Dans Une nuit avec toi de Maran Hrachyan, on suit l’histoire de Brune, une jeune femme parisienne plutôt jolie. Comme beaucoup de femmes de son âge, Brune est angoissée lorsqu’elle se promène seule dans la rue. Alors qu’elle accepte de se laisser raccompagner par un ami en fin de soirée, Brune découvre que celui-ci est intéressé par elle et se montre de plus en plus insistant malgré ses refus. De cette situation (déjà vécue par de nombreuses femmes), la tension va monter et un drame (pas forcément là où on l’attendrait) va se produire, en découlera un véritable cauchemar pour Brune dont la situation ne fera qu’empirer.
Lorsque j’ai commencé à m’intéresser à la BD (contemporaine), je crois que cette BD a été la première à me faire un effet pareil. Plutôt que de nous expliquer ce que sont les VSS et l’importance du consentement, l’autrice parvient à nous faire ressentir l’insécurité ambiante que peut ressentir une femme dans des situations banales.
L’intrigue peut en effet paraître prévisible à certains passages mais l’intérêt se situe plutôt dans l’ambiance. Au premier regard, le dessin semble froid et peu agréable mais colle parfaitement au ton de la BD. La mise en scène et le rythme sont réussis, on prend plaisir à parcourir les planches (La BD se lit assez vite). La construction des planches est assez graphique avec peu de texte, on alterne entre gros plans (petites cases) et plans larges (cases plus grandes) ce qui renforce à mon sens le côté oppressant.
C'est via Le Poids des héros que j'ai connu David Sala. Une œuvre majestueuse, impressionnante et admirable visuellement, dont je regrettais le traitement scénaristique quelque peu maladroit, la faute à un enchevêtrement de thématiques ambitieuses et intimes imparfaitement agencées.
Avec Frankenstein, je me doutais que ce défaut disparaîtrait, le récit étant connu et limpide. Naturellement, quelques libertés scénaristiques sont prises avec l'œuvre de Shelley et Sala choisit de se focaliser sur la thématique de la vengeance, guidée par la colère née du violent rejet.
Côté illustrations, c'est à nouveau d'une puissance graphique incroyable, avec des hommages notamment aux peintures de Bacon, Schiele et Van Gogh. D'une beauté indéniable quand l'auteur fait le choix de couleurs froides, d'un mauvais goût intéressant dans les rares pages chaudement colorées renvoyant à l'humeur alors légère du monstre mélancolique.
Grandiose lorsque le récit parvient à associer le thriller à un sentiment d'urgence (la scène du retour à l'hôtel pour sauver sa femme), quand l'horreur est adoucie par une inattendue mélancolie, le récit est malheureusement un peu moins abouti quand il illustre froidement une implacable et inéluctable vengeance ou quand il tente d'associer le monstre à une tendre naïveté toute enfantine.
Que le chef-d'œuvre soit de peu loupé importe peu : ce roman graphique est une merveille, d'une puissance rare, imprégnant durablement nos rétines.
Jack Kirby est sans contredit l'une des figures les plus importants des comics books américains. Tout le long de sa carrière il va créer des personnages qui sont encore utilisés de nos jours et c'est lui qui a fait de la petite firme Marvel un des deux géants de l'industrie américaine.
Je connaissais déjà les grandes lignes de la vie de Kirby et je n'ai pas apprit grand chose de plus avec cette biographie, mais le récit est tellement prenant que cela ne m'a pas dérangé. L'auteur a fait beaucoup de recherches pour présenter la vie d'un grand dessinateur dont certains moments de sa vie sont controversé (encore aujourd'hui, il y a pleins de débats sur qui a vraiment fait quoi dans le duo Lee-Kirby). Cela dit, je n'ai pas trop aimé comment Scioli semble facilement croire tout ce que Joe Simon dit alors que tout comme Stan Lee, Simon avait tendance à jouer avec la vérité et à exagérer son rôle de créateur dans les années du duo Kirby-Simon. Je prends donc tout ce qu'il dit, notamment la scène qui explique pourquoi lui et Kirby se sont fait virer de Marvel dans les années 40 et la raison pourquoi Kirby a décidé de détester Stan Lee pour toute sa vie avec un gros grain de sel.
Au travers la vie de Kirby, on voit toute une partie de l'histoire du comics books et notamment comment tant de créateurs ont été pressé comme des citrons pour créer des personnages pour ensuite être jeté lorsqu'ils sont vieux et que des jeunes ont prit leur place. Et comme les personnages appartiennent à l'éditeur, c'est lui qui empoche tous les bénéfices. Il y a plusieurs situations vraiment révoltantes dans ce comics.
Quant au dessin, je l'ai bien aimé sauf pour un détail: avant d'avoir les cheveux gris, Kirby semble continuellement être un jeune enfant de 10-12 ans. Je sais qu’il n’était pas très grand de taille, mais là il ne change pratiquement pas de tête pendant des décennies et voir un type travailler ou aller à la guerre alors qu'on dirait qu'il a à peine atteint l'âge de la puberté cela donne une impression bizarre.
Germain, dix ans, rédige ses mémoires à la machine à écrire en revenant sur d'importants souvenirs de son enfance, qui dissimulent peu à peu un drame plus profond.
Cet album bénéficie d'une construction narrative originale et assez amusante. En se regardant lui-même comme un écrivain à l'ancienne, Germain raconte ses petites bêtises, ses maladresses et ses découvertes avec une candeur désarmante, sans toujours mesurer la portée des événements qui l'entourent, ce qui rend certains passages à la fois drôles et touchants. Chaque souvenir fonctionne comme une petite histoire indépendante, douce-amère, où l'humour et la spontanéité de l'enfance côtoient discrètement des réalités bien plus graves.
Ce procédé ainsi que le dessin de Valérie Vernay m'a fait penser au Petit Nicolas de Sempé et Goscinny. On retrouve cette même simplicité apparente, ces visages expressifs et cette capacité à observer le monde à hauteur d'enfant. Mais ici, c'est un Petit Nicolas plus mélancolique, traversé par le deuil, la culpabilité et la peur de grandir. La comparaison s'arrête là, mais j'ai retrouvé cette même justesse de ton qui permet d'aborder des sujets forts avec suffisamment de légèreté pour ne jamais sombrer dans le pathos.
J'ai été doucement touché au début, puis de plus en plus au fil des pages à mesure que le puzzle se reconstituait. Vincent Zabus fait preuve d'une belle sensibilité dans son écriture et parvient à évoquer des thèmes difficiles avec beaucoup de pudeur. L'émotion est bien présente, parfois même bouleversante, mais elle reste toujours accompagnée d'un léger sourire, un peu jaune parfois, qui empêche le récit de devenir écrasant.
Une très belle bande dessinée, tendre, délicate et profondément humaine, qui parle du deuil et de l'enfance avec finesse et légèreté.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Une nuit avec toi
Dans Une nuit avec toi de Maran Hrachyan, on suit l’histoire de Brune, une jeune femme parisienne plutôt jolie. Comme beaucoup de femmes de son âge, Brune est angoissée lorsqu’elle se promène seule dans la rue. Alors qu’elle accepte de se laisser raccompagner par un ami en fin de soirée, Brune découvre que celui-ci est intéressé par elle et se montre de plus en plus insistant malgré ses refus. De cette situation (déjà vécue par de nombreuses femmes), la tension va monter et un drame (pas forcément là où on l’attendrait) va se produire, en découlera un véritable cauchemar pour Brune dont la situation ne fera qu’empirer. Lorsque j’ai commencé à m’intéresser à la BD (contemporaine), je crois que cette BD a été la première à me faire un effet pareil. Plutôt que de nous expliquer ce que sont les VSS et l’importance du consentement, l’autrice parvient à nous faire ressentir l’insécurité ambiante que peut ressentir une femme dans des situations banales. L’intrigue peut en effet paraître prévisible à certains passages mais l’intérêt se situe plutôt dans l’ambiance. Au premier regard, le dessin semble froid et peu agréable mais colle parfaitement au ton de la BD. La mise en scène et le rythme sont réussis, on prend plaisir à parcourir les planches (La BD se lit assez vite). La construction des planches est assez graphique avec peu de texte, on alterne entre gros plans (petites cases) et plans larges (cases plus grandes) ce qui renforce à mon sens le côté oppressant.
Frankenstein (Sala)
C'est via Le Poids des héros que j'ai connu David Sala. Une œuvre majestueuse, impressionnante et admirable visuellement, dont je regrettais le traitement scénaristique quelque peu maladroit, la faute à un enchevêtrement de thématiques ambitieuses et intimes imparfaitement agencées. Avec Frankenstein, je me doutais que ce défaut disparaîtrait, le récit étant connu et limpide. Naturellement, quelques libertés scénaristiques sont prises avec l'œuvre de Shelley et Sala choisit de se focaliser sur la thématique de la vengeance, guidée par la colère née du violent rejet. Côté illustrations, c'est à nouveau d'une puissance graphique incroyable, avec des hommages notamment aux peintures de Bacon, Schiele et Van Gogh. D'une beauté indéniable quand l'auteur fait le choix de couleurs froides, d'un mauvais goût intéressant dans les rares pages chaudement colorées renvoyant à l'humeur alors légère du monstre mélancolique. Grandiose lorsque le récit parvient à associer le thriller à un sentiment d'urgence (la scène du retour à l'hôtel pour sauver sa femme), quand l'horreur est adoucie par une inattendue mélancolie, le récit est malheureusement un peu moins abouti quand il illustre froidement une implacable et inéluctable vengeance ou quand il tente d'associer le monstre à une tendre naïveté toute enfantine. Que le chef-d'œuvre soit de peu loupé importe peu : ce roman graphique est une merveille, d'une puissance rare, imprégnant durablement nos rétines.
La Vie extraordinaire de Jack Kirby
Jack Kirby est sans contredit l'une des figures les plus importants des comics books américains. Tout le long de sa carrière il va créer des personnages qui sont encore utilisés de nos jours et c'est lui qui a fait de la petite firme Marvel un des deux géants de l'industrie américaine. Je connaissais déjà les grandes lignes de la vie de Kirby et je n'ai pas apprit grand chose de plus avec cette biographie, mais le récit est tellement prenant que cela ne m'a pas dérangé. L'auteur a fait beaucoup de recherches pour présenter la vie d'un grand dessinateur dont certains moments de sa vie sont controversé (encore aujourd'hui, il y a pleins de débats sur qui a vraiment fait quoi dans le duo Lee-Kirby). Cela dit, je n'ai pas trop aimé comment Scioli semble facilement croire tout ce que Joe Simon dit alors que tout comme Stan Lee, Simon avait tendance à jouer avec la vérité et à exagérer son rôle de créateur dans les années du duo Kirby-Simon. Je prends donc tout ce qu'il dit, notamment la scène qui explique pourquoi lui et Kirby se sont fait virer de Marvel dans les années 40 et la raison pourquoi Kirby a décidé de détester Stan Lee pour toute sa vie avec un gros grain de sel. Au travers la vie de Kirby, on voit toute une partie de l'histoire du comics books et notamment comment tant de créateurs ont été pressé comme des citrons pour créer des personnages pour ensuite être jeté lorsqu'ils sont vieux et que des jeunes ont prit leur place. Et comme les personnages appartiennent à l'éditeur, c'est lui qui empoche tous les bénéfices. Il y a plusieurs situations vraiment révoltantes dans ce comics. Quant au dessin, je l'ai bien aimé sauf pour un détail: avant d'avoir les cheveux gris, Kirby semble continuellement être un jeune enfant de 10-12 ans. Je sais qu’il n’était pas très grand de taille, mais là il ne change pratiquement pas de tête pendant des décennies et voir un type travailler ou aller à la guerre alors qu'on dirait qu'il a à peine atteint l'âge de la puberté cela donne une impression bizarre.
Mémoires d'un garçon agité
Germain, dix ans, rédige ses mémoires à la machine à écrire en revenant sur d'importants souvenirs de son enfance, qui dissimulent peu à peu un drame plus profond. Cet album bénéficie d'une construction narrative originale et assez amusante. En se regardant lui-même comme un écrivain à l'ancienne, Germain raconte ses petites bêtises, ses maladresses et ses découvertes avec une candeur désarmante, sans toujours mesurer la portée des événements qui l'entourent, ce qui rend certains passages à la fois drôles et touchants. Chaque souvenir fonctionne comme une petite histoire indépendante, douce-amère, où l'humour et la spontanéité de l'enfance côtoient discrètement des réalités bien plus graves. Ce procédé ainsi que le dessin de Valérie Vernay m'a fait penser au Petit Nicolas de Sempé et Goscinny. On retrouve cette même simplicité apparente, ces visages expressifs et cette capacité à observer le monde à hauteur d'enfant. Mais ici, c'est un Petit Nicolas plus mélancolique, traversé par le deuil, la culpabilité et la peur de grandir. La comparaison s'arrête là, mais j'ai retrouvé cette même justesse de ton qui permet d'aborder des sujets forts avec suffisamment de légèreté pour ne jamais sombrer dans le pathos. J'ai été doucement touché au début, puis de plus en plus au fil des pages à mesure que le puzzle se reconstituait. Vincent Zabus fait preuve d'une belle sensibilité dans son écriture et parvient à évoquer des thèmes difficiles avec beaucoup de pudeur. L'émotion est bien présente, parfois même bouleversante, mais elle reste toujours accompagnée d'un léger sourire, un peu jaune parfois, qui empêche le récit de devenir écrasant. Une très belle bande dessinée, tendre, délicate et profondément humaine, qui parle du deuil et de l'enfance avec finesse et légèreté.