La Terre verte
Alain Ayroles (Les Indes fourbes) et Hervé Tanquerelle (Le Dernier Atlas) unissent leurs forces pour une épopée shakespearienne pleine de bruit et de fureur. Un immense roman graphique !
1454 - 1643 : Du début de la Renaissance à Louis XIII Ecole Emile Cohl École européenne supérieure de l'image Groenland Mirages
Aux derniers temps du Moyen Age, les ultimes descendants des Vikings tentent désespérément de survivre sur les rivages glacés du Groenland. Un homme au lourd passé, en quête d'une seconde chance, débarque parmi eux. Leur apportera-t-il le salut ou précipitera-t-il l'effondrement de la « Terre verte » ?
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| Date de parution | 12 Février 2025 |
| Statut histoire | One shot 1 tome paru |
© Delcourt 2025
27/02/2025
| Paul le poulpe
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Les avis
Pour marquer une pause dans ma lecture de Vinland Saga, j’ai opté pour ce conséquent one-shot, tantôt tragique tantôt comique, ayant pour similitude de se dérouler dans ces territoires austères du grand nord terrestre. Ce fut un bon choix ! Tout d’abord, j’ai apprécié le dessin : simpliste mais très évocateur. Dès les premiers pas de notre protagoniste sur cette terre verte, le lecteur perçoit instantanément l’aspect pitoyable des colons catholiques résidant sur l’île (guenilles délabrées, armes rouillées...). On comprend très vite par ce visuel à quelle sauce nous allons être mangés au fur et à mesure du récit : c’est une histoire de pauvreté absolue, d’inégalités de classes, de dogmes religieux et de conquête du pouvoir plus globalement. Mention spéciale à la coloriste dont le travail est pour beaucoup dans l'appréhension d’un territoire inhospitalier, au froid mordant et à l’humidité glaciale, et qui n’a finalement de vert que le nom. Côté scénario les divers rebondissements sont plutôt bien amenés et réalistes, les personnages secondaires assez travaillés pour ne pas totalement s’effacer face à l’omniprésence du (anti)héros et une certaine ambigüité est maintenu tout au long de l’histoire. Ainsi, le lecteur est tenu en haleine jusqu’aux ultimes pages du récit : est-ce que notre roi autoproclamé, aux ambitions encore plus grandes que sa bosse, retournera-t-il finalement sa cape afin de prêcher la vertu à ses ouailles en perte totale de repères ou sombrera-t-il dans une folie destructrice ? Note réelle : 3.5/5
Cadre original pour cette histoire qui suit un contingent fraîchement débarqué sur les côtes du Groenland à la fin du XVe siècle afin d'y installer un évêque, fonction vacante depuis près d'un siècle au sein d'une petite communauté de descendants de Vikings survivant tant bien que mal. Parmi les accompagnateurs se trouve un chevalier anglais : bossu et boiteux, c'est un combattant aguerri au passé trouble qui se loue désormais comme mercenaire. Déçu par cette terre désolée, il pense d'abord la quitter au plus vite avant de comprendre qu'il peut y assouvir ses ambitions de pouvoir. S'engagent alors des luttes d'influence entre les anciennes autorités locales, l'évêque et ce chevalier, qui se révèle aussi fourbe que manipulateur, se trompant autant lui-même que ceux qui l'entourent. Je ne connais pas la pièce Richard III de Shakespeare, et ce n'est qu'à la fin, lorsque les dialogues deviennent de plus en plus lyriques et que la dramaturgie shakespearienne s'impose, que j'ai fait le rapprochement avec le style de l'auteur. Je ne savais donc pas à quoi m'attendre avec ce Richard, que j'ai trouvé intrigant du début à la fin. À la fois rusé et animé d'une folie insidieuse, parfois ouvertement manipulateur, parfois semblant sincère, il apparaît lui-même en proie à ses passions, tiraillé entre plusieurs élans, même si son destin reste inéluctable. Alors qu'on croit pouvoir s'y attacher, il se révèle souvent détestable. C'est un personnage solide et captivant, même si ses motivations pour s'emparer du pouvoir sur une communauté misérable dans une contrée aussi froide et sans avenir restent difficiles à partager. Le dessin le suggère d'ailleurs très tôt, et on s'étonne de l'éventail de ses réactions silencieuses face aux côtes du Groenland. Le graphisme peut paraître morne par moments, comme les décors gris et arides de ces terres froides, mais il révèle fréquemment une vraie maîtrise, notamment dans les scènes de bataille entre chevaliers anglais. Il ne m'a pas transporté comme celui d'autres collaborateurs d'Alain Ayroles, mais il reste efficace, toujours au service de l'ambiance du récit, mélange de tragique et d'espoirs vite déçus. Je n'ai pas été pleinement emporté, en partie à cause d'un personnage principal trop souvent antipathique et d'ambitions vouées à l'échec, mais j'ai suivi l'histoire avec intérêt et l'envie constante de découvrir où les auteurs allaient nous mener. Et même si je n'y ai pas été particulièrement sensible, j'ai apprécié l'ampleur dramatique et l'esprit shakespearien de l'ensemble.
Ayrolles à travaillé son Shakespeare, aucun doute ! C'est une étrange BD, qui fait à la fois mélange d'aventures et de tragédie shakespearienne, et ça sera le cœur de ma critique. Parce qu'on est dans l'hommage très appuyé à différentes œuvres, notamment Richard 3. Et lorsque je dis que c'est bien travaillé, c'est qu'on y retrouve les dilemmes moraux de ce cher roi bossu, mais aussi ses fameuses incartades au spectateur, complice de ses nombreux crimes, tout en montrant qu'il est torturé de nombreuses problématiques. L'idée de mélanger ça au Groenland, pays alors encore très peu connu et à peine colonisé par des Danois, permettant d'ajouter divers thèmes dont l'un que j'ai trouvé pertinent et qui n'arrive qu'à la dernière page. On pourrait reprocher une thématique qui n'a rien à faire là mais je trouve assez pertinent, au contraire, d'avoir lié les deux. C'est peut-être facile pour certain, trop convenu ou cliché pour d'autres, mais personnellement j'ai trouvé que ça faisait une pique de rappel pas bête. Mais en dehors de ça, c'est fascinant de voir comment Ayroles déploie progressivement les fils d'une tragédie à nombreux étages. De nombreux personnages sont vites introduits, pour ensuite tisser des liens et des relations qui conduiront le récit. J'ai repéré les nombreuses scènes d'hommage ou de clin d’œil (la fameuse scène de dialogue entre Richard 3 et Anne, pour la convaincre de l'épouser est reprise ici à une autre sauce, très efficace d'ailleurs) tout en ayant son propre récit et sa propre conclusion. Différemment, peut-être aussi un poil plus positif dans certaines choses. Bref, un récit d'aventure et de personnages très très gris, dans une ambiance du Grand Nord à la sortie du XVè siècle, porté par un hommage très clair à Shakespeare mais aussi à quelques interrogations subsidiaires sur l'exploitation par l'homme de la nature. Le tout porté par les conflits humains habituels, avec un final à la hauteur du reste. Une très bonne BD pour ma part, que je recommande !
C'est l'histoire d'un guerrier mégalomane débarquant sur les terres du Groenland pour escorter un jeune évêque. L'album est inspiré du Roi Lear de Shakespeare, et cela semblait donc de bonne augure... mais ce que Shakespeare, dans sa langue étrange et ses chœurs ténébreux, réussit sur la scène, et finalement difficile à rendre en bande dessinée. Richard, prêt à toutes les bassesses pour s'approprier un pouvoir qu'il a perdu ailleurs, trouve de l'aide auprès de beaux seconds rôles qui finissent écrasés sous son pied. (Ingeborg la belle guerrière, son oncle Ingmar, Trunk-Trunk le géant, Kràka le fou...) Je ne suis pas une amatrice des scénarios de Ayroles, ni "De cap et de Crocs" ni Les Indes fourbes ne me font sauter de ma chaise. Il y a un je ne sais quoi qui me déplait très profondément. Peut-être l'intérêt pour les caractères mégalomanes, la fascination pour la fourberie. Même si l'ambivalence est toujours intéressante, (le diable n'est-il pas toujours double ?) je ne trouve pas, dans ces scénarios, d'outil pour lui faire face. C'est un peu comme lire un livre de sociologie qui nous montre tous les travers de notre société en nous laissant à la fin comme deux ronds de flan, dans l'attente d'être mangé. Contreproductif. Bref, ce qui m'a séduite c'est sans doute le trait franc de Tanquerelle que j'avais déjà apprécié pour d'autres BD (Racontars arctiques, Groenland Vertigo, Les voleurs de Carthage). J'ai particulièrement apprécié la caractérisation des personnages et la composition des couleurs (d'Isabelle Merlet) . En revanche l'expression des visages est un peu univoque. Et puis dans les dialogues le souffle du grand William transparait par moment. En résumé, c'est roboratif , bien construit mais c'est le fond de l'affaire , le message, qui me reste sur l'estomac.
Malgré les avis dithyrambiques précédents, malgré ou à cause de la notoriété des auteurs, je sors déçu de ma lecture. Pourtant j'ai bien commencé cette lecture. L'idée de mettre leurs pas dans ceux de Shakespeare en imaginant une suite de Richard III m'a séduit. Alain Ayroles a le talent littéraire suffisant pour faire illusion et j'ai bien aimé la fluidité, du texte au début du récit. Il est préférable de connaitre un peu la pièce car certaines scènes de la série y font explicitement référence. Malheureusement je trouve que la série tourne vite en rond. La thématique principale du pouvoir qui rend fou criminel est un classique très visité. Ensuite les auteurs puisent dans une suite de thématiques confortables et très contemporaines pour construire un Richard III improbable, sans réelle opposition ou choix tragique loin de l'univers shakespearien ( On est dans une tragédie historique). Ainsi nous sommes confrontés au massacre des animaux, à l'Inquisition, au populisme démocratique, aux massacres colonisateurs avec un zeste de féminisme et d'aide humanitaire des gentils vis à vis des méchants. Au fil du récit j'ai eu du mal à m'approprier ce super Richard qui parle la langue suffisamment bien pour haranguer et transformer un gros bourg de paysans en chasseurs, navigateurs, mineurs et guerriers par des températures bien en dessous de zéro en moins de huit mois. Ainsi il y a une multitude de détails qui m'ont fait sourire comme Richard qui revêt son armure en un clin d'œil au milieu du combat, ou la découverte de fer à profusion alors qu'ils économisaient leurs outils jusqu'à l'extrême ou la découverte d'un trésor en bois intact après des siècles d'humidité. L'idée d'envoyer Richard au Groenland pouvait garantir d'un graphisme grandiose. C'est seulement vrai par moment. Par contre les expressions de Richard sont très travaillées et lui donne une vrai personnalité. Le dessin est maîtrisé mais j'ai trouvé que l'hiver du grand Nord aurait pu être plus présent. Ma note est sévère mais je suis sorti trop déçu par rapport à mes espoirs du début de lecture.
Chaque BD d'Ayroles est attendue et évaluée à l'aune des merveilleuses réussites précédentes de son auteur. L'horizon d'attente est ainsi systématiquement démesuré. Cette BD-ci parvient-elle à l'assumer ? Et bien, à l'instar de ses récentes productions, oui et non, comme en témoigne ce plutôt flatteur 4/5. D'une intrigue tragique en diable, Ayroles tire un récit retors aux atours explicitement shakespeariens. Ou comment un homme de pouvoir au trouble passé, habité jusqu'à la démence, impose sa soif de renaissance à un peuple démuni ? Quel regard porter et quelle attitude adopter vis-à-vis de la folie d'un opiniâtre meneur ? Durant ma lecture, je fus longtemps circonspect. Par les illustrations d'abord, certes très correctes, mais qui n'assument ni le souffle ni l'épique de l'intrigue. Par le récit également, qui peine durant sa phase d'installation, à distiller les prémices de sa démesure, de son tragique, à inviter le fantastique, aussi parce que le personnage principal se révèle dans un crescendo dont les premières notes sont davantage scolaires que fatalement romanesques. Le récit gagne en puissance dramatique dans sa seconde moitié, une fois la soif de pouvoir révélée, dans un de ces malheureusement trop rares passages "ayroliens" où les dialogues se parent d'un machiavélisme génialement ironique. Puissance dramatique qui, à mon agréable surprise, continue de m'habiter plusieurs semaines après ma lecture, le signe irréfutable que cette BD valait mieux que ma triste circonspection initiale.
Comment ne pas être impressionné devant une œuvre aussi monumentale ? « La Terre verte » comporte tant d’atouts qu’on ne sait par lequel commencer… Le premier, c’est le choix du format : au lieu d’une série, l’éditeur a opté pour un bon gros one-shot immersif, ce qui évite d’avoir à attendre trop longtemps le dénouement et permet de juger de la qualité du récit dans son ensemble. A ce titre, j’ai été totalement captivé du début à la fin par cette épopée au souffle puissant, avec une tournure théâtrale dans la pure tradition shakespearienne. Pour concevoir cette histoire, Alain Ayroles, le scénariste des « Indes fourbes », s’est inspiré d’un fait historique dont on connaît assez peu de choses : la « conquête » du Groenland par le viking Erik le Rouge un peu avant l’an 1000, avec l’implantation d’une colonie qui exista 400 ans avant de disparaître corps et biens, sans que l’on sache vraiment dans quelles circonstances. Ayroles s’en est inspiré pour produire cette fiction où le protagoniste principal n’est autre que Richard III, le roi d’Angleterre qui avait inspiré Shakespeare pour sa célèbre pièce. C’est ainsi que l’on va suivre le parcours de ce personnage sournois et manipulateur dont la soif de pouvoir le conduira vers la folie meurtrière la plus extrême, jusqu’à cette image finale qui restera gravée longtemps dans la rétine du lecteur. L’autre très bonne idée est d’avoir situé le théâtre de l’action dans cette contrée méconnue qu’est le Groenland, dont les vastes étendues glacées conservent toujours leur part de mystère, et finalement assez rarement exploité dans les arts et la littérature. Le découpage en scènes et en actes rapproche le récit du mode théâtral et fonctionne à merveille, tout comme les dialogues particulièrement ciselés. Les protagonistes principaux sont très bien campés : l’évêque Dom Matthias, le « bouffon » Kraka, mais en particulier Ingeborg, cette jeune femme solaire qui contraste avec les habitants du village de Gardar, dans une situation critique, et vient en contrepoint du ténébreux et maléfique Richard. Si au départ celui-ci lui fait forte impression dans son armure massive avant de la rendre amoureuse, Ingeborg va ensuite déchanter devant la noirceur du personnage qui la conduira à s’opposer à ses projets belliqueux… Mais c’est à travers le personnage de Richard, être dont la laideur et la difformité semblent avoir forgé en lui un noyau de colère inflammable, que le thème du pouvoir va être développé. Au départ, l’homme semble être désabusé et peu motivé pour remplir la mission qui lui a été confiée, lorsqu’il découvre cette contrée inhospitalière peuplé de gueux faméliques, lui qui s’attendait à un paradis vert. Pourtant, contre toute attente, il va être gagné par l’hubris en comprenant quel avantage il peut tirer en s’imposant comme le chef. L’homme a de la suite dans les idées et s’imagine que le Groenland pourrait lui servir de tremplin pour prendre sa revanche le moment venu, quand il reviendra vers le monde « civilisé ». De façon sournoise et cruelle, il va méthodiquement évincer tous ceux qu’il voit comme des concurrents potentiels ou des obstacles à ses ambitions. Avec Dom Mathias, sorte de tartuffe prédicateur en habit de carnaval, Ayroles portera avec une ironie cinglante ses attaques contre la religion, avec de sévères coups de griffe à l’attention de ceux l’utilisent comme instrument de pouvoir. Hervé Tanquerelle, qui m’avait séduit avec ses « Racontars arctiques » et avait acquis ses lettres de noblesse dans le milieu du septième art depuis « Le Dernier Atlas », adopte ici un style plus académique mais adapté au registre de la saga populaire. Ce qu’on apprécie, c’est qu’il a tout de même conservé sa patte artisanale avec ses « imperfections » (je ne sais pas comment le dire autrement, mais cela n’a rien de dévalorisant, au contraire…), ou autrement dit, il n’a pas cherché à produire à tout prix un dessin « industriel », techniquement élaboré, mais lisse et sans âme. Le personnage de Richard, en proie à une folie qu’il cherche à dissimuler, lui a permis de montrer son talent pour rendre les visages expressifs, il suffit pour cela de consulter la page 12 où on voit l’homme traversé par une succession d’émotions fugitives durant un court instant, et c’est assez impressionnant. On peut souligner également le travail sur la couleur d’Isabelle Merlet, qui avec ses bleus glacés a su restituer l’atmosphère polaire de cette saga. Si une version noir & blanc est sortie en tirage limité, il n’est pas dit que cela apporte réellement une valeur ajoutée, mais certains la préféreront peut-être pour ce côté austère qui pourrait plus correspondre à l’esprit du récit et permet de faire ressortir le propos. Hasard du calendrier, « La Terre verte » est sorti peu de temps après l’investiture de Donald Trump à la Maison blanche, et comme on le sait, le président idiocrate du peuple étatsunien a clairement fait connaître ses intentions de s’approprier le Groenland, « par la force s’il le faut ». Certes, Richard n’a rien de commun physiquement avec Donald, mais son hubris et sa volonté de contrôle démesurée est du même tonneau que celui du clown orange. Et c’est exactement ce qui est exposé avec cette bande dessinée : le mécanisme de conquête du pouvoir par un individu cynique, revanchard et mégalomane, avec un goût pour la manipulation où seul comptent ses propres intérêts. De plus, les thématiques en second plan nous ramènent à des problématiques contemporaines : l’impact environnemental destructeur de l’humain sur la faune (cf. le massacre aveugle des morses, juste pour l’ivoire de leurs défenses, page 92) et le féminisme (avant l’heure) à travers le personnage d’Ingeborg. En somme, des questions qui ont toutes les chances de déplaire à Trump et ses aficionados masculinistes. En résonnant ainsi avec l’actualité politique et les thèmes de notre époque, « La Terre verte », formidable épopée de bruit et de fureur doublée d’une sarabande macabre qui glace les sangs, parfaitement retranscrite par Tanquerelle lorsque Richard sombre dans la folie, se place dans la catégorie des ouvrages incontournables de l’année.
ARfff... Encore une notation difficile pour cet album qui oscille pour moi entre le 3 et le 4... J'arrondis donc au supérieur pour le bon moment de lecture passé quand même. Si je dis "quand même", c'est qu'effectivement, il m'a manqué le transport que procure certains albums épiques et shakespearien dont se réclame cet opus. Ayrolles nous le distille, construit, fait monter la sauce, avec son sens du récit et du dialogue qui le caractérise, mais... mais je ne sais pas, il manque le petit quelque chose qui fait la différence et hisse un album au dessus des autres pour sortir du lot. Peut-être la forme ampoulée des dialogues qui manque parfois de naturel ? Le dessin de Tanquerelle est en adéquation parfaite avec l'histoire que nous propose Ayrolles ; on ressent parfaitement la rudesse de cette contrée, qu'il s'agisse de pays lui même ou de ses habitants. Le Groenland est un pays rude, ajoutez-y les fourberies et manigances d'un personnage haut en couleur, et le tout devient détonnant, ce que sait parfaitement nous rendre compte Hervé Tanquerelle. Alors oui, c'est agréable à lire, on s'immerge quand même de façon intense dans ce ce rude pays, cadre parfait pour ce psychodrame historique où évolue une sacré brochette de personnages. (3.5/5)
Aïe, aïe, aïe... 4, c'est trop ; 3, c'est trop peu. Et je ne peux tempérer ma note par un coup de cœur qui n'est pas venu. Pour autant, on est loin de l'échec, Ayroles signe à nouveau une bande dessinée qui se lit très agréablement et où l'on retrouve le verbe haut si caractéristique de l'auteur. Et pourtant, j'ai ressenti moins de passion à lire cet album que l'ensemble des autres d'Ayroles... Après réflexion, je crois que le problème, c'est la redite. Pourquoi avoir choisi de poursuivre l'histoire de Richard III dans sa version shakespearienne ? Ce lien encombre finalement plus le récit qu'autre chose. Car, quand on connaît la pièce de Shakespeare (ou la fidèle adaptation cinématographique qu'en tira Laurence Olivier en 1955), il est difficile de concéder à Ayroles le même génie que son très illustre prédécesseur. Et si l'auteur de De Cape et de Crocs, Garulfo et D a déjà allègrement brillé par le passé, la lutte qu'il livre pour se montrer au niveau de Shakespeare est trop ardue pour qu'il en sorte la tête haute. On peut au moins reconnaître à Alain Ayroles de s'en sortir sans ridicule. Son pastiche de Shakespeare fonctionne par moments, et les dialogues sont ponctués de ces étincelles de génie qu'on lui connaît. Certaines répliques deviennent cultes aussitôt qu'on les lit ! Mais voilà, quand on a lu Sept Missionnaires et Les Indes fourbes, on a un peu l'impression que leur auteur tourne en rond. Que nous apporte de neuf La Terre verte ? Finalement pas grand-chose... D'autant que La Terre verte n'a pas la somptuosité visuelle des Indes fourbes. Hervé Tanquerelle est loin d'être mauvais au dessin, bien évidemment, mais quand on songe au génie de Guarnido ou à la fluidité du trait de Guérineau (pour rester sur le Ayroles récent), ce récit n'en a pas l'ampleur. Le Groenland n'apparaît le plus souvent que sous l'apparence d'un village de pêcheurs modeste, on ne voit et on n'imagine que peu les grandes étendues glacées balayées par le vent et la neige. Et puis, surtout, je ne m'attarde jamais dessus, mais ici, la police d'écriture des textes m'a sorti du récit. Je me rends compte que c'est important, parfois, le lettrage. S'il n'a pas l'élégance qui convient à l'époque choisie, cela crée un étrange décalage, pas forcément de bon aloi. Bref, rien de catastrophique. La Terre verte est une histoire qui se lit très agréablement et où l'on retrouve la patte typique d'Ayroles. Mais justement, c'est trop typique. C'est fait avec beaucoup de talent, mais le génie commence à disparaître sous l'effet de la répétition... Et finalement, après Les Indes fourbes, L'Ombre des Lumières et maintenant "La Terre verte", c'est-à-dire trois récits historiques de colonisation, de chute/rédemption (ou rédemption/chute) et de chocs des cultures, me vient une question à l'esprit : où est passé le Alain Ayroles qui était capable tour à tour (voire simultanément) de nous emmener écouter des poésies sur la lune en se battant à l'épée, trembler face au baiser mortel du vampire de l'époque victorienne, et pleurer sur le sort d'un ogre de contes de fées plus occupé à collectionner les porcelaines qu'à manger des humains ? Cet Ayroles-là me manque. On va tout miser sur le tome 3 de sa trilogie Les Chimères de Vénus...
On ne sait pas ce qui nous attire en premier avec cet album : le nom des auteurs, deux valeurs sures du 9e art ? L'édition particulièrement soignée ? Le très grand format et la pagination élevée de l'album ? Un peu de tout ça inévitablement. Cette terre verte est une pièce de théâtre moyenâgeuse, satire de la soif de pouvoir et de la mégalomanie d'un roi déchu qui ne rêve que d'une chose : un nouveau trône. Comme toujours avec Ayrolles aux commandes, c'est bien écrit. Le choix de l'époque est particulièrement propice à ses tournures de phrases si particulière. On reconnait bien sa patte ici. De plus le cadre du Groenland est tout à fait original. Et c'est aussi farfelu qu'amusant d'avoir choisi cette terre froide et hostile comme terrain de jeu à ce roi Richard. Ca fonctionne car le décalage est immense et malin. D'un coté des autochtones qui vivent en petits clans auto géré, peinards sur leur ile glacière et qui n'ont rien demandé à personne. De l'autre ce héros avide de pouvoir qui va leur apporter la chrétienté, puis la royauté, alors qu'ils n'avaient rien demander. Il va manigancer un plan en plusieurs bandes pour devenir le monarque des lieux. La réussite du scénario réside dans ce plan déluré qui consiste à mettre au pouvoir, les uns après les autres, tous les rivaux qui pourraient lui faire de l'ombre. En ainsi les éliminer tour à tour pour qu'il ne reste que lui à la fin. Il n'hésitera à trahir personne pour arriver à ses fins. C'est amusant, et assez malin à la fois. La satire de la monarchie et de ce système est plutôt acerbe et bien vue. Pourtant je ne partage pas l'enthousiasme de mes prédécesseurs ci-dessous. La pagination élevée permet de vraiment développer l'histoire sans être amené à faire d'ellipse. Mais tous les chapitres ne se valent pas. Certains sont assez intenses, notamment lorsque Richard finalise l'élimination de ses rivaux, ou lorsque la folie des hommes est mise en évidence. C'est encore plus vrai avec le climat géopolitique actuel. Par contre d'autres chapitres souffrent parfois de quelques longueurs. La tournure des phrases ne fait pas mouche à chaque fois et certains dialogues sont un peu fastidieux à lire (peut être par l'utilisation régulière d'un vocabulaire scandinave / nordique). Un bel album que je n'ai pas trouvé aussi marquant que je l'aurais espéré. Mais plusieurs jours après la lecture terminée, c'est principalement les aspects positifs de l'album qui me reviennent à l'esprit. C'est assurément une bonne chose.
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