Avec The Blue Flame, Christopher Cantwell ne raconte pas une histoire de super-héros. Il démonte le concept. On suit Sam Brausam, un type ultra banal : plombier / réparateur de chaudière le jour, super-héros amateur la nuit. Un homme sans envergure, presque invisible, qui va pourtant se retrouver au centre de quelque chose de totalement démesuré.
Car très vite, le décor explose : l’humanité est jugée par une civilisation extraterrestre, et Sam devient, malgré lui, l’avocat de toute une espèce dans un procès cosmique qui le dépasse totalement.
Le point de départ est fascinant. Mais très vite, le récit dérape — dans le bon sens du terme. La narration se fragmente, les repères éclatent, et le lecteur est plongé dans une expérience presque mentale. Réalité, souvenirs, fantasmes : tout se mélange. Cantwell ne cherche jamais à rassurer, il préfère perdre son lecteur pour mieux l’immerger dans la psyché de son personnage. On est loin du comics confortable : ici, il faut accepter de lâcher prise.
Visuellement, Adam Gorham accompagne parfaitement cette dérive. Son trait, appuyé par des couleurs fortes et parfois presque agressives, renforce cette impression de flottement permanent. L’ambiance devient vite oppressante, parfois même hypnotique, et sert pleinement le propos.
Mais cette ambition a un revers. À force de brouiller les lignes, le récit peut sembler flou, presque insaisissable. L’émotion peine parfois à émerger, les personnages restant à distance, comme noyés dans le concept. Ce n’est pas un défaut anodin : certains lecteurs risquent de décrocher, faute d’ancrage clair.
Reste une œuvre singulière, exigeante, qui ne cherche jamais à plaire mais à questionner. The Blue Flame ne donne pas de réponses simples, et c’est précisément ce qui fait sa force. Un comics audacieux, déroutant, qui mérite qu’on s’y confronte — même au risque de ne pas en sortir totalement indemne.
Franchement, Le Serment fait partie de ces BD qu’on lance un peu “tranquillement”… et qu’on termine sans lever la tête.
Mathieu Gabella et Mathieu Mariolle nous embarquent dans un huis clos oppressant avec un médecin borderline, déjà bien en dehors des clous, qui voit débarquer un patient persuadé d’être en train de devenir autre chose. Et là, tout repose sur cette tension : délire total ou bascule réelle ? Le récit joue constamment sur ce fil, entre rationalité médicale et glissement vers le fantastique.
Ce n’est pas une révolution, clairement. On sent des mécaniques connues, des influences. Mais c’est tellement bien rythmé, tellement efficace, que ça passe crème. Pas de gras, pas de détour inutile : ça avance, ça serre, et ça ne lâche pas. Résultat, tu lis ça d’une traite, happé jusqu’à la dernière page.
Mais là où l’album m’a vraiment cueilli, c’est sur la partie graphique.
Mickaël Bourgouin envoie du lourd. Son trait est nerveux, précis, toujours juste. Il y a une vraie intensité dans les regards, dans les postures, dans la manière de découper les scènes. On sent la pression monter case après case.
Et la couleur… énorme. Elle fait quasiment la moitié du boulot à elle seule. C’est sombre, dense, parfois poisseux, avec des jeux de lumières qui viennent trancher dans le vif. Ça renforce le côté clinique, froid… puis ça bascule vers quelque chose de plus organique, plus inquiétant. Clairement, ça te met dedans.
Au final, Le Serment, ce n’est peut-être pas la BD qui va tout révolutionner, mais c’est exactement le genre d’album que j’adore : efficace, immersif, sans fioritures, avec une vraie identité visuelle.
Un pur plaisir de lecture
Avec Department of Truth, James Tynion IV livre un concept aussi simple que vertigineux : la réalité n’est pas fixe, elle dépend de ce que les gens croient. Et si une théorie du complot devient suffisamment populaire… elle finit par devenir vraie.
On suit Cole Turner, que l’on peut voir comme un agent du FBI déjà immergé dans ces zones troubles, dont les repères vont progressivement s’effondrer lorsqu’il découvre le Department of Truth. Une organisation secrète qui ne protège pas la vérité… mais qui régule ce que le monde peut accepter comme réel.
Le récit explore les grandes figures du complotisme moderne sans jamais sombrer dans le gadget. James Tynion IV joue avec nos croyances, nos peurs et notre rapport à l’information, dans un récit aussi paranoïaque que profondément actuel.
Graphiquement, Martin Simmonds propose un travail remarquable. Peinture numérique, collages, textures granuleuses, visages déformés… Il déconstruit les codes classiques pour créer une sensation constante d’instabilité. Certaines planches ressemblent à des archives altérées, d’autres à des hallucinations. Le fond et la forme ne font qu’un.
Détail par tome :
Tome 1 : 5/5
Une entrée en matière brillante, dense et immédiatement immersive.
Tome 2 : 5/5
Confirme la qualité. L’univers gagne en profondeur et en tension.
Tome 3 : 5/5
Plus fragmenté dans sa narration, mais toujours aussi intéressant.
Tome 4 : 4/5
Hors trame principale, mais enrichit fortement le lore.
Tome 5 : 4/5
Même logique que le tome 4 : une respiration narrative utile et bien construite.
Tome 6 : 5/5
Un retour bienvenu à la trame principale, avec une intrigue qui relance clairement les enjeux. Le tome réussit aussi à intégrer une histoire annexe très bien menée, qui ne fait pas figure de remplissage mais apporte une vraie plus-value à l’ensemble. Un équilibre maîtrisé entre continuité et approfondissement.
Avis global : 4,5/5
Une série ambitieuse, intelligente et visuellement marquante. Department of Truth est une œuvre qui demande de l’attention mais qui le rend largement, en proposant une réflexion troublante sur notre rapport à la réalité. Une lecture qui laisse une empreinte durable.
Un récit qui m’a vraiment marqué par sa maîtrise. On est dans l’univers de Criminal, mais ici Ed Brubaker choisit de revenir en arrière et de suivre un adolescent, Ricky Lawless, pendant un été qui va clairement le façonner. Le début peut presque faire penser à un récit d’apprentissage, avec cette impression de fausse piste, un peu comme dans certains épisodes des Les Simpson qui démarrent sur un sujet avant de bifurquer complètement. Et c’est exactement ce qui se passe : sans prévenir, l’histoire glisse vers quelque chose de beaucoup plus sombre et tendu.
Le rythme est vraiment prenant, presque étouffant, avec une montée progressive où chaque scène semble nous rapprocher d’une issue inévitable. On sent très vite que tout ne peut que mal tourner, mais on reste accroché. Le thème de la famille est central, notamment la famille recomposée, avec des figures adultes défaillantes et une loyauté mal placée. Ici, la famille n’est jamais un refuge, plutôt un poids ou un piège.
Les personnages peuvent paraître esquissés au premier abord, mais en réalité chaque détail compte. En quelques dialogues ou attitudes, tout est dit. C’est une écriture très efficace, sans gras, qui va droit au but.
Graphiquement, Sean Phillips est fidèle à lui-même avec son trait sec et reconnaissable, parfaitement adapté à ce type de récit noir. Mais il faut aussi souligner le travail de Jacob Phillips, dont les couleurs apportent une vraie ambiance : un été lourd, poisseux, presque oppressant, qui renforce encore la tension du récit.
Au final, ce n’est peut-être pas le tome le plus spectaculaire de Criminal, mais c’est sans doute l’un des plus maîtrisés. Un récit court, intense, avec une vraie cohérence et une fin qui laisse une impression durable. Une très belle réussite.
Ayant l'édition originale en couleurs publiée par Glenat, j'ai voulu me replonger dans ce manga trente ans après ma première lecture.
Et je me suis rendu compte que je me souvenais exactement de chaque scène. Chaque détail.
Voilà, c'est ça Akira, un manga inoubliable, dans le top 5 des meilleurs mangas sortis en France. Une œuvre qui écrase toutes les autres, qui donne ses lettres de noblesse au seinen, qui nous permet de devenir adulte (à lire à 16 ans idéalement).
Niveau dessin on a jamais mieux dessiné de scènes d'apocalypse dans un environnement urbain même si le travail de Nihei est un solide concurrent. Un des premiers mangas à proposer un découpage cinématographique.
Aujourd'hui on a le choix du roi pour découvrir ce manga, en NB ou en couleurs. Indispensable.
Le second cycle des Complaintes est un exemple en terme de continuité à rebours, puisqu'il a lieu avant l'époque de Sioban dans le temps.
Dufaux a compris qu'il avait de l'or dans les mains avec le monde d'Eruin Dulea et il s'amuse à en développer la chronologie et les acteurs sans fausse note.
J'ai trouvé le dessin de Delaby un peu trop propre au début, pas assez vénéneux. Ensuite le talent prend le dessus et le relais avec Jeremy ne change rien à la très grande qualité générale de l'ensemble.
3.5
J'ai emprunté cet album sans rien savoir du scénario, tout ce que je savais sur cette série est qu'elle avait reçu d'excellentes notes sur ce site. J'avoue que j'avais un peu peur au début parce que la couverture ne donne vraiment pas envie de lire la BD et je pensais tomber sur un roman graphique qui parlerait de peine d'amour ou un autre truc cliché comme ça. J'ai été agréablement surpris de voir que c'était en fait un récit fantastique, l'héroïne étant immortelle tant que quelqu'un est amoureuse d'elle, mais évidement l'immortalité a ses désavantages.
Le concept est bien développé et maitrisé par l'auteur qui en profite pour traiter de plusieurs thèmes souvent d'actualité. Le récit est agréable à suivre pendant un moment. J'ai quand même fini par me lasser un peu du récit qui, après qu'on montre les mésaventures de l'héroïne avec un homme obsédé par elle, me semblait tourner en rond (en gros, l'héroïne continue d'utiliser les hommes pour continuer à être immortelle) même lorsque l'auteur ajoute une petite surprise au cours d'une des aventures amoureuses du personnage principal. Heureusement, le dénouement et la fin sont très bien réussis et cela a fait remonter mon intérêt pour l'histoire.
Alors voilà il y a des longueurs et le dessin lui-même est pas génial, mais cela reste malgré tout globalement un bon album avec un concept intéressant.
Dans mes lectures en retard, Segments attendait depuis de long mois que je daigne y prêter attention. Et quelle surprise !
On a affaire à une vraie belle œuvre de science fiction, l'univers imaginé est très solide, il y a une richesse narrative indéniable.
Richard Malka que je ne connaissais pas a fait du bon boulot. Un travail d'outsider qui se donne à fond en respectant les codes du genre.
On voyage à bord de vaisseaux entre différentes planètes, les escales sont périlleuses, le souffle de l'aventure nous emporte !
L'humour n'est pas absent et rappelle la SF des années 80 qui ne se prenait pas encore trop au sérieux.
Les dessins de Gimenez sont une fois de plus un délice et un émerveillement... Sa notoriété n'est et n'était définitivement pas à la hauteur de son talent.
Le seul défaut de cette bande est d'être sortie entre 2011 et 2014. Elle n'apporte rien de nouveau au genre mais tout est si bien fait... Même la conclusion est à la hauteur.
Indispensable pour tout amateur de SF.
Si on connaissait déjà « l’homme qui tire plus vite que son ombre », peut-être avons-nous ici « l’homme qui a imaginé le titre le plus long du monde », Guillaume Bouzard. Un champion dans sa catégorie : ingérable. En tout cas, pour un éditeur… D’ailleurs, ledit Bouzard s’est même permis de ne pas citer Lucky Luke dans le titre en question, alors que l’album est censé accompagner la sortie en ce printemps de la « série événement » dont le héros est le célèbre cow-boy solitaire.
Ce fut l’idée lumineuse de Dargaud, l’éditeur historique des « Lucky Luke », de proposer à un dessinateur de produire un carnet de route du tournage. Bouzard fut donc l’heureux élu, logique puisque l’auteur le plus rigolo de la galaxie avait déjà publié en 2017 une parodie du héros du Far West (« Jolly Jumper ne répond plus »). Pour ce faire, ce dernier s’est rendu en Espagne du côté d’Almeria, là où furent tournés autrefois des monuments du cinéma, notamment « Il était une fois dans l’Ouest », « Pour une poignée de dollars », « Lawrence d’Arabie » ou encore « Indiana Jones et la dernière croisade »…
« Jamais le dernier pour la déconne », l’ami Bouzard s’est donc envolé aux frais de la princesse dans le désert de Tabernas, au milieu des décors du « Far West andalou », pour y concevoir son « presque journal d’un tournage ». L’expression n’est pas galvaudée, car comme on s’en doute, Bouzard a fait exactement ce qu’on attendait de lui, c'est-à-dire faire en sorte que l’on ne sache pas à quoi s’attendre… Dans les limites imposées par ce type d’ouvrage (parce que c’est tout de même une commande), il a réussi de son côté à imposer son « n’importe nawak » proverbial. Hormis ses dons de « dessinateur rigolo », expert en autodérision, Bouzard se met en scène en transformant ses gaffes en gags, ou en baragouinant un espagnol approximatif histoire de faire le malin. Il possède aussi un certain talent pour passer dans le champ des caméras au mauvais moment ou de mettre le « seum » à son éditeur qui aimerait bien un truc un peu cohérent, parce que tout de même, il faudrait qu’il y ait un retour sur investissement.
On sera étonné une fois de plus — même si on le savait déjà depuis « The autobiography of me too » — de constater que l’auteur a la faculté d’avoir des discussions avec les canidés. Ici, il a trouvé en Rantanplan le confident idéal, contrairement à l’équipe de tournage trop affairée pour lui accorder une quelconque importance, parfois condescendante et dédaignant ses propositions d’« apporter un œil neuf » sur la façon de tourner un film…
Si on ne retrouve pas le niveau de « The Autobiography of me too », on ressort plus enthousiaste que pour son opus avec Lucky Luke, « Jolly Jumper ne répond plus », lequel manquait de souffle burlesque. Ici, on reconnaît bien la patte décalée de l’auteur, avec des passages pleins de fantaisie hilarante (le cahier graphique en IA, ou le maquillage improvisé…). Et de son trait faussement nonchalant, il maîtrise toujours le sens du mouvement pour accentuer la drôlerie des scènes les plus excentriques (l’inénarrable scène avec les chèvres).
J'ai bien aimé cette BD. D'abord parce que je m'intéresse à la peinture, mais aussi parce qu'elle m'a permis de découvrir la face cachée de Van Gogh dont je ne connaissais que l'œuvre picturale, que je trouve, comme beaucoup, absolument magnifique (et très singulière - impossible de confondre ses toiles avec celles d'un autre peintre).
Van Gogh, et le mouvement Impressionniste en général, c'est un peu la tarte à la crème de l'Histoire de l'Art, entendons par là qu'elle fait véritablement partie de la culture populaire. Que l'on s'intéresse au sujet ou pas, tout le monde connais les tournesols. On les voit partout : boites de chocolat, ou de sucre, t-shirts, pubs... Sans compter les films, références diverses disséminées dans d'autres créations, parodies... Bref ! Van Gogh, Monet, Renoir et compagnie, c'est presque dans nos cerveaux reptiliens.
Mais qu'en est-il de l'artiste, de sa vie, de ce qui lui a réellement tordu les boyaux ? C'est bien là le moindre des mérites de cette BD : éclairer la vie de Vincent Van Gogh avant la lettre (ou plus exactement avant le coup de pinceau). Je n'en dirai pas plus, ne voulant pas spoiler, mais franchement, j'étais à mille lieux d'imaginer ce qu'avait pu être la jeunesse du bonhomme. Rien que pour ça, je ressors assez étonné de ma lecture. Je sens que j'ai fait le plein de quelque chose, que désormais, le regard que je porterai sur son œuvre va s'enrichir d'une lumière nouvelle, et ça, c'est très satisfaisant.
Alors certes, je suis assez d'accord avec Noirdésir pour dire que le procédé narratif est un brin monotone. Néanmoins, cette tentative de pénétrer au cœur même de la psyché de l'artiste, de disséquer les sentiments et les émotions qui ont pu le traverser, me semble très pertinente et réussie. On saisit également quelques moments clefs, ou qui on pu être des moments charnières, comme le fait de payer les gens avec ses dessins (on imagine aisément tout ce qui a dû être perdu, mais aussi comment on peut de temps en temps retrouver des œuvres d'artistes dans des endroits improbables). Ca fonctionne, c'est cohérent.
Et oui, on aurait aimé une bibliographie ! Du coup, j'ai un peu cherché, et je suis tombé sur ce site : https://vangoghletters.org/vg/letters.html. Toutes les lettres sont rassemblées ici, même si non traduites. En outre, on trouvera différents bouquins rassemblant tout ou partie de cette correspondance entretenue avec son frangin. Lettres à Theo, Dernière lettre à Theo (Metin Arditi), Van Gogh et ses lettres (Leo Jansen)... Je m'en vais d'ailleurs de ce pas réserver les bouquins à la bibliothèque...
Je ne terminerai quand même pas sans évoquer le dessin de Sergio Salma, très chouette. Il a ce genre de trait qui me plait beaucoup. Si on aime la peinture (et la BD), il serait dommage de passer à côté de cette BD.
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The blue Flame
Avec The Blue Flame, Christopher Cantwell ne raconte pas une histoire de super-héros. Il démonte le concept. On suit Sam Brausam, un type ultra banal : plombier / réparateur de chaudière le jour, super-héros amateur la nuit. Un homme sans envergure, presque invisible, qui va pourtant se retrouver au centre de quelque chose de totalement démesuré. Car très vite, le décor explose : l’humanité est jugée par une civilisation extraterrestre, et Sam devient, malgré lui, l’avocat de toute une espèce dans un procès cosmique qui le dépasse totalement. Le point de départ est fascinant. Mais très vite, le récit dérape — dans le bon sens du terme. La narration se fragmente, les repères éclatent, et le lecteur est plongé dans une expérience presque mentale. Réalité, souvenirs, fantasmes : tout se mélange. Cantwell ne cherche jamais à rassurer, il préfère perdre son lecteur pour mieux l’immerger dans la psyché de son personnage. On est loin du comics confortable : ici, il faut accepter de lâcher prise. Visuellement, Adam Gorham accompagne parfaitement cette dérive. Son trait, appuyé par des couleurs fortes et parfois presque agressives, renforce cette impression de flottement permanent. L’ambiance devient vite oppressante, parfois même hypnotique, et sert pleinement le propos. Mais cette ambition a un revers. À force de brouiller les lignes, le récit peut sembler flou, presque insaisissable. L’émotion peine parfois à émerger, les personnages restant à distance, comme noyés dans le concept. Ce n’est pas un défaut anodin : certains lecteurs risquent de décrocher, faute d’ancrage clair. Reste une œuvre singulière, exigeante, qui ne cherche jamais à plaire mais à questionner. The Blue Flame ne donne pas de réponses simples, et c’est précisément ce qui fait sa force. Un comics audacieux, déroutant, qui mérite qu’on s’y confronte — même au risque de ne pas en sortir totalement indemne.
Le Serment
Franchement, Le Serment fait partie de ces BD qu’on lance un peu “tranquillement”… et qu’on termine sans lever la tête. Mathieu Gabella et Mathieu Mariolle nous embarquent dans un huis clos oppressant avec un médecin borderline, déjà bien en dehors des clous, qui voit débarquer un patient persuadé d’être en train de devenir autre chose. Et là, tout repose sur cette tension : délire total ou bascule réelle ? Le récit joue constamment sur ce fil, entre rationalité médicale et glissement vers le fantastique. Ce n’est pas une révolution, clairement. On sent des mécaniques connues, des influences. Mais c’est tellement bien rythmé, tellement efficace, que ça passe crème. Pas de gras, pas de détour inutile : ça avance, ça serre, et ça ne lâche pas. Résultat, tu lis ça d’une traite, happé jusqu’à la dernière page. Mais là où l’album m’a vraiment cueilli, c’est sur la partie graphique. Mickaël Bourgouin envoie du lourd. Son trait est nerveux, précis, toujours juste. Il y a une vraie intensité dans les regards, dans les postures, dans la manière de découper les scènes. On sent la pression monter case après case. Et la couleur… énorme. Elle fait quasiment la moitié du boulot à elle seule. C’est sombre, dense, parfois poisseux, avec des jeux de lumières qui viennent trancher dans le vif. Ça renforce le côté clinique, froid… puis ça bascule vers quelque chose de plus organique, plus inquiétant. Clairement, ça te met dedans. Au final, Le Serment, ce n’est peut-être pas la BD qui va tout révolutionner, mais c’est exactement le genre d’album que j’adore : efficace, immersif, sans fioritures, avec une vraie identité visuelle. Un pur plaisir de lecture
The Department of Truth
Avec Department of Truth, James Tynion IV livre un concept aussi simple que vertigineux : la réalité n’est pas fixe, elle dépend de ce que les gens croient. Et si une théorie du complot devient suffisamment populaire… elle finit par devenir vraie. On suit Cole Turner, que l’on peut voir comme un agent du FBI déjà immergé dans ces zones troubles, dont les repères vont progressivement s’effondrer lorsqu’il découvre le Department of Truth. Une organisation secrète qui ne protège pas la vérité… mais qui régule ce que le monde peut accepter comme réel. Le récit explore les grandes figures du complotisme moderne sans jamais sombrer dans le gadget. James Tynion IV joue avec nos croyances, nos peurs et notre rapport à l’information, dans un récit aussi paranoïaque que profondément actuel. Graphiquement, Martin Simmonds propose un travail remarquable. Peinture numérique, collages, textures granuleuses, visages déformés… Il déconstruit les codes classiques pour créer une sensation constante d’instabilité. Certaines planches ressemblent à des archives altérées, d’autres à des hallucinations. Le fond et la forme ne font qu’un. Détail par tome : Tome 1 : 5/5 Une entrée en matière brillante, dense et immédiatement immersive. Tome 2 : 5/5 Confirme la qualité. L’univers gagne en profondeur et en tension. Tome 3 : 5/5 Plus fragmenté dans sa narration, mais toujours aussi intéressant. Tome 4 : 4/5 Hors trame principale, mais enrichit fortement le lore. Tome 5 : 4/5 Même logique que le tome 4 : une respiration narrative utile et bien construite. Tome 6 : 5/5 Un retour bienvenu à la trame principale, avec une intrigue qui relance clairement les enjeux. Le tome réussit aussi à intégrer une histoire annexe très bien menée, qui ne fait pas figure de remplissage mais apporte une vraie plus-value à l’ensemble. Un équilibre maîtrisé entre continuité et approfondissement. Avis global : 4,5/5 Une série ambitieuse, intelligente et visuellement marquante. Department of Truth est une œuvre qui demande de l’attention mais qui le rend largement, en proposant une réflexion troublante sur notre rapport à la réalité. Une lecture qui laisse une empreinte durable.
Un été cruel
Un récit qui m’a vraiment marqué par sa maîtrise. On est dans l’univers de Criminal, mais ici Ed Brubaker choisit de revenir en arrière et de suivre un adolescent, Ricky Lawless, pendant un été qui va clairement le façonner. Le début peut presque faire penser à un récit d’apprentissage, avec cette impression de fausse piste, un peu comme dans certains épisodes des Les Simpson qui démarrent sur un sujet avant de bifurquer complètement. Et c’est exactement ce qui se passe : sans prévenir, l’histoire glisse vers quelque chose de beaucoup plus sombre et tendu. Le rythme est vraiment prenant, presque étouffant, avec une montée progressive où chaque scène semble nous rapprocher d’une issue inévitable. On sent très vite que tout ne peut que mal tourner, mais on reste accroché. Le thème de la famille est central, notamment la famille recomposée, avec des figures adultes défaillantes et une loyauté mal placée. Ici, la famille n’est jamais un refuge, plutôt un poids ou un piège. Les personnages peuvent paraître esquissés au premier abord, mais en réalité chaque détail compte. En quelques dialogues ou attitudes, tout est dit. C’est une écriture très efficace, sans gras, qui va droit au but. Graphiquement, Sean Phillips est fidèle à lui-même avec son trait sec et reconnaissable, parfaitement adapté à ce type de récit noir. Mais il faut aussi souligner le travail de Jacob Phillips, dont les couleurs apportent une vraie ambiance : un été lourd, poisseux, presque oppressant, qui renforce encore la tension du récit. Au final, ce n’est peut-être pas le tome le plus spectaculaire de Criminal, mais c’est sans doute l’un des plus maîtrisés. Un récit court, intense, avec une vraie cohérence et une fin qui laisse une impression durable. Une très belle réussite.
Akira
Ayant l'édition originale en couleurs publiée par Glenat, j'ai voulu me replonger dans ce manga trente ans après ma première lecture. Et je me suis rendu compte que je me souvenais exactement de chaque scène. Chaque détail. Voilà, c'est ça Akira, un manga inoubliable, dans le top 5 des meilleurs mangas sortis en France. Une œuvre qui écrase toutes les autres, qui donne ses lettres de noblesse au seinen, qui nous permet de devenir adulte (à lire à 16 ans idéalement). Niveau dessin on a jamais mieux dessiné de scènes d'apocalypse dans un environnement urbain même si le travail de Nihei est un solide concurrent. Un des premiers mangas à proposer un découpage cinématographique. Aujourd'hui on a le choix du roi pour découvrir ce manga, en NB ou en couleurs. Indispensable.
Complainte des landes perdues - Les Chevaliers du Pardon
Le second cycle des Complaintes est un exemple en terme de continuité à rebours, puisqu'il a lieu avant l'époque de Sioban dans le temps. Dufaux a compris qu'il avait de l'or dans les mains avec le monde d'Eruin Dulea et il s'amuse à en développer la chronologie et les acteurs sans fausse note. J'ai trouvé le dessin de Delaby un peu trop propre au début, pas assez vénéneux. Ensuite le talent prend le dessus et le relais avec Jeremy ne change rien à la très grande qualité générale de l'ensemble.
L'Amourante
3.5 J'ai emprunté cet album sans rien savoir du scénario, tout ce que je savais sur cette série est qu'elle avait reçu d'excellentes notes sur ce site. J'avoue que j'avais un peu peur au début parce que la couverture ne donne vraiment pas envie de lire la BD et je pensais tomber sur un roman graphique qui parlerait de peine d'amour ou un autre truc cliché comme ça. J'ai été agréablement surpris de voir que c'était en fait un récit fantastique, l'héroïne étant immortelle tant que quelqu'un est amoureuse d'elle, mais évidement l'immortalité a ses désavantages. Le concept est bien développé et maitrisé par l'auteur qui en profite pour traiter de plusieurs thèmes souvent d'actualité. Le récit est agréable à suivre pendant un moment. J'ai quand même fini par me lasser un peu du récit qui, après qu'on montre les mésaventures de l'héroïne avec un homme obsédé par elle, me semblait tourner en rond (en gros, l'héroïne continue d'utiliser les hommes pour continuer à être immortelle) même lorsque l'auteur ajoute une petite surprise au cours d'une des aventures amoureuses du personnage principal. Heureusement, le dénouement et la fin sont très bien réussis et cela a fait remonter mon intérêt pour l'histoire. Alors voilà il y a des longueurs et le dessin lui-même est pas génial, mais cela reste malgré tout globalement un bon album avec un concept intéressant.
Segments
Dans mes lectures en retard, Segments attendait depuis de long mois que je daigne y prêter attention. Et quelle surprise ! On a affaire à une vraie belle œuvre de science fiction, l'univers imaginé est très solide, il y a une richesse narrative indéniable. Richard Malka que je ne connaissais pas a fait du bon boulot. Un travail d'outsider qui se donne à fond en respectant les codes du genre. On voyage à bord de vaisseaux entre différentes planètes, les escales sont périlleuses, le souffle de l'aventure nous emporte ! L'humour n'est pas absent et rappelle la SF des années 80 qui ne se prenait pas encore trop au sérieux. Les dessins de Gimenez sont une fois de plus un délice et un émerveillement... Sa notoriété n'est et n'était définitivement pas à la hauteur de son talent. Le seul défaut de cette bande est d'être sortie entre 2011 et 2014. Elle n'apporte rien de nouveau au genre mais tout est si bien fait... Même la conclusion est à la hauteur. Indispensable pour tout amateur de SF.
L'Homme qui a vu l'homme qui filme l'homme qui tire plus vite que son ombre (presque journal d'un tournage)
Si on connaissait déjà « l’homme qui tire plus vite que son ombre », peut-être avons-nous ici « l’homme qui a imaginé le titre le plus long du monde », Guillaume Bouzard. Un champion dans sa catégorie : ingérable. En tout cas, pour un éditeur… D’ailleurs, ledit Bouzard s’est même permis de ne pas citer Lucky Luke dans le titre en question, alors que l’album est censé accompagner la sortie en ce printemps de la « série événement » dont le héros est le célèbre cow-boy solitaire. Ce fut l’idée lumineuse de Dargaud, l’éditeur historique des « Lucky Luke », de proposer à un dessinateur de produire un carnet de route du tournage. Bouzard fut donc l’heureux élu, logique puisque l’auteur le plus rigolo de la galaxie avait déjà publié en 2017 une parodie du héros du Far West (« Jolly Jumper ne répond plus »). Pour ce faire, ce dernier s’est rendu en Espagne du côté d’Almeria, là où furent tournés autrefois des monuments du cinéma, notamment « Il était une fois dans l’Ouest », « Pour une poignée de dollars », « Lawrence d’Arabie » ou encore « Indiana Jones et la dernière croisade »… « Jamais le dernier pour la déconne », l’ami Bouzard s’est donc envolé aux frais de la princesse dans le désert de Tabernas, au milieu des décors du « Far West andalou », pour y concevoir son « presque journal d’un tournage ». L’expression n’est pas galvaudée, car comme on s’en doute, Bouzard a fait exactement ce qu’on attendait de lui, c'est-à-dire faire en sorte que l’on ne sache pas à quoi s’attendre… Dans les limites imposées par ce type d’ouvrage (parce que c’est tout de même une commande), il a réussi de son côté à imposer son « n’importe nawak » proverbial. Hormis ses dons de « dessinateur rigolo », expert en autodérision, Bouzard se met en scène en transformant ses gaffes en gags, ou en baragouinant un espagnol approximatif histoire de faire le malin. Il possède aussi un certain talent pour passer dans le champ des caméras au mauvais moment ou de mettre le « seum » à son éditeur qui aimerait bien un truc un peu cohérent, parce que tout de même, il faudrait qu’il y ait un retour sur investissement. On sera étonné une fois de plus — même si on le savait déjà depuis « The autobiography of me too » — de constater que l’auteur a la faculté d’avoir des discussions avec les canidés. Ici, il a trouvé en Rantanplan le confident idéal, contrairement à l’équipe de tournage trop affairée pour lui accorder une quelconque importance, parfois condescendante et dédaignant ses propositions d’« apporter un œil neuf » sur la façon de tourner un film… Si on ne retrouve pas le niveau de « The Autobiography of me too », on ressort plus enthousiaste que pour son opus avec Lucky Luke, « Jolly Jumper ne répond plus », lequel manquait de souffle burlesque. Ici, on reconnaît bien la patte décalée de l’auteur, avec des passages pleins de fantaisie hilarante (le cahier graphique en IA, ou le maquillage improvisé…). Et de son trait faussement nonchalant, il maîtrise toujours le sens du mouvement pour accentuer la drôlerie des scènes les plus excentriques (l’inénarrable scène avec les chèvres).
Vincent avant Van Gogh
J'ai bien aimé cette BD. D'abord parce que je m'intéresse à la peinture, mais aussi parce qu'elle m'a permis de découvrir la face cachée de Van Gogh dont je ne connaissais que l'œuvre picturale, que je trouve, comme beaucoup, absolument magnifique (et très singulière - impossible de confondre ses toiles avec celles d'un autre peintre). Van Gogh, et le mouvement Impressionniste en général, c'est un peu la tarte à la crème de l'Histoire de l'Art, entendons par là qu'elle fait véritablement partie de la culture populaire. Que l'on s'intéresse au sujet ou pas, tout le monde connais les tournesols. On les voit partout : boites de chocolat, ou de sucre, t-shirts, pubs... Sans compter les films, références diverses disséminées dans d'autres créations, parodies... Bref ! Van Gogh, Monet, Renoir et compagnie, c'est presque dans nos cerveaux reptiliens. Mais qu'en est-il de l'artiste, de sa vie, de ce qui lui a réellement tordu les boyaux ? C'est bien là le moindre des mérites de cette BD : éclairer la vie de Vincent Van Gogh avant la lettre (ou plus exactement avant le coup de pinceau). Je n'en dirai pas plus, ne voulant pas spoiler, mais franchement, j'étais à mille lieux d'imaginer ce qu'avait pu être la jeunesse du bonhomme. Rien que pour ça, je ressors assez étonné de ma lecture. Je sens que j'ai fait le plein de quelque chose, que désormais, le regard que je porterai sur son œuvre va s'enrichir d'une lumière nouvelle, et ça, c'est très satisfaisant. Alors certes, je suis assez d'accord avec Noirdésir pour dire que le procédé narratif est un brin monotone. Néanmoins, cette tentative de pénétrer au cœur même de la psyché de l'artiste, de disséquer les sentiments et les émotions qui ont pu le traverser, me semble très pertinente et réussie. On saisit également quelques moments clefs, ou qui on pu être des moments charnières, comme le fait de payer les gens avec ses dessins (on imagine aisément tout ce qui a dû être perdu, mais aussi comment on peut de temps en temps retrouver des œuvres d'artistes dans des endroits improbables). Ca fonctionne, c'est cohérent. Et oui, on aurait aimé une bibliographie ! Du coup, j'ai un peu cherché, et je suis tombé sur ce site : https://vangoghletters.org/vg/letters.html. Toutes les lettres sont rassemblées ici, même si non traduites. En outre, on trouvera différents bouquins rassemblant tout ou partie de cette correspondance entretenue avec son frangin. Lettres à Theo, Dernière lettre à Theo (Metin Arditi), Van Gogh et ses lettres (Leo Jansen)... Je m'en vais d'ailleurs de ce pas réserver les bouquins à la bibliothèque... Je ne terminerai quand même pas sans évoquer le dessin de Sergio Salma, très chouette. Il a ce genre de trait qui me plait beaucoup. Si on aime la peinture (et la BD), il serait dommage de passer à côté de cette BD.