C'est mieux !
Après une première album honorable et un second qui a assez mal vieilli. Christin et Bilal concluent leur trilogie fantastique par un album ambitieux sur le fond.
Exit l'humour à la papa, le ton est plus mélancolique, certaines séquences narratives préparent déja Partie de chasse, sommet de leur collaboration.
Leur vision de l'utopie sociale est cependant très caricaturale et datée.
Au dessin, beaucoup de ton de gris mais c'est l'histoire qui veut ça. La mise en page se veut plus recherchée et révèle les ambitions artistiques ultérieures du duo.
La quête initiatique c'est un peu la formule de base d'un récit qui s'adresse à la jeunesse (même si, in fine, cela reste pertinent pour tout âge). La formule est simple, connue et a déjà été interprétée et réinterprétée de mille et une façons.
Ici, on ne va pas révolutionner la formule, elle a fait ses preuves et reste toujours fiable, mais on va l'enrober dans une forme qui lui rajoute de la saveur.
On va commencer par le dessin, ce qui m'a attiré en premier vers cet adorable diptyque, aux traits simples et aux couleurs bariolées. Enrique Fernandez a un coup de crayon que je trouve parfaitement charmant et ici il donne une jolie atmosphère douce et rêveuse à toute cette histoire. Par ailleurs, même si le trait est simple, il n'en est pas pour autant simpliste et la plupart des cases fourmillent de petits détails, jouant avec les perspectives hasardeuses et les objets à foison (un grand merci à Wolp le loup multiplicateur pour son aide).
Ensuite/enfin/surtout, il y a l'histoire en elle-même. Oh, elle n'est pas révolutionnaire, encore une fois, elle est même quasi-explicitement initiée et dirigée par un marteau McGuffin qui guide notoirement des personnes choisies au hasard vers leur destinée - autant vous dire que le scénario est cousu de fil blanc. Mais pourtant l'histoire fait chaud au cœur, touche, parvient à transmettre un message sur les relations que l'on forge avec les autres, sur l'attache, sur les peurs, sur la place que l'on prend dans le monde aussi, le tout dans un sentiment de douceur et de rêverie proche d'un conte.
Si l'histoire se démarque un peu ici, c'est par son casting. Le marteau a beau avoir posé son dévolu sur une petite fille c'est bien tout une troupe l'accompagnant que l'on va suivre et apprendre à connaître. Qu'il s'agisse de l'héroïne solitaire, de l'archer avec des problèmes d'estime personnelle ou encore de la fée tristoune récemment sortie de sa prison, nous allons suivre un groupe de personnages nombreux, variés, mais toujours aussi attachants (même l'insupportable et narcissique Capitaine parvient à être amusant par son idiotie).
Un bémol ? Un petit, oui. Pas grand chose, mais un petit détail de rien du tout qui m'a légèrement chiffonnée : la conclusion de la relation entre Gara et l'archer. Qu'iels aient un coup de foudre n'est pas un problème (c'est un conte, si on accepte les dragons on accepte l'amour immédiat), qu'iels finissent ensemble non plus (au contraire leur relation, sans être extrêmement complexe, est tout à fait mignonne), mais que le tout se termine un peu maladroitement par le fait que Gara se tourne vers une vie bien rangée et décide enfin d'avoir un bébé est… maladroit ?
Entendons-nous, sans être explicite (tout du moins jusqu'à la toute fin), sa peur des autres et sa relation complexe avec les enfants étaient présents dès le début de sa caractérisation, c'est même ce qui rend son attache rapide avec Melina très intéressante, mais comme il s'agit ici d'un récit choral de seulement deux tomes et que cet aspect a à peine été survolé auparavant il est un peu bizarre d'avoir très soudainement à la fin un discours sur sa peur d'avoir un enfant et le fait qu'elle va ranger ses armes et aller fonder une famille avec l'archer à la toute fin. Je ne cherche pas à faire un discours idiot sur le fait que "la famille et les bébés sont le boulet et les chaînes de la femme", encore une fois son rapport avec les autres et l'enfance rendent le tout intéressant par rapport à Gara, mais voir un personnage de femme forte et aventureuse passer littéralement de l'aventurière endurcie à la femme au foyer en quelques pages finales m'a paru… maladroit.
En fait, c'est surtout un problème d'exécution. Un problème d'exécution de rien du tout en plus, une broutille, un chipotage. Et au final je trouve tout de même la conclusion de ces deux personnages bien trouvée, juste mal amenée.
Une œuvre jeunesse simple, adorable et fort agréable à lire.
Un coup de cœur pour ma part.
L’auteur nous présente ici un récit autobiographique, qui ressemble parfois à un journal intime livré au lecteur, tout en gardant pour le diariste un aspect « mise au point », un petit quelque chose de testamentaire.
C’est assez décousu, parfois un peu verbeux. Mais la lecture est quand même très agréable. Aussi apaisante que le ton employé, avec la volonté de l’auteur de revenir aux sources – qu’elles soient familiales ou plus généralement humaines.
Car Harambat a racheté et retape une ferme et ses dépendances, près de ses attaches familiales. Il nous montre par moult détails comment il agence sa nouvelle vie, en symbiose avec la nature et son rythme. Un rythme lent, dégagé des contingences de la société moderne – mais le rythme du récit n’ennuie jamais le lecteur.
Et j’avoue que les messages passés par Harambat sont hautement louables. Même si je n’ai pas fait les mêmes choix, les siens sont en accord avec pas mal de mes idées.
Une lecture plaisante, apaisante, bucolique, un peu contemplative (dans la lignée du « Walden » de Thoreau, ou d’autres auteurs naturalistes américains, ou des écrits d’Elisée Reclus).
Note réelle 3,5/5.
Je ne connaissais pas cette artiste et cela a éveillé beaucoup ma curiosité. Je connaissais déjà d’autres séries de Robin Walter, notamment Maria et Salazar, et j’avais une bonne impression de son travail. Ici, il mène une enquête sur la vie de son arrière-grand-tante, ses réalisations, les défis et les difficultés qu’elle a rencontrés en tant que femme et artiste. Mais c’est aussi toute sa famille et ses ancêtres qui sont convoqués dans ce travail de remémoration.
Au niveau du dessin, j’apprécie le trait épais qui dessine les figures et définit les expressions. Parmi ce que j’ai le plus aimé, il y a aussi la colorisation et le dialogue pictural entre les styles de Walter et ceux de sa «tante Suzanne». Les tableaux reproduits sont très beaux, surtout ceux du nord de l’Afrique avec leurs couleurs chaudes. Ils m’ont fait penser à d’autres artistes appelés « orientalistes ». En conclusion, cela vaut la peine de découvrir et je recommande la lecture.
En voilà une bonne surprise de brocante. Je l'avoue, d'habitude et de prime abord, je ne suis pas très attiré par les bds inconnues que j'identifie comme anciennes, avant les années 90- 2000 quoi (bouh le jeune). Alors bien sûr il y a plein de bds anciennes que j'aime bien, mais je les découvre rarement comme ça, à la pioche.
Mais là, le gars m'a dit "ah mais si vous aimez "Torpedo" (j'aime effectivement bien Torpedo), essayez "Kraken", c'est le même dessinateur et c'est vraiment super." J'ai écouté le monsieur, et je suis d'accord, c'est vraiment super.
Bon, déjà, j'adore le dessin. Rien a dire de plus, c'est juste super, autant les tronches des personnages que les décors absolument étouffants, crasseux, déprimants. Ce dessin sert a merveille un scénario pas si original, avec même une narration parfois un peu lourde, mais diablement efficace. Segura manie le suspense a la perfection, on ne sait jamais trop comment l'histoire va finir, jamais trop où l'auteur veut nous emmener. La tension est palpable, retranscrite a la perfection. J'ai eu l'impression d'être embarqué dans les aventures de lieutenant Dante, dans ces égouts diaboliques.
J'ai beaucoup aimé la présence invisible du Kraken, qu'on ne voit quasiment pas, qui n'est pas présent a chaque fois mais qui rajoute a cette touffeur, a cette angoisse. Le fait que l'on ne suive qu'un seul héros et que ses acolytes finissent toujours mal rajoute aussi a cette atmosphère qui fait tout le sel et le charme de cette bd. Une série B oui, mais une excellente série B.
Maintenant, il ne me reste qu'à faire plus confiance aux vieilles bds ; pardon, aux bds plus anciennes. En me référant aux avis précédents, j'ai bien l'impression qu'il faut que je me jette sur Hombre. Et j'ai l'intégrale de L'Empire de Trigan a la maison. Bon, ça, j'avoue que ça ne me vend absolument pas du rêve, et je sais évidemment qu'on ne peut pas comparer des bds juste sur leur date de parution. Mais cette lecture de Kraken m'a fait un bon rappel : devant le rythme de parution effréné des nouveautés, parfois, c'est aussi bien de regarder un peu derrière pour découvrir des petites pépites. Et cette bd en est une !
Avec Flash Gordon, Luc Orient a été ma première série de science-fiction, encore avant Valérian. Greg a ressenti le besoin d’une série SF dans le Journal Tintin et je pense qu’il a été très heureux de choisir Eddy Paape pour la dessiner. Le dessin de Paape a évolué au fil de la série : du plus classique et contenu au plus libre et parfois même un peu déformé à la fin.
Le groupe de protagonistes, chercheurs basés au laboratoire Eurocristal 1, Luc Orient, Lora Jordan, le Prof. Hugo Kala et Toba, le serviteur indien, jouent tous leur rôle fondamental dans la dynamique des aventures. C'est vraiment Toba qui sauve la situation parfois, comme quand il lance le couteau Kris qui met fin à la vie du Maitre de Terango.
Même aujourd’hui j’adore le cycle de Terango, les vilains Sectan et Julius Argos sont des ennemis redoutables ! J'admire l'amitié et le respect entre Luc Orient et Galax-Haj, leur entraide pendant tous les défis et combats. Surtout sur la Planète de l’Angoisse et dans la Forêt d’Acier, les armes et les confrontations sont inoubliables. Du poing-de-feu à la forêt d’acier, du contrôle mental aux explosifs magnétiques, tout me fascinait. J’ai jubilé le jour de la libération de Terango ! Les teranguiens, les humains, les dragons et le peuple des cîmes, tous célébrant ensemble.
J'aime aussi beaucoup certaines aventures indépendantes des principaux cycles, comme Le Secret des Sept Lumières ou le Cratère des Sortilèges. De bonnes histoires de mystère, de spéculation scientifique, d'action et de crime aussi.
Le deuxième grand cycle, à partir de la Porte de Cristal, a complexifié les intrigues : au-delà des voyages dans l'espace, il y a aussi dans le temps et les mondes paralléles ! Des soldats romains et napoléoniens, un physicien de l'ére des Lumiéres, de nouvelles races extraterrestres (les Dartz), la recherche d'un foyer où tous pourraient vivre. La planète qu'ils atteignent dans Le Rivage de La Fureur est dominée par de puissantes guerrières et leur imposante reine. Comment dire... ça me touche encore à certains niveaux.
Greg a laissé des intrigues inachevées, Paape a commencé à les dessiner. Un retour à Terangópolis dans l'histoire intitulée « Le Mur »... Tout se finit un jour, même l'espace et le temps.
P.S. à un certain moment, j'ai commencé à soupçonner que la relation entre Luc et la belle Lora n'était pas purement professionnelle. Regardez leur aisance, avec des vêtements réduits, dans la chambre à coucher, au début de La Légion des Anges Maudits.
Je n'ai jamais lu Les Trois mousquetaires. Tout ce que j'en sais vient des vagues souvenirs que j'ai d'avoir regardé des épisodes d'Albert le Cinquième Mousquetaire et la légendaire adaptation cinématographique de 2011 quand j'étais plus jeune (autant dire que je part avec des connaissances solides de l'univers et de ses personnages).
Bon, en vrai , je tire le trait, l’œuvre est suffisamment référencée et parodiée pour que j'en connaisse les grandes lignes, les enjeux et les acteurs principaux, à commencer par Milady de Winter, femme d'intrigue, de complot et de meurtres, âme damnée notoire et sorte de figure de proue de l'archétype de la femme fatale dans les récits de Cape et d'Épée. Ayant toujours eu un faible pour les personnages manipulateurs et fourbes au passé et aux motivations complexes, d'autant plus lorsqu'il s'agit de personnages féminin, forcément j'ai de l'attache pour ce personnage.
Alors, même si je ne connais pas parfaitement l’œuvre d'origine, qu'ai-je donc pensé de cette réécriture centrée sur son personnage le plus intéressant à mes yeux ?
C'est du bon. Du très bon. Pas parfait, mais indubitablement de très bonne facture.
Ici, on va essayer de mettre en avant le point de vue féminin au milieu de toutes ces histoires de pouvoirs, de guerres et de complots pourtant bien trop souvent régis par les humeurs masculines. On met en avant le caractère cruel et nauséabond du comportement masculin et patriarcal typique de cette époque, les viols trop souvent glissés sous le tapis, les abus de pouvoirs sur "le sexe faible", la violence gratuite et exacerbée (et presque inconsciente par ailleurs), … bref, les hommes sont ici bien loin de l'image du noble héros chaste et respectueux (si ce n'est quelques trop rares exceptions).
Les femmes sont elles pour autant réduites à des images de victimes éternelles, écrasées par un système qui ne leur laisse aucune chance ? Non. Elles peuvent se montrer tout aussi cruelles, au delà même de notre anti-héroïne éponyme, jouant du pouvoir qu'elles arrivent à grappiller mais ne l'utilisant pas pour autant de manière juste et noble. On suit une histoire de complots, de coups en traître et de meurtres en série, on nous rappelle donc qu'à part de très rares cas de victimes retrouvées là-dedans par malheur, nous suivons surtout un ramassis de personnes assez immorales.
L'idée de suivre ici Lady de Winter dans sa quête de vengeance, en se concentrant sur son passé, sa situation et surtout l'image qu'elle renvoi aux autres et qu'elle se renvoi à elle-même est une idée très bien trouvée. On ne se concentre pas sur une figure "monstrueuse", au contraire, on l'humanise, on montre bien tout ce qu'elle a subit, toutes les souffrances qu'elle a vécues et il est d'autant plus tragique de la voir échouer de manière répétée à enfin reprendre le contrôle de sa vie et, au bout du compte, la voir continuellement choisir les manières les plus immorales et cruelles d'obtenir du pouvoir, de se rapprocher d'une forme de vengeance libératrice. On n'excuse pas ses actes, on les recontextualise.
On s'éloigne de l'image de la femme vénale et cruelle, assoiffée de pouvoir, et on en fait une véritable héroïne de tragédie, une anti-héroïne dont nous ne pouvons que constater la lente et interminable chute.
Un petit mot pour parler du dessin d'Agnès Maupré, que j'aime appelé "joliment tremblotant", qui parvient à être léger, fluide dans les mouvements, tout en se permettant de beaux détails et ombrages dans de nombreuses cases et, surtout, un travail des expressions que je trouve tout à fait charmant.
Des points noirs à la lecture ? Allez, un petit pour la route.
Je regrette que le tout ne soit au final pas plus… détaillé. Qu'il y ait pas plus de cette histoire en fait. Je me doute que, devant suivre la trame de l’œuvre originale il n'était pas possible d'extrapoler plus que de raison, mais j'ai trouvé l'idée tellement sympathique et le personnage principal si intéressant et complexe dans sa psychée que je n'aurait pas bouder de voir tout ça plus étoffé. Particulièrement en ce qui concerne sa relation compliquée avec son fils, son rapprochement émotionnel désespéré avec Constance ou encore ses quelques attachements passés avec son second mari et le Comte de Wardes. En fait j'aurais aimé voir le sujet de son isolement émotionnel et le parallèle avec sa chute un peu plus détaillé je crois.
Un reproche sans doute idiot, après tout.
En tout cas l'album (car oui, dans mon cas, c'est l'intégrale que je possède) offre une lecture on ne peut plus intéressante.
(Note réelle 3,5)
J'adore cette histoire de De Crécy. Les dessins sont époustouflants, dans son style un peu croquis inachevé, improvisé, où les traits se mêlent aux couleurs de manière absolument originale. Les paysages urbains sont impressionnants.
J’admire l’absence totale de mots : la bande dessinée, comme le cinéma, est un art séquentiel (expression de W. Eisner) et, parfois, il fait du bien de se reposer de tant de bavardage.
Je crois avoir compris l’histoire et son message basique : crime et châtiment à travers un ectoplasme (prosopopée, personnification) très particulier, dérangeant mais aussi drôle, d'une manière un peu perverse. Cependant, une autre chose que j’aime beaucoup chez cet auteur est l’ouverture à plusieurs interprétations possibles, à différents niveaux de lecture.
Quand j’ai recommandé et prêté le livre à plusieurs amis… j’ai eu l’impression qu’ils se mirent à me regarder comme une sorte d’extraterrestre…
C'est une belle surprise, cet album de Spirou, Fantasio et Spip. Complètement esthétique des années 50, dans les voitures, la mode féminine, les décors, ce livre est un objet très attirant. Bien que présentées comme « époustouflantes », les quatre histoires sont simples, amusantes et un peu naïves. Les dessins d'Al (Alec Séverin) s'inspirent principalement du Spirou de Jijé et touchent toute la gamme de la nostalgie.
Ils arrivent quand les fameux contrats ?
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Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2026. Il est l’œuvre de Marie Baudet pour le scénario, les dessins et les couleurs. Il comprend cent-sept planches de bande dessinée. Cette autrice a également réalisé L'Amour, après (2023) avec Baptiste Sornin, et Criticopolis (2026).
Le Balto, un bar de village faisant face à une boutique de location de skis, tous deux noyés dans la brume au milieu des montagnes. Dans le bar, à la radio, Billy Idol, le morceau Eyes without a face. Un homme moustachu nettoie la tireuse à bière tandis qu’une main tenant un verre de scotch vide vient taper sur le comptoir. Le client aux lunettes de soleil indique qu’il souhaite le double. Cela ne provoque aucune réaction de la part des quelques habitués présents. Puis dehors devant le bar, assis dans sa voiture, porte ouverte, l’homme dit au téléphone à sa mère, qu’il est pris dans les embouteillages et aura du retard, qu’ils peuvent commencer sans lui. Ensuite Sylvain Fardot envoie un message à son agent Jean-Louis disant que suite à l’éviction il a besoin de faire un break. Il reprend alors la conduite sur une route de moyenne montagne, traversant une forêt de sapins, avec les monts enneigés dans la perspective. Dans leur maison, la mère et le père sont installés sur le canapé en train de regarder la télé, pendant que leur fille fait des étirements derrière, avec sa propre fille en train de jouer avec des cubes. Tout en caressant son chien, la mère annonce à sa fille que Sylvain arrive, qu’il a eu des bouchons à Lourdes apparemment. Stéphanie Fardot rétorque du tac au tac qu’il est toujours à faire son intéressant : gna gna gna il vit à Paris, Gna gna gna son burnout, Gna gna gna, ses graines de chia, déjà petit il avait fait exprès d’être gaucher. Ses parents lui demandent de se taire et de les laisser regarder leur jeu. Elle continue : s’il lui refait le coup de l’éducation positive, elle lui en colle une.
Sylvain Fardot entre dans la pièce avec une valise à la main droite et un sac dans l’autre. Sa mère l’accueille avec le surnom de Bichon maltais, sa sœur en pointant du doigt qu’il fait son intéressant. Sa mère observe qu’il fait une drôle de tête. Il explique que la production a fait mourir son personnage dans un crash d’avion au triangle des Bermudes. Il ajoute qu’il croit que cette fois-ci, il est vraiment viré de la série pour de bon. Il répond à sa mère qu’il a pris trois comprimés d’Euphytose pour se calmer. Sa mère demande au père d’apporter le Xanax pour leur fils, et elle le réconforte en lui disant qu’elle va lui faire un bon chocolat chaud. Quelques temps plus tard, il est affalé sur le canapé avec un paquet de gâteaux à portée de main, et le Télé Poche qui titre : Sylvain Fardot, évincé de la série Un si beau bonheur. Sa sœur est en train de passer l’aspirateur et elle lui demande de bouger. Il se lève agacé en lui disant qu’il la laisse faire ses petites affaires. Elle lui rétorque qu’avec ce genre de remarques, il est gonflé d’aller parler de charge mentale sur les plateaux TV. Il lui rappelle qu’elle sait très bien que depuis son burnout d’il y a deux ans, il a des séquelles, il est en incapacité motrice de faire le ménage.
Le lecteur identifie sans peine la référence du titre : la chanson Eyes without a face, écrite et interprété par Billy Idol, coécrite par Steve Stevens, extraite de l’album Rebel Yell sorti en 1984, inspirée par le film Les yeux sans visage (1960) réalisé par Georges Franju (1912-1987). S’il a lu le précédent album de la bédéaste, il retrouve ce parti pris qui peut déconcerter au début : dessiner des visages dépourvus de traits, c’est-à-dire sans bouche, sans nez, et sans yeux, finalement le contraire du titre de la chanson, plutôt des visages sans yeux. En fonction de sa sensibilité propre, il peut trouver que cet artifice met les personnages à distance, puisque leur visage n’exprime rien, faute de traits. Ou au contraire que ce mode de représentation rend visible le fait qu’on ne sait jamais vraiment ce que pense autrui. Parmi les présupposés de l’existence qu’il n’est pas possible de vérifier, se trouve celui qui veut que dans l’esprit de chaque être humain se déroule une vie intérieure similaire à la sienne, que chaque individu fonctionne sur le principe de pensées personnelles, de mécanismes de réflexion, de mémoire, de sensations et d’émotions. Que ces principes sont universels à l’échelle de l’humanité, avec des degrés plus ou moins prononcés pour l’un ou l’autre en fonction de sa biologie et de son histoire personnelle, tout en étant bel et bien présent, au cœur du fonctionnement de chaque esprit.
Deuxième caractéristique prononcée de ce récit : la rapidité de sa lecture. Il se passe peu de choses, les événements relèvent d’une grande banalité, il y a peu de personnages, et sa dynamique repose sur la crise personnelle de cet acteur qui n’a plus d’emploi après la mort du personnage qu’il incarnait dans une série. D’un côté, le lecteur ressent un minimum de compassion pour la détresse de cet individu ; de l’autre côté il se donne des airs qui le rendent imbuvable. La scénariste joue avec le présupposé classique qui veut que le personnage principal soit le héros du récit, pas forcément un individu courageux ou costaud ou méritoire, mais une personne qui inspire la sympathie d’une manière ou d’une autre. Or le lecteur le regarde agir, comment il se comporte, et… Dans la première séquence, celle dans le bar, les dessins transcrivent la sensation de décalage : cet individu avec ses lunettes de soleil et son long manteau avec col en moumoute, par rapport à des petits rien comme le torchon blanc avec des bandes rouges, les pulls de montagne, les réclames sans âge, le magnétophone à cassette pour diffuser la musique, les habitués en train de taper le carton. Il y a un décalage. Sylvain semble dramatiser la situation en tapant son verre sur le comptoir, en répétant par trois fois un juron à haute voix, en se retournant pour jeter un coup d’œil à la salle. Le lecteur hésite entre un mal-être intense, et une façon maladroite d’essayer d’attirer l’attention. Le dessin en pleine page dans lequel Sylvain s’encadre dans la porte d’entrée et marque une pause, entretient le doute, en comparaison avec la banalité peut-être affligeante, en tout cas authentique, du comportement des parents, des personnes âgées, et de sa sœur. La mention de trois comprimés d’Euphytose établit clairement le degré de déprime, avec une dérision patente.
La dessinatrice sait ainsi donner des informations claires par le comportement et le langage corporel des personnages, à commencer par Sylvain. Son allure mollassonne, sa propension à rechercher et retrouver des sensations douillettes comme se vautrer dans le canapé, se mettre sous la couette pour manger des Chocapic dans un bol à son nom en regardant le clip de la chanson, se promener sans hâte dans un chemin de forêt, regarder par la fenêtre pour laisser son regard se perdre, contempler le lent mouvement des bulles dans une lampe à lave, s’enfermer dans la salle de bains, se remettre sous la couette, etc. À la vue de ces comportements, le lecteur ressent toute la déprime qui l’habite. La narration visuelle raconte également les réactions des personnes qu’il côtoie, et montre les différents environnements. En surface, les dessins semblent doux, simplifiés, superficiels, un peu comme vu par les yeux d’un personnage anesthésié par sa déprime. Toutefois, le lecteur ressent les bienfaits du dépaysement, de la balade : l’arrêt dans un troquet banal où on est sûr de ce qu’on y trouvera, la sensation des grands sapins et de la balade en montagne, la présence immuable des sommets enneigés, le sanctuaire inviolable de la salle de bains, le caractère impersonnel et fonctionnel des allées d’un supermarché, etc. L’artiste sait rendre avec force et conviction la familiarité de ces lieux, leur caractère pérenne et rassurant.
D’un côté, le lecteur ne parvient pas à réprimer son investissement émotionnel initial dans le personnage principal, un pur réflexe pavlovien généré par les habitudes de la bande dessinée. De l’autre côté… Ce petit regard en arrière dans la salle du bistrot… Ce moment de pose dans l’embrasure de la porte de la maison de ses parents… Ces lunettes de soleil en permanence… Cette nouvelle coiffure à la Billy Idol, ce futal en cuir, ces conversations maniérées et artificielles avec son agent, sa boucle d’oreille, etc. Et même ce patronyme : Fardot… Pour Fardeau ? Sylvain est un acteur, c’est son métier, comme une seconde peau. Il accuse le coup de la suppression de son personnage dans la série télé, de son licenciement, et il cherche une suite, à créer le prochain épisode de sa vie. Les deux premiers couplets de la chanson de Billy Idol semblent décrire sa situation dans la vie à ce moment : sans plus d’espoir, un mauvais rêve de plus pourrait le faire chuter, il est facile de tromper, de taquiner, difficile de se libérer, il a passé tellement de temps à croire à tous ces mensonges, pour faire perdurer le rêve, maintenant, ça le rend triste, ça le met en colère contre la vérité pour avoir aimé ce qu’il était. L’autrice semble sans pitié envers Sylvain : un être humain en manque de reconnaissance par les autres, cherchant à retrouver sa place sous les lumières du spectacle, à bénéficier d’un autre quart d’heure de gloire, à se faire remarquer par n’importe quel artifice à sa portée… pourvu que ce ne soit pas trop fatiguant, plutôt dans l’apparence que dans l’effort, comme en atteste son projet de livre abandonné après l’écriture de quatre phrases. Certes, la souffrance de l’acteur est bien réelle, mais son degré de fainéantise, son manque de gratitude pour sa famille, son objectif unique d’être reconnu ou remarqué, tout va dans le même sens, celui du jugement que l’autrice porte sur lui. Et puis, il surjoue très mal son propre rôle, avec une théâtralité de pacotille, une forme égocentrisme qui neutralise toute empathie, qui le rend aveugle à la situation d’autrui, comme si les autres n’étaient pour lui que de mauvais acteurs dans sa propre vie, à peine des figurants bon marché le tirant vers le bas, vers leur insignifiance.
Des dessins très faciles à lire, des pages qui se tournent rapidement, une forme de vacuité dans l’intrigue, et un personnage au comportement irritant particulièrement égocentré, autant de caractéristiques de surface qui font que le lecteur ressort avec un sentiment peut-être mitigé. Dans le même temps, une justesse et une sensibilité parfaites pour dresser le portrait de cet acteur dont le personnage vient de mourir dans la série télé. Une banalité des lieux à la plausibilité peu commune, tout en conservant leur caractère et les sensations qu’ils procurent, un personnage énigmatique avec ses lunettes de soleil et son absence de traits du visage, et en même temps un comportement et des attitudes des plus éloquents. Le lecteur ressent pleinement son état émotionnel, son objectif et sa manière bien à lui pour y arriver en tant que partisan du moindre effort. Le lecteur reconnaît bien cette tentation d’estimer que le monde lui doit quelque chose, une forme de reconnaissance de son mérite d’exister, de ses qualités. Familier.
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C'est mieux ! Après une première album honorable et un second qui a assez mal vieilli. Christin et Bilal concluent leur trilogie fantastique par un album ambitieux sur le fond. Exit l'humour à la papa, le ton est plus mélancolique, certaines séquences narratives préparent déja Partie de chasse, sommet de leur collaboration. Leur vision de l'utopie sociale est cependant très caricaturale et datée. Au dessin, beaucoup de ton de gris mais c'est l'histoire qui veut ça. La mise en page se veut plus recherchée et révèle les ambitions artistiques ultérieures du duo.
Hammerdam
La quête initiatique c'est un peu la formule de base d'un récit qui s'adresse à la jeunesse (même si, in fine, cela reste pertinent pour tout âge). La formule est simple, connue et a déjà été interprétée et réinterprétée de mille et une façons. Ici, on ne va pas révolutionner la formule, elle a fait ses preuves et reste toujours fiable, mais on va l'enrober dans une forme qui lui rajoute de la saveur. On va commencer par le dessin, ce qui m'a attiré en premier vers cet adorable diptyque, aux traits simples et aux couleurs bariolées. Enrique Fernandez a un coup de crayon que je trouve parfaitement charmant et ici il donne une jolie atmosphère douce et rêveuse à toute cette histoire. Par ailleurs, même si le trait est simple, il n'en est pas pour autant simpliste et la plupart des cases fourmillent de petits détails, jouant avec les perspectives hasardeuses et les objets à foison (un grand merci à Wolp le loup multiplicateur pour son aide). Ensuite/enfin/surtout, il y a l'histoire en elle-même. Oh, elle n'est pas révolutionnaire, encore une fois, elle est même quasi-explicitement initiée et dirigée par un marteau McGuffin qui guide notoirement des personnes choisies au hasard vers leur destinée - autant vous dire que le scénario est cousu de fil blanc. Mais pourtant l'histoire fait chaud au cœur, touche, parvient à transmettre un message sur les relations que l'on forge avec les autres, sur l'attache, sur les peurs, sur la place que l'on prend dans le monde aussi, le tout dans un sentiment de douceur et de rêverie proche d'un conte. Si l'histoire se démarque un peu ici, c'est par son casting. Le marteau a beau avoir posé son dévolu sur une petite fille c'est bien tout une troupe l'accompagnant que l'on va suivre et apprendre à connaître. Qu'il s'agisse de l'héroïne solitaire, de l'archer avec des problèmes d'estime personnelle ou encore de la fée tristoune récemment sortie de sa prison, nous allons suivre un groupe de personnages nombreux, variés, mais toujours aussi attachants (même l'insupportable et narcissique Capitaine parvient à être amusant par son idiotie). Un bémol ? Un petit, oui. Pas grand chose, mais un petit détail de rien du tout qui m'a légèrement chiffonnée : la conclusion de la relation entre Gara et l'archer. Qu'iels aient un coup de foudre n'est pas un problème (c'est un conte, si on accepte les dragons on accepte l'amour immédiat), qu'iels finissent ensemble non plus (au contraire leur relation, sans être extrêmement complexe, est tout à fait mignonne), mais que le tout se termine un peu maladroitement par le fait que Gara se tourne vers une vie bien rangée et décide enfin d'avoir un bébé est… maladroit ? Entendons-nous, sans être explicite (tout du moins jusqu'à la toute fin), sa peur des autres et sa relation complexe avec les enfants étaient présents dès le début de sa caractérisation, c'est même ce qui rend son attache rapide avec Melina très intéressante, mais comme il s'agit ici d'un récit choral de seulement deux tomes et que cet aspect a à peine été survolé auparavant il est un peu bizarre d'avoir très soudainement à la fin un discours sur sa peur d'avoir un enfant et le fait qu'elle va ranger ses armes et aller fonder une famille avec l'archer à la toute fin. Je ne cherche pas à faire un discours idiot sur le fait que "la famille et les bébés sont le boulet et les chaînes de la femme", encore une fois son rapport avec les autres et l'enfance rendent le tout intéressant par rapport à Gara, mais voir un personnage de femme forte et aventureuse passer littéralement de l'aventurière endurcie à la femme au foyer en quelques pages finales m'a paru… maladroit. En fait, c'est surtout un problème d'exécution. Un problème d'exécution de rien du tout en plus, une broutille, un chipotage. Et au final je trouve tout de même la conclusion de ces deux personnages bien trouvée, juste mal amenée. Une œuvre jeunesse simple, adorable et fort agréable à lire. Un coup de cœur pour ma part.
J'ai toujours rêvé d'être un fermier
L’auteur nous présente ici un récit autobiographique, qui ressemble parfois à un journal intime livré au lecteur, tout en gardant pour le diariste un aspect « mise au point », un petit quelque chose de testamentaire. C’est assez décousu, parfois un peu verbeux. Mais la lecture est quand même très agréable. Aussi apaisante que le ton employé, avec la volonté de l’auteur de revenir aux sources – qu’elles soient familiales ou plus généralement humaines. Car Harambat a racheté et retape une ferme et ses dépendances, près de ses attaches familiales. Il nous montre par moult détails comment il agence sa nouvelle vie, en symbiose avec la nature et son rythme. Un rythme lent, dégagé des contingences de la société moderne – mais le rythme du récit n’ennuie jamais le lecteur. Et j’avoue que les messages passés par Harambat sont hautement louables. Même si je n’ai pas fait les mêmes choix, les siens sont en accord avec pas mal de mes idées. Une lecture plaisante, apaisante, bucolique, un peu contemplative (dans la lignée du « Walden » de Thoreau, ou d’autres auteurs naturalistes américains, ou des écrits d’Elisée Reclus). Note réelle 3,5/5.
Tante Suzanne - Peintre Orientaliste, pionnière des Beaux-arts
Je ne connaissais pas cette artiste et cela a éveillé beaucoup ma curiosité. Je connaissais déjà d’autres séries de Robin Walter, notamment Maria et Salazar, et j’avais une bonne impression de son travail. Ici, il mène une enquête sur la vie de son arrière-grand-tante, ses réalisations, les défis et les difficultés qu’elle a rencontrés en tant que femme et artiste. Mais c’est aussi toute sa famille et ses ancêtres qui sont convoqués dans ce travail de remémoration. Au niveau du dessin, j’apprécie le trait épais qui dessine les figures et définit les expressions. Parmi ce que j’ai le plus aimé, il y a aussi la colorisation et le dialogue pictural entre les styles de Walter et ceux de sa «tante Suzanne». Les tableaux reproduits sont très beaux, surtout ceux du nord de l’Afrique avec leurs couleurs chaudes. Ils m’ont fait penser à d’autres artistes appelés « orientalistes ». En conclusion, cela vaut la peine de découvrir et je recommande la lecture.
Kraken
En voilà une bonne surprise de brocante. Je l'avoue, d'habitude et de prime abord, je ne suis pas très attiré par les bds inconnues que j'identifie comme anciennes, avant les années 90- 2000 quoi (bouh le jeune). Alors bien sûr il y a plein de bds anciennes que j'aime bien, mais je les découvre rarement comme ça, à la pioche. Mais là, le gars m'a dit "ah mais si vous aimez "Torpedo" (j'aime effectivement bien Torpedo), essayez "Kraken", c'est le même dessinateur et c'est vraiment super." J'ai écouté le monsieur, et je suis d'accord, c'est vraiment super. Bon, déjà, j'adore le dessin. Rien a dire de plus, c'est juste super, autant les tronches des personnages que les décors absolument étouffants, crasseux, déprimants. Ce dessin sert a merveille un scénario pas si original, avec même une narration parfois un peu lourde, mais diablement efficace. Segura manie le suspense a la perfection, on ne sait jamais trop comment l'histoire va finir, jamais trop où l'auteur veut nous emmener. La tension est palpable, retranscrite a la perfection. J'ai eu l'impression d'être embarqué dans les aventures de lieutenant Dante, dans ces égouts diaboliques. J'ai beaucoup aimé la présence invisible du Kraken, qu'on ne voit quasiment pas, qui n'est pas présent a chaque fois mais qui rajoute a cette touffeur, a cette angoisse. Le fait que l'on ne suive qu'un seul héros et que ses acolytes finissent toujours mal rajoute aussi a cette atmosphère qui fait tout le sel et le charme de cette bd. Une série B oui, mais une excellente série B. Maintenant, il ne me reste qu'à faire plus confiance aux vieilles bds ; pardon, aux bds plus anciennes. En me référant aux avis précédents, j'ai bien l'impression qu'il faut que je me jette sur Hombre. Et j'ai l'intégrale de L'Empire de Trigan a la maison. Bon, ça, j'avoue que ça ne me vend absolument pas du rêve, et je sais évidemment qu'on ne peut pas comparer des bds juste sur leur date de parution. Mais cette lecture de Kraken m'a fait un bon rappel : devant le rythme de parution effréné des nouveautés, parfois, c'est aussi bien de regarder un peu derrière pour découvrir des petites pépites. Et cette bd en est une !
Luc Orient
Avec Flash Gordon, Luc Orient a été ma première série de science-fiction, encore avant Valérian. Greg a ressenti le besoin d’une série SF dans le Journal Tintin et je pense qu’il a été très heureux de choisir Eddy Paape pour la dessiner. Le dessin de Paape a évolué au fil de la série : du plus classique et contenu au plus libre et parfois même un peu déformé à la fin. Le groupe de protagonistes, chercheurs basés au laboratoire Eurocristal 1, Luc Orient, Lora Jordan, le Prof. Hugo Kala et Toba, le serviteur indien, jouent tous leur rôle fondamental dans la dynamique des aventures. C'est vraiment Toba qui sauve la situation parfois, comme quand il lance le couteau Kris qui met fin à la vie du Maitre de Terango. Même aujourd’hui j’adore le cycle de Terango, les vilains Sectan et Julius Argos sont des ennemis redoutables ! J'admire l'amitié et le respect entre Luc Orient et Galax-Haj, leur entraide pendant tous les défis et combats. Surtout sur la Planète de l’Angoisse et dans la Forêt d’Acier, les armes et les confrontations sont inoubliables. Du poing-de-feu à la forêt d’acier, du contrôle mental aux explosifs magnétiques, tout me fascinait. J’ai jubilé le jour de la libération de Terango ! Les teranguiens, les humains, les dragons et le peuple des cîmes, tous célébrant ensemble. J'aime aussi beaucoup certaines aventures indépendantes des principaux cycles, comme Le Secret des Sept Lumières ou le Cratère des Sortilèges. De bonnes histoires de mystère, de spéculation scientifique, d'action et de crime aussi. Le deuxième grand cycle, à partir de la Porte de Cristal, a complexifié les intrigues : au-delà des voyages dans l'espace, il y a aussi dans le temps et les mondes paralléles ! Des soldats romains et napoléoniens, un physicien de l'ére des Lumiéres, de nouvelles races extraterrestres (les Dartz), la recherche d'un foyer où tous pourraient vivre. La planète qu'ils atteignent dans Le Rivage de La Fureur est dominée par de puissantes guerrières et leur imposante reine. Comment dire... ça me touche encore à certains niveaux. Greg a laissé des intrigues inachevées, Paape a commencé à les dessiner. Un retour à Terangópolis dans l'histoire intitulée « Le Mur »... Tout se finit un jour, même l'espace et le temps. P.S. à un certain moment, j'ai commencé à soupçonner que la relation entre Luc et la belle Lora n'était pas purement professionnelle. Regardez leur aisance, avec des vêtements réduits, dans la chambre à coucher, au début de La Légion des Anges Maudits.
Milady de Winter
Je n'ai jamais lu Les Trois mousquetaires. Tout ce que j'en sais vient des vagues souvenirs que j'ai d'avoir regardé des épisodes d'Albert le Cinquième Mousquetaire et la légendaire adaptation cinématographique de 2011 quand j'étais plus jeune (autant dire que je part avec des connaissances solides de l'univers et de ses personnages). Bon, en vrai , je tire le trait, l’œuvre est suffisamment référencée et parodiée pour que j'en connaisse les grandes lignes, les enjeux et les acteurs principaux, à commencer par Milady de Winter, femme d'intrigue, de complot et de meurtres, âme damnée notoire et sorte de figure de proue de l'archétype de la femme fatale dans les récits de Cape et d'Épée. Ayant toujours eu un faible pour les personnages manipulateurs et fourbes au passé et aux motivations complexes, d'autant plus lorsqu'il s'agit de personnages féminin, forcément j'ai de l'attache pour ce personnage. Alors, même si je ne connais pas parfaitement l’œuvre d'origine, qu'ai-je donc pensé de cette réécriture centrée sur son personnage le plus intéressant à mes yeux ? C'est du bon. Du très bon. Pas parfait, mais indubitablement de très bonne facture. Ici, on va essayer de mettre en avant le point de vue féminin au milieu de toutes ces histoires de pouvoirs, de guerres et de complots pourtant bien trop souvent régis par les humeurs masculines. On met en avant le caractère cruel et nauséabond du comportement masculin et patriarcal typique de cette époque, les viols trop souvent glissés sous le tapis, les abus de pouvoirs sur "le sexe faible", la violence gratuite et exacerbée (et presque inconsciente par ailleurs), … bref, les hommes sont ici bien loin de l'image du noble héros chaste et respectueux (si ce n'est quelques trop rares exceptions). Les femmes sont elles pour autant réduites à des images de victimes éternelles, écrasées par un système qui ne leur laisse aucune chance ? Non. Elles peuvent se montrer tout aussi cruelles, au delà même de notre anti-héroïne éponyme, jouant du pouvoir qu'elles arrivent à grappiller mais ne l'utilisant pas pour autant de manière juste et noble. On suit une histoire de complots, de coups en traître et de meurtres en série, on nous rappelle donc qu'à part de très rares cas de victimes retrouvées là-dedans par malheur, nous suivons surtout un ramassis de personnes assez immorales. L'idée de suivre ici Lady de Winter dans sa quête de vengeance, en se concentrant sur son passé, sa situation et surtout l'image qu'elle renvoi aux autres et qu'elle se renvoi à elle-même est une idée très bien trouvée. On ne se concentre pas sur une figure "monstrueuse", au contraire, on l'humanise, on montre bien tout ce qu'elle a subit, toutes les souffrances qu'elle a vécues et il est d'autant plus tragique de la voir échouer de manière répétée à enfin reprendre le contrôle de sa vie et, au bout du compte, la voir continuellement choisir les manières les plus immorales et cruelles d'obtenir du pouvoir, de se rapprocher d'une forme de vengeance libératrice. On n'excuse pas ses actes, on les recontextualise. On s'éloigne de l'image de la femme vénale et cruelle, assoiffée de pouvoir, et on en fait une véritable héroïne de tragédie, une anti-héroïne dont nous ne pouvons que constater la lente et interminable chute. Un petit mot pour parler du dessin d'Agnès Maupré, que j'aime appelé "joliment tremblotant", qui parvient à être léger, fluide dans les mouvements, tout en se permettant de beaux détails et ombrages dans de nombreuses cases et, surtout, un travail des expressions que je trouve tout à fait charmant. Des points noirs à la lecture ? Allez, un petit pour la route. Je regrette que le tout ne soit au final pas plus… détaillé. Qu'il y ait pas plus de cette histoire en fait. Je me doute que, devant suivre la trame de l’œuvre originale il n'était pas possible d'extrapoler plus que de raison, mais j'ai trouvé l'idée tellement sympathique et le personnage principal si intéressant et complexe dans sa psychée que je n'aurait pas bouder de voir tout ça plus étoffé. Particulièrement en ce qui concerne sa relation compliquée avec son fils, son rapprochement émotionnel désespéré avec Constance ou encore ses quelques attachements passés avec son second mari et le Comte de Wardes. En fait j'aurais aimé voir le sujet de son isolement émotionnel et le parallèle avec sa chute un peu plus détaillé je crois. Un reproche sans doute idiot, après tout. En tout cas l'album (car oui, dans mon cas, c'est l'intégrale que je possède) offre une lecture on ne peut plus intéressante. (Note réelle 3,5)
Prosopopus
J'adore cette histoire de De Crécy. Les dessins sont époustouflants, dans son style un peu croquis inachevé, improvisé, où les traits se mêlent aux couleurs de manière absolument originale. Les paysages urbains sont impressionnants. J’admire l’absence totale de mots : la bande dessinée, comme le cinéma, est un art séquentiel (expression de W. Eisner) et, parfois, il fait du bien de se reposer de tant de bavardage. Je crois avoir compris l’histoire et son message basique : crime et châtiment à travers un ectoplasme (prosopopée, personnification) très particulier, dérangeant mais aussi drôle, d'une manière un peu perverse. Cependant, une autre chose que j’aime beaucoup chez cet auteur est l’ouverture à plusieurs interprétations possibles, à différents niveaux de lecture. Quand j’ai recommandé et prêté le livre à plusieurs amis… j’ai eu l’impression qu’ils se mirent à me regarder comme une sorte d’extraterrestre…
À tous les coups, c'est Spirou !
C'est une belle surprise, cet album de Spirou, Fantasio et Spip. Complètement esthétique des années 50, dans les voitures, la mode féminine, les décors, ce livre est un objet très attirant. Bien que présentées comme « époustouflantes », les quatre histoires sont simples, amusantes et un peu naïves. Les dessins d'Al (Alec Séverin) s'inspirent principalement du Spirou de Jijé et touchent toute la gamme de la nostalgie.
Eyes without a face
Ils arrivent quand les fameux contrats ? - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2026. Il est l’œuvre de Marie Baudet pour le scénario, les dessins et les couleurs. Il comprend cent-sept planches de bande dessinée. Cette autrice a également réalisé L'Amour, après (2023) avec Baptiste Sornin, et Criticopolis (2026). Le Balto, un bar de village faisant face à une boutique de location de skis, tous deux noyés dans la brume au milieu des montagnes. Dans le bar, à la radio, Billy Idol, le morceau Eyes without a face. Un homme moustachu nettoie la tireuse à bière tandis qu’une main tenant un verre de scotch vide vient taper sur le comptoir. Le client aux lunettes de soleil indique qu’il souhaite le double. Cela ne provoque aucune réaction de la part des quelques habitués présents. Puis dehors devant le bar, assis dans sa voiture, porte ouverte, l’homme dit au téléphone à sa mère, qu’il est pris dans les embouteillages et aura du retard, qu’ils peuvent commencer sans lui. Ensuite Sylvain Fardot envoie un message à son agent Jean-Louis disant que suite à l’éviction il a besoin de faire un break. Il reprend alors la conduite sur une route de moyenne montagne, traversant une forêt de sapins, avec les monts enneigés dans la perspective. Dans leur maison, la mère et le père sont installés sur le canapé en train de regarder la télé, pendant que leur fille fait des étirements derrière, avec sa propre fille en train de jouer avec des cubes. Tout en caressant son chien, la mère annonce à sa fille que Sylvain arrive, qu’il a eu des bouchons à Lourdes apparemment. Stéphanie Fardot rétorque du tac au tac qu’il est toujours à faire son intéressant : gna gna gna il vit à Paris, Gna gna gna son burnout, Gna gna gna, ses graines de chia, déjà petit il avait fait exprès d’être gaucher. Ses parents lui demandent de se taire et de les laisser regarder leur jeu. Elle continue : s’il lui refait le coup de l’éducation positive, elle lui en colle une. Sylvain Fardot entre dans la pièce avec une valise à la main droite et un sac dans l’autre. Sa mère l’accueille avec le surnom de Bichon maltais, sa sœur en pointant du doigt qu’il fait son intéressant. Sa mère observe qu’il fait une drôle de tête. Il explique que la production a fait mourir son personnage dans un crash d’avion au triangle des Bermudes. Il ajoute qu’il croit que cette fois-ci, il est vraiment viré de la série pour de bon. Il répond à sa mère qu’il a pris trois comprimés d’Euphytose pour se calmer. Sa mère demande au père d’apporter le Xanax pour leur fils, et elle le réconforte en lui disant qu’elle va lui faire un bon chocolat chaud. Quelques temps plus tard, il est affalé sur le canapé avec un paquet de gâteaux à portée de main, et le Télé Poche qui titre : Sylvain Fardot, évincé de la série Un si beau bonheur. Sa sœur est en train de passer l’aspirateur et elle lui demande de bouger. Il se lève agacé en lui disant qu’il la laisse faire ses petites affaires. Elle lui rétorque qu’avec ce genre de remarques, il est gonflé d’aller parler de charge mentale sur les plateaux TV. Il lui rappelle qu’elle sait très bien que depuis son burnout d’il y a deux ans, il a des séquelles, il est en incapacité motrice de faire le ménage. Le lecteur identifie sans peine la référence du titre : la chanson Eyes without a face, écrite et interprété par Billy Idol, coécrite par Steve Stevens, extraite de l’album Rebel Yell sorti en 1984, inspirée par le film Les yeux sans visage (1960) réalisé par Georges Franju (1912-1987). S’il a lu le précédent album de la bédéaste, il retrouve ce parti pris qui peut déconcerter au début : dessiner des visages dépourvus de traits, c’est-à-dire sans bouche, sans nez, et sans yeux, finalement le contraire du titre de la chanson, plutôt des visages sans yeux. En fonction de sa sensibilité propre, il peut trouver que cet artifice met les personnages à distance, puisque leur visage n’exprime rien, faute de traits. Ou au contraire que ce mode de représentation rend visible le fait qu’on ne sait jamais vraiment ce que pense autrui. Parmi les présupposés de l’existence qu’il n’est pas possible de vérifier, se trouve celui qui veut que dans l’esprit de chaque être humain se déroule une vie intérieure similaire à la sienne, que chaque individu fonctionne sur le principe de pensées personnelles, de mécanismes de réflexion, de mémoire, de sensations et d’émotions. Que ces principes sont universels à l’échelle de l’humanité, avec des degrés plus ou moins prononcés pour l’un ou l’autre en fonction de sa biologie et de son histoire personnelle, tout en étant bel et bien présent, au cœur du fonctionnement de chaque esprit. Deuxième caractéristique prononcée de ce récit : la rapidité de sa lecture. Il se passe peu de choses, les événements relèvent d’une grande banalité, il y a peu de personnages, et sa dynamique repose sur la crise personnelle de cet acteur qui n’a plus d’emploi après la mort du personnage qu’il incarnait dans une série. D’un côté, le lecteur ressent un minimum de compassion pour la détresse de cet individu ; de l’autre côté il se donne des airs qui le rendent imbuvable. La scénariste joue avec le présupposé classique qui veut que le personnage principal soit le héros du récit, pas forcément un individu courageux ou costaud ou méritoire, mais une personne qui inspire la sympathie d’une manière ou d’une autre. Or le lecteur le regarde agir, comment il se comporte, et… Dans la première séquence, celle dans le bar, les dessins transcrivent la sensation de décalage : cet individu avec ses lunettes de soleil et son long manteau avec col en moumoute, par rapport à des petits rien comme le torchon blanc avec des bandes rouges, les pulls de montagne, les réclames sans âge, le magnétophone à cassette pour diffuser la musique, les habitués en train de taper le carton. Il y a un décalage. Sylvain semble dramatiser la situation en tapant son verre sur le comptoir, en répétant par trois fois un juron à haute voix, en se retournant pour jeter un coup d’œil à la salle. Le lecteur hésite entre un mal-être intense, et une façon maladroite d’essayer d’attirer l’attention. Le dessin en pleine page dans lequel Sylvain s’encadre dans la porte d’entrée et marque une pause, entretient le doute, en comparaison avec la banalité peut-être affligeante, en tout cas authentique, du comportement des parents, des personnes âgées, et de sa sœur. La mention de trois comprimés d’Euphytose établit clairement le degré de déprime, avec une dérision patente. La dessinatrice sait ainsi donner des informations claires par le comportement et le langage corporel des personnages, à commencer par Sylvain. Son allure mollassonne, sa propension à rechercher et retrouver des sensations douillettes comme se vautrer dans le canapé, se mettre sous la couette pour manger des Chocapic dans un bol à son nom en regardant le clip de la chanson, se promener sans hâte dans un chemin de forêt, regarder par la fenêtre pour laisser son regard se perdre, contempler le lent mouvement des bulles dans une lampe à lave, s’enfermer dans la salle de bains, se remettre sous la couette, etc. À la vue de ces comportements, le lecteur ressent toute la déprime qui l’habite. La narration visuelle raconte également les réactions des personnes qu’il côtoie, et montre les différents environnements. En surface, les dessins semblent doux, simplifiés, superficiels, un peu comme vu par les yeux d’un personnage anesthésié par sa déprime. Toutefois, le lecteur ressent les bienfaits du dépaysement, de la balade : l’arrêt dans un troquet banal où on est sûr de ce qu’on y trouvera, la sensation des grands sapins et de la balade en montagne, la présence immuable des sommets enneigés, le sanctuaire inviolable de la salle de bains, le caractère impersonnel et fonctionnel des allées d’un supermarché, etc. L’artiste sait rendre avec force et conviction la familiarité de ces lieux, leur caractère pérenne et rassurant. D’un côté, le lecteur ne parvient pas à réprimer son investissement émotionnel initial dans le personnage principal, un pur réflexe pavlovien généré par les habitudes de la bande dessinée. De l’autre côté… Ce petit regard en arrière dans la salle du bistrot… Ce moment de pose dans l’embrasure de la porte de la maison de ses parents… Ces lunettes de soleil en permanence… Cette nouvelle coiffure à la Billy Idol, ce futal en cuir, ces conversations maniérées et artificielles avec son agent, sa boucle d’oreille, etc. Et même ce patronyme : Fardot… Pour Fardeau ? Sylvain est un acteur, c’est son métier, comme une seconde peau. Il accuse le coup de la suppression de son personnage dans la série télé, de son licenciement, et il cherche une suite, à créer le prochain épisode de sa vie. Les deux premiers couplets de la chanson de Billy Idol semblent décrire sa situation dans la vie à ce moment : sans plus d’espoir, un mauvais rêve de plus pourrait le faire chuter, il est facile de tromper, de taquiner, difficile de se libérer, il a passé tellement de temps à croire à tous ces mensonges, pour faire perdurer le rêve, maintenant, ça le rend triste, ça le met en colère contre la vérité pour avoir aimé ce qu’il était. L’autrice semble sans pitié envers Sylvain : un être humain en manque de reconnaissance par les autres, cherchant à retrouver sa place sous les lumières du spectacle, à bénéficier d’un autre quart d’heure de gloire, à se faire remarquer par n’importe quel artifice à sa portée… pourvu que ce ne soit pas trop fatiguant, plutôt dans l’apparence que dans l’effort, comme en atteste son projet de livre abandonné après l’écriture de quatre phrases. Certes, la souffrance de l’acteur est bien réelle, mais son degré de fainéantise, son manque de gratitude pour sa famille, son objectif unique d’être reconnu ou remarqué, tout va dans le même sens, celui du jugement que l’autrice porte sur lui. Et puis, il surjoue très mal son propre rôle, avec une théâtralité de pacotille, une forme égocentrisme qui neutralise toute empathie, qui le rend aveugle à la situation d’autrui, comme si les autres n’étaient pour lui que de mauvais acteurs dans sa propre vie, à peine des figurants bon marché le tirant vers le bas, vers leur insignifiance. Des dessins très faciles à lire, des pages qui se tournent rapidement, une forme de vacuité dans l’intrigue, et un personnage au comportement irritant particulièrement égocentré, autant de caractéristiques de surface qui font que le lecteur ressort avec un sentiment peut-être mitigé. Dans le même temps, une justesse et une sensibilité parfaites pour dresser le portrait de cet acteur dont le personnage vient de mourir dans la série télé. Une banalité des lieux à la plausibilité peu commune, tout en conservant leur caractère et les sensations qu’ils procurent, un personnage énigmatique avec ses lunettes de soleil et son absence de traits du visage, et en même temps un comportement et des attitudes des plus éloquents. Le lecteur ressent pleinement son état émotionnel, son objectif et sa manière bien à lui pour y arriver en tant que partisan du moindre effort. Le lecteur reconnaît bien cette tentation d’estimer que le monde lui doit quelque chose, une forme de reconnaissance de son mérite d’exister, de ses qualités. Familier.