David B. est un auteur qui m’intéresse beaucoup, et qui a produit certaines des meilleures séries de L’Association. Et je retrouve ici ce qui innerve une bonne partie de son œuvre – et qui m’attire particulièrement – à savoir une imagerie surréaliste débridée.
Il ne faut en effet pas être réfractaire à ce type de récit jouant sur une poésie un peu loufoque, qui se développe comme un rêve qui aurait enfilé les habits de la réalité.
Dans un Paris onirique, nous suivons l’héroïne qui, avec l’aide de Monsieur Chouette, tente d’éviter la police et surtout Cerbère (ici démultiplié), alors qu’elle est la seule – ou quasiment la seule – mortelle a s’être aventurée au pays des morts.
Décrire les aventures et tous les détails amusants et oniriques proposés par David B. serait inutile. Il y a d’ailleurs fort à parier qu’il ait développé son récit au fil d’une improvisation plus ou moins contrôlée, voire en utilisant une sorte d’écriture automatique sur certains passages. Ce qui donne un récit un peu décousu, mais qui jamais ne m’a ennuyé ou déçu.
Quant au dessin, il est classique pour l’auteur, très agréable. Un beau Noir et Blanc, avec des cases souvent pleines de détails, chargées (et, là aussi, le surréalisme est à l’honneur !).
Les amateurs de l’auteur – dont je suis – ne peuvent qu’apprécier une œuvre très originale – visuellement et narrativement. Très chouette lecture, monsieur David B.
Après une première lecture forcément rapide, mon impression est plutôt favorable. L'époque, la veille de la Seconde Guerre mondiale, le lieu, Paris et le Louvre, le thème, l'art et les artistes m'intéressent beaucoup.
Je pense que Gradimir Smudja présente ici un très bon travail, tant au niveau du scénario que du dessin et des couleurs. Tout avec créativité, charme et humour, mais aussi avec rigueur. En se concentrant sur la personnalité et les actions courageuses de Jacques Jaujard, Smudja réalise un portrait convaincant des protagonistes et des événements. Pour cela, il a procédé à des interviews avec ses descendants et à un travail de recherche minutieux. En plus de Jaujard, je trouve qu’il a bien capté les traits de Dali, Picasso et Cocteau...
J'attends avec optimisme le deuxième tome et j'espère aussi me réconcilier définitivement avec l'auteur.
Un polar ultra solide signé Mignacco et Rotundo.
C'est l'unique oeuvre de Mignacco publié en France. La force de son récit est de s'émanciper des codes du roman noir traditionnel, avec un personnage principal qui n'est pas le détective désabusé que l'on voit d'ordinaire.
Un scénario solide mais aussi un dessin magistral de Rotundo qui élève véritablement le niveau de l'album.
Le jeu permanent de contraste entre le noir et le blanc est de tout premier ordre, installant une ambiance graphique très immersive.
Rotundo a particulièrement soigné l'expressivité de ses personnages, c'est admirable.
Cette bande qui est sortie au format broché passe souvent sous les radars des collectionneurs mais c'est une valeur sûre.
Je vais ajouter mon grain de sel, mais est-ce vraiment nécessaire ?
Je plussoie à ce qu’ont dit moult de mes prédécesseurs, on est là dans le haut du panier.
Ce qui saute aux yeux dès les couvertures, c’est la beauté du dessin. Ces expressions sur des animaux qui gardent leurs postures animales, c’est du grand art. Les décors, la colorisation, la souplesse du trait et la mise en scène contribuent à nous immerger dans le récit.
Une belle adaptation / réinterprétation de la fable d’Orwell, où il s’agit cette fois de faire tomber le dictateur Sylvio, taureau de son état, protégé par sa meute de chiens qui fait régner l’ordre et le servage dans cette « ferme -château ».
Mention spéciale au rat Azélar, référence évidente à Gandhi avec ses lunettes, qui enseigne à la faible chatte craintive Miss Bengalore (tiens, encore l’Inde) les subtilités de la désobéissance passive et de la révolution non violente.
J’ai apprécié que beaucoup de personnages ne soient pas complètement monolithiques, en particulier chez les chiens, et qu’ils puissent même infléchir leur attitude avec l’évolution de leur statut social.
Bon, comme le dit Lodi, la révolution pacifique ne porte pas ses fruits dans la réalité (si Gandhi avait été inhumé, il se retournerait dans sa tombe en voyant vers où le gouvernement indien a évolué).
Ça reste une fable où l’histoire finit bien – enfin pas pour tout le monde, même chez les gentils – et c’est bien comme ça, une jolie petite leçon de pacifisme ne fait de mal à personne.
La série est dans le thème BD à offrir. Ça tombe bien, on me l’a offerte, les quatre tomes d’un coup. Ce fut un beau cadeau.
Après Ulysse et avant Les Sorcières de Thessalie de Pichard, voici l'adaptation de Persée dans la collection Mythologie de Glénat qui vaut décidément le coup d'œil.
Petite correction de départ : Jean-Marie Brouyère est mentionné uniquement à l'avant dernière planche de cette bande pour son adaptation des dialogues.
Le seul auteur mentionné en couverture et en première page est Xavier Musquera. On peut donc supposer que celui-ci ne s'est pas contenté de dessiner mais est également responsable de la narration.
J'insiste sur ce point car Musquera nous dépeint un Persée à la fois héroïque et vulnerable, et c'est ce qui donne toute sa matière à ce récit mythologique.
L'atmosphère antique et mystique est admirablement rendu par un noir et blanc expressif et empreint de sensualité, même si Musquera est plus à l'aise avec les corps qu'avec les décors.
Le découpage manque aussi un peu de puissance et d'originalité pour parler d'oeuvre culte.
Une oeuvre d'une grande beauté plastique, qui sait prolonger l'immortalité du mythe de Persée.
A partir d’observations et de réflexions personnelles (le recul des glaciers dans les Alpes par rapport à ses souvenirs de vacances familiales par exemple), Roberto Rossi nous propose un album qui mélange documentaire et tract politique.
Le hasard a voulu que je lise très récemment, Horizons climatiques - Rencontre avec neuf scientifiques du G.I.E.C.. Si j’ai trouvé plus détaillée et plus complète ma précédente lecture, les deux albums sont complémentaires et intéressants.
Beaucoup moins de détails, de chiffres, de faits, de noms ici, la narration est plus aérée (avec un dessin simple, mais agréable). Mais c’est quand même un album dont la lecture est intéressante. Il est aussi engagé, et appelle clairement chacun à prendre sa part de responsabilité, mais surtout à demander des comptes à ceux qui sont à la fois les plus responsables des dérèglements climatiques, pollutions et leurs conséquences, mais aussi ceux qui en souffrent le moins, à savoir les grandes entreprises et les ultra-riches. C’est un album qui rappelle que le capitalisme tel qu’il est pratiqué est la cause principale, et donc que c’est lui qu’il faut sévèrement réguler (avec ses thuriféraires et profiteurs).
Une lecture rapide malgré une pagination conséquente (il y a peu de texte), mais recommandable.
Note réelle 3,5/5.
Les rêves coquins d'Ego sont évidemment une parodie et un hommage à Little Nemo de W. McCay. Il s'agit de fantasmes humoristiques très bien dessinés par Giardino. La jeune fille est jolie et se retrouve dans une série de situations insolites, parfois embarrassantes, mais aussi excitantes. Les dessins sont de bon goût et l'érotisme ici ne tombe jamais dans la vulgarité. Le livre se lit rapidement, mais quand je le reprends, je ne peux pas m'empêcher de sourire.
Ce qui commence comme une enquête policière assez classique va rapidement basculer vers un pur récit de science-fiction, avec une certaine parenté avec le film Starman (un être venu d'ailleurs, un peu naïf et perdu parmi les humains, qui cherche à rejoindre un objectif mystérieux), à la différence près qu'ici sa présence attire aussi bien des menaces humaines qu'un autre poursuivant beaucoup plus étrange.
La grande originalité de cette BD est surtout son ancrage profondément argentin. L'histoire démarre à un millier de kilomètres de Buenos Aires, puis entraîne ses personnages à travers la Patagonie vers le Sud du pays puis jusqu'aux portes de l'Antarctique. Ce voyage permet de découvrir un cadre rarement utilisé dans ce genre de thriller : l'organisation fédérale de l'Argentine, les différentes cultures et ethnies locales (dont certaines ne parlent pas forcément espagnol), le maté évidemment incontournable dans cette région du monde, ou encore la proximité avec le continent antarctique. Ce dépaysement apporte une vraie fraîcheur face aux thrillers souvent trop formatés par les codes américains.
Le dessin en noir et blanc est également une réussite. Légèrement épuré dans les décors mais très maîtrisé, précis et dynamique, il sert parfaitement cette histoire de poursuite et d'étrangeté. Les personnages fonctionnent aussi très bien, notamment le duo de policiers : ils ne forment pas un couple au sens classique, mais une grande partie de l'intérêt vient justement de l'évolution possible de leur relation. Ils sont attachants, avec chacun leur personnalité. L'antagoniste est également très réussi, entouré d'un mystère qui sera progressivement levé jusqu'à une révélation finale inattendue.
Cette révélation est d'ailleurs l'un des meilleurs moments de l'album, car elle ne se contente pas d'apporter une réponse : elle pose aussi une vraie question morale. Le problème n'est plus seulement de savoir ce qui est vrai, mais de déterminer comment agir lorsque l'on croit ou non à ce que l'on vient d'apprendre.
J'ai toutefois été plus circonspect devant les toutes dernières pages. Après cette révélation, la conclusion reste assez floue et je n'ai pas complètement compris ce qui se déroulait exactement, même si l'héroïne semble considérer la situation comme positive. Une légère frustration donc, car cette incompréhension finale m'empêche de considérer l'album comme totalement réussi.
Cela reste néanmoins une très bonne surprise : un thriller de science-fiction original, porté par un cadre inhabituel, de bons personnages et une vraie ambiance. Pas un vrai coup de coeur à cause de cette fin confuse, mais un solide 3,5/5 pour une lecture qui m'a bien embarqué.
Oui, cette histoire (ou ces histoires) a peut-être plus de sens pour les Portugais et surtout pour les Lisboètes. Le texte est basé sur Oliveira Marques, l'un des plus grands historiens du pays, spécialiste du Moyen Âge. Les dessins de Filipe Abranches sont créatifs et chaque époque (du Ier siècle à 1580) possède ses détails et ses couleurs. J'aime particulièrement les tons sépia et pastel. Pour ceux qui vivent à Lisbonne ou s'y promènent, il y a des lieux et des événements facilement reconnaissables. Il n'est pas nécessaire de consulter des cartes ou des vieux grimoires!
Après 92 avis, je pense que l'essentiel a été dit sur cette série qui a rejoint le panthéon des immanquables de BDthèque dans le genre "Policier/Thriller".
Suite à la lecture du premier cycle (cinq premiers tomes), je dois dire que j'ai passé un très bon moment de lecture. Matz est un excellent conteur d'histoire. J'ai beaucoup apprécié le ton de la voix off du tueur qui sonne juste et apporte un vrai style à la série.
Le scénario, centré autour du personnage du tueur à gages, avec ses personnages hauts en couleurs, ses scènes de sexe et de violence, reste somme toute assez classique mais il est vrai que l’œuvre n'a pas pris une ride, près de 28 ans après la sortie du premier album ! Preuve qu'elle mérite son titre d'immanquable.
A noter que l'histoire se passe parfois sur une île, dans des décors tropicaux, apportant une touche d'exotisme à l'ensemble. Le parallèle entre le tueur et le crocodile dans le 2ème tome est plutôt bien trouvé.
Au niveau du dessin, malgré un trait parfois un peu trop épais à mon goût, le trait vif de Luc Jacamon donne beaucoup de mouvements aux scènes d'action, très présentes. Les personnages ont de "vrais gueules" bien que je sois un tantinet déçu par celle du tueur, plus banale. Mais cela colle avec l'idée qu'il doive resté discret et se fondre dans la masse. La colorisation est quant à elle plutôt classique.
En somme, un très bon 4/5 en attendant que je me procure les cycles 2 et 3 de la série.
SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 8/10
GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 8/10
NOTE GLOBALE : 16/20
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Monsieur Chouette
David B. est un auteur qui m’intéresse beaucoup, et qui a produit certaines des meilleures séries de L’Association. Et je retrouve ici ce qui innerve une bonne partie de son œuvre – et qui m’attire particulièrement – à savoir une imagerie surréaliste débridée. Il ne faut en effet pas être réfractaire à ce type de récit jouant sur une poésie un peu loufoque, qui se développe comme un rêve qui aurait enfilé les habits de la réalité. Dans un Paris onirique, nous suivons l’héroïne qui, avec l’aide de Monsieur Chouette, tente d’éviter la police et surtout Cerbère (ici démultiplié), alors qu’elle est la seule – ou quasiment la seule – mortelle a s’être aventurée au pays des morts. Décrire les aventures et tous les détails amusants et oniriques proposés par David B. serait inutile. Il y a d’ailleurs fort à parier qu’il ait développé son récit au fil d’une improvisation plus ou moins contrôlée, voire en utilisant une sorte d’écriture automatique sur certains passages. Ce qui donne un récit un peu décousu, mais qui jamais ne m’a ennuyé ou déçu. Quant au dessin, il est classique pour l’auteur, très agréable. Un beau Noir et Blanc, avec des cases souvent pleines de détails, chargées (et, là aussi, le surréalisme est à l’honneur !). Les amateurs de l’auteur – dont je suis – ne peuvent qu’apprécier une œuvre très originale – visuellement et narrativement. Très chouette lecture, monsieur David B.
L'Exode du Louvre
Après une première lecture forcément rapide, mon impression est plutôt favorable. L'époque, la veille de la Seconde Guerre mondiale, le lieu, Paris et le Louvre, le thème, l'art et les artistes m'intéressent beaucoup. Je pense que Gradimir Smudja présente ici un très bon travail, tant au niveau du scénario que du dessin et des couleurs. Tout avec créativité, charme et humour, mais aussi avec rigueur. En se concentrant sur la personnalité et les actions courageuses de Jacques Jaujard, Smudja réalise un portrait convaincant des protagonistes et des événements. Pour cela, il a procédé à des interviews avec ses descendants et à un travail de recherche minutieux. En plus de Jaujard, je trouve qu’il a bien capté les traits de Dali, Picasso et Cocteau... J'attends avec optimisme le deuxième tome et j'espère aussi me réconcilier définitivement avec l'auteur.
Pas de pitié pour le privé
Un polar ultra solide signé Mignacco et Rotundo. C'est l'unique oeuvre de Mignacco publié en France. La force de son récit est de s'émanciper des codes du roman noir traditionnel, avec un personnage principal qui n'est pas le détective désabusé que l'on voit d'ordinaire. Un scénario solide mais aussi un dessin magistral de Rotundo qui élève véritablement le niveau de l'album. Le jeu permanent de contraste entre le noir et le blanc est de tout premier ordre, installant une ambiance graphique très immersive. Rotundo a particulièrement soigné l'expressivité de ses personnages, c'est admirable. Cette bande qui est sortie au format broché passe souvent sous les radars des collectionneurs mais c'est une valeur sûre.
Le Château des Animaux
Je vais ajouter mon grain de sel, mais est-ce vraiment nécessaire ? Je plussoie à ce qu’ont dit moult de mes prédécesseurs, on est là dans le haut du panier. Ce qui saute aux yeux dès les couvertures, c’est la beauté du dessin. Ces expressions sur des animaux qui gardent leurs postures animales, c’est du grand art. Les décors, la colorisation, la souplesse du trait et la mise en scène contribuent à nous immerger dans le récit. Une belle adaptation / réinterprétation de la fable d’Orwell, où il s’agit cette fois de faire tomber le dictateur Sylvio, taureau de son état, protégé par sa meute de chiens qui fait régner l’ordre et le servage dans cette « ferme -château ». Mention spéciale au rat Azélar, référence évidente à Gandhi avec ses lunettes, qui enseigne à la faible chatte craintive Miss Bengalore (tiens, encore l’Inde) les subtilités de la désobéissance passive et de la révolution non violente. J’ai apprécié que beaucoup de personnages ne soient pas complètement monolithiques, en particulier chez les chiens, et qu’ils puissent même infléchir leur attitude avec l’évolution de leur statut social. Bon, comme le dit Lodi, la révolution pacifique ne porte pas ses fruits dans la réalité (si Gandhi avait été inhumé, il se retournerait dans sa tombe en voyant vers où le gouvernement indien a évolué). Ça reste une fable où l’histoire finit bien – enfin pas pour tout le monde, même chez les gentils – et c’est bien comme ça, une jolie petite leçon de pacifisme ne fait de mal à personne. La série est dans le thème BD à offrir. Ça tombe bien, on me l’a offerte, les quatre tomes d’un coup. Ce fut un beau cadeau.
Persée
Après Ulysse et avant Les Sorcières de Thessalie de Pichard, voici l'adaptation de Persée dans la collection Mythologie de Glénat qui vaut décidément le coup d'œil. Petite correction de départ : Jean-Marie Brouyère est mentionné uniquement à l'avant dernière planche de cette bande pour son adaptation des dialogues. Le seul auteur mentionné en couverture et en première page est Xavier Musquera. On peut donc supposer que celui-ci ne s'est pas contenté de dessiner mais est également responsable de la narration. J'insiste sur ce point car Musquera nous dépeint un Persée à la fois héroïque et vulnerable, et c'est ce qui donne toute sa matière à ce récit mythologique. L'atmosphère antique et mystique est admirablement rendu par un noir et blanc expressif et empreint de sensualité, même si Musquera est plus à l'aise avec les corps qu'avec les décors. Le découpage manque aussi un peu de puissance et d'originalité pour parler d'oeuvre culte. Une oeuvre d'une grande beauté plastique, qui sait prolonger l'immortalité du mythe de Persée.
Dans l'indifférence générale
A partir d’observations et de réflexions personnelles (le recul des glaciers dans les Alpes par rapport à ses souvenirs de vacances familiales par exemple), Roberto Rossi nous propose un album qui mélange documentaire et tract politique. Le hasard a voulu que je lise très récemment, Horizons climatiques - Rencontre avec neuf scientifiques du G.I.E.C.. Si j’ai trouvé plus détaillée et plus complète ma précédente lecture, les deux albums sont complémentaires et intéressants. Beaucoup moins de détails, de chiffres, de faits, de noms ici, la narration est plus aérée (avec un dessin simple, mais agréable). Mais c’est quand même un album dont la lecture est intéressante. Il est aussi engagé, et appelle clairement chacun à prendre sa part de responsabilité, mais surtout à demander des comptes à ceux qui sont à la fois les plus responsables des dérèglements climatiques, pollutions et leurs conséquences, mais aussi ceux qui en souffrent le moins, à savoir les grandes entreprises et les ultra-riches. C’est un album qui rappelle que le capitalisme tel qu’il est pratiqué est la cause principale, et donc que c’est lui qu’il faut sévèrement réguler (avec ses thuriféraires et profiteurs). Une lecture rapide malgré une pagination conséquente (il y a peu de texte), mais recommandable. Note réelle 3,5/5.
Little Ego
Les rêves coquins d'Ego sont évidemment une parodie et un hommage à Little Nemo de W. McCay. Il s'agit de fantasmes humoristiques très bien dessinés par Giardino. La jeune fille est jolie et se retrouve dans une série de situations insolites, parfois embarrassantes, mais aussi excitantes. Les dessins sont de bon goût et l'érotisme ici ne tombe jamais dans la vulgarité. Le livre se lit rapidement, mais quand je le reprends, je ne peux pas m'empêcher de sourire.
Terra Antarctica
Ce qui commence comme une enquête policière assez classique va rapidement basculer vers un pur récit de science-fiction, avec une certaine parenté avec le film Starman (un être venu d'ailleurs, un peu naïf et perdu parmi les humains, qui cherche à rejoindre un objectif mystérieux), à la différence près qu'ici sa présence attire aussi bien des menaces humaines qu'un autre poursuivant beaucoup plus étrange. La grande originalité de cette BD est surtout son ancrage profondément argentin. L'histoire démarre à un millier de kilomètres de Buenos Aires, puis entraîne ses personnages à travers la Patagonie vers le Sud du pays puis jusqu'aux portes de l'Antarctique. Ce voyage permet de découvrir un cadre rarement utilisé dans ce genre de thriller : l'organisation fédérale de l'Argentine, les différentes cultures et ethnies locales (dont certaines ne parlent pas forcément espagnol), le maté évidemment incontournable dans cette région du monde, ou encore la proximité avec le continent antarctique. Ce dépaysement apporte une vraie fraîcheur face aux thrillers souvent trop formatés par les codes américains. Le dessin en noir et blanc est également une réussite. Légèrement épuré dans les décors mais très maîtrisé, précis et dynamique, il sert parfaitement cette histoire de poursuite et d'étrangeté. Les personnages fonctionnent aussi très bien, notamment le duo de policiers : ils ne forment pas un couple au sens classique, mais une grande partie de l'intérêt vient justement de l'évolution possible de leur relation. Ils sont attachants, avec chacun leur personnalité. L'antagoniste est également très réussi, entouré d'un mystère qui sera progressivement levé jusqu'à une révélation finale inattendue. Cette révélation est d'ailleurs l'un des meilleurs moments de l'album, car elle ne se contente pas d'apporter une réponse : elle pose aussi une vraie question morale. Le problème n'est plus seulement de savoir ce qui est vrai, mais de déterminer comment agir lorsque l'on croit ou non à ce que l'on vient d'apprendre. J'ai toutefois été plus circonspect devant les toutes dernières pages. Après cette révélation, la conclusion reste assez floue et je n'ai pas complètement compris ce qui se déroulait exactement, même si l'héroïne semble considérer la situation comme positive. Une légère frustration donc, car cette incompréhension finale m'empêche de considérer l'album comme totalement réussi. Cela reste néanmoins une très bonne surprise : un thriller de science-fiction original, porté par un cadre inhabituel, de bons personnages et une vraie ambiance. Pas un vrai coup de coeur à cause de cette fin confuse, mais un solide 3,5/5 pour une lecture qui m'a bien embarqué.
Histoire de Lisbonne
Oui, cette histoire (ou ces histoires) a peut-être plus de sens pour les Portugais et surtout pour les Lisboètes. Le texte est basé sur Oliveira Marques, l'un des plus grands historiens du pays, spécialiste du Moyen Âge. Les dessins de Filipe Abranches sont créatifs et chaque époque (du Ier siècle à 1580) possède ses détails et ses couleurs. J'aime particulièrement les tons sépia et pastel. Pour ceux qui vivent à Lisbonne ou s'y promènent, il y a des lieux et des événements facilement reconnaissables. Il n'est pas nécessaire de consulter des cartes ou des vieux grimoires!
Le Tueur
Après 92 avis, je pense que l'essentiel a été dit sur cette série qui a rejoint le panthéon des immanquables de BDthèque dans le genre "Policier/Thriller". Suite à la lecture du premier cycle (cinq premiers tomes), je dois dire que j'ai passé un très bon moment de lecture. Matz est un excellent conteur d'histoire. J'ai beaucoup apprécié le ton de la voix off du tueur qui sonne juste et apporte un vrai style à la série. Le scénario, centré autour du personnage du tueur à gages, avec ses personnages hauts en couleurs, ses scènes de sexe et de violence, reste somme toute assez classique mais il est vrai que l’œuvre n'a pas pris une ride, près de 28 ans après la sortie du premier album ! Preuve qu'elle mérite son titre d'immanquable. A noter que l'histoire se passe parfois sur une île, dans des décors tropicaux, apportant une touche d'exotisme à l'ensemble. Le parallèle entre le tueur et le crocodile dans le 2ème tome est plutôt bien trouvé. Au niveau du dessin, malgré un trait parfois un peu trop épais à mon goût, le trait vif de Luc Jacamon donne beaucoup de mouvements aux scènes d'action, très présentes. Les personnages ont de "vrais gueules" bien que je sois un tantinet déçu par celle du tueur, plus banale. Mais cela colle avec l'idée qu'il doive resté discret et se fondre dans la masse. La colorisation est quant à elle plutôt classique. En somme, un très bon 4/5 en attendant que je me procure les cycles 2 et 3 de la série. SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 8/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 8/10 NOTE GLOBALE : 16/20