La Terre verte
Alain Ayroles (Les Indes fourbes) et Hervé Tanquerelle (Le Dernier Atlas) unissent leurs forces pour une épopée shakespearienne pleine de bruit et de fureur. Un immense roman graphique !
1454 - 1643 : Du début de la Renaissance à Louis XIII Ecole Emile Cohl École européenne supérieure de l'image Groenland Mirages
Aux derniers temps du Moyen Age, les ultimes descendants des Vikings tentent désespérément de survivre sur les rivages glacés du Groenland. Un homme au lourd passé, en quête d'une seconde chance, débarque parmi eux. Leur apportera-t-il le salut ou précipitera-t-il l'effondrement de la « Terre verte » ?
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| Date de parution | 12 Février 2025 |
| Statut histoire | One shot 1 tome paru |
© Delcourt 2025
27/02/2025
| Paul le poulpe
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Les avis
Je possède l’album depuis sa sortie mais ce n’est que tout dernièrement que je l’ai lu. Je ne sais pas trop pourquoi je repoussais ma lecture, le temps sans doute (ça reste un beau pavé) et aussi les retours « relativement » versatiles. Bref tout ça pour dire que j’en ai gentiment fait un objet qui se laissait désirer et que mes attentes se sont doucement atténuées avec le temps. Verdict aujourd’hui. A mon goût, un album de très très haute volée. J’ai tout aimé, emporté par l'aventure et le décorum proposés. Précisons également que j’ai pris le récit comme tel, je suis bien trop inculte pour comparer à la dramaturgie de Richard III ou à la verve Shakespearienne. Un album qui m’a fait voyager et impeccablement réalisé. Le truc que je conseillerai et que je relirai avec le même intérêt. Trois auteurs que j’admirais déjà et trois auteurs au diapason pour mon plus grand bonheur. J’ai particulièrement dégusté l’ambiance du récit, des personnages peu attachants mais savoureux, la localisation et l’époque ajoutent au dépaysement pour cette saga/hommage d’Ayroles. J’avoue que l’on a sans doute déjà vu plus grandiose en terme d’aventure mais tous les ingrédients sont bien positionnés, et l’auteur brasse de nombreuses thématiques humaines comme locales. Ça déroule comme une pièce de théâtre, actes, scènes … jusqu’au final sans grande surprise mais réussi. J’ai franchement aimé me perdre sur cette terre désolée. Ajoutons à ça un duo qui fonctionne parfaitement pour la partie graphique, le dessin d’Hervé Tanquerelle n’est jamais aussi beau que quand il est mis en lumière par Isabelle Merlet, une harmonie rare qui participe à immerger le lecteur. Perso j’adore. Je salue aussi l’initiative de ne pas avoir scinder l’histoire en plusieurs tomes, l’expérience aurait été tout autre. Là j’ai apprécié, dégusté, savouré en un bloc cette leçon de bandes dessinées. Un petit culte généreux mais mérité, il y a tout ce que j’attends d’une bd (ça m’a même poussé à faire des recherches sur la pièce et celle colonie viking). 4,5
Comment ne pas être impressionné devant une œuvre aussi monumentale ? « La Terre verte » comporte tant d’atouts qu’on ne sait par lequel commencer… Le premier, c’est le choix du format : au lieu d’une série, l’éditeur a opté pour un bon gros one-shot immersif, ce qui évite d’avoir à attendre trop longtemps le dénouement et permet de juger de la qualité du récit dans son ensemble. A ce titre, j’ai été totalement captivé du début à la fin par cette épopée au souffle puissant, avec une tournure théâtrale dans la pure tradition shakespearienne. Pour concevoir cette histoire, Alain Ayroles, le scénariste des « Indes fourbes », s’est inspiré d’un fait historique dont on connaît assez peu de choses : la « conquête » du Groenland par le viking Erik le Rouge un peu avant l’an 1000, avec l’implantation d’une colonie qui exista 400 ans avant de disparaître corps et biens, sans que l’on sache vraiment dans quelles circonstances. Ayroles s’en est inspiré pour produire cette fiction où le protagoniste principal n’est autre que Richard III, le roi d’Angleterre qui avait inspiré Shakespeare pour sa célèbre pièce. C’est ainsi que l’on va suivre le parcours de ce personnage sournois et manipulateur dont la soif de pouvoir le conduira vers la folie meurtrière la plus extrême, jusqu’à cette image finale qui restera gravée longtemps dans la rétine du lecteur. L’autre très bonne idée est d’avoir situé le théâtre de l’action dans cette contrée méconnue qu’est le Groenland, dont les vastes étendues glacées conservent toujours leur part de mystère, et finalement assez rarement exploité dans les arts et la littérature. Le découpage en scènes et en actes rapproche le récit du mode théâtral et fonctionne à merveille, tout comme les dialogues particulièrement ciselés. Les protagonistes principaux sont très bien campés : l’évêque Dom Matthias, le « bouffon » Kraka, mais en particulier Ingeborg, cette jeune femme solaire qui contraste avec les habitants du village de Gardar, dans une situation critique, et vient en contrepoint du ténébreux et maléfique Richard. Si au départ celui-ci lui fait forte impression dans son armure massive avant de la rendre amoureuse, Ingeborg va ensuite déchanter devant la noirceur du personnage qui la conduira à s’opposer à ses projets belliqueux… Mais c’est à travers le personnage de Richard, être dont la laideur et la difformité semblent avoir forgé en lui un noyau de colère inflammable, que le thème du pouvoir va être développé. Au départ, l’homme semble être désabusé et peu motivé pour remplir la mission qui lui a été confiée, lorsqu’il découvre cette contrée inhospitalière peuplé de gueux faméliques, lui qui s’attendait à un paradis vert. Pourtant, contre toute attente, il va être gagné par l’hubris en comprenant quel avantage il peut tirer en s’imposant comme le chef. L’homme a de la suite dans les idées et s’imagine que le Groenland pourrait lui servir de tremplin pour prendre sa revanche le moment venu, quand il reviendra vers le monde « civilisé ». De façon sournoise et cruelle, il va méthodiquement évincer tous ceux qu’il voit comme des concurrents potentiels ou des obstacles à ses ambitions. Avec Dom Mathias, sorte de tartuffe prédicateur en habit de carnaval, Ayroles portera avec une ironie cinglante ses attaques contre la religion, avec de sévères coups de griffe à l’attention de ceux l’utilisent comme instrument de pouvoir. Hervé Tanquerelle, qui m’avait séduit avec ses « Racontars arctiques » et avait acquis ses lettres de noblesse dans le milieu du septième art depuis « Le Dernier Atlas », adopte ici un style plus académique mais adapté au registre de la saga populaire. Ce qu’on apprécie, c’est qu’il a tout de même conservé sa patte artisanale avec ses « imperfections » (je ne sais pas comment le dire autrement, mais cela n’a rien de dévalorisant, au contraire…), ou autrement dit, il n’a pas cherché à produire à tout prix un dessin « industriel », techniquement élaboré, mais lisse et sans âme. Le personnage de Richard, en proie à une folie qu’il cherche à dissimuler, lui a permis de montrer son talent pour rendre les visages expressifs, il suffit pour cela de consulter la page 12 où on voit l’homme traversé par une succession d’émotions fugitives durant un court instant, et c’est assez impressionnant. On peut souligner également le travail sur la couleur d’Isabelle Merlet, qui avec ses bleus glacés a su restituer l’atmosphère polaire de cette saga. Si une version noir & blanc est sortie en tirage limité, il n’est pas dit que cela apporte réellement une valeur ajoutée, mais certains la préféreront peut-être pour ce côté austère qui pourrait plus correspondre à l’esprit du récit et permet de faire ressortir le propos. Hasard du calendrier, « La Terre verte » est sorti peu de temps après l’investiture de Donald Trump à la Maison blanche, et comme on le sait, le président idiocrate du peuple étatsunien a clairement fait connaître ses intentions de s’approprier le Groenland, « par la force s’il le faut ». Certes, Richard n’a rien de commun physiquement avec Donald, mais son hubris et sa volonté de contrôle démesurée est du même tonneau que celui du clown orange. Et c’est exactement ce qui est exposé avec cette bande dessinée : le mécanisme de conquête du pouvoir par un individu cynique, revanchard et mégalomane, avec un goût pour la manipulation où seul comptent ses propres intérêts. De plus, les thématiques en second plan nous ramènent à des problématiques contemporaines : l’impact environnemental destructeur de l’humain sur la faune (cf. le massacre aveugle des morses, juste pour l’ivoire de leurs défenses, page 92) et le féminisme (avant l’heure) à travers le personnage d’Ingeborg. En somme, des questions qui ont toutes les chances de déplaire à Trump et ses aficionados masculinistes. En résonnant ainsi avec l’actualité politique et les thèmes de notre époque, « La Terre verte », formidable épopée de bruit et de fureur doublée d’une sarabande macabre qui glace les sangs, parfaitement retranscrite par Tanquerelle lorsque Richard sombre dans la folie, se place dans la catégorie des ouvrages incontournables de l’année.
De manière assez inédite, c'est la tranche de cette énÔrme BD (donc en grand partie son titre) qui a attiré mon attention. Ma main l'a agrippée pour découvrir les noms (désormais illustres) de leurs auteurs. Je n'ai même pas réfléchi, je suis reparti avec sous le bras. Et bien m'en a pris puisque ce copieux menu n'était pas qu'une promesse en l'air. Le dessin de Tanquerelle est très maitrisé, ce n'est plus tellement sujet à discussion. Ici, il est à la hauteur de cette saga nordique hallucinée. Ayant lu la version en noir et blanc (celle en couleur, d'après les photos, a l'air absolument splendide, au point que j'envisage son acquisition), j'ai eu mainte fois l'occasion de le constater. D'abord sa grande lisibilité fait que jamais on ne confond les personnages (et il y en a un bon paquet) malgré leur aspect hirsute. Leurs expressions ne prêtent jamais à confusion. Tout le lexique graphique émotionnel là encore est immédiatement appréhendé. Tanquerelle représente en outre tous les détails nécessaires, ceux qui agrémentent et offrent le petit plus afin de mettre dans l'ambiance. En outre, il sait se montrer plus stylisé dans la représentation des paysages, plus généralement des fonds de scène, ce qui ne surcharge pas les cases. Le lecteur est concentré sur ce qu'il y a à voir et n'est jamais perdu. Bon, c'est vrai que l'histoire se déroulant au Groenland, constitué exclusivement de montagnes et surtout de neige, le paysage laisse une grande place à la stylisation, mais quand même ! A côté de ça, les scènes obscures, entendez dans l'obscurité, font la part belle à l'esquisse remarquable de notre illustrateur. Tout ça est très très chouette. On sent une quantité de travail derrière tout ça que la qualité ne trahit nullement. L'autre gros morceau, c'est bien entendu le scénario. Il suffit de voir trôner le pavé dans l'étagère d'une librairie pour s'en convaincre : La Terre Verte promet d'embarquer son lecteur vers des sommets d'aventure. Pari tenu ! Le lecteur en prend une dose copieuse et termine largement rassasié. J'ai adoré cette histoire sur laquelle je ne m'attarderai pas, préférant laisser le plaisir de la découverte, mais Paul le Poulpe (qui voit effectivement l'avenir) en a très bien causé. C'est dense, crédible au point qu'on se demande tout au long de la lecture s'il s'agit d'une histoire vraie. Il y a de la politique, de l'ethno, de la socio, de la psychoschtroumpf, et bien d'aitres choses encore dedans. Nourrissant que je vous dis ! Admirable ! La Terre Verte manque de peu son coup de cœur en raison de ses dialogues parfois un peu verbeux, voire baroque. En effet, s'il sont parfaitement dans le ton de l'époque représentée, il arrive qu'ils insistent sur tel ou tel aspect d'une situation, au risque d'alourdir un peu le reste et d'encombrer la case. Oui, quelques petites lourdeurs de ce côté. Mais je pinaille. Cette BD figurera dans mon top 20 de l'année, c'est évident !
Rencontre aux sommets entre deux éminents artistes du Neuvième art, Alain Ayroles génial scénariste qui accumule les succès critiques et publics (Garulfo, De Cape et de Crocs, etc...) et Hervé Tanquerelle dessinateur classique aux style et traits facilement identifiables, le monsieur possède d'ailleurs lui aussi une bibliographie bien fournie et jalonnée de multiples pépites (Racontars Arctiques, Le Dernier Atlas). Tout comme pour Les Indes fourbes, avec la formation d'un tel duo, les auteurs se savent attendus, le récit est ambitieux et s'étale sur plus de 250 pages. A trop vouloir en faire, en mettre, va-t-on sombrer dans la grandiloquence et le pompeux ? Alors, quid du résultat ? Eh bien, autant le dire d'entrée, et vous l'aurez vu à ma note plus haut, l'éléphant a accouché d'une ......baleine…..Et à bosse* qui plus est ! (*clin d'oeil au personnage principal!) Véritable pièce de théâtre déclinée en Bande Dessinée, "Shakespearienne" dans l'âme, cette tragédie haletante et sans fausses notes comble les attentes et remplie les attendus d'un tel exercice. Proposant donc une structure théâtrale, un découpage en cinq actes et multiples scènes, le séquençage qui en découle est de ce fait ultra rythmé et sans réel temps mort, on lit (avale) le livre avec gourmandise. D'autres codes sont empruntés avec réussite tel l’aparté quand le personnage principal Richard s’adresse directement aux lecteurs. Cette grande fresque nous conte l'histoire d'un personnage comme je les aime : Ambigus, retors, antipathique mais également parfois touchant et attachant, particulièrement révélé à travers ses multiples faiblesses dont la principale et plus évidente, son handicap physique. En parfait contrepoint d'un personnage aussi complexe et charismatique, le récit, d'une grande richesse, fourmille de formidables personnages secondaires très travaillés et tout aussi intéressants et subtils. L'écriture d'Ayroles, aussi bien dans le descriptif que dans les dialogues est de concert avec l'ambition et le propos, finement ciselé, parfaite. Le verbe, tout en équilibre et justesse, sonne fort et beau. Le scénario et l'écriture qui va avec à eux seuls auraient suffît à en faire une très grande BD mais ils sont soutenus par un dessin très détaillé, sublime et admirable tout au long des 250 pages sans signe d'essoufflement qui la transforme derechef en immense BD. Le trait de Tanquerelle est je trouve d'ailleurs, tout en gardant sa griffe, plus grand public que précédemment, me rappelant par moment Matthieu Bonhomme. Même pas besoin de mentionner que c'est un gigantesque coup de coeur. Ce sera difficile de faire mieux en 2025, la barre est placée très (trop!) haut. Lu dans sa version Noir Et Blanc, hâtez vous de vous la procurer s'il en reste en magasin, sinon, faites comme moi et ruez vous sur la version couleur disponible début Avril (Du peu entrevue des pages disponibles sur le net, le travail de colorisation semble remarquable !). Paul le Poulpe voit l'avenir, vous ne le regretterez pas (et paf, le prochain posteur mettra une étoile !). A peine sortie et déjà UN CLASSIQUE.
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