Oui, c'est très bien de faire de la BD historique mais cette série n'a pas réussi à me convaincre. Tout me semble trop figé, trop distant. Je reste indifférent aux personnages, à l'intrigue, aux tomes suivants... et j'ai fait un véritable effort pour tout lire !
Les dessins ont évolué, certes, mais pas de vraies émotions aux visages, pas de suffisant dynamisme dans l'action ! Les combats, le sexe, tout me semble trop conventionnel et artificiel.
Le scénario, oui... mais bof... je préfère quand même les grands historiens français, les séries de BBC ou les romans de Robert Graves. Même avec Alix de J. Martin, j'avais plus d'empathie !
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Presque onze ans plus tard et aprés tant d'avis élogieux, j'ai recommencé à lire Murena. Je reconnais que j'avais été pressé et pas exempt de préjugés lors de ma première lecture. Maintenant, je me suis surtout concentré sur le deuxième cycle et j'augmente ma note. Je n’ai pas encore terminé le troisiéme cycle…
Le premier cycle, était centré sur Agrippine, et explorait essentiellement les mécanismes de la conquête du pouvoir. Le second déplace le regard vers les conséquences de ce pouvoir absolu. Après l’assassinat d’Agrippine, Néron n’est plus entravé par l’autorité maternelle ; sous l’influence de Poppée, il s’abandonne progressivement à la démesure, à la cruauté et à une forme de délire esthétique qui conduira à l’incendie de Rome. Cette évolution permet à Dufaux d’aborder des thèmes plus sombres : la corruption morale, la fascination pour la violence et la destruction de toute limite éthique.
La principale réussite de ce deuxième cycle reside, je crois, dans l’approfondissement psychologique des personnages. Néron n’y apparaît plus seulement comme un tyran en devenir ; il devient un être complexe, partagé entre aspirations artistiques, pulsions destructrices et besoin obsessionnel d’admiration. Dufaux évite ainsi la caricature historique: on assiste à la transformation progressive d’un homme en monstre politique, sans jamais perdre de vue son humanité.
Parallèlement, Lucius Murena acquiert une épaisseur dramatique nouvelle. Alors qu’il pouvait sembler parfois passif dans les premiers albums, il devient ici un acteur tragique confronté à des choix impossibles. Son rapport à Acté, à Néron et à la violence qui l’entoure nourrit une réflexion sur la responsabilité individuelle face à la barbarie du pouvoir. Il cesse d’être un simple témoin de l’Histoire pour en devenir l’une des victimes et l’un des instruments.
Sur le plan graphique, Delaby progresse dans ce cycle en précision et en expressivité, en dynamisme du mouvement aussi. Les visages sont plus individualisés, les émotions plus lisibles, tandis que les décors urbains témoignent d’un impressionant travail de reconstitution historique. Plusieurs scènes de foule ou de catastrophe, notamment celles liées à l’incendie de Rome dans «Revanche des Cendres», sont remarquables par leur sens du spectacle.
Toutefois, tout n’est pas exempt de limites. Je me demande dans quelle mesure Dufaux a privilégié l’effet dramatique au détriment de la vraisemblance historique. La dimension mélodramatique de certains épisodes, l’abondance de complots et de retournements peuvent parfois donner le sentiment d’une théâtralisation excessive. Néanmoins, Murena ne prétend pas d’être un traité d’histoire, mais une tragédie antique mise en images.
Bref, le deuxième cycle me parait plus sombre, plus complexe et plus spectaculaire que le premier, il approfondit la réflexion sur les rapports entre pouvoir et folie tout en offrant certaines des plus belles pages de l’oeuvre.
Quoi de mieux qu’une bonne canicule pour se caler dans son canapé – au frais – et de se délecter d’une bonne BD. Avec ce road trip texan aussi envoutant que dérangeant, j’ai pris une bonne rasade de fraicheur !
Presidio, dessiné par Guiu Vilanova est une bande dessinée qui vous attrape à la gorge dès les premières pages et ne vous lâche plus avant la dernière case. Ce n’est pas juste une BD, c’est une expérience immersive, un voyage au cœur d’un Texas à la fois mythique et sordide, où chaque kilomètre parcouru par les personnages résonne comme une descente aux enfers. Et croyez moi, on en redemande. Une claque visuelle assurée.
D’emblée, Presidio installe une atmosphère pesante, presque étouffante. Guiu Vilanova, avec son trait précis et expressif, donne vie à des paysages texans à la fois grandioses et hostiles. Les décors, tantôt arides, tantôt urbains, sont rendus avec un réalisme saisissant, mais c’est dans les ombres et les contrastes que réside la magie de cet album. Les jeux de lumière, souvent crépusculaires, renforcent cette impression de danger imminent, comme si chaque page était imprégnée d’une menace invisible.
Le scénario, quant à lui, n’a rien d’un simple road trip touristique. Point de balade les amis. Accrochez la ceinture, ça bouge ! Non, ici, on est loin des clichés du far west romantique. Cet BD explore les faces cachées du Texas : la violence, la corruption, les secrets enfouis sous le sable et le sang. Les personnages, tous plus ambivalents les uns que les autres, sont profondément humains – avec leurs failles, leurs regrets et leurs démons. On suit leurs péripéties avec une tension palpable, comme si on était nous-mêmes assis à l’arrière de leur pick-up, à guetter le prochain coup dur.
Ce qui frappe dans cette histoire, c’est son originalité. Pas de clichés éculés, pas de happy end prévisible. L’histoire, complexe et bien construite, mêle habilement polar, drame psychologique et road movie. Les rebondissements s’enchaînent à un rythme effréné, mais sans jamais sacrifier la profondeur des personnages ou la cohérence de l’intrigue. Guiu Vilanova prouve ici qu’il maîtrise l’art du suspense : on tourne les pages avec frénésie, avide de savoir ce qui attend nos anti-héros au prochain virage.
Et puis, il y a cette ambiance sonore que l’on devine à travers les dessins. On entend presque le vrombissement des moteurs, les cris étouffés, le vent qui siffle dans les canyons. C’est rare, une BD qui parvient à stimuler tous les sens à ce point.
Je ne connaissais pas Guiu Vilanova. Son style… J’adore. C’est à la fois réaliste et stylisé. Cela donne une intensité rare à chaque planche. Les visages sont expressifs, les corps en mouvement, et les scènes d’action explosives. Les couleurs, souvent sombres et saturées, renforcent cette impression de malaise permanent. Certains cadrages, audacieux, rappellent le cinéma – et ce n’est pas un hasard si l’on imagine aisément Presidio adapté à l’écran.
Impossible de poser cette BD avant la fin. C’est de ces œuvres qui vous hantent longtemps après avoir refermé l’album. Les thèmes abordés – la rédemption, la trahison, la survie – sont universels, mais traités avec une maturité et une violence - parfois crue - qui ne laisseront personne indifférent.
Si vous aimez les histoires noires, sans concession, où chaque page compte et où chaque détail a son importance, cet album est fait pour vous.
C’est curieux, dès que John Bolton est dans les parages, on a de grandes chances de tenir une masterclass.
Seulement un an après L'odyssée de Marada la louve, Delcourt propose en 1987 un autre récit de dark fantasy à ses lecteurs, cette fois-ci en noir et blanc.
Un choix parfaitement approprié pour ce récit macabre, qui fait de Kull un roi hanté par le doute et la solitude du pouvoir. Doug Moench a fait un super boulot à la narration.
Côté dessin, Bolton fait du Bolton, il est seul sur son trône.
La scène de bataille à la fin, avec les corps qui s'entremêlent, procurera un plaisir non dissimulé au lecteur esthète.
A ranger à côté de Marada, en plus c'est dans la même collection.
David B. est un auteur qui m’intéresse beaucoup, et qui a produit certaines des meilleures séries de L’Association. Et je retrouve ici ce qui innerve une bonne partie de son œuvre – et qui m’attire particulièrement – à savoir une imagerie surréaliste débridée.
Il ne faut en effet pas être réfractaire à ce type de récit jouant sur une poésie un peu loufoque, qui se développe comme un rêve qui aurait enfilé les habits de la réalité.
Dans un Paris onirique, nous suivons l’héroïne qui, avec l’aide de Monsieur Chouette, tente d’éviter la police et surtout Cerbère (ici démultiplié), alors qu’elle est la seule – ou quasiment la seule – mortelle a s’être aventurée au pays des morts.
Décrire les aventures et tous les détails amusants et oniriques proposés par David B. serait inutile. Il y a d’ailleurs fort à parier qu’il ait développé son récit au fil d’une improvisation plus ou moins contrôlée, voire en utilisant une sorte d’écriture automatique sur certains passages. Ce qui donne un récit un peu décousu, mais qui jamais ne m’a ennuyé ou déçu.
Quant au dessin, il est classique pour l’auteur, très agréable. Un beau Noir et Blanc, avec des cases souvent pleines de détails, chargées (et, là aussi, le surréalisme est à l’honneur !).
Les amateurs de l’auteur – dont je suis – ne peuvent qu’apprécier une œuvre très originale – visuellement et narrativement. Très chouette lecture, monsieur David B.
Après une première lecture forcément rapide, mon impression est plutôt favorable. L'époque, la veille de la Seconde Guerre mondiale, le lieu, Paris et le Louvre, le thème, l'art et les artistes m'intéressent beaucoup.
Je pense que Gradimir Smudja présente ici un très bon travail, tant au niveau du scénario que du dessin et des couleurs. Tout avec créativité, charme et humour, mais aussi avec rigueur. En se concentrant sur la personnalité et les actions courageuses de Jacques Jaujard, Smudja réalise un portrait convaincant des protagonistes et des événements. Pour cela, il a procédé à des interviews avec ses descendants et à un travail de recherche minutieux. En plus de Jaujard, je trouve qu’il a bien capté les traits de Dali, Picasso et Cocteau...
J'attends avec optimisme le deuxième tome et j'espère aussi me réconcilier définitivement avec l'auteur.
Un polar ultra solide signé Mignacco et Rotundo.
C'est l'unique oeuvre de Mignacco publié en France. La force de son récit est de s'émanciper des codes du roman noir traditionnel, avec un personnage principal qui n'est pas le détective désabusé que l'on voit d'ordinaire.
Un scénario solide mais aussi un dessin magistral de Rotundo qui élève véritablement le niveau de l'album.
Le jeu permanent de contraste entre le noir et le blanc est de tout premier ordre, installant une ambiance graphique très immersive.
Rotundo a particulièrement soigné l'expressivité de ses personnages, c'est admirable.
Cette bande qui est sortie au format broché passe souvent sous les radars des collectionneurs mais c'est une valeur sûre.
Je vais ajouter mon grain de sel, mais est-ce vraiment nécessaire ?
Je plussoie à ce qu’ont dit moult de mes prédécesseurs, on est là dans le haut du panier.
Ce qui saute aux yeux dès les couvertures, c’est la beauté du dessin. Ces expressions sur des animaux qui gardent leurs postures animales, c’est du grand art. Les décors, la colorisation, la souplesse du trait et la mise en scène contribuent à nous immerger dans le récit.
Une belle adaptation / réinterprétation de la fable d’Orwell, où il s’agit cette fois de faire tomber le dictateur Sylvio, taureau de son état, protégé par sa meute de chiens qui fait régner l’ordre et le servage dans cette « ferme -château ».
Mention spéciale au rat Azélar, référence évidente à Gandhi avec ses lunettes, qui enseigne à la faible chatte craintive Miss Bengalore (tiens, encore l’Inde) les subtilités de la désobéissance passive et de la révolution non violente.
J’ai apprécié que beaucoup de personnages ne soient pas complètement monolithiques, en particulier chez les chiens, et qu’ils puissent même infléchir leur attitude avec l’évolution de leur statut social.
Bon, comme le dit Lodi, la révolution pacifique ne porte pas ses fruits dans la réalité (si Gandhi avait été inhumé, il se retournerait dans sa tombe en voyant vers où le gouvernement indien a évolué).
Ça reste une fable où l’histoire finit bien – enfin pas pour tout le monde, même chez les gentils – et c’est bien comme ça, une jolie petite leçon de pacifisme ne fait de mal à personne.
La série est dans le thème BD à offrir. Ça tombe bien, on me l’a offerte, les quatre tomes d’un coup. Ce fut un beau cadeau.
Après Ulysse et avant Les Sorcières de Thessalie de Pichard, voici l'adaptation de Persée dans la collection Mythologie de Glénat qui vaut décidément le coup d'œil.
Petite correction de départ : Jean-Marie Brouyère est mentionné uniquement à l'avant dernière planche de cette bande pour son adaptation des dialogues.
Le seul auteur mentionné en couverture et en première page est Xavier Musquera. On peut donc supposer que celui-ci ne s'est pas contenté de dessiner mais est également responsable de la narration.
J'insiste sur ce point car Musquera nous dépeint un Persée à la fois héroïque et vulnerable, et c'est ce qui donne toute sa matière à ce récit mythologique.
L'atmosphère antique et mystique est admirablement rendu par un noir et blanc expressif et empreint de sensualité, même si Musquera est plus à l'aise avec les corps qu'avec les décors.
Le découpage manque aussi un peu de puissance et d'originalité pour parler d'oeuvre culte mais c'est en tout cas le meilleur travail de Musquera.
Une oeuvre d'une grande beauté plastique, qui sait prolonger l'immortalité du mythe de Persée.
A partir d’observations et de réflexions personnelles (le recul des glaciers dans les Alpes par rapport à ses souvenirs de vacances familiales par exemple), Roberto Rossi nous propose un album qui mélange documentaire et tract politique.
Le hasard a voulu que je lise très récemment, Horizons climatiques - Rencontre avec neuf scientifiques du G.I.E.C.. Si j’ai trouvé plus détaillée et plus complète ma précédente lecture, les deux albums sont complémentaires et intéressants.
Beaucoup moins de détails, de chiffres, de faits, de noms ici, la narration est plus aérée (avec un dessin simple, mais agréable). Mais c’est quand même un album dont la lecture est intéressante. Il est aussi engagé, et appelle clairement chacun à prendre sa part de responsabilité, mais surtout à demander des comptes à ceux qui sont à la fois les plus responsables des dérèglements climatiques, pollutions et leurs conséquences, mais aussi ceux qui en souffrent le moins, à savoir les grandes entreprises et les ultra-riches. C’est un album qui rappelle que le capitalisme tel qu’il est pratiqué est la cause principale, et donc que c’est lui qu’il faut sévèrement réguler (avec ses thuriféraires et profiteurs).
Une lecture rapide malgré une pagination conséquente (il y a peu de texte), mais recommandable.
Note réelle 3,5/5.
Les rêves coquins d'Ego sont évidemment une parodie et un hommage à Little Nemo de W. McCay. Il s'agit de fantasmes humoristiques très bien dessinés par Giardino. La jeune fille est jolie et se retrouve dans une série de situations insolites, parfois embarrassantes, mais aussi excitantes. Les dessins sont de bon goût et l'érotisme ici ne tombe jamais dans la vulgarité. Le livre se lit rapidement, mais quand je le reprends, je ne peux pas m'empêcher de sourire.
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Murena
Oui, c'est très bien de faire de la BD historique mais cette série n'a pas réussi à me convaincre. Tout me semble trop figé, trop distant. Je reste indifférent aux personnages, à l'intrigue, aux tomes suivants... et j'ai fait un véritable effort pour tout lire ! Les dessins ont évolué, certes, mais pas de vraies émotions aux visages, pas de suffisant dynamisme dans l'action ! Les combats, le sexe, tout me semble trop conventionnel et artificiel. Le scénario, oui... mais bof... je préfère quand même les grands historiens français, les séries de BBC ou les romans de Robert Graves. Même avec Alix de J. Martin, j'avais plus d'empathie ! ___________________________________________________________________________________________________________ Presque onze ans plus tard et aprés tant d'avis élogieux, j'ai recommencé à lire Murena. Je reconnais que j'avais été pressé et pas exempt de préjugés lors de ma première lecture. Maintenant, je me suis surtout concentré sur le deuxième cycle et j'augmente ma note. Je n’ai pas encore terminé le troisiéme cycle… Le premier cycle, était centré sur Agrippine, et explorait essentiellement les mécanismes de la conquête du pouvoir. Le second déplace le regard vers les conséquences de ce pouvoir absolu. Après l’assassinat d’Agrippine, Néron n’est plus entravé par l’autorité maternelle ; sous l’influence de Poppée, il s’abandonne progressivement à la démesure, à la cruauté et à une forme de délire esthétique qui conduira à l’incendie de Rome. Cette évolution permet à Dufaux d’aborder des thèmes plus sombres : la corruption morale, la fascination pour la violence et la destruction de toute limite éthique. La principale réussite de ce deuxième cycle reside, je crois, dans l’approfondissement psychologique des personnages. Néron n’y apparaît plus seulement comme un tyran en devenir ; il devient un être complexe, partagé entre aspirations artistiques, pulsions destructrices et besoin obsessionnel d’admiration. Dufaux évite ainsi la caricature historique: on assiste à la transformation progressive d’un homme en monstre politique, sans jamais perdre de vue son humanité. Parallèlement, Lucius Murena acquiert une épaisseur dramatique nouvelle. Alors qu’il pouvait sembler parfois passif dans les premiers albums, il devient ici un acteur tragique confronté à des choix impossibles. Son rapport à Acté, à Néron et à la violence qui l’entoure nourrit une réflexion sur la responsabilité individuelle face à la barbarie du pouvoir. Il cesse d’être un simple témoin de l’Histoire pour en devenir l’une des victimes et l’un des instruments. Sur le plan graphique, Delaby progresse dans ce cycle en précision et en expressivité, en dynamisme du mouvement aussi. Les visages sont plus individualisés, les émotions plus lisibles, tandis que les décors urbains témoignent d’un impressionant travail de reconstitution historique. Plusieurs scènes de foule ou de catastrophe, notamment celles liées à l’incendie de Rome dans «Revanche des Cendres», sont remarquables par leur sens du spectacle. Toutefois, tout n’est pas exempt de limites. Je me demande dans quelle mesure Dufaux a privilégié l’effet dramatique au détriment de la vraisemblance historique. La dimension mélodramatique de certains épisodes, l’abondance de complots et de retournements peuvent parfois donner le sentiment d’une théâtralisation excessive. Néanmoins, Murena ne prétend pas d’être un traité d’histoire, mais une tragédie antique mise en images. Bref, le deuxième cycle me parait plus sombre, plus complexe et plus spectaculaire que le premier, il approfondit la réflexion sur les rapports entre pouvoir et folie tout en offrant certaines des plus belles pages de l’oeuvre.
Presidio
Quoi de mieux qu’une bonne canicule pour se caler dans son canapé – au frais – et de se délecter d’une bonne BD. Avec ce road trip texan aussi envoutant que dérangeant, j’ai pris une bonne rasade de fraicheur ! Presidio, dessiné par Guiu Vilanova est une bande dessinée qui vous attrape à la gorge dès les premières pages et ne vous lâche plus avant la dernière case. Ce n’est pas juste une BD, c’est une expérience immersive, un voyage au cœur d’un Texas à la fois mythique et sordide, où chaque kilomètre parcouru par les personnages résonne comme une descente aux enfers. Et croyez moi, on en redemande. Une claque visuelle assurée. D’emblée, Presidio installe une atmosphère pesante, presque étouffante. Guiu Vilanova, avec son trait précis et expressif, donne vie à des paysages texans à la fois grandioses et hostiles. Les décors, tantôt arides, tantôt urbains, sont rendus avec un réalisme saisissant, mais c’est dans les ombres et les contrastes que réside la magie de cet album. Les jeux de lumière, souvent crépusculaires, renforcent cette impression de danger imminent, comme si chaque page était imprégnée d’une menace invisible. Le scénario, quant à lui, n’a rien d’un simple road trip touristique. Point de balade les amis. Accrochez la ceinture, ça bouge ! Non, ici, on est loin des clichés du far west romantique. Cet BD explore les faces cachées du Texas : la violence, la corruption, les secrets enfouis sous le sable et le sang. Les personnages, tous plus ambivalents les uns que les autres, sont profondément humains – avec leurs failles, leurs regrets et leurs démons. On suit leurs péripéties avec une tension palpable, comme si on était nous-mêmes assis à l’arrière de leur pick-up, à guetter le prochain coup dur. Ce qui frappe dans cette histoire, c’est son originalité. Pas de clichés éculés, pas de happy end prévisible. L’histoire, complexe et bien construite, mêle habilement polar, drame psychologique et road movie. Les rebondissements s’enchaînent à un rythme effréné, mais sans jamais sacrifier la profondeur des personnages ou la cohérence de l’intrigue. Guiu Vilanova prouve ici qu’il maîtrise l’art du suspense : on tourne les pages avec frénésie, avide de savoir ce qui attend nos anti-héros au prochain virage. Et puis, il y a cette ambiance sonore que l’on devine à travers les dessins. On entend presque le vrombissement des moteurs, les cris étouffés, le vent qui siffle dans les canyons. C’est rare, une BD qui parvient à stimuler tous les sens à ce point. Je ne connaissais pas Guiu Vilanova. Son style… J’adore. C’est à la fois réaliste et stylisé. Cela donne une intensité rare à chaque planche. Les visages sont expressifs, les corps en mouvement, et les scènes d’action explosives. Les couleurs, souvent sombres et saturées, renforcent cette impression de malaise permanent. Certains cadrages, audacieux, rappellent le cinéma – et ce n’est pas un hasard si l’on imagine aisément Presidio adapté à l’écran. Impossible de poser cette BD avant la fin. C’est de ces œuvres qui vous hantent longtemps après avoir refermé l’album. Les thèmes abordés – la rédemption, la trahison, la survie – sont universels, mais traités avec une maturité et une violence - parfois crue - qui ne laisseront personne indifférent. Si vous aimez les histoires noires, sans concession, où chaque page compte et où chaque détail a son importance, cet album est fait pour vous.
Chroniques du temps où Kull était Roi
C’est curieux, dès que John Bolton est dans les parages, on a de grandes chances de tenir une masterclass. Seulement un an après L'odyssée de Marada la louve, Delcourt propose en 1987 un autre récit de dark fantasy à ses lecteurs, cette fois-ci en noir et blanc. Un choix parfaitement approprié pour ce récit macabre, qui fait de Kull un roi hanté par le doute et la solitude du pouvoir. Doug Moench a fait un super boulot à la narration. Côté dessin, Bolton fait du Bolton, il est seul sur son trône. La scène de bataille à la fin, avec les corps qui s'entremêlent, procurera un plaisir non dissimulé au lecteur esthète. A ranger à côté de Marada, en plus c'est dans la même collection.
Monsieur Chouette
David B. est un auteur qui m’intéresse beaucoup, et qui a produit certaines des meilleures séries de L’Association. Et je retrouve ici ce qui innerve une bonne partie de son œuvre – et qui m’attire particulièrement – à savoir une imagerie surréaliste débridée. Il ne faut en effet pas être réfractaire à ce type de récit jouant sur une poésie un peu loufoque, qui se développe comme un rêve qui aurait enfilé les habits de la réalité. Dans un Paris onirique, nous suivons l’héroïne qui, avec l’aide de Monsieur Chouette, tente d’éviter la police et surtout Cerbère (ici démultiplié), alors qu’elle est la seule – ou quasiment la seule – mortelle a s’être aventurée au pays des morts. Décrire les aventures et tous les détails amusants et oniriques proposés par David B. serait inutile. Il y a d’ailleurs fort à parier qu’il ait développé son récit au fil d’une improvisation plus ou moins contrôlée, voire en utilisant une sorte d’écriture automatique sur certains passages. Ce qui donne un récit un peu décousu, mais qui jamais ne m’a ennuyé ou déçu. Quant au dessin, il est classique pour l’auteur, très agréable. Un beau Noir et Blanc, avec des cases souvent pleines de détails, chargées (et, là aussi, le surréalisme est à l’honneur !). Les amateurs de l’auteur – dont je suis – ne peuvent qu’apprécier une œuvre très originale – visuellement et narrativement. Très chouette lecture, monsieur David B.
L'Exode du Louvre
Après une première lecture forcément rapide, mon impression est plutôt favorable. L'époque, la veille de la Seconde Guerre mondiale, le lieu, Paris et le Louvre, le thème, l'art et les artistes m'intéressent beaucoup. Je pense que Gradimir Smudja présente ici un très bon travail, tant au niveau du scénario que du dessin et des couleurs. Tout avec créativité, charme et humour, mais aussi avec rigueur. En se concentrant sur la personnalité et les actions courageuses de Jacques Jaujard, Smudja réalise un portrait convaincant des protagonistes et des événements. Pour cela, il a procédé à des interviews avec ses descendants et à un travail de recherche minutieux. En plus de Jaujard, je trouve qu’il a bien capté les traits de Dali, Picasso et Cocteau... J'attends avec optimisme le deuxième tome et j'espère aussi me réconcilier définitivement avec l'auteur.
Pas de pitié pour le privé
Un polar ultra solide signé Mignacco et Rotundo. C'est l'unique oeuvre de Mignacco publié en France. La force de son récit est de s'émanciper des codes du roman noir traditionnel, avec un personnage principal qui n'est pas le détective désabusé que l'on voit d'ordinaire. Un scénario solide mais aussi un dessin magistral de Rotundo qui élève véritablement le niveau de l'album. Le jeu permanent de contraste entre le noir et le blanc est de tout premier ordre, installant une ambiance graphique très immersive. Rotundo a particulièrement soigné l'expressivité de ses personnages, c'est admirable. Cette bande qui est sortie au format broché passe souvent sous les radars des collectionneurs mais c'est une valeur sûre.
Le Château des Animaux
Je vais ajouter mon grain de sel, mais est-ce vraiment nécessaire ? Je plussoie à ce qu’ont dit moult de mes prédécesseurs, on est là dans le haut du panier. Ce qui saute aux yeux dès les couvertures, c’est la beauté du dessin. Ces expressions sur des animaux qui gardent leurs postures animales, c’est du grand art. Les décors, la colorisation, la souplesse du trait et la mise en scène contribuent à nous immerger dans le récit. Une belle adaptation / réinterprétation de la fable d’Orwell, où il s’agit cette fois de faire tomber le dictateur Sylvio, taureau de son état, protégé par sa meute de chiens qui fait régner l’ordre et le servage dans cette « ferme -château ». Mention spéciale au rat Azélar, référence évidente à Gandhi avec ses lunettes, qui enseigne à la faible chatte craintive Miss Bengalore (tiens, encore l’Inde) les subtilités de la désobéissance passive et de la révolution non violente. J’ai apprécié que beaucoup de personnages ne soient pas complètement monolithiques, en particulier chez les chiens, et qu’ils puissent même infléchir leur attitude avec l’évolution de leur statut social. Bon, comme le dit Lodi, la révolution pacifique ne porte pas ses fruits dans la réalité (si Gandhi avait été inhumé, il se retournerait dans sa tombe en voyant vers où le gouvernement indien a évolué). Ça reste une fable où l’histoire finit bien – enfin pas pour tout le monde, même chez les gentils – et c’est bien comme ça, une jolie petite leçon de pacifisme ne fait de mal à personne. La série est dans le thème BD à offrir. Ça tombe bien, on me l’a offerte, les quatre tomes d’un coup. Ce fut un beau cadeau.
Persée
Après Ulysse et avant Les Sorcières de Thessalie de Pichard, voici l'adaptation de Persée dans la collection Mythologie de Glénat qui vaut décidément le coup d'œil. Petite correction de départ : Jean-Marie Brouyère est mentionné uniquement à l'avant dernière planche de cette bande pour son adaptation des dialogues. Le seul auteur mentionné en couverture et en première page est Xavier Musquera. On peut donc supposer que celui-ci ne s'est pas contenté de dessiner mais est également responsable de la narration. J'insiste sur ce point car Musquera nous dépeint un Persée à la fois héroïque et vulnerable, et c'est ce qui donne toute sa matière à ce récit mythologique. L'atmosphère antique et mystique est admirablement rendu par un noir et blanc expressif et empreint de sensualité, même si Musquera est plus à l'aise avec les corps qu'avec les décors. Le découpage manque aussi un peu de puissance et d'originalité pour parler d'oeuvre culte mais c'est en tout cas le meilleur travail de Musquera. Une oeuvre d'une grande beauté plastique, qui sait prolonger l'immortalité du mythe de Persée.
Dans l'indifférence générale
A partir d’observations et de réflexions personnelles (le recul des glaciers dans les Alpes par rapport à ses souvenirs de vacances familiales par exemple), Roberto Rossi nous propose un album qui mélange documentaire et tract politique. Le hasard a voulu que je lise très récemment, Horizons climatiques - Rencontre avec neuf scientifiques du G.I.E.C.. Si j’ai trouvé plus détaillée et plus complète ma précédente lecture, les deux albums sont complémentaires et intéressants. Beaucoup moins de détails, de chiffres, de faits, de noms ici, la narration est plus aérée (avec un dessin simple, mais agréable). Mais c’est quand même un album dont la lecture est intéressante. Il est aussi engagé, et appelle clairement chacun à prendre sa part de responsabilité, mais surtout à demander des comptes à ceux qui sont à la fois les plus responsables des dérèglements climatiques, pollutions et leurs conséquences, mais aussi ceux qui en souffrent le moins, à savoir les grandes entreprises et les ultra-riches. C’est un album qui rappelle que le capitalisme tel qu’il est pratiqué est la cause principale, et donc que c’est lui qu’il faut sévèrement réguler (avec ses thuriféraires et profiteurs). Une lecture rapide malgré une pagination conséquente (il y a peu de texte), mais recommandable. Note réelle 3,5/5.
Little Ego
Les rêves coquins d'Ego sont évidemment une parodie et un hommage à Little Nemo de W. McCay. Il s'agit de fantasmes humoristiques très bien dessinés par Giardino. La jeune fille est jolie et se retrouve dans une série de situations insolites, parfois embarrassantes, mais aussi excitantes. Les dessins sont de bon goût et l'érotisme ici ne tombe jamais dans la vulgarité. Le livre se lit rapidement, mais quand je le reprends, je ne peux pas m'empêcher de sourire.