Je mets mon avis à jour suite à la lecture des 3 tomes parus en VO, et je laisse ma note à 4/5.
Lemire nous ressert ses thèmes favoris : un bled paumé, une protagoniste torturée au passé chargé, et une bonne dose de fantastique, via la thématique de la lecture des cartes de tarot, élément central de l’histoire. Le premier tome ne fait que poser les bases, nous présente les personnages et lance l’intrigue… intrigue qui décolle vraiment dans les tomes 2 et 3. Elle devient passionnante et nébuleuse, avec de nombreux personnages secondaires et une organisation secrète dont les intentions restent mystérieuses.
Pas grand-chose à dire sur le dessin, c’est du Lemire, j’adore. Je note qu’il se fait aider par Letizia Cardonici sur le tome 2, et que la cassure de style m’a un peu dérangé, surtout au niveau de la représentation des personnages. Je comprends qu’il s’agissait d’un mal nécessaire – il était trop accaparé par ses autres projets – mais je suis content de le voir prendre les pinceaux à plein temps sur le tome 3. Je vous ai mis une planche dessinée par Letizia Cadonici et mise en couleur par Patricio Delpeche dans la galerie, pour vous faire une idée.
La série est a priori prévue en 5 tomes… vivement la suite !
Simon Spruyt utilise ici la science-fiction pour interroger l'origine de nos croyances et notre besoin de raconter des histoires. Disons-le d'emblée : les mythes fondateurs et le rôle des récits au sein d'une société, ça me parle toujours...
Le point de départ de cette aventure est relativement classique : une entité extraterrestre est missionnée sur Terre pour retrouver un de ses collègues qui ne donne plus signe de vie. Chemin faisant, elle va se mêler aux hommes et observer leurs moeurs.
Mais avec l'auteur bruxellois, la proposition est ici particulièrement efficace et stimulante. L'histoire m'a captivé. L'enquête de l'agent extraterrestre se mêle aux intrigues politiques et aux amours tragiques. Dans un décor magnifié par les aplats ocre et les bleus profonds, l'auteur met en scène les passions immuables qui façonnent nos mythes et nos civilisations. Tour à tour âpre, sensuel, touchant et poétique, Le Marche-lune est une fable envoûtante. Et que c'est beau ! Le dessin donne admirablement corps aux mythes et aux croyances naissantes.
En liant habilement science-fiction et mythes fondateurs, Simon Spruyt signe à mon sens l'un des plus beaux albums de l'année.
Grand fan du livre de Damasio, dont les autres productions m'ont intéressées (mais pas autant que la Horde), je me suis jeté sur les bd dès leur sortie. Le livre est particulièrement inventif et innovant, sur l'histoire tout d'abord, mais aussi sur la narration - 1 chapitre par personnage - et le soin apporté à donner à ceux-ci un caractère propre, qui s'exprime notamment par l'écriture et l'utilisation de la ponctuation. Damasio va jusqu'à inventer un langage pour retranscrire le vent, jouant sur les caractères typographiques eux-mêmes.
C'était donc un sacré défi à adapter et Eric Henninot s'en tire très bien. Le dessin est vraiment beau et l'essentielle retranscription du vent bien rendue. L'exotisme et les spécificités des paysages traversés sont bien rendus, les planches offrent le voyage qu'on peut attendre d'un tel univers de SF. Sur l'adaptation en elle-même, le choix de déplier l'histoire en 6 tomes est judicieux : ça fonctionne bien par rapport aux grandes étapes du récit original et ça permet de garder une série bien rythmée, mais il est vrai que certains personnages y perdent un peu en développement. Je ne mets pas 5 étoiles car, selon moi, cette adaptation ne dépasse pas l’œuvre originale mais ça reste de l'excellent travail.
(critique sur les 4 premiers tomes)
Je trouve que Sylvain Ricard a bien su traiter son sujet, et ce de façon intelligente et équilibrée.
D’abord en présentant bien le fonctionnement du Ku Klux Klan, et son emprise sur les Blancs du sud des États-Unis (mais aussi le fait qu’il soit sous la coupe les élites économiques blanches, qui en ont fait un moyen efficace de contrôler les Blancs et la société locale en général).
L’horreur des actions du KKK n’est pas édulcoré, loin de là. Mais le scénario prend le temps de montrer « l’initiation » d’un jeune homme (fils d’un des dirigeants locaux), mais aussi les dissensions entre les membres du KKK, voire les trahisons cyniques entre ses membres, pour les raisons habituelles de la prise de pouvoir. Cela a aussi le mérite d’évacuer le côté linéaire que pouvait prendre le récit, en dynamisant l’intrigue jusqu’au bout, puisqu’à la confrontation classique KKK contre les Noirs se substitue quelque chose de plus complexe (tous les Blancs contre les Noirs, mais aussi des Blancs cherchant à en éliminer d’autres – quitte à faire accuser les Noirs – faut pas déconner !).
Le récit est intéressant, dynamique, et j’ai aussi bien aimé le dessin très moderne et agréable de Christophe Gaultier.
Je regrette juste une confrontation finale manquant parfois de crédibilité (pourquoi les Noirs laissent-ils ainsi une chance à certains de leurs captifs ?
Une lecture plaisante (sur un sujet qui l’est moins), que j’ai bien aimé. Je possède la première édition, et ne sais si quelque chose a été modifié ou ajouté à la suivante…
Note réelle 3,5/5.
Dans les univers très codifiés de l'heroic fantasy, Barbaric serait une version extrêmement fun et jouissive de Conan. Owen est ainsi un barbare très baston-butin-beuveries secondé d'une grosse hache qui parle. Mais depuis qu'il a été maudit par 3 sorcières, il est condamné à ne devoir faire que le "bien". Ce fond d'histoire n'est bien sûr pas l'intérêt principal de cette série, mais bien ses scènes d'action hyper bourrines et son humour noir permanent. Les dialogues entre cet anti-héros, sa hache et les quelques sidekicks - évidemment des clichés, mais suffisamment caractérisés pour tenir leur place - sont très drôles, sur un ton toujours très décalé. Le dessin est bien maîtrisé, très pop, avec des couleurs un peu passées qui rappellent les vieux pulp.
C'est pas très fin, c'est violent, c'est gore mais ça ne se prend pas du tout au sérieux et ça en fait une très bonne lecture pop-corn.
Étant amateur de SF en général et de post-apo en particulier, Le Convoyeur réussit à proposer un univers globalement cohérent qui m'a bien plu, pas très éloigné d'un Last of Us un peu western. Mais il intègre aussi des petites surprises que je ne me rappelle pas avoir lues ailleurs, à commencer par la nature même du convoyeur. Le dessin est plutôt bon, sans être exceptionnel : les visages sont reconnaissables et l'action est bien lisible. L'histoire se déroule en 4 tomes, ce qui est une vraie qualité selon moi : ni trop long, ni trop court ; les auteurs n'allongent pas la sauce et les personnages se développent convenablement au fil des tomes. A noter que le cycle semble bouclé - le dénouement fait son petit effet -, mais des questions restent en suspens...
Cette adaptation en bande dessinée de l'univers de Pierre Bottero nous plonge dans le quotidien d'une famille de sorcières où les garçons, eux, n'ont pas de pouvoirs mais y ont malgré tout toute leur place.
Ce qui m'a le plus séduit dans cette série, c'est incontestablement le dessin de Stedho. J'aime beaucoup son trait souple et expressif, sa mise en scène dynamique et ses couleurs chaleureuses qui donnent beaucoup de vie à cet univers. L'ensemble est très agréable à regarder et retranscrit bien cette ambiance familiale où le merveilleux s'invite naturellement dans un quotidien très ordinaire.
Les scénarios sont également sympathiques, même s'ils restent assez simples. J'ai une préférence pour le premier tome, qui bénéficie de l'effet de découverte de cette famille atypique et de ses personnages. Le mélange entre vie quotidienne et magie fonctionne très bien et l'univers donne immédiatement envie d'y revenir. Le second tome reprend les mêmes ingrédients avec une nouvelle aventure agréable, mais l'effet de surprise est forcément passé et l'intrigue paraît un peu plus classique.
On est davantage face à une série qui séduit par son univers, ses personnages et sa partie graphique que par l'originalité de ses scénarios. Une lecture jeunesse très plaisante, portée avant tout par un dessin que je trouve particulièrement réussi.
Un univers post-apo à la fois classique (le retour au féodal et la débrouille) et original (une mystérieuse contagion, la lutte contre les mutations). Et des personnages bien marqués avançant masqués, aux traits de caractères forts mais laissant pourtant place à beaucoup d'interrogations.
Le premier tome est moyen bien que l'ambiance soit pesante. Dans le 2, les enjeux prennent et le 3 amènent beaucoup de révélations, de questions supplémentaires et de séquences mémorables. Bref, ça s'améliore de volume en volume. Et je pense sincèrement que la note grimpera à la parution du tome 4.
Petit bémol contre le rythme des réponses qui ralentie au fur et à mesure des pages, espérons que ce ne soit pas une manière de tirer sur la longueur.
MàJ après relecture des 3 premiers tomes et lecture du 4ème tome:
Clairement la note remonte à 4. Les personnages principaux prennent à chaque tome plus d'épaisseur et d'importance, des retournements de situation dévoilent une nouvelle facette de chacun d'eux. Certains personnages secondaires assez clichés ont même droit à leur petit surplus d'âme et c'est heureux pour quelques scènes d'action dispensables. Car l'intérêt réside dans l'univers dans lequel ils se déplacent d'un but à l'autre jusqu'à prendre la direction qui conclut cette belle saga qui laisse entrevoir une suite qui n'est pas nécessaire. Un monde à l'opposé du notre où la nature, effrayante, reprend ses droits et change notre rapport vis-à-vis de celle-ci. Mais on dirait du Miyazaki? A la lecture du dernier tome, j'ai pensé à un pendant européen de Nausicaä de la vallée du vent, il y a pire comme comparaison.
Un amalgame réussi de western, thriller, écologie, SF... joliment colorisé, qui se relit avec plaisir.
J'ai commencé à lire cette série alors que j'étais encore enfant et j'ai toujours beaucoup aimé les dessins de Morris. Même avant sa collaboration avec Goscinny, je trouvais ça drôle. Mais je dois reconnaître qu'il y a un âge d'or de la série avec Goscinny et le passage du journal Spirou à Pilote.
Goscinny a créé des histoires et des personnages mémorables, de La Diligence jusqu'à L'Empereur Smith… Mes préférés sont peut-être Waldo Badmington, le Pied-Tendre, avec son majordome Jasper ou le Prof. Otto von Himbeergeist de la Guérison des Dalton. L'évolution des personnages au fil de ces histoires est hilarante ! Parmi mes préférées, il y a aussi le Canyon Apache ou le 20e de cavalerie, mais tout est très bon!
Je ne pourrais pas oublier la participation des animaux, de Jolly Jumper, si sensé et intelligent, à Ratanplan, le chien le plus stupide de l’Ouest !
Les dessins de Morris sont bien plus complexes que la simplicité apparente et l'improvisation qu'on pourrait percevoir à première vue. Les cadrages, les séquences, le dynamisme sont la preuve d'un grand talent. J'adore aussi identifier les acteurs de cinéma à partir de leurs caricatures: Gary Cooper, Lee van Cleef, Mae West, W. C. Fields, Sean Connery, David Niven et tant d’autres! Goscinny, Franquin ou Will y sont aussi!
Aujourd'hui, je continue à lire Lucky Luke et les séries dérivées, mais sans le même plaisir d'autrefois, et je dois avouer que je ne suis vraiment pas fan de certaines d'entre elles. Mais l’image de l’homme qui tire plus vite que son ombre, restera avec moi pour toujours!
P.S. Je devrais encore parler d'autres sujets: de l'image des Indiens, des femmes (de Calamity Jane à Ma Dalton), de l'érotisme latent et parfois (auto-)censuré. Il faudrait écrire un livre!
Paco les mains rouges en BD, ou « Papillon » en version film, voilà les images qui me venaient à l’esprit en pensant au bagne de Cayenne.
Cet album s’intéresse au destin de l’un des condamnés à cet enfer, Dieudonné, en reprenant le travail d’Albert Londres, qui a publié articles et un livre après un reportage en Guyane, et qui aidé Dieudonné à revenir en France, après qu’il se soit évadé et réfugié au Brésil.
Dieudonné était anarchiste, ami de certains membres de la « bande à Bonnot », et c’est uniquement pour ses idées et ses fréquentations qu’il a été condamné – faussement accusé. Sa condamnation à mort commuée en déportation au bagne de Cayenne, on s’est débarrassé – comme d’autres – d’une idée et d’un homme (au passage, qu’un anarchiste s’appelle Dieudonné est un peu drôle…)…
On a d’abord droit à une description de l’horreur des conditions de vie (proche de la torture et de la mise à mort plus ou moins lente) des détenus – y compris après qu’ils aient fini de purger leur peine (hypocritement, sans le préciser aux jurés lors des procès, ils sont condamnés à « doubler » leur peine en restant en Guyane avant de pouvoir envisager – s’ils ont survécu au bagne et s’ils en ont les moyens – de revenir en métropole. Puis vient l’évasion.
L’évasion de Dieudonné, avec quelques codétenus – est épique, forcément dangereuse, avec la traque des « chasseurs d’hommes », les dangers « naturels » (serpents, sables mouvants, mer dangereuse, etc.), puis une longue période où il s’installe au Brésil, avec une attitude parfois étonnante des autorités locales, lorsque la France demande son arrestation et son extradition. Le tout raconté par Dieudonné et Londres.
J’ai trouvé cette histoire intéressante. Dieudonné est un personnage attachant, qui ne semble pas avoir manifesté de haine par rapport aux nombreuses injustices dont il a été victime. Le beau travail de Londres – et l’hypocrisie des dirigeants politiques et magistrats de l’époque – est aussi mis en avant.
C’est un très bon album, à mi-chemin du roman graphique et du documentaire (je l’aurais presque mis dans cette seconde catégorie).
Note réelle 3,5/5.
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Minor arcana
Je mets mon avis à jour suite à la lecture des 3 tomes parus en VO, et je laisse ma note à 4/5. Lemire nous ressert ses thèmes favoris : un bled paumé, une protagoniste torturée au passé chargé, et une bonne dose de fantastique, via la thématique de la lecture des cartes de tarot, élément central de l’histoire. Le premier tome ne fait que poser les bases, nous présente les personnages et lance l’intrigue… intrigue qui décolle vraiment dans les tomes 2 et 3. Elle devient passionnante et nébuleuse, avec de nombreux personnages secondaires et une organisation secrète dont les intentions restent mystérieuses. Pas grand-chose à dire sur le dessin, c’est du Lemire, j’adore. Je note qu’il se fait aider par Letizia Cardonici sur le tome 2, et que la cassure de style m’a un peu dérangé, surtout au niveau de la représentation des personnages. Je comprends qu’il s’agissait d’un mal nécessaire – il était trop accaparé par ses autres projets – mais je suis content de le voir prendre les pinceaux à plein temps sur le tome 3. Je vous ai mis une planche dessinée par Letizia Cadonici et mise en couleur par Patricio Delpeche dans la galerie, pour vous faire une idée. La série est a priori prévue en 5 tomes… vivement la suite !
Le Marche-lune
Simon Spruyt utilise ici la science-fiction pour interroger l'origine de nos croyances et notre besoin de raconter des histoires. Disons-le d'emblée : les mythes fondateurs et le rôle des récits au sein d'une société, ça me parle toujours... Le point de départ de cette aventure est relativement classique : une entité extraterrestre est missionnée sur Terre pour retrouver un de ses collègues qui ne donne plus signe de vie. Chemin faisant, elle va se mêler aux hommes et observer leurs moeurs. Mais avec l'auteur bruxellois, la proposition est ici particulièrement efficace et stimulante. L'histoire m'a captivé. L'enquête de l'agent extraterrestre se mêle aux intrigues politiques et aux amours tragiques. Dans un décor magnifié par les aplats ocre et les bleus profonds, l'auteur met en scène les passions immuables qui façonnent nos mythes et nos civilisations. Tour à tour âpre, sensuel, touchant et poétique, Le Marche-lune est une fable envoûtante. Et que c'est beau ! Le dessin donne admirablement corps aux mythes et aux croyances naissantes. En liant habilement science-fiction et mythes fondateurs, Simon Spruyt signe à mon sens l'un des plus beaux albums de l'année.
La Horde du contrevent
Grand fan du livre de Damasio, dont les autres productions m'ont intéressées (mais pas autant que la Horde), je me suis jeté sur les bd dès leur sortie. Le livre est particulièrement inventif et innovant, sur l'histoire tout d'abord, mais aussi sur la narration - 1 chapitre par personnage - et le soin apporté à donner à ceux-ci un caractère propre, qui s'exprime notamment par l'écriture et l'utilisation de la ponctuation. Damasio va jusqu'à inventer un langage pour retranscrire le vent, jouant sur les caractères typographiques eux-mêmes. C'était donc un sacré défi à adapter et Eric Henninot s'en tire très bien. Le dessin est vraiment beau et l'essentielle retranscription du vent bien rendue. L'exotisme et les spécificités des paysages traversés sont bien rendus, les planches offrent le voyage qu'on peut attendre d'un tel univers de SF. Sur l'adaptation en elle-même, le choix de déplier l'histoire en 6 tomes est judicieux : ça fonctionne bien par rapport aux grandes étapes du récit original et ça permet de garder une série bien rythmée, mais il est vrai que certains personnages y perdent un peu en développement. Je ne mets pas 5 étoiles car, selon moi, cette adaptation ne dépasse pas l’œuvre originale mais ça reste de l'excellent travail. (critique sur les 4 premiers tomes)
Kuklos
Je trouve que Sylvain Ricard a bien su traiter son sujet, et ce de façon intelligente et équilibrée. D’abord en présentant bien le fonctionnement du Ku Klux Klan, et son emprise sur les Blancs du sud des États-Unis (mais aussi le fait qu’il soit sous la coupe les élites économiques blanches, qui en ont fait un moyen efficace de contrôler les Blancs et la société locale en général). L’horreur des actions du KKK n’est pas édulcoré, loin de là. Mais le scénario prend le temps de montrer « l’initiation » d’un jeune homme (fils d’un des dirigeants locaux), mais aussi les dissensions entre les membres du KKK, voire les trahisons cyniques entre ses membres, pour les raisons habituelles de la prise de pouvoir. Cela a aussi le mérite d’évacuer le côté linéaire que pouvait prendre le récit, en dynamisant l’intrigue jusqu’au bout, puisqu’à la confrontation classique KKK contre les Noirs se substitue quelque chose de plus complexe (tous les Blancs contre les Noirs, mais aussi des Blancs cherchant à en éliminer d’autres – quitte à faire accuser les Noirs – faut pas déconner !). Le récit est intéressant, dynamique, et j’ai aussi bien aimé le dessin très moderne et agréable de Christophe Gaultier. Je regrette juste une confrontation finale manquant parfois de crédibilité (pourquoi les Noirs laissent-ils ainsi une chance à certains de leurs captifs ? Une lecture plaisante (sur un sujet qui l’est moins), que j’ai bien aimé. Je possède la première édition, et ne sais si quelque chose a été modifié ou ajouté à la suivante… Note réelle 3,5/5.
Barbaric
Dans les univers très codifiés de l'heroic fantasy, Barbaric serait une version extrêmement fun et jouissive de Conan. Owen est ainsi un barbare très baston-butin-beuveries secondé d'une grosse hache qui parle. Mais depuis qu'il a été maudit par 3 sorcières, il est condamné à ne devoir faire que le "bien". Ce fond d'histoire n'est bien sûr pas l'intérêt principal de cette série, mais bien ses scènes d'action hyper bourrines et son humour noir permanent. Les dialogues entre cet anti-héros, sa hache et les quelques sidekicks - évidemment des clichés, mais suffisamment caractérisés pour tenir leur place - sont très drôles, sur un ton toujours très décalé. Le dessin est bien maîtrisé, très pop, avec des couleurs un peu passées qui rappellent les vieux pulp. C'est pas très fin, c'est violent, c'est gore mais ça ne se prend pas du tout au sérieux et ça en fait une très bonne lecture pop-corn.
Le Convoyeur
Étant amateur de SF en général et de post-apo en particulier, Le Convoyeur réussit à proposer un univers globalement cohérent qui m'a bien plu, pas très éloigné d'un Last of Us un peu western. Mais il intègre aussi des petites surprises que je ne me rappelle pas avoir lues ailleurs, à commencer par la nature même du convoyeur. Le dessin est plutôt bon, sans être exceptionnel : les visages sont reconnaissables et l'action est bien lisible. L'histoire se déroule en 4 tomes, ce qui est une vraie qualité selon moi : ni trop long, ni trop court ; les auteurs n'allongent pas la sauce et les personnages se développent convenablement au fil des tomes. A noter que le cycle semble bouclé - le dénouement fait son petit effet -, mais des questions restent en suspens...
Fils de sorcières
Cette adaptation en bande dessinée de l'univers de Pierre Bottero nous plonge dans le quotidien d'une famille de sorcières où les garçons, eux, n'ont pas de pouvoirs mais y ont malgré tout toute leur place. Ce qui m'a le plus séduit dans cette série, c'est incontestablement le dessin de Stedho. J'aime beaucoup son trait souple et expressif, sa mise en scène dynamique et ses couleurs chaleureuses qui donnent beaucoup de vie à cet univers. L'ensemble est très agréable à regarder et retranscrit bien cette ambiance familiale où le merveilleux s'invite naturellement dans un quotidien très ordinaire. Les scénarios sont également sympathiques, même s'ils restent assez simples. J'ai une préférence pour le premier tome, qui bénéficie de l'effet de découverte de cette famille atypique et de ses personnages. Le mélange entre vie quotidienne et magie fonctionne très bien et l'univers donne immédiatement envie d'y revenir. Le second tome reprend les mêmes ingrédients avec une nouvelle aventure agréable, mais l'effet de surprise est forcément passé et l'intrigue paraît un peu plus classique. On est davantage face à une série qui séduit par son univers, ses personnages et sa partie graphique que par l'originalité de ses scénarios. Une lecture jeunesse très plaisante, portée avant tout par un dessin que je trouve particulièrement réussi.
Le Convoyeur
Un univers post-apo à la fois classique (le retour au féodal et la débrouille) et original (une mystérieuse contagion, la lutte contre les mutations). Et des personnages bien marqués avançant masqués, aux traits de caractères forts mais laissant pourtant place à beaucoup d'interrogations. Le premier tome est moyen bien que l'ambiance soit pesante. Dans le 2, les enjeux prennent et le 3 amènent beaucoup de révélations, de questions supplémentaires et de séquences mémorables. Bref, ça s'améliore de volume en volume. Et je pense sincèrement que la note grimpera à la parution du tome 4. Petit bémol contre le rythme des réponses qui ralentie au fur et à mesure des pages, espérons que ce ne soit pas une manière de tirer sur la longueur. MàJ après relecture des 3 premiers tomes et lecture du 4ème tome: Clairement la note remonte à 4. Les personnages principaux prennent à chaque tome plus d'épaisseur et d'importance, des retournements de situation dévoilent une nouvelle facette de chacun d'eux. Certains personnages secondaires assez clichés ont même droit à leur petit surplus d'âme et c'est heureux pour quelques scènes d'action dispensables. Car l'intérêt réside dans l'univers dans lequel ils se déplacent d'un but à l'autre jusqu'à prendre la direction qui conclut cette belle saga qui laisse entrevoir une suite qui n'est pas nécessaire. Un monde à l'opposé du notre où la nature, effrayante, reprend ses droits et change notre rapport vis-à-vis de celle-ci. Mais on dirait du Miyazaki? A la lecture du dernier tome, j'ai pensé à un pendant européen de Nausicaä de la vallée du vent, il y a pire comme comparaison. Un amalgame réussi de western, thriller, écologie, SF... joliment colorisé, qui se relit avec plaisir.
Lucky Luke
J'ai commencé à lire cette série alors que j'étais encore enfant et j'ai toujours beaucoup aimé les dessins de Morris. Même avant sa collaboration avec Goscinny, je trouvais ça drôle. Mais je dois reconnaître qu'il y a un âge d'or de la série avec Goscinny et le passage du journal Spirou à Pilote. Goscinny a créé des histoires et des personnages mémorables, de La Diligence jusqu'à L'Empereur Smith… Mes préférés sont peut-être Waldo Badmington, le Pied-Tendre, avec son majordome Jasper ou le Prof. Otto von Himbeergeist de la Guérison des Dalton. L'évolution des personnages au fil de ces histoires est hilarante ! Parmi mes préférées, il y a aussi le Canyon Apache ou le 20e de cavalerie, mais tout est très bon! Je ne pourrais pas oublier la participation des animaux, de Jolly Jumper, si sensé et intelligent, à Ratanplan, le chien le plus stupide de l’Ouest ! Les dessins de Morris sont bien plus complexes que la simplicité apparente et l'improvisation qu'on pourrait percevoir à première vue. Les cadrages, les séquences, le dynamisme sont la preuve d'un grand talent. J'adore aussi identifier les acteurs de cinéma à partir de leurs caricatures: Gary Cooper, Lee van Cleef, Mae West, W. C. Fields, Sean Connery, David Niven et tant d’autres! Goscinny, Franquin ou Will y sont aussi! Aujourd'hui, je continue à lire Lucky Luke et les séries dérivées, mais sans le même plaisir d'autrefois, et je dois avouer que je ne suis vraiment pas fan de certaines d'entre elles. Mais l’image de l’homme qui tire plus vite que son ombre, restera avec moi pour toujours! P.S. Je devrais encore parler d'autres sujets: de l'image des Indiens, des femmes (de Calamity Jane à Ma Dalton), de l'érotisme latent et parfois (auto-)censuré. Il faudrait écrire un livre!
L'Homme qui s'évada
Paco les mains rouges en BD, ou « Papillon » en version film, voilà les images qui me venaient à l’esprit en pensant au bagne de Cayenne. Cet album s’intéresse au destin de l’un des condamnés à cet enfer, Dieudonné, en reprenant le travail d’Albert Londres, qui a publié articles et un livre après un reportage en Guyane, et qui aidé Dieudonné à revenir en France, après qu’il se soit évadé et réfugié au Brésil. Dieudonné était anarchiste, ami de certains membres de la « bande à Bonnot », et c’est uniquement pour ses idées et ses fréquentations qu’il a été condamné – faussement accusé. Sa condamnation à mort commuée en déportation au bagne de Cayenne, on s’est débarrassé – comme d’autres – d’une idée et d’un homme (au passage, qu’un anarchiste s’appelle Dieudonné est un peu drôle…)… On a d’abord droit à une description de l’horreur des conditions de vie (proche de la torture et de la mise à mort plus ou moins lente) des détenus – y compris après qu’ils aient fini de purger leur peine (hypocritement, sans le préciser aux jurés lors des procès, ils sont condamnés à « doubler » leur peine en restant en Guyane avant de pouvoir envisager – s’ils ont survécu au bagne et s’ils en ont les moyens – de revenir en métropole. Puis vient l’évasion. L’évasion de Dieudonné, avec quelques codétenus – est épique, forcément dangereuse, avec la traque des « chasseurs d’hommes », les dangers « naturels » (serpents, sables mouvants, mer dangereuse, etc.), puis une longue période où il s’installe au Brésil, avec une attitude parfois étonnante des autorités locales, lorsque la France demande son arrestation et son extradition. Le tout raconté par Dieudonné et Londres. J’ai trouvé cette histoire intéressante. Dieudonné est un personnage attachant, qui ne semble pas avoir manifesté de haine par rapport aux nombreuses injustices dont il a été victime. Le beau travail de Londres – et l’hypocrisie des dirigeants politiques et magistrats de l’époque – est aussi mis en avant. C’est un très bon album, à mi-chemin du roman graphique et du documentaire (je l’aurais presque mis dans cette seconde catégorie). Note réelle 3,5/5.