Et les souvenirs et les regrets se sont éveillés au frottement de l’aube.
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Cette intégrale regroupe les trois tomes initialement parus en 1998, 1999 et 2000, ainsi qu’une histoire courte de seize pages qui met en scène le personnage principal de la série. Elle a été publiée en 2008, dans le cadre d’une opération plus vaste de réédition en intégrales des œuvres de ce scénariste chez cet éditeur. La bande dessinée a été réalisée par Jean Dufaux pour le scénario, et par Marc Malès pour les dessins et les couleurs. Le premier tome comporte quarante-sept planches, le second quarante-six et le troisième quarante-six également. L’intégrale débute avec une introduction du scénariste d’une page, écrite en septembre 2008, dans laquelle il évoque sa frustration à ce que les Révoltés soit initialement paru en trois tomes, alors qu’il l’a écrit comme un récit complet, un roman graphique. Et il rend hommage au travail accompli par le dessinateur qui non content d’assumer un tel chantier, l’amplifia.
Oiseaux de proie, d’acier, qui attendent dans un bruit d’enfer. Leurs becs frappent sans relâche les résolutions passées, cette suie noire qui encrasse les âmes. Dans un champ d’immenses derricks, Jimmy conduit sa voiture à fond, tout en picolant à même le goulot de sa bouteille. Il enfonce la pédale de l’accélérateur à fond. Il entre dans la forêt, forêt peuplée de cauchemars, de monstres avides de le croquer… Chouette ! Il s’amuse enfin ! Il lâche le volant, plus la peine d’y toucher, la voiture sait où elle doit te conduire… Il a bourré le coffre arrière d’explosifs. Il veut un vrai feu d’artifice comme au temps de son enfance, un temps où les oiseaux noirs ne croassaient pas encore à la fenêtre de sa chambre… Et il pousse son dernier cri… Son nom à elle arraché à son cœur…
James B. Sterling. Fils du millionnaire Oliver Partridge Sterling et de Oona de Beurs. Une sœur Blanche. Études interrompues à Baltimore Institute of Technology. Scandale étouffé après intervention de Mrs de Beurs. Remise d’un chèque d’un million de dollars à l’Institut. Membre du conseil d’administration de la Sterling Oil Co. Fondé de pouvoir de la De Beurs Bank of Atlanta. Démobilisé pendant la guerre pour troubles nerveux. Marié à Patsy Kleinberg. Divorcé. Pas d’enfant. Mort dans un accident de voiture, le 23 juillet 1951. Manhattan, Waldo Harland est réveillé par la sonnerie du téléphone. À l’autre bout, une voix lui annonce la mort de Jimmy. Comment ? Accident de voiture, lui est-il répondu. Il raccroche. Pendant quelques secondes, le monde s’arrête de tourner. Sa chambre grince sur son axe, tout va s’écrouler. Faut qu’il sorte. Dehors, il grille une cigarette. Il est seul. L’aube se lève, la journée sera chaude. Une journée sans Jimmy. Il ne parvient toujours pas à y croire. Soudain, il sait ce qu’il doit faire : il faut qu’il contacte Blanche. Une voiture s’arrête devant lui et il se lève des marches du perron sur lesquelles il était assis. Depuis le siège de conducteur d’une magnifique décapotable, Bellita Bonney lui demande de lui faire un café. Elle en a besoin.
La couverture ne laisse pas beaucoup de doute : un polar servi bien noir ! Et certainement un peu glauque également. La deuxième planche mentionne l’année du suicide de Jimmy : 1951. À la fois dans le récit et dans les images, le lecteur peut relever les marqueurs de l’époque : les belles américaines (les voitures), les tenues vestimentaires (les costumes élégants de ces messieurs et les robes de ces dames), le champ de derricks, la cigarette très présente, jusqu’à l’apparition d’Errol Flynn (1909-1959) dans l’histoire supplémentaire, ou encore la mention de Katharine Hepburn (1907-2003). Tout du long du récit, le lecteur peut également relever les artefacts propres à une facette de la mythologie des États-Unis. En vrac, : des bottes en peau de crocodile, le pétrole, les théâtres et les salles de cinéma de Broadway, les tripots, les trains interminables passant dans des paysages naturels magnifiques et transportant des hobos, l’argent omnipotent, la richesse matérielle au travers de son hydravion personnel (magnifique amerrissage dans une zone naturelle boisée et montagneuse), les initiales du magnat sur tous les wagons (OPS pour Oliver Partridge Sterling), la présence des armes à feu, la chanteuse de jazz ou de blues, la pêche à la dynamite dans un lac, le diner routier avec ses hamburger, le racisme, les affrontements brutaux lors d’une charge de la police, les petites villes de l’Ouest, les risques de l’activisme syndicaliste, etc. À l’évidence, les auteurs rendent hommage à cette mythologie qui leur est familière.
Cette mythologie nourrit l’intrigue : un jeune homme issu d’une classe défavorisée et d’une famille violente (sa mère a tué son père devant ses yeux, puis elle est morte étouffée par l’amante), qui s’intègre de manière inopinée dans une riche famille, dont les jeunes adultes ont des comportements déviants rendus possibles par la richesse à leur disposition. L’artiste se trouve à l’aise quel que soit l’environnement. Il les représente dans une veine descriptive et réaliste avec un haut niveau de détails, ce qui donne une reconstitution historique tangible, plausible et très concrète. En fonction de ses inclinations, le lecteur s’attache et en savoure une composante ou une autre, et vraisemblablement plusieurs. La première case, de la largeur de la page, met en valeur ce champ de derricks, avec un beau ciel chaud. En planche cinq, Harland marche tranquillement dans une rue pavée de New York, avec une vision des immeubles massifs. L’arrivée du train de marchandise dans une zone de déchargement fait apparaître la perspective interminable des wagons, qui contraste totalement avec le wagon privé isolé sur une autre voie de la famille Sterling. Puis le lecteur ressent le plaisir ineffable des grands espaces naturels avec l’amerrissage de l’hydravion privé, ou plus tard l’isolement de la barque isolée sur le même plan d’eau et la baignade dans le plus simple appareil, la multitude de patineurs sur le Wollman Rink de Central Park à New York, un champ de neige s’étendant à perte de vue, ou encore une fuite éperdue à travers champ, etc.
Le lecteur peut être plus sensible à des éléments urbains ou des intérieurs. L’aménagement de la cuisine du petit appartement newyorkais de Harland, la table de poker dans un tripot, l’opulente propriété des Sterling semblant être la célèbre Fallingwater House de l’architecte Frank Lloyd Wright (1867-1959) en Pennsylvanie avec le placard à fusils du patriarche ou la petite cabane plus rustique dans les bois, la chambre spartiate de l’établissement dans lequel Blanche a été internée, la piscine de la demeure d’Oona de Beurs, la salle de restaurant huppé et hors de prix, les champs de course, etc. L’implication de l’artiste se situe au plus haut niveau tout du long de l’ouvrage, assurant une immersion de tous les instants pour le lecteur. La narration visuelle emmène avec elle le lecteur dans ce qui se semble être un reportage sur le vif, avec des prises de vue adaptées à la nature de chaque séquence. Il peut aussi bien s’agir d’une succession de cases montrant différents instants d’une même scène de façon factuelle, sans effet particulier, que de cadrages appuyés ou resserrés pour un instant crucial ou dramatique. L’artiste joue discrètement avec les aplats de noir : ceux-ci pouvant jouer le rôle d’ombres portées naturalistes, ou parfois gagner un peu en consistance pour souligner un moment plus noir, des pensées sombres, un geste destructeur. Le lecteur remarque également que le dessinateur utilise parfois un effet de type objectif fisheye, pour montrer d’une part que les émotions amplifient tout et aussi que l’environnement des personnages s’étend bien au-delà de ce qu’ils conçoivent.
Un polar bien noir : oui, il y a de cela. Au fur et à mesure, il apparaît que la démarche des auteurs participe d’un hommage à une culture qui les a marqués, les a nourris, qu’ils ont perçue comme une mythologie. De ce fait, il y voit d’abord un exercice de style : faire ressentir au lecteur ce qui leur a plu dans cette forme de littérature, dans cette forme de cinéma (plutôt la deuxième option car le récit contient des références cinématographiques, et le personnage principal est un scénariste pour le cinéma et le théâtre). Pour autant, la dimension polar est également présente. Le rapport de force social se fait sentir : dans la domination exercée par le patriarche et magnat sur sa fille et sa femme, dans sa façon de considérer les autres comme des laquais jetables, et aussi dans son incapacité totale à s’occuper de son fils d’une manière ou d’une autre. Et encore dans sa volonté à mettre la main sur l’enfant de sa fille pour l’avoir sous son contrôle également. Il ressort également cet état d’esprit si particulier dans les polars de cette époque : les personnages principaux ont conscience de vivre dans une société dont les règles sont truquées, qu’ils ne pourront pas changer, sans qu’il leur soit possible pour autant de se résigner à l’injustice. Les auteurs jouent avec ce sentiment d’injustice, à commencer par le titre : Les révoltés. Ils prennent l’attente du lecteur à contrepied, car le premier révolté est le fils de famille riche à la conduite irresponsable de bout en bout, un rebelle sans cause. Ce choix semble vouloir tourner en dérision l’idée même de révolte. Le comportement de révolte de ce privilégié est entièrement autocentré, sans velléité aucune de remettre en cause l’ordre établi. Elle naît de la souffrance de l’inadéquation personnelle à sa situation sociale. Toutefois, le lecteur peut conserver à l’esprit cette notion de révolté, et identifier en quoi le comportement de Waldo Harland comporte sa part de révolte, dépourvue de grandiloquence, très pragmatique, quelle part d’humanisme il conserve, comment elle s’exprime et ce qu’il accomplit qui est en son pouvoir.
Un polar aux États-Unis dans les années 1950, avec un scénariste issu d’un milieu modeste essayant de survivre à l’argent et à la folie d’une riche famille. Une narration visuelle extraordinaire par la qualité de sa reconstitution, par sa capacité à assimiler et tirer le meilleur parti de la mythologie visuelle de cette époque et de ce pays. Un scénario alambiqué comme il se doit pour un roman policier de ce genre, respectant les codes à la lettre. Une intrigue utilisant les artifices du genre avec respect et compétence… Et en creux, une histoire plus personnelle, une révolte qui ne participe pas du spectacle, nourrie par des valeurs morales pragmatiques. De la belle ouvrage.
Une série culte...
Quand j'ai commencé à lire ce truc, j'ai pas aimé. Tout le monde trouvait ça chouette, alors j'ai insisté. Après avoir acheté et lu 4 tomes, j'ai abandonné. Pas pour moi. Puis un jour, j'ai repris, j'ai passé les 4 premiers tomes et ça l'a fait. Aujourd'hui j'adore, et je comprends le culte même si je le partage pas. Pour moi, c'est franchement bien.
Alors Berserk c'est quoi ? C'est l'ultra violence, dessinée avec talent et menée avec brio. C'est touchant, c'est déroutant, c'est juste. Les persos existent, ils ressemblent aux gens qu'on croise dans la rue. Tels qu'ils sont à l'intérieur, lorsque l'on arrache le costume de bonne réputation qui fait croire à un monde de gentils.
Berserk c'est la guerre. La guerre ordinaire, celle du quotidien. Celle des petites gens sales dans leur tête, pervers, qui font semblant mais en vrai sont lâches. Tout ça mis en image dans un contexte qui n'existe pas. Un monde semi-fantastique qui accepte la magie et les démons. Des démons très ordinaires. Comme le curé du coin.
NoirDelire
Elfen Lied divise. Certains adorent, d'autres non. C'est assez logique...
Le travail de Linn Okamoto se démarque du reste de la production manga par l'ambiance étrange qu'il réussi à créer dans chacune de ses séries. Elfen Lied, Brynhild in the Darkness et Parallel Paradize qui est limite hentai, mais n'est pas disponible en français.
Perso, j'adore. Je comprend facilement qu'on n'aime pas, par contre. C'est à la fois plus trash que Berserk, et plus doux qu'un shojo. Dans Elfen Lied, des gamines vaguement sexies démontent en trois secondes l'élite de l'armée. Elles déjouent sans difficulté les employés les mieux formés et les plus intelligents des services secret. Mais c'est pas trop là que réside l'intérêt. Ni dans le dessin, d'ailleurs, assez moyen il faut bien le dire. Un graphisme juste suffisant.
Ce que j'aime, moi, c'est le côté décalé. L'explosion de nos standards culturels, ou plutôt des standards de la nouvelle bonne société. Bien pensante, même lorsqu'on se doit d'être sexe ou gore. Oubliez les zombies, les guerriers noirs et désespérés, les viols tortures et autre fioritures trash qu'on trouve pas si difficilement si on cherche quelque chose d'un peu moins mickey mouse. Avec Linn Okamoto, tout est soft en fait. Les scènes de violence sont réelles, mais toute douces. Une tête s'arrache et vole en l'air dans une trainée de sang tout en restant, pour moi, bien plus "lovely" qu'une scène équivalente de Demon Slayer que je raconte à ma petite-fille de 5 ans (oui, je suis un vieux papy)
Linn Okamoto, est un artiste qui mélange le gentil et le méchant comme d'autres, en cuisine, mélangent le sucre et le sel.
J'aime.
NoirDelire
Impossible de ne pas plonger dans ce nouveau bijou de Patrick Prugne qui nous raconte une autre histoire vraie de massacre d'une tribu indienne par des soldats de l'armée des envahisseurs blancs.
Les dessins sont toujours aussi magnifiques, avec ces extraordinaires aquarelles qui font la légende de l'auteur.
Le récit alterne intelligemment les points de vue indiens / armée.
Je me suis régalée, moi qui ne lis presque plus de BD, là je ne pouvais pas ne pas remettre le pied à l'étrier :)
Allez-y sans hésiter !
Un immense merci à tous les avis dithyrambiques qui ont été postés ici, sans eux je serais sans doute passée à côté de ce spin-off d'une série que je porte pourtant très haut dans mon cœur !
Les Chants du Cygne Noir, spin-off du Château des étoiles donc, reprend l'univers de sa série mère, profitant de son énorme potentiel d'aventures et de conquêtes spatiales à la sauces Jules Vernes et Georges Méliès, se concentrant cette fois-ci non pas sur des conflits internationaux mais sur un récit de piraterie, de vengeance et, semble-t-il d'après la fin de ce premier tome, de chasse aux trésors. Une recette qui s'annonce classique, mais tout comme avec Le Château des Étoiles, Alex Alice nous prouve une nouvelle fois qu'il maîtrise aisément ces codes narratifs classiques et nous propose une exécution vivante et entraînante.
Le dessin est joliment travaillé, les décors sont toujours aussi grandioses et le pur encrage en noir et blanc apporte un charme propre qui différencie cette série de sa prédécesseuse (il s'agit après tout du même dessinateur). L'histoire s'annonce palpitante, le premier tome m'a déjà charmée (même si je ne m'emballerai pas plus que ça pour le moment, il ne s'agit après tout que du premier tome) et la nature de spin-off de l’œuvre n'est pas un handicap comme cela peut parfois être le cas ; nul besoin d'avoir lu Le Château des étoiles ou Les Chimères de Vénus pour apprécier et comprendre la lecture, chaque récit est indépendant tout en permettant une compréhension plus vaste de cet univers qui ravira les connaisseur-euse-s.
Excellente série qui s'annonce, j'espère donc de tout cœur que la suite et la conclusion sauront être à la hauteur.
Une excellente BD de pirates, qui se démarque par son approche. Ici, l’accent est moins mis sur l’héroïsme ou le grand spectacle que sur les réflexions politiques et les questions de société, sans que cela nuise au plaisir de lecture. Le récit est bien construit, rythmé et l’intrigue reste dynamique tout en prenant le temps de développer ses personnages et ses enjeux.
On sent une vraie volonté de proposer une œuvre cohérente sur la durée. Les personnages principaux sont travaillés, le fond n’est jamais sacrifié au profit de l’action et la documentation historique transparaît tout au long de la série. Rien ne semble laissé au hasard, ce qui renforce la crédibilité de l’ensemble.
Le dessin est également une grande réussite. Moderne, très soigné et particulièrement lisible, il accompagne parfaitement le récit sans chercher à lui voler la vedette.
Ce n’est clairement pas une série qui révolutionne la fantasy, mais c’est exactement le genre de lecture que j’apprécie pour déconnecter. L’intrigue reste assez classique et ne réserve pas de grandes surprises, mais elle est bien rythmée, variée et suffisamment efficace pour donner envie d’enchaîner les tomes. On y retrouve un mélange d’aventure, d’humour, de romance et de bons sentiments qui fonctionne bien.
Je valorise d’autant plus cette série que beaucoup de fantasy “ado” du même genre sont finalement assez médiocres. Ici, sans prétendre à la grande littérature, le résultat est franchement réussi et remplit parfaitement son objectif de divertissement. Le dessin est lui aussi très marqué “ado”, avec quelques clichés, mais il accompagne bien le récit et reste agréable tout au long de la lecture.
Un très bon western rugueux, porté par une intrigue solide et un univers particulièrement crédible. Le récit trouve le bon équilibre entre enquête, tension et réflexion sur la disparition d’un monde emporté par la modernité. Le rythme est bien maîtrisé et les personnages gagnent progressivement en profondeur. Ils restent marqués par une part de sauvagerie qui les rend difficiles à cerner, mais aussi plus humains et crédibles dans cet environnement rude.
Graphiquement, c’est une réussite. Le dessin réaliste colle parfaitement au genre : visages burinés, expressions justes et décors qui renforcent cette impression d’un Ouest en fin de vie. Les couleurs accompagnent intelligemment le récit, alternant des ambiances froides ou poussiéreuses avec quelques touches de rouge qui soulignent la violence sans en faire trop. Une BD qui ne révolutionne pas le western, mais qui en maîtrise parfaitement les codes.
Un vrai coup de cœur. Le traitement du deuil est d’une grande justesse et le rythme lent, presque contemplatif, sert parfaitement le propos. L’univers médiéval, imprégné de croyances celtes et vikings, est riche et immersif, avec une dimension mystique qui fonctionne particulièrement bien.
Le dessin est lui aussi une réussite : très beau, expressif et dynamique, il accompagne parfaitement la sensibilité du récit. Une BD qui privilégie l’ambiance et l’émotion à l’action, et qui devrait séduire les amateurs de récits intimistes.
Voilà une série qui m’a surpris, et qui – en deux tomes – à la pagination conséquente quand même – parvient à boucler un récit dynamique et prenant.
C’est de la SF dystopique, qui peu à peu se transforme en une sorte de polar.
Le premier tome plante le décor, présente la petite dizaine de protagonistes principaux. Nous sommes dans une société assez froide, dans laquelle tout est calculé à l’avance : chacun sait dès sa naissance – et on ne cesse de le lui rappeler – en commençant par l’école – qu’il va mourir forcément le jour de son anniversaire d’un des six âges limites (on ne sait juste pas lequel), tout étant fait pour que les accidents et autres « aléas de la vie » ne perturbent pas cet état de fait.
Et, lorsque approche l’une des échéances, chacun est sommé de faire bonne figure, en attendant le verdict.
Mais certains (qui tous, à des âges divers, ont leur anniversaire le prochain 10 octobre, jour qui pour tous correspond à l’un de ces âges limites) ne l’entendent pas de cette oreille, et vont jouer le rôle de grains de sable dans les rouages de cette implacable machine.
Le second tome est plus rythmé (toute la partie où les protagonistes doivent déjouer les caméras de surveillance est très prenante !), dynamique, bascule quasiment dans un thriller.
J’ai bien aimé ce récit. Les petites longueurs qui pointaient le bout du nez dans le premier tome sont balayées dans le suivant, bien plus dynamique et prenant. Et la chute, qui ne livre pas complètement le voile sur l’avenir de Richie, le jeune héros de 11 ans (un des âges limites) est plutôt bien vue.
Note réelle 3,5/5.
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Les Révoltés
Et les souvenirs et les regrets se sont éveillés au frottement de l’aube. - Cette intégrale regroupe les trois tomes initialement parus en 1998, 1999 et 2000, ainsi qu’une histoire courte de seize pages qui met en scène le personnage principal de la série. Elle a été publiée en 2008, dans le cadre d’une opération plus vaste de réédition en intégrales des œuvres de ce scénariste chez cet éditeur. La bande dessinée a été réalisée par Jean Dufaux pour le scénario, et par Marc Malès pour les dessins et les couleurs. Le premier tome comporte quarante-sept planches, le second quarante-six et le troisième quarante-six également. L’intégrale débute avec une introduction du scénariste d’une page, écrite en septembre 2008, dans laquelle il évoque sa frustration à ce que les Révoltés soit initialement paru en trois tomes, alors qu’il l’a écrit comme un récit complet, un roman graphique. Et il rend hommage au travail accompli par le dessinateur qui non content d’assumer un tel chantier, l’amplifia. Oiseaux de proie, d’acier, qui attendent dans un bruit d’enfer. Leurs becs frappent sans relâche les résolutions passées, cette suie noire qui encrasse les âmes. Dans un champ d’immenses derricks, Jimmy conduit sa voiture à fond, tout en picolant à même le goulot de sa bouteille. Il enfonce la pédale de l’accélérateur à fond. Il entre dans la forêt, forêt peuplée de cauchemars, de monstres avides de le croquer… Chouette ! Il s’amuse enfin ! Il lâche le volant, plus la peine d’y toucher, la voiture sait où elle doit te conduire… Il a bourré le coffre arrière d’explosifs. Il veut un vrai feu d’artifice comme au temps de son enfance, un temps où les oiseaux noirs ne croassaient pas encore à la fenêtre de sa chambre… Et il pousse son dernier cri… Son nom à elle arraché à son cœur… James B. Sterling. Fils du millionnaire Oliver Partridge Sterling et de Oona de Beurs. Une sœur Blanche. Études interrompues à Baltimore Institute of Technology. Scandale étouffé après intervention de Mrs de Beurs. Remise d’un chèque d’un million de dollars à l’Institut. Membre du conseil d’administration de la Sterling Oil Co. Fondé de pouvoir de la De Beurs Bank of Atlanta. Démobilisé pendant la guerre pour troubles nerveux. Marié à Patsy Kleinberg. Divorcé. Pas d’enfant. Mort dans un accident de voiture, le 23 juillet 1951. Manhattan, Waldo Harland est réveillé par la sonnerie du téléphone. À l’autre bout, une voix lui annonce la mort de Jimmy. Comment ? Accident de voiture, lui est-il répondu. Il raccroche. Pendant quelques secondes, le monde s’arrête de tourner. Sa chambre grince sur son axe, tout va s’écrouler. Faut qu’il sorte. Dehors, il grille une cigarette. Il est seul. L’aube se lève, la journée sera chaude. Une journée sans Jimmy. Il ne parvient toujours pas à y croire. Soudain, il sait ce qu’il doit faire : il faut qu’il contacte Blanche. Une voiture s’arrête devant lui et il se lève des marches du perron sur lesquelles il était assis. Depuis le siège de conducteur d’une magnifique décapotable, Bellita Bonney lui demande de lui faire un café. Elle en a besoin. La couverture ne laisse pas beaucoup de doute : un polar servi bien noir ! Et certainement un peu glauque également. La deuxième planche mentionne l’année du suicide de Jimmy : 1951. À la fois dans le récit et dans les images, le lecteur peut relever les marqueurs de l’époque : les belles américaines (les voitures), les tenues vestimentaires (les costumes élégants de ces messieurs et les robes de ces dames), le champ de derricks, la cigarette très présente, jusqu’à l’apparition d’Errol Flynn (1909-1959) dans l’histoire supplémentaire, ou encore la mention de Katharine Hepburn (1907-2003). Tout du long du récit, le lecteur peut également relever les artefacts propres à une facette de la mythologie des États-Unis. En vrac, : des bottes en peau de crocodile, le pétrole, les théâtres et les salles de cinéma de Broadway, les tripots, les trains interminables passant dans des paysages naturels magnifiques et transportant des hobos, l’argent omnipotent, la richesse matérielle au travers de son hydravion personnel (magnifique amerrissage dans une zone naturelle boisée et montagneuse), les initiales du magnat sur tous les wagons (OPS pour Oliver Partridge Sterling), la présence des armes à feu, la chanteuse de jazz ou de blues, la pêche à la dynamite dans un lac, le diner routier avec ses hamburger, le racisme, les affrontements brutaux lors d’une charge de la police, les petites villes de l’Ouest, les risques de l’activisme syndicaliste, etc. À l’évidence, les auteurs rendent hommage à cette mythologie qui leur est familière. Cette mythologie nourrit l’intrigue : un jeune homme issu d’une classe défavorisée et d’une famille violente (sa mère a tué son père devant ses yeux, puis elle est morte étouffée par l’amante), qui s’intègre de manière inopinée dans une riche famille, dont les jeunes adultes ont des comportements déviants rendus possibles par la richesse à leur disposition. L’artiste se trouve à l’aise quel que soit l’environnement. Il les représente dans une veine descriptive et réaliste avec un haut niveau de détails, ce qui donne une reconstitution historique tangible, plausible et très concrète. En fonction de ses inclinations, le lecteur s’attache et en savoure une composante ou une autre, et vraisemblablement plusieurs. La première case, de la largeur de la page, met en valeur ce champ de derricks, avec un beau ciel chaud. En planche cinq, Harland marche tranquillement dans une rue pavée de New York, avec une vision des immeubles massifs. L’arrivée du train de marchandise dans une zone de déchargement fait apparaître la perspective interminable des wagons, qui contraste totalement avec le wagon privé isolé sur une autre voie de la famille Sterling. Puis le lecteur ressent le plaisir ineffable des grands espaces naturels avec l’amerrissage de l’hydravion privé, ou plus tard l’isolement de la barque isolée sur le même plan d’eau et la baignade dans le plus simple appareil, la multitude de patineurs sur le Wollman Rink de Central Park à New York, un champ de neige s’étendant à perte de vue, ou encore une fuite éperdue à travers champ, etc. Le lecteur peut être plus sensible à des éléments urbains ou des intérieurs. L’aménagement de la cuisine du petit appartement newyorkais de Harland, la table de poker dans un tripot, l’opulente propriété des Sterling semblant être la célèbre Fallingwater House de l’architecte Frank Lloyd Wright (1867-1959) en Pennsylvanie avec le placard à fusils du patriarche ou la petite cabane plus rustique dans les bois, la chambre spartiate de l’établissement dans lequel Blanche a été internée, la piscine de la demeure d’Oona de Beurs, la salle de restaurant huppé et hors de prix, les champs de course, etc. L’implication de l’artiste se situe au plus haut niveau tout du long de l’ouvrage, assurant une immersion de tous les instants pour le lecteur. La narration visuelle emmène avec elle le lecteur dans ce qui se semble être un reportage sur le vif, avec des prises de vue adaptées à la nature de chaque séquence. Il peut aussi bien s’agir d’une succession de cases montrant différents instants d’une même scène de façon factuelle, sans effet particulier, que de cadrages appuyés ou resserrés pour un instant crucial ou dramatique. L’artiste joue discrètement avec les aplats de noir : ceux-ci pouvant jouer le rôle d’ombres portées naturalistes, ou parfois gagner un peu en consistance pour souligner un moment plus noir, des pensées sombres, un geste destructeur. Le lecteur remarque également que le dessinateur utilise parfois un effet de type objectif fisheye, pour montrer d’une part que les émotions amplifient tout et aussi que l’environnement des personnages s’étend bien au-delà de ce qu’ils conçoivent. Un polar bien noir : oui, il y a de cela. Au fur et à mesure, il apparaît que la démarche des auteurs participe d’un hommage à une culture qui les a marqués, les a nourris, qu’ils ont perçue comme une mythologie. De ce fait, il y voit d’abord un exercice de style : faire ressentir au lecteur ce qui leur a plu dans cette forme de littérature, dans cette forme de cinéma (plutôt la deuxième option car le récit contient des références cinématographiques, et le personnage principal est un scénariste pour le cinéma et le théâtre). Pour autant, la dimension polar est également présente. Le rapport de force social se fait sentir : dans la domination exercée par le patriarche et magnat sur sa fille et sa femme, dans sa façon de considérer les autres comme des laquais jetables, et aussi dans son incapacité totale à s’occuper de son fils d’une manière ou d’une autre. Et encore dans sa volonté à mettre la main sur l’enfant de sa fille pour l’avoir sous son contrôle également. Il ressort également cet état d’esprit si particulier dans les polars de cette époque : les personnages principaux ont conscience de vivre dans une société dont les règles sont truquées, qu’ils ne pourront pas changer, sans qu’il leur soit possible pour autant de se résigner à l’injustice. Les auteurs jouent avec ce sentiment d’injustice, à commencer par le titre : Les révoltés. Ils prennent l’attente du lecteur à contrepied, car le premier révolté est le fils de famille riche à la conduite irresponsable de bout en bout, un rebelle sans cause. Ce choix semble vouloir tourner en dérision l’idée même de révolte. Le comportement de révolte de ce privilégié est entièrement autocentré, sans velléité aucune de remettre en cause l’ordre établi. Elle naît de la souffrance de l’inadéquation personnelle à sa situation sociale. Toutefois, le lecteur peut conserver à l’esprit cette notion de révolté, et identifier en quoi le comportement de Waldo Harland comporte sa part de révolte, dépourvue de grandiloquence, très pragmatique, quelle part d’humanisme il conserve, comment elle s’exprime et ce qu’il accomplit qui est en son pouvoir. Un polar aux États-Unis dans les années 1950, avec un scénariste issu d’un milieu modeste essayant de survivre à l’argent et à la folie d’une riche famille. Une narration visuelle extraordinaire par la qualité de sa reconstitution, par sa capacité à assimiler et tirer le meilleur parti de la mythologie visuelle de cette époque et de ce pays. Un scénario alambiqué comme il se doit pour un roman policier de ce genre, respectant les codes à la lettre. Une intrigue utilisant les artifices du genre avec respect et compétence… Et en creux, une histoire plus personnelle, une révolte qui ne participe pas du spectacle, nourrie par des valeurs morales pragmatiques. De la belle ouvrage.
Berserk
Une série culte... Quand j'ai commencé à lire ce truc, j'ai pas aimé. Tout le monde trouvait ça chouette, alors j'ai insisté. Après avoir acheté et lu 4 tomes, j'ai abandonné. Pas pour moi. Puis un jour, j'ai repris, j'ai passé les 4 premiers tomes et ça l'a fait. Aujourd'hui j'adore, et je comprends le culte même si je le partage pas. Pour moi, c'est franchement bien. Alors Berserk c'est quoi ? C'est l'ultra violence, dessinée avec talent et menée avec brio. C'est touchant, c'est déroutant, c'est juste. Les persos existent, ils ressemblent aux gens qu'on croise dans la rue. Tels qu'ils sont à l'intérieur, lorsque l'on arrache le costume de bonne réputation qui fait croire à un monde de gentils. Berserk c'est la guerre. La guerre ordinaire, celle du quotidien. Celle des petites gens sales dans leur tête, pervers, qui font semblant mais en vrai sont lâches. Tout ça mis en image dans un contexte qui n'existe pas. Un monde semi-fantastique qui accepte la magie et les démons. Des démons très ordinaires. Comme le curé du coin. NoirDelire
Elfen lied
Elfen Lied divise. Certains adorent, d'autres non. C'est assez logique... Le travail de Linn Okamoto se démarque du reste de la production manga par l'ambiance étrange qu'il réussi à créer dans chacune de ses séries. Elfen Lied, Brynhild in the Darkness et Parallel Paradize qui est limite hentai, mais n'est pas disponible en français. Perso, j'adore. Je comprend facilement qu'on n'aime pas, par contre. C'est à la fois plus trash que Berserk, et plus doux qu'un shojo. Dans Elfen Lied, des gamines vaguement sexies démontent en trois secondes l'élite de l'armée. Elles déjouent sans difficulté les employés les mieux formés et les plus intelligents des services secret. Mais c'est pas trop là que réside l'intérêt. Ni dans le dessin, d'ailleurs, assez moyen il faut bien le dire. Un graphisme juste suffisant. Ce que j'aime, moi, c'est le côté décalé. L'explosion de nos standards culturels, ou plutôt des standards de la nouvelle bonne société. Bien pensante, même lorsqu'on se doit d'être sexe ou gore. Oubliez les zombies, les guerriers noirs et désespérés, les viols tortures et autre fioritures trash qu'on trouve pas si difficilement si on cherche quelque chose d'un peu moins mickey mouse. Avec Linn Okamoto, tout est soft en fait. Les scènes de violence sont réelles, mais toute douces. Une tête s'arrache et vole en l'air dans une trainée de sang tout en restant, pour moi, bien plus "lovely" qu'une scène équivalente de Demon Slayer que je raconte à ma petite-fille de 5 ans (oui, je suis un vieux papy) Linn Okamoto, est un artiste qui mélange le gentil et le méchant comme d'autres, en cuisine, mélangent le sucre et le sel. J'aime. NoirDelire
Cheyenne
Impossible de ne pas plonger dans ce nouveau bijou de Patrick Prugne qui nous raconte une autre histoire vraie de massacre d'une tribu indienne par des soldats de l'armée des envahisseurs blancs. Les dessins sont toujours aussi magnifiques, avec ces extraordinaires aquarelles qui font la légende de l'auteur. Le récit alterne intelligemment les points de vue indiens / armée. Je me suis régalée, moi qui ne lis presque plus de BD, là je ne pouvais pas ne pas remettre le pied à l'étrier :) Allez-y sans hésiter !
Les Chants du Cygne Noir
Un immense merci à tous les avis dithyrambiques qui ont été postés ici, sans eux je serais sans doute passée à côté de ce spin-off d'une série que je porte pourtant très haut dans mon cœur ! Les Chants du Cygne Noir, spin-off du Château des étoiles donc, reprend l'univers de sa série mère, profitant de son énorme potentiel d'aventures et de conquêtes spatiales à la sauces Jules Vernes et Georges Méliès, se concentrant cette fois-ci non pas sur des conflits internationaux mais sur un récit de piraterie, de vengeance et, semble-t-il d'après la fin de ce premier tome, de chasse aux trésors. Une recette qui s'annonce classique, mais tout comme avec Le Château des Étoiles, Alex Alice nous prouve une nouvelle fois qu'il maîtrise aisément ces codes narratifs classiques et nous propose une exécution vivante et entraînante. Le dessin est joliment travaillé, les décors sont toujours aussi grandioses et le pur encrage en noir et blanc apporte un charme propre qui différencie cette série de sa prédécesseuse (il s'agit après tout du même dessinateur). L'histoire s'annonce palpitante, le premier tome m'a déjà charmée (même si je ne m'emballerai pas plus que ça pour le moment, il ne s'agit après tout que du premier tome) et la nature de spin-off de l’œuvre n'est pas un handicap comme cela peut parfois être le cas ; nul besoin d'avoir lu Le Château des étoiles ou Les Chimères de Vénus pour apprécier et comprendre la lecture, chaque récit est indépendant tout en permettant une compréhension plus vaste de cet univers qui ravira les connaisseur-euse-s. Excellente série qui s'annonce, j'espère donc de tout cœur que la suite et la conclusion sauront être à la hauteur.
La République du Crâne
Une excellente BD de pirates, qui se démarque par son approche. Ici, l’accent est moins mis sur l’héroïsme ou le grand spectacle que sur les réflexions politiques et les questions de société, sans que cela nuise au plaisir de lecture. Le récit est bien construit, rythmé et l’intrigue reste dynamique tout en prenant le temps de développer ses personnages et ses enjeux. On sent une vraie volonté de proposer une œuvre cohérente sur la durée. Les personnages principaux sont travaillés, le fond n’est jamais sacrifié au profit de l’action et la documentation historique transparaît tout au long de la série. Rien ne semble laissé au hasard, ce qui renforce la crédibilité de l’ensemble. Le dessin est également une grande réussite. Moderne, très soigné et particulièrement lisible, il accompagne parfaitement le récit sans chercher à lui voler la vedette.
La Quête du Graal
Ce n’est clairement pas une série qui révolutionne la fantasy, mais c’est exactement le genre de lecture que j’apprécie pour déconnecter. L’intrigue reste assez classique et ne réserve pas de grandes surprises, mais elle est bien rythmée, variée et suffisamment efficace pour donner envie d’enchaîner les tomes. On y retrouve un mélange d’aventure, d’humour, de romance et de bons sentiments qui fonctionne bien. Je valorise d’autant plus cette série que beaucoup de fantasy “ado” du même genre sont finalement assez médiocres. Ici, sans prétendre à la grande littérature, le résultat est franchement réussi et remplit parfaitement son objectif de divertissement. Le dessin est lui aussi très marqué “ado”, avec quelques clichés, mais il accompagne bien le récit et reste agréable tout au long de la lecture.
Jusqu'au dernier
Un très bon western rugueux, porté par une intrigue solide et un univers particulièrement crédible. Le récit trouve le bon équilibre entre enquête, tension et réflexion sur la disparition d’un monde emporté par la modernité. Le rythme est bien maîtrisé et les personnages gagnent progressivement en profondeur. Ils restent marqués par une part de sauvagerie qui les rend difficiles à cerner, mais aussi plus humains et crédibles dans cet environnement rude. Graphiquement, c’est une réussite. Le dessin réaliste colle parfaitement au genre : visages burinés, expressions justes et décors qui renforcent cette impression d’un Ouest en fin de vie. Les couleurs accompagnent intelligemment le récit, alternant des ambiances froides ou poussiéreuses avec quelques touches de rouge qui soulignent la violence sans en faire trop. Une BD qui ne révolutionne pas le western, mais qui en maîtrise parfaitement les codes.
Ce que les corbeaux nous laissent
Un vrai coup de cœur. Le traitement du deuil est d’une grande justesse et le rythme lent, presque contemplatif, sert parfaitement le propos. L’univers médiéval, imprégné de croyances celtes et vikings, est riche et immersif, avec une dimension mystique qui fonctionne particulièrement bien. Le dessin est lui aussi une réussite : très beau, expressif et dynamique, il accompagne parfaitement la sensibilité du récit. Une BD qui privilégie l’ambiance et l’émotion à l’action, et qui devrait séduire les amateurs de récits intimistes.
10 Octobre
Voilà une série qui m’a surpris, et qui – en deux tomes – à la pagination conséquente quand même – parvient à boucler un récit dynamique et prenant. C’est de la SF dystopique, qui peu à peu se transforme en une sorte de polar. Le premier tome plante le décor, présente la petite dizaine de protagonistes principaux. Nous sommes dans une société assez froide, dans laquelle tout est calculé à l’avance : chacun sait dès sa naissance – et on ne cesse de le lui rappeler – en commençant par l’école – qu’il va mourir forcément le jour de son anniversaire d’un des six âges limites (on ne sait juste pas lequel), tout étant fait pour que les accidents et autres « aléas de la vie » ne perturbent pas cet état de fait. Et, lorsque approche l’une des échéances, chacun est sommé de faire bonne figure, en attendant le verdict. Mais certains (qui tous, à des âges divers, ont leur anniversaire le prochain 10 octobre, jour qui pour tous correspond à l’un de ces âges limites) ne l’entendent pas de cette oreille, et vont jouer le rôle de grains de sable dans les rouages de cette implacable machine. Le second tome est plus rythmé (toute la partie où les protagonistes doivent déjouer les caméras de surveillance est très prenante !), dynamique, bascule quasiment dans un thriller. J’ai bien aimé ce récit. Les petites longueurs qui pointaient le bout du nez dans le premier tome sont balayées dans le suivant, bien plus dynamique et prenant. Et la chute, qui ne livre pas complètement le voile sur l’avenir de Richie, le jeune héros de 11 ans (un des âges limites) est plutôt bien vue. Note réelle 3,5/5.