Après Ulysse et avant Les Sorcières de Thessalie de Pichard, voici l'adaptation de Persée dans la collection Mythologie de Glénat qui vaut décidément le coup d'œil.
Petite correction de départ : Jean-Marie Brouyère est mentionné uniquement à l'avant dernière planche de cette bande pour son adaptation des dialogues.
Le seul auteur mentionné en couverture et en première page est Xavier Musquera. On peut donc supposer que celui-ci ne s'est pas contenté de dessiner mais est également responsable de la narration.
J'insiste sur ce point car Musquera nous dépeint un Persée à la fois héroïque et vulnerable, et c'est ce qui donne toute sa matière à ce récit mythologique.
L'atmosphère antique et mystique est admirablement rendu par un noir et blanc expressif et empreint de sensualité, même si Musquera est plus à l'aise avec les corps qu'avec les décors.
Le découpage manque aussi un peu de puissance et d'originalité pour parler d'oeuvre culte mais c'est en tout cas le meilleur travail de Musquera.
Une oeuvre d'une grande beauté plastique, qui sait prolonger l'immortalité du mythe de Persée.
A partir d’observations et de réflexions personnelles (le recul des glaciers dans les Alpes par rapport à ses souvenirs de vacances familiales par exemple), Roberto Rossi nous propose un album qui mélange documentaire et tract politique.
Le hasard a voulu que je lise très récemment, Horizons climatiques - Rencontre avec neuf scientifiques du G.I.E.C.. Si j’ai trouvé plus détaillée et plus complète ma précédente lecture, les deux albums sont complémentaires et intéressants.
Beaucoup moins de détails, de chiffres, de faits, de noms ici, la narration est plus aérée (avec un dessin simple, mais agréable). Mais c’est quand même un album dont la lecture est intéressante. Il est aussi engagé, et appelle clairement chacun à prendre sa part de responsabilité, mais surtout à demander des comptes à ceux qui sont à la fois les plus responsables des dérèglements climatiques, pollutions et leurs conséquences, mais aussi ceux qui en souffrent le moins, à savoir les grandes entreprises et les ultra-riches. C’est un album qui rappelle que le capitalisme tel qu’il est pratiqué est la cause principale, et donc que c’est lui qu’il faut sévèrement réguler (avec ses thuriféraires et profiteurs).
Une lecture rapide malgré une pagination conséquente (il y a peu de texte), mais recommandable.
Note réelle 3,5/5.
Les rêves coquins d'Ego sont évidemment une parodie et un hommage à Little Nemo de W. McCay. Il s'agit de fantasmes humoristiques très bien dessinés par Giardino. La jeune fille est jolie et se retrouve dans une série de situations insolites, parfois embarrassantes, mais aussi excitantes. Les dessins sont de bon goût et l'érotisme ici ne tombe jamais dans la vulgarité. Le livre se lit rapidement, mais quand je le reprends, je ne peux pas m'empêcher de sourire.
Ce qui commence comme une enquête policière assez classique va rapidement basculer vers un pur récit de science-fiction, avec une certaine parenté avec le film Starman (un être venu d'ailleurs, un peu naïf et perdu parmi les humains, qui cherche à rejoindre un objectif mystérieux), à la différence près qu'ici sa présence attire aussi bien des menaces humaines qu'un autre poursuivant beaucoup plus étrange.
La grande originalité de cette BD est surtout son ancrage profondément argentin. L'histoire démarre à un millier de kilomètres de Buenos Aires, puis entraîne ses personnages à travers la Patagonie vers le Sud du pays puis jusqu'aux portes de l'Antarctique. Ce voyage permet de découvrir un cadre rarement utilisé dans ce genre de thriller : l'organisation fédérale de l'Argentine, les différentes cultures et ethnies locales (dont certaines ne parlent pas forcément espagnol), le maté évidemment incontournable dans cette région du monde, ou encore la proximité avec le continent antarctique. Ce dépaysement apporte une vraie fraîcheur face aux thrillers souvent trop formatés par les codes américains.
Le dessin en noir et blanc est également une réussite. Légèrement épuré dans les décors mais très maîtrisé, précis et dynamique, il sert parfaitement cette histoire de poursuite et d'étrangeté. Les personnages fonctionnent aussi très bien, notamment le duo de policiers : ils ne forment pas un couple au sens classique, mais une grande partie de l'intérêt vient justement de l'évolution possible de leur relation. Ils sont attachants, avec chacun leur personnalité. L'antagoniste est également très réussi, entouré d'un mystère qui sera progressivement levé jusqu'à une révélation finale inattendue.
Cette révélation est d'ailleurs l'un des meilleurs moments de l'album, car elle ne se contente pas d'apporter une réponse : elle pose aussi une vraie question morale. Le problème n'est plus seulement de savoir ce qui est vrai, mais de déterminer comment agir lorsque l'on croit ou non à ce que l'on vient d'apprendre.
J'ai toutefois été plus circonspect devant les toutes dernières pages. Après cette révélation, la conclusion reste assez floue et je n'ai pas complètement compris ce qui se déroulait exactement, même si l'héroïne semble considérer la situation comme positive. Une légère frustration donc, car cette incompréhension finale m'empêche de considérer l'album comme totalement réussi.
Cela reste néanmoins une très bonne surprise : un thriller de science-fiction original, porté par un cadre inhabituel, de bons personnages et une vraie ambiance. Pas un vrai coup de coeur à cause de cette fin confuse, mais un solide 3,5/5 pour une lecture qui m'a bien embarqué.
Après 92 avis, je pense que l'essentiel a été dit sur cette série qui a rejoint le panthéon des immanquables de BDthèque dans le genre "Policier/Thriller".
Suite à la lecture du premier cycle (cinq premiers tomes), je dois dire que j'ai passé un très bon moment de lecture. Matz est un excellent conteur d'histoire. J'ai beaucoup apprécié le ton de la voix off du tueur qui sonne juste et apporte un vrai style à la série.
Le scénario, centré autour du personnage du tueur à gages, avec ses personnages hauts en couleurs, ses scènes de sexe et de violence, reste somme toute assez classique mais il est vrai que l’œuvre n'a pas pris une ride, près de 28 ans après la sortie du premier album ! Preuve qu'elle mérite son titre d'immanquable.
A noter que l'histoire se passe parfois sur une île, dans des décors tropicaux, apportant une touche d'exotisme à l'ensemble. Le parallèle entre le tueur et le crocodile dans le 2ème tome est plutôt bien trouvé.
Au niveau du dessin, malgré un trait parfois un peu trop épais à mon goût, le trait vif de Luc Jacamon donne beaucoup de mouvements aux scènes d'action, très présentes. Les personnages ont de "vrais gueules" bien que je sois un tantinet déçu par celle du tueur, plus banale. Mais cela colle avec l'idée qu'il doive resté discret et se fondre dans la masse. La colorisation est quant à elle plutôt classique.
En somme, un très bon 4/5 en attendant que je me procure les cycles 2 et 3 de la série.
SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 8/10
GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 8/10
NOTE GLOBALE : 16/20
Batman de Neal Adams, avec les couleurs originales et en plus la saga de Ra's al Ghul, un de ses plus grands ennemis ! C'était mythique pour les jeunes dans les années soixante-dix, comme moi. Oui, Talia était une nunuche, mais qu'est-ce qu'elle était belle ! Leur relation a fini par porter ses fruits, comme nous le découvrirons avec d'autres auteurs, Andy Kubert plus récemment. Les autres dessinateurs dans cette série ne sont pas mal, j'aime bien Irv Novick, mais Neal Adams reste le meilleur dessinateur de Batman de tous les temps. J'ai plusieurs versions de ces histoires et, vraiment, les couleurs informatisées dans ce cas ne servent qu'à gâcher les dessins.
J'ai lu ce livre parce en participant à un challenge Masse critique, sans avoir d'idée de ce que ce serait. Et j'ai été franchement étonné, surtout en reconnaissant l'auteur (Peretjatko) dont j'ai apprécié presque tout les films. Et cet ouvrage est tout à fait de la patte de celui-ci, autant dans le ton que dans l'humour et le fond.
C'est un roman-photo tournant autour d'une histoire absurde, avec un flic à quinze jour de la retraite qui doit enquêter sur un vol au musée de la croute. Parce que ce musée ne contient que des croutes, de tableaux nuls qui n'intéressent personne. le ton délirant arrive très vite avec ce petit plus qui est la marque de l'auteur : la note prononcée envers la société ultra-libérale. On aura les critiques de la sous-traitance débile avec évasion fiscale et délocalisation, plus tout les problèmes liés ("désolé, ça n'est pas dans mes attributions !"). On a aussi les difficultés administratives jusqu'à une absurdité finale assez cynique, le tout dans un humour parfois bon enfant parfois stupide, mais qui m'a donné le sourire tout au long de ma lecture.
D'ailleurs je me suis dit en lisant que c'était assez proche d'un film au final, avec des choix de cadrage et une mise en scène jouant sur des aspects bouffons parfois. On apprécie quelques têtes qui passent (comme Pacôme Thiellement qui m'a surpris lorsqu'il est apparu), en se laissant porter par une histoire somme toute critique et parodique. le genre de récit que je trouve à la fois drôle et prenant, pas faramineux mais bon. Recommandé !
On peut bien évidemment faire quelques reproches à cet album. Le dessin est parfois – souvent ? – minimaliste, et la narration use de quelques facilités (comme la rencontre entre notre jeune doctorante et son voisin, qui s’avère rapidement passionné par tout ce qui concerne le GIEC et qui sert de candide lors de chaque rencontre avec des chercheurs travaillant pour ce groupement international.
Mais bon, ce sont des remarques mineures, au regard du sujet et de la clarté et de l’intérêt d’ensemble montrés à le traiter.
Car la stratégie du doute entretenue par les climatosceptiques, les industriels et quelques politiques qui leur sont affidés (voir « la grosse arnaque » évoquée par Trump lorsqu’il parle du réchauffement climatique et de ses liens avec l’action humaine !), mais aussi la flemme de beaucoup de journalistes pour hiérarchiser l’information (il suffit d’un résultat sportif, ou du malheur d’un people le même jour pour que la publication d’un rapport du GIEC passe quasiment inaperçue !) rendent d’autant plus nécessaire ce type de publication.
Et le dessin, s’il est certes minimaliste, est aussi clair et lisible, et parvient très bien à rendre digeste graphiques, courbes, planisphères, au milieu de la déambulation des personnages.
Et le propos n’est pas en reste. Certes il y a pas mal d’informations à ingurgiter, mais les démonstrations sont claires et détaillées, jamais jargonneuses.
Le constat est sans appel, et ceux qui ne sont pas encore familiers avec le GIEC et ses travaux y trouveront beaucoup d’informations, sur son fonctionnement – très collégial, didactique et hautement précis et scientifique – et sur les résultats de ses travaux.
Surtout, aucune impasse n’est faite sur les responsabilités des pays riches, et de ceux qui, tout en étant encore parmi les plus responsables de la dégradation de la situation, s’empressent de noyer le poisson pour justifier l’inactivité face aux dérèglements climatiques. Et, à l’instar du GIEC lui-même, l’album dépasse le simple constat, pour proposer des pistes d’amélioration. En cela l’album est d’utilité publique. Le sujet est politique, c’est-à-dire que nous sommes tous concernés.
Une lecture que j’ai trouvé parfois énervante, voire démoralisante, mais aussi enrichissante, stimulante. Elle est recommandable en tout cas !
Disons-le d’emblée, Cauchemar de Pierre Ferrero est une BD ouvertement antifasciste qui ne cherche pas à convaincre ses opposants, mais son caractère provocateur et assumé m’a procuré énormément de plaisir (un peu coupable).
L’album s’ouvre avec une idée un peu loufoque : Lors d’une manifestation antifasciste, la foule scande un slogan (« Pétain, reviens, t’as oublié tes chiens ! »). Il n’en faut pas plus pour réveiller d’entre les morts le Maréchal Pétain. Bien décidé à remettre de l’ordre dans un pays qui part à vau-l’eau, le zombie de Pétain prend le chemin de l’Elysée et transforme la France en dictature fasciste.
Pierre Ferrero caricature de manière irrévérencieuse les forces de l’ordre, les conservateurs, les médias réactionnaires, les milliardaires, les influenceurs d’extrême droite : personne n’est épargné.
Ici la nuance, la subtilité et la bienveillance sont laissés au vestiaire, l’auteur n’a pas peur d’être outrancier : les policiers, militaires et même les chasseurs sont représentés avec des têtes de cochon ou de sanglier, les politiciens sont ridiculisés (Zemmour devient le petit chien de Pétain), les figures médiatiques conservatrices sont caricaturées à l’excès, les milliardaires rivalisent de cynisme mais sont tous plus stupides les uns que les autres …
Je crois que ce qui me plaît le plus dans cette BD c’est que l’auteur ne cherche pas à faire quelque chose de consensuel, le propos est assumé pleinement et c’est ça que je trouve jouissif.
J’ai bien conscience que ce genre de BD ne peut pas plaire au plus grand nombre (et je ne pense pas que ce soit le but) mais j’ai pris un plaisir fou à voir ces figures autoritaires caricaturées avec autant de liberté.
A l’origine publiée sous forme de petits fanzines, j’ai particulièrement apprécié l’énergie punk qui se dégage de la BD (« Un vent de liberté » pour reprendre la formule de Bernard Arnault).
Le dessin en noir et blanc est simple mais toujours percutant, on a l’impression que tout va très vite.
Au détour d’une case se cache souvent un petit détail humoristique qui renforce l’esprit de la BD (par exemple la voiture de police immatriculée AC 12 KK).
Bref j’ai beaucoup apprécié cette BD pour sa liberté de ton et son côté provocateur pleinement assumé !
Voline adapte ici le roman de Balzac, l'histoire de cette peau d'âne qui permet à son possesseur d'exaucer tous ses désirs en échange de son espérance de vie.
Il nous propose une adaptation moderne qui préserve la dimension philosophique de l'œuvre originale. Le destin fatal de Raphaël et son mode de vie expriment à merveille la futilité des désirs humains.
Les scènes érotiques sont ici accessoires (et pourraient être absentes du récit sans lui enlever ses qualités), mais elles ne gâchent en rien la lecture...
De son côté, Rotundo livre l'un de ses meilleurs travaux en noir et blanc. Pour risquer une comparaison, on est au niveau d'un grand Manara. Il sait absolument tout dessiner : la sensualité des corps, la rigueur des bâtiments historiques ou le faste des salons mondains... Avec un trait expressionniste qui n'appartient qu'à lui.
Une fois surmontée l'appréhension causée par une couverture franchement ratée, La peau de chagrin se révèle une excellente lecture, autant pour la qualité de son histoire que pour la découverte d'un grand maître du dessin italien.
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Persée
Après Ulysse et avant Les Sorcières de Thessalie de Pichard, voici l'adaptation de Persée dans la collection Mythologie de Glénat qui vaut décidément le coup d'œil. Petite correction de départ : Jean-Marie Brouyère est mentionné uniquement à l'avant dernière planche de cette bande pour son adaptation des dialogues. Le seul auteur mentionné en couverture et en première page est Xavier Musquera. On peut donc supposer que celui-ci ne s'est pas contenté de dessiner mais est également responsable de la narration. J'insiste sur ce point car Musquera nous dépeint un Persée à la fois héroïque et vulnerable, et c'est ce qui donne toute sa matière à ce récit mythologique. L'atmosphère antique et mystique est admirablement rendu par un noir et blanc expressif et empreint de sensualité, même si Musquera est plus à l'aise avec les corps qu'avec les décors. Le découpage manque aussi un peu de puissance et d'originalité pour parler d'oeuvre culte mais c'est en tout cas le meilleur travail de Musquera. Une oeuvre d'une grande beauté plastique, qui sait prolonger l'immortalité du mythe de Persée.
Dans l'indifférence générale
A partir d’observations et de réflexions personnelles (le recul des glaciers dans les Alpes par rapport à ses souvenirs de vacances familiales par exemple), Roberto Rossi nous propose un album qui mélange documentaire et tract politique. Le hasard a voulu que je lise très récemment, Horizons climatiques - Rencontre avec neuf scientifiques du G.I.E.C.. Si j’ai trouvé plus détaillée et plus complète ma précédente lecture, les deux albums sont complémentaires et intéressants. Beaucoup moins de détails, de chiffres, de faits, de noms ici, la narration est plus aérée (avec un dessin simple, mais agréable). Mais c’est quand même un album dont la lecture est intéressante. Il est aussi engagé, et appelle clairement chacun à prendre sa part de responsabilité, mais surtout à demander des comptes à ceux qui sont à la fois les plus responsables des dérèglements climatiques, pollutions et leurs conséquences, mais aussi ceux qui en souffrent le moins, à savoir les grandes entreprises et les ultra-riches. C’est un album qui rappelle que le capitalisme tel qu’il est pratiqué est la cause principale, et donc que c’est lui qu’il faut sévèrement réguler (avec ses thuriféraires et profiteurs). Une lecture rapide malgré une pagination conséquente (il y a peu de texte), mais recommandable. Note réelle 3,5/5.
Little Ego
Les rêves coquins d'Ego sont évidemment une parodie et un hommage à Little Nemo de W. McCay. Il s'agit de fantasmes humoristiques très bien dessinés par Giardino. La jeune fille est jolie et se retrouve dans une série de situations insolites, parfois embarrassantes, mais aussi excitantes. Les dessins sont de bon goût et l'érotisme ici ne tombe jamais dans la vulgarité. Le livre se lit rapidement, mais quand je le reprends, je ne peux pas m'empêcher de sourire.
Terra Antarctica
Ce qui commence comme une enquête policière assez classique va rapidement basculer vers un pur récit de science-fiction, avec une certaine parenté avec le film Starman (un être venu d'ailleurs, un peu naïf et perdu parmi les humains, qui cherche à rejoindre un objectif mystérieux), à la différence près qu'ici sa présence attire aussi bien des menaces humaines qu'un autre poursuivant beaucoup plus étrange. La grande originalité de cette BD est surtout son ancrage profondément argentin. L'histoire démarre à un millier de kilomètres de Buenos Aires, puis entraîne ses personnages à travers la Patagonie vers le Sud du pays puis jusqu'aux portes de l'Antarctique. Ce voyage permet de découvrir un cadre rarement utilisé dans ce genre de thriller : l'organisation fédérale de l'Argentine, les différentes cultures et ethnies locales (dont certaines ne parlent pas forcément espagnol), le maté évidemment incontournable dans cette région du monde, ou encore la proximité avec le continent antarctique. Ce dépaysement apporte une vraie fraîcheur face aux thrillers souvent trop formatés par les codes américains. Le dessin en noir et blanc est également une réussite. Légèrement épuré dans les décors mais très maîtrisé, précis et dynamique, il sert parfaitement cette histoire de poursuite et d'étrangeté. Les personnages fonctionnent aussi très bien, notamment le duo de policiers : ils ne forment pas un couple au sens classique, mais une grande partie de l'intérêt vient justement de l'évolution possible de leur relation. Ils sont attachants, avec chacun leur personnalité. L'antagoniste est également très réussi, entouré d'un mystère qui sera progressivement levé jusqu'à une révélation finale inattendue. Cette révélation est d'ailleurs l'un des meilleurs moments de l'album, car elle ne se contente pas d'apporter une réponse : elle pose aussi une vraie question morale. Le problème n'est plus seulement de savoir ce qui est vrai, mais de déterminer comment agir lorsque l'on croit ou non à ce que l'on vient d'apprendre. J'ai toutefois été plus circonspect devant les toutes dernières pages. Après cette révélation, la conclusion reste assez floue et je n'ai pas complètement compris ce qui se déroulait exactement, même si l'héroïne semble considérer la situation comme positive. Une légère frustration donc, car cette incompréhension finale m'empêche de considérer l'album comme totalement réussi. Cela reste néanmoins une très bonne surprise : un thriller de science-fiction original, porté par un cadre inhabituel, de bons personnages et une vraie ambiance. Pas un vrai coup de coeur à cause de cette fin confuse, mais un solide 3,5/5 pour une lecture qui m'a bien embarqué.
Le Tueur
Après 92 avis, je pense que l'essentiel a été dit sur cette série qui a rejoint le panthéon des immanquables de BDthèque dans le genre "Policier/Thriller". Suite à la lecture du premier cycle (cinq premiers tomes), je dois dire que j'ai passé un très bon moment de lecture. Matz est un excellent conteur d'histoire. J'ai beaucoup apprécié le ton de la voix off du tueur qui sonne juste et apporte un vrai style à la série. Le scénario, centré autour du personnage du tueur à gages, avec ses personnages hauts en couleurs, ses scènes de sexe et de violence, reste somme toute assez classique mais il est vrai que l’œuvre n'a pas pris une ride, près de 28 ans après la sortie du premier album ! Preuve qu'elle mérite son titre d'immanquable. A noter que l'histoire se passe parfois sur une île, dans des décors tropicaux, apportant une touche d'exotisme à l'ensemble. Le parallèle entre le tueur et le crocodile dans le 2ème tome est plutôt bien trouvé. Au niveau du dessin, malgré un trait parfois un peu trop épais à mon goût, le trait vif de Luc Jacamon donne beaucoup de mouvements aux scènes d'action, très présentes. Les personnages ont de "vrais gueules" bien que je sois un tantinet déçu par celle du tueur, plus banale. Mais cela colle avec l'idée qu'il doive resté discret et se fondre dans la masse. La colorisation est quant à elle plutôt classique. En somme, un très bon 4/5 en attendant que je me procure les cycles 2 et 3 de la série. SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 8/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 8/10 NOTE GLOBALE : 16/20
Batman - Tales of the Demon
Batman de Neal Adams, avec les couleurs originales et en plus la saga de Ra's al Ghul, un de ses plus grands ennemis ! C'était mythique pour les jeunes dans les années soixante-dix, comme moi. Oui, Talia était une nunuche, mais qu'est-ce qu'elle était belle ! Leur relation a fini par porter ses fruits, comme nous le découvrirons avec d'autres auteurs, Andy Kubert plus récemment. Les autres dessinateurs dans cette série ne sont pas mal, j'aime bien Irv Novick, mais Neal Adams reste le meilleur dessinateur de Batman de tous les temps. J'ai plusieurs versions de ces histoires et, vraiment, les couleurs informatisées dans ce cas ne servent qu'à gâcher les dessins.
Vols au musée de la croûte
J'ai lu ce livre parce en participant à un challenge Masse critique, sans avoir d'idée de ce que ce serait. Et j'ai été franchement étonné, surtout en reconnaissant l'auteur (Peretjatko) dont j'ai apprécié presque tout les films. Et cet ouvrage est tout à fait de la patte de celui-ci, autant dans le ton que dans l'humour et le fond. C'est un roman-photo tournant autour d'une histoire absurde, avec un flic à quinze jour de la retraite qui doit enquêter sur un vol au musée de la croute. Parce que ce musée ne contient que des croutes, de tableaux nuls qui n'intéressent personne. le ton délirant arrive très vite avec ce petit plus qui est la marque de l'auteur : la note prononcée envers la société ultra-libérale. On aura les critiques de la sous-traitance débile avec évasion fiscale et délocalisation, plus tout les problèmes liés ("désolé, ça n'est pas dans mes attributions !"). On a aussi les difficultés administratives jusqu'à une absurdité finale assez cynique, le tout dans un humour parfois bon enfant parfois stupide, mais qui m'a donné le sourire tout au long de ma lecture. D'ailleurs je me suis dit en lisant que c'était assez proche d'un film au final, avec des choix de cadrage et une mise en scène jouant sur des aspects bouffons parfois. On apprécie quelques têtes qui passent (comme Pacôme Thiellement qui m'a surpris lorsqu'il est apparu), en se laissant porter par une histoire somme toute critique et parodique. le genre de récit que je trouve à la fois drôle et prenant, pas faramineux mais bon. Recommandé !
Horizons climatiques - Rencontre avec neuf scientifiques du G.I.E.C.
On peut bien évidemment faire quelques reproches à cet album. Le dessin est parfois – souvent ? – minimaliste, et la narration use de quelques facilités (comme la rencontre entre notre jeune doctorante et son voisin, qui s’avère rapidement passionné par tout ce qui concerne le GIEC et qui sert de candide lors de chaque rencontre avec des chercheurs travaillant pour ce groupement international. Mais bon, ce sont des remarques mineures, au regard du sujet et de la clarté et de l’intérêt d’ensemble montrés à le traiter. Car la stratégie du doute entretenue par les climatosceptiques, les industriels et quelques politiques qui leur sont affidés (voir « la grosse arnaque » évoquée par Trump lorsqu’il parle du réchauffement climatique et de ses liens avec l’action humaine !), mais aussi la flemme de beaucoup de journalistes pour hiérarchiser l’information (il suffit d’un résultat sportif, ou du malheur d’un people le même jour pour que la publication d’un rapport du GIEC passe quasiment inaperçue !) rendent d’autant plus nécessaire ce type de publication. Et le dessin, s’il est certes minimaliste, est aussi clair et lisible, et parvient très bien à rendre digeste graphiques, courbes, planisphères, au milieu de la déambulation des personnages. Et le propos n’est pas en reste. Certes il y a pas mal d’informations à ingurgiter, mais les démonstrations sont claires et détaillées, jamais jargonneuses. Le constat est sans appel, et ceux qui ne sont pas encore familiers avec le GIEC et ses travaux y trouveront beaucoup d’informations, sur son fonctionnement – très collégial, didactique et hautement précis et scientifique – et sur les résultats de ses travaux. Surtout, aucune impasse n’est faite sur les responsabilités des pays riches, et de ceux qui, tout en étant encore parmi les plus responsables de la dégradation de la situation, s’empressent de noyer le poisson pour justifier l’inactivité face aux dérèglements climatiques. Et, à l’instar du GIEC lui-même, l’album dépasse le simple constat, pour proposer des pistes d’amélioration. En cela l’album est d’utilité publique. Le sujet est politique, c’est-à-dire que nous sommes tous concernés. Une lecture que j’ai trouvé parfois énervante, voire démoralisante, mais aussi enrichissante, stimulante. Elle est recommandable en tout cas !
Cauchemar
Disons-le d’emblée, Cauchemar de Pierre Ferrero est une BD ouvertement antifasciste qui ne cherche pas à convaincre ses opposants, mais son caractère provocateur et assumé m’a procuré énormément de plaisir (un peu coupable). L’album s’ouvre avec une idée un peu loufoque : Lors d’une manifestation antifasciste, la foule scande un slogan (« Pétain, reviens, t’as oublié tes chiens ! »). Il n’en faut pas plus pour réveiller d’entre les morts le Maréchal Pétain. Bien décidé à remettre de l’ordre dans un pays qui part à vau-l’eau, le zombie de Pétain prend le chemin de l’Elysée et transforme la France en dictature fasciste. Pierre Ferrero caricature de manière irrévérencieuse les forces de l’ordre, les conservateurs, les médias réactionnaires, les milliardaires, les influenceurs d’extrême droite : personne n’est épargné. Ici la nuance, la subtilité et la bienveillance sont laissés au vestiaire, l’auteur n’a pas peur d’être outrancier : les policiers, militaires et même les chasseurs sont représentés avec des têtes de cochon ou de sanglier, les politiciens sont ridiculisés (Zemmour devient le petit chien de Pétain), les figures médiatiques conservatrices sont caricaturées à l’excès, les milliardaires rivalisent de cynisme mais sont tous plus stupides les uns que les autres … Je crois que ce qui me plaît le plus dans cette BD c’est que l’auteur ne cherche pas à faire quelque chose de consensuel, le propos est assumé pleinement et c’est ça que je trouve jouissif. J’ai bien conscience que ce genre de BD ne peut pas plaire au plus grand nombre (et je ne pense pas que ce soit le but) mais j’ai pris un plaisir fou à voir ces figures autoritaires caricaturées avec autant de liberté. A l’origine publiée sous forme de petits fanzines, j’ai particulièrement apprécié l’énergie punk qui se dégage de la BD (« Un vent de liberté » pour reprendre la formule de Bernard Arnault). Le dessin en noir et blanc est simple mais toujours percutant, on a l’impression que tout va très vite. Au détour d’une case se cache souvent un petit détail humoristique qui renforce l’esprit de la BD (par exemple la voiture de police immatriculée AC 12 KK). Bref j’ai beaucoup apprécié cette BD pour sa liberté de ton et son côté provocateur pleinement assumé !
La Peau de chagrin
Voline adapte ici le roman de Balzac, l'histoire de cette peau d'âne qui permet à son possesseur d'exaucer tous ses désirs en échange de son espérance de vie. Il nous propose une adaptation moderne qui préserve la dimension philosophique de l'œuvre originale. Le destin fatal de Raphaël et son mode de vie expriment à merveille la futilité des désirs humains. Les scènes érotiques sont ici accessoires (et pourraient être absentes du récit sans lui enlever ses qualités), mais elles ne gâchent en rien la lecture... De son côté, Rotundo livre l'un de ses meilleurs travaux en noir et blanc. Pour risquer une comparaison, on est au niveau d'un grand Manara. Il sait absolument tout dessiner : la sensualité des corps, la rigueur des bâtiments historiques ou le faste des salons mondains... Avec un trait expressionniste qui n'appartient qu'à lui. Une fois surmontée l'appréhension causée par une couverture franchement ratée, La peau de chagrin se révèle une excellente lecture, autant pour la qualité de son histoire que pour la découverte d'un grand maître du dessin italien.