Une crise énergétique mondiale fait basculer brutalement la société, et une poignée de personnages, plus prévoyants que la moyenne, tentent de s'organiser pour survivre et reconstruire quelque chose de viable.
Le premier élément qui m'a accroché, c'est le dessin. Le style de Benjamin Jurdic me fait penser à celui de Bruno Gazotti (Seuls) et j'aime beaucoup ça. Il est semi-réaliste, légèrement caricatural, et très agréable, avec des personnages expressifs, des scènes vivantes et une mise en scène fluide. C'est lisible, dynamique, souvent même assez chaleureux dans ses couleurs et son ambiance, ce qui tranche volontairement avec les codes plus sombres du post-apo. Sans être révolutionnaire, ça fonctionne très bien et ça participe beaucoup au plaisir de lecture.
Sur le fond, le concept est séduisant. Pour une fois, on n'est pas dans une vision purement cynique ou violente de l'effondrement : ici, les personnages réfléchissent, anticipent, s'organisent et essaient de faire les choses intelligemment. Cette approche plus posée, presque optimiste, change agréablement des récits habituels du genre, et apporte une vraie fraîcheur, avec en filigrane des réflexions intéressantes sur l'autonomie, la dépendance à nos systèmes modernes ou encore l'importance de l'entraide.
Cela dit, tout n'est pas totalement convaincant. Il y a plusieurs facilités qui viennent affaiblir la crédibilité de l'ensemble. Le basculement initial, par exemple, est extrêmement rapide : en quelques minutes, les personnages passent d'une vie normale à une certitude absolue que c'est la fin du monde, avec une méfiance généralisée qui s'installe presque instantanément. De la même manière, certains éléments de préparation paraissent paradoxaux (avoir anticipé énormément de choses mais oublier un besoin aussi évident que l'eau), ce qui donne parfois une impression de construction un peu artificielle.
Le tome 2 accentue ce ressenti. L'idée de se concentrer sur les relations entre groupes et sur les tensions liées à l'incompréhension est intéressante sur le papier, mais la manière dont le conflit éclate repose sur des enchaînements un peu forcés, voire simplistes. On a le sentiment que l'affrontement arrive surtout parce qu'il faut créer du conflit, ce qui rend cette partie moins naturelle et moins crédible que le reste.
Malgré ces limites, l'ensemble reste agréable à suivre, notamment grâce à ses personnages et à son ton global, qui privilégie davantage la coopération que le chaos absolu. Il y a une vraie envie de proposer autre chose dans le genre, même si tout n'est pas toujours parfaitement maîtrisé. En revanche, pas de nouvelles du tome 3 depuis quelques années : ce délai me fait craindre pour la suite alors que l'histoire est encore en suspens.
Sur l'île d'Aix, une vieille femme solitaire recueille malgré elle un jeune migrant échoué après une tempête, persuadée de retrouver en lui le fils qui a fugué des années plus tôt, et entame avec lui une relation faite de malentendus, de blessures passées et d'un besoin commun de réconfort.
Graphiquement, l'album est agréable à parcourir. Le trait semi-caricatural et expressif fonctionne bien pour ce type de récit, avec des visages marqués, des attitudes lisibles et des scènes suffisamment dynamiques pour maintenir l'intérêt. Rien de particulièrement novateur, mais une vraie efficacité dans la narration visuelle. Les décors sont présents quand il le faut, sans jamais voler la vedette aux personnages, ce qui facilite l'immersion dans cette histoire avant tout centrée sur les relations humaines.
Sur le fond, le récit mélange plusieurs thématiques lourdes (migration, solitude des personnes âgées, regrets familiaux, rejet de l'homosexualité) qui, mises bout à bout, pourraient facilement faire basculer l'ensemble dans quelque chose de très appuyé, voire démonstratif. On sent clairement que l'album cherche à toucher, parfois en accumulant les situations propices à l'émotion, et l'on pourrait craindre un certain excès de bons sentiments ou de morale.
Et pourtant, cela fonctionne plutôt bien. Les auteurs parviennent à éviter de trop forcer le trait, en laissant leurs personnages exister avec une certaine justesse. La vieille dame, derrière son caractère affirmé, se révèle touchante dans ses failles et ses regrets, tandis que le jeune migrant, sans être totalement exempt d'idéalisation, reste suffisamment incarné pour que la relation prenne. L'ensemble repose beaucoup sur cette rencontre improbable, et sur la manière dont chacun vient combler, à sa façon, un manque chez l'autre.
Autre point appréciable, le récit évite un manichéisme trop simpliste, notamment dans la représentation des institutions liées à l'accueil des migrants, même si la complexité de la situation est résumée de manière assez rapide. Cela permet de conserver un certain équilibre dans le propos.
Il reste néanmoins quelques limites, comme ce choix de situer l'action entre l'île d'Aix et La Rochelle, qui interroge car on peine à imaginer des migrants en zodiac dans ces eaux-là, ou encore une fin assez abrupte, volontaire sans doute, mais qui m'a donné le sentiment d'une histoire interrompue plus que véritablement conclue.
On obtient ainsi un album porté par de bonnes intentions et des personnages attachants, qui parvient à trouver un certain équilibre entre émotion et retenue, même si l'on sent parfois la mécanique destinée à toucher le lecteur.
Il y a trois unités immenses : l’espace, le temps, la vie.
-
Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Sa première édition date de 1985, avec une réédition en 2015 dans la collection Signé. Il a été réalisé par Andreas (Andreas Martens) pour le scénario, les dessins et les couleurs. Il comprend cinquante pages de bande dessinée.
Prologue. Il n’y a pas de dieu, sinon la vie, Barddas. À la nuit tombée, une voiture d’un modèle du début du vingtième siècle, roule à vive allure, tous phares allumés. Le conducteur, Cythraul, rumine ses pensées : Un meurtre. Il se dit que c’est étrange, il devrait se sentir coupable, mais non, rien. Il est persuadé qu’il a eu raison de le faire. Pour le moment, il lui faut trouver un lit pour la nuit, la police ne pensera jamais à le chercher ici. Il revient à l’instant présent : il a détecté quelque chose devant lui. Les phares une femme à cheval, suivi par un autre cavalier barbu et plus âgé. La dame interpelle le conducteur, lui souhaitant le bonsoir et observant qu’il semble chercher quelque chose. Il explique qu’avec tout ce brouillard il s’est égaré et s’il pouvait trouver un gîte pour la nuit… Elle répond qu’il est presque au bord de la mer ici, un peu plus loin sur la route, il tombera sur une maison, les gens accepteront de le loger, elle en est sûr. Il l a remercie. L’autre cavalier note le drôle de paquet sur le siège passager ; le conducteur répond vivement que cela ne le regarde pas.
Cythraul continue sa route et pousse la porte de ladite maison, car les habitants l’ont laissé ouverte. À l’intérieur, la table est mise, le feu brûle dans l’âtre, et un couple avec un enfant tourne leur attention vers le voyageur. Ce dernier s’excuse s’il leur a fait peur, et explique qu’il s’est égaré. Le maître de céans explique leur effroi, car c’est la nuit de Samain. Son épouse invite Cythraul à s’assoir. Le mari reprend ses explications : C’est la nuit de Samain, on prépare à manger et on ouvre la porte d’entrée pour les morts qui reviennent cette nuit-là, et il invite leur hôte à donner son nom. L’invité répond : De Ville, Jean de Ville, et il leur demande s’ils auraient le journal du jour. Il se réjouit en son for intérieur de la réponse négative. Il leur demande qui étaient les trois personnes qu’il a rencontrées sur la route, drôle d’idée d’ailleurs de faire du cheval en pleine nuit. Le petit garçon lui demande ce qu’il a dans son paquet. La maîtresse de maison intervient lui demandant de laisser le monsieur manger en paix, et lui demande poliment ce qu’il est venu faire dans la région. Ce qui déclenche une réponse évasive : rien de spécial. Le mari reprend la parole : s’il veut visiter la côte, on se raconte une histoire qui pourrait l’intéresser. Cythraul ayant manifesté un minimum de curiosité, il commence : Il y a presque deux millénaires, paraît-il, vivait près d’ici un vieux druide infiniment riche… Après sa mort, on le conduisit à sa tombe au milieu de son trésor. Il fallut les habitants de tout un village pour porter or et pierres précieuses. Tout le monde avait les yeux bandés, afin que personne ne sache où furent enterrés le vieux sage et ses richesses. Seul, le prince Koadmoc’Han, le disciple le plus fidèle du druide, fut jugé capable de résister à toute tentation. Aussi le chargea-t-on de guider le long cortège vers la grotte que le druide lui-même avait choisie comme dernière demeure.
Étrange, bizarre, déconcertant, déstabilisant, pas très clair… Voilà les premières sensations sous lesquelles tombe le lecteur. Une histoire qui se situe visiblement dans le passé, celui des aventures du début du vingtième siècle, avec le modèle de la voiture, l’aménagement de la maison et son feu de cheminée, la tenue vestimentaire de Cythraul, le lieu de répétition des acteurs, cette cassette ouvragée, etc. Mais aussi cette remarque incompréhensible : les dessins montrent clairement que l’automobiliste croise deux cavaliers, et il parle de trois personnes à ses hôtes, pourquoi ? Rien dans le dialogue ne vient justifier ou expliquer cette incohérence, ou permettre de savoir qu’il pourrait s’agir d’un mensonge intentionnel. Et puis le mari se met à raconter l’histoire d’un vieux druide infiniment riche et de son enterrement, évoquant un trésor perdu et caché. D’ailleurs l’illustration de la page portant le titre (en planche huit) montre Cythraul à bord d’un canot sur une mer démontée devant une falaise, comme s’il s’agissait d’un récit d’aventures. Les deux cavaliers refont une apparition, semblant toujours provenir du moyen-âge. Et que faire de l’existence de ce monde intérieur, sous l’enveloppe terrestre ? D’une version aménagée de l’histoire de Baldr ? Ou encore de ces citations attribuées à Triade, sans explication sur la signification de ce mot ?
La narration visuelle apparaît tout aussi déroutante, surtout pour un lecteur n’ayant jamais lu une œuvre de cet artiste. La composition de l’illustration de couverture impressionne d’entrée de jeu : le tampon au motif celtique à demi effacé, la courbure et le gigantisme de la vague, la longueur de l’écharpe tendue par le vent, ainsi que les pans du manteau… Et en y regardant de plus près la longueur du nez du personnage. En effet en découvrant le visage de Cythraul, il est frappé par sa forme allongée de manière appuyée, la longueur exagérée de son nez très effilé, la dimension de ses sourcils, la taille trop grande de ses verres de lunettes. À bien y regarder, d’autres personnages présentent des caractéristiques de visage également appuyées : le long nez du druide, le menton en galoche de Baldr, la lèvre supérieure trop large de la druidesse, etc. Le lecteur peut ainsi relever d’autres formes d’accentuations graphiques qui sont la marque de fabrique de ce bédéaste : la voiture du voyageur entre véhicule authentique et vieux tacot, la brillance anormalement intense du feu dans l’âtre, la hauteur du mât pour un si petit esquif, la taille des onomatopées de bruit dans les cases de la planche onze, la longueur des cheveux filasses d’une sorcière, la grosseur du nez d’un druide, etc.
Rapidement, le lecteur découvre le jeu de l’artiste avec le découpage des planches. Cela commence dès la première : sept cases de la largeur de la page, dont deux très fines. Pendant les cinq planches suivantes, le découpage présente une forme plus classique : des cases rectangulaires disposées en bande, avec des tailles variées. Puis la planche sept se compose de deux bandes : la première compte sept cases très étroites, la second une unique case. Cette dernière semble constituée de plusieurs petites formes géométriques, triangles et trapèzes de dimension différente. Le lecteur se rend compte qu’il s’agit d’une unique illustration, une vue de dessus de la chambre d’un vieillard, les gouttières en blanc correspondant aux poutres qui bloquent ainsi la vue du lecteur de ces portions. Au fil des pages suivantes, les compositions comprennent à nouveau des cases de la largeur de la page, et aussi des cases de la hauteur de la page, des cases en insert sur une illustration plus grande, des cases avec un cadre pour bordure indiquant qu’il s’agit d’une scène du passé, et… arrive l’histoire de Baldr des planches vingt-quatre à vingt-huit. Un découpage différent par planche, avec des cases en biais, des cases concentriques, d’une grande maîtrise formelle, avec un plan de prises de vue adapté à ce formalisme. Une leçon de narration visuelle.
Peut-être chahuté par cette inventivité, totalement maîtrisée et dépourvue d’un tâtonnement expérimental, le lecteur prend conscience qu’il lui faut également accorder un peu d’attention à l’intrigue du fait de sa structure. Tout commence au début du vingtième siècle, dans ce qui semble être le temps présent du récit, avec ce voyageur qui a du mal à s’admettre qu’il est un meurtrier et qui cache la nature de l’objet qu’il transporte. Puis en planche cinq voici cette histoire d’enterrement d’un riche druide, et d’un trésor caché. La septième planche qui semble déconnectée également de l’intrigue principale avec un vieil homme sur son lit de mort. La découverte et l’exploration modeste d’un inframonde, au temps présent du récit. L’évocation de la répétition d’une troupe de théâtre composé de trois comédiens évoquant une pièce consacrée à Baldr, fils d’Odin de Frigg. Les cinq pages racontant la légende de cet Æsir. Le lecteur sent bien qu’il y a un jeu de correspondances, et même d’identifications entre les personnages d’une époque à une autre, jouant entre une forme d’aventure réaliste pour ce meurtrier découvrant un monde fantastique, les deux cavaliers (ou trois ?), et même une mise en perspective plus profonde dans le passé, avec le conte sur les quatre druides leur attribut et leur cité (Morfesa & la pierre de Fal & la ville de Falias, Esras & la lance de Lug & Gorias, Uiscias & l’épée Nuasu & Finsias, Semias & le chaudron Sagsad & Murias), et une ouverture sur la mythologie nordique avec Baldr.
Le lecteur arrive à la dernière scène et celle-ci semble établir quelle est la réalité qui prévaut et dont découlent les autres. La dernière page est constituée d’une illustration en pleine planche, avec un cartouche en bas comportant une biographie recensant quatre ouvrages : Les traditions celtiques (R. Ambelain, 1977), Bretagne terre sacrée (S. le Scouëzec, 1977), The druids (S. Piggott, 1978), Celtic art (G. Bain, 1977). Cela donne une autre importance aux différentes citations attribuées à Triade qui rythment le récit. Pour exemple, En trois choses un homme ressemblera à un démon : En mettant des pièges sur la route, En craignant un petit enfant, En se plaisant au mal. Après s’être renseigné, il est possible que cette triade fasse référence aux Triades galloises, c’est-à-dire un recueil de fragments de culture galloise ancienne. Effectivement ces citations fonctionnent sur le chiffre trois : en trois choses un homme ressemblera à un démon, les trois principales propriétés de la connaissance (sensibilité, compréhension, activité), trois alternatives pour l’homme, trois unités immenses. Au travers de ce va et vient dans les niveaux de réalités, de façon de raconter le monde, de le comprendre, le lecteur peut y retrouver ses propres convictions, être plutôt terre à terre, ou convaincu d’une forme de destin qui tue dans l’œuf l’idée même de liberté de l’individu, ou autre. Il prend ainsi conscience de ce que sa perception dit de lui-même.
Un conte étrange, d’une autre époque, quasi intemporel. Une narration visuelle usant de la liberté de l’exagération, ce qui accentue la sensation de conte, et jouant sur les formes et les structures de la composition aussi bien visuellement par le découpage que dans l’agencement du récit. Un effet tout d’abord totalement déroutant, donnant la sensation de plusieurs fils narratifs contigus, jouissant d’une trop grande indépendance. Une compréhension qui se fait jour progressivement des liens entre ces différentes représentations de la réalité, ces différentes manières de l’appréhender, très révélatrices de la disposition d’esprit du lecteur.
Je le classe en Tous publics mais c'est plutôt destiné aux enfants. Pour autant cela raconte de façon tout à fait fluide et didactique pour tous ceux qui veulent découvrir ou se remettre en mémoire l'histoire de Persée. C'est un demi-dieu fils de Zeus et Danaé, alors cloitrée dans une tour par son père. Une fois adulte il forgera sa légende en tuant Méduse. Puis il libère et épouse Andromède.
Le dessin est plutôt classique et sans fioriture. Je vois qu'Yvan Pommaux est aussi l'auteur d'Angelot du Lac, une série Astrapi que je lisais il y a déjà quelques dizaines d'années.
Cette série suit les aventures d'une jeune apprentie sorcière espiègle qui découvre peu à peu ses pouvoirs, son destin et son lien avec un monde magique peuplé de créatures surnaturelles.
Le dessin est sans doute son premier atout : un style très sympathique, clairement orienté kawai, avec une ligne propre et toute en rondeur qui mise sur l'expressivité et la lisibilité. L'ensemble m'a fait penser à certains jeux vidéo en 3D isométrique, avec des décors colorés, des formes simples mais efficaces et un univers visuel immédiatement attachant. C'est doux, lumineux, agréable à l'œil, même si ce rendu très propre et très lisse peut parfois donner une impression de manque de caractère ou d'audace.
Côté histoire, on évolue dans un univers fortement marqué par les influences de Miyazaki, avec une proximité assez évidente avec Kiki la petite sorcière. Outre son petit chat parlant qui l'accompagne, on retrouve cette même atmosphère mêlant quotidien et magie, cette héroïne un peu maladroite mais attachante, et ce mélange de légèreté, de découverte de soi et de petites aventures. L'ensemble reste assez classique, mais fonctionne grâce à son ton mignon et à ses personnages sympathiques.
Au fil des tomes, une intrigue de fond se met progressivement en place autour des véritables pouvoirs de l'héroïne, notamment son lien avec des créatures censées être maléfiques comme les fantômes ou les monstres. Cela apporte un peu plus de profondeur, avec des thèmes comme la différence, la peur de l'autre ou l'exclusion, abordés de manière accessible, même si cela reste globalement assez attendu.
Le principal bémol vient du ton très enfantin. La narration est simple, parfois un peu rapide ou superficielle, et certains enchaînements manquent de fluidité. Cela peut limiter l'intérêt pour un lecteur adulte, qui aura parfois le sentiment que l'ensemble reste en surface, malgré un univers prometteur et un graphisme charmant.
Cela reste malgré tout une lecture mignonne et colorée, qui remplit parfaitement son rôle auprès d'un jeune public, tout en restant suffisamment agréable pour être partagée avec des lecteurs plus âgés.
Un album âpre sur une relation de couple toxique. Manifestement autobiographique, Asa raconte les débuts idylliques puis la main-mise de son compagnon sur elle, la poussant à se refermer, à changer physiquement, et enchainant dans un crescendo les vexations et humiliations.
Septième étage, c'est là où ils vivent, un appartement d'où Asa songe de plus en plus à passer par-dessus le balcon. Bref c'est sombre comme lecture mais il faut que des témoignages de ce genre existent et soient lus.
Je connais un peu l’action de Patton durant la seconde guerre mondiale, et j’avais été marqué par l’interprétation de Georges C. Scott dans le film « Patton » de Schaffner. Cette version BD m’a nettement moins captivé.
Le dessin fait le boulot (même si les personnages connus ne sont pas toujours totalement ressemblant au modèle), la colorisation aussi – même si elle manque parfois de nuances.
C’est le scénario qui m’a un peu déçu. Essentiellement parce qu’il ne tient pas les promesses d’une biographie permettant de comprendre Patton en profondeur. Il faudra pour cela attendre le petit dossier final – assez succinct – pour en savoir un peu plus.
En effet, tout l’album se concentre uniquement sur sa brillante contre-offensive des Ardennes de décembre 1944. On tombe donc sur un banal récit de guerre, mené tambour battant – comme le faisait Patton avec ses hommes.
Le récit se laisse lire, mais la personne de Patton reste quand même encore à découvrir.
On voit bien le meneur d’homme, le brillant stratège. Mais l’ambivalence du personnage (féru d’Histoire, poète à ses heures, mais aussi brutal et fortement égocentré) n’est qu’évoqué dans le dossier.
Sa carrière militaire antérieure (avant la seconde guerre mondiale, mais aussi ses campagnes d’Afrique et de Normandie), ses démêlés avec Eisenhower (qui l’a cantonné à un rôle de leurre en le privant du débarquement) ou les journalistes (suite à ses nombreuses sorties sans filtres) sont escamotés.
Et du coup, c’est davantage « Patton dans les Ardennes » qu’une vision plus ample et plus éclairante d’un général qui n’a laissé aucun de ceux qui l’ont connu indifférent.
Note réelle 2,5/5.
Je découvre Daijiro Morohoshi avec cette série, que j’ai empruntée au hasard, faisant confiance au Lézard Noir pour me proposer quelque chose d’original.
Le récit de Morohoshi s’inscrit dans une veine fantastique qui, peu à peu vire à l’angoisse, voire à l’horreur, comme a pu le développer dans moult séries quelqu’un comme Junji Ito. Les amateurs de ce dernier trouveront sans doute leur compte dans cette série, qui nous entraine dans un huis-clos oppressant.
Quelques personnages qui ne se connaissent pas ont tous subi la même terrible et déroutante expérience : ayant reçu un casse-tête (du simple Rubik’s Cube à quelque chose de plus élaboré, en passant par des mots croisés), la résolution de ce casse-tête a entrainé un phénomène étrange et inquiétant, la disparition d’une partie d’un paysage/décor connu, ou d’une partie de corps d’un familier (ou de son propre corps). Toutes ces parties manquantes sont devenues invisibles, tout en n’ayant pas réellement disparu.
Tous les personnages ayant vécu cette expérience sont invités à se trouver devant un bâtiment mystérieux (en forme d’une grande boîte – d’où le titre de la série), une porte s’ouvre, ils entrent, invités par une mystérieuse jeune fille, Kyoko. Et là ils découvrent qu’ils sont prisonniers de cette structure, aux airs de labyrinthe, et qu’ils ne pourront en sortir qu’en résolvant d’autres énigmes.
La suite est donc une sorte d’escape game morbide, dans lequel la tension va monter régulièrement, l’angoisse, le fantastique étant de plus en plus imprégné d’ero-guro grotesque. Morohoshi entretient le côté ludique en livrant en fin de chaque chapitre des solutions aux énigmes et impasses auxquelles ont été confrontés les personnages (et même de nombreux jeux type « 7 différences », jeux d’illusions, énigmes en tous genre, etc.). Le personnage de Kyôko, qui apparait/disparait régulièrement, mais aussi ses apparitions ponctuelles à côté d’une case, la jeune fille jouant le rôle de « maîtresse du jeu », commentant action ou dialogues de certains protagonistes, apportent un peu d’humour et ou de fraicheur à une intrigue par ailleurs plutôt asphyxiante.
Le fait que Morohoshi joue constamment sur des lignes géométriques pour le décor – épuré – voire sur des cubes, renforce le côté froid et l’unité du récit. Un récit qui s’écarte de plus en plus d’une réalité cartésienne (même les monstres apparaissent comme du Yokaïs difformes improbables).
Le troisième tome fait de très nombreuses références au travail d’Escher, ce qui accentue le côté absurde et froid, le côté faux et piégeux de ce qui se présente visuellement comme la réalité.
Le dessin est simple et classique, relativement épuré (là aussi proche de ce que propose Ito). Les yeux de certains personnages sont parfois un chouia trop gros par contre, avec un rendu donnant l’impression qu’ils sont maquillés).
Au final je dois dire qu’il y a quand même certaines redites, quelques longueurs. Mais l’auteur a su exploiter son idée de départ et en faire un récit mêlant angoisse et aspects ludiques, ces derniers compensant les longueurs évoquées plus hauts.
Une lecture détente pas désagréable, dans un style faisant un peu penser à Ito, mais en moins morbide, sans doute en plus « sage ».
Voilà un album très interessant autant par sa forme atypique (format à l'italienne pour un comics, c'est pas tous les jours) que par le fond. Une variation originale des histoires de voyage dans le temps : il est ici question de juste pouvoir arreter le temps, se balader, faire un trucs ou deux et pendant ce temps-là tous les gens sont figés et ne bougent pas. Et pendant qu'il s'est écoulé 1 seconde pour tout le monde, la personne en possession de se pouvoir a eu une heure ou deux pour vaquer à ses occupations. Et la question qui va avec : que faire d'un tel pouvoir ?
L'entrée en matière est assez prenante : des évènements bizarres et inexpliqués aux quatre coins du globe. Et plutôt du sordide et du violent : l'élimination d'un gang de motards, la disparition de chefs d'états, des règlements de comptes entre gangs... Seul un scientifique, à l'origine du procédé, semble s'y intéresser et comprendre ce qui se cache derrière ces mystères. C'est interessant, original, dynamique, le découpage est efficace et l'action va bon train.
Le dessin est esthétique, colle bien à l'ambiance du récit. Pour 4 chapitres en tout cas. Un second dessinateur s'est chargé des 4 derniers chapitres, et ça le fait beaucoup moins. Un style moins réaliste, plus cartoon, mais surtout bien différent du premier. Rien dans l'histoire ne justifie cette différence. Et c'est un peu regretable, car c'est moins joli dans la seconde moitié, l'ensemble perd en cohérence, on ne reconnait pas hyper bien les personnages. En tout cas il faut un moment pour se les réapproprier.
L'histoire est rythmée, et les péripéties, comme les révélations, tiennent bien la route. Jusqu'au dernier chapitre qui se résume à des scènes de poursuite alternées avec des scènes de baston. Cette dose survitaminée n'est pas la meilleure partie du scénario. Et la chute finale, bien énigmatique, n'apporte pas grand chose, si ce n'est laisser une ouverture pour une possible suite.
Au final on a quand même un bel album qui se lit d'une traite. Le thème est sympa et traité de manière originale. Cela suffit amplement à rassasier un lecteur amateur de séries d'action.
Zidrou commence à être u habitué des romans graphiques pleins de bons sentiments. Sans aller jusqu'à la naïveté, ses histoires relèvent -parfois- de feel good, et ça fait du bien par les temps qui courent.
Ici nous avons donc deux trajectoires passées, deux personnes qui s'interrogent sur leur vie au moment d'entrer dans le troisième âge. Et qui vont se croiser, faire renaître l'espoir entre eux. La vie, tout simplement. C'est relativement classique, attendu, sans être désagréable; Zidrou a cette finesse de dialoguiste et des situations qui font mouche. Il y a ensuite cette nouvelle inattendue, et si je l'ai tout de même sentie venir, cela m'a semblé un peu too much. Le plaisir de lecture est tout de même resté à peu près intact, grâce notamment au trait fin et talentueux d'Aimée de Jongh, que j'ai découverte récemment avec son adaptation de Sa Majesté des Mouches.
C'est sympathique, c'est gentuillet.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Happy End
Une crise énergétique mondiale fait basculer brutalement la société, et une poignée de personnages, plus prévoyants que la moyenne, tentent de s'organiser pour survivre et reconstruire quelque chose de viable. Le premier élément qui m'a accroché, c'est le dessin. Le style de Benjamin Jurdic me fait penser à celui de Bruno Gazotti (Seuls) et j'aime beaucoup ça. Il est semi-réaliste, légèrement caricatural, et très agréable, avec des personnages expressifs, des scènes vivantes et une mise en scène fluide. C'est lisible, dynamique, souvent même assez chaleureux dans ses couleurs et son ambiance, ce qui tranche volontairement avec les codes plus sombres du post-apo. Sans être révolutionnaire, ça fonctionne très bien et ça participe beaucoup au plaisir de lecture. Sur le fond, le concept est séduisant. Pour une fois, on n'est pas dans une vision purement cynique ou violente de l'effondrement : ici, les personnages réfléchissent, anticipent, s'organisent et essaient de faire les choses intelligemment. Cette approche plus posée, presque optimiste, change agréablement des récits habituels du genre, et apporte une vraie fraîcheur, avec en filigrane des réflexions intéressantes sur l'autonomie, la dépendance à nos systèmes modernes ou encore l'importance de l'entraide. Cela dit, tout n'est pas totalement convaincant. Il y a plusieurs facilités qui viennent affaiblir la crédibilité de l'ensemble. Le basculement initial, par exemple, est extrêmement rapide : en quelques minutes, les personnages passent d'une vie normale à une certitude absolue que c'est la fin du monde, avec une méfiance généralisée qui s'installe presque instantanément. De la même manière, certains éléments de préparation paraissent paradoxaux (avoir anticipé énormément de choses mais oublier un besoin aussi évident que l'eau), ce qui donne parfois une impression de construction un peu artificielle. Le tome 2 accentue ce ressenti. L'idée de se concentrer sur les relations entre groupes et sur les tensions liées à l'incompréhension est intéressante sur le papier, mais la manière dont le conflit éclate repose sur des enchaînements un peu forcés, voire simplistes. On a le sentiment que l'affrontement arrive surtout parce qu'il faut créer du conflit, ce qui rend cette partie moins naturelle et moins crédible que le reste. Malgré ces limites, l'ensemble reste agréable à suivre, notamment grâce à ses personnages et à son ton global, qui privilégie davantage la coopération que le chaos absolu. Il y a une vraie envie de proposer autre chose dans le genre, même si tout n'est pas toujours parfaitement maîtrisé. En revanche, pas de nouvelles du tome 3 depuis quelques années : ce délai me fait craindre pour la suite alors que l'histoire est encore en suspens.
Un espoir sans papiers
Sur l'île d'Aix, une vieille femme solitaire recueille malgré elle un jeune migrant échoué après une tempête, persuadée de retrouver en lui le fils qui a fugué des années plus tôt, et entame avec lui une relation faite de malentendus, de blessures passées et d'un besoin commun de réconfort. Graphiquement, l'album est agréable à parcourir. Le trait semi-caricatural et expressif fonctionne bien pour ce type de récit, avec des visages marqués, des attitudes lisibles et des scènes suffisamment dynamiques pour maintenir l'intérêt. Rien de particulièrement novateur, mais une vraie efficacité dans la narration visuelle. Les décors sont présents quand il le faut, sans jamais voler la vedette aux personnages, ce qui facilite l'immersion dans cette histoire avant tout centrée sur les relations humaines. Sur le fond, le récit mélange plusieurs thématiques lourdes (migration, solitude des personnes âgées, regrets familiaux, rejet de l'homosexualité) qui, mises bout à bout, pourraient facilement faire basculer l'ensemble dans quelque chose de très appuyé, voire démonstratif. On sent clairement que l'album cherche à toucher, parfois en accumulant les situations propices à l'émotion, et l'on pourrait craindre un certain excès de bons sentiments ou de morale. Et pourtant, cela fonctionne plutôt bien. Les auteurs parviennent à éviter de trop forcer le trait, en laissant leurs personnages exister avec une certaine justesse. La vieille dame, derrière son caractère affirmé, se révèle touchante dans ses failles et ses regrets, tandis que le jeune migrant, sans être totalement exempt d'idéalisation, reste suffisamment incarné pour que la relation prenne. L'ensemble repose beaucoup sur cette rencontre improbable, et sur la manière dont chacun vient combler, à sa façon, un manque chez l'autre. Autre point appréciable, le récit évite un manichéisme trop simpliste, notamment dans la représentation des institutions liées à l'accueil des migrants, même si la complexité de la situation est résumée de manière assez rapide. Cela permet de conserver un certain équilibre dans le propos. Il reste néanmoins quelques limites, comme ce choix de situer l'action entre l'île d'Aix et La Rochelle, qui interroge car on peine à imaginer des migrants en zodiac dans ces eaux-là, ou encore une fin assez abrupte, volontaire sans doute, mais qui m'a donné le sentiment d'une histoire interrompue plus que véritablement conclue. On obtient ainsi un album porté par de bonnes intentions et des personnages attachants, qui parvient à trouver un certain équilibre entre émotion et retenue, même si l'on sent parfois la mécanique destinée à toucher le lecteur.
La Caverne du souvenir
Il y a trois unités immenses : l’espace, le temps, la vie. - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Sa première édition date de 1985, avec une réédition en 2015 dans la collection Signé. Il a été réalisé par Andreas (Andreas Martens) pour le scénario, les dessins et les couleurs. Il comprend cinquante pages de bande dessinée. Prologue. Il n’y a pas de dieu, sinon la vie, Barddas. À la nuit tombée, une voiture d’un modèle du début du vingtième siècle, roule à vive allure, tous phares allumés. Le conducteur, Cythraul, rumine ses pensées : Un meurtre. Il se dit que c’est étrange, il devrait se sentir coupable, mais non, rien. Il est persuadé qu’il a eu raison de le faire. Pour le moment, il lui faut trouver un lit pour la nuit, la police ne pensera jamais à le chercher ici. Il revient à l’instant présent : il a détecté quelque chose devant lui. Les phares une femme à cheval, suivi par un autre cavalier barbu et plus âgé. La dame interpelle le conducteur, lui souhaitant le bonsoir et observant qu’il semble chercher quelque chose. Il explique qu’avec tout ce brouillard il s’est égaré et s’il pouvait trouver un gîte pour la nuit… Elle répond qu’il est presque au bord de la mer ici, un peu plus loin sur la route, il tombera sur une maison, les gens accepteront de le loger, elle en est sûr. Il l a remercie. L’autre cavalier note le drôle de paquet sur le siège passager ; le conducteur répond vivement que cela ne le regarde pas. Cythraul continue sa route et pousse la porte de ladite maison, car les habitants l’ont laissé ouverte. À l’intérieur, la table est mise, le feu brûle dans l’âtre, et un couple avec un enfant tourne leur attention vers le voyageur. Ce dernier s’excuse s’il leur a fait peur, et explique qu’il s’est égaré. Le maître de céans explique leur effroi, car c’est la nuit de Samain. Son épouse invite Cythraul à s’assoir. Le mari reprend ses explications : C’est la nuit de Samain, on prépare à manger et on ouvre la porte d’entrée pour les morts qui reviennent cette nuit-là, et il invite leur hôte à donner son nom. L’invité répond : De Ville, Jean de Ville, et il leur demande s’ils auraient le journal du jour. Il se réjouit en son for intérieur de la réponse négative. Il leur demande qui étaient les trois personnes qu’il a rencontrées sur la route, drôle d’idée d’ailleurs de faire du cheval en pleine nuit. Le petit garçon lui demande ce qu’il a dans son paquet. La maîtresse de maison intervient lui demandant de laisser le monsieur manger en paix, et lui demande poliment ce qu’il est venu faire dans la région. Ce qui déclenche une réponse évasive : rien de spécial. Le mari reprend la parole : s’il veut visiter la côte, on se raconte une histoire qui pourrait l’intéresser. Cythraul ayant manifesté un minimum de curiosité, il commence : Il y a presque deux millénaires, paraît-il, vivait près d’ici un vieux druide infiniment riche… Après sa mort, on le conduisit à sa tombe au milieu de son trésor. Il fallut les habitants de tout un village pour porter or et pierres précieuses. Tout le monde avait les yeux bandés, afin que personne ne sache où furent enterrés le vieux sage et ses richesses. Seul, le prince Koadmoc’Han, le disciple le plus fidèle du druide, fut jugé capable de résister à toute tentation. Aussi le chargea-t-on de guider le long cortège vers la grotte que le druide lui-même avait choisie comme dernière demeure. Étrange, bizarre, déconcertant, déstabilisant, pas très clair… Voilà les premières sensations sous lesquelles tombe le lecteur. Une histoire qui se situe visiblement dans le passé, celui des aventures du début du vingtième siècle, avec le modèle de la voiture, l’aménagement de la maison et son feu de cheminée, la tenue vestimentaire de Cythraul, le lieu de répétition des acteurs, cette cassette ouvragée, etc. Mais aussi cette remarque incompréhensible : les dessins montrent clairement que l’automobiliste croise deux cavaliers, et il parle de trois personnes à ses hôtes, pourquoi ? Rien dans le dialogue ne vient justifier ou expliquer cette incohérence, ou permettre de savoir qu’il pourrait s’agir d’un mensonge intentionnel. Et puis le mari se met à raconter l’histoire d’un vieux druide infiniment riche et de son enterrement, évoquant un trésor perdu et caché. D’ailleurs l’illustration de la page portant le titre (en planche huit) montre Cythraul à bord d’un canot sur une mer démontée devant une falaise, comme s’il s’agissait d’un récit d’aventures. Les deux cavaliers refont une apparition, semblant toujours provenir du moyen-âge. Et que faire de l’existence de ce monde intérieur, sous l’enveloppe terrestre ? D’une version aménagée de l’histoire de Baldr ? Ou encore de ces citations attribuées à Triade, sans explication sur la signification de ce mot ? La narration visuelle apparaît tout aussi déroutante, surtout pour un lecteur n’ayant jamais lu une œuvre de cet artiste. La composition de l’illustration de couverture impressionne d’entrée de jeu : le tampon au motif celtique à demi effacé, la courbure et le gigantisme de la vague, la longueur de l’écharpe tendue par le vent, ainsi que les pans du manteau… Et en y regardant de plus près la longueur du nez du personnage. En effet en découvrant le visage de Cythraul, il est frappé par sa forme allongée de manière appuyée, la longueur exagérée de son nez très effilé, la dimension de ses sourcils, la taille trop grande de ses verres de lunettes. À bien y regarder, d’autres personnages présentent des caractéristiques de visage également appuyées : le long nez du druide, le menton en galoche de Baldr, la lèvre supérieure trop large de la druidesse, etc. Le lecteur peut ainsi relever d’autres formes d’accentuations graphiques qui sont la marque de fabrique de ce bédéaste : la voiture du voyageur entre véhicule authentique et vieux tacot, la brillance anormalement intense du feu dans l’âtre, la hauteur du mât pour un si petit esquif, la taille des onomatopées de bruit dans les cases de la planche onze, la longueur des cheveux filasses d’une sorcière, la grosseur du nez d’un druide, etc. Rapidement, le lecteur découvre le jeu de l’artiste avec le découpage des planches. Cela commence dès la première : sept cases de la largeur de la page, dont deux très fines. Pendant les cinq planches suivantes, le découpage présente une forme plus classique : des cases rectangulaires disposées en bande, avec des tailles variées. Puis la planche sept se compose de deux bandes : la première compte sept cases très étroites, la second une unique case. Cette dernière semble constituée de plusieurs petites formes géométriques, triangles et trapèzes de dimension différente. Le lecteur se rend compte qu’il s’agit d’une unique illustration, une vue de dessus de la chambre d’un vieillard, les gouttières en blanc correspondant aux poutres qui bloquent ainsi la vue du lecteur de ces portions. Au fil des pages suivantes, les compositions comprennent à nouveau des cases de la largeur de la page, et aussi des cases de la hauteur de la page, des cases en insert sur une illustration plus grande, des cases avec un cadre pour bordure indiquant qu’il s’agit d’une scène du passé, et… arrive l’histoire de Baldr des planches vingt-quatre à vingt-huit. Un découpage différent par planche, avec des cases en biais, des cases concentriques, d’une grande maîtrise formelle, avec un plan de prises de vue adapté à ce formalisme. Une leçon de narration visuelle. Peut-être chahuté par cette inventivité, totalement maîtrisée et dépourvue d’un tâtonnement expérimental, le lecteur prend conscience qu’il lui faut également accorder un peu d’attention à l’intrigue du fait de sa structure. Tout commence au début du vingtième siècle, dans ce qui semble être le temps présent du récit, avec ce voyageur qui a du mal à s’admettre qu’il est un meurtrier et qui cache la nature de l’objet qu’il transporte. Puis en planche cinq voici cette histoire d’enterrement d’un riche druide, et d’un trésor caché. La septième planche qui semble déconnectée également de l’intrigue principale avec un vieil homme sur son lit de mort. La découverte et l’exploration modeste d’un inframonde, au temps présent du récit. L’évocation de la répétition d’une troupe de théâtre composé de trois comédiens évoquant une pièce consacrée à Baldr, fils d’Odin de Frigg. Les cinq pages racontant la légende de cet Æsir. Le lecteur sent bien qu’il y a un jeu de correspondances, et même d’identifications entre les personnages d’une époque à une autre, jouant entre une forme d’aventure réaliste pour ce meurtrier découvrant un monde fantastique, les deux cavaliers (ou trois ?), et même une mise en perspective plus profonde dans le passé, avec le conte sur les quatre druides leur attribut et leur cité (Morfesa & la pierre de Fal & la ville de Falias, Esras & la lance de Lug & Gorias, Uiscias & l’épée Nuasu & Finsias, Semias & le chaudron Sagsad & Murias), et une ouverture sur la mythologie nordique avec Baldr. Le lecteur arrive à la dernière scène et celle-ci semble établir quelle est la réalité qui prévaut et dont découlent les autres. La dernière page est constituée d’une illustration en pleine planche, avec un cartouche en bas comportant une biographie recensant quatre ouvrages : Les traditions celtiques (R. Ambelain, 1977), Bretagne terre sacrée (S. le Scouëzec, 1977), The druids (S. Piggott, 1978), Celtic art (G. Bain, 1977). Cela donne une autre importance aux différentes citations attribuées à Triade qui rythment le récit. Pour exemple, En trois choses un homme ressemblera à un démon : En mettant des pièges sur la route, En craignant un petit enfant, En se plaisant au mal. Après s’être renseigné, il est possible que cette triade fasse référence aux Triades galloises, c’est-à-dire un recueil de fragments de culture galloise ancienne. Effectivement ces citations fonctionnent sur le chiffre trois : en trois choses un homme ressemblera à un démon, les trois principales propriétés de la connaissance (sensibilité, compréhension, activité), trois alternatives pour l’homme, trois unités immenses. Au travers de ce va et vient dans les niveaux de réalités, de façon de raconter le monde, de le comprendre, le lecteur peut y retrouver ses propres convictions, être plutôt terre à terre, ou convaincu d’une forme de destin qui tue dans l’œuf l’idée même de liberté de l’individu, ou autre. Il prend ainsi conscience de ce que sa perception dit de lui-même. Un conte étrange, d’une autre époque, quasi intemporel. Une narration visuelle usant de la liberté de l’exagération, ce qui accentue la sensation de conte, et jouant sur les formes et les structures de la composition aussi bien visuellement par le découpage que dans l’agencement du récit. Un effet tout d’abord totalement déroutant, donnant la sensation de plusieurs fils narratifs contigus, jouissant d’une trop grande indépendance. Une compréhension qui se fait jour progressivement des liens entre ces différentes représentations de la réalité, ces différentes manières de l’appréhender, très révélatrices de la disposition d’esprit du lecteur.
Persée (Pommaux)
Je le classe en Tous publics mais c'est plutôt destiné aux enfants. Pour autant cela raconte de façon tout à fait fluide et didactique pour tous ceux qui veulent découvrir ou se remettre en mémoire l'histoire de Persée. C'est un demi-dieu fils de Zeus et Danaé, alors cloitrée dans une tour par son père. Une fois adulte il forgera sa légende en tuant Méduse. Puis il libère et épouse Andromède. Le dessin est plutôt classique et sans fioriture. Je vois qu'Yvan Pommaux est aussi l'auteur d'Angelot du Lac, une série Astrapi que je lisais il y a déjà quelques dizaines d'années.
Magic (Lylian/Molinatti)
Cette série suit les aventures d'une jeune apprentie sorcière espiègle qui découvre peu à peu ses pouvoirs, son destin et son lien avec un monde magique peuplé de créatures surnaturelles. Le dessin est sans doute son premier atout : un style très sympathique, clairement orienté kawai, avec une ligne propre et toute en rondeur qui mise sur l'expressivité et la lisibilité. L'ensemble m'a fait penser à certains jeux vidéo en 3D isométrique, avec des décors colorés, des formes simples mais efficaces et un univers visuel immédiatement attachant. C'est doux, lumineux, agréable à l'œil, même si ce rendu très propre et très lisse peut parfois donner une impression de manque de caractère ou d'audace. Côté histoire, on évolue dans un univers fortement marqué par les influences de Miyazaki, avec une proximité assez évidente avec Kiki la petite sorcière. Outre son petit chat parlant qui l'accompagne, on retrouve cette même atmosphère mêlant quotidien et magie, cette héroïne un peu maladroite mais attachante, et ce mélange de légèreté, de découverte de soi et de petites aventures. L'ensemble reste assez classique, mais fonctionne grâce à son ton mignon et à ses personnages sympathiques. Au fil des tomes, une intrigue de fond se met progressivement en place autour des véritables pouvoirs de l'héroïne, notamment son lien avec des créatures censées être maléfiques comme les fantômes ou les monstres. Cela apporte un peu plus de profondeur, avec des thèmes comme la différence, la peur de l'autre ou l'exclusion, abordés de manière accessible, même si cela reste globalement assez attendu. Le principal bémol vient du ton très enfantin. La narration est simple, parfois un peu rapide ou superficielle, et certains enchaînements manquent de fluidité. Cela peut limiter l'intérêt pour un lecteur adulte, qui aura parfois le sentiment que l'ensemble reste en surface, malgré un univers prometteur et un graphisme charmant. Cela reste malgré tout une lecture mignonne et colorée, qui remplit parfaitement son rôle auprès d'un jeune public, tout en restant suffisamment agréable pour être partagée avec des lecteurs plus âgés.
Septième étage (7e étage)
Un album âpre sur une relation de couple toxique. Manifestement autobiographique, Asa raconte les débuts idylliques puis la main-mise de son compagnon sur elle, la poussant à se refermer, à changer physiquement, et enchainant dans un crescendo les vexations et humiliations. Septième étage, c'est là où ils vivent, un appartement d'où Asa songe de plus en plus à passer par-dessus le balcon. Bref c'est sombre comme lecture mais il faut que des témoignages de ce genre existent et soient lus.
Les Maîtres de guerre - Patton
Je connais un peu l’action de Patton durant la seconde guerre mondiale, et j’avais été marqué par l’interprétation de Georges C. Scott dans le film « Patton » de Schaffner. Cette version BD m’a nettement moins captivé. Le dessin fait le boulot (même si les personnages connus ne sont pas toujours totalement ressemblant au modèle), la colorisation aussi – même si elle manque parfois de nuances. C’est le scénario qui m’a un peu déçu. Essentiellement parce qu’il ne tient pas les promesses d’une biographie permettant de comprendre Patton en profondeur. Il faudra pour cela attendre le petit dossier final – assez succinct – pour en savoir un peu plus. En effet, tout l’album se concentre uniquement sur sa brillante contre-offensive des Ardennes de décembre 1944. On tombe donc sur un banal récit de guerre, mené tambour battant – comme le faisait Patton avec ses hommes. Le récit se laisse lire, mais la personne de Patton reste quand même encore à découvrir. On voit bien le meneur d’homme, le brillant stratège. Mais l’ambivalence du personnage (féru d’Histoire, poète à ses heures, mais aussi brutal et fortement égocentré) n’est qu’évoqué dans le dossier. Sa carrière militaire antérieure (avant la seconde guerre mondiale, mais aussi ses campagnes d’Afrique et de Normandie), ses démêlés avec Eisenhower (qui l’a cantonné à un rôle de leurre en le privant du débarquement) ou les journalistes (suite à ses nombreuses sorties sans filtres) sont escamotés. Et du coup, c’est davantage « Patton dans les Ardennes » qu’une vision plus ample et plus éclairante d’un général qui n’a laissé aucun de ceux qui l’ont connu indifférent. Note réelle 2,5/5.
Box - Qu'y a-t-il dans la boîte ?
Je découvre Daijiro Morohoshi avec cette série, que j’ai empruntée au hasard, faisant confiance au Lézard Noir pour me proposer quelque chose d’original. Le récit de Morohoshi s’inscrit dans une veine fantastique qui, peu à peu vire à l’angoisse, voire à l’horreur, comme a pu le développer dans moult séries quelqu’un comme Junji Ito. Les amateurs de ce dernier trouveront sans doute leur compte dans cette série, qui nous entraine dans un huis-clos oppressant. Quelques personnages qui ne se connaissent pas ont tous subi la même terrible et déroutante expérience : ayant reçu un casse-tête (du simple Rubik’s Cube à quelque chose de plus élaboré, en passant par des mots croisés), la résolution de ce casse-tête a entrainé un phénomène étrange et inquiétant, la disparition d’une partie d’un paysage/décor connu, ou d’une partie de corps d’un familier (ou de son propre corps). Toutes ces parties manquantes sont devenues invisibles, tout en n’ayant pas réellement disparu. Tous les personnages ayant vécu cette expérience sont invités à se trouver devant un bâtiment mystérieux (en forme d’une grande boîte – d’où le titre de la série), une porte s’ouvre, ils entrent, invités par une mystérieuse jeune fille, Kyoko. Et là ils découvrent qu’ils sont prisonniers de cette structure, aux airs de labyrinthe, et qu’ils ne pourront en sortir qu’en résolvant d’autres énigmes. La suite est donc une sorte d’escape game morbide, dans lequel la tension va monter régulièrement, l’angoisse, le fantastique étant de plus en plus imprégné d’ero-guro grotesque. Morohoshi entretient le côté ludique en livrant en fin de chaque chapitre des solutions aux énigmes et impasses auxquelles ont été confrontés les personnages (et même de nombreux jeux type « 7 différences », jeux d’illusions, énigmes en tous genre, etc.). Le personnage de Kyôko, qui apparait/disparait régulièrement, mais aussi ses apparitions ponctuelles à côté d’une case, la jeune fille jouant le rôle de « maîtresse du jeu », commentant action ou dialogues de certains protagonistes, apportent un peu d’humour et ou de fraicheur à une intrigue par ailleurs plutôt asphyxiante. Le fait que Morohoshi joue constamment sur des lignes géométriques pour le décor – épuré – voire sur des cubes, renforce le côté froid et l’unité du récit. Un récit qui s’écarte de plus en plus d’une réalité cartésienne (même les monstres apparaissent comme du Yokaïs difformes improbables). Le troisième tome fait de très nombreuses références au travail d’Escher, ce qui accentue le côté absurde et froid, le côté faux et piégeux de ce qui se présente visuellement comme la réalité. Le dessin est simple et classique, relativement épuré (là aussi proche de ce que propose Ito). Les yeux de certains personnages sont parfois un chouia trop gros par contre, avec un rendu donnant l’impression qu’ils sont maquillés). Au final je dois dire qu’il y a quand même certaines redites, quelques longueurs. Mais l’auteur a su exploiter son idée de départ et en faire un récit mêlant angoisse et aspects ludiques, ces derniers compensant les longueurs évoquées plus hauts. Une lecture détente pas désagréable, dans un style faisant un peu penser à Ito, mais en moins morbide, sans doute en plus « sage ».
Stand Still
Voilà un album très interessant autant par sa forme atypique (format à l'italienne pour un comics, c'est pas tous les jours) que par le fond. Une variation originale des histoires de voyage dans le temps : il est ici question de juste pouvoir arreter le temps, se balader, faire un trucs ou deux et pendant ce temps-là tous les gens sont figés et ne bougent pas. Et pendant qu'il s'est écoulé 1 seconde pour tout le monde, la personne en possession de se pouvoir a eu une heure ou deux pour vaquer à ses occupations. Et la question qui va avec : que faire d'un tel pouvoir ? L'entrée en matière est assez prenante : des évènements bizarres et inexpliqués aux quatre coins du globe. Et plutôt du sordide et du violent : l'élimination d'un gang de motards, la disparition de chefs d'états, des règlements de comptes entre gangs... Seul un scientifique, à l'origine du procédé, semble s'y intéresser et comprendre ce qui se cache derrière ces mystères. C'est interessant, original, dynamique, le découpage est efficace et l'action va bon train. Le dessin est esthétique, colle bien à l'ambiance du récit. Pour 4 chapitres en tout cas. Un second dessinateur s'est chargé des 4 derniers chapitres, et ça le fait beaucoup moins. Un style moins réaliste, plus cartoon, mais surtout bien différent du premier. Rien dans l'histoire ne justifie cette différence. Et c'est un peu regretable, car c'est moins joli dans la seconde moitié, l'ensemble perd en cohérence, on ne reconnait pas hyper bien les personnages. En tout cas il faut un moment pour se les réapproprier. L'histoire est rythmée, et les péripéties, comme les révélations, tiennent bien la route. Jusqu'au dernier chapitre qui se résume à des scènes de poursuite alternées avec des scènes de baston. Cette dose survitaminée n'est pas la meilleure partie du scénario. Et la chute finale, bien énigmatique, n'apporte pas grand chose, si ce n'est laisser une ouverture pour une possible suite. Au final on a quand même un bel album qui se lit d'une traite. Le thème est sympa et traité de manière originale. Cela suffit amplement à rassasier un lecteur amateur de séries d'action.
L'Obsolescence programmée de nos sentiments
Zidrou commence à être u habitué des romans graphiques pleins de bons sentiments. Sans aller jusqu'à la naïveté, ses histoires relèvent -parfois- de feel good, et ça fait du bien par les temps qui courent. Ici nous avons donc deux trajectoires passées, deux personnes qui s'interrogent sur leur vie au moment d'entrer dans le troisième âge. Et qui vont se croiser, faire renaître l'espoir entre eux. La vie, tout simplement. C'est relativement classique, attendu, sans être désagréable; Zidrou a cette finesse de dialoguiste et des situations qui font mouche. Il y a ensuite cette nouvelle inattendue, et si je l'ai tout de même sentie venir, cela m'a semblé un peu too much. Le plaisir de lecture est tout de même resté à peu près intact, grâce notamment au trait fin et talentueux d'Aimée de Jongh, que j'ai découverte récemment avec son adaptation de Sa Majesté des Mouches. C'est sympathique, c'est gentuillet.