Mansoureh Kamari raconte son enfance et son adolescence en Iran, marquées par l'oppression systémique des femmes, en les mettant en parallèle avec son présent en France où elle pose nue pour des cours de dessin, comme une manière de se réapproprier enfin son corps et son histoire.
Dès qu'un récit aborde frontalement les violences faites aux femmes et une oppression institutionnalisée aussi profondément injuste, ça me met immédiatement en rage tant ce type d'injustice m'est insupportable. Et sur cet aspect, l'album est extrêmement fort. Toute la partie consacrée à l'enfance et à l'adolescence en Iran est souvent bouleversante : le poids du père tyrannique, la peur permanente, la manière dont le corps des femmes est contrôlé, sexualisé, humilié, et cette violence banalisée qui semble infiltrer aussi bien la sphère familiale que l'espace public. C'est parfois révoltant à lire, mais très bien mis en scène, avec des passages vraiment marquants.
Graphiquement, j'ai aimé le travail de Mansoureh Kamari. Son dessin n'est pas spectaculaire au sens démonstratif du terme, mais il dégage quelque chose de doux et sensible. Les visages, en particulier celui de l'autrice, sont souvent beaux et expressifs, avec une vraie délicatesse dans les regards et les émotions. Les décors sont plus en retrait, parfois à peine esquissés, mais ça semble presque volontaire tant l'album reste focalisé sur les corps, les visages et l'intime. L'alternance entre les pages plus grises du passé et les séquences plus lumineuses du présent fonctionne également bien.
En revanche, il m'a manqué des morceaux importants du puzzle pour être totalement emporté. J'aurais aimé en apprendre davantage sur le fonctionnement concret de la société iranienne au-delà de ce que l'album montre déjà, mais aussi sur son propre parcours de jeune adulte. J'ai par exemple été surpris de voir qu'elle avait malgré tout pu travailler dans l'animation, même difficilement, sans que ce contexte soit vraiment développé. De la même manière, on ne sait rien de la façon dont elle a quitté l'Iran, si sa famille a tenté de la marier de force, comment son exil s'est organisé, ou comment cette transition vers la France s'est réellement faite. Ce sont précisément ces éléments qui m'ont parfois manqué. Je comprends qu'il ne s'agit pas d'un documentaire mais davantage d'un cri intime, mais l'absence de certains repères m'empêche de l'apprécier pleinement.
J'ai aussi été un peu plus partagé sur les passages assez longs autour de son rapport au dessin et à son traumatisme. Je comprends parfaitement leur fonction dans son processus de reconstruction, mais au-delà du fait qu'ils ne m'ont pas particulièrement parlé, ils ont aussi ravivé cette frustration de ne pas avoir eu davantage d'éléments sur son parcours et sur la société iranienne elle-même.
Malgré mes réticences, ça reste un témoignage fort, nécessaire et souvent très touchant, porté par un vrai sens de l'émotion et une colère que j'ai largement partagée pendant la lecture.
Théo Grosjean commence une série qui mélangerait l'autobiographie et la fiction. Je n'ai aucune idée ce qui est inventé ou non dans ce premier tome et j'avoue que je m'en fous un peu.
J'ai trouvé le résultat moyen avec des bons et des moins bons moments. Parfois, je ne comprenais pas les intentions de l'auteur comme le fait que pendant un moment le visage du père est différent du reste de la famille jusqu'à ce que le petit dernier se rends compte que son père a un visage comme les autres. On suit donc Riquet, le dernier enfant d'une famille un peu dysfonctionnelle où le père est gendarme et la mère très religieuse. L'action se passant lorsque j'étais moi-même enfant, je me suis reconnu dans certaines situations. Le fait que le père est gendarme permet de découvrir un peu se métier, mais je ne pense pas avoir appris grand chose de nouveaux et je doute que plusieurs lecteurs de voir qu'il y a du machisme et du racisme dans ce milieu.
Je comprends pourquoi Riad Sattouf a publié cette série dans sa maison d'édition parce que le travail de Grosjean ici rappel son propre travail et au déprimant de cette série. En effet, on dirait du Sattouf, mais en moins maitrisé. Ça se laisse lire et il y a des bons moments, mais ce n'était pas palpitant à lire.
Deux siècles après une apocalypse aussi brutale qu'inexpliquée, la Terre a été ravagée par des hordes démoniaques sorties des entrailles de l'enfer pour exterminer l'humanité. Parmi les rares survivants, Ian Vanderbilt et sa compagne parcourent ce monde dévasté en quête de terres fertiles avant de subir l'assaut de ces créatures infernales qui continuent de traquer les derniers humains.
Ce mélange de post-apocalyptique et de fantasy démoniaque avait de quoi piquer ma curiosité, et l'univers fonctionne plutôt bien grâce à cette ambiance sombre et mystérieuse.
Graphiquement, tout n'est pas irréprochable, mais j'ai plutôt aimé le rendu. Le dessin de Joseph Vig m'a rappelé celui de Eduardo Risso (100 bullets, Je suis un vampire...), avec ce trait nerveux et assez élégant, embelli par une mise en couleur réussie qui lui donne par moments un petit aspect comics assez classe. Les designs démoniaques sont également réussis et m'ont fait penser à un mélange entre les Sanguinaires de Khorne et les hordes démoniaques de 666.
Le duo principal fonctionne bien : Ian et Catherine sont suffisamment attachants pour qu'on ait envie de les suivre, et j'ai aussi trouvé l'archonte réussi en principal antagoniste démoniaque. Son apparence impose immédiatement quelque chose, mais c'est surtout le mystère autour de ses motivations qui intrigue, notamment lors de certaines scènes où il semble moins monolithique que prévu.
En revanche, tout n'est pas aussi convaincant. La communauté de survivants que les héros rejoignent m'a semblé beaucoup plus convenue, avec ce groupe replié sur une religion rigide qui ressemble à un archétype assez usé du genre post-apocalyptique. Et surtout, le fils du chef coche un peu trop toutes les cases de la brute envieuse et agressive au comportement insupportablement prévisible.
L'autre frustration vient évidemment du fait que la série a été abandonnée après ce seul tome. On sent que plusieurs mystères étaient censés être développés ensuite, notamment autour du fameux Libérateur, et on n'aura visiblement jamais les réponses. C'est regrettable, même si heureusement ce premier volume peut presque se lire comme un one-shot : la conclusion reste ouverte, mais elle offre malgré tout une forme de fermeture acceptable plutôt qu'un cliffhanger brutal.
C'est une série inachevée donc forcément frustrante, avec quelques clichés un peu grossiers, mais aussi un univers intrigant, un bon sens de l'atmosphère et suffisamment de bonnes idées pour que cet unique tome garde un certain intérêt pour les amateurs de dark fantasy post-apocalyptique.
De retour dans le village côtier de son enfance après une tempête, Lana découvre de mystérieuses créatures marines liées à l'histoire de sa famille et tente de protéger l'océan face aux dégâts causés par les humains.
Katie O'Neill propose ici un univers doux, coloré et feel good, avec des créatures toutes mignonnes qui semblent sorties d'un croisement entre l'imaginaire de Hayao Miyazaki, des licornes marines et un conte écologique destiné à un jeune public. Visuellement, difficile de nier que c'est attendrissant : les couleurs pastel sont lumineuses, l'univers marin est agréable à parcourir et les aquicornes ont clairement été conçus pour faire fondre le lectorat jeunesse.
Sur le fond, les intentions sont évidemment louables : deuil, écologie, protection des océans, transmission familiale, coexistence avec la nature, avec en prime une volonté très actuelle d'inclusivité bienveillante qui traverse l'ensemble. Le problème, c'est que j'ai trouvé le récit trop appuyé dans sa démonstration. Le message environnemental manque franchement de subtilité : l'océan est présenté comme un sanctuaire pur et merveilleux, l'humanité comme une force destructrice dès qu'elle s'éloigne des bonnes pratiques traditionnelles, et toute la morale écologique finit par paraître très scolaire. J'avais parfois l'impression de lire un conte militant qui coche consciencieusement ses thématiques plutôt qu'une histoire laissant vraiment respirer ses enjeux. En comparaison, les films du Studio Ghibli (et particulièrement Ponyo, dont les points communs avec cette BD sont nombreux) me semblent transmettre ce type de message avec infiniment plus de finesse, de poésie et surtout une envie bien plus naturelle d'adhérer à ce qu'ils racontent.
Le récit souffre aussi d'une narration parfois bancale : certains enchaînements manquent de fluidité, certaines révélations arrivent un peu abruptement, et plusieurs dialogues m'ont semblé soit assez étranges dans leur formulation, soit trop téléphonés dans leur manière de faire passer les messages du récit. L'ensemble reste lisible, mais manque parfois de naturel.
Ça reste une BD sincère et visuellement charmante, et j'imagine qu'elle peut séduire un jeune public, en particulier des préadolescentes sensibles aux récits doux, romantiques et idéalisés autour de la nature. Mais pour ma part, j'ai trouvé l'ensemble un peu trop mièvre et démonstratif pour réellement m'emporter.
Note : 2,5/5
C'est la troisième série autobiographique de Florence Dupré la Tour que je lis après Pucelle et Jumelle. Au-delà de la constance de son graphisme, qui ne me charme pas particulièrement mais qui a le mérite de lui être très personnel, j'y ai retrouvé sa capacité à exposer des sujets très intimes sans filtre, avec un mélange d'humour noir, d'autodérision, de colère et de lucidité.
Cette fois, elle s'attaque à son rapport à l'argent et au déclassement social. Issue d'un milieu bourgeois privilégié, elle raconte comment elle s'est retrouvée, à partir de ses 18 ans, dans une précarité parfois très dure : boulots instables ou inexistants, débuts compliqués dans la BD, enfants à charge avec un compagnon qui n'a pas envie de travailler, angoisse permanente du loyer, privations alimentaires et logements insalubres ou non chauffés.
J'ai apprécié son honnêteté intellectuelle. Elle ne prétend jamais avoir vécu la même précarité structurelle que quelqu'un né sans aucun capital familial ou social, et elle fait bien comprendre qu'elle avait malgré tout une immense porte de sortie en cas d'effondrement absolu : sa famille existait toujours, ainsi que cette grande demeure familiale. Elle reconnaît aussi que sa situation était en partie aggravée par ses propres blocages : son refus obstiné de demander de l'aide, de solliciter les aides sociales ou même parfois d'accepter certains compromis professionnels, par fierté mal placée et par cette obsession de rester digne, directement héritée de son éducation bourgeoise. Le livre ne cherche donc jamais à effacer cette complexité, et c'est ce qui le rend plus intéressant qu'un simple récit victimaire.
Mais cette nuance ne dédouane pas pour autant ses parents, qui apparaissent comme profondément dysfonctionnels dans leur manière de communiquer. C'est probablement ce qui m'a le plus marqué dans l'album : cette impression d'une famille matériellement privilégiée mais émotionnellement sinistrée, incapable d'exprimer l'affection, de verbaliser les problèmes ou simplement de voir la détresse de leurs propres enfants. Son père semble perpétuellement absent, sa mère enfermée dans des principes rigides, et l'ensemble dresse le portrait d'une incommunicabilité familiale assez glaçante qui explique en partie beaucoup de ses blocages adultes.
Elle élargit aussi progressivement son récit à la précarité du métier d'auteur de BD, notamment l'absence de protection sociale solide et la discontinuité des revenus. Ce n'est jamais traité comme un manifeste lourdement démonstratif, mais cela apporte une dimension plus large à son expérience personnelle.
Et ce livre m'a aussi fait revoir rétrospectivement ma lecture de Capucin, première série de l'autrice dont elle évoque brièvement ici la période de création. À l'époque où je l'avais lue, je lui reprochais son atmosphère malsaine et son héros particulièrement détestable, sans avoir la moindre idée que cette noirceur reflétait l'état psychologique d'une autrice alors fauchée, épuisée et profondément en colère contre la vie. Sans excuser ni réévaluer cette série, ce nouvel éclairage lui donne une résonance différente.
Au-delà de la précarité elle-même, c'est un récit fort sur la honte sociale, les héritages familiaux toxiques, le déclassement et les mécanismes mentaux qui empêchent parfois de demander de l'aide même quand on en aurait cruellement besoin. Un album dense, parfois un peu inconfortable et avec quelques passages un peu longs, mais d'une sincérité assez désarmante qui pousse à la réflexion.
Une partie de la fratrie Jouvray remet le couvert après un autre « western » décalé et semi comique, Lincoln, mais ici on est davantage dans du tout public. Le dessin est plus rondouillard en « jeunesse », et les personnages principaux sont des enfants (deux filles et un garçon – le fils/adjoint du shérif).
Toutefois le deuxième album ajoute un peu de densité et de maturité à l’univers. En effet, on y trouve une critique frontale de la circulation des armes à feu aux États-Unis (et du système capitaliste, avec ce Johnson, marchand d’armes aux méthodes marketing agressives), et aussi une critique du système judiciaire et du cumul des peines, mais aussi une mise en avant du rôle des femmes (plutôt rare dans l’univers western ultra machiste !), trois sujets plutôt pour adultes. De fait, le mélange des genres passe plutôt bien.
Les deux albums peuvent se lire séparément, même si c’est mieux de les lire à la suite mieux apprécier et comprendre certains personnages, comme le jeune hors-la-loi Albert. Mais aussi Bianca (sans doute le personnage le plus intéressant), une gamine qui détonne, pleine d’à propos, peu scrupuleuse. Avec son cochonnet domestique, elle apporte quelques touches d’humour bienvenue (plus généralement de petites touches d’humour – dialogues, situations – parsèment les histoires, et le rendent vivantes).
Chaque album culmine dans une scène volontairement étirée et remplie d’action. Dans le premier album, un spectacle de locomotives se fonçant dessus qui tourne mal, comme le hold-up concomitant, et dans le suivant une pendaison, autre spectacle qui lui aussi tourne à l’accumulation presque délirante et loufoque de conséquences imprévues.
Comme on est sur du tout public, tout est bien qui finit bien, morale et personnages sont saufs. Mais cette lecture est vraiment plaisante, et passe très bien la barrière de l’âge.
Une histoire sympa. Qui manque peut-être un chouia de densité, mais qui se laisse lire très agréablement.
Elle se déroule lors de la ruée vers l’or du Klondike, en Alaska. On y croise Jack London (qui y trouvera l’inspiration pour quelques belles histoires et dont les amateurs apprécieront l'univers proche de certains de ses romans), et vers le début la scène où des centaines de chercheurs d’or gravissent une montagne pour faire passer leur matériel fait immanquablement penser à la même scène immortalisée par Chaplin dans son excellent film « La ruée vers l’or ».
Plusieurs points forts pour ce récit.
D’abord le dessin chouette, en particulier pour les paysages – ce qui est un plus, étant donné le cadre fantastique de la nature du coin (même si certains visages sont quand même un chouia moins réussis).
Ensuite le scénario, qui évite – la fin mise à part – de tomber dans trop d’angélisme, en nous proposant des personnages pas trop monolithiques ni manichéens (bon, Matt, le héros, se tire quand même très bien de tous les dangers et a une belle gueule, mais bon). En particulier le personnage de Marie, qui s’écarte de plus en plus de Matt et de ce que l’on attendait de ce personnage (et c’est tant mieux, on évite une romance trop facile).
Les trois albums sont vite lus. Peu de texte, une intrigue pas non plus hyper fouillée. Mais c’est une lecture plaisante.
Lisa passe son été entre le café de sa mère, son dojo de karaté et les souvenirs liés à un ami d'enfance parti brutalement plusieurs années plus tôt après un drame familial resté mystérieux pour elle. Son retour inattendu va faire ressurgir des non-dits longtemps enfouis.
J'ai trouvé dans cette BD une ambiance estivale assez réussie, entre village italien au bord d'un lac, chaleur un peu languissante, souvenirs d'enfance et légère étrangeté en arrière-plan avec ce fameux compte à rebours vers la fin du monde annoncée chaque année par le même marginal. Le récit prend volontairement son temps, alterne présent et flashbacks, et installe progressivement son intrigue autour d'Alessandro, de son passé familial et de ce retour chargé de silences. Les chapitres construits autour des principes du karaté apportent une structure originale, même si j'avoue que cet aspect ne m'a pas toujours semblé indispensable ni clairement relié au déroulement de l'histoire.
Le scénario fonctionne mieux dans sa dernière partie, quand les révélations se précisent et que les enjeux émotionnels deviennent plus clairs, mais j'ai trouvé l'ensemble assez long à démarrer. Sur environ 200 pages, il y a beaucoup de scènes contemplatives, de silences et de moments du quotidien qui installent une atmosphère douce, mais donnent aussi par instants une impression de lenteur. Certains personnages secondaires apportent du charme, mais j'ai aussi eu le sentiment que plusieurs pistes restaient un peu survolées.
Graphiquement, c'est agréable sans être particulièrement marquant. Le trait est simple, parfois un peu raide, mais il retranscrit bien cette ambiance d'été suspendu, aidé par des couleurs sobres et élégantes.
C'est un récit sensible sur le deuil, les secrets familiaux, l'amitié et le passage à l'adolescence. Une lecture douce et relativement touchante, mais dont le rythme parfois trop lent peut aussi laisser un sentiment d'attente avant que le récit ne révèle pleinement où il veut en venir.
Il y a des choses intéressantes dans cet album. Mais il m’a quand même laissé sur ma faim.
Un très beau travail éditorial de Sarbacane déjà (comme souvent avec eux).
Un dessin original, stylisé (avec plusieurs bichromies ou monochromies), pour se rapprocher d’une esthétique « persane ».
Et un sujet intéressant : non seulement l’arrivée d’immigrés en Europe. Mais surtout dans la première partie tout ce qui concerne la vie d’une famille de Hazaras, qui nous montre les conflits ethniques et religieux dont ils sont victimes : la vie du personnage principal en Iran est édifiante.
Pas mal de choses intéressantes donc. Mais ça n’a pas suffi.
En effet, il y a trop de longueurs, et le rythme est trop mollasson (et parfois saccadé, avec des allers retours qui hachent un peu le récit). Et du coup cette narration un peu « molle » s’accommode mal du dessin, dont les qualités masquent aussi mal une certaine légèreté : cela manque de détails, parfois de précision (j’ai eu du mal parfois à distinguer/reconnaitre certains personnages).
Note réelle 2,5/5.
Vais-je me montrer généreux ou pas ? C'est les avis de Josq, bamiléké et gruizzli qui m'ont permis de m'éclairer, et c'est cet éclairage qui me fait mettre 3/5 alors que j'aurais pu mettre 4 tant j'ai apprécié l'aventure, le trait et l'ensemble de cette bd.
Je n'y connais absolument rien au Moyen âge, à cette époque ni aux traductions de la Bible et pour être tout à fait honnête, je m'en fiche un peu. Néanmoins, c'est pas parce que je ne me passionne pas pour ce sujet qu'il faut me raconter n'importe quoi. Et pendant la lecture, je me suis quand même dit qu'il y avait des trucs qui me paraissaient sortis de nulle part voire un peu aberrants. Je trouvais bizarre et peu crédible que ce soit un John Wick de l'époque qui ait permis de faire traduire la bible (en tout cas de diffuser cette traduction). Bingo, quand je lis l'avis des camarades autrement informés sur la question, j'ai la confirmation qu'il y a bien un ramassis d'âneries historiques.
Ça me dérange un peu car pour moi, quand on ancre une bd dans une période historique, soit on fait une side quest décorrelée des évènements historiques de l'époque, soit on les incorpore mais en respectant les faits historiques. Soit on part dans un univers différent, en l'assumant, et c'est ok. Mais accorder une telle importance dans le récit à des faits qui sont finalement faux, c'est problématique. Ce n'est pas la première fois que j'ai cette impression dans une bd, en mode "mais c'est vraiment arrivé ça, dans la réalité?", et ça me gâche toujours un peu le truc. J'ai donc eu cette sensation en lisant le Maitre d'Armes, et c'était un peu déplaisant (encore plus une fois avéré).
Reste qu'en tant qu'objet de divertissement, cette bd fait le boulot, et même un peu plus que ça. Le récit, s'il n'est pas des plus originaux, est bien rythmé. On suit un héros à l'ancienne, hyper badass, qui survit à tout, dans le sang et les tripes. J'avoue que c'est un genre qui ne me déplait pas, tant que j'en lis de temps en temps et que c'est bien fait.
Pour ne rien gâcher, le dessin est fort agréable, ce n'est pas mon style préféré mais c'est ultra bien réalisé, c'est très propre, et les couleurs ont un je ne sais quoi de chaud et réconfortant.
On pourrait résumer en disant que cette bd nous dit n'importe quoi, mais le fait bien ? En tout cas pas étonnant que ça ait remporté du succès, c'est efficace et sympa à lire. Mais reste ce problème de crédibilité historique, qui peut ne pas déranger beaucoup de gens.
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Ces lignes qui tracent mon corps
Mansoureh Kamari raconte son enfance et son adolescence en Iran, marquées par l'oppression systémique des femmes, en les mettant en parallèle avec son présent en France où elle pose nue pour des cours de dessin, comme une manière de se réapproprier enfin son corps et son histoire. Dès qu'un récit aborde frontalement les violences faites aux femmes et une oppression institutionnalisée aussi profondément injuste, ça me met immédiatement en rage tant ce type d'injustice m'est insupportable. Et sur cet aspect, l'album est extrêmement fort. Toute la partie consacrée à l'enfance et à l'adolescence en Iran est souvent bouleversante : le poids du père tyrannique, la peur permanente, la manière dont le corps des femmes est contrôlé, sexualisé, humilié, et cette violence banalisée qui semble infiltrer aussi bien la sphère familiale que l'espace public. C'est parfois révoltant à lire, mais très bien mis en scène, avec des passages vraiment marquants. Graphiquement, j'ai aimé le travail de Mansoureh Kamari. Son dessin n'est pas spectaculaire au sens démonstratif du terme, mais il dégage quelque chose de doux et sensible. Les visages, en particulier celui de l'autrice, sont souvent beaux et expressifs, avec une vraie délicatesse dans les regards et les émotions. Les décors sont plus en retrait, parfois à peine esquissés, mais ça semble presque volontaire tant l'album reste focalisé sur les corps, les visages et l'intime. L'alternance entre les pages plus grises du passé et les séquences plus lumineuses du présent fonctionne également bien. En revanche, il m'a manqué des morceaux importants du puzzle pour être totalement emporté. J'aurais aimé en apprendre davantage sur le fonctionnement concret de la société iranienne au-delà de ce que l'album montre déjà, mais aussi sur son propre parcours de jeune adulte. J'ai par exemple été surpris de voir qu'elle avait malgré tout pu travailler dans l'animation, même difficilement, sans que ce contexte soit vraiment développé. De la même manière, on ne sait rien de la façon dont elle a quitté l'Iran, si sa famille a tenté de la marier de force, comment son exil s'est organisé, ou comment cette transition vers la France s'est réellement faite. Ce sont précisément ces éléments qui m'ont parfois manqué. Je comprends qu'il ne s'agit pas d'un documentaire mais davantage d'un cri intime, mais l'absence de certains repères m'empêche de l'apprécier pleinement. J'ai aussi été un peu plus partagé sur les passages assez longs autour de son rapport au dessin et à son traumatisme. Je comprends parfaitement leur fonction dans son processus de reconstruction, mais au-delà du fait qu'ils ne m'ont pas particulièrement parlé, ils ont aussi ravivé cette frustration de ne pas avoir eu davantage d'éléments sur son parcours et sur la société iranienne elle-même. Malgré mes réticences, ça reste un témoignage fort, nécessaire et souvent très touchant, porté par un vrai sens de l'émotion et une colère que j'ai largement partagée pendant la lecture.
Le Petit Gendarme ou L'Enfance de Riquet
Théo Grosjean commence une série qui mélangerait l'autobiographie et la fiction. Je n'ai aucune idée ce qui est inventé ou non dans ce premier tome et j'avoue que je m'en fous un peu. J'ai trouvé le résultat moyen avec des bons et des moins bons moments. Parfois, je ne comprenais pas les intentions de l'auteur comme le fait que pendant un moment le visage du père est différent du reste de la famille jusqu'à ce que le petit dernier se rends compte que son père a un visage comme les autres. On suit donc Riquet, le dernier enfant d'une famille un peu dysfonctionnelle où le père est gendarme et la mère très religieuse. L'action se passant lorsque j'étais moi-même enfant, je me suis reconnu dans certaines situations. Le fait que le père est gendarme permet de découvrir un peu se métier, mais je ne pense pas avoir appris grand chose de nouveaux et je doute que plusieurs lecteurs de voir qu'il y a du machisme et du racisme dans ce milieu. Je comprends pourquoi Riad Sattouf a publié cette série dans sa maison d'édition parce que le travail de Grosjean ici rappel son propre travail et au déprimant de cette série. En effet, on dirait du Sattouf, mais en moins maitrisé. Ça se laisse lire et il y a des bons moments, mais ce n'était pas palpitant à lire.
Les Jours du Chaos
Deux siècles après une apocalypse aussi brutale qu'inexpliquée, la Terre a été ravagée par des hordes démoniaques sorties des entrailles de l'enfer pour exterminer l'humanité. Parmi les rares survivants, Ian Vanderbilt et sa compagne parcourent ce monde dévasté en quête de terres fertiles avant de subir l'assaut de ces créatures infernales qui continuent de traquer les derniers humains. Ce mélange de post-apocalyptique et de fantasy démoniaque avait de quoi piquer ma curiosité, et l'univers fonctionne plutôt bien grâce à cette ambiance sombre et mystérieuse. Graphiquement, tout n'est pas irréprochable, mais j'ai plutôt aimé le rendu. Le dessin de Joseph Vig m'a rappelé celui de Eduardo Risso (100 bullets, Je suis un vampire...), avec ce trait nerveux et assez élégant, embelli par une mise en couleur réussie qui lui donne par moments un petit aspect comics assez classe. Les designs démoniaques sont également réussis et m'ont fait penser à un mélange entre les Sanguinaires de Khorne et les hordes démoniaques de 666. Le duo principal fonctionne bien : Ian et Catherine sont suffisamment attachants pour qu'on ait envie de les suivre, et j'ai aussi trouvé l'archonte réussi en principal antagoniste démoniaque. Son apparence impose immédiatement quelque chose, mais c'est surtout le mystère autour de ses motivations qui intrigue, notamment lors de certaines scènes où il semble moins monolithique que prévu. En revanche, tout n'est pas aussi convaincant. La communauté de survivants que les héros rejoignent m'a semblé beaucoup plus convenue, avec ce groupe replié sur une religion rigide qui ressemble à un archétype assez usé du genre post-apocalyptique. Et surtout, le fils du chef coche un peu trop toutes les cases de la brute envieuse et agressive au comportement insupportablement prévisible. L'autre frustration vient évidemment du fait que la série a été abandonnée après ce seul tome. On sent que plusieurs mystères étaient censés être développés ensuite, notamment autour du fameux Libérateur, et on n'aura visiblement jamais les réponses. C'est regrettable, même si heureusement ce premier volume peut presque se lire comme un one-shot : la conclusion reste ouverte, mais elle offre malgré tout une forme de fermeture acceptable plutôt qu'un cliffhanger brutal. C'est une série inachevée donc forcément frustrante, avec quelques clichés un peu grossiers, mais aussi un univers intrigant, un bon sens de l'atmosphère et suffisamment de bonnes idées pour que cet unique tome garde un certain intérêt pour les amateurs de dark fantasy post-apocalyptique.
La Baie de l'aquicorne
De retour dans le village côtier de son enfance après une tempête, Lana découvre de mystérieuses créatures marines liées à l'histoire de sa famille et tente de protéger l'océan face aux dégâts causés par les humains. Katie O'Neill propose ici un univers doux, coloré et feel good, avec des créatures toutes mignonnes qui semblent sorties d'un croisement entre l'imaginaire de Hayao Miyazaki, des licornes marines et un conte écologique destiné à un jeune public. Visuellement, difficile de nier que c'est attendrissant : les couleurs pastel sont lumineuses, l'univers marin est agréable à parcourir et les aquicornes ont clairement été conçus pour faire fondre le lectorat jeunesse. Sur le fond, les intentions sont évidemment louables : deuil, écologie, protection des océans, transmission familiale, coexistence avec la nature, avec en prime une volonté très actuelle d'inclusivité bienveillante qui traverse l'ensemble. Le problème, c'est que j'ai trouvé le récit trop appuyé dans sa démonstration. Le message environnemental manque franchement de subtilité : l'océan est présenté comme un sanctuaire pur et merveilleux, l'humanité comme une force destructrice dès qu'elle s'éloigne des bonnes pratiques traditionnelles, et toute la morale écologique finit par paraître très scolaire. J'avais parfois l'impression de lire un conte militant qui coche consciencieusement ses thématiques plutôt qu'une histoire laissant vraiment respirer ses enjeux. En comparaison, les films du Studio Ghibli (et particulièrement Ponyo, dont les points communs avec cette BD sont nombreux) me semblent transmettre ce type de message avec infiniment plus de finesse, de poésie et surtout une envie bien plus naturelle d'adhérer à ce qu'ils racontent. Le récit souffre aussi d'une narration parfois bancale : certains enchaînements manquent de fluidité, certaines révélations arrivent un peu abruptement, et plusieurs dialogues m'ont semblé soit assez étranges dans leur formulation, soit trop téléphonés dans leur manière de faire passer les messages du récit. L'ensemble reste lisible, mais manque parfois de naturel. Ça reste une BD sincère et visuellement charmante, et j'imagine qu'elle peut séduire un jeune public, en particulier des préadolescentes sensibles aux récits doux, romantiques et idéalisés autour de la nature. Mais pour ma part, j'ai trouvé l'ensemble un peu trop mièvre et démonstratif pour réellement m'emporter. Note : 2,5/5
Jeune et fauchée
C'est la troisième série autobiographique de Florence Dupré la Tour que je lis après Pucelle et Jumelle. Au-delà de la constance de son graphisme, qui ne me charme pas particulièrement mais qui a le mérite de lui être très personnel, j'y ai retrouvé sa capacité à exposer des sujets très intimes sans filtre, avec un mélange d'humour noir, d'autodérision, de colère et de lucidité. Cette fois, elle s'attaque à son rapport à l'argent et au déclassement social. Issue d'un milieu bourgeois privilégié, elle raconte comment elle s'est retrouvée, à partir de ses 18 ans, dans une précarité parfois très dure : boulots instables ou inexistants, débuts compliqués dans la BD, enfants à charge avec un compagnon qui n'a pas envie de travailler, angoisse permanente du loyer, privations alimentaires et logements insalubres ou non chauffés. J'ai apprécié son honnêteté intellectuelle. Elle ne prétend jamais avoir vécu la même précarité structurelle que quelqu'un né sans aucun capital familial ou social, et elle fait bien comprendre qu'elle avait malgré tout une immense porte de sortie en cas d'effondrement absolu : sa famille existait toujours, ainsi que cette grande demeure familiale. Elle reconnaît aussi que sa situation était en partie aggravée par ses propres blocages : son refus obstiné de demander de l'aide, de solliciter les aides sociales ou même parfois d'accepter certains compromis professionnels, par fierté mal placée et par cette obsession de rester digne, directement héritée de son éducation bourgeoise. Le livre ne cherche donc jamais à effacer cette complexité, et c'est ce qui le rend plus intéressant qu'un simple récit victimaire. Mais cette nuance ne dédouane pas pour autant ses parents, qui apparaissent comme profondément dysfonctionnels dans leur manière de communiquer. C'est probablement ce qui m'a le plus marqué dans l'album : cette impression d'une famille matériellement privilégiée mais émotionnellement sinistrée, incapable d'exprimer l'affection, de verbaliser les problèmes ou simplement de voir la détresse de leurs propres enfants. Son père semble perpétuellement absent, sa mère enfermée dans des principes rigides, et l'ensemble dresse le portrait d'une incommunicabilité familiale assez glaçante qui explique en partie beaucoup de ses blocages adultes. Elle élargit aussi progressivement son récit à la précarité du métier d'auteur de BD, notamment l'absence de protection sociale solide et la discontinuité des revenus. Ce n'est jamais traité comme un manifeste lourdement démonstratif, mais cela apporte une dimension plus large à son expérience personnelle. Et ce livre m'a aussi fait revoir rétrospectivement ma lecture de Capucin, première série de l'autrice dont elle évoque brièvement ici la période de création. À l'époque où je l'avais lue, je lui reprochais son atmosphère malsaine et son héros particulièrement détestable, sans avoir la moindre idée que cette noirceur reflétait l'état psychologique d'une autrice alors fauchée, épuisée et profondément en colère contre la vie. Sans excuser ni réévaluer cette série, ce nouvel éclairage lui donne une résonance différente. Au-delà de la précarité elle-même, c'est un récit fort sur la honte sociale, les héritages familiaux toxiques, le déclassement et les mécanismes mentaux qui empêchent parfois de demander de l'aide même quand on en aurait cruellement besoin. Un album dense, parfois un peu inconfortable et avec quelques passages un peu longs, mais d'une sincérité assez désarmante qui pousse à la réflexion.
Six-coups
Une partie de la fratrie Jouvray remet le couvert après un autre « western » décalé et semi comique, Lincoln, mais ici on est davantage dans du tout public. Le dessin est plus rondouillard en « jeunesse », et les personnages principaux sont des enfants (deux filles et un garçon – le fils/adjoint du shérif). Toutefois le deuxième album ajoute un peu de densité et de maturité à l’univers. En effet, on y trouve une critique frontale de la circulation des armes à feu aux États-Unis (et du système capitaliste, avec ce Johnson, marchand d’armes aux méthodes marketing agressives), et aussi une critique du système judiciaire et du cumul des peines, mais aussi une mise en avant du rôle des femmes (plutôt rare dans l’univers western ultra machiste !), trois sujets plutôt pour adultes. De fait, le mélange des genres passe plutôt bien. Les deux albums peuvent se lire séparément, même si c’est mieux de les lire à la suite mieux apprécier et comprendre certains personnages, comme le jeune hors-la-loi Albert. Mais aussi Bianca (sans doute le personnage le plus intéressant), une gamine qui détonne, pleine d’à propos, peu scrupuleuse. Avec son cochonnet domestique, elle apporte quelques touches d’humour bienvenue (plus généralement de petites touches d’humour – dialogues, situations – parsèment les histoires, et le rendent vivantes). Chaque album culmine dans une scène volontairement étirée et remplie d’action. Dans le premier album, un spectacle de locomotives se fonçant dessus qui tourne mal, comme le hold-up concomitant, et dans le suivant une pendaison, autre spectacle qui lui aussi tourne à l’accumulation presque délirante et loufoque de conséquences imprévues. Comme on est sur du tout public, tout est bien qui finit bien, morale et personnages sont saufs. Mais cette lecture est vraiment plaisante, et passe très bien la barrière de l’âge.
L'Or sous la neige
Une histoire sympa. Qui manque peut-être un chouia de densité, mais qui se laisse lire très agréablement. Elle se déroule lors de la ruée vers l’or du Klondike, en Alaska. On y croise Jack London (qui y trouvera l’inspiration pour quelques belles histoires et dont les amateurs apprécieront l'univers proche de certains de ses romans), et vers le début la scène où des centaines de chercheurs d’or gravissent une montagne pour faire passer leur matériel fait immanquablement penser à la même scène immortalisée par Chaplin dans son excellent film « La ruée vers l’or ». Plusieurs points forts pour ce récit. D’abord le dessin chouette, en particulier pour les paysages – ce qui est un plus, étant donné le cadre fantastique de la nature du coin (même si certains visages sont quand même un chouia moins réussis). Ensuite le scénario, qui évite – la fin mise à part – de tomber dans trop d’angélisme, en nous proposant des personnages pas trop monolithiques ni manichéens (bon, Matt, le héros, se tire quand même très bien de tous les dangers et a une belle gueule, mais bon). En particulier le personnage de Marie, qui s’écarte de plus en plus de Matt et de ce que l’on attendait de ce personnage (et c’est tant mieux, on évite une romance trop facile). Les trois albums sont vite lus. Peu de texte, une intrigue pas non plus hyper fouillée. Mais c’est une lecture plaisante.
21 jours avant la fin du monde
Lisa passe son été entre le café de sa mère, son dojo de karaté et les souvenirs liés à un ami d'enfance parti brutalement plusieurs années plus tôt après un drame familial resté mystérieux pour elle. Son retour inattendu va faire ressurgir des non-dits longtemps enfouis. J'ai trouvé dans cette BD une ambiance estivale assez réussie, entre village italien au bord d'un lac, chaleur un peu languissante, souvenirs d'enfance et légère étrangeté en arrière-plan avec ce fameux compte à rebours vers la fin du monde annoncée chaque année par le même marginal. Le récit prend volontairement son temps, alterne présent et flashbacks, et installe progressivement son intrigue autour d'Alessandro, de son passé familial et de ce retour chargé de silences. Les chapitres construits autour des principes du karaté apportent une structure originale, même si j'avoue que cet aspect ne m'a pas toujours semblé indispensable ni clairement relié au déroulement de l'histoire. Le scénario fonctionne mieux dans sa dernière partie, quand les révélations se précisent et que les enjeux émotionnels deviennent plus clairs, mais j'ai trouvé l'ensemble assez long à démarrer. Sur environ 200 pages, il y a beaucoup de scènes contemplatives, de silences et de moments du quotidien qui installent une atmosphère douce, mais donnent aussi par instants une impression de lenteur. Certains personnages secondaires apportent du charme, mais j'ai aussi eu le sentiment que plusieurs pistes restaient un peu survolées. Graphiquement, c'est agréable sans être particulièrement marquant. Le trait est simple, parfois un peu raide, mais il retranscrit bien cette ambiance d'été suspendu, aidé par des couleurs sobres et élégantes. C'est un récit sensible sur le deuil, les secrets familiaux, l'amitié et le passage à l'adolescence. Une lecture douce et relativement touchante, mais dont le rythme parfois trop lent peut aussi laisser un sentiment d'attente avant que le récit ne révèle pleinement où il veut en venir.
Hazara Blues
Il y a des choses intéressantes dans cet album. Mais il m’a quand même laissé sur ma faim. Un très beau travail éditorial de Sarbacane déjà (comme souvent avec eux). Un dessin original, stylisé (avec plusieurs bichromies ou monochromies), pour se rapprocher d’une esthétique « persane ». Et un sujet intéressant : non seulement l’arrivée d’immigrés en Europe. Mais surtout dans la première partie tout ce qui concerne la vie d’une famille de Hazaras, qui nous montre les conflits ethniques et religieux dont ils sont victimes : la vie du personnage principal en Iran est édifiante. Pas mal de choses intéressantes donc. Mais ça n’a pas suffi. En effet, il y a trop de longueurs, et le rythme est trop mollasson (et parfois saccadé, avec des allers retours qui hachent un peu le récit). Et du coup cette narration un peu « molle » s’accommode mal du dessin, dont les qualités masquent aussi mal une certaine légèreté : cela manque de détails, parfois de précision (j’ai eu du mal parfois à distinguer/reconnaitre certains personnages). Note réelle 2,5/5.
Le Maître d'armes
Vais-je me montrer généreux ou pas ? C'est les avis de Josq, bamiléké et gruizzli qui m'ont permis de m'éclairer, et c'est cet éclairage qui me fait mettre 3/5 alors que j'aurais pu mettre 4 tant j'ai apprécié l'aventure, le trait et l'ensemble de cette bd. Je n'y connais absolument rien au Moyen âge, à cette époque ni aux traductions de la Bible et pour être tout à fait honnête, je m'en fiche un peu. Néanmoins, c'est pas parce que je ne me passionne pas pour ce sujet qu'il faut me raconter n'importe quoi. Et pendant la lecture, je me suis quand même dit qu'il y avait des trucs qui me paraissaient sortis de nulle part voire un peu aberrants. Je trouvais bizarre et peu crédible que ce soit un John Wick de l'époque qui ait permis de faire traduire la bible (en tout cas de diffuser cette traduction). Bingo, quand je lis l'avis des camarades autrement informés sur la question, j'ai la confirmation qu'il y a bien un ramassis d'âneries historiques. Ça me dérange un peu car pour moi, quand on ancre une bd dans une période historique, soit on fait une side quest décorrelée des évènements historiques de l'époque, soit on les incorpore mais en respectant les faits historiques. Soit on part dans un univers différent, en l'assumant, et c'est ok. Mais accorder une telle importance dans le récit à des faits qui sont finalement faux, c'est problématique. Ce n'est pas la première fois que j'ai cette impression dans une bd, en mode "mais c'est vraiment arrivé ça, dans la réalité?", et ça me gâche toujours un peu le truc. J'ai donc eu cette sensation en lisant le Maitre d'Armes, et c'était un peu déplaisant (encore plus une fois avéré). Reste qu'en tant qu'objet de divertissement, cette bd fait le boulot, et même un peu plus que ça. Le récit, s'il n'est pas des plus originaux, est bien rythmé. On suit un héros à l'ancienne, hyper badass, qui survit à tout, dans le sang et les tripes. J'avoue que c'est un genre qui ne me déplait pas, tant que j'en lis de temps en temps et que c'est bien fait. Pour ne rien gâcher, le dessin est fort agréable, ce n'est pas mon style préféré mais c'est ultra bien réalisé, c'est très propre, et les couleurs ont un je ne sais quoi de chaud et réconfortant. On pourrait résumer en disant que cette bd nous dit n'importe quoi, mais le fait bien ? En tout cas pas étonnant que ça ait remporté du succès, c'est efficace et sympa à lire. Mais reste ce problème de crédibilité historique, qui peut ne pas déranger beaucoup de gens.