Un univers post-apo à la fois classique (le retour au féodal et la débrouille) et original (une mystérieuse contagion, la lutte contre les mutations). Et des personnages bien marqués avançant masqués, aux traits de caractères forts mais laissant pourtant place à beaucoup d'interrogations.
Le premier tome est moyen bien que l'ambiance soit pesante. Dans le 2, les enjeux prennent et le 3 amènent beaucoup de révélations, de questions supplémentaires et de séquences mémorables. Bref, ça s'améliore de volume en volume. Et je pense sincèrement que la note grimpera à la parution du tome 4.
Petit bémol contre le rythme des réponses qui ralentie au fur et à mesure des pages, espérons que ce ne soit pas une manière de tirer sur la longueur.
MàJ après relecture des 3 premiers tomes et lecture du 4ème tome:
Clairement la note remonte à 4. Les personnages principaux prennent à chaque tome plus d'épaisseur et d'importance, des retournements de situation dévoilent une nouvelle facette de chacun d'eux. Certains personnages secondaires assez clichés ont même droit à leur petit surplus d'âme et c'est heureux pour quelques scènes d'action dispensables. Car l'intérêt réside dans l'univers dans lequel ils se déplacent d'un but à l'autre jusqu'à prendre la direction qui conclut cette belle saga qui laisse entrevoir une suite qui n'est pas nécessaire. Un monde à l'opposé du notre où la nature, effrayante, reprend ses droits et change notre rapport vis-à-vis de celle-ci. Mais on dirait du Miyazaki? A la lecture du dernier tome, j'ai pensé à un pendant européen de Nausicaä de la vallée du vent, il y a pire comme comparaison.
Un amalgame réussi de western, thriller, écologie, SF... joliment colorisé, qui se relit avec plaisir.
J'ai commencé à lire cette série alors que j'étais encore enfant et j'ai toujours beaucoup aimé les dessins de Morris. Même avant sa collaboration avec Goscinny, je trouvais ça drôle. Mais je dois reconnaître qu'il y a un âge d'or de la série avec Goscinny et le passage du journal Spirou à Pilote.
Goscinny a créé des histoires et des personnages mémorables, de La Diligence jusqu'à L'Empereur Smith… Mes préférés sont peut-être Waldo Badmington, le Pied-Tendre, avec son majordome Jasper ou le Prof. Otto von Himbeergeist de la Guérison des Dalton. L'évolution des personnages au fil de ces histoires est hilarante ! Parmi mes préférées, il y a aussi le Canyon Apache ou le 20e de cavalerie, mais tout est très bon!
Je ne pourrais pas oublier la participation des animaux, de Jolly Jumper, si sensé et intelligent, à Ratanplan, le chien le plus stupide de l’Ouest !
Les dessins de Morris sont bien plus complexes que la simplicité apparente et l'improvisation qu'on pourrait percevoir à première vue. Les cadrages, les séquences, le dynamisme sont la preuve d'un grand talent. J'adore aussi identifier les acteurs de cinéma à partir de leurs caricatures: Gary Cooper, Lee van Cleef, Mae West, W. C. Fields, Sean Connery, David Niven et tant d’autres! Goscinny, Franquin ou Will y sont aussi!
Aujourd'hui, je continue à lire Lucky Luke et les séries dérivées, mais sans le même plaisir d'autrefois, et je dois avouer que je ne suis vraiment pas fan de certaines d'entre elles. Mais l’image de l’homme qui tire plus vite que son ombre, restera avec moi pour toujours!
P.S. Je devrais encore parler d'autres sujets: de l'image des Indiens, des femmes (de Calamity Jane à Ma Dalton), de l'érotisme latent et parfois (auto-)censuré. Il faudrait que j'écrive un livre!
Paco les mains rouges en BD, ou « Papillon » en version film, voilà les images qui me venaient à l’esprit en pensant au bagne de Cayenne.
Cet album s’intéresse au destin de l’un des condamnés à cet enfer, Dieudonné, en reprenant le travail d’Albert Londres, qui a publié articles et un livre après un reportage en Guyane, et qui aidé Dieudonné à revenir en France, après qu’il se soit évadé et réfugié au Brésil.
Dieudonné était anarchiste, ami de certains membres de la « bande à Bonnot », et c’est uniquement pour ses idées et ses fréquentations qu’il a été condamné – faussement accusé. Sa condamnation à mort commuée en déportation au bagne de Cayenne, on s’est débarrassé – comme d’autres – d’une idée et d’un homme (au passage, qu’un anarchiste s’appelle Dieudonné est un peu drôle…)…
On a d’abord droit à une description de l’horreur des conditions de vie (proche de la torture et de la mise à mort plus ou moins lente) des détenus – y compris après qu’ils aient fini de purger leur peine (hypocritement, sans le préciser aux jurés lors des procès, ils sont condamnés à « doubler » leur peine en restant en Guyane avant de pouvoir envisager – s’ils ont survécu au bagne et s’ils en ont les moyens – de revenir en métropole. Puis vient l’évasion.
L’évasion de Dieudonné, avec quelques codétenus – est épique, forcément dangereuse, avec la traque des « chasseurs d’hommes », les dangers « naturels » (serpents, sables mouvants, mer dangereuse, etc.), puis une longue période où il s’installe au Brésil, avec une attitude parfois étonnante des autorités locales, lorsque la France demande son arrestation et son extradition. Le tout raconté par Dieudonné et Londres.
J’ai trouvé cette histoire intéressante. Dieudonné est un personnage attachant, qui ne semble pas avoir manifesté de haine par rapport aux nombreuses injustices dont il a été victime. Le beau travail de Londres – et l’hypocrisie des dirigeants politiques et magistrats de l’époque – est aussi mis en avant.
C’est un très bon album, à mi-chemin du roman graphique et du documentaire (je l’aurais presque mis dans cette seconde catégorie).
Note réelle 3,5/5.
Un album étonnant, et visiblement méconnu, si j’en crois la quasi absence d’avis sur le site. Et pourtant, il mérite un petit détour, de la part des lecteurs curieux et/ou des amateurs d’humour original et décalé.
Il ne faut pas s’attendre à hurler de rire en continu. Mais j’ai trouvé très plaisante cette lecture, qui sort des types d’humour à la vogue.
Les scénaristes (deux auteurs finlandais que je ne connaissais pas) nous proposent quelque chose de faussement suranné et coincé. Une sorte de manuel de savoir vivre, comme il s’en publiait il y a un siècle, avec comme sujet principal la femme – mais du point de vue de l’homme.
C’est subdivisé en chapitres thématiques (« Les progrès de la vie de couple » ; « L’amour en pratique » ; « Les autres » ; « Résoudre une crise » ; « L’importance du sexe »), avec un narrateur qui donne des conseils à ses lecteurs masculins.
Ces conseils présentent de façon très sérieuse des situations banales, sur un ton sentencieux, la bonne gestion de cet être différent (et inférieur) mais nécessaire à l’épanouissement de l’homme. Le ton sérieux, pince-sans-rire m’a parfois fait penser aux Monty Python.
Surtout que le ridicule du discours, volontairement anachronique et improbable est renforcé par le dessin de Stéphane Rosse. Son style réaliste au trait fin, proche de certains auteurs de comics (mais aussi d’auteurs franco-belge « anciens » comme Jacobs), ajoute à la patine « vintage » qui colle parfaitement à l’esprit de ce manuel, cette « Leçon de choses » d’un autre temps. Et, cerise sur le gâteau, les scènes représentées sont souvent en décalage avec le texte, ajoutant de l’étrange, parfois du n’importe quoi, surprenant souvent par rapport au discours pédant du narrateur. Le dessin renforce le caractère absurde du discours en tout cas.
N'hésitez pas à jeter un œil sur cet album si vous en avez l’occasion !
Note réelle 3,5/5.
Les forces japonaises ne vont pas rester sur la défensive.
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Ce tome est le dix-septième de la série Les grandes batailles navales. Son édition originale date de 2021. Il a été réalisé par Jean-Yves Delitte, peintre officiel de la Marine et membre titulaire de l’académie des Arts & Sciences de la Mer, pour le scénario et les dessins. La mise en couleurs a été réalisée par Douchka Delitte. Il comprend quarante-six planches de bande dessinée. Il se termine par un dossier historique de huit pages, réalisé par le scénariste, comprenant huit parties intitulées : Un plan parfait ?, Ne jamais vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué !, Pléthore de porte-avions !, Trop de chefs et un incroyable imbroglio !, Suprématie aérienne, Surprise ! Surprise !, Kamikaze !, Le coup de grâce, ainsi qu’un glossaire.
Avec l’année 1944, les forces de l’Axe sont acculées. En Europe, l’implacable rouleau compresseur soviétique progresse inlassablement tandis que les alliés, en débarquant en Italie et en Normandie, ouvrent de nouveaux fronts. Dans le Pacifique, les Japonais reculent également. Après le tir aux pigeons des Mariannes, c’’est l’heure de reconquérir les Philippines. Cela a commencé le 17 octobre 1944 par un bombardement intensif de l’île de Leyte qui a été suivi par un débarquement. Une semaine plus tard, c’est un flot continu d’hommes et de matériel qui foule la terre philippine. La reconquête de l’archipel des Philippines est un impératif stratégique pour les États-Unis. Elle doit permettre de couper les routes d’approvisionnement du Japon tout en multipliant les aérodromes à proximité du Japon afin de donner davantage de puissance destructive à leurs escadrilles de bombardiers. Mais dans le Pacifique, la reconquête est un chemin couvert d’embûches où chaque relief, chaque bosquet cache un piège mortel car, même affaibli, l’empire du Japon n’a pas renoncé à se battre. Cela dit, ce 24 octobre 1944, les principaux affrontements ne se déroulent pas dans les terres mais en mer. Bien plus au nord de l’île de Leyte, dans les eaux turquoise de la mer de Sibuyan, le premier acte d’une imposante confrontation entre la marine impériale japonaise et l’US Navy se termine.
Le pilote d’un avion de chasse et son navigateur larguent leur bombe sur un énorme cuirassé qui a déjà encaissé des grappes de torpilles et des chapelets de bombes, qui crache de la fumée par tous les sabords, mais refuse de couler. Il est 17h35, après une énième attaque, le cuirassé japonais Musashi sombre. Sur un petit atoll dans les Philippines, le lieutenant Hiroyoshi lit un magazine américain contenant de pin-ups, assis sur une caisse renversée, à côté d’un chasseur sur lequel s’affairent des mécaniciens. Un autre avion revient d’une mission et se présente pour l’atterrissage. Le pilote Hiroyoshi descend du cockpit de son chasseur qui porte les marques de nombreux impacts de balles. Il saigne un peu à la cuisse. Le lieutenant lui demande ce qu’il en est de la flotte de Kurita dans la mer de Sibuyan, du plan Sho. Le pilote répond qu’il n’avait jamais vu une telle armada, mais les avions U.S. étaient trop nombreux. Ils ont eu le Yamato ou le Musashi, Kurita a viré de bord.
C’est toujours un plaisir que de découvrir un bataille navale célèbre dans le cadre de cette collection : les dessins concrets et secs de Delitte, ainsi que sa capacité à évoquer les affrontements dans un ouvrage très synthétique, sa brièveté pouvant frustrer les connaisseurs, et faisant œuvre de vulgarisation pour des néophytes. Il est possible qu’arrivé à la fin de la partie bande dessinée, les uns et les autres restent un peu sur leur faim. Certes la narration fluide a mis en scène de nombreuses facettes de cette grande bataille navale. Les avions : Zéro, Hellcat, Vought Corsair, Helldiver. Plusieurs gradés sont évoqués : Takeo Kurita (1889-1977), Samuel Eliot Morison (1887-1976), William Frederick Halsey (1882-1959), Sh?ji Nishimura (1889-1944), Kiyohide Shima (1890-1973), etc. Plusieurs batailles sont nommées par leur localisation : mer de Sibuyan, détroit de Surigao, détroit de San Bernardino, et bien sûr l’île de Leyte. Également, le lecteur peut voir plusieurs navires subir les attaques des chasseurs et des bombardiers. Pour autant, cette forme narrative est exempte de plan de bataille, de vue générale sur le positionnement des différentes flottes engagées, ou encore des dates des autres affrontements. En revanche, la lecture du dossier historique fournit tous ces éléments de contexte (à part le plan de situation), et développe plusieurs facettes spécifiques comme la composition des flottes, ou la tactique kamikaze.
En fonction de sa familiarité avec la série, le lecteur se réjouit de plonger dans un tome illustré par JY Delitte lui-même, car il en connaît les qualités. Bien évidemment, l’art et la manière de représenter les vaisseaux relèvent du meilleur niveau. S’il a lu des tomes de la série illustrés par d’autres artistes, le lecteur a pu constater que ce qui semble si évident sous le crayon de cet artiste devient tout de suite moins accessible pour les autres dessinateurs. Au vu de ses qualifications professionnelles, ce peintre officiel de la Marine sait maîtriser la structure et les particularités de chaque bâtiment, et les restituer dans ses dessins. Il choisit des angles de vue adaptés, permettant de bien les visualiser en fonction de l’action, débarquement, ou survol par des avions, explosions de bombes larguées par des avions, tir de leurs canons, etc. Il utilise des traits de contour très fins, lui permettant d’aller à un niveau élevé de détails dans ses représentations, pour des éléments qu’il choisit comme étant essentiels dans l’identité d’un navire : par exemple les canots de sauvetage, les grues et palans, les portes des transporteurs de troupe, les tourelles et leurs multiples canons, le pont d’envol des porte-avions et les dispositifs d’appontage, les cales et les chariots de manutention, le château et ses radars et antennes, la masse titanesque des cuirassés aussi bien ceux de la marine des États-Unis que ceux de celle du Japon, etc. Cette bataille navale, ou cette succession d’affrontements implique des porte-avions, et l’artiste se montre tout aussi impliqué pour représenter dans le détail avec la même qualité de conviction, les différents chasseurs étatsuniens et japonais.
Comme à son habitude, l’auteur réalise une vulgarisation de cette bataille navale à hauteur d’hommes. Comme à son habitude également, il met en scène des personnages exclusivement masculins : des hommes à l’allure normale, avec des morphologies variées, une différence discrète dans les visages des Américains et ceux des Japonais, des gestes et des comportements d’adultes sans exagération dramatique. Le lecteur peut même repérer l’écho du geste du caporal Jimmy en train de fumer sa clope les pieds dans l’eau de la jungle (planche treize) et un geste analogue quand le pilote Tomisaku fume la sienne assis sur une caisse renversée à côté de son avion. Comme d’habitude, le lecteur voit des êtres humains accomplissant des gestes banals même en mission, comme regarder un avion qui passe dans le ciel, lire un magazine, vérifier la propreté d’une timbale avant de se servir à boire dedans, taper le carton, protéger ses yeux du soleil en mettant sa main en visière à hauteur du front, trinquer ensemble, etc. Là encore, chaque image porte en elle la rigueur de la reconstitution historique, avec les uniformes, les armes et les différents accessoires militaires, quelle que soit l’arme considérée, terre ou air. Ce mode narratif contient en fait de multiples informations visuelles, intégrées de manière organique dans chaque image. Il met en scène le racisme ordinaire des Américains vis-à-vis des Japonais, ainsi que la consommation d’alcool comme anesthésiant pour faire passer des situations intenables.
Le récit plonge également le lecteur au milieu des batailles, majoritairement du point de vue des pilotes. À la différence de l’album consacré au Le Bismarck (2019), l’artiste ne s’attache pas à décrire un navire en train de sombrer par le fond. En revanche il montre l‘attaque d’un kamikaze, aux commandes d’un Mitsubishi A6M5, plus connu sous la dénomination de Zéro, qui s’écrase volontairement sur le pont d’envol du porte-avions d’escorte St Lo. Le dossier historique apporte des détails complémentaires : L’explosion de l’avion japonais provoque un important incendie qui, en l’absence d’un pont blindé, va rapidement ronger les entrailles du navire. Le St Lo va rentrer dans l’histoire en étant le premier navire de surface coulé par un kamikaze. La mise en scène des combats montre clairement ce qui est en train de se passer, permettant au lecteur de se projeter dans ces situations. Elle comprend quatre illustrations en double page : des chasseurs américains se retrouvant face à des chasseurs japonais au nord de l’île de Leyte dans les eaux turquoise de la mer de Sibuyan, plus loin deux cuirassés japonais de la flotte de l’amiral Takeo Kurita, des destroyers U.S. attaquant la flotte japonaise, et le porte-avions St-Lo étant la proie des flammes. Cette fois-ci le bédéaste s’attarde moins sur la réalité concrète des morts et des blessés, laissant l’imagination du lecteur faire le travail pour les marins prisonniers d’un navire ravagé par les bombes et les torpilles, ou pour ce qui se passe dans l’esprit d’un kamikaze.
Cette bande dessinée retrace une partie de la bataille de Leyte, c’est-à-dire celle du golfe de Leyte, des 24 et 25 octobre 1944, mettant en présence du côté américain douze cuirassés, dix croiseurs lourds, douze croiseurs légers, cent quarante-et-un destroyers, vingt-deux sous-marins, trente-neuf Peet-Boat, huit porte-avions d’escadre, huit porte-avions légers et dix-huit porte-avions d’escorte, et du côté japonais trois flottes totalisant quatre cuirassés, treize croiseurs lourds, six croiseurs légers et trente-cinq destroyers, quatre porte-avions, deux cuirassés porte-avions, deux pétroliers. Le bédéaste représente admirablement bien les navires militaires et les avions, ainsi que les soldats, les moments de calme et les affrontements mêlant navires et avions. Au vu de l’ampleur des engagements, il fait œuvre de vulgarisation, en montrant quelques facettes, sans se lancer dans une présentation exhaustive. Le lecteur complète les planches de bande dessinée, avec la découverte du dossier historique, ce qui lui donne une meilleure compréhension des manœuvres, et la confirmation qu’il s’agit de la première bataille dans laquelle les forces japonaises ont eu recours à des opérations kamikazes sur ordre. La guerre dans toute sa dimension inhumaine et infernale.
J’avais beaucoup aimé Shanghai Chagrin du même auteur. J’étais donc curieux de découvrir le dernier ouvrage du jeune auteur Léopold Prudent.
La Roue sans merci est un petit ouvrage d’un vingtaine de page et d’une taille à peine plus grande que ma main (j’ai de grandes mains donc ça n’aide pas). Cependant, derrière cette petite BD se cache tout de même une grande BD. En quelques mots et quelques images, Prudon nous parle d’amour, du temps qui passe et qui ne revient pas. On assiste à un vieux couple qui se promène en bord de Loire et qui vit ses derniers instants face à cette grande roue qui tourne. Cette même grande roue qui était présente lors de la rencontre du couple des décennies auparavant et qui à travers elle nous faire revivre les moments du débuts. La grande roue tourne continuellement et rappelle finalement l’horloge qui également tourne et qui inlassablement laisse le temps filer.
Le dessin est intéressant. Il ressemble à des ombres qui s’alternent. Des formes blanches sur fond noir et vice versa. Ce n’est pas forcément mon style mais c’est impressionnant ce que l’on peut faire en quelques coups de pinceau.
C’est léger, c’est touchant, c’est poétique, tout cela sans forcément être trop.
Dorohedoro est typiquement le genre de manga que l'on adore ou que l'on déteste. Dès les premières pages, on plonge dans un univers sale, chaotique et complètement barré. Cette folie permanente fait sa force. L'autrice construit un monde fascinant, peuplé de personnages improbables mais attachants. Même les antagonistes bénéficient d'un vrai développement et finissent souvent par être plus intéressants que les héros eux-mêmes.
Un mélange de fantasy urbaine, d'horreur, d'humour noir et de violence qui fonctionne. On a souvent l'impression de ne rien comprendre à ce qui se passe, mais cela participe finalement au charme de l'œuvre. On avance dans ce grand bazar avec curiosité, en attendant que les pièces du puzzle s'assemblent. Par contre, l'histoire devient parfois inutilement complexe. À force d'ajouter des mystères, des révélations et de nouveaux personnages, la narration en prend un coup. Tout n'est pas toujours limpide et il faut accepter de se laisser porter par le délire ambiant.
Graphiquement, le trait de Hayashida ne séduira pas tout le monde. Il est brut, parfois brouillon, mais il colle parfaitement à l'univers crasseux et déglingué de la série, immersion garantie.
Un manga aussi fou que fascinant, dont le chaos apparent cache une véritable richesse.
Après lecture des précédents avis, je rejoins à 100% Yaglourt.
Beatifica Blues fait partie de ces BD que je rattache immédiatement à une époque de ma vie. Je l'avais découverte au lycée et je me rappelle encore très bien du plaisir de lecture et du choc visuel qu'elle m'avait procurés (en plus ça coincidait avec mon visionnage de Mad Max 2, qui matche parfaitement avec la scène dintroduction). C'est aussi ma véritable rencontre avec le duo Dufaux-Griffo, un tandem que je retrouverai ensuite avec beaucoup de plaisir, comme Monsieur Noir quelques années plus tard.
En la relisant des années plus tard, je lui trouve toujours ce charme très particulier des grandes BD SF des années 80. Le monde imaginé par Dufaux est sale, décadent, étrange, parfois volontairement nébuleux (ce que je me redis à chaque fois que je relis la dédicace qu'il m'a fait, merci Mr Dufaux la longue attente valait le coup), mais il dégage une atmosphère incroyable. Entre les pluies acides, les cités qui survivent au mieux et cette mystérieuse pilule devenue indispensable à la population, on a constamment envie de tourner les pages pour en découvrir davantage.
Gros point fort, l'album ne cherche jamais à tout expliquer. Il préfère installer une ambiance, multiplier les personnages inquiétants aux noms farfelus ou fascinants et laisser le lecteur s'immerger dans cet univers post-apocalyptique où plane une sensation permanente de fin du monde. On sent aussi un Dufaux encore jeune mais déjà très attiré par les figures de marginaux, les destins brisés et une poésie du désastre qui deviendra l'une de ses marques de fabrique. Et puis il y a Griffo. Son dessin se bonifie à chaque tome. On sent les influences graphiques de l'époque, mais il est déjà élégant et a une personnalité qui donne du relief à cet univers. Beaucoup d'images me sont restées en mémoire bien après la lecture, ce qui est souvent le signe des albums qui comptent un peu plus que les autres.
Tout n'est pas parfait pour autant. Certains développements paraissent aujourd'hui un peu décousus, certains passages sur Hugo abscons à point et l'histoire emprunte parfois des détours qui n'apportent pas grand-chose. Mais ce sont finalement des défauts assez mineurs au regard de la richesse de l'univers.
Une série imparfaite mais terriblement attachante, portée par une ambiance formidable et un duo d'auteurs qui commençait déjà à montrer tout son talent. Une madeleine de Proust de lecteur, tout simplement.
PS : oubliez les 3 albums seuls et cherchez directement l'intégrale qui contient l'équivalent d'un album supplémentaire qui apporte enfin une véritable conclusion à l'histoire. Sans elle, on reste un peu sur sa faim. Avec elle, l'ensemble gagne en cohérence et prend une tout autre dimension. C'est tout simplement indispensable.
Le chevalier solitaire face à la jungle de béton. J'aime beaucoup ces histoires réalisées par l'équipe au complet de 100 Bullets. En enquêtant sur un crime, en revivant des souvenirs traumatisants, en affrontant des versions plus réalistes et sombres des vilains Croc ou Pingouin, Batman apparaît ici plus solitaire et sans les acolytes des cycles précédents. Les éléments caractéristiques du roman policier ou du film Noir encadrent le héros et la ville de Gotham. Le point le plus fort, pour moi, est la conversation avec le Joker à l'asile Arkham, je recommande la lecture !
J'ai la chance de posséder, en plus de la version normale en couleurs, la « The Deluxe Edition », version américaine en noir et blanc. Je pense que c'est là que la beauté du travail de Risso ressort encore plus.
Dans un monde où les Kaijus ont disparus, les sentais perdurent encore. S'iels ne se tatanent plus avec des monstres de 50 mètres de haut iels se contentent aujourd'hui d'enchaîner les missions peu glorieuses et les petits boulots ingrats. L'âge de l'héroïsme n'est plus et les jeunes, de tout âge et de tout temps, sont comme toujours perdu-e-s quant au monde dans lequel iels vont devoir apprendre à vivre.
Sous couvert de héros en perdition on nous parle donc surtout de jeunesse qui ne sait pas où elle va et de la peur de l'incertitude face à l'avenir. On nous parle d'anxiété, du conflit entre nos rêves et la réalité, de l'ambiance étouffante d'un écosystème et d'une société notoirement mourant-e-s, on nous parle surtout de gens paumés. J'aime particulièrement cette représentation de cette période de vie particulièrement angoissante où tous les repères du passé volent en éclat et où l'avenir ne nous semble plus qu'une terrible fatalité, d'autant plus lorsque l'on met en lumière que cette période peut durer très longtemps. Après tout, est-on jamais vraiment en contrôle de notre trajectoire de vie et de la réalisation de nos rêves ?
Au delà du simple sujet de la jeunesse en perdition et des angoisses liées à l'avenir, on note également une critique de la culture capitaliste et un propos sur les différences d'impositions de genre au sein de notre société.
C'est du très bon, le dessin de Singelin est toujours bien travaillé, les décors sont fournis et joliment chaotiques, la colorisation n'appuyant que les couleurs vives des sentais est bien trouvées, les personnages sont attachants et intriguants (et celleux qui sont des têtes à claques et/ou des petits cons finis restent réalistes dans leur exécution et leur dégringolade morale reste prenante à voir), … Bref, une série qui se révèle très bonne.
Hâte de lire le troisième et dernier tome !
(Note réelle 3,5)
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Le Convoyeur
Un univers post-apo à la fois classique (le retour au féodal et la débrouille) et original (une mystérieuse contagion, la lutte contre les mutations). Et des personnages bien marqués avançant masqués, aux traits de caractères forts mais laissant pourtant place à beaucoup d'interrogations. Le premier tome est moyen bien que l'ambiance soit pesante. Dans le 2, les enjeux prennent et le 3 amènent beaucoup de révélations, de questions supplémentaires et de séquences mémorables. Bref, ça s'améliore de volume en volume. Et je pense sincèrement que la note grimpera à la parution du tome 4. Petit bémol contre le rythme des réponses qui ralentie au fur et à mesure des pages, espérons que ce ne soit pas une manière de tirer sur la longueur. MàJ après relecture des 3 premiers tomes et lecture du 4ème tome: Clairement la note remonte à 4. Les personnages principaux prennent à chaque tome plus d'épaisseur et d'importance, des retournements de situation dévoilent une nouvelle facette de chacun d'eux. Certains personnages secondaires assez clichés ont même droit à leur petit surplus d'âme et c'est heureux pour quelques scènes d'action dispensables. Car l'intérêt réside dans l'univers dans lequel ils se déplacent d'un but à l'autre jusqu'à prendre la direction qui conclut cette belle saga qui laisse entrevoir une suite qui n'est pas nécessaire. Un monde à l'opposé du notre où la nature, effrayante, reprend ses droits et change notre rapport vis-à-vis de celle-ci. Mais on dirait du Miyazaki? A la lecture du dernier tome, j'ai pensé à un pendant européen de Nausicaä de la vallée du vent, il y a pire comme comparaison. Un amalgame réussi de western, thriller, écologie, SF... joliment colorisé, qui se relit avec plaisir.
Lucky Luke
J'ai commencé à lire cette série alors que j'étais encore enfant et j'ai toujours beaucoup aimé les dessins de Morris. Même avant sa collaboration avec Goscinny, je trouvais ça drôle. Mais je dois reconnaître qu'il y a un âge d'or de la série avec Goscinny et le passage du journal Spirou à Pilote. Goscinny a créé des histoires et des personnages mémorables, de La Diligence jusqu'à L'Empereur Smith… Mes préférés sont peut-être Waldo Badmington, le Pied-Tendre, avec son majordome Jasper ou le Prof. Otto von Himbeergeist de la Guérison des Dalton. L'évolution des personnages au fil de ces histoires est hilarante ! Parmi mes préférées, il y a aussi le Canyon Apache ou le 20e de cavalerie, mais tout est très bon! Je ne pourrais pas oublier la participation des animaux, de Jolly Jumper, si sensé et intelligent, à Ratanplan, le chien le plus stupide de l’Ouest ! Les dessins de Morris sont bien plus complexes que la simplicité apparente et l'improvisation qu'on pourrait percevoir à première vue. Les cadrages, les séquences, le dynamisme sont la preuve d'un grand talent. J'adore aussi identifier les acteurs de cinéma à partir de leurs caricatures: Gary Cooper, Lee van Cleef, Mae West, W. C. Fields, Sean Connery, David Niven et tant d’autres! Goscinny, Franquin ou Will y sont aussi! Aujourd'hui, je continue à lire Lucky Luke et les séries dérivées, mais sans le même plaisir d'autrefois, et je dois avouer que je ne suis vraiment pas fan de certaines d'entre elles. Mais l’image de l’homme qui tire plus vite que son ombre, restera avec moi pour toujours! P.S. Je devrais encore parler d'autres sujets: de l'image des Indiens, des femmes (de Calamity Jane à Ma Dalton), de l'érotisme latent et parfois (auto-)censuré. Il faudrait que j'écrive un livre!
L'Homme qui s'évada
Paco les mains rouges en BD, ou « Papillon » en version film, voilà les images qui me venaient à l’esprit en pensant au bagne de Cayenne. Cet album s’intéresse au destin de l’un des condamnés à cet enfer, Dieudonné, en reprenant le travail d’Albert Londres, qui a publié articles et un livre après un reportage en Guyane, et qui aidé Dieudonné à revenir en France, après qu’il se soit évadé et réfugié au Brésil. Dieudonné était anarchiste, ami de certains membres de la « bande à Bonnot », et c’est uniquement pour ses idées et ses fréquentations qu’il a été condamné – faussement accusé. Sa condamnation à mort commuée en déportation au bagne de Cayenne, on s’est débarrassé – comme d’autres – d’une idée et d’un homme (au passage, qu’un anarchiste s’appelle Dieudonné est un peu drôle…)… On a d’abord droit à une description de l’horreur des conditions de vie (proche de la torture et de la mise à mort plus ou moins lente) des détenus – y compris après qu’ils aient fini de purger leur peine (hypocritement, sans le préciser aux jurés lors des procès, ils sont condamnés à « doubler » leur peine en restant en Guyane avant de pouvoir envisager – s’ils ont survécu au bagne et s’ils en ont les moyens – de revenir en métropole. Puis vient l’évasion. L’évasion de Dieudonné, avec quelques codétenus – est épique, forcément dangereuse, avec la traque des « chasseurs d’hommes », les dangers « naturels » (serpents, sables mouvants, mer dangereuse, etc.), puis une longue période où il s’installe au Brésil, avec une attitude parfois étonnante des autorités locales, lorsque la France demande son arrestation et son extradition. Le tout raconté par Dieudonné et Londres. J’ai trouvé cette histoire intéressante. Dieudonné est un personnage attachant, qui ne semble pas avoir manifesté de haine par rapport aux nombreuses injustices dont il a été victime. Le beau travail de Londres – et l’hypocrisie des dirigeants politiques et magistrats de l’époque – est aussi mis en avant. C’est un très bon album, à mi-chemin du roman graphique et du documentaire (je l’aurais presque mis dans cette seconde catégorie). Note réelle 3,5/5.
La Femme
Un album étonnant, et visiblement méconnu, si j’en crois la quasi absence d’avis sur le site. Et pourtant, il mérite un petit détour, de la part des lecteurs curieux et/ou des amateurs d’humour original et décalé. Il ne faut pas s’attendre à hurler de rire en continu. Mais j’ai trouvé très plaisante cette lecture, qui sort des types d’humour à la vogue. Les scénaristes (deux auteurs finlandais que je ne connaissais pas) nous proposent quelque chose de faussement suranné et coincé. Une sorte de manuel de savoir vivre, comme il s’en publiait il y a un siècle, avec comme sujet principal la femme – mais du point de vue de l’homme. C’est subdivisé en chapitres thématiques (« Les progrès de la vie de couple » ; « L’amour en pratique » ; « Les autres » ; « Résoudre une crise » ; « L’importance du sexe »), avec un narrateur qui donne des conseils à ses lecteurs masculins. Ces conseils présentent de façon très sérieuse des situations banales, sur un ton sentencieux, la bonne gestion de cet être différent (et inférieur) mais nécessaire à l’épanouissement de l’homme. Le ton sérieux, pince-sans-rire m’a parfois fait penser aux Monty Python. Surtout que le ridicule du discours, volontairement anachronique et improbable est renforcé par le dessin de Stéphane Rosse. Son style réaliste au trait fin, proche de certains auteurs de comics (mais aussi d’auteurs franco-belge « anciens » comme Jacobs), ajoute à la patine « vintage » qui colle parfaitement à l’esprit de ce manuel, cette « Leçon de choses » d’un autre temps. Et, cerise sur le gâteau, les scènes représentées sont souvent en décalage avec le texte, ajoutant de l’étrange, parfois du n’importe quoi, surprenant souvent par rapport au discours pédant du narrateur. Le dessin renforce le caractère absurde du discours en tout cas. N'hésitez pas à jeter un œil sur cet album si vous en avez l’occasion ! Note réelle 3,5/5.
Leyte
Les forces japonaises ne vont pas rester sur la défensive. - Ce tome est le dix-septième de la série Les grandes batailles navales. Son édition originale date de 2021. Il a été réalisé par Jean-Yves Delitte, peintre officiel de la Marine et membre titulaire de l’académie des Arts & Sciences de la Mer, pour le scénario et les dessins. La mise en couleurs a été réalisée par Douchka Delitte. Il comprend quarante-six planches de bande dessinée. Il se termine par un dossier historique de huit pages, réalisé par le scénariste, comprenant huit parties intitulées : Un plan parfait ?, Ne jamais vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué !, Pléthore de porte-avions !, Trop de chefs et un incroyable imbroglio !, Suprématie aérienne, Surprise ! Surprise !, Kamikaze !, Le coup de grâce, ainsi qu’un glossaire. Avec l’année 1944, les forces de l’Axe sont acculées. En Europe, l’implacable rouleau compresseur soviétique progresse inlassablement tandis que les alliés, en débarquant en Italie et en Normandie, ouvrent de nouveaux fronts. Dans le Pacifique, les Japonais reculent également. Après le tir aux pigeons des Mariannes, c’’est l’heure de reconquérir les Philippines. Cela a commencé le 17 octobre 1944 par un bombardement intensif de l’île de Leyte qui a été suivi par un débarquement. Une semaine plus tard, c’est un flot continu d’hommes et de matériel qui foule la terre philippine. La reconquête de l’archipel des Philippines est un impératif stratégique pour les États-Unis. Elle doit permettre de couper les routes d’approvisionnement du Japon tout en multipliant les aérodromes à proximité du Japon afin de donner davantage de puissance destructive à leurs escadrilles de bombardiers. Mais dans le Pacifique, la reconquête est un chemin couvert d’embûches où chaque relief, chaque bosquet cache un piège mortel car, même affaibli, l’empire du Japon n’a pas renoncé à se battre. Cela dit, ce 24 octobre 1944, les principaux affrontements ne se déroulent pas dans les terres mais en mer. Bien plus au nord de l’île de Leyte, dans les eaux turquoise de la mer de Sibuyan, le premier acte d’une imposante confrontation entre la marine impériale japonaise et l’US Navy se termine. Le pilote d’un avion de chasse et son navigateur larguent leur bombe sur un énorme cuirassé qui a déjà encaissé des grappes de torpilles et des chapelets de bombes, qui crache de la fumée par tous les sabords, mais refuse de couler. Il est 17h35, après une énième attaque, le cuirassé japonais Musashi sombre. Sur un petit atoll dans les Philippines, le lieutenant Hiroyoshi lit un magazine américain contenant de pin-ups, assis sur une caisse renversée, à côté d’un chasseur sur lequel s’affairent des mécaniciens. Un autre avion revient d’une mission et se présente pour l’atterrissage. Le pilote Hiroyoshi descend du cockpit de son chasseur qui porte les marques de nombreux impacts de balles. Il saigne un peu à la cuisse. Le lieutenant lui demande ce qu’il en est de la flotte de Kurita dans la mer de Sibuyan, du plan Sho. Le pilote répond qu’il n’avait jamais vu une telle armada, mais les avions U.S. étaient trop nombreux. Ils ont eu le Yamato ou le Musashi, Kurita a viré de bord. C’est toujours un plaisir que de découvrir un bataille navale célèbre dans le cadre de cette collection : les dessins concrets et secs de Delitte, ainsi que sa capacité à évoquer les affrontements dans un ouvrage très synthétique, sa brièveté pouvant frustrer les connaisseurs, et faisant œuvre de vulgarisation pour des néophytes. Il est possible qu’arrivé à la fin de la partie bande dessinée, les uns et les autres restent un peu sur leur faim. Certes la narration fluide a mis en scène de nombreuses facettes de cette grande bataille navale. Les avions : Zéro, Hellcat, Vought Corsair, Helldiver. Plusieurs gradés sont évoqués : Takeo Kurita (1889-1977), Samuel Eliot Morison (1887-1976), William Frederick Halsey (1882-1959), Sh?ji Nishimura (1889-1944), Kiyohide Shima (1890-1973), etc. Plusieurs batailles sont nommées par leur localisation : mer de Sibuyan, détroit de Surigao, détroit de San Bernardino, et bien sûr l’île de Leyte. Également, le lecteur peut voir plusieurs navires subir les attaques des chasseurs et des bombardiers. Pour autant, cette forme narrative est exempte de plan de bataille, de vue générale sur le positionnement des différentes flottes engagées, ou encore des dates des autres affrontements. En revanche, la lecture du dossier historique fournit tous ces éléments de contexte (à part le plan de situation), et développe plusieurs facettes spécifiques comme la composition des flottes, ou la tactique kamikaze. En fonction de sa familiarité avec la série, le lecteur se réjouit de plonger dans un tome illustré par JY Delitte lui-même, car il en connaît les qualités. Bien évidemment, l’art et la manière de représenter les vaisseaux relèvent du meilleur niveau. S’il a lu des tomes de la série illustrés par d’autres artistes, le lecteur a pu constater que ce qui semble si évident sous le crayon de cet artiste devient tout de suite moins accessible pour les autres dessinateurs. Au vu de ses qualifications professionnelles, ce peintre officiel de la Marine sait maîtriser la structure et les particularités de chaque bâtiment, et les restituer dans ses dessins. Il choisit des angles de vue adaptés, permettant de bien les visualiser en fonction de l’action, débarquement, ou survol par des avions, explosions de bombes larguées par des avions, tir de leurs canons, etc. Il utilise des traits de contour très fins, lui permettant d’aller à un niveau élevé de détails dans ses représentations, pour des éléments qu’il choisit comme étant essentiels dans l’identité d’un navire : par exemple les canots de sauvetage, les grues et palans, les portes des transporteurs de troupe, les tourelles et leurs multiples canons, le pont d’envol des porte-avions et les dispositifs d’appontage, les cales et les chariots de manutention, le château et ses radars et antennes, la masse titanesque des cuirassés aussi bien ceux de la marine des États-Unis que ceux de celle du Japon, etc. Cette bataille navale, ou cette succession d’affrontements implique des porte-avions, et l’artiste se montre tout aussi impliqué pour représenter dans le détail avec la même qualité de conviction, les différents chasseurs étatsuniens et japonais. Comme à son habitude, l’auteur réalise une vulgarisation de cette bataille navale à hauteur d’hommes. Comme à son habitude également, il met en scène des personnages exclusivement masculins : des hommes à l’allure normale, avec des morphologies variées, une différence discrète dans les visages des Américains et ceux des Japonais, des gestes et des comportements d’adultes sans exagération dramatique. Le lecteur peut même repérer l’écho du geste du caporal Jimmy en train de fumer sa clope les pieds dans l’eau de la jungle (planche treize) et un geste analogue quand le pilote Tomisaku fume la sienne assis sur une caisse renversée à côté de son avion. Comme d’habitude, le lecteur voit des êtres humains accomplissant des gestes banals même en mission, comme regarder un avion qui passe dans le ciel, lire un magazine, vérifier la propreté d’une timbale avant de se servir à boire dedans, taper le carton, protéger ses yeux du soleil en mettant sa main en visière à hauteur du front, trinquer ensemble, etc. Là encore, chaque image porte en elle la rigueur de la reconstitution historique, avec les uniformes, les armes et les différents accessoires militaires, quelle que soit l’arme considérée, terre ou air. Ce mode narratif contient en fait de multiples informations visuelles, intégrées de manière organique dans chaque image. Il met en scène le racisme ordinaire des Américains vis-à-vis des Japonais, ainsi que la consommation d’alcool comme anesthésiant pour faire passer des situations intenables. Le récit plonge également le lecteur au milieu des batailles, majoritairement du point de vue des pilotes. À la différence de l’album consacré au Le Bismarck (2019), l’artiste ne s’attache pas à décrire un navire en train de sombrer par le fond. En revanche il montre l‘attaque d’un kamikaze, aux commandes d’un Mitsubishi A6M5, plus connu sous la dénomination de Zéro, qui s’écrase volontairement sur le pont d’envol du porte-avions d’escorte St Lo. Le dossier historique apporte des détails complémentaires : L’explosion de l’avion japonais provoque un important incendie qui, en l’absence d’un pont blindé, va rapidement ronger les entrailles du navire. Le St Lo va rentrer dans l’histoire en étant le premier navire de surface coulé par un kamikaze. La mise en scène des combats montre clairement ce qui est en train de se passer, permettant au lecteur de se projeter dans ces situations. Elle comprend quatre illustrations en double page : des chasseurs américains se retrouvant face à des chasseurs japonais au nord de l’île de Leyte dans les eaux turquoise de la mer de Sibuyan, plus loin deux cuirassés japonais de la flotte de l’amiral Takeo Kurita, des destroyers U.S. attaquant la flotte japonaise, et le porte-avions St-Lo étant la proie des flammes. Cette fois-ci le bédéaste s’attarde moins sur la réalité concrète des morts et des blessés, laissant l’imagination du lecteur faire le travail pour les marins prisonniers d’un navire ravagé par les bombes et les torpilles, ou pour ce qui se passe dans l’esprit d’un kamikaze. Cette bande dessinée retrace une partie de la bataille de Leyte, c’est-à-dire celle du golfe de Leyte, des 24 et 25 octobre 1944, mettant en présence du côté américain douze cuirassés, dix croiseurs lourds, douze croiseurs légers, cent quarante-et-un destroyers, vingt-deux sous-marins, trente-neuf Peet-Boat, huit porte-avions d’escadre, huit porte-avions légers et dix-huit porte-avions d’escorte, et du côté japonais trois flottes totalisant quatre cuirassés, treize croiseurs lourds, six croiseurs légers et trente-cinq destroyers, quatre porte-avions, deux cuirassés porte-avions, deux pétroliers. Le bédéaste représente admirablement bien les navires militaires et les avions, ainsi que les soldats, les moments de calme et les affrontements mêlant navires et avions. Au vu de l’ampleur des engagements, il fait œuvre de vulgarisation, en montrant quelques facettes, sans se lancer dans une présentation exhaustive. Le lecteur complète les planches de bande dessinée, avec la découverte du dossier historique, ce qui lui donne une meilleure compréhension des manœuvres, et la confirmation qu’il s’agit de la première bataille dans laquelle les forces japonaises ont eu recours à des opérations kamikazes sur ordre. La guerre dans toute sa dimension inhumaine et infernale.
La Roue sans merci
J’avais beaucoup aimé Shanghai Chagrin du même auteur. J’étais donc curieux de découvrir le dernier ouvrage du jeune auteur Léopold Prudent. La Roue sans merci est un petit ouvrage d’un vingtaine de page et d’une taille à peine plus grande que ma main (j’ai de grandes mains donc ça n’aide pas). Cependant, derrière cette petite BD se cache tout de même une grande BD. En quelques mots et quelques images, Prudon nous parle d’amour, du temps qui passe et qui ne revient pas. On assiste à un vieux couple qui se promène en bord de Loire et qui vit ses derniers instants face à cette grande roue qui tourne. Cette même grande roue qui était présente lors de la rencontre du couple des décennies auparavant et qui à travers elle nous faire revivre les moments du débuts. La grande roue tourne continuellement et rappelle finalement l’horloge qui également tourne et qui inlassablement laisse le temps filer. Le dessin est intéressant. Il ressemble à des ombres qui s’alternent. Des formes blanches sur fond noir et vice versa. Ce n’est pas forcément mon style mais c’est impressionnant ce que l’on peut faire en quelques coups de pinceau. C’est léger, c’est touchant, c’est poétique, tout cela sans forcément être trop.
Dorohedoro
Dorohedoro est typiquement le genre de manga que l'on adore ou que l'on déteste. Dès les premières pages, on plonge dans un univers sale, chaotique et complètement barré. Cette folie permanente fait sa force. L'autrice construit un monde fascinant, peuplé de personnages improbables mais attachants. Même les antagonistes bénéficient d'un vrai développement et finissent souvent par être plus intéressants que les héros eux-mêmes. Un mélange de fantasy urbaine, d'horreur, d'humour noir et de violence qui fonctionne. On a souvent l'impression de ne rien comprendre à ce qui se passe, mais cela participe finalement au charme de l'œuvre. On avance dans ce grand bazar avec curiosité, en attendant que les pièces du puzzle s'assemblent. Par contre, l'histoire devient parfois inutilement complexe. À force d'ajouter des mystères, des révélations et de nouveaux personnages, la narration en prend un coup. Tout n'est pas toujours limpide et il faut accepter de se laisser porter par le délire ambiant. Graphiquement, le trait de Hayashida ne séduira pas tout le monde. Il est brut, parfois brouillon, mais il colle parfaitement à l'univers crasseux et déglingué de la série, immersion garantie. Un manga aussi fou que fascinant, dont le chaos apparent cache une véritable richesse. Après lecture des précédents avis, je rejoins à 100% Yaglourt.
Beatifica Blues
Beatifica Blues fait partie de ces BD que je rattache immédiatement à une époque de ma vie. Je l'avais découverte au lycée et je me rappelle encore très bien du plaisir de lecture et du choc visuel qu'elle m'avait procurés (en plus ça coincidait avec mon visionnage de Mad Max 2, qui matche parfaitement avec la scène dintroduction). C'est aussi ma véritable rencontre avec le duo Dufaux-Griffo, un tandem que je retrouverai ensuite avec beaucoup de plaisir, comme Monsieur Noir quelques années plus tard. En la relisant des années plus tard, je lui trouve toujours ce charme très particulier des grandes BD SF des années 80. Le monde imaginé par Dufaux est sale, décadent, étrange, parfois volontairement nébuleux (ce que je me redis à chaque fois que je relis la dédicace qu'il m'a fait, merci Mr Dufaux la longue attente valait le coup), mais il dégage une atmosphère incroyable. Entre les pluies acides, les cités qui survivent au mieux et cette mystérieuse pilule devenue indispensable à la population, on a constamment envie de tourner les pages pour en découvrir davantage. Gros point fort, l'album ne cherche jamais à tout expliquer. Il préfère installer une ambiance, multiplier les personnages inquiétants aux noms farfelus ou fascinants et laisser le lecteur s'immerger dans cet univers post-apocalyptique où plane une sensation permanente de fin du monde. On sent aussi un Dufaux encore jeune mais déjà très attiré par les figures de marginaux, les destins brisés et une poésie du désastre qui deviendra l'une de ses marques de fabrique. Et puis il y a Griffo. Son dessin se bonifie à chaque tome. On sent les influences graphiques de l'époque, mais il est déjà élégant et a une personnalité qui donne du relief à cet univers. Beaucoup d'images me sont restées en mémoire bien après la lecture, ce qui est souvent le signe des albums qui comptent un peu plus que les autres. Tout n'est pas parfait pour autant. Certains développements paraissent aujourd'hui un peu décousus, certains passages sur Hugo abscons à point et l'histoire emprunte parfois des détours qui n'apportent pas grand-chose. Mais ce sont finalement des défauts assez mineurs au regard de la richesse de l'univers. Une série imparfaite mais terriblement attachante, portée par une ambiance formidable et un duo d'auteurs qui commençait déjà à montrer tout son talent. Une madeleine de Proust de lecteur, tout simplement. PS : oubliez les 3 albums seuls et cherchez directement l'intégrale qui contient l'équivalent d'un album supplémentaire qui apporte enfin une véritable conclusion à l'histoire. Sans elle, on reste un peu sur sa faim. Avec elle, l'ensemble gagne en cohérence et prend une tout autre dimension. C'est tout simplement indispensable.
Batman - Cité brisée
Le chevalier solitaire face à la jungle de béton. J'aime beaucoup ces histoires réalisées par l'équipe au complet de 100 Bullets. En enquêtant sur un crime, en revivant des souvenirs traumatisants, en affrontant des versions plus réalistes et sombres des vilains Croc ou Pingouin, Batman apparaît ici plus solitaire et sans les acolytes des cycles précédents. Les éléments caractéristiques du roman policier ou du film Noir encadrent le héros et la ville de Gotham. Le point le plus fort, pour moi, est la conversation avec le Joker à l'asile Arkham, je recommande la lecture ! J'ai la chance de posséder, en plus de la version normale en couleurs, la « The Deluxe Edition », version américaine en noir et blanc. Je pense que c'est là que la beauté du travail de Risso ressort encore plus.
Shin Zero
Dans un monde où les Kaijus ont disparus, les sentais perdurent encore. S'iels ne se tatanent plus avec des monstres de 50 mètres de haut iels se contentent aujourd'hui d'enchaîner les missions peu glorieuses et les petits boulots ingrats. L'âge de l'héroïsme n'est plus et les jeunes, de tout âge et de tout temps, sont comme toujours perdu-e-s quant au monde dans lequel iels vont devoir apprendre à vivre. Sous couvert de héros en perdition on nous parle donc surtout de jeunesse qui ne sait pas où elle va et de la peur de l'incertitude face à l'avenir. On nous parle d'anxiété, du conflit entre nos rêves et la réalité, de l'ambiance étouffante d'un écosystème et d'une société notoirement mourant-e-s, on nous parle surtout de gens paumés. J'aime particulièrement cette représentation de cette période de vie particulièrement angoissante où tous les repères du passé volent en éclat et où l'avenir ne nous semble plus qu'une terrible fatalité, d'autant plus lorsque l'on met en lumière que cette période peut durer très longtemps. Après tout, est-on jamais vraiment en contrôle de notre trajectoire de vie et de la réalisation de nos rêves ? Au delà du simple sujet de la jeunesse en perdition et des angoisses liées à l'avenir, on note également une critique de la culture capitaliste et un propos sur les différences d'impositions de genre au sein de notre société. C'est du très bon, le dessin de Singelin est toujours bien travaillé, les décors sont fournis et joliment chaotiques, la colorisation n'appuyant que les couleurs vives des sentais est bien trouvées, les personnages sont attachants et intriguants (et celleux qui sont des têtes à claques et/ou des petits cons finis restent réalistes dans leur exécution et leur dégringolade morale reste prenante à voir), … Bref, une série qui se révèle très bonne. Hâte de lire le troisième et dernier tome ! (Note réelle 3,5)