Paracuellos, c'est un peu l'histoire d'une vie, celle de Carlos Gimenez. Tout jeune, il se retrouve place dans un foyer de l'assistance publique dans l'Espagne de Franco. Et ce pendant 8 longues années. Et il y raconte l'ensemble des souvenirs de cette époque. Et ils ne sont pas joyeux du tout, car cette autobiographie de jeunesse est d'une grande force, mais aussi d'une grande tristesse tant le traitement infligé à ces enfants est d'une dureté sans nom. Violences physiques ( nombreuses), violences verbales ( chroniques), rare sont les instants où ces enfants placés ont eu droit à un moment de bonheur. Parfois a l'occasion d'une visite de parents, à l'occasion d'une partie de foot, ou quand le facteur livrait une revue bd. D'ailleurs le jeune Pablo sait très vite que plus tard, lui aussi sera dessinateur. Il faudrait que tous ceux qui disent à l'occasion d'un fait d'actualité qu'il faudrait recréer des maisons de correction lisent cette œuvre majeure. Le sadisme religieux ou celui du phalangiste qui surveille cette institution semble ne pas avoir de limites. Et on ressent souvent une grande tristesse, lorsque on referme chaque chapitre de ce livre. Dessinée en noir et blanc cette intégrale est à l'évidence une œuvre majeure de la bd européenne.
Après s'être attaqué à Ronald Reagan dans Le Crétin qui a gagné la guerre froide, Jean-Yves Le Naour poursuit son exploration des grandes figures du libéralisme triomphant des années 80 en consacrant cette fois un album à Margaret Thatcher. Et là encore, il le fait avec ce ton très particulier, à mi-chemin entre le biopic historique sérieux et la satire politique complètement acide.
L'album retrace son ascension, de fille d'épicier (comme elle aime le rappeler sans arrêt) à Première ministre britannique, puis déroule les grands marqueurs du thatchérisme : dérégulation, réduction de l'État, privatisations, casse des syndicats, guerre des Malouines et proximité idéologique avec Reagan. Le Naour adopte un ton caustique où le loufoque et un humour souvent cynique se mélangent constamment à la réalité historique, ce qui donne une mise en scène drôle sans sacrifier le fond politique. C'est le genre de BD qui se lit facilement tout en donnant envie de creuser ensuite certains événements ou décisions évoqués.
Graphiquement, Emilio Van der Zuiden propose une ligne claire assez élégante et très lisible, avec une mise en scène échevelée qui colle bien à ce ton mi-figue mi-raisin : suffisamment légère pour accompagner la dimension humoristique, mais assez sobre pour ne pas désamorcer la gravité du fond.
Ce qui fonctionne bien, c'est la manière dont Margaret Thatcher est représentée de façon volontairement ambivalente, tant sur le plan graphique que narratif : tantôt comme une cruche aux idées profondément odieuses, parfois presque grotesque dans sa rigidité idéologique, tantôt comme une stratège politique redoutablement machiavélique, capable de manipuler ses conseillers, ses ministres et son image médiatique pour rester au pouvoir malgré la haine d'une grande partie de la population. L'album rappelle aussi à quel point ses politiques ont broyé une partie des classes populaires britanniques, notamment les mineurs et les bastions ouvriers, en assumant une brutalité sociale qui explique pourquoi tant de Britanniques l'ont haïe.
Le récit évoque d'ailleurs en filigrane l'Angleterre punk de la même époque, celle qui voyait en elle une incarnation détestable du pouvoir et la désignait comme une figure à combattre. Sans développer énormément cet aspect culturel, on ressent bien cette période où une partie de la jeunesse percevait le thatchérisme comme quelque chose de profondément violent, teinté de dérives autoritaires voire fascisantes.
Une BD politique très orientée idéologiquement, clairement, mais qui assume totalement son point de vue et qui réussit surtout à être à la fois instructive et amusante.
Même s’il est signé Georges Simenon, Barrio negro n’est en rien un récit policier mais bien le portrait d’un homme derrière lequel l’auteur exhibe bien plus qu’il ne cache une critique de nos sociétés colonisatrices.
Joseph, jeune ingénieur naïf, va découvrir l’hypocrisie, la lâcheté et le poids des conventions. Dépassé, dépité, perdu, il accepte ce qu’on daigne lui proposer, se réfugie de plus en plus régulièrement dans l’alcool, s’aigrit. Comble de tout aux yeux des autres colons, il s’affiche avec une jeune Martiniquaise à la peau bien trop foncée pour être tolérable.
J’ai beaucoup aimé ce portrait. Le destin de Joseph m’a touché. Son rejet par les autres colons va finalement lui permettre de se découvrir lui-même, pauvre mais retrouvant une estime de soi qu’il n’avait peut-être jamais connue. L’écriture de Simenon est incisive et Bocquet parvient très bien à l’adapter au format « BD ». Les dialogues occupent la majeure partie de l’espace mais les récitatifs présents nous rappellent l’origine littéraire du récit. C’est franchement très agréable à lire.
Le dessin de Javi Rey apporte son écot à la réussite de cet album. Son dessin soigné associé à la luminosité de sa colorisation reconstitue un cadre très crédible alors que ses personnages sont bien croqués et expressifs. Petit détail : c’est le troisième album que je lis dessiné par Javi Rey et c’est à chaque fois un peu différent dans le style et parfaitement adapté au récit.
Au final, je peux dire que j’ai vraiment bien aimé. Refroidi par l’adaptation de « La Maison du canal » que j’avais trouvée très fade (mais j’avais beaucoup aimé le roman, et ceci explique peut-être cela), je retrouve mon engouement pour cette collection des romans durs de Simenon.
Je recommande.
De l'humour intello, politique et absurde, réalisé avec brio. Cette bd, dont les deux tomes m'ont été offerts coup sur coup pour un anniversaire, a fait mouche !
Les gags imaginés par tienstiens sont inventifs, incisifs et, je trouve, jamais lourdingues. C'est (presque) toujours politique, mais avec une vraie réflexion derrière, et un vrai propos. C'est pour le coup assez rare, je trouve, qu'une bd d'humour absurde et politique arrive à être drôle en étant aussi directement politisé, et en utilisant des termes et théories politiques aussi précises et poussées. Pour le coup, il y a certaines planches ou il faut s'accrocher, et qui pourraient être tout droit tirées de thèses de sociologie politiques.
Mais là où ça pourrait être rébarbatif et/ou chiant, l'auteur réussit l'exploit de rendre chacune de ses planches divertissante, et fraiche à chaque fois. J'ai par exemple beaucoup aimé les planches des Experts, qui constituent un running gag assez réussi. C'est d'ailleurs le ressort comique principal, les séries/figures connues qui sont détournées dans un contexte politique. Comme les autres, j'ai beaucoup aimé le surfeur d'argent et, en tant qu'amateur de catch, j'ai bien apprécié le passage de l'Undertaker dans le deuxième tome.
Au passage, j'ai trouvé ce deuxième tome un peu moins réussi que le premier, peut-être un peu moins frais. Koko et Paul sont pas mal présents, ce qui alourdit le récit, et les gags sont un peu plus longs et, parfois, un peu moins percutants. Reste que plusieurs gags m'ont franchement fait rire dans ce deuxième opus aussi.
Car oui, en plus de trouver le propos intéressant, les situations cocasses et les références savoureuses, j'ai parfois franchement rigolé. C'est typiquement le genre d'humour qui fonctionne à merveille chez moi.
J'ajouterai que j'aime beaucoup le dessin, plus fouillé qu'il n'y parait. Il se prête en tout cas très bien au propos et à l'avantage que l'on reconnait assez facilement les personnalités qui sont caricaturées.
Je terminerai par un point important : je crois qu'après toutes ces années de quête, je l'ai enfin trouvée : Koko est la bd parfaite pour les toilettes : drôle, gags en une case ou plusieurs planches au choix (ce qui fait que ça s'adapte très bien à des durées plus ou moins longues), facile à s'arrêter et à reprendre. Et on peut même, ensuite, initier les autres à signer "grève générale expropriatrice".. Que demander de plus ?
Quand j’ai refermé La Ballade des frères Blood, j’ai eu cette sensation étrange d’avoir lu un western brutal, mais surtout profondément humain. Je m’attendais à une histoire de vengeance ou de survie dans un Far West violent, et au final j’ai surtout découvert un récit bouleversant sur l’enfance confrontée à la cruauté du monde.
Ce qui m’a frappé, c’est la manière dont le récit prend trois enfants et les jette dans un univers d’une violence terrible, sans jamais chercher à en faire des héros. Ils avancent parce qu’ils n’ont pas le choix, parce que le monde autour d’eux s’est effondré, et tout au long de leur voyage, on sent que quelque chose se brise en eux. Ce n’est pas seulement une aventure dangereuse, c’est une lente destruction de leur innocence. C’est ça qui m’a touché : derrière le western, j’ai vu avant tout le drame de trois gamins obligés de grandir trop vite.
J’ai trouvé que le récit dégageait une dureté incroyable, mais une dureté qui n’est jamais gratuite. La violence est omniprésente, mais elle n’est pas là pour impressionner. Elle sert à montrer un monde sans protection, un monde où l’enfance n’a pas sa place. Et c’est justement ce contraste entre la fragilité des frères et la brutalité du monde qui rend l’histoire aussi forte. Plus on avance, plus on comprend qu’ils ne sortiront pas indemnes de ce voyage, et cette impression donne au récit une vraie puissance émotionnelle.
Ce que j’ai aussi beaucoup aimé, c’est la relation entre les trois frères. Dans cet univers sale et cruel, leur lien devient la seule lumière possible. C’est ce qui rend l’histoire si poignante : malgré toute l’horreur qui les entoure, il reste cet attachement entre eux, cette volonté d’avancer ensemble. C’est sans doute ce qui donne autant d’âme au récit. Sans cette relation fraternelle, l’histoire serait seulement violente ; grâce à elle, elle devient profondément émouvante.
Visuellement, j’ai trouvé l’album magnifique dans sa noirceur. Le dessin porte parfaitement cette ambiance sèche, rude, presque désespérée. Il n’essaie jamais d’embellir la violence ou de romantiser l’Ouest. Tout semble poussiéreux, hostile, étouffant, et cela renforce encore l’impression que ces enfants avancent dans un monde trop grand et trop dur pour eux. J’ai trouvé que cette atmosphère pesante participait énormément à l’impact émotionnel du récit.
Ce que je retiens surtout, c’est que La Ballade des frères Blood ne raconte pas seulement une traversée de l’Ouest, mais une traversée de la perte : perte des repères, perte de l’innocence, perte de l’enfance. Et c’est ce qui en fait, à mes yeux, une lecture marquante. J’ai été touché par cette manière simple et brutale de montrer que, dans certains mondes, grandir revient surtout à apprendre la douleur.
J’ai vraiment trouvé ce comics puissant, dur, profondément triste, mais aussi très beau dans ce qu’il raconte sur les liens familiaux. Ce n’est pas une lecture facile, mais c’est une lecture qui laisse une trace. Et pour moi, c’est souvent le signe des récits qui comptent vraiment.
Plus de 15 ans après avoir lu le premier tome, j'ai remis la main sur les 4 premiers tomes dans ma médiathèque préférée.
Je dois avouer que suis toujours autant charmé, visuellement parlant, par le graphisme de cette série, c'est tout bonnement magnifique. Gibrat nous offre de superbes aquarelles et des personnages hauts en couleurs. Les visages sont très expressifs et le dessin est dynamique. Le seul bémol concerne les personnages féminins. Je n'arrive pas à comprendre pourquoi leurs visages se ressemblent autant alors que ce n'est pas le cas pour les personnages masculins. S'agit-il d'une muse pour l'auteur ? Car je trouve que cela nuit parfois à la clarté du récit même si Gibrat s'efforce de différencier ces personnages avec des coiffures et des couleurs de cheveux assez marquées.
Mais là où Gibrat excelle le plus à mon sens, c'est dans sa maîtrise parfaite de la narration et son talent d'écriture. Gibrat utilise ainsi de nombreuses figures de style et métaphores : "Il en recevait des lettres, par poignées, il pouvait s'en faire des éventails le salaud. Moi, de Juliette je ne recevais que du silence." ou "Les lettres, c'est un peu comme les obus, on les attend plus et elles vous tombent dessus... et elles vous découpent le cœur en morceaux sans faire de bruit".
Du point de vue de l'histoire, il est vrai qu'au départ, le lecteur se dira pourquoi diantre le personnage principal est-il allé s'engager pour impressionner une demoiselle qui ne l'aime pas.... Gibrat profite ainsi de cette série pour dresser le portrait d'une jeunesse communiste et anarchiste, pleine de rêves, qui vont peu à peu s'éteindre dans la réalité de l'issue des révolutions marquant l'Europe. Mattéo nous emmènera ainsi faire la révolution en Russie (tome 2), puis en Espagne (tome 4) après un retour dans son village natal (tome 2). Il est vrai que le récit reste très romanesque et parfois peu crédible, à des années lumières de ce que peut être une guerre dure, sale et âpre racontée par Tardy par exemple. Dans le style, cette série m'a beaucoup fait penser au film "Un long dimanche de fiançailles". Mais l'ensemble reste très agréable à lire.
En attendant de pouvoir me procurer prochainement les deux derniers tomes de la série, un bon 4/5.
SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 7/10
GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 8/10
NOTE GLOBALE : 15/20
Je trouve à Marc Antoine Mathieu un certain talent : j'ai trouvé la bd un peu longuette parfois, un peu verbeuse, je me suis presque ennuyé. Mais une fois le livre refermé, je ne peux pas m'empêcher d'y repenser et de trouver que c'est quand même un peu génial.
Oui, l'idée est originale, mais après tout ça ne fait pas tout. Dieu revient parmi nous, et tout ce qu'on trouve à faire, c'est de l'incorporer à notre société ultra consumériste, sensationnaliste et de l'assigner en justice. C'est un peu ridicule mais bien vu, et pour le coup pas spécialement original, parce que c'est un développement qui ma parait logique. Si dieu débarque réellement demain, je pense qu'on peut assister à pas mal de schémas que l'auteur développe, voire pire. Certaines situations sont un peu caricaturées à l'extrême mais finalement c'est très représentatif de notre monde.
Les touches d'humour absurdes fonctionnent bien sur moi, plusieurs m'ont arraché un sourire. Et si, comme je l'ai dit en préambule, j'ai parfois trouvé le temps un petit peu long, notamment pendant les miracles de Dieu, ou les explications des témoins, j'ai eu super envie d'arriver à la fin à chaque instant de ma lecture. Celle-ci, encore une fois, n'est pas spécialement originale, mais m'a parfaitement contenté. Elle est à l'image de la bd. Caricaturale et plausible, stupide et très réelle. L'ensemble est une critique de la société, des humains, sur plusieurs plans (commercialisation de tout et n'importe quoi, crédulité, judiciarisation à l'extrême). Le tout est servi par un dessin ultra efficace, comme à chaque fois chez Marc Antoine Mathieu. Et j'ai bien aimé le fait que l'on ne voit jamais le visage de Dieu, qui ajoutait du mystique au personnage.
Lorsque j’ai commencé, j’avais beaucoup d’attentes car Dorison est un de mes auteurs préférés, et il ne m’a pas déçu.
Avec 1629, Dorison livre un récit captivant et terriblement oppressant, une œuvre qu’on ne lâche pas facilement tant on est happé par la tension dramatique et la noirceur du propos. Dès les premières pages, le ton est donné : derrière le récit historique de naufragés se dessine une véritable réflexion sur la nature humaine, la violence et la manière dont l’homme peut basculer dans la barbarie lorsque toute structure sociale disparaît.
Le prologue évoque notamment "l’effet Lucifer”, cette théorie psychologique selon laquelle des individus ordinaires peuvent commettre les pires atrocités selon le contexte dans lequel ils évoluent. Cette idée imprègne les 2 albums et donne au récit une profondeur glaçante. Plus qu’un simple récit de survie, 1629 devient une démonstration implacable de la fragilité de la morale humaine face au chaos.
Le scénario de Dorison est d’une efficacité redoutable : maîtrisé, intense, sans temps mort. Il installe progressivement un climat de tension qui devient de plus en plus étouffant, jusqu’à rendre la lecture presque suffocante. On assiste, fasciné et horrifié, à la montée de la cruauté et à l’effondrement de toute humanité.
Graphiquement, Montaigne accompagne ce récit avec un immense talent. Son dessin réaliste et puissant sublime la violence du propos, avec des planches superbes qui renforcent encore l’immersion et l’intensité dramatique.
Avec 1629, Dorison signe selon moi une œuvre majeure : brutale, intelligente, fascinante. Une bande dessinée marquante, qui captive autant qu’elle dérange, et qui confirme une fois de plus tout le génie narratif de son auteur.
La suite d'Animan, dans un format beaucoup plus petit. On retrouve Animan en psy des animaux, son ennemi Objecto qui s'entête à l'embêter et sa pote grenouille Fabienne sur lequel l'album s'attache plus particulièrement. On découvre son passé et pourquoi Animan peut la comprendre parler sans besoin de se transformer. Elle a vécu une sorte de remake du film La Mouche de Cronenberg. Depuis elle déprime.
La fin appelle clairement une suite, attendue avec impatience.
Frontier est une lecture de science-fiction particulièrement réussie, qui propose bien plus qu’un simple récit d’aventure spatiale. Sous ses airs de SF dynamique et accessible, l’album développe un univers crédible et immersif où la conquête spatiale sert surtout de miroir à des problématiques très actuelles : exploitation des ressources, rapports de domination, inégalités sociales.
L’un des grands points forts de l’album est sa capacité à nous plonger très rapidement dans cet univers. Guillaume Singelin installe son décor avec efficacité, sans surcharger le récit d’explications inutiles. On entre vite dans l’histoire, on comprend les enjeux, et on suit les personnages avec plaisir. Le rythme est fluide, naturel, et rend la lecture particulièrement agréable.
L’ambiance générale est excellente : il y a une vraie sensation d’immersion, un univers vivant, cohérent, dans lequel on sent à la fois le souffle de l’aventure spatiale et le poids des réalités humaines qui s’y jouent. Cette dimension sociale donne de la profondeur au récit sans jamais alourdir la narration.
Le dessin contribue énormément à cette réussite. Avec un style très dynamique, aux influences manga assumées, Guillaume Singelin donne beaucoup d’énergie à son univers. Les personnages sont expressifs, les scènes sont lisibles, et l’ensemble possède une vraie identité visuelle. Ce choix graphique apporte une légèreté bienvenue à un fond plus dense, et l’équilibre fonctionne très bien.
Ce qui rend Frontier particulièrement plaisant, c’est cette capacité à mêler aventure, accessibilité et réflexion. Le récit reste prenant du début à la fin, tout en proposant un arrière-plan riche et intelligent. Sans révolutionner le genre, l’album parvient à offrir une science-fiction généreuse, immersive et pleine d’humanité.
Une très belle réussite dans le registre de la SF moderne, portée par un univers fort et un dessin vibrant.
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Paracuellos
Paracuellos, c'est un peu l'histoire d'une vie, celle de Carlos Gimenez. Tout jeune, il se retrouve place dans un foyer de l'assistance publique dans l'Espagne de Franco. Et ce pendant 8 longues années. Et il y raconte l'ensemble des souvenirs de cette époque. Et ils ne sont pas joyeux du tout, car cette autobiographie de jeunesse est d'une grande force, mais aussi d'une grande tristesse tant le traitement infligé à ces enfants est d'une dureté sans nom. Violences physiques ( nombreuses), violences verbales ( chroniques), rare sont les instants où ces enfants placés ont eu droit à un moment de bonheur. Parfois a l'occasion d'une visite de parents, à l'occasion d'une partie de foot, ou quand le facteur livrait une revue bd. D'ailleurs le jeune Pablo sait très vite que plus tard, lui aussi sera dessinateur. Il faudrait que tous ceux qui disent à l'occasion d'un fait d'actualité qu'il faudrait recréer des maisons de correction lisent cette œuvre majeure. Le sadisme religieux ou celui du phalangiste qui surveille cette institution semble ne pas avoir de limites. Et on ressent souvent une grande tristesse, lorsque on referme chaque chapitre de ce livre. Dessinée en noir et blanc cette intégrale est à l'évidence une œuvre majeure de la bd européenne.
La Sorcière qui a changé le monde
Après s'être attaqué à Ronald Reagan dans Le Crétin qui a gagné la guerre froide, Jean-Yves Le Naour poursuit son exploration des grandes figures du libéralisme triomphant des années 80 en consacrant cette fois un album à Margaret Thatcher. Et là encore, il le fait avec ce ton très particulier, à mi-chemin entre le biopic historique sérieux et la satire politique complètement acide. L'album retrace son ascension, de fille d'épicier (comme elle aime le rappeler sans arrêt) à Première ministre britannique, puis déroule les grands marqueurs du thatchérisme : dérégulation, réduction de l'État, privatisations, casse des syndicats, guerre des Malouines et proximité idéologique avec Reagan. Le Naour adopte un ton caustique où le loufoque et un humour souvent cynique se mélangent constamment à la réalité historique, ce qui donne une mise en scène drôle sans sacrifier le fond politique. C'est le genre de BD qui se lit facilement tout en donnant envie de creuser ensuite certains événements ou décisions évoqués. Graphiquement, Emilio Van der Zuiden propose une ligne claire assez élégante et très lisible, avec une mise en scène échevelée qui colle bien à ce ton mi-figue mi-raisin : suffisamment légère pour accompagner la dimension humoristique, mais assez sobre pour ne pas désamorcer la gravité du fond. Ce qui fonctionne bien, c'est la manière dont Margaret Thatcher est représentée de façon volontairement ambivalente, tant sur le plan graphique que narratif : tantôt comme une cruche aux idées profondément odieuses, parfois presque grotesque dans sa rigidité idéologique, tantôt comme une stratège politique redoutablement machiavélique, capable de manipuler ses conseillers, ses ministres et son image médiatique pour rester au pouvoir malgré la haine d'une grande partie de la population. L'album rappelle aussi à quel point ses politiques ont broyé une partie des classes populaires britanniques, notamment les mineurs et les bastions ouvriers, en assumant une brutalité sociale qui explique pourquoi tant de Britanniques l'ont haïe. Le récit évoque d'ailleurs en filigrane l'Angleterre punk de la même époque, celle qui voyait en elle une incarnation détestable du pouvoir et la désignait comme une figure à combattre. Sans développer énormément cet aspect culturel, on ressent bien cette période où une partie de la jeunesse percevait le thatchérisme comme quelque chose de profondément violent, teinté de dérives autoritaires voire fascisantes. Une BD politique très orientée idéologiquement, clairement, mais qui assume totalement son point de vue et qui réussit surtout à être à la fois instructive et amusante.
Barrio negro
Même s’il est signé Georges Simenon, Barrio negro n’est en rien un récit policier mais bien le portrait d’un homme derrière lequel l’auteur exhibe bien plus qu’il ne cache une critique de nos sociétés colonisatrices. Joseph, jeune ingénieur naïf, va découvrir l’hypocrisie, la lâcheté et le poids des conventions. Dépassé, dépité, perdu, il accepte ce qu’on daigne lui proposer, se réfugie de plus en plus régulièrement dans l’alcool, s’aigrit. Comble de tout aux yeux des autres colons, il s’affiche avec une jeune Martiniquaise à la peau bien trop foncée pour être tolérable. J’ai beaucoup aimé ce portrait. Le destin de Joseph m’a touché. Son rejet par les autres colons va finalement lui permettre de se découvrir lui-même, pauvre mais retrouvant une estime de soi qu’il n’avait peut-être jamais connue. L’écriture de Simenon est incisive et Bocquet parvient très bien à l’adapter au format « BD ». Les dialogues occupent la majeure partie de l’espace mais les récitatifs présents nous rappellent l’origine littéraire du récit. C’est franchement très agréable à lire. Le dessin de Javi Rey apporte son écot à la réussite de cet album. Son dessin soigné associé à la luminosité de sa colorisation reconstitue un cadre très crédible alors que ses personnages sont bien croqués et expressifs. Petit détail : c’est le troisième album que je lis dessiné par Javi Rey et c’est à chaque fois un peu différent dans le style et parfaitement adapté au récit. Au final, je peux dire que j’ai vraiment bien aimé. Refroidi par l’adaptation de « La Maison du canal » que j’avais trouvée très fade (mais j’avais beaucoup aimé le roman, et ceci explique peut-être cela), je retrouve mon engouement pour cette collection des romans durs de Simenon. Je recommande.
Koko n'aime pas le capitalisme
De l'humour intello, politique et absurde, réalisé avec brio. Cette bd, dont les deux tomes m'ont été offerts coup sur coup pour un anniversaire, a fait mouche ! Les gags imaginés par tienstiens sont inventifs, incisifs et, je trouve, jamais lourdingues. C'est (presque) toujours politique, mais avec une vraie réflexion derrière, et un vrai propos. C'est pour le coup assez rare, je trouve, qu'une bd d'humour absurde et politique arrive à être drôle en étant aussi directement politisé, et en utilisant des termes et théories politiques aussi précises et poussées. Pour le coup, il y a certaines planches ou il faut s'accrocher, et qui pourraient être tout droit tirées de thèses de sociologie politiques. Mais là où ça pourrait être rébarbatif et/ou chiant, l'auteur réussit l'exploit de rendre chacune de ses planches divertissante, et fraiche à chaque fois. J'ai par exemple beaucoup aimé les planches des Experts, qui constituent un running gag assez réussi. C'est d'ailleurs le ressort comique principal, les séries/figures connues qui sont détournées dans un contexte politique. Comme les autres, j'ai beaucoup aimé le surfeur d'argent et, en tant qu'amateur de catch, j'ai bien apprécié le passage de l'Undertaker dans le deuxième tome. Au passage, j'ai trouvé ce deuxième tome un peu moins réussi que le premier, peut-être un peu moins frais. Koko et Paul sont pas mal présents, ce qui alourdit le récit, et les gags sont un peu plus longs et, parfois, un peu moins percutants. Reste que plusieurs gags m'ont franchement fait rire dans ce deuxième opus aussi. Car oui, en plus de trouver le propos intéressant, les situations cocasses et les références savoureuses, j'ai parfois franchement rigolé. C'est typiquement le genre d'humour qui fonctionne à merveille chez moi. J'ajouterai que j'aime beaucoup le dessin, plus fouillé qu'il n'y parait. Il se prête en tout cas très bien au propos et à l'avantage que l'on reconnait assez facilement les personnalités qui sont caricaturées. Je terminerai par un point important : je crois qu'après toutes ces années de quête, je l'ai enfin trouvée : Koko est la bd parfaite pour les toilettes : drôle, gags en une case ou plusieurs planches au choix (ce qui fait que ça s'adapte très bien à des durées plus ou moins longues), facile à s'arrêter et à reprendre. Et on peut même, ensuite, initier les autres à signer "grève générale expropriatrice".. Que demander de plus ?
La Ballade des frères Blood
Quand j’ai refermé La Ballade des frères Blood, j’ai eu cette sensation étrange d’avoir lu un western brutal, mais surtout profondément humain. Je m’attendais à une histoire de vengeance ou de survie dans un Far West violent, et au final j’ai surtout découvert un récit bouleversant sur l’enfance confrontée à la cruauté du monde. Ce qui m’a frappé, c’est la manière dont le récit prend trois enfants et les jette dans un univers d’une violence terrible, sans jamais chercher à en faire des héros. Ils avancent parce qu’ils n’ont pas le choix, parce que le monde autour d’eux s’est effondré, et tout au long de leur voyage, on sent que quelque chose se brise en eux. Ce n’est pas seulement une aventure dangereuse, c’est une lente destruction de leur innocence. C’est ça qui m’a touché : derrière le western, j’ai vu avant tout le drame de trois gamins obligés de grandir trop vite. J’ai trouvé que le récit dégageait une dureté incroyable, mais une dureté qui n’est jamais gratuite. La violence est omniprésente, mais elle n’est pas là pour impressionner. Elle sert à montrer un monde sans protection, un monde où l’enfance n’a pas sa place. Et c’est justement ce contraste entre la fragilité des frères et la brutalité du monde qui rend l’histoire aussi forte. Plus on avance, plus on comprend qu’ils ne sortiront pas indemnes de ce voyage, et cette impression donne au récit une vraie puissance émotionnelle. Ce que j’ai aussi beaucoup aimé, c’est la relation entre les trois frères. Dans cet univers sale et cruel, leur lien devient la seule lumière possible. C’est ce qui rend l’histoire si poignante : malgré toute l’horreur qui les entoure, il reste cet attachement entre eux, cette volonté d’avancer ensemble. C’est sans doute ce qui donne autant d’âme au récit. Sans cette relation fraternelle, l’histoire serait seulement violente ; grâce à elle, elle devient profondément émouvante. Visuellement, j’ai trouvé l’album magnifique dans sa noirceur. Le dessin porte parfaitement cette ambiance sèche, rude, presque désespérée. Il n’essaie jamais d’embellir la violence ou de romantiser l’Ouest. Tout semble poussiéreux, hostile, étouffant, et cela renforce encore l’impression que ces enfants avancent dans un monde trop grand et trop dur pour eux. J’ai trouvé que cette atmosphère pesante participait énormément à l’impact émotionnel du récit. Ce que je retiens surtout, c’est que La Ballade des frères Blood ne raconte pas seulement une traversée de l’Ouest, mais une traversée de la perte : perte des repères, perte de l’innocence, perte de l’enfance. Et c’est ce qui en fait, à mes yeux, une lecture marquante. J’ai été touché par cette manière simple et brutale de montrer que, dans certains mondes, grandir revient surtout à apprendre la douleur. J’ai vraiment trouvé ce comics puissant, dur, profondément triste, mais aussi très beau dans ce qu’il raconte sur les liens familiaux. Ce n’est pas une lecture facile, mais c’est une lecture qui laisse une trace. Et pour moi, c’est souvent le signe des récits qui comptent vraiment.
Mattéo
Plus de 15 ans après avoir lu le premier tome, j'ai remis la main sur les 4 premiers tomes dans ma médiathèque préférée. Je dois avouer que suis toujours autant charmé, visuellement parlant, par le graphisme de cette série, c'est tout bonnement magnifique. Gibrat nous offre de superbes aquarelles et des personnages hauts en couleurs. Les visages sont très expressifs et le dessin est dynamique. Le seul bémol concerne les personnages féminins. Je n'arrive pas à comprendre pourquoi leurs visages se ressemblent autant alors que ce n'est pas le cas pour les personnages masculins. S'agit-il d'une muse pour l'auteur ? Car je trouve que cela nuit parfois à la clarté du récit même si Gibrat s'efforce de différencier ces personnages avec des coiffures et des couleurs de cheveux assez marquées. Mais là où Gibrat excelle le plus à mon sens, c'est dans sa maîtrise parfaite de la narration et son talent d'écriture. Gibrat utilise ainsi de nombreuses figures de style et métaphores : "Il en recevait des lettres, par poignées, il pouvait s'en faire des éventails le salaud. Moi, de Juliette je ne recevais que du silence." ou "Les lettres, c'est un peu comme les obus, on les attend plus et elles vous tombent dessus... et elles vous découpent le cœur en morceaux sans faire de bruit". Du point de vue de l'histoire, il est vrai qu'au départ, le lecteur se dira pourquoi diantre le personnage principal est-il allé s'engager pour impressionner une demoiselle qui ne l'aime pas.... Gibrat profite ainsi de cette série pour dresser le portrait d'une jeunesse communiste et anarchiste, pleine de rêves, qui vont peu à peu s'éteindre dans la réalité de l'issue des révolutions marquant l'Europe. Mattéo nous emmènera ainsi faire la révolution en Russie (tome 2), puis en Espagne (tome 4) après un retour dans son village natal (tome 2). Il est vrai que le récit reste très romanesque et parfois peu crédible, à des années lumières de ce que peut être une guerre dure, sale et âpre racontée par Tardy par exemple. Dans le style, cette série m'a beaucoup fait penser au film "Un long dimanche de fiançailles". Mais l'ensemble reste très agréable à lire. En attendant de pouvoir me procurer prochainement les deux derniers tomes de la série, un bon 4/5. SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 7/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 8/10 NOTE GLOBALE : 15/20
Dieu en personne
Je trouve à Marc Antoine Mathieu un certain talent : j'ai trouvé la bd un peu longuette parfois, un peu verbeuse, je me suis presque ennuyé. Mais une fois le livre refermé, je ne peux pas m'empêcher d'y repenser et de trouver que c'est quand même un peu génial. Oui, l'idée est originale, mais après tout ça ne fait pas tout. Dieu revient parmi nous, et tout ce qu'on trouve à faire, c'est de l'incorporer à notre société ultra consumériste, sensationnaliste et de l'assigner en justice. C'est un peu ridicule mais bien vu, et pour le coup pas spécialement original, parce que c'est un développement qui ma parait logique. Si dieu débarque réellement demain, je pense qu'on peut assister à pas mal de schémas que l'auteur développe, voire pire. Certaines situations sont un peu caricaturées à l'extrême mais finalement c'est très représentatif de notre monde. Les touches d'humour absurdes fonctionnent bien sur moi, plusieurs m'ont arraché un sourire. Et si, comme je l'ai dit en préambule, j'ai parfois trouvé le temps un petit peu long, notamment pendant les miracles de Dieu, ou les explications des témoins, j'ai eu super envie d'arriver à la fin à chaque instant de ma lecture. Celle-ci, encore une fois, n'est pas spécialement originale, mais m'a parfaitement contenté. Elle est à l'image de la bd. Caricaturale et plausible, stupide et très réelle. L'ensemble est une critique de la société, des humains, sur plusieurs plans (commercialisation de tout et n'importe quoi, crédulité, judiciarisation à l'extrême). Le tout est servi par un dessin ultra efficace, comme à chaque fois chez Marc Antoine Mathieu. Et j'ai bien aimé le fait que l'on ne voit jamais le visage de Dieu, qui ajoutait du mystique au personnage.
1629 ou l'effrayante histoire des naufragés du Jakarta
Lorsque j’ai commencé, j’avais beaucoup d’attentes car Dorison est un de mes auteurs préférés, et il ne m’a pas déçu. Avec 1629, Dorison livre un récit captivant et terriblement oppressant, une œuvre qu’on ne lâche pas facilement tant on est happé par la tension dramatique et la noirceur du propos. Dès les premières pages, le ton est donné : derrière le récit historique de naufragés se dessine une véritable réflexion sur la nature humaine, la violence et la manière dont l’homme peut basculer dans la barbarie lorsque toute structure sociale disparaît. Le prologue évoque notamment "l’effet Lucifer”, cette théorie psychologique selon laquelle des individus ordinaires peuvent commettre les pires atrocités selon le contexte dans lequel ils évoluent. Cette idée imprègne les 2 albums et donne au récit une profondeur glaçante. Plus qu’un simple récit de survie, 1629 devient une démonstration implacable de la fragilité de la morale humaine face au chaos. Le scénario de Dorison est d’une efficacité redoutable : maîtrisé, intense, sans temps mort. Il installe progressivement un climat de tension qui devient de plus en plus étouffant, jusqu’à rendre la lecture presque suffocante. On assiste, fasciné et horrifié, à la montée de la cruauté et à l’effondrement de toute humanité. Graphiquement, Montaigne accompagne ce récit avec un immense talent. Son dessin réaliste et puissant sublime la violence du propos, avec des planches superbes qui renforcent encore l’immersion et l’intensité dramatique. Avec 1629, Dorison signe selon moi une œuvre majeure : brutale, intelligente, fascinante. Une bande dessinée marquante, qui captive autant qu’elle dérange, et qui confirme une fois de plus tout le génie narratif de son auteur.
Fabienne
La suite d'Animan, dans un format beaucoup plus petit. On retrouve Animan en psy des animaux, son ennemi Objecto qui s'entête à l'embêter et sa pote grenouille Fabienne sur lequel l'album s'attache plus particulièrement. On découvre son passé et pourquoi Animan peut la comprendre parler sans besoin de se transformer. Elle a vécu une sorte de remake du film La Mouche de Cronenberg. Depuis elle déprime. La fin appelle clairement une suite, attendue avec impatience.
Frontier
Frontier est une lecture de science-fiction particulièrement réussie, qui propose bien plus qu’un simple récit d’aventure spatiale. Sous ses airs de SF dynamique et accessible, l’album développe un univers crédible et immersif où la conquête spatiale sert surtout de miroir à des problématiques très actuelles : exploitation des ressources, rapports de domination, inégalités sociales. L’un des grands points forts de l’album est sa capacité à nous plonger très rapidement dans cet univers. Guillaume Singelin installe son décor avec efficacité, sans surcharger le récit d’explications inutiles. On entre vite dans l’histoire, on comprend les enjeux, et on suit les personnages avec plaisir. Le rythme est fluide, naturel, et rend la lecture particulièrement agréable. L’ambiance générale est excellente : il y a une vraie sensation d’immersion, un univers vivant, cohérent, dans lequel on sent à la fois le souffle de l’aventure spatiale et le poids des réalités humaines qui s’y jouent. Cette dimension sociale donne de la profondeur au récit sans jamais alourdir la narration. Le dessin contribue énormément à cette réussite. Avec un style très dynamique, aux influences manga assumées, Guillaume Singelin donne beaucoup d’énergie à son univers. Les personnages sont expressifs, les scènes sont lisibles, et l’ensemble possède une vraie identité visuelle. Ce choix graphique apporte une légèreté bienvenue à un fond plus dense, et l’équilibre fonctionne très bien. Ce qui rend Frontier particulièrement plaisant, c’est cette capacité à mêler aventure, accessibilité et réflexion. Le récit reste prenant du début à la fin, tout en proposant un arrière-plan riche et intelligent. Sans révolutionner le genre, l’album parvient à offrir une science-fiction généreuse, immersive et pleine d’humanité. Une très belle réussite dans le registre de la SF moderne, portée par un univers fort et un dessin vibrant.