Un album intéressant. Et, il faut sans doute le dire, sans doute bien plus accessible que l’on pourrait s’y attendre si on n’est pas féru de philosophie, ou de théories et d’histoire intellectuelles de la seconde moitié du XXème siècle.
La narration est en effet assez aérée, pour nous présenter – certes brièvement, ça n’est pas une étude universitaire ! – ce qu’on pu apporter quelques auteurs/penseurs français à la pensée moderne (même si d’autres auteurs non Français, voire même non francophones sont rattachés à cette « french theory »). Cela permet aussi de voir qu’il n’y a pas de « théorie » collective, que tout ceci a été construit presque de l’extérieur (aux États-Unis), en regroupant divers écrivains à la pensée et aux méthodes très différentes, si ce n’est qu’ils remettent en cause la doxa et la façon d’envisager le monde : en cela ils vont nourrir la réflexion de tous ceux qui vont se révolter contre l’ordre établi (universitaire, colonial, occidental, etc.). Et, conséquemment, ils vont donc se retrouver au cœur des cibles de la réaction ultralibérale et « antiwoke » (terme débile issu de l’extrême droite), même si ça n’est qu’effleuré en fin d’album, ça n’est pas le cœur du sujet.
Une intéressante présentation historique, plutôt bien « vulgarisée ». Le dessin n’est pas forcément ce que j’apprécie le plus, mais il fait bien le boulot. Il est très lisible.
Note réelle 3,5/5.
Le dernier Tanabe, celui qui a réussi a faire des bande dessinées convaincantes de Lovecraft ! J'aime aussi qu'il se permette quelques inventions, comme le dialogue entre un auteur représentant en somme Lovecraft, et un critique. Le côté familial de l'aventure avec les Carter. Surtout, le dessin qui se fait presque sculpture de clair obscur face au fantastique… Précis et clair face au monde de l'éveil, précis et évocateur face au monde du rêve tant célébré dans ce volume. On se croirait à la fin de l'Incal où "rêver c'est survivre !"
Une narration subtile qui se prête à l’exercice, tout au long du récit, de ne rien révéler ou affirmer (je ne peux rentrer plus dans les détails sous peine de spoil..)
Bien évidemment, le dénouement de certaines intrigues (principales ou sous-jacentes) semble écrit à l’avance mais ce choix de narration a le mérite de laisser une place à la suggestion du lecteur.
Et pour ma part, c’est probablement ce qui m’a poussé à dévorer ce road trip Brésilien !
L'autre raison, c'est le côté graphique : l’atmosphère est incroyablement douce et chaleureuse (peut-être même trop d’ailleurs pour un périple de plusieurs milliers de kilomètres sous une chaleur éreintante et avec des moyens rudimentaires).
Quoi qu’il en soit, on est bien loin du côté « fourmilière » des grandes agglomérations. On y découvre un Brésil majoritairement rural où le temps semble s’écouler au ralenti et où les mœurs sont (trop là aussi?) douces.
Un voyage peut en amener d’autres :)
Jeff Lemire réalise beaucoup de one-shot (Le Labyrinthe inachevé, Jack Joseph - Soudeur sous-marin ou encore Winter Road, pour ne citer que les plus populaires sur le site) mais aussi des séries « à rallonge », telles que Sweet Tooth, Phantom Road… et « Minor Arcana », la nouvelle « ongoing series » de l’auteur.
Lemire nous ressert ses thèmes favoris : un bled paumé, une protagoniste torturée au passé chargé, et une bonne dose de fantastique, via la thématique de la lecture des cartes de tarot, élément central de l’histoire. Ce premier tome ne fait que poser les bases, nous présente les personnages et lance l’intrigue. Il est prenant au possible, je l’ai englouti d’une traite et j’attends impatiemment la suite. Le dernier chapitre (le comic book #5) propose un retour dans le passé intéressant, et un autre point de vue, celui du grand-père de la protagoniste.
Pas grand-chose à dire sur le dessin, c’est du Lemire, j’adore. A priori il va se faire aider par Letizia Cardonici sur les tomes suivants, pour que ses nombreux projets en cours puissent avancer… je suis curieux de voir comment les deux styles vont de marier.
Un excellent premier tome. Vivement la suite.
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French Theory
Un album intéressant. Et, il faut sans doute le dire, sans doute bien plus accessible que l’on pourrait s’y attendre si on n’est pas féru de philosophie, ou de théories et d’histoire intellectuelles de la seconde moitié du XXème siècle. La narration est en effet assez aérée, pour nous présenter – certes brièvement, ça n’est pas une étude universitaire ! – ce qu’on pu apporter quelques auteurs/penseurs français à la pensée moderne (même si d’autres auteurs non Français, voire même non francophones sont rattachés à cette « french theory »). Cela permet aussi de voir qu’il n’y a pas de « théorie » collective, que tout ceci a été construit presque de l’extérieur (aux États-Unis), en regroupant divers écrivains à la pensée et aux méthodes très différentes, si ce n’est qu’ils remettent en cause la doxa et la façon d’envisager le monde : en cela ils vont nourrir la réflexion de tous ceux qui vont se révolter contre l’ordre établi (universitaire, colonial, occidental, etc.). Et, conséquemment, ils vont donc se retrouver au cœur des cibles de la réaction ultralibérale et « antiwoke » (terme débile issu de l’extrême droite), même si ça n’est qu’effleuré en fin d’album, ça n’est pas le cœur du sujet. Une intéressante présentation historique, plutôt bien « vulgarisée ». Le dessin n’est pas forcément ce que j’apprécie le plus, mais il fait bien le boulot. Il est très lisible. Note réelle 3,5/5.
L'Indicible
Le dernier Tanabe, celui qui a réussi a faire des bande dessinées convaincantes de Lovecraft ! J'aime aussi qu'il se permette quelques inventions, comme le dialogue entre un auteur représentant en somme Lovecraft, et un critique. Le côté familial de l'aventure avec les Carter. Surtout, le dessin qui se fait presque sculpture de clair obscur face au fantastique… Précis et clair face au monde de l'éveil, précis et évocateur face au monde du rêve tant célébré dans ce volume. On se croirait à la fin de l'Incal où "rêver c'est survivre !"
Ivo a mis les voiles
Une narration subtile qui se prête à l’exercice, tout au long du récit, de ne rien révéler ou affirmer (je ne peux rentrer plus dans les détails sous peine de spoil..) Bien évidemment, le dénouement de certaines intrigues (principales ou sous-jacentes) semble écrit à l’avance mais ce choix de narration a le mérite de laisser une place à la suggestion du lecteur. Et pour ma part, c’est probablement ce qui m’a poussé à dévorer ce road trip Brésilien ! L'autre raison, c'est le côté graphique : l’atmosphère est incroyablement douce et chaleureuse (peut-être même trop d’ailleurs pour un périple de plusieurs milliers de kilomètres sous une chaleur éreintante et avec des moyens rudimentaires). Quoi qu’il en soit, on est bien loin du côté « fourmilière » des grandes agglomérations. On y découvre un Brésil majoritairement rural où le temps semble s’écouler au ralenti et où les mœurs sont (trop là aussi?) douces. Un voyage peut en amener d’autres :)
Minor arcana
Jeff Lemire réalise beaucoup de one-shot (Le Labyrinthe inachevé, Jack Joseph - Soudeur sous-marin ou encore Winter Road, pour ne citer que les plus populaires sur le site) mais aussi des séries « à rallonge », telles que Sweet Tooth, Phantom Road… et « Minor Arcana », la nouvelle « ongoing series » de l’auteur. Lemire nous ressert ses thèmes favoris : un bled paumé, une protagoniste torturée au passé chargé, et une bonne dose de fantastique, via la thématique de la lecture des cartes de tarot, élément central de l’histoire. Ce premier tome ne fait que poser les bases, nous présente les personnages et lance l’intrigue. Il est prenant au possible, je l’ai englouti d’une traite et j’attends impatiemment la suite. Le dernier chapitre (le comic book #5) propose un retour dans le passé intéressant, et un autre point de vue, celui du grand-père de la protagoniste. Pas grand-chose à dire sur le dessin, c’est du Lemire, j’adore. A priori il va se faire aider par Letizia Cardonici sur les tomes suivants, pour que ses nombreux projets en cours puissent avancer… je suis curieux de voir comment les deux styles vont de marier. Un excellent premier tome. Vivement la suite.