L’auteure raconte, au travers de l’expérience de son grand-père, l’exil vécu par beaucoup de Portugais.
Le récit est ici centré sur le voyage entre le Portugal et la France – ici en 1962. Les causes d’abord : fuir la misère, la dictature de Salazar et le Service militaire qui vous envoyait combattre dans les colonies africaines.
Et surtout ce voyage périlleux, qui vous fais franchir la frontière avec l’Espagne, éviter les militaires franquistes, guidé par une succession de passeurs, avec la mort qui plane au-dessus de vous en permanence.
Enfin l’arrivée, là où d’autres vous ont précédé, vous envoyant de France une vision idyllique de l’immigration, alors que les bidonvilles de la région parisienne seront votre seul horizon.
Le récit m’en a rappelé d’autres sur les dangers de ces migrations, le rôle des passeurs – qui semblent ici moins dangereux que sur d’autres continents. La fin m’a aussi rappelé ma récente lecture du documentaire Demain, demain, à propos des bidonvilles autour de Paris à cette époque.
Le titre reprend la consigne rappelée en permanence par les passeurs, ce « silence » nécessaire pour échapper à l’arrestation ou au tir des franquistes (qui visiblement n’hésitaient pas !).
La narration est fluide, mais manque sans doute un peu d’emphase, d’une certaine profondeur. Mais on ne peut que s’attacher à ces personnages – le grand-père de l’auteure en tête – et la volonté qui les animait, les sacrifices qu’ils ont dû endurer. Avec une fin ironique si on lit le petit dossier final, puisque quelques mois après ce « voyage », Espagnols et Français (pour des raisons différentes – qui n’ont hélas rien à voir avec la compassion) vont se montrer brusquement plus souples, facilitant ces migrations, dont la France des « Trente glorieuses » avait besoin.
Le dessin d’Adeline Casier (dont c’est apparemment le premier album) use d’un Noir et Blanc léger, avec des fonds parfois plus nerveux. C’est souvent minimaliste, mais ça va à l’essentiel et le rendu est plutôt agréable – comme la lecture de cet album en général.
Un triptyque plaisant, qui possède de réelles qualités.
L’intrigue se déroule dans des espaces qui peuvent être précisément circonscrits, géographiquement et chronologiquement : l’Angleterre et l’Europe (mais aussi les Amériques) de la fin du XVIIIème ou du début du XIXème siècles. Mais l’auteure – que je découvre avec cette série – s’écarte régulièrement de ces repères.
Ainsi certains noms de lieux ou de pays sont modifiés ou inventés, certaines réalités ne correspondent pas forcément à cette époque (voir la rencontre avec les Indiens Mandans, sur le « Cinquième continent », qu’on croirait avoir lieu un siècle plus tôt). Cela bascule souvent vers une sorte d’uchronie.
Vers du fantastique aussi (même si j’ai apprécié que cet aspect ne vampirise pas trop le récit, et qu’on n’abuse pas des « pouvoirs » accordés à certains personnages – c’est quand même un peu plus présent dans le troisième tome), avec ces monstres marins étonnants, inspirés de dinosaures ou d’animaux mythiques (sirènes dont la tête ressemblent à celle des cœlacanthes par exemple). Il y a un peu de La Fille maudite du capitaine pirate, même si c’est moins poétique et si le dessin s’en écarte beaucoup.
Le dessin justement. Un trait moderne, plutôt fluide et agréable, et une colorisation que j’ai trouvé réussie, et très en accord avec la tonalité du récit (un rendu « chaud » et un peu mystérieux).
Une lecture sympathique donc.
Note réelle 3,5/5.
Adaptée d'un roman éponyme, ce road movie met en scène deux frères dans le Texas profond. Troy, un petit voleur solitaire et sans envergure qui vit des vols qu'il commet dans les motels de la région, retourne dans son village natal pour aider son frère. Celui-ci vient de se faire larguer, et son ex femme a dérobé le peu qu'il possédait. S'ensuit un petit périple pour la retrouver qui va les mener sur les routes du Texas, de voitures volées en voitures volées, jusqu'à ce qu'ils découvrent une surprise inattendue sur la banquette arrière.
L'introduction est efficace, en quelques pages le décor est planté et la personnalité des protagonistes est cernée. Deux caractères affirmés, deux bourrus dans leurs styles, les retrouvailles des frangins ne sont pas accompagnées de chaleureuses accolades. Ca colle bien et on y croit volontiers quand ils se mettent en route pour retrouver l'ex belle soeur.
La petite surprise qui accompagne la découverte de la "passagère clandestine" fait son effet. Ce petit twist donne une touche d'originalité bien agréable à cette histoire. Cela lui permet de se distinguer d'un banal road movie avec deux gros bras sur la route d'un coup lambda. Cela modifie leurs plans, ils essayent de s'adapter sans changer leur cible finale. Cela amène quelques péripéties qui pimentent bien l'histoire.
On est en plein en train de se demander quelle tournure tout cela va prendre quand, la fin arrive brutalement. Expédiée littéralement en trois pages, c'est un peu trop radical et expéditif.
Coté dessin, c'est simple mais efficace, on est bien dans l'ambiance chaleureuse de cet état désertique du sud des USA.
Pendant le (court) règne d'Henri II et celui de ses fils, son épouse Catherine de Médicis a joué un rôle politique très important. On lui prête ainsi la création d'une brigade informelle, surnommée l'Escadron volant, au sin duquel un certain nombre de ses dames de compagnie ont joué le rôle d'espionnes, jouant les bretteuses et obtenant des secrets stratégiques sur l'oreiller. Techniquement, cela faisait de la Médicis une mère maquerelle, utilisant les charmes de ses courtisanes pour obtenir plus de pouvoir.
Si cet escadron a réellement existé, il fut l'objet de nombreuses fables, certaines allant parfois très loin. Raule, scénariste espagnol connu notamment pour Jazz Maynard, s'en est emparé pour tourner l'idée à sa sauce, et nous livrer un récit d'aventure historique ma foi pas mal troussé, mêlant intrigues de la Cour et combats d'épées dans les rues de Paris. Avec en prime la présence d'une tueuse venue visiblement d'Orient. Le récit est mis en images par José Muñoz, vétéran de la BD argentine, qui a notamment travaillé avec Breccia et Pratt. Son style s'est affiné dans cette série, pour ressembler à ce que l'on faisait il y a une vingtaine d'années dans la collection (A suivre). C'est très plaisant, et on voit que le dessinateur s'amuse beaucoup à varier sa mise en scène, pour nous offrir de belles planches assez classiques.
Curieux de savoir ce qu'il va arriver à Victoria, l'audacieuse débutante, dans la suite d ela série.
À mon âge, je commence à découvrir et à lire des mangas porno. Je devrais avoir plus de jugement, être plus raisonnable... Je n'aime pas le futanari, les images avec des tentacules partout, ni les histoires avec des personnages qui ressemblent à des enfants. En internet, les génitaux sont souvent censurés et c'est trop laid! Cependant, tout n'est pas mauvais, au contraire! Shinozuka Yuuji est dans la moyenne de ce que j'ai trouvé le moins mauvais, a condition d'aimer les (très) gros seins et les femmes en manque d'attention. Les histoires ne sont pas trop longues et le dessin est plutôt bien. Ce qui manque ici, je pense, c'est un peu plus d'humour et de surprises.
Je ne connaissais pas du tout le poème de Victor Hugo, mais j'ai bien aimé l'idée de reprendre cette histoire biblique un peu moins connu que d'autres en prétextant ce poème pour parler du passage en question. Je pensais le connaitre, mais en vérité je n'avais en tête que la fin de l'histoire, celle qui est souvent reprise dans les tableaux et œuvres d'art. Mais il y a pourtant bien plus !
Les deux volumes explorent donc toute l'histoire de Loth et de ses filles, tout en faisant une histoire secondaire de Victor Hugo qui la raconte à ses amis après une séance de spiritisme suite à la mort de sa fille. Cette seconde histoire aura un dénouement que j'avoue ne pas avoir bien saisi. D'accord, le poème ne serait pas de Hugo, mais franchement on s'en fiche un peu et ça semble un prétexte à apporter la présence de Georges Sand, qui n'était pas là auparavant. C'aurait été une bonne façon d'apporter la question du féminisme et de la place des femmes dans cette histoire, mais ce n'est jamais développé et c'est dommage. Cette seconde intrigue est donc assez anecdotique et je ne pense pas qu'elle soit nécessaire au récit.
Par contre l'idée de représenter tout l'épisode biblique en commençant par l'arrivée de Loth et son peuple sur les bords de Sodome et Gomorrhe jusqu'à la destruction de ces deux villes. Et c'est un récit d'aventure assez classique avec un dénouement bien connu, mais le tout est bien raconté avec des personnages sympathiques. Le récit prend le temps de se développer mais réussit aussi à retransmettre des problématiques que je doute trouver dans le texte d'origine. Et c'est plaisant de lire un récit qui déborde de son cadre initial pour faire une vraie histoire complète. N'eut-été l'absence de liens clairs entre l'histoire principale et la secondaire, j'aurais dit que la BD est une vraie réussite. En l'état, c'est bien mais pas assez travaillé sur les liens entre les deux narrations pour que je note au-dessus. A lire à l'occasion, c'est plutôt bon !
J'avais envie de voir ce que le sujet donnerait adapté en BD, la dysmorphisme d'un personnage. La BD finie, je suis content de l'avoir lu mais je dois avouer que la BD reste à la surface des choses. Un peu dommage, donc, malgré les bonnes qualités qu'elle contient.
Cette BD semble avoir été faite suite à une campagne de Kickstarter lancée en 2016 aux États-Unis, avant d'être adaptée chez nous par Ankama. C'est donc une réalisation avec beaucoup de volonté de la part de l'autrice, ce qui se sent dans l'histoire autant que dans le propos. Par exemple la dédicace d'entrée est une invitation à apprécier son corps quel qu'il soit, on ne peut être plus clair.
L'histoire de cette BD est donc celle d'une jeune femme atteinte de dysmorphisme, détestant son corps qui n'est pas celui qu'elle voudrait. Trop grosse, mal fichue, laide, elle se sent mal dans sa peau et semble subir son entourage, dans les commentaires ou les attentes. La BD va montrer ce que ce ressenti fait vivre de l'intérieur, le mal-être, les comportements alimentaires, les luttes internes, la violence qu'on subit sans qu'elle ne soit volontaire ... Plusieurs fois dans la BD, Mindy va éclater, laissant échapper à quel point sa condition lui remonte sans cesse au visage. Ces explosions de violences sont les moments où son entourage comprend enfin qu'elle est travaillée par des soucis personnels présents à chaque instant. Et qu'ils lui font du mal ...
La narration de la BD passe par un chocolat rappelant des souvenirs, permettant de remonter la vie de cette jeune femme et la façon dont elle fut sans cesse confronté à ses troubles alimentaires, aux remarques sur son physique et à la confrontation sociale qu'elle dû subir. Maintenant, cette exploration du passé et du présent, concluant sur les commentaires que son psy lui a fait afin de l'aider dans sa vie de tout les jours manque un peu de conclusion, sans doute aussi de développement. Notamment au regard des personnes autour, quel impact ont ces révélations sur eux ? Quel sont les perspectives d'avenir suite à ces prises de conscience ? Quel est le résultat pour Mindy, comment envisage-t-elle son propre avenir ?
Ces questions sont sans réponses et c'est dommage, la BD reste sur le ressenti de Mindy et son point de vue, sans jamais en sortir. De fait, je trouve que ça limite le résultat, avec une BD sympathique et honnête, apportant son propos sans jamais dépasser ce propos. De fait, ça reste limité, donc pas indispensable mais plutôt réussi !
Awar est un passeur, à la tête de convois de migrants vers le Royaume-Uni pour le compte d'un réseau aux méthodes mafieuses. L'arrivée d'une jeune Kurde fuyant la Syrie ravive chez lui de douloureux souvenirs et une humanité qu'il croyait étouffée par ce système cruel dont il n'est qu'un rouage.
Basé sur les enquêtes de terrain du journaliste Frederic Loore, cette BD raconte de l'intérieur le fonctionnement du trafic de migrants, en adoptant, fait assez rare, le point de vue des passeurs. La tonalité oscille entre thriller et drame social. Filières, intermédiaires, hiérarchie, méthodes de pression, marchandisation des corps : l'ensemble se veut instructif et documenté, et il y a un solide travail d'enquête derrière la fiction (ainsi qu'un cahier documentaire sur le trafic d'êtres humains en fin d'album).
L'objet en lui-même est une bel et grand album, un ouvrage éditorialement soigné qui impose immédiatement sa présence. Le dessin, sombre et réaliste, travaille surtout en teintes de gris, relevées de quelques rares touches de couleur venant souligner certains éléments symboliques, comme le foulard de combattante kurde de la jeune femme. Cette palette restreinte renforce la rudesse du propos. L'atmosphère est lourde, oppressante, bien en accord avec ce récit dur, presque sans échappatoire.
Sur le fond, la description du trafic est implacable. On mesure la violence du système, l'exploitation cynique, la peur constante des migrants, l'humiliation organisée par les trafiquants. C'est âpre, parfois glaçant, et probablement crédible au regard de la documentation revendiquée. Pourtant, une question persiste : le traitement des antagonistes m'a semblé très manichéen. Les trafiquants apparaissent comme revanchards, haineux, brutaux, arrogants : de véritables salopards sans nuance, à l'exception relative du héros qui dissimule son humanité derrière un masque d'impassibilité. Leur violence est telle qu'on en vient à s'interroger : est-ce la représentation fidèle d'une réalité déjà insoutenable, ou une accentuation dramatique destinée à renforcer l'impact ?
De la même manière, la passivité apparente des migrants face à ces exactions interroge (tout comme leur focalisation quasi exclusive sur le Royaume-Uni comme terre d'accueil, mais c'est un autre sujet). On conçoit que leur situation soit désespérée, que la guerre et l'absence de perspectives puissent rendre acceptable l'inacceptable. Mais face aux abus montrés ici, j'ai parfois eu du mal à comprendre pourquoi aucune révolte ne semblait possible. Je me suis demandé s'il s'agissait du reflet d'un rapport de force si écrasant qu'il annihile toute résistance, ou si le récit ne forçait pas le trait pour dénoncer l'horreur du système au détriment d'un peu de nuance. Je ne peux que supposer que l'histoire est conforme à la triste réalité documentée.
Passeur(s) est une œuvre dure, sombre et solidement construite. Un récit instructif et engagé, qui éclaire efficacement les mécanismes du trafic de migrants. Mais son traitement très frontal, presque sans nuance dans la caractérisation des bourreaux, laisse planer un doute : sommes-nous face à une réalité brute, aussi terrible que cela, ou à une vision volontairement accentuée pour frapper les consciences ?
Quoi qu'il en soit, la lecture ne laisse pas indifférent.
Arashiro, lycéen harcelé incapable d'assumer son homosexualité, se transforme en monstre après avoir été blessé par les propos homophobes d'un professeur qu'il admirait. Cette métamorphose devient une carapace : une protection contre le regard des autres, mais aussi un moyen de l'affronter pour de bon.
Avec Monstrophobie, Kazuki Minamoto livre un conte moderne assez rude sur l'homophobie, le harcèlement scolaire, la lâcheté institutionnelle et l'acceptation de soi. À partir du rejet et de la honte intériorisée, le récit élargit son propos : la victime peut devenir violente, le harcelé peut à son tour harceler, et les adultes se montrent parfois profondément défaillants. Si la thématique LGBT est centrale, l'enjeu dépasse cette seule question : il est aussi affaire d'identité, de pression sociale et de difficulté à s'accepter. Le propos, sur le fond, est sincère.
Le dessin, expressif et efficace, soutient bien les scènes de transformation et de crise intérieure. Le monstre, avec sa drôle d'allure à la frontière entre ridicule et effrayant, matérialise visuellement le mal-être, et certaines planches traduisent avec force la détresse d'Arashiro comme celle d'autres personnages.
C'est surtout le ton qui m'a laissé partagé.
L'aspect allégorique rend parfois flou le fonctionnement de cette métamorphose, dont les effets semblent variables et narrativement un peu artificiels.
Quant à la manière d'aborder les thématiques principales, par moments les réflexions sont profondes, justes et intelligentes dans leur manière d’éviter le manichéisme. Et à d’autres, certains comportements m’ont semblé étranges, voire maladroits. Le héros, notamment, franchit assez tôt une limite problématique lorsqu’il agresse sexuellement celui qu’il aime : une scène un peu violente, aussi surprenante que dérangeante, qui semble ensuite presque éludée. Difficile de ne pas rester gêné par ce traitement, mais on n'en parlera plus jamais dans la suite du manga ce qui m'a laissé circonspect.
De même, le professeur admiré apparaît constamment médiocre, mollasson et réactionnaire, au point qu'il devient difficile de comprendre l'attachement d'Arashiro.
C'est un manga surprenant, parfois subtil, parfois maladroit, qui peut déconcerter mais qui me semble néanmoins pertinent pour de jeunes lecteurs en quête de réponses sur eux-mêmes et sur le regard des autres.
Après un premier tome très convaincant augurant un très bon comics, je ressors un poil déçu par le second tome qui ne tient pas toutes les promesses initiales.
C'est un peu frustrant car il est vrai que Lemire et Nguyen avaient su traiter du vampirisme selon un angle novateur à mi-chemin entre Seuls et Sa Majesté des Mouches. En effet, plutôt que de se concentrer sur la classique lutte entre espèces ou la description du changement de condition d'humain à vampire, les auteurs nous plongent dans une ville post-apocalyptique où huit enfants vampires tuent le temps comme ils peuvent et sans que le lecteur en sache la raison. Et quand on est vampire, le temps peut paraitre une éternité...
Le tome 1 introduit ainsi idéalement l'histoire, le lecteur souhaitant connaitre l'enchaînement des événements ayant conduit ces enfants à devenir vampires puis à se retrouver seuls dans cette ville désolée. Mais voilà, le tome 2 traine ensuite beaucoup en longueur, les flashbacks des personnages retraçant le moment de leur transformation en vampire étant bien trop courts pour étoffer leur psychologie et la chute finale tardant à arriver. Et tout comme Mac Arthur, j'ai également été surpris et un peu agacé par l'arrivée de l'écriture inclusive durant le deuxième tome pour parler de Romie alors même que le personnage parle au féminin tout le premier tome et sans qu'aucune transition narrative ne permette d'expliquer ce changement d'écriture. Et franchement des iel, ieleux, la.e et âgé.e durant plusieurs dizaines de pages, c'est franchement lourdingue à lire à la longue... Et puis j'ai du mal à croire qu'un ancien vampire âgé de plusieurs siècles s'adresse à Romie par iel!
Au niveau du graphisme, si je ne suis pas forcément fan du style de Nguyen, son dessin donnant parfois l'impression d'esquisses griffonnées, je dois bien avouer qu'il colle parfaitement à ce monde post-apocalyptique. L'idée du noir et blanc ravivé de touches de rouge pour mettre en évidence le sang est également plutôt habile et renforce le côté froid et peu accueillant de la ville en ruine.
Vraiment dommage que ce second tome n'ait pas répondu aux espoirs du premier.... Une lecture agréable tout de même et qui sort du lot des BD traitant habituellement du vampirisme.
SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 7/10
GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 6,5/10
NOTE GLOBALE : 13,5/20
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Em Silêncio
L’auteure raconte, au travers de l’expérience de son grand-père, l’exil vécu par beaucoup de Portugais. Le récit est ici centré sur le voyage entre le Portugal et la France – ici en 1962. Les causes d’abord : fuir la misère, la dictature de Salazar et le Service militaire qui vous envoyait combattre dans les colonies africaines. Et surtout ce voyage périlleux, qui vous fais franchir la frontière avec l’Espagne, éviter les militaires franquistes, guidé par une succession de passeurs, avec la mort qui plane au-dessus de vous en permanence. Enfin l’arrivée, là où d’autres vous ont précédé, vous envoyant de France une vision idyllique de l’immigration, alors que les bidonvilles de la région parisienne seront votre seul horizon. Le récit m’en a rappelé d’autres sur les dangers de ces migrations, le rôle des passeurs – qui semblent ici moins dangereux que sur d’autres continents. La fin m’a aussi rappelé ma récente lecture du documentaire Demain, demain, à propos des bidonvilles autour de Paris à cette époque. Le titre reprend la consigne rappelée en permanence par les passeurs, ce « silence » nécessaire pour échapper à l’arrestation ou au tir des franquistes (qui visiblement n’hésitaient pas !). La narration est fluide, mais manque sans doute un peu d’emphase, d’une certaine profondeur. Mais on ne peut que s’attacher à ces personnages – le grand-père de l’auteure en tête – et la volonté qui les animait, les sacrifices qu’ils ont dû endurer. Avec une fin ironique si on lit le petit dossier final, puisque quelques mois après ce « voyage », Espagnols et Français (pour des raisons différentes – qui n’ont hélas rien à voir avec la compassion) vont se montrer brusquement plus souples, facilitant ces migrations, dont la France des « Trente glorieuses » avait besoin. Le dessin d’Adeline Casier (dont c’est apparemment le premier album) use d’un Noir et Blanc léger, avec des fonds parfois plus nerveux. C’est souvent minimaliste, mais ça va à l’essentiel et le rendu est plutôt agréable – comme la lecture de cet album en général.
La Fille des Cendres
Un triptyque plaisant, qui possède de réelles qualités. L’intrigue se déroule dans des espaces qui peuvent être précisément circonscrits, géographiquement et chronologiquement : l’Angleterre et l’Europe (mais aussi les Amériques) de la fin du XVIIIème ou du début du XIXème siècles. Mais l’auteure – que je découvre avec cette série – s’écarte régulièrement de ces repères. Ainsi certains noms de lieux ou de pays sont modifiés ou inventés, certaines réalités ne correspondent pas forcément à cette époque (voir la rencontre avec les Indiens Mandans, sur le « Cinquième continent », qu’on croirait avoir lieu un siècle plus tôt). Cela bascule souvent vers une sorte d’uchronie. Vers du fantastique aussi (même si j’ai apprécié que cet aspect ne vampirise pas trop le récit, et qu’on n’abuse pas des « pouvoirs » accordés à certains personnages – c’est quand même un peu plus présent dans le troisième tome), avec ces monstres marins étonnants, inspirés de dinosaures ou d’animaux mythiques (sirènes dont la tête ressemblent à celle des cœlacanthes par exemple). Il y a un peu de La Fille maudite du capitaine pirate, même si c’est moins poétique et si le dessin s’en écarte beaucoup. Le dessin justement. Un trait moderne, plutôt fluide et agréable, et une colorisation que j’ai trouvé réussie, et très en accord avec la tonalité du récit (un rendu « chaud » et un peu mystérieux). Une lecture sympathique donc. Note réelle 3,5/5.
Presidio
Adaptée d'un roman éponyme, ce road movie met en scène deux frères dans le Texas profond. Troy, un petit voleur solitaire et sans envergure qui vit des vols qu'il commet dans les motels de la région, retourne dans son village natal pour aider son frère. Celui-ci vient de se faire larguer, et son ex femme a dérobé le peu qu'il possédait. S'ensuit un petit périple pour la retrouver qui va les mener sur les routes du Texas, de voitures volées en voitures volées, jusqu'à ce qu'ils découvrent une surprise inattendue sur la banquette arrière. L'introduction est efficace, en quelques pages le décor est planté et la personnalité des protagonistes est cernée. Deux caractères affirmés, deux bourrus dans leurs styles, les retrouvailles des frangins ne sont pas accompagnées de chaleureuses accolades. Ca colle bien et on y croit volontiers quand ils se mettent en route pour retrouver l'ex belle soeur. La petite surprise qui accompagne la découverte de la "passagère clandestine" fait son effet. Ce petit twist donne une touche d'originalité bien agréable à cette histoire. Cela lui permet de se distinguer d'un banal road movie avec deux gros bras sur la route d'un coup lambda. Cela modifie leurs plans, ils essayent de s'adapter sans changer leur cible finale. Cela amène quelques péripéties qui pimentent bien l'histoire. On est en plein en train de se demander quelle tournure tout cela va prendre quand, la fin arrive brutalement. Expédiée littéralement en trois pages, c'est un peu trop radical et expéditif. Coté dessin, c'est simple mais efficace, on est bien dans l'ambiance chaleureuse de cet état désertique du sud des USA.
L'Escadron de la Reine
Pendant le (court) règne d'Henri II et celui de ses fils, son épouse Catherine de Médicis a joué un rôle politique très important. On lui prête ainsi la création d'une brigade informelle, surnommée l'Escadron volant, au sin duquel un certain nombre de ses dames de compagnie ont joué le rôle d'espionnes, jouant les bretteuses et obtenant des secrets stratégiques sur l'oreiller. Techniquement, cela faisait de la Médicis une mère maquerelle, utilisant les charmes de ses courtisanes pour obtenir plus de pouvoir. Si cet escadron a réellement existé, il fut l'objet de nombreuses fables, certaines allant parfois très loin. Raule, scénariste espagnol connu notamment pour Jazz Maynard, s'en est emparé pour tourner l'idée à sa sauce, et nous livrer un récit d'aventure historique ma foi pas mal troussé, mêlant intrigues de la Cour et combats d'épées dans les rues de Paris. Avec en prime la présence d'une tueuse venue visiblement d'Orient. Le récit est mis en images par José Muñoz, vétéran de la BD argentine, qui a notamment travaillé avec Breccia et Pratt. Son style s'est affiné dans cette série, pour ressembler à ce que l'on faisait il y a une vingtaine d'années dans la collection (A suivre). C'est très plaisant, et on voit que le dessinateur s'amuse beaucoup à varier sa mise en scène, pour nous offrir de belles planches assez classiques. Curieux de savoir ce qu'il va arriver à Victoria, l'audacieuse débutante, dans la suite d ela série.
Secret housewives
À mon âge, je commence à découvrir et à lire des mangas porno. Je devrais avoir plus de jugement, être plus raisonnable... Je n'aime pas le futanari, les images avec des tentacules partout, ni les histoires avec des personnages qui ressemblent à des enfants. En internet, les génitaux sont souvent censurés et c'est trop laid! Cependant, tout n'est pas mauvais, au contraire! Shinozuka Yuuji est dans la moyenne de ce que j'ai trouvé le moins mauvais, a condition d'aimer les (très) gros seins et les femmes en manque d'attention. Les histoires ne sont pas trop longues et le dessin est plutôt bien. Ce qui manque ici, je pense, c'est un peu plus d'humour et de surprises.
Victor Hugo et l'affaire des filles de Loth
Je ne connaissais pas du tout le poème de Victor Hugo, mais j'ai bien aimé l'idée de reprendre cette histoire biblique un peu moins connu que d'autres en prétextant ce poème pour parler du passage en question. Je pensais le connaitre, mais en vérité je n'avais en tête que la fin de l'histoire, celle qui est souvent reprise dans les tableaux et œuvres d'art. Mais il y a pourtant bien plus ! Les deux volumes explorent donc toute l'histoire de Loth et de ses filles, tout en faisant une histoire secondaire de Victor Hugo qui la raconte à ses amis après une séance de spiritisme suite à la mort de sa fille. Cette seconde histoire aura un dénouement que j'avoue ne pas avoir bien saisi. D'accord, le poème ne serait pas de Hugo, mais franchement on s'en fiche un peu et ça semble un prétexte à apporter la présence de Georges Sand, qui n'était pas là auparavant. C'aurait été une bonne façon d'apporter la question du féminisme et de la place des femmes dans cette histoire, mais ce n'est jamais développé et c'est dommage. Cette seconde intrigue est donc assez anecdotique et je ne pense pas qu'elle soit nécessaire au récit. Par contre l'idée de représenter tout l'épisode biblique en commençant par l'arrivée de Loth et son peuple sur les bords de Sodome et Gomorrhe jusqu'à la destruction de ces deux villes. Et c'est un récit d'aventure assez classique avec un dénouement bien connu, mais le tout est bien raconté avec des personnages sympathiques. Le récit prend le temps de se développer mais réussit aussi à retransmettre des problématiques que je doute trouver dans le texte d'origine. Et c'est plaisant de lire un récit qui déborde de son cadre initial pour faire une vraie histoire complète. N'eut-été l'absence de liens clairs entre l'histoire principale et la secondaire, j'aurais dit que la BD est une vraie réussite. En l'état, c'est bien mais pas assez travaillé sur les liens entre les deux narrations pour que je note au-dessus. A lire à l'occasion, c'est plutôt bon !
Eat, and Love Yourself
J'avais envie de voir ce que le sujet donnerait adapté en BD, la dysmorphisme d'un personnage. La BD finie, je suis content de l'avoir lu mais je dois avouer que la BD reste à la surface des choses. Un peu dommage, donc, malgré les bonnes qualités qu'elle contient. Cette BD semble avoir été faite suite à une campagne de Kickstarter lancée en 2016 aux États-Unis, avant d'être adaptée chez nous par Ankama. C'est donc une réalisation avec beaucoup de volonté de la part de l'autrice, ce qui se sent dans l'histoire autant que dans le propos. Par exemple la dédicace d'entrée est une invitation à apprécier son corps quel qu'il soit, on ne peut être plus clair. L'histoire de cette BD est donc celle d'une jeune femme atteinte de dysmorphisme, détestant son corps qui n'est pas celui qu'elle voudrait. Trop grosse, mal fichue, laide, elle se sent mal dans sa peau et semble subir son entourage, dans les commentaires ou les attentes. La BD va montrer ce que ce ressenti fait vivre de l'intérieur, le mal-être, les comportements alimentaires, les luttes internes, la violence qu'on subit sans qu'elle ne soit volontaire ... Plusieurs fois dans la BD, Mindy va éclater, laissant échapper à quel point sa condition lui remonte sans cesse au visage. Ces explosions de violences sont les moments où son entourage comprend enfin qu'elle est travaillée par des soucis personnels présents à chaque instant. Et qu'ils lui font du mal ... La narration de la BD passe par un chocolat rappelant des souvenirs, permettant de remonter la vie de cette jeune femme et la façon dont elle fut sans cesse confronté à ses troubles alimentaires, aux remarques sur son physique et à la confrontation sociale qu'elle dû subir. Maintenant, cette exploration du passé et du présent, concluant sur les commentaires que son psy lui a fait afin de l'aider dans sa vie de tout les jours manque un peu de conclusion, sans doute aussi de développement. Notamment au regard des personnes autour, quel impact ont ces révélations sur eux ? Quel sont les perspectives d'avenir suite à ces prises de conscience ? Quel est le résultat pour Mindy, comment envisage-t-elle son propre avenir ? Ces questions sont sans réponses et c'est dommage, la BD reste sur le ressenti de Mindy et son point de vue, sans jamais en sortir. De fait, je trouve que ça limite le résultat, avec une BD sympathique et honnête, apportant son propos sans jamais dépasser ce propos. De fait, ça reste limité, donc pas indispensable mais plutôt réussi !
Passeur(s)
Awar est un passeur, à la tête de convois de migrants vers le Royaume-Uni pour le compte d'un réseau aux méthodes mafieuses. L'arrivée d'une jeune Kurde fuyant la Syrie ravive chez lui de douloureux souvenirs et une humanité qu'il croyait étouffée par ce système cruel dont il n'est qu'un rouage. Basé sur les enquêtes de terrain du journaliste Frederic Loore, cette BD raconte de l'intérieur le fonctionnement du trafic de migrants, en adoptant, fait assez rare, le point de vue des passeurs. La tonalité oscille entre thriller et drame social. Filières, intermédiaires, hiérarchie, méthodes de pression, marchandisation des corps : l'ensemble se veut instructif et documenté, et il y a un solide travail d'enquête derrière la fiction (ainsi qu'un cahier documentaire sur le trafic d'êtres humains en fin d'album). L'objet en lui-même est une bel et grand album, un ouvrage éditorialement soigné qui impose immédiatement sa présence. Le dessin, sombre et réaliste, travaille surtout en teintes de gris, relevées de quelques rares touches de couleur venant souligner certains éléments symboliques, comme le foulard de combattante kurde de la jeune femme. Cette palette restreinte renforce la rudesse du propos. L'atmosphère est lourde, oppressante, bien en accord avec ce récit dur, presque sans échappatoire. Sur le fond, la description du trafic est implacable. On mesure la violence du système, l'exploitation cynique, la peur constante des migrants, l'humiliation organisée par les trafiquants. C'est âpre, parfois glaçant, et probablement crédible au regard de la documentation revendiquée. Pourtant, une question persiste : le traitement des antagonistes m'a semblé très manichéen. Les trafiquants apparaissent comme revanchards, haineux, brutaux, arrogants : de véritables salopards sans nuance, à l'exception relative du héros qui dissimule son humanité derrière un masque d'impassibilité. Leur violence est telle qu'on en vient à s'interroger : est-ce la représentation fidèle d'une réalité déjà insoutenable, ou une accentuation dramatique destinée à renforcer l'impact ? De la même manière, la passivité apparente des migrants face à ces exactions interroge (tout comme leur focalisation quasi exclusive sur le Royaume-Uni comme terre d'accueil, mais c'est un autre sujet). On conçoit que leur situation soit désespérée, que la guerre et l'absence de perspectives puissent rendre acceptable l'inacceptable. Mais face aux abus montrés ici, j'ai parfois eu du mal à comprendre pourquoi aucune révolte ne semblait possible. Je me suis demandé s'il s'agissait du reflet d'un rapport de force si écrasant qu'il annihile toute résistance, ou si le récit ne forçait pas le trait pour dénoncer l'horreur du système au détriment d'un peu de nuance. Je ne peux que supposer que l'histoire est conforme à la triste réalité documentée. Passeur(s) est une œuvre dure, sombre et solidement construite. Un récit instructif et engagé, qui éclaire efficacement les mécanismes du trafic de migrants. Mais son traitement très frontal, presque sans nuance dans la caractérisation des bourreaux, laisse planer un doute : sommes-nous face à une réalité brute, aussi terrible que cela, ou à une vision volontairement accentuée pour frapper les consciences ? Quoi qu'il en soit, la lecture ne laisse pas indifférent.
Monstrophobie
Arashiro, lycéen harcelé incapable d'assumer son homosexualité, se transforme en monstre après avoir été blessé par les propos homophobes d'un professeur qu'il admirait. Cette métamorphose devient une carapace : une protection contre le regard des autres, mais aussi un moyen de l'affronter pour de bon. Avec Monstrophobie, Kazuki Minamoto livre un conte moderne assez rude sur l'homophobie, le harcèlement scolaire, la lâcheté institutionnelle et l'acceptation de soi. À partir du rejet et de la honte intériorisée, le récit élargit son propos : la victime peut devenir violente, le harcelé peut à son tour harceler, et les adultes se montrent parfois profondément défaillants. Si la thématique LGBT est centrale, l'enjeu dépasse cette seule question : il est aussi affaire d'identité, de pression sociale et de difficulté à s'accepter. Le propos, sur le fond, est sincère. Le dessin, expressif et efficace, soutient bien les scènes de transformation et de crise intérieure. Le monstre, avec sa drôle d'allure à la frontière entre ridicule et effrayant, matérialise visuellement le mal-être, et certaines planches traduisent avec force la détresse d'Arashiro comme celle d'autres personnages. C'est surtout le ton qui m'a laissé partagé. L'aspect allégorique rend parfois flou le fonctionnement de cette métamorphose, dont les effets semblent variables et narrativement un peu artificiels. Quant à la manière d'aborder les thématiques principales, par moments les réflexions sont profondes, justes et intelligentes dans leur manière d’éviter le manichéisme. Et à d’autres, certains comportements m’ont semblé étranges, voire maladroits. Le héros, notamment, franchit assez tôt une limite problématique lorsqu’il agresse sexuellement celui qu’il aime : une scène un peu violente, aussi surprenante que dérangeante, qui semble ensuite presque éludée. Difficile de ne pas rester gêné par ce traitement, mais on n'en parlera plus jamais dans la suite du manga ce qui m'a laissé circonspect. De même, le professeur admiré apparaît constamment médiocre, mollasson et réactionnaire, au point qu'il devient difficile de comprendre l'attachement d'Arashiro. C'est un manga surprenant, parfois subtil, parfois maladroit, qui peut déconcerter mais qui me semble néanmoins pertinent pour de jeunes lecteurs en quête de réponses sur eux-mêmes et sur le regard des autres.
Little Monsters
Après un premier tome très convaincant augurant un très bon comics, je ressors un poil déçu par le second tome qui ne tient pas toutes les promesses initiales. C'est un peu frustrant car il est vrai que Lemire et Nguyen avaient su traiter du vampirisme selon un angle novateur à mi-chemin entre Seuls et Sa Majesté des Mouches. En effet, plutôt que de se concentrer sur la classique lutte entre espèces ou la description du changement de condition d'humain à vampire, les auteurs nous plongent dans une ville post-apocalyptique où huit enfants vampires tuent le temps comme ils peuvent et sans que le lecteur en sache la raison. Et quand on est vampire, le temps peut paraitre une éternité... Le tome 1 introduit ainsi idéalement l'histoire, le lecteur souhaitant connaitre l'enchaînement des événements ayant conduit ces enfants à devenir vampires puis à se retrouver seuls dans cette ville désolée. Mais voilà, le tome 2 traine ensuite beaucoup en longueur, les flashbacks des personnages retraçant le moment de leur transformation en vampire étant bien trop courts pour étoffer leur psychologie et la chute finale tardant à arriver. Et tout comme Mac Arthur, j'ai également été surpris et un peu agacé par l'arrivée de l'écriture inclusive durant le deuxième tome pour parler de Romie alors même que le personnage parle au féminin tout le premier tome et sans qu'aucune transition narrative ne permette d'expliquer ce changement d'écriture. Et franchement des iel, ieleux, la.e et âgé.e durant plusieurs dizaines de pages, c'est franchement lourdingue à lire à la longue... Et puis j'ai du mal à croire qu'un ancien vampire âgé de plusieurs siècles s'adresse à Romie par iel! Au niveau du graphisme, si je ne suis pas forcément fan du style de Nguyen, son dessin donnant parfois l'impression d'esquisses griffonnées, je dois bien avouer qu'il colle parfaitement à ce monde post-apocalyptique. L'idée du noir et blanc ravivé de touches de rouge pour mettre en évidence le sang est également plutôt habile et renforce le côté froid et peu accueillant de la ville en ruine. Vraiment dommage que ce second tome n'ait pas répondu aux espoirs du premier.... Une lecture agréable tout de même et qui sort du lot des BD traitant habituellement du vampirisme. SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 7/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 6,5/10 NOTE GLOBALE : 13,5/20