J'ai lu cette bd par devoir vu que le roman est prestigieux et le mangaka aussi et que je m'étais exempté du roman… Intéressant ! Juste équilibre entre le gâchis et le glauque. Déchéance donc glauque, tragique car inévitable.
Je me doutais que ce serait triste, je pensais en fait que ce serait encore plus dur… Que je m'explique : il y a quelques éclaircies, mais on est d'autant plus d'humeur sombre que notre protagoniste les gâche. Les femmes lui sont indulgentes, mais il les tire vers le bas.
Une notation psychologique assez profonde : il est dit que sans argent, il n'y a plus d'amour dans le couple. Non parce que la femme chercherait l'argent, mais parce que sans l'argent, l'homme perd sa foi en lui-même, son allant, sa capacité à aimer sa femme, et que l'amour s'en va dans ce naufrage.
L'argent ne donne pas l'amour, mais du moins, avec lui on n'est pas accablé de ces problèmes minant le couple, et c'est déjà ça. Or donc le papa du fils à papa lui coupe les vivres, problème ! Si le déclassé finit par gagner un peu d'argent en dessinant des mangas, pour tenir le rythme il doit se droguer ! Le malheureux boit d'abord pour s'amuser, ensuite pour tenir, et tous ces excès le laissent sur le carreau avant que son frère ne finisse par le prendre en charge.
Dessin, bravo, arrive à exprimer la déchéance, mais avec assez de dynamisme pour qu'il nous tienne… Ainsi, on lit la déchéance de notre pauvre victime jusqu'au bout.
On tire une certaine compassion de ce destin mais aussi un avertissement : attention aux mauvaises fréquentations ! Notre déchu ne pouvait éviter les domestiques et dépendait de son père… Mais c'est le faux ami qui l'a achevé. Tant qu'à lui, sans mauvaises intentions, il a tiré les femmes avec qui il allait vers le bas, elles qui croyaient qu'en le protégeant, en l'encourageant, elles le tireraient du malheur. Eh bien, pas du tout, elles tombaient dans son malheur !
Didier Tronchet consacre cet album au football amateur, à travers une série de petites scènes d'une page qui racontent ses souvenirs, ses sensations et tout ce qui fait le charme des matchs du dimanche entre copains. Pas le foot pro, pas les stades géants ni le business, mais le terrain vaguement boueux, les équipes bricolées et le simple plaisir de jouer ensemble.
Je précise tout de suite que je ne suis pas du tout foot. Vraiment pas. Je déteste le stéréotype de la soirée pizza-foot entre potes, les très rares fois où j'ai essayé je jouais très mal et je me suis toujours senti complètement étranger à ce sport, sans parler de tout ce que le football professionnel véhicule aujourd'hui (argent, spectacle, médiatisation à outrance), ce qui m'a toujours rebuté. Du coup, je partais avec un a priori certain.
Et pourtant, ça a marché.
Je trouve toujours au dessin de Tronchet un véritable charme. Ce n'est pas beau au sens académique, mais c'est vivant, très humain, avec un chouette travail sur les couleurs. Il colle parfaitement à ces petites scènes de vestiaires, de terrains pourris et de copains qui se chambrent. Surtout, il y a une vraie tendresse partout. L'humour est doux, souvent autodérisoire, jamais méchant.
Ce que j'ai vraiment apprécié, c'est la façon dont il présente le foot comme un prétexte à être ensemble, à partager un même esprit fait de règles, mais aussi de hargne à vouloir gagner sur le terrain et pas forcément dans le reste de la vie. L'amitié, la mauvaise foi bon enfant, la solidarité, le simple bonheur de courir après un ballon comme des gosses. On est à des années-lumière du sport business. Ici, il n'y a que des types un peu nuls, un peu maladroits, mais heureux d'être là. Et cette humanité là, je l'ai trouvée très touchante. Tout autant que cette relation père-fils dont il parle : quel bonheur de partager une passion avec son fils.
Franchement, réussir à me faire apprécier une BD sur le football alors que j'ai toujours détesté l'image que j'avais de ce sport, c'est presque un petit exploit. Rien que pour ça, je considère que c'est une vraie réussite.
'Dans la tête de Sherlock Holmes' brille surtout, il faut l'avouer, par l'originalité de sa mise en page qui se retrouve jusque dans la première de couverture dont la tête de Sherlock Holmes est découpée, comme une fenêtre ouverte dans l'esprit du célèbre détective. Esthétiquement, tout est parfait, du vieillissement artificiel des pages avec des jaunissements et des taches d'encre, en passant par les cases dont les formes rappellent le sujet de l'intrigue, jusqu'au trait des personnages très original et collant parfaitement à l'esprit de la bande dessinée.
Ici, comme indiqué au dos des ouvrages, tout est voué et dédié au déroulement et à la mécanique de l'enquête. Le parti-pris initial est ainsi d'immerger le lecteur dans la tête de Sherlock Holmes en le faisant pénétrer à l'intérieur de son mental et en déroulant avec lui le fil des indices et des déductions qui en découlent. Cet enchainement est d'ailleurs matérialisé par un fil rouge qui se déroule tout au long des pages des deux tomes composant chaque histoire. L'enquête est également agrémentée de quelques cartes très esthétiques situant les déplacements effectués par le détective et son partenaire, le docteur Watson. Ce duo est d'ailleurs assez comique avec un Sherlock rabrouant régulièrement Watson et se moquant de son manque de flair.
De part l'idée de départ des auteurs, cette série qui, rappelons-le, ne fait que débuter (trois tomes parus à ce jour), possède toutefois le défaut de ses qualités à savoir un certain classicisme dans l'histoire traitée qui pourra manquer, selon certains, de dramaturgie ou de quelques retournements de situations. Mais cela n'a pas été préjudiciable concernant ma lecture. J'ai tout de même une petite préférence pour l'intrique du tome 3 dont l'univers écossais et le mystère du loch Leathan ajoutent à l'ambiance de la BD.
En conclusion, je ne peux attribuer que la note maximale pour saluer l'originalité de la démarche et la qualité de la réalisation. Vivement les prochains tomes !
SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 8/10
GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 10/10
NOTE GLOBALE : 18/20
Une BD tout aussi déroutante que son titre ! Et que de difficultés à poser sur papier mon ressenti.
Avec du recul, le dessin est bon voire très bon si l’on se concentre plus particulièrement sur les corps.
C’est davantage la colorisation au feutre qui peut perturber.
Les couleurs sont criardes mais cela colle plutôt bien à l’environnement global du récit (sans détour, tranché..).
Le travail de colorisation sur les ombres est parfois un peu léger : de grands aplats avec des coloris inadaptés et disposés de manière hasardeuse sur les visages et/ou chevelures.
En soit, rien de bien méchant au regard des deux gros bémols que j’ai noté :
- L’identification d’un personnage d’une scène à l’autre ou pire, lors d’une même scène.
En effet, les choix de l’auteur de mettre en avant des visages informes (surtout lors de scènes familiales avec beaucoup de personnes), de couper ces visages par le cadrage ainsi que de ne pas réutiliser (délibérément (?)) d’une case à l’autre la même palette de couleurs propre à un personnage (cheveux, teinte de peau, habits…) sont autant d’obstacles à la reconnaissance des personnages.
- L’identification de la parole avec une lecture pas toujours intuitive des bulles : un sens prioritaire de lecture plutôt de haut en bas que de gauche à droite, des bulles éloignées de leur source et bien souvent dépourvues de direction.
Et quand ces deux problèmes se cumulent, alors là jackpot !
Je ne vous dis pas la difficulté à se reconstituer les échanges. J’ai parfois dû m’y reprendre à 3 ou 4 fois pour bien comprendre qui dit quoi…
Côté narration, j’ai trouvé le traitement de l’histoire déséquilibré.
Après recherche, le roman sur lequel repose cette BD a été construit comme un triptyque. Et même si j’ai plus perçu cette BD comme un diptyque, je comprends donc mieux le choix de Sylvain Bordesoules de respecter cette construction narrative.
La première partie du récit est lente.
Elle pose les bases afin de bien appréhender l’environnement dans lequel les personnages évoluent. Pour cela, la narration s’appuie sur un enchaînement de scènes du quotidien ayant lieu durant l’été qui précède l’entrée au collège de notre protagoniste et de son pote de tous les combats.
On y découvre une violence normalisée dans les relations sociales et plus généralement dans la relation au vivant. La violence pour rompre l’ennui, la violence pour tromper ses peurs ?
A L’inverse, la narration s’accélère en seconde moitié de récit.
Cette fois-ci, elle se repose davantage sur des événements clés de la jeune vie du protagoniste, tout d’abord durant ses années collèges et ensuite lors de la période internat au lycée.
C’est d’ailleurs cette toute dernière tranche de vie (années lycée) qui me laisse malheureusement sur ma faim.
Comme grogro avant moi, j’ai eu l’impression que l’auteur s’empêtrait et que le chemin à suivre s’obscurcissait à l’approche de la fin du récit.
J’ai par exemple fini par perdre le sens de la représentation allégorique du chien (présente pourtant depuis le tout début du récit).
Pour résumé très brièvement : une narration encore trop brouillonne dans sa construction (1ère BD de l’auteur si je me réfère au site) mais qui ne laisse personne indifférent de par les thématiques abordées et le traitement de ces dernières.
Une histoire touchante, et il me semble, crue de vérités.
Note réelle : 3.5 / 5
Je découvre ici un Delisle éloigné de ce que je connais majoritairement de lui. C’est évidemment beaucoup moins autocentré. Mais, cet album possède quand même des qualités documentaires qu’on retrouve dans plusieurs de ses productions.
En tout cas, au-delà d’une biographie d’Eadweard Muybridge, de sa relation avec la magnat californien Stanford, c’est un pan d’Histoire entier que Delisle nous fait découvrir, à savoir le cheminement, lent mais s’accélérant, qui va mener à l’invention, au développement de la photographie, puis du cinéma (toutes les principales figures – américaines, mais surtout françaises – apparaissent donc dans cet album).
Un album très riche donc, mais avec une narration fluide, aérée, glissant régulièrement les photos originales pour compléter le récit. On ne s’ennuie jamais, et on est captivé par cette histoire, bien au-delà du personnage de Muybridge.
Comme tout le monde, je connaissais ses célèbres photographies décomposant le mouvement d’animaux, d’hommes. J’avais découvert le bonhomme et Stanford avec l’album Le Maître de California Hill. Mais ce dernier était centré sur Stanford, et ses relations avec Muybridge, tandis que l’album de Delisle est plus complet et ambitieux – par là même plus intéressant.
J’ajoute que son dessin est lui aussi agréable, dynamique, simple et efficace. Mention spéciale pour la conclusion, et la façon dont Delisle nous présente la mort (crise cardiaque) de Muybridge.
Un bel album, instructif et plaisant à lire.
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La Déchéance d'un homme
J'ai lu cette bd par devoir vu que le roman est prestigieux et le mangaka aussi et que je m'étais exempté du roman… Intéressant ! Juste équilibre entre le gâchis et le glauque. Déchéance donc glauque, tragique car inévitable. Je me doutais que ce serait triste, je pensais en fait que ce serait encore plus dur… Que je m'explique : il y a quelques éclaircies, mais on est d'autant plus d'humeur sombre que notre protagoniste les gâche. Les femmes lui sont indulgentes, mais il les tire vers le bas. Une notation psychologique assez profonde : il est dit que sans argent, il n'y a plus d'amour dans le couple. Non parce que la femme chercherait l'argent, mais parce que sans l'argent, l'homme perd sa foi en lui-même, son allant, sa capacité à aimer sa femme, et que l'amour s'en va dans ce naufrage. L'argent ne donne pas l'amour, mais du moins, avec lui on n'est pas accablé de ces problèmes minant le couple, et c'est déjà ça. Or donc le papa du fils à papa lui coupe les vivres, problème ! Si le déclassé finit par gagner un peu d'argent en dessinant des mangas, pour tenir le rythme il doit se droguer ! Le malheureux boit d'abord pour s'amuser, ensuite pour tenir, et tous ces excès le laissent sur le carreau avant que son frère ne finisse par le prendre en charge. Dessin, bravo, arrive à exprimer la déchéance, mais avec assez de dynamisme pour qu'il nous tienne… Ainsi, on lit la déchéance de notre pauvre victime jusqu'au bout. On tire une certaine compassion de ce destin mais aussi un avertissement : attention aux mauvaises fréquentations ! Notre déchu ne pouvait éviter les domestiques et dépendait de son père… Mais c'est le faux ami qui l'a achevé. Tant qu'à lui, sans mauvaises intentions, il a tiré les femmes avec qui il allait vers le bas, elles qui croyaient qu'en le protégeant, en l'encourageant, elles le tireraient du malheur. Eh bien, pas du tout, elles tombaient dans son malheur !
Footballeur du dimanche
Didier Tronchet consacre cet album au football amateur, à travers une série de petites scènes d'une page qui racontent ses souvenirs, ses sensations et tout ce qui fait le charme des matchs du dimanche entre copains. Pas le foot pro, pas les stades géants ni le business, mais le terrain vaguement boueux, les équipes bricolées et le simple plaisir de jouer ensemble. Je précise tout de suite que je ne suis pas du tout foot. Vraiment pas. Je déteste le stéréotype de la soirée pizza-foot entre potes, les très rares fois où j'ai essayé je jouais très mal et je me suis toujours senti complètement étranger à ce sport, sans parler de tout ce que le football professionnel véhicule aujourd'hui (argent, spectacle, médiatisation à outrance), ce qui m'a toujours rebuté. Du coup, je partais avec un a priori certain. Et pourtant, ça a marché. Je trouve toujours au dessin de Tronchet un véritable charme. Ce n'est pas beau au sens académique, mais c'est vivant, très humain, avec un chouette travail sur les couleurs. Il colle parfaitement à ces petites scènes de vestiaires, de terrains pourris et de copains qui se chambrent. Surtout, il y a une vraie tendresse partout. L'humour est doux, souvent autodérisoire, jamais méchant. Ce que j'ai vraiment apprécié, c'est la façon dont il présente le foot comme un prétexte à être ensemble, à partager un même esprit fait de règles, mais aussi de hargne à vouloir gagner sur le terrain et pas forcément dans le reste de la vie. L'amitié, la mauvaise foi bon enfant, la solidarité, le simple bonheur de courir après un ballon comme des gosses. On est à des années-lumière du sport business. Ici, il n'y a que des types un peu nuls, un peu maladroits, mais heureux d'être là. Et cette humanité là, je l'ai trouvée très touchante. Tout autant que cette relation père-fils dont il parle : quel bonheur de partager une passion avec son fils. Franchement, réussir à me faire apprécier une BD sur le football alors que j'ai toujours détesté l'image que j'avais de ce sport, c'est presque un petit exploit. Rien que pour ça, je considère que c'est une vraie réussite.
Dans la tête de Sherlock Holmes
'Dans la tête de Sherlock Holmes' brille surtout, il faut l'avouer, par l'originalité de sa mise en page qui se retrouve jusque dans la première de couverture dont la tête de Sherlock Holmes est découpée, comme une fenêtre ouverte dans l'esprit du célèbre détective. Esthétiquement, tout est parfait, du vieillissement artificiel des pages avec des jaunissements et des taches d'encre, en passant par les cases dont les formes rappellent le sujet de l'intrigue, jusqu'au trait des personnages très original et collant parfaitement à l'esprit de la bande dessinée. Ici, comme indiqué au dos des ouvrages, tout est voué et dédié au déroulement et à la mécanique de l'enquête. Le parti-pris initial est ainsi d'immerger le lecteur dans la tête de Sherlock Holmes en le faisant pénétrer à l'intérieur de son mental et en déroulant avec lui le fil des indices et des déductions qui en découlent. Cet enchainement est d'ailleurs matérialisé par un fil rouge qui se déroule tout au long des pages des deux tomes composant chaque histoire. L'enquête est également agrémentée de quelques cartes très esthétiques situant les déplacements effectués par le détective et son partenaire, le docteur Watson. Ce duo est d'ailleurs assez comique avec un Sherlock rabrouant régulièrement Watson et se moquant de son manque de flair. De part l'idée de départ des auteurs, cette série qui, rappelons-le, ne fait que débuter (trois tomes parus à ce jour), possède toutefois le défaut de ses qualités à savoir un certain classicisme dans l'histoire traitée qui pourra manquer, selon certains, de dramaturgie ou de quelques retournements de situations. Mais cela n'a pas été préjudiciable concernant ma lecture. J'ai tout de même une petite préférence pour l'intrique du tome 3 dont l'univers écossais et le mystère du loch Leathan ajoutent à l'ambiance de la BD. En conclusion, je ne peux attribuer que la note maximale pour saluer l'originalité de la démarche et la qualité de la réalisation. Vivement les prochains tomes ! SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 8/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 10/10 NOTE GLOBALE : 18/20
L'Été des charognes
Une BD tout aussi déroutante que son titre ! Et que de difficultés à poser sur papier mon ressenti. Avec du recul, le dessin est bon voire très bon si l’on se concentre plus particulièrement sur les corps. C’est davantage la colorisation au feutre qui peut perturber. Les couleurs sont criardes mais cela colle plutôt bien à l’environnement global du récit (sans détour, tranché..). Le travail de colorisation sur les ombres est parfois un peu léger : de grands aplats avec des coloris inadaptés et disposés de manière hasardeuse sur les visages et/ou chevelures. En soit, rien de bien méchant au regard des deux gros bémols que j’ai noté : - L’identification d’un personnage d’une scène à l’autre ou pire, lors d’une même scène. En effet, les choix de l’auteur de mettre en avant des visages informes (surtout lors de scènes familiales avec beaucoup de personnes), de couper ces visages par le cadrage ainsi que de ne pas réutiliser (délibérément (?)) d’une case à l’autre la même palette de couleurs propre à un personnage (cheveux, teinte de peau, habits…) sont autant d’obstacles à la reconnaissance des personnages. - L’identification de la parole avec une lecture pas toujours intuitive des bulles : un sens prioritaire de lecture plutôt de haut en bas que de gauche à droite, des bulles éloignées de leur source et bien souvent dépourvues de direction. Et quand ces deux problèmes se cumulent, alors là jackpot ! Je ne vous dis pas la difficulté à se reconstituer les échanges. J’ai parfois dû m’y reprendre à 3 ou 4 fois pour bien comprendre qui dit quoi… Côté narration, j’ai trouvé le traitement de l’histoire déséquilibré. Après recherche, le roman sur lequel repose cette BD a été construit comme un triptyque. Et même si j’ai plus perçu cette BD comme un diptyque, je comprends donc mieux le choix de Sylvain Bordesoules de respecter cette construction narrative. La première partie du récit est lente. Elle pose les bases afin de bien appréhender l’environnement dans lequel les personnages évoluent. Pour cela, la narration s’appuie sur un enchaînement de scènes du quotidien ayant lieu durant l’été qui précède l’entrée au collège de notre protagoniste et de son pote de tous les combats. On y découvre une violence normalisée dans les relations sociales et plus généralement dans la relation au vivant. La violence pour rompre l’ennui, la violence pour tromper ses peurs ? A L’inverse, la narration s’accélère en seconde moitié de récit. Cette fois-ci, elle se repose davantage sur des événements clés de la jeune vie du protagoniste, tout d’abord durant ses années collèges et ensuite lors de la période internat au lycée. C’est d’ailleurs cette toute dernière tranche de vie (années lycée) qui me laisse malheureusement sur ma faim. Comme grogro avant moi, j’ai eu l’impression que l’auteur s’empêtrait et que le chemin à suivre s’obscurcissait à l’approche de la fin du récit. J’ai par exemple fini par perdre le sens de la représentation allégorique du chien (présente pourtant depuis le tout début du récit). Pour résumé très brièvement : une narration encore trop brouillonne dans sa construction (1ère BD de l’auteur si je me réfère au site) mais qui ne laisse personne indifférent de par les thématiques abordées et le traitement de ces dernières. Une histoire touchante, et il me semble, crue de vérités. Note réelle : 3.5 / 5
Pour une fraction de seconde - La vie mouvementée d'Eadweard Muybridge
Je découvre ici un Delisle éloigné de ce que je connais majoritairement de lui. C’est évidemment beaucoup moins autocentré. Mais, cet album possède quand même des qualités documentaires qu’on retrouve dans plusieurs de ses productions. En tout cas, au-delà d’une biographie d’Eadweard Muybridge, de sa relation avec la magnat californien Stanford, c’est un pan d’Histoire entier que Delisle nous fait découvrir, à savoir le cheminement, lent mais s’accélérant, qui va mener à l’invention, au développement de la photographie, puis du cinéma (toutes les principales figures – américaines, mais surtout françaises – apparaissent donc dans cet album). Un album très riche donc, mais avec une narration fluide, aérée, glissant régulièrement les photos originales pour compléter le récit. On ne s’ennuie jamais, et on est captivé par cette histoire, bien au-delà du personnage de Muybridge. Comme tout le monde, je connaissais ses célèbres photographies décomposant le mouvement d’animaux, d’hommes. J’avais découvert le bonhomme et Stanford avec l’album Le Maître de California Hill. Mais ce dernier était centré sur Stanford, et ses relations avec Muybridge, tandis que l’album de Delisle est plus complet et ambitieux – par là même plus intéressant. J’ajoute que son dessin est lui aussi agréable, dynamique, simple et efficace. Mention spéciale pour la conclusion, et la façon dont Delisle nous présente la mort (crise cardiaque) de Muybridge. Un bel album, instructif et plaisant à lire.