Les derniers avis (32114 avis)

Par Alix
Note: 4/5
Couverture de la série Toxic / La Ruche / Calavera
Toxic / La Ruche / Calavera

Le moins qu’on puisse dire, c’est que les avis sont partagés ! Je n’ai rien lu de Burns depuis Black Hole, il y a 20 ans de cela… un album que j’avais adoré, donc j’ai emprunté l’intégrale « Toxic / La Ruche / Calavera » à la bibliothèque, et je ressors ravis de ma lecture. J’ai beaucoup aimé l’ambiance barrée et « lynchienne », ainsi que la narration « explosée » qui elle me rappelle plutôt les films de Tarantino : des pièces de puzzle mélangées, qu’il faut réordonner et rassembler. J’aime ce genre d’exercice, ma lecture fut stimulante, et puis surtout il faut avouer que tout se remet en place en fin d’album… à part les rêves, peut-être, mais bon, c’est aussi le cas dans la vraie vie, non ? En tout cas j’ai pris beaucoup de plaisir à suivre les déboires du protagoniste. J’adore le style graphique de Burns, ses personnages, ce côté un peu crade… et la mise en couleur est réussie. Un excellent moment de lecture en ce qui me concerne.

25/02/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Navarin
Navarin

Il n’y a jamais rien à espérer d’une guerre, monsieur. Si ce n’est d’y survivre ! - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre, constituant le vingt-sixième tome de cette série sur les batailles navales. Son édition originale date de 2025. Il a été réalisé par Jean-Yves Delitte, peintre officiel de la Marine, membre titulaire de l’académie des Arts & Sciences de la Mer, pour le scénario et les dessins, et par Douchka Delitte pour les couleurs. Il comprend quarante-six pages de bande dessinée. Il se termine par un dossier historique de huit pages, rédigé par le scénariste, agrémenté de portraits et de tableaux d’époque comprenant huit chapitres et un glossaire. Ils portent les titres suivants : Vive la révolution !, La politique de l’autruche, La philhellénisme, Quand l’opinion publique s’allie aux intérêts politiques, Si l’écrit ne suffit pas on laissera parler le canon, Vers l’irrémédiable escalade, La témérité et puis… Badaboum !, Épilogue. Edward Levington est un de ces aventuriers insouciants et intrépides que l’on rencontre au XIXe siècle. Écrivain et artiste peintre sans réel talent, l’homme qui dispose d’une petite aisance financière suite à quelques héritages, parcourt le monde dans la deuxième décennie de ce XIXe siècle, c’est la cause grecque qui a séduit Edward Levington. Il faut dire que si longtemps la Grèce en tant que nation n’a eu aucune réalité, depuis quelques années des idées révolutionnaires et un sentiment nationaliste grandissent. Il est loin le temps antique où les Grecs se définissaient à travers des cités-états qui n’hésitaient pas à se faire la guerre. Occupation romaine, empire byzantin ou conglomérat de petits royaumes et duchés appartiennent au passé. Sous domination ottomane depuis le XIVe siècle, les Grecs rêvent de se défaire de leur joug, aidés par de nombreux philhellènes et soutenus par une importante diaspora, les Grecs n’ont d’ailleurs plus hésité à rentrer en guerre contre l’occupant en février 1821. Ainsi bénéficiant de quelques soutiens et suivant les traces de George Gordon Byron – le poète et aventurier anglais acquis à la cause grecque et décédé prématurément des fièvres en avril 1824 à Missolonghi – Edward Levington a décidé de poser les pieds dans le Péloponnèse dans les derniers jours de septembre 1827. De nuit, un grand canot avec quatre rameurs dépose Edward Levington sur une plage isolée où l’attend un petit groupe de soldats grecs. Il est accueilli nominativement par l’un d’eux, qui va lui servir de guide jusqu’au théâtre des opérations. Levington profite d’une halte diurne pour réaliser une peinture du panorama. Il explique au comte John Brennan, un Irlandais, qu’il ne s’agit pas de peindre les choses telles qu’on les voit, mais surtout telles qu’on les ressent. Cela semble à son interlocuteur, une bien étrange méthode pour faire de la peinture. Un soldat leur demande de monter sur la colline pour le rejoindre : il y a de nouveaux ordres et c’est urgent. Il explique les Ottomans avancent en force dans la région et tout le monde se replie. Levington demande à Brennan ce qui l’a poussé à prendre les armes pour défendre la cause des Grecs. Son interlocuteur répond qu’il est d’origine irlandaise, ils ont ça dans le sang chez eux. Le lecteur ayant déjà pioché dans cette série consacrée aux batailles navales et lu Sinope (2025) apprécie de pouvoir découvrir la bataille de navarin car elle est mentionnée dans l’ouvrage susmentionné. Il sait qu’il peut compter sur le fait de retrouver la qualité habituelle de la série, aussi bien la rigueur de la reconstitution historique, l’habileté avec laquelle l’auteur infuse les informations de manière organique, l’approche factuelle des dessins, et la mise en perspective de l’importance de cette bataille. Pour ce dernier point, la conclusion met à profit le recul apporté par les siècles passés : Personne ne le sait encore, mais la bataille marque un tournant dans la guerre, car quelques mois plus tard en mai 1828 les Russes vont attaquer l’Empire ottoman allant jusqu’à menacer Constantinople. L’auteur conclut : Pressés de toute parts, les Ottomans se résigneront à signer la paix et à accepter l’indépendance de la Grèce. Le dossier historique se conclut sur un autre constat : La bataille de Navarin est considérée par de nombreux historiens comme la dernière grande bataille de la marine traditionnelle à voile, aux coques de bois armées de canons à âme lisse tirant des boulets. Et s’il est vrai que les batailles de la marine traditionnelle qui suivront n’atteindront jamais cette ampleur dans les engagements, cette bataille détonnera aussi par l’absence de toute tactique et de manœuvre. Comme d’habitude, le lecteur ressort impressionné de cet ouvrage, par la capacité de l’auteur à allier des ingrédients hétéroclites pour former un tout cohérent, sans aller jusqu’à une vision holistique, tout en présentant la bataille sous de nombreuses facettes. La dimension historique s’avère particulièrement dense, tout en étant diffuse. De ci de là, le lecteur relève un nom ou deux, parfois inventés pour le récit comme Edward Levington, parfois authentiquement historique. Dans cette dernière catégorie, il lui vient l’envie de se renseigner plus avant sur Thomas Cochrane (1775-1860, amiral et homme politique britannique), George Finlay (1799-1875, philhellène et historien écossais), Henri de Rigny (1782-1835, vice-amiral français), Lodewijk Sigismond Gustaaf comte van Heiden (1773-1850, amiral russe), ou encore Thomas Fellowes (1778-1853, contre-amiral). Sans oublier la référence à Lord Byron (1788-1824), célèbre poète britannique. En filigrane, il peut également avoir à l’esprit la suite des dix ou onze guerres russo-turques du seizième au dix-neuvième siècle. Le contexte global évoque également une phase de la guerre d’indépendance grecque, menant à la reconnaissance de leur indépendance par l’Empire ottoman, et l’aide des philhellènes de la France, du Royaume-Uni et de la Russie. Comme à son habitude, l’auteur met également en scène la nature systémique de la guerre, au travers de ses deux personnages principaux. Comme à son habitude toujours, il rappelle que : Les guerres sont comme cette bataille, des histoires bien confuses voulues par des personnes qui jamais ne verseront leur sang ! L’Irlandais John Brennan tempère ce constat amer par le fait qu’il ne connait pas de paix qui se soit imposée autrement que par la force. Il rappelle également que l’amiral britannique tout comme les amiraux français et russe ont des comptes à rendre à des messieurs qui les gouvernent, et que ces grands messieurs qui les gouvernent n’ont pas choisi d’envoyer ici de belles escadres pour simplement être les témoins d’une guerre (sous-entendant qu’il y a quelque chose à gagner, des intérêts en jeu). Ce militaire éminemment pragmatique sait que : Il n’y a jamais rien à espérer d’une guerre, si ce n’est d’y survivre ! C’est toujours la même histoire ! Dans le même ordre d’idée, la narration visuelle montre bien l’effet des boulets sur le corps humain, le commentaire faisant observer que : Ce n’est pas beau à voir quand un boulet transperce la muraille. Comme dans Sinope, une petite remarque en passant établit que des Français servent également à bord des navires ottomans, en tant que conseillers et experts, bien rémunérés. Enfin, comme de coutume dans cette série, les femmes sont réduites à la portion congrue, même pas représentées dans ces pages, tout juste raillées en tant qu’épouses mal commodes. C’est toujours un vrai plaisir de retrouver les dessins un peu rêches de cet artiste. Il sait rendre compte de la majesté des navires, de la rudesse de la vie à bord, de la beauté de ces énormes bâtiments sur la mer, de la destruction et du saccage lors des combats, les couleurs un peu ternes et un peu foncées de la coloriste venant renforcer ces sensations. Il rend hommage à ces navires dans une première illustration en peine page de nuit, puis une autre en double (22 & 23) pour un navire se rapprochant de la baie de Navarin où mouille la flotte ottomane, les canons qui se déchaînent dans une deuxième illustration en double page (36 & 37), et enfin une autre illustration en pleine page d’un bateau ravagé échoué sur le sable, en vis-à-vis d’un extrait du poème Navarin (1829) de Victor Hugo (1802-1885). Les séquences sur le pont des navires ou dans les canots sont tout aussi enchanteresses : le niveau de détail pour les canons, les poulies, les haubans, les innombrables cordages, les cabestans, etc. En outre, le lecteur bénéficie de deux autres dessins en pleine page : une vision magnifique à couper le souffle du monastère de Prodromos, et également deux cavaliers avec les pattes de leur monture dans l’eau sur le rivage, un superbe effet des reflets de l’eau réalisé par la coloriste. Comme pour chaque tome dessiné par Delitte, la narration visuelle se fait factuelle et sèche, très descriptive et détaillée pour les navires, logique pour leurs déplacements et leurs positionnements respectifs lors de la bataille navale, avec un total de trente pages se déroulant sur mer. Le lecteur regarde fasciné, le casus belli se dérouler sous yeux, un simple mouvement d’humeur qui provoque cette bataille à bout portant, sans tactique ni manœuvre. Comme d’habitude, le dossier historique se révèle riche et intéressant, reprenant certains éléments présents dans le récit, et venant développer le contexte historique, avec une prise de recul, et évoquant les répercussions de cette bataille au déroulement à l’opposé de toute forme académique ou intelligemment construit. Quelle bataille !

25/02/2026 (modifier)
Par Vaudou
Note: 4/5
Couverture de la série L'Assassin qui parle aux oiseaux
L'Assassin qui parle aux oiseaux

Encore une belle histoire racontée par Servais. J'ai retrouvé les émotions que m'avait procuré Fanchon. L'intrigue est certes cousue de fil blanc mais je trouve que les personnages sont bien incarnés et crédibles, ce qui faisait défaut à La Belle Coquetière. Le dessin est ravissant comme c'est souvent le cas chez Servais. Et puis cette fois ci, on a droit à de superbes dessins d'oiseaux en abondance, un vrai plaisir des yeux. Un bon moment de lecture, reposant comme un chant de merles (oui elle était facile celle là).

24/02/2026 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Patience
Patience

Je ne suis pas spécialement fan de Daniel Clowes, je n’ai lu que David Boring (que j’avais adoré) et Ghost World (beaucoup moins), et surtout ces lectures remontent à 20 ans (bigre). J’ai néanmoins adoré « Patience », qui m’a donné envie de me pencher sur les autres albums de cet auteur au style tellement particulier. J’ai trouvé l’intrigue scotchante, impossible de refermer l’album avant de savoir comment les (més)aventures temporelles du protagoniste allaient aboutir. La narration est maitrisée, je ne me suis jamais perdu dans les méandres du scénario, et les personnages sont attachants et intéressants. J’ai retrouvé ce côté « critique de la société américaine » déjà présent dans les autres albums de cet auteur. Le style graphique « pop art » a beaucoup de caractère, et j’ai pris beaucoup de plaisir à admirer les planches. Une lecture agréable et prenante.

24/02/2026 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Une enquête de l’inspecteur Flavio Argento
Une enquête de l’inspecteur Flavio Argento

Je ressors bluffé de ma lecture de ce polar réalisé par deux illustres inconnus (en France en tout cas, il s’agit peut-être de super stars en Italie !) Le début de l’enquête est prenant mais un peu convenu, et au 2/3 de l’album je me voyais déjà déclarer dans mon avis que « l’intrigue est efficace mais trop prévisible ». Je dois cependant avouer ne pas avoir vu venir les retournements de situations successifs et les révélations aussi fracassantes que logiques. Le dénouement m’a également beaucoup plu. La narration est excellente et fluide, j’ai suivi l’enquête sans effort, tournant souvent avidement les pages pour découvrir la suite des évènements ! Et puis il faut dire que le graphisme de Alessandro Manzella est absolument magnifique, tout en restant très lisible. J’ai particulièrement apprécié les points de vue souvent originaux. Les planches sont un délice pour les yeux. Bref, un polar sombre qui démarre tranquillement mais finit par surprendre, et une mise en image réussie… A recommander aux amateurs du genre. MAJ 2026 : Ah, tiens, un tome 2. Je trouve le graphisme toujours aussi sublime, mais l'intrigue m'a semblé plus convenue, et les réflexions internes du protagoniste sur le Mal pas bien passionnantes. Un bon moment de lecture, mais qui lorgne plutôt vers le 3/5 en ce qui me concerne.

28/02/2025 (MAJ le 24/02/2026) (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Sakamoto days
Sakamoto days

Taro Sakamoto, ancien tueur à gages légendaire devenu paisible épicier rondouillard de quartier, marié et père de famille, se fait rattraper par son passé et par une galerie d'assassins plus dangereux les uns que les autres lorsque sa tête est soudain mise à prix pour un milliard de yens. Voilà qui l'oblige à sortir de sa retraite pour protéger les siens tout en respectant la promesse faite à sa femme de ne plus tuer personne. Ce que j'ai aimé d'emblée, c'est le ton. On n'est pas dans le shonen classique avec un héros naïf qui veut devenir le meilleur du monde. Ici, le décalage entre le papa bedonnant qui range ses rayons et la machine de guerre qu'il reste au fond de lui est efficace. Ce ton décalé, ainsi que le comportement de nombreux personnages secondaires, contribue à l'humour d'ensemble de la série, souvent absurde, parfois très visuel, et à des scènes d'action dynamiques, lisibles et inventives. C'est fluide, ça va vite, les affrontements s'enchaînent sans temps mort, avec certes beaucoup de morts (on parle d'affrontements entre assassins), mais toujours en conservant un ton léger sur le fond. J'y ai retrouvé pas mal d'éléments qui m'ont fait penser à Hunter X Hunter : le style graphique, certaines gueules de personnages, le ton oscillant entre violence sérieuse et légèreté, mais surtout la logique des capacités spéciales et la montée en puissance progressive des adversaires. On introduit des combattants de plus en plus forts, dotés de pouvoirs bien identifiés, et des affrontements qui reposent autant sur l'ingéniosité que sur la force brute. Cette mécanique est classique, mais redoutablement efficace. Pour autant, je ne peux pas dire que le scénario soit formidable. Il y a des facilités, des clichés du genre, des ennemis parfois un peu convenus dans leur design ou leur rôle, et un schéma qui repose longtemps sur la répétition : de nouveaux assassins débarquent, combat, intégration ou élimination. Un fil rouge se met toutefois en place au bout d'une poignée de tomes, et c'est bien celui-ci, ainsi que le rythme soutenu de l'action, qui accroche le lecteur. Concernant l'antagoniste principal, je dois reconnaître que les révélations à son sujet dans les derniers tomes parus en France ne m'ont pas totalement convaincu. L'intention est ambitieuse, mais l'impact reste en deçà de ce que j'attendais et présente surtout une facilité assez marquée lorsque sa vie se révèle réellement en danger. Malgré cela, la série a quelque chose de très accrocheur. Son ton est original, l'équilibre entre humour et tension fonctionne, et l'attachement aux personnages est réel. Ce n'est peut-être pas un grand scénario millimétré, mais c'est typiquement le genre de manga qu'on ne peut pas lâcher. Je les ai enchaînés sans m'en rendre compte et je les ai dévorés dans leur intégralité. Et rien que pour ça, c'est une belle réussite.

23/02/2026 (modifier)
Par Canarde
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Cher pays de notre enfance
Cher pays de notre enfance

Toute personne qui s'intéresse à la politique d'hier comme d'aujourd'hui doit avoir lu cet album. J'hésite à mettre culte, parce qu'il s'agit d'une enquête sur deux morts historiques très suspectes au temps où la droite gaulliste gouvernait (le juge Renaud assassiné et Robert Boulin, suicidé en gabardine dans une flaque d'eau au milieu d'un bois). Compte tenu de l'épisode que la France traverse (on est début 2026), on a tendance à idéaliser les années 70 et leur personnel politique... en y regardant de plus près, le pouvoir avait un jocker dans toute situation embarrassante... des nervis aux ordres prêts à commettre des assassinats ciblés si nécessaire. Benoit Colombat et Étienne Davodeau rencontrent les témoins, mesurent les probabilités, interprètent les sous entendus, recoupent les informations... On a un peu peur a posteriori. On voit que le mystère est bien entretenu... et l’État de droit fragile. L'enquête est solide, le dispositif de Davodeau toujours efficace (lavis gris dans lequel il se met en scène en train de réfléchir à qui interroger, comment aborder la personne, puis l'entretien, toujours avec Benoit... et ainsi de suite), la couverture résume bien l'affaire, pas très reluisante pour la droite française. Si Retailleau avait le choix, il pourrait interdire le livre... C'est vendeur, non ? Cette dernière phrase ?

22/02/2026 (modifier)
Couverture de la série Le Fruit le plus doux
Le Fruit le plus doux

Depuis quelques années, Gabriele Di Caro est devenu une valeur sûre des éditions Tabou. Je l’avais découvert avec ses histoires courtes plutôt chouettes de Sous le Paradis, et surtout avec une série plus longue et plus ambitieuse (et très réussie), Les Arcanes de la Maison Fleury. C’est donc avec de belles attentes que je le retrouve ici, dans un décor totalement différent du XIXème siècle londonien de « La maison Fleury », puisque l’intrigue se déroule dans l’Amérique profonde, durant les années 1950. C’est l’occasion pour Di Caro de s’en donner à cœur joie avec des femmes à poitrines opulentes, dans un style pin-up torride. Ce tome inaugural plante le décor, pose les personnages, et lance l’intrigue. Une intrigue qui, par-delà les nombreuses scènes de sexe, n’a pas encore livré toutes ses clés. Sur une histoire à la base assez quelconque – un improbable concours de production de fruits dans un bled paumé – Di Car greffe quelques intrigues secondaires. L’ancienne disparition d’une jeune femme pourrait faire basculer l’ensemble vers du polar. Mais pour l’instant ce qui m’a surpris, ce sont les passages « fantastiques », autour des rêves de Ronald (en tout cas je pensais que ça n’était que des rêves), et du caractère très particulier de ses « fruits », pour le coup mal défendus. J’attends de voir ce que ça va donner par la suite. Pour le moment je suis un peu circonspect (un peu moins captivant que "La maison Fleury" pour le moment), même si la narration est fluide, et si ça se laisse lire sans problème. Par contre le dessin de Di Caro est franchement très bon, une nouvelle fois ! Dynamique et fluide, et bien sûr excellent pour les scènes de sexe. Mais pas seulement, car les décors et les vêtements d’époque sont aussi bien rendus. ******************* Je reviens mettre à jour mon avis avec la sortie du second tome, qui clôt l'histoire en livrant les clés - même si on pourrait retrouver les habitants de Sweetville par la suite... Si le fantastique autour des fruits spéciaux de l'arbre du vieux bonhomme donne une touche originale au récit, ça n'est pas ça qui m'a le plus intéressé. En fait, Di Caro nous propose une très belle reconstitution d'une petite ville américaine des années 1950, dans un genre Desperate Housewifes, avec moult ragots, un soupçon de polar, et de vieux secrets qui resurgissent. Mais c'est bien sûr son dessin qui est vraiment très chouette. et qui est agréable à l'oeil. Pour la reconstitution, le dynamisme. Mais aussi pour les scènes de sexe, très sensuelles. Cet album conclut bien le récit, et me pousse à passer aux quatre étoiles. Décidément, Di Caro est au auteur à suivre, pour ceux que ce type de BD intéresse. IL sait se renouveler, et propose un dessin d'une grande sensualité.

06/02/2025 (MAJ le 22/02/2026) (modifier)
Par Brodeck
Note: 4/5
Couverture de la série Les Carnets de Stamford Hawksmoor
Les Carnets de Stamford Hawksmoor

Une superbe lecture que ces "Carnets de Stamford Hawksmoor" (je n'ai jamais lu les Grandville, mais si c'est aussi abouti, ça donne furieusement envie ! ), c'est un récit dense mais prenant jusqu'au bout avec des personnages riches, variés et fouillés. Si certaines cases sont peut-être légèrement figées, le dessin n'en demeure pas moins excellent et restitue formidablement les bas-fonds de Londres, les quartiers huppés, les pubs ou encore les bocages du sud-est de l'Angleterre. L'auteur a incontestablement soigné son ouvrage, il m'a fallu trois, quatre pages pour me faire à l'écriture, mais après, j'étais dedans jusqu'à la fin. Tout est bien fait : le zoomorphisme, l'uchronie (l'action se situe la veille de l'indépendance d'une Angleterre occupée par les troupes napoléonniennes), les décors, les costumes... Bryan Talbot, qui émaille son récit de nombreuses références littéraires et historiques, ne laisse rien au hasard et a incontestablement le sens du détail jusqu'à, comme il le précise en annexe, représenter sur les étagères d'un magasin de véritables jouets de l'ère victorienne. L'inspecteur Stamford, malgré ses qualités d'analyse et de déduction dignes du célèbre détective à la casquette, aura fort à faire pour élucider plusieurs meurtres qui viennent s'ajouter à un contexte social déjà explosif. Il prendra des coups au sens propre comme au sens figuré, devra composer avec un fils, il faut le reconnaître, particulièrement horripilant, se retrouvera plus d'une fois en fâcheuse posture, mais poursuivra malgré tout sa mission, quitte à franchir certaines lignes rouges. L'intrigue, complexe et rythmée, est menée de main de maître par l'auteur et fait la part belle aux personnages secondaires. Probablement une de mes lectures préférées de ces derniers mois.

22/02/2026 (modifier)
Par Hervé
Note: 4/5
Couverture de la série Le Fruit le plus doux
Le Fruit le plus doux

Partie 1 Après m'avoir littéralement conquis avec son récit se déroulant à Londres au XIXème siècle Les Arcanes de la Maison Fleury, Gabriele Di Caro récidive dans cet album érotique qui se passe cette fois ci dans l'Amérique profonde des années 50. Le dessin est toujours aussi somptueux et le scénario emprunte, une fois de plus, quelques éléments fantastiques qui font de cette aventure un mystère pour le lecteur. Nous suivons, sous prétexte du concours du fruit le plus doux, plusieurs personnages aussi délurés qu'énigmatiques : une serveuse nymphomane, un journaliste poursuivi par la mafia, un couple modèle -enfin presque-, un peintre libidineux, une sublime riche héritière, et enfin deux vieillards poursuivis par un passé macabre, bref une galerie de portrait assez réussie. Gabriele Di Caro a beaucoup de talent pour dessiner les femmes bien pourvues et l'érotisme qui traverse cet album est parfaitement bien mis au service d'un scénario qui donne envie au lecteur de connaître la suite. Bref un érotisme raffiné avec un récit solide. Une lecture réservée à un public averti, il va sans dire. Partie 2 Un second volume encore plus débridé que le premier, à l'image de ses héroïnes qui multiplient les aventures sexuelles. En effet, cet opus est plus chaud que le précédent. Gabriele Di Caro n'hésite pas à illustrer des scènes explicites. Son dessin est excellent , et sa représentation d'une Amérique profonde avec ses préjugés racistes , sociales des années 50 est assez pertinente. Le côté fantastique, avec ce mystérieux arbre, source des fantasmes de certains protagonistes, apporte une touche d'originalité dans cette bande dessinée destinée aux adultes. Si cet album apporte des réponses à la plupart des intrigues développées au cours du récit, il ouvre pourtant une porte pour une éventuelle suite. Le dessin de Gabriele Di Caro , en tout cas, est de toute beauté, et il sait sublimer le corps des femmes. Après sa série Les Arcanes de la Maison Fleury, qui flirtait aussi avec le fantastique, l'auteur signe ici une bd de qualité.

06/02/2025 (MAJ le 22/02/2026) (modifier)