Après lecture des 14 tomes.
Ils sont corrects, ma note globale ne dépasse pas 3/5 et quelques-uns sont à 4/5.
Je dis correct, car tout est très lisse, scolaire dans la mise en scène et le dessin.
Je n’ai pas bien compris le choix de nombreux dessinateurs qui sont certes excellents, mais dont le style n’est pas adapté pour de la « barbare fantasy » tirant vers la dark fantasy.
Pour ma part, les deux qui sortent du lot sont les tomes 9 « Les mangeurs d’hommes de Zamboula » et 10 « La maison aux trois bandits » : ils apportent quelque chose de beaucoup plus expressif, sauvage, charnel, avec une vraie sensualité dans la mise en scène, dans le dessin, le choix des couleurs et la présence magnétique des personnages. Note 4/5 avec coup de cœur.
Mon tome préféré à tous points de vue, dessin, couleur, découpage, narration, ambiance etc, c’est celui de Gess : « Les mangeurs d’hommes de Zamboula ». Je trouve que c’est un auteur remarquable et complet ; on le voit notamment avec sa magnifique série « les contes de la pieuvre » dont par exemple Célestin et le coeur de Vendrezanne.
Le talent de Virginie Augustin est tel que le tome 6 « Chimères de fer dans la clarté lunaire » est aussi brillant, même s’il reste sage pour un univers Cimmérien. Note 4/5
Le tome 8 « Le peuple du Cercle noir » de Sylvain Runberg & Jae-Kwang Park est vraiment bien réalisé, mais le dessin est très typé manga et du coup ne donne pas une interprétation assez réaliste du cimmérien à mon goût. Note 3,5/5
Le tome 13 « Xuthal la crépusculaire » de Christophe Bec est de bonne facture, mais je ressens toujours une sorte de malaise à la lecture de ses bd mis à part Carême. Note 3,5/5
Le témoignage de Ponthus m'a enthousiasmé, aussi étais-je véritablement curieux de voir ce que donnerait son adaptation en roman graphique. Mais j'ai bien vite déchanté. Les illustrations sont certes élégantes, mais bien sages ! Nulle rage ici, nulle âpreté, nulle dureté ! Notre héros a par exemple une petite bouille ronde bien joviale quand j'escomptais lire dans son visage l'hargneuse ironie prolétarienne d'un punk anar' quelque peu revenu de ses illusions de jeunesse. De même, le récit surdécoupe les scénettes de l'essai, ne parvenant à en rendre ni la puissance poétique, ni la détresse sociale, ni même (chose plus surprenante) la dureté du travail déshumanisant. Le parcours de cet homme brisé se découvre ici paisiblement, sa vie de famille est tout juste survolée oubliant combien le travail, notamment de nuit, use les couples. Enfin, le regard sur la condition ouvrière et les ouvriers côtoyés vient presque contredire le militantisme originel : la bd insiste sur l'humour sexiste de l'insupportable collègue, sur les avantages contractuels des grévistes syndiqués, mais autrement moins sur le regard empli d'humanité, sur l'unité de classe malgré les inégalités de statut. Au risque de modifier le regard général et d'inviter son lecteur au mépris à l'égard de ces supposés "illettrés".
Martinière ne parvient pas non plus à intégrer suffisamment d'éléments dans son récit pour que son lecteur comprenne véritablement combien le fait de fredonner en travaillant est bien plus qu'un moyen de combler l'ennui : il s'agit là véritablement d'une nécessité pour surmonter les terribles conditions de travail.
La liste des remontrances paraît longue comme le bras, mais le matériau demeure de qualité, le projet davantage maladroitement mené que trahi. Néanmoins, mieux vaut relire Ceux qui me touchent ou le témoignage de Ponthus, et espérer que Julien Martinière parvienne à l'avenir à mieux structurer ses récits, à mieux découper ses BD, à s'éloigner du scénario pour en respecter davantage l'esprit que la trame séquencée.
L'héroïne, Cécile, fille de magistrat rêve de marcher dans les traces de son père et d'embrasser également une carrière dans la magistrature. Seulement, en 1848, la société de l'époque ne voit pas les choses comme cela. Ce type de carrière est réservé aux hommes tandis que la place des femmes est plutôt à la maison. Cécile ne l'entend pas de cette oreille.
Il n'en faut pas plus pour embarquer avec elle dans un récit d'aventures, teinté de western et de féminisme. De western car sa route va la mener dans un village du sud des États Unis où elle héritera de l'étoile de shérif. De féminisme car ses talents d'oratrice lui serviront autant pour défendre les causes qu'elle estime justes, que pour plaider la cause de son genre dans un combat contre la discrimination. L'histoire s'appuie d'ailleurs sur quelques faits historiques pour étayer ce propos.
Ce mix donne un récit burlesque et distrayant. Il y a quelques scènes assez sympathiques. Que ce soit la beuverie qui va la conduire vers les USA, l'attaque de train qu'elle va vivre lors de son premier voyage, ou son plaidoyer improvisé pour éviter la pendaison à ses agresseurs, il y a quelques passages cocasses. La dimension sociale est également abordée intelligemment et l'ensemble se tient sur 120 pages.
Un premier album original, tant dans le graphisme que dans le propos.
Un road-movie qui m'a semblé correct, sans plus.
Il faut dire que les personnages et les situations qu'ils vivent sont un peu cliché: alors le héros est encore une fois un jeune trentenaire qui hésite encore devenir définitivement un adulte responsable avec sa copine ou continuer de faire le con avec son copain un peu toxique qu'il n'a plus vu depuis un an. Dites c'est quand la dernière fois que vous avez lu ou vu une œuvre de fiction où c'était la femme d'un couple qui était l'irresponsable ? Non je dis ça parce que j'ai déjà eu un collègue de travail qui avait la fibre paternelle et qui adorait sa fille pendant que la mère foutait rien et c'est lui qui payait tout. Pourquoi je vois jamais des gens qui sont comme ceux de mon entourage dans la fiction, est-ce que ma vie et la leur sont si extraordinaires que ça ?
Pour revenir à la bd, le héros part donc en road-movie avec son meilleur pote qu'il n'a pas vu depuis un an après qui se soit disputé avec sa copine. Le voyage va être l'occasion pour le héros de mettre les points sur les i sur ce qu'il a vraiment envie de faire de sa vie et s'il a vraiment changé ou non en un an. Il y a des qualités dans cet album, le dessin est dynamique et il y a de bons dialogues, c'est juste que tout est trop classique et cousu de fils blancs, pour que cela reste une lecture marquante. Même les révélations de la fin, je les avais devinées au milieu de l'album, lorsque j'ai remarqué quelques incidents bizarres.
Première anthologie d'Enki Bilal avant Mémoires d'autres temps qui sera publié vingt ans plus tard.
A l'inverse du second recueil, celui ci est tout en couleurs. Il ne comporte pas de sommaire et il est plus condensé (45 pages contre 70).
On a moins l'impression d'un fond de catalogue. On se concentre sur huit histoires, aucune n'est à jeter (enfin si : Orlson et le déglingué).
Les récits sont toutefois très courts, trop courts pour laisser un souvenir mémorable, et l'ouvrage reste par conséquent destiné aux complétionistes de Bilal.
C'est effectivement un Western tout ce qu'il y a de plus classique. Et pour distraire durant 1-2heures de lecture, il fait très bien le job.
Après, j'ai quand même trois gros reproches:
1.Le dessin est certes clair et propre, mais franchement désuet dans le style: cette BD est dessinée comme pas mal de westerns des années 70-début 80.
2.Pareil pour le scénario 100%-action qui semble dater de la même époque.
3.Et qui surtout est à la fois prévisible et peu crédible.
Car oui, je termine ma critique par un court résumé, alors que d'habitude c'est par-là qu'on commence: un homme de loi (sollicitor en anglais, il n'y a pas d'équivalent véritable en droit français, le plus proche c'est huissier) va essayer de retrouver un héritier pour lui permettre de palper quelques millions.
Cet homme de loi est équipé d'un pistolet automatique dernier cri, avec lequel il va envoyer ad patres la moitié de l’État du Texas. Car oui, il tue, tue et re-tue les méchants avec un rythme qui laisse quand même songeur, sans jamais avoir à subir une quelconque conséquence légale.
Et les péripéties s'enchaînent de manière complètement abracadabrantesque et incohérente.
En gros (très) fun mais très bête aussi.
J’ai lu le Roman Graphique Super-Gau de Bea Davies et j’ai globalement apprécié cette lecture. L’histoire se déroule à Berlin et suit plusieurs personnages dont les vies se croisent. En arrière-plan, on apprend qu’un grand événement s’est produit au Japon : un puissant tsunami provoque la catastrophe de Fukushima de 2011. La BD ne raconte pas directement cette catastrophe, mais plutôt la façon dont un événement mondial peut influencer la vie de personnes qui vivent très loin.
Ce que j’ai le plus aimé dans cette BD, ce sont les illustrations. Le style de dessin paraît simple au premier regard, mais il est en réalité très expressif. Les visages des personnages transmettent beaucoup d’émotions et certaines pages sont presque artistiques. J’ai trouvé que les planches étaient très agréables à regarder et que le dessin rendait l’histoire encore plus touchante.
L’histoire est assez calme et contemplative. Il n’y a pas vraiment d’action et le récit peut parfois sembler un peu abstrait. Le tsunami reste surtout en arrière-plan et sert plutôt à montrer comment des vies peuvent être reliées par un même événement.
Au final, j’ai bien aimé Super-Gau, surtout pour son style graphique et son ambiance. C’est une BD originale et poétique qui parle des relations humaines et de la manière dont un événement lointain peut avoir un impact sur la vie des gens.
Un témoignage factuel et très bien documenté, d’une lutte qui a marqué l’imaginaire collectif. Et qui permet de découvrir, non seulement les tenants et aboutissants, les acteurs (qui s’agrègent en plusieurs vagues d’arrivées, avec des motivations parfois hétérogènes). Mais surtout – et cet aspect m’avait échappé – c’est la ténacité, le courage des participants qui sont mis en avant, car cette lutte a duré presque une quinzaine d’années, pour éviter des expropriations/expulsions au profit de l’armée, sur le beau plateau du Larzac.
L’intérêt de cet album est aussi de l’ancrer dans l’époque, une sorte de queue de la comète des luttes sociales, avec beaucoup de personnes à la conscience politique les poussant à un engagement personnel quasi christique. Si l’époque a changé, la lutte autour du Larzac présage par bien des aspects certaines luttes actuelles, mais aussi certains moyens d’actions utilisés plus tard. En particulier lors de la création et de la défense de certaines ZAD.
Le dessin, dans un style réaliste, avec un trait fin, est très lisible, plutôt détaillé et agréable. Je l’ai juste trouvé un peu sec et rigide. Mais l’essentiel est ailleurs. Cet album, qui est complété par un bon dossier, et qui place des photographies d’époque au milieu des différents chapitres, se révèle une lecture instructive. Un documentaire historique réussi.
Note réelle 3,5/5.
Pas ma came mais original et très bien dessiné. Gon peut fasciner car il n'y a pas de parole mais un dinosaure aussi féroce que l'être humain peut l'être, mais bien exotique d'être sans parole, justement, et du fait qu'on n'en côtoie pas autrement qu'en fiction ! Il peut aussi déplaire pour la même raison, le brave Gon !
Par ma note moyenne, je donne mon ressenti, mais je gage que cette œuvre étrange restera parce que ceux qui l'aiment y sont particulièrement attachés. Peut être défoulant et drôle à lire, repousse les limites du genre bd car sans parole, hyper réaliste sans être caricatural et pourtant, assez drôle. Moi, j'en ai lu un et ça m'a suffi, mais bon, les passionnés liront et reliront… Moi, en principe j'achète ce que je pense que je vais lire et relire, de ce point de vue, Perramus est vraiment parfait.
Je suis un gros amateur de Bouzard, et de son type d’humour gentiment dérisoire et absurde. Pourtant, je suis sorti un chouia moins captivé par cet album que Ro.
En fait, j’attendais encore plus d’humour con et décalé, et c’est à ce niveau que j’ai été un peu frustré.
Car l’album est lié à la sortie d’une série Disney, et se présente quasiment comme un teasing, une sorte de publicité/making-of de cette série. Et la plupart des participants (équipe technique surtout) apparaissent ici.
Cela freine un peu trop le délire, et rend d’autant plus nécessaire d’aller dans le n’importe quoi absurde pour s’en écarter.
Bouzard y parvient à plusieurs reprises – ce qui fait que la lecture est quand même plaisante et amusante – avec quelques bons petits moments jouissifs, avec Bouzard en fouteur de merde, en chieur qi cherche régulièrement à signaler qu’il peut « dépanner », rodant autour – et parfois dans – le tournage, accompagné d’un Rantanplan philosophe (là aussi moins con que celui de Goscinny hélas).
Bref, un album sympa, mais pas autant que je ne l’espérais.
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Conan le Cimmérien
Après lecture des 14 tomes. Ils sont corrects, ma note globale ne dépasse pas 3/5 et quelques-uns sont à 4/5. Je dis correct, car tout est très lisse, scolaire dans la mise en scène et le dessin. Je n’ai pas bien compris le choix de nombreux dessinateurs qui sont certes excellents, mais dont le style n’est pas adapté pour de la « barbare fantasy » tirant vers la dark fantasy. Pour ma part, les deux qui sortent du lot sont les tomes 9 « Les mangeurs d’hommes de Zamboula » et 10 « La maison aux trois bandits » : ils apportent quelque chose de beaucoup plus expressif, sauvage, charnel, avec une vraie sensualité dans la mise en scène, dans le dessin, le choix des couleurs et la présence magnétique des personnages. Note 4/5 avec coup de cœur. Mon tome préféré à tous points de vue, dessin, couleur, découpage, narration, ambiance etc, c’est celui de Gess : « Les mangeurs d’hommes de Zamboula ». Je trouve que c’est un auteur remarquable et complet ; on le voit notamment avec sa magnifique série « les contes de la pieuvre » dont par exemple Célestin et le coeur de Vendrezanne. Le talent de Virginie Augustin est tel que le tome 6 « Chimères de fer dans la clarté lunaire » est aussi brillant, même s’il reste sage pour un univers Cimmérien. Note 4/5 Le tome 8 « Le peuple du Cercle noir » de Sylvain Runberg & Jae-Kwang Park est vraiment bien réalisé, mais le dessin est très typé manga et du coup ne donne pas une interprétation assez réaliste du cimmérien à mon goût. Note 3,5/5 Le tome 13 « Xuthal la crépusculaire » de Christophe Bec est de bonne facture, mais je ressens toujours une sorte de malaise à la lecture de ses bd mis à part Carême. Note 3,5/5
A la ligne
Le témoignage de Ponthus m'a enthousiasmé, aussi étais-je véritablement curieux de voir ce que donnerait son adaptation en roman graphique. Mais j'ai bien vite déchanté. Les illustrations sont certes élégantes, mais bien sages ! Nulle rage ici, nulle âpreté, nulle dureté ! Notre héros a par exemple une petite bouille ronde bien joviale quand j'escomptais lire dans son visage l'hargneuse ironie prolétarienne d'un punk anar' quelque peu revenu de ses illusions de jeunesse. De même, le récit surdécoupe les scénettes de l'essai, ne parvenant à en rendre ni la puissance poétique, ni la détresse sociale, ni même (chose plus surprenante) la dureté du travail déshumanisant. Le parcours de cet homme brisé se découvre ici paisiblement, sa vie de famille est tout juste survolée oubliant combien le travail, notamment de nuit, use les couples. Enfin, le regard sur la condition ouvrière et les ouvriers côtoyés vient presque contredire le militantisme originel : la bd insiste sur l'humour sexiste de l'insupportable collègue, sur les avantages contractuels des grévistes syndiqués, mais autrement moins sur le regard empli d'humanité, sur l'unité de classe malgré les inégalités de statut. Au risque de modifier le regard général et d'inviter son lecteur au mépris à l'égard de ces supposés "illettrés". Martinière ne parvient pas non plus à intégrer suffisamment d'éléments dans son récit pour que son lecteur comprenne véritablement combien le fait de fredonner en travaillant est bien plus qu'un moyen de combler l'ennui : il s'agit là véritablement d'une nécessité pour surmonter les terribles conditions de travail. La liste des remontrances paraît longue comme le bras, mais le matériau demeure de qualité, le projet davantage maladroitement mené que trahi. Néanmoins, mieux vaut relire Ceux qui me touchent ou le témoignage de Ponthus, et espérer que Julien Martinière parvienne à l'avenir à mieux structurer ses récits, à mieux découper ses BD, à s'éloigner du scénario pour en respecter davantage l'esprit que la trame séquencée.
Cécile la shérif
L'héroïne, Cécile, fille de magistrat rêve de marcher dans les traces de son père et d'embrasser également une carrière dans la magistrature. Seulement, en 1848, la société de l'époque ne voit pas les choses comme cela. Ce type de carrière est réservé aux hommes tandis que la place des femmes est plutôt à la maison. Cécile ne l'entend pas de cette oreille. Il n'en faut pas plus pour embarquer avec elle dans un récit d'aventures, teinté de western et de féminisme. De western car sa route va la mener dans un village du sud des États Unis où elle héritera de l'étoile de shérif. De féminisme car ses talents d'oratrice lui serviront autant pour défendre les causes qu'elle estime justes, que pour plaider la cause de son genre dans un combat contre la discrimination. L'histoire s'appuie d'ailleurs sur quelques faits historiques pour étayer ce propos. Ce mix donne un récit burlesque et distrayant. Il y a quelques scènes assez sympathiques. Que ce soit la beuverie qui va la conduire vers les USA, l'attaque de train qu'elle va vivre lors de son premier voyage, ou son plaidoyer improvisé pour éviter la pendaison à ses agresseurs, il y a quelques passages cocasses. La dimension sociale est également abordée intelligemment et l'ensemble se tient sur 120 pages. Un premier album original, tant dans le graphisme que dans le propos.
Fidji
Un road-movie qui m'a semblé correct, sans plus. Il faut dire que les personnages et les situations qu'ils vivent sont un peu cliché: alors le héros est encore une fois un jeune trentenaire qui hésite encore devenir définitivement un adulte responsable avec sa copine ou continuer de faire le con avec son copain un peu toxique qu'il n'a plus vu depuis un an. Dites c'est quand la dernière fois que vous avez lu ou vu une œuvre de fiction où c'était la femme d'un couple qui était l'irresponsable ? Non je dis ça parce que j'ai déjà eu un collègue de travail qui avait la fibre paternelle et qui adorait sa fille pendant que la mère foutait rien et c'est lui qui payait tout. Pourquoi je vois jamais des gens qui sont comme ceux de mon entourage dans la fiction, est-ce que ma vie et la leur sont si extraordinaires que ça ? Pour revenir à la bd, le héros part donc en road-movie avec son meilleur pote qu'il n'a pas vu depuis un an après qui se soit disputé avec sa copine. Le voyage va être l'occasion pour le héros de mettre les points sur les i sur ce qu'il a vraiment envie de faire de sa vie et s'il a vraiment changé ou non en un an. Il y a des qualités dans cet album, le dessin est dynamique et il y a de bons dialogues, c'est juste que tout est trop classique et cousu de fils blancs, pour que cela reste une lecture marquante. Même les révélations de la fin, je les avais devinées au milieu de l'album, lorsque j'ai remarqué quelques incidents bizarres.
Mémoires d'outre-espace
Première anthologie d'Enki Bilal avant Mémoires d'autres temps qui sera publié vingt ans plus tard. A l'inverse du second recueil, celui ci est tout en couleurs. Il ne comporte pas de sommaire et il est plus condensé (45 pages contre 70). On a moins l'impression d'un fond de catalogue. On se concentre sur huit histoires, aucune n'est à jeter (enfin si : Orlson et le déglingué). Les récits sont toutefois très courts, trop courts pour laisser un souvenir mémorable, et l'ouvrage reste par conséquent destiné aux complétionistes de Bilal.
L'Homme de la loi
C'est effectivement un Western tout ce qu'il y a de plus classique. Et pour distraire durant 1-2heures de lecture, il fait très bien le job. Après, j'ai quand même trois gros reproches: 1.Le dessin est certes clair et propre, mais franchement désuet dans le style: cette BD est dessinée comme pas mal de westerns des années 70-début 80. 2.Pareil pour le scénario 100%-action qui semble dater de la même époque. 3.Et qui surtout est à la fois prévisible et peu crédible. Car oui, je termine ma critique par un court résumé, alors que d'habitude c'est par-là qu'on commence: un homme de loi (sollicitor en anglais, il n'y a pas d'équivalent véritable en droit français, le plus proche c'est huissier) va essayer de retrouver un héritier pour lui permettre de palper quelques millions. Cet homme de loi est équipé d'un pistolet automatique dernier cri, avec lequel il va envoyer ad patres la moitié de l’État du Texas. Car oui, il tue, tue et re-tue les méchants avec un rythme qui laisse quand même songeur, sans jamais avoir à subir une quelconque conséquence légale. Et les péripéties s'enchaînent de manière complètement abracadabrantesque et incohérente. En gros (très) fun mais très bête aussi.
Super Gau
J’ai lu le Roman Graphique Super-Gau de Bea Davies et j’ai globalement apprécié cette lecture. L’histoire se déroule à Berlin et suit plusieurs personnages dont les vies se croisent. En arrière-plan, on apprend qu’un grand événement s’est produit au Japon : un puissant tsunami provoque la catastrophe de Fukushima de 2011. La BD ne raconte pas directement cette catastrophe, mais plutôt la façon dont un événement mondial peut influencer la vie de personnes qui vivent très loin. Ce que j’ai le plus aimé dans cette BD, ce sont les illustrations. Le style de dessin paraît simple au premier regard, mais il est en réalité très expressif. Les visages des personnages transmettent beaucoup d’émotions et certaines pages sont presque artistiques. J’ai trouvé que les planches étaient très agréables à regarder et que le dessin rendait l’histoire encore plus touchante. L’histoire est assez calme et contemplative. Il n’y a pas vraiment d’action et le récit peut parfois sembler un peu abstrait. Le tsunami reste surtout en arrière-plan et sert plutôt à montrer comment des vies peuvent être reliées par un même événement. Au final, j’ai bien aimé Super-Gau, surtout pour son style graphique et son ambiance. C’est une BD originale et poétique qui parle des relations humaines et de la manière dont un événement lointain peut avoir un impact sur la vie des gens.
Larzac - Histoire d'une résistance paysanne
Un témoignage factuel et très bien documenté, d’une lutte qui a marqué l’imaginaire collectif. Et qui permet de découvrir, non seulement les tenants et aboutissants, les acteurs (qui s’agrègent en plusieurs vagues d’arrivées, avec des motivations parfois hétérogènes). Mais surtout – et cet aspect m’avait échappé – c’est la ténacité, le courage des participants qui sont mis en avant, car cette lutte a duré presque une quinzaine d’années, pour éviter des expropriations/expulsions au profit de l’armée, sur le beau plateau du Larzac. L’intérêt de cet album est aussi de l’ancrer dans l’époque, une sorte de queue de la comète des luttes sociales, avec beaucoup de personnes à la conscience politique les poussant à un engagement personnel quasi christique. Si l’époque a changé, la lutte autour du Larzac présage par bien des aspects certaines luttes actuelles, mais aussi certains moyens d’actions utilisés plus tard. En particulier lors de la création et de la défense de certaines ZAD. Le dessin, dans un style réaliste, avec un trait fin, est très lisible, plutôt détaillé et agréable. Je l’ai juste trouvé un peu sec et rigide. Mais l’essentiel est ailleurs. Cet album, qui est complété par un bon dossier, et qui place des photographies d’époque au milieu des différents chapitres, se révèle une lecture instructive. Un documentaire historique réussi. Note réelle 3,5/5.
Gon
Pas ma came mais original et très bien dessiné. Gon peut fasciner car il n'y a pas de parole mais un dinosaure aussi féroce que l'être humain peut l'être, mais bien exotique d'être sans parole, justement, et du fait qu'on n'en côtoie pas autrement qu'en fiction ! Il peut aussi déplaire pour la même raison, le brave Gon ! Par ma note moyenne, je donne mon ressenti, mais je gage que cette œuvre étrange restera parce que ceux qui l'aiment y sont particulièrement attachés. Peut être défoulant et drôle à lire, repousse les limites du genre bd car sans parole, hyper réaliste sans être caricatural et pourtant, assez drôle. Moi, j'en ai lu un et ça m'a suffi, mais bon, les passionnés liront et reliront… Moi, en principe j'achète ce que je pense que je vais lire et relire, de ce point de vue, Perramus est vraiment parfait.
L'Homme qui a vu l'homme qui filme l'homme qui tire plus vite que son ombre (presque journal d'un tournage)
Je suis un gros amateur de Bouzard, et de son type d’humour gentiment dérisoire et absurde. Pourtant, je suis sorti un chouia moins captivé par cet album que Ro. En fait, j’attendais encore plus d’humour con et décalé, et c’est à ce niveau que j’ai été un peu frustré. Car l’album est lié à la sortie d’une série Disney, et se présente quasiment comme un teasing, une sorte de publicité/making-of de cette série. Et la plupart des participants (équipe technique surtout) apparaissent ici. Cela freine un peu trop le délire, et rend d’autant plus nécessaire d’aller dans le n’importe quoi absurde pour s’en écarter. Bouzard y parvient à plusieurs reprises – ce qui fait que la lecture est quand même plaisante et amusante – avec quelques bons petits moments jouissifs, avec Bouzard en fouteur de merde, en chieur qi cherche régulièrement à signaler qu’il peut « dépanner », rodant autour – et parfois dans – le tournage, accompagné d’un Rantanplan philosophe (là aussi moins con que celui de Goscinny hélas). Bref, un album sympa, mais pas autant que je ne l’espérais.