Les Indes fourbes

Note: 3.78/5
(3.78/5 pour 9 avis)

De l’ancien au Nouveau Monde, la fabuleuse épopée d’un vaurien en quête de fortune…


École européenne supérieure de l'image Futurs immanquables Les coups de coeur des internautes Nouveautés BD, comics et manga

Vulgaire escroc de bas étage vivant dans le Madrid du XVIIe siècle, Pablos décide de quitter l'Espagne pour s'embarquer à destination des colonies. Il y découvre un Nouveau Monde où tout est possible, même s'élever sur l'échelle sociale... Changeant d'identité comme de lieu, Pablos devient tour à tour esclave, noble, explorateur, traître... Des geôles espagnoles aux sommets de la Cordillère des Andes en passant par les méandres de l'Amazone, il connaît la gloire et la misère dans une épopée grandiose. Son but ? Voyons, la mythique El Dorado, bien sûr !

Scénariste
Dessinateur
Coloriste
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 28 Août 2019
Statut histoire One shot 1 tome paru
Couverture de la série Les Indes fourbes
Les notes (9)
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28/08/2019 | Josq
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Par pol
Note: 3/5
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Voilà un album que j'avais repéré il y a déjà un bon moment, avant même sa sortie. Forcément le nom des 2 auteurs sur la couverture avait hautement retenu mon attention. Et puis à sa sortie, lorsque j'ai vu que mon libraire me demandait 35 euros pour cet album, j'ai décidé de différer un peu mon achat et d'attendre quelques retours avant de franchir le pas. Au vu des bonnes critiques ici même j'ai donc craqué. L'album est découpé en 3 chapitres. Le premier nous raconte les nombreuses pérégrinations de Don Pablos, fraîchement débarqué aux Indes (en Amérique donc). On a droit au récit très détaillé de toutes ses (mes)aventures : comment il s'est retrouvé chassé, enfermé, sans le sou, sans espoir, comment celui-ci est revenu avec la perspective de découvrir un trésor, comment il s'est re-retrouvé pourchassé, battu, enfermé, en vadrouille, etc... Bref j'avoue ne pas avoir été passionné par ce premier chapitre. Visuellement c'est très sympa, mais on va dire que je n'ai pas reçu la claque que m'avaient donnée les premiers Blacksad. Scénaristiquement ça fonctionne, c'est bien écrit c'est sûr, mais on est loin du phrasé génial de De Cape et de Crocs. J'ai trouvé que ce premier chapitre s'étirait en longueur et que certains aspects des aventures de notre héros tournaient en rond. Le deuxième chapitre repose sur une pirouette super efficace qui vient chambouler notre perception de cette histoire. Et là je dis oui ! Ayrolles nous donne enfin un peu de surprise. On comprend la nécessité de certaines scènes du premier chapitre. Le puzzle se met en place et c'est fort agréable. Le troisième chapitre fonctionne lui aussi sur une pirouette, plus grosse et moins surprenante que la précédente. La deuxième moitié de l'album se révèle donc bien plus prenante et intéressante que la première (et c'est plus appréciable que l'inverse lorsqu'on nous a mis en appétit et que le soufflé retombe trop tôt). Au final du bon et du moins bon. Après avoir eu du mal à rentrer dans cette histoire, j'ai bien apprécié la tournure des événements. Je suis plutôt content de mon achat... même si avec les 35 euros de mon amende de stationnement l'album m'est revenu fort cher :)

30/09/2019 (modifier)
Par Erik
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
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Il est des bd qui marquent car elles sont le fruit d’une association unique comme on en fait peu. Nous avons en effet le dessinateur de Blacksad avec le scénariste de la série bien aimée De Cape et de Crocs. J’avoue que le résultat est magnifique tant au niveau du scénario assez élaboré qu’au niveau du dessin qui est somptueux. C’est une bd fort ambitieuse mais qui tient une bonne partie des promesses. Il y a un livre d’origine « La vie de l'Aventurier Don Pablos de Ségovie » qui se passait en Espagne alors que cette suite se passe sur le continent américain. Le titre « Les Indes fourbes » est alors un peu trompeur mais c’est l’effet recherché. On va plutôt partir à la recherche de l’Eldorado mythique avec une fripouille sympathique. C’est parfois assez amoral mais bon. A retenir le commandement : tu ne travailleras point. Le dessin de Juanjo Guarnido est parfaitement maîtrisé. Il n’y a rien à jeter car tout est parfaitement maîtrisé. C’est du grand art. Nous avons là l’un des plus grands dessinateurs de la bd actuelle et il le prouve encore par cette nouvelle œuvre. Le travail de mise en aquarelle est également magnifique. De l’aventure, de l’humour, de l’action, de la bassesse et de la grandeur humaine. Cet album est un concentré de bonheur sur un ton savoureux. C’est d’ailleurs un récit plein de vie et de surprises avec de bonnes trouvailles. Il est vrai que le final est assez étonnant. Cet album est évidemment un indispensable à acquérir pour tout bédéphile qui se respecte. Nul doute qu’il fera date. En tout cas, c’est un immense plaisir de lecture.

30/09/2019 (modifier)

Cette rencontre entre Ayroles, scénariste entre autres de De Cape et de Crocs et de Garulfo, et Guarnido, dessinateur surtout connu pour Blacksad, était attendue par beaucoup quand les premières infos sur ce projet sont sorties. Personnellement, j'attendais principalement cette BD pour lire un nouvel album d'Ayroles, dont les livres antérieurs m'ont majoritairement enchanté. Je n'ai en revanche jamais été béat d'admiration devant le style de Guarnido. Ici, force est de constater qu'il fait le boulot, il maîtrise bien sa peinture, mais voilà, pas de quoi sauter au plafond non plus, d'autant plus qu'il y a quelques ratés, comme la couverture, par exemple. Venons-en donc à l'histoire. Elle m'a déçu. Le livre est découpé en trois parties, avec deux "rebondissements" majeurs au début de la deuxième et à la fin de la troisième. Je parle de rebondissements entre guillemets car j'ai vu venir les deux. À dix pages de la fin de la première partie pour le premier et dès le début du livre pour le second. Il faut dire que les indices sont quand même énormes. C'est déjà un mauvais point. Le problème est que toute l'histoire repose entièrement sur ces deux rebondissements et qu'au-delà de cela, il n'y a quasiment rien à se mettre sous la dent, à part le verbe du scénariste que l'on a connu plus truculent. De plus, la première partie est vraiment trop longue vu son utilité réelle et la troisième est franchement tordue et alambiquée : l'auteur a voulu faire mine que son intrigue est à tiroirs sauf que c'est trop gros, on n'y croit pas, ce n'est même pas un tantinet drôle et les allers-retours à faire pour recoller les morceaux deviennent franchement pénibles une fois que l'ennui a pris le dessus. On attend désespérément une étincelle qui ferait qu'on se dise soudain que cette BD est géniale mais jamais elle ne jaillit. Bref, c'est un véritable ratage de la part d'Ayroles, et même son plus gros, vu que de ratés dans son œuvre jusqu'à présent il n'y avait à mon sens que les tomes 5 et 6 de De Cape et de Crocs. Une vraie débâcle.

24/09/2019 (modifier)
Par sloane
Note: 4/5
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Et bien messieurs qu'ajouter de plus à vos commentaires dithyrambiques. Je tiens à préciser que je suis un des rares posteurs de ce site qui n'est pas été emballé tant que cela par le scénario de De Cape et de Crocs, par contre le travail de Juanjo Guarnido sur Blacksad holà mes aïeux!!. C'est donc dire que je n'avais pas une attente si grande que cela. Énorme BD d'esprit picaresque qui cavale à un rythme endiablée, c'est véritablement du grand art, cela a évoqué pour moi certains récits de A. Perez Reverte et dans un tout autre style des romans de Jack Vance, "Cugel l'astucieux" par exemple. Pas de quoi révolutionner le genre, en cause pour moi un dessin que je trouve "moins bon " que sur Blacksad mais une belle aventure fort bien troussée qui donne envie de lire.

21/09/2019 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
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Alain Ayroles (De Cape et de Crocs) au scénario et Juanjo Guarnido (Blacksad) au dessin, ça ressemble à une association de rêve ! Je pouvais difficilement passer à côté. Physiquement, Les Indes Fourbes est un beau gros bouquin. Il ne paie pas de mine mais il fait tout de même 160 pages et quand on voit la qualité du dessin de chaque planche, c'est vraiment un très bel ouvrage ! Car le dessin de Guarnido y est superbe. En début de lecture, je me faisais la réflexion qu'il était ici un peu moins époustouflant que sur Blacksad mais plus les pages passaient plus j'étais soufflé par la constance de l'excellence du dessin et de la peinture, et plus j'étais épaté qu'il ait pu ainsi nous offrir autant de planches toutes aussi belles et travaillées. Pour l'histoire également, sur le premier tiers de l'album, j'étais un petit peu déçu car je m'attendais à un scénario et des dialogues du niveau de De Cape et de Crocs et je me retrouvais face à une sorte de fable d'aventure picaresque à la manière des romans du 16e et 17e siècle où les péripéties s’enchaînent comme autant de saynètes épisodiques qu'on finit un peu par oublier et mélanger tant elles s’enchaînent les unes après les autres. Mais c'est arrivé en fin du premier chapitre que j'ai constaté que c'était voulu. Et même si je m'attendais fortement au retournement de situation du second chapitre, j'ai véritablement adoré la manière dont il fut mis en scène. Et à partir de là, je me suis mis à profondément apprécier ma lecture et le déroulé de son intrigue. La fin, ceci dit, m'a paru un petit peu tirée par les cheveux, l'aventure amusante finissant par tourner un peu plus à la véritable farce, mais ça reste dans la même idée et ça reste toujours plutôt drôle. J'en retiens un vraiment bel album, que je prendrais plaisir à rouvrir, à admirer et très probablement à relire !

19/09/2019 (modifier)
L'avatar du posteur Mac Arthur

Bon, ben je vais me joindre au concert de louanges. Cet album est amusant, très bien illustré, touchant, magnifiquement mis en page, soigné au niveau de son écriture, joliment colorisé, intéressant au travers de son personnage principal, copieux et pourtant très digeste. Si vous voulez plus de détails, lisez les avis précédents. Moi, j’ai adoré alors que mes attentes étaient très élevées (ce qui souvent est le meilleur moyen d’être déçu). Alors, non ce n’est pas une œuvre révolutionnaire mais un très grand récit tout public.

17/09/2019 (modifier)
L'avatar du posteur Le Grand A

Bon, tout a été dit il me semble… Donc faisons cela vite et bien, je laisse à d’autres le soin d’argumenter sur le pourquoi du comment cette série va figurer parmi les prochains classiques. Oui, c’est le gros hit de la rentrée et même de cette année 2019. On peut se l’avouer sans trop de peine, forcément avec Alain Ayroles, le scénariste du cultissime De Cape et de Crocs, et Juanjo Guarnido, dessinateur du non moins culte Blacksad… résultat grandiose garanti, best-seller assuré. Si en plus on y ajoute le talent de Jean Bastide, le meilleur coloriste du moment selon moi, voilà, la messe est dite. Et en plus c’est vachement bien. J’ai déjà fait plus original et développé comme avis mais on ne va pas tortiller du fion pour… C’est brillamment dessiné, intelligemment mis « en scène », c’est du grand roman graphique dont on continuera de parler dans les années à venir je pense. J’ai juste quelques réserves sur le troisième chapitre que je trouve un peu vite écrit, surtout comparé à la longueur du premier qui prend beaucoup de place dans le récit. Deux semaines après sa sortie, déjà en tête des ventes malgré un tarif qui peu rebuter (une trentaine d’euros), et déjà bd RTL du mois, toute une chiée d’articles et d’interviews, de promotions, etc. Et ce n’est pas immérité. ;)

08/09/2019 (modifier)
Par Blue Boy
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
L'avatar du posteur Blue Boy

Cette aventure épique, dans la grande tradition du roman picaresque, nous narre les tribulations de don Pablos de Ségovie, mendiant magnifique mais peu recommandable, bien décidé, malgré les innombrables dangers, à se faire une place au soleil, celui d’Amérique du sud – qu’à cette époque on croyait être les Indes -, grâce à un lieu mythique et plein de promesses : l’Eldorado. Handicapé par des origines misérables, il ne reculera devant rien pour arriver à ses fins, accumulant les coups sans broncher et endossant mille personnages afin de traverser toutes les couches de la société et ainsi mieux tromper son monde… Le dessinateur de Blacksad et le scénariste de De Cape et de Crocs ont uni leur talent pour produire une œuvre remarquable à tous points de vue. Tout comme leur héros Pablos, le lecteur embarque pour le Nouveau monde avec délectation. Certes, les rebondissements seront nombreux et les conséquences plus âpres pour le premier, dur à la douleur, qui parviendra néanmoins à retomber sur ses pieds à chaque coup du sort, en ressortant comme renforcé, comme dopé… Alain Ayroles nous a concocté ici un scénario aux petits oignons, qui est en fait la continuation du roman picaresque « El Buscón (Vie de l’aventurier Don Pablos de Ségovie) », signé d’un certain Francisco de Quevedo, figure majeure des lettres ibériques au XVIIe siècle. A la fin du livre, qui se situait en Espagne, l’écrivain annonça une suite qui ne vit jamais le jour. Le créateur de Blacksad, Juanjo Guarnido, avait toujours été fasciné par ce classique de la littérature espagnole. Quant à Alain "DCEDC" Ayroles, il envisageait de raconter les aventures de Don Quichotte dans le Nouveau monde. C’est donc tout naturellement que les deux auteurs ont conçu ce projet haut en couleurs. Dans un style littéraire soigné, Ayroles fait s’exprimer le narrateur principal, qui n’est autre que Pablos, en s’inspirant du langage de l’époque. L’histoire est extrêmement bien construite, respectant la linéarité du roman picaresque, avec plusieurs récits enchâssés au sein du récit central. C’est sans relâche que nous suivons les péripéties de Pablos, personnage ambigu qui suscite autant la pitié que la répulsion, même si cette fripouille pour le moins rusée a des raisons de vouloir s’extirper de sa condition sociale calamiteuse. Le twist final est juste ahurissant, mais l’auteur parvient à le rendre crédible de façon subtile, avec une ironie totalement subversive contre tous les puissants de ce monde. Du reste, le propos de cette saga au souffle épique reste tout à fait transposable à nos sociétés contemporaines, où la misère la plus noire côtoie plus que jamais la richesse la plus obscène. Juanjo Guarnido de son côté ne fait que, preuve s’il en fallait, confirmer son talent, quand bien même les animaux ont repris ici leur rôle de figurants silencieux… De Blacksad, les humains ont conservé le sourire carnassier ou les yeux de chien battu selon les cas. Pour le reste, le dessinateur espagnol nous emmène littéralement au cinéma, tant la représentation des paysages de l’Altiplano et de l’Amazonie est époustouflante. Le passage décrivant la découverte de l’Eldorado par Don Diego et ses hommes est à couper le souffle. Confessant s’être rendu au Pérou pour parvenir à un rendu le plus réaliste possible, Guarnido n’a utilisé que des couleurs directes, à l’aquarelle, et le résultat est somptueux. A n’en pas douter, « Les Indes fourbes » s’impose d’emblée comme une réussite et rencontrera le succès, plus que mérité. Cela apparaît presque comme une évidence quand on sait que ces deux auteurs talentueux avaient l’envie de travailler ensemble. Cette brillante épopée, qui prouve que l’alchimie entre les deux hommes a parfaitement fonctionné, figurera non seulement parmi les meilleurs albums de 2019 mais également au panthéon du neuvième art. À noter en outre que l’objet est publié en grand format et dans un superbe tirage.

07/09/2019 (modifier)
Par Josq
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
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Tout amateur de bandes dessinées se doit évidemment de lever tout au moins un sourcil intrigué lorsqu'il entend dire qu'Alain Ayroles va scénariser une histoire dessinée par Juanjo Guarnido. Savoir en outre qu'Ayroles s'inspire d'un célèbre roman picaresque pour lui donner la suite qu'il aurait dû avoir mais n'a jamais eue satisfera également l'amateur de belle littérature. On en concluera donc ainsi logiquement que toute personne de goût ne peut que se précipiter en librairie dès ce 28 août 2019 pour se procurer - à un prix certes quelque peu ironique par rapport au sujet de l'oeuvre - ce qui s'annonçait d'ores et déjà comme une pépite. Et dès que l'on ouvre l'ouvrage, on constate avec plaisir que l'on ne s'est pas trompé. Le sens aigu de la mise en scène parcourant toute l'oeuvre d'Ayroles a été convoqué une nouvelle fois ici, son talent incroyable pour les dialogues et pour le pastiche également, tandis que le génie visuel de Juanjo Guarnido n'a rien perdu de sa superbe. Tout amateur du monument De Cape et de Crocs ne pourra se sentir perdu face à ces dialogues d'une élégance toute ayrolienne - tout sauf du vent ! -, d'une langue parfaite qu'il fait bon lire en ces temps où le commun des mortels lui enlève toute sa substance. Oui, à nouveau, Alain Ayroles nous propose plus qu'une bande dessinée : il nous offre un bijou de rhétorique et de langue française. Rien que pour cela, Les Indes fourbes est déjà un monument. Mais il faut avancer davantage sans ombre ni trouble au visage dans l'opulente jungle verbale où nous fait pénétrer l'intrépide Ayroles pour découvrir plus en détail ce temple d'or qu'il a bâti pour nous. Si l'on s'en réfère à la structure de l'oeuvre, ce n'est plus du Francisco de Quevedo, c'est du Quentin Tarantino. Divisé en trois chapitres, le récit nous prend et nous surprend plus d'une fois, jouant avec sa propre mécanique narrative et dramaturgique pour mieux la mettre en valeur. Cela commence comme un simple récit d'exploration, récit à deux étages comme Ayroles sait si bien les écrire, afin de mieux mettre en abyme une histoire somme toute très classique. Un vulgaire escroc s'enfuit d'Espagne pour chercher la fortune dans les colonies du royaume, et découvre à la fois les noblesses et les turpitudes de ce monde qui, Nouveau, a déjà toutes les caractéristiques de l'Ancien. Il s'agit du chapitre le plus long. Sans doute le moins passionnant des trois, pourtant déjà captivant et, on le découvrira à la fin, essentiel pour installer lentement mais sûrement les rouages de l'implacable mécanique dans laquelle nous sommes plongés. Dans cette partie, l'on appréciera l'aisance avec laquelle l'auteur prend le ton des plus grands récits de voyage et nous immisce dans une atmosphère magnifiée par le trait d'une incomparable beauté issu de la main de Guarnido. Le souffle épique, la vérité cachée y établissent déjà leurs premiers bourgeons, qui écloront dans les deux parties suivantes. Après l'apothéose du premier chapitre, on croit déjà avoir tout vu. C'est précisément parce qu'en réalité, on n'a encore rien vu. Il faut s'arrêter là et ne rien dire du contenu des deux chapitres suivants pour conserver la surprise à l'aimable lecteur qui n'aura pas encore déserté cette humble critique, poussé par un ennui naturel. Que l'on dise simplement qu'Alain Ayroles, fidèle à son habituel style narratif, ne met en place cette mécanique en trois actes que pour mieux berner son lecteur. Si le premier chapitre de l'oeuvre passait - et c'est normal, pastiche oblige - par toutes les étapes attendues du récit picaresque comme du récit d'exploration, les chapitres II et III s'ingénient à briser tout ce que ces attendus avaient mis en place dans notre cerveau habilement endormi. On admirera également l'art avec lequel Ayroles domine son oeuvre tout en laissant une place égale à son dessinateur Guarnido, qui trouve là un exceptionnel terrain de jeu, la chance d'une vie, peut-être même l'apogée d'une grande carrière de dessinateur, afin de déployer tous les ors de son dessin merveilleux, baroque et titanesque. Derrière la sobriété d'une couverture où se dit pourtant l'essentiel (et à laquelle a participé le génial Alex Alice, notons-le au passage) se cachent les splendeurs d'un foisonnement graphique plein de vie et d'exubérance. L'auteur s'efface même parfois complètement derrière le dessinateur dans des planches colossales, muettes et pourtant éloquentes, telles ces douze pages sans un seul mot (!) narrant l'épopée d'un groupe de colons rencontrant les innombrables péripéties de la route vers l'El Dorado, qui redonne toutes ses lettres de noblesse au genre si souvent dénigré de la bande dessinée. Il sera toutefois permis au lecteur d'émettre quelques réserves sur l'esprit d'une bande dessinée dont la richesse ne peut masquer un (léger) manque. Si l'épopée possède un souffle incroyable et que le récit d'exploration semble passer par toutes les étapes essentielles, on pourra regretter que l'émotion ne vienne jamais percer la surface de la caricature. Certes, celle-ci est très intelligente et parfaitement justifiée par l'emploi du pastiche. Toutefois, il arrive que l'on se lasse quelque peu de cette dépiction du monde dans ce qu'il a de plus sale et de plus ignoble (au sens littéral comme au figuré). Bien sûr, la satire l'exige, mais cette saleté ambiante, certes réelle ou au moins réaliste, pouvait cohabiter - et ce, au sein du Nouveau Monde plus que partout ailleurs - avec une véritable noblesse et une authentique grandeur d'âme qu'Ayroles, sans doute à la suite de Quevedo, tend parfois à oublier, même s'il nous la fait par moments toucher du bout des doigts. Quand on songe à l'émotion puissante qui se dégageait de certaines pages de De Cape et de Crocs et de Garulfo, on peut trouver légèrement décevant qu'Ayroles ne nous propose aucun pic émotionnel dans cette bande dessinée. Mais il est vrai qu'il n'en a pas fait son sujet, et que ce manque est donc assumé. Qu'il ne soit toutefois pas accordé à ce petit reproche plus d'importance qu'il ne le lui faille, car en-dehors de cet élément soulevé par un historien et lecteur quelque peu tâtillon, Les Indes fourbes reste un véritable monument. Il est de ces bandes dessinées qui n'outragent le réel que pour mieux le faire parler, qui n'épuisent leur lecteur que pour mieux l'élever, et ne l'égarent que pour mieux le faire aboutir à cette conclusion qui s'impose d'elle-même : oui, dans le monde de la bande dessinée, l'El Dorado existe.

28/08/2019 (modifier)