Un album agréable à lire – si tant est que l’on puisse parler de plaisir en lisant cette présentation d’un enfer haineux…
Les auteurs se sont solidement documentés. Ça se voit tout au long de l’album, et se vérifie avec les sources données en fin d’album (et c’était confirmé par la préface d’Annette Wieviorka).
« La Muette », c’est le nom de la cité de Drancy qui va servir, durant toute l’occupation, de « camp de transit », « stockant les Juifs raflés avant que ceux-ci ne remplissent les convois en direction des camps d’extermination en Pologne, une fois que la « Solution finale » a été précisée à Wannsee.
Encore que l’expression camp de transit soit assez floue. Car La Muette est plus qu’un avant-goût de l’enfer, elle en est une partie. En effet, nombreux sont ceux qui succombent aux mauvais traitements, affamés, fous, humiliés en permanence.
On voit bien la collaboration de la police et donc de Vichy (pour les grandes rafles, mais aussi pour la surveillance de ce camp). Je ne peux donc que me joindre aux auteurs, qui parlent d’ordures à propos de ceux qui tentent de réhabiliter Pétain et son œuvre, prétendant que celui-ci a « sauvé » les Juifs français.
On voit aussi la radicalisation des Nazis (après Wannsee) et de Laval, lorsque les rafles – et les convois vers la mort – ne concerneront plus seulement les hommes, mais aussi les femmes et les enfants.
La force de ce récit est de donner corps aux victimes. De donner à voir noms et visages, de « réhumaniser » ces personnes, qui ont été déshumanisées avant que d’être exterminées.
Le dessin est fluide, et la bichromie bleue/gris convient bien à l’atmosphère grisâtre, terne et déprimante qui domine parmi ces êtres en sursis.
Un album à lire, pour ne pas oublier ce à quoi mène l’essentialisation et le rejet de groupes stigmatisés. Ici les Juifs, mais aujourd’hui d’autres populations pourraient en être victimes.
Alors, comment est cette suite du Le Pouvoir des innocents de Brunschwig, éditée près de 20 après le premier tome du premier cycle, et dix ans après le dernier ?
Eh bien c'est une suite qui fait bien toute les liaisons de l'histoire précédente, mais surtout relie les points quant au propos sur la politique des États-Unis des années 90. On a clairement une réflexion sur les démocrates et les républicains dans ces années-là, associé à une question sur le 11 septembre qui débarque. Les références sont souvent assez clair, comme le nouveau président qui est un Bush fils à peine caricaturé, fils à papa élu sur des votes douteux et porté par une aile droite qui tente de contrer des volontés démocrates de plus en plus clair dans un programme politique social. Tout les espoirs seront anéantis dans un bain de sang lors d'un 11 septembre qui marquera le retour d'une droite conservatrice et plus dure que jamais. Le débat est désormais clos, hélas ...
La BD est donc une réflexion, dix ans après, sur l'Amérique des années 90 juste au passage à l'an 2000. On y voit pèle-mêle les aspirations d'une jeunesse des années 80, la mafia toujours aussi présente, les gens désabusés par des politiciens véreux dans lesquels plus personne ne croit ... C'est assez bien fait, on sent l'idée de retranscrire tout ça d'une façon compréhensible et surtout qui permette de faire ressentir l'impact sur le citoyen de la politique globale. Le hic, c'est que le scénario emprunte tellement de pistes qu'il n'arrive pas à réellement boucler ses arcs et que l'on sent qu'une partie reste en suspens pour la suite. Mac Arthur est peu présent alors qu'il aurait pu avoir un réel impact à la fin, Joshua devient une figure récupéré par une extrême-droite raciste mais sans que ce ne soit développé, bref on sent que Brunschwig sait qu'il fera des développements dans un troisième arc et ça se sent que tout n'est pas présenté pour être bouclé ici. Ce qui est dommage, car j'aurais aimé que le dernier tome ne soit pas uniquement (ou presque) le procès et qu'on voit comment tout ceci peut se boucler. Je dirais que la BD subit le poids de tout ce que les auteurs voulaient y mettre, sans avoir le temps de correctement traiter chaque aspect soulevé.
La BD a donc des défauts, mais je reste sur une bonne note car elle a l'avantage de parler d'une manière originale de la politique, du pouvoir et des enjeu sociaux. De même, le rythme est impeccable et elle a le bon gout de proposer des personnages attachants mais pas sans défauts. En fait, je crois que la BD est pétrit de bonnes intentions dans la narration et dans le propos, ce qui rend la lecture plaisante et laisse un bon gout dans l'ensemble. Je me demande si la contrainte de cinq tomes pour copier la première série n'aurait pas dû sauter pour aller dans une série plus longue qui aurait alors pu prendre le temps de tout traiter. En l'état, c'est une bonne suite, peut-être pas au niveau de sa première série qui arrivait à conclure l'ensemble, mais ça ne dépareille pas. Lecture recommandée !
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La Muette - Drancy, un camp aux portes de Paris
Un album agréable à lire – si tant est que l’on puisse parler de plaisir en lisant cette présentation d’un enfer haineux… Les auteurs se sont solidement documentés. Ça se voit tout au long de l’album, et se vérifie avec les sources données en fin d’album (et c’était confirmé par la préface d’Annette Wieviorka). « La Muette », c’est le nom de la cité de Drancy qui va servir, durant toute l’occupation, de « camp de transit », « stockant les Juifs raflés avant que ceux-ci ne remplissent les convois en direction des camps d’extermination en Pologne, une fois que la « Solution finale » a été précisée à Wannsee. Encore que l’expression camp de transit soit assez floue. Car La Muette est plus qu’un avant-goût de l’enfer, elle en est une partie. En effet, nombreux sont ceux qui succombent aux mauvais traitements, affamés, fous, humiliés en permanence. On voit bien la collaboration de la police et donc de Vichy (pour les grandes rafles, mais aussi pour la surveillance de ce camp). Je ne peux donc que me joindre aux auteurs, qui parlent d’ordures à propos de ceux qui tentent de réhabiliter Pétain et son œuvre, prétendant que celui-ci a « sauvé » les Juifs français. On voit aussi la radicalisation des Nazis (après Wannsee) et de Laval, lorsque les rafles – et les convois vers la mort – ne concerneront plus seulement les hommes, mais aussi les femmes et les enfants. La force de ce récit est de donner corps aux victimes. De donner à voir noms et visages, de « réhumaniser » ces personnes, qui ont été déshumanisées avant que d’être exterminées. Le dessin est fluide, et la bichromie bleue/gris convient bien à l’atmosphère grisâtre, terne et déprimante qui domine parmi ces êtres en sursis. Un album à lire, pour ne pas oublier ce à quoi mène l’essentialisation et le rejet de groupes stigmatisés. Ici les Juifs, mais aujourd’hui d’autres populations pourraient en être victimes.
Car l'enfer est ici (Le Pouvoir des innocents - cycle 2)
Alors, comment est cette suite du Le Pouvoir des innocents de Brunschwig, éditée près de 20 après le premier tome du premier cycle, et dix ans après le dernier ? Eh bien c'est une suite qui fait bien toute les liaisons de l'histoire précédente, mais surtout relie les points quant au propos sur la politique des États-Unis des années 90. On a clairement une réflexion sur les démocrates et les républicains dans ces années-là, associé à une question sur le 11 septembre qui débarque. Les références sont souvent assez clair, comme le nouveau président qui est un Bush fils à peine caricaturé, fils à papa élu sur des votes douteux et porté par une aile droite qui tente de contrer des volontés démocrates de plus en plus clair dans un programme politique social. Tout les espoirs seront anéantis dans un bain de sang lors d'un 11 septembre qui marquera le retour d'une droite conservatrice et plus dure que jamais. Le débat est désormais clos, hélas ... La BD est donc une réflexion, dix ans après, sur l'Amérique des années 90 juste au passage à l'an 2000. On y voit pèle-mêle les aspirations d'une jeunesse des années 80, la mafia toujours aussi présente, les gens désabusés par des politiciens véreux dans lesquels plus personne ne croit ... C'est assez bien fait, on sent l'idée de retranscrire tout ça d'une façon compréhensible et surtout qui permette de faire ressentir l'impact sur le citoyen de la politique globale. Le hic, c'est que le scénario emprunte tellement de pistes qu'il n'arrive pas à réellement boucler ses arcs et que l'on sent qu'une partie reste en suspens pour la suite. Mac Arthur est peu présent alors qu'il aurait pu avoir un réel impact à la fin, Joshua devient une figure récupéré par une extrême-droite raciste mais sans que ce ne soit développé, bref on sent que Brunschwig sait qu'il fera des développements dans un troisième arc et ça se sent que tout n'est pas présenté pour être bouclé ici. Ce qui est dommage, car j'aurais aimé que le dernier tome ne soit pas uniquement (ou presque) le procès et qu'on voit comment tout ceci peut se boucler. Je dirais que la BD subit le poids de tout ce que les auteurs voulaient y mettre, sans avoir le temps de correctement traiter chaque aspect soulevé. La BD a donc des défauts, mais je reste sur une bonne note car elle a l'avantage de parler d'une manière originale de la politique, du pouvoir et des enjeu sociaux. De même, le rythme est impeccable et elle a le bon gout de proposer des personnages attachants mais pas sans défauts. En fait, je crois que la BD est pétrit de bonnes intentions dans la narration et dans le propos, ce qui rend la lecture plaisante et laisse un bon gout dans l'ensemble. Je me demande si la contrainte de cinq tomes pour copier la première série n'aurait pas dû sauter pour aller dans une série plus longue qui aurait alors pu prendre le temps de tout traiter. En l'état, c'est une bonne suite, peut-être pas au niveau de sa première série qui arrivait à conclure l'ensemble, mais ça ne dépareille pas. Lecture recommandée !