En grande partie autobiographique, le titre Colin-Maillard est surtout une métaphore de l'enfance et de l'éveil amoureux/sexuel. Cabanes rappelle des épisodes de sa jeunesse et des premiers désirs et découvertes face aux filles. Une promenade sur les pas de l'enfance et de la jeunesse, ponctuée de figures féminines et de ses premiers émois amoureux. Le titre fonctionne aussi comme une sorte de jeu de mémoire : chercher à retrouver, à l'aveugle, les sensations d'autrefois. C'est une image assez élégante pour le passage de l'enfance au désir: découvrir l'amour et la sexualité sans encore savoir exactement où l'on est.
Colin-Maillard est très amusant ! Les histoires et les personnages sont drôles, Max et ses camarades, le petit diable Manolo, « l’Athlète », les filles et les femmes allumeuses. Je n’arrive pas à m’empêcher de me rappeler certains épisodes similaires de ma jeunesse. Les premières émotions liées au désir, parfois à des moments et des situations très inappropriés, à la plage, au catéchisme, lors de fêtes de famille, avec les cousines.
Les dessins et les couleurs sont très beaux, très sensuels. Les effets de la lumière et de l'ombre sur la plage, dans les champs, dans les rues et dans les parcs, même la nuit, sont admirables. L'eau de mer, les reflets et les brillances sont très bien rendus, pure poésie visuelle. Mais par-dessus tout, je trouve magnifiques les tonalités de la peau sur le visage des filles.
Nous pouvons considérer Les Années Pattes d'Eph’ comme une sorte de continuation de ces histoires. Je pense que l’auteur a été souvent évalué de manière un peu injuste et, peut-être à cause de cela, s’est consacré à tant de séries hétérogènes. D’un autre côté, tant mieux, j’aime tout ce que fait Cabanes!
C'est vraiment excellent, ça, dis donc !
Je ne pensais pas être autant plongé dans cette lecture, mais alors que j'ai posé le tome il y a quelques heures, je me rend bien compte que le récit me hante encore. C'est une plongée fascinante dans un récit aux airs de faux thriller mais qui sait se construire doucement jusqu'à me finir par un petit uppercut qui reste en tête. Le genre de lecture que j'apprécie !
En ouvrant le volume, je me suis dit qu'on allait avoir une nouvelle variation sur le thème des familles d'immigrés, celles qui ont vu les parents arriver dans un pays d'Europe pour le travail et les conflits que cela provoque avec les enfants. Sauf que non, le récit est bien différent même si cette idée est sous-jacente au récit. En effet, c'est un récit d'immigration, de trafics humains, de jeunes un peu perdus dans leurs vies mais aussi d'adolescence et de construction de soi.
Même si deux protagonistes sont présents au centre du récit, c'est avant tout la jeune Tâm qui est l'héroïne de ce qui se déroule, secondée par Alex qui est moins présent mais tout aussi intéressant. Deux collégiens/lycéens qui affrontent des choses qu'ils ne pensaient pas, dans un récit qui révèle progressivement chacun. Et c'est là que le récit est brillant, sur la construction des personnages. Chacun a droit à son petit moment tendre, à son développement même s'il est succin. L'écriture est soignée et permet d'englober un large panel de thème, de l'amour naissant aux comportements adolescents, l'incapacité de parler aux adultes, la violence d'un monde qui les confronte brusquement à ce qui reste souvent caché. Il est aussi question du rapport aux parents, de la solitude qui peut habiter certains.
Si je dis que le récit m'a cueilli sur la fin, c'est qu'il n'arrête pas innocemment son histoire. Tout n'est pas résolu, loin de là, et l'auteur à choisi de nous laisser sur une série de planches plus calme après le tumulte du climax, tout en présentant une phrase finale qui résonne encore dans ma tête. Parce qu'elle encapsule bien ce que furent ces évènements pour ces jeunes gens. Et que l'émotion qui fut présente dans les pages précédentes est encore vive à l'esprit, que ce soit la scène du cerisier (pour ne pas trop en dire), ou encore la scène du coup de téléphone de Hoa Binh. En peu de cases, quelques mots mais surtout une narration visuelle étonnante, l'auteur communique de véritables émotions qui restent accrochés au personnage et que j'ai pris en pleine poire. C'est tout ce que je demandais à un tel récit et j'ai vraiment accroché à sa proposition. Une BD qui me fait réfléchir à plein de choses et me hante encore après la lecture, donc que je ne peux que recommander. Et cet auteur, je me le note comme à suivre !
Très belle découverte. Dans un monde à la fois très spirituel et dur, Temudjin parvient à être une œuvre profondément poétique. L’histoire mélange joliment aventure initiatique, romance et parcours de vie, avec un rythme plutôt lent mais qui ne tombe jamais vraiment dans le contemplatif. Le récit prend son temps sans donner l’impression de stagner, porté par cette dimension mystique qui imprègne toute la série.
Mais c’est surtout graphiquement que Temudjin séduit. Le dessin est absolument magnifique et donne une vraie identité à l’œuvre, notamment dans sa manière de représenter les paysages, les esprits et tout cet univers chamanique. L’image ne se contente pas d’accompagner le récit : elle participe pleinement à son caractère mystique et poétique. Je regrette seulement une légère baisse de qualité graphique dans le deuxième tome, sans que cela remette réellement en cause la réussite de l’ensemble.
Une très belle BD, originale dans son atmosphère et particulièrement réussie visuellement.
Un récit très touchant, construit comme une enquête au milieu de gens « normaux ». Pas de héros, pas de fantastique, rien que des existences banales ; et c’est justement ce qui fait toute la force de l’album. On s’y retrouve facilement, sans que cette normalité rende pour autant l’intrigue molle. Bien au contraire : l’enquête fonctionne très bien et on se laisse rapidement prendre.
Il y a surtout un vrai travail de finesse sur les personnages, leurs failles et leurs petites vies, avec en toile de fond quelques critiques bien senties de la société actuelle. L’ensemble est d’une belle tendresse pour le banal, sans chercher à transformer artificiellement ces personnages ordinaires en êtres extraordinaires.
Le dessin accompagne parfaitement cette approche. Le trait est légèrement caricatural, juste ce qu’il faut pour croquer cette France de M. et Mme Tout-le-monde, tout en laissant suffisamment de place à l’émotion. Une très belle lecture, simple en apparence mais beaucoup plus fine qu’elle n’en a l’air.
Si je laisse parler la tête, c’est un solide 4/5 ; si je laisse parler le cœur, on est plutôt à 5/5. C’est clairement le genre de récit que j’aime : feel-good sans en faire trop, bien rythmé, agréable à lire, mais avec suffisamment de fond pour ne jamais tomber dans la simple histoire réconfortante.
Il y a de la critique, du questionnement, une vraie réflexion sur les choix de vie et ce qu’on attend de nous, mais tout cela reste très naturel. Le scénario avance avec beaucoup de fluidité et s’appuie sur des personnages certes un peu archétypaux, mais juste ce qu’il faut : ils sont suffisamment bien ficelés pour qu’on s’y attache sans avoir l’impression de voir défiler des clichés. L’ambiance et les décors participent énormément au plaisir de lecture et donnent un vrai corps à l’ensemble.
C’est typiquement le genre d’histoire qui pourrait donner un film français à succès. Sauf qu’ici, elle profite en plus d’un très beau dessin et de tout ce que la BD permet en matière d’atmosphère et de rythme. Difficile de demander beaucoup plus.
Gros coup de cœur. Virgile parle de l’humain dans toute sa complexité, avec une subtilité assez remarquable. Malgré la gravité des sujets abordés, Zidrou garde constamment une forme d’humour et de légèreté qui empêche le récit de devenir pesant. Et c’est sans doute là que se trouve le véritable brio de l’œuvre : ce n’est finalement pas tant une histoire sur la mort ou la fin de vie qu’une histoire sur la vie.
La tétraplégie permet notamment d’aborder de manière très concrète ce décalage étrange entre le corps et l’esprit : vivre dans une machine cassée sans l’être soi-même dans sa tête. Le sujet est dur, mais traité sans pathos inutile. Autour de Virgile, les personnages sont tous remarquablement construits. Chacun possède ses facettes, ses failles, son humanité, et surtout chacun apporte réellement quelque chose au récit.
Le dessin de Lucy Mazel accompagne parfaitement cette approche. Il est beau, doux et presque mélodieux, avec une sensibilité qui ne cherche jamais à prendre le dessus sur le récit mais vient au contraire le prolonger et le sublimer.
Une œuvre profondément humaine, légère sans être superficielle et émouvante sans jamais forcer l’émotion.
Le maire, c'est la République au village. – Jules Ferry
-
Ce tome contient une forme d’exposé biographique, indépendant de tout autre, ne nécessitant aucune connaissance préalable. Son édition originale date de 2026. Il a été réalisé par Laurent Turpin pour le récit, par Turpin et Olivier Berlion pour l’adaptation du récit et les dialogues, par Berlion pour le dessin, et par Christian Favrelle pour les couleurs. Il comprend cent-vingt-six planches de bande dessinée. Il commence par une introduction de deux pages de M. Turpin, maire de Sandemont.
La France est le pays d’Europe comptant le plus de communes : 34.964, dont 34.805 en métropole, recensées par l’INSEE. Parmi celles-ci, plus de la moitié (18.582) ont moins de 500 habitants. Saudemont, municipalité rurale des Hauts-de-France, située dans le triangle Arras-Douai-Cambrai, en fait partie. Bienvenue chez Laurent… Avec un peu plus de 420 habitants, ce village ch’ti est composé d’anciens ou d’enfants d’anciens du village, qui se connaissent tous. Et de nouveaux venus qui s’intègrent grâce à leurs enfants (écoles et activités comme Halloween, carnaval, père Noël…) et aux diverses festivités qui leur sont proposées (ducasse, fête de la Bière…). Comme la majorité des communes rurales, Saudemont est un village à dominante agricole, ce qui lui garantit une qualité de vue reconnue… Mais peu de ressources financières, à la différence des bourgs industrialisées qui récupèrent des attributions liées aux activités professionnelles présentes ou passées. Saudemont dispose d’un riche patrimoine matériel, notamment un clocher classé monument historique depuis 1928. Mais aussi les fameux Anges de Saudemont, deux statues en bois polychrome datant de la fin du XIIIe siècle et dont les originaux sont désormais au musée des Beaux-Arts d’Arras. Dans une des chapelles du village, des répliques réalisées à l’identique par les ateliers du Louvre sont exposées. Saudemont a aussi un patrimoine vivant avec son élevage de chevaux Trait du Nord (c’est le nom de cette espèce bien particulière). Ces puissants chevaux tractionnaires sont utilisés pour aider au débardage ou à la place des engins motorisés. Succès assuré quand ils sortent pour balader petits et grands, mais aussi le père Noël, dans les rues de Saudemont. Depuis 2022, Saudemont est devenu Village Patrimoine, un label national mettant en avant la richesse patrimoine des communes de moins de 2.500 habitants. Quelques autres villages aux alentours sont également labellisés, grâce à la richesse naturelle que sont leurs nombreux marais pour les uns ou encore le patrimoine mémoriel de la Première Guerre mondiale pour les autres. Voilà, fin de la visite !
Devenir un petit maire. Laurent Turpin est revenu vivre à Saudemont en 2017, dans la maison que sa famille occupe depuis la fin du XIXe siècle, pour se rapprocher de ses parents dont la santé était fragile. Le monument aux morts recense deux de ses aïeux. Et le cimetière pourrait lui servir d’arbre généalogique à lui tout seul. Son grand-père (résistant notoire) a occupé la fonction d’édile municipal de 1956 à sa mort, en 1978. Et son frère, enfant du village, est revenu y vivre dans les années 1980 avec sa mère, jusqu’à leur dernier souffle. Tous les deux… En 2019…
Dans son introduction, le petit maire, explique sa démarche : Ce livre n’est qu’un témoignage personnel (parfois un peu romancé…) ; il manque sûrement beaucoup d’événements que vivent tous les petits maires (ils sont tellement nombreux) au quotidien. L’idée n’était pas de faire un recensement exhaustif des situations vécues, plutôt d’expliquer la fonction de maire rural et de l’illustrer en puisant dans l’éventail de ses actions et de ses responsabilités, parfois subies. Il est aujourd’hui utile de faire connaître et de valoriser ce statut, afin d’expliquer dans quelle mesure l’implication de tous les maires est fondamentale pour le fonctionnement de la démocratie, au-delà des simples discours. […] Les petits maires luttent au quotidien pour apporter à leurs administrés la qualité de vie qu’ils recherchent en vivant depuis des années dans leur village ou en venant s’y installer. Les liens de proximité sont notre fortune humaine, nous ne voulons pas la gaspiller. Alors, nous agissons à tout instant pour donner une réalité au mieux vivre ensemble. Ainsi le maire de Saudemont se présente puis raconte sa propre démarche, son lien avec la commune de Saudemont, de son élection, jusqu’à son interrogation sur se représenter ou non, en six chapitres : Devenir un petit maire, Les premiers pas, Petit maire, matin, midi et soir…, La vie communale, L’action supracommunale, Se représenter ou pas…
Cette bande dessinée se trouve donc à la croisée du reportage, de l’autobiographie et de la vulgarisation, concernant la fonction de maire d’une commune de moins de mille habitants, ce qui conduit l’édile à se qualifier lui-même de petit maire. Toutefois dans l’introduction, il souligne que les problématiques sont les mêmes que celles des grandes villes (mobilité, identité, sécurité, services, vivre-ensemble, etc.), juste avec moins de moyens. Il continue avec un autre propos souvent entendu : Même s’il y a des communes de petite taille, il n’y a pas de petite commune. Et il ajoute : Certes, mais il y a de petits maires, ceux qui ne bénéficient pas d’une administration, d’une ingénierie ou d’une logistique suffisantes pour gérer les affaires, même courantes. Pour réaliser cette narration, il s’est associé avec un bédéaste qui réalise des dessins dans un registre descriptif et réaliste. Les dessins apparaissent légèrement simplifiés, avec une approche naturaliste. Un peu comme le maire, l’artiste sait tout faire, ou en tout cas tout représenter, quel que soit le domaine d’activité évoqué. L’ordinaire d’un commune rurale et le quotidien d’un maire : une chapelle du village, le patrimoine naturel tel qu’un marais, le cimetière, le monument aux morts, des champs, les maisons du la commune, la salle des fêtes, le bureau du maire, une vue aérienne du village, la cuisine, la salle à manger et le jardin du maire, les rues de la ville envahies par une coulée de boue, l’école avec ses salles de classe et sa cour, les bureaux de la préfecture, le parc récemment rénové, l’église, une ducasse, etc.
Les dessins sont rehaussés par un lavis gris venant souligner certains éléments visuels, et par les couleurs bleu et rouge qui viennent encadrer le blanc de la feuille pour les écharpes tricolores et le drapeau français, faisant ainsi discrètement ressortir la dimension républicaine de ce témoignage. Le lecteur ressent vite la qualité de la coordination entre le maire et le bédéaste. Ils ont investi un temps important pour que le résultat soit une vraie bande dessinée, plutôt qu’un texte illustré ou un récitatif avec des images figées. M. le Maire apparaît dans la plupart des planches, ce qui est cohérent avec le fait que toutes les demandes des habitants lui sont directement adressées et qu’il est perçu comme la ressource de proximité immédiatement disponible à toute heure du jour et de la nuit. En plus de montrer les différentes facettes de la ville et des activités du maire, la narration visuelle met en scène les habitants dans leur demande, ainsi que les adjoints et les conseillers, les services de la préfecture. Sans s’en rendre compte, le lecteur bénéficie d’une visite privilégiée du quotidien de la commune, dans toute sa banalité, et également toutes ses particularités.
S’il a déjà eu l’occasion de s’intéresser aux actions d’un maire et à leur diversité, le lecteur se trouve en terrain familier, et il peut apprécier la qualité de la description qui est faite. Au moment de la sortie de cet ouvrage, le maire reste l’élu disposant du taux de confiance le plus élevé chez les citoyens. À l’opposé des grandes affaires faisant la une des journaux, le lecteur suit un élu dans ce que sa charge a de plus concret et de plus quotidien. Les auteurs passent en revue les différents domaines dont il assume la responsabilité avec les conseillers, de l’état civil à la sécurité, en passant par l’accompagnement aussi bien des personnes âgées que des citoyens subissant la fracture numérique. Ils montrent concrètement différentes actions, que ce soit l’identification d’un corps en cas d’accident de la route que l’organisation d’une fête communale, en passant par des moments compliqués comme la réouverture des classes à l’issue du confinement dans le contexte du COVID-19. Au travers des tâches réalisées, se brosse le portrait d’une charge, de convictions et de motivations. L’omni-disponibilité attendue par les citoyens, et considérée comme normale, n’a de sens qu’au regard de ce qui anime l’élu : renforcer les liens et humains et favoriser la transmission civique. Il conclut son témoignage par le bilan de ce qui a été réalisé : c’est extrêmement gratifiant de contribuer au bien-être des gens. Dans ce monde toujours plus individualiste, partager un sourire, un regard bienveillant ou simplement un Bonjour est à chaque fois une victoire qui donne du sens à son engagement. Et puis il est entouré d’une équipe formidable prête à poursuivre cette aventure humaine et citoyenne.
Petit maire : en rien une expression méprisante ou de condescendance, un terme indiquant qu’il s’agit d’un élu dans une petite ville, de moins de mille habitants. Élu et bédéaste ont travaillé main dans la main pour raconter cette fonction depuis la naissance d’un projet chez un citoyen avec des convictions et qui va présenter une liste, jusqu’à l’heure du bilan et à la question de se représenter. Ils racontent à la fois le parcours du maire, et à la fois les missions dont il est responsable vingt-quatre heures sur vingt-quatre. En fonction de son intérêt pour le sujet, le lecteur découvre cet engagement et ces responsabilités, ou il conforte ses connaissances avec l’exemple du maire de Saudemont, commune française située dans le département du Pas-de-Calais en région Hauts-de-France. Une belle rencontre avec un maire, l’élu préféré des Français.
Deux auteurs nés â Beyrouth, l’un qui y est retourné et l’autre qui est resté en France (en tout cas, si j’ai bien compris !) parlent des événements qui se sont passés depuis les attaques du 7 octobre 2023.
On sent leurs sentiments de révoltes contre la montée de l’extrême-droite partout dans le monde et les massacres de civils palestiniens qui se poursuivent sans que personne ne semble capable de les arrêter. On voit aussi un point de vue de l’actualité vu depuis le Liban, un pays compliqué qui ne s’est jamais vraiment remis de la guerre civile.
J’ai trouvé cet album vraiment passionnant à lire et instructif sur plusieurs aspects. J’ai bien aimé suivre les réflexions de ses deux auteurs sur les événements du présent et du passé. Le ton est certes décousue vu que c’est écrit â quatre mains au jour le jour, mais tout ce qui est raconté m’a semblé former un tout cohérent. Il n’y a pas un sujet qui m’a semblé hors-sujet avec tous les autres sujets traités dans cet album qui est un peu difficile à résumer.
Tout ce que je peux dire s’est que c’est un livre terriblement humaniste qui m’a marqué et bouleversé.
J'ai absolument dévoré cette série. L'Or et le Sang réussit un équilibre assez remarquable entre récit d'aventure, franche camaraderie et propos beaucoup plus profond. Le scénario est brillant, rythmé sans être précipité, avec ce qu'il faut de légèreté et de drame pour ne jamais tomber ni dans la fresque historique pesante, ni dans l'aventure superficielle.
Le principal point fort reste à mes yeux les personnages. Ils sont particulièrement bien écrits : cohérents dans leurs motivations, attachants sans être lisses, et surtout capables d'évoluer réellement au fil du récit. Leur relation donne énormément de vie à l'ensemble. En parallèle, la série aborde avec beaucoup de finesse des thèmes plus lourds : colonialisme, pouvoir, idéalisme, liberté ou encore rapports de domination. Le propos est présent et parfois assez critique, mais jamais asséné.
Le dessin n'est pas forcément ma tasse de thé au premier abord. Son style assez original peut surprendre pour ce type de récit historique et d'aventure, mais il finit par fonctionner remarquablement bien avec l'énergie et la personnalité de la série. Au final, c'est même plutôt à mettre au crédit de l'œuvre.
Un très gros coup de cœur : une série intelligente, généreuse et extrêmement plaisante à lire, qui parvient à divertir tout en ayant réellement quelque chose à raconter.
C’est une très belle BD, tout en douceur, avec un rythme lent et presque contemplatif. Le récit prend son temps, sans chercher à multiplier les rebondissements, et cela lui va très bien. Il y a quelque chose de vraiment apaisant dans cette lecture, avec un univers délicat et une narration presque « sculpturale », c’est le cas de le dire.
On pourra lui reprocher un scénario parfois prévisible et quelques passages un peu mielleux, mais cela fait aussi partie de son charme. Le Boiseleur assume pleinement son côté conte, avec des personnages et des situations parfois très archétypaux. C’est presque un Disney sur papier, et ce serait finalement dommage qu’il cherche à être autre chose.
Le dessin accompagne parfaitement cette ambiance, avec beaucoup de finesse et une vraie élégance. Au-delà de ses thèmes sociaux et écologiques, c’est surtout une BD qui fait du bien, idéale pour un moment de lecture calme et agréable. Un vrai coup de cœur.
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En grande partie autobiographique, le titre Colin-Maillard est surtout une métaphore de l'enfance et de l'éveil amoureux/sexuel. Cabanes rappelle des épisodes de sa jeunesse et des premiers désirs et découvertes face aux filles. Une promenade sur les pas de l'enfance et de la jeunesse, ponctuée de figures féminines et de ses premiers émois amoureux. Le titre fonctionne aussi comme une sorte de jeu de mémoire : chercher à retrouver, à l'aveugle, les sensations d'autrefois. C'est une image assez élégante pour le passage de l'enfance au désir: découvrir l'amour et la sexualité sans encore savoir exactement où l'on est. Colin-Maillard est très amusant ! Les histoires et les personnages sont drôles, Max et ses camarades, le petit diable Manolo, « l’Athlète », les filles et les femmes allumeuses. Je n’arrive pas à m’empêcher de me rappeler certains épisodes similaires de ma jeunesse. Les premières émotions liées au désir, parfois à des moments et des situations très inappropriés, à la plage, au catéchisme, lors de fêtes de famille, avec les cousines. Les dessins et les couleurs sont très beaux, très sensuels. Les effets de la lumière et de l'ombre sur la plage, dans les champs, dans les rues et dans les parcs, même la nuit, sont admirables. L'eau de mer, les reflets et les brillances sont très bien rendus, pure poésie visuelle. Mais par-dessus tout, je trouve magnifiques les tonalités de la peau sur le visage des filles. Nous pouvons considérer Les Années Pattes d'Eph’ comme une sorte de continuation de ces histoires. Je pense que l’auteur a été souvent évalué de manière un peu injuste et, peut-être à cause de cela, s’est consacré à tant de séries hétérogènes. D’un autre côté, tant mieux, j’aime tout ce que fait Cabanes!
Le Nirvana est ici
C'est vraiment excellent, ça, dis donc ! Je ne pensais pas être autant plongé dans cette lecture, mais alors que j'ai posé le tome il y a quelques heures, je me rend bien compte que le récit me hante encore. C'est une plongée fascinante dans un récit aux airs de faux thriller mais qui sait se construire doucement jusqu'à me finir par un petit uppercut qui reste en tête. Le genre de lecture que j'apprécie ! En ouvrant le volume, je me suis dit qu'on allait avoir une nouvelle variation sur le thème des familles d'immigrés, celles qui ont vu les parents arriver dans un pays d'Europe pour le travail et les conflits que cela provoque avec les enfants. Sauf que non, le récit est bien différent même si cette idée est sous-jacente au récit. En effet, c'est un récit d'immigration, de trafics humains, de jeunes un peu perdus dans leurs vies mais aussi d'adolescence et de construction de soi. Même si deux protagonistes sont présents au centre du récit, c'est avant tout la jeune Tâm qui est l'héroïne de ce qui se déroule, secondée par Alex qui est moins présent mais tout aussi intéressant. Deux collégiens/lycéens qui affrontent des choses qu'ils ne pensaient pas, dans un récit qui révèle progressivement chacun. Et c'est là que le récit est brillant, sur la construction des personnages. Chacun a droit à son petit moment tendre, à son développement même s'il est succin. L'écriture est soignée et permet d'englober un large panel de thème, de l'amour naissant aux comportements adolescents, l'incapacité de parler aux adultes, la violence d'un monde qui les confronte brusquement à ce qui reste souvent caché. Il est aussi question du rapport aux parents, de la solitude qui peut habiter certains. Si je dis que le récit m'a cueilli sur la fin, c'est qu'il n'arrête pas innocemment son histoire. Tout n'est pas résolu, loin de là, et l'auteur à choisi de nous laisser sur une série de planches plus calme après le tumulte du climax, tout en présentant une phrase finale qui résonne encore dans ma tête. Parce qu'elle encapsule bien ce que furent ces évènements pour ces jeunes gens. Et que l'émotion qui fut présente dans les pages précédentes est encore vive à l'esprit, que ce soit la scène du cerisier (pour ne pas trop en dire), ou encore la scène du coup de téléphone de Hoa Binh. En peu de cases, quelques mots mais surtout une narration visuelle étonnante, l'auteur communique de véritables émotions qui restent accrochés au personnage et que j'ai pris en pleine poire. C'est tout ce que je demandais à un tel récit et j'ai vraiment accroché à sa proposition. Une BD qui me fait réfléchir à plein de choses et me hante encore après la lecture, donc que je ne peux que recommander. Et cet auteur, je me le note comme à suivre !
Temudjin
Très belle découverte. Dans un monde à la fois très spirituel et dur, Temudjin parvient à être une œuvre profondément poétique. L’histoire mélange joliment aventure initiatique, romance et parcours de vie, avec un rythme plutôt lent mais qui ne tombe jamais vraiment dans le contemplatif. Le récit prend son temps sans donner l’impression de stagner, porté par cette dimension mystique qui imprègne toute la série. Mais c’est surtout graphiquement que Temudjin séduit. Le dessin est absolument magnifique et donne une vraie identité à l’œuvre, notamment dans sa manière de représenter les paysages, les esprits et tout cet univers chamanique. L’image ne se contente pas d’accompagner le récit : elle participe pleinement à son caractère mystique et poétique. Je regrette seulement une légère baisse de qualité graphique dans le deuxième tome, sans que cela remette réellement en cause la réussite de l’ensemble. Une très belle BD, originale dans son atmosphère et particulièrement réussie visuellement.
Tananarive
Un récit très touchant, construit comme une enquête au milieu de gens « normaux ». Pas de héros, pas de fantastique, rien que des existences banales ; et c’est justement ce qui fait toute la force de l’album. On s’y retrouve facilement, sans que cette normalité rende pour autant l’intrigue molle. Bien au contraire : l’enquête fonctionne très bien et on se laisse rapidement prendre. Il y a surtout un vrai travail de finesse sur les personnages, leurs failles et leurs petites vies, avec en toile de fond quelques critiques bien senties de la société actuelle. L’ensemble est d’une belle tendresse pour le banal, sans chercher à transformer artificiellement ces personnages ordinaires en êtres extraordinaires. Le dessin accompagne parfaitement cette approche. Le trait est légèrement caricatural, juste ce qu’il faut pour croquer cette France de M. et Mme Tout-le-monde, tout en laissant suffisamment de place à l’émotion. Une très belle lecture, simple en apparence mais beaucoup plus fine qu’elle n’en a l’air.
Ulysse & Cyrano
Si je laisse parler la tête, c’est un solide 4/5 ; si je laisse parler le cœur, on est plutôt à 5/5. C’est clairement le genre de récit que j’aime : feel-good sans en faire trop, bien rythmé, agréable à lire, mais avec suffisamment de fond pour ne jamais tomber dans la simple histoire réconfortante. Il y a de la critique, du questionnement, une vraie réflexion sur les choix de vie et ce qu’on attend de nous, mais tout cela reste très naturel. Le scénario avance avec beaucoup de fluidité et s’appuie sur des personnages certes un peu archétypaux, mais juste ce qu’il faut : ils sont suffisamment bien ficelés pour qu’on s’y attache sans avoir l’impression de voir défiler des clichés. L’ambiance et les décors participent énormément au plaisir de lecture et donnent un vrai corps à l’ensemble. C’est typiquement le genre d’histoire qui pourrait donner un film français à succès. Sauf qu’ici, elle profite en plus d’un très beau dessin et de tout ce que la BD permet en matière d’atmosphère et de rythme. Difficile de demander beaucoup plus.
Virgile
Gros coup de cœur. Virgile parle de l’humain dans toute sa complexité, avec une subtilité assez remarquable. Malgré la gravité des sujets abordés, Zidrou garde constamment une forme d’humour et de légèreté qui empêche le récit de devenir pesant. Et c’est sans doute là que se trouve le véritable brio de l’œuvre : ce n’est finalement pas tant une histoire sur la mort ou la fin de vie qu’une histoire sur la vie. La tétraplégie permet notamment d’aborder de manière très concrète ce décalage étrange entre le corps et l’esprit : vivre dans une machine cassée sans l’être soi-même dans sa tête. Le sujet est dur, mais traité sans pathos inutile. Autour de Virgile, les personnages sont tous remarquablement construits. Chacun possède ses facettes, ses failles, son humanité, et surtout chacun apporte réellement quelque chose au récit. Le dessin de Lucy Mazel accompagne parfaitement cette approche. Il est beau, doux et presque mélodieux, avec une sensibilité qui ne cherche jamais à prendre le dessus sur le récit mais vient au contraire le prolonger et le sublimer. Une œuvre profondément humaine, légère sans être superficielle et émouvante sans jamais forcer l’émotion.
Le Petit Maire
Le maire, c'est la République au village. – Jules Ferry - Ce tome contient une forme d’exposé biographique, indépendant de tout autre, ne nécessitant aucune connaissance préalable. Son édition originale date de 2026. Il a été réalisé par Laurent Turpin pour le récit, par Turpin et Olivier Berlion pour l’adaptation du récit et les dialogues, par Berlion pour le dessin, et par Christian Favrelle pour les couleurs. Il comprend cent-vingt-six planches de bande dessinée. Il commence par une introduction de deux pages de M. Turpin, maire de Sandemont. La France est le pays d’Europe comptant le plus de communes : 34.964, dont 34.805 en métropole, recensées par l’INSEE. Parmi celles-ci, plus de la moitié (18.582) ont moins de 500 habitants. Saudemont, municipalité rurale des Hauts-de-France, située dans le triangle Arras-Douai-Cambrai, en fait partie. Bienvenue chez Laurent… Avec un peu plus de 420 habitants, ce village ch’ti est composé d’anciens ou d’enfants d’anciens du village, qui se connaissent tous. Et de nouveaux venus qui s’intègrent grâce à leurs enfants (écoles et activités comme Halloween, carnaval, père Noël…) et aux diverses festivités qui leur sont proposées (ducasse, fête de la Bière…). Comme la majorité des communes rurales, Saudemont est un village à dominante agricole, ce qui lui garantit une qualité de vue reconnue… Mais peu de ressources financières, à la différence des bourgs industrialisées qui récupèrent des attributions liées aux activités professionnelles présentes ou passées. Saudemont dispose d’un riche patrimoine matériel, notamment un clocher classé monument historique depuis 1928. Mais aussi les fameux Anges de Saudemont, deux statues en bois polychrome datant de la fin du XIIIe siècle et dont les originaux sont désormais au musée des Beaux-Arts d’Arras. Dans une des chapelles du village, des répliques réalisées à l’identique par les ateliers du Louvre sont exposées. Saudemont a aussi un patrimoine vivant avec son élevage de chevaux Trait du Nord (c’est le nom de cette espèce bien particulière). Ces puissants chevaux tractionnaires sont utilisés pour aider au débardage ou à la place des engins motorisés. Succès assuré quand ils sortent pour balader petits et grands, mais aussi le père Noël, dans les rues de Saudemont. Depuis 2022, Saudemont est devenu Village Patrimoine, un label national mettant en avant la richesse patrimoine des communes de moins de 2.500 habitants. Quelques autres villages aux alentours sont également labellisés, grâce à la richesse naturelle que sont leurs nombreux marais pour les uns ou encore le patrimoine mémoriel de la Première Guerre mondiale pour les autres. Voilà, fin de la visite ! Devenir un petit maire. Laurent Turpin est revenu vivre à Saudemont en 2017, dans la maison que sa famille occupe depuis la fin du XIXe siècle, pour se rapprocher de ses parents dont la santé était fragile. Le monument aux morts recense deux de ses aïeux. Et le cimetière pourrait lui servir d’arbre généalogique à lui tout seul. Son grand-père (résistant notoire) a occupé la fonction d’édile municipal de 1956 à sa mort, en 1978. Et son frère, enfant du village, est revenu y vivre dans les années 1980 avec sa mère, jusqu’à leur dernier souffle. Tous les deux… En 2019… Dans son introduction, le petit maire, explique sa démarche : Ce livre n’est qu’un témoignage personnel (parfois un peu romancé…) ; il manque sûrement beaucoup d’événements que vivent tous les petits maires (ils sont tellement nombreux) au quotidien. L’idée n’était pas de faire un recensement exhaustif des situations vécues, plutôt d’expliquer la fonction de maire rural et de l’illustrer en puisant dans l’éventail de ses actions et de ses responsabilités, parfois subies. Il est aujourd’hui utile de faire connaître et de valoriser ce statut, afin d’expliquer dans quelle mesure l’implication de tous les maires est fondamentale pour le fonctionnement de la démocratie, au-delà des simples discours. […] Les petits maires luttent au quotidien pour apporter à leurs administrés la qualité de vie qu’ils recherchent en vivant depuis des années dans leur village ou en venant s’y installer. Les liens de proximité sont notre fortune humaine, nous ne voulons pas la gaspiller. Alors, nous agissons à tout instant pour donner une réalité au mieux vivre ensemble. Ainsi le maire de Saudemont se présente puis raconte sa propre démarche, son lien avec la commune de Saudemont, de son élection, jusqu’à son interrogation sur se représenter ou non, en six chapitres : Devenir un petit maire, Les premiers pas, Petit maire, matin, midi et soir…, La vie communale, L’action supracommunale, Se représenter ou pas… Cette bande dessinée se trouve donc à la croisée du reportage, de l’autobiographie et de la vulgarisation, concernant la fonction de maire d’une commune de moins de mille habitants, ce qui conduit l’édile à se qualifier lui-même de petit maire. Toutefois dans l’introduction, il souligne que les problématiques sont les mêmes que celles des grandes villes (mobilité, identité, sécurité, services, vivre-ensemble, etc.), juste avec moins de moyens. Il continue avec un autre propos souvent entendu : Même s’il y a des communes de petite taille, il n’y a pas de petite commune. Et il ajoute : Certes, mais il y a de petits maires, ceux qui ne bénéficient pas d’une administration, d’une ingénierie ou d’une logistique suffisantes pour gérer les affaires, même courantes. Pour réaliser cette narration, il s’est associé avec un bédéaste qui réalise des dessins dans un registre descriptif et réaliste. Les dessins apparaissent légèrement simplifiés, avec une approche naturaliste. Un peu comme le maire, l’artiste sait tout faire, ou en tout cas tout représenter, quel que soit le domaine d’activité évoqué. L’ordinaire d’un commune rurale et le quotidien d’un maire : une chapelle du village, le patrimoine naturel tel qu’un marais, le cimetière, le monument aux morts, des champs, les maisons du la commune, la salle des fêtes, le bureau du maire, une vue aérienne du village, la cuisine, la salle à manger et le jardin du maire, les rues de la ville envahies par une coulée de boue, l’école avec ses salles de classe et sa cour, les bureaux de la préfecture, le parc récemment rénové, l’église, une ducasse, etc. Les dessins sont rehaussés par un lavis gris venant souligner certains éléments visuels, et par les couleurs bleu et rouge qui viennent encadrer le blanc de la feuille pour les écharpes tricolores et le drapeau français, faisant ainsi discrètement ressortir la dimension républicaine de ce témoignage. Le lecteur ressent vite la qualité de la coordination entre le maire et le bédéaste. Ils ont investi un temps important pour que le résultat soit une vraie bande dessinée, plutôt qu’un texte illustré ou un récitatif avec des images figées. M. le Maire apparaît dans la plupart des planches, ce qui est cohérent avec le fait que toutes les demandes des habitants lui sont directement adressées et qu’il est perçu comme la ressource de proximité immédiatement disponible à toute heure du jour et de la nuit. En plus de montrer les différentes facettes de la ville et des activités du maire, la narration visuelle met en scène les habitants dans leur demande, ainsi que les adjoints et les conseillers, les services de la préfecture. Sans s’en rendre compte, le lecteur bénéficie d’une visite privilégiée du quotidien de la commune, dans toute sa banalité, et également toutes ses particularités. S’il a déjà eu l’occasion de s’intéresser aux actions d’un maire et à leur diversité, le lecteur se trouve en terrain familier, et il peut apprécier la qualité de la description qui est faite. Au moment de la sortie de cet ouvrage, le maire reste l’élu disposant du taux de confiance le plus élevé chez les citoyens. À l’opposé des grandes affaires faisant la une des journaux, le lecteur suit un élu dans ce que sa charge a de plus concret et de plus quotidien. Les auteurs passent en revue les différents domaines dont il assume la responsabilité avec les conseillers, de l’état civil à la sécurité, en passant par l’accompagnement aussi bien des personnes âgées que des citoyens subissant la fracture numérique. Ils montrent concrètement différentes actions, que ce soit l’identification d’un corps en cas d’accident de la route que l’organisation d’une fête communale, en passant par des moments compliqués comme la réouverture des classes à l’issue du confinement dans le contexte du COVID-19. Au travers des tâches réalisées, se brosse le portrait d’une charge, de convictions et de motivations. L’omni-disponibilité attendue par les citoyens, et considérée comme normale, n’a de sens qu’au regard de ce qui anime l’élu : renforcer les liens et humains et favoriser la transmission civique. Il conclut son témoignage par le bilan de ce qui a été réalisé : c’est extrêmement gratifiant de contribuer au bien-être des gens. Dans ce monde toujours plus individualiste, partager un sourire, un regard bienveillant ou simplement un Bonjour est à chaque fois une victoire qui donne du sens à son engagement. Et puis il est entouré d’une équipe formidable prête à poursuivre cette aventure humaine et citoyenne. Petit maire : en rien une expression méprisante ou de condescendance, un terme indiquant qu’il s’agit d’un élu dans une petite ville, de moins de mille habitants. Élu et bédéaste ont travaillé main dans la main pour raconter cette fonction depuis la naissance d’un projet chez un citoyen avec des convictions et qui va présenter une liste, jusqu’à l’heure du bilan et à la question de se représenter. Ils racontent à la fois le parcours du maire, et à la fois les missions dont il est responsable vingt-quatre heures sur vingt-quatre. En fonction de son intérêt pour le sujet, le lecteur découvre cet engagement et ces responsabilités, ou il conforte ses connaissances avec l’exemple du maire de Saudemont, commune française située dans le département du Pas-de-Calais en région Hauts-de-France. Une belle rencontre avec un maire, l’élu préféré des Français.
Et toi, comment ça va ?
Deux auteurs nés â Beyrouth, l’un qui y est retourné et l’autre qui est resté en France (en tout cas, si j’ai bien compris !) parlent des événements qui se sont passés depuis les attaques du 7 octobre 2023. On sent leurs sentiments de révoltes contre la montée de l’extrême-droite partout dans le monde et les massacres de civils palestiniens qui se poursuivent sans que personne ne semble capable de les arrêter. On voit aussi un point de vue de l’actualité vu depuis le Liban, un pays compliqué qui ne s’est jamais vraiment remis de la guerre civile. J’ai trouvé cet album vraiment passionnant à lire et instructif sur plusieurs aspects. J’ai bien aimé suivre les réflexions de ses deux auteurs sur les événements du présent et du passé. Le ton est certes décousue vu que c’est écrit â quatre mains au jour le jour, mais tout ce qui est raconté m’a semblé former un tout cohérent. Il n’y a pas un sujet qui m’a semblé hors-sujet avec tous les autres sujets traités dans cet album qui est un peu difficile à résumer. Tout ce que je peux dire s’est que c’est un livre terriblement humaniste qui m’a marqué et bouleversé.
L'Or et le Sang
J'ai absolument dévoré cette série. L'Or et le Sang réussit un équilibre assez remarquable entre récit d'aventure, franche camaraderie et propos beaucoup plus profond. Le scénario est brillant, rythmé sans être précipité, avec ce qu'il faut de légèreté et de drame pour ne jamais tomber ni dans la fresque historique pesante, ni dans l'aventure superficielle. Le principal point fort reste à mes yeux les personnages. Ils sont particulièrement bien écrits : cohérents dans leurs motivations, attachants sans être lisses, et surtout capables d'évoluer réellement au fil du récit. Leur relation donne énormément de vie à l'ensemble. En parallèle, la série aborde avec beaucoup de finesse des thèmes plus lourds : colonialisme, pouvoir, idéalisme, liberté ou encore rapports de domination. Le propos est présent et parfois assez critique, mais jamais asséné. Le dessin n'est pas forcément ma tasse de thé au premier abord. Son style assez original peut surprendre pour ce type de récit historique et d'aventure, mais il finit par fonctionner remarquablement bien avec l'énergie et la personnalité de la série. Au final, c'est même plutôt à mettre au crédit de l'œuvre. Un très gros coup de cœur : une série intelligente, généreuse et extrêmement plaisante à lire, qui parvient à divertir tout en ayant réellement quelque chose à raconter.
Le Boiseleur
C’est une très belle BD, tout en douceur, avec un rythme lent et presque contemplatif. Le récit prend son temps, sans chercher à multiplier les rebondissements, et cela lui va très bien. Il y a quelque chose de vraiment apaisant dans cette lecture, avec un univers délicat et une narration presque « sculpturale », c’est le cas de le dire. On pourra lui reprocher un scénario parfois prévisible et quelques passages un peu mielleux, mais cela fait aussi partie de son charme. Le Boiseleur assume pleinement son côté conte, avec des personnages et des situations parfois très archétypaux. C’est presque un Disney sur papier, et ce serait finalement dommage qu’il cherche à être autre chose. Le dessin accompagne parfaitement cette ambiance, avec beaucoup de finesse et une vraie élégance. Au-delà de ses thèmes sociaux et écologiques, c’est surtout une BD qui fait du bien, idéale pour un moment de lecture calme et agréable. Un vrai coup de cœur.