Difficile d'éviter la redite par rapport à ce qu'ont écrit mes camarades, d'autant plus que les avis sont quasiment unanimes : c'est de la très bonne BD.
On sent que les auteurs ont longuement travaillé, en termes de documentation d'abord, d'élaboration graphique et de préparation. La construction de Star Wars a par ailleurs généré une littérature monstrueuse depuis quatre décennies, le scénariste n'a dû avoir que l'embarras du choix pour ses sources. Pas évident, par conséquent, de démêler le vrai du faux. En tous les cas le résultat semble aussi véridique que possible, ne négligeant aucune des difficultés qu'a pu rencontrer George Lucas, presque seul face à ce projet titanesque, au fil des années. J'ai pour ma part appris pas mal de choses, comme la relation qu'ont eu Carrie Fisher et Harrison Ford durant le tournage, ou le fait -incroyable- que la Fox n'ait signé le contrat qu'une fois que le film était achevé, ou presque...
Au-delà de la liste de ces difficultés, les auteurs ont réussi à glisser quelques moments sympathiques, ou plutôt ironiques, montrant le sort qui s'acharne ou une certaine revanche en termes de succès public et surtout financier. Beau travail du dessinateur, qui ne s'est pas échiné à vouloir être réaliste, mais plutôt à rendre des expressions (le charme de Ford) et des ambiances.
J'ai hâte de lire le tome 2.
Cette série fait partie de ma mémoire visuelle, même avant de savoir lire dans une quelconque langue.
Les dessins de Franquin sont stupéfiants: toute une époque traduite dans le design des objets utilitaires ou décoratifs, les meubles et les automobiles crient années 50!
Les personnages sont drôles, depuis les excitations de Modeste jusqu'à la retenue de Pompon: «sois bien calme, Modeste!» ; du cousin irritant Félix (avec ses gadgets inutiles) aux trois neveux destructeurs. Mais mes préférés sont les voisins Dubruit (gags de Goscinny) et Ducrin (gags de Greg). Franquin a eu recours à plusieurs scénaristes, aussi Tibet et Peyo, entre autres: il fallait respecter les délais de livraison pour le journal Tintin!
La reprise de la série par Attanasio et d’autres auteurs a été courageuse et honnête, sans pour autant réussir à atteindre la qualité initiale.
P.S. Je ne peux m’empêcher de penser à certaines similitudes avec Donald de Carl Barks; coïncidence ou influence inconsciente chez Franquin?
Drome, c’est clairement pas une BD comme les autres. C’est même difficile de la ranger quelque part. On est face à un objet un peu extraterrestre dans le 9e art.
L’histoire, sur le papier, est assez simple : une sorte de genèse, avec des entités qui créent la vie, le chaos qui s’installe, puis une tentative d’imposer un ordre. Une lutte entre forces opposées, presque mythologique. Mais très vite, tu comprends que ce n’est pas vraiment ça l’essentiel.
Parce que Drome, ça se lit autant que ça se regarde.
C’est une BD quasiment muette, qui repose énormément sur sa narration visuelle. Et là, Lonergan est en démonstration. Il joue avec les cases, les découpe, les répète, les déforme. Il te fait ressentir le temps, le mouvement, les impacts… juste avec la mise en page. Par moments, t’as presque l’impression de redécouvrir comment lire une BD.
Visuellement, c’est fascinant. Minimaliste en apparence, mais en réalité ultra travaillé. Les couleurs, les compositions, le rythme… tout est pensé pour t’embarquer dans une expérience plus que dans une simple histoire.
Mais justement, ça peut aussi créer une distance. C’est brillant, c’est original, mais parfois plus cérébral qu’émotionnel. On admire beaucoup… sans toujours être totalement impliqué.
Au final, Drome, c’est une œuvre à part. Pas forcément accessible, pas forcément pour tout le monde, mais clairement marquante.
Une BD expérimentale, audacieuse, presque déroutante… mais impossible à ignorer.
Les hyènes ne font pas des lions. Dolores Alcatena a hérité du talent graphique de son illustre père : Enrique Alcatena. Une artiste argentine reconnue dans son pays où elle a déjà publié plusieurs albums, ce "Les Folles" est sa première BD traduite en France.
Une première lecture qui ne m'avait pas complètement convaincu, j'ai donc laissé passer quelques jours avant d'entreprendre une seconde lecture plus probante.
Depuis l'excellent Watership Down je rechigne moins à lire une BD où des animaux sont les personnages principaux. On va donc suivre l'itinéraire de Namomo, une hyène, de sa prime jeunesse à un âge avancé. Et pour apprécier un tant soit peu ce parcours initiatique, il faut appréhender ce récit comme un conte où légendes et famille en sont la colonne vertébrale.
Dolores Alcatena a voulu réhabiliter cet animal à l'aspect disgracieux, à la curieuse démarche et au ricanement glaçant, on les dit laides. Un album qui se veut féministe, les hyènes tachetées vivent en clan dans un système social matriarcal où mères, sœurs et filles en sont la clé de voûte.
Une narration dominée par la voix off de Namomo où chaque chapitre se concentre sur une étape de son cheminement, cela permet de comprendre sa difficulté à se sentir une Folle au sein de son clan. Ça peut paraître brut de décoffrage et manquant d'onirisme mais le rythme est bien dosé et je me suis finalement attaché à cette hyène en quête de réponses.
Un récit sur la différence et la difficulté d'appartenir à un groupe.
Un noir et blanc tranché, torturé et réaliste qui me plait énormément. Dolores Alcatena a incontestablement du talent, elle arrive à retranscrire les émotions d'un simple regard ou suivant une posture tout en gardant l'aspect animal des hyènes. De même avec ce « sourire » accentué qui rend ce carnivore si impénétrable.
Une BD qui divisera.
Assez friand des bds de Toulmé de façon générale, pour leur côté humain, social et faciles à lire, je me suis embarqué dans cette oeuvre, qui est la plus ambitieuse de ses productions, en tout cas au moment où il l'a commencée (avant Les Reflets du Monde).
Nous suivons donc le destin d'Hakim, réfugié syrien, sa vie en Syrie, son exil et son arrivée en France. Le récit est entrecoupé par des interviews que Toulmé fait avec Hakim en France, et cela amène un côté authentique, de reportage presque.
Le livre est touchant, évidemment. Je trouve que pour ça, Toulmé sait y faire. Ca ne tombe pas dans le pathos, les évènements se suivent de manière clinique, mais l'auteur réussit à faire passer toute l'horreur, l'injustice de la situation et donc, des émotions. On s'attache forcément au personnage, et si j'ai pu parfois trouver quelques longueurs, il y a quelques passages franchement palpitants ou j'étais horrifié et hyper concerné (mention spéciale à la traversée de la Méditerranée et aux camps en Hongrie).
Et puis, et les autres avis le disent très bien, c'est touchant parce que ce genre d'histoire est extrêmement touchant. Hakim, comme tous les autres, ne traversent pas tout ça, toute cette hostilité, cette injustice, pour d'obscures raisons de venir nous piquer notre boulot, nos sous et je ne sais quoi d'autre. S'ils avaient une vie convenable, ou si la guerre et les régimes autoritaires n'avaient pas ravagé leurs chez eux, ils se seraient épargnés le voyage.
En plus de nous faire vivre la dureté du voyage, j'ai bien aimé le soin que Toulmé met à nous décrire la vie et la situation en France d'Hakim et de sa famille. De nous montrer que même avec toute la volonté du monde, quand on est dans cette situation, c'est la grosse galère. Et personne n'aimerait être à cette place, en tout cas personne qui n'a connu ce genre d'évènement qui pousse à l'exil.
Un autre élément que j'ai trouvé intéressant et qui démystifie un peu le mythe du méchant migrant avide de sang, c'est que l'auteur nous montre bien que pour pouvoir partir, pour engager le voyage, eh bien il faut de l'argent, et pas un tout petit peu d'argent. Hakim ne vient pas d'une classe populaire, plutôt, je dirais, du haut de la classe moyenne voire un peu plus, et sa belle famille semble appartenir à une classe plus aisée encore. C'est bien de comprendre, je trouve, que même partir, dans de telles conditions, dans la clandestinité, en risquant sa vie, en étant humiliés et mis au ban dans tous les endroits que l'on traverse, ça reste un certain "luxe", quelque chose que tout le monde ne peut pas se permettre.
Pour finir sur le dessin, il est très efficace, le style bien reconnaissable de Toulmé fonctionne bien. Je garde du souvenir de cette lecture une teinte bleutée, et effectivement le bleu est très présent dans la colorisation. Alors pourquoi pas, on s'y habitue comme à chaque fois qu'il y a un parti pris de couleur un peu original, mais je préfère quand ça reste blanc, plus classique, en tout cas pour ce genre de récit. Le bleu n'apporte pas grand chose.
Pas de surprises, je suis de l'avis de tout le monde : une bd essentielle, bien racontée et terriblement humaine.
Avec The Blue Flame, Christopher Cantwell ne raconte pas une histoire de super-héros. Il démonte le concept. On suit Sam Brausam, un type ultra banal : plombier / réparateur de chaudière le jour, super-héros amateur la nuit. Un homme sans envergure, presque invisible, qui va pourtant se retrouver au centre de quelque chose de totalement démesuré.
Car très vite, le décor explose : l’humanité est jugée par une civilisation extraterrestre, et Sam devient, malgré lui, l’avocat de toute une espèce dans un procès cosmique qui le dépasse totalement.
Le point de départ est fascinant. Mais très vite, le récit dérape — dans le bon sens du terme. La narration se fragmente, les repères éclatent, et le lecteur est plongé dans une expérience presque mentale. Réalité, souvenirs, fantasmes : tout se mélange. Cantwell ne cherche jamais à rassurer, il préfère perdre son lecteur pour mieux l’immerger dans la psyché de son personnage. On est loin du comics confortable : ici, il faut accepter de lâcher prise.
Visuellement, Adam Gorham accompagne parfaitement cette dérive. Son trait, appuyé par des couleurs fortes et parfois presque agressives, renforce cette impression de flottement permanent. L’ambiance devient vite oppressante, parfois même hypnotique, et sert pleinement le propos.
Mais cette ambition a un revers. À force de brouiller les lignes, le récit peut sembler flou, presque insaisissable. L’émotion peine parfois à émerger, les personnages restant à distance, comme noyés dans le concept. Ce n’est pas un défaut anodin : certains lecteurs risquent de décrocher, faute d’ancrage clair.
Reste une œuvre singulière, exigeante, qui ne cherche jamais à plaire mais à questionner. The Blue Flame ne donne pas de réponses simples, et c’est précisément ce qui fait sa force. Un comics audacieux, déroutant, qui mérite qu’on s’y confronte — même au risque de ne pas en sortir totalement indemne.
Franchement, Le Serment fait partie de ces BD qu’on lance un peu “tranquillement”… et qu’on termine sans lever la tête.
Mathieu Gabella et Mathieu Mariolle nous embarquent dans un huis clos oppressant avec un médecin borderline, déjà bien en dehors des clous, qui voit débarquer un patient persuadé d’être en train de devenir autre chose. Et là, tout repose sur cette tension : délire total ou bascule réelle ? Le récit joue constamment sur ce fil, entre rationalité médicale et glissement vers le fantastique.
Ce n’est pas une révolution, clairement. On sent des mécaniques connues, des influences. Mais c’est tellement bien rythmé, tellement efficace, que ça passe crème. Pas de gras, pas de détour inutile : ça avance, ça serre, et ça ne lâche pas. Résultat, tu lis ça d’une traite, happé jusqu’à la dernière page.
Mais là où l’album m’a vraiment cueilli, c’est sur la partie graphique.
Mickaël Bourgouin envoie du lourd. Son trait est nerveux, précis, toujours juste. Il y a une vraie intensité dans les regards, dans les postures, dans la manière de découper les scènes. On sent la pression monter case après case.
Et la couleur… énorme. Elle fait quasiment la moitié du boulot à elle seule. C’est sombre, dense, parfois poisseux, avec des jeux de lumières qui viennent trancher dans le vif. Ça renforce le côté clinique, froid… puis ça bascule vers quelque chose de plus organique, plus inquiétant. Clairement, ça te met dedans.
Au final, Le Serment, ce n’est peut-être pas la BD qui va tout révolutionner, mais c’est exactement le genre d’album que j’adore : efficace, immersif, sans fioritures, avec une vraie identité visuelle.
Un pur plaisir de lecture
3.5
J'ai emprunté cet album sans rien savoir du scénario, tout ce que je savais sur cette série est qu'elle avait reçu d'excellentes notes sur ce site. J'avoue que j'avais un peu peur au début parce que la couverture ne donne vraiment pas envie de lire la BD et je pensais tomber sur un roman graphique qui parlerait de peine d'amour ou un autre truc cliché comme ça. J'ai été agréablement surpris de voir que c'était en fait un récit fantastique, l'héroïne étant immortelle tant que quelqu'un est amoureuse d'elle, mais évidement l'immortalité a ses désavantages.
Le concept est bien développé et maitrisé par l'auteur qui en profite pour traiter de plusieurs thèmes souvent d'actualité. Le récit est agréable à suivre pendant un moment. J'ai quand même fini par me lasser un peu du récit qui, après qu'on montre les mésaventures de l'héroïne avec un homme obsédé par elle, me semblait tourner en rond (en gros, l'héroïne continue d'utiliser les hommes pour continuer à être immortelle) même lorsque l'auteur ajoute une petite surprise au cours d'une des aventures amoureuses du personnage principal. Heureusement, le dénouement et la fin sont très bien réussis et cela a fait remonter mon intérêt pour l'histoire.
Alors voilà il y a des longueurs et le dessin lui-même est pas génial, mais cela reste malgré tout globalement un bon album avec un concept intéressant.
Si on connaissait déjà « l’homme qui tire plus vite que son ombre », peut-être avons-nous ici « l’homme qui a imaginé le titre le plus long du monde », Guillaume Bouzard. Un champion dans sa catégorie : ingérable. En tout cas, pour un éditeur… D’ailleurs, ledit Bouzard s’est même permis de ne pas citer Lucky Luke dans le titre en question, alors que l’album est censé accompagner la sortie en ce printemps de la « série événement » dont le héros est le célèbre cow-boy solitaire.
Ce fut l’idée lumineuse de Dargaud, l’éditeur historique des « Lucky Luke », de proposer à un dessinateur de produire un carnet de route du tournage. Bouzard fut donc l’heureux élu, logique puisque l’auteur le plus rigolo de la galaxie avait déjà publié en 2017 une parodie du héros du Far West (« Jolly Jumper ne répond plus »). Pour ce faire, ce dernier s’est rendu en Espagne du côté d’Almeria, là où furent tournés autrefois des monuments du cinéma, notamment « Il était une fois dans l’Ouest », « Pour une poignée de dollars », « Lawrence d’Arabie » ou encore « Indiana Jones et la dernière croisade »…
« Jamais le dernier pour la déconne », l’ami Bouzard s’est donc envolé aux frais de la princesse dans le désert de Tabernas, au milieu des décors du « Far West andalou », pour y concevoir son « presque journal d’un tournage ». L’expression n’est pas galvaudée, car comme on s’en doute, Bouzard a fait exactement ce qu’on attendait de lui, c'est-à-dire faire en sorte que l’on ne sache pas à quoi s’attendre… Dans les limites imposées par ce type d’ouvrage (parce que c’est tout de même une commande), il a réussi de son côté à imposer son « n’importe nawak » proverbial. Hormis ses dons de « dessinateur rigolo », expert en autodérision, Bouzard se met en scène en transformant ses gaffes en gags, ou en baragouinant un espagnol approximatif histoire de faire le malin. Il possède aussi un certain talent pour passer dans le champ des caméras au mauvais moment ou de mettre le « seum » à son éditeur qui aimerait bien un truc un peu cohérent, parce que tout de même, il faudrait qu’il y ait un retour sur investissement.
On sera étonné une fois de plus — même si on le savait déjà depuis « The autobiography of me too » — de constater que l’auteur a la faculté d’avoir des discussions avec les canidés. Ici, il a trouvé en Rantanplan le confident idéal, contrairement à l’équipe de tournage trop affairée pour lui accorder une quelconque importance, parfois condescendante et dédaignant ses propositions d’« apporter un œil neuf » sur la façon de tourner un film…
Si on ne retrouve pas le niveau de « The Autobiography of me too », on ressort plus enthousiaste que pour son opus avec Lucky Luke, « Jolly Jumper ne répond plus », lequel manquait de souffle burlesque. Ici, on reconnaît bien la patte décalée de l’auteur, avec des passages pleins de fantaisie hilarante (le cahier graphique en IA, ou le maquillage improvisé…). Et de son trait faussement nonchalant, il maîtrise toujours le sens du mouvement pour accentuer la drôlerie des scènes les plus excentriques (l’inénarrable scène avec les chèvres).
J'ai bien aimé cette BD. D'abord parce que je m'intéresse à la peinture, mais aussi parce qu'elle m'a permis de découvrir la face cachée de Van Gogh dont je ne connaissais que l'œuvre picturale, que je trouve, comme beaucoup, absolument magnifique (et très singulière - impossible de confondre ses toiles avec celles d'un autre peintre).
Van Gogh, et le mouvement Impressionniste en général, c'est un peu la tarte à la crème de l'Histoire de l'Art, entendons par là qu'elle fait véritablement partie de la culture populaire. Que l'on s'intéresse au sujet ou pas, tout le monde connais les tournesols. On les voit partout : boites de chocolat, ou de sucre, t-shirts, pubs... Sans compter les films, références diverses disséminées dans d'autres créations, parodies... Bref ! Van Gogh, Monet, Renoir et compagnie, c'est presque dans nos cerveaux reptiliens.
Mais qu'en est-il de l'artiste, de sa vie, de ce qui lui a réellement tordu les boyaux ? C'est bien là le moindre des mérites de cette BD : éclairer la vie de Vincent Van Gogh avant la lettre (ou plus exactement avant le coup de pinceau). Je n'en dirai pas plus, ne voulant pas spoiler, mais franchement, j'étais à mille lieux d'imaginer ce qu'avait pu être la jeunesse du bonhomme. Rien que pour ça, je ressors assez étonné de ma lecture. Je sens que j'ai fait le plein de quelque chose, que désormais, le regard que je porterai sur son œuvre va s'enrichir d'une lumière nouvelle, et ça, c'est très satisfaisant.
Alors certes, je suis assez d'accord avec Noirdésir pour dire que le procédé narratif est un brin monotone. Néanmoins, cette tentative de pénétrer au cœur même de la psyché de l'artiste, de disséquer les sentiments et les émotions qui ont pu le traverser, me semble très pertinente et réussie. On saisit également quelques moments clefs, ou qui on pu être des moments charnières, comme le fait de payer les gens avec ses dessins (on imagine aisément tout ce qui a dû être perdu, mais aussi comment on peut de temps en temps retrouver des œuvres d'artistes dans des endroits improbables). Ca fonctionne, c'est cohérent.
Et oui, on aurait aimé une bibliographie ! Du coup, j'ai un peu cherché, et je suis tombé sur ce site : https://vangoghletters.org/vg/letters.html. Toutes les lettres sont rassemblées ici, même si non traduites. En outre, on trouvera différents bouquins rassemblant tout ou partie de cette correspondance entretenue avec son frangin. Lettres à Theo, Dernière lettre à Theo (Metin Arditi), Van Gogh et ses lettres (Leo Jansen)... Je m'en vais d'ailleurs de ce pas réserver les bouquins à la bibliothèque...
Je ne terminerai quand même pas sans évoquer le dessin de Sergio Salma, très chouette. Il a ce genre de trait qui me plait beaucoup. Si on aime la peinture (et la BD), il serait dommage de passer à côté de cette BD.
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Les Guerres de Lucas
Difficile d'éviter la redite par rapport à ce qu'ont écrit mes camarades, d'autant plus que les avis sont quasiment unanimes : c'est de la très bonne BD. On sent que les auteurs ont longuement travaillé, en termes de documentation d'abord, d'élaboration graphique et de préparation. La construction de Star Wars a par ailleurs généré une littérature monstrueuse depuis quatre décennies, le scénariste n'a dû avoir que l'embarras du choix pour ses sources. Pas évident, par conséquent, de démêler le vrai du faux. En tous les cas le résultat semble aussi véridique que possible, ne négligeant aucune des difficultés qu'a pu rencontrer George Lucas, presque seul face à ce projet titanesque, au fil des années. J'ai pour ma part appris pas mal de choses, comme la relation qu'ont eu Carrie Fisher et Harrison Ford durant le tournage, ou le fait -incroyable- que la Fox n'ait signé le contrat qu'une fois que le film était achevé, ou presque... Au-delà de la liste de ces difficultés, les auteurs ont réussi à glisser quelques moments sympathiques, ou plutôt ironiques, montrant le sort qui s'acharne ou une certaine revanche en termes de succès public et surtout financier. Beau travail du dessinateur, qui ne s'est pas échiné à vouloir être réaliste, mais plutôt à rendre des expressions (le charme de Ford) et des ambiances. J'ai hâte de lire le tome 2.
Modeste et Pompon
Cette série fait partie de ma mémoire visuelle, même avant de savoir lire dans une quelconque langue. Les dessins de Franquin sont stupéfiants: toute une époque traduite dans le design des objets utilitaires ou décoratifs, les meubles et les automobiles crient années 50! Les personnages sont drôles, depuis les excitations de Modeste jusqu'à la retenue de Pompon: «sois bien calme, Modeste!» ; du cousin irritant Félix (avec ses gadgets inutiles) aux trois neveux destructeurs. Mais mes préférés sont les voisins Dubruit (gags de Goscinny) et Ducrin (gags de Greg). Franquin a eu recours à plusieurs scénaristes, aussi Tibet et Peyo, entre autres: il fallait respecter les délais de livraison pour le journal Tintin! La reprise de la série par Attanasio et d’autres auteurs a été courageuse et honnête, sans pour autant réussir à atteindre la qualité initiale. P.S. Je ne peux m’empêcher de penser à certaines similitudes avec Donald de Carl Barks; coïncidence ou influence inconsciente chez Franquin?
Drome
Drome, c’est clairement pas une BD comme les autres. C’est même difficile de la ranger quelque part. On est face à un objet un peu extraterrestre dans le 9e art. L’histoire, sur le papier, est assez simple : une sorte de genèse, avec des entités qui créent la vie, le chaos qui s’installe, puis une tentative d’imposer un ordre. Une lutte entre forces opposées, presque mythologique. Mais très vite, tu comprends que ce n’est pas vraiment ça l’essentiel. Parce que Drome, ça se lit autant que ça se regarde. C’est une BD quasiment muette, qui repose énormément sur sa narration visuelle. Et là, Lonergan est en démonstration. Il joue avec les cases, les découpe, les répète, les déforme. Il te fait ressentir le temps, le mouvement, les impacts… juste avec la mise en page. Par moments, t’as presque l’impression de redécouvrir comment lire une BD. Visuellement, c’est fascinant. Minimaliste en apparence, mais en réalité ultra travaillé. Les couleurs, les compositions, le rythme… tout est pensé pour t’embarquer dans une expérience plus que dans une simple histoire. Mais justement, ça peut aussi créer une distance. C’est brillant, c’est original, mais parfois plus cérébral qu’émotionnel. On admire beaucoup… sans toujours être totalement impliqué. Au final, Drome, c’est une œuvre à part. Pas forcément accessible, pas forcément pour tout le monde, mais clairement marquante. Une BD expérimentale, audacieuse, presque déroutante… mais impossible à ignorer.
Les Folles
Les hyènes ne font pas des lions. Dolores Alcatena a hérité du talent graphique de son illustre père : Enrique Alcatena. Une artiste argentine reconnue dans son pays où elle a déjà publié plusieurs albums, ce "Les Folles" est sa première BD traduite en France. Une première lecture qui ne m'avait pas complètement convaincu, j'ai donc laissé passer quelques jours avant d'entreprendre une seconde lecture plus probante. Depuis l'excellent Watership Down je rechigne moins à lire une BD où des animaux sont les personnages principaux. On va donc suivre l'itinéraire de Namomo, une hyène, de sa prime jeunesse à un âge avancé. Et pour apprécier un tant soit peu ce parcours initiatique, il faut appréhender ce récit comme un conte où légendes et famille en sont la colonne vertébrale. Dolores Alcatena a voulu réhabiliter cet animal à l'aspect disgracieux, à la curieuse démarche et au ricanement glaçant, on les dit laides. Un album qui se veut féministe, les hyènes tachetées vivent en clan dans un système social matriarcal où mères, sœurs et filles en sont la clé de voûte. Une narration dominée par la voix off de Namomo où chaque chapitre se concentre sur une étape de son cheminement, cela permet de comprendre sa difficulté à se sentir une Folle au sein de son clan. Ça peut paraître brut de décoffrage et manquant d'onirisme mais le rythme est bien dosé et je me suis finalement attaché à cette hyène en quête de réponses. Un récit sur la différence et la difficulté d'appartenir à un groupe. Un noir et blanc tranché, torturé et réaliste qui me plait énormément. Dolores Alcatena a incontestablement du talent, elle arrive à retranscrire les émotions d'un simple regard ou suivant une posture tout en gardant l'aspect animal des hyènes. De même avec ce « sourire » accentué qui rend ce carnivore si impénétrable. Une BD qui divisera.
L'Odyssée d'Hakim
Assez friand des bds de Toulmé de façon générale, pour leur côté humain, social et faciles à lire, je me suis embarqué dans cette oeuvre, qui est la plus ambitieuse de ses productions, en tout cas au moment où il l'a commencée (avant Les Reflets du Monde). Nous suivons donc le destin d'Hakim, réfugié syrien, sa vie en Syrie, son exil et son arrivée en France. Le récit est entrecoupé par des interviews que Toulmé fait avec Hakim en France, et cela amène un côté authentique, de reportage presque. Le livre est touchant, évidemment. Je trouve que pour ça, Toulmé sait y faire. Ca ne tombe pas dans le pathos, les évènements se suivent de manière clinique, mais l'auteur réussit à faire passer toute l'horreur, l'injustice de la situation et donc, des émotions. On s'attache forcément au personnage, et si j'ai pu parfois trouver quelques longueurs, il y a quelques passages franchement palpitants ou j'étais horrifié et hyper concerné (mention spéciale à la traversée de la Méditerranée et aux camps en Hongrie). Et puis, et les autres avis le disent très bien, c'est touchant parce que ce genre d'histoire est extrêmement touchant. Hakim, comme tous les autres, ne traversent pas tout ça, toute cette hostilité, cette injustice, pour d'obscures raisons de venir nous piquer notre boulot, nos sous et je ne sais quoi d'autre. S'ils avaient une vie convenable, ou si la guerre et les régimes autoritaires n'avaient pas ravagé leurs chez eux, ils se seraient épargnés le voyage. En plus de nous faire vivre la dureté du voyage, j'ai bien aimé le soin que Toulmé met à nous décrire la vie et la situation en France d'Hakim et de sa famille. De nous montrer que même avec toute la volonté du monde, quand on est dans cette situation, c'est la grosse galère. Et personne n'aimerait être à cette place, en tout cas personne qui n'a connu ce genre d'évènement qui pousse à l'exil. Un autre élément que j'ai trouvé intéressant et qui démystifie un peu le mythe du méchant migrant avide de sang, c'est que l'auteur nous montre bien que pour pouvoir partir, pour engager le voyage, eh bien il faut de l'argent, et pas un tout petit peu d'argent. Hakim ne vient pas d'une classe populaire, plutôt, je dirais, du haut de la classe moyenne voire un peu plus, et sa belle famille semble appartenir à une classe plus aisée encore. C'est bien de comprendre, je trouve, que même partir, dans de telles conditions, dans la clandestinité, en risquant sa vie, en étant humiliés et mis au ban dans tous les endroits que l'on traverse, ça reste un certain "luxe", quelque chose que tout le monde ne peut pas se permettre. Pour finir sur le dessin, il est très efficace, le style bien reconnaissable de Toulmé fonctionne bien. Je garde du souvenir de cette lecture une teinte bleutée, et effectivement le bleu est très présent dans la colorisation. Alors pourquoi pas, on s'y habitue comme à chaque fois qu'il y a un parti pris de couleur un peu original, mais je préfère quand ça reste blanc, plus classique, en tout cas pour ce genre de récit. Le bleu n'apporte pas grand chose. Pas de surprises, je suis de l'avis de tout le monde : une bd essentielle, bien racontée et terriblement humaine.
The Blue Flame
Avec The Blue Flame, Christopher Cantwell ne raconte pas une histoire de super-héros. Il démonte le concept. On suit Sam Brausam, un type ultra banal : plombier / réparateur de chaudière le jour, super-héros amateur la nuit. Un homme sans envergure, presque invisible, qui va pourtant se retrouver au centre de quelque chose de totalement démesuré. Car très vite, le décor explose : l’humanité est jugée par une civilisation extraterrestre, et Sam devient, malgré lui, l’avocat de toute une espèce dans un procès cosmique qui le dépasse totalement. Le point de départ est fascinant. Mais très vite, le récit dérape — dans le bon sens du terme. La narration se fragmente, les repères éclatent, et le lecteur est plongé dans une expérience presque mentale. Réalité, souvenirs, fantasmes : tout se mélange. Cantwell ne cherche jamais à rassurer, il préfère perdre son lecteur pour mieux l’immerger dans la psyché de son personnage. On est loin du comics confortable : ici, il faut accepter de lâcher prise. Visuellement, Adam Gorham accompagne parfaitement cette dérive. Son trait, appuyé par des couleurs fortes et parfois presque agressives, renforce cette impression de flottement permanent. L’ambiance devient vite oppressante, parfois même hypnotique, et sert pleinement le propos. Mais cette ambition a un revers. À force de brouiller les lignes, le récit peut sembler flou, presque insaisissable. L’émotion peine parfois à émerger, les personnages restant à distance, comme noyés dans le concept. Ce n’est pas un défaut anodin : certains lecteurs risquent de décrocher, faute d’ancrage clair. Reste une œuvre singulière, exigeante, qui ne cherche jamais à plaire mais à questionner. The Blue Flame ne donne pas de réponses simples, et c’est précisément ce qui fait sa force. Un comics audacieux, déroutant, qui mérite qu’on s’y confronte — même au risque de ne pas en sortir totalement indemne.
Le Serment
Franchement, Le Serment fait partie de ces BD qu’on lance un peu “tranquillement”… et qu’on termine sans lever la tête. Mathieu Gabella et Mathieu Mariolle nous embarquent dans un huis clos oppressant avec un médecin borderline, déjà bien en dehors des clous, qui voit débarquer un patient persuadé d’être en train de devenir autre chose. Et là, tout repose sur cette tension : délire total ou bascule réelle ? Le récit joue constamment sur ce fil, entre rationalité médicale et glissement vers le fantastique. Ce n’est pas une révolution, clairement. On sent des mécaniques connues, des influences. Mais c’est tellement bien rythmé, tellement efficace, que ça passe crème. Pas de gras, pas de détour inutile : ça avance, ça serre, et ça ne lâche pas. Résultat, tu lis ça d’une traite, happé jusqu’à la dernière page. Mais là où l’album m’a vraiment cueilli, c’est sur la partie graphique. Mickaël Bourgouin envoie du lourd. Son trait est nerveux, précis, toujours juste. Il y a une vraie intensité dans les regards, dans les postures, dans la manière de découper les scènes. On sent la pression monter case après case. Et la couleur… énorme. Elle fait quasiment la moitié du boulot à elle seule. C’est sombre, dense, parfois poisseux, avec des jeux de lumières qui viennent trancher dans le vif. Ça renforce le côté clinique, froid… puis ça bascule vers quelque chose de plus organique, plus inquiétant. Clairement, ça te met dedans. Au final, Le Serment, ce n’est peut-être pas la BD qui va tout révolutionner, mais c’est exactement le genre d’album que j’adore : efficace, immersif, sans fioritures, avec une vraie identité visuelle. Un pur plaisir de lecture
L'Amourante
3.5 J'ai emprunté cet album sans rien savoir du scénario, tout ce que je savais sur cette série est qu'elle avait reçu d'excellentes notes sur ce site. J'avoue que j'avais un peu peur au début parce que la couverture ne donne vraiment pas envie de lire la BD et je pensais tomber sur un roman graphique qui parlerait de peine d'amour ou un autre truc cliché comme ça. J'ai été agréablement surpris de voir que c'était en fait un récit fantastique, l'héroïne étant immortelle tant que quelqu'un est amoureuse d'elle, mais évidement l'immortalité a ses désavantages. Le concept est bien développé et maitrisé par l'auteur qui en profite pour traiter de plusieurs thèmes souvent d'actualité. Le récit est agréable à suivre pendant un moment. J'ai quand même fini par me lasser un peu du récit qui, après qu'on montre les mésaventures de l'héroïne avec un homme obsédé par elle, me semblait tourner en rond (en gros, l'héroïne continue d'utiliser les hommes pour continuer à être immortelle) même lorsque l'auteur ajoute une petite surprise au cours d'une des aventures amoureuses du personnage principal. Heureusement, le dénouement et la fin sont très bien réussis et cela a fait remonter mon intérêt pour l'histoire. Alors voilà il y a des longueurs et le dessin lui-même est pas génial, mais cela reste malgré tout globalement un bon album avec un concept intéressant.
L'Homme qui a vu l'homme qui filme l'homme qui tire plus vite que son ombre (presque journal d'un tournage)
Si on connaissait déjà « l’homme qui tire plus vite que son ombre », peut-être avons-nous ici « l’homme qui a imaginé le titre le plus long du monde », Guillaume Bouzard. Un champion dans sa catégorie : ingérable. En tout cas, pour un éditeur… D’ailleurs, ledit Bouzard s’est même permis de ne pas citer Lucky Luke dans le titre en question, alors que l’album est censé accompagner la sortie en ce printemps de la « série événement » dont le héros est le célèbre cow-boy solitaire. Ce fut l’idée lumineuse de Dargaud, l’éditeur historique des « Lucky Luke », de proposer à un dessinateur de produire un carnet de route du tournage. Bouzard fut donc l’heureux élu, logique puisque l’auteur le plus rigolo de la galaxie avait déjà publié en 2017 une parodie du héros du Far West (« Jolly Jumper ne répond plus »). Pour ce faire, ce dernier s’est rendu en Espagne du côté d’Almeria, là où furent tournés autrefois des monuments du cinéma, notamment « Il était une fois dans l’Ouest », « Pour une poignée de dollars », « Lawrence d’Arabie » ou encore « Indiana Jones et la dernière croisade »… « Jamais le dernier pour la déconne », l’ami Bouzard s’est donc envolé aux frais de la princesse dans le désert de Tabernas, au milieu des décors du « Far West andalou », pour y concevoir son « presque journal d’un tournage ». L’expression n’est pas galvaudée, car comme on s’en doute, Bouzard a fait exactement ce qu’on attendait de lui, c'est-à-dire faire en sorte que l’on ne sache pas à quoi s’attendre… Dans les limites imposées par ce type d’ouvrage (parce que c’est tout de même une commande), il a réussi de son côté à imposer son « n’importe nawak » proverbial. Hormis ses dons de « dessinateur rigolo », expert en autodérision, Bouzard se met en scène en transformant ses gaffes en gags, ou en baragouinant un espagnol approximatif histoire de faire le malin. Il possède aussi un certain talent pour passer dans le champ des caméras au mauvais moment ou de mettre le « seum » à son éditeur qui aimerait bien un truc un peu cohérent, parce que tout de même, il faudrait qu’il y ait un retour sur investissement. On sera étonné une fois de plus — même si on le savait déjà depuis « The autobiography of me too » — de constater que l’auteur a la faculté d’avoir des discussions avec les canidés. Ici, il a trouvé en Rantanplan le confident idéal, contrairement à l’équipe de tournage trop affairée pour lui accorder une quelconque importance, parfois condescendante et dédaignant ses propositions d’« apporter un œil neuf » sur la façon de tourner un film… Si on ne retrouve pas le niveau de « The Autobiography of me too », on ressort plus enthousiaste que pour son opus avec Lucky Luke, « Jolly Jumper ne répond plus », lequel manquait de souffle burlesque. Ici, on reconnaît bien la patte décalée de l’auteur, avec des passages pleins de fantaisie hilarante (le cahier graphique en IA, ou le maquillage improvisé…). Et de son trait faussement nonchalant, il maîtrise toujours le sens du mouvement pour accentuer la drôlerie des scènes les plus excentriques (l’inénarrable scène avec les chèvres).
Vincent avant Van Gogh
J'ai bien aimé cette BD. D'abord parce que je m'intéresse à la peinture, mais aussi parce qu'elle m'a permis de découvrir la face cachée de Van Gogh dont je ne connaissais que l'œuvre picturale, que je trouve, comme beaucoup, absolument magnifique (et très singulière - impossible de confondre ses toiles avec celles d'un autre peintre). Van Gogh, et le mouvement Impressionniste en général, c'est un peu la tarte à la crème de l'Histoire de l'Art, entendons par là qu'elle fait véritablement partie de la culture populaire. Que l'on s'intéresse au sujet ou pas, tout le monde connais les tournesols. On les voit partout : boites de chocolat, ou de sucre, t-shirts, pubs... Sans compter les films, références diverses disséminées dans d'autres créations, parodies... Bref ! Van Gogh, Monet, Renoir et compagnie, c'est presque dans nos cerveaux reptiliens. Mais qu'en est-il de l'artiste, de sa vie, de ce qui lui a réellement tordu les boyaux ? C'est bien là le moindre des mérites de cette BD : éclairer la vie de Vincent Van Gogh avant la lettre (ou plus exactement avant le coup de pinceau). Je n'en dirai pas plus, ne voulant pas spoiler, mais franchement, j'étais à mille lieux d'imaginer ce qu'avait pu être la jeunesse du bonhomme. Rien que pour ça, je ressors assez étonné de ma lecture. Je sens que j'ai fait le plein de quelque chose, que désormais, le regard que je porterai sur son œuvre va s'enrichir d'une lumière nouvelle, et ça, c'est très satisfaisant. Alors certes, je suis assez d'accord avec Noirdésir pour dire que le procédé narratif est un brin monotone. Néanmoins, cette tentative de pénétrer au cœur même de la psyché de l'artiste, de disséquer les sentiments et les émotions qui ont pu le traverser, me semble très pertinente et réussie. On saisit également quelques moments clefs, ou qui on pu être des moments charnières, comme le fait de payer les gens avec ses dessins (on imagine aisément tout ce qui a dû être perdu, mais aussi comment on peut de temps en temps retrouver des œuvres d'artistes dans des endroits improbables). Ca fonctionne, c'est cohérent. Et oui, on aurait aimé une bibliographie ! Du coup, j'ai un peu cherché, et je suis tombé sur ce site : https://vangoghletters.org/vg/letters.html. Toutes les lettres sont rassemblées ici, même si non traduites. En outre, on trouvera différents bouquins rassemblant tout ou partie de cette correspondance entretenue avec son frangin. Lettres à Theo, Dernière lettre à Theo (Metin Arditi), Van Gogh et ses lettres (Leo Jansen)... Je m'en vais d'ailleurs de ce pas réserver les bouquins à la bibliothèque... Je ne terminerai quand même pas sans évoquer le dessin de Sergio Salma, très chouette. Il a ce genre de trait qui me plait beaucoup. Si on aime la peinture (et la BD), il serait dommage de passer à côté de cette BD.