Les derniers avis (32535 avis)

Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Castelmaure
Castelmaure

Même si le début de Castelmaure m'a légèrement déstabilisé, avec l'impression de passer d'un conte à un autre et de suivre des personnages différents sans lien évident, tout se combine assez rapidement pour former quelque chose de beaucoup plus cohérent. Lewis Trondheim construit progressivement un véritable puzzle narratif où les différentes légendes finissent par se rejoindre autour de la disparition du roi Éric, dans un récit à la fois intelligent, bien construit et plein de multiples originalités. L'album joue avec tous les codes du conte médiéval (le roi disparu, la sorcière, les malédictions, les héritages familiaux, les personnages étranges), mais il ne se contente pas de les aligner. Les histoires racontées par le mythographe Zéphyrin Loreaux s'assemblent peu à peu pour révéler une intrigue plus vaste, avec une vraie logique interne. J'ai apprécié cette manière de raconter une histoire qui semble d'abord partir dans plusieurs directions avant de trouver progressivement son unité. Le dessin d'Alfred accompagne parfaitement cette ambiance de conte ancien revisité. Son trait est maîtrisé, lisible, avec un côté faussement naïf qui contraste bien avec certains aspects plus sombres du récit. Les couleurs participent beaucoup à l'atmosphère, entre enluminure médiévale et imaginaire fantastique, et donnent à l'ensemble un charme particulier. Derrière son apparence de récit médiéval classique, l'album propose une réflexion intéressante sur la famille, l'acceptation de soi et les conséquences des choix des personnages. Et ce qui m'a surtout plu, c'est que l'album assume pleinement son statut de conte. Là où beaucoup de récits modernes cherchent trop souvent la noirceur ou l'ambiguïté, Castelmaure n'a pas peur de proposer une histoire où les choses finissent bien. Et j'aime les contes où tout est bien qui finit bien quand ils le font avec sagesse, sans tomber dans la facilité.

25/06/2026 (modifier)
Par Titanick
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Louise Michel - La Vierge Rouge
Louise Michel - La Vierge Rouge

Que voilà une belle biographie. Mary et Bryan Talbot ont visiblement réuni une documentation fournie. Ils se sont rendus sur les lieux où Louise Michel a vécu et s’est battue pour ses idées. Une grande dame qui mérite beaucoup mieux dans les livres d’histoire. Révolutionnaire et féministe avant l’heure, elle avait tout pour me plaire. Je la connaissais depuis longtemps, pour la petite histoire, je traversais la rue Louise Michel pour aller au collège (depuis longtemps vous dis-je !) et j’aimais savoir qui était qui dans mon quartier. Heureusement que la toponymie des rues lui rend parfois hommage. J’ai bien aimé la façon dont est scénarisé le récit de ses combats. Le début se situe le jour de l’inhumation de Louise en 1905, et sa vie est alors évoquée dans le dialogue entre deux femmes qui l’ont connue et admirent ses idées et son engagement. On évite le récit linéaire en alternant entre ce présent et le passé mais le graphisme différentié permet de ne pas s’y perdre du tout. C’est bien documenté et c’est également bien raconté. Le côté didactique est agréablement diffusé dans l’action et les dialogues. On y croise quelques personnages historiques. (Et entre autres Albert Robida, dessinateur et surtout écrivain de SF utopiste complètement déjantée que je conseille chaudement aux amateurs qui ne le connaissent pas encore). Le dessin est plutôt agréable, avec les deux ambiances suivant l’époque, et curieusement une impression de fusain adouci pour la bio même dans les combats révolutionnaires, et qui n’empêche pas de comprendre la violence présente. Et les touches de couleurs rouge (le foulard de Louise, un manifeste...) symbolisent cette lutte révolutionnaire avec le ciel qui rosit lors des pires batailles. Et donc merci aux auteurs de lui accorder cette bio, et de belle façon.

24/06/2026 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Mitterrand Requiem
Mitterrand Requiem

C'est une bien étrange BD que voici. Mitterrand se meurt, et dans ses derniers instants, rongé par un cancer et la douleur, il voit Anubis qui l'invite à revenir sur sa vie. Une vie qu'il est difficile de juger, mais qui interroge. La figure de Mitterrand est une des grandes figures politiques de la Cinquième République. Social-traitre pour certain, fossoyeur du PS pour d'autres, seul vrai président de gauche, réformateur de cette République avec de nombreuses lois permissives, etc etc ... Bref, c'est un personnage qui attire de nombreuses sympathie ou animosité. Difficile de le cerner, de dire ce que furent ses bilans et sa vie de manière globale. La BD essaye donc de faire un bilan général de cette vie, de ses deux mandats présidentiels sans le glorifier ou l'enfoncer. Car en fin de compte, je ne sais pas trop quoi penser de l'ensemble de sa vie. Il y a du bon, du moins bon, et ce personnage difficile à caractériser : opportuniste, certes, débutant en politique sous l'occupation mais résistant avéré, puis socialiste pas toujours très social, mais ayant changé beaucoup de réelles choses en France (radio libre, fin de la peine de mort, etc ...), dans un double mandat marqué par une cohabitation également. Bref, un type pas réglo, y compris dans sa vie privé, mais qu'il serait difficile de caractériser comme un opportuniste morbide, homme politique assoiffé de pouvoir et prêt à tout pour le récupérer. Le dessin va très bien avec le ton de la BD et renforce les dialogues qui deviennent des joutes oratoires dans des lieux précis, chacun étant une marque représentative de sa vie. Le tout est lisible, aéré et franchement bien amené. Ce que je retiens surtout de cette BD, c'est que mon dégout de nos hommes politiques est telle aujourd'hui que cette BD me fait paraitre Mitterrand très sympathique, signe non pas d'un réel intérêt que j'ai pour lui mais de la violence du monde politique actuel. Finalement, c'était un président sympa, au regard de ceux qu'on connait ...

23/06/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Pré derrière l'église
Le Pré derrière l'église

Cette série en deux tomes m'a beaucoup plu, même si j'ai une préférence assez nette pour le premier album qui aurait pu rester un one-shot. J'ai adoré son ambiance campagnarde irlandaise, son dessin chaleureux, les bouilles extrêmement expressives et souvent hilarantes des animaux, ainsi que les dialogues savoureux qui font mouche tout au long de la lecture. Le parallèle entre les moutons du pré et les "moutons" parmi les villageois est particulièrement réussi et permet de se moquer avec tendresse des travers humains, surtout dès qu'il s'agit de bigoterie. Le premier tome a l'élégance des histoires simples qui n'ont pas besoin d'en faire trop pour fonctionner. L'intrigue est linéaire, les enjeux modestes, mais tout est parfaitement dosé. Entre les querelles de clocher, les moutons qui tentent de donner un sens à l'absence du curé et les habitants du village qui ne valent guère mieux qu'eux, l'ensemble est drôle, attachant et débouche sur un dénouement très satisfaisant, avec un agréable côté feel good. Le second tome reprend les mêmes ingrédients mais s'avère un peu plus dense et légèrement plus sérieux. L'attention se porte davantage sur les humains que sur les animaux, notamment avec l'arrivée d'une nouvelle institutrice qui semble en savoir plus qu'elle ne le laisse paraître. L'intrigue reste plaisante, les dialogues toujours très amusants et les personnages attachants, mais j'ai trouvé que le charme spontané du premier album était un peu moins présent. Cela reste malgré tout une excellente lecture, pleine d'humour, de tendresse et d'humanité, que je conseillerais sans hésiter. J'espère simplement que la série s'arrêtera à ces deux tomes, car ils forment un ensemble cohérent et complet. Prolonger l'aventure risquerait surtout d'en diluer l'élégance et la fraîcheur.

23/06/2026 (modifier)
Par Yann135
Note: 4/5
Couverture de la série Marée Blanche
Marée Blanche

Vous avez chaud ? pour vous rafraichir je vous propose Marée blanche, la dernière création de Gaël Séjourné. C’est du tout bon. En tant que fan inconditionnel de son travail, je suis toujours émerveillé par son trait d’une finesse exceptionnelle. Chaque planche est un véritable tableau, où les lignes épurées mais précises captent l’émotion avec une justesse rare. Le dessin, à la fois délicat et puissant, sert un scénario remarquablement bien ficelé, où chaque détail a son importance. L’histoire est inspirée de faits réels - J’ai eu la chance d’échanger longuement avec Gaël à ce sujet lors d’un festival. Vous allez être embarqués très rapidement par le récit. Vous serez captivés de la première à la dernière page. L’histoire vous tiendra en haleine avec des personnages profonds et des situations crédibles. La narration est d’une fluidité exemplaire : pas une case ne semble superflue, pas un dialogue ne sonne faux. Le combo parfait ! C’est le genre de BD qui se lit d’une traite, avec un plaisir intact du début à la fin. Une lecture très agréable qui prouve une fois de plus que Gaël Séjourné est un maître du neuvième art. Un sans-faute, à savourer sans modération !

23/06/2026 (modifier)
Par Vaudou
Note: 4/5
Couverture de la série La Nuit barbare
La Nuit barbare

Durant les années 80, Albin Michel s'est rarement trompé dans ses choix éditoriaux en matière de bande dessinée coquine. La Nuit barbare s'inscrit parfaitement dans cette lignée avec cette histoire d'amour à l'époque préhistorique, qui diffuse une ambiance aux frontières de l'aventure et de l'érotisme. Le scénario de Jean Ollivier se concentre avant tout sur l'action, avec des humains concentrés sur leurs besoins primaires : faire du feu, manger, tuer, s'accoupler... Le trait de Marcello insuffle à l'ensemble une énergie sauvage qui conserve sa part de modernité et qui colle parfaitement à l'ambiance de ce récit primitif. A ranger aux côtés de Manara et Rotundo dans la même collection.

22/06/2026 (modifier)
Couverture de la série Un Dernier tour de terrain
Un Dernier tour de terrain

Un album sympathique sur bien des points, je ne suis pas féru de football mais j’ai passé un chouette moment. La partie graphique m’a tout de suite plu, les couleurs sont réussies et le trait possède une certaine rondeur bienvenue qui rend le tout très fluide et agréable à suivre. Je découvre l’auteur au passage mais c’est déjà une pointure en Espagne. Curieux de découvrir d’autres de ses œuvres. Niveau histoire, c’est bien tenu durant la petite centaine de pages, les personnages sont bien campés, il sera question de foot bien sûr (en ´ particulier le milieu des agents sportif) mais le récit esquisse d’autres thèmes autour. Le passage de 1995 à 2022 est également bien vu pour ça, à travers nos personnages, on constate une certaine évolution de la/notre société (même s’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir). Pas franchement bien mais plus que mal pour reprendre la formule de Mac Arthur.

22/06/2026 (modifier)
Par Vaudou
Note: 4/5
Couverture de la série A poil, le nounours !
A poil, le nounours !

Un autre album de John Bolton publié chez Comics USA qui souffre d'un point commun avec Le Masque à l'envers : un titre français absurde qui dessert totalement l’intitulé original, pourtant bien plus évocateur, Someplace Strange. Le choix de l'éditeur est d'autant plus difficile à comprendre qu'il a choisi d'illustrer la couverture avec un personnage très secondaire, qui n'apparaît qu'au détour de deux planches... Sur le fond, l'intrigue de Someplace Strange s'inspire ouvertement d'Alice au pays des merveilles. Véritable voyage métaphorique au cœur des peurs enfantines, le récit d'Ann Nocenti explore le passage à l'âge adulte, l'affrontement de ses propres névroses et la puissance salvatrice de l'imaginaire. On y suit deux frères à l'imagination débordante, rejoints plus tard par une adolescente nihiliste. Ensemble, ils basculent dans un univers surréaliste où ils devront braver moults dangers, à commencer par le mythique Croque-mitaine. Un véritable vent de fraîcheur se dégage de cette œuvre, magnifiée par le dessin lumineux de Bolton. L'album se distingue du reste de sa production : l'artiste y multiplie et y fusionne les techniques graphiques (crayonnés, gouache, aérographe) pour épouser la construction poétique du scénario. Une bande dessinée indispensable pour découvrir une autre facette créative de Bolton.

22/06/2026 (modifier)
Couverture de la série Leave them alone
Leave them alone

Un western crépusculaire, qui reste dans le très classique, mais qui le fait très bien. Et du coup le plaisir de lecture est au rendez-vous. L’intrigue s’installe lentement, tranquillement – sans que l’on s’ennuie quand même – et prend le temps de planter le décor, de disposer les principaux protagonistes, qui vont tous se retrouver dans un pauvre relais perdu au fin fond d’un espace désertique. Et là, ça s’accélère brusquement ! Les rebondissements s’enchainent au même rythme que les explosions et les coups de feu, ce qui a pour effet de réduire drastiquement le nombre de personnages à suivre ! C’est bien amené, le Bien et le Mal ne sont pas forcément séparés de façon trop claire, et tous les personnages ont une profondeur intéressante. Et la fin est amusante, laissant le lecteur deviner ce qu’il pouvait y avoir dans le coffre (comme la mystérieuse boîte à musique du client asiatique dans le film « Belle de jour »). Le dessin mélange gros plans détaillés et arrière-plans et décors presque esquissés. Le rendu est en tout cas agréable, comme cette lecture, qui ne révolutionne rien, mais qui est très sympathique.

22/06/2026 (modifier)
Par Miguelof
Note: 4/5
Couverture de la série Murena
Murena

Oui, c'est très bien de faire de la BD historique mais cette série n'a pas réussi à me convaincre. Tout me semble trop figé, trop distant. Je reste indifférent aux personnages, à l'intrigue, aux tomes suivants... et j'ai fait un véritable effort pour tout lire ! Les dessins ont évolué, certes, mais pas de vraies émotions aux visages, pas de suffisant dynamisme dans l'action ! Les combats, le sexe, tout me semble trop conventionnel et artificiel. Le scénario, oui... mais bof... je préfère quand même les grands historiens français, les séries de BBC ou les romans de Robert Graves. Même avec Alix de J. Martin, j'avais plus d'empathie ! ___________________________________________________________________________________________________________ Presque onze ans plus tard et aprés tant d'avis élogieux, j'ai recommencé à lire Murena. Je reconnais que j'avais été pressé et pas exempt de préjugés lors de ma première lecture. Maintenant, je me suis surtout concentré sur le deuxième cycle et j'augmente ma note. Je n’ai pas encore terminé le troisiéme cycle… Le premier cycle, était centré sur Agrippine, et explorait essentiellement les mécanismes de la conquête du pouvoir. Le second déplace le regard vers les conséquences de ce pouvoir absolu. Après l’assassinat d’Agrippine, Néron n’est plus entravé par l’autorité maternelle ; sous l’influence de Poppée, il s’abandonne progressivement à la démesure, à la cruauté et à une forme de délire esthétique qui conduira à l’incendie de Rome. Cette évolution permet à Dufaux d’aborder des thèmes plus sombres : la corruption morale, la fascination pour la violence et la destruction de toute limite éthique. La principale réussite de ce deuxième cycle reside, je crois, dans l’approfondissement psychologique des personnages. Néron n’y apparaît plus seulement comme un tyran en devenir ; il devient un être complexe, partagé entre aspirations artistiques, pulsions destructrices et besoin obsessionnel d’admiration. Dufaux évite ainsi la caricature historique: on assiste à la transformation progressive d’un homme en monstre politique, sans jamais perdre de vue son humanité. Parallèlement, Lucius Murena acquiert une épaisseur dramatique nouvelle. Alors qu’il pouvait sembler parfois passif dans les premiers albums, il devient ici un acteur tragique confronté à des choix impossibles. Son rapport à Acté, à Néron et à la violence qui l’entoure nourrit une réflexion sur la responsabilité individuelle face à la barbarie du pouvoir. Il cesse d’être un simple témoin de l’Histoire pour en devenir l’une des victimes et l’un des instruments. Sur le plan graphique, Delaby progresse dans ce cycle en précision et en expressivité, en dynamisme du mouvement aussi. Les visages sont plus individualisés, les émotions plus lisibles, tandis que les décors urbains témoignent d’un impressionant travail de reconstitution historique. Plusieurs scènes de foule ou de catastrophe, notamment celles liées à l’incendie de Rome dans «Revanche des Cendres», sont remarquables par leur sens du spectacle. Toutefois, tout n’est pas exempt de limites. Je me demande dans quelle mesure Dufaux a privilégié l’effet dramatique au détriment de la vraisemblance historique. La dimension mélodramatique de certains épisodes, l’abondance de complots et de retournements peuvent parfois donner le sentiment d’une théâtralisation excessive. Néanmoins, Murena ne prétend pas d’être un traité d’histoire, mais une tragédie antique mise en images. Bref, le deuxième cycle me parait plus sombre, plus complexe et plus spectaculaire que le premier, il approfondit la réflexion sur les rapports entre pouvoir et folie tout en offrant certaines des plus belles pages de l’oeuvre.

04/07/2015 (MAJ le 22/06/2026) (modifier)