Après lecture du 3e et dernier tome de cette saga, il est enfin possible de se faire un avis complet sur ce spin-off de la saga mère Le Château des étoiles, et ainsi, de refondre entièrement mon avis. Alain Ayroles, mon auteur vivant préféré, qui rejoint une de mes sagas d'aventure/SF préférée, ça ressemblait au Graal... Seule petite déception pour ma part, au moment de la sortie du premier tome : le dessin. Étienne Jung a une patte bien à lui, et non dénuée d'une certaine élégance, mais son trait fait peut-être un peu trop Disney, un peu trop dessin animé pour moi. Si cela conviendrait très bien à une série jeunesse, je trouve que Les Chimères de Vénus aurait mérité un trait plus classique, plus réaliste, qui aurait vraiment fait honneur au ton grandiose et épique du récit. Néanmoins, on s'habitue à ces choix graphiques, et cela ne gâche en rien l'aventure.
Et quelle aventure !!! Après nous avoir proposé plus ou moins la même histoire avec Les Indes fourbes et La Terre verte, et même - dans une moindre mesure - avec L'Ombre des Lumières, son récit s'éloigne un peu de ces standards. Certes, il y a toujours les méchants colons capitalistes avant l'heure et les conflits entre peuples, mais ça s'arrête à peu près là. Je crois que c'est de toute façon un fil directeur évident de l'œuvre d'Ayroles.
Ici, le fil directeur est avant tout une histoire d'amour, qui devient de plus en plus belle et de plus en plus pure à mesure qu'elle se dévoile, et surtout qui trouve un aboutissement particulièrement satisfaisant dans le tome 3. J'avoue que je ne m'attendais pas à ces retournements, qui donnent tout son sens à l'histoire. Comme dans les meilleurs Ayroles, l'émotion est au rendez-vous, la dimension tragique des personnages se révèle dans toute sa splendeur, sans jamais entraver une tonalité épique qui ne manque pas d'ampleur.
En marchant sur les pas de Jules Verne, Ayroles déploie une aventure aux proportions phénoménales qui sait parfaitement articuler l'intime et le grandiose, en voguant d'une histoire d'amour absolu à un conflit géopolitique entre deux grandes puissances colonisatrices. Le terrain vénusien est l'occasion pour l'auteur de voguer entre Voyage au centre de la Terre et Jurassic Park avec le plus grand brio, sans jamais perdre son identité propre. On voyage et on rêve comme on ne l'avait plus fait chez Ayroles depuis De Cape et de Crocs, qui est finalement la saga ayrolienne sans doute la plus proche de ces Chimères de Vénus (même si on ne prétendra pas que cette dernière égale la meilleure saga de BD jamais écrite !).
La puissance des personnage qui monte progressivement au cours du récit nous place dans un 3e tome extrêmement réussi face à des dilemmes d'une puissance qu'on aurait presque oubliée chez l'auteur. Ce que j'aime tout particulièrement, c'est le soin qu'il apporte aux personnages secondaires. De la bonne Prudence au forçat sensible bizarrement surnommé Pitaine, en passant par les deux scientifiques patauds mais attachants ou par le général borné et pas aussi insensible qu'il voudrait le faire croire, chaque personnage a droit à son caractère propre, et à un développement narratif soigné qui sert merveilleusement le récit. Aucun n'est inutile, chacun est à sa place.
C'est aussi cette finesse d'écriture absolue, s'étendant à des dialogues irrésistibles, qui donne une profondeur insoupçonnée à ces Chimères de Vénus. Ce n'est pas la première fois chez Ayroles, mais il renoue avec sa jolie réflexion sur la poésie comme antidote aux dérives politiques, sur l'opposition entre artistes et institutions. En cela, l'auteur tutoie à nouveau les étoiles, et Les Chimères de Vénus n'a rien à envier aux meilleures œuvres de son auteur sur ce plan. La réflexion reste toujours en sous-texte, mais cela ne lui en donne qu'une plus grande efficacité.
Original, puissant, surprenant, poétique, envoûtant... On ne finirait pas cette liste de qualificatifs susceptibles de s'adresser à ce magnifique spin-off d'une grande saga. Mais là où, même avec tout mon amour, j'ai tendance à trouver qu'Alex Alice a parfois tendance à s'enliser dans sa propre saga avec les derniers tomes (surtout le 7), Alain Ayroles - en bon amateur de théâtre - aura eu la sagesse de concevoir son récit comme une simple trilogie qui n'aura fait que monter en puissance jusqu'à une apothéose mémorable.
Si on n'avait peur d'être un peu grandiloquent, on aurait envie de crier à notre tour, avec l'auteur et son personnage : "Ad augusta per angusta !"
J'ai à peine commencé à lire ce que j'ai dans ma collection Servais.
La belle coquetière m'avait laissé de marbre malgré la beauté du dessin. Mais en lisant Fanchon, j'ai pris une petite claque.
J'ai trouvé pour commencer que Servais sortait de l'illustration pour faire vraiment du dessin. Par exemple, l'aliénation urbaine du personnage principal est vraiment bien retranscrite dans les premières pages.
Servais a choisi des thèmes puissants pour son histoire : les amours d'enfance, l'impossible retour à l'adolescence, le sentiment d'absence... Le tout au service d'une histoire très belle et très triste.
Ça aurait pu faire un beau film de cinéma. Il manque peut être une dizaine de pages pour en faire un chef d'oeuvre absolu. Car si l'histoire sait prendre son temps, j'ai trouvé que ça allait un tout petit peu trop vite vers la fin.
Une bd à lire pour constater que Servais est tout à fait capable de générer de puissantes émotions.
Un petit chef d'oeuvre SF de Carlos Trillo magnifiquement mise en scène par Gimenez : voici Gangrène.
Publié en 1987, cette bande nous montre un Juan Gimenez ayant déjà atteint sa pleine maturité graphique.
Cerise sur le gâteau on a ici un récit mordant, plein d'ironie avec une conclusion à la hauteur.
Les années 80, quelle époque de rêve pour les fans de science fiction...
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Les Chimères de Vénus
Après lecture du 3e et dernier tome de cette saga, il est enfin possible de se faire un avis complet sur ce spin-off de la saga mère Le Château des étoiles, et ainsi, de refondre entièrement mon avis. Alain Ayroles, mon auteur vivant préféré, qui rejoint une de mes sagas d'aventure/SF préférée, ça ressemblait au Graal... Seule petite déception pour ma part, au moment de la sortie du premier tome : le dessin. Étienne Jung a une patte bien à lui, et non dénuée d'une certaine élégance, mais son trait fait peut-être un peu trop Disney, un peu trop dessin animé pour moi. Si cela conviendrait très bien à une série jeunesse, je trouve que Les Chimères de Vénus aurait mérité un trait plus classique, plus réaliste, qui aurait vraiment fait honneur au ton grandiose et épique du récit. Néanmoins, on s'habitue à ces choix graphiques, et cela ne gâche en rien l'aventure. Et quelle aventure !!! Après nous avoir proposé plus ou moins la même histoire avec Les Indes fourbes et La Terre verte, et même - dans une moindre mesure - avec L'Ombre des Lumières, son récit s'éloigne un peu de ces standards. Certes, il y a toujours les méchants colons capitalistes avant l'heure et les conflits entre peuples, mais ça s'arrête à peu près là. Je crois que c'est de toute façon un fil directeur évident de l'œuvre d'Ayroles. Ici, le fil directeur est avant tout une histoire d'amour, qui devient de plus en plus belle et de plus en plus pure à mesure qu'elle se dévoile, et surtout qui trouve un aboutissement particulièrement satisfaisant dans le tome 3. J'avoue que je ne m'attendais pas à ces retournements, qui donnent tout son sens à l'histoire. Comme dans les meilleurs Ayroles, l'émotion est au rendez-vous, la dimension tragique des personnages se révèle dans toute sa splendeur, sans jamais entraver une tonalité épique qui ne manque pas d'ampleur. En marchant sur les pas de Jules Verne, Ayroles déploie une aventure aux proportions phénoménales qui sait parfaitement articuler l'intime et le grandiose, en voguant d'une histoire d'amour absolu à un conflit géopolitique entre deux grandes puissances colonisatrices. Le terrain vénusien est l'occasion pour l'auteur de voguer entre Voyage au centre de la Terre et Jurassic Park avec le plus grand brio, sans jamais perdre son identité propre. On voyage et on rêve comme on ne l'avait plus fait chez Ayroles depuis De Cape et de Crocs, qui est finalement la saga ayrolienne sans doute la plus proche de ces Chimères de Vénus (même si on ne prétendra pas que cette dernière égale la meilleure saga de BD jamais écrite !). La puissance des personnage qui monte progressivement au cours du récit nous place dans un 3e tome extrêmement réussi face à des dilemmes d'une puissance qu'on aurait presque oubliée chez l'auteur. Ce que j'aime tout particulièrement, c'est le soin qu'il apporte aux personnages secondaires. De la bonne Prudence au forçat sensible bizarrement surnommé Pitaine, en passant par les deux scientifiques patauds mais attachants ou par le général borné et pas aussi insensible qu'il voudrait le faire croire, chaque personnage a droit à son caractère propre, et à un développement narratif soigné qui sert merveilleusement le récit. Aucun n'est inutile, chacun est à sa place. C'est aussi cette finesse d'écriture absolue, s'étendant à des dialogues irrésistibles, qui donne une profondeur insoupçonnée à ces Chimères de Vénus. Ce n'est pas la première fois chez Ayroles, mais il renoue avec sa jolie réflexion sur la poésie comme antidote aux dérives politiques, sur l'opposition entre artistes et institutions. En cela, l'auteur tutoie à nouveau les étoiles, et Les Chimères de Vénus n'a rien à envier aux meilleures œuvres de son auteur sur ce plan. La réflexion reste toujours en sous-texte, mais cela ne lui en donne qu'une plus grande efficacité. Original, puissant, surprenant, poétique, envoûtant... On ne finirait pas cette liste de qualificatifs susceptibles de s'adresser à ce magnifique spin-off d'une grande saga. Mais là où, même avec tout mon amour, j'ai tendance à trouver qu'Alex Alice a parfois tendance à s'enliser dans sa propre saga avec les derniers tomes (surtout le 7), Alain Ayroles - en bon amateur de théâtre - aura eu la sagesse de concevoir son récit comme une simple trilogie qui n'aura fait que monter en puissance jusqu'à une apothéose mémorable. Si on n'avait peur d'être un peu grandiloquent, on aurait envie de crier à notre tour, avec l'auteur et son personnage : "Ad augusta per angusta !"
Fanchon
J'ai à peine commencé à lire ce que j'ai dans ma collection Servais. La belle coquetière m'avait laissé de marbre malgré la beauté du dessin. Mais en lisant Fanchon, j'ai pris une petite claque. J'ai trouvé pour commencer que Servais sortait de l'illustration pour faire vraiment du dessin. Par exemple, l'aliénation urbaine du personnage principal est vraiment bien retranscrite dans les premières pages. Servais a choisi des thèmes puissants pour son histoire : les amours d'enfance, l'impossible retour à l'adolescence, le sentiment d'absence... Le tout au service d'une histoire très belle et très triste. Ça aurait pu faire un beau film de cinéma. Il manque peut être une dizaine de pages pour en faire un chef d'oeuvre absolu. Car si l'histoire sait prendre son temps, j'ai trouvé que ça allait un tout petit peu trop vite vers la fin. Une bd à lire pour constater que Servais est tout à fait capable de générer de puissantes émotions.
Gangrène
Un petit chef d'oeuvre SF de Carlos Trillo magnifiquement mise en scène par Gimenez : voici Gangrène. Publié en 1987, cette bande nous montre un Juan Gimenez ayant déjà atteint sa pleine maturité graphique. Cerise sur le gâteau on a ici un récit mordant, plein d'ironie avec une conclusion à la hauteur. Les années 80, quelle époque de rêve pour les fans de science fiction...