Pour ma part, cette série est excellente, ... oui je suis Bruxellois ... et un certain âge ... Retrouver Bruxelles, au travers des cases, refaire un itinéraire bien connu avec Robert Sax, est toujours un bon moment, bien agréable... Sans oublier les scénarios qui n'ont rien à envier à d'autres auteurs ... Dommage le Tome 6 tarde à paraître. Des raisons d'espérer ? Pourvu que !
Je pense que cela ferait plaisir à pas mal de lecteurs. Merci en tous cas pour ces 5 premiers tomes, Patrick.
C’est une erreur de croire que le silence favorise la paix.
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Ce tome contient une adaptation des cinq reportages réalisés par Annick Cojean pour le quotidien Le Monde en 1995. Son édition originale date de 2025. L’adaptation a été réalisée par Théa Rojzman pour le scénario, et Tamia Baudoin pour les dessins et les couleurs. Il compte cent-vingt-trois pages de bande dessinée. Il s’ouvre avec une introduction de deux pages, rédigée par la journaliste. Elle évoque les témoins bien vivants dans les années 1990, qui avaient vu des choses qu’aucun être humain ne devrait jamais voir, sa qualité de journaliste, à la fois chance et responsabilité, la conscience qu’il lui revenait d’enquêter sur les traces de cette mémoire vivante, de cette mémoire irremplaçable, fut-elle effilochée. Elle termine en évoquant son déplacement à Auschwitz, à l’occasion des commémorations du cinquantième anniversaire de la libération des camps, avec Simone Veil (1927-1917). L’ouvrage se termine avec un dossier de quatorze pages comprenant une postface de Tal Bruttmann (historien français, spécialiste de la Shoah), et des articles sur les archives vidéo Fortunoff de témoignages de l’Holocauste à l’université de Yale, celles de la Shoah Foundation à l’université californienne de Californie du Sud), un entretien avec Tal Bruttmann réalisée par Cojean, un portrait de Grete Munn (1922-2014, rescapée des camps) par Cojean, et enfin une page sur la création du prix Albert Londres.
Annick Cojean avance en titubant dans une forêt calcinée où il ne reste que des troncs dénudés. Elle continue de progresser et elle repère un bourgeon tout en haut d’une branche. Elle ramasse une échelle par terre et l’adosse au tronc pour atteindre le bourgeon. Elle le contemple de près et murmure qu’elle le cherchait, tout en en voyant d’autres sur d’autres arbres. L’année : 1994. L’an prochain, ce sera la commémoration des cinquante ans de la libération des camps de concentration et d’extermination nazis. Ou en est-on ? Annick veut comprendre ce que l’on retient de la Shoah. Et ce qui se transmet dans les familles. Tout ce poids, cette responsabilité, pour les survivants ou leurs enfants, de faire vivre à nouveau la branche. Chapitre Un : Les voix de l’indicible. Annick Cojean descend du train à New Haven dans le Connecticut où elle est attendue et accueillie par une femme tenant une pancarte portant le nom de la journaliste. Elle lui souhaite la bienvenue, et la remercie de s’intéresser à ce programme de l’université de Yale. Une fois installées dans un bureau, l’hôtesse explique à Annick qu’elle va lui montrer quelques-unes de leurs vidéos. Des témoignages archivés depuis 1979 dans le cadre du programme Fortunate Video for Holocaust Testimonies.
De très nombreux témoignages ont été recueillis aux États-Unis, en Israël et dans plusieurs pays d’Europe dont la France. Trois mille rescapés ont parlé malgré l’extrême difficulté de dire, de raconter, de se souvenir. Parler pour sortir d’un silence toxique, pour soi-même, mais aussi pour la mémoire collective. Elle doit bien comprendre qu’ils ont pris le temps et le soin d’élaborer ce programme. Elle n’en verra que le résultat, mais il suit un protocole exigeant mis en place par des équipes de psychologues et de sociologues. Ce ne sont pas de simples interviews…
Le texte de la quatrième de couverture indique clairement la nature de l’ouvrage : transposer les cinq articles de la grande reporter Annick Cojean en bande dessinée, en respectant les mémoires des survivants, de leurs enfants et des enfants de nazis, mémoires encore bien vivantes et actuelles. Un projet assez particulier : à la fois une transposition d’articles de journaux, à la fois un ouvrage supplémentaire sur la Shoah. En fonction de sa familiarité avec le sujet, le lecteur peut s’interroger sur son envie de lire une bande dessinée sur ce sujet, forcément grave, et peut-être un de plus. Les autrices racontent la démarche de la journaliste en la mettant en scène, avec ses projets, ses interrogations, ses réactions, ce qui rend immédiatement les reportages plus vivants et plus accessibles. Il découvre dans l’introduction que ces reportages trouvent leur source dans l’étonnement de la journaliste qu’en 1995 on parlait si peu de la Shoah, que le génocide nazi n’ait été qu’effleuré au lycée sans aucune résonnance avec ce qui se passait au présent, qu’il ne soit pas central dans l’enseignement et le débat public. Dans son introduction, elle écrit : Ce n’était pas si vieux ! C’était documenté ! Il y avait des films, des photos, des journaux, des récits, des centaines de milliers d’archives. Et surtout il y avait des témoins bien vivants. Il s’agissait de les écouter. Dans sa postface, Tal Bruttmann contextualise également ces articles : l’émergence de la mémoire de la Shoah, ils traitent de plusieurs des initiatives mémorielles visant à redécouvrir un passé que certains voulaient reléguer dans l’ombre, ce qui reflétait à quel point la question travaillait les sociétés.
Le lecteur peut également entamer l’ouvrage sans avoir conscience de ce contexte et de ces intentions. Il a le plaisir de découvrir une vraie bande dessinée, plutôt qu’un texte illustré. La séquence d’ouverture comporte trois pages, et seulement deux phylactères, les images portant la majorité de la narration. Qui plus est dans une scène à la fois onirique et métaphorique. Les autrices ont réalisé un vrai travail de transposition, utilisant plusieurs spécificités de la bande dessinée, sans trahir l’intention de la journaliste. La métaphore de la forêt calcinée revient à plusieurs reprises, et elle se trouve explicitée dans un flux de pensées de la journaliste qui compare les enfants des rescapés à d’improbables petits bourgeons sur un chêne calciné. Les autrices utilisent également des juxtapositions visuelles et des éléments surréalistes. Tel ce moment silencieux dans lequel les enfants de rescapés et les enfants de nazis se tiennent de part et d’autre d’une faille dans laquelle se trouvent les cadavres des Juifs exterminés, et ils y descendent pour s’occuper ensemble des cadavres. Ce moment poignant où Niklas Frank, fils de Hans Frank ministre du Troisième Reich (surnommé Bourreau de la Pologne) se couche à même le sol sur des photographies géantes des camps, en en prenant une pour s’en faire une couverture, alors qu’il évoque son sentiment de culpabilité, obsédé par les l’angoisse des Juifs qui allaient mourir. Ou Anne-Marie Levine, pianiste concertiste de New York, née pendant la nuit de cristal. Ses parents se sont enfuis la veille de l’invasion allemande en Belgique où elle est née, installés à Beverly Hills, ne parlant jamais de ce qui se passait en Europe : le lecteur la voit jouer un morceau de piano, trois longues chimères serpentines tournoyant autour d’elle, expression de son inconscient en souffrance du fait du malaise généré par les non-dits.
Le lecteur apprécie tout autant la narration visuelle en mode descriptif et concret. L’artiste réalise des dessins aux contours un peu simplifiés, tout en conservant un bon niveau de détails. Elle prête attention aux tenues vestimentaires, en respectant la mode de l’époque, ou la fonctionnalité. Elle s’attache à représenter les décorations intérieures avec attention : le salon très confortable dans lequel Annick visionne les cassettes vidéo, le bureau de travail de Geoffrey Hartman (1929-2016) à l’université de Yale, celui de Dori Laub (1937-2018, psychiatre et psychanalyste israélo-américain), une salle de concert où se produit la pianiste, l’appartement d’Edda Goering (fille de Hermann et Emmy Goering), un parloir en prison lors d’une visite à Hans Frank, un café, un restaurant, une salle de réunion à l’université allemande de Wuppertal où se rencontrent les enfants de rescapés et ceux de nazis à l’initiative de Dan Bar-On (1938-2008), etc. Elle représente avec la même solidité les environnements en extérieurs, allant des paysages traversés par la voie de chemin de fer, aux camps de concentration et d’extermination. Pour ces derniers, elle sait en retranscrire toute l’inhumanité et l’horreur, sans une once de voyeurisme. Le lecteur en ressort ému et affecté, ayant ressenti de l’empathie pour les souffrances évoquées par les survivants.
Le lecteur peut ressentir de bout en bout la fidélité aux articles originaux. Il assite à la démarche journalistique, il comprend la motivation de la journaliste, il découvre avec elle les travaux mémoriels. Il prend connaissance avec elle des témoignages, passages essentiels de transmission, et aussi de contact direct avec la réalité de ce qu’ont vécu ces personnes, du comportement des soldats. Il sait qu’il est loin d’éprouver par lui-même ces horreurs inimaginables, et dans le même temps il s’en trouve bouleversé. Il retrouve ou il découvre les différentes initiatives mémorielles. Il assiste à la mise en œuvre des captations vidéo. Il écoute avec Annick l’explication du professeur Geoffrey Hartman pour les archives vidéo Fortunoff. En particulier, lorsqu’il dit que : Chaque survivant a un besoin impérieux de dire son histoire pour parvenir à en réunir les morceaux. Besoin de se délivrer des fantômes du passé, besoin de connaître sa vérité enterrée pour pouvoir reconnaître le cours normal de sa vie. C’est une erreur de croire que le silence favorise la paix. Il ne fait que perpétuer la tyrannie des événements passés. Il favorise leur déformation et les laisse contaminer la vie quotidienne. Le mensonge est toxique et le silence étouffe… Parler guérit, oui, mais seulement si on est écouté. Le récit non écouté est un traumatisme aussi grave que l’épreuve initiale. Le lecteur prend la mesure de la double peine que ce fut pour certains rescapés, l’histoire de Grete Munn (1922-2014) en fin de tome en est un témoignage d’une force terrassante. Il peut faire le lien avec les conséquences du silence dans une autre de ses formes pour d’autres crimes abjectes, évoqué par Théa Rojzman dans Grand Silence (2021) avec Sandrine Revel.
Une œuvre formidable sur les mémoires de la Shoah, autant sur les articles d’Annick Cojean, que sur les témoignages des survivants, de leurs enfants, des enfants des nazis, que sur plusieurs initiatives mémorielles dans les années 1990. Avec une narration visuelle riche et adaptée, les autrices font honneur à ces cinq articles, les font connaître à de nouvelles générations, illustrant le besoin de mémoire, et les modalités de sa mise en œuvre. Formidable.
Comment se fait-il qu’un an après sa sortie ce petit bijou ne soit pas encore référencé sur ce beau site ? La couverture m’avait fait de l’œil lors de sa sortie, mais, je ne sais pourquoi, je n’avais pas sauté le pas et, vite disparu des étals des librairies, il en avait fait de même de ma mémoire.
Et voilà-t-y pas que je retombe dessus, et qu’alors je ne lui laisse aucune chance de s’échapper ! Aussitôt en main, aussitôt lu. Et quel plaisir.
C’est un album qui se positionne clairement pour un lectorat jeunesse (8-15 ans), mais qui passe très facilement la barrière de l’âge.
L’album d’une quarantaine de pages est divisé en 5 ou 6 petites histoires, ayant pour protagonistes deux personnages : le chasseur et son fidèle – et (très) dévoué – serviteur. A chaque fois ils partent à la chasse d’un animal pour compléter la collection de trophées du chasseur. Voilà pour la trame générale.
Pour le reste, l’univers développé par Martin Desbat (déjà découvert avec « Mégamonsieur », même si je n’avais au départ pas fait le rapprochement) est bourré de références, toutes très bien exploitées (c’est là que l’adulte profite de certains détails qui échapperont à l’enfant auquel est avant tout destinée cette série).
Le chasseur est loufoque, vit dans ses rêves, vit ses rêves, et cherche à tout prix à leur soumettre la réalité, comme Don Quichotte (son serviteur, répond au nom de Sancho !). Et ce duo de choc va se lancer à la poursuite d’animaux improbables : Bétopotame, Poëléphant, Bufflets Empire !, etc. On le voit le terrain de chasse est vaste et va même plus loin que la réalité ! Mais le chasseur, lecteur de Verne et de Freud, nous mène vers des contrées faisant moult clins d’œil à « Alice au pays des merveilles » de Carroll, au « Voyage au centre de la Terre » de Verne, à l’univers de Wells (et encore, je n’ai sûrement pas tout décrypté).
Ajoutons à cela un dessin moderne, mais efficace, une colorisation aux petits oignons, et quelques petites pincées d’humour (excellent l’envers du décor du mur des trophées !), vous avez avec cet album une belle réussite à côté de laquelle il serait dommage de passer.
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Je reviens mettre à jour mon avis après lecture des deux albums que je n'avait pas encore eus sous la main. En m'étonnant encore du peu d'avis recueillis par cette série, qui mérite vraiment le coup d'oeil.
Les aventures loufoques se poursuivent, avec notre chasseur rêveur et un peu dépassé par les événements, toujours accompagné par son fidèle serviteur Sancho, qui, lui, est plus terre à terre et sauve souvent la mise à son patron. Tous les deux continuent de nous amener dans des contrées diverses et lointaines, qui font références à de très nombreuses oeuvres littéraires majeures, ce dernier détail permettant à un lecteur adulte d'apprécier ces aventures enjouées et farfelues. Une série jeunesse qui plait aux grands, et qui est bourrée de références. A découvrir donc !
Même si la surprise joue moins que lorsque j'avais découvert la série avec le premier tome, la suite confirme la qualité de l'ensemble.
Une description juste d'un épisode très incofortable de la vie : tomber enceinte et ne pas se sentir en situation de mener ce potentiel enfant à terme.
Avec une particularité : cela se passe en Pologne dans un pays très religieux où l'avortement est une intervention médicale très rare, aux mains d'une phallocratie catholique.
Aucune précision ou réflexion n'est donnée sur qui est le partenaire sexuel. Là n'est pas le sujet de l'album. Rien de psychologique. Le titre est en ce sens tout-à-fait bien choisi. Le but est de trouver une issue, et d'abord quelqu'un à qui en parler. Le flou de la succession des démarches à accomplir est d'autant plus perturbant dans la solitude. Magda est institutrice dans une école Montessori mais cela ne l'aide en rien !
L'autrice vient de Jérusalem et habite au Pays-Bas. Une issue est sa première BD traduite en français.
Le dessin des personnages ressemble un peu à celui de Davodeau avec une couleur plus audacieuse : les traits peuvent être colorés et l'aquarelle plutôt proche de Barru (vive et un peu baveuse !) La mise en page et le jeu des cases sont variés et adaptés au propos.
C'est une BD à mettre dans toutes les bibliothèques, elle ne s'appuie pas sur un discours militant pendant le parcours de Magda qui reste très factuel. Le rôle des enfants donne à l'histoire un humour appréciable et contextualise aussi très bien les contradictions qui traversent la vie des femmes.
Seules les dernières pages mettent en scène les manifestations pour l'avortement qui ont eu lieu en Pologne pendant la pandémie de Covid. Une double-page en fin de publication présente l'association danoise ANA qui a permis à 125000 personnes d'avorter à ce jour dont 90% venaient de Pologne.
Je ne mets pas 4 étoiles parce que ce point de vue qui occulte les raisons d'avorter est très juste d'un point de vue politique, mais du point de vue de la narration, cela reste un manque.
L’art inuit explore la magie originelle. Les limites. La transcendance.
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Ce tome contient un récit complet, indépendant de tout autre, dont la lecture peut être complétée par Nunavut (2024) des mêmes auteurs. Son édition originale date de 2023. Il a été réalisé par Edmond Baudoin et Troubs (Jean-Marc Troubet), pour le scénario et les dessins. Il compte cent-soixante-douze pages de bande dessinée en noir & blanc. Ces deux auteurs ont précédemment réalisé ensemble : Viva la vida - Los Sueños de Ciudad Juàrez (2011), Le Goût de la Terre (2013), Humains - La Roya est un fleuve (2018).
Entre 2001 et 2003, Edmond Baudoin est professeur à l’université de Hull, devenue Gatineau, au Québec. Ottawa est de l’autre côté de la rivière Outaouais. Dans son musée, il découvre l’art inuit. C’est pour lui une révélation. Il se promet de travailler un jour avec des artistes inuits. C’est Vincent Marie qui lui en donne la possibilité la première fois. Avec Andrew Qappik, il illustre un conte inuit sur la naissance du narval, pour son film : Les harmonies invisibles. En illustrant ce conte il réalise ce désir né dans un musée en 2002, il travaille avec un artiste inuit. Mais avec Jean-Marc Troubs, ils veulent maintenant aller dans son pays. Voici le conte du Narval. Il y a bien longtemps, Taqqiq, un jeune garçon aveugle, vivait en compagnie de sa petite sœur Siqiniq chez leur grand-mère, une femme colérique et méchante. Aux yeux de cette grand-mère, Taqqiq était une bouche inutile à nourrir. C’était difficile pour les deux enfants, mais ils étaient orphelins de leurs parents. Une nuit, ils furent réveillés par un ours approchant leur habitation. La grand-mère prit l’arc et la flèches et les donna à Taqqiq, jeune mais robuste. Elle dirigea le tir. La flèche atteignit l’ours qui tomba raide mort. Mais la grand-mère mentit, en le traitant d’idiot et lui faisant croire qu’il avait tué leur meilleur chien. La nuit suivante, Siqiniq mit en cachette de la viande d’ours dans l’assiette de Taqqiq qui compris le mensonge et décida de se venger. […]
Le plongeon arctique se joue des frontières. Il nage comme il vole dans la mer ou dans le ciel. Pour de nombreux groupes inuits, il symbolise la recherche de la vérité dans les profondeurs. Voilà deux ans que Troubs devait se rendre au Nunavut avec Edmond… Mais il y a eu la pandémie. Alors il a commencé le voyage dans les livres et la recherche d’images. Il s’est plongé dans les mythes, les récits et la vérité historique, qui souvent dans l’Arctique s’entremêlent magnifiquement. Cet été 2022, ils allaient voir, voir ce qui s’y raconte aujourd’hui. L’art ancien des peuples polaires est peuplé de petites statuettes. Elles ont souvent une fonction magique. Et une présence telle qu’on les dirait vivantes. Qu’elles soient de magie noire ou blanche, les statuettes sont longtemps restées petites. Parce que les matériaux étaient rares. Et qu’il fallait les transporter. Les Inuits avaient encore la liberté d’être nomades. Mais aujourd’hui, les temps ont changé, les statuettes ont pris du poids, et sont parfois devenues géantes. Elles ont toujours cette présence fascinante. Elles pratiquent maintenant la magie moderne du marché de l’art.
S’il s’agit de sa première œuvre de ces artistes, le lecteur peut se trouver un temps déconcerté, à la fois par la liberté des formes, à la fois par l’importance donnée à la parole. En toute simplicité, le tome s’ouvre avec une carte sommaire réalisée par Troubs permettant de situer le Groenland, le Labrador, le Nunavut, le cercle arctique, la ville de North West River, et d’autres repères géographiques. Puis la première planche comprend deux cases de la largeur de la page : la première une photographie d’une rue de Gatineau avec la silhouette de Baudoin sur le toit d’un immeuble à étage unique, la seconde une chimère intégrant le visage de l’artiste à des éléments animaux et une représentation inuite dans un amalgame harmonieux. Dès la troisième planche, il s’agit d’illustrations évoquant l’art inuit, dans une diversité d’approches graphiques, et un texte qui court au-dessus ou au-dessous. Puis sans aucune indication, Troubs réalise les planches suivantes : à nouveau des illustrations de conte, mêlant les représentations d’un oiseau à l’encre, au bleu peint de la mer ou du ciel. Puis des représentations naïves d’Inuits, avec un glissement progressif vers des personnages et des animaux mythologiques à l’apparence naïve. Le récit du voyage commence alors avec les cases aux dessins réalisés au pinceau de Troubs, puis les images plus libres de Baudoin, également au pinceau, puis des portraits, des reproductions d’autres artistes. Parfois des pages en couleurs. Parfois un paysage sur une double page. Parfois des cases à l’encre. Une alternance toute naturelle entre des cases disposées en bande, des dessins accolées, des portraits d’habitants interrogés, d’autres paysages, des scènes urbaines, des hommages à des œuvres d’artistes inuits ou innus, etc.
S’il en éprouve la curiosité, le lecteur peut aisément identifier les pages réalisées par l’un ou l’autre des deux artistes : Troubs effectue un lettrage en minuscules, et Baudoin en majuscules. Dans un passage, ils se représentent en train de travailler à leur bande dessinée : ils sont tous les deux assis à la même table, et ils composent et réalisent leurs pages ensemble. Le lecteur le ressent à la lecture car il n’éprouve aucune sensation de solution de continuité : les pages forment un tout harmonieux comme si une unique intelligence créative avait présidé tout du long. La bande dessinée suit l’ordre chronologique du voyage, à commencer par les prémices évoquées par Baudoin, puis le voyage en avion, l’arrivée à Montréal, le trajet vers North West River, et encore plus au Nord. La narration visuelle est conçue en fonction de chaque séquence pour mettre en valeur un lieu, des personnes, une longue route en vue du ciel dans une case de la hauteur de la page, des cases sans bordure pour laisser de l’espace à un Inuit en train de manier le harpon, un dessin à l’encre effectué dans l’inspiration du moment, une autre carte simplifiée, des illustrations en couleurs… un petit visage avec un long discours en texte…
Les deux auteurs ont repris le dispositif qu’ils avaient utilisé dans leurs précédents ouvrages en commun : proposer de réaliser le portrait de leur interlocuteur et lui offrir en échange d’une réponse à une question, sur l’avenir des Inuits et Innus ou sur l’avenir de la culture inuite. Il est possible de voir cet ouvrage comme la suite de ces entretiens, entrecoupés de réflexion sur la culture inuite, sur son art, sur l’histoire de ce peuple premier. Le lecteur se rend compte qu’il éprouve une forte curiosité pour ces déclarations, totalement oublieux de leur forme de texte, ce qui pourtant constitue souvent un repoussoir dans les bandes dessinées traditionnelles. Son attention est tout entière consacrée à ces témoignages fort variés. Estelle évoque la dépendance de la communauté de North West River aux services publics et au gouvernement. Billy dit sa crainte que leur culture disparaisse. Mitzi, la mère de Billy, évoque le temps où le gouvernement avait interdit la langue inuktitut. Mina, conservatrice au Labrador Heritage Museum, parle de la disparition des attelages de chiens, et des croyances spirituelles qui font le chamanisme. La grand-mère Ataomie estime que la culture se renforce depuis qu’ils ont leur propre gouvernement et qu’il est possible d’apprendre la langue. Elisabeth constate que la chasse va en décroissant. Ernie, ancien maire de North West River pendant des décennies voit que l’électronique rendra le monde complètement dépendant des machines et qu’il sera complètement impossible de vivre dans la nature d’ici cinquante ans du fait de l’évolution du climat. Au fil de ces rencontres, d’autres facettes de la vie locale sont abordées : l’art bien sûr, le rôle des jeunes et leurs aspirations, la pêche et son industrialisation, les services publics, l’histoire de chaque groupe qui a habité la région et la difficulté de l’établir du fait de leur nomadisme, la nécessité d’une représentation pour éviter de se faire piller, pour résister aux prédateurs capitalistes, etc.
En creux se dessine également l’histoire des Innus, celle des Inuits, et la manière dont le gouvernement a traité les peuples autochtones, a mis en œuvre des actions visant à détruire leur culture. Par exemple le placement de petites filles dans des pensionnats dans le Sud, et les sévices fréquents. Les discussions entraînent des réflexions chez les auteurs. Il apparaît qu’ils sont fascinés par la forme de pureté de l’art inuit, sa qualité primordiale, sa charge mythologique et la part de vérité qu’elle contient quant au rapport entre l’être humain et son environnement, par le rôle de l’art comme outil de préservation et transmission d’une culture. Par la sauvegarde d’une langue et ce qu’elle porte en elle de culture à nouveau, mais aussi de rapport à la réalité. Un habitant leur indique que : En inuktitut il y a environ cinquante mots pour dire Neige, pas un seul pour dire police. Par l’évolution du climat, ainsi que par le paradoxe à leurs yeux d’être à la fois chasseurs et agents de préservation de la nature. Par un autre paradoxe : celui de vouloir préserver sa culture et ses traditions, alors que la pureté d’un groupe est une chimère, ce que les auteurs expriment par : Tout le monde est métissé, les races pures c’est un fantasme de totalitaire. Et aussi par : Rien, et tout, plus la complexité, la pureté n’existe pas, sa recherche est vaine et dangereuse, la vie se tient dans le chaos. D’une manière aussi organique que habile, ils brossent progressivement un portrait d’une communauté, à la fois dans le temps long de l’histoire, dans l’existence et l’évolution d’une culture, dans les aspects pragmatiques de la vie de tous les jours, dans les traumatismes qui se transmettent de génération en génération, dans sa dimension mythologique.
Quel voyage, quelles rencontres, quelle expérience d’une autre culture. Les deux auteurs effectuent un séjour au Labrador. Comme à leur habitude, ils proposent de réaliser un portrait à leur interlocuteur en l’échange de la réponse à une question. Dans une forme graphique aussi libre qu’intelligente et sensible, ils racontent leur voyage et leurs rencontres, abordant aussi bien la vie quotidienne, la culture, l’histoire, l’évolution des valeurs d’un peuple et sa résilience. Un récit d’une richesse inépuisable et d’une humanité peu commune. Merveilleux.
Allez hop 5/5! Même pas peur de mettre la note maximale pour ce très beau one shot qu'on se prend dans la tronche sans le voir venir.
Le dessin est tout simplement magnifique, avec un gros travail sur les personnages et leurs expressions. Les contours marqués en noir renforcent le sentiment d'isolement et de solitude des personnages. Les couleurs ensuite avec des ambiances quasi monochromatiques pour mettre l'emphase justement sur ce que ressentent les personnages. Ca aide à structurer le récit en une multitude de séquences cohérentes. Et ça rajoute énormément à l'ambiance banale et bizarrement angoissante de la routine du héros, son travail aux abattoirs, sa vie de famille le soir...
Le récit est comment dire... impossible à décrire sans spoiler cette histoire que j'ai trouvée très originale. Donc sans en dire davantage disons que l'histoire assez classique au début bascule rapidement et oscille entre rêve et cauchemar. C'est justement une histoire que le papa raconte à sa fille pour l'endormir qui fait office d'élément déclencheur et se trouve être le point de bascule. Il y a aussi de vrais moments surreéls comme on en croise que dans les rêves. Ca m'a fait souvent pensé à du David Lynch par exemple pour l'aspect onirique et parfois loufoque. Ce qui n'est pas une maigre référence.
L'ensemble est très cohérent et se rélève être une refléxion puissante non seulement sur l'aliénation au travail, à la société de consommation et notre rapport au vivant, mais aussi sur la poésie et l'art. Un très beau livre.
Une lecture salutaire.
Un album indispensable dans toutes les bibliothèques.
Un album dont on ne peut ressortir que révolté, et le mot est faible. Je n'ai pas bien sûr attendu cette lecture pour savoir que notre société est gangrenée par le système capitaliste, mais elle m'a ouvert les yeux sur le monde de la finance. Un monde qui m'était obscure et un système qui détruit des vies mais aussi la planète.
Aline Fares a travaillé de nombreuses années pour la banque Dexia, elle nous fait un constat sur la finance qui donne la gerbe. Elle se met en scène tout le long de l'album pour nous expliquer tous les rouages de la finance et des conséquences bien réelles dans notre quotidien. Alors oui la lecture est dense (avec une petite dose d'humour) et demande de la concentration (tout en restant accessible), elle permet de comprendre comment et pourquoi on en est arrivé là, mais surtout de désigner les responsables de notre société pourrie : les banques et les politiques (de tous pays). Et c'est toujours les mêmes qui payent l'addition quand ça dérape (crises financières) : les travailleurs qui doivent supporter l'austérité (ben voyons, il est question de nous retirer 2 jours fériés pour résorber la dette) comme remède miracle. Les seuls gagnants sont les gros actionnaires avec leurs dividendes. L'argent appelle l'argent, les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres...
Heureusement la lecture se termine avec une dose d'espoir, puisqu'Aline Fares propose des solutions pour casser le système, des propositions auxquelles nous tous pouvons apporter notre pierre à l'édifice. Il faut juste un peu de courage, se préparer à des moments difficiles et arrêter d'être spectateurs. Pas impossible !
Je tiens à souligner le très beau travail de Jérémy Van Houtte qui met son dessin simple et expressif au service des arguments d'Aline Fares avec une mise en page efficace et démonstrative.
Un album à lire, indiscutablement.
Coup de cœur.
Je suis un grand amateur des productions de Fabcaro – je crois bien que je possède tous ses albums, et j’ai très rarement été déçu.
Et là, je dois dire que c’est clairement l’une de ses meilleures réussites. Je ne m’étonne pas que cet album ait reçu plusieurs prix, car il est vraiment bon, tout en restant relativement atypique.
C’est clairement un florilège d’humour totalement absurde, parfois nonsensique, toujours très con, et parfois noir. Un excellent cocktail dont je suis très friand.
Du sourire au rire franc, quasiment tous les gags (s’il y a une histoire « linéaire », toutes les pages ou les deux pages un gag ponctue ce « road movie » absurde) sont réussis. Si vous êtes adeptes de ce genre d’humour, n’hésitez pas, c’est franchement bien fichu !
Et le ton est donné dès le départ, puisque le déclenchement de cette traque est dû à l’oubli d’une carte de fidélité d’un grand magasin au moment de payer. On devine peu à peu que Fabcaro se met en scène lui-même comme victime de cette course poursuite surmédiatisée. Autodérision, travail autobiographique, réflexion ironique sur le métier de bédéiste : on retrouve là quelques sujets récurrents chez Fabcaro (en particulier dans ses albums publiés chez La Cafetière).
Bref, d’une anecdote insignifiante, Fabcaro va pousser jusqu’au bout du bout l’emballement médiatique (on retrouve là quelques travers déjà moqués dans le second tome de Nic Oumouk de Larcenet). Les petites lâchetés du quotidien, les petits ou les grands cons de notre entourage ou des médias, la société de consommation, la dictature de la routine, les grands élans de générosité creuse (excellente parodie des « tubes humanitaires » !), tout est passé à la moulinette, dans une histoire dont on peut supposer que Fabcaro l’a menée en légère improvisation, emporté par son élan : j’étais prêt à le suivre encore plus loin et longtemps.
C’est d’ailleurs mon seul regret après ma lecture, c’est que cette « connerie » s’arrête. Du coup, je l’ai déjà relue trois fois ! Et vous encourage à en faire autant.
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10 ans jour pour jour après la parution de ce joyau d'humour - et de leur plus gros succès (plus de 400 000 albums vendus à ce jour !), les éditions 6 pieds sous terre ont publié une édition anniversaire, avec une couverture rigide classieuse. Ça a été pour moi l'occasion de rererelire cette histoire (et donc de me marrer encore, même si la surprise ne joue plus).
Je n'ai pas été convaincu par certaines "modifications" apportées par une dizaine d'auteurs (voir détails sur la fiche), intervention insérées au coeur du récit d'origine. Parmi les bonus et entretiens inclus en fin d'album (d'intérêt inégal), j'ai par contre été intéressé par la correspondance entre Fabcaro et son éditeur au moment de la genèse de l'ouvrage. Les amateurs de Fabcaro et de cet album apprécieront sans doute cet ajout.
ZZZZ reste de toute façon un chef d'oeuvre d'humour absurde et intelligent qu'on ne peut laisser de côté !
Déjà le sous-titre (Rockers maudits et grandes prêtresses du son) résonne : tout un programme !!!!
Il n'en fallait pas plus pour attirer un chaland tel que moi vers cette énÔrme BD rouge et noire dont la couverture magnifique évoque furieusement celle de l'indépassable Sgt Pepper's Lonely Hearts Club Band. Et bien m'en a pris car hormis quelques marronniers dont la présence dans ce copieux menu peut raisonnablement surprendre a priori (je pense en particulier à Patti Smith, mondialement connue), les autres artistes cités sont incontestablement des icones de l'underground. Au sommaire, parmi tous les noms énoncés, une dizaine ne m'évoque absolument rien. "C'est beaucoup" m'étonnais-je moi-même !
Je ne dis pas ça pour me vanter, mais en règle général, on s'étonne souvent de l'étendue de ma culture musicale. C'est comme ça, depuis que je suis tout minot, même pas encore en âge de parler, la musique est mon truc, la faute à mon grand refré qui m'a donné le virus (il est tout excusé). J'en écoute énormément, tous les jours. Ca rythme ma vie au quotidien. Comme si cela ne suffisait pas, il se trouve que je suis responsable du fonds rock (et BD accessoirement) d'une médiathèque. Le gars qui en veut quoi ! Pour dire : mon premier disque, qui était alors une K7, acheté avec mes propres deniers, c'était Thriller de Michael Jackson. On était en 1982, j'avais 8 ans...
Mais ceci n'étant pas une chronique sur ma vie affligeante, je reprends le fil de mon propos. Donc oui ! Beaucoup de vrai(e)s inconnu(e)s au programme, et ça fait plaisir. Cette lecture est l'occasion d'approfondir, voire de découvrir des tonnes de trucs. Personnellement, j'ai (re)écouté tout Alex Chilton dont je connaissais déjà l'implication au sein de The Box Tops puis de Big Star. Et bien, ce n'est pas une surprise mais ce type est un génie. Dans l'album Bach's Bottom par exemple, enregistré principalement live en 1975 mais sorti en 1982 seulement, il a su capter l'énergie du punk naissant qu'il a abondement arrosé de soul, de rock'n'roll, de glam... J'ai aussi exploré l'œuvre de Moondog dont je ne connaissais que deux ou trois morceaux (que tout le monde connait par ailleurs sans le savoir, si si). J'ai tenté de dégoter des morceaux des Légions Noires, sans grand succès. J'ai découvert Eugene Chadbourne, John Fahey, Merrell Fankhauser...
Enfin bref ! Arnaud Le Gouëfflec et Nicolas Moog signent avec Underground une petite Bible des artistes les plus emblématiques, si je puis dire, de la scène underground, tous genres confondus, dont les puristes ne pourront finalement que regretter la trop courte Guest List. Sortie en même temps que l'excellentissime Les Amants d'Hérouville dont le personnage principal, Michel Magne en l'occurrence, aurait tout à fait pu faire l'objet d'une insertion dans ce catalogue, Underground entretient la flamme d'un rock dont l'Histoire rhizomique se forge souvent dans les marges.
Cet ouvrage n'a finalement qu'un inconvénient : il n'est que la base d'un travail d'exploration sonore que tout lecteur consciencieux accomplira avec délice en se lançant toutes oreilles cessantes dans l'écoute des tonnes de musique promises par nos deux complices... Oh yeah !
Et rebelotte pour le tome 2 ! Sauf qu'il figure encore plus d'inconnu-e-s au programme, que les deux compères Moog et Le Gouefflec donnent furieusement envie de découvrir ! Top ! Allez, je mets un cœur...
J'ai mis longtemps à lire cette série parce que j'avais un peu peur de lire une série aussi longue dont le dessin est uniquement composé de gravures. J'avais peur d'un truc figé et interminable au début.
Mes craintes se sont vite dissipées. Oui, à la lecture des premières pages étaient un peu déroutante, mais j'ai vite embarqué dans le récit grâce à la narration dynamique qui donne envie d'en savoir plus sur la Commune. La mise en scène est originale et l'idée d'utiliser des gravures est bien maitrisée. Comme je l'ai écrit, le scénario est prenant. L'auteur s'est bien documenté et on a droit à plusieurs extraits d'articles de journaux, poèmes et discours faits par les gens de l'époque. Certains risquent d'être surpris du comportement de quelques noms illustres durant la commune. Une autre bonne idée de l'auteur est qu'on le voit suivre la trace d'inconnus présents durant la commune. Tout son travail de recherches pour savoir ce que sont devenus quelques anonymes est vraiment passionnant.
En fait, je pense que pour apprécier cette série, il faut se mettre en tête qu'on va lire une série historique au ton normal comme Le Cri du Peuple de Tardi qui traitait de la même période historique (et dont l'auteur fait un clin d'œil dans le tome 3). Pour moi, on est plus dans une espèce de documentaire que dans une œuvre de fiction. On pourrait reprocher à l'auteur de pencher un peu trop du coté des communards (je ne suis pas un grand spécialiste, mais il me semble que la commune est une des périodes les plus controversée de l'histoire de France avec deux camps séparés qui défendent leur point de vue) , mais il défend bien son point de vue.
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Robert Sax
Pour ma part, cette série est excellente, ... oui je suis Bruxellois ... et un certain âge ... Retrouver Bruxelles, au travers des cases, refaire un itinéraire bien connu avec Robert Sax, est toujours un bon moment, bien agréable... Sans oublier les scénarios qui n'ont rien à envier à d'autres auteurs ... Dommage le Tome 6 tarde à paraître. Des raisons d'espérer ? Pourvu que ! Je pense que cela ferait plaisir à pas mal de lecteurs. Merci en tous cas pour ces 5 premiers tomes, Patrick.
Les Mémoires de la Shoah
C’est une erreur de croire que le silence favorise la paix. - Ce tome contient une adaptation des cinq reportages réalisés par Annick Cojean pour le quotidien Le Monde en 1995. Son édition originale date de 2025. L’adaptation a été réalisée par Théa Rojzman pour le scénario, et Tamia Baudoin pour les dessins et les couleurs. Il compte cent-vingt-trois pages de bande dessinée. Il s’ouvre avec une introduction de deux pages, rédigée par la journaliste. Elle évoque les témoins bien vivants dans les années 1990, qui avaient vu des choses qu’aucun être humain ne devrait jamais voir, sa qualité de journaliste, à la fois chance et responsabilité, la conscience qu’il lui revenait d’enquêter sur les traces de cette mémoire vivante, de cette mémoire irremplaçable, fut-elle effilochée. Elle termine en évoquant son déplacement à Auschwitz, à l’occasion des commémorations du cinquantième anniversaire de la libération des camps, avec Simone Veil (1927-1917). L’ouvrage se termine avec un dossier de quatorze pages comprenant une postface de Tal Bruttmann (historien français, spécialiste de la Shoah), et des articles sur les archives vidéo Fortunoff de témoignages de l’Holocauste à l’université de Yale, celles de la Shoah Foundation à l’université californienne de Californie du Sud), un entretien avec Tal Bruttmann réalisée par Cojean, un portrait de Grete Munn (1922-2014, rescapée des camps) par Cojean, et enfin une page sur la création du prix Albert Londres. Annick Cojean avance en titubant dans une forêt calcinée où il ne reste que des troncs dénudés. Elle continue de progresser et elle repère un bourgeon tout en haut d’une branche. Elle ramasse une échelle par terre et l’adosse au tronc pour atteindre le bourgeon. Elle le contemple de près et murmure qu’elle le cherchait, tout en en voyant d’autres sur d’autres arbres. L’année : 1994. L’an prochain, ce sera la commémoration des cinquante ans de la libération des camps de concentration et d’extermination nazis. Ou en est-on ? Annick veut comprendre ce que l’on retient de la Shoah. Et ce qui se transmet dans les familles. Tout ce poids, cette responsabilité, pour les survivants ou leurs enfants, de faire vivre à nouveau la branche. Chapitre Un : Les voix de l’indicible. Annick Cojean descend du train à New Haven dans le Connecticut où elle est attendue et accueillie par une femme tenant une pancarte portant le nom de la journaliste. Elle lui souhaite la bienvenue, et la remercie de s’intéresser à ce programme de l’université de Yale. Une fois installées dans un bureau, l’hôtesse explique à Annick qu’elle va lui montrer quelques-unes de leurs vidéos. Des témoignages archivés depuis 1979 dans le cadre du programme Fortunate Video for Holocaust Testimonies. De très nombreux témoignages ont été recueillis aux États-Unis, en Israël et dans plusieurs pays d’Europe dont la France. Trois mille rescapés ont parlé malgré l’extrême difficulté de dire, de raconter, de se souvenir. Parler pour sortir d’un silence toxique, pour soi-même, mais aussi pour la mémoire collective. Elle doit bien comprendre qu’ils ont pris le temps et le soin d’élaborer ce programme. Elle n’en verra que le résultat, mais il suit un protocole exigeant mis en place par des équipes de psychologues et de sociologues. Ce ne sont pas de simples interviews… Le texte de la quatrième de couverture indique clairement la nature de l’ouvrage : transposer les cinq articles de la grande reporter Annick Cojean en bande dessinée, en respectant les mémoires des survivants, de leurs enfants et des enfants de nazis, mémoires encore bien vivantes et actuelles. Un projet assez particulier : à la fois une transposition d’articles de journaux, à la fois un ouvrage supplémentaire sur la Shoah. En fonction de sa familiarité avec le sujet, le lecteur peut s’interroger sur son envie de lire une bande dessinée sur ce sujet, forcément grave, et peut-être un de plus. Les autrices racontent la démarche de la journaliste en la mettant en scène, avec ses projets, ses interrogations, ses réactions, ce qui rend immédiatement les reportages plus vivants et plus accessibles. Il découvre dans l’introduction que ces reportages trouvent leur source dans l’étonnement de la journaliste qu’en 1995 on parlait si peu de la Shoah, que le génocide nazi n’ait été qu’effleuré au lycée sans aucune résonnance avec ce qui se passait au présent, qu’il ne soit pas central dans l’enseignement et le débat public. Dans son introduction, elle écrit : Ce n’était pas si vieux ! C’était documenté ! Il y avait des films, des photos, des journaux, des récits, des centaines de milliers d’archives. Et surtout il y avait des témoins bien vivants. Il s’agissait de les écouter. Dans sa postface, Tal Bruttmann contextualise également ces articles : l’émergence de la mémoire de la Shoah, ils traitent de plusieurs des initiatives mémorielles visant à redécouvrir un passé que certains voulaient reléguer dans l’ombre, ce qui reflétait à quel point la question travaillait les sociétés. Le lecteur peut également entamer l’ouvrage sans avoir conscience de ce contexte et de ces intentions. Il a le plaisir de découvrir une vraie bande dessinée, plutôt qu’un texte illustré. La séquence d’ouverture comporte trois pages, et seulement deux phylactères, les images portant la majorité de la narration. Qui plus est dans une scène à la fois onirique et métaphorique. Les autrices ont réalisé un vrai travail de transposition, utilisant plusieurs spécificités de la bande dessinée, sans trahir l’intention de la journaliste. La métaphore de la forêt calcinée revient à plusieurs reprises, et elle se trouve explicitée dans un flux de pensées de la journaliste qui compare les enfants des rescapés à d’improbables petits bourgeons sur un chêne calciné. Les autrices utilisent également des juxtapositions visuelles et des éléments surréalistes. Tel ce moment silencieux dans lequel les enfants de rescapés et les enfants de nazis se tiennent de part et d’autre d’une faille dans laquelle se trouvent les cadavres des Juifs exterminés, et ils y descendent pour s’occuper ensemble des cadavres. Ce moment poignant où Niklas Frank, fils de Hans Frank ministre du Troisième Reich (surnommé Bourreau de la Pologne) se couche à même le sol sur des photographies géantes des camps, en en prenant une pour s’en faire une couverture, alors qu’il évoque son sentiment de culpabilité, obsédé par les l’angoisse des Juifs qui allaient mourir. Ou Anne-Marie Levine, pianiste concertiste de New York, née pendant la nuit de cristal. Ses parents se sont enfuis la veille de l’invasion allemande en Belgique où elle est née, installés à Beverly Hills, ne parlant jamais de ce qui se passait en Europe : le lecteur la voit jouer un morceau de piano, trois longues chimères serpentines tournoyant autour d’elle, expression de son inconscient en souffrance du fait du malaise généré par les non-dits. Le lecteur apprécie tout autant la narration visuelle en mode descriptif et concret. L’artiste réalise des dessins aux contours un peu simplifiés, tout en conservant un bon niveau de détails. Elle prête attention aux tenues vestimentaires, en respectant la mode de l’époque, ou la fonctionnalité. Elle s’attache à représenter les décorations intérieures avec attention : le salon très confortable dans lequel Annick visionne les cassettes vidéo, le bureau de travail de Geoffrey Hartman (1929-2016) à l’université de Yale, celui de Dori Laub (1937-2018, psychiatre et psychanalyste israélo-américain), une salle de concert où se produit la pianiste, l’appartement d’Edda Goering (fille de Hermann et Emmy Goering), un parloir en prison lors d’une visite à Hans Frank, un café, un restaurant, une salle de réunion à l’université allemande de Wuppertal où se rencontrent les enfants de rescapés et ceux de nazis à l’initiative de Dan Bar-On (1938-2008), etc. Elle représente avec la même solidité les environnements en extérieurs, allant des paysages traversés par la voie de chemin de fer, aux camps de concentration et d’extermination. Pour ces derniers, elle sait en retranscrire toute l’inhumanité et l’horreur, sans une once de voyeurisme. Le lecteur en ressort ému et affecté, ayant ressenti de l’empathie pour les souffrances évoquées par les survivants. Le lecteur peut ressentir de bout en bout la fidélité aux articles originaux. Il assite à la démarche journalistique, il comprend la motivation de la journaliste, il découvre avec elle les travaux mémoriels. Il prend connaissance avec elle des témoignages, passages essentiels de transmission, et aussi de contact direct avec la réalité de ce qu’ont vécu ces personnes, du comportement des soldats. Il sait qu’il est loin d’éprouver par lui-même ces horreurs inimaginables, et dans le même temps il s’en trouve bouleversé. Il retrouve ou il découvre les différentes initiatives mémorielles. Il assiste à la mise en œuvre des captations vidéo. Il écoute avec Annick l’explication du professeur Geoffrey Hartman pour les archives vidéo Fortunoff. En particulier, lorsqu’il dit que : Chaque survivant a un besoin impérieux de dire son histoire pour parvenir à en réunir les morceaux. Besoin de se délivrer des fantômes du passé, besoin de connaître sa vérité enterrée pour pouvoir reconnaître le cours normal de sa vie. C’est une erreur de croire que le silence favorise la paix. Il ne fait que perpétuer la tyrannie des événements passés. Il favorise leur déformation et les laisse contaminer la vie quotidienne. Le mensonge est toxique et le silence étouffe… Parler guérit, oui, mais seulement si on est écouté. Le récit non écouté est un traumatisme aussi grave que l’épreuve initiale. Le lecteur prend la mesure de la double peine que ce fut pour certains rescapés, l’histoire de Grete Munn (1922-2014) en fin de tome en est un témoignage d’une force terrassante. Il peut faire le lien avec les conséquences du silence dans une autre de ses formes pour d’autres crimes abjectes, évoqué par Théa Rojzman dans Grand Silence (2021) avec Sandrine Revel. Une œuvre formidable sur les mémoires de la Shoah, autant sur les articles d’Annick Cojean, que sur les témoignages des survivants, de leurs enfants, des enfants des nazis, que sur plusieurs initiatives mémorielles dans les années 1990. Avec une narration visuelle riche et adaptée, les autrices font honneur à ces cinq articles, les font connaître à de nouvelles générations, illustrant le besoin de mémoire, et les modalités de sa mise en œuvre. Formidable.
Le Chasseur de Rêves
Comment se fait-il qu’un an après sa sortie ce petit bijou ne soit pas encore référencé sur ce beau site ? La couverture m’avait fait de l’œil lors de sa sortie, mais, je ne sais pourquoi, je n’avais pas sauté le pas et, vite disparu des étals des librairies, il en avait fait de même de ma mémoire. Et voilà-t-y pas que je retombe dessus, et qu’alors je ne lui laisse aucune chance de s’échapper ! Aussitôt en main, aussitôt lu. Et quel plaisir. C’est un album qui se positionne clairement pour un lectorat jeunesse (8-15 ans), mais qui passe très facilement la barrière de l’âge. L’album d’une quarantaine de pages est divisé en 5 ou 6 petites histoires, ayant pour protagonistes deux personnages : le chasseur et son fidèle – et (très) dévoué – serviteur. A chaque fois ils partent à la chasse d’un animal pour compléter la collection de trophées du chasseur. Voilà pour la trame générale. Pour le reste, l’univers développé par Martin Desbat (déjà découvert avec « Mégamonsieur », même si je n’avais au départ pas fait le rapprochement) est bourré de références, toutes très bien exploitées (c’est là que l’adulte profite de certains détails qui échapperont à l’enfant auquel est avant tout destinée cette série). Le chasseur est loufoque, vit dans ses rêves, vit ses rêves, et cherche à tout prix à leur soumettre la réalité, comme Don Quichotte (son serviteur, répond au nom de Sancho !). Et ce duo de choc va se lancer à la poursuite d’animaux improbables : Bétopotame, Poëléphant, Bufflets Empire !, etc. On le voit le terrain de chasse est vaste et va même plus loin que la réalité ! Mais le chasseur, lecteur de Verne et de Freud, nous mène vers des contrées faisant moult clins d’œil à « Alice au pays des merveilles » de Carroll, au « Voyage au centre de la Terre » de Verne, à l’univers de Wells (et encore, je n’ai sûrement pas tout décrypté). Ajoutons à cela un dessin moderne, mais efficace, une colorisation aux petits oignons, et quelques petites pincées d’humour (excellent l’envers du décor du mur des trophées !), vous avez avec cet album une belle réussite à côté de laquelle il serait dommage de passer. ******** Je reviens mettre à jour mon avis après lecture des deux albums que je n'avait pas encore eus sous la main. En m'étonnant encore du peu d'avis recueillis par cette série, qui mérite vraiment le coup d'oeil. Les aventures loufoques se poursuivent, avec notre chasseur rêveur et un peu dépassé par les événements, toujours accompagné par son fidèle serviteur Sancho, qui, lui, est plus terre à terre et sauve souvent la mise à son patron. Tous les deux continuent de nous amener dans des contrées diverses et lointaines, qui font références à de très nombreuses oeuvres littéraires majeures, ce dernier détail permettant à un lecteur adulte d'apprécier ces aventures enjouées et farfelues. Une série jeunesse qui plait aux grands, et qui est bourrée de références. A découvrir donc ! Même si la surprise joue moins que lorsque j'avais découvert la série avec le premier tome, la suite confirme la qualité de l'ensemble.
Une issue
Une description juste d'un épisode très incofortable de la vie : tomber enceinte et ne pas se sentir en situation de mener ce potentiel enfant à terme. Avec une particularité : cela se passe en Pologne dans un pays très religieux où l'avortement est une intervention médicale très rare, aux mains d'une phallocratie catholique. Aucune précision ou réflexion n'est donnée sur qui est le partenaire sexuel. Là n'est pas le sujet de l'album. Rien de psychologique. Le titre est en ce sens tout-à-fait bien choisi. Le but est de trouver une issue, et d'abord quelqu'un à qui en parler. Le flou de la succession des démarches à accomplir est d'autant plus perturbant dans la solitude. Magda est institutrice dans une école Montessori mais cela ne l'aide en rien ! L'autrice vient de Jérusalem et habite au Pays-Bas. Une issue est sa première BD traduite en français. Le dessin des personnages ressemble un peu à celui de Davodeau avec une couleur plus audacieuse : les traits peuvent être colorés et l'aquarelle plutôt proche de Barru (vive et un peu baveuse !) La mise en page et le jeu des cases sont variés et adaptés au propos. C'est une BD à mettre dans toutes les bibliothèques, elle ne s'appuie pas sur un discours militant pendant le parcours de Magda qui reste très factuel. Le rôle des enfants donne à l'histoire un humour appréciable et contextualise aussi très bien les contradictions qui traversent la vie des femmes. Seules les dernières pages mettent en scène les manifestations pour l'avortement qui ont eu lieu en Pologne pendant la pandémie de Covid. Une double-page en fin de publication présente l'association danoise ANA qui a permis à 125000 personnes d'avorter à ce jour dont 90% venaient de Pologne. Je ne mets pas 4 étoiles parce que ce point de vue qui occulte les raisons d'avorter est très juste d'un point de vue politique, mais du point de vue de la narration, cela reste un manque.
Inuit
L’art inuit explore la magie originelle. Les limites. La transcendance. - Ce tome contient un récit complet, indépendant de tout autre, dont la lecture peut être complétée par Nunavut (2024) des mêmes auteurs. Son édition originale date de 2023. Il a été réalisé par Edmond Baudoin et Troubs (Jean-Marc Troubet), pour le scénario et les dessins. Il compte cent-soixante-douze pages de bande dessinée en noir & blanc. Ces deux auteurs ont précédemment réalisé ensemble : Viva la vida - Los Sueños de Ciudad Juàrez (2011), Le Goût de la Terre (2013), Humains - La Roya est un fleuve (2018). Entre 2001 et 2003, Edmond Baudoin est professeur à l’université de Hull, devenue Gatineau, au Québec. Ottawa est de l’autre côté de la rivière Outaouais. Dans son musée, il découvre l’art inuit. C’est pour lui une révélation. Il se promet de travailler un jour avec des artistes inuits. C’est Vincent Marie qui lui en donne la possibilité la première fois. Avec Andrew Qappik, il illustre un conte inuit sur la naissance du narval, pour son film : Les harmonies invisibles. En illustrant ce conte il réalise ce désir né dans un musée en 2002, il travaille avec un artiste inuit. Mais avec Jean-Marc Troubs, ils veulent maintenant aller dans son pays. Voici le conte du Narval. Il y a bien longtemps, Taqqiq, un jeune garçon aveugle, vivait en compagnie de sa petite sœur Siqiniq chez leur grand-mère, une femme colérique et méchante. Aux yeux de cette grand-mère, Taqqiq était une bouche inutile à nourrir. C’était difficile pour les deux enfants, mais ils étaient orphelins de leurs parents. Une nuit, ils furent réveillés par un ours approchant leur habitation. La grand-mère prit l’arc et la flèches et les donna à Taqqiq, jeune mais robuste. Elle dirigea le tir. La flèche atteignit l’ours qui tomba raide mort. Mais la grand-mère mentit, en le traitant d’idiot et lui faisant croire qu’il avait tué leur meilleur chien. La nuit suivante, Siqiniq mit en cachette de la viande d’ours dans l’assiette de Taqqiq qui compris le mensonge et décida de se venger. […] Le plongeon arctique se joue des frontières. Il nage comme il vole dans la mer ou dans le ciel. Pour de nombreux groupes inuits, il symbolise la recherche de la vérité dans les profondeurs. Voilà deux ans que Troubs devait se rendre au Nunavut avec Edmond… Mais il y a eu la pandémie. Alors il a commencé le voyage dans les livres et la recherche d’images. Il s’est plongé dans les mythes, les récits et la vérité historique, qui souvent dans l’Arctique s’entremêlent magnifiquement. Cet été 2022, ils allaient voir, voir ce qui s’y raconte aujourd’hui. L’art ancien des peuples polaires est peuplé de petites statuettes. Elles ont souvent une fonction magique. Et une présence telle qu’on les dirait vivantes. Qu’elles soient de magie noire ou blanche, les statuettes sont longtemps restées petites. Parce que les matériaux étaient rares. Et qu’il fallait les transporter. Les Inuits avaient encore la liberté d’être nomades. Mais aujourd’hui, les temps ont changé, les statuettes ont pris du poids, et sont parfois devenues géantes. Elles ont toujours cette présence fascinante. Elles pratiquent maintenant la magie moderne du marché de l’art. S’il s’agit de sa première œuvre de ces artistes, le lecteur peut se trouver un temps déconcerté, à la fois par la liberté des formes, à la fois par l’importance donnée à la parole. En toute simplicité, le tome s’ouvre avec une carte sommaire réalisée par Troubs permettant de situer le Groenland, le Labrador, le Nunavut, le cercle arctique, la ville de North West River, et d’autres repères géographiques. Puis la première planche comprend deux cases de la largeur de la page : la première une photographie d’une rue de Gatineau avec la silhouette de Baudoin sur le toit d’un immeuble à étage unique, la seconde une chimère intégrant le visage de l’artiste à des éléments animaux et une représentation inuite dans un amalgame harmonieux. Dès la troisième planche, il s’agit d’illustrations évoquant l’art inuit, dans une diversité d’approches graphiques, et un texte qui court au-dessus ou au-dessous. Puis sans aucune indication, Troubs réalise les planches suivantes : à nouveau des illustrations de conte, mêlant les représentations d’un oiseau à l’encre, au bleu peint de la mer ou du ciel. Puis des représentations naïves d’Inuits, avec un glissement progressif vers des personnages et des animaux mythologiques à l’apparence naïve. Le récit du voyage commence alors avec les cases aux dessins réalisés au pinceau de Troubs, puis les images plus libres de Baudoin, également au pinceau, puis des portraits, des reproductions d’autres artistes. Parfois des pages en couleurs. Parfois un paysage sur une double page. Parfois des cases à l’encre. Une alternance toute naturelle entre des cases disposées en bande, des dessins accolées, des portraits d’habitants interrogés, d’autres paysages, des scènes urbaines, des hommages à des œuvres d’artistes inuits ou innus, etc. S’il en éprouve la curiosité, le lecteur peut aisément identifier les pages réalisées par l’un ou l’autre des deux artistes : Troubs effectue un lettrage en minuscules, et Baudoin en majuscules. Dans un passage, ils se représentent en train de travailler à leur bande dessinée : ils sont tous les deux assis à la même table, et ils composent et réalisent leurs pages ensemble. Le lecteur le ressent à la lecture car il n’éprouve aucune sensation de solution de continuité : les pages forment un tout harmonieux comme si une unique intelligence créative avait présidé tout du long. La bande dessinée suit l’ordre chronologique du voyage, à commencer par les prémices évoquées par Baudoin, puis le voyage en avion, l’arrivée à Montréal, le trajet vers North West River, et encore plus au Nord. La narration visuelle est conçue en fonction de chaque séquence pour mettre en valeur un lieu, des personnes, une longue route en vue du ciel dans une case de la hauteur de la page, des cases sans bordure pour laisser de l’espace à un Inuit en train de manier le harpon, un dessin à l’encre effectué dans l’inspiration du moment, une autre carte simplifiée, des illustrations en couleurs… un petit visage avec un long discours en texte… Les deux auteurs ont repris le dispositif qu’ils avaient utilisé dans leurs précédents ouvrages en commun : proposer de réaliser le portrait de leur interlocuteur et lui offrir en échange d’une réponse à une question, sur l’avenir des Inuits et Innus ou sur l’avenir de la culture inuite. Il est possible de voir cet ouvrage comme la suite de ces entretiens, entrecoupés de réflexion sur la culture inuite, sur son art, sur l’histoire de ce peuple premier. Le lecteur se rend compte qu’il éprouve une forte curiosité pour ces déclarations, totalement oublieux de leur forme de texte, ce qui pourtant constitue souvent un repoussoir dans les bandes dessinées traditionnelles. Son attention est tout entière consacrée à ces témoignages fort variés. Estelle évoque la dépendance de la communauté de North West River aux services publics et au gouvernement. Billy dit sa crainte que leur culture disparaisse. Mitzi, la mère de Billy, évoque le temps où le gouvernement avait interdit la langue inuktitut. Mina, conservatrice au Labrador Heritage Museum, parle de la disparition des attelages de chiens, et des croyances spirituelles qui font le chamanisme. La grand-mère Ataomie estime que la culture se renforce depuis qu’ils ont leur propre gouvernement et qu’il est possible d’apprendre la langue. Elisabeth constate que la chasse va en décroissant. Ernie, ancien maire de North West River pendant des décennies voit que l’électronique rendra le monde complètement dépendant des machines et qu’il sera complètement impossible de vivre dans la nature d’ici cinquante ans du fait de l’évolution du climat. Au fil de ces rencontres, d’autres facettes de la vie locale sont abordées : l’art bien sûr, le rôle des jeunes et leurs aspirations, la pêche et son industrialisation, les services publics, l’histoire de chaque groupe qui a habité la région et la difficulté de l’établir du fait de leur nomadisme, la nécessité d’une représentation pour éviter de se faire piller, pour résister aux prédateurs capitalistes, etc. En creux se dessine également l’histoire des Innus, celle des Inuits, et la manière dont le gouvernement a traité les peuples autochtones, a mis en œuvre des actions visant à détruire leur culture. Par exemple le placement de petites filles dans des pensionnats dans le Sud, et les sévices fréquents. Les discussions entraînent des réflexions chez les auteurs. Il apparaît qu’ils sont fascinés par la forme de pureté de l’art inuit, sa qualité primordiale, sa charge mythologique et la part de vérité qu’elle contient quant au rapport entre l’être humain et son environnement, par le rôle de l’art comme outil de préservation et transmission d’une culture. Par la sauvegarde d’une langue et ce qu’elle porte en elle de culture à nouveau, mais aussi de rapport à la réalité. Un habitant leur indique que : En inuktitut il y a environ cinquante mots pour dire Neige, pas un seul pour dire police. Par l’évolution du climat, ainsi que par le paradoxe à leurs yeux d’être à la fois chasseurs et agents de préservation de la nature. Par un autre paradoxe : celui de vouloir préserver sa culture et ses traditions, alors que la pureté d’un groupe est une chimère, ce que les auteurs expriment par : Tout le monde est métissé, les races pures c’est un fantasme de totalitaire. Et aussi par : Rien, et tout, plus la complexité, la pureté n’existe pas, sa recherche est vaine et dangereuse, la vie se tient dans le chaos. D’une manière aussi organique que habile, ils brossent progressivement un portrait d’une communauté, à la fois dans le temps long de l’histoire, dans l’existence et l’évolution d’une culture, dans les aspects pragmatiques de la vie de tous les jours, dans les traumatismes qui se transmettent de génération en génération, dans sa dimension mythologique. Quel voyage, quelles rencontres, quelle expérience d’une autre culture. Les deux auteurs effectuent un séjour au Labrador. Comme à leur habitude, ils proposent de réaliser un portrait à leur interlocuteur en l’échange de la réponse à une question. Dans une forme graphique aussi libre qu’intelligente et sensible, ils racontent leur voyage et leurs rencontres, abordant aussi bien la vie quotidienne, la culture, l’histoire, l’évolution des valeurs d’un peuple et sa résilience. Un récit d’une richesse inépuisable et d’une humanité peu commune. Merveilleux.
Ceux qui me touchent
Allez hop 5/5! Même pas peur de mettre la note maximale pour ce très beau one shot qu'on se prend dans la tronche sans le voir venir. Le dessin est tout simplement magnifique, avec un gros travail sur les personnages et leurs expressions. Les contours marqués en noir renforcent le sentiment d'isolement et de solitude des personnages. Les couleurs ensuite avec des ambiances quasi monochromatiques pour mettre l'emphase justement sur ce que ressentent les personnages. Ca aide à structurer le récit en une multitude de séquences cohérentes. Et ça rajoute énormément à l'ambiance banale et bizarrement angoissante de la routine du héros, son travail aux abattoirs, sa vie de famille le soir... Le récit est comment dire... impossible à décrire sans spoiler cette histoire que j'ai trouvée très originale. Donc sans en dire davantage disons que l'histoire assez classique au début bascule rapidement et oscille entre rêve et cauchemar. C'est justement une histoire que le papa raconte à sa fille pour l'endormir qui fait office d'élément déclencheur et se trouve être le point de bascule. Il y a aussi de vrais moments surreéls comme on en croise que dans les rêves. Ca m'a fait souvent pensé à du David Lynch par exemple pour l'aspect onirique et parfois loufoque. Ce qui n'est pas une maigre référence. L'ensemble est très cohérent et se rélève être une refléxion puissante non seulement sur l'aliénation au travail, à la société de consommation et notre rapport au vivant, mais aussi sur la poésie et l'art. Un très beau livre.
La Machine à détruire - Pourquoi il faut en finir avec la finance
Une lecture salutaire. Un album indispensable dans toutes les bibliothèques. Un album dont on ne peut ressortir que révolté, et le mot est faible. Je n'ai pas bien sûr attendu cette lecture pour savoir que notre société est gangrenée par le système capitaliste, mais elle m'a ouvert les yeux sur le monde de la finance. Un monde qui m'était obscure et un système qui détruit des vies mais aussi la planète. Aline Fares a travaillé de nombreuses années pour la banque Dexia, elle nous fait un constat sur la finance qui donne la gerbe. Elle se met en scène tout le long de l'album pour nous expliquer tous les rouages de la finance et des conséquences bien réelles dans notre quotidien. Alors oui la lecture est dense (avec une petite dose d'humour) et demande de la concentration (tout en restant accessible), elle permet de comprendre comment et pourquoi on en est arrivé là, mais surtout de désigner les responsables de notre société pourrie : les banques et les politiques (de tous pays). Et c'est toujours les mêmes qui payent l'addition quand ça dérape (crises financières) : les travailleurs qui doivent supporter l'austérité (ben voyons, il est question de nous retirer 2 jours fériés pour résorber la dette) comme remède miracle. Les seuls gagnants sont les gros actionnaires avec leurs dividendes. L'argent appelle l'argent, les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres... Heureusement la lecture se termine avec une dose d'espoir, puisqu'Aline Fares propose des solutions pour casser le système, des propositions auxquelles nous tous pouvons apporter notre pierre à l'édifice. Il faut juste un peu de courage, se préparer à des moments difficiles et arrêter d'être spectateurs. Pas impossible ! Je tiens à souligner le très beau travail de Jérémy Van Houtte qui met son dessin simple et expressif au service des arguments d'Aline Fares avec une mise en page efficace et démonstrative. Un album à lire, indiscutablement. Coup de cœur.
Zaï Zaï Zaï Zaï
Je suis un grand amateur des productions de Fabcaro – je crois bien que je possède tous ses albums, et j’ai très rarement été déçu. Et là, je dois dire que c’est clairement l’une de ses meilleures réussites. Je ne m’étonne pas que cet album ait reçu plusieurs prix, car il est vraiment bon, tout en restant relativement atypique. C’est clairement un florilège d’humour totalement absurde, parfois nonsensique, toujours très con, et parfois noir. Un excellent cocktail dont je suis très friand. Du sourire au rire franc, quasiment tous les gags (s’il y a une histoire « linéaire », toutes les pages ou les deux pages un gag ponctue ce « road movie » absurde) sont réussis. Si vous êtes adeptes de ce genre d’humour, n’hésitez pas, c’est franchement bien fichu ! Et le ton est donné dès le départ, puisque le déclenchement de cette traque est dû à l’oubli d’une carte de fidélité d’un grand magasin au moment de payer. On devine peu à peu que Fabcaro se met en scène lui-même comme victime de cette course poursuite surmédiatisée. Autodérision, travail autobiographique, réflexion ironique sur le métier de bédéiste : on retrouve là quelques sujets récurrents chez Fabcaro (en particulier dans ses albums publiés chez La Cafetière). Bref, d’une anecdote insignifiante, Fabcaro va pousser jusqu’au bout du bout l’emballement médiatique (on retrouve là quelques travers déjà moqués dans le second tome de Nic Oumouk de Larcenet). Les petites lâchetés du quotidien, les petits ou les grands cons de notre entourage ou des médias, la société de consommation, la dictature de la routine, les grands élans de générosité creuse (excellente parodie des « tubes humanitaires » !), tout est passé à la moulinette, dans une histoire dont on peut supposer que Fabcaro l’a menée en légère improvisation, emporté par son élan : j’étais prêt à le suivre encore plus loin et longtemps. C’est d’ailleurs mon seul regret après ma lecture, c’est que cette « connerie » s’arrête. Du coup, je l’ai déjà relue trois fois ! Et vous encourage à en faire autant. ******************************** 10 ans jour pour jour après la parution de ce joyau d'humour - et de leur plus gros succès (plus de 400 000 albums vendus à ce jour !), les éditions 6 pieds sous terre ont publié une édition anniversaire, avec une couverture rigide classieuse. Ça a été pour moi l'occasion de rererelire cette histoire (et donc de me marrer encore, même si la surprise ne joue plus). Je n'ai pas été convaincu par certaines "modifications" apportées par une dizaine d'auteurs (voir détails sur la fiche), intervention insérées au coeur du récit d'origine. Parmi les bonus et entretiens inclus en fin d'album (d'intérêt inégal), j'ai par contre été intéressé par la correspondance entre Fabcaro et son éditeur au moment de la genèse de l'ouvrage. Les amateurs de Fabcaro et de cet album apprécieront sans doute cet ajout. ZZZZ reste de toute façon un chef d'oeuvre d'humour absurde et intelligent qu'on ne peut laisser de côté !
Underground
Déjà le sous-titre (Rockers maudits et grandes prêtresses du son) résonne : tout un programme !!!! Il n'en fallait pas plus pour attirer un chaland tel que moi vers cette énÔrme BD rouge et noire dont la couverture magnifique évoque furieusement celle de l'indépassable Sgt Pepper's Lonely Hearts Club Band. Et bien m'en a pris car hormis quelques marronniers dont la présence dans ce copieux menu peut raisonnablement surprendre a priori (je pense en particulier à Patti Smith, mondialement connue), les autres artistes cités sont incontestablement des icones de l'underground. Au sommaire, parmi tous les noms énoncés, une dizaine ne m'évoque absolument rien. "C'est beaucoup" m'étonnais-je moi-même ! Je ne dis pas ça pour me vanter, mais en règle général, on s'étonne souvent de l'étendue de ma culture musicale. C'est comme ça, depuis que je suis tout minot, même pas encore en âge de parler, la musique est mon truc, la faute à mon grand refré qui m'a donné le virus (il est tout excusé). J'en écoute énormément, tous les jours. Ca rythme ma vie au quotidien. Comme si cela ne suffisait pas, il se trouve que je suis responsable du fonds rock (et BD accessoirement) d'une médiathèque. Le gars qui en veut quoi ! Pour dire : mon premier disque, qui était alors une K7, acheté avec mes propres deniers, c'était Thriller de Michael Jackson. On était en 1982, j'avais 8 ans... Mais ceci n'étant pas une chronique sur ma vie affligeante, je reprends le fil de mon propos. Donc oui ! Beaucoup de vrai(e)s inconnu(e)s au programme, et ça fait plaisir. Cette lecture est l'occasion d'approfondir, voire de découvrir des tonnes de trucs. Personnellement, j'ai (re)écouté tout Alex Chilton dont je connaissais déjà l'implication au sein de The Box Tops puis de Big Star. Et bien, ce n'est pas une surprise mais ce type est un génie. Dans l'album Bach's Bottom par exemple, enregistré principalement live en 1975 mais sorti en 1982 seulement, il a su capter l'énergie du punk naissant qu'il a abondement arrosé de soul, de rock'n'roll, de glam... J'ai aussi exploré l'œuvre de Moondog dont je ne connaissais que deux ou trois morceaux (que tout le monde connait par ailleurs sans le savoir, si si). J'ai tenté de dégoter des morceaux des Légions Noires, sans grand succès. J'ai découvert Eugene Chadbourne, John Fahey, Merrell Fankhauser... Enfin bref ! Arnaud Le Gouëfflec et Nicolas Moog signent avec Underground une petite Bible des artistes les plus emblématiques, si je puis dire, de la scène underground, tous genres confondus, dont les puristes ne pourront finalement que regretter la trop courte Guest List. Sortie en même temps que l'excellentissime Les Amants d'Hérouville dont le personnage principal, Michel Magne en l'occurrence, aurait tout à fait pu faire l'objet d'une insertion dans ce catalogue, Underground entretient la flamme d'un rock dont l'Histoire rhizomique se forge souvent dans les marges. Cet ouvrage n'a finalement qu'un inconvénient : il n'est que la base d'un travail d'exploration sonore que tout lecteur consciencieux accomplira avec délice en se lançant toutes oreilles cessantes dans l'écoute des tonnes de musique promises par nos deux complices... Oh yeah ! Et rebelotte pour le tome 2 ! Sauf qu'il figure encore plus d'inconnu-e-s au programme, que les deux compères Moog et Le Gouefflec donnent furieusement envie de découvrir ! Top ! Allez, je mets un cœur...
Les Damnés de la Commune
J'ai mis longtemps à lire cette série parce que j'avais un peu peur de lire une série aussi longue dont le dessin est uniquement composé de gravures. J'avais peur d'un truc figé et interminable au début. Mes craintes se sont vite dissipées. Oui, à la lecture des premières pages étaient un peu déroutante, mais j'ai vite embarqué dans le récit grâce à la narration dynamique qui donne envie d'en savoir plus sur la Commune. La mise en scène est originale et l'idée d'utiliser des gravures est bien maitrisée. Comme je l'ai écrit, le scénario est prenant. L'auteur s'est bien documenté et on a droit à plusieurs extraits d'articles de journaux, poèmes et discours faits par les gens de l'époque. Certains risquent d'être surpris du comportement de quelques noms illustres durant la commune. Une autre bonne idée de l'auteur est qu'on le voit suivre la trace d'inconnus présents durant la commune. Tout son travail de recherches pour savoir ce que sont devenus quelques anonymes est vraiment passionnant. En fait, je pense que pour apprécier cette série, il faut se mettre en tête qu'on va lire une série historique au ton normal comme Le Cri du Peuple de Tardi qui traitait de la même période historique (et dont l'auteur fait un clin d'œil dans le tome 3). Pour moi, on est plus dans une espèce de documentaire que dans une œuvre de fiction. On pourrait reprocher à l'auteur de pencher un peu trop du coté des communards (je ne suis pas un grand spécialiste, mais il me semble que la commune est une des périodes les plus controversée de l'histoire de France avec deux camps séparés qui défendent leur point de vue) , mais il défend bien son point de vue.