Vous mettez beaucoup de texte dans vos bédés ?
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Ce tome est un recueil d’histoires réalisées par l’auteur, publiées pour certaines dans Télérama, The New Yorker, Les Inrockuptibles, Lapin, Spirou, Le blog du monde, Le tigre et l’impossible. Son édition originale date de 2016. Il a été réalisé par Charles Berberian pour les scénarios et les dessins, avec des couleurs de Robin Doo pour quatre histoires. Il comprend quatre-vingt-quatorze pages de bande dessinée, réparties en quinze histoires, comprenant de une à vingt-neuf pages.
Le bonheur occidental 1, sept pages. Le grand scénariste Xavier Van Glüten est à une soirée mondaine en se demandant ce qu’il fait là où les femmes en veulent plus à son fric qu’à son corps. L’attachée qui l’accompagne l’informe que le ministre arrive dans cinq minutes pour lui remettre sa médaille, et que la RTBF et France 3 vont l’interviewer après. Il lui répond qu’il ne comprend rien à cette nouvelle génération de blogueurs qui clapotent dans un océan de médiocrité. À l‘extérieur retentissent des voix, des membres de l’atelier Mastodonte qui veulent rentrer. Charles Berberian arrive au niveau de Van Glüten et la discussion s’engage. Le lendemain l’auteur est reçu par Olivier le directeur général de la maison d’édition qui lui dit que ce n’était pas très malin de gifler Van Glüten la veille, et que ce dernier a demandé sa tête ce que l’éditeur a refusé. Mais Berberian doit s’excuser. Sur ces entrefaites, Van Glüten entre à son tour dans le bureau, portant une minerve.
Gotlib, Fuide et moi, deux pages. L’auteur se souvient de ses débuts. Petit, la lecture de la Rubrique-à-Brac l’a marqué au fer rouge. Il se fit alors la promesse qu’un jour il serait auteur de bande dessinée tout comme Marcel Gotlib. Une quinzaine d’années plus tard, Fluide Glacial, le journal fondé par son idole, accepte de publier les pages que Philippe Dupuy et lui ont dessinées. Ils sont persuadés que le maître lui-même va les recevoir. Mais c’est Jacques Diament, le rédacteur en chef, qui les accueille. Il boit de l’eau à intervalles réguliers en leur expliquant ce que c’est que l’humour. […] Monty Python’s Flying Circus, six pages. L’auteur a l’occasion de rencontrer Graham Chapman et les autres Monthy Python, et il leur déclare qu’il cherche une place dans leur cirque. […] Gentil fricateur, deux pages. Une dame âgée rentre dans un magasin appelé Nestor le store, et indique au propriétaire qu’elle cherche le bureau de poste dans la rue. Il lui explique qu’il vient d’ouvrir il y a deux jours à peine et qu’il vend du bonheur, tout ce qui peut aider à rendre la vie plus belle, plus agréable, par exemple une boîte de e-cassoulet dont il lui fait la démonstration. […] Nos amis les riches, six pages. Dans une soirée ou chaque invité porte un loup, le responsable déclare que l’heure est grave : il y a un traître parmi eux. Charles Berberian se fait immédiatement démasquer parce qu’il porte des chaussures à moins de deux cents euros. Il avoue s’être infiltré afin de faire un reportage pour le magazine Fluide Glacial. Après un échange railleur sur les valeurs morales, il se fait mettre dehors par le videur…
Comme il l’évoque dans un des récits (Gotlib, Fluide et moi), l’auteur a commencé sa carrière en réalisant des bandes dessinées à quatre mains, avec Philippe Dupuy, entre autres les séries Le Journal d'Henriette (1988-91, trois albums) suivi de Henriette (1998-2003, quatre albums), Monsieur Jean (1991-2005, sept albums et deux hors-série). Puis chacun a continué sa carrière de son côté. En ouvrant ce recueil, le lecteur a conscience de sa nature : une compilation de récits courts d’origine diverse. De fait, les thèmes sont variés, le plus souvent de nature autobiographique, vraisemblablement plus de l’autofiction, voire de la pure fiction pour l’enquête chez les riches à l’occasion d’une soirée privée. Ainsi le lecteur voit l’auteur se ridiculiser face à un bédéaste ayant un plus grand succès que lui, remonter ses souvenirs pour découvrir son premier contact avec Marcel Gotlib (1934-2016), s’imaginer proposer ses services aux Monthy Python, enquêter chez les riches, interviewer les proches collaborateurs de Jean-Luc Mélenchon, rencontrer Leiji Matsumoto (1938-2023, créateur d’Albator), et enfin se déguiser en Albator. Au milieu de ces histoires, se trouve le récit le plus long : une parodie de nature politique, mettant en scène le grand cerceau européen, un projet pour sauver l’Union et l’économie européennes, mais personne ne sait vraiment comment ni pourquoi, et personne ne sait non plus qui en a eu l’idée le premier. Certains politiques sont aisément identifiables : Hollande, DSK, Sarkozy.
La nature composite de l’ouvrage implique que le lecteur appréciera plus certains récits que d’autres. Il peut en particulier être déconcerté par la longueur du Grand cerceau européen, c’est-à-dire vingt-neuf pages, et sa nature satirique sur un projet politique aussi artificiel qu’absurde, que personne ne comprend, à commencer par le président de la France lui-même, ses conseillers, et même son créateur. L’auteur réalise des dessins caricaturaux : le lecteur peut bien ressentir son mépris pour Nicolas Sarkozy et sa nervosité, pour François Hollande et sa placidité, pour Dominique Strauss-Kahn et sa libido hors de contrôle. Berberian réalise des cases sans bordure, avec un trait de contour sec et très fin, des lavis de gris, et quelques apparitions de couleur qui tranchent fortement avec le reste. Il s’amuse à mêler des faits d’actualité avec des inventions loufoques. Dans la première catégorie : les conseillers en communication, DSK en éminence grise et ses affaires de nature sexuelle, les interviews de David Pujadas, le recours à des agences de communication, le lien entre Hollande et Ségolène Royal, les liens entre Sarkozy et Bachar al-Hassad. Dans la deuxième : le grand cerceau européen lui-même, l’amour de DSK pour le tiramisu, la chanson de Hollande pour le grand cerceau, l’attraction irrépressible d’Angela Merkel pour Hollande, l’expérience de DSK avec un aspirateur, etc. En fonction de ses attentes, le lecteur pourra être hilare devant l’inventivité et l’humour absurde, ou bien se lasser d’avoir la sensation d’une blague potache étirée pendant trop de pages.
Au cours des pages, le lecteur va donc passer d’un type de récit à un autre assez différent, et rencontrer également des illustrations indépendantes. La première en pleine page : trois passants dans une rue calme, en nuances de gris, la fresque murale ressortant grâce à ses couleurs. Puis une illustration en double page, des personnes faisant la queue pour recevoir une dose de justice dans une soupe populaire, avec le diable surveillant l’opération. Un homme passant devant une station-service dont le toit est occupé par un immense chat. Deux jeunes adultes installés à la terrasse d’un café à la nuit tombante, chaque absorbé dans la consultation de son écran, avec le titre : La vie de bohême. Une série de vingt dessins, dont quatre en couleurs, croquant des moments de la vie quotidienne dans différentes villes, faisant apparaître la diversité des individus, le contraste entre la situation de certains d’eux, des faits sociétaux. Puis encore quatre autres au pinceau plus loin sur une même page, et une dernière illustration en pleine page. En fonction de sa sensibilité, le lecteur peut percevoir ces images comme une façon d’augmenter la pagination, ou bien une façon de faire ressortir la capacité d’observation de l’artiste, et les différentes techniques qu’il utilise.
Il est également possible d’envisager les récits dans lesquels l’auteur se met en scène comme d’un côté un commentaire sur la société dans laquelle il évolue à l’époque, et également un commentaire sur lui-même. Dans le premier registre, il tourne en dérision le monde de l’édition et l’importance accordée au paraître et à la réputation. Sous sa plume, l’éditeur apparaît suffisant, Van Glüten est un vieux beau. La jeune éditrice Lizzy annonce explicitement qu’elle n’en est pas vraiment une, qu’elle est la fille de l’actionnaire principal de la boîte : le dessinateur sait la rendre immédiatement sympathique avec son visage franc, ses vêtements amples pour masquer pour partie son surpoids, sa façon d’apprécier la vie. Le chapitre sur les riches fonctionne très bien sur le plan de l’humour, en revanche le récit est trop dans l’exagération pour être une critique légitime. Le reportage sur l’équipe de Mélenchon utilise des cases plus petites et carrées, avec une variété des personnes interviewées qui en fait un vrai reportage. Les deux pages mettant en scène Sylvio Berlusconi s’inscrivent également dans le domaine du sketch absurde. L’apparition de Leiji Matsumoto met en avant l’importance accordée à ce mangaka dans le monde de la bande dessinée. L’histoire finale permet de retrouver Lizzy avec Charles, pour une autre critique sociale sur le milieu artistique, avec une touche d’humanisme et d’autodérision.
En effet, l’auteur se met en scène avec autodérision. Cela commence avec son manque de succès économique depuis la dissolution de son duo avec Philippe Dupuy, et sa propension à se montrer insolent, voire violent, envers les riches et puissants. Puis vient son attitude de fan vis-à-vis de Marcel Gotlib et la fierté de travailler dans son magazine, même s’il ne le rencontre pas, et une autre histoire entièrement fictionnelle et totalement honnête quant à son amour pour les Monty Python. Vient ensuite son mépris pour les riches, son admiration pour l’équipe de Mélenchon, sa prise de recul sur les réseaux sociaux et les vidéos qui reçoivent énormément d’appréciations, et enfin sa prestation en Albator. Il apparaît comme un être humain modeste, conscient de ses limites, et par voie de conséquence tout aussi conscient des défauts des autres et du ridicule inhérent à toute personne qui souhaite paraître. Il retrouve ces caractéristiques et ses qualités dans les autres histoires où il ne se met pas en scène : une critique de la gestion des ressources humaines comme des individus jetables, l’utilisation des réseaux sociaux par une personne à la rue, renvoyant le passant à sa solitude, une autre nouvelle du monde sur la guerre, et le thème du quart d’heure de postérité.
Un recueil d’histoires courtes de l’auteur, mêlant autofiction et fiction pure, avec une bonne dose d’humour alliant autodérision et absurde, avec une critique sociale premier degré, et une tendance à l’inventivité débridée. Une narration visuelle claire allant de dessins aux contours secs et fins à une histoire en deux pages à l’aquarelle, avec un sens personnel de la caricature. Une compilation de bric et de broc, et des récits qui exhalent tous la personnalité de leur auteur. Sympathique et drôle.
Un Batman qui sort du lot sur la forme.
Tout d'abord, ce n'est pas tous les jours qu'un auteur d'origine africaine fait du Batman et j'ai tout de suite aimé son dessin. Je l'ai trouvé dynamique et plus agréable à l'œil que le dessin formaté et sans vie qu'on retrouve dans plein de comics de super-héros modernes. Le scénario est raconté comme un conte et de plus il se passe des choses dans chaque chapitre, on n'a pas l'impression que l'histoire fait du surplace afin d'avoir le nombre minimum de pages requis pour sortir en format paperback.
Le scénario est toutefois un peu moins original si on a déjà lu des aventures mettant en vedette Damian, le Robin qui est le fils de Batman et Talia. Il y a rien de nouveau sous le soleil dans le traitement des personnages qu'on aperçoit dans ce récit, mais cela ne m'a pas dérangé parce que c'est bien fait et aussi on voit un aspect de Batman que j'aime bien, à savoir la Bat-family. Pour moi la famille est un thème important de l'univers de Batman et c'est bien exploité ici. Les personnages ne tombent pas dans leurs pires travers (pas de Batman sociopathe par exemple) et il y a un ton optimiste que j'aimerais bien retrouver plus souvent dans les Batman récents.
Un bon divertissement.
Pour enfants, surtout qui aiment la mythologie ! C'est tendre, frais… Les images ne sont pas inoubliables, mais plaisantes, idem pour les histoires, un adulte peut les revoir pour retrouver son enfance s'il les a vues enfant, sinon pour voir ce que lit son enfant, mais on n'est pas dans l'indispensable, je trouve. Sinon, à une époque où il n'y avait pas tant d'héroïnes que ça, la centaure vaut bien le centaure. Décalage : dans le mythe, les centaures sont très puissants et souvent déplaisants, là, ils fuient mais aident parfois plus malheureux qu'eux !
Si c'est dit, je ne me rappelle plus pourquoi les dieux ne vont pas récupérer ces deux pauvres centaures. Commenter cette série me fait y repenser même si j'ai oublié presque tout le reste !
Piatzszek situe son intrigue durant le règne de Néron, juste au moment du grand incendie qui a en partie ravagé Rome. Un cadre relativement original, proposant naturellement une tension dramatique intéressante.
Si le personnage de Néron est finalement en retrait (tout en impulsant, directement ou indirectement certaines actions essentielles, il n’apparait que dans les dernières cases du second tome), l’incendie, et les persécutions contre les Chrétiens sont bien là pour dynamiser l’action.
Mais surtout, nous avons surtout droit à un polar antique, puisque le personnage principal se lance dans une enquête (commanditée par l’un des favoris de l’empereur, mais aussi pour son propre compte), tout en cherchant à comprendre qui était réellement son père, mort dans l’incendie, mais qui semblait jouer un rôle important dans les complots qui agitaient les hautes sphères du pouvoir.
Un polar qui dynamise l’action donc, qui est globalement bien fichu, même si la résolution finale m’est apparu un peu trop facile et expédiée.
Le second tome paru conclut globalement le récit, mais la fin est quelque peu ouverte, les auteurs ayant peut-être eu l’intention de poursuivre l’aventure, ce qui n’a semble-t-il pas été le cas.
Le dessin, réaliste et classique, est plutôt bon. Mais le rendu surprend un peu : on a presque des crayonnés plus ou moins colorisés, pas forcément désagréable (même si certaines cases, du fait d’un trait gras mal dégrossi à la colorisation, ne sont pas du plus bel effet), mais parfois pas suffisamment lisible, et le sentiment de lire une ébauche, un story-board amélioré. Le second tome est toutefois mieux travaillé et le rendu plus clair, avec un encrage qui reste très gras.
Le commissaire obèse qui se soigne est le tout de l'histoire, qui en fait le sel et la limite. Le dessin sait le rendre, mais le reste manque trop de grâce, de force, de stylisation, de style… enfin, de tout ! Dommage de ne pas avoir donné plus de chances à une bonne histoire !
L’album nous propose, dans une forme qui mélange roman graphique et quasi documentaire, de suivre la radicalisation de certaines personnes après mai 1968, dans la mouvance de « l’ultra gauche », cette gauche réellement extrême (contrairement à ce que certains média set politiques cherchent à nous faire croire de Mélenchon aujourd’hui…), ces hommes et femmes qui ont cru « le grand soir » tout prêt d’advenir.
Les auteurs ont déjà publié des séries romancées autour de ces sujets, la vie politique, les barbouzeries, la traque des « gauchistes/maoïstes », mais ici ils ont donné une coloration un peu plus documentaire à leur récit, avec des faits et des personnages que l’on peut aussi rencontrer dans L'Escamoteur, sorti l’année dernière.
Le récit se laisse lire, n’est pas inintéressant. On voit que les auteurs se sont documentés, l’arrière-plan et les mécanismes de radicalisation sont bien décrits, comme le sont les procédés hypocrites et plus que borderline des services spéciaux, SAC et autres organisations policières (avec des calculs politiques qui donnent envie de vomir – mais c’est autre chose).
Si le sujet m’intéresse, et qu’il est globalement bien présenté, plusieurs choses m’ont quand même un peu gêné. D’abord j’aurais préféré un angle purement documentaire (mais c’est affaire de goût) plutôt que cet entre-deux.
Ensuite le dessin de Wachs – une sorte de crayonné amélioré en Noir et Blanc avec diverses nuances de gris n’est pas désagréable, mais il est aussi terne, et certains personnages au début sont difficiles à différencier.
Note réelle 3,5/5.
L’album nous propose un documentaire/reportage, sous le couvert d’une sorte de roman graphique. Il reprend l’enquête/étude menée par Sébastien Carcelle, qui adapte lui-même celle-ci.
Plusieurs thématiques se croisent dans cet album, qui nous donne à voir le travail d’un chercheur doctorant, qui mêle pour son étude anthropologie, ethnologie et recherche sur l’agroécologie, en observant sur le terrain d’une région déshéritée du Brésil divers personnes ou collectifs, mais aussi en accompagnant des chercheurs et travailleurs sociaux brésiliens.
Un autre aspect est très présent – il occupe même le cœur de l’album – c’est la politique : les soubresauts autour de l’accession au pouvoir de Bolsonaro (et les manœuvres pour rendre inéligible Lula da Silva), alors que la quasi-totalité des interlocuteurs du chercheur français sont proches du Parti des Travailleurs (PT) de Lula. Il est vrai que l’agroécologie s’oppose frontalement aux intérêts des tenants de l’agrobusiness et de l’agriculture intensive : certains passages en montrent les effets.
L’album se laisse lire facilement, même si je l’ai parfois trouvé un peu trop « léger », comme si on hésitait entre le documentaire solide et aride et l’histoire plus « personnelle » du chercheur.
J’avais déjà croisé le dessin de Laurent Houssin, mais dans des séries bien moins sérieuses, en tout cas franchement marquées humour, noir ou con. Ici, avec son style moderne et simple, il nous propose quelque chose de très lisible. J’ai juste été surpris par l’utilisation parcimonieuse de la couleur, qui s’invite de temps en temps, sans que j’aie pu comprendre la logique de ces choix.
Encore une figure historique féminine que je ne connaissais pas. Invisibilisation des femmes ou inculture crasse de ma part ? Vous me direz, je ne me vexerai pas.
Hannah Arendt est une philosophe et politologue du XXe siècle. Née en Allemagne et de confession juive, sa vie fut on se doute mouvementée.
La biographie suit trois étapes clefs de son cheminement de vie : sa jeunesse et ses études à Berlin, puis avec le régime hitlérien sa fuite à Paris et finalement l’ultime fuite vers New-York suite à l’avancée des troupes allemandes.
Ce sont surtout les chapitres à Berlin et New-York qui permettent au lecteur de comprendre l’évolution de ses idées politiques et philosophiques. Et on y voit surtout tout l’environnement dans lequel elle a passé ses années universitaires et les échanges qui ont pu nourrir sa réflexion. Une multitude d’intellectuels et d’artistes défilent, Einstein, Chagall..., Mais surtout son professeur Heidegger avec lequel elle nouera une relation amoureuse. Curieuse relation entre elle la juive et lui séduit par l’idéologie nazie.
On retrouve, après sa fuite en Amérique, toute l’intelligentsia à laquelle Hannah participe. Elle y obtient un poste à l’université et retrouve toute une communauté avec laquelle elle peut partager et développer ses idées politiques sur les régimes totalitaires.
Curieusement, même si leur relation est terminée, elle ne remettra jamais en cause son admiration pour Heidegger et continuera à le défendre.
C’est surtout sur cette partie de la biographie qu’on pourra avoir un aperçu, mais visiblement succinct, de son travail philosophique et de réflexion politique.
Un peu léger donc, mais l’ouvrage a eu le mérite de me faire découvrir cette penseuse. D’autant que la partie graphique, même si ce n’est pas ma tasse de thé d’habitude, m’a paru bien adaptée au sujet, avec des personnages reconnaissables. Pas mal donc.
Pfiou, ça y est je suis arrivé au bout des 12 tomes de ce manga... Mais que ce fut long...
Pourtant l'idée de départ est très bonne et j'ai dévoré les premiers tomes qui installent les personnages et l'idée conductrice à savoir, le fait de débarrasser le monde de tous ses meurtriers et voyous peut-il s’apparenter à de la justice ou à de simples meurtres ? Et ce nouveau monde ainsi créé serait-il meilleur ?
Mais ensuite, l'histoire s'enlise et la narration est d'une telle lourdeur que j'avais parfois envie de sauter des pages pour aller plus vite dans ma lecture. J'ai notamment trouvé interminables et répétitives les scènes où les protagonistes réfléchissent aux différentes hypothèses : "Si L-Kira a contacté X-Kira pour dire au 3ème Kira de tuer des gens, alors L-Kira ne peut pas être Light". LOURD, dis-je...
De plus, certains personnages ne sont vraiment pas crédibles avec une mention spéciale pour Near qui est capable de réfléchir comme un astrophysicien tout en jouant avec des figurines en plastique et un train électrique... La surenchère depuis le personnage de L qui avait déjà un comportement et des manières très décalés par rapport à son intelligence hors norme en devient un peu ridicule. Mais bon, la série étant un succès, il a fallu étirer au delà du 6ème tome...
Enfin, j'aurais peut-être préféré une fin moins convenue quitte à faire triompher le mal, Light Yagami méritant nettement mieux que cette fin rapide après 12 tomes.
Côté dessin, c'est plutôt bien réalisé dans la plus pure tradition des mangas. Les scènes sont habilement découpées, bien que le texte est parfois un peu trop présent entre les dialogues et les pensées des différents personnages.
Un petit 3/5 pour l'excellente idée de départ et pour le dessin.
SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 5/10
GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 7/10
NOTE GLOBALE : 12/20
2.5
Je ne sais pas trop quoi penser de cet album qui a des qualités et des défauts.
Le début est prenant et j'aime bien le contexte historique de l'intrigue: l'Indochine avec toutes les magouilles du temps des colonies. J'ai vraiment bien le premier tiers de l'album, mais au fil des pages j'ai commencé à être moins enthousiaste. Il y a trop de sous-intrigues et le récit tire en longueur. Lorsque j'ai lu sur un autre site que le roman de base fait 700 pages que la bande dessinée est un résumé condensé, ben je pense qu'il y a des bonnes chances que j'aurais jamais fini l'œuvre original ! En tout cas, lorsqu'on arrive enfin à la fin j'en avais plus grand chose à foutre de cette famille et de ses secrets.
Le dessin de De Metter est toujours aussi élégant, mais je le trouve trop froid. Lorsqu'il y avait des scènes plus émotives, je ne ressentais rien du tout.
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Vous mettez beaucoup de texte dans vos bédés ? - Ce tome est un recueil d’histoires réalisées par l’auteur, publiées pour certaines dans Télérama, The New Yorker, Les Inrockuptibles, Lapin, Spirou, Le blog du monde, Le tigre et l’impossible. Son édition originale date de 2016. Il a été réalisé par Charles Berberian pour les scénarios et les dessins, avec des couleurs de Robin Doo pour quatre histoires. Il comprend quatre-vingt-quatorze pages de bande dessinée, réparties en quinze histoires, comprenant de une à vingt-neuf pages. Le bonheur occidental 1, sept pages. Le grand scénariste Xavier Van Glüten est à une soirée mondaine en se demandant ce qu’il fait là où les femmes en veulent plus à son fric qu’à son corps. L’attachée qui l’accompagne l’informe que le ministre arrive dans cinq minutes pour lui remettre sa médaille, et que la RTBF et France 3 vont l’interviewer après. Il lui répond qu’il ne comprend rien à cette nouvelle génération de blogueurs qui clapotent dans un océan de médiocrité. À l‘extérieur retentissent des voix, des membres de l’atelier Mastodonte qui veulent rentrer. Charles Berberian arrive au niveau de Van Glüten et la discussion s’engage. Le lendemain l’auteur est reçu par Olivier le directeur général de la maison d’édition qui lui dit que ce n’était pas très malin de gifler Van Glüten la veille, et que ce dernier a demandé sa tête ce que l’éditeur a refusé. Mais Berberian doit s’excuser. Sur ces entrefaites, Van Glüten entre à son tour dans le bureau, portant une minerve. Gotlib, Fuide et moi, deux pages. L’auteur se souvient de ses débuts. Petit, la lecture de la Rubrique-à-Brac l’a marqué au fer rouge. Il se fit alors la promesse qu’un jour il serait auteur de bande dessinée tout comme Marcel Gotlib. Une quinzaine d’années plus tard, Fluide Glacial, le journal fondé par son idole, accepte de publier les pages que Philippe Dupuy et lui ont dessinées. Ils sont persuadés que le maître lui-même va les recevoir. Mais c’est Jacques Diament, le rédacteur en chef, qui les accueille. Il boit de l’eau à intervalles réguliers en leur expliquant ce que c’est que l’humour. […] Monty Python’s Flying Circus, six pages. L’auteur a l’occasion de rencontrer Graham Chapman et les autres Monthy Python, et il leur déclare qu’il cherche une place dans leur cirque. […] Gentil fricateur, deux pages. Une dame âgée rentre dans un magasin appelé Nestor le store, et indique au propriétaire qu’elle cherche le bureau de poste dans la rue. Il lui explique qu’il vient d’ouvrir il y a deux jours à peine et qu’il vend du bonheur, tout ce qui peut aider à rendre la vie plus belle, plus agréable, par exemple une boîte de e-cassoulet dont il lui fait la démonstration. […] Nos amis les riches, six pages. Dans une soirée ou chaque invité porte un loup, le responsable déclare que l’heure est grave : il y a un traître parmi eux. Charles Berberian se fait immédiatement démasquer parce qu’il porte des chaussures à moins de deux cents euros. Il avoue s’être infiltré afin de faire un reportage pour le magazine Fluide Glacial. Après un échange railleur sur les valeurs morales, il se fait mettre dehors par le videur… Comme il l’évoque dans un des récits (Gotlib, Fluide et moi), l’auteur a commencé sa carrière en réalisant des bandes dessinées à quatre mains, avec Philippe Dupuy, entre autres les séries Le Journal d'Henriette (1988-91, trois albums) suivi de Henriette (1998-2003, quatre albums), Monsieur Jean (1991-2005, sept albums et deux hors-série). Puis chacun a continué sa carrière de son côté. En ouvrant ce recueil, le lecteur a conscience de sa nature : une compilation de récits courts d’origine diverse. De fait, les thèmes sont variés, le plus souvent de nature autobiographique, vraisemblablement plus de l’autofiction, voire de la pure fiction pour l’enquête chez les riches à l’occasion d’une soirée privée. Ainsi le lecteur voit l’auteur se ridiculiser face à un bédéaste ayant un plus grand succès que lui, remonter ses souvenirs pour découvrir son premier contact avec Marcel Gotlib (1934-2016), s’imaginer proposer ses services aux Monthy Python, enquêter chez les riches, interviewer les proches collaborateurs de Jean-Luc Mélenchon, rencontrer Leiji Matsumoto (1938-2023, créateur d’Albator), et enfin se déguiser en Albator. Au milieu de ces histoires, se trouve le récit le plus long : une parodie de nature politique, mettant en scène le grand cerceau européen, un projet pour sauver l’Union et l’économie européennes, mais personne ne sait vraiment comment ni pourquoi, et personne ne sait non plus qui en a eu l’idée le premier. Certains politiques sont aisément identifiables : Hollande, DSK, Sarkozy. La nature composite de l’ouvrage implique que le lecteur appréciera plus certains récits que d’autres. Il peut en particulier être déconcerté par la longueur du Grand cerceau européen, c’est-à-dire vingt-neuf pages, et sa nature satirique sur un projet politique aussi artificiel qu’absurde, que personne ne comprend, à commencer par le président de la France lui-même, ses conseillers, et même son créateur. L’auteur réalise des dessins caricaturaux : le lecteur peut bien ressentir son mépris pour Nicolas Sarkozy et sa nervosité, pour François Hollande et sa placidité, pour Dominique Strauss-Kahn et sa libido hors de contrôle. Berberian réalise des cases sans bordure, avec un trait de contour sec et très fin, des lavis de gris, et quelques apparitions de couleur qui tranchent fortement avec le reste. Il s’amuse à mêler des faits d’actualité avec des inventions loufoques. Dans la première catégorie : les conseillers en communication, DSK en éminence grise et ses affaires de nature sexuelle, les interviews de David Pujadas, le recours à des agences de communication, le lien entre Hollande et Ségolène Royal, les liens entre Sarkozy et Bachar al-Hassad. Dans la deuxième : le grand cerceau européen lui-même, l’amour de DSK pour le tiramisu, la chanson de Hollande pour le grand cerceau, l’attraction irrépressible d’Angela Merkel pour Hollande, l’expérience de DSK avec un aspirateur, etc. En fonction de ses attentes, le lecteur pourra être hilare devant l’inventivité et l’humour absurde, ou bien se lasser d’avoir la sensation d’une blague potache étirée pendant trop de pages. Au cours des pages, le lecteur va donc passer d’un type de récit à un autre assez différent, et rencontrer également des illustrations indépendantes. La première en pleine page : trois passants dans une rue calme, en nuances de gris, la fresque murale ressortant grâce à ses couleurs. Puis une illustration en double page, des personnes faisant la queue pour recevoir une dose de justice dans une soupe populaire, avec le diable surveillant l’opération. Un homme passant devant une station-service dont le toit est occupé par un immense chat. Deux jeunes adultes installés à la terrasse d’un café à la nuit tombante, chaque absorbé dans la consultation de son écran, avec le titre : La vie de bohême. Une série de vingt dessins, dont quatre en couleurs, croquant des moments de la vie quotidienne dans différentes villes, faisant apparaître la diversité des individus, le contraste entre la situation de certains d’eux, des faits sociétaux. Puis encore quatre autres au pinceau plus loin sur une même page, et une dernière illustration en pleine page. En fonction de sa sensibilité, le lecteur peut percevoir ces images comme une façon d’augmenter la pagination, ou bien une façon de faire ressortir la capacité d’observation de l’artiste, et les différentes techniques qu’il utilise. Il est également possible d’envisager les récits dans lesquels l’auteur se met en scène comme d’un côté un commentaire sur la société dans laquelle il évolue à l’époque, et également un commentaire sur lui-même. Dans le premier registre, il tourne en dérision le monde de l’édition et l’importance accordée au paraître et à la réputation. Sous sa plume, l’éditeur apparaît suffisant, Van Glüten est un vieux beau. La jeune éditrice Lizzy annonce explicitement qu’elle n’en est pas vraiment une, qu’elle est la fille de l’actionnaire principal de la boîte : le dessinateur sait la rendre immédiatement sympathique avec son visage franc, ses vêtements amples pour masquer pour partie son surpoids, sa façon d’apprécier la vie. Le chapitre sur les riches fonctionne très bien sur le plan de l’humour, en revanche le récit est trop dans l’exagération pour être une critique légitime. Le reportage sur l’équipe de Mélenchon utilise des cases plus petites et carrées, avec une variété des personnes interviewées qui en fait un vrai reportage. Les deux pages mettant en scène Sylvio Berlusconi s’inscrivent également dans le domaine du sketch absurde. L’apparition de Leiji Matsumoto met en avant l’importance accordée à ce mangaka dans le monde de la bande dessinée. L’histoire finale permet de retrouver Lizzy avec Charles, pour une autre critique sociale sur le milieu artistique, avec une touche d’humanisme et d’autodérision. En effet, l’auteur se met en scène avec autodérision. Cela commence avec son manque de succès économique depuis la dissolution de son duo avec Philippe Dupuy, et sa propension à se montrer insolent, voire violent, envers les riches et puissants. Puis vient son attitude de fan vis-à-vis de Marcel Gotlib et la fierté de travailler dans son magazine, même s’il ne le rencontre pas, et une autre histoire entièrement fictionnelle et totalement honnête quant à son amour pour les Monty Python. Vient ensuite son mépris pour les riches, son admiration pour l’équipe de Mélenchon, sa prise de recul sur les réseaux sociaux et les vidéos qui reçoivent énormément d’appréciations, et enfin sa prestation en Albator. Il apparaît comme un être humain modeste, conscient de ses limites, et par voie de conséquence tout aussi conscient des défauts des autres et du ridicule inhérent à toute personne qui souhaite paraître. Il retrouve ces caractéristiques et ses qualités dans les autres histoires où il ne se met pas en scène : une critique de la gestion des ressources humaines comme des individus jetables, l’utilisation des réseaux sociaux par une personne à la rue, renvoyant le passant à sa solitude, une autre nouvelle du monde sur la guerre, et le thème du quart d’heure de postérité. Un recueil d’histoires courtes de l’auteur, mêlant autofiction et fiction pure, avec une bonne dose d’humour alliant autodérision et absurde, avec une critique sociale premier degré, et une tendance à l’inventivité débridée. Une narration visuelle claire allant de dessins aux contours secs et fins à une histoire en deux pages à l’aquarelle, avec un sens personnel de la caricature. Une compilation de bric et de broc, et des récits qui exhalent tous la personnalité de leur auteur. Sympathique et drôle.
Robin - The Boy Wonder
Un Batman qui sort du lot sur la forme. Tout d'abord, ce n'est pas tous les jours qu'un auteur d'origine africaine fait du Batman et j'ai tout de suite aimé son dessin. Je l'ai trouvé dynamique et plus agréable à l'œil que le dessin formaté et sans vie qu'on retrouve dans plein de comics de super-héros modernes. Le scénario est raconté comme un conte et de plus il se passe des choses dans chaque chapitre, on n'a pas l'impression que l'histoire fait du surplace afin d'avoir le nombre minimum de pages requis pour sortir en format paperback. Le scénario est toutefois un peu moins original si on a déjà lu des aventures mettant en vedette Damian, le Robin qui est le fils de Batman et Talia. Il y a rien de nouveau sous le soleil dans le traitement des personnages qu'on aperçoit dans ce récit, mais cela ne m'a pas dérangé parce que c'est bien fait et aussi on voit un aspect de Batman que j'aime bien, à savoir la Bat-family. Pour moi la famille est un thème important de l'univers de Batman et c'est bien exploité ici. Les personnages ne tombent pas dans leurs pires travers (pas de Batman sociopathe par exemple) et il y a un ton optimiste que j'aimerais bien retrouver plus souvent dans les Batman récents. Un bon divertissement.
Les Centaures
Pour enfants, surtout qui aiment la mythologie ! C'est tendre, frais… Les images ne sont pas inoubliables, mais plaisantes, idem pour les histoires, un adulte peut les revoir pour retrouver son enfance s'il les a vues enfant, sinon pour voir ce que lit son enfant, mais on n'est pas dans l'indispensable, je trouve. Sinon, à une époque où il n'y avait pas tant d'héroïnes que ça, la centaure vaut bien le centaure. Décalage : dans le mythe, les centaures sont très puissants et souvent déplaisants, là, ils fuient mais aident parfois plus malheureux qu'eux ! Si c'est dit, je ne me rappelle plus pourquoi les dieux ne vont pas récupérer ces deux pauvres centaures. Commenter cette série me fait y repenser même si j'ai oublié presque tout le reste !
L'Aigle et la Salamandre
Piatzszek situe son intrigue durant le règne de Néron, juste au moment du grand incendie qui a en partie ravagé Rome. Un cadre relativement original, proposant naturellement une tension dramatique intéressante. Si le personnage de Néron est finalement en retrait (tout en impulsant, directement ou indirectement certaines actions essentielles, il n’apparait que dans les dernières cases du second tome), l’incendie, et les persécutions contre les Chrétiens sont bien là pour dynamiser l’action. Mais surtout, nous avons surtout droit à un polar antique, puisque le personnage principal se lance dans une enquête (commanditée par l’un des favoris de l’empereur, mais aussi pour son propre compte), tout en cherchant à comprendre qui était réellement son père, mort dans l’incendie, mais qui semblait jouer un rôle important dans les complots qui agitaient les hautes sphères du pouvoir. Un polar qui dynamise l’action donc, qui est globalement bien fichu, même si la résolution finale m’est apparu un peu trop facile et expédiée. Le second tome paru conclut globalement le récit, mais la fin est quelque peu ouverte, les auteurs ayant peut-être eu l’intention de poursuivre l’aventure, ce qui n’a semble-t-il pas été le cas. Le dessin, réaliste et classique, est plutôt bon. Mais le rendu surprend un peu : on a presque des crayonnés plus ou moins colorisés, pas forcément désagréable (même si certaines cases, du fait d’un trait gras mal dégrossi à la colorisation, ne sont pas du plus bel effet), mais parfois pas suffisamment lisible, et le sentiment de lire une ébauche, un story-board amélioré. Le second tome est toutefois mieux travaillé et le rendu plus clair, avec un encrage qui reste très gras.
L'Outremangeur
Le commissaire obèse qui se soigne est le tout de l'histoire, qui en fait le sel et la limite. Le dessin sait le rendre, mais le reste manque trop de grâce, de force, de stylisation, de style… enfin, de tout ! Dommage de ne pas avoir donné plus de chances à une bonne histoire !
Le Grand Soir - Une histoire de l'extrême gauche française
L’album nous propose, dans une forme qui mélange roman graphique et quasi documentaire, de suivre la radicalisation de certaines personnes après mai 1968, dans la mouvance de « l’ultra gauche », cette gauche réellement extrême (contrairement à ce que certains média set politiques cherchent à nous faire croire de Mélenchon aujourd’hui…), ces hommes et femmes qui ont cru « le grand soir » tout prêt d’advenir. Les auteurs ont déjà publié des séries romancées autour de ces sujets, la vie politique, les barbouzeries, la traque des « gauchistes/maoïstes », mais ici ils ont donné une coloration un peu plus documentaire à leur récit, avec des faits et des personnages que l’on peut aussi rencontrer dans L'Escamoteur, sorti l’année dernière. Le récit se laisse lire, n’est pas inintéressant. On voit que les auteurs se sont documentés, l’arrière-plan et les mécanismes de radicalisation sont bien décrits, comme le sont les procédés hypocrites et plus que borderline des services spéciaux, SAC et autres organisations policières (avec des calculs politiques qui donnent envie de vomir – mais c’est autre chose). Si le sujet m’intéresse, et qu’il est globalement bien présenté, plusieurs choses m’ont quand même un peu gêné. D’abord j’aurais préféré un angle purement documentaire (mais c’est affaire de goût) plutôt que cet entre-deux. Ensuite le dessin de Wachs – une sorte de crayonné amélioré en Noir et Blanc avec diverses nuances de gris n’est pas désagréable, mais il est aussi terne, et certains personnages au début sont difficiles à différencier. Note réelle 3,5/5.
Sertao - En quête d'agroécologie au Brésil
L’album nous propose un documentaire/reportage, sous le couvert d’une sorte de roman graphique. Il reprend l’enquête/étude menée par Sébastien Carcelle, qui adapte lui-même celle-ci. Plusieurs thématiques se croisent dans cet album, qui nous donne à voir le travail d’un chercheur doctorant, qui mêle pour son étude anthropologie, ethnologie et recherche sur l’agroécologie, en observant sur le terrain d’une région déshéritée du Brésil divers personnes ou collectifs, mais aussi en accompagnant des chercheurs et travailleurs sociaux brésiliens. Un autre aspect est très présent – il occupe même le cœur de l’album – c’est la politique : les soubresauts autour de l’accession au pouvoir de Bolsonaro (et les manœuvres pour rendre inéligible Lula da Silva), alors que la quasi-totalité des interlocuteurs du chercheur français sont proches du Parti des Travailleurs (PT) de Lula. Il est vrai que l’agroécologie s’oppose frontalement aux intérêts des tenants de l’agrobusiness et de l’agriculture intensive : certains passages en montrent les effets. L’album se laisse lire facilement, même si je l’ai parfois trouvé un peu trop « léger », comme si on hésitait entre le documentaire solide et aride et l’histoire plus « personnelle » du chercheur. J’avais déjà croisé le dessin de Laurent Houssin, mais dans des séries bien moins sérieuses, en tout cas franchement marquées humour, noir ou con. Ici, avec son style moderne et simple, il nous propose quelque chose de très lisible. J’ai juste été surpris par l’utilisation parcimonieuse de la couleur, qui s’invite de temps en temps, sans que j’aie pu comprendre la logique de ces choix.
Les Trois Vies de Hannah Arendt
Encore une figure historique féminine que je ne connaissais pas. Invisibilisation des femmes ou inculture crasse de ma part ? Vous me direz, je ne me vexerai pas. Hannah Arendt est une philosophe et politologue du XXe siècle. Née en Allemagne et de confession juive, sa vie fut on se doute mouvementée. La biographie suit trois étapes clefs de son cheminement de vie : sa jeunesse et ses études à Berlin, puis avec le régime hitlérien sa fuite à Paris et finalement l’ultime fuite vers New-York suite à l’avancée des troupes allemandes. Ce sont surtout les chapitres à Berlin et New-York qui permettent au lecteur de comprendre l’évolution de ses idées politiques et philosophiques. Et on y voit surtout tout l’environnement dans lequel elle a passé ses années universitaires et les échanges qui ont pu nourrir sa réflexion. Une multitude d’intellectuels et d’artistes défilent, Einstein, Chagall..., Mais surtout son professeur Heidegger avec lequel elle nouera une relation amoureuse. Curieuse relation entre elle la juive et lui séduit par l’idéologie nazie. On retrouve, après sa fuite en Amérique, toute l’intelligentsia à laquelle Hannah participe. Elle y obtient un poste à l’université et retrouve toute une communauté avec laquelle elle peut partager et développer ses idées politiques sur les régimes totalitaires. Curieusement, même si leur relation est terminée, elle ne remettra jamais en cause son admiration pour Heidegger et continuera à le défendre. C’est surtout sur cette partie de la biographie qu’on pourra avoir un aperçu, mais visiblement succinct, de son travail philosophique et de réflexion politique. Un peu léger donc, mais l’ouvrage a eu le mérite de me faire découvrir cette penseuse. D’autant que la partie graphique, même si ce n’est pas ma tasse de thé d’habitude, m’a paru bien adaptée au sujet, avec des personnages reconnaissables. Pas mal donc.
Death Note
Pfiou, ça y est je suis arrivé au bout des 12 tomes de ce manga... Mais que ce fut long... Pourtant l'idée de départ est très bonne et j'ai dévoré les premiers tomes qui installent les personnages et l'idée conductrice à savoir, le fait de débarrasser le monde de tous ses meurtriers et voyous peut-il s’apparenter à de la justice ou à de simples meurtres ? Et ce nouveau monde ainsi créé serait-il meilleur ? Mais ensuite, l'histoire s'enlise et la narration est d'une telle lourdeur que j'avais parfois envie de sauter des pages pour aller plus vite dans ma lecture. J'ai notamment trouvé interminables et répétitives les scènes où les protagonistes réfléchissent aux différentes hypothèses : "Si L-Kira a contacté X-Kira pour dire au 3ème Kira de tuer des gens, alors L-Kira ne peut pas être Light". LOURD, dis-je... De plus, certains personnages ne sont vraiment pas crédibles avec une mention spéciale pour Near qui est capable de réfléchir comme un astrophysicien tout en jouant avec des figurines en plastique et un train électrique... La surenchère depuis le personnage de L qui avait déjà un comportement et des manières très décalés par rapport à son intelligence hors norme en devient un peu ridicule. Mais bon, la série étant un succès, il a fallu étirer au delà du 6ème tome... Enfin, j'aurais peut-être préféré une fin moins convenue quitte à faire triompher le mal, Light Yagami méritant nettement mieux que cette fin rapide après 12 tomes. Côté dessin, c'est plutôt bien réalisé dans la plus pure tradition des mangas. Les scènes sont habilement découpées, bien que le texte est parfois un peu trop présent entre les dialogues et les pensées des différents personnages. Un petit 3/5 pour l'excellente idée de départ et pour le dessin. SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 5/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 7/10 NOTE GLOBALE : 12/20
Le Grand Monde
2.5 Je ne sais pas trop quoi penser de cet album qui a des qualités et des défauts. Le début est prenant et j'aime bien le contexte historique de l'intrigue: l'Indochine avec toutes les magouilles du temps des colonies. J'ai vraiment bien le premier tiers de l'album, mais au fil des pages j'ai commencé à être moins enthousiaste. Il y a trop de sous-intrigues et le récit tire en longueur. Lorsque j'ai lu sur un autre site que le roman de base fait 700 pages que la bande dessinée est un résumé condensé, ben je pense qu'il y a des bonnes chances que j'aurais jamais fini l'œuvre original ! En tout cas, lorsqu'on arrive enfin à la fin j'en avais plus grand chose à foutre de cette famille et de ses secrets. Le dessin de De Metter est toujours aussi élégant, mais je le trouve trop froid. Lorsqu'il y avait des scènes plus émotives, je ne ressentais rien du tout.