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Par Blue boy
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série L'Envol du pélican
L'Envol du pélican

De plus en plus, la parole se libère dans la foulée de mouvements comme #MeToo et c’est tant mieux ! Cela se ressent à travers les témoignages de plus en plus nombreux à traiter de sujets qui ne sont que les différentes faces de cette même pièce qu’est le patriarcat : le viol, la domination, la prédation, le masculinisme, la maltraitance, etc. Les auteurs ont choisi comme narrateur de cette histoire (dont on ne sait vraiment si elle comporte une part autobiographique) un jeune homme, Daniel, vivant à Paris avec son compagnon après avoir grandi au Pérou avec sa mère française. En proie à des tourments intérieurs dont il ne peut expliquer la cause et mettant en danger sa relation de couple, Daniel va être amené à dérouler le fil de son enfance à un psychologue. Bloqué au départ dans une position de déni, celui-ci va progressivement dévoiler des secrets devenus trop lourds à porter, si lourds qu’il les avait refoulés au plus profond de son inconscient. C’est donc la rencontre avec un cousin, pendant les vacances, alors qu’il n’était qu’un enfant de huit ans, qui va précipiter Daniel dans ce « trou noir » qui pèsera telle une enclume sur sa vie future. Ce cousin, c’est Vicente, un jeune homme qui a tout pour lui, le physique et l’intelligence, un garçon très solaire qu’on ne pouvait qu’aimer, si bien que Daniel n’échappera pas à son aura magnétique qui finira par l’aspirer dans un gouffre existentiel. Problème : Vicente est en réalité un prédateur pédophile, au-delà de tous soupçons… Au début, Daniel ne va pas trop comprendre pourquoi ce cousin de plus de dix ans son aîné, se glisse chaque nuit dans ses draps et lui demande secrètement de le tripoter. Au début, il n’ose résister, tant l’admiration qu’il lui voue est énorme, mais cette situation va le plonger dans un malaise intérieur empreint de honte et de culpabilité, renforcé par le chantage affectif de Vicente. Sa mère, quant à elle, s’efforce de maintenir le foyer à flot. Elle doit jongler seule avec l’éducation de son fils, la pension qu’elle gère tant bien que mal et ses amants de passage. Ce n’est pas une mauvaise mère, et elle aime Daniel, mais semble détachée vis-à-vis de la mélancolie qui s’est emparé de lui. Ses résultats scolaires se dégradant, le gamin va finir par sécher l’école et apprendre à mentir… Le salut viendra peut-être de ce pélican, métaphore du récit, qui a atterri dans sa cour, mais ne peut y trouver l’espace suffisant pour déployer ses ailes… Scénarisée par Rudy Ortiz, lui-même Péruvien, et Sophie Révil, réalisatrice et productrice, l’histoire est simple, à la fois fluide et très captivante. Le jeune garçon se révèle très attachant et semble conserver sa pureté dans un monde d’adultes, indifférents ou moralisateurs, ne lui donnant pas sa place ou ne le prenant pas au sérieux. Cette excellente bande dessinée aide à comprendre comment un prédateur parvient à exercer son emprise sur sa proie. Ainsi, on réalise que la prédation va de pair avec le calcul et la manipulation, que la violence est bien davantage psychologique que physique. Le récit se dispense parfaitement de paroles, inutiles ici. Délicatesse du dessin et cadrage approprié se suffisent à eux-mêmes, permettant de retranscrire la confusion qui imprègne lentement mais sûrement l’esprit de Daniel, et aussi sa grande solitude. A l’image du récit, le dessin de la Chilienne Antonia Bañados reste simple et minimaliste, d’une tournure naïve qui cadre parfaitement avec le point de vue narratif. Mais surtout ce qui marque et séduit l’œil, et c’est sans doute délicat à dire étant donné la gravité du sujet abordé, c’est le choix des couleurs. Chaque séquence est centrée sur une couleur dominante, parfois deux, les tonalités chaudes étant réservées à l’enfance péruvienne de Daniel, tandis que le mauve un peu froid correspond à la vie parisienne de l’adulte qu’il est devenu. Ce parti pris contribue, c’est certain, à adoucir le contexte tourmenté du jeune garçon, même si globalement, ses souvenirs semblent plutôt illuminés par le soleil et le climat de ces latitudes. Preuve s’il en fallait une, le paradis dissimule toujours une part d’enfer… Pour toutes ces raisons, « L’Envol du pélican » est une lecture chaudement recommandée par votre serviteur, abordant un sujet extrêmement sensible évoqué avec délicatesse et sans faux semblants par ses auteurs. La pédo-criminalité est vraisemblablement plus facile à décrire quand elle s’accompagne de sévices infligés par des pervers frustrés (cf. l'affaire Bétharram), peut-être un peu moins quand elle se joue dans un cadre avenant et sous l’intimité des draps… Pourtant, dans les deux cas, elle demeure un traumatisme pour ses victimes.

01/07/2026 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série On ne parle pas de ces choses-là
On ne parle pas de ces choses-là

Cette BD est dure, mais c'est un documentaire parfaitement bien fait pour comprendre l'enjeu derrière le sujet. Un tabou bien trop présent dans nos sociétés, un tabou qui s'exprime encore malheureusement trop souvent : l'inceste. Comment la violence s'installe dans les familles par l'inceste, voilà tout ce qu'explore la BD. En ne parlant pas des faits précisément, bien qu'ils aient eu lieu, Marine Courtade s'attache à essayer de comprendre les mécaniques du silence. Si tout le monde savait, pourquoi personne n'a parlé ? Comment a-t-on pu laisser faire ? Comment a-t-on pu laisser des nouvelles personnes être victimes ? La BD est faite par des habitués de La Revue Dessinée, donc avec une certaine rigueur dans la construction et la narration. La BD est très fluide, parfaitement lisible et le nombre de pages conséquent est gobé en un rien de temps, pour peu qu'on accepte de se prendre en une seule lecture le poids de toute la violence présente ici. Et là-dessus je tire mon chapeau à la dessinatrice, Alexandra Petit, qui a fait un excellent travail dans le rendu. Ce sont principalement des interviews entrecoupées de réflexions de l'autrice, et pourtant on a une vraie BD. C'est dynamique, lent quand ça doit l'être, marquant dans les silences et les manifestations de cette violence latente, mais aussi clair et lisible. Je n'ai jamais tiqué sur ce documentaire, ni sur le fond ni la forme, preuve d'une parfaite maîtrise du trait. Comme dit plus haut, la BD est dure, mais pas lourde. Sur le thème de l'inceste on a d'autres BD bien plus frontales, comme Daddy's Girl par exemple. Ici c'est vraiment un reportage sur le silence familiale, la culpabilité et le manque de communication, en interrogeant les mécanismes individuels qui ont conduit à cette omerta. Car oui, le résultat est évidemment que chacun à une raison individuelle de ne pas avoir parlé. Et que les raisons sont hélas banales, ordinaires, humaines : peur de briser la famille, honte, dégoût, hésitations, impression de ne pas être légitime... Bref, les travers habituels face à une situation de ce genre. Il reste alors que l'horreur de voir que tout aurait pu être géré tellement plus tôt. Comme tant d'autres cas, le silence a été un agent de l'horreur, mais qui blâmer ? Qui obligerait les victimes à parler ? La BD a même des passages incroyablement tristes, comme ce que lui racontera son père sur la relation qu'il eut ensuite avec ses filles. C'est cruel, triste mais aussi libérateur de l'entendre. Une BD de plus sur ce que fait la violence de l'inceste dans les familles, mais qui incite à parler et à reconstruire ensuite. Salutaire, donc.

01/07/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série La Danseuse aux dents noires
La Danseuse aux dents noires

Cette BD relate un épisode authentique de la vie d'Hermentaire Truc, arrière-grand-père des scénaristes et célèbre professeur d'ophtalmologie. En 1912, le gouvernement français l'envoie au Cambodge pour opérer de la cataracte le roi Sisowath, une mission loin d'être seulement médicale puisque, dans le contexte du protectorat français en Indochine, la stabilité du royaume revêt une importance politique majeure. Les auteurs s'appuient sur cet épisode réel, enrichi de documents familiaux, pour construire un récit où l'Histoire et la fiction se mêlent avec beaucoup d'habileté. Très vite, le simple voyage d'un médecin devient une intrigue d'espionnage et de manipulations où se croisent services secrets, complots, ambitions allemandes, rébellion locale et rivalités entre puissances coloniales. Cette trame romanesque permet surtout d'élargir le regard sur une période méconnue du grand public. On découvre les subtilités du protectorat français, les tensions qui annoncent déjà les futurs mouvements indépendantistes, mais aussi le rôle du commerce de l'opium, organisé par les Européens pour asseoir leur domination économique sur la région. J'ai trouvé ce contexte historique et géopolitique passionnant. Éric Stalner met parfaitement en images cette époque. J'ai beaucoup aimé l'atmosphère Belle Époque des premières pages et du voyage en paquebot, puis le dépaysement offert par le Vietnam et le Cambodge d'alors, entre palais royaux, villas coloniales, temples et paysages tropicaux, sans oublier la misère qui se cache derrière ce décor de carte postale. Son dessin est solide et très lisible, même si je le trouve un peu académique et que ses couleurs, parfois un peu ternes, manquent de chaleur à mon goût. L'intrigue est remarquablement construite et ne verse jamais dans l'aventure spectaculaire. Elle reste constamment crédible, portée par d'excellents personnages, notamment Simala, la favorite du roi, dont la personnalité complexe et l'ambiguïté évitent tout manichéisme. C'est précisément cette retenue qui fait la force de l'album : il privilégie le récit historique à l'action débridée et parvient à captiver du début à la fin grâce à une écriture intelligente et très documentée. Une excellente surprise, aussi instructive que prenante.

01/07/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série L'Ecole est finie !
L'Ecole est finie !

Dans la tranquillité et la bienveillance on grandit plus vite et mieux. - Ce tome contient une histoire complète de nature autobiographique, indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2026. Il a été réalisé par Evemarie pour le scénario, le dessin et les couleurs. Il comprend cent-dix-sept planches de bande dessinée. Il commence par une courte préface de Fabcaro (Fabrice Caro) dans laquelle il évoque que l’histoire de l’autrice dans ses établissements scolaires fait autant rire que froid dans le dos par moments, que le lecteur suit une petite fille super attachante, surtout si dans sa scolarité il n’était pas forcément un des leaders charismatiques de la winne. Il conclut en réitérant que l’ouvrage est très drôle. Evemarie est attablée à un café en terrasse, et elle regarde les parents amener leurs enfants à l’école. Cela lui rappelle sa rentrée en septembre 92, alors qu’elle avait dix ans. Le car arrive à l’arrêt avec une publicité pour le film Reservoir Dogs sur le flanc. Elle monte dedans avec sa sœur. Evemarie rentre au collège, sa sœur est dans le même établissement qu’elle, en seconde. Elle est belle et bonne en cours. À la maison, elles peuvent se disputer… moins qu’elles ne se marrent ensemble. Bref ce matin-là, elles font leur rentrée. Une fois descendue du bus, le pied de sa sœur heurte la bordure de trottoir et elle s’étale de tout son long dans une flaque d’eau ce qui fait beaucoup rire Evemarie. Finalement, cette dernière arrive dans la cour, puis dans sa classe. Elle est la plus jeune, la plus petite, et elle a un nom de famille hilarant, Cabot, ce qui fait rire tous les élèves lors de l’appel. Quelque chose lui dit que ça va être très long…. Très très long cette affaire. Chapitre un : collège public. Evemarie a choisi allemand pour la première langue, pour être dans une bonne classe. Ce qui est complètement idiot, parce que l’allemand, à part en Allemagne, tout le monde s’en moque (sauf peut-être un peu en Argentine). Ses seules références en allemand se cantonnaient à La grande vadrouille… ce qui lui vaudra une heure de colle, pour avoir répondu à la professeure : Ja voll, mein Guénéral. Note pour plus tard : pas de trait d’humour en classe. Que l’ennui… Et l’ennui… Et encore l’ennui. L’autrice reprend donc : la plus petite, avec un nom hilarant. Ce qui se passe ? Les autres élèves se moquent d’elle, par exemple en lançant une feuille de papier froissé sur sa tête et en lui disant d’aller la chercher. À cet instant, deux options s’offrent à la jeune fille : devenir victime officielle, ou marquer son mécontentement sur le petit leader de la classe. Elle se retourne donc vivement et le frappe avec ses cahiers. Ça a mis tout le monde d’accord. Fin du match… enfin avec les élèves. Mais même un prof s’y met en faisant l’appel, ajoutant un petit Ouaf-ouaf après avoir appelé son nom. Bien sûr, elle a rêvé de lui réserver le même sort qu’au petit chef des harceleurs ! Mais ça ne se fait pas… On peut toujours rêver. Assise à sa place en salle de classe, elle regarde par la fenêtre. D’ailleurs le rêve n’était pas au programme. Et c’est fort dommage… Elle était hyper douée. De la fenêtre, elle a une vue imprenable sur l’horloge de la cour. Alors, régulièrement elle s’envole pour accélérer le temps. Diplôme de vol mental acrobatique, obtenu avec félicitations… Le titre et l’illustration de couverture annoncent honnêtement le programme : raconter les années d’école qui mènent de la demoiselle à droite à la jeune femme à gauche, avec une issue ressentie comme une libération, en pouvant brûler le cartable. Le récit autobiographique de la bédéaste s’articule en trois parties, correspondant à trois établissements différents : le collège public à partir de la sixième, puis le collège privé à partir de la troisième, et enfin l’école secondaire artistique Saint-Luc de Tournai en Belgique. Le lecteur trouve ce à quoi il peut s’attendre : la bonne humeur graphique de la bédéaste, avec un dessin tout public, des personnages à la représentation un peu simplifiée, son propre avatar dont le regard reste perpétuellement caché par sa frange, des exagérations comiques dans les postures ou dans les réactions, une représentation simplifiée des décors, et quelques délires visuels, par exemple lorsqu’elle chevauche une sorte de canard géant mutant avec un casque qui glisse sur un arc-en-ciel. Il retrouve également le ton personnel de l’autrice : un sens de la dérision et de l’autodérision, de la moquerie finalement plutôt gentille, une aversion pour l’autorité imposée, une forme d’entrain en particulier pour la pratique du dessin, et une amitié indéfectible pour sa sœur. Alors bon, qu’est-ce que cette histoire de scolarité comporte d’intéressant ? La dénonciation de maltraitances institutionnelles et personnelles ? Une critique analytique et philosophique sur l’éducation ? L’autrice reste dans son registre sarcastique et concret, descriptif, comme elle a pu le faire dans La Boulonichon (2023). Le lecteur s’attache immédiatement à la jeune Evemarie, sa figure rondouillarde, son gros nez rond, ses vêtements informes dans la période collège public, sa tenue dans sa période lycée avec des pulls ou sweatshirts le plus souvent rayés et des jeans, sa période (presque) conformiste en collège privé (col roulé, gros collants noirs en laine, jupe écossaise qui gratte sous les genoux, chignon mais pas de serre-tête parce qu’elle se respecte, mais ses Doc Martens parce que quand même). Il se rend compte que l’autrice réalise des écarts quant à ses apparences sages à des fins humoristiques ou émotionnelles : la jeune Evemarie en boxeuse avec la ceinture, la même en pirate, en exploratrice dans la jungle, en pyjama, en cosmonaute, en maillot de bain, en cible pour lanceur de couteaux, ou même en superhéroïne. La dessinatrice joue avec verve sur les exagérations de comportement ou de d’expressions de visage : l’écolière le dos courbé sous les poids de son cartable comme métaphore de la pénibilité de l’école, le professeur de mathématiques qui se transforme en comédien de standup au tableau, le surveillant qui se conduit comme une brute épaisse, le prêtre qui est le sosie de Rowan Atkinson (Mister Bean), le chef de division du collège privé avec la bave aux lèvres, etc. La narration visuelle entraîne facilement le lecteur avec des personnages le plus souvent en mouvement, des couleur plutôt claires, parfois vives (surtout une fois sortie du collège). La direction d’acteur se positionne dans un registre réaliste, avec des exagérations comiques régulières, pour faire ressortir une absurdité ou un ressenti. Elle se tient à l’écart du misérabilisme, la plus grande souffrance de l’élève semblant être un ennui interminable et sempiternellement répété. Toutefois, le mode d’accompagnement des élèves au collège ressort par son manque d’empathie, de chaleur humaine, et par ses méthodes coercitives et humiliantes pour le collège privé. Le dessin reste à l’écart de tout voyeurisme, tout en faisant apparaître les émotions, et les situations d’abus d’autorité ou de pouvoir, en particulier le recours à la force brutale du surveillant, ou à l’abus d’autorité sur de jeunes demoiselles par le chef de division. Le lecteur absorbe les dessins, avec la sensation d’une lecture facile et évidente, amusante et régulièrement drôle, rendant vivante une phase banale de la vie de tout adulte ayant bénéficié d’une scolarisation. De temps à autres, il constate la présence de procédés visuels élaborés, intégrés de manière organique à la narration. Le recours au motif de la spirale pour montrer que l’adolescente subit une décision pour elle arbitraire, qu’elle n’avait pas vu venir et sur laquelle elle n’a aucune prise. Des métaphores visuelles comme l’élève traversant un désert avec un cartable très lourd sur le dos. La présence de personnes célèbres, à commencer par les Beatles, mais aussi Mister Bean, la menace physique ou psychologique sous la forme d’un personnage en ombre chinoise, les émotions sous forme visuelle par exemple quand Evemarie crache du feu comme un dragon, etc. Le lecteur éprouve la sensation de suivre la scolarité de l’autrice de manière linéaire à partir de sa sixième jusqu’à la sortie de St-Luc. Il se rend compte qu’il est peu question du contenu des cours, sauf pour pointer du doigt l’attitude professorale manquant de bienveillance dans les deux collèges, la forme très scolaire et autoritaire des cours, ou encore comment un groupe d’enfants peut prendre en grippe un autre et lui faire subir des brimades. Evemarie fait ressortir à quel point ce mode de d’apprentissage coercitif est inadapté à sa personnalité, et à quel point elle grandit vite et mieux dans l’environnement plus responsabilisant de St-Luc. En filigrane, il peut repérer ce qui permet à Evemarie de tenir le coup, de conserver son intégrité psychique, malgré cette inadéquation à un système normalisé et vécu comme dépersonnalisé. Son lien avec sa sœur, des parents compréhensifs et à l’écoute, des amies et des amis, un caractère à ne pas se laisser marcher sur les pieds, une grande imagination lui permettant de s’évader lors d’interminables périodes d’ennui, et une passion le dessin. Elle conclut son récit par une forme de Que sont-ils devenus ? Et par sa scolarité dans une école de dessin en Belgique avec des méthodes pédagogiques totalement adaptées à son niveau d’autonomie, reposant sur la tranquillité et la bienveillance. Le récit d’une scolarité en collège, d’abord public puis privé, puis dans une école de dessin, d’une élève pour laquelle les conditions quasi industrielles de l’éducation scolaire sont inadaptées. Un récit drôle et visuellement inventif, disant et montrant les moments d’humiliation sans en faire un drame (alors qu’il y a de quoi à une ou deux reprises), avec verve, bienveillance et caractère. Un témoignage qui dit la souffrance ordinaire et bien réelle d’une élève subissant un système impersonnel et autoritaire.

01/07/2026 (modifier)
Couverture de la série Le Mètre des Caraïbes
Le Mètre des Caraïbes

Alors que je n’ai toujours pas lu leur précédente collaboration (qui traîne pourtant sur mes étagères, honte à moi), je découvre le travail des auteurs avec ce tome, pas de comparaison donc. Verdict. C’est très bon. C’est léger, instructif et amusant, « sérieux » dans le sujet et loufoque dans le traitement, j’en suis sorti avec le smile. J’ai bien une petite réserve sur la longueur de l’aventure, pour ce que ça raconte vraiment (je me comprends) mais Lupano tient son récit, on ne s’ennuie pas vraiment, emporté par les bons mots, des personnages barrés et surtout une partie graphique qui accompagne parfaitement la farce. J’ai vraiment succombé aux bouilles, au dynamisme du trait et aux couleurs.

30/06/2026 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Gotlib - Une vie en Bandessinées
Gotlib - Une vie en Bandessinées

Cette BD parue quelques années après la mort de Gotlib fait un petit tour d'horizon, en BD, de ce que fut la vie du patron de Fluide Glacial, un pilier de la BD franco-belge, un géant du médium. Si je trouve que Fluide glacial en fait parfois un peu trop sur lui, je reconnais que c'est un personnage qui mérite qu'on s'y intéresse. Sa vie n'est pas non plus une aventure de chaque instant, mais chaque moment permet de comprendre et explorer ce que Gotlib va ensuite mettre dans ses BD. La BD découpe le tout en chapitre, chacun étant conduit par un fil narratif différent, comme par exemple un dialogue avec un personnage de Gotlib. Le tout est présenté avec des allers-retours dans le temps assez bien découpés, thématiques ou temporelles, sans jamais perdre le lecteur. Et évidemment, la BD est bourrée, partout, de clin d’œil à l’œuvre de Gotlib. On notera des pages présentes dans les cases, mais aussi des clins d’œils aux inspirations, des petits gags ... Ça foisonne, surtout dans les dernières pages, mais c'est plus pour les fans que nécessaire à la compréhension de la BD. La BD est très bien dessinée et inventive, visuellement riche. C'est le genre de BD qui exploite la biographie pour en faire une vraie BD, intéressante et dynamique, humaine et touchante, sans oublier d'être drôle pour un personnage qui nous aura souvent faire rire. En tant que telle, je trouve que ça donne une très bonne BD, que je ne peux que recommander.

30/06/2026 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série In Memoriam
In Memoriam

Comme d'autres, je plussoie cette BD qui est très bien ! Les deux premiers tomes (semble-t-il toujours orphelins pour l'instant) mettent vite en place les personnages et la situation initiale, rentrant rapidement dans le vif du sujet. Et l'ambiance est vraiment bonne ! L'histoire d'un Paris dévastée par une catastrophe magique, dont l'origine n'est pas encore connue mais qui permet une aventure pleine d'actions avec des flics tentant de faire avec, dans une sorte de post-apocalypse magique, le tout dans un Paris fantastique. Le mélange est surprenant mais plutôt bien trouvé, la magie étant à la fois au centre du récit mais aussi une belle métaphore de la puissance disposée par certains qui sert pour d'autres. Que ce soit une sorte d'énergie, de science ou un mélange des deux, ça donne un aspect politique intéressant au récit, où s'opposent différentes valeurs quant à l'avenir de cette magie et de ce monde. Niveau scénario on présent Paris comme la capitale mondiale de cette magie, expliquant que le récit se concentre seulement sur cette ville, mais j'avoue que j'aimerais bien voir le cadre étendu dans d'autres tomes. Si autres tomes il y a, la série étant sans nouveauté depuis près de trois ans .... Le dessin est une force du récit, nerveux et dynamique, faisant la part belle aux scènes d'actions dignes d'un film hollywoodien. Sa colorisation et mise en page fait grandement le travail dans la lisibilité du récit. On est face à la BD divertissement pur jus, un petit plaisir de lecture qui maintient une tension sur deux tomes et qui donne envie de voir la suite. A quand le troisième tome ?

30/06/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Naïs
Naïs

Il est assez amusant de réaliser qu'il s'agit ici d'une double adaptation : cette bande dessinée adapte le film de Marcel Pagnol (ou le roman qu'il en a tiré), lui-même inspiré de la nouvelle Naïs Micoulin d'Émile Zola. Pourtant, je ne m'en serais probablement jamais rendu compte tant les thèmes, les personnages et l'atmosphère respirent le Pagnol. J'y ai simplement trouvé un peu moins de cette gouaille et de cet humour discret qui irriguent ses œuvres les plus célèbres. Le ton est ici plus sérieux, avec une légère dimension dramatique, même si cela reste avant tout une histoire d'amour profondément humaine. Le dessin de David Ratte épouse d'ailleurs parfaitement cette Provence lumineuse chère à Pagnol. Son trait chaleureux donne beaucoup de vie aux personnages et aux paysages baignés de soleil. Naïs est particulièrement réussie, à la fois lumineuse, attachante et pleine de naturel, tandis que chacun des protagonistes possède une véritable personnalité visuelle. L'intrigue tient presque du huis clos puisqu'elle repose essentiellement sur quatre personnages. D'un côté, Naïs, amoureuse depuis toujours de Frédéric, le séduisant fils des propriétaires. De l'autre, Toine, le bossu qui aime Naïs en silence, et enfin Micoulin, son père, dont la jalousie maladive le pousse peu à peu vers la violence. C'est essentiellement autour de ce dernier que se construit la dimension dramatique du récit, avec une tension qui flirte parfois avec le polar. Ce qui m'a surtout plu, c'est que l'histoire évite constamment les clichés. On pourrait croire assister au récit classique de la jeune paysanne séduite puis abandonnée par un riche héritier, ou à celui du bossu condamné à souffrir en silence de son amour impossible. Il n'en est rien. Naïs est parfaitement consciente de la situation et ne nourrit guère d'illusions : elle souhaite simplement vivre cet amour tant qu'il existe, sans reprocher à Frédéric de repartir un jour vers son univers. Celui-ci, qui ne voyait d'abord en elle qu'une conquête de vacances, découvre progressivement une véritable tendresse, puis sans doute un amour sincère. Quant à Toine, il est probablement le plus beau personnage de l'histoire : très vite, il dépasse sa propre peine pour ne rechercher qu'une chose, le bonheur de celle qu'il aime et de son ancien ami. Avec beaucoup d'intelligence, de générosité et même une certaine malice, il devient discrètement le meilleur allié de leur histoire d'amour. Malgré la menace qui plane tout au long du récit, c'est finalement la bienveillance qui domine. A l'exception d'un dont le cas sera discrètement réglé, les personnages savent écouter, comprendre, renoncer lorsque c'est nécessaire et agir avec une humanité qui fait beaucoup de bien. Cette intelligence des dialogues et des réactions donne au dénouement une tonalité particulièrement optimiste et touchante. Une belle adaptation, portée par un dessin chaleureux et un récit qui, sans renier sa part de drame, préfère faire confiance à la bonté de ses personnages. Et j'aime beaucoup cette vision-là.

30/06/2026 (modifier)
Couverture de la série La Brigade Chimérique
La Brigade Chimérique

Une série relativement originale, mélangeant plusieurs genres. De la SF vaguement uchronique, des super-héros européens, et une volonté évidente de donner au récit un habillage proche de ce que les feuilletonnistes du début du XXème siècle proposaient à leurs lecteurs. C’est ce qui semble justifier l’apparition des surréalistes – Breton en tête. Je ne suis a priori pas fan de l’utilisation de Breton et du mouvement surréaliste à tort et à travers, surtout pour répéter plusieurs fois en deux pages l’image des « procès » de Breton (et semble-t-il lui-seul) envers ceux qui lui auraient déplu. Une idée fixe et fausse… Autre petit détail qui m’a chiffonné, lorsque Georges Spad (jeune femme centrale dans le récit, ayant été accueillie/recueillie par les surréalistes) affirme vers la fin que Breton lui a prêté de l’argent pour s’en sortir : non pas que je remette en question la générosité de Breton, mais je doute qu’il ait pu le faire, car contrairement à une idée reçue, il ne roulait pas sur l’or (en particulier dans les années 1930). Bon, d’autres choses m’avaient fait tiquer (erreurs de dates/anachronismes pour des expos ou tracts, ou pour l’utilisation par Breton de l’anagramme Avida Dollars pour nommer Dali), mais les auteurs s’en expliquent dans le gros dossier final de l’intégrale dans laquelle j’ai lu la série. Dont acte. Au-delà des surréalistes, les auteurs ont multiplié les allusions à de très nombreux auteurs/œuvres littéraires : les auteurs de SF français (dont beaucoup apparaissent même en chair et en os vers la fin), Kafka, etc. Les super héros américains aussi, voire le Blake de Jacobs. Et de multiples allusions au roman gothique ou au cinéma expressionniste allemand, avec en particulier le personnage de Mabuse, qui incarne une allégorie de la montée du nazisme (Hitler n’apparaissant que sur l’extrême fin – et de dos – le récit se finissant de façon glaçante sur l’horreur d’Auschwitz). Et une foule de scientifiques, surtout la « dynastie » Curie : Marie bien sûr, mais surtout sa fille et son gendre. Le tout à la fois ancré dans l’Histoire européenne de l’entre-deux guerres (essentiellement les années 1930) et traité comme un feuilleton SF/rétro. Cette richesse, cette profusion de références, sont la force et une partie de la faiblesse de cette série. En effet, c’est on ne peut plus dense, il faut souvent s’accrocher pour suivre (je n’ai d’ailleurs probablement pas saisi toutes les allusions), on risque parfois l’indigestion. D’ailleurs, toutes ces références (qu’elles soient simples évocations/citations, ou qu’elles s’incarnent au travers de personnages) mettent presque en retrait la « Brigade chimérique », ces personnages aux pouvoirs et à l’aspect étranges. On bascule là aussi vers quelque chose d’allégorique (lutte du Bien contre le Mal), pas toujours facile à cerner. En tout cas, c’est une lecture qui n’est clairement pas si facile. Mais qui m’a intéressé. La série est originale, ambitieuse. Peut-être trop ? Ou alors aurait-il peut-être fallu « diluer » un peu le matériau de base (alors que la plupart du temps ce genre de dilution est un reproche pour moi), pour rendre plus aisée, fluide, la lecture ? Je ne sais pas. En tout cas c’est une lecture que je vous recommande. En particulier dans l’intégrale, bel objet, avec un dossier explicatif lui aussi d’une grande richesse, qui montre en tout cas que les auteurs ont bâti leur projet sur des bases extrêmement consistante en matière de références ! Certains de mes prédécesseurs comparent le dessin de Gess à celui de Mignola. Je l’ai trouvé meilleur (même si je n’ai lu que quelques séries de Mignola), même s’il n’est pas excellent, et si certains passages sont un peu « bâclés » (et s’il fera mieux sur ses séries plus récentes : voir les albums développant l’univers des « Contes de la pieuvre »). Note réelle 3,5/5.

30/06/2026 (modifier)
Couverture de la série Le Caravage
Le Caravage

C’est franchement une très belle réussite. Il est rare qu’une BD historique soit aussi captivante, ou qu’une BD d’aventure soit aussi instructive. Si l’histoire était entièrement fictive, elle fonctionnerait déjà très bien. Mais elle a en plus le mérite de raconter la vie d’un personnage majeur de l’histoire de l’art, de replacer son œuvre dans son contexte et de transmettre de nombreuses connaissances sans jamais donner l’impression de lire un cours. La biographie est particulièrement bien rythmée et reste agréable à suivre du début à la fin. Je suis incapable d’en juger l’exactitude historique dans les moindres détails, et il y a probablement une part de réinterprétation, mais cela importe finalement assez peu tant le récit paraît cohérent et crédible. Graphiquement, c’est superbe. Le dessin, très axé sur le trait, m’a parfois fait penser à La Prophétie des Deux Mondes.

29/06/2026 (modifier)