible sur son contenu.
Un très bon 4 étoiles.
Un manga ambitieux et étonnant. Une lecture prenante.
Étonnant comme manga, en effet. Déjà avec ce très grand format inhabituel pour le genre, et un dessin au trait fin et pur qui, mis à part certains visages (surtout dans le second tome d’ailleurs), s’écarte du style manga main stream pour se rapprocher de styles plus occidentaux. Finalement, il n’y a que le sens de lecture qui le rattache clairement au manga.
Si je reste sur le dessin, il est vraiment très bon, très beau, avec de belles planches dans l’espace, des vaisseaux bien restitués. Même si les personnages sont classiques et finalement peu détaillés, et si les décors sont souvent escamotés au profit de fonds blancs. J’ai été moins convaincu par les quelques passages en couleurs (les couleurs elles-mêmes ne m’ayant pas plu). Le résultat reste quand même très agréable. Il m’a fait penser à « L’odyssée de l’espace – une histoire de la conquête spatiale » pour le rendu (et en partie la thématique).
Mais, plus qu’une histoire de la conquête spatiale, axée donc sur le passé, c’est une vision SF (mais bourrée de références scientifiques) de ce que pourrait être le futur spatial, avec une forte influence de « 2001 l’odyssée de l’espace », revendiquée dans le titre, nombre d’images, et la postface de l’auteur.
Avec quelques personnages comme fil rouge, nous suivons ainsi, sur plusieurs siècles, et dans l’espace quasi infini, l’humanité aux prises avec les limites de la connaissance.
De nombreuses citations, bibliques, scientifiques, rendent certains passages assez ardus, tandis que nombre d’autres passages sont quasi muets. Un peu inégal, mais globalement intéressant, voire captivant, le récit se laisse lire agréablement.
En effet, les avancées scientifiques, la « conquête/découverte » spatiale permettent aussi en creux, au gré de dialogues ou de péripéties divers, d’évoquer plusieurs sujets : exploitation de l’espace (et les inévitables rivalités pour les ressources), défis scientifiques, sacrifice humain nécessaire à l’avancée de la connaissance, défi lancé aux pensées religieuses (j’ai bien aimé le long chapitre dans le premier album autour de Lucifer et de la volonté du pape de contrôler les connaissances, avec un parallèle avec ce qui s’était passé autour de Galilée), etc.
Bon, cela dit, si j’ai beaucoup aimé le premier tome (4 étoiles), le suivant m’a moins accroché (3 étoiles). Le dessin d’abord, plus « manga » et moins détaillé. Le récit ensuite, moins intéressant globalement, même si certains passages sont plus réussis, et si c’est finalement plus rythmé, avec plus de conflits, de morts, d’inquiétudes.
Note réelle 3,5/5.
Cet album est une sorte de suite de Palaces, et il en possède les mêmes qualités. J’en suis donc sorti avec le même – bon – ressenti.
Nous suivons donc encore Hureau dans son périple au Cambodge, tenant une sorte de carnet de voyage, mêlant anecdotes sur la société cambodgienne, merveilles de la nature, rencontres diverses et variées. Et galères. Car Hureau s’est fait voler ses papiers (et son carnet de croquis !) et son retour en France va s’en trouver compliqué, avec des tracasseries administratives aggravées par un petit niveau de corruption…
La narration est fluide, agréable, le ton est enjoué et plein d’auto dérision. Et le dessin est encore très agréable.
Voilà donc un nouvel album plaisant de cet auteur qui me plait vraiment beaucoup.
Note réelle 3,5/5.
Les dessins sont très élégants, surtout pour ce qui concerne les arbres et les papillons. Montrer les papillons voler en pleine jungle sans qu'ils paraissent avalés par la sylve est un tour de force. Le savant, sa cousine et collaboratrice et le chasseur d'insecte local forment un trio bien sympathique. Les opposants de basse extraction ne sont pas diabolisés : qui ne comprend qu'on se moque des papillons quand on doit nourrir sa famille ? Mais on ne risque pas de s'attacher à eux parce qu'on ne la voit pas, leur famille, et surtout parce qu'ils sont menaçants, surtout avec les Indiens. Ces derniers par parenthèse ne chassent pas les papillons y voyant les âmes de leurs ancêtres et/ou parce que même si les insectes sont de vrais concentrés en protéines, ils ne sont pas à leur goût.
Les Indiens sont une présence un peu fantomatique de la forêt, ne s'attardant pas jouir de l'hospitalité des écologistes, soit une inversion de la réalité, dans les faits, les peuples premiers sont chez eux, et les autres, leurs hôtes ou les usurpateurs de leurs terres, multinationales, pauvres Blancs et écologistes créant des réserves naturelles débarrassées de ceux qui deviennent réfugiés de la conservation. Dans les faits, nous polluons, nous expulsons, dans nos rêves, nous protégeons. Dans les rêves, on peut même veiller sur des papillons pas encore trouvés !
Cependant, ce rêve s'enroule autour du sort tragique des Indiens, d'informations autour des papillons programmés pour vivre peu et qui dans les faits, se voient souvent décéder autrement que de leurs belle mort, et entre le rêve et la réalité, se glisse des haikus sur les papillons. Le rêve se rehausse de la peur d'un danger bien réel : la puissance sans guère de contre-pouvoir des multinationales.
Il est judicieux de ne pas préciser les intérêts concrets : plus vague, la fable est plus universelle. Et puis, cela évite de diaboliser, quand on est poète, dans une fiction où non impacté par les insectes, on les prise. Si on est un paysan ayant peur des ravageurs, quelqu'un ne voulant pas d'insecte chez soi… ou quelqu'un désireux d'investir pour du profit, on ne voit pas l'intérêt d'un papillon qu'on ne trouve d'ailleurs pas. Et donc, le point de vue de tous est bien rendu, mais la beauté et la chaleur humaine font pencher la balance du côté des protecteurs des papillons.
BD légèrement intimidante car se présentant explicitement comme un chef-d'œuvre, l'éditeur ayant soigné les détails et désiré le clinquant du doré.
Mais intimidante ne signifie nullement austère. Il s'agit d'un conte gothique assez terrible, une saga familiale sur un frère et une sœur, sur leur élévation sociale via leur don pour la musique, sur leur relation longtemps fusionnelle. Hymne à la création artistique, il sera question de talent, de travail, d'orgueil, de passion.
Les illustrations sont d'une grande finesse, légèrement enfantines pour ce qui est des personnages, habiles dans leur usage des contrastes du noir et blanc, occasionnellement illuminées de couleurs décrivant la beauté de la musique (cet usage naïf des couleurs n'est pas sans évoquer les Blast de Larcenet).
La réussite de l'ensemble est assez insolente, elle fascine mais ne m'enthousiasme pas totalement : malgré le souffle de la passion omniprésent, demeure principalement l'impression d'un récit trop fabriqué et étonnamment trop naïf dans ses moments de vie. Un peu à la manière du cinéma de Kubrick, l'humilité manque et déshumanise l'œuvre.
Les auteurs me sont quasi inconnus mais chouette première rencontre. Pas de coup de cœur particulier mais moi aussi j’ai trouvé ça très bien. Un western qui déroule, efficace de chez efficace cet album.
J’ai bien eu peur sur quelques détails mais rien à dire sur le fond et la forme.
Les premières planches m’ont fait un peu tiqué niveau trait (un peu trop épais), détail corrigé et qui s’efface vite par la suite tant la science des bons cadrages est là, on enquille les 160 pages comme un goret.
Le lecteur sera emporté par ce microcosme du grand Ouest, un rien classique il est vrai, mais le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est bien âpre et sauvage.
Le scénariste construit son intrigue autour d’attaques de diligences. On aura droit à tout le toutim : outlaws, shérif, banquier … avec également quelques beaux rôles féminins (finalement les seules qui s’en sortent un peu dans cette histoire).
Malgré son classicisme, le récit réserve quelques surprises appréciables sans que ça fasse surenchères. Il y a sans doute des grosses ficelles mais que le rythme efface ou que le lecteur pardonne tant le plaisir est là.
Sans conteste un tome qui mérite qu’on s’y intéresse, l’ambiance y est vraiment bien rendue.
J'ai accroché, terriblement accroché ! D'abord à ce dessin à la fois génial et bancal. Un dessin qui peut se montré travaillé et parfois presque bâclé. Ca donne un sentiment d'un dessin un peu raide à la base mais très lâché, parfois trop. N'est pas Eiichiro Oda qui veut. Alors il arrive que certains piquent un peu les yeux… Cependant souvent on se prend à admirer les planches ou une case en particulier. Bref j'ai adoré, je suis allé regardé sur notre site bd préféré qu'est bdthèque ce que cet auteur avait publié d'autres. Je suis heureux de cette découverte
Côté scénario les récits de sorcières sont originaux et je me suis facilement laissé emporté. Chaque récit est bien distinct dans son ambiance et ses décors. L'imaginaire déployé est réussi et souvent surprenant. La magie indicible de ces sorcières évite les clichés habituels avec une dimension mystique, parfois inquiétante, qui fonctionne très bien dans chacun des 2 tomes. A noter que le 1er récit est peut être le moins réussi (tant niveau dessin que scénario).
Je vous recommande cette bd pour son graphisme et si vous aimez les récits (de sorcières) inspirants !
Le Yémen est connu pour sa pauvreté, ses guerres et parfois aussi pour sa pratique dure de la religion. Cette bande dessinée nous offre une porte d’entrée unique à travers le destin de différentes femmes au Yémen.
En 2012, Agnès Montanari part en photo-reportage au Yémen et rencontre Aïcha, une yéménite d’apparence comme les autres femmes, voilée de la tête au pied, et avec qui elle se lie soudainement d’amitié. Aïcha lui fait par la suite rencontrer d’autres femmes qui lui conteront leurs vies, leurs aspirations ainsi que les difficultés d’être une femme au Yémen, hier et aujourd’hui. De cela en découle une série de photos et de portraits (voilés) que l’on peut partiellement retrouver à la fin de l’ouvrage. Ugo Bertotti utilise l’ensemble de ces témoignages visuels et textuels pour nous raconter ces histoires de femme.
J’ai vraiment beaucoup aimé cet ouvrage tant il est intéressant d’un point de vue historique et journalistique. C’est comme regarder une vidéo Youtube Arte mais en BD. L’histoire de Sabiha au début m’a également touché car elle est le symbole de l’absurdité des traditions, de l’oppression que peut représenter les questions d’honneur et de l’injustice qui repose derrière ce système patriarcale. Cette BD m’a beaucoup pensé au travail de Troubs avec sa BD sur le Turkménistan, à la fois dans le style, la narration, et les enchainements entre une certaine beauté de la vie qui finit toujours par être remis à sa place par un système rigide.
Le monde d’Aïcha date de 2013. Soit une éternité dans l’histoire récente du Yémen dans laquelle, suite à la chute du président en 2012, le processus démocratique a échoué et s’en est suit une guerre meurtrière depuis 2014 avec de large mouvements de population, des famines, et de nombreuses pandémies ou autres malheurs. Nul doute que les faibles espoirs sur lesquels s’entrouvait la BD ont malheureusement été mis à mal par le contexte qui a suivi.
Je recommande fortement cette première oeuvre de Bertotti qui ouvre les portes d’un pays méconnu et d’une culture à l’accès compliqué.
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Le bandit, la belle, le nain et la chèvre ! Voilà les quatre chapitres et les ingrédients de ce western léger qui emprunte clairement au Bon, la Brute et le Truand pour livrer un divertissement frais, aussi musclé que plein d'humour. Il s'agit d'une chasse au trésor réunissant une galerie de personnages truculents : un criminel à la gouaille facile mais qui n'aime pas les bêtes, une redoutable chasseuse de primes et son terrible chien, et enfin un petit magouilleur (au sens propre comme au figuré) et sa chèvre de compagnie, le tout sur fond de frontière mexicaine et de troupes de Benito Juarez. C'est le genre de lecture très plaisante qui ravira aussi bien les amateurs de western que ceux de personnages hauts en couleur, dotés d'une vraie personnalité et dont les interactions donnent envie d'aller plus loin. La structure en quatre chapitres permet à la fois de développer une intrigue principale assez dense et de faire exister plusieurs sous-intrigues successives au fil du récit. Le dessin participe pleinement à ce ton léger, avec des accents parfois proches du cartoon qui rappellent qu'il s'agit avant tout d'un pur divertissement, tout en conservant un socle réaliste, notamment dans les décors. L'humour est omniprésent sans jamais écraser l'aventure, et l'on se laisse facilement embarquer par l'envie de savoir où tout cela mène et si le fameux trésor sera bien au rendez-vous. La conclusion laisse en revanche une impression plus mitigée. Le dernier chapitre se montre à la fois un peu confus et plus invraisemblable que le reste de l'album. Les événements s'enchainent trop facilement, certains retournements paraissent téléphonés, et l'ensemble perd en crédibilité, ce qui affaiblit l'impact de la fin. Le duo de Japonais introduit à ce moment-là manque également de profondeur et peine à trouver sa place, ce qui n'aide pas à renforcer l'intérêt de ce segment final. C'est d'autant plus dommage que les trois premiers chapitres fonctionnent très bien et que l'on s'attache réellement aux personnages. Le dernier acte donne le sentiment que ceux-ci s'effacent un peu au profit d'un twist final pas totalement convaincant, comme si leurs aspérités étaient lissées pour faire avancer une conclusion un peu bancale. On ne parle pas d'une fin ratée, mais d'une conclusion en deçà des promesses initiales, laissant une légère frustration au moment de refermer l'album. Cela reste malgré tout une lecture très agréable, ponctuée de sourires et portée par une vraie envie de suivre l'intrigue et les interactions entre ces protagonistes attachants et amusants. Un western sympathique, souvent très réussi, et pas loin d'être franchement bien. Note : 3,5/5
Sa Majesté des Mouches
Sa Majesté des Mouches, ou comment une bande de gamins naufragés sur une île déserte finit par faire émerger le pire de la société humaine et de ses instincts les plus bas. Malgré son nombre conséquent de pages, cette adaptation en BD se lit très bien, grâce à une mise en page aérée et un rythme maîtrisé, proche d'un récit d'aventure ponctué de quelques moments plus contemplatifs. Le dessin est efficace et expressif, soutenu par un travail de couleurs convaincant. Les enfants sont facilement identifiables et la mise en scène reste très lisible, ce qui permet de se laisser pleinement porter par l'histoire (en dehors du passage volontairement flou des hallucinations de Simon). Ayant déjà lu et apprécié le roman, j'en connaissais le déroulé, même si certains détails m'étaient sortis de la tête. Cette relecture sous forme graphique m'a permis de mieux en saisir la finesse du propos et la construction progressive de son drame. Les personnages sont solidement campés, chacun trouvant sa place et sa fonction dans le récit. Bien qu'il s'agisse de l'adaptation d'un classique des années 1950, le propos demeure intemporel, et cette version se révèle fraiche, moderne et prenante, comme un excellent récit d'aventure. Pour faire simple, il s'agit de l'adaptation pleinement réussie d'une œuvre à la fois intelligente et dure, qui mérite largement d'être lue.
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Corrosif, drôle et tendre ! On va suivre la routine de la famille Hopkins : Mark, Claire et leurs deux enfants. Et le moins que l'on puisse dire c'est que l'on est très loin de la famille idyllique. Claire est dépressive, elle reste cloîtrer à la maison à vider des bouteilles de vin tout en étant odieuse avec son mari et ses enfants (sauf lorsqu'elle a besoin d'être ravitaillée en pinard ou clopes). Le climat familial est pesant. La famille est sur le bord de l'implosion. Une narration construite sur une succession de strips, mais ceux-ci forment un tout, une histoire complète. Le ton employé peut être caustique, dur, tendre ou drôle, il fait toujours mouche. Arrivé au tiers du bouquin j'ai eu un peur que ce soit long et répétitif. Et ben non, tout d'un coup, patatras, le récit bifurque sur d'autres rails, une voie parallèle (ce mot n'est pas choisi au hasard) qui prend une direction inattendue, mais qui curieusement amènera Claire et Mark à la même destination. Et c'est vraiment cela qui donne tout le piquant à cette histoire pas comme les autres. Tu seras un peu désarçonné au départ, mais tout va prendre sens au fil des pages. Un comics qui brasse de nombreux thèmes et principalement les relations avec nos congénères sous la forme d'une chronique sociale, tant dans la sphère privée que dans celle du domaine professionnel. Et pour le coup Paul B. Rainey ne plante pas ses flèches à côté de ses cibles. L'actualité internationale n'est pas oubliée. Un dessin qui ne m'attire pas au premier regard. Un trait simple qui croque avec justesse tout ce petit monde. Il va à l'essentiel tout en restant expressif et minutieux dans les détails lorsque cela est nécessaire. Une mise en page classique avec de nombreuses vignettes par planche, mais la science des cadrages compense ce manque d'originalité. J'ai aimé le choix du format à l'italienne. Du bon boulot. Un comics à découvrir, mais le mieux est d'en savoir le moins possible sur son contenu. Un très bon 4 étoiles.
2001 Nights stories
Un manga ambitieux et étonnant. Une lecture prenante. Étonnant comme manga, en effet. Déjà avec ce très grand format inhabituel pour le genre, et un dessin au trait fin et pur qui, mis à part certains visages (surtout dans le second tome d’ailleurs), s’écarte du style manga main stream pour se rapprocher de styles plus occidentaux. Finalement, il n’y a que le sens de lecture qui le rattache clairement au manga. Si je reste sur le dessin, il est vraiment très bon, très beau, avec de belles planches dans l’espace, des vaisseaux bien restitués. Même si les personnages sont classiques et finalement peu détaillés, et si les décors sont souvent escamotés au profit de fonds blancs. J’ai été moins convaincu par les quelques passages en couleurs (les couleurs elles-mêmes ne m’ayant pas plu). Le résultat reste quand même très agréable. Il m’a fait penser à « L’odyssée de l’espace – une histoire de la conquête spatiale » pour le rendu (et en partie la thématique). Mais, plus qu’une histoire de la conquête spatiale, axée donc sur le passé, c’est une vision SF (mais bourrée de références scientifiques) de ce que pourrait être le futur spatial, avec une forte influence de « 2001 l’odyssée de l’espace », revendiquée dans le titre, nombre d’images, et la postface de l’auteur. Avec quelques personnages comme fil rouge, nous suivons ainsi, sur plusieurs siècles, et dans l’espace quasi infini, l’humanité aux prises avec les limites de la connaissance. De nombreuses citations, bibliques, scientifiques, rendent certains passages assez ardus, tandis que nombre d’autres passages sont quasi muets. Un peu inégal, mais globalement intéressant, voire captivant, le récit se laisse lire agréablement. En effet, les avancées scientifiques, la « conquête/découverte » spatiale permettent aussi en creux, au gré de dialogues ou de péripéties divers, d’évoquer plusieurs sujets : exploitation de l’espace (et les inévitables rivalités pour les ressources), défis scientifiques, sacrifice humain nécessaire à l’avancée de la connaissance, défi lancé aux pensées religieuses (j’ai bien aimé le long chapitre dans le premier album autour de Lucifer et de la volonté du pape de contrôler les connaissances, avec un parallèle avec ce qui s’était passé autour de Galilée), etc. Bon, cela dit, si j’ai beaucoup aimé le premier tome (4 étoiles), le suivant m’a moins accroché (3 étoiles). Le dessin d’abord, plus « manga » et moins détaillé. Le récit ensuite, moins intéressant globalement, même si certains passages sont plus réussis, et si c’est finalement plus rythmé, avec plus de conflits, de morts, d’inquiétudes. Note réelle 3,5/5.
Bureau des prolongations
Cet album est une sorte de suite de Palaces, et il en possède les mêmes qualités. J’en suis donc sorti avec le même – bon – ressenti. Nous suivons donc encore Hureau dans son périple au Cambodge, tenant une sorte de carnet de voyage, mêlant anecdotes sur la société cambodgienne, merveilles de la nature, rencontres diverses et variées. Et galères. Car Hureau s’est fait voler ses papiers (et son carnet de croquis !) et son retour en France va s’en trouver compliqué, avec des tracasseries administratives aggravées par un petit niveau de corruption… La narration est fluide, agréable, le ton est enjoué et plein d’auto dérision. Et le dessin est encore très agréable. Voilà donc un nouvel album plaisant de cet auteur qui me plait vraiment beaucoup. Note réelle 3,5/5.
Les Papillons ne meurent pas de vieillesse
Les dessins sont très élégants, surtout pour ce qui concerne les arbres et les papillons. Montrer les papillons voler en pleine jungle sans qu'ils paraissent avalés par la sylve est un tour de force. Le savant, sa cousine et collaboratrice et le chasseur d'insecte local forment un trio bien sympathique. Les opposants de basse extraction ne sont pas diabolisés : qui ne comprend qu'on se moque des papillons quand on doit nourrir sa famille ? Mais on ne risque pas de s'attacher à eux parce qu'on ne la voit pas, leur famille, et surtout parce qu'ils sont menaçants, surtout avec les Indiens. Ces derniers par parenthèse ne chassent pas les papillons y voyant les âmes de leurs ancêtres et/ou parce que même si les insectes sont de vrais concentrés en protéines, ils ne sont pas à leur goût. Les Indiens sont une présence un peu fantomatique de la forêt, ne s'attardant pas jouir de l'hospitalité des écologistes, soit une inversion de la réalité, dans les faits, les peuples premiers sont chez eux, et les autres, leurs hôtes ou les usurpateurs de leurs terres, multinationales, pauvres Blancs et écologistes créant des réserves naturelles débarrassées de ceux qui deviennent réfugiés de la conservation. Dans les faits, nous polluons, nous expulsons, dans nos rêves, nous protégeons. Dans les rêves, on peut même veiller sur des papillons pas encore trouvés ! Cependant, ce rêve s'enroule autour du sort tragique des Indiens, d'informations autour des papillons programmés pour vivre peu et qui dans les faits, se voient souvent décéder autrement que de leurs belle mort, et entre le rêve et la réalité, se glisse des haikus sur les papillons. Le rêve se rehausse de la peur d'un danger bien réel : la puissance sans guère de contre-pouvoir des multinationales. Il est judicieux de ne pas préciser les intérêts concrets : plus vague, la fable est plus universelle. Et puis, cela évite de diaboliser, quand on est poète, dans une fiction où non impacté par les insectes, on les prise. Si on est un paysan ayant peur des ravageurs, quelqu'un ne voulant pas d'insecte chez soi… ou quelqu'un désireux d'investir pour du profit, on ne voit pas l'intérêt d'un papillon qu'on ne trouve d'ailleurs pas. Et donc, le point de vue de tous est bien rendu, mais la beauté et la chaleur humaine font pencher la balance du côté des protecteurs des papillons.
Soli Deo Gloria
BD légèrement intimidante car se présentant explicitement comme un chef-d'œuvre, l'éditeur ayant soigné les détails et désiré le clinquant du doré. Mais intimidante ne signifie nullement austère. Il s'agit d'un conte gothique assez terrible, une saga familiale sur un frère et une sœur, sur leur élévation sociale via leur don pour la musique, sur leur relation longtemps fusionnelle. Hymne à la création artistique, il sera question de talent, de travail, d'orgueil, de passion. Les illustrations sont d'une grande finesse, légèrement enfantines pour ce qui est des personnages, habiles dans leur usage des contrastes du noir et blanc, occasionnellement illuminées de couleurs décrivant la beauté de la musique (cet usage naïf des couleurs n'est pas sans évoquer les Blast de Larcenet). La réussite de l'ensemble est assez insolente, elle fascine mais ne m'enthousiasme pas totalement : malgré le souffle de la passion omniprésent, demeure principalement l'impression d'un récit trop fabriqué et étonnamment trop naïf dans ses moments de vie. Un peu à la manière du cinéma de Kubrick, l'humilité manque et déshumanise l'œuvre.
Leave them alone
Les auteurs me sont quasi inconnus mais chouette première rencontre. Pas de coup de cœur particulier mais moi aussi j’ai trouvé ça très bien. Un western qui déroule, efficace de chez efficace cet album. J’ai bien eu peur sur quelques détails mais rien à dire sur le fond et la forme. Les premières planches m’ont fait un peu tiqué niveau trait (un peu trop épais), détail corrigé et qui s’efface vite par la suite tant la science des bons cadrages est là, on enquille les 160 pages comme un goret. Le lecteur sera emporté par ce microcosme du grand Ouest, un rien classique il est vrai, mais le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est bien âpre et sauvage. Le scénariste construit son intrigue autour d’attaques de diligences. On aura droit à tout le toutim : outlaws, shérif, banquier … avec également quelques beaux rôles féminins (finalement les seules qui s’en sortent un peu dans cette histoire). Malgré son classicisme, le récit réserve quelques surprises appréciables sans que ça fasse surenchères. Il y a sans doute des grosses ficelles mais que le rythme efface ou que le lecteur pardonne tant le plaisir est là. Sans conteste un tome qui mérite qu’on s’y intéresse, l’ambiance y est vraiment bien rendue.
Sorcières (Igarashi)
J'ai accroché, terriblement accroché ! D'abord à ce dessin à la fois génial et bancal. Un dessin qui peut se montré travaillé et parfois presque bâclé. Ca donne un sentiment d'un dessin un peu raide à la base mais très lâché, parfois trop. N'est pas Eiichiro Oda qui veut. Alors il arrive que certains piquent un peu les yeux… Cependant souvent on se prend à admirer les planches ou une case en particulier. Bref j'ai adoré, je suis allé regardé sur notre site bd préféré qu'est bdthèque ce que cet auteur avait publié d'autres. Je suis heureux de cette découverte Côté scénario les récits de sorcières sont originaux et je me suis facilement laissé emporté. Chaque récit est bien distinct dans son ambiance et ses décors. L'imaginaire déployé est réussi et souvent surprenant. La magie indicible de ces sorcières évite les clichés habituels avec une dimension mystique, parfois inquiétante, qui fonctionne très bien dans chacun des 2 tomes. A noter que le 1er récit est peut être le moins réussi (tant niveau dessin que scénario). Je vous recommande cette bd pour son graphisme et si vous aimez les récits (de sorcières) inspirants !
Le Monde d'Aïcha - Luttes et espoirs des femmes au Yémen
Le Yémen est connu pour sa pauvreté, ses guerres et parfois aussi pour sa pratique dure de la religion. Cette bande dessinée nous offre une porte d’entrée unique à travers le destin de différentes femmes au Yémen. En 2012, Agnès Montanari part en photo-reportage au Yémen et rencontre Aïcha, une yéménite d’apparence comme les autres femmes, voilée de la tête au pied, et avec qui elle se lie soudainement d’amitié. Aïcha lui fait par la suite rencontrer d’autres femmes qui lui conteront leurs vies, leurs aspirations ainsi que les difficultés d’être une femme au Yémen, hier et aujourd’hui. De cela en découle une série de photos et de portraits (voilés) que l’on peut partiellement retrouver à la fin de l’ouvrage. Ugo Bertotti utilise l’ensemble de ces témoignages visuels et textuels pour nous raconter ces histoires de femme. J’ai vraiment beaucoup aimé cet ouvrage tant il est intéressant d’un point de vue historique et journalistique. C’est comme regarder une vidéo Youtube Arte mais en BD. L’histoire de Sabiha au début m’a également touché car elle est le symbole de l’absurdité des traditions, de l’oppression que peut représenter les questions d’honneur et de l’injustice qui repose derrière ce système patriarcale. Cette BD m’a beaucoup pensé au travail de Troubs avec sa BD sur le Turkménistan, à la fois dans le style, la narration, et les enchainements entre une certaine beauté de la vie qui finit toujours par être remis à sa place par un système rigide. Le monde d’Aïcha date de 2013. Soit une éternité dans l’histoire récente du Yémen dans laquelle, suite à la chute du président en 2012, le processus démocratique a échoué et s’en est suit une guerre meurtrière depuis 2014 avec de large mouvements de population, des famines, et de nombreuses pandémies ou autres malheurs. Nul doute que les faibles espoirs sur lesquels s’entrouvait la BD ont malheureusement été mis à mal par le contexte qui a suivi. Je recommande fortement cette première oeuvre de Bertotti qui ouvre les portes d’un pays méconnu et d’une culture à l’accès compliqué.