Les derniers avis (17 avis)

Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Des lendemains sans nuage
Des lendemains sans nuage

Il faut produire, produire sans cesse, c’est ça la clé du succès. - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2001. Il a été réalisé par Fabien Vehlmann pour le scénario, par Ralph Meyer et Bruno Gazzotti pour les dessins, avec une mise en couleurs de Bernard Devillers. Il comprend cinquante-quatre pages de bande dessinée. Il a été réédité en 2009 dans la collection Signé, de l’éditeur Le Lombard. La manière dont F.G. Wilson a asservi le monde a été des plus insidieuses. Il ne s’est pas imposé par un coup d’état. Il n’a pas non plus été élu, à vrai dire. Wilson n’est même pas un homme politique. C’est un marchand. Et c’est librement que les citoyens ont choisi d’adhérer au confort technologique qu’il proposait : prothèses biomécaniques, organes synthétiques… Wilson a lui-même déjà 115 ans et pas une ride. Qui refuserait cette forme d’immortalité ? Quand Technolab a lancé l’implant cérébral, une organi-puce optimisant les capacités physiques et mentales, nul n’aurait songé à s’en priver. On les pose maintenant dès la naissance, dans le monde entier. Et quoi de plus naturel que cet implant comporte une clause neuronale interdisant à son porteur de nuire à F.G. Wilson ? Voilà comment il est devenu impossible de contredire ses décisions. Voilà comment les citoyens ont créé un tyran à leur mesure : immortel et omnipotent. Nolan Ska va pourtant tenter de changer le cours de l’histoire. Il est ingénieur. Ses recherches clandestines vont lui permettre d’être le premier homme à remonter le temps. Nolan Ska se retrouve dans le passé : il doit retrouver Wilson, pas pour le tuer, son implant cérébral le lui interdit. Mais il a soigneusement étudié les archives de Technolab et il a appris que Wilson n’avait pas toujours rêvé d’être marchand. Sa première passion était l’écriture. Il était doué et il aurait pu devenir un écrivain célèbre si un incident imprévisible n’en avait décidé autrement. Le 12 mai, au café Paris, Wilson se fait voler l’unique manuscrit de son premier roman. Sans le sou, découragé par ce vol, il abandonnera l’écriture et sera engagé comme comptable chez Technolab, jeune firme dont il gravira tous les échelons. Nolan Ska est arrivé devant le café en question, juste au bon moment, et il stoppe le voleur, récupérant ainsi le manuscrit, et faisant la connaissance du jeune Wilson. Il l’aide à ramasser les pages éparpillées par terre, et il découvre des phrases bourrées de fautes et sans imagination. Dès le départ, le récit s’inscrit à mi-chemin dans deux genres littéraires, majoritairement la science-fiction, avec une touche d’anticipation par moment. En surface, il s’agit d’une histoire de voyage dans le temps. Cet aspect est réglé en trois coups de cuillère à pot : en trois cases littéralement. Les dessins montrent un personnage en train de bricoler dans son atelier, vraisemblablement en sous-sol de son pavillon et c’est parti, aucune tentative de techno-charabia, direct dans le cœur du récit. Le lecteur remarque ensuite que Wilson a écrit son premier roman avec un stylo sur des feuilles de papier, et par la suite Ska utilise un ordinateur portable. Visiblement Internet n’est pas encore omniprésent, ni même les téléphones portables dans ce passé du récit, ce qui est cohérent avec le fait que cette bande dessinée date de 2001. Ensuite, les auteurs vont raconter la relation entre l’aspirant écrivain et celui qui devient son mentor et son prête-plume, ainsi que plusieurs histoires que ce dernier écrit pour son protégé. Ainsi le lecteur découvre six nouvelles de science-fiction, écrites par quelqu’un qui vient du futur : La méthode 100% décrivant une prison parfaite, Le big flush racontant une intervention dans les égouts peu de temps avant la mi-temps du Super Bowl, Le jour des morts avec l’unique employé gérant une station spatiale, Un homme pressé mettant en scène un individu au métabolisme augmenté par les médicaments, Le jugement de Salomon sur un enfant génétiquement modifié, Space Conquest II pour une partie décisive de jeux vidéo en ligne. Le lecteur comprend qu’il plonge dans une bande dessinée à sketchs, sur une trame générale, la transition entre chaque nouvelle se faisant par une courte scène mettant en scène l’évolution de la relation entre F.G. Wilson et son prête-plume, avec l’attente de savoir si l’avenir totalitaire sous le joug de la technologie de Technolab sera évité. Les crédits de l’album ne précisent pas si les deux dessinateurs ont travaillé à quatre mains sur chaque planche, ou s’il y a eu répartition des planches, l’un réalisant celles consacrées à Wilson et Ska, l’autre les histoires dans l’histoire. Quoi qu’il en soit, les planches de ces deux fils narratifs distincts présentent de fortes similarités graphiques, les auteurs ayant choisi de les montrer sur un plan quasi identique. Cette sensation est renforcée par la palette de couleurs utilisée, sans solution de continuité entre les différentes réalités, sans usage de couleurs plus claires ou brillantes pour la fiction dans la fiction par exemple. Cela induit une forme de même niveau d’existence pour les deux, rappelant au lecteur qu’il s’agit de fictions à part égale, sans hiérarchisation entre l’une et l’autre. La couverture constitue une belle illustration, laissant à penser qu’un jeune homme admire le talent d’écrivain d’un homme plus âgé, imaginant des récits de science-fiction, entre voyage spatial et conquête par une flotte imposante, une sorte d’hommage à l’écriture et à la science-fiction expansionniste des années 1950 et 1960. Les dessins s’inscrivent dans un registre descriptif avec un bon niveau de détail, et une approche réaliste. Les artistes jouent discrètement sur les ombres portées et le délié des traits de contour pour apporter de la souplesse et de la vie dans les dessins. Dans la première scène, le lecteur peut voir une architecture futuriste dans les formes étonnantes des immeubles, un urbanisme faisant la part belle aux larges avenues, et une technologie de science-fiction proche du bricolage pour la machine à remonter le temps. Par la suite, les artistes créent d’autres décors et accessoires typiques de ce genre littéraire avec des touches originales qui les élèvent au-dessus de décors en carton-pâte génériques : la vue d’ensemble de la prison au beau milieu d’une zone désertique, l’aéroglisseur pour se déplacer dans les émissaires des égouts, un navire spatial et une base spatiale, la flotte de conquête dans la dernière histoire, etc. Au temps présent du récit (enfin dans le passé… C’est-à-dire probablement au tout début des années 2000), les dessinateurs représentent un quotidien banal, pas encore envahi par la technologie d’Internet, sans téléphones portables. Le lecteur peut reconnaître un café parisien. Wilson et Ska sont reçus dans un bureau à l’ancienne chez l’éditeur Metropolis. Au départ et pendant un certain temps, l’écrivain en herbe habite dans un appartement mansardé de type chambre de bonne avec un vieux plancher. Alors qu’il commence à gagner de l’argent, ses finances lui permettent de s’offrir un séjour dans un relais château. La dernière séquence montre une magnifique villa avec piscine le temps d’une page. Il se dégage de ces passages une forme de dénuement matériel associé à l’artiste sans le sou, une sorte de banalité évoquant la mythologie de l’artiste fauché de la fin du dix-neuvième siècle, alors que les écrits (livres et scénarios) de Wilson rencontrent un succès grandissant. Cela peut évoquer un autre postulat : Que se serait-il passé si Adolf Hitler avait poursuivi ses velléités de devenir un artiste peintre ? D’un côté, l’évolution de l’intrigue en toile de fonds peut sembler très linéaire et prévisible, c’est-à-dire les répercussions du succès grandissant des œuvres du prête-plume. De l’autre côté, chaque nouvelle de science-fiction est divertissante pour elle-même, avec une chute de type justice poétique bien trouvée. Et à chaque fois une scène d’une ou deux pages revient sur la relation entre Wilson et Ska montrant la montée du succès et le sacrifice du prête-plume. En y repensant avec un peu de recul, le lecteur se dit que la notion de prison dont on ne peut s’échapper décrite dans La méthode 100% se transpose directement à la situation de Nolan Ska : il est devenu celui qui écrit à la place de Wilson, une fonction dont il ne peut s’échapper. Il est possible d’établir un parallèle de même nature avec la deuxième nouvelle, Wilson se conduisant comme un enfant gâté vis-à-vis de Ska. Pareil avec la troisième où Ska se trouve condamné à produire toujours plus de récits, jusqu’à ce que la mort vienne le délivrer de ce calvaire, sans que lui-même n’ait conscience de ce processus. Il en va de même avec les nouvelles suivantes qui relèvent autant d’une transposition fictive de ce dont Nolan Ska a pu être témoin ou qu’il a lu dans des livres d’histoire et qui deviennent des récits de science-fiction maintenant qu’il vit dans le passé, que d’histoires avec une chute qui s’applique à sa propre situation. Cela produit un deuxième effet de mise en abîme. Les auteurs mettent en scène un écrivain (Nolan Ska) parlant ainsi de leur propre art, et les histoires dans l’histoire (les nouvelles de science-fiction) constituent une réflexion partielle de la propre situation de cet écrivain fictif, agissant comme un miroir partiel. De prime abord, une bande dessinée bien faite : une narration visuelle solide qui assume ses références, et une suite d’histoires courtes de science-fiction avec un entracte suivant la vie de l’écrivain qui agit comme prête-plume pour un jeune homme. Le lecteur apprécie pour elles-mêmes les histoires courtes et s’attache à cet étrange duo, espérant que Nolan Ska pourra atteindre son objectif altruiste. Il se rend progressivement compte du jeu de miroir entre le thème de chaque nouvelle et la situation dans laquelle se trouve Ska, et il prend la mesure de la conclusion de ce fil narratif directeur qui se conclut par : L’humanité n’aura que ce qu’elle mérite…

07/03/2026 (modifier)
Par Lodi
Note: 4/5
Couverture de la série Atar Gull ou le destin d'un esclave modèle
Atar Gull ou le destin d'un esclave modèle

Je n'ai pas lu l'histoire dont la bd est tirée, mais quoiqu'il en soit, le récit et les images sont fortes. On fait d'Atar Gull une figure de la vengeance due aux esclaves noirs d'autant plus intéressante qu'il ne laisse rien paraître. Mieux vaut en effet sembler un esclave modèle pour détruire méthodiquement son maître ! Le but, on l'oublie parfois, n'est pas de prendre des poses ou de finir en martyr, face à l'ennemi, mais de le dépouiller, le frapper et le détruire sans qu'il puisse jamais répliquer, et d'autant plus qu'on a le sort des siens et son propre esclavage à venger. Bravo, parcours sans faute ! Comme il agit seul et qu'on ne se perd pas dans les détails de la psychologie, il peut devenir une figure emblématique ainsi que l'illustre la couverture.

06/03/2026 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série Batman & Robin - Année un
Batman & Robin - Année un

3.5 Encore un nouveau récit qui se passe durant les débuts de Batman et/ou Robin. Ici, le scénariste est Mark Waid qui a un style classique du coup on a droit à des trucs que j'aime bien comme Batman et Robin qui sont capable d'interagir entre eux sans être des sociopathes incapables d'avoir des émotions. Le jeune Dick Grayson est indiscipliné et Bruce a un peu de la difficulté à le gérer, mais ils agissent comme des humains et j'aime mieux que ce que l'on peut voir dans pleins de comics modernes. Il y a un bon mélange de drame et d'action et on n'est pas dans une suite de scènes spectaculaires comme c'est le cas avec les moins bons scénarios de Waid. Les moments plus humoristiques marchent bien. Comme c'est souvent le cas avec les histoires se passant dans les premières années de la carrière de la chauve-souris, il affronte principalement des gangsters ordinaires, mais on retrouve quelques super-vilains et principalement Double-Face qui est bien utilisé. Le scénario est prenant et efficace et il est servit par un dessin élégant. C'est du bon comics de divertissement que je conseil à tous les fans de Batman.

06/03/2026 (modifier)
Par Miguelof
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Tarzan - L'intégrale des strips de presse
Tarzan - L'intégrale des strips de presse

Russ Manning s’est fait remarquer en produisant des adaptations BD de romans d’Edgar Rice Burroughs. Il se voit confier dès 1967 les pages de Tarzan qui paraissent chaque jour et chaque dimanche dans la presse américaine. Assisté de Bill Stout, Mike Royer et Dave Stevens, Manning dessine des histoires complètes en noir et blanc et aussi en couleurs (pour les dimanches) de Tarzan. L’oeuvre (1967-1979) couvre l’ensemble des mondes créés par Burroughs: Afrique équatoriale et saharienne, les mondes perdus de Pal-Ul-Don (avec ses animaux pré-historiques), Opar, la cité atlante oubliée (et la plus belle femme de tous les temps en BD, la reine La!), Pellucidar le monde au creux de la Terre, Xuja la cité des fous, mondes pharaoniques surgis du passé… et tant d'autres! La famille de Tarzan, Jane et Korak, est aussi présente et ils jouent un role important, même central parfois. L'édition française me semble complète: j'ai aussi l'édition américaine en couleurs et la portugaise en noir et blanc... j'adore comparer toutes ces éditions! Bref, si je ne donne pas la note 5, pour le moment, c'est parce que Kubert publiait ses versions au même temps... et je compare toujours.

05/03/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Nuits blanches (Foerster)
Nuits blanches (Foerster)

C'est l'un des multiples recueils d'histoires courtes de Foerster dans la veine fantastique et grinçante qui a fait sa réputation : pacte avec un mystérieux Grand Cabillaud, raté abandonné de tous, porte dissimulée au fond d'un lit ou bonnes soeurs pour le moins inquiétantes. Un concentré de bizarre et de malaise en noir et blanc. J'avais lu certaines de ces histoires dans Fluide Glacial quand j'étais jeune, et j'en gardais un souvenir très fort : une horreur légère, teintée d'un humour noir délicieusement malaisant, quelque chose d'à la fois cruel et jubilatoire. Plus de trente ans plus tard, la relecture complète de l'album a été un peu différente. Je n'ai pas vraiment retrouvé l'intensité de mon souvenir. Les histoires restent bonnes, efficaces, avec ces chutes ironiques et ces situations ordinaires qui basculent doucement dans l'absurde ou le cauchemar. Mais avec mes yeux de lecteur actuel, certaines m'ont paru un peu plus convenues, parfois même un peu faciles dans leur mécanique. Le trouble est toujours là, mais il me semble moins percutant qu'autrefois. En revanche, j'ai été agréablement surpris par le dessin. Dans mon souvenir, il était plus fruste. Or je l'ai trouvé ici bien meilleur : plus précis, plus maîtrisé, avec de beaux aplats noirs, des décors souvent très soignés et une vraie cohérence d'ambiance. Ces silhouettes filiformes, ces architectures dégingandées, ces visages déformés composent un univers graphique toujours aussi singulier. L'atmosphère gothique, oppressante sans être démonstrative, fonctionne encore très bien. Au final, des histoires moins marquantes que dans ma mémoire d'adolescent, mais un graphisme et une ambiance que j'aime toujours beaucoup. Peut-être que la surprise s'est émoussée avec le temps ; reste le plaisir intact de replonger dans un univers noir et étrange qui, malgré tout, conserve une vraie personnalité. Note : 3,5/5

04/03/2026 (modifier)
Par Josq
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Esteban (Le Voyage d'Esteban)
Esteban (Le Voyage d'Esteban)

Après avoir lu les excellents Charlotte Impératrice et Lucky Luke vu par Mathieu Bonhomme, j'ai voulu continuer sur cette lancée en découvrant une saga plus ancienne de Bonhomme. Et quelle excellente découverte ! Je ne savais pas trop à quoi m'attendre en ouvrant le premier tome d'Esteban, mais j'ai été conquis. Si le premier tome pouvait paraître un peu verbeux et pas encore bien solide, il pose les bases d'une aventure qui prend toute son ampleur dès le deuxième tome. Celui-ci est peut-être celui qui m'a le plus ébloui, par la virtuosité de sa narration et de ses séquences d'action, notamment une poursuite entre deux navires au milieu des icebergs, qui vaut son pesant d'or. Avec le tome 4, la saga prend ensuite une direction inattendue, en nous faisant quitter le monde des chasseurs de baleine, pour entrer dans un scénario d'évasion non moins intéressant. Sans devenir pour autant un cours d'histoire, Mathieu Bonhomme nous intéresse alors à une page d'histoire très méconnue, concernant l'extermination des Indiens en Terre de feu. Cela reste une toile de fond plus qu'un véritable outil scénaristique, mais c'est vraiment captivant et prenant, d'autant que je n'y connaissais rien ! Au-delà du récit, les personnages dessinés par Bonhomme sont assez subtils et touchants. Voulant visiblement s'éloigner d'un manichéisme où le public jeunesse aurait pu l'entraîner, l'auteur essaye de nous offrir des portraits (relativement) nuancés. Bien sûr, certains méchants restent très méchants, mais il est difficile, par exemple, de ne pas s'attacher au capitaine, brutal, égoïste et impulsif, mais aussi capable d'une ténacité et d'un héroïsme impressionnants. C'est la complexité de ce personnage, d'ailleurs, qui permet de nuancer également le portrait des chasseurs de baleine, le récit s'élevant au-dessus d'une opposition trop facile et mécanique entre gentils défenseurs de la nature et méchants baleiniers. On est en 1900, pas d'anachronismes, le combat des personnages n'est pas de préserver les animaux de la prédation des humains, mais plutôt de préserver les ressources naturelles du gaspillage à outrance, symbole du capitalisme naissant (ce qui pourra mener plus tard à la protection des baleines en elles-mêmes). Un discours assez équilibré, très appréciable dans une production jeunesse comme celle-ci. Finalement, mon seul regret est que cette saga semble avoir été un peu laissé en suspens sans véritable conclusion. Si le tome 5 conclut le cycle de manière très satisfaisante, il lui manque la force d'une vraie apothéose, que demandait la saga. Il manque le parfum des conclusions définitives, grandioses, épiques, tragiques, mémorables. Ici, finalement, le tome 5 n'est "que" (si j'ose dire !) une nouvelle itération de péripéties dans les paysages sauvages de la Terre de Feu à la recherche de la liberté. C'est très réussi, mais j'en sors avec l'impression que Mathieu Bonhomme aurait souhaité continuer, puis qu'il ne l'a finalement pas fait. Certaines trajectoires ne semblent pas complètement terminées, à commencer par celle du capitaine, dont le développement a été intéressant, mais dont on aurait aimé qu'il finisse par tirer une leçon des conséquences de ses actes pendant les 5 tomes. Là, finalement, il en est toujours à peu près au même point qu'au début... Cela ne gâche que peu ces 5 tomes d'une excellente saga jeunesse, mais qui peut vraiment se lire avec le même plaisir à tous les âges. C'est intelligent, élégant (même si le trait n'a pas encore la rondeur appréciable des futures productions de Bonhomme), passionnant... Bonhomme a réussi à capter l'essence des grands romans d'aventures de cette époque, à la Verne, Kipling ou Melville, et la restituer admirablement en bande dessinée. Bravo l'artiste !

04/03/2026 (modifier)
Par Talum
Note: 4/5
Couverture de la série Aldébaran
Aldébaran

«Aldébaran» est une histoire remarquable. Elle se lit d’une seule traite, maintient une tension agréable et, en la lisant, on ne sait jamais ce qui va se passer ni ce qui nous attend ensuite — une véritable science-fiction d’aventure. Je regrette sincèrement de ne pas l’avoir lue entre 17 et 23 ans, car on y ressent fortement cet esprit d’aventure et d’audace juvénile, si caractéristique de cet âge. Il est évident que Léo a été inspiré par Solaris de Stanis?aw Lem, et c’est une excellente chose, car c’est une œuvre majeure de la science-fiction. L’intrigue est captivante, avec des rebondissements intéressants et des événements inattendus qui ne semblent jamais forcés. Quant au dessin, on peut dire qu’il est particulier — vraiment particulier. Beaucoup pourraient le juger peu esthétique ou imparfait. Mais honnêtement, dès le milieu du premier tome, on est tellement absorbé par l’histoire que le style graphique passe largement au second plan. On cesse de prêter attention à certaines étrangetés, notamment dans les visages (certains sont effectivement un peu déroutants), et l’on se laisse simplement porter par le récit malgré ces petites imperfections. Les personnages sont très vivants, bien construits. On s’y attache facilement et il est passionnant de suivre leur parcours. À mes yeux, c’est un excellent exemple de science-fiction de qualité, une œuvre avec laquelle il vaut réellement la peine de se familiariser.

04/03/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Diana - Confidences d'une princesse rebelle
Diana - Confidences d'une princesse rebelle

C'est à croire que la bonté dérange. - Ce tome raconte une histoire complète de nature biographique, relatant l’histoire de la dernière interview donnée par Diana Spencer (1961-1997), dite Lady Di ou princesse Diana. Son édition originale date de 2025. Il a été réalisé par Sophie Couturier pour le scénario et par Sandrine Revel pour les dessins et les couleurs, à partir de l’interview réalisée par Annick Cojean. Cette dernière a écrit le texte de la préface, supputant sur les raisons pour lesquelles Diana a accepté de donner cette interview, évoquant les conséquences de sa parution quatre jours avant le décès de la princesse, et remerciant son amie scénariste, et la capacité de l’artiste à capter, d’un pinceau délicat, les regards, la démarche, les attitudes de Diana, et les siennes aussi, croit-elle. Il comprend cent-vingt pages de bande dessinée. Il se termine avec la reproduction de l’article d’Annick Cojean paru dans le quotidien Le Monde le mercredi vingt-sept août 1997. Une série d’été : Le métier de journaliste, contrairement à une certaine légende, interdit le cynisme. La matière sur laquelle on travaille est la plus délicate et la plus précieuse qui soit. Paris, en avril 1997, Annick Cojean est assise en tailleur à même le sol dans son appartement, en train de regarder des photographies étalées par terre, et son chat passe dessus. Elle le repousse doucement. Chaque année, le journal Le Monde publie une série d’été dans ses pages Horizons. Le journaliste investi de cette mission doit en livrer chaque jour un épisode palpitant. Mais pas avant d’avoir convaincu la direction de la rédaction du choix de son sujet. Annick se rend à la rédaction en scooter. Ce grand reporter au journal Le Monde arrive dans le bureau de Pierre Georges, chef des grands reporters et lui tend son sujet de série. Elle explique : douze photos mythiques témoins d’un grand événement. Elle a choisi douze photos de la mémoire collective, à faire parler. Elle continue : ces photographies la fascinent, elles ne cessent de la questionner. Et on les rassemble, elles forment comme un album, le grand album d’une famille éclatée aux quatre coins du monde. Celui d’une génération planétaire façonnée, ébranlée par les mêmes événements. Leur génération. Annick Cojean explique que ce qu’elle veut raconter dans cette série, c’est l’instant fixé par ces photos, son humanité. Ne pas interpréter, cesser de fantasmer, dévoiler l’histoire derrière chaque cliché, en pénétrer l’intime. Pour ça, elle doit rencontrer les personnages. Le chef apprécie : Gorbatchev, Lech Walesa, Rostropovitch, quel casting ! Elle présente la douzième personnalité de la série : Lady Di ! Son chef réagit brusquement : des personnalités historiquement irréprochables et une potiche digne d’un magazine people ! Elle défend son choix : Diana est devenue un symbole, celle d’une femme libre qui a osé braver la couronne. Et qui dit quelque chose de l’époque. Surtout depuis son divorce d’avec Charles. Une couverture qui annonce une bande dessinée sur Lady Di, avec en plus un sous-titre axé sur les confidences d’une princesse rebelle. Houlà ! Pas forcément la tasse de thé de tout le monde. Un joli dessin bien propre qui met en valeur son regard très bleu, et son beau chemisier, très fidèle à la réalité. Un début qui élargit le propos : la bande dessinée ne relève pas de la biographie, elle raconte la démarche de la grand reporter pour réaliser cette série de douze articles à partir de photographies célèbres, et en particulier l’interview de Diana. Ainsi, au fil de ce processus, le lecteur voit ces photographies mémorables avec le nom de la personne que rencontrera la journaliste : L’enfant symbole du Vietnam (1972) et Kim Phuc (l’enfant brûlé au napalm devenue mère de famille), La cène de Washington (13/09/1993) et une rencontre avec Yasser Arafat, La Marianne de mai 68 (1968) et Caroline de Bendern, Le père de Solidarnosc (la création de Solidarnosc, le 31/08/1980) et Lech Walesa, L’homme sur la Lune (21/07/1969) et Edwin Aldrin, Le maestro et le Mur (11/11/1989) et Mstislav Rostropovitch, Le podium de Mexico (jeux olympiques de 1968) et Tommie Smith, La Princesse au grand cœur (Diana tenant un petit enfant malade à Lahore au Pakistan, à l’hôpital Shaukat Khanum, le 22/02/1996) et Diana Spencer, Le martyre du Kosovo (la veillée de Nasimi Elshani le 29/01/1990), L’inconnu de Tiananmen (05/06/1989) et Chai Ling, la passionaria de Tiananmen, Lendemain de putsch à Moscou (19-22/08/1991) et Mikhaïl Gorbatchev, La jeune fille à la fleur (22/10/1967) et Jan Rose Kasmir à Washington. En replaçant l‘article dans le contexte de sa réalisation, la scénariste reporte le récit sur la journaliste, plus que sur la princesse. La dessinatrice dessine la première comme une femme jeune, peut-être moins de trente ans, avec un visage d’une douceur exquise, un entrain quasi juvénile, une silhouette fine, une élégance discrète, une vie de parisienne dans le vent, se rendant aux quatre coins du monde pour rencontrer des sommités (Walesa, Arafat) et des individus gravés dans l’inconscient collectif (Kim Phuc, Nasmi Elshani). Peu importe au lecteur la réalité de son âge en 1997, elle semble même plus jeune que la princesse lors de l’interview. Il en déduit qu’il s’agit d’une représentation faisant apparaître l’enthousiasme et la curiosité de la journaliste, son plaisir la transfigurant littéralement. Par comparaison, Diana apparaît plus sur la réserve qui sied à une (ex-) altesse, et à quelqu’un qui a déjà plus souffert. Les autres personnages bénéficient également d’une forme de lissage gommant la dureté de l’âge adulte, que ce soit les personnes réelles comme Pierre Georges (chef des grands reporters au Monde), Marc Riboud (photographe agence Magnum), Pierre Salinger (journaliste et conseiller en communication politique américain), Edwy Plenel (directeur de la rédaction du Monde), Valérie Nataf (journaliste), Martine Monteil (commissaire, cheffe de police judiciaire), Patrick Riou (directeur de la police judiciaire), ou même Elton John (impossible d’échapper à Candle in the wind). L’artiste utilise des couleurs douces et réalise des descriptions épurées, ayant gommé tout ce qui pourrait être esthétiquement déplaisant. Le lecteur éprouve la vague sensation d’évoluer dans une sorte de monde aseptisé où tout ne peut que bien se passer. Certaines évocations en deviennent presque naïves, proche du conte pour enfant. Il faut voir la princesse Diana avec une tenue de protection avancer en gardant son équilibre comme si elle évoluait sur une poutre entre deux terrains minés, en Angola : un moment quasi onirique. De ce point de vue, la dessinatrice semble embrasser à la fois un monde de princesse, à la fois transcrire la pureté des intentions de Diana. Dans le même temps, la narration visuelle s’avère très riche pour reconstituer des lieux : la salle de rédaction du Monde, la salle de documentation du journal, le kiosque parisien du coin de la rue, une terrasse de café de la capitale, un voyage en Eurostar, la résidence de Kensington Palace, une chambre d’hôpital à Lahore, des chambres d’hôtel de standing, des pièces aménagées en salle de conférence improvisée, et le tunnel de la voie Georges-Pompidou sous la place de l'Alma ainsi que la cathédrale de Westminster. Le lecteur se rend compte que cette série d’articles en 1997 fait suite à celle sur Les Mémoires de la Shoah en 1995, adaptée en bande dessinée en 2025 par Théa Rojzman & Tamia Baudoin. Ici, la scénariste se focalise sur la personne de la journaliste du début à la fin, la suivant depuis la proposition de sa série d’articles, jusqu’à la capitale du Nunavut. Il ne s’agit donc pas d’écrire la légende dorée de la princesse de Galles, plutôt de l’inscrire dans cette série de portraits à la portée historique et politique. Le récit montre comment cette interview a changé la façon dont le monde considérait la princesse, passant des pages people à une personne mettant à profit sa célébrité pour attirer l’attention sur des causes humanitaires, comme elle seule pouvait le faire, grâce à sa capacité à jouer avec les médias, et avant tout grâce à son sens du contact avec des individus en souffrance. En particulier son investissement contre l’usage des mines antipersonnel, et aussi le fait qu’elle ait serré la main d’un sidaïque, ou encore en serrant des enfants pauvres d’Afrique. De la charité spectacle ? Les autrices épousent le point de vue de la journaliste, à la fois en la suivant dans sa démarche, à la fois en reprenant le ton de son article et en en citant des passages. Insensiblement, l’interview elle-même, de la page 49 à la page 64, modifie totalement la tonalité de l’histoire. Diana Spencer passe au premier plan en répondant aux questions, et le lecteur ressent que toute la bande dessinée se déroule dans son ombre, qu’elle est bel et bien le personnage principal. Sensation accentuée et confirmée avec l’accident mortel du trente-et-un août 1997. La ferveur publique éclate au grand jour, montrant la notoriété et l’amour dont jouissait la princesse, jetant l’opprobre sur les journaux britanniques et le harcèlement de leurs critiques incessantes envers elle, les pointant même du doigt comme portant une part de culpabilité significative dans cette tragédie. L’histoire apparaît alors effectivement centrée sur le mystère de la personnalité d’une telle femme, sur la réalité indéniable de son engagement, sur sa façon à elle d’utiliser sa notoriété pour attirer l’attention sur les individus défavorisés en souffrance. Une biographie de de la princesse Diana, avec une esthétique féminine et aseptisée ? C’est ce que semble annoncer la couverture, et l’intérieur confirme ces caractéristiques… À ceci près qu’il ne s’agit pas d’un conte de fées, que le personnage principal est la journaliste réalisant la dernière interview de Diana Spencer, et que la sévérité des critiques des journaux s’avère impitoyable à l’encontre de la jeune femme. La narration visuelle retranscrit la surface visible du monde dans lequel évoluent la journaliste et la princesse, tout en se montrant honnête quant aux contraintes systémiques cachées derrière les apparences. Le récit replace l’interview de Lady Di dans son contexte, faisant ainsi apparaître la singularité de cette femme et la réalité de son engagement. Admirable.

04/03/2026 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5
Couverture de la série Hello Sunshine
Hello Sunshine

Un comics dont le cœur de cible est les Young Adults. Et donc, a priori, pas spécialement pour moi. D'abord quelques mots sur l'autrice : Keezy Young. C'est une artiste de bande dessinée et illustrateurice queer et non-binaire de Seattle, elle souffre d'un trouble psychotique bipolaire. Si je vous signale ces informations c'est parce qu'elles vont jouer un rôle important dans les sujets abordés de ce roman graphique. Une étrange histoire puisqu'elle va introduire du fantastique, un peu de magie avec une sorcière pour un sujet fort : la schizophrénie. C'est l'histoire de quatre gamins (17/18 ans) et d'un chien, ils sont à la recherche d'Alex après son inquiétante disparition. Les cinq chapitres porteront le nom d'un des personnages - dont le petit copain et le frère jumeau d'Alex. Des chapitres où la voix off de chaque protagoniste permet de mieux les cerner et d'en apprendre un peu plus sur leur relation avec le disparu. Quelques propositions musicales sont disséminées (voir image n°8 de la galerie) pour se mettre dans la peau du personnage. Un récit qui va évoluer, puisqu'il commence comme une enquête policière pour basculer sur quelque chose d'horrifique. Le thème principal de ce roman graphique est la santé mentale, et le choix de Keezy Young de proposer un récit horrifique permet de découvrir la schizophrénie sous un angle original mais ô combien touchant et empathique. L'amitié, l'amour, le deuil, la famille, le harcèlement et l’homosexualité seront d'autres thèmes importants de cette histoire forte en émotions. Le récit est dense, le texte adapté au public visé et la narration maîtrisée. J'ai ressenti les différentes secousses qui vont habiter nos jeunes gens : évidement l'inquiétude, mais aussi la colère et la culpabilité. Un comics empreint d'humanité qui montre la dure réalité de ceux qui souffrent de psychoses mais aussi de ceux qui les entourent. Un dessin typé comics, rétro et au charme fou. Il retranscrit parfaitement les différentes ambiances qui vont se succéder, bien aidé par la colorisation. Une mise en page assez classique. Du bon boulot. Quelques mots touchants de Keezy Young en fin d'album. Un comics audacieux.

03/03/2026 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5
Couverture de la série Un peu de bois et d'acier
Un peu de bois et d'acier

J’applaudis l’exercice de style, cette narration muette centrée sur un blanc, le passage des saisons et les va-et-vient des visiteurs du parc. Les personnages récurrents permettent à l’auteur de proposer une certaine continuité, comme des polaroids, des fenêtres brièvement ouvertes sur des vies dont on sait finalement peu. J’ai trouvé la fin très belle - la boucle est bouclée, comme on dit. Le noir et blanc de Chabouté contribue à la poésie ambiante, et capture parfaitement ces petits moments anodins et précieux. Objectivement, je ne ressors pas spécialement marqué de ma lecture (l’absence de textes fait que l’album se lit rapidement malgré ses 330 pages), mais je pousse quand même la note à 4/5, pour saluer l’originalité du récit.

03/03/2026 (modifier)