Difficile d'éviter la redite par rapport à ce qu'ont écrit mes camarades, d'autant plus que les avis sont quasiment unanimes : c'est de la très bonne BD.
On sent que les auteurs ont longuement travaillé, en termes de documentation d'abord, d'élaboration graphique et de préparation. La construction de Star Wars a par ailleurs généré une littérature monstrueuse depuis quatre décennies, le scénariste n'a dû avoir que l'embarras du choix pour ses sources. Pas évident, par conséquent, de démêler le vrai du faux. En tous les cas le résultat semble aussi véridique que possible, ne négligeant aucune des difficultés qu'a pu rencontrer George Lucas, presque seul face à ce projet titanesque, au fil des années. J'ai pour ma part appris pas mal de choses, comme la relation qu'ont eu Carrie Fisher et Harrison Ford durant le tournage, ou le fait -incroyable- que la Fox n'ait signé le contrat qu'une fois que le film était achevé, ou presque...
Au-delà de la liste de ces difficultés, les auteurs ont réussi à glisser quelques moments sympathiques, ou plutôt ironiques, montrant le sort qui s'acharne ou une certaine revanche en termes de succès public et surtout financier. Beau travail du dessinateur, qui ne s'est pas échiné à vouloir être réaliste, mais plutôt à rendre des expressions (le charme de Ford) et des ambiances.
J'ai hâte de lire le tome 2.
Défit relevé pour cet album de commande qui réussit à survoler l'histoire des différentes générations d'immigration qui ont enrichi la France depuis plusieurs siècles sans nous ennuyer.
Le dispositif des deux enfants visiteurs qui se perdent dans un coin sombre et entrent en contact avec des fantômes des personnes évoquées par le musée de la porte dorée n'est pas très original mais bien mis en œuvre : les petites histoires sont parfaitement dimensionnées : juste assez d'information pour être compris et d'émotion pour attacher le lecteur.
Et honnêtement ce n'était pas gagné, chaque période est évoquée dans un lavis de couleur différente, assez réaliste. Le deuxième de couverture récapitule les noms et peuples des personnages rencontrés que l'on peut donc retrouver facilement.
Bref c'est un bel outil pédagogique, avec des personnages attachants qui peuvent servir d'appui pour des partages d'histoire personnelles dans une classe, par exemple en début d'année scolaire pour souder un groupe.
Découvrir qu'on a tous des racines qui dépassent de la carte de France à une époque proche ou plus lointaine pourrait changer notre avenir, n'hésitons pas à partager ces expériences transgénérationnelles et transculturelles qui constituent le tissus de toutes les sociétés...
Une légère frustration pour ma part sur la représentation du décors : j'ai personnellement été très impressionnée par l'arrivée au musée de la Porte Dorée : l'architecture très géométrique d'Albert Laprade confronté au relief du sculpteur "art déco" Alfred Janniot, qui recouvre toute la longueur et la hauteur de la galerie... ( selon wikipedia 10m par 90m, vous vous rendez compte du boulot ? ) avec cette représentation du monde colonial, à la fois sensuelle et effrayante puisqu'elle célèbre la domination d'un pays sur tous les autres.. Ce trouble qui aurait pu être mis en scène et disséqué... est complètement gommé dans cet album. Mais c'est sans doute un autre sujet.
Assez friand des bds de Toulmé de façon générale, pour leur côté humain, social et faciles à lire, je me suis embarqué dans cette oeuvre, qui est la plus ambitieuse de ses productions, en tout cas au moment où il l'a commencée (avant Les Reflets du Monde).
Nous suivons donc le destin d'Hakim, réfugié syrien, sa vie en Syrie, son exil et son arrivée en France. Le récit est entrecoupé par des interviews que Toulmé fait avec Hakim en France, et cela amène un côté authentique, de reportage presque.
Le livre est touchant, évidemment. Je trouve que pour ça, Toulmé sait y faire. Ca ne tombe pas dans le pathos, les évènements se suivent de manière clinique, mais l'auteur réussit à faire passer toute l'horreur, l'injustice de la situation et donc, des émotions. On s'attache forcément au personnage, et si j'ai pu parfois trouver quelques longueurs, il y a quelques passages franchement palpitants ou j'étais horrifié et hyper concerné (mention spéciale à la traversée de la Méditerranée et aux camps en Hongrie).
Et puis, et les autres avis le disent très bien, c'est touchant parce que ce genre d'histoire est extrêmement touchant. Hakim, comme tous les autres, ne traversent pas tout ça, toute cette hostilité, cette injustice, pour d'obscures raisons de venir nous piquer notre boulot, nos sous et je ne sais quoi d'autre. S'ils avaient une vie convenable, ou si la guerre et les régimes autoritaires n'avaient pas ravagé leurs chez eux, ils se seraient épargnés le voyage.
En plus de nous faire vivre la dureté du voyage, j'ai bien aimé le soin que Toulmé met à nous décrire la vie et la situation en France d'Hakim et de sa famille. De nous montrer que même avec toute la volonté du monde, quand on est dans cette situation, c'est la grosse galère. Et personne n'aimerait être à cette place, en tout cas personne qui n'a connu ce genre d'évènement qui pousse à l'exil.
Un autre élément que j'ai trouvé intéressant et qui démystifie un peu le mythe du méchant migrant avide de sang, c'est que l'auteur nous montre bien que pour pouvoir partir, pour engager le voyage, eh bien il faut de l'argent, et pas un tout petit peu d'argent. Hakim ne vient pas d'une classe populaire, plutôt, je dirais, du haut de la classe moyenne voire un peu plus, et sa belle famille semble appartenir à une classe plus aisée encore. C'est bien de comprendre, je trouve, que même partir, dans de telles conditions, dans la clandestinité, en risquant sa vie, en étant humiliés et mis au ban dans tous les endroits que l'on traverse, ça reste un certain "luxe", quelque chose que tout le monde ne peut pas se permettre.
Pour finir sur le dessin, il est très efficace, le style bien reconnaissable de Toulmé fonctionne bien. Je garde du souvenir de cette lecture une teinte bleutée, et effectivement le bleu est très présent dans la colorisation. Alors pourquoi pas, on s'y habitue comme à chaque fois qu'il y a un parti pris de couleur un peu original, mais je préfère quand ça reste blanc, plus classique, en tout cas pour ce genre de récit. Le bleu n'apporte pas grand chose.
Pas de surprises, je suis de l'avis de tout le monde : une bd essentielle, bien racontée et terriblement humaine.
Avec Department of Truth, James Tynion IV livre un concept aussi simple que vertigineux : la réalité n’est pas fixe, elle dépend de ce que les gens croient. Et si une théorie du complot devient suffisamment populaire… elle finit par devenir vraie.
On suit Cole Turner, que l’on peut voir comme un agent du FBI déjà immergé dans ces zones troubles, dont les repères vont progressivement s’effondrer lorsqu’il découvre le Department of Truth. Une organisation secrète qui ne protège pas la vérité… mais qui régule ce que le monde peut accepter comme réel.
Le récit explore les grandes figures du complotisme moderne sans jamais sombrer dans le gadget. James Tynion IV joue avec nos croyances, nos peurs et notre rapport à l’information, dans un récit aussi paranoïaque que profondément actuel.
Graphiquement, Martin Simmonds propose un travail remarquable. Peinture numérique, collages, textures granuleuses, visages déformés… Il déconstruit les codes classiques pour créer une sensation constante d’instabilité. Certaines planches ressemblent à des archives altérées, d’autres à des hallucinations. Le fond et la forme ne font qu’un.
Détail par tome :
Tome 1 : 5/5
Une entrée en matière brillante, dense et immédiatement immersive.
Tome 2 : 5/5
Confirme la qualité. L’univers gagne en profondeur et en tension.
Tome 3 : 5/5
Plus fragmenté dans sa narration, mais toujours aussi intéressant.
Tome 4 : 4/5
Hors trame principale, mais enrichit fortement le lore.
Tome 5 : 4/5
Même logique que le tome 4 : une respiration narrative utile et bien construite.
Tome 6 : 5/5
Un retour bienvenu à la trame principale, avec une intrigue qui relance clairement les enjeux. Le tome réussit aussi à intégrer une histoire annexe très bien menée, qui ne fait pas figure de remplissage mais apporte une vraie plus-value à l’ensemble. Un équilibre maîtrisé entre continuité et approfondissement.
Avis global : 4,5/5
Une série ambitieuse, intelligente et visuellement marquante. Department of Truth est une œuvre qui demande de l’attention mais qui le rend largement, en proposant une réflexion troublante sur notre rapport à la réalité. Une lecture qui laisse une empreinte durable.
Un récit qui m’a vraiment marqué par sa maîtrise. On est dans l’univers de Criminal, mais ici Ed Brubaker choisit de revenir en arrière et de suivre un adolescent, Ricky Lawless, pendant un été qui va clairement le façonner. Le début peut presque faire penser à un récit d’apprentissage, avec cette impression de fausse piste, un peu comme dans certains épisodes des Les Simpson qui démarrent sur un sujet avant de bifurquer complètement. Et c’est exactement ce qui se passe : sans prévenir, l’histoire glisse vers quelque chose de beaucoup plus sombre et tendu.
Le rythme est vraiment prenant, presque étouffant, avec une montée progressive où chaque scène semble nous rapprocher d’une issue inévitable. On sent très vite que tout ne peut que mal tourner, mais on reste accroché. Le thème de la famille est central, notamment la famille recomposée, avec des figures adultes défaillantes et une loyauté mal placée. Ici, la famille n’est jamais un refuge, plutôt un poids ou un piège.
Les personnages peuvent paraître esquissés au premier abord, mais en réalité chaque détail compte. En quelques dialogues ou attitudes, tout est dit. C’est une écriture très efficace, sans gras, qui va droit au but.
Graphiquement, Sean Phillips est fidèle à lui-même avec son trait sec et reconnaissable, parfaitement adapté à ce type de récit noir. Mais il faut aussi souligner le travail de Jacob Phillips, dont les couleurs apportent une vraie ambiance : un été lourd, poisseux, presque oppressant, qui renforce encore la tension du récit.
Au final, ce n’est peut-être pas le tome le plus spectaculaire de Criminal, mais c’est sans doute l’un des plus maîtrisés. Un récit court, intense, avec une vraie cohérence et une fin qui laisse une impression durable. Une très belle réussite.
Ayant l'édition originale en couleurs publiée par Glenat, j'ai voulu me replonger dans ce manga trente ans après ma première lecture.
Et je me suis rendu compte que je me souvenais exactement de chaque scène. Chaque détail.
Voilà, c'est ça Akira, un manga inoubliable, dans le top 5 des meilleurs mangas sortis en France. Une œuvre qui écrase toutes les autres, qui donne ses lettres de noblesse au seinen, qui nous permet de devenir adulte (à lire à 16 ans idéalement).
Niveau dessin on a jamais mieux dessiné de scènes d'apocalypse dans un environnement urbain même si le travail de Nihei est un solide concurrent. Un des premiers mangas à proposer un découpage cinématographique.
Aujourd'hui on a le choix du roi pour découvrir ce manga, en NB ou en couleurs. Indispensable.
Dans mes lectures en retard, Segments attendait depuis de long mois que je daigne y prêter attention. Et quelle surprise !
On a affaire à une vraie belle œuvre de science fiction, l'univers imaginé est très solide, il y a une richesse narrative indéniable.
Richard Malka que je ne connaissais pas a fait du bon boulot. Un travail d'outsider qui se donne à fond en respectant les codes du genre.
On voyage à bord de vaisseaux entre différentes planètes, les escales sont périlleuses, le souffle de l'aventure nous emporte !
L'humour n'est pas absent et rappelle la SF des années 80 qui ne se prenait pas encore trop au sérieux.
Les dessins de Gimenez sont une fois de plus un délice et un émerveillement... Sa notoriété n'est et n'était définitivement pas à la hauteur de son talent.
Le seul défaut de cette bande est d'être sortie entre 2011 et 2014. Elle n'apporte rien de nouveau au genre mais tout est si bien fait... Même la conclusion est à la hauteur.
Indispensable pour tout amateur de SF.
Je ne m’attendais pas à un truc aussi radical. L’Exécuteur te prend à la gorge dès le début et ne relâche jamais la pression.
On est sur un récit sombre, sec, sans concession. L’ambiance est étouffante, presque nihiliste par moments, avec une tension permanente qui rend la lecture hyper immersive.
Le personnage principal est un pur anti-héros, sans aucun vernis : un vrai connard, froid, méthodique, souvent implacable. Et pourtant… on s’y attache très vite, presque malgré soi, ce qui rend l’ensemble encore plus dérangeant.
Côté dessin, ça a forcément un peu vieilli (fin 90), mais ça reste très clair et efficace. Les personnages sont bien caractérisés, on les reconnaît immédiatement, et surtout l’action est toujours lisible. Ça va à l’essentiel, sans fioritures, avec un vrai sens du rythme.
La narration est du même niveau : pas de gras, pas de détour inutile. Chaque page compte, jusqu’à une fin qui marque.
Clairement, pour moi, c’est le genre de comics qui peut devenir culte. Une œuvre dure, assumée, et marquante.
Un petit avis rapide pour dire que je fais partie des super satisfaits avec cet album.
C’est fluide, coloré, détaillé, inspiré … l’auteur crée un petit monde fort attachant, dépaysant, cruel, grave et à la fois « mignon » dans lequel j’aime me perdre. J’ai aimé toutes les propositions et parti pris que proposent l’œuvre, on sent des références bien digérées. En fait, c’est comme si j’avais vu un truc à la Akira mais à la sauce Ghibli (ou l’inverse ?).
Bref franchement très chouette comme résultat, une belle friandise du label 619. A découvrir et à faire connaître.
J'adore cette série depuis mon enfance, en particulier le premier épisode. Les enfants sont captivants, chacun avec sa personnalité, et les dessins sont parmi les meilleurs réalisés pour les éditions Dupuis. C'est vraiment dommage qu'elle n'ait pas reçu la reconnaissance qu'elle méritait et que Roba se soit presque entièrement investi dans Boule et Bill. Heureusement, il a encore eu quelques très bonnes collaborations avec le Spirou de Franquin.
Je pense un jour raconter ces aventures à mes petits-enfants : la Ribambelle est belle!
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Les Guerres de Lucas
Difficile d'éviter la redite par rapport à ce qu'ont écrit mes camarades, d'autant plus que les avis sont quasiment unanimes : c'est de la très bonne BD. On sent que les auteurs ont longuement travaillé, en termes de documentation d'abord, d'élaboration graphique et de préparation. La construction de Star Wars a par ailleurs généré une littérature monstrueuse depuis quatre décennies, le scénariste n'a dû avoir que l'embarras du choix pour ses sources. Pas évident, par conséquent, de démêler le vrai du faux. En tous les cas le résultat semble aussi véridique que possible, ne négligeant aucune des difficultés qu'a pu rencontrer George Lucas, presque seul face à ce projet titanesque, au fil des années. J'ai pour ma part appris pas mal de choses, comme la relation qu'ont eu Carrie Fisher et Harrison Ford durant le tournage, ou le fait -incroyable- que la Fox n'ait signé le contrat qu'une fois que le film était achevé, ou presque... Au-delà de la liste de ces difficultés, les auteurs ont réussi à glisser quelques moments sympathiques, ou plutôt ironiques, montrant le sort qui s'acharne ou une certaine revanche en termes de succès public et surtout financier. Beau travail du dessinateur, qui ne s'est pas échiné à vouloir être réaliste, mais plutôt à rendre des expressions (le charme de Ford) et des ambiances. J'ai hâte de lire le tome 2.
Les Voyageurs de la porte dorée
Défit relevé pour cet album de commande qui réussit à survoler l'histoire des différentes générations d'immigration qui ont enrichi la France depuis plusieurs siècles sans nous ennuyer. Le dispositif des deux enfants visiteurs qui se perdent dans un coin sombre et entrent en contact avec des fantômes des personnes évoquées par le musée de la porte dorée n'est pas très original mais bien mis en œuvre : les petites histoires sont parfaitement dimensionnées : juste assez d'information pour être compris et d'émotion pour attacher le lecteur. Et honnêtement ce n'était pas gagné, chaque période est évoquée dans un lavis de couleur différente, assez réaliste. Le deuxième de couverture récapitule les noms et peuples des personnages rencontrés que l'on peut donc retrouver facilement. Bref c'est un bel outil pédagogique, avec des personnages attachants qui peuvent servir d'appui pour des partages d'histoire personnelles dans une classe, par exemple en début d'année scolaire pour souder un groupe. Découvrir qu'on a tous des racines qui dépassent de la carte de France à une époque proche ou plus lointaine pourrait changer notre avenir, n'hésitons pas à partager ces expériences transgénérationnelles et transculturelles qui constituent le tissus de toutes les sociétés... Une légère frustration pour ma part sur la représentation du décors : j'ai personnellement été très impressionnée par l'arrivée au musée de la Porte Dorée : l'architecture très géométrique d'Albert Laprade confronté au relief du sculpteur "art déco" Alfred Janniot, qui recouvre toute la longueur et la hauteur de la galerie... ( selon wikipedia 10m par 90m, vous vous rendez compte du boulot ? ) avec cette représentation du monde colonial, à la fois sensuelle et effrayante puisqu'elle célèbre la domination d'un pays sur tous les autres.. Ce trouble qui aurait pu être mis en scène et disséqué... est complètement gommé dans cet album. Mais c'est sans doute un autre sujet.
L'Odyssée d'Hakim
Assez friand des bds de Toulmé de façon générale, pour leur côté humain, social et faciles à lire, je me suis embarqué dans cette oeuvre, qui est la plus ambitieuse de ses productions, en tout cas au moment où il l'a commencée (avant Les Reflets du Monde). Nous suivons donc le destin d'Hakim, réfugié syrien, sa vie en Syrie, son exil et son arrivée en France. Le récit est entrecoupé par des interviews que Toulmé fait avec Hakim en France, et cela amène un côté authentique, de reportage presque. Le livre est touchant, évidemment. Je trouve que pour ça, Toulmé sait y faire. Ca ne tombe pas dans le pathos, les évènements se suivent de manière clinique, mais l'auteur réussit à faire passer toute l'horreur, l'injustice de la situation et donc, des émotions. On s'attache forcément au personnage, et si j'ai pu parfois trouver quelques longueurs, il y a quelques passages franchement palpitants ou j'étais horrifié et hyper concerné (mention spéciale à la traversée de la Méditerranée et aux camps en Hongrie). Et puis, et les autres avis le disent très bien, c'est touchant parce que ce genre d'histoire est extrêmement touchant. Hakim, comme tous les autres, ne traversent pas tout ça, toute cette hostilité, cette injustice, pour d'obscures raisons de venir nous piquer notre boulot, nos sous et je ne sais quoi d'autre. S'ils avaient une vie convenable, ou si la guerre et les régimes autoritaires n'avaient pas ravagé leurs chez eux, ils se seraient épargnés le voyage. En plus de nous faire vivre la dureté du voyage, j'ai bien aimé le soin que Toulmé met à nous décrire la vie et la situation en France d'Hakim et de sa famille. De nous montrer que même avec toute la volonté du monde, quand on est dans cette situation, c'est la grosse galère. Et personne n'aimerait être à cette place, en tout cas personne qui n'a connu ce genre d'évènement qui pousse à l'exil. Un autre élément que j'ai trouvé intéressant et qui démystifie un peu le mythe du méchant migrant avide de sang, c'est que l'auteur nous montre bien que pour pouvoir partir, pour engager le voyage, eh bien il faut de l'argent, et pas un tout petit peu d'argent. Hakim ne vient pas d'une classe populaire, plutôt, je dirais, du haut de la classe moyenne voire un peu plus, et sa belle famille semble appartenir à une classe plus aisée encore. C'est bien de comprendre, je trouve, que même partir, dans de telles conditions, dans la clandestinité, en risquant sa vie, en étant humiliés et mis au ban dans tous les endroits que l'on traverse, ça reste un certain "luxe", quelque chose que tout le monde ne peut pas se permettre. Pour finir sur le dessin, il est très efficace, le style bien reconnaissable de Toulmé fonctionne bien. Je garde du souvenir de cette lecture une teinte bleutée, et effectivement le bleu est très présent dans la colorisation. Alors pourquoi pas, on s'y habitue comme à chaque fois qu'il y a un parti pris de couleur un peu original, mais je préfère quand ça reste blanc, plus classique, en tout cas pour ce genre de récit. Le bleu n'apporte pas grand chose. Pas de surprises, je suis de l'avis de tout le monde : une bd essentielle, bien racontée et terriblement humaine.
The Department of Truth
Avec Department of Truth, James Tynion IV livre un concept aussi simple que vertigineux : la réalité n’est pas fixe, elle dépend de ce que les gens croient. Et si une théorie du complot devient suffisamment populaire… elle finit par devenir vraie. On suit Cole Turner, que l’on peut voir comme un agent du FBI déjà immergé dans ces zones troubles, dont les repères vont progressivement s’effondrer lorsqu’il découvre le Department of Truth. Une organisation secrète qui ne protège pas la vérité… mais qui régule ce que le monde peut accepter comme réel. Le récit explore les grandes figures du complotisme moderne sans jamais sombrer dans le gadget. James Tynion IV joue avec nos croyances, nos peurs et notre rapport à l’information, dans un récit aussi paranoïaque que profondément actuel. Graphiquement, Martin Simmonds propose un travail remarquable. Peinture numérique, collages, textures granuleuses, visages déformés… Il déconstruit les codes classiques pour créer une sensation constante d’instabilité. Certaines planches ressemblent à des archives altérées, d’autres à des hallucinations. Le fond et la forme ne font qu’un. Détail par tome : Tome 1 : 5/5 Une entrée en matière brillante, dense et immédiatement immersive. Tome 2 : 5/5 Confirme la qualité. L’univers gagne en profondeur et en tension. Tome 3 : 5/5 Plus fragmenté dans sa narration, mais toujours aussi intéressant. Tome 4 : 4/5 Hors trame principale, mais enrichit fortement le lore. Tome 5 : 4/5 Même logique que le tome 4 : une respiration narrative utile et bien construite. Tome 6 : 5/5 Un retour bienvenu à la trame principale, avec une intrigue qui relance clairement les enjeux. Le tome réussit aussi à intégrer une histoire annexe très bien menée, qui ne fait pas figure de remplissage mais apporte une vraie plus-value à l’ensemble. Un équilibre maîtrisé entre continuité et approfondissement. Avis global : 4,5/5 Une série ambitieuse, intelligente et visuellement marquante. Department of Truth est une œuvre qui demande de l’attention mais qui le rend largement, en proposant une réflexion troublante sur notre rapport à la réalité. Une lecture qui laisse une empreinte durable.
Un été cruel
Un récit qui m’a vraiment marqué par sa maîtrise. On est dans l’univers de Criminal, mais ici Ed Brubaker choisit de revenir en arrière et de suivre un adolescent, Ricky Lawless, pendant un été qui va clairement le façonner. Le début peut presque faire penser à un récit d’apprentissage, avec cette impression de fausse piste, un peu comme dans certains épisodes des Les Simpson qui démarrent sur un sujet avant de bifurquer complètement. Et c’est exactement ce qui se passe : sans prévenir, l’histoire glisse vers quelque chose de beaucoup plus sombre et tendu. Le rythme est vraiment prenant, presque étouffant, avec une montée progressive où chaque scène semble nous rapprocher d’une issue inévitable. On sent très vite que tout ne peut que mal tourner, mais on reste accroché. Le thème de la famille est central, notamment la famille recomposée, avec des figures adultes défaillantes et une loyauté mal placée. Ici, la famille n’est jamais un refuge, plutôt un poids ou un piège. Les personnages peuvent paraître esquissés au premier abord, mais en réalité chaque détail compte. En quelques dialogues ou attitudes, tout est dit. C’est une écriture très efficace, sans gras, qui va droit au but. Graphiquement, Sean Phillips est fidèle à lui-même avec son trait sec et reconnaissable, parfaitement adapté à ce type de récit noir. Mais il faut aussi souligner le travail de Jacob Phillips, dont les couleurs apportent une vraie ambiance : un été lourd, poisseux, presque oppressant, qui renforce encore la tension du récit. Au final, ce n’est peut-être pas le tome le plus spectaculaire de Criminal, mais c’est sans doute l’un des plus maîtrisés. Un récit court, intense, avec une vraie cohérence et une fin qui laisse une impression durable. Une très belle réussite.
Akira
Ayant l'édition originale en couleurs publiée par Glenat, j'ai voulu me replonger dans ce manga trente ans après ma première lecture. Et je me suis rendu compte que je me souvenais exactement de chaque scène. Chaque détail. Voilà, c'est ça Akira, un manga inoubliable, dans le top 5 des meilleurs mangas sortis en France. Une œuvre qui écrase toutes les autres, qui donne ses lettres de noblesse au seinen, qui nous permet de devenir adulte (à lire à 16 ans idéalement). Niveau dessin on a jamais mieux dessiné de scènes d'apocalypse dans un environnement urbain même si le travail de Nihei est un solide concurrent. Un des premiers mangas à proposer un découpage cinématographique. Aujourd'hui on a le choix du roi pour découvrir ce manga, en NB ou en couleurs. Indispensable.
Segments
Dans mes lectures en retard, Segments attendait depuis de long mois que je daigne y prêter attention. Et quelle surprise ! On a affaire à une vraie belle œuvre de science fiction, l'univers imaginé est très solide, il y a une richesse narrative indéniable. Richard Malka que je ne connaissais pas a fait du bon boulot. Un travail d'outsider qui se donne à fond en respectant les codes du genre. On voyage à bord de vaisseaux entre différentes planètes, les escales sont périlleuses, le souffle de l'aventure nous emporte ! L'humour n'est pas absent et rappelle la SF des années 80 qui ne se prenait pas encore trop au sérieux. Les dessins de Gimenez sont une fois de plus un délice et un émerveillement... Sa notoriété n'est et n'était définitivement pas à la hauteur de son talent. Le seul défaut de cette bande est d'être sortie entre 2011 et 2014. Elle n'apporte rien de nouveau au genre mais tout est si bien fait... Même la conclusion est à la hauteur. Indispensable pour tout amateur de SF.
L'Executeur
Je ne m’attendais pas à un truc aussi radical. L’Exécuteur te prend à la gorge dès le début et ne relâche jamais la pression. On est sur un récit sombre, sec, sans concession. L’ambiance est étouffante, presque nihiliste par moments, avec une tension permanente qui rend la lecture hyper immersive. Le personnage principal est un pur anti-héros, sans aucun vernis : un vrai connard, froid, méthodique, souvent implacable. Et pourtant… on s’y attache très vite, presque malgré soi, ce qui rend l’ensemble encore plus dérangeant. Côté dessin, ça a forcément un peu vieilli (fin 90), mais ça reste très clair et efficace. Les personnages sont bien caractérisés, on les reconnaît immédiatement, et surtout l’action est toujours lisible. Ça va à l’essentiel, sans fioritures, avec un vrai sens du rythme. La narration est du même niveau : pas de gras, pas de détour inutile. Chaque page compte, jusqu’à une fin qui marque. Clairement, pour moi, c’est le genre de comics qui peut devenir culte. Une œuvre dure, assumée, et marquante.
P.T.S.D.
Un petit avis rapide pour dire que je fais partie des super satisfaits avec cet album. C’est fluide, coloré, détaillé, inspiré … l’auteur crée un petit monde fort attachant, dépaysant, cruel, grave et à la fois « mignon » dans lequel j’aime me perdre. J’ai aimé toutes les propositions et parti pris que proposent l’œuvre, on sent des références bien digérées. En fait, c’est comme si j’avais vu un truc à la Akira mais à la sauce Ghibli (ou l’inverse ?). Bref franchement très chouette comme résultat, une belle friandise du label 619. A découvrir et à faire connaître.
La Ribambelle
J'adore cette série depuis mon enfance, en particulier le premier épisode. Les enfants sont captivants, chacun avec sa personnalité, et les dessins sont parmi les meilleurs réalisés pour les éditions Dupuis. C'est vraiment dommage qu'elle n'ait pas reçu la reconnaissance qu'elle méritait et que Roba se soit presque entièrement investi dans Boule et Bill. Heureusement, il a encore eu quelques très bonnes collaborations avec le Spirou de Franquin. Je pense un jour raconter ces aventures à mes petits-enfants : la Ribambelle est belle!