Au hasard d'un certain site de vente en ligne, je suis tombé sur cette bande. Les couvertures ont électrisé mon regard et j'ai craqué. Alors qu'est ce que ça vaut?
Blue est une bande appartenant au genre SF post apo, réalisée en 85 et 87 par deux jeunes auteurs. On les sent complètement passionnés par ce premier pied dans la bande dessinée.
J'ai adoré le style visuel. C'est un cocktail de plein d'influences. Un des personnages ressemble à Robert Smith. L'ambiance générale fait penser à des mangas comme Cobra ou Ken le survivant.
Les décors et les voitures sont sublimes tandis que les corps et les visages sont... Aléatoires. Parfois très beau et parfois dessinés en dépit du bon sens niveau proportions.
Le dessinateur a du mal à dessiner le mouvement. Les personnages de loin sont moches. Les coupes de cheveux sont ultra kitch.
Et pourtant on décèle l'influence de Klimt pour dessiner les visages, un peu comme dans Slaine.
Et pourtant il y a ce travail sur les tons de couleurs bleu et violet qui crée à lui tout seul tout un univers. Qui nous plonge dans une ambiance barbare faisant penser aux Guerriers de la nuit de Walter Hill...
Le scénario a été la bonne surprise. Je m'attendais à un navet de série Z mais on est plus sur de la série B ambiance fin du monde avec quelques touches de fun.
Bon je m'arrête là. J'ai adoré découvrir cette petite pépite qui a plein de défauts mais un charme unique. Avec cette impression d'être un archéologue dénichant un pur artefact des années 80.
C'est ce que j'ai lu de mieux d'Hermann jusqu'à présent hors série.
Je me sens obligé de mettre la note maximale. La narration est brillante. On va dire pour ne rien révéler que l'histoire raconte le rude apprentissage de la vie d'un jeune américain à l'époque des cowboys fin du 19eme siècle.
Au niveau du dessin, Hermann a rarement été aussi impliqué. La qualité de ces albums en couleurs directes est souvent aléatoire. Ici c'est sublime.
Le meilleur one shot d'Hermann.
Miville-Deschenes est un des rares dessinateurs des années 2000 qui m'intéresse, parce qu'il sait encore pratiquer le style réaliste. Il dessine très bien les corps, les animaux, les batiments.
C'est sa première collaboration avec Runberg. Actuellement ils sont en train de réaliser une autre serie incontournable, Zaroff.
Ici Runberg nous livre un scénario de bonne facture avec cette alliance entre différentes tribus antiques/mythologiques.
J'ai juste regretté que la plupart des personnages secondaires (pas tous) soient un peu trop stéréotypés ou fades.
Une saga de fantasy très fortement conseillée.
L'état morbide de Daniel Hulet a connu récemment une réédition. On conseillera plutôt les EO ou l'intégrale de 1995 dont la typographie respecte les codes des éditions originales.
C'est un récit d'épouvante somme toute classique qui joue sur la frontière entre le réel et l'imaginaire.
Oui il y a plusieurs niveaux de compréhension - c'est ce qui fait la force de l'oeuvre - mais on peut s'arrêter au premier niveau d'explication - un homme victime d'un stratagème diabolique - sans être perdu ou frustré.
Les éléments fantastiques sont percutants. J'ai apprécié la chute de chacun des trois tomes. La caractérisation du héros est originale aussi - il aime ecouter du Cabaret Voltaire et a pour compagnie une bande de punk arty.
Les réactions de rejet des contributeurs ci dessous m'ont assez amusé.
C'est vrai que l'ambiance urbaine gothique est assez inédite en bd et peut déstabiliser si on a pas les références.
Un peu comme les gens qui sont habitués à aller voir les Tuche et qui entreraient par erreur dans une salle projetant Eraserhead.
Visuellement c'est magnifique, avec un découpage moderne et une amélioration des couleurs à partir du tome 2.
Dommage que cette bande soit tombée dans l'oubli car pour moi c'est clairement culte et ça fait partie des incontournables des années 80-90.
Une longue composition autour du destin aventureux de deux jumeaux aux compétences musicales hors normes.
La reconstruction imaginaire de l'Europe à l'époque de Vivaldi et Bach est intéressante : on ne cherche pas du tout la description précise urbaine ou architecturale ( on ne reconnaîtra rien de Venise, Rome ou Amsterdam, malgré des noms à clefs assez parlants) mais les vêtements et les institutions politiques y font allusion.
Pour l'image, des collègues ont cité Gustave Doré, je pencherais plus vers Rembrandt. Mais avec une technique que j'imagine peut être à tort comme des lavis à l'encre, scannés et tramés, puis retravaillés pour y apposer les volutes de musique, blanches ou colorées. Cela déroute parce que cette technique de clair-obscure donne la texture d'un vieux journal où l'impression a bavé. Belle expérience visuelle ambivalente, à la fois somptueuse et sale.
Par ailleurs, la composition découpée en chapitres où le temps semble égal d'étape en étape, donne une sorte de puissance à l'histoire, par moments enthousiasmante et à d'autre tragique.
Deux bémols (si j'ose dire, dans ce contexte érudit de la musique)
1. les dialogues et leur caractère guindé, peu en accord avec le milieu social de départ des 2 héros, et qui installent, dès les premières pages, une distance désagréable entre le lecteur et les personnages
2. le personnage de Hans, le frère auquel on peine à s'identifier, parce qu'il n'exprime pas sa frustration, et elle n'explose que tardivement et constitue un levier important de la part tragique.
Le garçon aime jouer et repousser ses limites. Hélas, nouveau jeu, nouvelles limites : il harcèle de plus en plus une malentendante ! Et ce petit salaud entraînes les autres derrière lui. A force d'aller trop loin, le groupe se retourne contre lui. Bien fait ? Si on se met à la place de la victime, on le dira, mais cette pauvre malheureuse est bien gentille : elle lui pardonne.
Plus facilement que le groupe, et ça se comprend. Les groupes, qu'on se le dise, carburent à l'exclusion, et n'est-il pas plus satisfaisant de se détourner d'un harceleur en chef que d'une handicapée ou tout autre innocent ? On le raye donc du paysage, et lui de même, raye les autres de son paysage, ce que le manga montre bien en rayant le visage de ceux dont le "héros" se détourne. Outre cela, le dessin est dynamique et précis, les personnages de la personne handicapée, du harceleur devenu rejeté, et des mères des deux protagonistes principaux font tout à fait réalistes. Le manga est gentil, l'apprenti salaud se fait apprenti repentant avec la même ardeur, il connait donc la rédemption, et pourquoi pas ? La romance. Si on était chez Disney, des animaux parleraient, mais on aurait aussi une bonne dose de niaiserie !
Je trouve les dessins bons pour une histoire dans le style superman, et les costumes pas aussi ridicules que les hommes en collants, mais c'est que nous avons fréquentons des dieux, ou assimilé, dans le cas de Loki ! Et puis, si les couleurs sont vives, elles ne piquent pas les yeux.
Pour en revenir à Loki, Loki il gagne, et comme il le remarque en passant à Odin, le dieu suprême ne l'a adopté que pour faire contraste avec son fils préféré, Thor, le condamnant au rôle de faire-valoir et de mauvais pour que l'autre joue plus aisément les héros. Il le relègue aussi à un rôle de perdant. Un point de vue intéressant…. D'ailleurs, tout l'est. Je ne m'attendais pas à ressentir surprise et compassion pour tous les êtres, enfin, pas vraiment pour le manipulateur Odin, j'ai mes limites ! Bref, il ne me déplait pas que quelqu'un subissant une injustice et étant des plus brillants gagne, d'un autre point de vue, ce n'est peut-être pas vraiment l'intérêt général qui triomphe avec son triomphe. Vous savez quoi ? Dans la mythologie égyptienne, on fait une meilleure place à tous les protagonistes, si Horus et les pharaons héritent de l'Egypte, l'opposant, Sept, exerce son pouvoir dans le désert. Je me demande ce qui fait une telle différence de traitement dans les mythologies. En tout cas, ici, Loki se débat comme un beau diable !
Luc Brunschwig nous propose ici un récit très dense, haletant, que j’ai bien aimé.
On y retrouve certains des thèmes déjà abordés dans plusieurs de ses séries, comme par exemple la politique intérieure américaine – et la volonté de certains d’accéder au pouvoir coûte que coûte. Mais on retrouve aussi dans ce triptyque une intrigue bien construite, avec des personnages qui ne sont pas monolithiques, et une très bonne utilisation d’un arrière-plan social et politique (ici le racisme et les revendications de Noirs-Américains, autour des Black Panthers).
En fait, l’aspect fantastique, et la présence de super-héros étaient ce que je craignais le plus. Mais finalement ça passe très bien, et les deux « mutants », mais aussi ce gamin pouvant communiquer avec les animaux s’imbriquent bien dans le récit.
Ce qui rend la lecture agréable, c’est aussi le dessin de Stéphane Perger – et sa colorisation, souvent lumineuse. Le rendu est vraiment bon, et accompagne très bien la tonalité du récit.
Mon principal reproche concernant cette série, c’est la fin, que j’ai trouvé un peu trop expédiée. Mais pour le reste, c’est une lecture des plus recommandables.
De la Fantasy qui tend vers le roman graphique.
Je vais commencer par le titre : "Le feu monde". Quelle signification se cache derrière "feu" ? Le mot qui désigne une combustion destructrice ou l'adjectif qui indique la mort depuis peu de temps ? J'ai la réponse mais ne vous la donnerai pas.
"Une guerre millénaire fait rage. Elle oppose Atome et Zéphyr, deux géants se disputant l'adoration des Hommes. Chacun peut choisir un Martyr qui portera sa marque et diffusera sa parole parmi les Hommes". Le royaume d'Atrevi est soutenu par Atome et celui de Clermont par Zéphyr. C'est dans cet univers médiéval/fantastique que la jeune et fougueuse Métisse va rejoindre la Cohorte, une troupe de guerriers dirigé par Tikhomir, le frère du roi de Clermont. C'est le début d'un long parcours qui sera semé d'embûches, de trahisons, de morts et de présages. Un récit avec des ingrédients déjà vus mille fois, cependant, la lecture fut très plaisante pour diverses raisons. La narration est énergique avec la succession de chapitres courts, ceux-ci se terminent sur deux pleines pages avec sur la gauche une représentation qui fait écho au texte sur la droite (voir la galerie). De très beaux textes écrits par Tancrède Livin, un des personnages qui va côtoyer Métisse, et ces textes apportent une vraie plus-value dans la compréhension de ce monde et de ses croyances, mais surtout ils amènent à la réflexion et à l'émancipation. L'évolution de Métisse de simple guerrière à porte drapeau pour la liberté se fait naturellement. Un scénario qui ne sera pas avare de rebondissements et de surprises, et le plus souvent je ne les ai pas vus venir (c'est monis le cas pour la conclusion). Une belle histoire sur le don de soi.
Un dessin qui pourra divisé, une chose est sûre, il a de la personnalité. Jason S. propose un trait vif, anguleux et rêche, le résultat est une sorte de mélange entre manga et comics. Les décors sont réussis et les visages taillés à la serpe ne manquent pas de personnalités,.par contre quelques visages bâclés sur de rares vignettes. J'ai aimé le choix des couleurs et la mise en page variée et dynamique.
Du bon boulot.
"Je vivais dans l'illusion, mais je vivais en paix".
Pour les amateurs du genre.
La première fois que je l'ai lu, il y a plusieurs mois, j'en ai gardé un souvenir lisse et vaguement inconfortable...J'étais un peu mal à l'aise pour écrire un avis.
Le fait que l'héroïne soit une étudiante en archi, comme je l'ai été, est sans doute une partie du problème, parce que l'école que j'ai connue, longtemps avant et en province, était beaucoup moins proprette, blanche, uniformément jeune et branchée sur la performance. (Cette évolution m'a agacée et ce monde jeuniste et startupeur plus encore )
L'autre partie du problème, la plus grande (l'éléphant dans la pièce qu'est notre société) est la prostitution en général. Je n'arrive pas du tout à me situer.
Cette marque de domination masculine, à la fois par le sexe et par l'argent, fait mine de croire que les hommes auraient des besoins sexuels à assouvir, comme une envie de pisser. Cette simple image me met hors de moi. Et je ne peux pas m'empêcher de penser à tous ces procès en cascades d'hommes multivioleurs...
L'éducation des garçons est à revoir de fond en comble. ( Et probablement je ne suis pas tout-à-fait sûre d'avoir réussi celle de mes enfants sur ce point... pour ma défense, je n'étais pas sensibilisée à ce scandale au moment où mes garcons étaient petits)
Mais cette BD nous présente juste un témoignage d'une escorte girl avec ses sugar dadies. Autrement dit le marché de dupe quotidien entre dominants et dominés, avec l'espoir d'une certaine dialectique du maître et de l'esclave, où la belle jeune fille réussit à faire ses études sur le dos de vieux types dont la vie est vide de sens.
Je ne sais pas quoi faire de cette histoire. Elle est bien construite, complète, 253 pages, les personnages sont très réalistes dans leurs dialogues et leur allure.
Le dessin réussit une fluidité qu'on peut apparenter aux mangas, si on ne fait pas attention. En réalité c'est plus précis : le moins possible de traits, dont l'épaisseur varie et qui laissent beaucoup d'air ( les formes ne sont jamais fermées comme on le ferait pour pouvoir coloriser numériquement.) Le gris semble obtenu avec du fusain au doigt, cela permet de belles lumières nocturnes (lueur de téléphone, ray de lumière par une porte entrouverte, halos des éclairages artificiels...) et des motifs flous d'arrière plan qui donnent de la profondeur à un dessin réduit au stricte minimum.
Belle composition, contrairement à mes collègues ( beaucoup masculins, il me semble) je n'ai pas eu la larme a l'œil... mais plutôt la révolte au cœur.
N'était-ce pas l'objectif, finalement ?
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Blue (Humanos)
Au hasard d'un certain site de vente en ligne, je suis tombé sur cette bande. Les couvertures ont électrisé mon regard et j'ai craqué. Alors qu'est ce que ça vaut? Blue est une bande appartenant au genre SF post apo, réalisée en 85 et 87 par deux jeunes auteurs. On les sent complètement passionnés par ce premier pied dans la bande dessinée. J'ai adoré le style visuel. C'est un cocktail de plein d'influences. Un des personnages ressemble à Robert Smith. L'ambiance générale fait penser à des mangas comme Cobra ou Ken le survivant. Les décors et les voitures sont sublimes tandis que les corps et les visages sont... Aléatoires. Parfois très beau et parfois dessinés en dépit du bon sens niveau proportions. Le dessinateur a du mal à dessiner le mouvement. Les personnages de loin sont moches. Les coupes de cheveux sont ultra kitch. Et pourtant on décèle l'influence de Klimt pour dessiner les visages, un peu comme dans Slaine. Et pourtant il y a ce travail sur les tons de couleurs bleu et violet qui crée à lui tout seul tout un univers. Qui nous plonge dans une ambiance barbare faisant penser aux Guerriers de la nuit de Walter Hill... Le scénario a été la bonne surprise. Je m'attendais à un navet de série Z mais on est plus sur de la série B ambiance fin du monde avec quelques touches de fun. Bon je m'arrête là. J'ai adoré découvrir cette petite pépite qui a plein de défauts mais un charme unique. Avec cette impression d'être un archéologue dénichant un pur artefact des années 80.
On a tué Wild Bill
C'est ce que j'ai lu de mieux d'Hermann jusqu'à présent hors série. Je me sens obligé de mettre la note maximale. La narration est brillante. On va dire pour ne rien révéler que l'histoire raconte le rude apprentissage de la vie d'un jeune américain à l'époque des cowboys fin du 19eme siècle. Au niveau du dessin, Hermann a rarement été aussi impliqué. La qualité de ces albums en couleurs directes est souvent aléatoire. Ici c'est sublime. Le meilleur one shot d'Hermann.
Reconquêtes
Miville-Deschenes est un des rares dessinateurs des années 2000 qui m'intéresse, parce qu'il sait encore pratiquer le style réaliste. Il dessine très bien les corps, les animaux, les batiments. C'est sa première collaboration avec Runberg. Actuellement ils sont en train de réaliser une autre serie incontournable, Zaroff. Ici Runberg nous livre un scénario de bonne facture avec cette alliance entre différentes tribus antiques/mythologiques. J'ai juste regretté que la plupart des personnages secondaires (pas tous) soient un peu trop stéréotypés ou fades. Une saga de fantasy très fortement conseillée.
L'Etat morbide
L'état morbide de Daniel Hulet a connu récemment une réédition. On conseillera plutôt les EO ou l'intégrale de 1995 dont la typographie respecte les codes des éditions originales. C'est un récit d'épouvante somme toute classique qui joue sur la frontière entre le réel et l'imaginaire. Oui il y a plusieurs niveaux de compréhension - c'est ce qui fait la force de l'oeuvre - mais on peut s'arrêter au premier niveau d'explication - un homme victime d'un stratagème diabolique - sans être perdu ou frustré. Les éléments fantastiques sont percutants. J'ai apprécié la chute de chacun des trois tomes. La caractérisation du héros est originale aussi - il aime ecouter du Cabaret Voltaire et a pour compagnie une bande de punk arty. Les réactions de rejet des contributeurs ci dessous m'ont assez amusé. C'est vrai que l'ambiance urbaine gothique est assez inédite en bd et peut déstabiliser si on a pas les références. Un peu comme les gens qui sont habitués à aller voir les Tuche et qui entreraient par erreur dans une salle projetant Eraserhead. Visuellement c'est magnifique, avec un découpage moderne et une amélioration des couleurs à partir du tome 2. Dommage que cette bande soit tombée dans l'oubli car pour moi c'est clairement culte et ça fait partie des incontournables des années 80-90.
Soli Deo Gloria
Une longue composition autour du destin aventureux de deux jumeaux aux compétences musicales hors normes. La reconstruction imaginaire de l'Europe à l'époque de Vivaldi et Bach est intéressante : on ne cherche pas du tout la description précise urbaine ou architecturale ( on ne reconnaîtra rien de Venise, Rome ou Amsterdam, malgré des noms à clefs assez parlants) mais les vêtements et les institutions politiques y font allusion. Pour l'image, des collègues ont cité Gustave Doré, je pencherais plus vers Rembrandt. Mais avec une technique que j'imagine peut être à tort comme des lavis à l'encre, scannés et tramés, puis retravaillés pour y apposer les volutes de musique, blanches ou colorées. Cela déroute parce que cette technique de clair-obscure donne la texture d'un vieux journal où l'impression a bavé. Belle expérience visuelle ambivalente, à la fois somptueuse et sale. Par ailleurs, la composition découpée en chapitres où le temps semble égal d'étape en étape, donne une sorte de puissance à l'histoire, par moments enthousiasmante et à d'autre tragique. Deux bémols (si j'ose dire, dans ce contexte érudit de la musique) 1. les dialogues et leur caractère guindé, peu en accord avec le milieu social de départ des 2 héros, et qui installent, dès les premières pages, une distance désagréable entre le lecteur et les personnages 2. le personnage de Hans, le frère auquel on peine à s'identifier, parce qu'il n'exprime pas sa frustration, et elle n'explose que tardivement et constitue un levier important de la part tragique.
A Silent voice
Le garçon aime jouer et repousser ses limites. Hélas, nouveau jeu, nouvelles limites : il harcèle de plus en plus une malentendante ! Et ce petit salaud entraînes les autres derrière lui. A force d'aller trop loin, le groupe se retourne contre lui. Bien fait ? Si on se met à la place de la victime, on le dira, mais cette pauvre malheureuse est bien gentille : elle lui pardonne. Plus facilement que le groupe, et ça se comprend. Les groupes, qu'on se le dise, carburent à l'exclusion, et n'est-il pas plus satisfaisant de se détourner d'un harceleur en chef que d'une handicapée ou tout autre innocent ? On le raye donc du paysage, et lui de même, raye les autres de son paysage, ce que le manga montre bien en rayant le visage de ceux dont le "héros" se détourne. Outre cela, le dessin est dynamique et précis, les personnages de la personne handicapée, du harceleur devenu rejeté, et des mères des deux protagonistes principaux font tout à fait réalistes. Le manga est gentil, l'apprenti salaud se fait apprenti repentant avec la même ardeur, il connait donc la rédemption, et pourquoi pas ? La romance. Si on était chez Disney, des animaux parleraient, mais on aurait aussi une bonne dose de niaiserie !
Thor - Loki
Je trouve les dessins bons pour une histoire dans le style superman, et les costumes pas aussi ridicules que les hommes en collants, mais c'est que nous avons fréquentons des dieux, ou assimilé, dans le cas de Loki ! Et puis, si les couleurs sont vives, elles ne piquent pas les yeux. Pour en revenir à Loki, Loki il gagne, et comme il le remarque en passant à Odin, le dieu suprême ne l'a adopté que pour faire contraste avec son fils préféré, Thor, le condamnant au rôle de faire-valoir et de mauvais pour que l'autre joue plus aisément les héros. Il le relègue aussi à un rôle de perdant. Un point de vue intéressant…. D'ailleurs, tout l'est. Je ne m'attendais pas à ressentir surprise et compassion pour tous les êtres, enfin, pas vraiment pour le manipulateur Odin, j'ai mes limites ! Bref, il ne me déplait pas que quelqu'un subissant une injustice et étant des plus brillants gagne, d'un autre point de vue, ce n'est peut-être pas vraiment l'intérêt général qui triomphe avec son triomphe. Vous savez quoi ? Dans la mythologie égyptienne, on fait une meilleure place à tous les protagonistes, si Horus et les pharaons héritent de l'Egypte, l'opposant, Sept, exerce son pouvoir dans le désert. Je me demande ce qui fait une telle différence de traitement dans les mythologies. En tout cas, ici, Loki se débat comme un beau diable !
Luminary
Luc Brunschwig nous propose ici un récit très dense, haletant, que j’ai bien aimé. On y retrouve certains des thèmes déjà abordés dans plusieurs de ses séries, comme par exemple la politique intérieure américaine – et la volonté de certains d’accéder au pouvoir coûte que coûte. Mais on retrouve aussi dans ce triptyque une intrigue bien construite, avec des personnages qui ne sont pas monolithiques, et une très bonne utilisation d’un arrière-plan social et politique (ici le racisme et les revendications de Noirs-Américains, autour des Black Panthers). En fait, l’aspect fantastique, et la présence de super-héros étaient ce que je craignais le plus. Mais finalement ça passe très bien, et les deux « mutants », mais aussi ce gamin pouvant communiquer avec les animaux s’imbriquent bien dans le récit. Ce qui rend la lecture agréable, c’est aussi le dessin de Stéphane Perger – et sa colorisation, souvent lumineuse. Le rendu est vraiment bon, et accompagne très bien la tonalité du récit. Mon principal reproche concernant cette série, c’est la fin, que j’ai trouvé un peu trop expédiée. Mais pour le reste, c’est une lecture des plus recommandables.
Le Feu Monde
De la Fantasy qui tend vers le roman graphique. Je vais commencer par le titre : "Le feu monde". Quelle signification se cache derrière "feu" ? Le mot qui désigne une combustion destructrice ou l'adjectif qui indique la mort depuis peu de temps ? J'ai la réponse mais ne vous la donnerai pas. "Une guerre millénaire fait rage. Elle oppose Atome et Zéphyr, deux géants se disputant l'adoration des Hommes. Chacun peut choisir un Martyr qui portera sa marque et diffusera sa parole parmi les Hommes". Le royaume d'Atrevi est soutenu par Atome et celui de Clermont par Zéphyr. C'est dans cet univers médiéval/fantastique que la jeune et fougueuse Métisse va rejoindre la Cohorte, une troupe de guerriers dirigé par Tikhomir, le frère du roi de Clermont. C'est le début d'un long parcours qui sera semé d'embûches, de trahisons, de morts et de présages. Un récit avec des ingrédients déjà vus mille fois, cependant, la lecture fut très plaisante pour diverses raisons. La narration est énergique avec la succession de chapitres courts, ceux-ci se terminent sur deux pleines pages avec sur la gauche une représentation qui fait écho au texte sur la droite (voir la galerie). De très beaux textes écrits par Tancrède Livin, un des personnages qui va côtoyer Métisse, et ces textes apportent une vraie plus-value dans la compréhension de ce monde et de ses croyances, mais surtout ils amènent à la réflexion et à l'émancipation. L'évolution de Métisse de simple guerrière à porte drapeau pour la liberté se fait naturellement. Un scénario qui ne sera pas avare de rebondissements et de surprises, et le plus souvent je ne les ai pas vus venir (c'est monis le cas pour la conclusion). Une belle histoire sur le don de soi. Un dessin qui pourra divisé, une chose est sûre, il a de la personnalité. Jason S. propose un trait vif, anguleux et rêche, le résultat est une sorte de mélange entre manga et comics. Les décors sont réussis et les visages taillés à la serpe ne manquent pas de personnalités,.par contre quelques visages bâclés sur de rares vignettes. J'ai aimé le choix des couleurs et la mise en page variée et dynamique. Du bon boulot. "Je vivais dans l'illusion, mais je vivais en paix". Pour les amateurs du genre.
Sibylline - Chroniques d'une escort girl
La première fois que je l'ai lu, il y a plusieurs mois, j'en ai gardé un souvenir lisse et vaguement inconfortable...J'étais un peu mal à l'aise pour écrire un avis. Le fait que l'héroïne soit une étudiante en archi, comme je l'ai été, est sans doute une partie du problème, parce que l'école que j'ai connue, longtemps avant et en province, était beaucoup moins proprette, blanche, uniformément jeune et branchée sur la performance. (Cette évolution m'a agacée et ce monde jeuniste et startupeur plus encore ) L'autre partie du problème, la plus grande (l'éléphant dans la pièce qu'est notre société) est la prostitution en général. Je n'arrive pas du tout à me situer. Cette marque de domination masculine, à la fois par le sexe et par l'argent, fait mine de croire que les hommes auraient des besoins sexuels à assouvir, comme une envie de pisser. Cette simple image me met hors de moi. Et je ne peux pas m'empêcher de penser à tous ces procès en cascades d'hommes multivioleurs... L'éducation des garçons est à revoir de fond en comble. ( Et probablement je ne suis pas tout-à-fait sûre d'avoir réussi celle de mes enfants sur ce point... pour ma défense, je n'étais pas sensibilisée à ce scandale au moment où mes garcons étaient petits) Mais cette BD nous présente juste un témoignage d'une escorte girl avec ses sugar dadies. Autrement dit le marché de dupe quotidien entre dominants et dominés, avec l'espoir d'une certaine dialectique du maître et de l'esclave, où la belle jeune fille réussit à faire ses études sur le dos de vieux types dont la vie est vide de sens. Je ne sais pas quoi faire de cette histoire. Elle est bien construite, complète, 253 pages, les personnages sont très réalistes dans leurs dialogues et leur allure. Le dessin réussit une fluidité qu'on peut apparenter aux mangas, si on ne fait pas attention. En réalité c'est plus précis : le moins possible de traits, dont l'épaisseur varie et qui laissent beaucoup d'air ( les formes ne sont jamais fermées comme on le ferait pour pouvoir coloriser numériquement.) Le gris semble obtenu avec du fusain au doigt, cela permet de belles lumières nocturnes (lueur de téléphone, ray de lumière par une porte entrouverte, halos des éclairages artificiels...) et des motifs flous d'arrière plan qui donnent de la profondeur à un dessin réduit au stricte minimum. Belle composition, contrairement à mes collègues ( beaucoup masculins, il me semble) je n'ai pas eu la larme a l'œil... mais plutôt la révolte au cœur. N'était-ce pas l'objectif, finalement ?