Les derniers avis (16 avis)

Couverture de la série Demain, demain
Demain, demain

C’est vraiment un chouette documentaire – mâtiné de roman graphique pour rendre plus vivante cette présentation d’une réalité oubliée. Celle des bidonvilles dans lesquels s’entassaient des populations immigrées dans les années 50-60, puis des « cités de transit » dans lesquelles on t les a envoyées par la suite. Plus qu’oubliée d’ailleurs on devrait plutôt parler d’occultée, invisibilisée. En effet, il n’y a pas que l’histoire ou la mémoire qui les ait oubliés. Tout était fait à l’époque pour qu’ils n’apparaissent nulle part (logements indécents loin de tout, y compris lorsqu’il s’agit de « reloger » ceux qui sont chassés par les destructions des bidonvilles). Cette réalité n’a laissé que très peu de traces, recouverte par la communication sur les « 30 Glorieuses ». Au travers de l’histoires de quelques familles, nous découvrons donc cette réalité, le scandale permanent à quelques encâblures de Paris. La vie, la solidarité, la honte bue des bidonvilles est bien rendue. Comme l’est dans le second tome – qui se déroule une décennie plus tard – l’exploitation éhontée de la main d’oeuvre immigrée par l’industrie et le travail à la chaine. Quelques textes rappellent régulièrement le contexte, et des interventions (radio, télé, journaux) de politiques (Debré, Pompidou, etc.) ou d’industriels (Bouygues à vomir) montrent le cynisme méprisant à l’œuvre. Au bas de l’échelle, tous les rapaces (gardien de « cité de transit, responsable des listes pour les HLM, etc.) qui exploitent – avec force racisme – ces « bougnoules ». Si l’humain émerge régulièrement (solidarités de voisinage, fraicheur des jeunes « beurs », luttes sociales et politiques), la lecture s’évère tout de même amère. Les auteurs ne jouent pourtant jamais sur le pathos (y compris pour le massacre du 17 octobre 1961, traité finalement rapidement et presque pudiquement – même si quelques extraits de journaux montrent la désinformation et la racisme ambiant). Si l’économie – et la société – françaises doivent beaucoup à la main d’œuvre immigrée dans ces Trente Glorieuses qui ne le furent pas pour tous, il est bon de rappeler, alors qu’aujourd’hui certaines idées nauséabondes s’affirment dans les médias, que la France n’a toujours pas soldé ses dettes, en particulier mémorielles. La lecture de ces deux albums est très recommandable. La narration est fluide et agréable. J’ai bien aimé le dessin, simple, mais efficace (même si certains personnages sont parfois difficiles à différencier).

03/02/2026 (modifier)
Couverture de la série La Fille dans l'écran
La Fille dans l'écran

La Fille dans l’écran est une BD profondément feel-good et romantique, qui aborde les sentiments avec beaucoup de douceur et de justesse. La manière dont l’anxiété sociale est intégrée au récit donne une vraie épaisseur aux personnages et évite toute approche simpliste ou caricaturale. Cette fragilité assumée nourrit la relation et rend le lien entre les deux protagonistes crédible et touchant. La narration par messages fonctionne très bien et rappelle le roman graphique “adolescent” dans le bon sens du terme, mais avec une réelle maîtrise et une maturité d’écriture. Le dispositif des deux points de vue, traités séparément puis de plus en plus entremêlés, est intelligemment exploité. Il permet de ressentir progressivement le rapprochement émotionnel des personnages, sans lourdeur ni effets forcés. Graphiquement, l’album est très réussi. La gestion des couleurs — alternance entre une trame colorée et une trame en noir et blanc — est subtile et pertinente, servant à la fois la narration et les états émotionnels. Le dessin, simple mais expressif, accompagne parfaitement le propos. Rien de révolutionnaire sur le fond, mais une histoire d’amour sincère, bien construite et émotionnellement juste, qui marque par sa sensibilité.

03/02/2026 (modifier)
Couverture de la série La Dernière Nuit d'Anne Bonny
La Dernière Nuit d'Anne Bonny

Très bonne bande dessinée, portée par une construction narrative particulièrement efficace. La triple trame — le présent avec le débat d’historiens, la fin de vie d’Anne Bonny et le récit de ses aventures — apporte une vraie profondeur au propos. Ce dispositif rend la lecture dynamique tout en instaurant un recul bienvenu, presque introspectif, sur le personnage et sur ce que l’Histoire choisit de retenir ou de transformer. La dimension éducative fonctionne bien, notamment grâce à ce jeu de regards croisés qui met en lumière les subtilités de la réinterprétation historique. Le parcours d’Anne Bonny est en lui-même passionnant. Le récit est rythmé, aborde de nombreux thèmes et le choix d’un personnage féminin à cette époque donne une résonance très moderne à l’ensemble. La piraterie sert davantage de cadre que de finalité : on n’est pas face à une BD de pirates classique, mais plutôt à un portrait de femme en quête de liberté, dans un monde qui la contraint de toutes parts. La relation avec la mort incarnée, sans être révolutionnaire, est bien intégrée et apporte une touche supplémentaire de sens et de gravité. Graphiquement, le dessin est expressif et s’inscrit clairement dans les codes de la BD ado contemporaine. Ce n’est pas forcément une esthétique qui me séduit immédiatement, mais elle s’accorde bien au ton du récit et finit par fonctionner sur la durée. Une œuvre que je recommanderais sans hésiter aux adolescents, surtout filles mais aussi garçons, et tout autant à leurs parents.

03/02/2026 (modifier)
Couverture de la série Parker 1969
Parker 1969

Très bon ce tome ! Pourtant pas féru du genre polar, je n’ai toujours pas lu les Criminal par ex., j’ai pris mon pied avec cette bd. Il faut dire que je n’en attendais pas grand chose mais tout m’a surpris positivement. Le constat est sans appel, les auteurs magnifient leurs parties respectives pour embarquer le lecteur. Alors que je m’attendais à une enquête policière à la Philip Marlow, j’ai déjà été agréablement surpris de découvrir que notre héros se situait du côté des braqueurs. Après l’aventure proposée n’est pas révolutionnaire (un braqueur s’étant fait braquer cherche à retrouver son braqueur) mais notre héros s’avère attachant et le récit est dense. Ce que j’ai beaucoup aimé c’est la retranscription de l’époque donnant un côté suranné à l’intrigue, notre braqueur passant son temps à attendre devant le téléphone et à avaler les km. Et même si la trame est linéaire, il y a une certaine complexité avec les très nombreux personnages, heureusement c’est bien séquencé pour ne pas être perdu. J’ai également succombé à la voix off du héros qui meuble et accompagne admirablement les nombreux blancs. Et enfin la partie graphique qui m’a rapidement conquis, une bichromie élégante, une narration percutante, la forme au service du fond. Bref forcément pour les amateurs de polar mais pas que.

02/02/2026 (modifier)
Couverture de la série Don Juan des Flots
Don Juan des Flots

Je n’aurais jamais misé un kopeck sur cette série. Le titre et la couverture ne m’interpellent en rien, un éditeur que j’ai tendance à ne même pas feuilleter, dans ma petite tête c’était encore une énième adaptation du héros. Bref à la base rien de palpitant dans mon horizon et… ce n’est pas du tout ça ! Je n’ai lu que le 1er tome mais ce dernier est franchement prometteur. On sent bien que c’est pour les grands ados mais j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir l’univers (et les enjeux) mis en place. Ici un monde médiéval fantastique à tendance X-men mâtiné de La Brigade Chimérique, un récit qui est loin de se laisser deviner et parfaitement mis en images. J’ai trouvé l’aventure relativement dense, la fin est parfaite pour titiller le lecteur. Si la suite est du même tonneau, on aura une très chouette trilogie. Une version de Don Juan intéressante.

02/02/2026 (modifier)
Par Fastsnake
Note: 4/5
Couverture de la série Libre à jamais
Libre à jamais

Après le monument qu'est La Guerre éternelle, j'appréhendais la manière dont ce récit pourrait être prolongé. Libre à jamais relève brillamment le défi en s'imposant comme une suite qui n'en est pas tout à fait une. Fini la guerre à grande échelle : on se focalise ici sur une communauté restreinte pour des enjeux paradoxalement plus vastes, touchant aux fondements mêmes de l'Humanité. Si le premier tome fait office de transition en parallèle à la fin de la série originale, il prépare le terrain pour un deuxième volume qui installe lentement la causalité du récit. Le tout culmine dans un troisième tome qui assume une rupture totale avec la 'Hard SF' pour s'aventurer vers une conclusion métaphysique. Un dénouement certes abrupt, voire proche du Deus Ex Machina, mais qui offre une fin bienvenue aussi bien mystique qu'audacieuse.

02/02/2026 (modifier)
Couverture de la série La Couleur des choses
La Couleur des choses

De prime abord c'est effectivement déconcertant. Avant la lecture je me suis demandé si en dehors de l'idée, du concept voir de la prouesse technico-graphico-narrative, cette bd ferait battre mon petit coeur. Et bien oui. C'est une bd qui m'a ému. On rentre très vite dans l'histoire et l'empathie pour le personnage principal fonctionne très vite. On est touché et on suit l'histoire de Simon, 14 ans et pas fraichement un athlète qui vient de gagner une fortune au travers d'un pari hippique qui va amener sa mère dans le coma. La narration est d'une fluidité parfaite et l'imaginaire que l'on se créé à sa lecture ainsique l'histoire qui se construit au fur et à mesure, tout ça donne quelque chose de très touchant. On suit pas à pas les enchainements qui arrivent à Simon, dont, à par nous lecteur, les hommes et femmes qu'il croise ne se soucient guère. Car chaque personnage rencontré par notre Simon ne voit qu'un bout de garçon, un ado pas franchement charismatique voir casse-pied avec ses soucis. Mais nous lecteur, qui le suivons depuis le début de l'aventure nous comprenons ses douleurs, sa logique, ses ressentis et tous ses doutes. A par nous Simon est seul plongé dans un monde d'adultes qui ne s'intéressent pas à lui, font juste leurs jobs ou encore tentent de le voler. Avec toute notre empathie nous avons envie qu'il s'en sorte, même si ce n'est qu'un garçon sans charisme particulier. Et tout ça avec des petits symboles vu du ciel... Quel tour de force ! Une belle bd.

01/02/2026 (modifier)
Couverture de la série Kid Paddle
Kid Paddle

On ne s'en lasse pas ! Voila plus de 10 ans que je relis mes Kid Paddles et j'ai toujours autant de plaisir. Aujourd'hui je passais sur un vide grenier et j'en ai trouvé 2 que je compte bien offrir à mon neveu. J'adore le style de dessin de Midam et en particulier la tête des "Blorks", ses montres sont vraiment funs. Rien que de voir la tête des Blorks je ricane bêtement. On est bien dans ce petit univers. Il y a aussi des runnings-gags qu'on retrouve (étrangement) toujours avec autant de plaisir. D'ailleurs c'est amusant car Kid, notre héros est fan de jeu vidéo mais je ne pense pas que l'auteur est vraiment beaucoup joué à ces jeux. C'est plus l'image qu'il s'en fait. Et ca rend justement le truc amusant. Sinon il y aura peut être eu une dimension plus "geek" et moins drôle. Bref une série qui garde toute sa fraicheur et qui est pour moi entrée dans les Grands Classiques de la BD.

01/02/2026 (modifier)
Par Josq
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Les Chimères de Vénus
Les Chimères de Vénus

Après lecture du 3e et dernier tome de cette saga, il est enfin possible de se faire un avis complet sur ce spin-off de la saga mère Le Château des étoiles, et ainsi, de refondre entièrement mon avis. Alain Ayroles, mon auteur vivant préféré, qui rejoint une de mes sagas d'aventure/SF préférée, ça ressemblait au Graal... Seule petite déception pour ma part, au moment de la sortie du premier tome : le dessin. Étienne Jung a une patte bien à lui, et non dénuée d'une certaine élégance, mais son trait fait peut-être un peu trop Disney, un peu trop dessin animé pour moi. Si cela conviendrait très bien à une série jeunesse, je trouve que Les Chimères de Vénus aurait mérité un trait plus classique, plus réaliste, qui aurait vraiment fait honneur au ton grandiose et épique du récit. Néanmoins, on s'habitue à ces choix graphiques, et cela ne gâche en rien l'aventure. Et quelle aventure !!! Après nous avoir proposé plus ou moins la même histoire avec Les Indes fourbes et La Terre verte, et même - dans une moindre mesure - avec L'Ombre des Lumières, son récit s'éloigne un peu de ces standards. Certes, il y a toujours les méchants colons capitalistes avant l'heure et les conflits entre peuples, mais ça s'arrête à peu près là. Je crois que c'est de toute façon un fil directeur évident de l'œuvre d'Ayroles. Ici, le fil directeur est avant tout une histoire d'amour, qui devient de plus en plus belle et de plus en plus pure à mesure qu'elle se dévoile, et surtout qui trouve un aboutissement particulièrement satisfaisant dans le tome 3. J'avoue que je ne m'attendais pas à ces retournements, qui donnent tout son sens à l'histoire. Comme dans les meilleurs Ayroles, l'émotion est au rendez-vous, la dimension tragique des personnages se révèle dans toute sa splendeur, sans jamais entraver une tonalité épique qui ne manque pas d'ampleur. En marchant sur les pas de Jules Verne, Ayroles déploie une aventure aux proportions phénoménales qui sait parfaitement articuler l'intime et le grandiose, en voguant d'une histoire d'amour absolu à un conflit géopolitique entre deux grandes puissances colonisatrices. Le terrain vénusien est l'occasion pour l'auteur de voguer entre Voyage au centre de la Terre et Jurassic Park avec le plus grand brio, sans jamais perdre son identité propre. On voyage et on rêve comme on ne l'avait plus fait chez Ayroles depuis De Cape et de Crocs, qui est finalement la saga ayrolienne sans doute la plus proche de ces Chimères de Vénus (même si on ne prétendra pas que cette dernière égale la meilleure saga de BD jamais écrite !). La puissance des personnage qui monte progressivement au cours du récit nous place dans un 3e tome extrêmement réussi face à des dilemmes d'une puissance qu'on aurait presque oubliée chez l'auteur. Ce que j'aime tout particulièrement, c'est le soin qu'il apporte aux personnages secondaires. De la bonne Prudence au forçat sensible bizarrement surnommé Pitaine, en passant par les deux scientifiques patauds mais attachants ou par le général borné et pas aussi insensible qu'il voudrait le faire croire, chaque personnage a droit à son caractère propre, et à un développement narratif soigné qui sert merveilleusement le récit. Aucun n'est inutile, chacun est à sa place. C'est aussi cette finesse d'écriture absolue, s'étendant à des dialogues irrésistibles, qui donne une profondeur insoupçonnée à ces Chimères de Vénus. Ce n'est pas la première fois chez Ayroles, mais il renoue avec sa jolie réflexion sur la poésie comme antidote aux dérives politiques, sur l'opposition entre artistes et institutions. En cela, l'auteur tutoie à nouveau les étoiles, et Les Chimères de Vénus n'a rien à envier aux meilleures œuvres de son auteur sur ce plan. La réflexion reste toujours en sous-texte, mais cela ne lui en donne qu'une plus grande efficacité. Original, puissant, surprenant, poétique, envoûtant... On ne finirait pas cette liste de qualificatifs susceptibles de s'adresser à ce magnifique spin-off d'une grande saga. Mais là où, même avec tout mon amour, j'ai tendance à trouver qu'Alex Alice a parfois tendance à s'enliser dans sa propre saga avec les derniers tomes (surtout le 7), Alain Ayroles - en bon amateur de théâtre - aura eu la sagesse de concevoir son récit comme une simple trilogie qui n'aura fait que monter en puissance jusqu'à une apothéose mémorable. Si on n'avait peur d'être un peu grandiloquent, on aurait envie de crier à notre tour, avec l'auteur et son personnage : "Ad augusta per angusta !"

25/03/2021 (MAJ le 01/02/2026) (modifier)
Par Lodi
Note: 4/5
Couverture de la série Blast
Blast

Les dessins "beaux" ? dit la présentation de l'œuvre. Et puis quoi encore ? Mais prenants, d'accord, de même que l'histoire sombre et mystérieuse. Je l'ai lu il y a un certain temps donc ne me rappelle pas des méandres, de toute façon, le propos semble de maintenir le lecteur dans l'obscurité, l'attente, et parfois la mystérieuse intensité du blast. Je me disais surtout en lisant que j'aimerais vivre cette accélération, mais pas au prix de la noirceur et de l'ennui qui l'environne. Non ! Ce qu'il y a de plus beau pour moi est l'aube, on voit la distance. Pourtant, cette lecture aura été stimulante, bon, pas au point que je relise. Mais parce que le mélange d'ennui, de noirceur, d'intensité et l'originalité du trait charbonneux apporte du nouveau. Et le nouveau, du moins dans les œuvres pour moi, ailleurs, ça peut être très destructeur : "Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu’importe ? Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau !" comme dit Baudelaire dans Le Voyage.

01/02/2026 (modifier)