Les derniers avis (74 avis)

Couverture de la série Milady de Winter
Milady de Winter

Je n'ai jamais lu Les Trois mousquetaires. Tout ce que j'en sais vient des vagues souvenirs que j'ai d'avoir regardé des épisodes d'Albert le Cinquième Mousquetaire et la légendaire adaptation cinématographique de 2011 quand j'étais plus jeune (autant dire que je part avec des connaissances solides de l'univers et de ses personnages). Bon, en vrai , je tire le trait, l’œuvre est suffisamment référencée et parodiée pour que j'en connaisse les grandes lignes, les enjeux et les acteurs principaux, à commencer par Milady de Winter, femme d'intrigue, de complot et de meurtres, âme damnée notoire et sorte de figure de proue de l'archétype de la femme fatale dans les récits de Cape et d'Épée. Ayant toujours eu un faible pour les personnages manipulateurs et fourbes au passé et aux motivations complexes, d'autant plus lorsqu'il s'agit de personnages féminin, forcément j'ai de l'attache pour ce personnage. Alors, même si je ne connais pas parfaitement l’œuvre d'origine, qu'ai-je donc pensé de cette réécriture centrée sur son personnage le plus intéressant à mes yeux ? C'est du bon. Du très bon. Pas parfait, mais indubitablement de très bonne facture. Ici, on va essayer de mettre en avant le point de vue féminin au milieu de toutes ces histoires de pouvoirs, de guerres et de complots pourtant bien trop souvent régis par les humeurs masculines. On met en avant le caractère cruel et nauséabond du comportement masculin et patriarcal typique de cette époque, les viols trop souvent glissés sous le tapis, les abus de pouvoirs sur "le sexe faible", la violence gratuite et exacerbée (et presque inconsciente par ailleurs), … bref, les hommes sont ici bien loin de l'image du noble héros chaste et respectueux (si ce n'est quelques trop rares exceptions). Les femmes sont elles pour autant réduites à des images de victimes éternelles, écrasées par un système qui ne leur laisse aucune chance ? Non. Elles peuvent se montrer tout aussi cruelles, au delà même de notre anti-héroïne éponyme, jouant du pouvoir qu'elles arrivent à grappiller mais ne l'utilisant pas pour autant de manière juste et noble. On suit une histoire de complots, de coups en traître et de meurtres en série, on nous rappelle donc qu'à part de très rares cas de victimes retrouvées là-dedans par malheur, nous suivons surtout un ramassis de personnes assez immorales. L'idée de suivre ici Lady de Winter dans sa quête de vengeance, en se concentrant sur son passé, sa situation et surtout l'image qu'elle renvoi aux autres et qu'elle se renvoi à elle-même est une idée très bien trouvée. On ne se concentre pas sur une figure "monstrueuse", au contraire, on l'humanise, on montre bien tout ce qu'elle a subit, toutes les souffrances qu'elle a vécues et il est d'autant plus tragique de la voir échouer de manière répétée à enfin reprendre le contrôle de sa vie et, au bout du compte, la voir continuellement choisir les manières les plus immorales et cruelles d'obtenir du pouvoir, de se rapprocher d'une forme de vengeance libératrice. On n'excuse pas ses actes, on les recontextualise. On s'éloigne de l'image de la femme vénale et cruelle, assoiffée de pouvoir, et on en fait une véritable héroïne de tragédie, une anti-héroïne dont nous ne pouvons que constater la lente et interminable chute. Un petit mot pour parler du dessin d'Agnès Maupré, que j'aime appelé "joliment tremblotant", qui parvient à être léger, fluide dans les mouvements, tout en se permettant de beaux détails et ombrages dans de nombreuses cases et, surtout, un travail des expressions que je trouve tout à fait charmant. Des points noirs à la lecture ? Allez, un petit pour la route. Je regrette que le tout ne soit au final pas plus… détaillé. Qu'il y ait pas plus de cette histoire en fait. Je me doute que, devant suivre la trame de l’œuvre originale il n'était pas possible d'extrapoler plus que de raison, mais j'ai trouvé l'idée tellement sympathique et le personnage principal si intéressant et complexe dans sa psychée que je n'aurait pas bouder de voir tout ça plus étoffé. Particulièrement en ce qui concerne sa relation compliquée avec son fils, son rapprochement émotionnel désespéré avec Constance ou encore ses quelques attachements passés avec son second mari et le Comte de Wardes. En fait j'aurais aimé voir le sujet de son isolement émotionnel et le parallèle avec sa chute un peu plus détaillé je crois. Un reproche sans doute idiot, après tout. En tout cas l'album (car oui, dans mon cas, c'est l'intégrale que je possède) offre une lecture on ne peut plus intéressante. (Note réelle 3,5)

18/07/2026 (modifier)
Par Vaudou
Note: 5/5
Couverture de la série Chroniques Barbares
Chroniques Barbares

Chef d'oeuvre. Mitton fait certes preuve d'une grande liberté narrative devant les faits historiques mais il sait raconter une histoire. Le premier album qui illustre le sac de Rouen de 841 divisera à coup sûr. On oscille entre provocation gratuite et brutalité graphique. Mitton maintient une tension continue jusqu'à la dernière page. Un véritable tour de force au niveau du découpage. C'est une interprétation au premier degré du mot barbare. J'ai adoré la proposition et le parti pris personnellement. Le deuxième album relate le traité de Saint-Clair-sur-Epte de 911 et le tome 3 met en images l'arrivée des vikings au Groenland en 985. Le personnage de Bartholomé, hanté par la culpabilité, est bien plus intéressant qu'il n'y paraît de prime abord. Tome 1 : ***** Tome 2 et 3 : **** Une grande saga misanthrope, entre terreur et décadence de l'être humain.

18/07/2026 (modifier)
Par Miguelof
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Prosopopus
Prosopopus

J'adore cette histoire de De Crécy. Les dessins sont époustouflants, dans son style un peu croquis inachevé, improvisé, où les traits se mêlent aux couleurs de manière absolument originale. Les paysages urbains sont impressionnants. J’admire l’absence totale de mots : la bande dessinée, comme le cinéma, est un art séquentiel (expression de W. Eisner) et, parfois, il fait du bien de se reposer de tant de bavardage. Je crois avoir compris l’histoire et son message basique : crime et châtiment à travers un ectoplasme (prosopopée, personnification) très particulier, dérangeant mais aussi drôle, d'une manière un peu perverse. Cependant, une autre chose que j’aime beaucoup chez cet auteur est l’ouverture à plusieurs interprétations possibles, à différents niveaux de lecture. Quand j’ai recommandé et prêté le livre à plusieurs amis… j’ai eu l’impression qu’ils se mirent à me regarder comme une sorte d’extraterrestre…

18/07/2026 (modifier)
Par Miguelof
Note: 4/5
Couverture de la série À tous les coups, c'est Spirou !
À tous les coups, c'est Spirou !

C'est une belle surprise, cet album de Spirou, Fantasio et Spip. Complètement esthétique des années 50, dans les voitures, la mode féminine, les décors, ce livre est un objet très attirant. Bien que présentées comme « époustouflantes », les quatre histoires sont simples, amusantes et un peu naïves. Les dessins d'Al (Alec Séverin) s'inspirent principalement du Spirou de Jijé et touchent toute la gamme de la nostalgie.

18/07/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Eyes without a face
Eyes without a face

Ils arrivent quand les fameux contrats ? - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2026. Il est l’œuvre de Marie Baudet pour le scénario, les dessins et les couleurs. Il comprend cent-sept planches de bande dessinée. Cette autrice a également réalisé L'Amour, après (2023) avec Baptiste Sornin, et Criticopolis (2026). Le Balto, un bar de village faisant face à une boutique de location de skis, tous deux noyés dans la brume au milieu des montagnes. Dans le bar, à la radio, Billy Idol, le morceau Eyes without a face. Un homme moustachu nettoie la tireuse à bière tandis qu’une main tenant un verre de scotch vide vient taper sur le comptoir. Le client aux lunettes de soleil indique qu’il souhaite le double. Cela ne provoque aucune réaction de la part des quelques habitués présents. Puis dehors devant le bar, assis dans sa voiture, porte ouverte, l’homme dit au téléphone à sa mère, qu’il est pris dans les embouteillages et aura du retard, qu’ils peuvent commencer sans lui. Ensuite Sylvain Fardot envoie un message à son agent Jean-Louis disant que suite à l’éviction il a besoin de faire un break. Il reprend alors la conduite sur une route de moyenne montagne, traversant une forêt de sapins, avec les monts enneigés dans la perspective. Dans leur maison, la mère et le père sont installés sur le canapé en train de regarder la télé, pendant que leur fille fait des étirements derrière, avec sa propre fille en train de jouer avec des cubes. Tout en caressant son chien, la mère annonce à sa fille que Sylvain arrive, qu’il a eu des bouchons à Lourdes apparemment. Stéphanie Fardot rétorque du tac au tac qu’il est toujours à faire son intéressant : gna gna gna il vit à Paris, Gna gna gna son burnout, Gna gna gna, ses graines de chia, déjà petit il avait fait exprès d’être gaucher. Ses parents lui demandent de se taire et de les laisser regarder leur jeu. Elle continue : s’il lui refait le coup de l’éducation positive, elle lui en colle une. Sylvain Fardot entre dans la pièce avec une valise à la main droite et un sac dans l’autre. Sa mère l’accueille avec le surnom de Bichon maltais, sa sœur en pointant du doigt qu’il fait son intéressant. Sa mère observe qu’il fait une drôle de tête. Il explique que la production a fait mourir son personnage dans un crash d’avion au triangle des Bermudes. Il ajoute qu’il croit que cette fois-ci, il est vraiment viré de la série pour de bon. Il répond à sa mère qu’il a pris trois comprimés d’Euphytose pour se calmer. Sa mère demande au père d’apporter le Xanax pour leur fils, et elle le réconforte en lui disant qu’elle va lui faire un bon chocolat chaud. Quelques temps plus tard, il est affalé sur le canapé avec un paquet de gâteaux à portée de main, et le Télé Poche qui titre : Sylvain Fardot, évincé de la série Un si beau bonheur. Sa sœur est en train de passer l’aspirateur et elle lui demande de bouger. Il se lève agacé en lui disant qu’il la laisse faire ses petites affaires. Elle lui rétorque qu’avec ce genre de remarques, il est gonflé d’aller parler de charge mentale sur les plateaux TV. Il lui rappelle qu’elle sait très bien que depuis son burnout d’il y a deux ans, il a des séquelles, il est en incapacité motrice de faire le ménage. Le lecteur identifie sans peine la référence du titre : la chanson Eyes without a face, écrite et interprété par Billy Idol, coécrite par Steve Stevens, extraite de l’album Rebel Yell sorti en 1984, inspirée par le film Les yeux sans visage (1960) réalisé par Georges Franju (1912-1987). S’il a lu le précédent album de la bédéaste, il retrouve ce parti pris qui peut déconcerter au début : dessiner des visages dépourvus de traits, c’est-à-dire sans bouche, sans nez, et sans yeux, finalement le contraire du titre de la chanson, plutôt des visages sans yeux. En fonction de sa sensibilité propre, il peut trouver que cet artifice met les personnages à distance, puisque leur visage n’exprime rien, faute de traits. Ou au contraire que ce mode de représentation rend visible le fait qu’on ne sait jamais vraiment ce que pense autrui. Parmi les présupposés de l’existence qu’il n’est pas possible de vérifier, se trouve celui qui veut que dans l’esprit de chaque être humain se déroule une vie intérieure similaire à la sienne, que chaque individu fonctionne sur le principe de pensées personnelles, de mécanismes de réflexion, de mémoire, de sensations et d’émotions. Que ces principes sont universels à l’échelle de l’humanité, avec des degrés plus ou moins prononcés pour l’un ou l’autre en fonction de sa biologie et de son histoire personnelle, tout en étant bel et bien présent, au cœur du fonctionnement de chaque esprit. Deuxième caractéristique prononcée de ce récit : la rapidité de sa lecture. Il se passe peu de choses, les événements relèvent d’une grande banalité, il y a peu de personnages, et sa dynamique repose sur la crise personnelle de cet acteur qui n’a plus d’emploi après la mort du personnage qu’il incarnait dans une série. D’un côté, le lecteur ressent un minimum de compassion pour la détresse de cet individu ; de l’autre côté il se donne des airs qui le rendent imbuvable. La scénariste joue avec le présupposé classique qui veut que le personnage principal soit le héros du récit, pas forcément un individu courageux ou costaud ou méritoire, mais une personne qui inspire la sympathie d’une manière ou d’une autre. Or le lecteur le regarde agir, comment il se comporte, et… Dans la première séquence, celle dans le bar, les dessins transcrivent la sensation de décalage : cet individu avec ses lunettes de soleil et son long manteau avec col en moumoute, par rapport à des petits rien comme le torchon blanc avec des bandes rouges, les pulls de montagne, les réclames sans âge, le magnétophone à cassette pour diffuser la musique, les habitués en train de taper le carton. Il y a un décalage. Sylvain semble dramatiser la situation en tapant son verre sur le comptoir, en répétant par trois fois un juron à haute voix, en se retournant pour jeter un coup d’œil à la salle. Le lecteur hésite entre un mal-être intense, et une façon maladroite d’essayer d’attirer l’attention. Le dessin en pleine page dans lequel Sylvain s’encadre dans la porte d’entrée et marque une pause, entretient le doute, en comparaison avec la banalité peut-être affligeante, en tout cas authentique, du comportement des parents, des personnes âgées, et de sa sœur. La mention de trois comprimés d’Euphytose établit clairement le degré de déprime, avec une dérision patente. La dessinatrice sait ainsi donner des informations claires par le comportement et le langage corporel des personnages, à commencer par Sylvain. Son allure mollassonne, sa propension à rechercher et retrouver des sensations douillettes comme se vautrer dans le canapé, se mettre sous la couette pour manger des Chocapic dans un bol à son nom en regardant le clip de la chanson, se promener sans hâte dans un chemin de forêt, regarder par la fenêtre pour laisser son regard se perdre, contempler le lent mouvement des bulles dans une lampe à lave, s’enfermer dans la salle de bains, se remettre sous la couette, etc. À la vue de ces comportements, le lecteur ressent toute la déprime qui l’habite. La narration visuelle raconte également les réactions des personnes qu’il côtoie, et montre les différents environnements. En surface, les dessins semblent doux, simplifiés, superficiels, un peu comme vu par les yeux d’un personnage anesthésié par sa déprime. Toutefois, le lecteur ressent les bienfaits du dépaysement, de la balade : l’arrêt dans un troquet banal où on est sûr de ce qu’on y trouvera, la sensation des grands sapins et de la balade en montagne, la présence immuable des sommets enneigés, le sanctuaire inviolable de la salle de bains, le caractère impersonnel et fonctionnel des allées d’un supermarché, etc. L’artiste sait rendre avec force et conviction la familiarité de ces lieux, leur caractère pérenne et rassurant. D’un côté, le lecteur ne parvient pas à réprimer son investissement émotionnel initial dans le personnage principal, un pur réflexe pavlovien généré par les habitudes de la bande dessinée. De l’autre côté… Ce petit regard en arrière dans la salle du bistrot… Ce moment de pose dans l’embrasure de la porte de la maison de ses parents… Ces lunettes de soleil en permanence… Cette nouvelle coiffure à la Billy Idol, ce futal en cuir, ces conversations maniérées et artificielles avec son agent, sa boucle d’oreille, etc. Et même ce patronyme : Fardot… Pour Fardeau ? Sylvain est un acteur, c’est son métier, comme une seconde peau. Il accuse le coup de la suppression de son personnage dans la série télé, de son licenciement, et il cherche une suite, à créer le prochain épisode de sa vie. Les deux premiers couplets de la chanson de Billy Idol semblent décrire sa situation dans la vie à ce moment : sans plus d’espoir, un mauvais rêve de plus pourrait le faire chuter, il est facile de tromper, de taquiner, difficile de se libérer, il a passé tellement de temps à croire à tous ces mensonges, pour faire perdurer le rêve, maintenant, ça le rend triste, ça le met en colère contre la vérité pour avoir aimé ce qu’il était. L’autrice semble sans pitié envers Sylvain : un être humain en manque de reconnaissance par les autres, cherchant à retrouver sa place sous les lumières du spectacle, à bénéficier d’un autre quart d’heure de gloire, à se faire remarquer par n’importe quel artifice à sa portée… pourvu que ce ne soit pas trop fatiguant, plutôt dans l’apparence que dans l’effort, comme en atteste son projet de livre abandonné après l’écriture de quatre phrases. Certes, la souffrance de l’acteur est bien réelle, mais son degré de fainéantise, son manque de gratitude pour sa famille, son objectif unique d’être reconnu ou remarqué, tout va dans le même sens, celui du jugement que l’autrice porte sur lui. Et puis, il surjoue très mal son propre rôle, avec une théâtralité de pacotille, une forme égocentrisme qui neutralise toute empathie, qui le rend aveugle à la situation d’autrui, comme si les autres n’étaient pour lui que de mauvais acteurs dans sa propre vie, à peine des figurants bon marché le tirant vers le bas, vers leur insignifiance. Des dessins très faciles à lire, des pages qui se tournent rapidement, une forme de vacuité dans l’intrigue, et un personnage au comportement irritant particulièrement égocentré, autant de caractéristiques de surface qui font que le lecteur ressort avec un sentiment peut-être mitigé. Dans le même temps, une justesse et une sensibilité parfaites pour dresser le portrait de cet acteur dont le personnage vient de mourir dans la série télé. Une banalité des lieux à la plausibilité peu commune, tout en conservant leur caractère et les sensations qu’ils procurent, un personnage énigmatique avec ses lunettes de soleil et son absence de traits du visage, et en même temps un comportement et des attitudes des plus éloquents. Le lecteur ressent pleinement son état émotionnel, son objectif et sa manière bien à lui pour y arriver en tant que partisan du moindre effort. Le lecteur reconnaît bien cette tentation d’estimer que le monde lui doit quelque chose, une forme de reconnaissance de son mérite d’exister, de ses qualités. Familier.

18/07/2026 (modifier)
Par Miguelof
Note: 4/5
Couverture de la série Torpedo
Torpedo

Luca Torelli, dit «Torpedo», est un tueur à gages impitoyable dont les actions sont guidées par l’argent, l’intérêt personnel et l’absence totale de scrupules moraux. Accompagné de son homme de main, Rascal, les histoires se caractérisent par une violence et un cynisme rarement égalés dans la bande dessinée. Les intrigues d'Abulí peuvent choquer par leur crudité et Alex Toth, qui a commencé les dessins de la série, semble ne pas avoir eu l'envie de continuer. Mais je pense que c'était pour le mieux, les dessins de Bernet, surtout en noir et blanc, sont parfaits pour ces intrigues. Le trait et les contrastes, la composition, la capacité à dessiner des gangsters et des brutes mais aussi les plus belles et sensuelles femmes se combinent parfaitement avec les récits. Les jeux d’ombre et de lumière rappellent les films noirs et donnent à chaque scène une forte intensité visuelle. Abulí construit des récits incisifs et souvent marqués par un humour noir mordant. Les dialogues, pleins d’ironie et de sarcasme, contribuent à la personnalité singulière du protagoniste, qui incarne l’anti-héros par excellence. Il n’est jamais idéalisé : sa violence, son opportunisme et sa misogynie sont présentés sans complaisance. J'aime bien l'usage prétentieux et souvent incorrect du vocabulaire de Torpedo. Aussi quand ses plans tournent mal et qu'il goûte à son propre poison. Au-delà de son apparence de récit criminel, Torpedo constitue également une satire sociale. La corruption, l’hypocrisie et la cupidité apparaissent comme des traits omniprésents dans l’univers de la série. Les personnages, qu’ils soient criminels, policiers ou citoyens ordinaires, sont souvent motivés par les mêmes intérêts égoïstes. Cependant, certains aspects peuvent susciter la controverse. La représentation des femmes et la violence omniprésente reflètent peut-être une volonté de provocation. Ces éléments peuvent être perçus comme problématiques aujourd’hui, «politiquement incorrects», même s’ils participent à la cohérence du portrait d’un univers moralement dégradé. Je pense qu'il faut peut-être interpréter tout cet humour au second degré, pas littéralement.

17/07/2026 (modifier)
Par Ju
Note: 4/5
Couverture de la série Habemus Bastard
Habemus Bastard

C'est marrant, en relisant mon avis sur Tananarive, je vois que j'avais dit que je n'étais pas un énorme fan du dessin de Vallée. J'avais quand même mis que j'aimais beaucoup le fait que son style soit ultra reconnaissable. Or, maintenant, quand je vois une bd dessinée par Vallée, j'y vais quasi systématiquement. Déjà, je sais qu'il dessine souvent sur des scénarios des genres que j'affectionne, mais aussi pour le dessin. Je me suis attaché à ce style, et je trouve que l'auteur est un peu à l'apogée de son dessin. C'est propre, hyper maîtrisé, et on reconnaît comme toujours la patte. Bref, il fait partie des auteurs où, maintenant, quand je vois la bd, j'y vais forcément. Et je ne suis jamais déçu. Il faut dire que toutes les bds de Vallée sont à peu près du même genre, et se ressemblent un peu. Il n'est pas le scénariste (tiens, ici il est co scénariste quand même), mais j'ai bien l'impression qu'il choisit ses bds à dessiner sur les scénarios qui lui plaisent, à savoir les polars avec de l'humour, du sang et de la violence. Du coup, c'est pas tout le temps hyper original, et c'est le cas ici. Rien de bien extraordinaire à ce scénario, mais il a tout ce qu'il faut pour les amateurs du genre : une situation de départ drôle et loufoque, du suspense, de l'humour, ce qu'il faut de violence (pourrait y en avoir un peu plus que ça ne m'aurait pas dérangé). Évidemment il y a de grosses ficelles, évidemment c'est caricatural, mais c'est super bien fait, on ne s'ennuie pas et on s'amuse quand même beaucoup. Il faut dire qu'avec l'idée de départ, il y avait de quoi faire. Un petit truand qui se retrouve comme curé dans la campagne pour sauver sa peau, avec des bandits qui veulent le retrouver, un gendarme méfiant et des alliés de circonstance,ça donne un cocktail d'action et d'humour qui marche très bien. Je ne me suis pas ennuyé, je me suis bien marré, et j'ai beaucoup aimé le dessin. C'est une très bonne lecture plaisir pour moi !

17/07/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Le Cercle de Providence
Le Cercle de Providence

Chouette, une libre adaptation de Lovecraft modernisée pour s'adapter à un récit destiné aux grands adolescents. Je valide complètement l'initiative lorsqu'elle est menée avec autant de soin et de respect. La série se compose de deux tomes. Le premier est une adaptation très libre de L'Appel de Cthulhu. L'action est transposée dans une Providence contemporaine, avec un récit plus condensé que la nouvelle et amputé de son final emblématique à R'lyeh. On suit ici une bande d'adolescents qui découvre l'existence d'un culte voué à Cthulhu et se retrouve confrontée à son principal adepte, un chef de secte qui manipule tout le monde dans l'ombre et n'hésite pas à tuer à la manière d'un serial killer. Les principaux éléments de la nouvelle sont bien présents, mais le récit est volontairement plus accessible, plus young adult et forcément un peu moins subtil. Mon principal regret concerne le Cthulhu final, qui manque clairement de prestance : il évoque davantage un petit Godzilla qu'un indicible Grand Ancien à l'intelligence et aux pouvoirs psychiques dépassant l'entendement. Malgré ces réserves, j'ai passé un bon moment. Le dessin est réussi, le rythme efficace et l'ensemble suffisamment accrocheur, à condition de ne pas chercher une adaptation trop fidèle de la nouvelle. Mais c'est surtout le second tome qui m'a convaincu. Cette fois, il ne s'agit plus d'adapter directement une œuvre de Lovecraft, mais de puiser dans le mythe du Roi en Jaune, créé par Robert W. Chambers puis intégré par la suite au Mythe de Cthulhu, pour raconter une histoire beaucoup plus élégante et plus proche, selon moi, de l'esprit des Grands Anciens. L'idée du parasite mental, esquissée dès la fin du premier volume, est vraiment bien exploitée et mise en scène. La menace incarnée par le Roi en Jaune est bien plus insidieuse, plus classe et plus inquiétante que celle du Cthulhu du premier tome. Le dessin reste très bon, les personnages sont attachants, l'intrigue est prenante et la conclusion fonctionne très bien. C'est donc une série très satisfaisante. Elle ne remplacera évidemment jamais les textes originaux, mais elle constitue une excellente porte d'entrée vers l'univers de Lovecraft et de ses héritiers. C'est agréable de voir des adaptations modernes qui parviennent à conserver l'esprit du Mythe tout en l'adaptant intelligemment à un lectorat adolescent.

17/07/2026 (modifier)
Couverture de la série MBS - L'Enfant terrible d'Arabie Saoudite
MBS - L'Enfant terrible d'Arabie Saoudite

Mohammed Ben Salmane, ou plutôt MBS, un acronyme qui désigne, mais surtout qui édulcore, qui rend plus présentable, plus sympathique, et carrément tendance, voilà comment semble vouloir être évoqué celui qui depuis un certain nombre d'années dirige, parfois dans l'ombre, mais toujours d'une main de fer l'Arabie saoudite. Ce documentaire nous livre pas mal d’informations sur le bonhomme. Pas toutes, car il cultive le secret (rien qu’à voir le black-out total autour de son épouse ou de sa mère !?). Et aussi parce que c’est quelqu’un de très dangereux, et j’imagine que ceux qui enquêtent sur lui doivent prendre quelques précautions, et ne doivent pas dépasser certaines limites. Il ne recule en tout cas devant rien pour ripoliner son image (dépensant des centaines de millions de dollars en lobbying, et sans doute autant pour museler ceux qui le gênent). Malgré ces limites, je trouve que cet album est suffisamment documenté pour se faire une idée de ce monsieur ; et, le moins que l’on puisse dire, c’est que ce type est hautement repoussant. Un enfant pourri gâté (à coup de milliards), entouré depuis son plus jeune âge de flagorneurs, n’ayant jamais eu aucune limite concernant l’argent, qui a su se faire une place dans la hiérarchie de la famille Saoud. Car l’album montre bien comment le pays est dirigé par une famille tentaculaire (des centaines de « princes »), au sein de laquelle les coups fourrés, les complots sont légion. Et c’est de ce panier de crabes qu’a émergé MBS, usant de tous les moyens pour arriver au sommet du pouvoir. Et, une fois au sommet, les méthodes ne changent pas. Là je retrouve des choses lues dans le Monde diplomatique. La séquestration de dizaines de hauts dirigeants et de membres de sa famille (retenus pendant des semaines, voire des mois pour certains) jusqu’à ce qu’ils « payent » une rançon, l’élimination barbare de Khashoggi (tué et découpé dans l’ambassade saoudienne en Turquie), le quasi kidnapping du premier ministre libanais pour le forcer à démissionner, les méthodes de MBS sont celles de la mafia, avec les moyens d’un pays très riche. Ce qui ne l’empêche pas de vouloir se faire reconnaitre comme fréquentable par le gotha international, à coup de communication, de plan pharaonique (sa ville dans le désert), d’achats d’œuvres ‘art hors de prix (voire de compétitions internationales…). Et l’autre point intéressant, c’est justement ces dirigeants politiques qui le fréquentent, qui l’absolvent cyniquement. On ne sera pas étonné de voir dans les premiers rangs Trump (pour qui le pognon à se faire avec son gendre en Arabie saoudite passe bien sûr avant tout), mais aussi Macron, clairement présenté ici comme une lavette ne pensant qu’à signer des contrats (pour enrichir quelques actionnaires), un paillasson sur lequel MBS s’essuie souvent… Il faut dire que cette hypocrisie dure depuis quelque temps avec ce pays. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale pour les américains, le summum étant leur réaction aux attentats du 11 septembre 2001, perpétrés par al Qaïda dirigée par un riche saoudien, avec la moitié des terroristes saoudiens, alors que c’est l’Irak de Saddam Hussein qui en sera accusé (et jamais l’Arabie saoudite !). Bref un portrait bien documenté, sur un acteur important des relations internationale, un être repoussant se croyant tout permis. Un éclairage aussi sur ce et ceux qui lui permettent de se croire aussi puissant. Le dessin est lisible et dynamique. Je regrette juste que certains visages soient trop changeants (et pas toujours ressemblant pour certains personnages connus). Note réelle 3,5/5.

17/07/2026 (modifier)
Par Cleck
Note: 4/5
Couverture de la série The Painted crime
The Painted crime

Voici un bel hommage aux films noirs hollywoodiens des années 40-50 mêlant des figures scénaristiques connues des cinéphiles (une histoire de rédemption autour d'un privé désabusé, une intrigue impliquant mafia et milieux artistiques) à une mise en page réussie s'appuyant sur de très graphiques et détaillées illustrations en noir et blanc. La reprise des codes du genre perdure jusque dans l'usage conséquent de la voix off dont le cynisme des commentaires permet d'étonnamment fluidifier l'intrigue : accélérant quand nécessaire en accompagnant habilement les ellipses du scénario, apportant distance et point de vue quand se surajoutant à l'action ; des commentaires enrichissant naturellement abondamment la personnalité de l'anti-héros. Voilà donc un très bel exercice de style, ne s'affranchissant du pur hommage que dans sa proposition certes un peu maladroite d'initier une intrigue psychologique via les peintures dont notre détective est l'artiste ou via la scène du cauchemar. Cette proposition assez intéressante visuellement puisque proposant des formes et surtout des couleurs que le reste de l’œuvre écarte volontairement, est plus artificielle scénaristiquement, puisqu'elle ne fait qu'enfoncer le clou du traumatisme lié à la guerre (fort compréhensible par le lecteur sans qu'il y ait besoin d'insister), sans influer sur la résolution de l'enquête, contrairement à ce que laisse pourtant supposer le titre de la BD, tel un chausse-trape diaboliquement gratuit. Petit regret également concernant la résolution trop spectaculaire de l'intrigue, heureusement contrebalancée par une conclusion plus ironiquement désabusée. Un peu comme Le Serpent et le Coyote ou Neuf dans des genres différents, ce titre-ci fait preuve d'une grande habileté pour nous offrir une histoire limpide et très référencée, un hommage révérencieux sous la forme d'un exercice de style rondement mené, très agréable à parcourir.

17/07/2026 (modifier)