Les derniers avis (32611 avis)

Par gloubi
Note: 4/5
Couverture de la série La Horde du contrevent
La Horde du contrevent

Grand fan du livre de Damasio, dont les autres productions m'ont intéressées (mais pas autant que la Horde), je me suis jeté sur les bd dès leur sortie. Le livre est particulièrement inventif et innovant, sur l'histoire tout d'abord, mais aussi sur la narration - 1 chapitre par personnage - et le soin apporté à donner à ceux-ci un caractère propre, qui s'exprime notamment par l'écriture et l'utilisation de la ponctuation. Damasio va jusqu'à inventer un langage pour retranscrire le vent, jouant sur les caractères typographiques eux-mêmes. C'était donc un sacré défi à adapter et Eric Henninot s'en tire très bien. Le dessin est vraiment beau et l'essentielle retranscription du vent bien rendue. L'exotisme et les spécificités des paysages traversés sont bien rendus, les planches offrent le voyage qu'on peut attendre d'un tel univers de SF. Sur l'adaptation en elle-même, le choix de déplier l'histoire en 6 tomes est judicieux : ça fonctionne bien par rapport aux grandes étapes du récit original et ça permet de garder une série bien rythmée, mais il est vrai que certains personnages y perdent un peu en développement. Je ne mets pas 5 étoiles car, selon moi, cette adaptation ne dépasse pas l’œuvre originale mais ça reste de l'excellent travail. (critique sur les 4 premiers tomes)

14/07/2026 (modifier)
Couverture de la série Kuklos
Kuklos

Je trouve que Sylvain Ricard a bien su traiter son sujet, et ce de façon intelligente et équilibrée. D’abord en présentant bien le fonctionnement du Ku Klux Klan, et son emprise sur les Blancs du sud des États-Unis (mais aussi le fait qu’il soit sous la coupe les élites économiques blanches, qui en ont fait un moyen efficace de contrôler les Blancs et la société locale en général). L’horreur des actions du KKK n’est pas édulcoré, loin de là. Mais le scénario prend le temps de montrer « l’initiation » d’un jeune homme (fils d’un des dirigeants locaux), mais aussi les dissensions entre les membres du KKK, voire les trahisons cyniques entre ses membres, pour les raisons habituelles de la prise de pouvoir. Cela a aussi le mérite d’évacuer le côté linéaire que pouvait prendre le récit, en dynamisant l’intrigue jusqu’au bout, puisqu’à la confrontation classique KKK contre les Noirs se substitue quelque chose de plus complexe (tous les Blancs contre les Noirs, mais aussi des Blancs cherchant à en éliminer d’autres – quitte à faire accuser les Noirs – faut pas déconner !). Le récit est intéressant, dynamique, et j’ai aussi bien aimé le dessin très moderne et agréable de Christophe Gaultier. Je regrette juste une confrontation finale manquant parfois de crédibilité (pourquoi les Noirs laissent-ils ainsi une chance à certains de leurs captifs ? Une lecture plaisante (sur un sujet qui l’est moins), que j’ai bien aimé. Je possède la première édition, et ne sais si quelque chose a été modifié ou ajouté à la suivante… Note réelle 3,5/5.

14/07/2026 (modifier)
Par gloubi
Note: 4/5
Couverture de la série Barbaric
Barbaric

Dans les univers très codifiés de l'heroic fantasy, Barbaric serait une version extrêmement fun et jouissive de Conan. Owen est ainsi un barbare très baston-butin-beuveries secondé d'une grosse hache qui parle. Mais depuis qu'il a été maudit par 3 sorcières, il est condamné à ne devoir faire que le "bien". Ce fond d'histoire n'est bien sûr pas l'intérêt principal de cette série, mais bien ses scènes d'action hyper bourrines et son humour noir permanent. Les dialogues entre cet anti-héros, sa hache et les quelques sidekicks - évidemment des clichés, mais suffisamment caractérisés pour tenir leur place - sont très drôles, sur un ton toujours très décalé. Le dessin est bien maîtrisé, très pop, avec des couleurs un peu passées qui rappellent les vieux pulp. C'est pas très fin, c'est violent, c'est gore mais ça ne se prend pas du tout au sérieux et ça en fait une très bonne lecture pop-corn.

14/07/2026 (modifier)
Par gloubi
Note: 4/5
Couverture de la série Le Convoyeur
Le Convoyeur

Étant amateur de SF en général et de post-apo en particulier, Le Convoyeur réussit à proposer un univers globalement cohérent qui m'a bien plu, pas très éloigné d'un Last of Us un peu western. Mais il intègre aussi des petites surprises que je ne me rappelle pas avoir lues ailleurs, à commencer par la nature même du convoyeur. Le dessin est plutôt bon, sans être exceptionnel : les visages sont reconnaissables et l'action est bien lisible. L'histoire se déroule en 4 tomes, ce qui est une vraie qualité selon moi : ni trop long, ni trop court ; les auteurs n'allongent pas la sauce et les personnages se développent convenablement au fil des tomes. A noter que le cycle semble bouclé - le dénouement fait son petit effet -, mais des questions restent en suspens...

13/07/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Fils de sorcières
Fils de sorcières

Cette adaptation en bande dessinée de l'univers de Pierre Bottero nous plonge dans le quotidien d'une famille de sorcières où les garçons, eux, n'ont pas de pouvoirs mais y ont malgré tout toute leur place. Ce qui m'a le plus séduit dans cette série, c'est incontestablement le dessin de Stedho. J'aime beaucoup son trait souple et expressif, sa mise en scène dynamique et ses couleurs chaleureuses qui donnent beaucoup de vie à cet univers. L'ensemble est très agréable à regarder et retranscrit bien cette ambiance familiale où le merveilleux s'invite naturellement dans un quotidien très ordinaire. Les scénarios sont également sympathiques, même s'ils restent assez simples. J'ai une préférence pour le premier tome, qui bénéficie de l'effet de découverte de cette famille atypique et de ses personnages. Le mélange entre vie quotidienne et magie fonctionne très bien et l'univers donne immédiatement envie d'y revenir. Le second tome reprend les mêmes ingrédients avec une nouvelle aventure agréable, mais l'effet de surprise est forcément passé et l'intrigue paraît un peu plus classique. On est davantage face à une série qui séduit par son univers, ses personnages et sa partie graphique que par l'originalité de ses scénarios. Une lecture jeunesse très plaisante, portée avant tout par un dessin que je trouve particulièrement réussi.

13/07/2026 (modifier)
Par karibou79
Note: 4/5
Couverture de la série Le Convoyeur
Le Convoyeur

Un univers post-apo à la fois classique (le retour au féodal et la débrouille) et original (une mystérieuse contagion, la lutte contre les mutations). Et des personnages bien marqués avançant masqués, aux traits de caractères forts mais laissant pourtant place à beaucoup d'interrogations. Le premier tome est moyen bien que l'ambiance soit pesante. Dans le 2, les enjeux prennent et le 3 amènent beaucoup de révélations, de questions supplémentaires et de séquences mémorables. Bref, ça s'améliore de volume en volume. Et je pense sincèrement que la note grimpera à la parution du tome 4. Petit bémol contre le rythme des réponses qui ralentie au fur et à mesure des pages, espérons que ce ne soit pas une manière de tirer sur la longueur. MàJ après relecture des 3 premiers tomes et lecture du 4ème tome: Clairement la note remonte à 4. Les personnages principaux prennent à chaque tome plus d'épaisseur et d'importance, des retournements de situation dévoilent une nouvelle facette de chacun d'eux. Certains personnages secondaires assez clichés ont même droit à leur petit surplus d'âme et c'est heureux pour quelques scènes d'action dispensables. Car l'intérêt réside dans l'univers dans lequel ils se déplacent d'un but à l'autre jusqu'à prendre la direction qui conclut cette belle saga qui laisse entrevoir une suite qui n'est pas nécessaire. Un monde à l'opposé du notre où la nature, effrayante, reprend ses droits et change notre rapport vis-à-vis de celle-ci. Mais on dirait du Miyazaki? A la lecture du dernier tome, j'ai pensé à un pendant européen de Nausicaä de la vallée du vent, il y a pire comme comparaison. Un amalgame réussi de western, thriller, écologie, SF... joliment colorisé, qui se relit avec plaisir.

15/09/2022 (MAJ le 12/07/2026) (modifier)
Par Miguelof
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Lucky Luke
Lucky Luke

J'ai commencé à lire cette série alors que j'étais encore enfant et j'ai toujours beaucoup aimé les dessins de Morris. Même avant sa collaboration avec Goscinny, je trouvais ça drôle. Mais je dois reconnaître qu'il y a un âge d'or de la série avec Goscinny et le passage du journal Spirou à Pilote. Goscinny a créé des histoires et des personnages mémorables, de La Diligence jusqu'à L'Empereur Smith… Mes préférés sont peut-être Waldo Badmington, le Pied-Tendre, avec son majordome Jasper ou le Prof. Otto von Himbeergeist de la Guérison des Dalton. L'évolution des personnages au fil de ces histoires est hilarante ! Parmi mes préférées, il y a aussi le Canyon Apache ou le 20e de cavalerie, mais tout est très bon! Je ne pourrais pas oublier la participation des animaux, de Jolly Jumper, si sensé et intelligent, à Ratanplan, le chien le plus stupide de l’Ouest ! Les dessins de Morris sont bien plus complexes que la simplicité apparente et l'improvisation qu'on pourrait percevoir à première vue. Les cadrages, les séquences, le dynamisme sont la preuve d'un grand talent. J'adore aussi identifier les acteurs de cinéma à partir de leurs caricatures: Gary Cooper, Lee van Cleef, Mae West, W. C. Fields, Sean Connery, David Niven et tant d’autres! Goscinny, Franquin ou Will y sont aussi! Aujourd'hui, je continue à lire Lucky Luke et les séries dérivées, mais sans le même plaisir d'autrefois, et je dois avouer que je ne suis vraiment pas fan de certaines d'entre elles. Mais l’image de l’homme qui tire plus vite que son ombre, restera avec moi pour toujours! P.S. Je devrais encore parler d'autres sujets: de l'image des Indiens, des femmes (de Calamity Jane à Ma Dalton), de l'érotisme latent et parfois (auto-)censuré. Il faudrait écrire un livre!

11/07/2026 (modifier)
Couverture de la série L'Homme qui s'évada
L'Homme qui s'évada

Paco les mains rouges en BD, ou « Papillon » en version film, voilà les images qui me venaient à l’esprit en pensant au bagne de Cayenne. Cet album s’intéresse au destin de l’un des condamnés à cet enfer, Dieudonné, en reprenant le travail d’Albert Londres, qui a publié articles et un livre après un reportage en Guyane, et qui aidé Dieudonné à revenir en France, après qu’il se soit évadé et réfugié au Brésil. Dieudonné était anarchiste, ami de certains membres de la « bande à Bonnot », et c’est uniquement pour ses idées et ses fréquentations qu’il a été condamné – faussement accusé. Sa condamnation à mort commuée en déportation au bagne de Cayenne, on s’est débarrassé – comme d’autres – d’une idée et d’un homme (au passage, qu’un anarchiste s’appelle Dieudonné est un peu drôle…)… On a d’abord droit à une description de l’horreur des conditions de vie (proche de la torture et de la mise à mort plus ou moins lente) des détenus – y compris après qu’ils aient fini de purger leur peine (hypocritement, sans le préciser aux jurés lors des procès, ils sont condamnés à « doubler » leur peine en restant en Guyane avant de pouvoir envisager – s’ils ont survécu au bagne et s’ils en ont les moyens – de revenir en métropole. Puis vient l’évasion. L’évasion de Dieudonné, avec quelques codétenus – est épique, forcément dangereuse, avec la traque des « chasseurs d’hommes », les dangers « naturels » (serpents, sables mouvants, mer dangereuse, etc.), puis une longue période où il s’installe au Brésil, avec une attitude parfois étonnante des autorités locales, lorsque la France demande son arrestation et son extradition. Le tout raconté par Dieudonné et Londres. J’ai trouvé cette histoire intéressante. Dieudonné est un personnage attachant, qui ne semble pas avoir manifesté de haine par rapport aux nombreuses injustices dont il a été victime. Le beau travail de Londres – et l’hypocrisie des dirigeants politiques et magistrats de l’époque – est aussi mis en avant. C’est un très bon album, à mi-chemin du roman graphique et du documentaire (je l’aurais presque mis dans cette seconde catégorie). Note réelle 3,5/5.

11/07/2026 (modifier)
Couverture de la série La Femme
La Femme

Un album étonnant, et visiblement méconnu, si j’en crois la quasi absence d’avis sur le site. Et pourtant, il mérite un petit détour, de la part des lecteurs curieux et/ou des amateurs d’humour original et décalé. Il ne faut pas s’attendre à hurler de rire en continu. Mais j’ai trouvé très plaisante cette lecture, qui sort des types d’humour à la vogue. Les scénaristes (deux auteurs finlandais que je ne connaissais pas) nous proposent quelque chose de faussement suranné et coincé. Une sorte de manuel de savoir vivre, comme il s’en publiait il y a un siècle, avec comme sujet principal la femme – mais du point de vue de l’homme. C’est subdivisé en chapitres thématiques (« Les progrès de la vie de couple » ; « L’amour en pratique » ; « Les autres » ; « Résoudre une crise » ; « L’importance du sexe »), avec un narrateur qui donne des conseils à ses lecteurs masculins. Ces conseils présentent de façon très sérieuse des situations banales, sur un ton sentencieux, la bonne gestion de cet être différent (et inférieur) mais nécessaire à l’épanouissement de l’homme. Le ton sérieux, pince-sans-rire m’a parfois fait penser aux Monty Python. Surtout que le ridicule du discours, volontairement anachronique et improbable est renforcé par le dessin de Stéphane Rosse. Son style réaliste au trait fin, proche de certains auteurs de comics (mais aussi d’auteurs franco-belge « anciens » comme Jacobs), ajoute à la patine « vintage » qui colle parfaitement à l’esprit de ce manuel, cette « Leçon de choses » d’un autre temps. Et, cerise sur le gâteau, les scènes représentées sont souvent en décalage avec le texte, ajoutant de l’étrange, parfois du n’importe quoi, surprenant souvent par rapport au discours pédant du narrateur. Le dessin renforce le caractère absurde du discours en tout cas. N'hésitez pas à jeter un œil sur cet album si vous en avez l’occasion ! Note réelle 3,5/5.

11/07/2026 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Leyte
Leyte

Les forces japonaises ne vont pas rester sur la défensive. - Ce tome est le dix-septième de la série Les grandes batailles navales. Son édition originale date de 2021. Il a été réalisé par Jean-Yves Delitte, peintre officiel de la Marine et membre titulaire de l’académie des Arts & Sciences de la Mer, pour le scénario et les dessins. La mise en couleurs a été réalisée par Douchka Delitte. Il comprend quarante-six planches de bande dessinée. Il se termine par un dossier historique de huit pages, réalisé par le scénariste, comprenant huit parties intitulées : Un plan parfait ?, Ne jamais vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué !, Pléthore de porte-avions !, Trop de chefs et un incroyable imbroglio !, Suprématie aérienne, Surprise ! Surprise !, Kamikaze !, Le coup de grâce, ainsi qu’un glossaire. Avec l’année 1944, les forces de l’Axe sont acculées. En Europe, l’implacable rouleau compresseur soviétique progresse inlassablement tandis que les alliés, en débarquant en Italie et en Normandie, ouvrent de nouveaux fronts. Dans le Pacifique, les Japonais reculent également. Après le tir aux pigeons des Mariannes, c’’est l’heure de reconquérir les Philippines. Cela a commencé le 17 octobre 1944 par un bombardement intensif de l’île de Leyte qui a été suivi par un débarquement. Une semaine plus tard, c’est un flot continu d’hommes et de matériel qui foule la terre philippine. La reconquête de l’archipel des Philippines est un impératif stratégique pour les États-Unis. Elle doit permettre de couper les routes d’approvisionnement du Japon tout en multipliant les aérodromes à proximité du Japon afin de donner davantage de puissance destructive à leurs escadrilles de bombardiers. Mais dans le Pacifique, la reconquête est un chemin couvert d’embûches où chaque relief, chaque bosquet cache un piège mortel car, même affaibli, l’empire du Japon n’a pas renoncé à se battre. Cela dit, ce 24 octobre 1944, les principaux affrontements ne se déroulent pas dans les terres mais en mer. Bien plus au nord de l’île de Leyte, dans les eaux turquoise de la mer de Sibuyan, le premier acte d’une imposante confrontation entre la marine impériale japonaise et l’US Navy se termine. Le pilote d’un avion de chasse et son navigateur larguent leur bombe sur un énorme cuirassé qui a déjà encaissé des grappes de torpilles et des chapelets de bombes, qui crache de la fumée par tous les sabords, mais refuse de couler. Il est 17h35, après une énième attaque, le cuirassé japonais Musashi sombre. Sur un petit atoll dans les Philippines, le lieutenant Hiroyoshi lit un magazine américain contenant de pin-ups, assis sur une caisse renversée, à côté d’un chasseur sur lequel s’affairent des mécaniciens. Un autre avion revient d’une mission et se présente pour l’atterrissage. Le pilote Hiroyoshi descend du cockpit de son chasseur qui porte les marques de nombreux impacts de balles. Il saigne un peu à la cuisse. Le lieutenant lui demande ce qu’il en est de la flotte de Kurita dans la mer de Sibuyan, du plan Sho. Le pilote répond qu’il n’avait jamais vu une telle armada, mais les avions U.S. étaient trop nombreux. Ils ont eu le Yamato ou le Musashi, Kurita a viré de bord. C’est toujours un plaisir que de découvrir un bataille navale célèbre dans le cadre de cette collection : les dessins concrets et secs de Delitte, ainsi que sa capacité à évoquer les affrontements dans un ouvrage très synthétique, sa brièveté pouvant frustrer les connaisseurs, et faisant œuvre de vulgarisation pour des néophytes. Il est possible qu’arrivé à la fin de la partie bande dessinée, les uns et les autres restent un peu sur leur faim. Certes la narration fluide a mis en scène de nombreuses facettes de cette grande bataille navale. Les avions : Zéro, Hellcat, Vought Corsair, Helldiver. Plusieurs gradés sont évoqués : Takeo Kurita (1889-1977), Samuel Eliot Morison (1887-1976), William Frederick Halsey (1882-1959), Sh?ji Nishimura (1889-1944), Kiyohide Shima (1890-1973), etc. Plusieurs batailles sont nommées par leur localisation : mer de Sibuyan, détroit de Surigao, détroit de San Bernardino, et bien sûr l’île de Leyte. Également, le lecteur peut voir plusieurs navires subir les attaques des chasseurs et des bombardiers. Pour autant, cette forme narrative est exempte de plan de bataille, de vue générale sur le positionnement des différentes flottes engagées, ou encore des dates des autres affrontements. En revanche, la lecture du dossier historique fournit tous ces éléments de contexte (à part le plan de situation), et développe plusieurs facettes spécifiques comme la composition des flottes, ou la tactique kamikaze. En fonction de sa familiarité avec la série, le lecteur se réjouit de plonger dans un tome illustré par JY Delitte lui-même, car il en connaît les qualités. Bien évidemment, l’art et la manière de représenter les vaisseaux relèvent du meilleur niveau. S’il a lu des tomes de la série illustrés par d’autres artistes, le lecteur a pu constater que ce qui semble si évident sous le crayon de cet artiste devient tout de suite moins accessible pour les autres dessinateurs. Au vu de ses qualifications professionnelles, ce peintre officiel de la Marine sait maîtriser la structure et les particularités de chaque bâtiment, et les restituer dans ses dessins. Il choisit des angles de vue adaptés, permettant de bien les visualiser en fonction de l’action, débarquement, ou survol par des avions, explosions de bombes larguées par des avions, tir de leurs canons, etc. Il utilise des traits de contour très fins, lui permettant d’aller à un niveau élevé de détails dans ses représentations, pour des éléments qu’il choisit comme étant essentiels dans l’identité d’un navire : par exemple les canots de sauvetage, les grues et palans, les portes des transporteurs de troupe, les tourelles et leurs multiples canons, le pont d’envol des porte-avions et les dispositifs d’appontage, les cales et les chariots de manutention, le château et ses radars et antennes, la masse titanesque des cuirassés aussi bien ceux de la marine des États-Unis que ceux de celle du Japon, etc. Cette bataille navale, ou cette succession d’affrontements implique des porte-avions, et l’artiste se montre tout aussi impliqué pour représenter dans le détail avec la même qualité de conviction, les différents chasseurs étatsuniens et japonais. Comme à son habitude, l’auteur réalise une vulgarisation de cette bataille navale à hauteur d’hommes. Comme à son habitude également, il met en scène des personnages exclusivement masculins : des hommes à l’allure normale, avec des morphologies variées, une différence discrète dans les visages des Américains et ceux des Japonais, des gestes et des comportements d’adultes sans exagération dramatique. Le lecteur peut même repérer l’écho du geste du caporal Jimmy en train de fumer sa clope les pieds dans l’eau de la jungle (planche treize) et un geste analogue quand le pilote Tomisaku fume la sienne assis sur une caisse renversée à côté de son avion. Comme d’habitude, le lecteur voit des êtres humains accomplissant des gestes banals même en mission, comme regarder un avion qui passe dans le ciel, lire un magazine, vérifier la propreté d’une timbale avant de se servir à boire dedans, taper le carton, protéger ses yeux du soleil en mettant sa main en visière à hauteur du front, trinquer ensemble, etc. Là encore, chaque image porte en elle la rigueur de la reconstitution historique, avec les uniformes, les armes et les différents accessoires militaires, quelle que soit l’arme considérée, terre ou air. Ce mode narratif contient en fait de multiples informations visuelles, intégrées de manière organique dans chaque image. Il met en scène le racisme ordinaire des Américains vis-à-vis des Japonais, ainsi que la consommation d’alcool comme anesthésiant pour faire passer des situations intenables. Le récit plonge également le lecteur au milieu des batailles, majoritairement du point de vue des pilotes. À la différence de l’album consacré au Le Bismarck (2019), l’artiste ne s’attache pas à décrire un navire en train de sombrer par le fond. En revanche il montre l‘attaque d’un kamikaze, aux commandes d’un Mitsubishi A6M5, plus connu sous la dénomination de Zéro, qui s’écrase volontairement sur le pont d’envol du porte-avions d’escorte St Lo. Le dossier historique apporte des détails complémentaires : L’explosion de l’avion japonais provoque un important incendie qui, en l’absence d’un pont blindé, va rapidement ronger les entrailles du navire. Le St Lo va rentrer dans l’histoire en étant le premier navire de surface coulé par un kamikaze. La mise en scène des combats montre clairement ce qui est en train de se passer, permettant au lecteur de se projeter dans ces situations. Elle comprend quatre illustrations en double page : des chasseurs américains se retrouvant face à des chasseurs japonais au nord de l’île de Leyte dans les eaux turquoise de la mer de Sibuyan, plus loin deux cuirassés japonais de la flotte de l’amiral Takeo Kurita, des destroyers U.S. attaquant la flotte japonaise, et le porte-avions St-Lo étant la proie des flammes. Cette fois-ci le bédéaste s’attarde moins sur la réalité concrète des morts et des blessés, laissant l’imagination du lecteur faire le travail pour les marins prisonniers d’un navire ravagé par les bombes et les torpilles, ou pour ce qui se passe dans l’esprit d’un kamikaze. Cette bande dessinée retrace une partie de la bataille de Leyte, c’est-à-dire celle du golfe de Leyte, des 24 et 25 octobre 1944, mettant en présence du côté américain douze cuirassés, dix croiseurs lourds, douze croiseurs légers, cent quarante-et-un destroyers, vingt-deux sous-marins, trente-neuf Peet-Boat, huit porte-avions d’escadre, huit porte-avions légers et dix-huit porte-avions d’escorte, et du côté japonais trois flottes totalisant quatre cuirassés, treize croiseurs lourds, six croiseurs légers et trente-cinq destroyers, quatre porte-avions, deux cuirassés porte-avions, deux pétroliers. Le bédéaste représente admirablement bien les navires militaires et les avions, ainsi que les soldats, les moments de calme et les affrontements mêlant navires et avions. Au vu de l’ampleur des engagements, il fait œuvre de vulgarisation, en montrant quelques facettes, sans se lancer dans une présentation exhaustive. Le lecteur complète les planches de bande dessinée, avec la découverte du dossier historique, ce qui lui donne une meilleure compréhension des manœuvres, et la confirmation qu’il s’agit de la première bataille dans laquelle les forces japonaises ont eu recours à des opérations kamikazes sur ordre. La guerre dans toute sa dimension inhumaine et infernale.

11/07/2026 (modifier)