J'aime tout et surtout la relation entre Calvin l'enfant et Hobbes le tigre réel pour ce dernier, peluche pour les autres. L'enfant est dans l'imaginaire et la destructivité avec parfois des commentaires décapants à la Malfada : mais moins systématique, ce qui sonne plus juste, d'un point de vue psychologique. Les dessins sont aussi bien plus dynamiques que dans cette série et dans les Peanuts.
Autre bon point : les adultes ne sont pas là comme simples faire-valoir, caricatures de carton-pâte. On ne manque enfin pas de tendresse entre le petit garçon et son tigre. La société est critiquée mais avec discrétion, c'est par l'accumulation de gags qu'on s'éveille à ce qui ne va pas en elle : et c'est comme un ingrédient relevant le reste mais pas trop qui donne du goût et de l'appétit, faisant qu'on peut tout lire à la suite, si je n'en dirais pas forcément autant des deux séries qui me viennent à l'esprit en avisant ma préférée. Et le dessin ! Assez de détails pour l'ambiance, pour s'attacher aux personnages, et pas trop, pour le gag, avec la vitesse qui semble celle du dessin et la notation parfaite de tous les mouvements ? Tant de bandes dessinées se voulant humoristiques sont sans dialogues vrais et stylisés à la fois, comme ici, encastés dans des dessins qui créent un monde.
Le roman de Bram Stoker a inspiré tellement de récits de vampires, de Dracula et autres Nosferatu que, mine de rien, je n'avais jamais lu le roman lui-même, ni lu ou vu d'adaptation complètement fidèle (je n'ai pas vu le film de Coppola qui, d'après ce que j'en sais, en est pourtant très proche). C'est donc cette BD qui m'a permis d'en découvrir le contenu réel et, bien que j'en connaissais de nombreux fragments, je n'imaginais pas que cette oeuvre soit aussi moderne, dense et complexe.
Georges Bess fait le choix d'une fidélité quasi totale au roman de Bram Stoker, et cela se ressent immédiatement dans la narration. Le récit reprend la trame et l'esprit du texte original, avec ses nombreuses voix off, son écriture très fin XIXe siècle et son déroulé parfois lent. Forcément, cela peut paraître daté ou un peu rigide pour un lecteur contemporain, mais pour ma part, je suis assez sensible à ce type d'adaptation dense, qui demande du temps et de l'attention.
Là où l'album impressionne sans discussion possible, c'est sur le plan graphique. Les planches sont tout simplement somptueuses, absolument toutes d'une richesse et d'une maîtrise rares. C'est à la fois élégant et, en même temps, l'auteur s'offre le luxe d'une mise en page très libre, qui évite l'académisme et installe une atmosphère gothique puissante tout en restant teintée de modernité. Le château de Dracula, les paysages de Transylvanie, le cimetière en bord de mer ou certaines visions presque hallucinées sont particulièrement marquants. Cette excellence du dessin confère au récit une présence à la fois monstrueuse et fascinante.
Côté scénario, cette fidélité m'a permis de découvrir l'intensité et l'envergure de cette oeuvre classique. J'ai été surpris de voir à quel point elle prend de l'ampleur et mêle autant de personnages. Je l'ai trouvée nettement plus moderne que le tout aussi classique Frankenstein. Certes, quelques passages paraissent moins tendus ou moins incarnés que d'autres, notamment lors du tragique périple du Déméter ou dans une partie de l'action se déroulant en Angleterre. Mais de nombreux moments sont extrêmement forts, et surtout remarquablement bien racontés dans cette adaptation de Georges Bess.
Au-delà de sa beauté pure et puissante, l'ouvrage dégage une véritable force d'évocation. Ce Dracula se lit autant qu'il se contemple, et s'impose aussi bien comme une expérience graphique impressionnante que comme l'adaptation idéale d'un roman dont j'ignorais la profondeur et la modernité.
Il est toujours intimidant de décrire un ouvrage qu’on a particulièrement apprécié, surtout quand on a le sentiment d’avoir affaire à un chef d’œuvre comme ici, sans l’ombre d’un doute. Tout d’abord, — parce qu’on va commencer dans l’ordre —, il faut dire que la couverture tout à fait réussie rend totalement hommage au contenu. On y voit Hans et Helma, les (faux) jumeaux du récit se faire face, dans une position de recueillement, comme hypnotisés par les gracieuses arabesques jaillissant d’un point central (le néant ?) et symbolisant la musique, thème central du livre. L’image est bordée verticalement par des portées musicales (un gimmick graphique qui ornera chaque page et additionné d’une note supplémentaire d’un chapitre à l’autre), avec trois crânes tout en bas pour évoquer la mort, qui plane constamment au fil du récit. La qualité éditoriale vient renforcer la beauté de cette couverture par un vernis sélectif doré, et en effet, c’est bien de l’or que l’on a entre les mains.
On rentre très facilement dans cette histoire, qui commence comme un conte noir et restera captivante jusqu’au bout. Le début fait immédiatement penser à Hansel et Gretel, ne serait-ce que par ce premier chapitre intitulé « Hans et Helma », et commence dans un contexte très similaire. Les deux enfants vont entamer leur apprentissage de la vie de façon très cruelle, non seulement par leurs conditions de vie miséreuse dans cette campagne profonde, mais aussi avec la perte brutale de leurs parents massacrés par des bandits de grands chemins. Et dans cet océan d’obscurité, ils vont apprendre à nager, grâce en partie à leur sensibilité musicale que l’écoute des oiseaux dans la forêt proche va galvaniser. « Les oiseaux sont d’excellent maîtres de musique » : ainsi parlait leur oncle Ambel, lui dont le goût pour la musique fut tué dans l’œuf par la barbarie humaine…
Dans ce qui va s’avérer un parcours initiatique ballotés par des vents contraires et ses bourrasques, les deux enfants vont grâce à leur talent inné se faire peu à peu une place au soleil sombre d’un XVIIIe siècle quelque peu parallèle. Dans ce Saint-Empire fictionnel, « Laguna Majora » est la capitale des lacs italiens, et Amsterdam a été rebaptisée « Adamstern ».
Le thème central de « Soli Deo Gloria » est la musique, principalement baroque, et révèle chez Jean-Christophe Deveney une connaissance approfondie des subtilités de cet art ici porté aux nues. Mais nul besoin d’être mélomane pour être happé par ce récit, qui peut même constituer une initiation à un genre souvent considéré comme élitiste voire poussiéreux. Mais à travers la musique, cette bande dessinée brasse d’autres thématiques assez variées, jouant d’abord sur le contraste d’une époque où la finesse du monde des arts, accessible seulement à des privilégiés, côtoyait la barbarie et la misère la plus crasse, sans parler des menaces épidémiques comme la peste.
Et comme on le verra au fil des pages, s’extirper des gouffres de pauvreté pour taquiner les cieux les plus luxueux, ça comporte quelques risques. Et là, attention que cela ne monte pas au cerveau ! L’orgueil de se savoir talentueux peut s’avérer une malédiction, nous dit l’auteur, avec la possibilité qu’il se retourne contre vous. Hans va en faire les frais en perdant le contrôle de ses émotions, c’est ce qu’on pourrait appeler un « bad karma ». On ne dira rien de la fin, à la fois époustouflante et saisissante dans son âpreté, mais le livre se termine aussi de très belle façon, notamment avec la rencontre d’Helma avec Jean-Sébastien Bach à Zeiplitch (on aura reconnu Leipzig !). Cette séquence nous laisse stupéfait devant la modestie du bonhomme, considéré comme un génie dans l’histoire de la musique occidentale. Et une fois encore, cela peut susciter l’envie de découvrir sa musique pour ceux qui comme moi, ignare pitoyable, ne connaissent que son nom.
Venons-en maintenant au dessin, totalement à la hauteur de l’excellent scénario, d’une richesse inouïe. Edouard Cour a opté pour le noir et blanc, où les seules couleurs sont dédiées aux ondes sonores produites par la musique. Cela commence avec les frêles volutes accompagnant le chant des oiseaux pour finir avec les arabesques foisonnantes du puissant « ressurectio » interprété dans la basilique Saint-Pierre de « Romula ». Quant au trait, il est juste admirable, associé à un parfait équilibre dans la composition, le cadrage et la mise en page. Délicat pour décrire les bords du lac Majeur, il peut apparaître rugueux voire abstrait pour illustrer des scènes plus tourmentées. Mais globalement, le noir et blanc reste totalement adapté au récit. Le dessinateur confesse lui-même qu’en raison d’un léger daltonisme, il privilégie le procédé. Devant le résultat, on se dit qu’il a eu bien raison. J’ai moi-même passé de longs moments à admirer la minutie de son travail à la loupe (oui !), avec cette légère et épatante trame quadrillée. Ajoutons à cela la grande expressivité des visages, Cour a su parfaitement transmettre le sentiment d’orgueil émanant de Hans, car oui, c’est bien cela aussi que raconte la BD, cet orgueil infâme et pourtant si humain, cette forteresse de nos egos.
Avec désormais cinq albums à son actif (dont trois en tant qu’auteur complet), Edouard Cour n’a pas encore produit d’ouvrage notable, mais nul doute que « Sole Di Gloria » marquera pour lui un tournant en le plaçant dans le cercle restreint des maestros du dessin. Quant à Jean-Christophe Deveney, bénéficiant d’une bibliographie plus fournie (notamment « Géante », publié en 2020) , il s’était distingué l’année dernière avec son fauve du jury à Angoulême pour ses atmosphériques « Météores », un très beau roman graphique.
Mais que s’est-il passé entre ces deux auteurs, qui à l’unisson semblent avoir été touchés par la grâce ? Cette fresque tourbillonnante est un pur enchantement auquel je n’ai personnellement vu aucun bémol, aucune faille. C’est un conte de fées, noir d’encre, avec quelques rayons de soleil. Comme tous les contes de fées me direz-vous. Au-delà du récit initiatique, « Soli Deo Gloria » pourrait être accessoirement un antidote contre nos pulsions les plus primaires. Mais c'est sans doute d'abord un livre de sagesse célébrant la beauté des arts et de l’esprit, une symphonie graphique décrivant le combat entre l’ombre et la lumière, la laideur et la beauté, l’ordure et le sublime, dont on ne sait jamais vraiment qui l’emportera. Il dépeint un monde où, du fumier le plus dru émergent parfois des diamants. Et ce monde, bien que fictionnel, semble bien être le nôtre, pour le meilleur ou pour le pire. Oui, « Soli Deo Gloria » est un chef d’œuvre, et c’est ainsi que je poserai mon point final.
Évidemment, il eut été possible que ce soit encore meilleur : l'intrigue présente quelques longueurs, notamment durant la séquence de l'évasion, et les illustrations déçoivent légèrement (les couleurs et décors surtout, qui auraient mérité davantage de nuances et d'application), mais cette BD est indiscutablement une bien belle réussite !
C'est rocambolesque à souhait, amusant sinon truculent à l'occasion, généreux en personnages haut en couleur, bien rythmé (enlevé même !), original dans son intrigue historique et scientifique, tout autant dans son traitement. Bref, un beau moment de lecture.
J'ai beaucoup aimé ce premier tome.
C'est un conte mêlant un brin d'aventure avec de l'humour et des personnages attachants qui forment un duo improbable.
Le dessin et la couleur collent parfaitement à l'histoire.
Hâte de découvrir la suite et fin de cet excellent premier tome.
Après Irena, Morvan et Evrard recompose leur duo pour raconter l'histoire de Simone Lagrange. La jeune fille entre en résistance très jeune (13 ans) et supportera la torture de la main de Klaus Barbie. 30 ans plus tard elle fera partie de ceux qui le confondront.
Pour ceux qui ont apprécié la première œuvre des deux auteurs vous retrouverez les qualités de celle-ci dans "Simone". On suit donc l'histoire de la jeune fille et de la mère de famille qu'elle est devenue en alternant les deux histoires. Pour la première on nous raconte la guerre et les transformations qu'elle a engendré comme par exemple l'institutrice dont l'antisémitisme ressort avec l'Occupation alors qu'elle semblait proche de la famille de Simone (qui est juive). L'évolution des comportements est bien abordée même si on pourrait la trouver un peu extrême dans le traitement parfois mais nous sommes plus sur des grands traits de personnalité et des archétypes. Pour le présent (les années 70) on voit bien le débat intérieur de Simone symbolisé par ce personnage vert et à l'air méchant écho de son passé. Elle hésite, ne veut pas revivre l'enfer même en souvenir même si rattraper son tortionnaire et amener la Justice à le juger la pousse à réfléchir.
Le dessin jeunesse allège le propos notamment avec des petites touches d'humour mais la BD reste quand même à réserver à un public averti et crée un décalage entre l'illustration et la gravité des propos.
Une BD racontant le destin doublement bouleversé d'une jeune fille puis plus tard d'une mère de famille à lire.
Après lecture des 3 albums je recommande fortement cette BD aux plus jeunes (à partir de 11-12 ans quand même) qui comme pour Irena est une très bonne fiction inspirée de l'histoire vraie de Simone Lagrange.
Quand à la critique du fils Lagrange ci-dessous je suis surpris par son manque d'arguments étayés sur les erreurs de la BD et d'autant plus que l'une des petites filles de l'héroïne préface le tome 3 il semble donc que la famille ai été un minimum consulté. En attente de voir si ce monsieur complète son avis...
La première BD de Manon Debaye s'offre au lecteur brutalement : les thématiques secouent (le manque d'amour et les pensées suicidaires de deux jeunes adolescentes, le harcèlement), les illustrations griffent nos attendus (un crayonné au contour noir brut et aux atours enfantins, des couleurs laissant apparaître les traits des crayons), l'intrigue ne vise aucunement la formulation d'éléments explicatifs, privilégie le constat froid et percutant d'une réalité incomprise.
On pense souvent au chef-d’œuvre du réalisateur Gus Van Sant "Elephant", qui refusait similairement de proposer une trop simple explication des trajectoires individuelles de ses personnages via des déterminismes sociaux ou des parcours individuels chaotiques. On pense également à Lubitsch et à cette manière de gérer par ellipses la narration afin d'accentuer les effets (généralement comiques chez le merveilleux cinéaste, dramatiques ici ou inconfortablement déconnectés de la réalité). Il en découle une intrigue plus esquissée que structurée, abrupte, suspendue, pouvant éventuellement laisser sur sa faim son lecteur, possiblement perturbé d'être abandonné sans véritable réponse, un peu abasourdi de n'avoir eu accès aux paysages intérieurs et aux sentiments de ces jeunes filles, pré-adolescentes qui demeureront tristement incomprises, comme dans la vie.
Un roman graphique imparfaitement construit, ayant le charme maladroit des œuvres de jeunesse et le style déjà acéré d'une artiste en devenir.
J’avais moi aussi adoré La Bibliomule de Cordoue, je me suis donc procuré « Le Mètre des Caraïbes » des mêmes auteurs sans hésiter.
J’y ai retrouvé le même genre d’histoire, à savoir un fait historique intéressant et peu connu (un savant français qui tente de transmettre le system métrique aux américains), raconté via une intrigue enjouée, remplie d’humour et de personnages complètement barrés.
La narration est parfaitement maitrisée, la lecture est fluide, et la mise en image est réussie, même si je ne suis pas fan des ciels en dégradé de couleurs informatiques.
Un chouette moment de lecture.
J'hésite un peu entre 3 et 4, mais allez, j'arrondis en haut. Ce nouvel épisode des reprises Disney de Glénat voit le retour de Joris Chamblain au scénario, après l'excellent Picsou - Le Dragon de Glasgow. Là où cet épisode dans la jeunesse de Picsou jouait avec beaucoup de réussite sur une tonalité nostalgique et sur une certaine émotion, il n'en est rien dans Mickey et le roi des pirates. Revendiquant une identité à mi-chemin entre Dickens et Pirates des Caraïbes, on admettra tout de même qu'hormis le décor londonien du XIXe siècle, la patte Dickens est relativement inexistante. De Pirates des Caraïbes, on retrouvera toutefois un peu plus l'ambiance, grâce à une virée à Tortuga plutôt réussie, avec un antagoniste particulièrement convaincant.
On voit surtout que Chamblain et Dav s'amusent comme des petits fous à glisser un maximum de personnages Disney dans leur bande dessinée (jusqu'au chien Dante du Coco de Pixar ou au lézard à collerette Frank de Bernard et Bianca), et les amateurs partiront avec grand plaisir à cette chasse au trésor. Le dessin de Dav, d'ailleurs, fonctionne particulièrement bien, avec ses couleurs chaudes, et son trait rigoureux. On retrouve les personnages Disney, mais avec une petite patte bien spécifique, qui colle mieux à un univers type XIXe siècle que ce que ne l'aurait fait le trait rond habituel de la plupart des productions Disney. Mais on commence à être habitué aux excellents dessinateurs chez Glénat... Ce tome-là, en tous cas, ne rompt pas la tradition !
Quant à l'histoire, j'avoue avoir été un peu moins embarqué que dans Le Dragon de Glasgow, les personnages n'ayant pas la même profondeur ici. Néanmoins, son ton aventureux fonctionne très bien, jusqu'à un finale vraiment grandiose, qui clôt très dignement cet album. D'où mon choix de 4 étoiles, même si, en réalité, je serais plus à 3,5/5. Quoiqu'il en soit, c'est une lecture que je regrette pas !
PF Radice signe une très belle adaptation du roman noir de Richard Morgiève (Le Cherokee) : « l'histoire d'un shérif et d'un agent du FBI sur les traces d'un tueur et d'une bombe ». Une relecture originale et très convaincante.
Pierre-François Radice est ... professeur de sculpture ! Côté dessin, il a donné dans les albums jeunesse et d'autres comme "La cuisine en BD" !
On avait donc peu de chances de le croiser jusqu'à ce God bless America, adaptation d'un roman noir de Richard Morgiève : Le Cherokee, une histoire un peu étrange qu'on avait lue en 2020.
PF Radice avait également publié un album sur Al Capone.
Utah. 1954, en pleine guerre froide, les américains ont peur de tout le monde.
« C'est l'histoire d'un shérif et d'un agent du FBI sur les traces d'un tueur et d'une bombe. »
La nuit du 26 septembre, des phénomènes étranges commencent à survenir.
Quelques disparitions, une voiture abandonnée au bord de la route, le crash d'un avion de chasse ... sans pilote à bord.
Le lendemain, la bombe atomique de l'avion n'est plus là, « beaucoup de citoyens ont aperçu l'avion hier soir », l'armée investit la région et le standard du poste de police reçoit « de nombreux appels pour des extraterrestres, les communistes qui attaquent, les militaires qui arrivent et une soucoupe volante ... ».
Nick Corey est le shérif de Panguitch. Un homme à l'enfance difficile et à la vie agitée (l'écrivain Richard Morgiève également d'ailleurs).
Avec l'aide d'un agent du FBI, Corey se lance à la poursuite d'un tueur en série surnommé le dindon à cause de son rire sinistre (à moins que ce ne soit le tueur qui pourchasse Nick Corey ?) .
Au milieu de tout ce bazar, le shérif Corey est « obligé d'aller au bout de toutes les voies du labyrinthe, en espérant que l'une d'elles ne se terminerait pas en cul-de-sac ». Il traîne ses bottes de faux cow-boy sans trop y croire, un brin désabusé.
« Je me sentais bien dans mes bottes. Par la fenêtre, le far-west crevait. Dans pas longtemps, il n'y aurait plus que des lignes électriques, des routes et des distributeurs de coca. Les hommes avaient tout foutu en l'air et continuaient. Faudrait aller sur Mars pour continuer à tout démolir. »
Pendant quelques pages, une lueur d'espoir : quand Nick file le parfait amour avec ..., mais chut ! on va quand même pas tout vous dire !
Très fidèle au roman de Morgiève (une sorte de pastiche d'un thriller très américain, écrit par un frenchy bien de chez nous), cet album en est une belle adaptation.
Le bouquin original était un peu longuet, voire touffu, et le format de la BD oblige à réduire, à mettre en avant certains aspects, certains moments et à en occulter d'autres. Cela ne nuit nullement au récit mais PF Radice nous propose plutôt, avec intelligence, sa relecture personnelle de l'original.
Le résultat est un sacré bon roman noir qui ravira les fans de Morgiève mais qui surtout pourra plaire à tous ceux qui n'ont pas encore lu Le Cherokee. Sacrée réussite.
Un excellent polar en images qui se balance au rythme chaloupé du pickup bringuebalant sur les pistes, celui des rednecks des hauts plateaux.
Le noir et blanc est très à la mode et le dessin de PF Radice est un crayonnage aux dégradés de gris du plus bel effet qui sert parfaitement le propos un peu sombre de cette histoire qui est tout sauf un conte de fées.
Le grand format (22 x 32) laisse une large place aux dessins qui ne se laissent pas envahir par les phylactères, pourtant nombreux.
Avec sa couverture originale et réussie, l'album est un bel objet de plus de 200 grandes pages tirées sur papier épais.
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Calvin et Hobbes
J'aime tout et surtout la relation entre Calvin l'enfant et Hobbes le tigre réel pour ce dernier, peluche pour les autres. L'enfant est dans l'imaginaire et la destructivité avec parfois des commentaires décapants à la Malfada : mais moins systématique, ce qui sonne plus juste, d'un point de vue psychologique. Les dessins sont aussi bien plus dynamiques que dans cette série et dans les Peanuts. Autre bon point : les adultes ne sont pas là comme simples faire-valoir, caricatures de carton-pâte. On ne manque enfin pas de tendresse entre le petit garçon et son tigre. La société est critiquée mais avec discrétion, c'est par l'accumulation de gags qu'on s'éveille à ce qui ne va pas en elle : et c'est comme un ingrédient relevant le reste mais pas trop qui donne du goût et de l'appétit, faisant qu'on peut tout lire à la suite, si je n'en dirais pas forcément autant des deux séries qui me viennent à l'esprit en avisant ma préférée. Et le dessin ! Assez de détails pour l'ambiance, pour s'attacher aux personnages, et pas trop, pour le gag, avec la vitesse qui semble celle du dessin et la notation parfaite de tous les mouvements ? Tant de bandes dessinées se voulant humoristiques sont sans dialogues vrais et stylisés à la fois, comme ici, encastés dans des dessins qui créent un monde.
Dracula (Bess)
Le roman de Bram Stoker a inspiré tellement de récits de vampires, de Dracula et autres Nosferatu que, mine de rien, je n'avais jamais lu le roman lui-même, ni lu ou vu d'adaptation complètement fidèle (je n'ai pas vu le film de Coppola qui, d'après ce que j'en sais, en est pourtant très proche). C'est donc cette BD qui m'a permis d'en découvrir le contenu réel et, bien que j'en connaissais de nombreux fragments, je n'imaginais pas que cette oeuvre soit aussi moderne, dense et complexe. Georges Bess fait le choix d'une fidélité quasi totale au roman de Bram Stoker, et cela se ressent immédiatement dans la narration. Le récit reprend la trame et l'esprit du texte original, avec ses nombreuses voix off, son écriture très fin XIXe siècle et son déroulé parfois lent. Forcément, cela peut paraître daté ou un peu rigide pour un lecteur contemporain, mais pour ma part, je suis assez sensible à ce type d'adaptation dense, qui demande du temps et de l'attention. Là où l'album impressionne sans discussion possible, c'est sur le plan graphique. Les planches sont tout simplement somptueuses, absolument toutes d'une richesse et d'une maîtrise rares. C'est à la fois élégant et, en même temps, l'auteur s'offre le luxe d'une mise en page très libre, qui évite l'académisme et installe une atmosphère gothique puissante tout en restant teintée de modernité. Le château de Dracula, les paysages de Transylvanie, le cimetière en bord de mer ou certaines visions presque hallucinées sont particulièrement marquants. Cette excellence du dessin confère au récit une présence à la fois monstrueuse et fascinante. Côté scénario, cette fidélité m'a permis de découvrir l'intensité et l'envergure de cette oeuvre classique. J'ai été surpris de voir à quel point elle prend de l'ampleur et mêle autant de personnages. Je l'ai trouvée nettement plus moderne que le tout aussi classique Frankenstein. Certes, quelques passages paraissent moins tendus ou moins incarnés que d'autres, notamment lors du tragique périple du Déméter ou dans une partie de l'action se déroulant en Angleterre. Mais de nombreux moments sont extrêmement forts, et surtout remarquablement bien racontés dans cette adaptation de Georges Bess. Au-delà de sa beauté pure et puissante, l'ouvrage dégage une véritable force d'évocation. Ce Dracula se lit autant qu'il se contemple, et s'impose aussi bien comme une expérience graphique impressionnante que comme l'adaptation idéale d'un roman dont j'ignorais la profondeur et la modernité.
Soli Deo Gloria
Il est toujours intimidant de décrire un ouvrage qu’on a particulièrement apprécié, surtout quand on a le sentiment d’avoir affaire à un chef d’œuvre comme ici, sans l’ombre d’un doute. Tout d’abord, — parce qu’on va commencer dans l’ordre —, il faut dire que la couverture tout à fait réussie rend totalement hommage au contenu. On y voit Hans et Helma, les (faux) jumeaux du récit se faire face, dans une position de recueillement, comme hypnotisés par les gracieuses arabesques jaillissant d’un point central (le néant ?) et symbolisant la musique, thème central du livre. L’image est bordée verticalement par des portées musicales (un gimmick graphique qui ornera chaque page et additionné d’une note supplémentaire d’un chapitre à l’autre), avec trois crânes tout en bas pour évoquer la mort, qui plane constamment au fil du récit. La qualité éditoriale vient renforcer la beauté de cette couverture par un vernis sélectif doré, et en effet, c’est bien de l’or que l’on a entre les mains. On rentre très facilement dans cette histoire, qui commence comme un conte noir et restera captivante jusqu’au bout. Le début fait immédiatement penser à Hansel et Gretel, ne serait-ce que par ce premier chapitre intitulé « Hans et Helma », et commence dans un contexte très similaire. Les deux enfants vont entamer leur apprentissage de la vie de façon très cruelle, non seulement par leurs conditions de vie miséreuse dans cette campagne profonde, mais aussi avec la perte brutale de leurs parents massacrés par des bandits de grands chemins. Et dans cet océan d’obscurité, ils vont apprendre à nager, grâce en partie à leur sensibilité musicale que l’écoute des oiseaux dans la forêt proche va galvaniser. « Les oiseaux sont d’excellent maîtres de musique » : ainsi parlait leur oncle Ambel, lui dont le goût pour la musique fut tué dans l’œuf par la barbarie humaine… Dans ce qui va s’avérer un parcours initiatique ballotés par des vents contraires et ses bourrasques, les deux enfants vont grâce à leur talent inné se faire peu à peu une place au soleil sombre d’un XVIIIe siècle quelque peu parallèle. Dans ce Saint-Empire fictionnel, « Laguna Majora » est la capitale des lacs italiens, et Amsterdam a été rebaptisée « Adamstern ». Le thème central de « Soli Deo Gloria » est la musique, principalement baroque, et révèle chez Jean-Christophe Deveney une connaissance approfondie des subtilités de cet art ici porté aux nues. Mais nul besoin d’être mélomane pour être happé par ce récit, qui peut même constituer une initiation à un genre souvent considéré comme élitiste voire poussiéreux. Mais à travers la musique, cette bande dessinée brasse d’autres thématiques assez variées, jouant d’abord sur le contraste d’une époque où la finesse du monde des arts, accessible seulement à des privilégiés, côtoyait la barbarie et la misère la plus crasse, sans parler des menaces épidémiques comme la peste. Et comme on le verra au fil des pages, s’extirper des gouffres de pauvreté pour taquiner les cieux les plus luxueux, ça comporte quelques risques. Et là, attention que cela ne monte pas au cerveau ! L’orgueil de se savoir talentueux peut s’avérer une malédiction, nous dit l’auteur, avec la possibilité qu’il se retourne contre vous. Hans va en faire les frais en perdant le contrôle de ses émotions, c’est ce qu’on pourrait appeler un « bad karma ». On ne dira rien de la fin, à la fois époustouflante et saisissante dans son âpreté, mais le livre se termine aussi de très belle façon, notamment avec la rencontre d’Helma avec Jean-Sébastien Bach à Zeiplitch (on aura reconnu Leipzig !). Cette séquence nous laisse stupéfait devant la modestie du bonhomme, considéré comme un génie dans l’histoire de la musique occidentale. Et une fois encore, cela peut susciter l’envie de découvrir sa musique pour ceux qui comme moi, ignare pitoyable, ne connaissent que son nom. Venons-en maintenant au dessin, totalement à la hauteur de l’excellent scénario, d’une richesse inouïe. Edouard Cour a opté pour le noir et blanc, où les seules couleurs sont dédiées aux ondes sonores produites par la musique. Cela commence avec les frêles volutes accompagnant le chant des oiseaux pour finir avec les arabesques foisonnantes du puissant « ressurectio » interprété dans la basilique Saint-Pierre de « Romula ». Quant au trait, il est juste admirable, associé à un parfait équilibre dans la composition, le cadrage et la mise en page. Délicat pour décrire les bords du lac Majeur, il peut apparaître rugueux voire abstrait pour illustrer des scènes plus tourmentées. Mais globalement, le noir et blanc reste totalement adapté au récit. Le dessinateur confesse lui-même qu’en raison d’un léger daltonisme, il privilégie le procédé. Devant le résultat, on se dit qu’il a eu bien raison. J’ai moi-même passé de longs moments à admirer la minutie de son travail à la loupe (oui !), avec cette légère et épatante trame quadrillée. Ajoutons à cela la grande expressivité des visages, Cour a su parfaitement transmettre le sentiment d’orgueil émanant de Hans, car oui, c’est bien cela aussi que raconte la BD, cet orgueil infâme et pourtant si humain, cette forteresse de nos egos. Avec désormais cinq albums à son actif (dont trois en tant qu’auteur complet), Edouard Cour n’a pas encore produit d’ouvrage notable, mais nul doute que « Sole Di Gloria » marquera pour lui un tournant en le plaçant dans le cercle restreint des maestros du dessin. Quant à Jean-Christophe Deveney, bénéficiant d’une bibliographie plus fournie (notamment « Géante », publié en 2020) , il s’était distingué l’année dernière avec son fauve du jury à Angoulême pour ses atmosphériques « Météores », un très beau roman graphique. Mais que s’est-il passé entre ces deux auteurs, qui à l’unisson semblent avoir été touchés par la grâce ? Cette fresque tourbillonnante est un pur enchantement auquel je n’ai personnellement vu aucun bémol, aucune faille. C’est un conte de fées, noir d’encre, avec quelques rayons de soleil. Comme tous les contes de fées me direz-vous. Au-delà du récit initiatique, « Soli Deo Gloria » pourrait être accessoirement un antidote contre nos pulsions les plus primaires. Mais c'est sans doute d'abord un livre de sagesse célébrant la beauté des arts et de l’esprit, une symphonie graphique décrivant le combat entre l’ombre et la lumière, la laideur et la beauté, l’ordure et le sublime, dont on ne sait jamais vraiment qui l’emportera. Il dépeint un monde où, du fumier le plus dru émergent parfois des diamants. Et ce monde, bien que fictionnel, semble bien être le nôtre, pour le meilleur ou pour le pire. Oui, « Soli Deo Gloria » est un chef d’œuvre, et c’est ainsi que je poserai mon point final.
Le Mètre des Caraïbes
Évidemment, il eut été possible que ce soit encore meilleur : l'intrigue présente quelques longueurs, notamment durant la séquence de l'évasion, et les illustrations déçoivent légèrement (les couleurs et décors surtout, qui auraient mérité davantage de nuances et d'application), mais cette BD est indiscutablement une bien belle réussite ! C'est rocambolesque à souhait, amusant sinon truculent à l'occasion, généreux en personnages haut en couleur, bien rythmé (enlevé même !), original dans son intrigue historique et scientifique, tout autant dans son traitement. Bref, un beau moment de lecture.
Le Pêcheur et la Salamandre
J'ai beaucoup aimé ce premier tome. C'est un conte mêlant un brin d'aventure avec de l'humour et des personnages attachants qui forment un duo improbable. Le dessin et la couleur collent parfaitement à l'histoire. Hâte de découvrir la suite et fin de cet excellent premier tome.
Simone
Après Irena, Morvan et Evrard recompose leur duo pour raconter l'histoire de Simone Lagrange. La jeune fille entre en résistance très jeune (13 ans) et supportera la torture de la main de Klaus Barbie. 30 ans plus tard elle fera partie de ceux qui le confondront. Pour ceux qui ont apprécié la première œuvre des deux auteurs vous retrouverez les qualités de celle-ci dans "Simone". On suit donc l'histoire de la jeune fille et de la mère de famille qu'elle est devenue en alternant les deux histoires. Pour la première on nous raconte la guerre et les transformations qu'elle a engendré comme par exemple l'institutrice dont l'antisémitisme ressort avec l'Occupation alors qu'elle semblait proche de la famille de Simone (qui est juive). L'évolution des comportements est bien abordée même si on pourrait la trouver un peu extrême dans le traitement parfois mais nous sommes plus sur des grands traits de personnalité et des archétypes. Pour le présent (les années 70) on voit bien le débat intérieur de Simone symbolisé par ce personnage vert et à l'air méchant écho de son passé. Elle hésite, ne veut pas revivre l'enfer même en souvenir même si rattraper son tortionnaire et amener la Justice à le juger la pousse à réfléchir. Le dessin jeunesse allège le propos notamment avec des petites touches d'humour mais la BD reste quand même à réserver à un public averti et crée un décalage entre l'illustration et la gravité des propos. Une BD racontant le destin doublement bouleversé d'une jeune fille puis plus tard d'une mère de famille à lire. Après lecture des 3 albums je recommande fortement cette BD aux plus jeunes (à partir de 11-12 ans quand même) qui comme pour Irena est une très bonne fiction inspirée de l'histoire vraie de Simone Lagrange. Quand à la critique du fils Lagrange ci-dessous je suis surpris par son manque d'arguments étayés sur les erreurs de la BD et d'autant plus que l'une des petites filles de l'héroïne préface le tome 3 il semble donc que la famille ai été un minimum consulté. En attente de voir si ce monsieur complète son avis...
La Falaise
La première BD de Manon Debaye s'offre au lecteur brutalement : les thématiques secouent (le manque d'amour et les pensées suicidaires de deux jeunes adolescentes, le harcèlement), les illustrations griffent nos attendus (un crayonné au contour noir brut et aux atours enfantins, des couleurs laissant apparaître les traits des crayons), l'intrigue ne vise aucunement la formulation d'éléments explicatifs, privilégie le constat froid et percutant d'une réalité incomprise. On pense souvent au chef-d’œuvre du réalisateur Gus Van Sant "Elephant", qui refusait similairement de proposer une trop simple explication des trajectoires individuelles de ses personnages via des déterminismes sociaux ou des parcours individuels chaotiques. On pense également à Lubitsch et à cette manière de gérer par ellipses la narration afin d'accentuer les effets (généralement comiques chez le merveilleux cinéaste, dramatiques ici ou inconfortablement déconnectés de la réalité). Il en découle une intrigue plus esquissée que structurée, abrupte, suspendue, pouvant éventuellement laisser sur sa faim son lecteur, possiblement perturbé d'être abandonné sans véritable réponse, un peu abasourdi de n'avoir eu accès aux paysages intérieurs et aux sentiments de ces jeunes filles, pré-adolescentes qui demeureront tristement incomprises, comme dans la vie. Un roman graphique imparfaitement construit, ayant le charme maladroit des œuvres de jeunesse et le style déjà acéré d'une artiste en devenir.
Le Mètre des Caraïbes
J’avais moi aussi adoré La Bibliomule de Cordoue, je me suis donc procuré « Le Mètre des Caraïbes » des mêmes auteurs sans hésiter. J’y ai retrouvé le même genre d’histoire, à savoir un fait historique intéressant et peu connu (un savant français qui tente de transmettre le system métrique aux américains), raconté via une intrigue enjouée, remplie d’humour et de personnages complètement barrés. La narration est parfaitement maitrisée, la lecture est fluide, et la mise en image est réussie, même si je ne suis pas fan des ciels en dégradé de couleurs informatiques. Un chouette moment de lecture.
Mickey et le roi des pirates
J'hésite un peu entre 3 et 4, mais allez, j'arrondis en haut. Ce nouvel épisode des reprises Disney de Glénat voit le retour de Joris Chamblain au scénario, après l'excellent Picsou - Le Dragon de Glasgow. Là où cet épisode dans la jeunesse de Picsou jouait avec beaucoup de réussite sur une tonalité nostalgique et sur une certaine émotion, il n'en est rien dans Mickey et le roi des pirates. Revendiquant une identité à mi-chemin entre Dickens et Pirates des Caraïbes, on admettra tout de même qu'hormis le décor londonien du XIXe siècle, la patte Dickens est relativement inexistante. De Pirates des Caraïbes, on retrouvera toutefois un peu plus l'ambiance, grâce à une virée à Tortuga plutôt réussie, avec un antagoniste particulièrement convaincant. On voit surtout que Chamblain et Dav s'amusent comme des petits fous à glisser un maximum de personnages Disney dans leur bande dessinée (jusqu'au chien Dante du Coco de Pixar ou au lézard à collerette Frank de Bernard et Bianca), et les amateurs partiront avec grand plaisir à cette chasse au trésor. Le dessin de Dav, d'ailleurs, fonctionne particulièrement bien, avec ses couleurs chaudes, et son trait rigoureux. On retrouve les personnages Disney, mais avec une petite patte bien spécifique, qui colle mieux à un univers type XIXe siècle que ce que ne l'aurait fait le trait rond habituel de la plupart des productions Disney. Mais on commence à être habitué aux excellents dessinateurs chez Glénat... Ce tome-là, en tous cas, ne rompt pas la tradition ! Quant à l'histoire, j'avoue avoir été un peu moins embarqué que dans Le Dragon de Glasgow, les personnages n'ayant pas la même profondeur ici. Néanmoins, son ton aventureux fonctionne très bien, jusqu'à un finale vraiment grandiose, qui clôt très dignement cet album. D'où mon choix de 4 étoiles, même si, en réalité, je serais plus à 3,5/5. Quoiqu'il en soit, c'est une lecture que je regrette pas !
God bless America
PF Radice signe une très belle adaptation du roman noir de Richard Morgiève (Le Cherokee) : « l'histoire d'un shérif et d'un agent du FBI sur les traces d'un tueur et d'une bombe ». Une relecture originale et très convaincante. Pierre-François Radice est ... professeur de sculpture ! Côté dessin, il a donné dans les albums jeunesse et d'autres comme "La cuisine en BD" ! On avait donc peu de chances de le croiser jusqu'à ce God bless America, adaptation d'un roman noir de Richard Morgiève : Le Cherokee, une histoire un peu étrange qu'on avait lue en 2020. PF Radice avait également publié un album sur Al Capone. Utah. 1954, en pleine guerre froide, les américains ont peur de tout le monde. « C'est l'histoire d'un shérif et d'un agent du FBI sur les traces d'un tueur et d'une bombe. » La nuit du 26 septembre, des phénomènes étranges commencent à survenir. Quelques disparitions, une voiture abandonnée au bord de la route, le crash d'un avion de chasse ... sans pilote à bord. Le lendemain, la bombe atomique de l'avion n'est plus là, « beaucoup de citoyens ont aperçu l'avion hier soir », l'armée investit la région et le standard du poste de police reçoit « de nombreux appels pour des extraterrestres, les communistes qui attaquent, les militaires qui arrivent et une soucoupe volante ... ». Nick Corey est le shérif de Panguitch. Un homme à l'enfance difficile et à la vie agitée (l'écrivain Richard Morgiève également d'ailleurs). Avec l'aide d'un agent du FBI, Corey se lance à la poursuite d'un tueur en série surnommé le dindon à cause de son rire sinistre (à moins que ce ne soit le tueur qui pourchasse Nick Corey ?) . Au milieu de tout ce bazar, le shérif Corey est « obligé d'aller au bout de toutes les voies du labyrinthe, en espérant que l'une d'elles ne se terminerait pas en cul-de-sac ». Il traîne ses bottes de faux cow-boy sans trop y croire, un brin désabusé. « Je me sentais bien dans mes bottes. Par la fenêtre, le far-west crevait. Dans pas longtemps, il n'y aurait plus que des lignes électriques, des routes et des distributeurs de coca. Les hommes avaient tout foutu en l'air et continuaient. Faudrait aller sur Mars pour continuer à tout démolir. » Pendant quelques pages, une lueur d'espoir : quand Nick file le parfait amour avec ..., mais chut ! on va quand même pas tout vous dire ! Très fidèle au roman de Morgiève (une sorte de pastiche d'un thriller très américain, écrit par un frenchy bien de chez nous), cet album en est une belle adaptation. Le bouquin original était un peu longuet, voire touffu, et le format de la BD oblige à réduire, à mettre en avant certains aspects, certains moments et à en occulter d'autres. Cela ne nuit nullement au récit mais PF Radice nous propose plutôt, avec intelligence, sa relecture personnelle de l'original. Le résultat est un sacré bon roman noir qui ravira les fans de Morgiève mais qui surtout pourra plaire à tous ceux qui n'ont pas encore lu Le Cherokee. Sacrée réussite. Un excellent polar en images qui se balance au rythme chaloupé du pickup bringuebalant sur les pistes, celui des rednecks des hauts plateaux. Le noir et blanc est très à la mode et le dessin de PF Radice est un crayonnage aux dégradés de gris du plus bel effet qui sert parfaitement le propos un peu sombre de cette histoire qui est tout sauf un conte de fées. Le grand format (22 x 32) laisse une large place aux dessins qui ne se laissent pas envahir par les phylactères, pourtant nombreux. Avec sa couverture originale et réussie, l'album est un bel objet de plus de 200 grandes pages tirées sur papier épais.