Le Familistère de Guise est une utopie sociale qui a fonctionné pour de bon pendant près d'un siècle. Créée grâce à la fortune, à l'intelligence et au bon cœur de Jean-Baptiste Godin, il a offert un lieu d'habitation parfaitement équilibré et organisé à des centaines de familles ouvrières qui pouvaient bénéficier ainsi de l'accès aux bienfaits de la richesse sans être riches. JD Morvan prend pour base cette merveille d'architecture et de société pour imaginer une intrigue où l'une des protégées de Godin, issue du monde de la petite criminalité, va répliquer ce même concept de familistère au cœur de Paris pour créer une utopie de Cour des Miracles alimentée par le crime, s'attirant par là même la haine des plus radicaux soutiens du projet initial de Godin.
C'est un scénario taillé sur mesure pour le dessinateur Romain Rousseaux Perin qui est issu du monde de l'architecture et de la sociologie. Si son dessin des personnages est simplement bien, ses représentations des bâtiments, intérieurs et extérieurs, et des vues de Paris et d'ailleurs sont purement impressionnantes. Cela commence par une vue épatante du Paris de 1861, puis plus tard une incroyable vue plongeante en fish-eye du familistère de la Truanderie. Et cela continue comme ça, avec un tel soin du détail dans les décors qu'on sent que l'auteur s'est véritablement fait plaisir. Rien que pour ça et pour que la (re)découverte du Familistère de Guise, cela vaut le coup de la lecture.
L'intrigue pour sa part a la belle qualité de mettre en avant ce fameux endroit et la merveille architecturale et sociale qu'il représentait, malheureusement maintenue par une ressource économique qui ne pouvait pas être éternelle. Et c'est justement pour trouver une source de revenus inépuisable que JD Morvan et son personnage principal ont imaginé l'obtenir du crime organisé. S'ensuit une histoire de vengeance punitive, de kidnapping et d'hypnotisme qui est un peu plus tirée par les cheveux, notamment motivée par un fils de Jean-Baptiste Godin qui est présenté en personnage détestable (alors qu'a priori il n'était que simplement médiocre dans la vraie vie). On y trouve un peu trop de facilités qui rabaissent les bonnes qualités du reste de l'histoire et de l'idée même de la baser sur le concept de ces familistères.
En outre, alors que l'intrigue tient relativement la route jusqu'à la fin du second tome, elle se conclut de manière très abrupte par un retournement de situation qui survient dans les toutes dernières pages et qui manque fortement de logique et de constance par rapport au reste du récit. Bref, une fin qui se veut tragique et forte mais qui déçoit en fait singulièrement, comme si elle avait dû être expédiée en trois pages au lieu d'un troisième tome complet.
En définitive, il y a donc du très bon et du franchement moins bon dans cette série qui a toutefois l'intérêt de faire découvrir aux lecteurs ce fameux Familistère.
Note : 2,5/5
Le gris est entré à l’intérieur des hommes.
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Ce tome constitue un recueil de plusieurs histoires courtes d’un même auteur. Son édition originale date de 1981. Il a été réalisé par Edmond Baudoin pour les dessins, avec des scénarios de Baudoin, Dominique Diani, Michel Gaudo, et Arthur Rimbaud. Il comprend neuf récit de deux à sept pages, pour un total de quarante-quatre pages.
Ville, cinq pages, d’après Arthur Rimbaud. Un jeune homme considère la ville autour de lui ; il est un éphémère et point trop mécontent. Autour de lui d’immenses cheminées d’usine, et des individus en robe noire indistincte également rasés. Citoyen d’une métropole crue moderne parce que tout goût connu a été éludé dans les ameublements et l’extérieur des maisons aussi bien que dans le plan de la ville. Ici on ne signalerait les traces d’aucun monument de superstition. La morale et la langue seront réduites à leur plus simple expression. Enfin ! Ces millions de gens qui n’ont pas besoin de se connaître amènent si pareillement l’éducation, le métier et la vieillesse, que ce cours de vie doit être plusieurs fois moins long que ce qu’une statistique folle trouve pour les peuples du continent. Aussi comme de sa fenêtre, il voit des spectres nouveaux roulant à travers l’épaisse et éternelle fumée de charbon – leur ombre des bois, leur nuit d’été – des Erinnyes nouvelles devant son cottage qui est sa patrie et tout son cœur puisque tout ici ressemble à ceci. La mort sans pleurs, leur active fille et servante, un amour désespéré, et un joli crime piaulant dans la boue de la rue.
Éducation, texte de Dominique Diani, six pages. À la campagne, une vielle femme est adossée à un muret de pierre devant sa modeste maison, et un adolescent est assis dans l’herbe devant elle, l’écoutant. Il aimait parler avec elle, elle vivait seule. Elle avait peut-être cent ans, un regard jeune. Et ses paroles faisaient rêver. Il lui demande comment c’était l’amour. Elle le lui décrit : L’amour, c’est… C’est la mer qui caresse et qui enveloppe. La mer qui doucement l’envahit toute. Et soudain, violemment, elle est la mer. Ses vagues dans son ventre et dans sa tête. Ciel et terre roulant en vagues que rien ne peut arrêter, rien ni personne. Aucun de ces obstacles que les hommes tirent des fonds de leur bonne conscience. Mais au loin apparaissent des silhouettes toutes de noir vêtu. Elles se rapprochent et s’en prennent à la vieille qu’elles commencent à rouer de coups avec des bâtons. – Rencontre, trois pages : Une jeune femme se promène entre des rangées de hauts arbres. Dans la lumière finissante, l’odeur des arbres envahit l’air tiède : elle s’avance. La nuit gagne sur le jour et sa silhouette gracile est nimbée de l’or du soir. Belle, elle est belle. Les lignes des arbres se perdent derrière elle. L’ombre effaçant le jour, il sort du parc et il la rencontre de nouveau dans la foule. Elle parle à un jeune homme barbu, le narrateur sent monter en lui une bouffée de jalousie. Elle a mis son pull et la nuit tombant enfin, ils se quittent, ce qui rend sa joie au narrateur.
Pour être précis, il s’agit de la deuxième bande dessinée de l’auteur, après le recueil de récits de science-fiction Civilisation, publié par l’éditeur Glénat en 1981. À nouveau, il s’agit d’un recueil de nouvelles. Pour cinq d’entre elles, le bédéaste collabore avec un scénariste : Dominique Diani pour le récit Éducation, Michel Gaudo pour trois histoires (La balle au bond, Georges Pourcellier, Charon le nocher), et avec Arthur Rimbaud (1854-1891), ou du moins il s’en inspire pour le premier récit. Au travers de ces neuf histoires, il raconte des sortes de fables, avec une touche poétique, onirique, fantastique, morbide, répressive, normalisatrice, et même mythologique. Le lecteur familier de l’auteur décèle dans ces premières œuvres, l’humanisme qui court tout au long de ses créations, la fascination et le respect pour les femmes et leur mystère, le plaisir du milieu naturel et le caractère oppressant de la ville et du béton. Il remarque plusieurs expressions d’une sensibilité Hippie : défiance vis-à-vis de la police et l’autorité, états de conscience alternatifs à défaut d’être chimiquement altérés, envie de liberté et de rapports humains plus authentiques, retour à la nature ou tout du moins connexion avec elle. Dans cette phase initiale de sa carrière, l’artiste utilise plus volontiers la plume que le pinceau. Cela donne une sensation plus griffée dans ses dessins, avec des aplats de noir présentant des irrégularités, une approche plus descriptive que par la suite, plus appliquée et moins déliée.
Le lecteur peut appréhender de se plonger dans des œuvres de jeunesse, quand bien même il s’agit d’un de ses créateurs préférés : les sensations seront différentes de celles engendrées par ses œuvres ultérieures des années, des décennies plus tard. En effet, les dessins présentent une apparence moins organique, plus sèche, plus acérée, parfois un peu maladroite. Le lecteur peut parfois s’interroger sur une proportion anatomique ou sur la taille d’un élément en comparaison avec celle d’un autre avec lequel il est en rapport dans la même case. Dans le même temps, il se trouve vite impressionné par l’inventivité visuelle déjà déployée par un artiste dont l’originalité transparaît. Dès la première planche : le jeu sur le contraste entre le personnage fortement encré et les zones laissées blanches dans chaque case, puis le jeu géométrique avec les canalisations et tuyaux de fort diamètre. Dans la deuxième histoire, il joue avec la masse noire des robes des villageois, et les cases aérées et claires où évolue la vieille femme redevenue jeune. Dans Rencontre, il met à profit l’expressivité du visage de la jeune femme. Dans Une vie inutile, il réalise une magnifique illustration : un homme pêchant un poisson à main nue dans un cours d’eau impétueux. Dans nombreuses d’entre elles, il joue avec les hachures courtes et sèches pour réaliser des fonds de case expressionnistes.
En passant à Immigration, le lecteur découvre une histoire en deux pages, seize cases, trois courtes bulles : poignante. Dans la deuxième planche de La maladie, la dernière case relève d’une composition quasi abstraite, les façades des immeubles ayant été comme surexposées pour aboutir à un assemblage géométrique de triangles, de rectangles et de segments, contrastant totalement avec les traits plus souples pour l’herbe qui ondule, ou l’entrelacs de traits fins pour la complexité des houppiers des arbres, et les courbes d’un corps féminin dénudé. Alors même qu’il n’a pas encore adopté le pinceau ou acquis cette élégance extraordinaire dans la représentation des environnements naturels et dans l’expressivité de la personnalité des êtres humains, l’artiste fait déjà preuve de sa propre personnalité graphique, faisant apparaître ses influences, à savoir d’autres bédéastes de l’époque, et son originalité dans sa capacité à mettre à profit ces techniques en noir & blanc pour exprimer son monde intérieur. Le lecteur ressent à la fois l’oppression de la concentration urbaine, et le plaisir des milieux naturels, ainsi que la complexité de la relation à l’autre, et la sensation de l’oppression générée par la foule indistincte.
Tout seul ou avec un scénariste, le créateur réalise de courtes histoires, avec une fin bien claire, abordant des sujets divers. Au cours de ces neuf récits, il fait ressentir l’anonymat insupportable et angoissant de l’individu face à la foule urbaine, la répression normative que la société fait peser sur l’individu, l’élan amoureux pour une inconnue qui n’est pas libre, la question fondamentale sur le sens de la vie ou la raison de l’existence. Puis il met en scène une veuve qui s’émancipe, l’ordre bourgeois qui finit par triompher, un pilote d’avion militaire face à la mort, un étranger interpellant un habitant dans une ville, la grisaille omniprésente à l’œuvre dans la ville. Le lecteur sent bien l’influence des préoccupations soixante-huitardes : le thème de la vie urbaine qui aliène l’individu, qui rend les uns étrangers aux autres, qui oppresse et opprime l’individu. Dans le même temps, le récit mettant en scène des individus nommés Georges Pourcellier de génération en génération évoque le fait que dans une bonne famille, les membres de la famille se conforment aux diktats de la bonne éducation, et que les quelques excentriques sont confinés à des épiphénomènes bien vite oubliés avec le retour à la normale, ou dans le droit chemin de la génération suivante.
Une partie de ces récits mettent en scène personnage féminin, dans un rôle secondaire. L’auteur met à chaque fois en scène un jeu de séduction, explicite ou implicite, sans être forcément amoureux. Dans le premier récit, il est possible d’interpréter la dernière case comme une femme tenant un couteau ensanglanté, le texte évoquant : Un joli crime piaulant dans la boue de la rue, une image de femme fatale. Dans la seconde, la vieille femme semble accueillir avec plaisir la compagnie d’un jeune homme, puis évoquer sa folle jeunesse à elle, et la répression qu’elle a subie, tout en tournant en dérision l’impulsion du jeune homme à se voir en sauveur comme un chevalier sur sa monture. L’histoire suivante surprend par ce jeune acceptant que la jeune femme qui le fascine et qu’il a abordée, ne soit pas libre. Vient une veuve qui s’épanouit après le décès de son mari, en profitant de la vie, des femmes servant de muse. Et enfin une femme gagnée par la grisaille, pour le plus grand chagrin de son compagnon. Déjà cet auteur se démarque totalement des autres bédéastes de l’époque et des suivantes par la singularité de son rapport aux femmes, basé sur le respect et le consentement, de manière authentiquement naturelle.
De courts récits mêlant poésie et fantastique, avec une fibre sociale et rebelle. Une collection fascinante à la fois par ses dessins déjà très personnels, par le positionnement de l’auteur et de ses collaborateurs dans leur époque, par sa sensibilité humaniste en développement et par son rapport singulier aux femmes. Séduisant.
Petit album par le format, mais grand par la pagination, ce livre attire d'abord le regard grace à sa très jolie couverture. Ce casque d'astronaute qui laisse apparaitre partiellement un visage entravé du reflet d'une navette spatiale symbolise parfaitement le rêve de la conquête de l'espace. Et la palette de couleurs nous envoie direct dans les années 80... nous voici directement dans le bain avant même d'ouvrir l'album.
Ce récit documentaire est signé par un des co-scénariste de La Bombe. Le sujet abordé ici est l'explosion qui a suivi le décollage de la navette Challenger en janvier 1986. Drame diffusé en direct à la télévision devant des millions de téléspectateurs. Le récit s'attarde sur les passagers qui composent l'équipage. Il sera particulièrement question de l'un d'entre eux. Une professeur, choisie sur le volet après un long processus de sélection, devant devenir la première civile envoyée dans l'espace.
Le récit s'attarde sur les années et les mois précédents le drame, habilement décomptés à la manière d'un compte à rebours. Comment nos astronautes se sont préparés : On y suivra leur entrainement, un peu, leurs questionnements et états d'âmes, beaucoup. Il y a d'ailleurs quelques longueurs. Savoir que nos héros s'interrogent, qu'ils stressent et que cela à des répercussions sur leurs vies de famille, c'est logique. D'autant insister, comme par exemple lors de l'enchainement de scènes à Thanksgiving, où chacun découpe la dinde en famille en se retrouvant confrontés aux mêmes questions de leurs proches, c'est un peu longuet à force.
A coté de ça, le récit introduit assez tôt le rôle d'un fournisseur de joints toriques utilisés sur le lanceur de la navette. Très vite on comprend que ces pièces auront un role à jouer dans l'explosion à venir. Ce qui est vraiment intéressant, c'est de voir que de nombreuses alertes, parfois virulentes, ont été signalées à plusieurs reprises. Ce qui est terrible, c'est de voir comment la NASA ne les a pas prises en compte, préférant ne pas décaler le lancement pour des problématique d'image et de budget.
Tout ça nous conduit inéluctablement au drame annoncé. La fin, probablement légèrement romancée, raconte les dernières secondes de l'équipage et ajoute un peu de tension et de drama à l'ensemble. Un final assez réussi pour conclure une histoire terrible qui aura durablement marqué le monde de l'aérospatial.
La Promesse de la Tortue est une bonne bande dessinée de pirates, solide et agréable à lire, qui se distingue surtout par son choix de placer des héroïnes féminines au centre du récit. Le contexte historique et pirate est crédible et restitue un univers rude sans complaisance excessive.
Le scénario repose sur une construction efficace : trois trajectoires féminines qui avancent tour à tour ensemble puis séparément pour se retrouver. Cette alternance donne un rythme maîtrisé et permet de suivre l’évolution personnelle de chacune des héroïnes, dont la progression est l’un des vrais points forts de la série.
Les romances apportent une respiration bienvenue et participent à l’humanisation des personnages, même si elles restent parfois un peu faibles ou convenues. L’ensemble fonctionne néanmoins bien : une aventure prenante, portée par des personnages attachants, dans un univers dur mais jamais gratuit.
Dans un petit village où il ne se passe strictement rien, une entreprise de pompes funèbres végète faute de clients. Personne ne meurt, les journées s’étirent dans une torpeur absurde, jusqu’au jour où un décès relance enfin la machine et embarque les deux employés dans un convoi funéraire qui va peu à peu tourner à la farce noire.
La lecture n’est pas désagréable, loin de là. Il y a une ambiance sympathique de petit village breton, un humour noir discret, un côté décalé assez sympathique dans cette galerie de personnages un peu paumés et ces lieux figés hors du temps. Le dessin fonctionne bien, lisible, propre, au service de ce ton un peu mélancolique et absurde.
Mais pendant toute ma lecture, je me suis quand même demandé où l’auteur voulait en venir. Ça enchaîne les situations étranges, les petites bizarreries, les péripéties plus ou moins loufoques, sans que je perçoive vraiment une direction claire ou un vrai enjeu. On avance, mais un peu à tâtons. Et la fin, qui prend une tournure surprenante mais s'achève de manière assez rapide, ne vient pas vraiment éclairer tout ça ni donner un vrai sentiment d’aboutissement. Du coup, je suis resté un peu sur ma faim, légèrement perplexe.
Je n'ai pas passé un mauvais moment pour autant, ça se lit facilement, mais une impression d’ensemble un peu floue qui m’empêche d’être réellement convaincu.
Un chercheur un peu – beaucoup – zarbi, sorte de mixe entre Frankenstein et le docteur Moreau, bricole des êtres improbables à partir de bestioles que lui ramène son pote, le héros de l’histoire (au passage, le bestiaire est assez barré). Le héros donc, qui cherche à éviter une bande mafieuse à qui il doit des sous, à se rabibocher avec son ex et son gamin. Mais surtout qui cherche une rédemption, en libérant une créature de son pote chercheur fou, ce qui va entrainer leur brouille et quelques violences.
C’est rythmé, parfois un peu trashouille. Mais c’est aussi vite lu, un peu creux, l’univers étrange est finalement eu développé. J’en suis en tout cas sorti avec un ressenti mitigé.
Le dessin est original, étrange. Avec des corps aux proportions surprenantes, comme les décors d’ailleurs, où proportions, perspectives, ne sont pas toujours « habituelles ».
Un univers relativement original, mais au final le sentiment de n’avoir lu qu’une ébauche, quelques idées foutraques jetées sur le papier.
Note réelle 2,5/5.
Dans le métro, Thibault, garçon timide et sans histoire, échange un regard avec une inconnue. À partir de là, une succession d'accidents, de rencontres et de malentendus l'entraîne, le temps d'une nuit, dans une spirale de situations de plus en plus improbables, du simple sac de litière éventré à des péripéties franchement rocambolesques, sans qu'il ne maîtrise jamais vraiment ce qui lui arrive.
Graphiquement, c'est clairement le gros point fort. Olivier Pont est aussi connu pour Où le regard ne porte pas... et Un putain de salopard et son talent de dessinateur ne fait aucun doute. Son trait est souple, vivant, très agréable à l'œil, avec un côté semi-réaliste chaleureux qui donne beaucoup de charme aux personnages comme aux décors. Paris a une vraie présence, les expressions sont pleines d'énergie, et certaines séquences nocturnes ont quelque chose de très poétique. À plusieurs reprises, des éléments tant visuels que scénaristiques m'ont rappelé l'ambiance de La nuit du chat, très bon album de la série Broussaille qui me semble bien avoir inspiré en partie l'auteur : ce même mélange de douceur urbaine, de balade un peu onirique et de tendresse mélancolique. Visuellement, c'est beau, généreux et franchement plaisant à parcourir.
Là où je suis beaucoup plus réservé, c'est sur la construction du scénario. Toute la mécanique repose sur une accumulation de coïncidences et de quiproquos qui enfoncent toujours davantage le héros dans une situation plus compliquée que la précédente. Sauf que ce procédé est ultra vu et revu, et je ne l'ai jamais trouvé enthousiasmant. Cette fuite en avant permanente, censée être drôle ou virevoltante, m'a surtout donné une impression de facilité, comme si les péripéties s'enchaînaient un peu au hasard. On avance, mais sans véritable tension ni surprise, juste par empilement d'événements.
Ce n'est que quand j'ai compris le lien avec la comptine Trois p'tits chats et sa logique d'associations en cascade que j'ai pu mieux accepter le principe, et que ça a atténué mon agacement. L'idée donne au chaos une petite cohérence ludique. Mais ça ne compense pas totalement le manque de structure. Et le fait d'apprendre en postface que le scénario a été largement improvisé explique sans doute ce ressenti : j'ai souvent eu l'impression d'une suite de passages convenus plutôt que d'un récit vraiment construit.
J'ai apprécié le dessin très joli et l'ambiance attachante, mais côté histoire je suis resté sur quelque chose de trop déjà-vu et trop léger, une balade sympathique sur le moment, mais pas vraiment mémorable.
Note : 2,5/5
2.5
Franchement déçu par la lecture de ce premier tome. Au vu des notes positives, je pensais que j'aillais adorer, mais ce ne fut pas le cas.
La structure du scénario ressemble à un conte. Ce n'est pas pour me déplaire car j'aime bien les contes, mais le scénario est vraiment trop classique pour me passionner. À la limite, cela ne m'aurait pas trop dérangé si au moins les personnages étaient attachants, mais voilà le pêcheur me laisse indifférent et la salamandre m'a vite . C'est aussi encore une fois un premier tome introductif où il ne se passe pas grand chose pendant trop de pages afin que le tome se termine sur un cliffhanger qui incite le lecteur à lire la suite. Parlons de la suite, j'ai vu que le second tome est sorti récemment et franchement je ne pense pas que j'ai vraiment envie de le lire un jour.
Il reste le dessin qui est certes superbe, mais cela ne suffit pas à rendre un scénario captivant.
Il me semble que c'est par Automne que j'ai commencé ma découverte de McNaught en fin 2025. C'est une histoire sur la banalité d'un quotidien, morne, routinier. Le personnage principal est un jeune garçon qui se trouve être commis de cuisine dans une maison de retraite. Il a aussi un autre petit boulot et il aime les jeux vidéos. Les dialogues sont ultra-limités. L'album doit se lire en 5 minutes montre en main. Un peu plus si vous avez envie de détailler chaque case où une simple action, un simple décor comme le vol d'un oiseau ou la chute d'une feuille d'arbre peut être découpé sur 4 petites cases.
Je lis héritier de Richard McGuire ou de Chris Ware, je ne suis pas étonné en terme de narration les habitués de M. Ware vont s'y retrouver ici. Palette de couleurs limitée et subtile.
Un manga de seulement 5 tomes qui explore pas mal de sujets. Cela commence par 2 étudiants geek qui fabriquent un joli robot femme dans leur garage, tellement réaliste qu'on ne la distingue pas d'un humain. Il faut juste la rebrancher une fois de temps en temps. Passons sur l'exploit technique, ils décident de la coupler avec un système 'démocratique', c'est-à-dire qu'ils infectent par un virus l'ordinateur de 3000 personnes pour les faire participer à une expérience inédite. Cette communauté va pouvoir déterminer les actions du robot à la majorité parmi les propositions des uns et des autres. Pour que les participants ne reconnaissent pas les lieux, les noms et les visages, les créateurs mettent en place un système de brouillage.
Pour le coup cela commence comme dans la série Code Lisa que je regardais gamin, mais le côté démocratique permet d'avoir tout un tas de réflexions philosophiques et reflétant la société dans le meilleur avec les connaissances cumulées des uns et des autres et aussi dans le pire avec des gens extrémistes qui vont faire dériver l'expérience. Par exemple c'est au début du tome 4 de mémoire qu'on trouve toute une séquence sur un vieil homme malade qui souhaite en finir avec sa vie, la robote par la voix d'une participante infirmière au fait du système de santé japonais lui parle de tout un tas de possibilités pour pouvoir être hospitalisé à domicile. Il y a toute une dialectique entre les 2 personnages sur le sujet de la fin de vie, problématique qui est aussi en discussions en France ces temps-ci.
Parfois un peu longuet et bavard, c'est en tout cas une histoire solide autour de la psychologie sociale d'un groupe d'anonymes.
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Rue de la Grande Truanderie
Le Familistère de Guise est une utopie sociale qui a fonctionné pour de bon pendant près d'un siècle. Créée grâce à la fortune, à l'intelligence et au bon cœur de Jean-Baptiste Godin, il a offert un lieu d'habitation parfaitement équilibré et organisé à des centaines de familles ouvrières qui pouvaient bénéficier ainsi de l'accès aux bienfaits de la richesse sans être riches. JD Morvan prend pour base cette merveille d'architecture et de société pour imaginer une intrigue où l'une des protégées de Godin, issue du monde de la petite criminalité, va répliquer ce même concept de familistère au cœur de Paris pour créer une utopie de Cour des Miracles alimentée par le crime, s'attirant par là même la haine des plus radicaux soutiens du projet initial de Godin. C'est un scénario taillé sur mesure pour le dessinateur Romain Rousseaux Perin qui est issu du monde de l'architecture et de la sociologie. Si son dessin des personnages est simplement bien, ses représentations des bâtiments, intérieurs et extérieurs, et des vues de Paris et d'ailleurs sont purement impressionnantes. Cela commence par une vue épatante du Paris de 1861, puis plus tard une incroyable vue plongeante en fish-eye du familistère de la Truanderie. Et cela continue comme ça, avec un tel soin du détail dans les décors qu'on sent que l'auteur s'est véritablement fait plaisir. Rien que pour ça et pour que la (re)découverte du Familistère de Guise, cela vaut le coup de la lecture. L'intrigue pour sa part a la belle qualité de mettre en avant ce fameux endroit et la merveille architecturale et sociale qu'il représentait, malheureusement maintenue par une ressource économique qui ne pouvait pas être éternelle. Et c'est justement pour trouver une source de revenus inépuisable que JD Morvan et son personnage principal ont imaginé l'obtenir du crime organisé. S'ensuit une histoire de vengeance punitive, de kidnapping et d'hypnotisme qui est un peu plus tirée par les cheveux, notamment motivée par un fils de Jean-Baptiste Godin qui est présenté en personnage détestable (alors qu'a priori il n'était que simplement médiocre dans la vraie vie). On y trouve un peu trop de facilités qui rabaissent les bonnes qualités du reste de l'histoire et de l'idée même de la baser sur le concept de ces familistères. En outre, alors que l'intrigue tient relativement la route jusqu'à la fin du second tome, elle se conclut de manière très abrupte par un retournement de situation qui survient dans les toutes dernières pages et qui manque fortement de logique et de constance par rapport au reste du récit. Bref, une fin qui se veut tragique et forte mais qui déçoit en fait singulièrement, comme si elle avait dû être expédiée en trois pages au lieu d'un troisième tome complet. En définitive, il y a donc du très bon et du franchement moins bon dans cette série qui a toutefois l'intérêt de faire découvrir aux lecteurs ce fameux Familistère. Note : 2,5/5
Les Sentiers cimentés
Le gris est entré à l’intérieur des hommes. - Ce tome constitue un recueil de plusieurs histoires courtes d’un même auteur. Son édition originale date de 1981. Il a été réalisé par Edmond Baudoin pour les dessins, avec des scénarios de Baudoin, Dominique Diani, Michel Gaudo, et Arthur Rimbaud. Il comprend neuf récit de deux à sept pages, pour un total de quarante-quatre pages. Ville, cinq pages, d’après Arthur Rimbaud. Un jeune homme considère la ville autour de lui ; il est un éphémère et point trop mécontent. Autour de lui d’immenses cheminées d’usine, et des individus en robe noire indistincte également rasés. Citoyen d’une métropole crue moderne parce que tout goût connu a été éludé dans les ameublements et l’extérieur des maisons aussi bien que dans le plan de la ville. Ici on ne signalerait les traces d’aucun monument de superstition. La morale et la langue seront réduites à leur plus simple expression. Enfin ! Ces millions de gens qui n’ont pas besoin de se connaître amènent si pareillement l’éducation, le métier et la vieillesse, que ce cours de vie doit être plusieurs fois moins long que ce qu’une statistique folle trouve pour les peuples du continent. Aussi comme de sa fenêtre, il voit des spectres nouveaux roulant à travers l’épaisse et éternelle fumée de charbon – leur ombre des bois, leur nuit d’été – des Erinnyes nouvelles devant son cottage qui est sa patrie et tout son cœur puisque tout ici ressemble à ceci. La mort sans pleurs, leur active fille et servante, un amour désespéré, et un joli crime piaulant dans la boue de la rue. Éducation, texte de Dominique Diani, six pages. À la campagne, une vielle femme est adossée à un muret de pierre devant sa modeste maison, et un adolescent est assis dans l’herbe devant elle, l’écoutant. Il aimait parler avec elle, elle vivait seule. Elle avait peut-être cent ans, un regard jeune. Et ses paroles faisaient rêver. Il lui demande comment c’était l’amour. Elle le lui décrit : L’amour, c’est… C’est la mer qui caresse et qui enveloppe. La mer qui doucement l’envahit toute. Et soudain, violemment, elle est la mer. Ses vagues dans son ventre et dans sa tête. Ciel et terre roulant en vagues que rien ne peut arrêter, rien ni personne. Aucun de ces obstacles que les hommes tirent des fonds de leur bonne conscience. Mais au loin apparaissent des silhouettes toutes de noir vêtu. Elles se rapprochent et s’en prennent à la vieille qu’elles commencent à rouer de coups avec des bâtons. – Rencontre, trois pages : Une jeune femme se promène entre des rangées de hauts arbres. Dans la lumière finissante, l’odeur des arbres envahit l’air tiède : elle s’avance. La nuit gagne sur le jour et sa silhouette gracile est nimbée de l’or du soir. Belle, elle est belle. Les lignes des arbres se perdent derrière elle. L’ombre effaçant le jour, il sort du parc et il la rencontre de nouveau dans la foule. Elle parle à un jeune homme barbu, le narrateur sent monter en lui une bouffée de jalousie. Elle a mis son pull et la nuit tombant enfin, ils se quittent, ce qui rend sa joie au narrateur. Pour être précis, il s’agit de la deuxième bande dessinée de l’auteur, après le recueil de récits de science-fiction Civilisation, publié par l’éditeur Glénat en 1981. À nouveau, il s’agit d’un recueil de nouvelles. Pour cinq d’entre elles, le bédéaste collabore avec un scénariste : Dominique Diani pour le récit Éducation, Michel Gaudo pour trois histoires (La balle au bond, Georges Pourcellier, Charon le nocher), et avec Arthur Rimbaud (1854-1891), ou du moins il s’en inspire pour le premier récit. Au travers de ces neuf histoires, il raconte des sortes de fables, avec une touche poétique, onirique, fantastique, morbide, répressive, normalisatrice, et même mythologique. Le lecteur familier de l’auteur décèle dans ces premières œuvres, l’humanisme qui court tout au long de ses créations, la fascination et le respect pour les femmes et leur mystère, le plaisir du milieu naturel et le caractère oppressant de la ville et du béton. Il remarque plusieurs expressions d’une sensibilité Hippie : défiance vis-à-vis de la police et l’autorité, états de conscience alternatifs à défaut d’être chimiquement altérés, envie de liberté et de rapports humains plus authentiques, retour à la nature ou tout du moins connexion avec elle. Dans cette phase initiale de sa carrière, l’artiste utilise plus volontiers la plume que le pinceau. Cela donne une sensation plus griffée dans ses dessins, avec des aplats de noir présentant des irrégularités, une approche plus descriptive que par la suite, plus appliquée et moins déliée. Le lecteur peut appréhender de se plonger dans des œuvres de jeunesse, quand bien même il s’agit d’un de ses créateurs préférés : les sensations seront différentes de celles engendrées par ses œuvres ultérieures des années, des décennies plus tard. En effet, les dessins présentent une apparence moins organique, plus sèche, plus acérée, parfois un peu maladroite. Le lecteur peut parfois s’interroger sur une proportion anatomique ou sur la taille d’un élément en comparaison avec celle d’un autre avec lequel il est en rapport dans la même case. Dans le même temps, il se trouve vite impressionné par l’inventivité visuelle déjà déployée par un artiste dont l’originalité transparaît. Dès la première planche : le jeu sur le contraste entre le personnage fortement encré et les zones laissées blanches dans chaque case, puis le jeu géométrique avec les canalisations et tuyaux de fort diamètre. Dans la deuxième histoire, il joue avec la masse noire des robes des villageois, et les cases aérées et claires où évolue la vieille femme redevenue jeune. Dans Rencontre, il met à profit l’expressivité du visage de la jeune femme. Dans Une vie inutile, il réalise une magnifique illustration : un homme pêchant un poisson à main nue dans un cours d’eau impétueux. Dans nombreuses d’entre elles, il joue avec les hachures courtes et sèches pour réaliser des fonds de case expressionnistes. En passant à Immigration, le lecteur découvre une histoire en deux pages, seize cases, trois courtes bulles : poignante. Dans la deuxième planche de La maladie, la dernière case relève d’une composition quasi abstraite, les façades des immeubles ayant été comme surexposées pour aboutir à un assemblage géométrique de triangles, de rectangles et de segments, contrastant totalement avec les traits plus souples pour l’herbe qui ondule, ou l’entrelacs de traits fins pour la complexité des houppiers des arbres, et les courbes d’un corps féminin dénudé. Alors même qu’il n’a pas encore adopté le pinceau ou acquis cette élégance extraordinaire dans la représentation des environnements naturels et dans l’expressivité de la personnalité des êtres humains, l’artiste fait déjà preuve de sa propre personnalité graphique, faisant apparaître ses influences, à savoir d’autres bédéastes de l’époque, et son originalité dans sa capacité à mettre à profit ces techniques en noir & blanc pour exprimer son monde intérieur. Le lecteur ressent à la fois l’oppression de la concentration urbaine, et le plaisir des milieux naturels, ainsi que la complexité de la relation à l’autre, et la sensation de l’oppression générée par la foule indistincte. Tout seul ou avec un scénariste, le créateur réalise de courtes histoires, avec une fin bien claire, abordant des sujets divers. Au cours de ces neuf récits, il fait ressentir l’anonymat insupportable et angoissant de l’individu face à la foule urbaine, la répression normative que la société fait peser sur l’individu, l’élan amoureux pour une inconnue qui n’est pas libre, la question fondamentale sur le sens de la vie ou la raison de l’existence. Puis il met en scène une veuve qui s’émancipe, l’ordre bourgeois qui finit par triompher, un pilote d’avion militaire face à la mort, un étranger interpellant un habitant dans une ville, la grisaille omniprésente à l’œuvre dans la ville. Le lecteur sent bien l’influence des préoccupations soixante-huitardes : le thème de la vie urbaine qui aliène l’individu, qui rend les uns étrangers aux autres, qui oppresse et opprime l’individu. Dans le même temps, le récit mettant en scène des individus nommés Georges Pourcellier de génération en génération évoque le fait que dans une bonne famille, les membres de la famille se conforment aux diktats de la bonne éducation, et que les quelques excentriques sont confinés à des épiphénomènes bien vite oubliés avec le retour à la normale, ou dans le droit chemin de la génération suivante. Une partie de ces récits mettent en scène personnage féminin, dans un rôle secondaire. L’auteur met à chaque fois en scène un jeu de séduction, explicite ou implicite, sans être forcément amoureux. Dans le premier récit, il est possible d’interpréter la dernière case comme une femme tenant un couteau ensanglanté, le texte évoquant : Un joli crime piaulant dans la boue de la rue, une image de femme fatale. Dans la seconde, la vieille femme semble accueillir avec plaisir la compagnie d’un jeune homme, puis évoquer sa folle jeunesse à elle, et la répression qu’elle a subie, tout en tournant en dérision l’impulsion du jeune homme à se voir en sauveur comme un chevalier sur sa monture. L’histoire suivante surprend par ce jeune acceptant que la jeune femme qui le fascine et qu’il a abordée, ne soit pas libre. Vient une veuve qui s’épanouit après le décès de son mari, en profitant de la vie, des femmes servant de muse. Et enfin une femme gagnée par la grisaille, pour le plus grand chagrin de son compagnon. Déjà cet auteur se démarque totalement des autres bédéastes de l’époque et des suivantes par la singularité de son rapport aux femmes, basé sur le respect et le consentement, de manière authentiquement naturelle. De courts récits mêlant poésie et fantastique, avec une fibre sociale et rebelle. Une collection fascinante à la fois par ses dessins déjà très personnels, par le positionnement de l’auteur et de ses collaborateurs dans leur époque, par sa sensibilité humaniste en développement et par son rapport singulier aux femmes. Séduisant.
Le Visage du Créateur
Petit album par le format, mais grand par la pagination, ce livre attire d'abord le regard grace à sa très jolie couverture. Ce casque d'astronaute qui laisse apparaitre partiellement un visage entravé du reflet d'une navette spatiale symbolise parfaitement le rêve de la conquête de l'espace. Et la palette de couleurs nous envoie direct dans les années 80... nous voici directement dans le bain avant même d'ouvrir l'album. Ce récit documentaire est signé par un des co-scénariste de La Bombe. Le sujet abordé ici est l'explosion qui a suivi le décollage de la navette Challenger en janvier 1986. Drame diffusé en direct à la télévision devant des millions de téléspectateurs. Le récit s'attarde sur les passagers qui composent l'équipage. Il sera particulièrement question de l'un d'entre eux. Une professeur, choisie sur le volet après un long processus de sélection, devant devenir la première civile envoyée dans l'espace. Le récit s'attarde sur les années et les mois précédents le drame, habilement décomptés à la manière d'un compte à rebours. Comment nos astronautes se sont préparés : On y suivra leur entrainement, un peu, leurs questionnements et états d'âmes, beaucoup. Il y a d'ailleurs quelques longueurs. Savoir que nos héros s'interrogent, qu'ils stressent et que cela à des répercussions sur leurs vies de famille, c'est logique. D'autant insister, comme par exemple lors de l'enchainement de scènes à Thanksgiving, où chacun découpe la dinde en famille en se retrouvant confrontés aux mêmes questions de leurs proches, c'est un peu longuet à force. A coté de ça, le récit introduit assez tôt le rôle d'un fournisseur de joints toriques utilisés sur le lanceur de la navette. Très vite on comprend que ces pièces auront un role à jouer dans l'explosion à venir. Ce qui est vraiment intéressant, c'est de voir que de nombreuses alertes, parfois virulentes, ont été signalées à plusieurs reprises. Ce qui est terrible, c'est de voir comment la NASA ne les a pas prises en compte, préférant ne pas décaler le lancement pour des problématique d'image et de budget. Tout ça nous conduit inéluctablement au drame annoncé. La fin, probablement légèrement romancée, raconte les dernières secondes de l'équipage et ajoute un peu de tension et de drama à l'ensemble. Un final assez réussi pour conclure une histoire terrible qui aura durablement marqué le monde de l'aérospatial.
La Promesse de la Tortue
La Promesse de la Tortue est une bonne bande dessinée de pirates, solide et agréable à lire, qui se distingue surtout par son choix de placer des héroïnes féminines au centre du récit. Le contexte historique et pirate est crédible et restitue un univers rude sans complaisance excessive. Le scénario repose sur une construction efficace : trois trajectoires féminines qui avancent tour à tour ensemble puis séparément pour se retrouver. Cette alternance donne un rythme maîtrisé et permet de suivre l’évolution personnelle de chacune des héroïnes, dont la progression est l’un des vrais points forts de la série. Les romances apportent une respiration bienvenue et participent à l’humanisation des personnages, même si elles restent parfois un peu faibles ou convenues. L’ensemble fonctionne néanmoins bien : une aventure prenante, portée par des personnages attachants, dans un univers dur mais jamais gratuit.
Ganglion & fils
Dans un petit village où il ne se passe strictement rien, une entreprise de pompes funèbres végète faute de clients. Personne ne meurt, les journées s’étirent dans une torpeur absurde, jusqu’au jour où un décès relance enfin la machine et embarque les deux employés dans un convoi funéraire qui va peu à peu tourner à la farce noire. La lecture n’est pas désagréable, loin de là. Il y a une ambiance sympathique de petit village breton, un humour noir discret, un côté décalé assez sympathique dans cette galerie de personnages un peu paumés et ces lieux figés hors du temps. Le dessin fonctionne bien, lisible, propre, au service de ce ton un peu mélancolique et absurde. Mais pendant toute ma lecture, je me suis quand même demandé où l’auteur voulait en venir. Ça enchaîne les situations étranges, les petites bizarreries, les péripéties plus ou moins loufoques, sans que je perçoive vraiment une direction claire ou un vrai enjeu. On avance, mais un peu à tâtons. Et la fin, qui prend une tournure surprenante mais s'achève de manière assez rapide, ne vient pas vraiment éclairer tout ça ni donner un vrai sentiment d’aboutissement. Du coup, je suis resté un peu sur ma faim, légèrement perplexe. Je n'ai pas passé un mauvais moment pour autant, ça se lit facilement, mais une impression d’ensemble un peu floue qui m’empêche d’être réellement convaincu.
Static
Un chercheur un peu – beaucoup – zarbi, sorte de mixe entre Frankenstein et le docteur Moreau, bricole des êtres improbables à partir de bestioles que lui ramène son pote, le héros de l’histoire (au passage, le bestiaire est assez barré). Le héros donc, qui cherche à éviter une bande mafieuse à qui il doit des sous, à se rabibocher avec son ex et son gamin. Mais surtout qui cherche une rédemption, en libérant une créature de son pote chercheur fou, ce qui va entrainer leur brouille et quelques violences. C’est rythmé, parfois un peu trashouille. Mais c’est aussi vite lu, un peu creux, l’univers étrange est finalement eu développé. J’en suis en tout cas sorti avec un ressenti mitigé. Le dessin est original, étrange. Avec des corps aux proportions surprenantes, comme les décors d’ailleurs, où proportions, perspectives, ne sont pas toujours « habituelles ». Un univers relativement original, mais au final le sentiment de n’avoir lu qu’une ébauche, quelques idées foutraques jetées sur le papier. Note réelle 2,5/5.
Bouts d'ficelles
Dans le métro, Thibault, garçon timide et sans histoire, échange un regard avec une inconnue. À partir de là, une succession d'accidents, de rencontres et de malentendus l'entraîne, le temps d'une nuit, dans une spirale de situations de plus en plus improbables, du simple sac de litière éventré à des péripéties franchement rocambolesques, sans qu'il ne maîtrise jamais vraiment ce qui lui arrive. Graphiquement, c'est clairement le gros point fort. Olivier Pont est aussi connu pour Où le regard ne porte pas... et Un putain de salopard et son talent de dessinateur ne fait aucun doute. Son trait est souple, vivant, très agréable à l'œil, avec un côté semi-réaliste chaleureux qui donne beaucoup de charme aux personnages comme aux décors. Paris a une vraie présence, les expressions sont pleines d'énergie, et certaines séquences nocturnes ont quelque chose de très poétique. À plusieurs reprises, des éléments tant visuels que scénaristiques m'ont rappelé l'ambiance de La nuit du chat, très bon album de la série Broussaille qui me semble bien avoir inspiré en partie l'auteur : ce même mélange de douceur urbaine, de balade un peu onirique et de tendresse mélancolique. Visuellement, c'est beau, généreux et franchement plaisant à parcourir. Là où je suis beaucoup plus réservé, c'est sur la construction du scénario. Toute la mécanique repose sur une accumulation de coïncidences et de quiproquos qui enfoncent toujours davantage le héros dans une situation plus compliquée que la précédente. Sauf que ce procédé est ultra vu et revu, et je ne l'ai jamais trouvé enthousiasmant. Cette fuite en avant permanente, censée être drôle ou virevoltante, m'a surtout donné une impression de facilité, comme si les péripéties s'enchaînaient un peu au hasard. On avance, mais sans véritable tension ni surprise, juste par empilement d'événements. Ce n'est que quand j'ai compris le lien avec la comptine Trois p'tits chats et sa logique d'associations en cascade que j'ai pu mieux accepter le principe, et que ça a atténué mon agacement. L'idée donne au chaos une petite cohérence ludique. Mais ça ne compense pas totalement le manque de structure. Et le fait d'apprendre en postface que le scénario a été largement improvisé explique sans doute ce ressenti : j'ai souvent eu l'impression d'une suite de passages convenus plutôt que d'un récit vraiment construit. J'ai apprécié le dessin très joli et l'ambiance attachante, mais côté histoire je suis resté sur quelque chose de trop déjà-vu et trop léger, une balade sympathique sur le moment, mais pas vraiment mémorable. Note : 2,5/5
Le Pêcheur et la Salamandre
2.5 Franchement déçu par la lecture de ce premier tome. Au vu des notes positives, je pensais que j'aillais adorer, mais ce ne fut pas le cas. La structure du scénario ressemble à un conte. Ce n'est pas pour me déplaire car j'aime bien les contes, mais le scénario est vraiment trop classique pour me passionner. À la limite, cela ne m'aurait pas trop dérangé si au moins les personnages étaient attachants, mais voilà le pêcheur me laisse indifférent et la salamandre m'a vite . C'est aussi encore une fois un premier tome introductif où il ne se passe pas grand chose pendant trop de pages afin que le tome se termine sur un cliffhanger qui incite le lecteur à lire la suite. Parlons de la suite, j'ai vu que le second tome est sorti récemment et franchement je ne pense pas que j'ai vraiment envie de le lire un jour. Il reste le dessin qui est certes superbe, mais cela ne suffit pas à rendre un scénario captivant.
Automne
Il me semble que c'est par Automne que j'ai commencé ma découverte de McNaught en fin 2025. C'est une histoire sur la banalité d'un quotidien, morne, routinier. Le personnage principal est un jeune garçon qui se trouve être commis de cuisine dans une maison de retraite. Il a aussi un autre petit boulot et il aime les jeux vidéos. Les dialogues sont ultra-limités. L'album doit se lire en 5 minutes montre en main. Un peu plus si vous avez envie de détailler chaque case où une simple action, un simple décor comme le vol d'un oiseau ou la chute d'une feuille d'arbre peut être découpé sur 4 petites cases. Je lis héritier de Richard McGuire ou de Chris Ware, je ne suis pas étonné en terme de narration les habitués de M. Ware vont s'y retrouver ici. Palette de couleurs limitée et subtile.
Démokratia
Un manga de seulement 5 tomes qui explore pas mal de sujets. Cela commence par 2 étudiants geek qui fabriquent un joli robot femme dans leur garage, tellement réaliste qu'on ne la distingue pas d'un humain. Il faut juste la rebrancher une fois de temps en temps. Passons sur l'exploit technique, ils décident de la coupler avec un système 'démocratique', c'est-à-dire qu'ils infectent par un virus l'ordinateur de 3000 personnes pour les faire participer à une expérience inédite. Cette communauté va pouvoir déterminer les actions du robot à la majorité parmi les propositions des uns et des autres. Pour que les participants ne reconnaissent pas les lieux, les noms et les visages, les créateurs mettent en place un système de brouillage. Pour le coup cela commence comme dans la série Code Lisa que je regardais gamin, mais le côté démocratique permet d'avoir tout un tas de réflexions philosophiques et reflétant la société dans le meilleur avec les connaissances cumulées des uns et des autres et aussi dans le pire avec des gens extrémistes qui vont faire dériver l'expérience. Par exemple c'est au début du tome 4 de mémoire qu'on trouve toute une séquence sur un vieil homme malade qui souhaite en finir avec sa vie, la robote par la voix d'une participante infirmière au fait du système de santé japonais lui parle de tout un tas de possibilités pour pouvoir être hospitalisé à domicile. Il y a toute une dialectique entre les 2 personnages sur le sujet de la fin de vie, problématique qui est aussi en discussions en France ces temps-ci. Parfois un peu longuet et bavard, c'est en tout cas une histoire solide autour de la psychologie sociale d'un groupe d'anonymes.