Les derniers avis (126 avis)

Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Gotlib - Une vie en Bandessinées
Gotlib - Une vie en Bandessinées

Cette BD parue quelques années après la mort de Gotlib fait un petit tour d'horizon, en BD, de ce que fut la vie du patron de Fluide Glacial, un pilier de la BD franco-belge, un géant du médium. Si je trouve que Fluide glacial en fait parfois un peu trop sur lui, je reconnais que c'est un personnage qui mérite qu'on s'y intéresse. Sa vie n'est pas non plus une aventure de chaque instant, mais chaque moment permet de comprendre et explorer ce que Gotlib va ensuite mettre dans ses BD. La BD découpe le tout en chapitre, chacun étant conduit par un fil narratif différent, comme par exemple un dialogue avec un personnage de Gotlib. Le tout est présenté avec des allers-retours dans le temps assez bien découpés, thématiques ou temporelles, sans jamais perdre le lecteur. Et évidemment, la BD est bourrée, partout, de clin d’œil à l’œuvre de Gotlib. On notera des pages présentes dans les cases, mais aussi des clins d’œils aux inspirations, des petits gags ... Ça foisonne, surtout dans les dernières pages, mais c'est plus pour les fans que nécessaire à la compréhension de la BD. La BD est très bien dessinée et inventive, visuellement riche. C'est le genre de BD qui exploite la biographie pour en faire une vraie BD, intéressante et dynamique, humaine et touchante, sans oublier d'être drôle pour un personnage qui nous aura souvent faire rire. En tant que telle, je trouve que ça donne une très bonne BD, que je ne peux que recommander.

30/06/2026 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série In Memoriam
In Memoriam

Comme d'autres, je plussoie cette BD qui est très bien ! Les deux premiers tomes (semble-t-il toujours orphelins pour l'instant) mettent vite en place les personnages et la situation initiale, rentrant rapidement dans le vif du sujet. Et l'ambiance est vraiment bonne ! L'histoire d'un Paris dévastée par une catastrophe magique, dont l'origine n'est pas encore connue mais qui permet une aventure pleine d'actions avec des flics tentant de faire avec, dans une sorte de post-apocalypse magique, le tout dans un Paris fantastique. Le mélange est surprenant mais plutôt bien trouvé, la magie étant à la fois au centre du récit mais aussi une belle métaphore de la puissance disposée par certains qui sert pour d'autres. Que ce soit une sorte d'énergie, de science ou un mélange des deux, ça donne un aspect politique intéressant au récit, où s'opposent différentes valeurs quant à l'avenir de cette magie et de ce monde. Niveau scénario on présent Paris comme la capitale mondiale de cette magie, expliquant que le récit se concentre seulement sur cette ville, mais j'avoue que j'aimerais bien voir le cadre étendu dans d'autres tomes. Si autres tomes il y a, la série étant sans nouveauté depuis près de trois ans .... Le dessin est une force du récit, nerveux et dynamique, faisant la part belle aux scènes d'actions dignes d'un film hollywoodien. Sa colorisation et mise en page fait grandement le travail dans la lisibilité du récit. On est face à la BD divertissement pur jus, un petit plaisir de lecture qui maintient une tension sur deux tomes et qui donne envie de voir la suite. A quand le troisième tome ?

30/06/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Naïs
Naïs

Il est assez amusant de réaliser qu'il s'agit ici d'une double adaptation : cette bande dessinée adapte le film de Marcel Pagnol (ou le roman qu'il en a tiré), lui-même inspiré de la nouvelle Naïs Micoulin d'Émile Zola. Pourtant, je ne m'en serais probablement jamais rendu compte tant les thèmes, les personnages et l'atmosphère respirent le Pagnol. J'y ai simplement trouvé un peu moins de cette gouaille et de cet humour discret qui irriguent ses œuvres les plus célèbres. Le ton est ici plus sérieux, avec une légère dimension dramatique, même si cela reste avant tout une histoire d'amour profondément humaine. Le dessin de David Ratte épouse d'ailleurs parfaitement cette Provence lumineuse chère à Pagnol. Son trait chaleureux donne beaucoup de vie aux personnages et aux paysages baignés de soleil. Naïs est particulièrement réussie, à la fois lumineuse, attachante et pleine de naturel, tandis que chacun des protagonistes possède une véritable personnalité visuelle. L'intrigue tient presque du huis clos puisqu'elle repose essentiellement sur quatre personnages. D'un côté, Naïs, amoureuse depuis toujours de Frédéric, le séduisant fils des propriétaires. De l'autre, Toine, le bossu qui aime Naïs en silence, et enfin Micoulin, son père, dont la jalousie maladive le pousse peu à peu vers la violence. C'est essentiellement autour de ce dernier que se construit la dimension dramatique du récit, avec une tension qui flirte parfois avec le polar. Ce qui m'a surtout plu, c'est que l'histoire évite constamment les clichés. On pourrait croire assister au récit classique de la jeune paysanne séduite puis abandonnée par un riche héritier, ou à celui du bossu condamné à souffrir en silence de son amour impossible. Il n'en est rien. Naïs est parfaitement consciente de la situation et ne nourrit guère d'illusions : elle souhaite simplement vivre cet amour tant qu'il existe, sans reprocher à Frédéric de repartir un jour vers son univers. Celui-ci, qui ne voyait d'abord en elle qu'une conquête de vacances, découvre progressivement une véritable tendresse, puis sans doute un amour sincère. Quant à Toine, il est probablement le plus beau personnage de l'histoire : très vite, il dépasse sa propre peine pour ne rechercher qu'une chose, le bonheur de celle qu'il aime et de son ancien ami. Avec beaucoup d'intelligence, de générosité et même une certaine malice, il devient discrètement le meilleur allié de leur histoire d'amour. Malgré la menace qui plane tout au long du récit, c'est finalement la bienveillance qui domine. A l'exception d'un dont le cas sera discrètement réglé, les personnages savent écouter, comprendre, renoncer lorsque c'est nécessaire et agir avec une humanité qui fait beaucoup de bien. Cette intelligence des dialogues et des réactions donne au dénouement une tonalité particulièrement optimiste et touchante. Une belle adaptation, portée par un dessin chaleureux et un récit qui, sans renier sa part de drame, préfère faire confiance à la bonté de ses personnages. Et j'aime beaucoup cette vision-là.

30/06/2026 (modifier)
Couverture de la série La Brigade Chimérique
La Brigade Chimérique

Une série relativement originale, mélangeant plusieurs genres. De la SF vaguement uchronique, des super-héros européens, et une volonté évidente de donner au récit un habillage proche de ce que les feuilletonnistes du début du XXème siècle proposaient à leurs lecteurs. C’est ce qui semble justifier l’apparition des surréalistes – Breton en tête. Je ne suis a priori pas fan de l’utilisation de Breton et du mouvement surréaliste à tort et à travers, surtout pour répéter plusieurs fois en deux pages l’image des « procès » de Breton (et semble-t-il lui-seul) envers ceux qui lui auraient déplu. Une idée fixe et fausse… Autre petit détail qui m’a chiffonné, lorsque Georges Spad (jeune femme centrale dans le récit, ayant été accueillie/recueillie par les surréalistes) affirme vers la fin que Breton lui a prêté de l’argent pour s’en sortir : non pas que je remette en question la générosité de Breton, mais je doute qu’il ait pu le faire, car contrairement à une idée reçue, il ne roulait pas sur l’or (en particulier dans les années 1930). Bon, d’autres choses m’avaient fait tiquer (erreurs de dates/anachronismes pour des expos ou tracts, ou pour l’utilisation par Breton de l’anagramme Avida Dollars pour nommer Dali), mais les auteurs s’en expliquent dans le gros dossier final de l’intégrale dans laquelle j’ai lu la série. Dont acte. Au-delà des surréalistes, les auteurs ont multiplié les allusions à de très nombreux auteurs/œuvres littéraires : les auteurs de SF français (dont beaucoup apparaissent même en chair et en os vers la fin), Kafka, etc. Les super héros américains aussi, voire le Blake de Jacobs. Et de multiples allusions au roman gothique ou au cinéma expressionniste allemand, avec en particulier le personnage de Mabuse, qui incarne une allégorie de la montée du nazisme (Hitler n’apparaissant que sur l’extrême fin – et de dos – le récit se finissant de façon glaçante sur l’horreur d’Auschwitz). Et une foule de scientifiques, surtout la « dynastie » Curie : Marie bien sûr, mais surtout sa fille et son gendre. Le tout à la fois ancré dans l’Histoire européenne de l’entre-deux guerres (essentiellement les années 1930) et traité comme un feuilleton SF/rétro. Cette richesse, cette profusion de références, sont la force et une partie de la faiblesse de cette série. En effet, c’est on ne peut plus dense, il faut souvent s’accrocher pour suivre (je n’ai d’ailleurs probablement pas saisi toutes les allusions), on risque parfois l’indigestion. D’ailleurs, toutes ces références (qu’elles soient simples évocations/citations, ou qu’elles s’incarnent au travers de personnages) mettent presque en retrait la « Brigade chimérique », ces personnages aux pouvoirs et à l’aspect étranges. On bascule là aussi vers quelque chose d’allégorique (lutte du Bien contre le Mal), pas toujours facile à cerner. En tout cas, c’est une lecture qui n’est clairement pas si facile. Mais qui m’a intéressé. La série est originale, ambitieuse. Peut-être trop ? Ou alors aurait-il peut-être fallu « diluer » un peu le matériau de base (alors que la plupart du temps ce genre de dilution est un reproche pour moi), pour rendre plus aisée, fluide, la lecture ? Je ne sais pas. En tout cas c’est une lecture que je vous recommande. En particulier dans l’intégrale, bel objet, avec un dossier explicatif lui aussi d’une grande richesse, qui montre en tout cas que les auteurs ont bâti leur projet sur des bases extrêmement consistante en matière de références ! Certains de mes prédécesseurs comparent le dessin de Gess à celui de Mignola. Je l’ai trouvé meilleur (même si je n’ai lu que quelques séries de Mignola), même s’il n’est pas excellent, et si certains passages sont un peu « bâclés » (et s’il fera mieux sur ses séries plus récentes : voir les albums développant l’univers des « Contes de la pieuvre »). Note réelle 3,5/5.

30/06/2026 (modifier)
Couverture de la série Le Château des Animaux
Le Château des Animaux

Avant de découvrir Le Château des Animaux, je craignais qu’il soit nécessaire d’avoir lu La Ferme des animaux pour en apprécier toute la portée. Finalement, cette série se suffit largement à elle-même. Le parallèle politique est remarquablement construit, avec une satire fine qui ne tombe jamais dans la démonstration lourde. Le récit progresse avec beaucoup de maîtrise : pas de temps mort, pas de superflu, chaque scène fait avancer l’histoire ou enrichit le propos. Les quatre tomes forment un ensemble particulièrement cohérent. Les personnages sont eux aussi une grande réussite. Chacun trouve naturellement sa place dans l’allégorie et incarne une idée ou un rôle sans jamais perdre son épaisseur. Le message est fort, mais suffisamment nuancé pour laisser le lecteur réfléchir par lui-même. C’est le genre de série qui donne envie d’être relue quelques années plus tard pour en saisir de nouvelles subtilités. Graphiquement, c’est superbe. Le trait, doux et sensible, contraste avec la dureté du récit et renforce son impact. Le choix d’animaux aux apparences parfois presque enfantines, associés à des rôles sociaux très évocateurs, fonctionne à merveille : cette esthétique un peu native apporte une profondeur supplémentaire à une histoire pourtant très mature et d’une grande lucidité sur les rapports de pouvoir et la nature humaine.

29/06/2026 (modifier)
Couverture de la série Le Caravage
Le Caravage

C’est franchement une très belle réussite. Il est rare qu’une BD historique soit aussi captivante, ou qu’une BD d’aventure soit aussi instructive. Si l’histoire était entièrement fictive, elle fonctionnerait déjà très bien. Mais elle a en plus le mérite de raconter la vie d’un personnage majeur de l’histoire de l’art, de replacer son œuvre dans son contexte et de transmettre de nombreuses connaissances sans jamais donner l’impression de lire un cours. La biographie est particulièrement bien rythmée et reste agréable à suivre du début à la fin. Je suis incapable d’en juger l’exactitude historique dans les moindres détails, et il y a probablement une part de réinterprétation, mais cela importe finalement assez peu tant le récit paraît cohérent et crédible. Graphiquement, c’est superbe. Le dessin, très axé sur le trait, m’a parfois fait penser à La Prophétie des Deux Mondes.

29/06/2026 (modifier)
Couverture de la série Lanfeust de Troy
Lanfeust de Troy

Pour ne pas redire tout ce qui a déjà été écrit sur cette série, je dirais simplement que, pour moi, c’est LA BD (avec Astérix quand j’étais enfant) ; c’est elle qui m’a donné le goût de la bande dessinée. Je l’ai relue plusieurs fois, et chaque relecture m’apporte autant de plaisir, avec même une nouvelle appréciation de certains détails. C’est suffisamment rare pour être souligné. Peu de séries parviennent à être aussi accessibles à un jeune adolescent qu’à un lecteur adulte sans perdre de leur intérêt. C’est probablement la meilleure preuve de sa qualité. Le dessin est facile d'accès mais recherché et véhicule parfaitement l'histoire. Quant au récit, tout a déjà été dit : il est cohérent, dense, rythmé, drôle et reste pourtant d’une lecture remarquablement fluide. Je reconnais volontiers que mon jugement n’est sans doute pas totalement neutre : c’est probablement Lanfeust de Troy qui a façonné une grande partie de mes critères d’appréciation de la BD, notamment sur le plan graphique. Forcément, elle part avec un avantage puisque c’est en partie à son aune que je juge les autres séries. C’est un peu comme trouver que le mètre étalon a la dimension parfaite... Cela n’enlève toutefois rien au plaisir intact que j’ai à chaque relecture ni, à mes yeux, à l’immense qualité de cette série.

29/06/2026 (modifier)
Par Vaudou
Note: 4/5
Couverture de la série Les Survivants de l'Atlantique
Les Survivants de l'Atlantique

Une série de Mitton qui passe un peu sous les radars et qui est pourtant de bonne qualité. J'ai lu uniquement le premier cycle soit les trois premiers tomes. Le deuxième album, mélange de cruauté et d'érotisme, est typique du style Mitton. Le scénario est riche en événements et sait utiliser les faits historiques à son avantage. Tome 1 : **** Tome 2 : ***** Tome 3 : *** Attention l'avis d'Agecanonix ci dessous contient des spoilers qui peuvent vous gâcher le plaisir de lecture. C'est dans mon top 3 des sagas maritimes, avec Les Passagers du vent et L'Epervier.

29/06/2026 (modifier)
Couverture de la série La Vengeance du Comte Skarbek
La Vengeance du Comte Skarbek

J’ai été un peu à contre-courant de la plupart des avis : si beaucoup mettent avant tout en avant le dessin de Rosinski, c’est surtout le scénario qui m’a séduit. L’intrigue est remarquablement construite, cohérente et pleine de rebondissements, avec des personnages bien développés et une révélation finale qui fonctionne parfaitement. Le récit pousse juste assez loin les coïncidences et les faux-semblants pour dérouter le lecteur sans jamais sombrer dans l’invraisemblable. L’univers du marché de l’art, du Paris du XIXe siècle et même du Nouveau-Monde apporte une vraie richesse à l’ensemble. Le dessin est indéniablement de grande qualité, mais il m’a un peu moins convaincu. Je le trouve parfois presque trop expressif et intense pour ce type de récit d’aventure et de mystère. En revanche, j’ai beaucoup apprécié les interludes réalisés sous forme de croquis pour les scènes intimes : ce changement de registre graphique est élégant et apporte une vraie sensibilité. Une très belle lecture, portée avant tout par un scénario maîtrisé.

29/06/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Les Révoltés
Les Révoltés

Et les souvenirs et les regrets se sont éveillés au frottement de l’aube. - Cette intégrale regroupe les trois tomes initialement parus en 1998, 1999 et 2000, ainsi qu’une histoire courte de seize pages qui met en scène le personnage principal de la série. Elle a été publiée en 2008, dans le cadre d’une opération plus vaste de réédition en intégrales des œuvres de ce scénariste chez cet éditeur. La bande dessinée a été réalisée par Jean Dufaux pour le scénario, et par Marc Malès pour les dessins et les couleurs. Le premier tome comporte quarante-sept planches, le second quarante-six et le troisième quarante-six également. L’intégrale débute avec une introduction du scénariste d’une page, écrite en septembre 2008, dans laquelle il évoque sa frustration à ce que les Révoltés soit initialement paru en trois tomes, alors qu’il l’a écrit comme un récit complet, un roman graphique. Et il rend hommage au travail accompli par le dessinateur qui non content d’assumer un tel chantier, l’amplifia. Oiseaux de proie, d’acier, qui attendent dans un bruit d’enfer. Leurs becs frappent sans relâche les résolutions passées, cette suie noire qui encrasse les âmes. Dans un champ d’immenses derricks, Jimmy conduit sa voiture à fond, tout en picolant à même le goulot de sa bouteille. Il enfonce la pédale de l’accélérateur à fond. Il entre dans la forêt, forêt peuplée de cauchemars, de monstres avides de le croquer… Chouette ! Il s’amuse enfin ! Il lâche le volant, plus la peine d’y toucher, la voiture sait où elle doit te conduire… Il a bourré le coffre arrière d’explosifs. Il veut un vrai feu d’artifice comme au temps de son enfance, un temps où les oiseaux noirs ne croassaient pas encore à la fenêtre de sa chambre… Et il pousse son dernier cri… Son nom à elle arraché à son cœur… James B. Sterling. Fils du millionnaire Oliver Partridge Sterling et de Oona de Beurs. Une sœur Blanche. Études interrompues à Baltimore Institute of Technology. Scandale étouffé après intervention de Mrs de Beurs. Remise d’un chèque d’un million de dollars à l’Institut. Membre du conseil d’administration de la Sterling Oil Co. Fondé de pouvoir de la De Beurs Bank of Atlanta. Démobilisé pendant la guerre pour troubles nerveux. Marié à Patsy Kleinberg. Divorcé. Pas d’enfant. Mort dans un accident de voiture, le 23 juillet 1951. Manhattan, Waldo Harland est réveillé par la sonnerie du téléphone. À l’autre bout, une voix lui annonce la mort de Jimmy. Comment ? Accident de voiture, lui est-il répondu. Il raccroche. Pendant quelques secondes, le monde s’arrête de tourner. Sa chambre grince sur son axe, tout va s’écrouler. Faut qu’il sorte. Dehors, il grille une cigarette. Il est seul. L’aube se lève, la journée sera chaude. Une journée sans Jimmy. Il ne parvient toujours pas à y croire. Soudain, il sait ce qu’il doit faire : il faut qu’il contacte Blanche. Une voiture s’arrête devant lui et il se lève des marches du perron sur lesquelles il était assis. Depuis le siège de conducteur d’une magnifique décapotable, Bellita Bonney lui demande de lui faire un café. Elle en a besoin. La couverture ne laisse pas beaucoup de doute : un polar servi bien noir ! Et certainement un peu glauque également. La deuxième planche mentionne l’année du suicide de Jimmy : 1951. À la fois dans le récit et dans les images, le lecteur peut relever les marqueurs de l’époque : les belles américaines (les voitures), les tenues vestimentaires (les costumes élégants de ces messieurs et les robes de ces dames), le champ de derricks, la cigarette très présente, jusqu’à l’apparition d’Errol Flynn (1909-1959) dans l’histoire supplémentaire, ou encore la mention de Katharine Hepburn (1907-2003). Tout du long du récit, le lecteur peut également relever les artefacts propres à une facette de la mythologie des États-Unis. En vrac, : des bottes en peau de crocodile, le pétrole, les théâtres et les salles de cinéma de Broadway, les tripots, les trains interminables passant dans des paysages naturels magnifiques et transportant des hobos, l’argent omnipotent, la richesse matérielle au travers de son hydravion personnel (magnifique amerrissage dans une zone naturelle boisée et montagneuse), les initiales du magnat sur tous les wagons (OPS pour Oliver Partridge Sterling), la présence des armes à feu, la chanteuse de jazz ou de blues, la pêche à la dynamite dans un lac, le diner routier avec ses hamburger, le racisme, les affrontements brutaux lors d’une charge de la police, les petites villes de l’Ouest, les risques de l’activisme syndicaliste, etc. À l’évidence, les auteurs rendent hommage à cette mythologie qui leur est familière. Cette mythologie nourrit l’intrigue : un jeune homme issu d’une classe défavorisée et d’une famille violente (sa mère a tué son père devant ses yeux, puis elle est morte étouffée par l’amante), qui s’intègre de manière inopinée dans une riche famille, dont les jeunes adultes ont des comportements déviants rendus possibles par la richesse à leur disposition. L’artiste se trouve à l’aise quel que soit l’environnement. Il les représente dans une veine descriptive et réaliste avec un haut niveau de détails, ce qui donne une reconstitution historique tangible, plausible et très concrète. En fonction de ses inclinations, le lecteur s’attache et en savoure une composante ou une autre, et vraisemblablement plusieurs. La première case, de la largeur de la page, met en valeur ce champ de derricks, avec un beau ciel chaud. En planche cinq, Harland marche tranquillement dans une rue pavée de New York, avec une vision des immeubles massifs. L’arrivée du train de marchandise dans une zone de déchargement fait apparaître la perspective interminable des wagons, qui contraste totalement avec le wagon privé isolé sur une autre voie de la famille Sterling. Puis le lecteur ressent le plaisir ineffable des grands espaces naturels avec l’amerrissage de l’hydravion privé, ou plus tard l’isolement de la barque isolée sur le même plan d’eau et la baignade dans le plus simple appareil, la multitude de patineurs sur le Wollman Rink de Central Park à New York, un champ de neige s’étendant à perte de vue, ou encore une fuite éperdue à travers champ, etc. Le lecteur peut être plus sensible à des éléments urbains ou des intérieurs. L’aménagement de la cuisine du petit appartement newyorkais de Harland, la table de poker dans un tripot, l’opulente propriété des Sterling semblant être la célèbre Fallingwater House de l’architecte Frank Lloyd Wright (1867-1959) en Pennsylvanie avec le placard à fusils du patriarche ou la petite cabane plus rustique dans les bois, la chambre spartiate de l’établissement dans lequel Blanche a été internée, la piscine de la demeure d’Oona de Beurs, la salle de restaurant huppé et hors de prix, les champs de course, etc. L’implication de l’artiste se situe au plus haut niveau tout du long de l’ouvrage, assurant une immersion de tous les instants pour le lecteur. La narration visuelle emmène avec elle le lecteur dans ce qui se semble être un reportage sur le vif, avec des prises de vue adaptées à la nature de chaque séquence. Il peut aussi bien s’agir d’une succession de cases montrant différents instants d’une même scène de façon factuelle, sans effet particulier, que de cadrages appuyés ou resserrés pour un instant crucial ou dramatique. L’artiste joue discrètement avec les aplats de noir : ceux-ci pouvant jouer le rôle d’ombres portées naturalistes, ou parfois gagner un peu en consistance pour souligner un moment plus noir, des pensées sombres, un geste destructeur. Le lecteur remarque également que le dessinateur utilise parfois un effet de type objectif fisheye, pour montrer d’une part que les émotions amplifient tout et aussi que l’environnement des personnages s’étend bien au-delà de ce qu’ils conçoivent. Un polar bien noir : oui, il y a de cela. Au fur et à mesure, il apparaît que la démarche des auteurs participe d’un hommage à une culture qui les a marqués, les a nourris, qu’ils ont perçue comme une mythologie. De ce fait, il y voit d’abord un exercice de style : faire ressentir au lecteur ce qui leur a plu dans cette forme de littérature, dans cette forme de cinéma (plutôt la deuxième option car le récit contient des références cinématographiques, et le personnage principal est un scénariste pour le cinéma et le théâtre). Pour autant, la dimension polar est également présente. Le rapport de force social se fait sentir : dans la domination exercée par le patriarche et magnat sur sa fille et sa femme, dans sa façon de considérer les autres comme des laquais jetables, et aussi dans son incapacité totale à s’occuper de son fils d’une manière ou d’une autre. Et encore dans sa volonté à mettre la main sur l’enfant de sa fille pour l’avoir sous son contrôle également. Il ressort également cet état d’esprit si particulier dans les polars de cette époque : les personnages principaux ont conscience de vivre dans une société dont les règles sont truquées, qu’ils ne pourront pas changer, sans qu’il leur soit possible pour autant de se résigner à l’injustice. Les auteurs jouent avec ce sentiment d’injustice, à commencer par le titre : Les révoltés. Ils prennent l’attente du lecteur à contrepied, car le premier révolté est le fils de famille riche à la conduite irresponsable de bout en bout, un rebelle sans cause. Ce choix semble vouloir tourner en dérision l’idée même de révolte. Le comportement de révolte de ce privilégié est entièrement autocentré, sans velléité aucune de remettre en cause l’ordre établi. Elle naît de la souffrance de l’inadéquation personnelle à sa situation sociale. Toutefois, le lecteur peut conserver à l’esprit cette notion de révolté, et identifier en quoi le comportement de Waldo Harland comporte sa part de révolte, dépourvue de grandiloquence, très pragmatique, quelle part d’humanisme il conserve, comment elle s’exprime et ce qu’il accomplit qui est en son pouvoir. Un polar aux États-Unis dans les années 1950, avec un scénariste issu d’un milieu modeste essayant de survivre à l’argent et à la folie d’une riche famille. Une narration visuelle extraordinaire par la qualité de sa reconstitution, par sa capacité à assimiler et tirer le meilleur parti de la mythologie visuelle de cette époque et de ce pays. Un scénario alambiqué comme il se doit pour un roman policier de ce genre, respectant les codes à la lettre. Une intrigue utilisant les artifices du genre avec respect et compétence… Et en creux, une histoire plus personnelle, une révolte qui ne participe pas du spectacle, nourrie par des valeurs morales pragmatiques. De la belle ouvrage.

29/06/2026 (modifier)