Les derniers avis (23 avis)

Par Ju
Note: 4/5
Couverture de la série Sexy Cosplay Doll
Sexy Cosplay Doll

J'ai décidé de lire cette série après avoir vu des avis sur le site, et je ne savais absolument pas que ladite série avait quand même eu son bon petit succès : 15 tomes bien vendus, un anime qui a quand même bien marché de ce que j'ai pu voir (my dress up darling pour celles et ceux qui chercheraient) et pas mal de wiki et contenus de fans sur internet, ce qui est, de notes jours, une preuve que ça a bien marché ! Mais est ce que c'est bien ? Ben oui, c'est pas mal du tout. Je vais commencer par évacuer les problèmes de l'oeuvre, parce qu'ils sont assez génériques. Ça faisait pas mal de temps que je n'avais pas lu un manga de ce type, genre humour/ecchi/romance (dans cet ordre), et j'avais un peu oublié les défauts-stereotypes un peu inhérents. Deja, pourquoi les protagonistes sont toujours au lycée ? Ils seraient a la fac que ça changerait pas grand chose, et ça rendrait moins gênant les gros plans sur petite culotte, ou décolletés parfois très suggestifs. Les perso sont en plus dessines comme des jeunes adultes alors qu'ils ont 15 ans. Alors vous me direz que c'est destiné à un public plutôt de cet âge, que énormément de mangas sont dans ce mood et vous n'aurez pas tort. Mais après un long moment a ne pas avoir lu de mangas de ce type, ça me saute aux yeux. A noter que le manga est d'ailleurs de moins en moins ecchi, quasiment plus du tout a la fin, ce qui est marrant car ça aurait pu évoluer vers plus de fesses avec la relation des personnages. Un autre défaut est, pour moi, la relation romance entre Gojo et Marine. J'aime beaucoup la romance, perso, et il y a des moments qui mont bien plu, mais de façon générale, c'est pas mal dilué dans l'humour et donc ça perd un peu en intensité. C'est dommage mais, encore une fois, assez courant je crois (je me rappelle vaguement d'un manga dont je ne me rappelle plus du tout le nom avec une fille qui était un demon, tout le temps en maillot de bain et ou j'avais eu le même sentiment). Reste que, je l'ai dit, j'ai bien apprécié ma lecture. Ça se lit très bien, les pages se tournent facilement et même si c'est un peu répétitif et que les relations entre personnages (pas seulement les deux héros) auraient pu être un peu plus développées, j'ai vraiment pris plaisir au long de ces 15 tomes. Déjà, j'ai trouvé très sympa de suivre Gojo dans son évolution par rapport aux autres. Il se fait des potes, s'ouvre aux autres, découvre un nouvel univers et s'épanouit, et c'est sympa a vivre. Les personnages sont multiples et apportent tous quelque chose au récit et au héros, même les plus secondaires (le gars qui invite Gojo au resto par exemple est très secondaire mais marrant et montre bien que Gojo est reconnu pour autre chose que son talent manuel). On aurait pu penser que le sujet du cosplay, avec plein de cosplayeuses, serait un prétexte pour aller encore plus loin dans le ecchi, mais non, et c'est un point positif. Passons à la particularité du manga, son sujet de base : la couture au service du cosplay. C'est ce pitch de base qui m'a donné envie au départ, et je n'ai pas été déçu. On sent que l'autrice s'est donnée a fond, s'est renseignée sur les deux sujets, et ça nous donne un rendu cohérent et intéressant, pas du tout barbant pour ce qui me concerne. Le message du manga est un peu évident et bon enfant, mais il fait du bien et toute la gentillesse qui transpire de tous ces personnages m'a fait plaisir, et un peu chaud au cœur : faites ce que vous voulez, peu importe que vous soyez fille ou garçon, faites vous kiffer. Et on ne dévie pas d'une ligne de ce message tout au long du manga, ça fait plaisir. Bon, l'obsession du régime de Marine, même sur un ressort comique, m'a un peu sorti de cette bulle de bienveillance, mais ce n'est pas trop prégnant. Car c'est bien ça les qualités de Sexy Cosplay Doll : une tranche de vie bien faite, une romance un peu cliché mais qui fonctionne bien, de l'humour et une grosse bulle de bienveillance. Et je dois dire que j'ai beaucoup apprécié le dernier arc de cosplay, avec le personnage d'Haniel, tout droit sorti de Berserk (en tout cas pour moi, du haut de ma petite culture manga). Sur le plan du scénario comme du dessin. Le dessin, je l'ai trouvé très bon. Pas grand chose de plus a dire, un style qui n'est pas des plus originaux mais parfaitement efficace. Les personnages sont tous très beaux et belles, et les tenues de cosplay sont travaillées, avec le sens du détail. Vous l'aurez compris, j'ai apprécié ma lecture et la conseille. Pour rebondir sur ce que dit Gaston dans son avis, je ne sais pas si ça peut plaire a des gens qui n'ont aucune connaissance de l'univers japonais / geek, mais ce manga a quelque chose de rafraîchissant, et de facile à lire même si on n'est pas un maxi Otaku.

08/08/2026 (modifier)
Couverture de la série L'Or et le Sang
L'Or et le Sang

J'ai absolument dévoré cette série. L'Or et le Sang réussit un équilibre assez remarquable entre récit d'aventure, franche camaraderie et propos beaucoup plus profond. Le scénario est brillant, rythmé sans être précipité, avec ce qu'il faut de légèreté et de drame pour ne jamais tomber ni dans la fresque historique pesante, ni dans l'aventure superficielle. Le principal point fort reste à mes yeux les personnages. Ils sont particulièrement bien écrits : cohérents dans leurs motivations, attachants sans être lisses, et surtout capables d'évoluer réellement au fil du récit. Leur relation donne énormément de vie à l'ensemble. En parallèle, la série aborde avec beaucoup de finesse des thèmes plus lourds : colonialisme, pouvoir, idéalisme, liberté ou encore rapports de domination. Le propos est présent et parfois assez critique, mais jamais asséné. Le dessin n'est pas forcément ma tasse de thé au premier abord. Son style assez original peut surprendre pour ce type de récit historique et d'aventure, mais il finit par fonctionner remarquablement bien avec l'énergie et la personnalité de la série. Au final, c'est même plutôt à mettre au crédit de l'œuvre. Un très gros coup de cœur : une série intelligente, généreuse et extrêmement plaisante à lire, qui parvient à divertir tout en ayant réellement quelque chose à raconter.

08/08/2026 (modifier)
Couverture de la série Le Boiseleur
Le Boiseleur

C’est une très belle BD, tout en douceur, avec un rythme lent et presque contemplatif. Le récit prend son temps, sans chercher à multiplier les rebondissements, et cela lui va très bien. Il y a quelque chose de vraiment apaisant dans cette lecture, avec un univers délicat et une narration presque « sculpturale », c’est le cas de le dire. On pourra lui reprocher un scénario parfois prévisible et quelques passages un peu mielleux, mais cela fait aussi partie de son charme. Le Boiseleur assume pleinement son côté conte, avec des personnages et des situations parfois très archétypaux. C’est presque un Disney sur papier, et ce serait finalement dommage qu’il cherche à être autre chose. Le dessin accompagne parfaitement cette ambiance, avec beaucoup de finesse et une vraie élégance. Au-delà de ses thèmes sociaux et écologiques, c’est surtout une BD qui fait du bien, idéale pour un moment de lecture calme et agréable. Un vrai coup de cœur.

08/08/2026 (modifier)
Couverture de la série Le Bois des Vierges
Le Bois des Vierges

C'est finalement le scénario qui m'a le plus séduit dans cette série, davantage que le dessin. Jean Dufaux propose un mélange assez réussi de conte, de romance et de fantastique, sur fond d'intrigues politiques et de rapports de force entre peuples. L'univers est particulièrement soigné, avec un contexte riche qui donne rapidement une vraie consistance au récit. La série aborde aussi plusieurs thèmes intéressants sans trop les appuyer : la différence, l'incompréhension de l'autre, la frontière entre humanité et bestialité ou encore la peur de ce qui échappe au rationnel. Tout cela s'intègre naturellement à l'intrigue et donne davantage de profondeur à ce qui aurait facilement pu rester un simple conte fantastique. Le dessin de Béatrice Tillier est objectivement très travaillé, détaillé et parfaitement cohérent avec cet univers. Il mérite clairement d'être souligné, même si, personnellement, son rendu assez froid ne correspond pas vraiment à mes goûts. Une belle série de fantasy, surtout réussie par la richesse de son univers et de son scénario.

08/08/2026 (modifier)
Couverture de la série Quiproquos
Quiproquos

Il y a bien quelques gags qui m’ont paru à la fois trop faciles et manquant cruellement de peps ou de surprise. C’est un peu inégal. Comme la plupart du temps dans ce genre de recueil humoristique. Mais beaucoup moins que je ne le craignais. Car en fait la très grande majorité des gags provoquent a minima le sourire, et plusieurs m’ont franchement fait marrer. Pourtant, le genre d’humour absurde en gags courts, avec chutes décalées, un dessin réaliste et statique (avec itération iconique), voilà bien quelque chose qui, de niche, est presque devenu la norme, et le succès – légitime – de Fabcaro dans ce domaine n’a fait que développer ce créneau. Beaucoup de publications sur ce créneau donc, un certain nombre de déceptions. Mais, moi qui suis adepte du genre, c’est toujours avec grand plaisir que je découvre un auteur – en l’occurrence une auteure – qui parvient à me faire franchement rire, alors que je pourrais être blasé. Visiblement repérée sur Instagram, l’auteure développe un humour percutant, en peu de cases (souvent deux, parfois jusqu’à quatre), avec des dialogues courts mais qui surprennent par leur incongruité, pas mal d’humour noir et d’absurde. Je ne connais pas l’auteure, et ne vais jamais sur ces réseaux sociaux du type Instagram. Mais l’album est présenté comme un tome 1. Je suis bien évidemment preneur d’une récidive ! ****************************** Bon, le premier tome m'avait bien plu, et je suis friand de ce type d'humour, je me suis donc rué sur le tome suivant. Et disons que c'est une relative déception. Ou plutôt, si la lecture est toujours rapide et plaisante, il y a moins de gags percutants et réussis, un chouia moins de surprises. Je maintiens ma note globale, mais cet album serait une étoile en dessous du précédent. Ceci étant dit, il y a quand même certains gags qui font mouche, avec toujours cet humour con, absurde et décalé, qui joue uniquement sur les répliques, puisque le dessin est minimaliste et statique. Un exercice difficile, en deux cases le plus souvent, mais que l'auteure maîtrise. A voir si sa réserve d'idées ne s'épuise pas...

26/11/2025 (MAJ le 08/08/2026) (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5
Couverture de la série God bless America
God bless America

« Le Cherokee », le roman noir de Richard Morgiève, auteur reconnu dans le milieu littéraire, est à la base un récit très dense avec de nombreuses thématiques, et on peut dire que PF Radice s’en sort plutôt bien avec cette adaptation. Ce thriller atmosphérique a pour axe principal l’enquête du shérif Nick Corey pour retrouver le meurtrier de ses parents, assassinés sauvagement dans un motel. Prénommé le « Dindon », celui-ci continue à rôder et menace de s’en prendre à son entourage. En toile de fond, le crash d’un avion militaire pour des raisons que le gouvernement tient à garder secrètes, dans un contexte de Guerre froide. C’est ici un portrait saisissant des Etats-Unis des années cinquante qui nous est proposé, dans une époque bénie où ce vaste pays, l’un des deux vainqueurs de la second guerre mondiale avec l’URSS, se rêvait en maître du monde. Le désert de l’Utah confère à l’ambiance un côté western, tandis que les rumeurs conspirationnistes liées au crash apportent une touche science-fictionnesque, parfait reflet de ces Fifties outre-Atlantique. Et pour ce qui est de la romance (tout de même assez discrète), c’est notre shérif qui, contre toute attente, va tomber amoureux du type du FBI… et on sait comment était considérée l’homosexualité dans cette Amérique puritaine... Si le récit met un certain temps à se mettre en place avec ses multiples foisonnements, il reste tout de même cohérent jusqu’à la fin, et le lecteur demeurera captivé par le mystère omniprésent. Il faudra par ailleurs fournir un certain effort pour se rappeler de tous les protagonistes, bien campés psychologiquement. L’ambiance noir et blanc très « fifties », qui rappelle les films noirs US de l’époque, y est pour beaucoup. On ressent l’énergie déployé par PF Radice pour produire un objet graphique de haut niveau. Nul doute que l’auteur a beaucoup apprécié le roman de Morgiève, à en juger par le rendu visuel des planches qui révèle non seulement un style original, mais aussi une minutie des détails et une technique élaborée digne d’un artisan passionné, à mille lieues d’un académisme sans âme, des procédés numériques ou pire encore, des infâmes productions générées par l’IA. Alors oui, on pourra toujours tiquer sur les postures parfois un peu raides des personnages, mais cela n’est pas du tout rédhibitoire et globalement, c’est un très beau travail empreint d’authenticité que nous offre Radice. Magnifié par la qualité éditoriale désormais proverbiale des Editions Sarbacane, « God Bless America » est un bon gros pavé immersif que l’on déguste avec délice, doublé d’un hommage à un auteur peu connu du grand public, Richard Morgiève. Quant à PF Radice, on ne peut que l’encourager à tracer son sillon avec ce deuxième « vrai » album qui succède à « Al Capone », un ouvrage co-réalisé avec Swann Meralli qui nous avait déjà marqué avec son trait si particulier.

08/08/2026 (modifier)
Par Ju
Note: 4/5
Couverture de la série Perpendiculaire au soleil
Perpendiculaire au soleil

Olala j'ai autant de retard que ça dans le postage des avis ? J'ai lu cette bd quasi à sa sortie, il y a donc plus de 3 ans.. Et je rejoins l'avis général enthousiaste : nous avons ici une bd absolument superbe sur le plan graphique. Le noir et blanc, les gravures, l'enchaînement des différents styles, tout cela est très beau mais, en plus, parfaitement à propos. La bd est touchante, jamais pathos. Valentine Cuny Le Callet, puisque c'est elle qui, on va dire, est à l'origine du projet artistique, a un certain talent pour conter l'histoire de sa relation avec Renaldo, et son rapport avec la peine de mort, la prison et tout ce qu'il y a autour. L'émotion est très bien rendue et affleure a quasiment chaque page. Et au delà de cette émotion, qui est la raison du succès de cette bande dessinée, il nous est proposé une vraie réflexion sur la peine de mort et le système judiciaire américain. Une franche réussite donc, mais ça vous l'avez déjà compris a la lecture des précédents avis !

08/08/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Nez de Cuir
Nez de Cuir

Cette ruée vers une inaccessible paix, cette dispersion dans la frénésie - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2019. Il a été réalisé par Jean Dufaux pour le scénario et par Jacques Terpant pour les dessins et les couleurs, qui adaptent le roman Nez-de-Cuir, gentilhomme d'amour paru en 1936, écrit par Jean de la Varende (1887-1959). Il se termine par une postface du scénariste, intitulée La Liberté dans le style, évoquant la sensualité des mots et des sentiments, des corps et des paysages, d’un auteur peut-être oublié, mais c’est aussi ce qui lui permet de rester tel qu’en lui-même, loin de la foule déchaînée. Ces deux créateurs ont également réalisé Le Chien de Dieu (2017), Un roi sans divertissement (2021). La guerre se termine. Il paraît. Elle va entrer dans les livres d’histoire. Bel ouvrage, belles enluminures, destinés à faire rêver les garçons. L’épopée napoléonienne, vous pensez ! Que d’images, que de faits glorieux, que de bravoure ! Lui, il veut bien… Mais enfin, l’envers du décor, à chaque heure du jour et de la nuit… Il se trouve devant ses yeux. Au travers de ces estropiés, de ces gueules cassées qui ont eu du panache, mais en qui rien de glorieux ne subsiste… Même s’il le reconnait, leurs charges furent de fougue et de feu. Ainsi du 1er régiment des gardes d’honneur qui vint heurter la cavalerie cosaque à la bataille de Reims, au 13 mars 1814. Parmi ces fous qui croyaient en la gloire et à certaines grandeurs attachées à leur pays, il y avait le jeune comte Roger de Tainchebraye. Rien ne semblait arrêter sa bravoure. Cet oubli de soi… Et du temps… Un sabre cosaque s’en chargea. Le médecin Marchal continue son bilan de sa prise en charge du patient Roger de la Tranchebraye : Un coup de sabre a complètement emporté le nez, un autre a détaché la joue droite, plusieurs coups de lance aussi, un coup de pistolet reçu à bout portant… Et il a survécu ! Il conclut : C’est un diable que cet homme-là, il en a le visage à présent. Un assistant l’interrompt en ouvrant la porte et informe le major que madame de Tainchebraye est arrivée. Il lui répond de demander à la mère de patienter, il la préviendra lorsque son fils Roger sera prêt. Le médecin se rend au chevet du convalescent et l’informe que sa mère est en bas, qu’elle a fait un long voyage pour le voir. Roger de Tainchebraye répond que sa mère s’obstine, qu’elle veut assister à la résurrection de son fils laissé pour mort sur le champ de bataille. Mais Roger n’a pas eu cette chance. Le médecin Marchal énonce qu’il sent passer le vent des amertumes. Il fait observer à son patient que sa chambre est confortable, chauffée, que ses draps sont propres, qu’il est nourri. Il en connait beaucoup qui n’ont pas cette chance. Roger répond qu’il n’a plus de visage, nez coupé, deux trous, juste deux trous, comme un cadavre, il est horrible. Un épouvantail, une gorgone ! Le médecin reprend : Roger est vivant, et il portera un masque, il s’en sort bien. Au milieu de tous ces hommes éclopés, de tous ces manchots dont ils sont envahis, il paraîtra un privilégié. Dans sa postface, le scénariste écrit : Pour Jean de la Varende, écrire, c’est ressusciter le passé, et son style s’y prête admirablement qui mêle archaïsme tournures antiques, mots empruntant au patois, descriptions d’un pays, l’Ouche, qui devient féérique tant il semble échapper au temps, ce passé, c’est son présent. Cela ne forme pas forcément les arguments les plus vendeurs pour un large public, à la sensibilité toute relative pour le passéisme et le français difficile et désuet. Le lecteur sent bien que les cartouches à écriture blanche sur fond noir doivent correspondre à des extraits du livre. Ils s’avèrent brefs et très digestes, dépourvues des formules archaïques évoquées. Une fois le lecteur tombe sur un mot recherché : Médianoche, c’est-à-dire un repas pris après minuit. En revanche, il trouve une vision du passé dans la forme de la société, dans la place qui y est faite aux femmes et dans le comportement du personnage principal. En filigrane, il voit se dessiner le modèle de société : la haute bourgeoisie du pays de l’Ouche, région à cheval sur les départements de l’Orne et de l’Eure. La notion de difficultés économiques est très éloignée du personnage principal et de ses conquêtes ou de leurs époux légitimes. Il vit dans un château et l’amour de sa vie épouse le marquis de Brives, vieillard sec, cassé de corps, mais riche, ô combien ! Riche à tel point qu’il put s’offrir la plus noble fleur de la province : pour marquer sa puissance – et son emprise – il racheta Mesniroyal, château des Rieusses qui avait ruiné tous ses propriétaires. Il lui redonna son lustre d’antan et y plaça cent domestiques, un grouillement d’êtres qui laissa pantoise toute la noblesse de la région. Il y a également le comportement du comte Roger de Tainchebraye lui-même : bel homme défiguré, portant un masque cachant la partie supérieure de son visage, ce qui lui vaut son surnom de Nez-de-Cuir, enfilant les conquêtes féminines, vivant de ses rentes, un Don Juan de Normandie, comme le qualifie lui-même l’écrivain. Cette sensation d’une France d’un autre temps, avec des valeurs très traditionnelles se voit littéralement dans les cases : les beaux uniformes napoléoniens bleu et rouge, la belle chemise à jabot du médecin et sa redingote, le beau château à deux étages des Tainchebraye et son parc ainsi que les beaux atours des invités présents, les beaux fauteuils des salons, les trophées de chasse accrochés au mur, la qualité du masque de cuir, les habits de chasse des maris cocufiés, le château de Mesniroyal à l’architecture plus ouvragée, les habits plus luxueux des invités à la noce, la magnifique robe de Judith de Rieusses et ses bijoux, la bibliothèque bien fournie de volumes à la reliure en cuir du marquis de Brives, etc. L’artiste réalise des dessins dans un registre réaliste avec un sens de la composition assurant une lecture facile, et utilisant sa palette dans un mode proche de la couleur directe, pour rehausser le réalisme, les reliefs et les textures. Régulièrement, le lecteur prend le temps de s’attarder sur un détail concret : les outils du médecin, la bride des casques des soldats, un tableau accroché au mur, le drapé d’une robe, l’effet d’un feuillage, la forme d’un tronc, les motifs d’une couverture, les moulures d’un plafond, la forme d’un bougeoir, etc. D’un côté l’artiste sait recréer le confort discret de la haute bourgeoisie, aussi bien dans ses lieux de vie en intérieur, que dans ses tenues vestimentaires. De l’autre, il rend un hommage discret et tout aussi concret aux paysages naturels du pays de l’Ouche. Une belle pelouse verdoyante devant une riche demeure, la luminosité si particulière d’un sous-bois, l’herbe haute et grasse autour d’une mare, une belle allée en terre menant à un ancien pavillon de chasse au cœur des bois, un mur recouvert de lierre, une forêt clairsemée, une zone boisée plus dense, etc. De manière régulière, le lecteur peut également apercevoir la faune : un vol d’oiseaux dans un ciel dégagé, un hibou silencieux, un renard observateur, un sanglier acculé par une meute de chiens, de beaux chevaux dont le pauvre Agramant, etc. Le lecteur a tôt fait d’oublier l’horrible réalité des deux scènes d’ouverture. Pourtant, la mise en scène de la bataille entre deux cavaleries montre clairement et sans voyeurisme la pluie de coups, et le lecteur peut également voir après les estropiés et éclopés sous les arcades de l’hôpital. Il prend conscience de temps à autre que la narration visuelle l’amène à oublier totalement les circonstances qui ont amené Roger de Tainchebraye à porter continuellement un masque, en société, et également quand il se retrouve seul, la réalité de la boucherie de la guerre, avec ses vétérans marqués dans leur chair. La couverture semble promettre une belle romance, entre un homme mystérieux parce que masqué et une jeune femme libre parce que chevauchant, le tout sur fond de flammes d’un incendie qui pourraient symboliser l’ardeur de la passion. Le récit commence par exposer comment le personnage principal en est venu à porter un masque : certes un air de mystère, mais rien de romantique, plutôt un accessoire qui cache son visage, qui le rend anonyme si ce n’est pour son corps bien fait. Oui, la jeune femme se refuse à lui, tout en tombant irrémédiablement amoureux de lui. Le lecteur retrouve une trame classique d’amour contrarié aux accents romantiques. Dans le même temps, Roger de Trainchebraye fait preuve d’un réel recul sur son comportement. Il explique à sa servante qu’il a besoin d’elles ! Même si elles jouent toujours un rôle sauf à quelques minutes… importantes où elles se perdent. Mais elles tiennent aussi le masque, va ! Et elles exigent que l’amant fasse son rôle dans la comédie. Et il leur en veut de n’avoir jamais su, tout brutal qu’il soit, leur dire son mépris… Après l’amour… Cette ancienne nourrice prendra même sa défense face à la jeune fille pure : Il ne fait que son métier de jeune homme, ce sont les femmes comme elle qui ne sont pas grand-chose ! Qui lui refusent un peu de bonheur car elles croient aimer alors qu’elles ne font que se pâmer. Y en a pas une qui cherche derrière le masque. Marie-Bonne laisse Judith avec ses indignations et sa vertu qui grince comme du vieux bois. Le récit se révèle alors être celui d’un homme souffrant d’un grave syndrome de stress post traumatique, marqué à jamais dans sa chair, pleinement conscient qu’une vie normale lui est devenue inaccessible, que le port du masque lui permet de se présenter en société et en même temps en fait un paria, un individu toléré par la grâce des convenances sociales, mais tenu à l’écart, jamais intégré. Adapter un roman un peu désuet par le regard vieillot qui est le sien sur la société d’une époque révolue, sur la condition féminine bien rétrograde. Une narration visuelle maîtrisée, sans éclat apparent, d’une solidité sans pareille, entièrement au service du récit, lui donnant corps avec consistance et respect, sans contresens ni trahison. Une adaptation citant la lettre d’une manière élégante et digeste, et faisant vivre son esprit. Une bluette classique qui sert de trame à une tragédie humaine pouvant se voir comme une métaphore de la différence trop lourde à porter.

08/08/2026 (modifier)
Par Miguelof
Note: 4/5
Couverture de la série Maria et Salazar
Maria et Salazar

Combien de Maria du Portugal y a-t-il dans le monde ? Tant de Marias ! J'ai quatre sœurs et elles s'appellent toutes Maria. L'affaire des trois Marias (écrivaines et intellectuelles antifascistes) a bouleversé le pays et le régime en 1971/72. Et la Maria de Robin Walter est adorable ! L’histoire racontée par Walter semble tellement réelle et est si belle ! J'adore aussi les frites en rondelles... Je me suis ému plusieurs fois en lisant. Les dessins, sans être spectaculaires, sont efficaces et remplissent très bien la fonction de raconter l’histoire. Tant au niveau de l’émigration portugaise que par rapport au salazarisme, tout m’a paru très juste et équilibré. Salazar était un pauvre provincial, un dictateur mou, utilisant le catholicisme et la passivité traditionnelle du peuple pour imposer une police politique violente, la PIDE. Ses crimes semblent oubliés aujourd'hui, mais ils ne devraient pas l'être ! De toute cette histoire, l'auteur présente une vision avec laquelle je ne peux pas être plus en accord. J’ai eu la chance de ne pas avoir à émigrer. Je suis né dans une famille privilégiée, sous l'ancien régime salazariste. Ma mère est une réfugiée de guerre autrichienne, accueillie au Portugal. Mon père a étudié l'ingénierie en Allemagne et y a vécu et travaillé plusieurs années. À la maison, nous avons toujours eu des Maria comme domestiques. Ce sont elles qui m'ont appris à marcher, à parler, à être ce que je suis. Ce que j’aimerais dire, en étant totalement d’accord avec Alix, c’est que nous ne devons pas transformer les immigrants en boucs émissaires de nos propres problèmes ou crises. Au moment où tant de pays dans le monde se retournent contre les immigrés et les étrangers, y compris le Portugal, j'aimerais que beaucoup se souviennent de ce qu'ils ont été et pourront redevenir. Le discours politique populiste, toujours à attaquer les plus vulnérables, gagne de plus en plus de voix et cela me rend profondément triste. L'être humain, depuis ses origines, a toujours été nomade, sans frontières. Nous tous, homo sapiens, sommes de récents émigrants africains en Europe. Et nous ne devrions pas oublier ça! Je me souviens de courir sur la plage, à six ans, en criant « Salazar est mort, mort à Salazar ! ». Mes parents étaient vraiment gênés et embarrassés. Ensuite, j'ai eu des conséquences !

07/08/2026 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série L'Homme sans sourire
L'Homme sans sourire

Voila une BD qui m'a carrément étonné lorsque je l'ai finie ! Il faut dire que comme d'autres lecteurs, cette dernière page m'a cloué sur place. Elle est l'intérêt de la Bd, je dirais que sans elle la BD est moyenne, mais avec elle l'ensemble devient d'un coup fascinant. Sans rien dévoiler de ce twist final, y compris sa nature qui surprend, je dois dire qu'il structure totalement la BD et son intérêt. En gros, la lecture est sympathique mais pas inoubliable (et m'a rappelé Les Yeux doux par certains aspects dans la représentation dystopique), représentant un étrange monde où le rire est banni par un roi étrange. La logique du monde semble poétique et absurde, proche de diverses influences comme le roi et l'oiseau, mais sans avoir la portée politique ou sociale. Et c'est parce que la révélation finale est justement dans une autre dimension, qui donne une lecture que j'ai personnellement apprécié. Le dessin va bien avec le récit, même si je dois avouer que je n'en suis pas spécialement fan. Je m'abstiens volontairement de dévoiler quoi que ce soit à propos de cette fin, donc, qui donne son sel et l'envie de relire la BD ensuite. Parce qu'elle est à la fois l'explication de certains choix narratifs parfois étranges ou qu'on peut trouver malvenu, de même qu'elle permet d'éclairer sur l'intention de l'auteur, qui est à mon sens parfaitement réussi. Pour ceux qui l'ont lu, sachez que ça me touche pas mal et que je trouve personnellement que ça correspond très bien à l'idée. Donc une BD qui ne marche que par sa surprise, donnant envie de relire ensuite mais qui fait également réfléchir à certaines choses une fois refermée. Personnellement j'ai beaucoup aimé !

06/08/2026 (modifier)