J’ai vraiment accroché à Newburn, surtout grâce à son ambiance de polar noir moderne et à son personnage principal particulièrement marquant. L’histoire suit Easton Newburn, un ancien flic devenu une sorte de médiateur indépendant travaillant pour toutes les familles criminelles de New York. Son rôle consiste à résoudre les problèmes avant qu’une guerre éclate entre les différents clans. Une idée simple sur le papier, mais extrêmement efficace dans la manière dont Zdarsky construit ses intrigues.
J’ai adoré suivre ce personnage froid, méthodique et presque détaché émotionnellement, qui navigue constamment entre manipulations, trahisons et règlements de comptes. Chaque affaire permet d’explorer une nouvelle facette du milieu criminel new-yorkais tout en développant progressivement le passé et la personnalité de Newburn.
Visuellement, Jacob Phillips apporte une vraie identité à la série avec un style sale (comme peut le faire son pere), nerveux et très urbain qui colle parfaitement à l’ambiance du récit. Ses couleurs participent énormément à cette sensation de polar poisseux et nocturne. On ressent aussi une vraie influence du roman noir et des vieux films policiers dans toute la mise en scène.
Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est la façon dont la série parvient à rester très accessible tout en construisant un univers criminel dense et crédible. Les dialogues sont efficaces, les personnages secondaires existent vraiment et les tensions fonctionnent du début à la fin.
Une excellente lecture de polar noir moderne, tendue et immersive, portée par un duo créatif qui maîtrise parfaitement son sujet.
Les Berceuses assassines est pour moi un polar noir remarquable, autant pour son histoire que pour sa construction narrative. Le principe des trois tomes fonctionnant comme trois regards différents sur une même séquence est particulièrement brillant. Chaque album apporte une nouvelle lecture des événements et modifie progressivement notre perception des personnages et de leurs actes. Cette narration fragmentée donne une vraie profondeur au récit et renforce constamment la tension.
L’histoire plonge dans une ambiance noire, mélancolique et presque fataliste, où chaque personnage semble prisonnier de ses choix et de son passé. Mais ce qui m’a surtout marqué, c’est la manière dont le récit joue avec les points de vue. On ne découvre jamais totalement la vérité d’un seul coup : elle se reconstruit morceau par morceau, au fil des versions et des révélations. Cela donne une impression très cinématographique, presque comme un puzzle émotionnel et psychologique.
Le rythme est maîtrisé, avec beaucoup de silences, de non-dits et une tension permanente. La BD ne cherche jamais l’action gratuite ; elle privilégie l’atmosphère, les regards, les blessures intérieures des personnages. On ressent une vraie humanité derrière cette noirceur.
Graphiquement, Ralph Meyer sublime parfaitement cette approche narrative. Son dessin réaliste, les expressions fatiguées des visages, les jeux d’ombres et les décors urbains renforcent cette sensation de polar noir crépusculaire. Chaque case participe à l’ambiance.
Au final, j’ai eu l’impression de lire bien plus qu’une simple enquête policière : une véritable tragédie humaine racontée sous plusieurs angles, avec une narration intelligente et immersive qui donne toute sa force à l’œuvre
Chouette, une nouvelle bd de Lou Lubie. Je suis un lecteur attentif de l'autrice, à défaut d'être assidu. Je me rends compte à la lecture de sa fiche sur bdtheque que je n'ai pas du tout lu ses dernières sorties.
Je me rattrape en lisant la dernière, Saigneurs. Et ben c'est un bien bon cru en ce qui me concerne.
On suit donc trois protagonistes : Maggy, la principale, Iulia et Anghel. Ils vivent en Transylvanie, dans un monde où vampires et humains cohabitent, en apparente égalité. Le récit suit le cheminement de Maggy, puis de ses deux amis, dans une quête d'égalité avec les vampires qui reste très théorique.
Je le répète comme les autres avis, l'autrice utilise ici les vampires pour dénoncer les inégalités hommes/femmes dans la société réelle. Elle joue assez intelligemment sur cette comparaison, et l'on trouve énorme et ridicule cette société ou les vampires peuvent mordre en toute impunité et sont ultra avantagés. Or, c'est un fait, nous vivons dans une société ou les hommes sont ultra avantagés par rapport aux femmes, ou de très nombreuses violences sexuelles sont non condamnées, etc.
Pour le coup je trouve que le parallèle est assez visible, avec notamment les collages des militants humanistes, qui sont les mêmes que les collages dénonçant les féminicides ; les affaires d'agression dans le cinéma, qui rappellent le mouvement metoo ; le discours de l'empereur qui est un copier coller de ce que Macron avait dit sur Depardieu ; les violences au sein du couple, et j'en passe.
De prime abord, j'aurais pu croire à un parallèle sur les inégalités raciales (plein de choses auraient pu coller et c'est la aussi un sujet loin d'être réglé), mais au final les parallèles se font beaucoup moins. On est vraiment sur un ouvrage qui veut sensibiliser aux inégalités basées sur le genre.
Ça marche bien je trouve. Personne ne peut dire que les vampires sont les gentils de l'histoire et qu'ils sont dans leur droit. Et du coup quand on ramène au débat homme/femme, avec les mêmes chiffres et les mêmes types de violence et d'inégalité, ça devient intéressant pour les réticents a admettre ces inégalités.
Un autre truc que je trouve malin, c'est que Lubie fait exprès de gommer l'aspect genré (les inégalités hommes femmes n'existent pas), mais les protagonistes les plus intéressantes sont quand même des femmes. Maggy est badass, Iulia est un très bon personnage, fort et fragile a la fois, et Anghel, le héros homme, est sensible et victime des vampires.
Alors en effet, le récit est peut être un peu facile, il n'invente rien et a des airs d'album jeunesse, dans sa narration, dans ses personnages, voire même dans son graphisme. Mais il y a plein de références qui seront surtout compréhensibles par les adultes, et à mon sens il s'adresse aux deux assez facilement. J'ai personnellement bien aimé, ma copine aussi, et je suis à peu près sûr que mes neveux et nièces qui ont 11 /13 ans pourraient aussi y trouver leur compte.
Niveau dessin, si on retrouve le trait de Lubie, je trouve un aspect un peu plus lisse, plus jeunesse que d'habitude. Elle fait partie des autrices dont je reconnais le trait en un coup d'oeil, et là c'est un peu moins le cas. Mais ça reste graphiquement très efficace, et agréable à lire. J'ai bien aimé les couleurs utilisées et les tenues Transylvaniennes, on sent qu'elle s'est fait plaisir sur ça, stylé comme look.
Bref, un album qui se lit bien, et pour petits et grands.
L’histoire se laisse lire, même si elle ne livre au final pas toutes ses clés. Mais on est embarqué du début jusqu’à la fin, avec cette ritournelle qui revient à chaque début de chapitre – chacun séparé de quelques années du précédent.
Du fantastique, du mystère quelque chose de polar, il y a sans doute un peu d’Edgard Allan Poe dans ce récit se déroulant à Bordeaux, dans le quasi huis-clos d’une maison, hantée par des souvenirs, ceux de certains de ses anciens propriétaires.
J’aurais mis trois étoiles pour le récit en lui-même, mais j’arrondis au supérieur pour deux raisons. D’abord le dessin de Bezian, avec ses visages taillés au scalpel, intriguant, convenant parfaitement à l’ambiance.
Et justement, cette ambiance, constitue un atout pour le lecteur, plus que l’intrigue elle-même. Bien installée, bien alimentée, sans retombée ou longueur, elle maintient le récit sur une ligne de crête sur laquelle on chemine avec plaisir.
Une lecture très plaisante.
Note réelle 35/5.
Avec cet album, les auteurs parviennent à rendre crédible et vivante une intrigue qui mêle petite et grande histoire, qui utilise faits et personnages avérés pour donner à voir un « moment » historique : l’abolition de l’esclavage dans la colonie de l’île Bourbon – devenue par la même Réunion.
J’ai trouvé cette histoire très agréable et fluide à lire. Le dessin de Tehem est simple, mais plaisant, et le récit ne tombe pas dans le pathos, ne s’encombre pas d’inventions scénaristiques inutiles.
Appollo retranscrit très bien la vie dans cette île avant et au moment de l’abolition, ainsi que les enjeux, et les évolutions par la suite. En particulier l’hypocrisie de la République coloniale qui – comme ailleurs, il n’y a qu’à voir ce qui s’est passé à Haïti – indemnise les anciens esclavagistes, et laisse les nouveaux « libres » croupir dans la misère. Le moment du jugement d’Edmond est utilisé par Appollo pour rappeler les très nombreuses inégalités et injustices dont souffrent les anciens esclaves. Il n’oublie pas non plus de rappeler le « déclassement » des « petits blancs…
Et le dossier de fin d’album est suffisamment intéressant et complet pour ajouter une plus-value. Voilà donc un album dont la lecture agréable et instructive se révèle très recommandable.
3.5
Comme l'ont déjà écrit les autres posteurs, on est dans un western crépusculaire dont le scénario et les éléments sont classiques. On retrouve tous les ingrédients d'une bonne histoire se passant dans le far-west avec toute la galerie de personnages typiques du genre (le shérif, les bandits, l'homme mystérieux très fort, l'indien...) et on fait la part belle aux personnages féminins.
Je pense que les auteurs voulaient aborder des thèmes actuels, car il est beaucoup question des violences faites aux femmes. Peut-être un peu trop vu le nombre de fois où la putain de service se fait violer et cela ne semble pas la traumatiser tant que ça. J'imagine que c'est une journée normale pour elle. Comme c'est toujours le cas avec les westerns crépusculaires, les éléments du scénario sont tranquillement mis en place jusqu'au final explosif. Honnêtement, c'est vraiment au dernier tiers de l'album que j'ai vraiment adoré le récit et j'ai vu que le récit était plus malin que je le pensais. Avant, je trouvais que c'était sympa, mais trop classique.
J'ai bien aimé le dessin bien dynamique et qui va très bien à ce genre de récit.
Jean Doux, employé modèle dans une entreprise de broyeuses à papier au cœur d'un open space des années 90, découvre une mystérieuse disquette 5"1/4 cachée dans un faux plafond. Ce qui commence comme une petite enquête absurde dans un décor de bureau à la Cogip finit peu à peu par se transformer en véritable aventure d'exploration, entre polar d'entreprise, humour décalé et quête rétro-fantastique.
Tout le charme de la BD vient de cette association improbable entre un graphisme volontairement raide et décalé qui évoque les vieux jeux vidéo point and click (à ce propos, la page 4 dans la galerie me fait énormément penser au jeu Les Voyageurs du Temps), des personnages ringards dans leurs vêtements, leurs coupes de cheveux ou leurs attitudes, et cet univers d'entreprise profondément ridicule avec ses open spaces, ses broyeuses à papier, ses blagues lourdes et ses collègues tous nommés Jean ou Jeanne quelque chose. L'auteur pousse le kitsch et la caricature très loin, mais en restant toujours à la limite du crédible pour éviter le gag absurde gratuit. J'ai juste tiqué sur un anachronisme, quand l'un des personnages indique avoir passé beaucoup de temps en RTT en... 1976.
Le récit prend son temps pour installer son ambiance et son humour pince-sans-rire, avant de glisser progressivement vers une aventure étonnamment prenante. Ce qui fonctionne très bien, c'est que derrière le loufoque permanent, l'histoire reste construite comme une vraie enquête, avec des rebondissements, du mystère et une logique interne qui tient debout malgré le délire ambiant. On n'est jamais dans le n'importe quoi total.
Je n'ai pas forcément éclaté de rire du début à la fin, mais je me suis laissé embarquer avec beaucoup de plaisir par cette aventure et par ces personnages qui deviennent attachants précisément grâce à leur côté dépassé et maladroit. Il y a aussi quelque chose de très réussi dans cette manière de jouer avec la nostalgie d'une époque finalement pas si lointaine, mais qui paraît déjà complètement obsolète aujourd'hui.
Une lecture captivante et studieuse.
Cette bande de Cothias et Lax qui situe son intrigue en 1786, n'essaie jamais de s'ouvrir à un large public.
C'est ce qui fait sa force à mon sens, mais cela explique aussi son manque de réputation.
Il y a peu d'action, on observe souvent des personnages débattre entre eux.
Le dessin très précis est aussi très froid, figé comme une vieille pièce de maison que l'on n'ouvre jamais. Mais excelle pourtant à traduire en images le fossé immense entre la noblesse et les laissés pour compte.
La reconstitution historique des costumes, des décors, impressionne.
Le premier tome essaie de se trouver une identité mais échoue. On verse dans un marivaudage un peu stérile, cette introduction à une intrigue somme toute classique prend trop son temps.
Cothias revient à ses fondamentaux, déjà entrevus dans Les 7 vies de l'épervier dès le second tome : la tragédie familiale, le fatalisme, les destins liés. La petite histoire dans la Grande.
Le troisième épisode prend des accents zoliens. On peste contre le sort qui enchaîne un innocent - Modeste Bonhomme - à la misère.
Son âme est plus noble que la majorité des aristocrates rencontrés. Son sacrifice pour protéger un être fragile contraste avec l'égoïsme des puissants.
Le dernier tome nous offre une conclusion douce amère.
Une œuvre de Cothias qui, à l'instar de son héros, mériterait d'être réhabilité.
Je rejoins les avis positif sur ce premier tome et si la suite est du même niveau, il se peut que je monte ma note au maximum parce que c'est du très bon divertissement !
Oui, on reprend la trame des sept samouraïs pour au moins la centième fois depuis 1954, mais cela ne m'a pas trop dérangé parce que l'intrigue est malgré tout captivante. Cela vient en grande partie du fait que le groupe de guerrier est remplit de personnages bien campés et terriblement attachants. L'auteur joue bien avec leurs différentes personnalités. On devine que deux membres ont un passé troubles que j'espère seront bien développé dans le tome 2. J’aime ce mélange de nationalités, l'humour fonctionne bien et les scènes de batailles sont bien chorégraphiées. Le rythme est aussi bien maitrisé et on lit ce long album sans aucun problème et j'ai été un peu triste de voir que c'était fini pour le moment.
Alors cela reste une œuvre de pur divertissement sans surprise dans le déroulement du scénario, mais qu'est-ce que c'est bien fait !
Richard Corben collabore avec son scénariste fétiche : Jan Strnad (pas facile à prononcer à haute voix). Ils nous proposent une histoire d'horreur où se mélangent les univers d'Edgar Allan Poe et de H.P. Lovecraft. Pour Poe, le rapprochement avec la nouvelle La Chute de la Maison Usher est une évidence, le château de Ragemoor joue un rôle important dans ce récit. Et comment ne pas avoir une pensée pour H.P. Lovecraft et ses entités venues des confins de l'espace, avec toujours ce château maléfique en ligne de mire. Un beau programme que voilà pour l'amateur passionné d'histoires d'horreur que je suis.
Le scénario pour ce type de récit reste très classique et suit une trame déjà vue à maintes reprises : des rebondissements (prévisibles dans l'ensemble), un zeste d'amour (non partagé), du mystère et une atmosphère oppressante qui va crescendo. Rien d'extraordinaire, mais ça fait le job. J'ai suivi avec plaisir les destins tragiques des personnages.
C'est surtout la partie graphique et le style inimitable de Corben qui m'ont envoûté. Un noir et blanc somptueux où toutes les nuances de gris font ressortir les tourments des protagonistes.
J'aime tout chez Corben. Que ce soit sa maîtrise de la lumière ou son côté réaliste et soigné, en particulier pour les superbes décors, et ceux-ci contrastent avec les silhouettes bien charpentées et les visages carrés des personnages. On peut lui reprocher un côté statique et un peu théâtral, mais c'est ce qui rend son style si unique et qui ne cesse de m'émerveiller.
Du très très bon travail.
Un 4 étoiles généreux, mais j'assume !
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Newburn
J’ai vraiment accroché à Newburn, surtout grâce à son ambiance de polar noir moderne et à son personnage principal particulièrement marquant. L’histoire suit Easton Newburn, un ancien flic devenu une sorte de médiateur indépendant travaillant pour toutes les familles criminelles de New York. Son rôle consiste à résoudre les problèmes avant qu’une guerre éclate entre les différents clans. Une idée simple sur le papier, mais extrêmement efficace dans la manière dont Zdarsky construit ses intrigues. J’ai adoré suivre ce personnage froid, méthodique et presque détaché émotionnellement, qui navigue constamment entre manipulations, trahisons et règlements de comptes. Chaque affaire permet d’explorer une nouvelle facette du milieu criminel new-yorkais tout en développant progressivement le passé et la personnalité de Newburn. Visuellement, Jacob Phillips apporte une vraie identité à la série avec un style sale (comme peut le faire son pere), nerveux et très urbain qui colle parfaitement à l’ambiance du récit. Ses couleurs participent énormément à cette sensation de polar poisseux et nocturne. On ressent aussi une vraie influence du roman noir et des vieux films policiers dans toute la mise en scène. Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est la façon dont la série parvient à rester très accessible tout en construisant un univers criminel dense et crédible. Les dialogues sont efficaces, les personnages secondaires existent vraiment et les tensions fonctionnent du début à la fin. Une excellente lecture de polar noir moderne, tendue et immersive, portée par un duo créatif qui maîtrise parfaitement son sujet.
Berceuse assassine
Les Berceuses assassines est pour moi un polar noir remarquable, autant pour son histoire que pour sa construction narrative. Le principe des trois tomes fonctionnant comme trois regards différents sur une même séquence est particulièrement brillant. Chaque album apporte une nouvelle lecture des événements et modifie progressivement notre perception des personnages et de leurs actes. Cette narration fragmentée donne une vraie profondeur au récit et renforce constamment la tension. L’histoire plonge dans une ambiance noire, mélancolique et presque fataliste, où chaque personnage semble prisonnier de ses choix et de son passé. Mais ce qui m’a surtout marqué, c’est la manière dont le récit joue avec les points de vue. On ne découvre jamais totalement la vérité d’un seul coup : elle se reconstruit morceau par morceau, au fil des versions et des révélations. Cela donne une impression très cinématographique, presque comme un puzzle émotionnel et psychologique. Le rythme est maîtrisé, avec beaucoup de silences, de non-dits et une tension permanente. La BD ne cherche jamais l’action gratuite ; elle privilégie l’atmosphère, les regards, les blessures intérieures des personnages. On ressent une vraie humanité derrière cette noirceur. Graphiquement, Ralph Meyer sublime parfaitement cette approche narrative. Son dessin réaliste, les expressions fatiguées des visages, les jeux d’ombres et les décors urbains renforcent cette sensation de polar noir crépusculaire. Chaque case participe à l’ambiance. Au final, j’ai eu l’impression de lire bien plus qu’une simple enquête policière : une véritable tragédie humaine racontée sous plusieurs angles, avec une narration intelligente et immersive qui donne toute sa force à l’œuvre
Saigneurs
Chouette, une nouvelle bd de Lou Lubie. Je suis un lecteur attentif de l'autrice, à défaut d'être assidu. Je me rends compte à la lecture de sa fiche sur bdtheque que je n'ai pas du tout lu ses dernières sorties. Je me rattrape en lisant la dernière, Saigneurs. Et ben c'est un bien bon cru en ce qui me concerne. On suit donc trois protagonistes : Maggy, la principale, Iulia et Anghel. Ils vivent en Transylvanie, dans un monde où vampires et humains cohabitent, en apparente égalité. Le récit suit le cheminement de Maggy, puis de ses deux amis, dans une quête d'égalité avec les vampires qui reste très théorique. Je le répète comme les autres avis, l'autrice utilise ici les vampires pour dénoncer les inégalités hommes/femmes dans la société réelle. Elle joue assez intelligemment sur cette comparaison, et l'on trouve énorme et ridicule cette société ou les vampires peuvent mordre en toute impunité et sont ultra avantagés. Or, c'est un fait, nous vivons dans une société ou les hommes sont ultra avantagés par rapport aux femmes, ou de très nombreuses violences sexuelles sont non condamnées, etc. Pour le coup je trouve que le parallèle est assez visible, avec notamment les collages des militants humanistes, qui sont les mêmes que les collages dénonçant les féminicides ; les affaires d'agression dans le cinéma, qui rappellent le mouvement metoo ; le discours de l'empereur qui est un copier coller de ce que Macron avait dit sur Depardieu ; les violences au sein du couple, et j'en passe. De prime abord, j'aurais pu croire à un parallèle sur les inégalités raciales (plein de choses auraient pu coller et c'est la aussi un sujet loin d'être réglé), mais au final les parallèles se font beaucoup moins. On est vraiment sur un ouvrage qui veut sensibiliser aux inégalités basées sur le genre. Ça marche bien je trouve. Personne ne peut dire que les vampires sont les gentils de l'histoire et qu'ils sont dans leur droit. Et du coup quand on ramène au débat homme/femme, avec les mêmes chiffres et les mêmes types de violence et d'inégalité, ça devient intéressant pour les réticents a admettre ces inégalités. Un autre truc que je trouve malin, c'est que Lubie fait exprès de gommer l'aspect genré (les inégalités hommes femmes n'existent pas), mais les protagonistes les plus intéressantes sont quand même des femmes. Maggy est badass, Iulia est un très bon personnage, fort et fragile a la fois, et Anghel, le héros homme, est sensible et victime des vampires. Alors en effet, le récit est peut être un peu facile, il n'invente rien et a des airs d'album jeunesse, dans sa narration, dans ses personnages, voire même dans son graphisme. Mais il y a plein de références qui seront surtout compréhensibles par les adultes, et à mon sens il s'adresse aux deux assez facilement. J'ai personnellement bien aimé, ma copine aussi, et je suis à peu près sûr que mes neveux et nièces qui ont 11 /13 ans pourraient aussi y trouver leur compte. Niveau dessin, si on retrouve le trait de Lubie, je trouve un aspect un peu plus lisse, plus jeunesse que d'habitude. Elle fait partie des autrices dont je reconnais le trait en un coup d'oeil, et là c'est un peu moins le cas. Mais ça reste graphiquement très efficace, et agréable à lire. J'ai bien aimé les couleurs utilisées et les tenues Transylvaniennes, on sent qu'elle s'est fait plaisir sur ça, stylé comme look. Bref, un album qui se lit bien, et pour petits et grands.
Ne touchez à rien
L’histoire se laisse lire, même si elle ne livre au final pas toutes ses clés. Mais on est embarqué du début jusqu’à la fin, avec cette ritournelle qui revient à chaque début de chapitre – chacun séparé de quelques années du précédent. Du fantastique, du mystère quelque chose de polar, il y a sans doute un peu d’Edgard Allan Poe dans ce récit se déroulant à Bordeaux, dans le quasi huis-clos d’une maison, hantée par des souvenirs, ceux de certains de ses anciens propriétaires. J’aurais mis trois étoiles pour le récit en lui-même, mais j’arrondis au supérieur pour deux raisons. D’abord le dessin de Bezian, avec ses visages taillés au scalpel, intriguant, convenant parfaitement à l’ambiance. Et justement, cette ambiance, constitue un atout pour le lecteur, plus que l’intrigue elle-même. Bien installée, bien alimentée, sans retombée ou longueur, elle maintient le récit sur une ligne de crête sur laquelle on chemine avec plaisir. Une lecture très plaisante. Note réelle 35/5.
Vingt-décembre - Chronique de l'abolition
Avec cet album, les auteurs parviennent à rendre crédible et vivante une intrigue qui mêle petite et grande histoire, qui utilise faits et personnages avérés pour donner à voir un « moment » historique : l’abolition de l’esclavage dans la colonie de l’île Bourbon – devenue par la même Réunion. J’ai trouvé cette histoire très agréable et fluide à lire. Le dessin de Tehem est simple, mais plaisant, et le récit ne tombe pas dans le pathos, ne s’encombre pas d’inventions scénaristiques inutiles. Appollo retranscrit très bien la vie dans cette île avant et au moment de l’abolition, ainsi que les enjeux, et les évolutions par la suite. En particulier l’hypocrisie de la République coloniale qui – comme ailleurs, il n’y a qu’à voir ce qui s’est passé à Haïti – indemnise les anciens esclavagistes, et laisse les nouveaux « libres » croupir dans la misère. Le moment du jugement d’Edmond est utilisé par Appollo pour rappeler les très nombreuses inégalités et injustices dont souffrent les anciens esclaves. Il n’oublie pas non plus de rappeler le « déclassement » des « petits blancs… Et le dossier de fin d’album est suffisamment intéressant et complet pour ajouter une plus-value. Voilà donc un album dont la lecture agréable et instructive se révèle très recommandable.
Leave them alone
3.5 Comme l'ont déjà écrit les autres posteurs, on est dans un western crépusculaire dont le scénario et les éléments sont classiques. On retrouve tous les ingrédients d'une bonne histoire se passant dans le far-west avec toute la galerie de personnages typiques du genre (le shérif, les bandits, l'homme mystérieux très fort, l'indien...) et on fait la part belle aux personnages féminins. Je pense que les auteurs voulaient aborder des thèmes actuels, car il est beaucoup question des violences faites aux femmes. Peut-être un peu trop vu le nombre de fois où la putain de service se fait violer et cela ne semble pas la traumatiser tant que ça. J'imagine que c'est une journée normale pour elle. Comme c'est toujours le cas avec les westerns crépusculaires, les éléments du scénario sont tranquillement mis en place jusqu'au final explosif. Honnêtement, c'est vraiment au dernier tiers de l'album que j'ai vraiment adoré le récit et j'ai vu que le récit était plus malin que je le pensais. Avant, je trouvais que c'était sympa, mais trop classique. J'ai bien aimé le dessin bien dynamique et qui va très bien à ce genre de récit.
Jean Doux et le Mystère de la Disquette Molle
Jean Doux, employé modèle dans une entreprise de broyeuses à papier au cœur d'un open space des années 90, découvre une mystérieuse disquette 5"1/4 cachée dans un faux plafond. Ce qui commence comme une petite enquête absurde dans un décor de bureau à la Cogip finit peu à peu par se transformer en véritable aventure d'exploration, entre polar d'entreprise, humour décalé et quête rétro-fantastique. Tout le charme de la BD vient de cette association improbable entre un graphisme volontairement raide et décalé qui évoque les vieux jeux vidéo point and click (à ce propos, la page 4 dans la galerie me fait énormément penser au jeu Les Voyageurs du Temps), des personnages ringards dans leurs vêtements, leurs coupes de cheveux ou leurs attitudes, et cet univers d'entreprise profondément ridicule avec ses open spaces, ses broyeuses à papier, ses blagues lourdes et ses collègues tous nommés Jean ou Jeanne quelque chose. L'auteur pousse le kitsch et la caricature très loin, mais en restant toujours à la limite du crédible pour éviter le gag absurde gratuit. J'ai juste tiqué sur un anachronisme, quand l'un des personnages indique avoir passé beaucoup de temps en RTT en... 1976. Le récit prend son temps pour installer son ambiance et son humour pince-sans-rire, avant de glisser progressivement vers une aventure étonnamment prenante. Ce qui fonctionne très bien, c'est que derrière le loufoque permanent, l'histoire reste construite comme une vraie enquête, avec des rebondissements, du mystère et une logique interne qui tient debout malgré le délire ambiant. On n'est jamais dans le n'importe quoi total. Je n'ai pas forcément éclaté de rire du début à la fin, mais je me suis laissé embarquer avec beaucoup de plaisir par cette aventure et par ces personnages qui deviennent attachants précisément grâce à leur côté dépassé et maladroit. Il y a aussi quelque chose de très réussi dans cette manière de jouer avec la nostalgie d'une époque finalement pas si lointaine, mais qui paraît déjà complètement obsolète aujourd'hui.
La Marquise des Lumières
Une lecture captivante et studieuse. Cette bande de Cothias et Lax qui situe son intrigue en 1786, n'essaie jamais de s'ouvrir à un large public. C'est ce qui fait sa force à mon sens, mais cela explique aussi son manque de réputation. Il y a peu d'action, on observe souvent des personnages débattre entre eux. Le dessin très précis est aussi très froid, figé comme une vieille pièce de maison que l'on n'ouvre jamais. Mais excelle pourtant à traduire en images le fossé immense entre la noblesse et les laissés pour compte. La reconstitution historique des costumes, des décors, impressionne. Le premier tome essaie de se trouver une identité mais échoue. On verse dans un marivaudage un peu stérile, cette introduction à une intrigue somme toute classique prend trop son temps. Cothias revient à ses fondamentaux, déjà entrevus dans Les 7 vies de l'épervier dès le second tome : la tragédie familiale, le fatalisme, les destins liés. La petite histoire dans la Grande. Le troisième épisode prend des accents zoliens. On peste contre le sort qui enchaîne un innocent - Modeste Bonhomme - à la misère. Son âme est plus noble que la majorité des aristocrates rencontrés. Son sacrifice pour protéger un être fragile contraste avec l'égoïsme des puissants. Le dernier tome nous offre une conclusion douce amère. Une œuvre de Cothias qui, à l'instar de son héros, mériterait d'être réhabilité.
Knight club
Je rejoins les avis positif sur ce premier tome et si la suite est du même niveau, il se peut que je monte ma note au maximum parce que c'est du très bon divertissement ! Oui, on reprend la trame des sept samouraïs pour au moins la centième fois depuis 1954, mais cela ne m'a pas trop dérangé parce que l'intrigue est malgré tout captivante. Cela vient en grande partie du fait que le groupe de guerrier est remplit de personnages bien campés et terriblement attachants. L'auteur joue bien avec leurs différentes personnalités. On devine que deux membres ont un passé troubles que j'espère seront bien développé dans le tome 2. J’aime ce mélange de nationalités, l'humour fonctionne bien et les scènes de batailles sont bien chorégraphiées. Le rythme est aussi bien maitrisé et on lit ce long album sans aucun problème et j'ai été un peu triste de voir que c'était fini pour le moment. Alors cela reste une œuvre de pur divertissement sans surprise dans le déroulement du scénario, mais qu'est-ce que c'est bien fait !
Ragemoor
Richard Corben collabore avec son scénariste fétiche : Jan Strnad (pas facile à prononcer à haute voix). Ils nous proposent une histoire d'horreur où se mélangent les univers d'Edgar Allan Poe et de H.P. Lovecraft. Pour Poe, le rapprochement avec la nouvelle La Chute de la Maison Usher est une évidence, le château de Ragemoor joue un rôle important dans ce récit. Et comment ne pas avoir une pensée pour H.P. Lovecraft et ses entités venues des confins de l'espace, avec toujours ce château maléfique en ligne de mire. Un beau programme que voilà pour l'amateur passionné d'histoires d'horreur que je suis. Le scénario pour ce type de récit reste très classique et suit une trame déjà vue à maintes reprises : des rebondissements (prévisibles dans l'ensemble), un zeste d'amour (non partagé), du mystère et une atmosphère oppressante qui va crescendo. Rien d'extraordinaire, mais ça fait le job. J'ai suivi avec plaisir les destins tragiques des personnages. C'est surtout la partie graphique et le style inimitable de Corben qui m'ont envoûté. Un noir et blanc somptueux où toutes les nuances de gris font ressortir les tourments des protagonistes. J'aime tout chez Corben. Que ce soit sa maîtrise de la lumière ou son côté réaliste et soigné, en particulier pour les superbes décors, et ceux-ci contrastent avec les silhouettes bien charpentées et les visages carrés des personnages. On peut lui reprocher un côté statique et un peu théâtral, mais c'est ce qui rend son style si unique et qui ne cesse de m'émerveiller. Du très très bon travail. Un 4 étoiles généreux, mais j'assume !