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Les derniers avis (4 avis)

Par Blue boy
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Sous les galets la plage
Sous les galets la plage

Auteur prolixe, aussi à l’aise au dessin qu’au scénario, Pascal Rabaté nous offre un récit lui permettant d’exprimer à nouveau son talent d’observateur des mœurs sociales. « Sous les galets la plage », c’est la rencontre entre deux mondes opposés. D’un côté, une petite bourgeoisie de province aux vues et aux portefeuilles étriqués, de l’autre, des parias vivant de petites combines pour pouvoir survivre. Et comme le suggère ce titre pour le moins évocateur, ces deux mondes vont s’entrechoquer jusqu’à un final flamboyant, dans un élan vital alimenté par l’amour et la liberté. Ce roman graphique intemporel, qui de déroule dans la France des années 60, va nous mener dans les pas d’Albert, jeune homme de bonne famille dont l’avenir aurait dû être tout tracé sous la férule de son père autoritaire et étouffant, totalement acquis aux valeurs d’une France patriarcale. Le jour où il confie les clefs de la maison de vacances à son fils, qui vient d’avoir 18 ans, il ne se doute pas encore que le destin de celui-ci va basculer radicalement. Car ces clés, que le père lui tend comme si elles étaient « les clés du pouvoir », s’avèreront pour Albert les clés vers la liberté… et lorsque l’amour pointera le bout de son nez, sous l’apparence d’une jolie jeune femme peu loquace sur son passé, le point de retour va être allégrement franchi, pour le plus grand plaisir du lecteur… Sans être trop explicite, Grâce à une parole bien choisie ou une simple posture, Rabaté parvient à révéler l’âme de ses protagonistes avec une espièglerie jubilatoire. Ainsi, tout l’état d’esprit du père (qui vouvoie son fils !) est révélé dans cette seule phrase, lorsqu’il vient d’acquérir un meuble à pain dans la brocante du village : « Vous voyez, mon fils, il faut toujours marchander, c’est comme ça que l’on économise et que l’on peut épargner. ». Et c’est bien l’un des points forts de l’auteur, qui a le don de concevoir des dialogues ciselés. Et comme toujours, son trait à la nonchalance étudiée respire la liberté, certaines cases au cadrage très cinématographique évoquant la Nouvelle vague. D’ailleurs, lorsque vers la fin Albert retrouve sa bien-aimée Odette, on pense immanquablement au couple mythique Jean Seberg/Jean-Paul Belmondo dans « A bout de souffle ». Ce thriller social très fluide, qui ressuscite les fantômes de mai 68, se révèle assez puissant sous son apparente légèreté. « Sous les galets la plage », c’est l’histoire d’une révolte d’une génération sur la précédente, sur les trompe-l’œil de la filiation inaltérable et les carcans du patrimoine transmissible, qui nous questionne de façon assez subversive : et si les enfants ingrats avaient raison ? C’est aussi le récit d’une revanche jouissive des « gueux » aux allures de robin des bois sur les parvenus vaniteux. Sans abus de textes explicatifs et d’effets de manche, Rabaté en profite également pour livrer une attaque cinglante contre les mâles défenseurs d’une France blanche et patriote, nostalgique du « bon temps des colonies », tout cela grâce à une galerie de portraits finement élaborés et des dialogues ciselés. La conclusion est juste formidable, avec cet irrésistible pied de nez dévoilé sur la dernière image par ce fieffé gredin de Rabaté, qui ne peut pas vraiment dissimuler ses sympathies anars !

23/01/2022 (modifier)
Par doumé
Note: 4/5
Couverture de la série Le Dieu vagabond
Le Dieu vagabond

La mythologie grecque propulsée à l'époque contemporaine. L'auteur nous emmène suivre le parcours d'un dieu déchu par une malédiction qui veut retrouver son statut de satyre autour de Dyonisos Le ton de l'histoire s'appuie sur un héros noceur et buveur qui s'embarque dans une odyssée pour retrouver son statut avec deux compagnons. Le premier est un homme de notre époque en fin de vie, Eudis lui a promis en échange de quelques bouteilles de réaliser son dernier vœux. Le second est un inconnu de la mythologie, il était destiné à avoir le statut de héros mais une rage de dent pendant son examen le laisse au rang de simple inconnu. L'auteur utilise trois comparses avec des profils différents, une diversité qui donne une dynamique à cette histoire et la rend originale. Cette quête joyeuse est menée tambour battant où l'humour est omniprésent et nos trois héros en quête de leur Graal nous communiquent leur enthousiasme. Plaisir et contemplation sont les deux premiers objectifs d'Eudis, un héros plein de bon sens qui m'a paru plus proche des hommes que des dieux dans une aventure irréelle très plaisante à lire.

23/01/2022 (modifier)
Par Benjie
Note: 4/5
Couverture de la série Bouche du diable
Bouche du diable

Cet album paru il y a trente ans se relit très bien. Le scénario est historiquement intéressant, bien mené et cohérent. Si la fin, un peu courte à mon sens, laisse un peu perplexe avec l’intervention d’un personnage providentiel, elle ne gâche en rien la lecture. Le héros, dont on découvre la vie depuis l’enfance, suit un parcours programmé par les services secrets soviétiques, un parcours dans lequel il n’était prévu aucune déviation, aucun fait du hasard, aucune initiative personnelle. Et évidemment, ce qui devait arriver arriva ! Le héros tente d’échapper au contrôle de ses supérieurs. Le récit prend le temps de dérouler l’histoire, pas à pas, sans raccourcis simplificateurs et solutions faciles. Les pages concernant les techniques d’endoctrinement du KGB sont efficaces, de même que la critique de la société américaine qui nous mène dans les bas-fonds du Bronx hyper bien dessinés. Le dessin de Boucq est excellent, subtil et puissant dans les scènes d’action. Un récit d’espionnage qu’on ne lâche pas jusqu’à la fin.

23/01/2022 (modifier)
Couverture de la série Cléopâtre - La Reine fatale
Cléopâtre - La Reine fatale

Depuis le temps que j'attendais de lire cette Bd, je n'avais pas envie de poireauter à chaque sortie d'album, je voulais lire les 4 tomes à la suite. Manque de chance, il y aura un tome 5, c'est à la fois un tort et un bienfait pour cette série, j'y reviendrai. Il faut bien comprendre que la Bd fait partie d'une collection qui a le parti-pris dès le début de présenter la part sombre ou sulfureuse des reines choisies, sans lisser les personnages. Ceci a bien réussi pour Aliénor, pour Isabelle de France, pour Frédégonde, un peu moins pour Constance d'Antioche. La tâche n'était peut-être pas aisée pour décrire Cléopâtre qui a été hissée au rang de mythe. Aussi, comme dans l'excellent Cléopâtre (Glénat), les auteurs abordent le personnage sous une facette inhabituelle, insolente, perfide, limite cruelle, provocatrice et nymphomane ; est-ce la vérité ? est-ce la meilleure vision ? je ne suis pas assez renseigné sur Cléopâtre pour avoir un avis tranché là-dessus, pendant longtemps, j'ai subi l'influence du film hollywoodien grandiose de 1963, et pour moi, cette femme avait les traits d'Elizabeth Taylor. Mais d'après les bribes de textes que j'ai lu par-ci par-là, je pense qu'il y a sans doute une part de vrai et pas mal de part romancée. La relation très houleuse et mêlée de haine avec son frère-époux Ptolémée est montrée sans détours, cette part est réelle et probablement peu exagérée. Le contexte d'époque est bien décrit, on y voit en parallèle la détermination de Cléopâtre pour régner seule, et la guerre civile entre pompéiens et partisans de César, puis on passe les étapes en sacrifiant des épisodes probablement légendaires (la rencontre de Cléopâtre avec César roulée dans un tapis, son entrée triomphale dans Rome sur un char gigantesque) ; ces faits ont été magnifiés par le film hollywoodien. Le couple Gloris ne déforme pas des faits connus mais les réinterprète à sa façon, comme les chamailleries entre Cléopâtre et Marc-Antoine, ou la mort de Vercingétorix ; d'autres sont bien conformes (la mort de Pompée, la mort de Cicéron), mais je suis un peu déçu du traitement concernant l'assassinat de César. Comme je disais au début de cet avis, le bienfait de la série, c'est qu'elle est contée en détail, ça permet de bien comprendre l'aspect politique et les arcanes du pouvoir, les intrigues et les personnages qui ont tous un rôle important. Le tort, c'est que 4 albums, puis 5, c'est beaucoup trop, ça étire la série inutilement, on sent quelques longueurs, les auteurs prennent trop leur temps, notamment dans le tome 4 qui est le plus dense et aussi le plus érotique. Je crois que 3 albums auraient suffi, là où Cléopâtre (Glénat) a dû énormément compresser pour tout rentrer en 46 planches. N'empêche que malgré ce défaut d'excès ou d'étirement, la lecture n'est pas lassante ni pesante, et reste très agréable, la narration se traîne un peu par endroits, mais l'atout principal de cette bande est la partie graphique qui est proprement somptueuse. Mouclier a fait de sacrés progrès depuis Sémio, mais il ne reproduit pas un dessin hyperréaliste comme celui vu sur Meridia, il est plus proche de celui de Le Gardien du feu. C'est un dessin fastueux, chatoyant, avec des décors hyper travaillés et des personnages soignés dans leur apparence et leur costume ; il y a juste quelques visages parfois un peu ratés, mais je pinaille, au regard de l'ensemble, c'est magnifique. La mise en page et la colorisation renforcent la dextérité graphique, c'est une belle Bd historique, et c'est comme ça que j'aime qu'elle soit illustrée.

23/01/2022 (modifier)