Les derniers avis (5 avis)

Par cac
Note: 4/5
Couverture de la série Épouvantail
Épouvantail

Voici une histoire bien menée que j'aurai classée en Policier/Thriller, il est vrai qu'il y a aussi une touche de fantastique. C'est un album avec pas mal de pages qui a le temps de camper ses personnages, une petite fille un peu étrange et solitaire qui devient amie avec un épouvantail proche de la ferme familiale. Un père qui travaille, une belle-mère, on comprend que la mère a disparu tragiquement. Le dessin est aussi très bon, assez épuré. Cela se lit relativement rapidement malgré environ 150 pages. Concernant une trame parallèle sur un accident de voiture, on peut dire qu'on sent venir la fin mais le tout est de bon niveau.

28/01/2026 (modifier)
Couverture de la série La Tête de mort venue de Suède
La Tête de mort venue de Suède

Quelle belle évolution du travail de Daria Schmitt, depuis que je l’avais découverte avec Acqua Alta. Une évolution notable au niveau graphique déjà. Ici dans un Noir et Blanc dont les hachures donnent un trait nerveux se rapprochant des gravures. Une constante toutefois, avec toujours une petite touche d’étrange, d’onirique, ce qui est d’autant plus surprenant que le sujet – Descartes et la conservation de son squelette – est a priori plutôt « sérieux ». L’album est assez dense, avec un texte abondant, texte lui-même rempli de réflexions, connaissances. Ça ne se lit pas en cinq minutes ! mais ça n’est pas non plus aride. En effet, quelques pointes d’humour se glissent dans le récit (autour des os disparaissant au fur et à mesure, faisant de la relique de Descartes quelque chose de plus en plus réduit à son simple chef). Un récit original (sujet et construction), qui donne à voir l’Histoire et la science en mouvement. Une lecture relativement exigeante, mais intéressante et recommandable.

28/01/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Chronique du 115 - Une histoire du SAMU social
Chronique du 115 - Une histoire du SAMU social

Maintenant, tout le monde emploie le mot Maraude, sans savoir d’où ça vient. - Ce tome contient un reportage complet qui se suffit à lui-même et qui ne nécessite pas de connaissances préalables. Son édition originale de 2017. Il a été réalisé par Aude Massot pour le scénario et les dessins. Il comprend cent-treize pages de bande dessinée. Il se termine avec un reportage réalisé dans le Burkina Fasso en juin 2017, puis à Moscou, sous forme d’un texte illustré de dix pages. Il commence par une introduction de deux pages, un texte rédigé par Xavier Emmanuelli (1938-2025), cofondateur de Médecins sans frontières et fondateur du SAMU social de Paris. Rue des Pyrénées, le dix juillet 2015, Aude appelle le service communication du Samu Social de Paris. À son interlocuteur, elle explique qu’elle appelle concernant le projet BD qu’elle leur a soumis : elle voudrait réaliser une enquête sur le Samu Social, du coup elle voudrait demander si elle peut venir en observation. Aux questions posées, elle explique que son éditeur s’appelle Steinkis, et qu’elle voudrait faire une sorte de documentaire en BD. À l’autre bout du fil, la voix lui dit qu’il faut qu’elle en parle à sa direction, et qu’ils la rappelleront. Le cinq aout 2015, au métro Alésia, Aude rencontre pour la première fois Xavier Emmanuelli. Il l’invite à manger dans un restaurant où il commande un demi de vin noir, avec de la glace, et des calamars et crevettes à la provençale. Aude prend le poulet et elle pose son enregistreur sur la table. Une fois servi en vin, il commence à lui raconter l’histoire du SAMU Social. Le Samu Social, c’est une création personnelle de Xavier Emmanuelli. C’est devenu un terme générique et il en est content. C’est quand même une réussite. Il est lié à son parcours personnel. Il va le lui expliquer en trois mots pour qu’elle comprenne d’où ça vient. Quand il a commencé sa carrière, il était médecin d’urgence à la marine marchande. Puis il a continué dans l’urgence au moment où naissait le SAMU. Ça a été une période dure mais aussi de bonheur, car on découvrait la médecine de première instance. Et bien qu’il fût médecin depuis longtemps, il a fait son apprentissage à l’hôpital Henri Mondor, à Créteil, où il y avait un mec exceptionnel, le professeur Pierre Huguenard. Il a été son élève, son disciple, ou comme il dit souvent, son premier couteau. À l’époque, c’était le fléau des accidents de voiture. On avait de sérieux cas en traumatologie. Médecins sans Frontières est né par la suite, en 1971. Cela leur a permis de passer de l’urgence individuelle à l’urgence collective. Il s’y est beaucoup intéressé, apportant du secours aux populations en détresse, victimes des guerres, catastrophes naturelles dans les zones sinistrées, ou les camps de réfugiés. Il a vu disparaître la variole et apparaître le SIDA. Puis il s’est fait nommer comme praticien à la prison de Fleury-Mérogis. C’est là qu’il a appris ce qu’était l’exclusion. Avec les quatre grands éléments qui structurent chaque individu, elle, lui, les uns, les autres, la perception du corps, du temps, de l’espace et des codes. En fonction du lecteur, la couverture peut aussi bien constituer un repoussoir, qu’une invitation puissante. Certes l’ambiance ne va pas être au divertissement, et dans le même temps la composition de l’image constitue une promesse du respect des personnes à la rue puisque celui-ci est placé au premier plan et de la mise en scène des interventions du SAMU social, avec le véhicule au second plan. La construction de cet ouvrage repose sur un déroulé classique : une personne néophyte qui va effectuer un stage en immersion avec des équipes intervenantes. La narratrice découvre cette structure d’aide, et la fait découvrir en même temps au lecteur, par ses yeux, avec sa sensibilité bienveillante. Cette lecture offre plus que la description d’une ou deux maraudes, puisque l’autrice bénéficie d’un entretien en tête à tête avec Xavier Emmanuelli, le fondateur du SAMU social. Il lui explique d’où il vient : médecin d’urgence à la marine marchande, puis médecin urgentiste au moment où naissait le SAMU, premier couteau du professeur Pierre Huguenard, Médecins sans Frontières, praticien à la prison de Fleury-Mérogis, Nanterre. Et enfin création du SAMU social à Paris, avec l’aide Jacques Chirac (1932-2019) maire de Paris, avec des équipes mobiles ayant la mission d’aller à la rencontre des personnes qui, dans la rue, paraissent en détresse physique et sociale. Quand Chirac devient président, Emmanuelli accepte un poste de Secrétaire d’État, et il fait créer le 115, par analogie au 15, les Équipes Mobiles d’Aide, qu'il fait appeler Maraude. Dès ce chapitre, le lecteur apprécie la narration visuelle : l’artiste mêle habilement quelques images des deux personnages en train de prendre leur repas, rappelant ainsi qu’il s’agit des propos d’Emmanuelli, et des reconstitutions de ce qu’il évoque. Elle sait faire usage de la diversité offerte par la bande dessinée : soit une simple illustration venant compléter le propos, soit une suite de deux ou trois cases pour montrer l’évolution d’une situation, et aussi des illustrations plus pédagogiques. Par exemple un stéthoscope posé sur une carte du monde pour évoquer l’institution de Médecins sans Frontières, une trentaine de petites silhouettes anonymes disposées en trois bandes de dix pour évoquer l’urgence collective, un pou grossi pas une loupe pour illustrer le détournement de l’abréviation PP (passant de Préfecture de Police à Poux & Puces), des dessins schématiques pour le parcours d’un véhicule de soins hors les murs ou pour l’opposition politique entre droite et gauche, une vue du ciel schématique d’un quartier de Paris, la statue du Commandeur pour un effet de métaphore, un noyau avec quatre cercles concentriques pour les quatre grandes catégories d’exclus, etc. Elle fait ainsi œuvre de pédagogie visuelle pour raconter le parcours de l’interviewé, et pour évoquer ses valeurs morales, ses conceptions, et les obstacles auxquels il se heurte. Suivent ensuite quatre courts chapitres servant de transition, ayant pour objet une réflexion sur l’exclusion, le corps, le temps, l’espace et l’altérité, ces deux derniers thèmes étant traités ensemble. En termes simples et clairs, l’autrice réfléchit sur les raisons pour lesquelles la société crée des exclus, mettant à nouveau à profit les possibilités graphiques de la narration visuelle, pour évoquer l’ultra-moderne solitude et les mégapoles dont le fonctionnement favorise l’isolement, l’image que l’on a de soi, l’image que les autres peuvent avoir de soi, et l’idée qu’on se fait de cette image, la première perte de repère qui s’opère quand on est à la rue avec chaque jour qui se ressemble, et enfin la notion de proxémie, c’est-à-dire distance physique qu'acceptent ou souhaitent des personnes en interaction sociale. En octobre 2015, le secrétariat du SAMU social rappelle Aude pour lui indiquer que sa demande d’accompagner des maraudes a été acceptée. La dernière partie raconte donc ces maraudes réalisées en janvier 2016. Avec les deux premières parties, le regard du lecteur a déjà changé sur la notion d’exclusion, sur la démarche volontariste qui n’avait rien d’évidente qui a conduit à la création du 115, service d’aide dont il a vraisemblablement toujours connu l’existence. Et par voie de conséquence sur les personnes à la rue elles-mêmes. Avec un regard toujours aussi respectueux, l’autrice relate son expérience, avec des dessins dans un registre descriptif, réaliste et un peu simplifié. Le lecteur la découvre à côté d’Éva sur le plateau, une écoutante qui a pour mission d’accueillir les usagers qui composent le 115. Celle-ci explique ce qu’elle fait, à Aude, avec une grande pédagogie, tout en répondant à un appel qui sert d’exemple pour le lecteur, qui a bien conscience que la pédagogie de la séquence est également imputable à la bédéaste. Vient le temps du briefing puis de la première maraude. La narration visuelle reste dans un registre factuel, montrant les situations avec bienveillance et respect pour les personnes à la rue. Elle sait mettre en lumière le professionnalisme des membres du SAMU social, attirer l’attention avec une simple phrase sur un geste technique, sur le savoir-faire, qu’il s’agisse du vouvoiement, ou de la façon de se mettre à leur hauteur. Le lecteur peut également ressentir la force des émotions qui s’emparent d’Aude en face de ces situations de détresse sociale, d’exclusion. Il éprouve une forte empathie pour elle quand elle découvre les photographies qu’Emmanuelli lui a envoyées pour son livre, de différentes pathologies : syndrome de la chaussette, traumatologie, complications du diabète, nécrose, gale. Dans un autre format, les deux reportages, l’un au Burkina Faso, l’autre à Moscou, sont tout aussi touchants et éclairants sur le travail du SAMU social dans le contexte de deux autres pays, que ce soit avec les enfants orphelins dans les rues de Ouagadougou, ou les sans-abris bien obéissant en Russie. A priori, le lecteur est venu à cet ouvrage intrigué de découvrir comment fonctionne le SAMU social, ce service d’aide également connu par son numéro d’appel le 115. Ayant feuilleté l’ouvrage, il a été rassuré par des dessins faciles à lire, dépourvus de voyeurisme, et par la diversité des dispositifs visuels mis en œuvre. Il comprend rapidement que l’autrice lui donne plus que son horizon d’attente : une synthèse de la création du SAMU social, racontée par son créateur, une réflexion personnelle sur le phénomène de l’exclusion, et sur ses principaux mécanismes (l’altération de la perception du corps, du temps, de l’espace et des codes), une immersion qui comprend une observation avec une équipe de maraude, et aussi la prise d’appels par une écoutante, la visite de l’hospice Saint-Michel à Saint-Mandé, et une ouverture grâce à l’expérience du SAMU social dans deux pays différents. Édifiant, bienveillant, épatant.

28/01/2026 (modifier)
Couverture de la série L'Obsolescence programmée de nos sentiments
L'Obsolescence programmée de nos sentiments

Une BD douce et agréable, qui aborde l’amour tardif avec une vraie subtilité. Les personnages sont attachants, bien construits, et gagnent en épaisseur au fil des pages. On les comprend sans jamais forcer l’empathie, grâce à un récit simple qui privilégie les trajectoires humaines plutôt que les effets dramatiques. Le scénario reste assez prévisible, mais ce n’est clairement pas là que se situe l’intérêt de l’album. L’essentiel est dans le chemin parcouru, les petits ajustements émotionnels, les silences et les moments de fragilité. La fin peut laisser sceptique, mais elle ne déséquilibre pas l’ensemble tant le propos repose davantage sur le vécu que sur la conclusion. Quelques touches de morale et de philosophie émergent naturellement, sans lourdeur ni démonstration appuyée. Graphiquement, le dessin est très soigné et expressif. Le trait rond et doux accompagne parfaitement le ton du récit. Le travail sur les corps vieillissants est particulièrement juste : sans caricature ni clichés, avec une attention sincère portée aux postures, aux regards et au temps qui passe. Une BD qui fait du bien, modeste dans ses ambitions, mais pleinement efficace.

28/01/2026 (modifier)
Par Lodi
Note: 4/5
Couverture de la série Johan et Pirlouit
Johan et Pirlouit

J'aurais aimé que cette série marche aussi bien que les Schtroumpfs : l'utopie en bleue, le bonheur, et avec Johan et Pirlouit, la vie des humains, avec ses oppressions ordinaires. Quand les lutins essaient d'imiter les humains, il n'y a plus de joie chez eux, mais le grand Schtroumpf rétablit la situation… Cependant, nos joyeux lurons n'imitent les humains que par le plaisir du jeu, de la découverte. Eux… Ils ne sont pas confrontés à par exemple une augmentation de la population diminuant les ressources : un bébé Schtroumpf à nourrir, c'est facile ! Pas de récolte détruite sans possibilité de manger autre chose que des rats et des cadavres, de peste, d'invasions, pas de femme sauf la Schtroumpfette, or la femme, plus faible physiquement que l'homme en général, et arrachée à son groupe par le mariage, fait qu'un modèle d'inégalité est très vite apparu dans les mentalités, ce qui contribue à en rendre l'effacement bien problématique …. Si nos amis n'ont pas gâché leurs chances, que de privilèges ! Rêver d'être eux est formidable, mais franchement, je ne vois pas comment. C'est peut-être moins le succès des joyeux compagnons que le fait qu'on ne veut pas être renvoyés à notre impossibilité d'être comme eux qui a effacé Johan et Pirlouit. Au contraire, dans la série des lutins bleu, on ne voit que peu les humains, et c'est toujours également le privilège de quelques humains d'élite, Johan et Pirlouit, l'enchanteur, pas le paysan du coin. Or j'approuve ce retrait du monde : pour vivre heureux, vivons caché…. Grande différence d'avec les réconciliation chez les lutins bleu. Voyons, mon album préféré, La source des dieux. Quels déveinards que les humains ! En plus de nos malchances habituelles, des paysans sont très faibles physiquement à cause de la malédiction d'une sorcière. Les Mollassons sont donc d'autant plus exploités par un tyran, sans nul espoir de révolte, car bien trop faibles pour se soulever. Mais nos héros rétablissent la situation, et vengeurs, ne donnent pas de l'eau de la source des dieux guérisseuse au villageois traître assigné à travailler avec les anciens oppresseurs renversés. Les héros sont des héros, courageux et même altruistes, mais tout se paie et doit se payer pour diminuer les risques de récidives, qu'on se le dise ! Dans cet album, j'ai comme d'habitude adoré Pirlouit, attendrissant le gardien de la source en caressant ses serpents et en plaidant pour les pauvres Mollasson, une scène qui reste dans ma mémoire !

28/01/2026 (modifier)