Les derniers avis (26870 avis)

Couverture de la série Orignal
Orignal

Un petit album vite lu (peu de texte et de cases), qui développe une histoire classique de harcèlement, avec un dessin très minimaliste (comme souvent chez de Radiguès). Mais c’est une histoire qui est malgré tout intéressante. Pourtant, l’opposition franchement caricaturale entre un persécuteur sadique et taré, Jason, et sa victime non pas consentante, mais en tout cas totalement résignée, Joe, commençait à m’ennuyer au bout d’un moment. L’aveuglement des adultes (professeurs, infirmière scolaire, mère) pouvait lui aussi gêner, même si en fait cela arrive souvent. Mais le dernier tiers de l’histoire rachète l’ensemble, et donne une certaine consistance à l’intrigue. Surtout, la fin évite le happy end en ajoutant une nouvelle couche de noirceur. La fin, brutale, qui pose question, est finalement emplie d’une morale certes noire, mais à tout prendre pleine d’humanité, les comptes sont soldés. Quant à l’orignal, il apparait ici comme le truchement de la libération du jeune héros. D’abord de façon presque poétique, une échappatoire physique (Joe le rencontre en essayant d’éviter Jason) et mental (il devient symbole de liberté et de force). Et finalement il se transforme en bras vengeur de Joe. Un album à redécouvrir. Note réelle 3,5/5.

07/05/2022 (modifier)
Couverture de la série Un général, des généraux
Un général, des généraux

Le sujet ne m’emballait pas trop, mais j’avais en tête le bon retour d’Hervé et le nom de Nicolas Juncker a penché dans le balance pour franchir le pas de l’acquisition. Je serais moins dithyrambique mais ça reste un très bon album. Bien construit et très drôle sur un événement de l’histoire française relativement récent. Je n’avais sans doute pas toutes les clés pour savourer véritablement cette version, ne connaissant que très grossièrement les faits et hormis De Gaulle et Mitterrand, les autres protagonistes m’étaient inconnus. Mais malgré cette lacune, c’est bien réussi, le scénariste trouve le bon angle et tourne cet événement en farce. Le tout est accentué par le trait un peu caricatural de Boucq, qui nous sort de bonnes bouilles de généraux. C’est franchement bien fait et plaisant à suivre, lecture recommandée (et obligatoire pour les férus de cette période). 3,5+

06/05/2022 (modifier)
Couverture de la série Dropsie Avenue
Dropsie Avenue

Will Eisner nous plonge dans l'histoire intime d'un bloc d'immeubles qui lui tient particulièrement à coeur, Dropsie Avenue dans le Bronx. Cent années de hauts et de bas, de drames et de petits miracles, d'ombres et de lumières de la société américaine analysée au ras de bitume. Ces "héros" ont des destins qui se croisent avec la fluidité de narration propre à Eisner. Certains personnages (Abie, Izzy) assurent le lien entre les périodes et donnent de la cohérence au récit. Un récit digne de "Forrest Gump" où la grande histoire des USA influence en bien ou en mal les petites histoires du quotidien. Malgré les côtés sombres (drames domestiques, corruption, dealers, racisme) Will Eisner met en valeur les meilleurs côtés de la volonté énergique américaine, métissage (Juif-Catho, Blanc-Noir...), résilience et vitalité devant l'adversité, ascenseur social grâce au mérite. Le message est clair, même dans l'adversité même quand tout s'écroule il y aura toujours un moment où tout peut renaître et repartir. Comme toujours la forme est du plus haut niveau. Dessins, découpages, éclairages, fluidité nous sommes partout au sommet. Une lecture très réconfortante et agréable.

06/05/2022 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5
Couverture de la série Zaya
Zaya

Je me suis procuré Zaya suite à ma lecture de Ya San et son graphisme qui m'avait tapé dans l'œil. Je retrouve donc Huang Jia Wei et je suis toujours sous le charme de son coup de crayon. Un trait léché avec une touche "manga", de merveilleux décors et une colorisation dans les tons sépia du plus bel effet font de ce triptyque un incontournable, tout du moins graphiquement. Il suffit de regarder les trois superbes couvertures. Juste quelques problèmes de proportions sur le dernier tome avec le gros balèze chauve. Mais le plaisir fût total. Un monde futuriste où robots et IA sont partout. Un scénario bien construit qui ne révolutione pas le genre mais qui reste prenant de bout en bout et une fin qui ne se termine pas en eau de boudin. Une jolie héroïne à laquelle je me suis attaché, une maman qui saura se sacrifier. Bref, un très bon moment de lecture. 4 étoiles méritées.

06/05/2022 (modifier)
Par karibou79
Note: 4/5
Couverture de la série Les Cahiers d'Esther
Les Cahiers d'Esther

L'idée géniale de Sattouf : raconter par anecdotes d'une page le récit d'une fille bien réelle qui grandit avec la publication des albums. Esther pourrait être banale, elle l'est en fait, mais elle est unique et devient un peu un membre de notre famille et de notre cercle d'amis. A la fois une biographie et une étude sociologique d'une famille de notre époque dont on ne possède les codes que si l'on a le même âge. Les espoirs et les craintes sont universels et intemporels mais le langage, la mode... sont bien propres à "la génération Esther". Laissez les traîner sur la table et ceux en faisant partie se jetteront dessus dès le dos tourné. C'est de bonne guerre : on apprend ainsi à mieux comprendre leur rapport au monde contemporain. A voir si Esther accepte dans le futur de toujours se mettre à nue et donner le fond de sa pensée. Elle a 15 ans et cela devient compliqué. En tout cas, ma fille l'attend de pied ferme.

06/05/2022 (modifier)
Couverture de la série Quoi !
Quoi !

Un album intéressant pour qui connaît les auteurs et s’intéresse à cette maison d’édition indépendante, sans ces pré requis inutile de le lire, ça va vous barber. Ce tome regroupe différents témoignages sur l’histoire de L’Association, une aventure collective lancée à l’aube des années 90 par de jeunes auteurs ayant soif de liberté et d’expérimentation sur le 9eme Art. Avec le temps, certains sont devenus des pointures dans le milieu, et le catalogue de L’Asso compte de belles pépites. Malheureusement (toujours avec le temps) ça se termine comme dans la chanson « Les histoires d’A »… l’album s’attarde pas mal sur ce point. Il offre un éclairage sur la scission entre J-C Menu et les autres fondateurs, la fin d’une aventure entre potes milieu des années 2000, et marque également un nouveau virage pour les années 2010. L’ensemble des témoignages ne se valent pas tous, mais ils sont subjectifs et sincères, on a affaire à des passionnés, j’ai particulièrement apprécié celui de Jean-Louis Capron et de Mokeït. Par contre je regrette l’absence de celui de Mattt Konture et J-C Menu (2 autres fondateurs). Ça fait très potins sur le petit monde de la bande dessinée mais j’ai beaucoup aimé ma lecture, j’ai une tendresse particulière pour cet éditeur. A noter que ce livre a failli ne pas paraître à L’Association ?! Ça aurait été une petite hérésie (même sous l’ère Menu).

06/05/2022 (modifier)
Par karibou79
Note: 4/5
Couverture de la série The Promised Neverland
The Promised Neverland

3.5 Une très belle découverte, grâce aux mangas que s'échangent tous les collégiens, ça change des shonen sortant à la pelle. Beaucoup de points positifs: Un graphisme léché, doux et dynamique à la fois. Une grande galerie de personnages tous bien caractéristiques. Des relations entre protagonistes crédibles qui évoluent avec le temps. Un scénario sachant dérouter le lecteur et faisant des virages à 90 ou 180 degrés pour relancer l'intérêt. Une série terminée et pas trop longue (pour un manga). Et quelques points négatifs : Le positivisme un peu poussé à l'extrême de certains personnages (comment ça, vous savez que je parles d'Emma ? Attention à ne pas oublier tous ces gamins qui rigolent bêtement après avoir vécu les trucs les plus traumatisants possibles 1 jour plus tôt.) Ces explications à n'en plus finir alors qu'on a tous compris. Des méchants qui ricanent toujours en coin, mais c'est propre au mange dommage. C'est là que l'idée des monstres masqués est excellente, on ne perçoit pas leurs émotions mais on les comprend par leurs actes. Bon encore 4 tomes et je saurai enfin le fin mot de l'histoire. 4 tomes, à la fois long et court à la fois pour une série qui sait surprendre au coin d'un chapitre. -------------------------- Mise à jour après lecture des derniers tomes: Quelle déception ce dernier tome plus épais que les autres... ça traîne, son épaisseur aurait pu être 3 fois moindre. Que de pathos, que d'ennui. Grosse déception sur ce coup-là. C'est une belle fin mais mal mise en page. Mais cela ne remets pas en cause la qualité de la série, à destination de grands ados, en préparation à du plus costaud comme L'Attaque des Titans (côté gore, cette série fait une belle entrée en matière.)

06/05/2022 (modifier)
Par karibou79
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Nains
Nains

Yes Yes Yes !!! Je suis à genoux devant l'œuvre monumentale de Jarry, ce gars doit avoir une porte spatio-temporelle dans sa chambre pour retranscrire ce qui se passe dans le vrai monde de la fantasy. Les nains, ces cognards dont on se fout du gueuloir dans les livres de trousse-pets, s'exposent ici pleinement comme ce qu'ils ont été, sont et seront toujours: des durs, des cupides, des passionnés, des bourrus... L'idée géniale est de présenter tout leur panel au travers des 5 ordres qui fondent leur peuple, à la fois soudé et furieusement axé sur le "chacun pour sa gueule". Et comment chacun de ces ordres a ses propres coutumes, héros et modes de fonctionnement, chaque lecteur y trouvera des affinités ou réticences. Approchez approchez, mesdames et messieurs, on a de tout: - la forge et ses légendes (le cycle culte de Redwin est devenu pour moi une référence, achat de la trilogie obligatoire!) - le talion et ses marionnettistes contrôlant le pouvoir (le moins emballant pour moi mais qui expliquent bien des choses sur le monde dans sa globalité) - le temple et ses apports mystiques (quelle galerie, on ne s'attend pas à autant de diversité) - les errants et ses servitudes (mais aussi ses libertés de choix même s'ils auront toujours un coût monstrueux) - le bouclier et ses batailles incessantes (se faire botter le cul durant tant d'années pour casser des peaux vertes durant des siècles, ça impose le respect) On s'attache aux personnes, les quitte à regret puis les retrouve avec plaisir lors d'un tome suivant, merveilleuses croisées de destins. Beaucoup d'histoires font du fan service pour d'autres types de lecteurs qui auront une bonne raison pour se lancer dans cette série (on y revit des scènes du film 300 ou Braveheart, de la série Game of Thrones, de livres fantastiques divers et variés. Seul reproche, les histoires devant se terminer en 1 tome, il y a parfois de grosses ellipses et la fin un peu vite expédiée. Mais ce n'est que pour mieux se réjouir de découvrir d'autres personnages le tomes suivants. Ah et autre chose, faut un peu vous calmer avec ces effets de colorisation numérique, on n'est pas aux States les gars. Reste maintenant à découvrir les autres séries de cet univers : Elfes, Orcs et gobelins, Mages... que de belles choses à découvrir, merci à vous !

06/05/2022 (modifier)
Par karibou79
Note: 4/5
Couverture de la série Les Contes ordinaires d'Ersin Karabulut
Les Contes ordinaires d'Ersin Karabulut

(Seulement lecteure du tome 2) Avec un tel titre et comme éditeur Fluide Glacial, on a tôt fait d'être étonné à la lecture de cet ensemble de contes ciblant et touchant juste les travers (actuels et potentiels) de notre société. Il y a du "SOS Bonheur" ou Porte-à-porte-malheur là-dedans. C'est déprimant car on remarque des prémisses de chaque scénario dans le monde qui nous entoure, sans doute encore plus forts dans d'autres pays. Mais il y a aussi des histoires plus légères et non politisées qui font sas de décompression (le fils grandissant dans le ventre de sa mère impuissante, énorme, géniale). Et puis il y a des petites pointes fulgurantes d'espoir et de poésie (comme la belle page de fin) qui réchauffent un peu le coeur, sacrément refroidi par le reste. Je ne sais pas ce qu'a fait d'autre cet auteur au nom improbable (un pseudo j'espère) mais je vais rapidement y jeter un oeil. --------------- Mise à jour après lecture du tome 1: Erreur de lire le lire 2ème en premier, c'est un peu comme attaquer Le Sommeil du Monstre par la fin. Les postulats du tome 1 sont aussi très bons mais les histoires sont traitées de manière trop rapide. Si on faisait une comparaison avec des séries TV, le tome 1 serait "les contes de la crypte" et le tome 2 "Black mirror". Un peu trop de voix off également, le tome 2 a également corrigé le tir. Par contre, il y a une grande diversité graphique, le tome 2 est plus uniforme, l'auteur a décidé quel sera son style de prédilection.

06/05/2022 (modifier)
Couverture de la série Deux mains dans la terre
Deux mains dans la terre

J’avais quelques réticences à m’engager dans cette lecture, la couverture ne fait pas spécialement envie et je craignais de tomber sur une œuvre trop technique, trop engagée, trop sentencieuse ou que sais-je. Mais dès la lecture entamée, je n’ai plus su l’abandonner ! Deux mains dans la terre dresse un tableau à la fois alarmant et enthousiasmant de l’agriculture et de l’élevage du XXIème siècle en Europe (et plus précisément en France dans le cas présent). Alarmant car il met en lumière toutes les limites de l’agriculture ‘moderne’ née après la deuxième guerre mondiale, poussée par une nécessité de productivité à l’époque mais coupable d’épuisement des sols, d’érosion, de réchauffement climatique, de surendettement chez les producteurs, de disparition de la biodiversité, de spéculation financière et d’autres joyeusetés. Enthousiasmant car il présente une alternative cohérente, basée sur des savoirs ancestraux, des études récentes, des expériences actuelles. Rien de farfelu, rien d’utopique mais un futur possible, plus respectueux des hommes et de la nature, qui est une réalité dans bien des parties du monde et qui nous poussera à repenser notre mode de production et de consommation, qui poussera les politiques à repenser la destination des financements publics (oui, bon, là on sait bien que ça va grincer des dents et freiner des pieds et que les lobbies vont mettre plus d’un bâton dans les roues mais si la population montre la voie, les politiques devront suivre) mais qui me convainc . Je savais que tous ces aspects allaient être abordés, je ne m’attendais pas à ce que ce pan très instructif de cette bande dessinée soit aussi agréable à lire, fluide, léger. C’est tout simplement parfait ! L’album prend par ailleurs la forme d’une fiction en nous présentant un producteur qui commence à se poser des questions sur sa manière de produire et va progressivement se documenter, assister à des conférences, écouter les journaux parlés, aller vers d’autres producteurs utilisant d’autres techniques. Et tout ce processus d’apprentissage nous permet d’apprendre en même temps que lui. Le dessin de Laëtita Rouxel s’efface au profit du message, mais il n’est pas désagréable pour la cause. Il ne constitue en tous les cas en aucune manière un frein à la lecture. Le dossier en fin d’album permet de revenir sur différents points abordés dans celui-ci pour les repréciser. Par-dessus tout, j’ai apprécié le positivisme qui se dégage de ce récit. J’ai également beaucoup aimé le volet consacré à l’élevage dans le dossier de fin d’album. Une vision plus nuancée et plus proche de mes propres convictions que celle que l’on peut encore trop souvent lire par ailleurs. Mais je pourrais encore parler de plusieurs volets qui m’ont énormément plu car… tout m’a plu. Si le sujet vous intéresse, c’est vraiment un très bon exercice de vulgarisation, didactique et très complet (et enthousiasmant).

06/05/2022 (modifier)