Les derniers avis (26 avis)

Par Canarde
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Nettoyage à sec
Nettoyage à sec

Rarement vue une aussi grande BD. Par le format, bien-sûr, qui magnifie un dessin extrêmement expressif où le destin pluvieux du héros est représenté avec tellement de vérité qu'on a peine à croire, en refermant le livre, que nous soyons en période de sècheresse et de forte chaleur. Dans la galerie (très généreuse sur ce coup là) on voit à la fois les vues de la ville (avec ses lumières artificielles, ses reflets de feux rouges et de phares de voitures, de vitrines et de salles de brasseries, mais à voir en vrai, c'est beaucoup mieux) et la description la plus près de la réalité que j'ai jamais vue, de la première cigarette , avant de partir au boulot. Dans un film ça ferait maniéré, esthétisant, mais dans une BD, ça touche : le réalisme en devient poétique. L'alternance de grilles serrées et de pleines pages est somptueuse tout en laissant voir tous les traits de construction, ce n'est pas simple à faire et c'est très réussi. Ensuite l'histoire évoque les films des années 60, (j'ai pensé à Mélodie en sous-sol par certains aspects) avec des types en costard, des 404 et des déesses, mais aussi les chansons de Renaud qui décrivent des petites vies foireuses... C'est poignant, on ne sait pas si on doit rire ou pleurer, mais je ne pense pas que ce serait utile de vous raconter l'histoire, la galerie fait le boulot. C'est parfaitement construit et les dialogues sont parfait, les personnages, peu nombreux, ont de l'épaisseur. Évidemment quand c'est bien, c'est toujours trop court. Bref, 140 pages à lire absolument, je vous le recommande.

22/05/2022 (modifier)
Par Canarde
Note: 3/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Est-ce qu'on pourrait parler d'autre chose ?
Est-ce qu'on pourrait parler d'autre chose ?

Je suis juste à l'âge où je me demande comment je vais me débrouiller avec mes parents, quand ils vont devenir moins autonomes. Cette BD remue le couteau dans la plaie et ne parle pas d'autre chose. Ici nous sommes avec une fille unique, comme moi, mais juive new-yorkaise, qui essaye de se démerder avec ses parents qui perdent pied tout en conservant leur identité, certains défauts, certaines habitudes liées à leur histoire et leur culture, mais aussi en lâchant prise par bien des aspects. Roz décrit avec humour mais aussi avec désespoir la faiblesse grandissante de ses parents, qui petit-à-petit perdent le contact avec une vie de tous les jours "normale". Pour nous montrer ces dérives, elle raconte son histoire et celle de ses parents et essaye de repérer la part des déraillements due à leur histoire et celle due à la vieillesse. C'est une observation que nous pourrons tous faire un jour ou l'autre, j'en ai peur. Elle décrit aussi les institutions qui prennent en charge la fin de vie aux états unis. Pendant des décennies notre société a évacué ce qui n'était pas beau à voir : les déchets, le caca, les menstrues, la mort, la vieillesse, le viol, la douleur... Notre époque est en train d'essayer de réparer ces oublis (pêle-mêle : les couches lavables, les toilettes sèches, Me-too, le recyclage des déchets, la réparation des objets plutôt que l'enfouissement, le réemploi des matériaux plutôt que le rejet à la mer, des colocations de personnes âgées, des logements intergénérationnels, des expériences en France pour autoriser des inhumations dans des bois du souvenir, la sédation...) Cette BD ne va pas du tout vers ce coté général et politique, elle reste sur le témoignage au plus proche de son cas personnel et, comme souvent, c'est là que cela devient universel. Elle découpe son histoire en chapitres assez courts pour que l'on puisse interrompre la lecture facilement et ainsi "parler d'autre chose". Les dessins et l'esprit qui rappellent Tomtom et Nana par l'aspect caricatural et bon enfant des personnages ne s'adressent assurément pas à des enfants. Pourtant ce contraste bizarre entre l'image , la drôlerie des dialogues et le fond de l'affaire, qui est sans issue, semble la seule manière d'"en" parler.

22/05/2022 (modifier)
Par Canarde
Note: 3/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Une vie d'huissier
Une vie d'huissier

Un dessin qui touche, avec des gros plans sur les visages, une texture de l'image qui remplit la page et imprime la rétine de manière très persistante. C'est particulier et rien que pour cela c'est à lire. Ensuite l'histoire, tellement inhabituelle dans la fiction, de la vie d'un huissier est intéressante par elle-même, oscillant entre l'étude sociologique, le film de gangster, et la tragédie à la Zola. Le fait que ce soit l'adaptation d'un témoignage réel et le lien entre l'auteur et le héros ajoute à la présence du dessin une sorte d'intimité presque intimidante. Bref, lisez-le, c'est troublant. J'aurais peut-être dû mettre 5, mais il manque quelque chose au niveau de la construction de l'histoire, et peut-être un peu trop de voix off...

21/05/2022 (modifier)
Par Canarde
Note: 3/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Taxi ! - Récits depuis la banquette arrière
Taxi ! - Récits depuis la banquette arrière

Très frustrant cette bd, mais on se demande si cette frustration n'est pas aussi sa réussite. Une belle construction faite de 4 conversations parallèles qui avancent chacune leur tour, et donc s'interrompent et reprennent tout au long de l'album. Un dessin noir et blanc, sans effet de style qui va à l'essentiel et représente les 4 villes dans une égalité de traitement graphique. Une situation répétitive : l'intérieur d'une voiture de taxi, la cliente, le chauffeur, la circulation. Mais des stratégies différentes, parfois, c'est elle qui a envie de parler, parfois c'est le professionnel de la tchatche qui s'impose, mais tout cela finit par dessiner la vie de l'héroïne et celles des conducteurs aussi. Ça me plaît mais c'est juste un peu vite lu... et donc frustrant, la boucle est bouclée.

21/05/2022 (modifier)
Couverture de la série Le Spirou de Schwartz et Yann
Le Spirou de Schwartz et Yann

Le Spirou de Schwartz et Yann mérite plusieurs lectures et plusieurs niveaux de lecture à mon avis. C'est une oeuvre complexe en trompe-l'oeil. La série explore tellement de pistes quelquefois contradictoires qu'on peut assez facilement s'y perdre et lui faire le reproche de fourre-tout. Comme indiqué dans plusieurs avis, il y a pléthore de références sur la Résistance Bruxelloise, sur la BD belge et sur le parler Bruxellois. C'est un côté hommage appuyé qui contraste presque avec le côté comique et ridicule des actions de Spirou et des Gestapistes. Yann nous invite-t-il à aller au-delà des apparences que les auteurs nous livrent? C'est fort probable, d'où cette invite aux lecteurs de rechercher la réalité via toutes ces références. C'est encore plus criant pour les deux autres albums. Pauvre Fantasio qui se débat avec " L'existentialisme est un humanisme" auquel il n'a pas l'air de comprendre grand chose. Yann a choisi deux périodes, le Nazisme et le Colonialisme , qui donnent la nausée. "La Nausée" n'est elle pas la clé de la série? Fantasio aurait pu le demander à J.P Sartre. Car m'enfin !! Nos deux héros pourfendeurs de la bête monstrueuse à Bruxelles sont tout miel devant le tableau géant d'une autre célébrité historique. Quel beau portrait de Léopold II, quelle belle statue dans une case carte postale qui vente la douceur de vivre au milieu de Léopoldville. Léopold II !! Esclavagiste, tortionnaire par procuration qui a sur la conscience plusieurs millions de Congolais tués ou mutilés (commission d'enquête 1904-05). Ce qui n'empêche pas d'avoir une avenue à Paris 16. La nausée je vous ai dit, on y est jusqu'au cou!! Yann ne nous renvoie-t-il pas à travers Spirou l'image de l'Autodidacte de Sartre naïf et pétri de bons sentiments ambigus. C'est particulièrement vrai dans le dialogue entre Spirou et le pauvre albinos. Quelle ironie envers l'humanisme sentimentaliste et satisfait de Spirou et la réalité de la situation. Le dessin de Schwartz est très bon, un poil d'auto dérision quand il se dessine en conducteur de blindé. Il est bien dans l'esprit de la série, dynamique et invraissemblable. Ses décors sont soignés, travaillés et font entrer dans l'ambiance déjantée du Paris intello de 1945/47. J'aime beaucoup les couleurs chaudes et agréables. Une série qui mérite de prendre son temps mais une superbe lecture dans un style très différent de Emile Bravo sur le même thème de la Résistance. Les deux se complètent à mon avis.

20/05/2022 (modifier)
Par Hervé
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Le Petit Frère
Le Petit Frère

Jean Louis Tripp continue de m'étonner. Après Extases, où l'auteur s'était mis littéralement à nu, il nous offre un nouveau livre autobiographique déchirant avec "le petit frère", un drame qu'il a vécu à 18 ans avec la mort de son frère, Gilles. C'est une de mes lectures les plus émouvantes et poignantes de cette année. A travers près de 330 pages, nous suivons une famille recomposée et aussi déchirée, par le deuil d'un jeune enfant, mais surtout la culpabilité ressentie par Jean Louis Tripp avec cette main lâchée, main qui reviendra comme un leitmotiv dans ce récit. L'auteur restitue parfaitement ce drame de cet été 1976, avec ce décalage avec un pays en grandes vacances : "les gens étaient heureux. Et nous, avec notre convoi funéraire, on était presque déplacés", écrit -il. Avec cet album, Jean Louis Tripp a choisi le dessin en noir et blanc sur iPad, ce qui ne nuit nullement à la qualité graphique. Seules quelques planches en couleurs, vers la fin de l'album, viennent apporter un brin d'optimisme, comme si Jean Louis Tripp avait enfin tourné la page, et s'était enfin apaisé. Un album très fort, et qui rejoint dans mon panthéon personnel un album aussi fort dans l'émotion que Le Journal de mon père de Taniguchi. Bref, un petit chef d’œuvre à lire et à relire.

19/05/2022 (modifier)
Par Cacal69
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Toutes les morts de Laila Starr
Toutes les morts de Laila Starr

Pas toujours évident de trouver une accroche pour un avis, si je devais définir ce comics en un mot : Génialissime ! Je déambulais dans ma librairie préférée et soudain mon œil gauche fût attiré par une jolie couverture, puis par un nom d'un des auteurs, celui de Ram V. Et là, ça fait tilt, mais oui il a scénarisé These Savage Shores. Hop, dans le panier. La naissance d'un petit Darius va provoquer une restructuration chez les dieux et Mort se voit congédiée et envoyée sur Terre en simple mortelle dans le corps de Laila Starr, tout juste décédée, car ce petit garçon va découvrir le secret de la vie éternelle et ainsi mettre notre grande faucheuse au chômage. Ram V a concocté une merveille de conte philosophique et poétique sur la place dans notre monde de la vie et la mort. La narration est fluide et toute en sensibilité. Des personnages attachants qui vont évoluer durant le récit car chaque chapitre fait un bon de quelques années dans le futur, après chacunes des morts de Laila. On visite l'Inde, de Bombay à une plage de Goa, ainsi que son folklore fantastique. Un conte contemplatif qui n'oublie pas de nous faire réfléchir, où l'émotion transpire, sans oublier la petite touche d'humour. De la poésie. Je découvre Filipe Andrade, il a un talent fou. Un grand format qui permet d'admirer toutes ses superbes planches qui défilent sous mes yeux et la colorisation "flashy" dans les tons roses, mauves et bleus apportent cette ambiance singulière d'une Inde mystérieuse. J'ai pris une claque tellement c'est beau. Un petit mot pour le traducteur, il a fait un super boulot. Pas culte, enfin pas encore, mais ce comics mérite 5 étoiles et un énorme coup de cœur. "Je veux arriver à la fin Avec des cicatrices à montrer Traces des décisions difficiles prises Par un cœur imprudent" Cicatrices - Akur Puri

18/05/2022 (modifier)
Couverture de la série Le Grand Vide
Le Grand Vide

Angoulême 2022 Prix du Public France Télévision. Léa Murawiec pour son premier album nous envoie un missile. Si cette jeune autrice confirme, il va falloir s'habituer à son nom vite fait. J'ai adoré le concept proposé. Dans une ville monde presque sans borne, nous nous promenons dans un univers dystopique qui ne doit rien à une explosion nucléaire ou à un régime galonné. C'est bien plus subtil car nous sommes les propres responsables de cet univers ultra connecté où la renommée (la présence) tient lieu d'espérance de vie. Peu importe la qualité et ce que vous faites du moment que l'on parle et que l'on pense à vous. L'oubli ou la solitude, c'est la mort imminente quel que soit votre âge. Paradoxalement les ados peuvent être aussi vite exposés que les personnes âgées à cause d'un lien social en reconstruction entre enfance choyée par les parents et âge adulte bien cadré par son statut. Manel Naher, la vingtaine rebelle n'a cure de ces contraintes et ne rêve que de liberté et d'aventure avec son pote Ali. Elle développe un tropisme vers le vide. Ce grand vide que la communication officielle vous en interdit la rêverie. Sauf qu'à cause d'un imprévu, comme la vie en est faite constamment, Manel est rattrapée par la patrouille. A cet âge, la pire angoisse et la pire agressivité peut suivre à la plus belle exaltation. L'action qui en découle peut avoir des effets si imprévus qu'ils vont vous transformer du tout au tout. Léa Murawiec pose un regard aiguisé et un poil angoissant sur les défauts possibles de notre société future. Elle me renvoie à cette montée d'angoisse subie par de nombreuses personnes au moment du confinement quand les liens sociaux réels ont été mis à mal à cause du virus. Je trouve que c'est très finement observé. Le concept est bon et comme si cela ne suffisait pas Léa Murawiec nous claque du/son style. On peut ne pas aimer mais l'auteure met immédiatement sa signature graphique dans votre pupille. Avec ses trois couleurs pantones, son trait fluide, élastique et bondissant, Murawiec ne laisse pas respirer. Les effets de profondeur donnent le vertige et confortent ce sentiment d'angoisse quand on regarde ces planches avec ces milliers de buildings jumeaux où s'inscrivent ces milliards de noms. C'est en tout cas l'impression que cela m'a donné. Un super concept et un graphisme personnel qui décoiffe comme son héroïne pour un premier album. Quel coup de maîtresse !!

17/05/2022 (modifier)
Par Cacal69
Note: 3/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Coeur de pierre
Coeur de pierre

Une jolie surprise que ce conte. Un triangle amoureux entre un garçon au cœur de pierre, une jeune fille au cœur d'artichaut et un autre garçon au cœur d'or. Une histoire triste et touchante. Une narration où la voix off du conteur, sous forme de poésie noire, m'a pris aux tripes. Sous cette noirceur la lumière jaillera, elle fera néanmoins un dommage collatéral. Un récit tout en subtilité et sensibilité qui interpelle sur ce merveilleux sentiment : l'amour. Une lecture rapide du fait de sa faible pagination, 29 planches. Un dessin soigné dans un style enfantin où chaque personnage a ses propres couleurs qui les suivent. Du très beau travail. Une fable pour les petits et les grands. Note réelle : 3,5.

16/05/2022 (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série L'Ours de Ceausescu
L'Ours de Ceausescu

Depuis une dizaine d'années et plein d'albums, Aurélien Ducoudray s'est fait une solide réputation, celle d'un auteur au regard acéré sur différentes sociétés, mais aussi d'un potentiel comique qui fait grincer des dents. Ce nouvel album ne déroge par à cet adage, puisqu'il raconte, par le petit bout de la lorgnette, un évènement majeur de l'Histoire européenne de la fin du XXème siècle, à savoir la fin de règne de Nicolae Ceausescu. Et en effet c'est raconté d'une manière tout à fait surprenante ; nous avons sept citoyens lambda, dont on nous montre un bout de vie, et surtout l'épisode qui a pu les amener à être "choisis", se retrouver réunis dans un commissariat roumain, et laissé dans la plus complète ignorance des projets formés pour eux, jusqu'au dernier moment. On ne voit rien, ou presque, venir, jusqu'à cette révélation, qui donne un tout autre relief à leurs histoires individuelles. Ajoutez à cela l'ours(e) du titre, et vous avez une sorte de parabole socio-historique assez brillante sur la Roumanie des années 1980. C'est fin, osé, et cruellement drôle. Le petit point faible est pour moi le dessin de Gaël Henry, que je trouve immature, informe, mais c'est vrai que quelque part, ça se justifie par l'ambiance roumaine de l'époque, où tout était gris, vain, étouffé... Une bonne lecture, intelligente et drôle.

16/05/2022 (modifier)