Quand j’ai refermé La Ballade des frères Blood, j’ai eu cette sensation étrange d’avoir lu un western brutal, mais surtout profondément humain. Je m’attendais à une histoire de vengeance ou de survie dans un Far West violent, et au final j’ai surtout découvert un récit bouleversant sur l’enfance confrontée à la cruauté du monde.
Ce qui m’a frappé, c’est la manière dont le récit prend trois enfants et les jette dans un univers d’une violence terrible, sans jamais chercher à en faire des héros. Ils avancent parce qu’ils n’ont pas le choix, parce que le monde autour d’eux s’est effondré, et tout au long de leur voyage, on sent que quelque chose se brise en eux. Ce n’est pas seulement une aventure dangereuse, c’est une lente destruction de leur innocence. C’est ça qui m’a touché : derrière le western, j’ai vu avant tout le drame de trois gamins obligés de grandir trop vite.
J’ai trouvé que le récit dégageait une dureté incroyable, mais une dureté qui n’est jamais gratuite. La violence est omniprésente, mais elle n’est pas là pour impressionner. Elle sert à montrer un monde sans protection, un monde où l’enfance n’a pas sa place. Et c’est justement ce contraste entre la fragilité des frères et la brutalité du monde qui rend l’histoire aussi forte. Plus on avance, plus on comprend qu’ils ne sortiront pas indemnes de ce voyage, et cette impression donne au récit une vraie puissance émotionnelle.
Ce que j’ai aussi beaucoup aimé, c’est la relation entre les trois frères. Dans cet univers sale et cruel, leur lien devient la seule lumière possible. C’est ce qui rend l’histoire si poignante : malgré toute l’horreur qui les entoure, il reste cet attachement entre eux, cette volonté d’avancer ensemble. C’est sans doute ce qui donne autant d’âme au récit. Sans cette relation fraternelle, l’histoire serait seulement violente ; grâce à elle, elle devient profondément émouvante.
Visuellement, j’ai trouvé l’album magnifique dans sa noirceur. Le dessin porte parfaitement cette ambiance sèche, rude, presque désespérée. Il n’essaie jamais d’embellir la violence ou de romantiser l’Ouest. Tout semble poussiéreux, hostile, étouffant, et cela renforce encore l’impression que ces enfants avancent dans un monde trop grand et trop dur pour eux. J’ai trouvé que cette atmosphère pesante participait énormément à l’impact émotionnel du récit.
Ce que je retiens surtout, c’est que La Ballade des frères Blood ne raconte pas seulement une traversée de l’Ouest, mais une traversée de la perte : perte des repères, perte de l’innocence, perte de l’enfance. Et c’est ce qui en fait, à mes yeux, une lecture marquante. J’ai été touché par cette manière simple et brutale de montrer que, dans certains mondes, grandir revient surtout à apprendre la douleur.
J’ai vraiment trouvé ce comics puissant, dur, profondément triste, mais aussi très beau dans ce qu’il raconte sur les liens familiaux. Ce n’est pas une lecture facile, mais c’est une lecture qui laisse une trace. Et pour moi, c’est souvent le signe des récits qui comptent vraiment.
Plus de 15 ans après avoir lu le premier tome, j'ai remis la main sur les 4 premiers tomes dans ma médiathèque préférée.
Je dois avouer que suis toujours autant charmé, visuellement parlant, par le graphisme de cette série, c'est tout bonnement magnifique. Gibrat nous offre de superbes aquarelles et des personnages hauts en couleurs. Les visages sont très expressifs et le dessin est dynamique. Le seul bémol concerne les personnages féminins. Je n'arrive pas à comprendre pourquoi leurs visages se ressemblent autant alors que ce n'est pas le cas pour les personnages masculins. S'agit-il d'une muse pour l'auteur ? Car je trouve que cela nuit parfois à la clarté du récit même si Gibrat s'efforce de différencier ces personnages avec des coiffures et des couleurs de cheveux assez marquées.
Mais là où Gibrat excelle le plus à mon sens, c'est dans sa maîtrise parfaite de la narration et son talent d'écriture. Gibrat utilise ainsi de nombreuses figures de style et métaphores : "Il en recevait des lettres, par poignées, il pouvait s'en faire des éventails le salaud. Moi, de Juliette je ne recevais que du silence." ou "Les lettres, c'est un peu comme les obus, on les attend plus et elles vous tombent dessus... et elles vous découpent le cœur en morceaux sans faire de bruit".
Du point de vue de l'histoire, il est vrai qu'au départ, le lecteur se dira pourquoi diantre le personnage principal est-il allé s'engager pour impressionner une demoiselle qui ne l'aime pas.... Gibrat profite ainsi de cette série pour dresser le portrait d'une jeunesse communiste et anarchiste, pleine de rêves, qui vont peu à peu s'éteindre dans la réalité de l'issue des révolutions marquant l'Europe. Mattéo nous emmènera ainsi faire la révolution en Russie (tome 2), puis en Espagne (tome 4) après un retour dans son village natal (tome 2). Il est vrai que le récit reste très romanesque et parfois peu crédible, à des années lumières de ce que peut être une guerre dure, sale et âpre racontée par Tardy par exemple. Dans le style, cette série m'a beaucoup fait penser au film "Un long dimanche de fiançailles". Mais l'ensemble reste très agréable à lire.
En attendant de pouvoir me procurer prochainement les deux derniers tomes de la série, un bon 4/5.
SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 7/10
GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 8/10
NOTE GLOBALE : 15/20
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La Ballade des frères Blood
Quand j’ai refermé La Ballade des frères Blood, j’ai eu cette sensation étrange d’avoir lu un western brutal, mais surtout profondément humain. Je m’attendais à une histoire de vengeance ou de survie dans un Far West violent, et au final j’ai surtout découvert un récit bouleversant sur l’enfance confrontée à la cruauté du monde. Ce qui m’a frappé, c’est la manière dont le récit prend trois enfants et les jette dans un univers d’une violence terrible, sans jamais chercher à en faire des héros. Ils avancent parce qu’ils n’ont pas le choix, parce que le monde autour d’eux s’est effondré, et tout au long de leur voyage, on sent que quelque chose se brise en eux. Ce n’est pas seulement une aventure dangereuse, c’est une lente destruction de leur innocence. C’est ça qui m’a touché : derrière le western, j’ai vu avant tout le drame de trois gamins obligés de grandir trop vite. J’ai trouvé que le récit dégageait une dureté incroyable, mais une dureté qui n’est jamais gratuite. La violence est omniprésente, mais elle n’est pas là pour impressionner. Elle sert à montrer un monde sans protection, un monde où l’enfance n’a pas sa place. Et c’est justement ce contraste entre la fragilité des frères et la brutalité du monde qui rend l’histoire aussi forte. Plus on avance, plus on comprend qu’ils ne sortiront pas indemnes de ce voyage, et cette impression donne au récit une vraie puissance émotionnelle. Ce que j’ai aussi beaucoup aimé, c’est la relation entre les trois frères. Dans cet univers sale et cruel, leur lien devient la seule lumière possible. C’est ce qui rend l’histoire si poignante : malgré toute l’horreur qui les entoure, il reste cet attachement entre eux, cette volonté d’avancer ensemble. C’est sans doute ce qui donne autant d’âme au récit. Sans cette relation fraternelle, l’histoire serait seulement violente ; grâce à elle, elle devient profondément émouvante. Visuellement, j’ai trouvé l’album magnifique dans sa noirceur. Le dessin porte parfaitement cette ambiance sèche, rude, presque désespérée. Il n’essaie jamais d’embellir la violence ou de romantiser l’Ouest. Tout semble poussiéreux, hostile, étouffant, et cela renforce encore l’impression que ces enfants avancent dans un monde trop grand et trop dur pour eux. J’ai trouvé que cette atmosphère pesante participait énormément à l’impact émotionnel du récit. Ce que je retiens surtout, c’est que La Ballade des frères Blood ne raconte pas seulement une traversée de l’Ouest, mais une traversée de la perte : perte des repères, perte de l’innocence, perte de l’enfance. Et c’est ce qui en fait, à mes yeux, une lecture marquante. J’ai été touché par cette manière simple et brutale de montrer que, dans certains mondes, grandir revient surtout à apprendre la douleur. J’ai vraiment trouvé ce comics puissant, dur, profondément triste, mais aussi très beau dans ce qu’il raconte sur les liens familiaux. Ce n’est pas une lecture facile, mais c’est une lecture qui laisse une trace. Et pour moi, c’est souvent le signe des récits qui comptent vraiment.
Mattéo
Plus de 15 ans après avoir lu le premier tome, j'ai remis la main sur les 4 premiers tomes dans ma médiathèque préférée. Je dois avouer que suis toujours autant charmé, visuellement parlant, par le graphisme de cette série, c'est tout bonnement magnifique. Gibrat nous offre de superbes aquarelles et des personnages hauts en couleurs. Les visages sont très expressifs et le dessin est dynamique. Le seul bémol concerne les personnages féminins. Je n'arrive pas à comprendre pourquoi leurs visages se ressemblent autant alors que ce n'est pas le cas pour les personnages masculins. S'agit-il d'une muse pour l'auteur ? Car je trouve que cela nuit parfois à la clarté du récit même si Gibrat s'efforce de différencier ces personnages avec des coiffures et des couleurs de cheveux assez marquées. Mais là où Gibrat excelle le plus à mon sens, c'est dans sa maîtrise parfaite de la narration et son talent d'écriture. Gibrat utilise ainsi de nombreuses figures de style et métaphores : "Il en recevait des lettres, par poignées, il pouvait s'en faire des éventails le salaud. Moi, de Juliette je ne recevais que du silence." ou "Les lettres, c'est un peu comme les obus, on les attend plus et elles vous tombent dessus... et elles vous découpent le cœur en morceaux sans faire de bruit". Du point de vue de l'histoire, il est vrai qu'au départ, le lecteur se dira pourquoi diantre le personnage principal est-il allé s'engager pour impressionner une demoiselle qui ne l'aime pas.... Gibrat profite ainsi de cette série pour dresser le portrait d'une jeunesse communiste et anarchiste, pleine de rêves, qui vont peu à peu s'éteindre dans la réalité de l'issue des révolutions marquant l'Europe. Mattéo nous emmènera ainsi faire la révolution en Russie (tome 2), puis en Espagne (tome 4) après un retour dans son village natal (tome 2). Il est vrai que le récit reste très romanesque et parfois peu crédible, à des années lumières de ce que peut être une guerre dure, sale et âpre racontée par Tardy par exemple. Dans le style, cette série m'a beaucoup fait penser au film "Un long dimanche de fiançailles". Mais l'ensemble reste très agréable à lire. En attendant de pouvoir me procurer prochainement les deux derniers tomes de la série, un bon 4/5. SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 7/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 8/10 NOTE GLOBALE : 15/20