Les derniers avis (32619 avis)

Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Le Cercle de Providence
Le Cercle de Providence

Chouette, une libre adaptation de Lovecraft modernisée pour s'adapter à un récit destiné aux grands adolescents. Je valide complètement l'initiative lorsqu'elle est menée avec autant de soin et de respect. La série se compose de deux tomes. Le premier est une adaptation très libre de L'Appel de Cthulhu. L'action est transposée dans une Providence contemporaine, avec un récit plus condensé que la nouvelle et amputé de son final emblématique à R'lyeh. On suit ici une bande d'adolescents qui découvre l'existence d'un culte voué à Cthulhu et se retrouve confrontée à son principal adepte, un chef de secte qui manipule tout le monde dans l'ombre et n'hésite pas à tuer à la manière d'un serial killer. Les principaux éléments de la nouvelle sont bien présents, mais le récit est volontairement plus accessible, plus young adult et forcément un peu moins subtil. Mon principal regret concerne le Cthulhu final, qui manque clairement de prestance : il évoque davantage un petit Godzilla qu'un indicible Grand Ancien à l'intelligence et aux pouvoirs psychiques dépassant l'entendement. Malgré ces réserves, j'ai passé un bon moment. Le dessin est réussi, le rythme efficace et l'ensemble suffisamment accrocheur, à condition de ne pas chercher une adaptation trop fidèle de la nouvelle. Mais c'est surtout le second tome qui m'a convaincu. Cette fois, il ne s'agit plus d'adapter directement une œuvre de Lovecraft, mais de puiser dans le mythe du Roi en Jaune, créé par Robert W. Chambers puis intégré par la suite au Mythe de Cthulhu, pour raconter une histoire beaucoup plus élégante et plus proche, selon moi, de l'esprit des Grands Anciens. L'idée du parasite mental, esquissée dès la fin du premier volume, est vraiment bien exploitée et mise en scène. La menace incarnée par le Roi en Jaune est bien plus insidieuse, plus classe et plus inquiétante que celle du Cthulhu du premier tome. Le dessin reste très bon, les personnages sont attachants, l'intrigue est prenante et la conclusion fonctionne très bien. C'est donc une série très satisfaisante. Elle ne remplacera évidemment jamais les textes originaux, mais elle constitue une excellente porte d'entrée vers l'univers de Lovecraft et de ses héritiers. C'est agréable de voir des adaptations modernes qui parviennent à conserver l'esprit du Mythe tout en l'adaptant intelligemment à un lectorat adolescent.

17/07/2026 (modifier)
Couverture de la série MBS - L'Enfant terrible d'Arabie Saoudite
MBS - L'Enfant terrible d'Arabie Saoudite

Mohammed Ben Salmane, ou plutôt MBS, un acronyme qui désigne, mais surtout qui édulcore, qui rend plus présentable, plus sympathique, et carrément tendance, voilà comment semble vouloir être évoqué celui qui depuis un certain nombre d'années dirige, parfois dans l'ombre, mais toujours d'une main de fer l'Arabie saoudite. Ce documentaire nous livre pas mal d’informations sur le bonhomme. Pas toutes, car il cultive le secret (rien qu’à voir le black-out total autour de son épouse ou de sa mère !?). Et aussi parce que c’est quelqu’un de très dangereux, et j’imagine que ceux qui enquêtent sur lui doivent prendre quelques précautions, et ne doivent pas dépasser certaines limites. Il ne recule en tout cas devant rien pour ripoliner son image (dépensant des centaines de millions de dollars en lobbying, et sans doute autant pour museler ceux qui le gênent). Malgré ces limites, je trouve que cet album est suffisamment documenté pour se faire une idée de ce monsieur ; et, le moins que l’on puisse dire, c’est que ce type est hautement repoussant. Un enfant pourri gâté (à coup de milliards), entouré depuis son plus jeune âge de flagorneurs, n’ayant jamais eu aucune limite concernant l’argent, qui a su se faire une place dans la hiérarchie de la famille Saoud. Car l’album montre bien comment le pays est dirigé par une famille tentaculaire (des centaines de « princes »), au sein de laquelle les coups fourrés, les complots sont légion. Et c’est de ce panier de crabes qu’a émergé MBS, usant de tous les moyens pour arriver au sommet du pouvoir. Et, une fois au sommet, les méthodes ne changent pas. Là je retrouve des choses lues dans le Monde diplomatique. La séquestration de dizaines de hauts dirigeants et de membres de sa famille (retenus pendant des semaines, voire des mois pour certains) jusqu’à ce qu’ils « payent » une rançon, l’élimination barbare de Khashoggi (tué et découpé dans l’ambassade saoudienne en Turquie), le quasi kidnapping du premier ministre libanais pour le forcer à démissionner, les méthodes de MBS sont celles de la mafia, avec les moyens d’un pays très riche. Ce qui ne l’empêche pas de vouloir se faire reconnaitre comme fréquentable par le gotha international, à coup de communication, de plan pharaonique (sa ville dans le désert), d’achats d’œuvres ‘art hors de prix (voire de compétitions internationales…). Et l’autre point intéressant, c’est justement ces dirigeants politiques qui le fréquentent, qui l’absolvent cyniquement. On ne sera pas étonné de voir dans les premiers rangs Trump (pour qui le pognon à se faire avec son gendre en Arabie saoudite passe bien sûr avant tout), mais aussi Macron, clairement présenté ici comme une lavette ne pensant qu’à signer des contrats (pour enrichir quelques actionnaires), un paillasson sur lequel MBS s’essuie souvent… Il faut dire que cette hypocrisie dure depuis quelque temps avec ce pays. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale pour les américains, le summum étant leur réaction aux attentats du 11 septembre 2001, perpétrés par al Qaïda dirigée par un riche saoudien, avec la moitié des terroristes saoudiens, alors que c’est l’Irak de Saddam Hussein qui en sera accusé (et jamais l’Arabie saoudite !). Bref un portrait bien documenté, sur un acteur important des relations internationale, un être repoussant se croyant tout permis. Un éclairage aussi sur ce et ceux qui lui permettent de se croire aussi puissant. Le dessin est lisible et dynamique. Je regrette juste que certains visages soient trop changeants (et pas toujours ressemblant pour certains personnages connus). Note réelle 3,5/5.

17/07/2026 (modifier)
Par Cleck
Note: 4/5
Couverture de la série The Painted crime
The Painted crime

Voici un bel hommage aux films noirs hollywoodiens des années 40-50 mêlant des figures scénaristiques connues des cinéphiles (une histoire de rédemption autour d'un privé désabusé, une intrigue impliquant mafia et milieux artistiques) à une mise en page réussie s'appuyant sur de très graphiques et détaillées illustrations en noir et blanc. La reprise des codes du genre perdure jusque dans l'usage conséquent de la voix off dont le cynisme des commentaires permet d'étonnamment fluidifier l'intrigue : accélérant quand nécessaire en accompagnant habilement les ellipses du scénario, apportant distance et point de vue quand se surajoutant à l'action ; des commentaires enrichissant naturellement abondamment la personnalité de l'anti-héros. Voilà donc un très bel exercice de style, ne s'affranchissant du pur hommage que dans sa proposition certes un peu maladroite d'initier une intrigue psychologique via les peintures dont notre détective est l'artiste ou via la scène du cauchemar. Cette proposition assez intéressante visuellement puisque proposant des formes et surtout des couleurs que le reste de l’œuvre écarte volontairement, est plus artificielle scénaristiquement, puisqu'elle ne fait qu'enfoncer le clou du traumatisme lié à la guerre (fort compréhensible par le lecteur sans qu'il y ait besoin d'insister), sans influer sur la résolution de l'enquête, contrairement à ce que laisse pourtant supposer le titre de la BD, tel un chausse-trape diaboliquement gratuit. Petit regret également concernant la résolution trop spectaculaire de l'intrigue, heureusement contrebalancée par une conclusion plus ironiquement désabusée. Un peu comme Le Serpent et le Coyote ou Neuf dans des genres différents, ce titre-ci fait preuve d'une grande habileté pour nous offrir une histoire limpide et très référencée, un hommage révérencieux sous la forme d'un exercice de style rondement mené, très agréable à parcourir.

17/07/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série La BD de l'Avent
La BD de l'Avent

La BD de l'Avent (deux tomes parus à ce jour) repose sur une idée originale et plutôt bonne : transformer un album de bande dessinée en calendrier de l'Avent. Chacune des 24 histoires de chaque tome est enfermée entre des pages de garde qu'il faut découper le jour correspondant pour la découvrir. L'idée de découper moi-même les pages d'un album hérisse mon âme de collectionneur, mais j'ai heureusement pu les lire déjà ouverts. Comme presque toujours avec les recueils collectifs, la qualité est inégale, mais le niveau moyen est bon, voire très bon. Certaines histoires m'ont davantage marqué, soit par leur humour, soit par leur émotion, soit simplement par la beauté de leur dessin. D'autres m'ont un peu moins convaincu et tombent davantage à plat, mais je n'en ai trouvé aucune qui soit mauvaise. Avec seulement quatre pages pour raconter une histoire, l'exercice est délicat et tous les auteurs ne peuvent pas faire mouche à chaque fois. Graphiquement, c'est une plutôt bonne réussite. J'ai surtout apprécié les styles proches de ceux de Nob ou de Dav, ainsi que plusieurs autres dessinateurs et dessinatrices qui semblent partager une sensibilité graphique assez voisine. Et puisque c'est la dernière que j'ai lue, je garde aussi fortement en mémoire la dernière histoire de l'album de 2025 qui mise entièrement sur la beauté de la magie de Noël et dont les planches sont magnifiques. Au-delà du plaisir de lecture, cet album m'a aussi fait réfléchir à l'évolution de notre manière de raconter Noël. Impossible pour moi de ne pas le comparer aux anciens Contes de Noël du journal Spirou publiés dans les années 1950 à 1970. À l'époque, la dimension chrétienne était omniprésente, avec la Nativité, la foi, le partage et une certaine forme de piété. Ici, elle a presque totalement disparu au profit d'histoires centrées sur le Père Noël, les cadeaux, la magie, mais aussi, plus ponctuellement, sur la nature, les traditions du monde ou des sensibilités plus contemporaines. Cela traduit une évolution culturelle intéressante : Noël est devenu beaucoup plus laïque et universel, parfois légèrement plus capitaliste il faut l'admettre, tout en intégrant aussi parfois des préoccupations actuelles autour de l'écologie, de la diversité des cultures ou d'une certaine spiritualité liée à la nature. Sans porter de jugement de valeur, j'ai trouvé intéressant d'observer ce glissement. Il raconte finalement autant l'évolution de notre société que celle de la bande dessinée jeunesse. Malgré mes réticences à voir un album BD se faire découper, cette idée de calendrier de l'Avent en BD est assez réussie. Le concept apporte un vrai plaisir de découverte, la qualité d'ensemble est au rendez-vous et la variété des auteurs permet de faire de belles découvertes graphiques. Une lecture qui ne révolutionne pas le format des histoires courtes, mais qui renouvelle intelligemment la manière de les déguster. Note : 3,5/5

17/07/2026 (modifier)
Couverture de la série Les 5 Terres
Les 5 Terres

Une des meilleures série lues actuellement, un univers extrêmement riche entre intrigue politique, histoires de cœur et trahisons, j'ai été envoutée dès le 1er tome ! Le cycle 1 est exceptionnel, les dessins somptueux, un régal !! J'ai eu plus de mal au début du cycle 2, j'ai moins aimé les personnages et puis finalement à partir du tome 9 je me suis complètement fait embarquer ! J'espère que nous aurons un cycle pour chacune des 5 terres... Cette série est un coup de cœur pour moi.

17/07/2026 (modifier)
Par cac
Note: 4/5
Couverture de la série Ours
Ours

C'est une gentille histoire pleine de bons sentiments, à hauteur de chien, et non d'ours, qui se trouve être un guide pour aveugle. Mais tout se grippe quand Ours, c'est le nom du toutou, perd la vue à son tour perdant tout sens à sa vie d'aidant. Il sera ensuite berné et éloigné de son maitre par d'autres animaux et va galérer à retrouver son foyer. C'est bien raconté, le dessin est très pop et coloré, il y a bien sûr un message sur le handicap etc. Plutôt pour jeune public mais ça peut plaire à tous.

15/07/2026 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5
Couverture de la série Minor arcana
Minor arcana

Je mets mon avis à jour suite à la lecture des 3 tomes parus en VO, et je laisse ma note à 4/5. Lemire nous ressert ses thèmes favoris : un bled paumé, une protagoniste torturée au passé chargé, et une bonne dose de fantastique, via la thématique de la lecture des cartes de tarot, élément central de l’histoire. Le premier tome ne fait que poser les bases, nous présente les personnages et lance l’intrigue… intrigue qui décolle vraiment dans les tomes 2 et 3. Elle devient passionnante et nébuleuse, avec de nombreux personnages secondaires et une organisation secrète dont les intentions restent mystérieuses. Pas grand-chose à dire sur le dessin, c’est du Lemire, j’adore. Je note qu’il se fait aider par Letizia Cardonici sur le tome 2, et que la cassure de style m’a un peu dérangé, surtout au niveau de la représentation des personnages. Je comprends qu’il s’agissait d’un mal nécessaire – il était trop accaparé par ses autres projets – mais je suis content de le voir prendre les pinceaux à plein temps sur le tome 3. Je vous ai mis une planche dessinée par Letizia Cadonici et mise en couleur par Patricio Delpeche dans la galerie, pour vous faire une idée. La série est a priori prévue en 5 tomes… vivement la suite !

22/01/2026 (MAJ le 15/07/2026) (modifier)
Par Brodeck
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Marche-lune
Le Marche-lune

Simon Spruyt utilise ici la science-fiction pour interroger l'origine de nos croyances et notre besoin de raconter des histoires. Disons-le d'emblée : les mythes fondateurs et le rôle des récits au sein d'une société, ça me parle toujours... Le point de départ de cette aventure est relativement classique : une entité extraterrestre est missionnée sur Terre pour retrouver un de ses collègues qui ne donne plus signe de vie. Chemin faisant, elle va se mêler aux hommes et observer leurs moeurs. Mais avec l'auteur bruxellois, la proposition est ici particulièrement efficace et stimulante. L'histoire m'a captivé. L'enquête de l'agent extraterrestre se mêle aux intrigues politiques et aux amours tragiques. Dans un décor magnifié par les aplats ocre et les bleus profonds, l'auteur met en scène les passions immuables qui façonnent nos mythes et nos civilisations. Tour à tour âpre, sensuel, touchant et poétique, Le Marche-lune est une fable envoûtante. Et que c'est beau ! Le dessin donne admirablement corps aux mythes et aux croyances naissantes. En liant habilement science-fiction et mythes fondateurs, Simon Spruyt signe à mon sens l'un des plus beaux albums de l'année.

14/07/2026 (modifier)
Par gloubi
Note: 4/5
Couverture de la série La Horde du contrevent
La Horde du contrevent

Grand fan du livre de Damasio, dont les autres productions m'ont intéressées (mais pas autant que la Horde), je me suis jeté sur les bd dès leur sortie. Le livre est particulièrement inventif et innovant, sur l'histoire tout d'abord, mais aussi sur la narration - 1 chapitre par personnage - et le soin apporté à donner à ceux-ci un caractère propre, qui s'exprime notamment par l'écriture et l'utilisation de la ponctuation. Damasio va jusqu'à inventer un langage pour retranscrire le vent, jouant sur les caractères typographiques eux-mêmes. C'était donc un sacré défi à adapter et Eric Henninot s'en tire très bien. Le dessin est vraiment beau et l'essentielle retranscription du vent bien rendue. L'exotisme et les spécificités des paysages traversés sont bien rendus, les planches offrent le voyage qu'on peut attendre d'un tel univers de SF. Sur l'adaptation en elle-même, le choix de déplier l'histoire en 6 tomes est judicieux : ça fonctionne bien par rapport aux grandes étapes du récit original et ça permet de garder une série bien rythmée, mais il est vrai que certains personnages y perdent un peu en développement. Je ne mets pas 5 étoiles car, selon moi, cette adaptation ne dépasse pas l’œuvre originale mais ça reste de l'excellent travail. (critique sur les 4 premiers tomes)

14/07/2026 (modifier)
Couverture de la série Kuklos
Kuklos

Je trouve que Sylvain Ricard a bien su traiter son sujet, et ce de façon intelligente et équilibrée. D’abord en présentant bien le fonctionnement du Ku Klux Klan, et son emprise sur les Blancs du sud des États-Unis (mais aussi le fait qu’il soit sous la coupe les élites économiques blanches, qui en ont fait un moyen efficace de contrôler les Blancs et la société locale en général). L’horreur des actions du KKK n’est pas édulcoré, loin de là. Mais le scénario prend le temps de montrer « l’initiation » d’un jeune homme (fils d’un des dirigeants locaux), mais aussi les dissensions entre les membres du KKK, voire les trahisons cyniques entre ses membres, pour les raisons habituelles de la prise de pouvoir. Cela a aussi le mérite d’évacuer le côté linéaire que pouvait prendre le récit, en dynamisant l’intrigue jusqu’au bout, puisqu’à la confrontation classique KKK contre les Noirs se substitue quelque chose de plus complexe (tous les Blancs contre les Noirs, mais aussi des Blancs cherchant à en éliminer d’autres – quitte à faire accuser les Noirs – faut pas déconner !). Le récit est intéressant, dynamique, et j’ai aussi bien aimé le dessin très moderne et agréable de Christophe Gaultier. Je regrette juste une confrontation finale manquant parfois de crédibilité (pourquoi les Noirs laissent-ils ainsi une chance à certains de leurs captifs ? Une lecture plaisante (sur un sujet qui l’est moins), que j’ai bien aimé. Je possède la première édition, et ne sais si quelque chose a été modifié ou ajouté à la suivante… Note réelle 3,5/5.

14/07/2026 (modifier)