De plus en plus, la parole se libère dans la foulée de mouvements comme #MeToo et c’est tant mieux ! Cela se ressent à travers les témoignages de plus en plus nombreux à traiter de sujets qui ne sont que les différentes faces de cette même pièce qu’est le patriarcat : le viol, la domination, la prédation, le masculinisme, la maltraitance, etc.
Les auteurs ont choisi comme narrateur de cette histoire (dont on ne sait vraiment si elle comporte une part autobiographique) un jeune homme, Daniel, vivant à Paris avec son compagnon après avoir grandi au Pérou avec sa mère française. En proie à des tourments intérieurs dont il ne peut expliquer la cause et mettant en danger sa relation de couple, Daniel va être amené à dérouler le fil de son enfance à un psychologue. Bloqué au départ dans une position de déni, celui-ci va progressivement dévoiler des secrets devenus trop lourds à porter, si lourds qu’il les avait refoulés au plus profond de son inconscient.
C’est donc la rencontre avec un cousin, pendant les vacances, alors qu’il n’était qu’un enfant de huit ans, qui va précipiter Daniel dans ce « trou noir » qui pèsera telle une enclume sur sa vie future. Ce cousin, c’est Vincente, un jeune homme qui a tout pour lui, le physique et l’intelligence, un garçon très solaire qu’on ne pouvait qu’aimer, si bien que Daniel n’échappera pas à son aura magnétique qui finira par l’aspirer dans un gouffre existentiel. Problème : Vincente est en réalité un prédateur pédophile, au-delà de tous soupçons… Au début, Daniel ne va pas trop comprendre pourquoi ce cousin de plus de dix ans son aîné, se glisse chaque nuit dans ses draps et lui demande secrètement de le tripoter. Au début, il n’ose résister, tant l’admiration qu’il lui voue est énorme, mais cette situation va le plonger dans un malaise intérieur empreint de honte et de culpabilité, renforcé par le chantage affectif de Vincente. Sa mère, quant à elle, s’efforce de maintenir le foyer à flot. Elle doit jongler seule avec l’éducation de son fils, la pension qu’elle gère tant bien que mal et ses amants de passage. Ce n’est pas une mauvaise mère, et elle aime Daniel, mais semble détachée vis-à-vis de la mélancolie qui s’est emparé de lui. Ses résultats scolaires se dégradant, le gamin va finir par sécher l’école et apprendre à mentir… Le salut viendra peut-être de ce pélican, métaphore du récit, qui a atterri dans sa cour, mais ne peut y trouver l’espace suffisant pour déployer ses ailes…
Scénarisée par Rudy Ortiz, lui-même Péruvien, et Sophie Révil, réalisatrice et productrice, l’histoire est simple, à la fois fluide et très captivante. Le jeune garçon se révèle très attachant et semble conserver sa pureté dans un monde d’adultes, qui indifférent, qui moralisateur, ne lui donnant pas sa place ou ne le prenant pas au sérieux.
Cette excellente bande dessinée aide à comprendre comment un prédateur parvient à exercer son emprise sur sa proie. Ainsi, on réalise que la prédation va de pair avec le calcul et la manipulation, que la violence est bien davantage psychologique que physique. Le récit se dispense parfaitement de paroles, inutiles ici. Délicatesse du dessin et cadrage approprié se suffisent à eux-mêmes, permettant de retranscrire la confusion qui imprègne lentement mais sûrement l’esprit de Daniel, et aussi sa grande solitude.
A l’image du récit, le dessin de la Chilienne Antonia Bañados reste simple et minimaliste, d’une tournure naïve qui cadre parfaitement avec le point de vue narratif. Mais surtout ce qui marque et séduit l’œil, et c’est sans doute délicat à dire étant donné la gravité du sujet abordé, c’est le choix des couleurs. Chaque séquence est centré sur une couleur dominante, parfois deux, les tonalités chaudes étant réservées à l’enfance péruvienne de Daniel, tandis que le mauve un peu froid correspond à la vie parisienne de l’adulte qu’il est devenu. Ce parti pris contribue, c’est certain, à adoucir le contexte tourmenté du jeune garçon, même si globalement, ses souvenirs semblent plutôt illuminés par le soleil et le climat de ces latitudes. Preuve s’il en fallait une, le paradis dissimule toujours une part d’enfer…
Pour toutes ces raisons, « L’Envol du pélican » est une lecture chaudement recommandée par votre serviteur, abordant un sujet extrêmement sensible évoqué avec délicatesse et sans faux semblants par ses auteurs. La pédo-criminalité est vraisemblablement plus facile à décrire quand elle s’accompagne de sévices infligés par des pervers frustrés (cf. l'affaire Bétharram), peut-être un peu moins quand elle se joue dans un cadre avenant et sous l’intimité des draps… Pourtant, dans les deux cas, elle demeure un traumatisme pour ses victimes.
Achille Talon est un garçon quelques mois plus jeune que moi.
Même sans encore savoir lire, je trouvais le personnage drôle. Ensuite, petit à petit, j'ai essayé de lire, en évitant les bulles les plus bavardes, des phylactères enormes parfois, dont certaines font plus de dix lignes! Finalement, j'ai découvert que la logorrhée et la prolixité de ce anti-héros sont ce qu’il y a de plus amusant. Parfois, j’ai ressenti le besoin d’un diccionnaire, mais je pense que j’ai appris pas mal de mots difficiles en français.
Le talent de Greg en tant qu'écrivain a progressé parallèlement au dessin : moins rond, plus dynamique, plus de détails, surtout pour les figurants et les décors.
Les personnages secondaires sont parfois devenus principaux : papa Talon, moustachu, avec ses bières, la maman bichonnante, le voisin Lefuneste, le commerçant malin et avide Vincent Poursan, l’éternelle petite amie Virgule de Guillemets et aussi le colérique et minuscule patron du journal Polite (caricature de Goscinny qui était exactement le contraire dans la vie réelle).
Je continue à préférer les gags d’une ou deux pages plutôt que les longues histoires. Et à côté des blagues grivoises, il y en a aussi parfois qui sont presque muettes.
Je me souviens de mémoire d'un de mes gags préférés : après quelques manœuvres absurdes, Talon fracasse son vieux tacot contre une voiture garée. Devant le regard inquisiteur et sévère des passants, il sort et écrit un mot qu'il place sur le pare-brise de la victime. Approbation générale du public... mais à la fin, on voit ce qu'il a écrit !
Et voilà, mon deux-centième avis. Hop !
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L'Envol du pélican
De plus en plus, la parole se libère dans la foulée de mouvements comme #MeToo et c’est tant mieux ! Cela se ressent à travers les témoignages de plus en plus nombreux à traiter de sujets qui ne sont que les différentes faces de cette même pièce qu’est le patriarcat : le viol, la domination, la prédation, le masculinisme, la maltraitance, etc. Les auteurs ont choisi comme narrateur de cette histoire (dont on ne sait vraiment si elle comporte une part autobiographique) un jeune homme, Daniel, vivant à Paris avec son compagnon après avoir grandi au Pérou avec sa mère française. En proie à des tourments intérieurs dont il ne peut expliquer la cause et mettant en danger sa relation de couple, Daniel va être amené à dérouler le fil de son enfance à un psychologue. Bloqué au départ dans une position de déni, celui-ci va progressivement dévoiler des secrets devenus trop lourds à porter, si lourds qu’il les avait refoulés au plus profond de son inconscient. C’est donc la rencontre avec un cousin, pendant les vacances, alors qu’il n’était qu’un enfant de huit ans, qui va précipiter Daniel dans ce « trou noir » qui pèsera telle une enclume sur sa vie future. Ce cousin, c’est Vincente, un jeune homme qui a tout pour lui, le physique et l’intelligence, un garçon très solaire qu’on ne pouvait qu’aimer, si bien que Daniel n’échappera pas à son aura magnétique qui finira par l’aspirer dans un gouffre existentiel. Problème : Vincente est en réalité un prédateur pédophile, au-delà de tous soupçons… Au début, Daniel ne va pas trop comprendre pourquoi ce cousin de plus de dix ans son aîné, se glisse chaque nuit dans ses draps et lui demande secrètement de le tripoter. Au début, il n’ose résister, tant l’admiration qu’il lui voue est énorme, mais cette situation va le plonger dans un malaise intérieur empreint de honte et de culpabilité, renforcé par le chantage affectif de Vincente. Sa mère, quant à elle, s’efforce de maintenir le foyer à flot. Elle doit jongler seule avec l’éducation de son fils, la pension qu’elle gère tant bien que mal et ses amants de passage. Ce n’est pas une mauvaise mère, et elle aime Daniel, mais semble détachée vis-à-vis de la mélancolie qui s’est emparé de lui. Ses résultats scolaires se dégradant, le gamin va finir par sécher l’école et apprendre à mentir… Le salut viendra peut-être de ce pélican, métaphore du récit, qui a atterri dans sa cour, mais ne peut y trouver l’espace suffisant pour déployer ses ailes… Scénarisée par Rudy Ortiz, lui-même Péruvien, et Sophie Révil, réalisatrice et productrice, l’histoire est simple, à la fois fluide et très captivante. Le jeune garçon se révèle très attachant et semble conserver sa pureté dans un monde d’adultes, qui indifférent, qui moralisateur, ne lui donnant pas sa place ou ne le prenant pas au sérieux. Cette excellente bande dessinée aide à comprendre comment un prédateur parvient à exercer son emprise sur sa proie. Ainsi, on réalise que la prédation va de pair avec le calcul et la manipulation, que la violence est bien davantage psychologique que physique. Le récit se dispense parfaitement de paroles, inutiles ici. Délicatesse du dessin et cadrage approprié se suffisent à eux-mêmes, permettant de retranscrire la confusion qui imprègne lentement mais sûrement l’esprit de Daniel, et aussi sa grande solitude. A l’image du récit, le dessin de la Chilienne Antonia Bañados reste simple et minimaliste, d’une tournure naïve qui cadre parfaitement avec le point de vue narratif. Mais surtout ce qui marque et séduit l’œil, et c’est sans doute délicat à dire étant donné la gravité du sujet abordé, c’est le choix des couleurs. Chaque séquence est centré sur une couleur dominante, parfois deux, les tonalités chaudes étant réservées à l’enfance péruvienne de Daniel, tandis que le mauve un peu froid correspond à la vie parisienne de l’adulte qu’il est devenu. Ce parti pris contribue, c’est certain, à adoucir le contexte tourmenté du jeune garçon, même si globalement, ses souvenirs semblent plutôt illuminés par le soleil et le climat de ces latitudes. Preuve s’il en fallait une, le paradis dissimule toujours une part d’enfer… Pour toutes ces raisons, « L’Envol du pélican » est une lecture chaudement recommandée par votre serviteur, abordant un sujet extrêmement sensible évoqué avec délicatesse et sans faux semblants par ses auteurs. La pédo-criminalité est vraisemblablement plus facile à décrire quand elle s’accompagne de sévices infligés par des pervers frustrés (cf. l'affaire Bétharram), peut-être un peu moins quand elle se joue dans un cadre avenant et sous l’intimité des draps… Pourtant, dans les deux cas, elle demeure un traumatisme pour ses victimes.
Achille Talon
Achille Talon est un garçon quelques mois plus jeune que moi. Même sans encore savoir lire, je trouvais le personnage drôle. Ensuite, petit à petit, j'ai essayé de lire, en évitant les bulles les plus bavardes, des phylactères enormes parfois, dont certaines font plus de dix lignes! Finalement, j'ai découvert que la logorrhée et la prolixité de ce anti-héros sont ce qu’il y a de plus amusant. Parfois, j’ai ressenti le besoin d’un diccionnaire, mais je pense que j’ai appris pas mal de mots difficiles en français. Le talent de Greg en tant qu'écrivain a progressé parallèlement au dessin : moins rond, plus dynamique, plus de détails, surtout pour les figurants et les décors. Les personnages secondaires sont parfois devenus principaux : papa Talon, moustachu, avec ses bières, la maman bichonnante, le voisin Lefuneste, le commerçant malin et avide Vincent Poursan, l’éternelle petite amie Virgule de Guillemets et aussi le colérique et minuscule patron du journal Polite (caricature de Goscinny qui était exactement le contraire dans la vie réelle). Je continue à préférer les gags d’une ou deux pages plutôt que les longues histoires. Et à côté des blagues grivoises, il y en a aussi parfois qui sont presque muettes. Je me souviens de mémoire d'un de mes gags préférés : après quelques manœuvres absurdes, Talon fracasse son vieux tacot contre une voiture garée. Devant le regard inquisiteur et sévère des passants, il sort et écrit un mot qu'il place sur le pare-brise de la victime. Approbation générale du public... mais à la fin, on voit ce qu'il a écrit ! Et voilà, mon deux-centième avis. Hop !