Son haleine fétide est déjà sur vous !
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Cette anthologie regroupe quatre récits courts de l’auteur. Son édition originale date de 2018. Elles ont été réalisées par Paolo Eleuteri Serpieri (1944-), pour le scénario et les dessins, ainsi que pour la couleur des deux dernières histoires. Ce tome comprend cinquante-et-une pages de bande dessinée.
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Trois femmes, paru en 1979, quatorze pages. Un homme bien habillé se tient devant six autres et leur tient ce langage : Messieurs, Raton est encore une ville frontière et la vie n’est pas facile dans ces contrées. C’est pour cela que les pionniers ne voulaient ni femmes, ni enfants, mais la situation a changé, tout est calme. C’est pour cela que leur société a été chargée de trouver des jeunes femmes qui aient le goût de l’aventure et des facultés d’adaptation et qui soient disposées à devenir les compagnes de ces hommes courageux ! Abilene, à la fin du dix-neuvième siècle, c’est désormais une grande ville qui a prospéré grâce à ses marchés aux bestiaux. Dans la ville, deux hommes discutent accoudés à la barrière d’un enclos à bétail. Le premier dit à l’autre que ce troupeau doit arriver sur pieds à Raton, et il lui recommande de ne pas trop les fatiguer, ils payent un demi-dollar la livre et ce n’est pas rien. Son interlocuteur le rassure : il connaît son métier et Allen aussi.
Serpieri est peut-être plus connu pour sa série Druuna, mêlant science-fiction et érotisme. Auparavant, il a réalisé de nombreux récits de western, dont ce tome en présente un échantillon. Le lecteur commence par découvrir des dessins en noir & blanc, un peu austères pleins de textures, avec un niveau de détails impressionnant, bien dosé. Il commence par s’attacher à la représentation des tenues vestimentaires : les hommes d’affaires en habit de ville, les cowboys, et les femmes en robe, en jupe et même une en pantalon. Il apprécie le soin apporté à rendre la texture du tissu, différente pour les jeans et pour les foulards, ou encore pour les Stetsons. Il regarde aussi bien les ceinturons, les holsters et les revolvers que la selle des chevaux, leur harnachement, et les accessoires accrochés comme une gourde. Il remarque que l’artiste préfère dessiner les grands espaces que les zones urbaines, tout en prenant soin de placer le bon accessoire. Le dessinateur sait montrer des individus avec des morphologies diversifiées, des visages uniques, les rendant immédiatement indentifiables, même si tous les personnages ne sont pas nommés.
Cette première nouvelle se base sur un fait réel : l’appel aux femmes pour rejoindre les colons sur la Frontière, une position peu flatteuse pour elles. En effet, elles sont traitées comme du bétail : elles doivent arriver en bon état à la livraison, tout comme les cowboys accompagnant un troupeau de vaches doivent les ménager pour ne pas obérer leur valeur marchande. En peu de pages, l’auteur présente cinq femmes aux origines sociales différentes, aux caractères différents, et aux motivations différentes, une rare efficacité narrative. Le lecteur pressent qu’il s’agit d’une histoire à chute, avec une justice immanente à la clé, ou une fin ironique. En fonction de sa sensibilité, le lecteur peut y voir un récit féministe prenant en compte les diktats d’une société accordant beaucoup de valeur à la virilité, ou bien l’introduction à une série qui serait très prometteuse, mais jamais réalisée.
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Un vieux peintre de l’ouest, 1979, douze pages. Dans une zone sauvage un cowboy se tient bien droit assis sur un rocher, son chapeau sur les genoux. En face de lui un homme âgé est train de peindre son portrait sur une petite toile posée sur un chevalet. Le cowboy se déclare très satisfait du résultat. Dans le bureau du shérif de Strawan, Buck est interrogé : il répète qu’il ne sait rien de l’attaque de la diligence, ce jour-là il était à Abilene à la foire aux bestiaux. Le shérif lui décoche un coup de poing au visage, puis un crochet du droit dans le ventre. Il exige le nom du complice ; Buck finit par lâcher le morceau : Track Stockie.
Le changement dans la continuité : toujours l’ouest américain et la prédominance des grands espaces sauvages, mais plus aucune femme à l’horizon, sauf dans la foule des curieux venus assister à la pendaison. L’auteur surprend son lecteur d’entrée de jeu avec un personnage à la profession inattendue : un vieil homme exerçant le métier de portraitiste. Quelle curieuse idée, et en même temps pourquoi pas : un peintre itinérant au far-west. Un chasseur de primes un peu trop confiant, et une sombre histoire de vengeance bien tordue, d’une forme différente de celle de la première histoire, un plat qui se mange plus froid. Le lecteur retrouve l’évocation de l’ouest sauvage attendue : des grands espaces, magnifiés par la présence incongrue d’un être humain perdu dans cette immensité, ou par une chevauchée paisible. Les tenues de Western : pantalon en tissu résistant, chemise informe et gilet de rigueur, chapeau pour se protéger du soleil, les bottes, le ceinturon avec les cartouches, le holster et le revolver, la couverture attachée à l’arrière de la selle, tout est conforme à l’imaginaire associé à ce genre. Le lecteur apprécie également le sens du détail : le petit tabouret avec paillage pour le peintre, les gants du chasseur de primes, les tenailles du maréchal-ferrant, la cafetière à même le feu de camp, le tonnelet sur le comptoir, etc.
À nouveau, l’auteur raconte une intrigue bien dense en un nombre compté de pages. Le lecteur le ressent : il faut que ça avance. Pour ça, le scénariste intègre des faits passés dans la discussion, ne pouvant pas tout montrer dans sa narration visuelle. Il joue habilement avec les conventions du genre : le beau chasseur de primes avec une vraie morale, mais peut-être pas si futé que ça, le vieux peintre peut-être pas si inoffensif que ça, et à nouveau une ouverture finale inattendue. L’auteur raconte une histoire surprenante sur la base des conventions de genre Western, avec une narration visuelle consistante assurant une reconstitution historique solide.
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L’homme qui n’avait pas de pouces, 1980, dix-neuf pages. L’étrange caravane, à peine visible, avance lentement dans la plaine. Des spectres errant épuisés, sans but, en silence… Angie, une femme blanche habillé en Indienne, repense à son histoire, comment elle en est arrivée là : la dureté de son père fermier, son mariage à Jeune Bison des Crow Absaroka, son viol par Face Jaune… Au temps présent, elle voit arriver un cavalier : un homme à qui il manque les deux pouces.
L’arrivée de la couleur : un changement d’autant plus saisissant que Serpieri mêle élégamment un discret détourage par un trait souvent coloré, et la technique de couleur directe, avec une palette originale. La couleur du ciel oscille entre une approche réaliste et une approche expressionniste. Le rendu de l’herbe de la prairie est incroyable : entre réalisme et composition se mariant avec le ciel, effet monochrome avec nuances d’une même couleur pour le passé (vert d’eau) et expressionnisme pour la rage qui habite Angie pour finir (entre orange et sépia). Les représentations restent dans un registre réaliste et descriptif, composant une reconstitution historique très solide et consistante, habitée par des émotions qui colorent les cases.
Dans un premier temps, le lecteur peut se focaliser sur les aspects sensationnalistes de la narration : des formes de sadisme psychologique, d’humiliation d’une femme et de nudité féminine. Ces composantes sont bien présentes de manière explicite. Dans un second temps, il ressort que ces comportements correspondent à l’époque et au lieu, une société violente, où les conflits se règlent avec des armes à feu. Dans le même temps, le récit est raconté du point de vue d’Angie, qui ne se perçoit pas comme une victime : elle a intégré les conséquences d’un fonctionnement où règne la volonté du plus fort, elle s’y est adaptée, acceptant les relations sexuelles imposées, et elle agit en conséquence. Dans le même temps, le prix à payer par elle, par les autres finit par dicter leur comportement. Un récit qui peut apparaître racoleur en apparence, qui s’avère sophistiqué et intelligent.
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Le monstre, 1984, six pages. Dans une zone sauvage montagneuse, Mike et Zeb, deux cavaliers approchent de leur destination. Zeb indique que ce coin lui fiche la trouille, il a comme un pressentiment. L’autre le rembarre sèchement : l’or est tout proche et il ne se laissera pas impressionner par des superstitions. Mike détecte une construction bizarre qui ressemble à un vieux temple mexicain : il est certain qu’il doit cacher l’entrée de la grotte. Zeb sens une odeur, une infection plus ils avancent. Il se demande où sont planqués Jim et Sam.
Le récit le plus court, avec une trame très classique : l’obsession du trésor qui aboutit à la ruine des individus, avec une touche surnaturelle, sans élément érotique. Le rendu du paysage montagneux est magnifique : entre la texture des rochers qu’ils soient naturels ou taillés, la couleur de la roche avec les effets de luminosité qui rehausse les reliefs. La mise en scène est d’une efficacité exemplaire, pour cette scénette avec trois personnages. Leurs visages burinés expriment la dureté de leur vie, et leur personnalité rigide qui en résulte. Le lecteur se sent complètement emporté par la détermination de Mike à aller jusqu’au bout, par le doute de Zeb qui est prêt à renoncer devant le dernier obstacle, par le calme du vieil homme, une assurance et une sagesse qui proviennent de l’expérience. La chute est à la fois sans surprise, et à la fois inéluctable, d’une justesse évidente.
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Quatre histoires brèves de type Western : le lecteur y trouve les conventions de genre qu’il vient y chercher, comme les cowboys, les grands espaces, les chevauchées, les (Amér)Indiens, les troupeaux de bétail, et une société où règne la loi du plus fort. Il y trouve également les dessins ciselés de Serpieri, une femme à la beauté incroyable, la réalité d’une violence sadique s’exerçant contre les uns et les autres. Emporté par la consistance de la reconstitution historique, il s’immerge dans des histoires courtes et denses, avec des personnages étoffés, une savante mise en œuvre de la psychologie et de la nature humaine, et des pages magnifiques.
Le dessin n'est ni très joli ni très expressif, mais tout de même assez pour qu'on distingue les personnages. Des personnages que j'aime tous bien, soit dit en passant. Le vampire a une sorte d'humour pince sans rire, son cheptel un humour comment dirais-je ? Décontracté. Le vampire veut survivre, les humains aussi, mais en plus, être libres. Ils se rappellent leur vie d'avant, la psy fait psy de vampire qui a des problèmes avec sa maman. C'est drôle ! Le vampire a le côté hautain qu'on prête à l'aristocrate, et calculateur des bourgeois comme des nobles qui ont su s'allier au capitalisme. Je ne vais pas spoiler, mais il y a un côté tragique à la fin.
Découvrir un Corben est pour moi toujours un évènement. Et il faut être patient vu les prix pratiqués sur le marché de l'occasion.
Jeremy Brood est un très bon Corben. On retrouve Strnad au scénario, gage de qualité.
Il y a pas mal de points communs avec Den. On retrouve le même mélange de SF et d'univers mythologique ancestral.
Les extraterrestres sont grotesques, les décors organiques, bref du pur Corben.
Le niveau de finition du dessin, un critère très important chez cet artiste, n'égale pas le premier épisode de Den mais reste dans la moyenne haute de son œuvre.
La narration patine un peu vers la fin et nous délivre un dénouement hasardeux, c'est ce qui m'empêche de donner la note maximale.
A conserver précieusement dans sa bibliothèque.
Rebel de Pepe Moreno est le "Streets of Rage" de la bande dessinée.
Si vous avez passé des heures à arpenter les rues malfamées du jeu vidéo sur Megadrive, à distribuer des mandales sur fond de musique techno-synthé, alors la lecture de Rebel va déclencher chez toi lecteur, une vague de nostalgie immédiate.
Publiée en 1984, cette bande s'impose comme l'ancêtre spirituel parfait du célèbre beat 'em up de Sega. Elle coche toutes les cases de la série B rétro-futuriste : climat post-apocalyptique, anti-héros ultra-badass, action rythmée et guerres de gangs.
Dès la couverture iconique, le ton est donné : un mercenaire tout de cuir vêtu et armé jusqu'aux dents pose fièrement avec, en arrière-plan, une ville en proie aux explosions.
Le scénario rappelle lui aussi les grandes heures de l'arcade. À l'instar d'Axel Stone ou d'Adam Hunter partant nettoyer la ville, Rebel — un ancien des forces spéciales — doit secourir sa petite amie Lori, kidnappée par un gang rival (les Skinheads) retranché dans une tour. Le Brooklyn dévasté dépeint par Moreno suinte la même ambiance de zone de non-droit nocturne, gangrenée par une profusion de violence.
Visuellement, les couleurs flamboyantes et contrastées de l'auteur évoquent immédiatement les palettes graphiques des bornes d'arcade de l'époque, dans une esthétique "néon et asphalte". C'est flashy, c'est violent, et le découpage de l'action est si nerveux qu'on croirait presque entendre les impacts de balles à chaque case.
Mais Rebel, c'est du fun avant tout. Pour désamorcer un ton qui aurait pu être trop sérieux, Moreno a la bonne idée d'adjoindre au héros deux jeunes zonards à la cool attitude qui vont combattre à ses côtés.
Une très bonne BD d'action qui se lit comme on insère une pièce dans une borne d'arcade. C'est, avec Gene Kong, le meilleur travail de Pepe Moreno.
Cet album est plus un portrait, un témoignage qu'un véritable récit. Les co-scénaristes ont en effet plutôt suivi Ginette Kolinka dans un de ses voyages à Birkenau, et retranscrit ses interactions avec les enfants qu'elle accompagne. Cela donne quelque chose d'authentique, de vivant, d'interactif presque, plutôt qu'un témoignage "brut" de ses années de déportation. Non que ç'aurait été inintéressant, mais comme l'a indiqué quelqu'un d'autre, cela a déjà été fait, et très bien fait par ailleurs.
Le travail graphique des deux dessinateurs et de leur coloriste (cité sur la couverture, un beau symbole, hélas trop rare) est plutôt sympathique et garde l'énergie communiquée par Mme Kolinka. Il en résulte un bel album, peut-être pas le plus émouvant sur le sujet, mais il apporte sa pierre à l'édifice de la mémoire.
«Un livre, c'est un peu comme une histoire d'amour».
Ici, nous sommes face à un nouveau départ. Ceux qui pensaient qu'il ne s'agissait que d'une suite de Sunstone se trompaient. J'ai lu les autres travaux de Sejic, aussi Harleen que j'ai acheté et que j'aime beaucoup, mais je dois reconnaître que je me sens petit et incompétent devant cette œuvre. Devant l'avis de gruizzli aussi.
Celui qui lit tout, sérieusement, trouvera probablement que bien plus que de l'érotisme, c'est l'être humain dans toutes ses dimensions et émotions qui est exposé ici. Le couple principal, Anne et Alan, ne sont pas des stéréotypes du BDSM : le plus important réside dans l'authenticité des sentiments et sensations, à mon avis.
Les dessins et les couleurs de Stjepan Sejic sont très beaux et je n'ai presque trouvé aucun défaut. Même sur le plan purement artistique, c'est un auteur qui vaut la peine d'être suivi.
Comme c’est adorable pour les petits, avec des personnages animaliers mignons tout plein et des dialogues en dessins facilement compréhensibles même si on ne maîtrise pas encore bien la lecture.
Une histoire simple et toute mignonne, avec néanmoins un peu d’adversité.
Deux intrigues maintiendront l’attention des plus jeunes : les enfants qui s’ennuient dans le château arriveront-ils à déjouer la surveillance des gardes pour sortir jouer au foot avec les autres ? Et il faudra suivre les tribulations du ballon tout au long de la partie.
Les évènements s’enchaînent et finalement il se passe plein de choses dans ce bel album.
Certes trop vite parcouru pour un lecteur confirmé.
Mais j’ai envie de lui mettre ses étoiles comme si j’avais encore trois ou quatre ans.
Avec un narrateur à la première personne, la vie d'un immigrant européen à New York, né au début du XXe siècle, est racontée. À travers de petits éclats de sa mémoire qui se traduisent graphiquement par des doubles pages aux traits imprécis pour les détails, mais représentatifs de ce qui s'est passé, une vie s'expose.
Le dessin: un noir et blanc fait de coups de pinceau épais et expressifs, dans lequel s'insèrent les textes, dans une prose poétique. Nous sommes invités à partager ses souvenirs et réflexions sur un siècle qu'il a quitté, que ce soit ses différents travaux manuels ou les clubs de jazz nocturnes. Django Reinhardt, entre autres, y est présent! C'est très beau et puissant. J'aime particulièrement les scènes de jazz et les images maritimes. On peut presque entendre la musique et sentir les odeurs.
L'écriture poétique contribue beaucoup à ce que le lecteur s'immerge dans ce qui est narré, tandis que l'esprit vagabonde à travers les images représentées.
Et à la fin, on comprend la référence à Caz Roman, titre d'un album turc de jazz tzigane interprété par Mustafa Kandirali.
L'œuvre a été récompensée par le Trophée des Éditeurs Indépendants au Festival du Livre de Grenoble.
Depuis quelques temps Jean-Louis Tripp développe une veine autobiographique, et cette série complète le portrait qu’il dresse de lui et de ses proches (frère décédé trop tôt, son père, etc.).
Dans ce diptyque, Tripp se met à nu, dans tous les sens du terme d’ailleurs.
Car il s’agit de nous présenter – mais il y a aussi sans doute une part d’auto-analyse dans ce projet – ses expériences sexuelles. Il parle donc essentiellement de sexe. D’amour aussi bien sûr (plutôt dans le second tome d’ailleurs), mais plutôt de sexe (même si les deux peuvent être concomitants parfois ici). Beaucoup de scènes de sexe donc – et là il faut dire qu’il a exploré pas mal de choses. Mais ça n’est pas pour autant, malgré les nombreux passages explicites, quelque chose de profondément pornographique.
Tripp n’est pas avare d’autodérision, d’humour, use de styles graphiques différents parfois – même si son trait classique et dynamique dominant est très agréable. Tout ceci pour dire que la lecture est fluide et plaisante, et que les deux tomes, à la pagination importante, se lisent relativement rapidement (la mise en page est aérée, alterne gaufrier classique et pages plus « déconstruites »).
Par-delà les choix de vie et de recherche du plaisir exprimés par l’auteur, auxquels on peut plus ou moins adhérer (je ne me reconnais pas forcément dans pas mal de ces choix – goûts et/ou opportunités m’ayant envoyé sur des trajectoires différentes), on ne peut que lui reconnaître le courage de les donner à voir quasiment bruts, et de nous avoir rendue intéressante cette recension.
Deuxième album d'Emily Carroll que je lis et deuxième album de suite que je trouve excellent ! Ça me donne bien envie de mieux connaitre le reste de son œuvre.
L'histoire met en vedette une femme timide qui s'est mariée à un homme qui a déjà une fille et dont la femme est morte. Son mari semble cacher des choses et elle se met à vivre des expériences paranormales. Le récit est simple, mais terriblement efficace. En plus, lorsqu'on pense avoir tout deviné, les choses n'apparaissent pas comme elles le sont, mais je ne vais pas en dire plus parce que c'est vraiment le genre de récit de fiction qu'il faut lire avec le moins d'informations possible. En tout cas, je ne savais pas trop ce que j'allais lire et j'ai vite trouvé le scénario prenant. On brasse plusieurs thèmes et il y a différentes interprétations qu'on peut faire du récit.
Le dessin est très bon. La mise en scène est bien maitrisée et le mélange de scènes en noir et blanc et de scènes en couleurs fonctionne bien. Un comics très intelligent que je conseille à tous.
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Le Monstre (Serpieri)
Son haleine fétide est déjà sur vous ! - Cette anthologie regroupe quatre récits courts de l’auteur. Son édition originale date de 2018. Elles ont été réalisées par Paolo Eleuteri Serpieri (1944-), pour le scénario et les dessins, ainsi que pour la couleur des deux dernières histoires. Ce tome comprend cinquante-et-une pages de bande dessinée. - Trois femmes, paru en 1979, quatorze pages. Un homme bien habillé se tient devant six autres et leur tient ce langage : Messieurs, Raton est encore une ville frontière et la vie n’est pas facile dans ces contrées. C’est pour cela que les pionniers ne voulaient ni femmes, ni enfants, mais la situation a changé, tout est calme. C’est pour cela que leur société a été chargée de trouver des jeunes femmes qui aient le goût de l’aventure et des facultés d’adaptation et qui soient disposées à devenir les compagnes de ces hommes courageux ! Abilene, à la fin du dix-neuvième siècle, c’est désormais une grande ville qui a prospéré grâce à ses marchés aux bestiaux. Dans la ville, deux hommes discutent accoudés à la barrière d’un enclos à bétail. Le premier dit à l’autre que ce troupeau doit arriver sur pieds à Raton, et il lui recommande de ne pas trop les fatiguer, ils payent un demi-dollar la livre et ce n’est pas rien. Son interlocuteur le rassure : il connaît son métier et Allen aussi. Serpieri est peut-être plus connu pour sa série Druuna, mêlant science-fiction et érotisme. Auparavant, il a réalisé de nombreux récits de western, dont ce tome en présente un échantillon. Le lecteur commence par découvrir des dessins en noir & blanc, un peu austères pleins de textures, avec un niveau de détails impressionnant, bien dosé. Il commence par s’attacher à la représentation des tenues vestimentaires : les hommes d’affaires en habit de ville, les cowboys, et les femmes en robe, en jupe et même une en pantalon. Il apprécie le soin apporté à rendre la texture du tissu, différente pour les jeans et pour les foulards, ou encore pour les Stetsons. Il regarde aussi bien les ceinturons, les holsters et les revolvers que la selle des chevaux, leur harnachement, et les accessoires accrochés comme une gourde. Il remarque que l’artiste préfère dessiner les grands espaces que les zones urbaines, tout en prenant soin de placer le bon accessoire. Le dessinateur sait montrer des individus avec des morphologies diversifiées, des visages uniques, les rendant immédiatement indentifiables, même si tous les personnages ne sont pas nommés. Cette première nouvelle se base sur un fait réel : l’appel aux femmes pour rejoindre les colons sur la Frontière, une position peu flatteuse pour elles. En effet, elles sont traitées comme du bétail : elles doivent arriver en bon état à la livraison, tout comme les cowboys accompagnant un troupeau de vaches doivent les ménager pour ne pas obérer leur valeur marchande. En peu de pages, l’auteur présente cinq femmes aux origines sociales différentes, aux caractères différents, et aux motivations différentes, une rare efficacité narrative. Le lecteur pressent qu’il s’agit d’une histoire à chute, avec une justice immanente à la clé, ou une fin ironique. En fonction de sa sensibilité, le lecteur peut y voir un récit féministe prenant en compte les diktats d’une société accordant beaucoup de valeur à la virilité, ou bien l’introduction à une série qui serait très prometteuse, mais jamais réalisée. - Un vieux peintre de l’ouest, 1979, douze pages. Dans une zone sauvage un cowboy se tient bien droit assis sur un rocher, son chapeau sur les genoux. En face de lui un homme âgé est train de peindre son portrait sur une petite toile posée sur un chevalet. Le cowboy se déclare très satisfait du résultat. Dans le bureau du shérif de Strawan, Buck est interrogé : il répète qu’il ne sait rien de l’attaque de la diligence, ce jour-là il était à Abilene à la foire aux bestiaux. Le shérif lui décoche un coup de poing au visage, puis un crochet du droit dans le ventre. Il exige le nom du complice ; Buck finit par lâcher le morceau : Track Stockie. Le changement dans la continuité : toujours l’ouest américain et la prédominance des grands espaces sauvages, mais plus aucune femme à l’horizon, sauf dans la foule des curieux venus assister à la pendaison. L’auteur surprend son lecteur d’entrée de jeu avec un personnage à la profession inattendue : un vieil homme exerçant le métier de portraitiste. Quelle curieuse idée, et en même temps pourquoi pas : un peintre itinérant au far-west. Un chasseur de primes un peu trop confiant, et une sombre histoire de vengeance bien tordue, d’une forme différente de celle de la première histoire, un plat qui se mange plus froid. Le lecteur retrouve l’évocation de l’ouest sauvage attendue : des grands espaces, magnifiés par la présence incongrue d’un être humain perdu dans cette immensité, ou par une chevauchée paisible. Les tenues de Western : pantalon en tissu résistant, chemise informe et gilet de rigueur, chapeau pour se protéger du soleil, les bottes, le ceinturon avec les cartouches, le holster et le revolver, la couverture attachée à l’arrière de la selle, tout est conforme à l’imaginaire associé à ce genre. Le lecteur apprécie également le sens du détail : le petit tabouret avec paillage pour le peintre, les gants du chasseur de primes, les tenailles du maréchal-ferrant, la cafetière à même le feu de camp, le tonnelet sur le comptoir, etc. À nouveau, l’auteur raconte une intrigue bien dense en un nombre compté de pages. Le lecteur le ressent : il faut que ça avance. Pour ça, le scénariste intègre des faits passés dans la discussion, ne pouvant pas tout montrer dans sa narration visuelle. Il joue habilement avec les conventions du genre : le beau chasseur de primes avec une vraie morale, mais peut-être pas si futé que ça, le vieux peintre peut-être pas si inoffensif que ça, et à nouveau une ouverture finale inattendue. L’auteur raconte une histoire surprenante sur la base des conventions de genre Western, avec une narration visuelle consistante assurant une reconstitution historique solide. - L’homme qui n’avait pas de pouces, 1980, dix-neuf pages. L’étrange caravane, à peine visible, avance lentement dans la plaine. Des spectres errant épuisés, sans but, en silence… Angie, une femme blanche habillé en Indienne, repense à son histoire, comment elle en est arrivée là : la dureté de son père fermier, son mariage à Jeune Bison des Crow Absaroka, son viol par Face Jaune… Au temps présent, elle voit arriver un cavalier : un homme à qui il manque les deux pouces. L’arrivée de la couleur : un changement d’autant plus saisissant que Serpieri mêle élégamment un discret détourage par un trait souvent coloré, et la technique de couleur directe, avec une palette originale. La couleur du ciel oscille entre une approche réaliste et une approche expressionniste. Le rendu de l’herbe de la prairie est incroyable : entre réalisme et composition se mariant avec le ciel, effet monochrome avec nuances d’une même couleur pour le passé (vert d’eau) et expressionnisme pour la rage qui habite Angie pour finir (entre orange et sépia). Les représentations restent dans un registre réaliste et descriptif, composant une reconstitution historique très solide et consistante, habitée par des émotions qui colorent les cases. Dans un premier temps, le lecteur peut se focaliser sur les aspects sensationnalistes de la narration : des formes de sadisme psychologique, d’humiliation d’une femme et de nudité féminine. Ces composantes sont bien présentes de manière explicite. Dans un second temps, il ressort que ces comportements correspondent à l’époque et au lieu, une société violente, où les conflits se règlent avec des armes à feu. Dans le même temps, le récit est raconté du point de vue d’Angie, qui ne se perçoit pas comme une victime : elle a intégré les conséquences d’un fonctionnement où règne la volonté du plus fort, elle s’y est adaptée, acceptant les relations sexuelles imposées, et elle agit en conséquence. Dans le même temps, le prix à payer par elle, par les autres finit par dicter leur comportement. Un récit qui peut apparaître racoleur en apparence, qui s’avère sophistiqué et intelligent. - Le monstre, 1984, six pages. Dans une zone sauvage montagneuse, Mike et Zeb, deux cavaliers approchent de leur destination. Zeb indique que ce coin lui fiche la trouille, il a comme un pressentiment. L’autre le rembarre sèchement : l’or est tout proche et il ne se laissera pas impressionner par des superstitions. Mike détecte une construction bizarre qui ressemble à un vieux temple mexicain : il est certain qu’il doit cacher l’entrée de la grotte. Zeb sens une odeur, une infection plus ils avancent. Il se demande où sont planqués Jim et Sam. Le récit le plus court, avec une trame très classique : l’obsession du trésor qui aboutit à la ruine des individus, avec une touche surnaturelle, sans élément érotique. Le rendu du paysage montagneux est magnifique : entre la texture des rochers qu’ils soient naturels ou taillés, la couleur de la roche avec les effets de luminosité qui rehausse les reliefs. La mise en scène est d’une efficacité exemplaire, pour cette scénette avec trois personnages. Leurs visages burinés expriment la dureté de leur vie, et leur personnalité rigide qui en résulte. Le lecteur se sent complètement emporté par la détermination de Mike à aller jusqu’au bout, par le doute de Zeb qui est prêt à renoncer devant le dernier obstacle, par le calme du vieil homme, une assurance et une sagesse qui proviennent de l’expérience. La chute est à la fois sans surprise, et à la fois inéluctable, d’une justesse évidente. - Quatre histoires brèves de type Western : le lecteur y trouve les conventions de genre qu’il vient y chercher, comme les cowboys, les grands espaces, les chevauchées, les (Amér)Indiens, les troupeaux de bétail, et une société où règne la loi du plus fort. Il y trouve également les dessins ciselés de Serpieri, une femme à la beauté incroyable, la réalité d’une violence sadique s’exerçant contre les uns et les autres. Emporté par la consistance de la reconstitution historique, il s’immerge dans des histoires courtes et denses, avec des personnages étoffés, une savante mise en œuvre de la psychologie et de la nature humaine, et des pages magnifiques.
Les Moribonds
Le dessin n'est ni très joli ni très expressif, mais tout de même assez pour qu'on distingue les personnages. Des personnages que j'aime tous bien, soit dit en passant. Le vampire a une sorte d'humour pince sans rire, son cheptel un humour comment dirais-je ? Décontracté. Le vampire veut survivre, les humains aussi, mais en plus, être libres. Ils se rappellent leur vie d'avant, la psy fait psy de vampire qui a des problèmes avec sa maman. C'est drôle ! Le vampire a le côté hautain qu'on prête à l'aristocrate, et calculateur des bourgeois comme des nobles qui ont su s'allier au capitalisme. Je ne vais pas spoiler, mais il y a un côté tragique à la fin.
Jeremy Brood
Découvrir un Corben est pour moi toujours un évènement. Et il faut être patient vu les prix pratiqués sur le marché de l'occasion. Jeremy Brood est un très bon Corben. On retrouve Strnad au scénario, gage de qualité. Il y a pas mal de points communs avec Den. On retrouve le même mélange de SF et d'univers mythologique ancestral. Les extraterrestres sont grotesques, les décors organiques, bref du pur Corben. Le niveau de finition du dessin, un critère très important chez cet artiste, n'égale pas le premier épisode de Den mais reste dans la moyenne haute de son œuvre. La narration patine un peu vers la fin et nous délivre un dénouement hasardeux, c'est ce qui m'empêche de donner la note maximale. A conserver précieusement dans sa bibliothèque.
Rebel
Rebel de Pepe Moreno est le "Streets of Rage" de la bande dessinée. Si vous avez passé des heures à arpenter les rues malfamées du jeu vidéo sur Megadrive, à distribuer des mandales sur fond de musique techno-synthé, alors la lecture de Rebel va déclencher chez toi lecteur, une vague de nostalgie immédiate. Publiée en 1984, cette bande s'impose comme l'ancêtre spirituel parfait du célèbre beat 'em up de Sega. Elle coche toutes les cases de la série B rétro-futuriste : climat post-apocalyptique, anti-héros ultra-badass, action rythmée et guerres de gangs. Dès la couverture iconique, le ton est donné : un mercenaire tout de cuir vêtu et armé jusqu'aux dents pose fièrement avec, en arrière-plan, une ville en proie aux explosions. Le scénario rappelle lui aussi les grandes heures de l'arcade. À l'instar d'Axel Stone ou d'Adam Hunter partant nettoyer la ville, Rebel — un ancien des forces spéciales — doit secourir sa petite amie Lori, kidnappée par un gang rival (les Skinheads) retranché dans une tour. Le Brooklyn dévasté dépeint par Moreno suinte la même ambiance de zone de non-droit nocturne, gangrenée par une profusion de violence. Visuellement, les couleurs flamboyantes et contrastées de l'auteur évoquent immédiatement les palettes graphiques des bornes d'arcade de l'époque, dans une esthétique "néon et asphalte". C'est flashy, c'est violent, et le découpage de l'action est si nerveux qu'on croirait presque entendre les impacts de balles à chaque case. Mais Rebel, c'est du fun avant tout. Pour désamorcer un ton qui aurait pu être trop sérieux, Moreno a la bonne idée d'adjoindre au héros deux jeunes zonards à la cool attitude qui vont combattre à ses côtés. Une très bonne BD d'action qui se lit comme on insère une pièce dans une borne d'arcade. C'est, avec Gene Kong, le meilleur travail de Pepe Moreno.
Adieu Birkenau
Cet album est plus un portrait, un témoignage qu'un véritable récit. Les co-scénaristes ont en effet plutôt suivi Ginette Kolinka dans un de ses voyages à Birkenau, et retranscrit ses interactions avec les enfants qu'elle accompagne. Cela donne quelque chose d'authentique, de vivant, d'interactif presque, plutôt qu'un témoignage "brut" de ses années de déportation. Non que ç'aurait été inintéressant, mais comme l'a indiqué quelqu'un d'autre, cela a déjà été fait, et très bien fait par ailleurs. Le travail graphique des deux dessinateurs et de leur coloriste (cité sur la couverture, un beau symbole, hélas trop rare) est plutôt sympathique et garde l'énergie communiquée par Mme Kolinka. Il en résulte un bel album, peut-être pas le plus émouvant sur le sujet, mais il apporte sa pierre à l'édifice de la mémoire.
Sunstone - Mercy
«Un livre, c'est un peu comme une histoire d'amour». Ici, nous sommes face à un nouveau départ. Ceux qui pensaient qu'il ne s'agissait que d'une suite de Sunstone se trompaient. J'ai lu les autres travaux de Sejic, aussi Harleen que j'ai acheté et que j'aime beaucoup, mais je dois reconnaître que je me sens petit et incompétent devant cette œuvre. Devant l'avis de gruizzli aussi. Celui qui lit tout, sérieusement, trouvera probablement que bien plus que de l'érotisme, c'est l'être humain dans toutes ses dimensions et émotions qui est exposé ici. Le couple principal, Anne et Alan, ne sont pas des stéréotypes du BDSM : le plus important réside dans l'authenticité des sentiments et sensations, à mon avis. Les dessins et les couleurs de Stjepan Sejic sont très beaux et je n'ai presque trouvé aucun défaut. Même sur le plan purement artistique, c'est un auteur qui vaut la peine d'être suivi.
Château Chat
Comme c’est adorable pour les petits, avec des personnages animaliers mignons tout plein et des dialogues en dessins facilement compréhensibles même si on ne maîtrise pas encore bien la lecture. Une histoire simple et toute mignonne, avec néanmoins un peu d’adversité. Deux intrigues maintiendront l’attention des plus jeunes : les enfants qui s’ennuient dans le château arriveront-ils à déjouer la surveillance des gardes pour sortir jouer au foot avec les autres ? Et il faudra suivre les tribulations du ballon tout au long de la partie. Les évènements s’enchaînent et finalement il se passe plein de choses dans ce bel album. Certes trop vite parcouru pour un lecteur confirmé. Mais j’ai envie de lui mettre ses étoiles comme si j’avais encore trois ou quatre ans.
Caz Roman - Un américain paysage
Avec un narrateur à la première personne, la vie d'un immigrant européen à New York, né au début du XXe siècle, est racontée. À travers de petits éclats de sa mémoire qui se traduisent graphiquement par des doubles pages aux traits imprécis pour les détails, mais représentatifs de ce qui s'est passé, une vie s'expose. Le dessin: un noir et blanc fait de coups de pinceau épais et expressifs, dans lequel s'insèrent les textes, dans une prose poétique. Nous sommes invités à partager ses souvenirs et réflexions sur un siècle qu'il a quitté, que ce soit ses différents travaux manuels ou les clubs de jazz nocturnes. Django Reinhardt, entre autres, y est présent! C'est très beau et puissant. J'aime particulièrement les scènes de jazz et les images maritimes. On peut presque entendre la musique et sentir les odeurs. L'écriture poétique contribue beaucoup à ce que le lecteur s'immerge dans ce qui est narré, tandis que l'esprit vagabonde à travers les images représentées. Et à la fin, on comprend la référence à Caz Roman, titre d'un album turc de jazz tzigane interprété par Mustafa Kandirali. L'œuvre a été récompensée par le Trophée des Éditeurs Indépendants au Festival du Livre de Grenoble.
Extases
Depuis quelques temps Jean-Louis Tripp développe une veine autobiographique, et cette série complète le portrait qu’il dresse de lui et de ses proches (frère décédé trop tôt, son père, etc.). Dans ce diptyque, Tripp se met à nu, dans tous les sens du terme d’ailleurs. Car il s’agit de nous présenter – mais il y a aussi sans doute une part d’auto-analyse dans ce projet – ses expériences sexuelles. Il parle donc essentiellement de sexe. D’amour aussi bien sûr (plutôt dans le second tome d’ailleurs), mais plutôt de sexe (même si les deux peuvent être concomitants parfois ici). Beaucoup de scènes de sexe donc – et là il faut dire qu’il a exploré pas mal de choses. Mais ça n’est pas pour autant, malgré les nombreux passages explicites, quelque chose de profondément pornographique. Tripp n’est pas avare d’autodérision, d’humour, use de styles graphiques différents parfois – même si son trait classique et dynamique dominant est très agréable. Tout ceci pour dire que la lecture est fluide et plaisante, et que les deux tomes, à la pagination importante, se lisent relativement rapidement (la mise en page est aérée, alterne gaufrier classique et pages plus « déconstruites »). Par-delà les choix de vie et de recherche du plaisir exprimés par l’auteur, auxquels on peut plus ou moins adhérer (je ne me reconnais pas forcément dans pas mal de ces choix – goûts et/ou opportunités m’ayant envoyé sur des trajectoires différentes), on ne peut que lui reconnaître le courage de les donner à voir quasiment bruts, et de nous avoir rendue intéressante cette recension.
Une invitée dans la demeure
Deuxième album d'Emily Carroll que je lis et deuxième album de suite que je trouve excellent ! Ça me donne bien envie de mieux connaitre le reste de son œuvre. L'histoire met en vedette une femme timide qui s'est mariée à un homme qui a déjà une fille et dont la femme est morte. Son mari semble cacher des choses et elle se met à vivre des expériences paranormales. Le récit est simple, mais terriblement efficace. En plus, lorsqu'on pense avoir tout deviné, les choses n'apparaissent pas comme elles le sont, mais je ne vais pas en dire plus parce que c'est vraiment le genre de récit de fiction qu'il faut lire avec le moins d'informations possible. En tout cas, je ne savais pas trop ce que j'allais lire et j'ai vite trouvé le scénario prenant. On brasse plusieurs thèmes et il y a différentes interprétations qu'on peut faire du récit. Le dessin est très bon. La mise en scène est bien maitrisée et le mélange de scènes en noir et blanc et de scènes en couleurs fonctionne bien. Un comics très intelligent que je conseille à tous.