Un album sympathique sur bien des points, je ne suis pas féru de football mais j’ai passé un chouette moment.
La partie graphique m’a tout de suite plu, les couleurs sont réussies et le trait possède une certaine rondeur bienvenue qui rend le tout très fluide et agréable à suivre. Je découvre l’auteur au passage mais c’est déjà une pointure en Espagne. Curieux de découvrir d’autres de ses œuvres.
Niveau histoire, c’est bien tenu durant la petite centaine de pages, les personnages sont bien campés, il sera question de foot bien sûr (en ´ particulier le milieu des agents sportif) mais le récit esquisse d’autres thèmes autour. Le passage de 1995 à 2022 est également bien vu pour ça, à travers nos personnages, on constate une certaine évolution de la/notre société (même s’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir).
Pas franchement bien mais plus que mal pour reprendre la formule de Mac Arthur.
Un autre album de John Bolton publié chez Comics USA qui souffre d'un point commun avec Le Masque à l'envers : un titre français absurde qui dessert totalement l’intitulé original, pourtant bien plus évocateur, Someplace Strange.
Le choix de l'éditeur est d'autant plus difficile à comprendre qu'il a choisi d'illustrer la couverture avec un personnage très secondaire, qui n'apparaît qu'au détour de deux planches...
Sur le fond, l'intrigue de Someplace Strange s'inspire ouvertement d'Alice au pays des merveilles. Véritable voyage métaphorique au cœur des peurs enfantines, le récit d'Ann Nocenti explore le passage à l'âge adulte, l'affrontement de ses propres névroses et la puissance salvatrice de l'imaginaire.
On y suit deux frères à l'imagination débordante, rejoints plus tard par une adolescente nihiliste. Ensemble, ils basculent dans un univers surréaliste où ils devront braver moults dangers, à commencer par le mythique Croque-mitaine.
Un véritable vent de fraîcheur se dégage de cette œuvre, magnifiée par le dessin lumineux de Bolton. L'album se distingue du reste de sa production : l'artiste y multiplie et y fusionne les techniques graphiques (crayonnés, gouache, aérographe) pour épouser la construction poétique du scénario.
Une bande dessinée indispensable pour découvrir une autre facette créative de Bolton.
Un western crépusculaire, qui reste dans le très classique, mais qui le fait très bien. Et du coup le plaisir de lecture est au rendez-vous.
L’intrigue s’installe lentement, tranquillement – sans que l’on s’ennuie quand même – et prend le temps de planter le décor, de disposer les principaux protagonistes, qui vont tous se retrouver dans un pauvre relais perdu au fin fond d’un espace désertique. Et là, ça s’accélère brusquement !
Les rebondissements s’enchainent au même rythme que les explosions et les coups de feu, ce qui a pour effet de réduire drastiquement le nombre de personnages à suivre ! C’est bien amené, le Bien et le Mal ne sont pas forcément séparés de façon trop claire, et tous les personnages ont une profondeur intéressante.
Et la fin est amusante, laissant le lecteur deviner ce qu’il pouvait y avoir dans le coffre (comme la mystérieuse boîte à musique du client asiatique dans le film « Belle de jour »).
Le dessin mélange gros plans détaillés et arrière-plans et décors presque esquissés. Le rendu est en tout cas agréable, comme cette lecture, qui ne révolutionne rien, mais qui est très sympathique.
Oui, c'est très bien de faire de la BD historique mais cette série n'a pas réussi à me convaincre. Tout me semble trop figé, trop distant. Je reste indifférent aux personnages, à l'intrigue, aux tomes suivants... et j'ai fait un véritable effort pour tout lire !
Les dessins ont évolué, certes, mais pas de vraies émotions aux visages, pas de suffisant dynamisme dans l'action ! Les combats, le sexe, tout me semble trop conventionnel et artificiel.
Le scénario, oui... mais bof... je préfère quand même les grands historiens français, les séries de BBC ou les romans de Robert Graves. Même avec Alix de J. Martin, j'avais plus d'empathie !
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Presque onze ans plus tard et aprés tant d'avis élogieux, j'ai recommencé à lire Murena. Je reconnais que j'avais été pressé et pas exempt de préjugés lors de ma première lecture. Maintenant, je me suis surtout concentré sur le deuxième cycle et j'augmente ma note. Je n’ai pas encore terminé le troisiéme cycle…
Le premier cycle, était centré sur Agrippine, et explorait essentiellement les mécanismes de la conquête du pouvoir. Le second déplace le regard vers les conséquences de ce pouvoir absolu. Après l’assassinat d’Agrippine, Néron n’est plus entravé par l’autorité maternelle ; sous l’influence de Poppée, il s’abandonne progressivement à la démesure, à la cruauté et à une forme de délire esthétique qui conduira à l’incendie de Rome. Cette évolution permet à Dufaux d’aborder des thèmes plus sombres : la corruption morale, la fascination pour la violence et la destruction de toute limite éthique.
La principale réussite de ce deuxième cycle reside, je crois, dans l’approfondissement psychologique des personnages. Néron n’y apparaît plus seulement comme un tyran en devenir ; il devient un être complexe, partagé entre aspirations artistiques, pulsions destructrices et besoin obsessionnel d’admiration. Dufaux évite ainsi la caricature historique: on assiste à la transformation progressive d’un homme en monstre politique, sans jamais perdre de vue son humanité.
Parallèlement, Lucius Murena acquiert une épaisseur dramatique nouvelle. Alors qu’il pouvait sembler parfois passif dans les premiers albums, il devient ici un acteur tragique confronté à des choix impossibles. Son rapport à Acté, à Néron et à la violence qui l’entoure nourrit une réflexion sur la responsabilité individuelle face à la barbarie du pouvoir. Il cesse d’être un simple témoin de l’Histoire pour en devenir l’une des victimes et l’un des instruments.
Sur le plan graphique, Delaby progresse dans ce cycle en précision et en expressivité, en dynamisme du mouvement aussi. Les visages sont plus individualisés, les émotions plus lisibles, tandis que les décors urbains témoignent d’un impressionant travail de reconstitution historique. Plusieurs scènes de foule ou de catastrophe, notamment celles liées à l’incendie de Rome dans «Revanche des Cendres», sont remarquables par leur sens du spectacle.
Toutefois, tout n’est pas exempt de limites. Je me demande dans quelle mesure Dufaux a privilégié l’effet dramatique au détriment de la vraisemblance historique. La dimension mélodramatique de certains épisodes, l’abondance de complots et de retournements peuvent parfois donner le sentiment d’une théâtralisation excessive. Néanmoins, Murena ne prétend pas d’être un traité d’histoire, mais une tragédie antique mise en images.
Bref, le deuxième cycle me parait plus sombre, plus complexe et plus spectaculaire que le premier, il approfondit la réflexion sur les rapports entre pouvoir et folie tout en offrant certaines des plus belles pages de l’oeuvre.
Quoi de mieux qu’une bonne canicule pour se caler dans son canapé – au frais – et de se délecter d’une bonne BD. Avec ce road trip texan aussi envoutant que dérangeant, j’ai pris une bonne rasade de fraicheur !
Presidio, dessiné par Guiu Vilanova est une bande dessinée qui vous attrape à la gorge dès les premières pages et ne vous lâche plus avant la dernière case. Ce n’est pas juste une BD, c’est une expérience immersive, un voyage au cœur d’un Texas à la fois mythique et sordide, où chaque kilomètre parcouru par les personnages résonne comme une descente aux enfers. Et croyez moi, on en redemande. Une claque visuelle assurée.
D’emblée, Presidio installe une atmosphère pesante, presque étouffante. Guiu Vilanova, avec son trait précis et expressif, donne vie à des paysages texans à la fois grandioses et hostiles. Les décors, tantôt arides, tantôt urbains, sont rendus avec un réalisme saisissant, mais c’est dans les ombres et les contrastes que réside la magie de cet album. Les jeux de lumière, souvent crépusculaires, renforcent cette impression de danger imminent, comme si chaque page était imprégnée d’une menace invisible.
Le scénario, quant à lui, n’a rien d’un simple road trip touristique. Point de balade les amis. Accrochez la ceinture, ça bouge ! Non, ici, on est loin des clichés du far west romantique. Cet BD explore les faces cachées du Texas : la violence, la corruption, les secrets enfouis sous le sable et le sang. Les personnages, tous plus ambivalents les uns que les autres, sont profondément humains – avec leurs failles, leurs regrets et leurs démons. On suit leurs péripéties avec une tension palpable, comme si on était nous-mêmes assis à l’arrière de leur pick-up, à guetter le prochain coup dur.
Ce qui frappe dans cette histoire, c’est son originalité. Pas de clichés éculés, pas de happy end prévisible. L’histoire, complexe et bien construite, mêle habilement polar, drame psychologique et road movie. Les rebondissements s’enchaînent à un rythme effréné, mais sans jamais sacrifier la profondeur des personnages ou la cohérence de l’intrigue. Guiu Vilanova prouve ici qu’il maîtrise l’art du suspense : on tourne les pages avec frénésie, avide de savoir ce qui attend nos anti-héros au prochain virage.
Et puis, il y a cette ambiance sonore que l’on devine à travers les dessins. On entend presque le vrombissement des moteurs, les cris étouffés, le vent qui siffle dans les canyons. C’est rare, une BD qui parvient à stimuler tous les sens à ce point.
Je ne connaissais pas Guiu Vilanova. Son style… J’adore. C’est à la fois réaliste et stylisé. Cela donne une intensité rare à chaque planche. Les visages sont expressifs, les corps en mouvement, et les scènes d’action explosives. Les couleurs, souvent sombres et saturées, renforcent cette impression de malaise permanent. Certains cadrages, audacieux, rappellent le cinéma – et ce n’est pas un hasard si l’on imagine aisément Presidio adapté à l’écran.
Impossible de poser cette BD avant la fin. C’est de ces œuvres qui vous hantent longtemps après avoir refermé l’album. Les thèmes abordés – la rédemption, la trahison, la survie – sont universels, mais traités avec une maturité et une violence - parfois crue - qui ne laisseront personne indifférent.
Si vous aimez les histoires noires, sans concession, où chaque page compte et où chaque détail a son importance, cet album est fait pour vous.
C’est curieux, dès que John Bolton est dans les parages, on a de grandes chances de tenir une masterclass.
Seulement un an après L'odyssée de Marada la louve, Delcourt propose en 1987 un autre récit de dark fantasy à ses lecteurs, cette fois-ci en noir et blanc.
Un choix parfaitement approprié pour ce récit macabre, qui fait de Kull un roi hanté par le doute et la solitude du pouvoir. Doug Moench a fait un super boulot à la narration.
Côté dessin, Bolton fait du Bolton, il est seul sur son trône.
La scène de bataille à la fin, avec les corps qui s'entremêlent, procurera un plaisir non dissimulé au lecteur esthète.
A ranger à côté de Marada, en plus c'est dans la même collection.
David B. est un auteur qui m’intéresse beaucoup, et qui a produit certaines des meilleures séries de L’Association. Et je retrouve ici ce qui innerve une bonne partie de son œuvre – et qui m’attire particulièrement – à savoir une imagerie surréaliste débridée.
Il ne faut en effet pas être réfractaire à ce type de récit jouant sur une poésie un peu loufoque, qui se développe comme un rêve qui aurait enfilé les habits de la réalité.
Dans un Paris onirique, nous suivons l’héroïne qui, avec l’aide de Monsieur Chouette, tente d’éviter la police et surtout Cerbère (ici démultiplié), alors qu’elle est la seule – ou quasiment la seule – mortelle a s’être aventurée au pays des morts.
Décrire les aventures et tous les détails amusants et oniriques proposés par David B. serait inutile. Il y a d’ailleurs fort à parier qu’il ait développé son récit au fil d’une improvisation plus ou moins contrôlée, voire en utilisant une sorte d’écriture automatique sur certains passages. Ce qui donne un récit un peu décousu, mais qui jamais ne m’a ennuyé ou déçu.
Quant au dessin, il est classique pour l’auteur, très agréable. Un beau Noir et Blanc, avec des cases souvent pleines de détails, chargées (et, là aussi, le surréalisme est à l’honneur !).
Les amateurs de l’auteur – dont je suis – ne peuvent qu’apprécier une œuvre très originale – visuellement et narrativement. Très chouette lecture, monsieur David B.
Après une première lecture forcément rapide, mon impression est plutôt favorable. L'époque, la veille de la Seconde Guerre mondiale, le lieu, Paris et le Louvre, le thème, l'art et les artistes m'intéressent beaucoup.
Je pense que Gradimir Smudja présente ici un très bon travail, tant au niveau du scénario que du dessin et des couleurs. Tout avec créativité, charme et humour, mais aussi avec rigueur. En se concentrant sur la personnalité et les actions courageuses de Jacques Jaujard, Smudja réalise un portrait convaincant des protagonistes et des événements. Pour cela, il a procédé à des interviews avec ses descendants et à un travail de recherche minutieux. En plus de Jaujard, je trouve qu’il a bien capté les traits de Dali, Picasso et Cocteau...
J'attends avec optimisme le deuxième tome et j'espère aussi me réconcilier définitivement avec l'auteur.
Un polar ultra solide signé Mignacco et Rotundo.
C'est l'unique oeuvre de Mignacco publié en France. La force de son récit est de s'émanciper des codes du roman noir traditionnel, avec un personnage principal qui n'est pas le détective désabusé que l'on voit d'ordinaire.
Un scénario solide mais aussi un dessin magistral de Rotundo qui élève véritablement le niveau de l'album.
Le jeu permanent de contraste entre le noir et le blanc est de tout premier ordre, installant une ambiance graphique très immersive.
Rotundo a particulièrement soigné l'expressivité de ses personnages, c'est admirable.
Cette bande qui est sortie au format broché passe souvent sous les radars des collectionneurs mais c'est une valeur sûre.
Je vais ajouter mon grain de sel, mais est-ce vraiment nécessaire ?
Je plussoie à ce qu’ont dit moult de mes prédécesseurs, on est là dans le haut du panier.
Ce qui saute aux yeux dès les couvertures, c’est la beauté du dessin. Ces expressions sur des animaux qui gardent leurs postures animales, c’est du grand art. Les décors, la colorisation, la souplesse du trait et la mise en scène contribuent à nous immerger dans le récit.
Une belle adaptation / réinterprétation de la fable d’Orwell, où il s’agit cette fois de faire tomber le dictateur Sylvio, taureau de son état, protégé par sa meute de chiens qui fait régner l’ordre et le servage dans cette « ferme -château ».
Mention spéciale au rat Azélar, référence évidente à Gandhi avec ses lunettes, qui enseigne à la faible chatte craintive Miss Bengalore (tiens, encore l’Inde) les subtilités de la désobéissance passive et de la révolution non violente.
J’ai apprécié que beaucoup de personnages ne soient pas complètement monolithiques, en particulier chez les chiens, et qu’ils puissent même infléchir leur attitude avec l’évolution de leur statut social.
Bon, comme le dit Lodi, la révolution pacifique ne porte pas ses fruits dans la réalité (si Gandhi avait été inhumé, il se retournerait dans sa tombe en voyant vers où le gouvernement indien a évolué).
Ça reste une fable où l’histoire finit bien – enfin pas pour tout le monde, même chez les gentils – et c’est bien comme ça, une jolie petite leçon de pacifisme ne fait de mal à personne.
La série est dans le thème BD à offrir. Ça tombe bien, on me l’a offerte, les quatre tomes d’un coup. Ce fut un beau cadeau.
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Un Dernier tour de terrain
Un album sympathique sur bien des points, je ne suis pas féru de football mais j’ai passé un chouette moment. La partie graphique m’a tout de suite plu, les couleurs sont réussies et le trait possède une certaine rondeur bienvenue qui rend le tout très fluide et agréable à suivre. Je découvre l’auteur au passage mais c’est déjà une pointure en Espagne. Curieux de découvrir d’autres de ses œuvres. Niveau histoire, c’est bien tenu durant la petite centaine de pages, les personnages sont bien campés, il sera question de foot bien sûr (en ´ particulier le milieu des agents sportif) mais le récit esquisse d’autres thèmes autour. Le passage de 1995 à 2022 est également bien vu pour ça, à travers nos personnages, on constate une certaine évolution de la/notre société (même s’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir). Pas franchement bien mais plus que mal pour reprendre la formule de Mac Arthur.
A poil, le nounours !
Un autre album de John Bolton publié chez Comics USA qui souffre d'un point commun avec Le Masque à l'envers : un titre français absurde qui dessert totalement l’intitulé original, pourtant bien plus évocateur, Someplace Strange. Le choix de l'éditeur est d'autant plus difficile à comprendre qu'il a choisi d'illustrer la couverture avec un personnage très secondaire, qui n'apparaît qu'au détour de deux planches... Sur le fond, l'intrigue de Someplace Strange s'inspire ouvertement d'Alice au pays des merveilles. Véritable voyage métaphorique au cœur des peurs enfantines, le récit d'Ann Nocenti explore le passage à l'âge adulte, l'affrontement de ses propres névroses et la puissance salvatrice de l'imaginaire. On y suit deux frères à l'imagination débordante, rejoints plus tard par une adolescente nihiliste. Ensemble, ils basculent dans un univers surréaliste où ils devront braver moults dangers, à commencer par le mythique Croque-mitaine. Un véritable vent de fraîcheur se dégage de cette œuvre, magnifiée par le dessin lumineux de Bolton. L'album se distingue du reste de sa production : l'artiste y multiplie et y fusionne les techniques graphiques (crayonnés, gouache, aérographe) pour épouser la construction poétique du scénario. Une bande dessinée indispensable pour découvrir une autre facette créative de Bolton.
Leave them alone
Un western crépusculaire, qui reste dans le très classique, mais qui le fait très bien. Et du coup le plaisir de lecture est au rendez-vous. L’intrigue s’installe lentement, tranquillement – sans que l’on s’ennuie quand même – et prend le temps de planter le décor, de disposer les principaux protagonistes, qui vont tous se retrouver dans un pauvre relais perdu au fin fond d’un espace désertique. Et là, ça s’accélère brusquement ! Les rebondissements s’enchainent au même rythme que les explosions et les coups de feu, ce qui a pour effet de réduire drastiquement le nombre de personnages à suivre ! C’est bien amené, le Bien et le Mal ne sont pas forcément séparés de façon trop claire, et tous les personnages ont une profondeur intéressante. Et la fin est amusante, laissant le lecteur deviner ce qu’il pouvait y avoir dans le coffre (comme la mystérieuse boîte à musique du client asiatique dans le film « Belle de jour »). Le dessin mélange gros plans détaillés et arrière-plans et décors presque esquissés. Le rendu est en tout cas agréable, comme cette lecture, qui ne révolutionne rien, mais qui est très sympathique.
Murena
Oui, c'est très bien de faire de la BD historique mais cette série n'a pas réussi à me convaincre. Tout me semble trop figé, trop distant. Je reste indifférent aux personnages, à l'intrigue, aux tomes suivants... et j'ai fait un véritable effort pour tout lire ! Les dessins ont évolué, certes, mais pas de vraies émotions aux visages, pas de suffisant dynamisme dans l'action ! Les combats, le sexe, tout me semble trop conventionnel et artificiel. Le scénario, oui... mais bof... je préfère quand même les grands historiens français, les séries de BBC ou les romans de Robert Graves. Même avec Alix de J. Martin, j'avais plus d'empathie ! ___________________________________________________________________________________________________________ Presque onze ans plus tard et aprés tant d'avis élogieux, j'ai recommencé à lire Murena. Je reconnais que j'avais été pressé et pas exempt de préjugés lors de ma première lecture. Maintenant, je me suis surtout concentré sur le deuxième cycle et j'augmente ma note. Je n’ai pas encore terminé le troisiéme cycle… Le premier cycle, était centré sur Agrippine, et explorait essentiellement les mécanismes de la conquête du pouvoir. Le second déplace le regard vers les conséquences de ce pouvoir absolu. Après l’assassinat d’Agrippine, Néron n’est plus entravé par l’autorité maternelle ; sous l’influence de Poppée, il s’abandonne progressivement à la démesure, à la cruauté et à une forme de délire esthétique qui conduira à l’incendie de Rome. Cette évolution permet à Dufaux d’aborder des thèmes plus sombres : la corruption morale, la fascination pour la violence et la destruction de toute limite éthique. La principale réussite de ce deuxième cycle reside, je crois, dans l’approfondissement psychologique des personnages. Néron n’y apparaît plus seulement comme un tyran en devenir ; il devient un être complexe, partagé entre aspirations artistiques, pulsions destructrices et besoin obsessionnel d’admiration. Dufaux évite ainsi la caricature historique: on assiste à la transformation progressive d’un homme en monstre politique, sans jamais perdre de vue son humanité. Parallèlement, Lucius Murena acquiert une épaisseur dramatique nouvelle. Alors qu’il pouvait sembler parfois passif dans les premiers albums, il devient ici un acteur tragique confronté à des choix impossibles. Son rapport à Acté, à Néron et à la violence qui l’entoure nourrit une réflexion sur la responsabilité individuelle face à la barbarie du pouvoir. Il cesse d’être un simple témoin de l’Histoire pour en devenir l’une des victimes et l’un des instruments. Sur le plan graphique, Delaby progresse dans ce cycle en précision et en expressivité, en dynamisme du mouvement aussi. Les visages sont plus individualisés, les émotions plus lisibles, tandis que les décors urbains témoignent d’un impressionant travail de reconstitution historique. Plusieurs scènes de foule ou de catastrophe, notamment celles liées à l’incendie de Rome dans «Revanche des Cendres», sont remarquables par leur sens du spectacle. Toutefois, tout n’est pas exempt de limites. Je me demande dans quelle mesure Dufaux a privilégié l’effet dramatique au détriment de la vraisemblance historique. La dimension mélodramatique de certains épisodes, l’abondance de complots et de retournements peuvent parfois donner le sentiment d’une théâtralisation excessive. Néanmoins, Murena ne prétend pas d’être un traité d’histoire, mais une tragédie antique mise en images. Bref, le deuxième cycle me parait plus sombre, plus complexe et plus spectaculaire que le premier, il approfondit la réflexion sur les rapports entre pouvoir et folie tout en offrant certaines des plus belles pages de l’oeuvre.
Presidio
Quoi de mieux qu’une bonne canicule pour se caler dans son canapé – au frais – et de se délecter d’une bonne BD. Avec ce road trip texan aussi envoutant que dérangeant, j’ai pris une bonne rasade de fraicheur ! Presidio, dessiné par Guiu Vilanova est une bande dessinée qui vous attrape à la gorge dès les premières pages et ne vous lâche plus avant la dernière case. Ce n’est pas juste une BD, c’est une expérience immersive, un voyage au cœur d’un Texas à la fois mythique et sordide, où chaque kilomètre parcouru par les personnages résonne comme une descente aux enfers. Et croyez moi, on en redemande. Une claque visuelle assurée. D’emblée, Presidio installe une atmosphère pesante, presque étouffante. Guiu Vilanova, avec son trait précis et expressif, donne vie à des paysages texans à la fois grandioses et hostiles. Les décors, tantôt arides, tantôt urbains, sont rendus avec un réalisme saisissant, mais c’est dans les ombres et les contrastes que réside la magie de cet album. Les jeux de lumière, souvent crépusculaires, renforcent cette impression de danger imminent, comme si chaque page était imprégnée d’une menace invisible. Le scénario, quant à lui, n’a rien d’un simple road trip touristique. Point de balade les amis. Accrochez la ceinture, ça bouge ! Non, ici, on est loin des clichés du far west romantique. Cet BD explore les faces cachées du Texas : la violence, la corruption, les secrets enfouis sous le sable et le sang. Les personnages, tous plus ambivalents les uns que les autres, sont profondément humains – avec leurs failles, leurs regrets et leurs démons. On suit leurs péripéties avec une tension palpable, comme si on était nous-mêmes assis à l’arrière de leur pick-up, à guetter le prochain coup dur. Ce qui frappe dans cette histoire, c’est son originalité. Pas de clichés éculés, pas de happy end prévisible. L’histoire, complexe et bien construite, mêle habilement polar, drame psychologique et road movie. Les rebondissements s’enchaînent à un rythme effréné, mais sans jamais sacrifier la profondeur des personnages ou la cohérence de l’intrigue. Guiu Vilanova prouve ici qu’il maîtrise l’art du suspense : on tourne les pages avec frénésie, avide de savoir ce qui attend nos anti-héros au prochain virage. Et puis, il y a cette ambiance sonore que l’on devine à travers les dessins. On entend presque le vrombissement des moteurs, les cris étouffés, le vent qui siffle dans les canyons. C’est rare, une BD qui parvient à stimuler tous les sens à ce point. Je ne connaissais pas Guiu Vilanova. Son style… J’adore. C’est à la fois réaliste et stylisé. Cela donne une intensité rare à chaque planche. Les visages sont expressifs, les corps en mouvement, et les scènes d’action explosives. Les couleurs, souvent sombres et saturées, renforcent cette impression de malaise permanent. Certains cadrages, audacieux, rappellent le cinéma – et ce n’est pas un hasard si l’on imagine aisément Presidio adapté à l’écran. Impossible de poser cette BD avant la fin. C’est de ces œuvres qui vous hantent longtemps après avoir refermé l’album. Les thèmes abordés – la rédemption, la trahison, la survie – sont universels, mais traités avec une maturité et une violence - parfois crue - qui ne laisseront personne indifférent. Si vous aimez les histoires noires, sans concession, où chaque page compte et où chaque détail a son importance, cet album est fait pour vous.
Chroniques du temps où Kull était Roi
C’est curieux, dès que John Bolton est dans les parages, on a de grandes chances de tenir une masterclass. Seulement un an après L'odyssée de Marada la louve, Delcourt propose en 1987 un autre récit de dark fantasy à ses lecteurs, cette fois-ci en noir et blanc. Un choix parfaitement approprié pour ce récit macabre, qui fait de Kull un roi hanté par le doute et la solitude du pouvoir. Doug Moench a fait un super boulot à la narration. Côté dessin, Bolton fait du Bolton, il est seul sur son trône. La scène de bataille à la fin, avec les corps qui s'entremêlent, procurera un plaisir non dissimulé au lecteur esthète. A ranger à côté de Marada, en plus c'est dans la même collection.
Monsieur Chouette
David B. est un auteur qui m’intéresse beaucoup, et qui a produit certaines des meilleures séries de L’Association. Et je retrouve ici ce qui innerve une bonne partie de son œuvre – et qui m’attire particulièrement – à savoir une imagerie surréaliste débridée. Il ne faut en effet pas être réfractaire à ce type de récit jouant sur une poésie un peu loufoque, qui se développe comme un rêve qui aurait enfilé les habits de la réalité. Dans un Paris onirique, nous suivons l’héroïne qui, avec l’aide de Monsieur Chouette, tente d’éviter la police et surtout Cerbère (ici démultiplié), alors qu’elle est la seule – ou quasiment la seule – mortelle a s’être aventurée au pays des morts. Décrire les aventures et tous les détails amusants et oniriques proposés par David B. serait inutile. Il y a d’ailleurs fort à parier qu’il ait développé son récit au fil d’une improvisation plus ou moins contrôlée, voire en utilisant une sorte d’écriture automatique sur certains passages. Ce qui donne un récit un peu décousu, mais qui jamais ne m’a ennuyé ou déçu. Quant au dessin, il est classique pour l’auteur, très agréable. Un beau Noir et Blanc, avec des cases souvent pleines de détails, chargées (et, là aussi, le surréalisme est à l’honneur !). Les amateurs de l’auteur – dont je suis – ne peuvent qu’apprécier une œuvre très originale – visuellement et narrativement. Très chouette lecture, monsieur David B.
L'Exode du Louvre
Après une première lecture forcément rapide, mon impression est plutôt favorable. L'époque, la veille de la Seconde Guerre mondiale, le lieu, Paris et le Louvre, le thème, l'art et les artistes m'intéressent beaucoup. Je pense que Gradimir Smudja présente ici un très bon travail, tant au niveau du scénario que du dessin et des couleurs. Tout avec créativité, charme et humour, mais aussi avec rigueur. En se concentrant sur la personnalité et les actions courageuses de Jacques Jaujard, Smudja réalise un portrait convaincant des protagonistes et des événements. Pour cela, il a procédé à des interviews avec ses descendants et à un travail de recherche minutieux. En plus de Jaujard, je trouve qu’il a bien capté les traits de Dali, Picasso et Cocteau... J'attends avec optimisme le deuxième tome et j'espère aussi me réconcilier définitivement avec l'auteur.
Pas de pitié pour le privé
Un polar ultra solide signé Mignacco et Rotundo. C'est l'unique oeuvre de Mignacco publié en France. La force de son récit est de s'émanciper des codes du roman noir traditionnel, avec un personnage principal qui n'est pas le détective désabusé que l'on voit d'ordinaire. Un scénario solide mais aussi un dessin magistral de Rotundo qui élève véritablement le niveau de l'album. Le jeu permanent de contraste entre le noir et le blanc est de tout premier ordre, installant une ambiance graphique très immersive. Rotundo a particulièrement soigné l'expressivité de ses personnages, c'est admirable. Cette bande qui est sortie au format broché passe souvent sous les radars des collectionneurs mais c'est une valeur sûre.
Le Château des Animaux
Je vais ajouter mon grain de sel, mais est-ce vraiment nécessaire ? Je plussoie à ce qu’ont dit moult de mes prédécesseurs, on est là dans le haut du panier. Ce qui saute aux yeux dès les couvertures, c’est la beauté du dessin. Ces expressions sur des animaux qui gardent leurs postures animales, c’est du grand art. Les décors, la colorisation, la souplesse du trait et la mise en scène contribuent à nous immerger dans le récit. Une belle adaptation / réinterprétation de la fable d’Orwell, où il s’agit cette fois de faire tomber le dictateur Sylvio, taureau de son état, protégé par sa meute de chiens qui fait régner l’ordre et le servage dans cette « ferme -château ». Mention spéciale au rat Azélar, référence évidente à Gandhi avec ses lunettes, qui enseigne à la faible chatte craintive Miss Bengalore (tiens, encore l’Inde) les subtilités de la désobéissance passive et de la révolution non violente. J’ai apprécié que beaucoup de personnages ne soient pas complètement monolithiques, en particulier chez les chiens, et qu’ils puissent même infléchir leur attitude avec l’évolution de leur statut social. Bon, comme le dit Lodi, la révolution pacifique ne porte pas ses fruits dans la réalité (si Gandhi avait été inhumé, il se retournerait dans sa tombe en voyant vers où le gouvernement indien a évolué). Ça reste une fable où l’histoire finit bien – enfin pas pour tout le monde, même chez les gentils – et c’est bien comme ça, une jolie petite leçon de pacifisme ne fait de mal à personne. La série est dans le thème BD à offrir. Ça tombe bien, on me l’a offerte, les quatre tomes d’un coup. Ce fut un beau cadeau.