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Les dernier avis (2 avis)

Couverture de la série Les Ombres
Les Ombres

C’est d’abord un coup de cœur visuel ! En effet, le dessin, très simple, sans fioriture, parfois même minimaliste, se révèle extrêmement expressif, avec pourtant une grande économie de moyens. Et il s’en dégage une force, une poésie (souvent noire) que j’ai beaucoup aimées. La colorisation est elle aussi chouette – comme l’est le travail éditorial (très grand format, papier épais, etc.). Bref, on a là un lourd et bel objet. Mais l’écrin vaut le bijou je trouve. Si le début de l’histoire m’a un peu décontenancé, avec ses airs de procès kafkaïen (qu’elle garde quand même un peu jusqu’au bout !), j’ai été ensuite happé par le long voyage, la lente fuite de ces deux jeunes gens, comprenant que leur histoire éclaire d’une lumière noire la destinée de bien des réfugiés : on a là une sorte d’allégorie de ce que vivent des millions de gens, fuyant la guerre et la misère, risquant leur vie pour gagner « l’autre monde » (comme c’est le cas ici), c’est-à-dire un havre de paix plus ou moins réel et fantasmé. Aucun lieu, aucune période n’est clairement identifiable, cela se veut universel, ce qui en fait peut-être la force, ou la faiblesse. En effet, rien de revendicatif dans ce récit triste, rien non plus pour approfondir une analyse du phénomène (causes et conséquences), si ce n’est le constat de son existence, et de l’horreur qu’il révèle et véhicule. L’absence de nuance aussi, le côté tranché des personnages (affreux méchants et faibles victimes) limite sans doute la portée éventuelle d’un message. Il n’en reste pas moins que cet album réussit à traiter d’un sujet douloureux – souvent bâclé ou déformé dans les médias : une réalité sur laquelle on ne peut pas faire l’impasse. Et surtout, indépendamment du sujet, le récit est vraiment très bien mis en image. La narration fluide, des textes assez rares, des personnages dont les visages ressemblent à des masques : si cela empêche une identification et peut rendre impersonnel le message, en tout cas cela donne des airs de théâtre antique (on imagine aisément un chœur psalmodiant des arrêtés divins, des lois « contre l’immigration clandestine »). Album à lire.

24/10/2020 (modifier)
Par canarde
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Les Cahiers d'Esther
Les Cahiers d'Esther

Roboratif Long témoignage du quotidien d'une gamine de 10 ans dans un milieu plutôt favorisé. Ici rien de Titeuf ou de Kid Paddle, qui visent à nous faire rire avant tout. Riad Sattouf cherche à traduire le plus platement possible le témoignage recueilli. Le déroulement des jours est divisé en pages indépendantes, c'est sans doute la contrainte principale qui a dû donner forme au récit de départ, sans début ni fin. Ce cortège de points de vue enfantins qui vont de propos extrêmement injustes, cruels (dégout assumé pour la faiblesse, la pauvreté, la laideur, la raideur) à d'autres totalement superficiels (le désir absolu d'avoir un Iphone6, ou d'être blonde). L'univers de l'auteur et sa curiosité récurrente pour ces comportements absurdes trouve ici un objet à sa mesure. Parfois ennuyeux (les petites histoires de cour de récré), par moment drôle (pas souvent), par moment désagréable. Notre réaction n'est pas décidée à l'avance, c'est assez déconcertant finalement. C’est une sorte de document à avoir, pour se souvenir que l'enfance est aussi un ramassis de bêtise. Déprime, nostalgie, hébétement, agacement, j'avoue que cet album touche. Après lecture de deux autres tomes, je remonte d'une étoile ma note : la compilation de ses années donne vraiment une vue très juste de notre époque, et je rapprocherais plutôt l'ensemble du petit Nicolas de Sempé et Goscinny. Un Petit Nicolas d'aujourd'hui, où la rigolade n'est plus le quotidien des enfants, où les rapports de genre tiennent une place beaucoup plus grande, où l'idée du héros neutre, sans âge a disparu. Tout est situé dans le temps CM1, CM2, 6ème etc... et l'évolution de l'histoire est assumée et fait partie du défi scénaristique. Le monde de l'enfance aussi a cessé d'être fixe et éternel, c'est le mouvement, même lent, qui est l'enjeu. Je me demande si l'explication selon laquelle la vraie Esther existe vraiment et rend compte de son quotidien à Sattouf par téléphone est une réalité... Le risque désormais est que la petite Esther devenant grande, elle refuse de continuer l'expérience, et la frustration du public sera immense !

05/11/2016 (MAJ le 24/10/2020) (modifier)