«Ma patrie est la langue portugaise».
Bernardo Soares.
Barral a fait un excellent travail ! Au niveau du dessin, oui, mais surtout dans l'approche de la complexité, la personnalité et l'œuvre de Pessoa. Les hétéronymes (qui ne sont pas de simples pseudonymes), l'étrangeté de cette existence géniale peuvent trouver dans ce livre une première approche en bande dessinée.
Pessoa est, pour moi, le plus grand poète de tous les temps. Mais il est important de le lire en portugais. Même s'il faut apprendre la langue juste pour le lire!
Et le Prince Valiant au milieu de tout cela (pages 10-13) ? Barral l'a placé (anachroniquement) dans les divagations du petit Fernando : Mais le chevalier de Pas fut son premier heteronyme ! Donc, c'est juste.
Pessoa est infini comme la mer salée et les larmes du Portugal.
P.S. Au-delà de Álvaro de Campos, Ricardo Reis, Alberto Caeiro... Bernardo Soares (le Livre de l'inquiétude), est évidemment un autre des hétéronymes de Pessoa.
Inutile de présenter Frankenstein, classique parmi les classiques, déjà adapté de nombreuses fois, notamment en bande dessinée. David Sala propose ici sa version personnelle, qui lui permet d'exprimer pleinement son talent d'illustrateur et d'appuyer intelligemment sur les travers dépeints dans le roman.
Frankenstein, ce monstre créé de toute part, ne trouve pas sa place dans la société. Le fond de l'histoire traite de la différence, des minorités, de la violence. L'interprétation de David Sala développe à merveille ces thématiques. Car au delà du lien tumultueux entre la créature et son créateur, cette version appuie sur toutes ces dimensions humaines.
L'acceptation de l'autre, la différence, l'amour, la haine... Cette histoire est le terrain de jeu idéal pour mettre en exergue tous ces sentiments. L'auteur s'en sort hyper bien, et son message passe avec efficacité. Il y a des scènes assez dures, assez touchantes, que ce soit avec des silences, distillés avec justesse ça et là, ou avec des dialogues acerbes, le ton sonne juste tout au long de l'album.
Ce récit, c'est surtout une façon de dépeindre la société, celle de l'époque du récit... mais également la notre, celle d'aujourd'hui, dont la vison n'a visiblement pas évoluée. Une histoire touchante, toujours d'actualité donc, et très bien adaptée ici.
Comme d'habitude, Rue de Sèvres fait les choses très bien : la qualité d'édition de cet album est remarquable. Une chouette couverture cartonnée, un grand format des plus appréciables qui permet à l'auteure d'exprimer pleinement son talent. Un dessin plein de finesse dont le charme opère au fil des grandes cases offertes par ce format.
On rentre tranquillement dans l'ambiance : un univers moyenâgeux, une abbaye dans laquelle on enseigne la Langue : une sorte de magie liturgique qui offre des visions à ceux qui la maitrisent. Mais le fantastique n'occupe qu'une part minime, anecdotique même du récit. Celui-ci nous raconte l'histoire de deux jeunes femmes qui tentent d'être celle qui sera choisie pour être la doctorante. Deux destinées, deux motivations bien différentes mais au final un destin croisé.
Le premier chapitre se focalise sur Iodis la fille illégitime d'un notable important. Ce chapitre plante le décor et amène surtout son petit lot de mystères. Des cachoteries, des débuts de conflits et surtout un moine et un tableau qui disparaissent brutalement. Il n'en faut pas plus à Iodis pour se convaincre que sa rivale n'est pas étrangère à tout ça.
Le récit gagne en intensité et offre une tournure surprenante et inattendue dans le second chapitre, centré sur Halcyon, la seconde jeune fille. Cette partie nous relate son histoire, pourquoi elle est entrée à l'abbaye et pourquoi elle doit apprendre la fameuse langue. Ce chapitre nous offre surtout son point de vue sur les évènements qui secouent l'abbaye. Et le moins qu'on puisse dire c'est que l'histoire prend une tournure radicalement différente. Ca donne une toute autre vision des choses, la vérité n'est pas celle qu'on croyait. C'est malin, c'est bien amené, c'est raconté avec subtilité et talent. Ca dynamise l'intrigue qui devient de plus en plus plaisante au fil des pages. Et pour ne rien gâcher la fin est également très réussie.
Un très chouette album à mettre entre toutes les mains.
Dans un orphelinat de Saint-Pétersbourg, le jeune Balthazar est soudain pris en chasse par les sbires de Raspoutine, contraint de fuir à travers la Russie et de traverser un monde où se mêlent danger, magie et créatures issues du folklore slave.
J’ai trouvé cette BD à la fois intrigante et un peu déroutante, mais suffisamment intéressante pour me donner envie de la défendre malgré ses défauts. Le récit puise très largement dans les contes et légendes slaves, en mélangeant des figures historiques comme Raspoutine avec une galerie de créatures et de références folkloriques (Baba Yaga, Kotcheï, la Roussalka, Kot Bayun (faussement renommé Tchoudo-Youdo ici) et autres figures du mythe russe). C’est précisément ce foisonnement qui fait à la fois la force et la faiblesse de l’ensemble : l’univers est riche, mais il finit par se brouiller lui-même, au point qu’on ne sait plus toujours très bien qui est qui ni d’où viennent certains éléments, avec par exemple des confusions ou réattributions de figures mythologiques qui participent à ce sentiment de désordre narratif.
Le scénario est lui aussi dense, avec une accumulation de péripéties et de rencontres qui donnent l’impression d’un récit en perpétuel mouvement, mais pas toujours parfaitement structuré. Il en ressort une intrigue un peu foutraque, qui peut sembler confuse ou désordonnée par moments, mais qui conserve malgré tout une forme de cohérence émotionnelle.
C’est d’ailleurs là que la BD m’a finalement accroché : dans son ambiance. Le dessin de Mathilde Domecq apporte beaucoup à cette impression, avec un trait mignon, expressif et vivant, soutenu par des couleurs douces qui installent une atmosphère à la fois froide et chaleureuse, parfaitement adaptée à ce voyage dans une Russie fantasmée. Les chapitres ponctués de pages en noir et blanc façon gravures renforcent aussi cette dimension de conte illustré.
Même si le rythme est inégal et que la narration peut donner l’impression de partir dans toutes les directions, j’ai pris plutôt du plaisir à me laisser porter par cette BD pour la jeunesse, mélange de légendes, d’errance et de merveilleux. Il y a quelque chose d’un peu désordonné, presque excessif, mais qui colle aussi assez bien à l’idée d’un grand conte slave recomposé, où les figures mythologiques se répondent sans toujours chercher la rigueur.
Note : 3,5/5
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L'Intranquille monsieur Pessoa
«Ma patrie est la langue portugaise». Bernardo Soares. Barral a fait un excellent travail ! Au niveau du dessin, oui, mais surtout dans l'approche de la complexité, la personnalité et l'œuvre de Pessoa. Les hétéronymes (qui ne sont pas de simples pseudonymes), l'étrangeté de cette existence géniale peuvent trouver dans ce livre une première approche en bande dessinée. Pessoa est, pour moi, le plus grand poète de tous les temps. Mais il est important de le lire en portugais. Même s'il faut apprendre la langue juste pour le lire! Et le Prince Valiant au milieu de tout cela (pages 10-13) ? Barral l'a placé (anachroniquement) dans les divagations du petit Fernando : Mais le chevalier de Pas fut son premier heteronyme ! Donc, c'est juste. Pessoa est infini comme la mer salée et les larmes du Portugal. P.S. Au-delà de Álvaro de Campos, Ricardo Reis, Alberto Caeiro... Bernardo Soares (le Livre de l'inquiétude), est évidemment un autre des hétéronymes de Pessoa.
Frankenstein (Sala)
Inutile de présenter Frankenstein, classique parmi les classiques, déjà adapté de nombreuses fois, notamment en bande dessinée. David Sala propose ici sa version personnelle, qui lui permet d'exprimer pleinement son talent d'illustrateur et d'appuyer intelligemment sur les travers dépeints dans le roman. Frankenstein, ce monstre créé de toute part, ne trouve pas sa place dans la société. Le fond de l'histoire traite de la différence, des minorités, de la violence. L'interprétation de David Sala développe à merveille ces thématiques. Car au delà du lien tumultueux entre la créature et son créateur, cette version appuie sur toutes ces dimensions humaines. L'acceptation de l'autre, la différence, l'amour, la haine... Cette histoire est le terrain de jeu idéal pour mettre en exergue tous ces sentiments. L'auteur s'en sort hyper bien, et son message passe avec efficacité. Il y a des scènes assez dures, assez touchantes, que ce soit avec des silences, distillés avec justesse ça et là, ou avec des dialogues acerbes, le ton sonne juste tout au long de l'album. Ce récit, c'est surtout une façon de dépeindre la société, celle de l'époque du récit... mais également la notre, celle d'aujourd'hui, dont la vison n'a visiblement pas évoluée. Une histoire touchante, toujours d'actualité donc, et très bien adaptée ici.
La Langue des vipères
Comme d'habitude, Rue de Sèvres fait les choses très bien : la qualité d'édition de cet album est remarquable. Une chouette couverture cartonnée, un grand format des plus appréciables qui permet à l'auteure d'exprimer pleinement son talent. Un dessin plein de finesse dont le charme opère au fil des grandes cases offertes par ce format. On rentre tranquillement dans l'ambiance : un univers moyenâgeux, une abbaye dans laquelle on enseigne la Langue : une sorte de magie liturgique qui offre des visions à ceux qui la maitrisent. Mais le fantastique n'occupe qu'une part minime, anecdotique même du récit. Celui-ci nous raconte l'histoire de deux jeunes femmes qui tentent d'être celle qui sera choisie pour être la doctorante. Deux destinées, deux motivations bien différentes mais au final un destin croisé. Le premier chapitre se focalise sur Iodis la fille illégitime d'un notable important. Ce chapitre plante le décor et amène surtout son petit lot de mystères. Des cachoteries, des débuts de conflits et surtout un moine et un tableau qui disparaissent brutalement. Il n'en faut pas plus à Iodis pour se convaincre que sa rivale n'est pas étrangère à tout ça. Le récit gagne en intensité et offre une tournure surprenante et inattendue dans le second chapitre, centré sur Halcyon, la seconde jeune fille. Cette partie nous relate son histoire, pourquoi elle est entrée à l'abbaye et pourquoi elle doit apprendre la fameuse langue. Ce chapitre nous offre surtout son point de vue sur les évènements qui secouent l'abbaye. Et le moins qu'on puisse dire c'est que l'histoire prend une tournure radicalement différente. Ca donne une toute autre vision des choses, la vérité n'est pas celle qu'on croyait. C'est malin, c'est bien amené, c'est raconté avec subtilité et talent. Ca dynamise l'intrigue qui devient de plus en plus plaisante au fil des pages. Et pour ne rien gâcher la fin est également très réussie. Un très chouette album à mettre entre toutes les mains.
Balthazar au pays blême
Dans un orphelinat de Saint-Pétersbourg, le jeune Balthazar est soudain pris en chasse par les sbires de Raspoutine, contraint de fuir à travers la Russie et de traverser un monde où se mêlent danger, magie et créatures issues du folklore slave. J’ai trouvé cette BD à la fois intrigante et un peu déroutante, mais suffisamment intéressante pour me donner envie de la défendre malgré ses défauts. Le récit puise très largement dans les contes et légendes slaves, en mélangeant des figures historiques comme Raspoutine avec une galerie de créatures et de références folkloriques (Baba Yaga, Kotcheï, la Roussalka, Kot Bayun (faussement renommé Tchoudo-Youdo ici) et autres figures du mythe russe). C’est précisément ce foisonnement qui fait à la fois la force et la faiblesse de l’ensemble : l’univers est riche, mais il finit par se brouiller lui-même, au point qu’on ne sait plus toujours très bien qui est qui ni d’où viennent certains éléments, avec par exemple des confusions ou réattributions de figures mythologiques qui participent à ce sentiment de désordre narratif. Le scénario est lui aussi dense, avec une accumulation de péripéties et de rencontres qui donnent l’impression d’un récit en perpétuel mouvement, mais pas toujours parfaitement structuré. Il en ressort une intrigue un peu foutraque, qui peut sembler confuse ou désordonnée par moments, mais qui conserve malgré tout une forme de cohérence émotionnelle. C’est d’ailleurs là que la BD m’a finalement accroché : dans son ambiance. Le dessin de Mathilde Domecq apporte beaucoup à cette impression, avec un trait mignon, expressif et vivant, soutenu par des couleurs douces qui installent une atmosphère à la fois froide et chaleureuse, parfaitement adaptée à ce voyage dans une Russie fantasmée. Les chapitres ponctués de pages en noir et blanc façon gravures renforcent aussi cette dimension de conte illustré. Même si le rythme est inégal et que la narration peut donner l’impression de partir dans toutes les directions, j’ai pris plutôt du plaisir à me laisser porter par cette BD pour la jeunesse, mélange de légendes, d’errance et de merveilleux. Il y a quelque chose d’un peu désordonné, presque excessif, mais qui colle aussi assez bien à l’idée d’un grand conte slave recomposé, où les figures mythologiques se répondent sans toujours chercher la rigueur. Note : 3,5/5