Les derniers avis (32566 avis)

Par Cleck
Note: 4/5
Couverture de la série Les Carnets de Stamford Hawksmoor
Les Carnets de Stamford Hawksmoor

Malgré la non-lecture de Granville, je ne regrette aucunement de m'être longuement plongé dans ce beau comics. Le début est merveilleusement accrocheur : un texte littéraire parvenant via un hommage à Sunset Boulevard à instaurer un suspense diaboliquement efficace (étonnante coïncidence des migrations, puisque Detroit Roma parue à la même période fit de même). Tout s'articule autour d'une enquête policière, dont les ramifications infinies ne cesseront d'enrichir une intrigue riche prenant le temps d'investir de beaux personnages secondaires. Il s'agit également d'une uchronie, peut-être vite oubliée par le lecteur, imaginant une Angleterre victorienne colonisée, en proie à une insurrection populaire sanglante au moment où l'indépendance guette. Si cette BD retient si habilement l'attention et ravit à ce point, c'est parce qu'elle parvient à s'inscrire dans un faux rythme incroyablement élégant, venant en écho à ses belles illustrations sépia finement figées, à l'emploi d'une langue charmante et désuète, à l'univers associé au contexte historique victorien. Également parce qu'elle ne cesse de s'enrichir d'événements et de personnages faisant bifurquer l'enquête ou nourrissant le portrait de cet inspecteur au charme discret et à l'intrigante personnalité. Qu'importe alors que tout ne s'achève pas aussi finement qu'espéré (un peu trop rocambolesque, trop agité, trop précipité). D'autant qu'il est possible qu'une lecture préalable de Granville transforme cet écueil en une élégante reconstruction d'un puzzle finement constitué. Un très beau récit, d'une élégance rare et tout à fait à contre-courant des productions contemporaines.

03/07/2026 (modifier)
Par Cleck
Note: 4/5
Couverture de la série Detroit Roma
Detroit Roma

Detroit Roma est une BD plutôt intimidante. Elle fascine dès ses premières pages, notamment via son intégration de l'univers sonore dans les décors de ses illustrations aux touches rondes en hommage à Van Gogh, alors que le récit marche dans les pas de Kipling. Cet incipit mystérieux et faussement silencieux offre peu de prise au lecteur, conscient qu'il entre dans une œuvre non balisée, où l'esthétique primera, dans laquelle le récit se construira par touches subreptices, possiblement déliées. De multiples films sont cités, en premier lieu le merveilleux Sunset Boulevard de Billy Wilder auquel il rend un hommage appuyé et très révérencieux avec le personnage de la mère Gloria. Le récit volontairement parcellaire, les changements abrupts de style visuel, les mises en page assez formalistes, ces fréquentes références cinéphiliques... tout cela combiné donne au récit un aspect décousu, invitant le lecteur à rapprocher lui-même les différents éléments. Ce contrat de lecture ludique permet au récit de gagner en ampleur, certes peut-être assez artificiellement, mais trouve un écho bien réel dans l'intrigue intimiste autour de la recherche par nos deux héroïnes de leurs racines familiales, leur souhait de faire leur deuil d'illusions ou espoirs, pour se confronter à la réalité ambivalente de leurs parents. Une BD habile, fort référencée, parfois d'une grande beauté, parvenant par ses qualités à nous faire considérer sa construction dramatique lacunaire comme une belle invitation à assembler un puzzle occasionnellement bien mystérieux.

03/07/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Le Serpent et le Coyote
Le Serpent et le Coyote

Dans les États-Unis de 1970, un ancien mafieux devenu l'un des premiers témoins protégés du FBI est poursuivi par son passé autant que par ceux qui voudraient l'empêcher de témoigner. L'intrigue mêle habilement fiction et contexte historique autour de la naissance du programme de protection des témoins, ce qui apporte une vraie crédibilité à l'ensemble. Graphiquement, Philippe Xavier signe un très bel album. Son encrage, le soin apporté aux décors et certains cadrages m'ont souvent fait penser au travail de Vance sur XIII, avec des visages heureusement bien plus vivants et réussis, que je préfère largement. Les paysages américains sont magnifiques et le voyage d'un bout à l'autre du pays est très dépaysant. J'ai aussi beaucoup aimé le détail des yeux jaunes de Joe, en référence au serpent qu'il est censé incarner dans le récit. En revanche, j'ai trouvé les couleurs un peu ternes. Elles installent une ambiance légèrement morose qui m'a empêché d'être totalement emporté par la beauté des planches. Le scénario est lui aussi très solide. Même si je ne me suis jamais réellement attaché à Joe, j'ai suivi son parcours avec plaisir. C'est un personnage qui refuse de subir la fatalité et qui parvient régulièrement à reprendre l'initiative. Voir un ancien truand réussir à déjouer les pièges qui se dressent devant lui, sans que le récit cherche absolument à le punir au nom d'une morale stéréotypée, est finalement assez rafraîchissant. Cette réussite procure une vraie satisfaction de lecture. J'ai également beaucoup apprécié le rythme du récit. Les dangers s'enchaînent à grande vitesse et plusieurs péripéties auraient facilement pu remplir un album entier. Pourtant, Matz choisit souvent d'éluder les détails de leur résolution pour retrouver directement Joe une fois qu'il a trouvé une issue. Ce procédé donne un récit très dense, où il se passe énormément de choses sans jamais devenir pesant. On avance constamment, comme devant un long film de polar et d'action qui irait droit à l'essentiel sans perdre le spectateur en route. Sans révolutionner le genre, Le Serpent et le Coyote est une bande dessinée remarquablement maîtrisée, portée par un scénario efficace, un excellent sens du rythme et un dessin de grande qualité. Un très bon polar historique, aussi dépaysant que satisfaisant.

03/07/2026 (modifier)
Par Vaudou
Note: 4/5
Couverture de la série Kane - La Mort à mains nues
Kane - La Mort à mains nues

Kane est un très bon western, cynique comme j'aime, dont l’inspiration cinématographique est plutôt à chercher du côté de Corbucci que de John Ford ou Sergio Leone. Le personnage de l'indienne mutique qui suit les traces de ce cowboy qui ne veut pas d'elle est magnifique. Seul bémol, un dessin qui ressemble un peu trop à celui de Swolfs. J'aurai souhaité un trait plus racé pour cette histoire qui n'épargne pas l'être humain et ses bassesses.

03/07/2026 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série Dans ses yeux
Dans ses yeux

3.5 Marc Cuadrado revient après une longue absence avec un album bien différent du reste de sa production. Même son dessin est différent, si je n'avais pas vu son nom sur la couverture, je ne me serais jamais douté que c'était lui l'auteur ! On n'est donc pas dans une bd humoristique à gros nez, mais un roman graphique autobiographique avec un style plus épuré. L'auteur rend hommage à sa femme qui a des problèmes de vision depuis longtemps et qui malgré tout essaie toujours de vivre pleinement et de se lancer des défis malgré son handicap. On sent la sincérité dans les anecdotes et l'admiration qu'il a pour sa femme. J'ai bien aimé découvrir comment était la vie avec une personne malvoyante. C'est touchant de voir à quel point Tanie essaie de rester positive malgré son handicap, qui rend difficiles des actions qui sont faciles pour la plupart d'entre-nous. J'ai bien aimé le nouveau style de Cuadrado qui va très bien pour ce type de récit. Un roman graphique inspirant !

02/07/2026 (modifier)
Par Vaudou
Note: 4/5
Couverture de la série Slot Barr
Slot Barr

Frustration. C'est le mot qui me vient en tête au moment de refermer cette bande. Slot Barr est un mélange de SF décomplexée et d'érotisme publié originalement en France au sein de la revue Spatial. Il existe une dizaine d'épisodes. Michel Deligne publiera un unique épisode sous format cartonné en 1981 et ce n'est même pas le premier épisode. Si on aime les séries type Storm et autres bonbons, ça passe crème. Le trait de Solano Lopez est celui d'un grand dessinateur de l'école espagnole. On a droit à un cahier iconographique de 10 pages en fin d'album qui permet de constater les qualités visuelles de la série. On va espérer qu'un éditeur se penche un jour sur le sujet et réédite le tout en une intégrale. J'y crois à mort (mais je suis le seul).

02/07/2026 (modifier)
Par Tièri
Note: 4/5
Couverture de la série L'Été des oubliés
L'Été des oubliés

Bon jour, cette BD a au moins le mérite d'exister ; Quelle que soit sa qualité..."Artistique, dont chacun se fera un avis". Pour info : la révolte des enfants du "bagne pour enfant= tour à tour nommée ou renommée : maison spécialisée éducative, de redressement, d'éducation spécialisée et j'en passe, de Belle ile en mer à eu comme commencement, après un épisode sur plusieurs semaines de traitements très durs de répression envers les enfants et nombre de tours de "corrida = tourner en rond pendant des heures souvent nu pieds dans le froid, même la neige ou la pluie" un enfant à oser manger son morceau de fromage avant la soupe = coup en tous genres "pieds et mains" à le laisser presque mort sur le sol. Voilà ce qui a déclencher la révolte des enfants. Il existait en France, Pays des Droits de l'Homme de 1 jusqu'à 3 colonies pénitentiaires par département selon l'époque ; les plus célèbres sont Aniane, Belle île en mer, Eysses, Mettray, ect. La France avait tellement peur de ses enfants que par exemple le 1er décret signé par le maréchal Pétain en 1940, le 18 juin, fut de donner carte blanche aux gendarmes pour remettre entre les murs de la colonie pénitentiaire de Mettray les enfants évadés suite au bombardement d'un des murs d'enceinte par erreur par l'aviation allemande. Il faut savoir que l'idée des maisons d'éducation et rééducation des enfants date de la signature de l'édit de Nantes, Henri IV autorisant les moines et institution religieuse de rééduquer les enfants de parents protestant à les faire rentrer sur le droit chemin tant on pensait à l'époque que la mauvaise graine se transmettait par filiation... C'est le code Napoléon qui va faire prendre conscience législativement qu'il faille séparer les adultes des enfants dans les prisons et les bagnes...Mais il faut au moins toujours 30 ans pour que des mesures prises changent à minima dans les faits. C'est donc en 1830 que l'on va créer une prison séparée "la petite roquette" aussi grâce à un mouvement humaniste qui pensaient que les enfants avaient besoin d'être séparés, mais aussi surveillé : entre autres De Toqueville mais aussi Hugo "qui se réfutera en voyant les traitements infligés", le tout basé sur les préceptes de Bentham. les colonies pénitentiaires vont exister d'une façon ou d'une autre jusqu'à ce que l'Europe, par le Parlement européen oblige la France à les fermer de 1982 à 1983. à ce jour l'Allemagne, la Suisse, la Suède, la Finlande, la Belgique, les Pays-Bas, ont reconnu avoir eu des colonies pénitentiaires et certains pays ont commencé à dédommager les anciens enfants "ont-ils un jour été des enfants??? ; j'en doute fortement, très fortement" en France il ne se passe jamais rien de mal ; pas de nuage de Tchernobyl, pas d'eugénisme même si le dernier programme eugéniste immobilier en Alsace s'est terminé en 1987, pas non plus de dictature=Pétain et son régime ne sont pas considérés par la France comme une dictature, et, il aura fallu que des élites française soient contaminé par l'amiante pour que le gouvernement reconnaisse que cela a existé "le texte de loi de 1913 à l'Assemblée nationale française pourtant le disait déjà". DONC CETTE BD À AU MOINS LE MÉRITÉ D'EXISTER... La France devait en 1930 éradiquer les bagnes pour enfants puis la France devait par la loi de 1945 éradiquer les bagnes/colonies pénitentiaires pour enfants. C'est une loi provoquée par les USA qui fera fermer les bagnes adultes en 1948 et les derniers bagnards sont revenus en 1953 en France. Des Bagnes pour adultes "il y en avait 38 sur tout le territoire français = territoire de la France, mais aussi Réunion, Guyane, Corse, et même Indochine. Pour précision lorsque l'on parle du bagne de Cayenne ; il y avait 3 bagnes à Cayenne. Voilà...Un peu de ce que je voulais un peu dire au sujet d'une BD sur le bagne/colonie pénitentiaire de Belle île en mer qui elle a fermé en 1977 la même année que Jacques Prévert qui a écrit une chanson "La chasse à l'enfant" au sujet de cette révolte à Belle île en mer. il me faut rajouter que le film qui a failli se faire au sujet de cette révolte l'état de la France aura perdu tous les négatifs des pellicules du film commencé avant 1939 ; c'est la seule fois dans l'histoire que la bibliothèque de France perdait des pellicules de film "CELA DEVRAIT INTERROGER LE QUIDAM À DÉFAUT DE POSER QUESTIONS À LA CONSCIENCE DU CITOYEN ET DE L'ÉTAT QUI LE DIRIGE...Me semble-t-il Par honnêteté, il me faut préciser que j'ai été un de ces enfants des colonies pénitentiaires de 8 1/2 à 17 ans 1/2 ; dans l'Eure, la Loire, le Rhône, l'Isère. Et dû au fait que ma génitrice était mineure comme mon géniteur à ma naissance et qu'après l'assistance publique "établissement DASS" dirigée par des sœurs religieuses la France m'a envoyé dans ces belles maisons de France parce que ma génitrice enfin mariée ne voulait pas s'occuper de moi ni son mari gendarme "mais ils touchaient quand même des allocations familiales pour 3 enfants=paradoxe silencieux à ne pas dire et reconnaître permettant et à la France, à ses institutions comme aux parents, de sauver la face et les apparences" Je pourrai en écrire des kilomètres...et donc par ce témoignage j'espère que les avis concernant cette BD ne seront pas aussi stéréotypé concernant la vie dans ces centres de détentions comme j'ai pu le lire sur certains avis des 2 BD, qui sont plutôt bien faites "Les innocents coupables" et "Le bagne de la honte"...Mais je dois avouer que je n'ai jamais lu un témoignage vraiment réel ou décrivant très précisément les conditions de vie dans ces endroits infâmes et infamantes à l'endroit de la devise de la France "PAYS DES DROITS DE L'HOMME"= "Liberté, égalité, fraternité"= comme quoi il suffit de mettre une devise sans s'y conformer et, de nommer ces établissements avec de jolis noms : " les centres Guynemer Bayard Charles Péguy ou Jean Moulin par exemple Ouvertement optimistes " les centres Arc-en-ciel" dans l’Ain mais aussi à Toulouse Le centre "La Belle Etoile" à Mercury-Gemilly en Savoie Ou jouant sur la symbolique affective ou familiale En tous les cas amicale et hospitalière l'Étape" à Voglans et à Versailles " Le Relais " à Saint-Genis-Laval, le centre " Carrefour " à Mérignac D’autres enfin jouent pleinement sur la métaphore du foyer Tels le centre " Chez nous "au Vieux-Boucau " le Logis "à Saint-Germain-Laxis Les centres appelés" Notre maison " est asile évangélique de Lemé Ou " la Maison" de Bron et Versailles " Beauregard " au Chevalon de Voreppe L'institut médicopédagogique " Mon doux nid "à Geyssans Ou "Les fontaines" à Orgeville et Vernon Voilà, cette BD c'est aussi la mémoire de la Belle France et de son état et système judiciaire comme éducatif, de tous ces français, citoyens et éducateur-tortionnaires, juges pour enfants, institutions sociales et assistances sociales, ect...Nul ne pouvaient ignorer et, aujourd'hui nous enfants de ces centres ne pouvons être entendus car personne ne veut reconnaître que cela a existé tant chaque citoyen devrait questionner ses propres aïeux et institutions. qui pouvait ignorer dans une ville de 5 à 10 000 habitants que le centre aux abords de la ville était une maison de correction des plus pires ni les gendarmes qui venaient à chaque problème dans la ville nous accuser de vol ou autre...Ni les commerçants qui vérifiaient nos achats dont il existait un seuil à ne pas dépasser, ni le maires et ses adjoints, ect...Il y a même eu un endroit où il y fut reconnu plus de 380 viols d'enfants et un procès à la clé et avant le procès les habitants de la ville ont défilé pour que l'établissement ne ferme pas ses portes car cela faisait vivre la ville et les commerces... et j'ai aussi été dans un centre en Isère où les parents de la ville disaient à leur s enfants "Si tu n'es pas sage on te mettra à Boccacio, surnom de la colonie pénitentiaire dont en 1940 lors de la bataille contre les allemands l'armée française réquisitionnât les enfants pour qu'ils portent les munitions et obus = certains de ces enfants sont ports dans les combats mais ne figurent pas sur les morts pour la France ; mais qu'importe car dans ces maisons certains enfants y sont morts par les coups et malnutritions, d'autres devenus paralysés physiquement ou moralement pour d'autres=j'en ai connu et même certains en pleuraient encore tous les jours à 70 ans" PERSONNE N'IGNORAIT, EN FRANCE ; PERSONNE NE POUVAIT IGNORER, ou pas grand monde !!! CETTE BD, MÊME SI ELLE PEUT PARAÎTRE RUSTRE ARTISTIQUEMENT A AU MOINS INTÉRÊT D'EXISTER...Même si j'ai conscience qu'elle a oubliée pleins de choses en cours de récit "oublis ou volonté artistiques???". Merci d'en tenir compte dans vos futurs avis concernant le côté social L'histoire n'est pas ce que les livres nous racontent et, encore moins le récit national...IL FAUT, POUR MIEUX SAISIR L'HISTOIRE PENCHER SON REGARDS ET SES YEUX DANS LES ARCHIVES "militaires, économiques, industrielles, journalistiques, de la justice, de l'Assemblée nationale, ect. Moeurs et artistiques de l'époque...Et lire avec retenue et circonscription les journaux intimes des personnages entourant le personnage central où le fait central...à lors là on est plus dans la vérité, plus proche de l'exactitude... Courdialemen

02/07/2026 (modifier)
Par Miguelof
Note: 4/5
Couverture de la série Soirs de Paris
Soirs de Paris

Bien plus qu’une bande dessinée, c’est une œuvre d’art, un objet artistique que je ne sais pas encore où exposer. Les dimensions sont imposantes en édition de luxe et le trait, l’art et les couleurs d’Avril méritent une place de choix. J’avais déjà acheté à Paris d’autres livres avec des illustrations d’Avril. Mais ces soirées évoquent pour moi des expériences précieuses. À différentes époques, je crois avoir vécu quelques histoires similaires. Il n’y a pas de dialogues, mais tout se comprend parfaitement grâce aux ambiances et aux expressions des personnages. Du club nocturne aux appartements où les nuits se terminent, tout est suggéré avec beaucoup de charme, de délicatesse, mais aussi beaucoup d'humour et d’ironie.

02/07/2026 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série L'Envol du pélican
L'Envol du pélican

De plus en plus, la parole se libère dans la foulée de mouvements comme #MeToo et c’est tant mieux ! Cela se ressent à travers les témoignages de plus en plus nombreux à traiter de sujets qui ne sont que les différentes faces de cette même pièce qu’est le patriarcat : le viol, la domination, la prédation, le masculinisme, la maltraitance, etc. Les auteurs ont choisi comme narrateur de cette histoire (dont on ne sait vraiment si elle comporte une part autobiographique) un jeune homme, Daniel, vivant à Paris avec son compagnon après avoir grandi au Pérou avec sa mère française. En proie à des tourments intérieurs dont il ne peut expliquer la cause et mettant en danger sa relation de couple, Daniel va être amené à dérouler le fil de son enfance à un psychologue. Bloqué au départ dans une position de déni, celui-ci va progressivement dévoiler des secrets devenus trop lourds à porter, si lourds qu’il les avait refoulés au plus profond de son inconscient. C’est donc la rencontre avec un cousin, pendant les vacances, alors qu’il n’était qu’un enfant de huit ans, qui va précipiter Daniel dans ce « trou noir » qui pèsera telle une enclume sur sa vie future. Ce cousin, c’est Vicente, un jeune homme qui a tout pour lui, le physique et l’intelligence, un garçon très solaire qu’on ne pouvait qu’aimer, si bien que Daniel n’échappera pas à son aura magnétique qui finira par l’aspirer dans un gouffre existentiel. Problème : Vicente est en réalité un prédateur pédophile, au-delà de tous soupçons… Au début, Daniel ne va pas trop comprendre pourquoi ce cousin de plus de dix ans son aîné, se glisse chaque nuit dans ses draps et lui demande secrètement de le tripoter. Au début, il n’ose résister, tant l’admiration qu’il lui voue est énorme, mais cette situation va le plonger dans un malaise intérieur empreint de honte et de culpabilité, renforcé par le chantage affectif de Vicente. Sa mère, quant à elle, s’efforce de maintenir le foyer à flot. Elle doit jongler seule avec l’éducation de son fils, la pension qu’elle gère tant bien que mal et ses amants de passage. Ce n’est pas une mauvaise mère, et elle aime Daniel, mais semble détachée vis-à-vis de la mélancolie qui s’est emparé de lui. Ses résultats scolaires se dégradant, le gamin va finir par sécher l’école et apprendre à mentir… Le salut viendra peut-être de ce pélican, métaphore du récit, qui a atterri dans sa cour, mais ne peut y trouver l’espace suffisant pour déployer ses ailes… Scénarisée par Rudy Ortiz, lui-même Péruvien, et Sophie Révil, réalisatrice et productrice, l’histoire est simple, à la fois fluide et très captivante. Le jeune garçon se révèle très attachant et semble conserver sa pureté dans un monde d’adultes, indifférents ou moralisateurs, ne lui donnant pas sa place ou ne le prenant pas au sérieux. Cette excellente bande dessinée aide à comprendre comment un prédateur parvient à exercer son emprise sur sa proie. Ainsi, on réalise que la prédation va de pair avec le calcul et la manipulation, que la violence est bien davantage psychologique que physique. Le récit se dispense parfaitement de paroles, inutiles ici. Délicatesse du dessin et cadrage approprié se suffisent à eux-mêmes, permettant de retranscrire la confusion qui imprègne lentement mais sûrement l’esprit de Daniel, et aussi sa grande solitude. A l’image du récit, le dessin de la Chilienne Antonia Bañados reste simple et minimaliste, d’une tournure naïve qui cadre parfaitement avec le point de vue narratif. Mais surtout ce qui marque et séduit l’œil, et c’est sans doute délicat à dire étant donné la gravité du sujet abordé, c’est le choix des couleurs. Chaque séquence est centrée sur une couleur dominante, parfois deux, les tonalités chaudes étant réservées à l’enfance péruvienne de Daniel, tandis que le mauve un peu froid correspond à la vie parisienne de l’adulte qu’il est devenu. Ce parti pris contribue, c’est certain, à adoucir le contexte tourmenté du jeune garçon, même si globalement, ses souvenirs semblent plutôt illuminés par le soleil et le climat de ces latitudes. Preuve s’il en fallait une, le paradis dissimule toujours une part d’enfer… Pour toutes ces raisons, « L’Envol du pélican » est une lecture chaudement recommandée par votre serviteur, abordant un sujet extrêmement sensible évoqué avec délicatesse et sans faux semblants par ses auteurs. La pédo-criminalité est vraisemblablement plus facile à décrire quand elle s’accompagne de sévices infligés par des pervers frustrés (cf. l'affaire Bétharram), peut-être un peu moins quand elle se joue dans un cadre avenant et sous l’intimité des draps… Pourtant, dans les deux cas, elle demeure un traumatisme pour ses victimes.

01/07/2026 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série On ne parle pas de ces choses-là
On ne parle pas de ces choses-là

Cette BD est dure, mais c'est un documentaire parfaitement bien fait pour comprendre l'enjeu derrière le sujet. Un tabou bien trop présent dans nos sociétés, un tabou qui s'exprime encore malheureusement trop souvent : l'inceste. Comment la violence s'installe dans les familles par l'inceste, voilà tout ce qu'explore la BD. En ne parlant pas des faits précisément, bien qu'ils aient eu lieu, Marine Courtade s'attache à essayer de comprendre les mécaniques du silence. Si tout le monde savait, pourquoi personne n'a parlé ? Comment a-t-on pu laisser faire ? Comment a-t-on pu laisser des nouvelles personnes être victimes ? La BD est faite par des habitués de La Revue Dessinée, donc avec une certaine rigueur dans la construction et la narration. La BD est très fluide, parfaitement lisible et le nombre de pages conséquent est gobé en un rien de temps, pour peu qu'on accepte de se prendre en une seule lecture le poids de toute la violence présente ici. Et là-dessus je tire mon chapeau à la dessinatrice, Alexandra Petit, qui a fait un excellent travail dans le rendu. Ce sont principalement des interviews entrecoupées de réflexions de l'autrice, et pourtant on a une vraie BD. C'est dynamique, lent quand ça doit l'être, marquant dans les silences et les manifestations de cette violence latente, mais aussi clair et lisible. Je n'ai jamais tiqué sur ce documentaire, ni sur le fond ni la forme, preuve d'une parfaite maîtrise du trait. Comme dit plus haut, la BD est dure, mais pas lourde. Sur le thème de l'inceste on a d'autres BD bien plus frontales, comme Daddy's Girl par exemple. Ici c'est vraiment un reportage sur le silence familiale, la culpabilité et le manque de communication, en interrogeant les mécanismes individuels qui ont conduit à cette omerta. Car oui, le résultat est évidemment que chacun à une raison individuelle de ne pas avoir parlé. Et que les raisons sont hélas banales, ordinaires, humaines : peur de briser la famille, honte, dégoût, hésitations, impression de ne pas être légitime... Bref, les travers habituels face à une situation de ce genre. Il reste alors que l'horreur de voir que tout aurait pu être géré tellement plus tôt. Comme tant d'autres cas, le silence a été un agent de l'horreur, mais qui blâmer ? Qui obligerait les victimes à parler ? La BD a même des passages incroyablement tristes, comme ce que lui racontera son père sur la relation qu'il eut ensuite avec ses filles. C'est cruel, triste mais aussi libérateur de l'entendre. Une BD de plus sur ce que fait la violence de l'inceste dans les familles, mais qui incite à parler et à reconstruire ensuite. Salutaire, donc.

01/07/2026 (modifier)