Toute la vie !, C’est si peu de temps !
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Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Son édition originale date de 1982. Il a été réalisé par Edmond Baudoin pour le scénario et les dessins. Il comprend quarante-quatre pages de bande dessinée. Il s’ouvre avec un texte introductif écrit par Jean Solé, évoquant les différentes possibilités qui s’offrent au préfaceur occasionnel et novice : faire un dessin, parler de sa relation avec Baudoin, ou consacrer l’intégralité du texte à expliquer la difficulté qu’il éprouve à écrire une préface, ou encore mieux profiter de l’occase pour parler uniquement de lui.
Un jeune homme court dans une forêt dont les arbres présentent une forme onirique. Les souvenirs accrochés aux semelles, s’échapper et revenir dans le temps du village. Il finit par déboucher sur un large chemin, avec le village au loin. Il reconnaît ce boulevard, il y est venu il y a… Il y a longtemps ou peut-être dans son avenir ? Il entre dans le village, et il passe devant un manège au rideau descendu, ne laissant voir qu’une chèvre en bois. Il a joué ici un jour, il a aimé aussi il y a longtemps. Ou peut-être plus tard. Plus tard ? Il passe devant l’église et son haut clocher. En marchant maintenant, il parvient à la place du village. Un vieil homme est assis sur un banc, en train de contempler la fontaine en fonctionnement. Il enjoint le jeune homme à venir s’assoir à côté de lui. Il lui parle : Il n’y a plus personne, tous partis. Le vieil homme continue : Il ne lui reste que les souvenirs, que le passé, le temps a passé si vite. Toujours à haute voix, il se fait la réflexion : Hier encore il était enfant, déjà son interlocuteur est un homme, et demain ce dernier sera lui. Il n’y a que cette place qui ne bouge pas.
Le vieil homme indique que pourtant cette place n’était pas la même, il se souvient : La fontaine était là, elle n’a pas bougé, mais lui n’était pas assis avec les vieux, il était de l’autre côté de la place, avec ceux de son âge, les jeunes. Un groupe d’une dizaine d’adolescents et jeunes adultes squattent un banc, un jeune garçon devant eux à quelques mètres avec les yeux fixant le vide, et un jeune homme assis sur un autre banc en train d’interpréter à la guitare et de chanter Le petit cheval blanc. Deux des adolescents sont en train de s’insulter, un troisième propose de faire une partie de ballon pour dissiper la tension. Le vieil homme commente au bénéfice du jeune assis à côté de lui : Toujours le bon samaritain, pour la paix des ménages, quel idiot il faisait ! Des journées entières à s’ennuyer sur les bancs, pourtant il était impossible de quitter le groupe même une minute. La peur que ce soit justement dans cette minute que l’événement arrive : un incendie, un tremblement de terre, ou une fille. Le petit groupe de jeunes continue de s’ennuyer, et l’un d’eux remarque que Florence est en train d’arriver. Celui en vespa fait mine de foncer vers elle, et s’arrête juste à ses pieds. Ils papotent, puis elle monte derrière lui et ils s’en vont. Parmi ceux toujours sur le banc, un dit tout haut que c’est quand même bien d’avoir une Vespa, et Paul lui demande si Florence sort avec Roger.
Ces petits rien de la jeunesse en train de zoner, et pas que, présentés avec une forme de recul. Une des œuvres de début de carrière de bédéaste de ce créateur hors norme. En fonction de sa familiarité avec lui, le lecteur retrouve ses idiosyncrasies, et relève les particularités qui s’effaceront par la suite, pas tant des tâtonnements, plutôt les spécificités de sa personnalité de l’époque qui évolueront au fil des années qui passent. Visuellement, l’artiste utilise plus la plume pour des traits secs, des hachures pour des texture, pour accentuer des volumes, des reliefs. Il utilise autrement le pinceau, en particulier pour des ombres portées plus appuyées, et des aplats de noir plus massifs. D’une certaine manière, le dessinateur s’inscrit ainsi dans un registre plus descriptif que par la suite, sans être moins dans les ressentis ou l’émotion pour autant. Dans le même ordre d’idée, la sensibilité de l’auteur se trouve déjà dans cette œuvre : il met en scène les symptômes de la vie intérieure du personnage principal, appelé Paul. D’une certaine manière, ce dernier reste assez taiseux, s’exprimant de façon pragmatique, sans jamais se lancer dans un long discours pour exposer ses émotions ou ses convictions. L’approche s’inscrit dans un registre naturaliste, avec un élément fantastique : ce vieil homme qui parle au jeune Paul, et qui est sans aucun doute le vieil homme qu’il deviendra.
Dans les quatre premières pages, le dessinateur favorise l’usage de petits traits secs à la plume, pour un résultat très texturé et mouvant en même temps, induisant cette sensation onirique, permettant une forme de glissement fluide dans des éléments fusionnés du décor. À partir de la cinquième planche, les noirs se font plus solides, les traits de contours plus tranchés, pour la narration au temps présent. Le premier mode de représentation revient en planche quinze, pour les cases consacrées au vieil homme qui semble tout connaître de la vie du jeune homme. Il va en être ainsi à chaque fois que le lecteur se retrouve à côté de ces deux personnages assis sur un banc dans une atmosphère nocturne, à regarder fixement devant eux, dans la direction de la fontaine, la regardant réellement on non. Le lecteur en déduit que ces moments sont hors du temps, détachés de son écoulement normal. Ce mode de représentation exhale une intensité plus dense quand des personnages apparaissent portant un cercueil, avec des individus au visage indistinct, semblant tous chauves, et exprimant d’une phrase courte et synthétique leur regret sur la vie qu’ils ont menée. L’effet visuel est saisissant.
Pour les séquences au temps présent du récit, le lecteur retrouve une partie des sensations qui se dégageront de ses ouvrages ultérieurs : un mélange de description et d’impression. Le lecteur sent la chaleur au soleil de cette place, ainsi que le plaisir de l’ombre sur le banc sous les arbres. Il peut voir la vitalité de la jeunesse, ses codes vestimentaires, ses postures, ses accessoires comme la Vespa.il peut aisément se reconnaître dans cette phase où chacun succombe à l’ennui, et pourtant il est impossible de quitter le groupe même une minute, de peur que ce soit justement dans cette minute que l’événement arrive ; un incendie, un tremblement de terre, ou une fille. Il reconnaît les sensations attachées à une promenade dans la campagne en pleine nuit (sans lampe de torche ni portable), la sensation unique de solitude à se promener de jour dans les chemins de campagne, l’agitation de la fête et du bal en soirée. À la fois, le dessinateur montre des éléments concrets que ce soit la nature ou les guirlandes de fanions accrochées aux arbres, à la fois il peut lire l’état d’esprit sur chaque personnage, il peut ressentir l’émotion dominante du moment. Il voit littéralement l’entrain et la joie de vivre de la jeunesse, ainsi que le comportement beaucoup plus en retenue des adultes. Il observe également les maladresses de ces derniers, ainsi que la force de leurs désirs, et leur pureté. Il ressent tout l’unicité et la bizarrerie de parler avec un berger dans la solitude de la nature, tout comme la personnalité agressive de l’Antoine, toujours avec un fusil et des pantalons militaires, avec il faut faire attention car l’Algérie lui a un peu dérangé la tête. Baudoin dispose déjà de cette capacité extraordinaire d’observation de chaque être humain, d’empathie, et de retranscrire sa personnalité par de simples traits noirs sur une page blanche.
L’auteur rend explicite le dispositif narratif dès le début du récit : Paul, un jeune homme revient dans son village d’enfance, à l’époque où il était adolescent, ou tout juste adulte, et le vieil homme sur le banc n’est autre que lui-même vers la fin de sa vie. Il reste le mystère du jeune enfant qui tourne le dos aux autres personnages, et qui semble tourné vers le lecteur, apparaissant régulièrement dans une case, même si le lecteur peut facilement deviner ce qu’il incarne. À l’évidence, le vieil homme attire l’attention du jeune homme sur ce que les années ont rendu précieux à ses yeux : la période dorée de cette amitié, de ces vrais amis, l’intensité des passions amoureuses, le plaisir de la chair qui peut en être déconnecté. Avec cette réflexion sur Josiane qui couchait avec la plupart des hommes : Elle a apporté tant de bonheur qu’elle aurait dû être canonisée. Josiane ! Ça c’était une belle fille pleine de vie et de santé. Eux se cachaient pour la voir. Elle, elle ne sa cachait pas beaucoup. Sa liberté et tous les ragots qui couraient sur elle les rendaient malades. Elle était magnifique. L’auteur dispose déjà de la maturité suffisante pour prendre du recul sur sa vie et pour s’adresser comme un vieil homme au jeune adulte qu’il a été, et vraisemblablement à celui qu’il est au moment où il réalise cette bande dessinée. Il lui prodigue ce conseil : Il aimerait que le jeune Paul prenne le temps de s’aimer un peu. S’aimer un peu, que lui le vieux puisse mourir moins idiot. Alors que les villageois suivent un cortège funéraire, l’un d’eux commente sur le défunt : Il se voulait original pourtant il finit dans le trou, comme tout le monde. Il n’a rien fait de sa vie. Sauf un roman. Le lecteur se dit que l’auteur avait quarante ans à ce moment-là, et qu’il s’interrogeait sur ce qu’il avait fait de sa vie jusqu’alors.
Une œuvre de jeunesse d’Edmond Baudoin ? Certes cela fait dix ans qu’il dessine, mais seulement deux ou trois années qu’il réalise des bandes dessinées. D’un autre côté, il a déjà quatre décennies au compteur, et sa personnalité est bien affirmée. Sa personnalité graphique est encore en évolution tout en étant déjà très personnelle. Il raconte à sa manière tant visuellement que sur la base de souvenirs qui lui sont propres, un moment de réflexion sur le chemin déjà parcouru, sur ce qu’il en restera, la dernière phrase du récit étant laissée à l’enfant Paul ne disposant d’aucun recul et étant soumis aux lois de la nature les plus triviales. Une autre forme de relativisation.
J’aime profondément la science-fiction en général, et j’ai lu ce roman graphique avec un enthousiasme presque vorace. Il est vraiment passionnant — c’est de la science-fiction au sens plein du terme.
La seule chose qui m’a légèrement déçu, c’est la fin. Non pas qu’elle soit illogique ou en contradiction avec le reste de l’œuvre, mais elle paraît trop prévisible, presque forcée.
J’ai également du mal à croire que des nazis fanatisés, s’ils recevaient l’ordre de s’auto-anéantir et de se suicider, exécuteraient tous docilement cet ordre — en se supprimant eux-mêmes, en détruisant leurs familles, leurs proches, leurs amis, leurs planètes, etc. Or c’est précisément ce que la conclusion semble nous demander d’accepter : que le « grand méchant » donne l’ordre à tous ses officiers et subordonnés de se suicider à l’aide d’une technologie de « trou noir », et que tous obéissent sans hésitation.
Je comprends que nous sommes dans la fiction, mais cela me paraît excessivement invraisemblable. Beaucoup d’éléments du récit restent plausibles dans son propre cadre — les générateurs de trous noirs, un régime planétaire totalitaire mêlant libertarianisme et capitalisme sous l’œil d’un Big Brother, les technologies antigravité… Tout cela fonctionne. Mais l’idée que des officiers supérieurs exécutent un ordre de suicide collectif simplement parce que le « chef suprême » l’exige me semble hautement improbable. Cela fragilise la structure logique, pourtant solide et élégante, de la narration.
On pourrait objecter que le principal antagoniste était convaincu qu’au cours des cinq dernières minutes de sa vie il obtiendrait la formule de téléportation, et que sa corporation totalitaire pourrait ainsi fuir au-delà de la galaxie. Mais cela reste une prise de risque étonnamment imprudente de sa part.
Malgré ces réserves, c’est un excellent roman graphique — une histoire véritablement impressionnante. Pour tout amateur de science-fiction, la lecture est indispensable.
SPOILERS À PARTIR D’ICI — À LIRE À VOS RISQUES ET PÉRILS.
De plus, si le « grand méchant » se retrouve transporté dans le passé et devient l’homme le plus riche de la planète, pourquoi choisirait-il de recréer précisément l’avenir qui l’a fait souffrir et lui a coûté l’être aimé ? Là encore, cela me paraît peu crédible. Un individu sachant avec certitude que ses actions entraîneront inévitablement sa propre souffrance ne devrait logiquement pas les entreprendre. Or, dans le cas de cet antagoniste, c’est exactement l’impression que donne le récit.
La série Mac Coy est rarement citée parmi les meilleures séries de Western et c'est pour moi une injustice tant cette série est de qualité. Le lieutenant Mac Coy sévit essentiellement dans le sud de États-Unis avec certains aller / retour vers le Mexique. Membre de l'armée confédérée, il apprend sa débâcle alors qu'il est en mission au Mexique. Parvenu à quitter le pays en pleine effervescence du rebelle Juajez, il rejoindra finalement l'armée légale et deviendra l'homme de confiance du général Hood du côté du Nouveau Mexique. Fin connaisseur des tribus indiennes, il sera appelé à mener les missions les plus périlleuses, qui mêlent parfois et le réel et le fantastique (la malle au sortilèges, le fantôme de l'Espagnol). Mais Mac Coy côtoie aussi la grande histoire comme dans l'album Little big horn. Les scénarios de Gourmelen sont à la fois variés et très bien menés. Et que dire du dessin de Palacios? Si blueberry avait les traits de Belmondo, on reconnaît derrière le lieutenant Mc Coy ceux de Robert Redford qui s'était illustré dans les années 60/70 au cinéma dans les western célèbres. Son trait réaliste fait de légères hachures est inimitable et reconnaissable entre tous. À part peut être Serpieri, je ne vois aucun autre dessinateur Italien ou Espagnol capable de rivaliser dans le domaine du réalisme. Si la colorisation n'est pas d'une grande qualité dans les années 70, elle s'améliore avec le temps notamment dans les derniers albums. Si vous ne connaissez pas cette série, je vous invite à la découvrir ou à la redécouvrir; je doute que vous soyez déçu.
Avec ce troisième opus, les auteurs livrent ici, à mon avis, leur meilleur album. Si sur les deux précédents, j'avais trouvé les scénarii assez bancals, la fluidité de l'intrigue est à souligner.
Sur fond du drame de l'incendie du bazar de la charité (je ne révèle rien, c'est le titre de cette aventure), Philippe Pelaez nous a concocté une intrigue où nous retrouvons notre inspecteur Amaury Broyan, toujours aussi tourmenté, pris dans les filets d'une très belle entomologiste, ce qui nous donne de belles planches.
Le dessin d'Alexis Chabert est toujours aussi bon , et nous fait revivre le Paris de la fin du XIXème siècle où l'on retrouve des personnages célèbres comme Meliès ou Robert de Montesquiou, le dandy par excellence, ami de Proust . D'ailleurs petite remarque en passant , Robert de Montesquiou perd ou retrouve sa moustache d'une case à l'autre !
Bref un album plaisant qui nous plonge dans une ambiance particulière et illustré de façon magistrale par Alexis Charbert
Petit regret tout de même, qu'une édition "dos toilée" ne soit pas proposée pour cet album, contrairement aux deux précédents.
Je crois n'avoir pas lu un album avec Christophe Bec au dessin depuis Bunker. J'ai donc choisi de découvrir ce nouvel opus de "Thorgal Saga" dans son édition prestige en noir et blanc, qui rend vraiment hommage au style de Christophe Bec. Il faut avouer que les doubles pages sont magnifiques, même si parfois les décors restent très chargés.
Et que dire de la couverture de cette édition limitée, sinon qu’elle est sublime !
Côté scénario, je suis plus réservé. Valérie Mangin nous offre une histoire assez classique qui s’insère par contre parfaitement dans les débuts de la série mère, en tout cas beaucoup mieux que les derniers albums de la série originelle. D’ailleurs, ces différents albums de « Thorgal Saga » dépassent, en qualité scénaristique, ceux signés Yann.
Une intrigue classique servie par un dessin de Christophe Bec que j’ai beaucoup apprécié, bref un album, qui sans être au niveau de « Adieu Aaricia » de Robin Recht, s’inscrit dans mon top 3 des « Thorgal Saga ».
Une autre très belle bande de Segura, à placer dans sa bibliothèque à côté de Hombre.
C'est toujours aussi bien écrit, avec des dialogues corrosifs et un récit vraiment dynamique.
Comme pour Hombre, on retrouve cette ambiance noire et cynique qui emprunte aux codes du western à la Sergio Leone. Des morts à la pelle, un héros ombrageux face à un monde infesté de crapules, prêts à trahir à la moindre occasion.
Dante est un bon alter ego de Hombre mais n'est tout de même pas aussi mémorable. Et le tome 3 est plus faible, un peu comme si Segura avait fait le tour du sujet. C'est pourquoi je descends la note d'un petit point.
Jordi Bernet (Torpedo) est cette fois ci aux manettes pour le dessin.
Bernet, Ortiz... Segura était un homme de goût.
On admettra que les couleurs - je n'ai lu que les 3 tomes parus aux Huma - ne sont pas toujours formidables, mais elles aident à s'imprégner de l'ambiance des égouts poisseux de Metropol.
Une bd qui ne refoule pas du goulot.
Cette série est l’histoire invraisemblable de deux Gars qui pour une raison ou une autre lient leur sort dans une Amérique post Apocalyptique . L’un est un Filou l’autre un type correct, qui ensemble traversent l’ouest des USA ( oui c’est un Western ! ).
L’imagination qu’Hermann a sur les EU ( et bien d’autres ) franchement Nihiliste à eu un grand succès depuis son apparition dans les 80 ies. Là quand l’Europe était bien pépère et tranquille sans trop de négatif au monde . Ça, avant la chute de l’Union soviétique et la fin de l’ordre ancien et le début de nombre de conflits depuis la déstabilisation de l’ordre ancien.
Les histoires racontent, en direct et uniquement par dialogues (pas de Captions) des situations que seulement Hermann peut imaginer et qui dans l’ensemble montrent que quand le Monde perd les forces Civilisatrices tout est possible, surtout la folie des Hommes, folies de grandeur, le mal, le Dingue et ce qui vient de la tête de l’auteur !
A un moment donné dans les années 90 j’avais remarqué que les magasins de BD d’occase étaient pleins de Jeremiah ! Je crois qu’à un moment donné, les Lecteurs étaient devenus tellement écœurés de ce thème, qu’ils larguaient tous leurs Jeremiah en même temps !
Et la réalisation qu’un monde pareil peut bien exister. Comme dans certaines parties du tiers Monde par exemple.
C’est quand même une Grande Œuvre sans pareil et bien faite.
Depuis récemment, j’ai complété les 25 premiers Tomes pour ma collection BD Hermann.
Après Le numéro 25 ça devient trop répétitif et la colorisation en couleurs directes perd son effet spectaculaire. Remarquez que les belles couleurs vives des premiers volumes sont absentes et que la Couleur rouge a disparu à jamais pour peindre un monde trop sombre pour encore être intéressant sur ce thème négatif et avec trop de volumes.
Je suis un grand Fan d'Hermann mais je me demande pourquoi poursuivre cette série au lieu d’avoir continué ces autres thèmes .
Comme Bernard Prince, Bois-Maury, etc.
Peut être que ça indique qu’il faut soulager les tendances négatives de la pensée dans un monde qui ressemble de plus en plus aux histoires de Jeremiah.
La biographie de ce qui est surement la personne la plus détestée du monde des comics à savoir le docteur Fredric Wertham dont la croisade contre les comics a aboutit à la création du comics code et la presque disparition d'EC Comics qui a survécu uniquement en transformant son comics parodique Mad en magazine.
Dommage qu'on ne parle pas plus en profondeur des dommages du comics code qui a changé les comics encore plus que la loi sur les publications jeunesse l'a fait pour la bd franco-belge. Les comics sont devenus très enfantin (en comparaison, ce que publiait Spirou et Tintin à l'époque semble plus mature) et aussi les super-héros qui avaient pratiquement disparus sauf quelques exceptions et ils vont tout doucement revenir en force jusqu'à dominer le marché lorsqu'au début des années 70 le plus gros éditeur de comics Dell Comics va mettre la clé sous la porte. Cerise sur le gâteau, EC Comics était l'éditeur qui traitait le mieux ses auteurs, étant par exemple le premier à systématiquement créditer les scénaristes et les dessinateurs. Après qu'EC dégage du chemin, les autres éditeurs vont pouvoir tranquillement continuer à exploiter leurs auteurs comme ils le veulent.
Maintenant que j'ai jeté mon fiel sur l'état des comics après la croisade de Wertham, je vais parler plus de comics. C'est une excellente biographie même si c'est parfois un peu verbeux. On traite de toute la vie du docteur ce qui est une bonne idée parce que généralement on ne retient de lui que sa croisade contre les comics alors qu'il a eu une vie très riche. Cela permet de voir qu'il est une personnalité complexe et qu'il était quelqu'un de plutôt progressif alors que la première fois que j'avais entendu parler de lui je m'étais imaginé que c'était un conservateur ultra-religieux ou un truc du genre. On voit aussi les défauts de sa personnalité comme une tendance à l'hypocrisie et à l'égocentrisme.
Le dessin est vraiment très bon et j'ai bien envie de mieux connaitre l'œuvre de ce dessinateur.
Une véritable ode à la nature.
Tout d’abord, je soulignerai la rareté de tomber sur une BD (hors documentaire) proposant tant de précisions scientifiques. Ici, on nomme le vivant car "on protège ce qu'on aime et on aime ce qu'on connaît ". RIP Cousteau.
Ainsi, les descriptions et identifications de l’avifaune sont pléthores, bien évidemment hors de portée d’un profane comme je le suis, mais ne nuisent pas à la qualité du récit. On peut survoler les énumérations latines comme y prêter un regard curieux et attentif, cela n’a que peu d’incidence (et heureusement au risque de ne cibler qu’un public membre de la LPO si j’exagère le trait).
Je suppose que cette singularité est le reflet de cette passion de l’auteure ?
Ce premier tome peut finalement se résumer brièvement : le protagoniste perd ses parents à la suite d’un drame familial et se retrouve à fouiller dans le passé de ces derniers dans un besoin de reconstruction personnelle et d’émancipation il me semble.
L’intrigue se met alors doucement en place tout en prenant le temps de bien développer l’univers de l’histoire. J’ai vraiment pris plaisir à découvrir ce lieu à la fois futuriste, poétique, surnaturel et de prime abord utopique.
Ce premier tome s’achève lorsque le lecteur devine l’approche d’un nœud narratif, d’un momentum qui va faire basculer le récit et que le lecteur n’a pu qu’effleurer jusqu’à présent.
C’est très bien joué de la part de l’auteure pour nous projeter avec hâte sur la suite et maintenir cette tension narrative entre les deux opus.
Côté graphisme, il y a à dire tant le dessin m'a déstabilisé.
On retrouve un univers graphique très certainement inspiré de la culture japonaise (manga, animés..) et plus particulièrement de l’œuvre de Miyazaki. De grandes plaines verdoyantes et lumineuses balayées par les vents, des nuits étoilées de campagne… sont autant de symboliques paysagères présentes dans Terre ou Lune et ayant contribuées à la renommée de l'artiste japonais.
Il y a également un côté enfantin dans le trait, notamment pour le traitement des personnages : des visages peu détaillés et similaires dans les expressions, des corps parfois rudimentaires et une quasi absence de mouvement (pour le coup, les oiseaux sont bien plus travaillés que les personnages !).
Cumulé à cela une colorisation assez vive et je me retrouve ainsi plongé dans l’imaginaire de mes livres d’enfance...
Toutefois, avec une lecture plus minutieuse, on se rend compte que le dessin fourmille de détails, notamment au travers des décors (les ciels sont par exemple une grande réussite).
Je ne sais pas si c’est volontaire de la part de l’auteur, mais j’ai ressenti une confusion graphique vis-à-vis du genre des personnages.
J’ai dû attendre des scènes avec des attributs physiques évidents en seconde moitié de lecture pour me rendre compte que je faisais fausse route depuis le tout début avec deux des cinq principaux personnages (et qui plus est portaient des prénoms mixtes).
Si je me questionne sur ce détail c’est que j’ai du mal à voir ce que cela apporte en valeur ajoutée à l’histoire (et que j’ai sans doute un esprit trop cartésien) ?
Quoi qu’il en soit, ce n’est pas le plus beau coup de crayon à mon goût, mais associé à des choix osés notamment dans la colorisation, le tout forme un ensemble très réussi. Bravo.
C’est avec cette belle promesse à l'esprit et de fortes attentes que je languis la suite de ce récit onirique !
3.5
Un conte moderne bien sympathique à lire.
L'histoire met en vedette une fille grosse, riche et seule qui risque de se retrouver à la rue et qui est amoureuse du beau Peter qui s'est fait enlevé par une sirène ! Le récit est dans le ton de ce que l'on retrouve dans la production de young adult moderne et Jane et Peter sont des personnages plus complexes que ce que l'on retrouve dans les vieux contes. L'héroïne est une victime, mais elle a aussi des défauts et elle participe à la mentalité que la beauté est tout ce qui compte. Les péripéties sont prenantes et les personnages sont attachants. Certaines scènes m'ont ému. Il y a quelques grosses facilités et des grosses coïncidences, mais en même temps cela fait partie des règles des contes.
Le dessin de Vera Brosgol est dynamique et expressif comme je l'aime. La narration est fluide et les plus de 300 pages de cet album se lisent facilement. Un album avec un beau message que je recommande aux adolescents.
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Toute la vie !, C’est si peu de temps ! - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Son édition originale date de 1982. Il a été réalisé par Edmond Baudoin pour le scénario et les dessins. Il comprend quarante-quatre pages de bande dessinée. Il s’ouvre avec un texte introductif écrit par Jean Solé, évoquant les différentes possibilités qui s’offrent au préfaceur occasionnel et novice : faire un dessin, parler de sa relation avec Baudoin, ou consacrer l’intégralité du texte à expliquer la difficulté qu’il éprouve à écrire une préface, ou encore mieux profiter de l’occase pour parler uniquement de lui. Un jeune homme court dans une forêt dont les arbres présentent une forme onirique. Les souvenirs accrochés aux semelles, s’échapper et revenir dans le temps du village. Il finit par déboucher sur un large chemin, avec le village au loin. Il reconnaît ce boulevard, il y est venu il y a… Il y a longtemps ou peut-être dans son avenir ? Il entre dans le village, et il passe devant un manège au rideau descendu, ne laissant voir qu’une chèvre en bois. Il a joué ici un jour, il a aimé aussi il y a longtemps. Ou peut-être plus tard. Plus tard ? Il passe devant l’église et son haut clocher. En marchant maintenant, il parvient à la place du village. Un vieil homme est assis sur un banc, en train de contempler la fontaine en fonctionnement. Il enjoint le jeune homme à venir s’assoir à côté de lui. Il lui parle : Il n’y a plus personne, tous partis. Le vieil homme continue : Il ne lui reste que les souvenirs, que le passé, le temps a passé si vite. Toujours à haute voix, il se fait la réflexion : Hier encore il était enfant, déjà son interlocuteur est un homme, et demain ce dernier sera lui. Il n’y a que cette place qui ne bouge pas. Le vieil homme indique que pourtant cette place n’était pas la même, il se souvient : La fontaine était là, elle n’a pas bougé, mais lui n’était pas assis avec les vieux, il était de l’autre côté de la place, avec ceux de son âge, les jeunes. Un groupe d’une dizaine d’adolescents et jeunes adultes squattent un banc, un jeune garçon devant eux à quelques mètres avec les yeux fixant le vide, et un jeune homme assis sur un autre banc en train d’interpréter à la guitare et de chanter Le petit cheval blanc. Deux des adolescents sont en train de s’insulter, un troisième propose de faire une partie de ballon pour dissiper la tension. Le vieil homme commente au bénéfice du jeune assis à côté de lui : Toujours le bon samaritain, pour la paix des ménages, quel idiot il faisait ! Des journées entières à s’ennuyer sur les bancs, pourtant il était impossible de quitter le groupe même une minute. La peur que ce soit justement dans cette minute que l’événement arrive : un incendie, un tremblement de terre, ou une fille. Le petit groupe de jeunes continue de s’ennuyer, et l’un d’eux remarque que Florence est en train d’arriver. Celui en vespa fait mine de foncer vers elle, et s’arrête juste à ses pieds. Ils papotent, puis elle monte derrière lui et ils s’en vont. Parmi ceux toujours sur le banc, un dit tout haut que c’est quand même bien d’avoir une Vespa, et Paul lui demande si Florence sort avec Roger. Ces petits rien de la jeunesse en train de zoner, et pas que, présentés avec une forme de recul. Une des œuvres de début de carrière de bédéaste de ce créateur hors norme. En fonction de sa familiarité avec lui, le lecteur retrouve ses idiosyncrasies, et relève les particularités qui s’effaceront par la suite, pas tant des tâtonnements, plutôt les spécificités de sa personnalité de l’époque qui évolueront au fil des années qui passent. Visuellement, l’artiste utilise plus la plume pour des traits secs, des hachures pour des texture, pour accentuer des volumes, des reliefs. Il utilise autrement le pinceau, en particulier pour des ombres portées plus appuyées, et des aplats de noir plus massifs. D’une certaine manière, le dessinateur s’inscrit ainsi dans un registre plus descriptif que par la suite, sans être moins dans les ressentis ou l’émotion pour autant. Dans le même ordre d’idée, la sensibilité de l’auteur se trouve déjà dans cette œuvre : il met en scène les symptômes de la vie intérieure du personnage principal, appelé Paul. D’une certaine manière, ce dernier reste assez taiseux, s’exprimant de façon pragmatique, sans jamais se lancer dans un long discours pour exposer ses émotions ou ses convictions. L’approche s’inscrit dans un registre naturaliste, avec un élément fantastique : ce vieil homme qui parle au jeune Paul, et qui est sans aucun doute le vieil homme qu’il deviendra. Dans les quatre premières pages, le dessinateur favorise l’usage de petits traits secs à la plume, pour un résultat très texturé et mouvant en même temps, induisant cette sensation onirique, permettant une forme de glissement fluide dans des éléments fusionnés du décor. À partir de la cinquième planche, les noirs se font plus solides, les traits de contours plus tranchés, pour la narration au temps présent. Le premier mode de représentation revient en planche quinze, pour les cases consacrées au vieil homme qui semble tout connaître de la vie du jeune homme. Il va en être ainsi à chaque fois que le lecteur se retrouve à côté de ces deux personnages assis sur un banc dans une atmosphère nocturne, à regarder fixement devant eux, dans la direction de la fontaine, la regardant réellement on non. Le lecteur en déduit que ces moments sont hors du temps, détachés de son écoulement normal. Ce mode de représentation exhale une intensité plus dense quand des personnages apparaissent portant un cercueil, avec des individus au visage indistinct, semblant tous chauves, et exprimant d’une phrase courte et synthétique leur regret sur la vie qu’ils ont menée. L’effet visuel est saisissant. Pour les séquences au temps présent du récit, le lecteur retrouve une partie des sensations qui se dégageront de ses ouvrages ultérieurs : un mélange de description et d’impression. Le lecteur sent la chaleur au soleil de cette place, ainsi que le plaisir de l’ombre sur le banc sous les arbres. Il peut voir la vitalité de la jeunesse, ses codes vestimentaires, ses postures, ses accessoires comme la Vespa.il peut aisément se reconnaître dans cette phase où chacun succombe à l’ennui, et pourtant il est impossible de quitter le groupe même une minute, de peur que ce soit justement dans cette minute que l’événement arrive ; un incendie, un tremblement de terre, ou une fille. Il reconnaît les sensations attachées à une promenade dans la campagne en pleine nuit (sans lampe de torche ni portable), la sensation unique de solitude à se promener de jour dans les chemins de campagne, l’agitation de la fête et du bal en soirée. À la fois, le dessinateur montre des éléments concrets que ce soit la nature ou les guirlandes de fanions accrochées aux arbres, à la fois il peut lire l’état d’esprit sur chaque personnage, il peut ressentir l’émotion dominante du moment. Il voit littéralement l’entrain et la joie de vivre de la jeunesse, ainsi que le comportement beaucoup plus en retenue des adultes. Il observe également les maladresses de ces derniers, ainsi que la force de leurs désirs, et leur pureté. Il ressent tout l’unicité et la bizarrerie de parler avec un berger dans la solitude de la nature, tout comme la personnalité agressive de l’Antoine, toujours avec un fusil et des pantalons militaires, avec il faut faire attention car l’Algérie lui a un peu dérangé la tête. Baudoin dispose déjà de cette capacité extraordinaire d’observation de chaque être humain, d’empathie, et de retranscrire sa personnalité par de simples traits noirs sur une page blanche. L’auteur rend explicite le dispositif narratif dès le début du récit : Paul, un jeune homme revient dans son village d’enfance, à l’époque où il était adolescent, ou tout juste adulte, et le vieil homme sur le banc n’est autre que lui-même vers la fin de sa vie. Il reste le mystère du jeune enfant qui tourne le dos aux autres personnages, et qui semble tourné vers le lecteur, apparaissant régulièrement dans une case, même si le lecteur peut facilement deviner ce qu’il incarne. À l’évidence, le vieil homme attire l’attention du jeune homme sur ce que les années ont rendu précieux à ses yeux : la période dorée de cette amitié, de ces vrais amis, l’intensité des passions amoureuses, le plaisir de la chair qui peut en être déconnecté. Avec cette réflexion sur Josiane qui couchait avec la plupart des hommes : Elle a apporté tant de bonheur qu’elle aurait dû être canonisée. Josiane ! Ça c’était une belle fille pleine de vie et de santé. Eux se cachaient pour la voir. Elle, elle ne sa cachait pas beaucoup. Sa liberté et tous les ragots qui couraient sur elle les rendaient malades. Elle était magnifique. L’auteur dispose déjà de la maturité suffisante pour prendre du recul sur sa vie et pour s’adresser comme un vieil homme au jeune adulte qu’il a été, et vraisemblablement à celui qu’il est au moment où il réalise cette bande dessinée. Il lui prodigue ce conseil : Il aimerait que le jeune Paul prenne le temps de s’aimer un peu. S’aimer un peu, que lui le vieux puisse mourir moins idiot. Alors que les villageois suivent un cortège funéraire, l’un d’eux commente sur le défunt : Il se voulait original pourtant il finit dans le trou, comme tout le monde. Il n’a rien fait de sa vie. Sauf un roman. Le lecteur se dit que l’auteur avait quarante ans à ce moment-là, et qu’il s’interrogeait sur ce qu’il avait fait de sa vie jusqu’alors. Une œuvre de jeunesse d’Edmond Baudoin ? Certes cela fait dix ans qu’il dessine, mais seulement deux ou trois années qu’il réalise des bandes dessinées. D’un autre côté, il a déjà quatre décennies au compteur, et sa personnalité est bien affirmée. Sa personnalité graphique est encore en évolution tout en étant déjà très personnelle. Il raconte à sa manière tant visuellement que sur la base de souvenirs qui lui sont propres, un moment de réflexion sur le chemin déjà parcouru, sur ce qu’il en restera, la dernière phrase du récit étant laissée à l’enfant Paul ne disposant d’aucun recul et étant soumis aux lois de la nature les plus triviales. Une autre forme de relativisation.
Universal War One
J’aime profondément la science-fiction en général, et j’ai lu ce roman graphique avec un enthousiasme presque vorace. Il est vraiment passionnant — c’est de la science-fiction au sens plein du terme. La seule chose qui m’a légèrement déçu, c’est la fin. Non pas qu’elle soit illogique ou en contradiction avec le reste de l’œuvre, mais elle paraît trop prévisible, presque forcée. J’ai également du mal à croire que des nazis fanatisés, s’ils recevaient l’ordre de s’auto-anéantir et de se suicider, exécuteraient tous docilement cet ordre — en se supprimant eux-mêmes, en détruisant leurs familles, leurs proches, leurs amis, leurs planètes, etc. Or c’est précisément ce que la conclusion semble nous demander d’accepter : que le « grand méchant » donne l’ordre à tous ses officiers et subordonnés de se suicider à l’aide d’une technologie de « trou noir », et que tous obéissent sans hésitation. Je comprends que nous sommes dans la fiction, mais cela me paraît excessivement invraisemblable. Beaucoup d’éléments du récit restent plausibles dans son propre cadre — les générateurs de trous noirs, un régime planétaire totalitaire mêlant libertarianisme et capitalisme sous l’œil d’un Big Brother, les technologies antigravité… Tout cela fonctionne. Mais l’idée que des officiers supérieurs exécutent un ordre de suicide collectif simplement parce que le « chef suprême » l’exige me semble hautement improbable. Cela fragilise la structure logique, pourtant solide et élégante, de la narration. On pourrait objecter que le principal antagoniste était convaincu qu’au cours des cinq dernières minutes de sa vie il obtiendrait la formule de téléportation, et que sa corporation totalitaire pourrait ainsi fuir au-delà de la galaxie. Mais cela reste une prise de risque étonnamment imprudente de sa part. Malgré ces réserves, c’est un excellent roman graphique — une histoire véritablement impressionnante. Pour tout amateur de science-fiction, la lecture est indispensable. SPOILERS À PARTIR D’ICI — À LIRE À VOS RISQUES ET PÉRILS. De plus, si le « grand méchant » se retrouve transporté dans le passé et devient l’homme le plus riche de la planète, pourquoi choisirait-il de recréer précisément l’avenir qui l’a fait souffrir et lui a coûté l’être aimé ? Là encore, cela me paraît peu crédible. Un individu sachant avec certitude que ses actions entraîneront inévitablement sa propre souffrance ne devrait logiquement pas les entreprendre. Or, dans le cas de cet antagoniste, c’est exactement l’impression que donne le récit.
Mac Coy
La série Mac Coy est rarement citée parmi les meilleures séries de Western et c'est pour moi une injustice tant cette série est de qualité. Le lieutenant Mac Coy sévit essentiellement dans le sud de États-Unis avec certains aller / retour vers le Mexique. Membre de l'armée confédérée, il apprend sa débâcle alors qu'il est en mission au Mexique. Parvenu à quitter le pays en pleine effervescence du rebelle Juajez, il rejoindra finalement l'armée légale et deviendra l'homme de confiance du général Hood du côté du Nouveau Mexique. Fin connaisseur des tribus indiennes, il sera appelé à mener les missions les plus périlleuses, qui mêlent parfois et le réel et le fantastique (la malle au sortilèges, le fantôme de l'Espagnol). Mais Mac Coy côtoie aussi la grande histoire comme dans l'album Little big horn. Les scénarios de Gourmelen sont à la fois variés et très bien menés. Et que dire du dessin de Palacios? Si blueberry avait les traits de Belmondo, on reconnaît derrière le lieutenant Mc Coy ceux de Robert Redford qui s'était illustré dans les années 60/70 au cinéma dans les western célèbres. Son trait réaliste fait de légères hachures est inimitable et reconnaissable entre tous. À part peut être Serpieri, je ne vois aucun autre dessinateur Italien ou Espagnol capable de rivaliser dans le domaine du réalisme. Si la colorisation n'est pas d'une grande qualité dans les années 70, elle s'améliore avec le temps notamment dans les derniers albums. Si vous ne connaissez pas cette série, je vous invite à la découvrir ou à la redécouvrir; je doute que vous soyez déçu.
Printemps à la Charité
Avec ce troisième opus, les auteurs livrent ici, à mon avis, leur meilleur album. Si sur les deux précédents, j'avais trouvé les scénarii assez bancals, la fluidité de l'intrigue est à souligner. Sur fond du drame de l'incendie du bazar de la charité (je ne révèle rien, c'est le titre de cette aventure), Philippe Pelaez nous a concocté une intrigue où nous retrouvons notre inspecteur Amaury Broyan, toujours aussi tourmenté, pris dans les filets d'une très belle entomologiste, ce qui nous donne de belles planches. Le dessin d'Alexis Chabert est toujours aussi bon , et nous fait revivre le Paris de la fin du XIXème siècle où l'on retrouve des personnages célèbres comme Meliès ou Robert de Montesquiou, le dandy par excellence, ami de Proust . D'ailleurs petite remarque en passant , Robert de Montesquiou perd ou retrouve sa moustache d'une case à l'autre ! Bref un album plaisant qui nous plonge dans une ambiance particulière et illustré de façon magistrale par Alexis Charbert Petit regret tout de même, qu'une édition "dos toilée" ne soit pas proposée pour cet album, contrairement aux deux précédents.
Thorgal Saga - La Déesse d'ambre
Je crois n'avoir pas lu un album avec Christophe Bec au dessin depuis Bunker. J'ai donc choisi de découvrir ce nouvel opus de "Thorgal Saga" dans son édition prestige en noir et blanc, qui rend vraiment hommage au style de Christophe Bec. Il faut avouer que les doubles pages sont magnifiques, même si parfois les décors restent très chargés. Et que dire de la couverture de cette édition limitée, sinon qu’elle est sublime ! Côté scénario, je suis plus réservé. Valérie Mangin nous offre une histoire assez classique qui s’insère par contre parfaitement dans les débuts de la série mère, en tout cas beaucoup mieux que les derniers albums de la série originelle. D’ailleurs, ces différents albums de « Thorgal Saga » dépassent, en qualité scénaristique, ceux signés Yann. Une intrigue classique servie par un dessin de Christophe Bec que j’ai beaucoup apprécié, bref un album, qui sans être au niveau de « Adieu Aaricia » de Robin Recht, s’inscrit dans mon top 3 des « Thorgal Saga ».
Kraken
Une autre très belle bande de Segura, à placer dans sa bibliothèque à côté de Hombre. C'est toujours aussi bien écrit, avec des dialogues corrosifs et un récit vraiment dynamique. Comme pour Hombre, on retrouve cette ambiance noire et cynique qui emprunte aux codes du western à la Sergio Leone. Des morts à la pelle, un héros ombrageux face à un monde infesté de crapules, prêts à trahir à la moindre occasion. Dante est un bon alter ego de Hombre mais n'est tout de même pas aussi mémorable. Et le tome 3 est plus faible, un peu comme si Segura avait fait le tour du sujet. C'est pourquoi je descends la note d'un petit point. Jordi Bernet (Torpedo) est cette fois ci aux manettes pour le dessin. Bernet, Ortiz... Segura était un homme de goût. On admettra que les couleurs - je n'ai lu que les 3 tomes parus aux Huma - ne sont pas toujours formidables, mais elles aident à s'imprégner de l'ambiance des égouts poisseux de Metropol. Une bd qui ne refoule pas du goulot.
Jeremiah
Cette série est l’histoire invraisemblable de deux Gars qui pour une raison ou une autre lient leur sort dans une Amérique post Apocalyptique . L’un est un Filou l’autre un type correct, qui ensemble traversent l’ouest des USA ( oui c’est un Western ! ). L’imagination qu’Hermann a sur les EU ( et bien d’autres ) franchement Nihiliste à eu un grand succès depuis son apparition dans les 80 ies. Là quand l’Europe était bien pépère et tranquille sans trop de négatif au monde . Ça, avant la chute de l’Union soviétique et la fin de l’ordre ancien et le début de nombre de conflits depuis la déstabilisation de l’ordre ancien. Les histoires racontent, en direct et uniquement par dialogues (pas de Captions) des situations que seulement Hermann peut imaginer et qui dans l’ensemble montrent que quand le Monde perd les forces Civilisatrices tout est possible, surtout la folie des Hommes, folies de grandeur, le mal, le Dingue et ce qui vient de la tête de l’auteur ! A un moment donné dans les années 90 j’avais remarqué que les magasins de BD d’occase étaient pleins de Jeremiah ! Je crois qu’à un moment donné, les Lecteurs étaient devenus tellement écœurés de ce thème, qu’ils larguaient tous leurs Jeremiah en même temps ! Et la réalisation qu’un monde pareil peut bien exister. Comme dans certaines parties du tiers Monde par exemple. C’est quand même une Grande Œuvre sans pareil et bien faite. Depuis récemment, j’ai complété les 25 premiers Tomes pour ma collection BD Hermann. Après Le numéro 25 ça devient trop répétitif et la colorisation en couleurs directes perd son effet spectaculaire. Remarquez que les belles couleurs vives des premiers volumes sont absentes et que la Couleur rouge a disparu à jamais pour peindre un monde trop sombre pour encore être intéressant sur ce thème négatif et avec trop de volumes. Je suis un grand Fan d'Hermann mais je me demande pourquoi poursuivre cette série au lieu d’avoir continué ces autres thèmes . Comme Bernard Prince, Bois-Maury, etc. Peut être que ça indique qu’il faut soulager les tendances négatives de la pensée dans un monde qui ressemble de plus en plus aux histoires de Jeremiah.
Dr Wertham
La biographie de ce qui est surement la personne la plus détestée du monde des comics à savoir le docteur Fredric Wertham dont la croisade contre les comics a aboutit à la création du comics code et la presque disparition d'EC Comics qui a survécu uniquement en transformant son comics parodique Mad en magazine. Dommage qu'on ne parle pas plus en profondeur des dommages du comics code qui a changé les comics encore plus que la loi sur les publications jeunesse l'a fait pour la bd franco-belge. Les comics sont devenus très enfantin (en comparaison, ce que publiait Spirou et Tintin à l'époque semble plus mature) et aussi les super-héros qui avaient pratiquement disparus sauf quelques exceptions et ils vont tout doucement revenir en force jusqu'à dominer le marché lorsqu'au début des années 70 le plus gros éditeur de comics Dell Comics va mettre la clé sous la porte. Cerise sur le gâteau, EC Comics était l'éditeur qui traitait le mieux ses auteurs, étant par exemple le premier à systématiquement créditer les scénaristes et les dessinateurs. Après qu'EC dégage du chemin, les autres éditeurs vont pouvoir tranquillement continuer à exploiter leurs auteurs comme ils le veulent. Maintenant que j'ai jeté mon fiel sur l'état des comics après la croisade de Wertham, je vais parler plus de comics. C'est une excellente biographie même si c'est parfois un peu verbeux. On traite de toute la vie du docteur ce qui est une bonne idée parce que généralement on ne retient de lui que sa croisade contre les comics alors qu'il a eu une vie très riche. Cela permet de voir qu'il est une personnalité complexe et qu'il était quelqu'un de plutôt progressif alors que la première fois que j'avais entendu parler de lui je m'étais imaginé que c'était un conservateur ultra-religieux ou un truc du genre. On voit aussi les défauts de sa personnalité comme une tendance à l'hypocrisie et à l'égocentrisme. Le dessin est vraiment très bon et j'ai bien envie de mieux connaitre l'œuvre de ce dessinateur.
Terre ou Lune
Une véritable ode à la nature. Tout d’abord, je soulignerai la rareté de tomber sur une BD (hors documentaire) proposant tant de précisions scientifiques. Ici, on nomme le vivant car "on protège ce qu'on aime et on aime ce qu'on connaît ". RIP Cousteau. Ainsi, les descriptions et identifications de l’avifaune sont pléthores, bien évidemment hors de portée d’un profane comme je le suis, mais ne nuisent pas à la qualité du récit. On peut survoler les énumérations latines comme y prêter un regard curieux et attentif, cela n’a que peu d’incidence (et heureusement au risque de ne cibler qu’un public membre de la LPO si j’exagère le trait). Je suppose que cette singularité est le reflet de cette passion de l’auteure ? Ce premier tome peut finalement se résumer brièvement : le protagoniste perd ses parents à la suite d’un drame familial et se retrouve à fouiller dans le passé de ces derniers dans un besoin de reconstruction personnelle et d’émancipation il me semble. L’intrigue se met alors doucement en place tout en prenant le temps de bien développer l’univers de l’histoire. J’ai vraiment pris plaisir à découvrir ce lieu à la fois futuriste, poétique, surnaturel et de prime abord utopique. Ce premier tome s’achève lorsque le lecteur devine l’approche d’un nœud narratif, d’un momentum qui va faire basculer le récit et que le lecteur n’a pu qu’effleurer jusqu’à présent. C’est très bien joué de la part de l’auteure pour nous projeter avec hâte sur la suite et maintenir cette tension narrative entre les deux opus. Côté graphisme, il y a à dire tant le dessin m'a déstabilisé. On retrouve un univers graphique très certainement inspiré de la culture japonaise (manga, animés..) et plus particulièrement de l’œuvre de Miyazaki. De grandes plaines verdoyantes et lumineuses balayées par les vents, des nuits étoilées de campagne… sont autant de symboliques paysagères présentes dans Terre ou Lune et ayant contribuées à la renommée de l'artiste japonais. Il y a également un côté enfantin dans le trait, notamment pour le traitement des personnages : des visages peu détaillés et similaires dans les expressions, des corps parfois rudimentaires et une quasi absence de mouvement (pour le coup, les oiseaux sont bien plus travaillés que les personnages !). Cumulé à cela une colorisation assez vive et je me retrouve ainsi plongé dans l’imaginaire de mes livres d’enfance... Toutefois, avec une lecture plus minutieuse, on se rend compte que le dessin fourmille de détails, notamment au travers des décors (les ciels sont par exemple une grande réussite). Je ne sais pas si c’est volontaire de la part de l’auteur, mais j’ai ressenti une confusion graphique vis-à-vis du genre des personnages. J’ai dû attendre des scènes avec des attributs physiques évidents en seconde moitié de lecture pour me rendre compte que je faisais fausse route depuis le tout début avec deux des cinq principaux personnages (et qui plus est portaient des prénoms mixtes). Si je me questionne sur ce détail c’est que j’ai du mal à voir ce que cela apporte en valeur ajoutée à l’histoire (et que j’ai sans doute un esprit trop cartésien) ? Quoi qu’il en soit, ce n’est pas le plus beau coup de crayon à mon goût, mais associé à des choix osés notamment dans la colorisation, le tout forme un ensemble très réussi. Bravo. C’est avec cette belle promesse à l'esprit et de fortes attentes que je languis la suite de ce récit onirique !
Jane face aux Sirènes
3.5 Un conte moderne bien sympathique à lire. L'histoire met en vedette une fille grosse, riche et seule qui risque de se retrouver à la rue et qui est amoureuse du beau Peter qui s'est fait enlevé par une sirène ! Le récit est dans le ton de ce que l'on retrouve dans la production de young adult moderne et Jane et Peter sont des personnages plus complexes que ce que l'on retrouve dans les vieux contes. L'héroïne est une victime, mais elle a aussi des défauts et elle participe à la mentalité que la beauté est tout ce qui compte. Les péripéties sont prenantes et les personnages sont attachants. Certaines scènes m'ont ému. Il y a quelques grosses facilités et des grosses coïncidences, mais en même temps cela fait partie des règles des contes. Le dessin de Vera Brosgol est dynamique et expressif comme je l'aime. La narration est fluide et les plus de 300 pages de cet album se lisent facilement. Un album avec un beau message que je recommande aux adolescents.