Les derniers avis (25 avis)

Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série Bobigny 1972
Bobigny 1972

3.5 Un bon album qui raconte un procès qui a été important dans la lutte pour légaliser l'avortement en France. Ce qui m'a sauté aux yeux est que tout le long du procès de Marie-Claire Chevalier, une adolescente de 15 ans, est qu'au travers son histoire et celle de sa famille on voit toute la violence que la société peut faire aux femmes: elle a été violée, elle ne veut pas être une mère-fille comme cela a été le cas pour sa mère, la mère qui est le seul parent de la maison et qui vit sur un salaire de misère avec ses filles, les femmes qui ne peuvent pas avoir contrôler sur leur corps....C'est vraiment une histoire triste et c'est intéressant de voir comment ce procès a permis de faire évoluer les mentalités. Cela dit je comprends les avis moins positifs sur cet album. C'est vrai que plusieurs éléments sont survolés, notamment lorsqu'on fait appelle à des figures féministes. Je pense qu'un lecteur qui ne connait rien à la société française de l'époque pourrait ne pas comprendre certains éléments du scénario. J'ai en tête la scène avec Françoise Giroud qui écrit un article sur l'affaire et un type lambda lui dit que ça pourrait causer des problèmes et elle répond qu'elle s'en fout....Comme on n’explique même pas que Giroud était une des responsables de l'Express à l'époque, on dirait que pour une raison quelconque une journaliste peut écrire tout ce qu'elle veut même si ça attire des problèmes au magazine où elle travaille ! Mais bon cela ne m'a pas trop dérangé vu que j'ai des bonnes connaissances de cette époque et j'ai trouvé que c'était un album passionnant à lire, mais je vois bien les raisons qui pourraient faire en sorte que d'autres lecteurs aiment moins que moi.

07/05/2026 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série La Guerre (Ennis)
La Guerre (Ennis)

3.5 Sans doute le meilleur titre d'Ennis depuis longtemps. Il faut dire qu'il se retient un peu, il y a pas de blagues scratos ou pleins de gores. On est dans un récit sombre et sérieux. Le point de départ est du déjà vu: soudainement la guerre nucléaire arrive et cela change le destin des personnages qui doivent maintenant survivre. Le récit est prenant malgré que le sujet ne soit pas original. Je pense que cela vient du fait que si les personnages ne sont pas particulièrement attachants, leurs personnalités et leurs réactions faces à un monde post nucléaire sont réalistes et crédibles. J'ai bien aimé les suivre dans ce monde perdu où on ne sait pas plus quoi faire pour survivre et aussi on ne tombe pas dans un sous-Mad Max comme l'aurait fait un scénariste paresseux. Je pense que ce que voulait surtout montrer Ennis est comment évoluerait la mentalité d'un personnage qui était beaucoup optimiste avant la fin du monde tel qu'on le connait. La fin est vraiment sombre. J'ai aussi bien aimé le dessin et notamment les couleurs qui sont beaucoup moins fades que ce qu'on a l'habitude de voir dans les comics modernes.

06/05/2026 (modifier)
Par Lodi
Note: 4/5
Couverture de la série Le Poids des héros
Le Poids des héros

J'ai découvert Sala récemment grâce à Le Joueur d'échecs que j'ai absolument a-do-ré. Je n'en dirais pas autant de cet album que je trouve "seulement" très bon, aspect visuel toujours aussi fascinant. Là, on a une multi-biographie réussie savoir celle du héros de la famille, de l'auteur, de sa mère, et accessoirement, des autres. Comment savoir si ce qui fait que je préfère Le joueur d'échec est une fiction supérieure à la réalité ou ma fascination pour les échecs ? Dur à dire. Puisque je suis là, j'en profite pour inciter à lire Le gambit des étoiles, roman vraiment parfait de Klein. Je dois pourtant reconnaître que Sala fait un sans faute : on voit le poids de la transmission de la tragédie, dans la famille, mais aussi le bonheur d'une vie familiale où l'amour et la liberté règnent, ce qui n'est pas un mince privilège… Et parfois, le drame et le bonheur ne sont pas où on les attend. J'avais peur en ouvrant la bd, je l'ai fermé avec un presque sentiment de plénitude.

06/05/2026 (modifier)
Par Miguelof
Note: 4/5
Couverture de la série La Quête de l'Oiseau du Temps
La Quête de l'Oiseau du Temps

C'était ma première série fantasy européenne et c'est encore, pour moi, la meilleure. J'ai suivi le développement de la Quête, année après année, toujours avec une attente croissante. Le dessin de Loisel s'est également amélioré au rythme des albums, je crois. Les personnages Pélisse et surtout Bragon restent des créations mémorables, ainsi que des personnages secondaires qui ont fini par jouer un rôle important. L'épisode de Bulrog dans le dernier tome m'a particulièrement touché.

06/05/2026 (modifier)
Par Miguelof
Note: 4/5
Couverture de la série Histoires noires
Histoires noires

Histoires sanglantes avec beaucoup d'humour noir. Bien que publié par l'éditeur Comics USA, les auteurs sont très européens : Bernet (Barcelone) et Abuli (Andorre) avaient déjà collaboré sur d'autres séries, notamment Torpedo. Les dessins de Bernet sont excellents, surtout comme ici, en noir et blanc. Les histoires avaient été publiées auparavant dans l'album Sur Liste Noire (1996) et en Espagne sous le titre Mr. Monster (1990).

06/05/2026 (modifier)
Par Simili
Note: 4/5
Couverture de la série Un père
Un père

Ah la figure paternelle…. Cet homme qui est tout à la fois craint et admiré par sa progéniture. Il est bien souvent le premier modèle de sa progéniture avant que cette dernière prenne ses distances et finisse par regretter le temps passé loin l'un de l'autre. Mais que voulez vous il faut bien "tuer le père" Jean-Louis Tripp nous livre ici un témoignage principalement de sa vie d'enfant mais dont il n'est pas le personnage central. Non ce rôle est dévolu à son papa, Francis, qui m'a parut être un homme d'une sincérité confondante, d'une humanité magnifique et aux convictions marquées. Dans cette France des années 60-70 qui s'ouvre au progrès et au monde mais qui reste encore profondément traditionnelle, le fils nous raconte son père tel qu'il est dans ses souvenirs. et globalement ce sont de bons souvenirs même si comme n'importe quel adolescent ils connurent des passages compliqués. C'est l'amour et la tendresse qui ressort de cet ouvrage. Graphiquement c'est assez bien fait, dans la lignée de Magasin général Note réelle : 3,5/5

06/05/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Tsushima
Tsushima

Les coule-tout-seuls ! Cette flotte est consternante ! - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre, constituant le quatrième de cette série sur les batailles navales. Son édition originale date de 2017. Il a été réalisé par Jean-Yves Delitte, peintre officiel de la Marine, membre titulaire de l’académie des Arts & Sciences de la Mer, pour le scénario, par Giuseppe Baiguera pour les dessins, par Denis Béchu pour les couleurs. Il comprend quarante-six pages de bande dessinée. Il se termine par un dossier historique de huit pages, rédigé par le scénariste, agrémenté de documents visuels comprenant sept chapitres et un glossaire. Les différentes parties portent les titres suivants : La disgrâce après la victoire, Trouver un allié, Une guerre peut en cacher une autre, Le nain jaune et l’ogre russe, L’armement de l’air moderne, Une nouvelle arme la torpille, Le jeu trouble des puissants, Une défaite annoncée. En octobre 1904, à Saint-Pétersbourg dans l’Empire russe, un groupe de gradés et d’officiels est réuni sur une tribune, pour célébrer le départ de la flotte militaire qui prend le large, avec la foule sur le quai pour acclamer ce départ. Un peu éloignés des côtes, deux marins dans un petit voilier sont en train de ramener un filet de pêche. Ils commentent le départ, évoquant leur belle flotte de guerre qui prend le large. Il paraît qu’elle s’en va mater les nains jaunes qui de l’autre côté de leur bonne terre ont attaqué Port-Arthur ; il se dit même que le tsar a fait le déplacement avec tous ses généraux pour saluer le départ de ces fiers navires. Petro, le cousin de l’un des deux pêcheurs, est à bord du Kniaz Souvorov, le navire amiral. Ce moujik se trouve à bord d’un navire de guerre parce que les amiraux n’avaient pas assez de bras. Des paysans comme marins, il y a de quoi être pessimiste. Mais les temp sont durs, pour ce cousin, ça faisait plusieurs étés que ses champs ne donnent plus suffisamment de blé pour qu’il nourrisse sa famille. À Port-Arthur, un clairon sonne la fin des combats. Malgré tout, dans les tranchées, le soldat Poutine arme son fusil et cherche une cible : il va en profiter pour tuer un macaque de plus. Un compagnon lui rappelle que ce sont eux qui se rendent aux Nippons, et non l’inverse, qu’ils doivent se montrer conciliant et courber l’échine. Poutine a sa cible dans son viseur et il tire, tuant un soldat japonais. Quelques instants après, une balle lui traverse le crâne et les soldats japonais se tiennent sur le bord de la tranchée, tenant les soldats russes en joue. En ce deux janvier 1905, la ville chinoise de Lüshunkou vient d’être prise aux Russes, par les Japonais après un siège débuté fin mai 1904. Quelques jours après, la nouvelle est annoncée au tsar Nicolas II (1868-1918) : ils se sont rendus, Port-Arthur est tombé. Le huit janvier 1905, la flotte russe mouille au large de l’île de Nosy Be à Madagascar, les matelots étant de corvée pour débarrasser les coques des navires des algues et des coquillages. Ils sont rejoints par le matelot Vladimir. Leurs discussions évoquent leur situation. Avec toutes les mers qu’ils ont parcourues depuis leur départ en octobre, ce sont des grappes de coquillages et des montagnes d’algues qui sont collées à la coque. Vladimir en attribue la faute à leurs gradés qui auraient pu aller au plus court plutôt que de contourner l’Afrique, en passant par le canal de Suez. Venu à cet ouvrage pour se familiariser avec cette bataille navale, le lecteur en découvre progressivement le contexte, avant d’aboutir à son déroulé en fin de récit. Dans ce tome, le scénariste a choisi, comme souvent de consacrer un nombre de pages réduit pour raconter l’affrontement en lui-même : en l’occurrence quatre pages, la partie majoritaire de l’histoire étant consacrée au contexte de cet affrontement, ainsi qu’à des points de vue différenciés, à partir des personnages comme les matelots ou les gradés. Comme pour chaque tome, le scénariste se concentre sur les informations principales dans le fil de la bande dessinée pour rendre intelligibles les enjeux, et il développe certaines facettes dans le dossier historique. Le néophyte aura vraisemblablement envie de compléter certaines informations par des recherches personnelles, à commencer par Port-Arthur, une ville portuaire chinoise, appelée Lüshunkou située à la pointe sud de la péninsule du Liaodong, ayant porté le nom de Port-Arthur pendant l’occupation russe, puis de Ryojun pendant la période d’administration japonaise. En fonction de là où le porte sa curiosité, il pourra aussi éprouver l’envie d’en savoir plus sur l’ingénieur naval Louis-Émile (1840-1924, sur l’amiral Togo Heihachiro (1848-1934), sur le canon Paixhans, ou encore sur la force de Coriolis… S’il est déjà un habitué de cette série consacrée aux batailles navales, le lecteur sait que le scénariste maîtrise l’art de la composition de son récit : un dosage habile et expert entre le point de vue des militaires, simples marins et quelques gradés, une alternance de lieux (par exemple ces deux pages dans les tranchées pendant le siège de Port-Arthur, ou la page entière consacrée à l’annonce de sa chute à l’empereur), des discussions permettant d’exposer des informations sur l’état du monde (contexte politique de la bataille à venir) de manière organique, la violence de la bataille et les êtres humains morts, et… l’absence totale de femme, même dans les salons de l’empereur. Afin de bien apprécier le récit, le néophyte doit maintenir une attention correcte tout du long, certaines informations pouvant sembler anecdotiques, tout en ayant une incidence réelle dans le déroulement des événements, sa curiosité devant se porter sur chaque dimension, aussi bien politique que technique. En fonction de ses convictions, il peut s’attacher plus à l’amiral devant mener à bien sa mission, en s’adaptant à des ordres qu’il approuve plus ou moins, ou bien au matelot Vladimir et à ses convictions déjà révolutionnaires. Il reconnaît aisément le nom inscrit sur le couvre-chef du marin en train d’écouter un discours de Lénine à Saint-Pétersbourg en juin 1905 : Potemkine, celui d’un cuirassé pré-dreadnought de la flotte de la mer Noire rentré dans l’histoire pour la mutinerie qui y eut lieu en juin 1905, pendant la Révolution de 1905. Le lecteur a bien identifié que ce tome est illustré par un autre dessinateur que JY Delitte, il entame sa lecture en toute connaissance de cause. Baiguera réalise des dessins dans un registre réaliste et descriptif comme il se doit pour cette série historique, respectant ainsi le cahier des charges établi par le scénariste. Bien évidemment, il a effectué les recherches de références nécessaires pour représenter les navires, les uniformes et les armes avec la meilleure véracité historique, ainsi que les autres éléments d’époque comme le bateau de pêche russe, les tranchées de Port-Arthur, le palais du tsar, les rues en terre de Port-Arthur, et la façade du palais d’Hiver à Saint-Pétersbourg. L’horizon d’attente du lecteur est comblé sur ce plan-là : mise en scène des navires, de leur armement et de leur puissance de feu, des militaires des différentes marines vaquant à leurs occupations et accomplissant les corvées, ou explicitant les ordres venus du commandement. La bataille est rondement racontée, mettant en avant les tirs de canons et les impacts correspondants, ainsi que la disproportion entre la capacité destructrice des obus et la fragilité des corps humains. S’il s’est habitué à la dureté des représentations de Delitte, le lecteur peut trouver la mise en scène et les plans de prise de vues un peu communs, manquant de tranchant et de percutant. Pour autant la narration visuelle remplit sa fonction, à la fois par le rythme régulier, et par la qualité des informations apportées. Régulièrement, le lecteur ressent la justesse d’une image : Petrov pensif accoudé au bastingage, la hargne de Poutine à vouloir tuer un soldat japonais, Vladimir un peu tire-au-flanc et donneur de leçon sur l’exploitation du prolétariat et la révolution, le capitaine Stanislav blasé et trop conscient du manque de moyens et de préparation de leur flotte, le cynisme des observateurs français et anglais, la beauté paradisiaque de la plage de Nosy Be, la population chinoise réduite à l’état de commodités à Port-Arthur, la rage au combat, etc. Les images montrent et soulignent plusieurs facettes du récit : les simples matelots dont la vie devient régie par des décisions arbitraires sur lesquelles ils n’ont aucune prise, le fait que les gradés russes ont conscience de l’état laissant à désirer des navires de la flotte, l’impréparation de cette mission, l’ennui sur les navires, etc. En arrière-plan, le lecteur devine ou comprend en fonction de ses connaissances, que la marine russe se repose sur ses lauriers, que l’impérialisme japonais a commencé à prendre corps en prenant pied sur le territoire chinois, que d’autres puissances, les Français et les Britanniques, veillent en coulisse à leurs propres intérêts, plutôt qu’à la paix. En revanche, il prend conscience de deux autres thèmes dans le dossier historique : l‘armement de l’air moderne avec des éléments chiffrés sur la portée ainsi que le poids et la vitesse des obus, et également sur la montée en puissance de la torpille. Une bataille navale restée célèbre pour les connaisseurs, que ce tome permet aux néophytes de découvrir. La narration visuelle s’avère solide, plus qu’il n’apparaît à la surface, apportant de nombreuses informations dans une reconstitution historique bien documentée. La construction du récit présente plusieurs facettes de l’environnement historique menant à cet affrontement, à la fois sur les nations impliquées et sur les circonstances techniques et stratégiques. Le lecteur prolonge cette découverte avec le dossier historique bien construit et disposant de documents visuels intéressants. Paix aux hommes morts au combat.

06/05/2026 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5
Couverture de la série Chère historienne
Chère historienne

Huit ans après Courtes Distances, Joff Winterhart nous revient avec cette bande dessinée dont le titre sonne un peu comme une déclaration d’amour. Et comme précédemment, « Chère historienne » risque de déconcerter les amateurs de scénarios bien ficelés aux rebondissements imprévus. Et pourtant, il se passe beaucoup de choses durant les presque 200 pages de ce roman graphique intimiste, mais disons que cela se situe plutôt au niveau psychologique. La lecture, dense sur la partie textuelle, demande patience et concentration, mais une fois l’accord passé avec le lecteur, se révèle plutôt captivante. Winterhart a centré son récit autour de deux portraits féminins principaux, ceux de Margaret et de Lucy, ou plutôt deux et demi si l’on englobe celui du youtubeur Allan Hands en quête permanente d’audience et de notoriété. Ce dernier, prétendument historien, faire ressortir par un effet de contraste la personnalité de Margaret, personnage attachant de professeure d’université qui préfère quant à elle la discrétion pour s’effacer derrière le sujet de ses études. Celle dont le corps apparaît fatigué sous le poids des ans, a conservé toute sa vivacité d’esprit pour sonder avec finesse l’âme humaine et détecter les prétentieux à l’ego démesuré, incarnés par le personnage de Hands. L’autre portrait de femme, Lucy, est également très réaliste. De trente ans sa cadette, la productrice, soucieuse de faire ses preuves pour un job qui n’est pas vraiment ce dont elle rêvait mais qui lui permettrait d’oublier ses déboires conjugaux et financiers, va progressivement tomber le masque au contact de la professeure, révélant ses failles. Pourtant, son désir de la mettre en valeur en lui proposant d’apparaître dans une émission demeure des plus sincères. Mais sous l’aura empathique de Margaret, elle apprendra peu à peu à s’écouter et à briser sa cage de verre. Elle réalisera alors que pour accomplir une sorte d’épanouissement personnel, elle devra se détacher de la proximité insidieuse et toxique de Hands. On appréciera l’autre point fort de cet album, un humour subtil, certains diront « british », qui affleure dans les situations, doucement cocasses, et les propos en apparence insignifiants. Très méfiante envers la technologie et les moyens de communication modernes imposés par son métier, son poste de télé est la plupart du temps recouvert de torchons masquant « cette ennuyeuse surface noire ». Quant à son PC portable, elle ne le voit que comme un « satané toutou ». De son trait crayonné en noir et blanc si particulier, Joff Winterhart sait accompagner tout cela grâce à son sens aigu de l’observation, dans les gestes, les regards et le cadrage. Son approche, volontiers centrée sur les poses et les expressions, est appréciable même dans ses petits défauts qui fleurent bon l’authenticité, à mille lieux d’une IA insipide ou d’un dessin académique. L’auteur confie d’ailleurs utiliser la technique du monotype, proche de l’estampe, consistant à « dessiner un peu « à l’aveugle » sur du papier appliqué sur une plaque de plexiglas enduite d’une fine couche d’encre. D’où sans doute la tonalité intemporelle de l’objet graphique d’un auteur qui est autant artiste qu’artisan. « Chère historienne » est un récit très appréciable par son étude psychologique — et sociologique — dont la forme est parfaitement synchrone au contenu. Winterhart ne cherche pas à correspondre à une mode graphique tape-à-l’œil, et semble s’en contrefoutre totalement, et pourtant il parle très bien de notre époque « high-tech » où le fond est souvent relégué au second plan derrière les préoccupations les plus triviales. Cette lecture permettra peut-être à chacun de mieux analyser ce désir de reconnaissance dérisoire qui peut devenir vite encombrant, et, notamment à l’attention des divers influenceurs ou de ceux désireux de le devenir, de mettre à distance cette servitude volontaire qu’est la course à l’audience ou aux « likes ».

05/05/2026 (modifier)
Couverture de la série La Fille de l'Exposition Universelle
La Fille de l'Exposition Universelle

J’ai lu les deux premiers albums (chacun développant une histoire indépendante), et cette série se révèle très sympathique ! Le dessin déjà est agréable. Dynamique, avec un trait semi-réaliste intéressant, il fonctionne bien pour les aspects « réalistes », mais aussi pour accentuer certaines situations humoristiques. Le cadre est original, et permet de bien utiliser l’arrière-plan historique. Chaque album prend place durant une exposition universelle à Paris (on suit donc certains protagonistes qui ont vieilli – ce qui est le cas de Julie, l’héroïne, gamine dans le premier album, jeune femme dans le suivant une douzaine d’années plus tard). Et chaque album utilise la période et l’action de Napoléon III (évocation de certaines conséquences de la colonisation de l’Algérie dans le premier, des relations avec l’empereur russe dans le deuxième). J’ai trouvé que ce cadre historique était intéressant, que ça ne faisait pas trop artificiel. De bons décors donc (dessin et contexte), au sein desquels des intrigues plus ou moins policières se développent. Mais ce sont surtout les personnages et Julie et sa famille qui donne du peps aux récit. Julie bien sûr, pleine de gouaille, espiègle au départ, qui fait craquer tous les cœurs dans le deuxième album (on s'attache facilement à elle). Un personnage plus que dynamique, doté de capacités de voyance. Ce qui aide bien les intrigues, et accessoirement sa mère – qui est officiellement voyante, mais en fait peu douée. Cette mère est un personnage haut en couleurs, qui fait moult marmots (de « pères inconnus »). Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée de la faire disparaitre en fin du deuxième album, mais bon. Quant aux « marmots », les frères de Julie donc, ils apportent eux aussi leur pierre à l’édifice, teigneux, langage fleuri, mais attachants. Les intrigues sont bien huilées, les facilités scénaristiques passent généralement bien. Les résolutions sont quand même un peu trop rapides et faciles (surtout dans le premier album, dans le suivant c’est un peu plus nuancé). Petites cerises sur le gâteau : chaque album est conclu par un petit dossier présentant l’exposition universelle dont il est question dans l’album – et quelques à-côtés évoqués dans l’intrigue.

05/05/2026 (modifier)
Par Ju
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Merveilleux !
Merveilleux !

Sûrement la meilleure bd de Cookie Kalkair que j'aie lue. J'aime beaucoup l'auteur, et j'ai pas mal apprécié Pénis de table ou des planches que j'ai lues ici et là, notamment sur internet. Mais j'avoue que cette bd là est ma préférée. L'auteur, dont toutes les bds (du moins celles que j'ai lues) sont autobiographiques, nous livre ici un récit intime et juste, jamais pathos mais assez touchant. Cookie Kalkair donc, apprend un jour que son père a fait un AVC. Il s'en sort mais fortement diminué et en particulier, il ne garde que quelques mots de vocabulaire, dont le fameux merveilleux. On suit donc sa réadaptation au monde par les yeux de son fils, l'impact que cette situation a sur les membres de la famille, bref la vie après l'accident, qui ne sera plus jamais la même qu'avant. L'auteur nous raconte cette facette intime de sa vie sans fard, sans détour, avec son style et sa franchise habituelle. Je trouve qu'il a un certain talent pour se dévoiler intimement (sur sa vie intime dans Pénis de table et sur ses sentiments ici). Je ne sais pas trop comment le dire, mais c'est à la fois touchant sans tomber dans le pathos, et drôle. Oui, l'humour a toujours une place importante dans ses bds. C'est un humour qui se base à la fois sur un dessin très efficace pour les expressions des personnages et une narration diablement efficace avec un sens du dialogue et des mots qui fait mouche. Par exemple, je trouve que la scène vers la fin ou les personnages dinent ensemble au soleil et que la petite soeur apprend une "révélation" (avec de gros guillemets mais je ne veux pas spoiler) est très réussi, très drôle, et que c'est une combinaison de tous ces éléments : expressions des persos marrantes, mots bien choisis et situation bien narrée. Cet humour n'enlève rien à la dimension intime du livre, et j'ai été assez touché par cette histoire. Je crois que je me reconnais un peu dans les situations décrites, dans les réflexions du héros, dans son caractère aussi. Les moments où il râle, engueule son père, essaie de se remettre en question... tout ça, j'ai l'impression que c'est des réactions que je pourrais avoir, et j'ai plusieurs fois eu le sentiment que devant une telle situation, j'aurais pu réagir comme lui. Bref, je me suis identifié au héros, et c'est pas si souvent que ça dans les romans graphiques. Ca se lit très vite et très bien, presque trop vite. C'est mon problème avec les romans graphiques, je veux tout savoir, j'ai envie que tout le monde soit hyper transparent et je veux connaitre chaque parcelle de chaque sentiment de chaque personnage. Là, Ju, c'est de l'autobiographique donc on se stoppe, au delà ça va devenir du voyeurisme. Je termine par le dessin, même si j'en ai déjà un peu parlé. J'aime beaucoup le style, et c'est à ce jour la bd ou celui-ci est le plus développé et léché. Les personnages sont le gros point fort mais les décors sont très cools aussi, et la colorisation chaude est bien chouette. Bref... foncez ?

05/05/2026 (modifier)