2.5
Une série humoristique avec un scénario bien débile comme les japonais savent en trouver.
L'idée de départ est simple: la mère du héros s'est remariée avec une licorne et comme par hasard elle est en voyage d'affaire alors le héros et le beau-père doivent apprendre à cohabiter ensemble. C'est une bonne idée, mais au final le scénario ne décolle jamais vraiment. Il y a quelques gags qui m'ont fait sourire et ça se laisse lire, mais au bout d'un moment cela tourne un peu en ronds et heureusement que c'est un one-shot parce que je ne pense pas que j'aurais enduré un tome de plus à bases de gags sur le fait que le beau-père licorne est très populaire avec l'agence féminine. Il faut dire qu’il y a des situations qui sentent le déjà vu étant donné que c’est encore une fois le récit d’un étudiant normal qui se retrouve avec une présence surnaturelle dans sa vie.
Le dessin est bien sympathique.
Un trio de BD qui s'est bien assemblé, je trouve avec
- des couleurs très variées et fines dans le choix. ( je n'avais pas aimé le travail de Delf, ni dans La Banque ni dans Dieu n'a pas réponse à tout, mais ici tout est raccord)
- un dessin qui réussit à croquer des personnages dans leurs traits, leur posture, leurs vêtements en donnant une impression d'aisance très agréable. Les visages sont particulièrement attachants, quels que soient les rôles. Je ne connaissais pas ce dessinateur, mais ça m'a vraiment accroché, même si ça va parfois dans la caricature un peu vieillotte, la couleur donne la profondeur qui pourrait manquer en noir et blanc !
- un scénario avec deux thèmes enchevétrés peu explorés ensemble : la double vie ( ou la mythomanie ? ) et la quête d'un vieil homme un peu passé à côté de sa vie.
Cela ne brasse pas des grands sujets de société, cela ne va pas changer la face du monde mais c'est bien ficelé, et le dispositif de l'anti-héros, cassé, berné et au grand cœur marche toujours ! Quand au second personnage principal, élégant mythomane, fripouille absente mais si nécessaire, il apporte à la fois humour et tragique. Les dialogues font penser à un duo Peter Falk (Colombo) /Jean-Pierre Marielle.
Une BD attachante, mais qui intéressera peut-être plutôt les + de 50 ans...non ?
Je résumerais un peu abruptement : Conte médiéval à la sauce queer.
Agréable à parcourir, il met en scène la façon dont une société, dominée par les hommes, choisit des boucs émissaires à tyraniser ( sorcières, albinos, etc...) pour que le reste de la population puisse trouver une raison à ses tracas quotidiens.
L'ambiguïté de genre de Rebis n'est pas un ressors du scénario et c'est très bien ( A l'époque médiévale où la science n'avait pas encore mis chacun dans sa cas sexuelle, la fluidité de genre devait être plus facile) c'est plutôt l'albinisme qui est perçu comme une déviance grave.
La construction du scénario n'est pas très robuste, avec une fin un peu rapide et inexpliquée, mais les personnages sont plutôt attachants.
Le dessin ne m'a pas enthousiasmé. Un peu inégal suivant les pages, avec un essai pas très concluant de rougir les traits à l'intérieur des personnages dont le contour est noir. Mais j'avoue que la colorisation numérique ménageant des flous en arrière plan est bien utilisée.
En fin de compte, j'attendais peut-être trop de cet album, je pense qu'il ferait un très beau cadeau pour un enfant de 12 ans, avec plein de mystères à élucider ... mais pour les adultes, je suis moins emballée.
Compliqué de lire Vivès aujourd'hui tant l'auteur est devenu sulfureux.
C'est un auteur qui met mal à l'aise et cette BD ne fait pas exception. Dans sa thématique d'abord (un chemisier qui gratifierait d'une aura érotique la femme qui le porte), dans son traitement surtout. Vivès, comme à son habitude, décrit une situation possiblement gênante en recherchant l'effacement : pas de position, pas d'intention, libre au lecteur d'interpréter les situations, de juger en fonction de son propre point de vue. Est-ce acerbe et critique, ou étrangement complaisant ?
Le style de Vivès est au diapason : une ligne épurée, des textes rares, une froideur indéniable. Et l'envie de choquer et émoustiller salement avec une sexualisation du récit volontiers crûe, à l'occasion inattendue.
C'est parfois fort pertinent, impertinent aussi, à même de satisfaire des personnes éloignées des opinions de l'auteur, et discutable dans certains de ses implicites. Déstabilisant, évidemment intéressant, regrettablement ambigu.
Une bataille et une guerre sur lesquelles je n’avais quasiment aucune connaissance. J’ai donc appris quelques petites choses sur cette lutte entre l’Empire russe et l’Empire ottoman (qui est déjà sur le déclin).
Delitte se fait plaisir au dessin avec ses vieux gréements. Et, une fois n’est pas coutume dans cette collection, il laisse une place relativement importante à la bataille elle-même, et donc son dessin se révèle un atout.
Mais, revers de la médaille, toute la partie « romancée » censée densifier le récit et donner plus de corps à la bataille, est maigre. Et « l’embrouille » entre l’officier russe et le matelot est à la fois artificielle, trop « longue » et sans réel intérêt, si ce n’est remplir quelques vides du récit.
L’album se laisse lire, est agréable à feuilleter (même si les têtes des personnages sont comme à l’accoutumée chez Delitte toutes sorties du même moule « carré »). Mais la bataille elle-même – et la guerre dont elle est l’une des scories – manquent quand même de force, d’importance, pour totalement nous captiver.
Comme d’habitude un petit dossier historique clôt l’album, Delitte s'en chargeant lui-même cette fois-ci (il aurait sans doute pu y ajouter une petite bibliographie…).
Note réelle 2,5/5.
Du Servais classique, au niveau des thématiques et du dessin, les amateurs de l’auteur y trouveront leur compte.
Surtout que là, contrairement à quelques récentes lectures de cet auteur, j’ai trouvé qu’on ne tombait pas dans le n’importe quoi, l’histoire – sans être trop originale – se laisse lire agréablement.
Il faut dire que Servais joue ici en terrain connu. A savoir les contes se déroulant dans les forêts des Ardennes (ici une légende locale), avec décors forestiers, vieux châteaux, etc. C’est encore l’occasion d’admirer son trait léché, « apprêté » – un chouia trop sans doute, un peu statique. Mais qui fait merveille dès qu’il s’agit de nous plonger dans les sous-bois, et la « nature » en général (je trouve ses personnages moins captivants, même s’ils sont quand même réussis).
L’histoire se laisse lire donc – même si je n’y reviendrai pas – mais elle est joliment mise en image, et donc la lecture est toujours plaisante.
Noir blanc et gris, dessin assez brutal pour s'accorder à celle de l'histoire sans parler d'un style reconnaissable : je dis que ça vaut au moins une lecture. Sans être un chef d'œuvre, il y a le pitch relativement original : une histoire de survie dans un train lancée dans le froid, arche de survie avec lutte entre les riches et les pauvres pour les ressources. Et qui accroche : on reste assis comme actuellement, sauf qu'on voyage vers nulle part : ce qui est absurde face au monde contemporain, mais qui ne l'est pas dans ce monde car cela assure la survie.
Le dernier des derniers, un des passagers de dernière classe remonte jusqu'à la première, on découvre ce monde, on s'attache au survivant, et peut-être surtout à une idéaliste promouvant de meilleures conditions de vie pour les dernières classes. Sinon, beaucoup de choses sont téléphonées, l'attitude des dirigeants, des privilégiés, de leurs servants. Cette bd me fait penser que j'aimerais en lire de meilleures sur la survie après quelque catastrophe, sur le train, ou un mélange des deux si cette bd et ses suites n'ont pas trop gâchées le sujet.
La superbe couverture a de suite attiré mon attention avec ce guerrier Iroquois sur un cheval.
L'histoire se déroule pendant la guerre de sept ans (1756-1763). Pierre Archange est un français expatrié en Nouvelle France, il a adopté la vie de coureur des bois. Il passe l'hiver chez les Shawnees où il trouve l'amour en la personne de Lune Pâle qui lui donne un fils. La guerre va le rattraper, il va devoir retourner sur le continent européen pour se battre contre les prussiens, en laissant son enfant au père de sa défunte épouse. Il aura eu le temps de se faire pour ennemi Akaash, un Iroquois qui ne rêve que de vengeance. A son retour en Nouvelle France, après plusieurs années, Archange part à la recherche de son fils.
Une fresque Historique, Stephen Desberg a bien bossé son sujet. Lieux, personnages illustres et batailles : rien à redire. Par contre, pour la géopolitique c'est plus succinct.
Un récit qui part sur de bonnes bases, mêmes si très classiques, mais il s'essouffle vite hélas. Une narration trop centré sur la partie Histoire et sur la dénonciation de la guerre, elle en devient trop studieuse, chaotique et manquant de lyrisme. Un coureur des bois qui m'a laissé indifférent. Je trouve la conclusion fade et prévisible.
Le point fort de cet album c'est le dessin de Bernard Vrancken, il est magnifié par des couleurs directes, je pense même à l'aquarelle pour certains paysages. Le rendu est magnifique avec le travail sur la luminosité et le dépaysement est garanti (forêt enneigée). La mise en page aérée fait la part belle aux grands espaces en n'omettant pas les gros plans sur les personnages.
Je me dois de louer la qualité du bouquin des éditions Daniel Maghen, comme toujours.
Pour les amateurs du genre.
Un album étrange, original, sur une personne et un sujet qui l’est tout autant.
Dabitch a visiblement été envoûté par le personnage d’Eugénie. Elle a laissé très peu de traces – essentiellement dans quelques archives de police, mais suffisamment pour intriguer l’auteur, qui cherche à nous transmettre le virus. Il faut dire qu’Eugénie est des plus atypiques. Ayant reçu une très bonne éducation, mais ayant souffert du déclassement consécutif à la ruine de ses parents, elle devient nonne, puis, peu à peu de retour à Paris, devient une sorte de prostituée/proxénète, adepte d’un certain SM.
Peu de document pour étayer cette biographie. Dabitch invente donc pas mal, et développe, en plusieurs chapitres, une sorte de dialogue entre lui et Eugénie, comme s’il recevait témoignage ou confession, comme si d’enquêteur -et elle en a connu des enquêteurs de police qui la traquait !) il se transformait en confident. Le procédé est étonnant, mais donne vie à cette femme à la fois libre et pleine de contradictions, emportée par son élan, se cherchant jusqu’au bout.
L’ensemble est inégal, avec des longueurs, des passages un peu obscurs (à plusieurs reprises Dabitch intercale entre les chapitres quelques pages de texte, mêlant monologue et commentaires ressemblant à un documentaire). Mais ça se laisse lire agréablement, on est immanquablement intrigué par cette destinée improbable.
Pour accompagner ce récit, je retrouve le dessin de Jorge Gonzalez. Un travail à l’aquarelle, qui vire parfois à l’abstrait. Comme pour la vie d’Eugénie, on ne peut qu’être intrigué par l’aspect graphique. Gonzalez a vraiment beaucoup de talent. Son style ne conviendra sans doute pas à tous (on est à des années lumières du franco-belge classique, et parfois proche de la peinture), mais on ne peut lui dénier de la force et de la beauté. Il convient bien au sujet, avec une ambiguïté, une vision un peu diaphane des choses – même si parfois éclate la couleur.
A noter que les auteurs, sur un sujet qui aurait pu être scabreux, ne tombent jamais dans le voyeurisme, l’obscénité.
Bon, ça se laisse lire, c’est dynamique, et les amateurs de comics moderne tendance violente y trouveront sans doute leur compte – d’où les trois étoiles. Me concernant, je suis resté un chouia sur ma faim.
Le dessin n’est pas forcément mon truc, mais c’est vraiment dans la lignée des comics modernes, et c’est globalement lisible. Mais colorisation et dessin ne cherchent pas à peaufiner les détails, c’est du travail à gros trait je trouve.
Mais c’est raccord avec l’intrigue et le ton développé finalement, car là aussi on ne joue pas dans la finasse (voir en particulier les nombreux gros plans sur les personnages massacrés à coups de battes, ou sur les personnages marchant dans de la merde de chien !).
Une ambiance violente et presque nihiliste, dans une Amérique profonde quasi caricaturale. On est dans du thriller poisseux, dans lequel la frontière entre Bien et Mal est tenue, où la morale et la loi se sont égarées, loin.
Aaron use d’une technique classique faisant intervenir les uns après les autres les personnages, qui n’apparaissent qu’une fois que le personnage précédent a épuisé toutes les possibilités scénaristiques. C’est un peu artificiel, mais globalement efficace (voir par exemple la fille du héros), même si je ne suis pas convaincu par certains personnages – comme le sauve qui vit et chasse à l’arc dans les marais par exemple).
Par-delà les facilités habituelles (c’est fou quand même ce qui peut se passer dans ce type de coin paumé, sans que cela ne transpire « à l’extérieur » - police, justice, etc…), les très très nombreux passages autour du football américain m’ont lassé. C’est trop long (parfois répétitif) et cela aurait pu et dû être élagué. Outre que le sujet ne me passionne pas a priori, c’est long et n’apporte pas toujours quelque chose à l’intrigue, cela fait parfois un peu remplissage.
Et l'abandon nous laisse en plan concernant le pétage de plomb annoncé de la fille...
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Papa est une licorne
2.5 Une série humoristique avec un scénario bien débile comme les japonais savent en trouver. L'idée de départ est simple: la mère du héros s'est remariée avec une licorne et comme par hasard elle est en voyage d'affaire alors le héros et le beau-père doivent apprendre à cohabiter ensemble. C'est une bonne idée, mais au final le scénario ne décolle jamais vraiment. Il y a quelques gags qui m'ont fait sourire et ça se laisse lire, mais au bout d'un moment cela tourne un peu en ronds et heureusement que c'est un one-shot parce que je ne pense pas que j'aurais enduré un tome de plus à bases de gags sur le fait que le beau-père licorne est très populaire avec l'agence féminine. Il faut dire qu’il y a des situations qui sentent le déjà vu étant donné que c’est encore une fois le récit d’un étudiant normal qui se retrouve avec une présence surnaturelle dans sa vie. Le dessin est bien sympathique.
Tananarive
Un trio de BD qui s'est bien assemblé, je trouve avec - des couleurs très variées et fines dans le choix. ( je n'avais pas aimé le travail de Delf, ni dans La Banque ni dans Dieu n'a pas réponse à tout, mais ici tout est raccord) - un dessin qui réussit à croquer des personnages dans leurs traits, leur posture, leurs vêtements en donnant une impression d'aisance très agréable. Les visages sont particulièrement attachants, quels que soient les rôles. Je ne connaissais pas ce dessinateur, mais ça m'a vraiment accroché, même si ça va parfois dans la caricature un peu vieillotte, la couleur donne la profondeur qui pourrait manquer en noir et blanc ! - un scénario avec deux thèmes enchevétrés peu explorés ensemble : la double vie ( ou la mythomanie ? ) et la quête d'un vieil homme un peu passé à côté de sa vie. Cela ne brasse pas des grands sujets de société, cela ne va pas changer la face du monde mais c'est bien ficelé, et le dispositif de l'anti-héros, cassé, berné et au grand cœur marche toujours ! Quand au second personnage principal, élégant mythomane, fripouille absente mais si nécessaire, il apporte à la fois humour et tragique. Les dialogues font penser à un duo Peter Falk (Colombo) /Jean-Pierre Marielle. Une BD attachante, mais qui intéressera peut-être plutôt les + de 50 ans...non ?
Rebis
Je résumerais un peu abruptement : Conte médiéval à la sauce queer. Agréable à parcourir, il met en scène la façon dont une société, dominée par les hommes, choisit des boucs émissaires à tyraniser ( sorcières, albinos, etc...) pour que le reste de la population puisse trouver une raison à ses tracas quotidiens. L'ambiguïté de genre de Rebis n'est pas un ressors du scénario et c'est très bien ( A l'époque médiévale où la science n'avait pas encore mis chacun dans sa cas sexuelle, la fluidité de genre devait être plus facile) c'est plutôt l'albinisme qui est perçu comme une déviance grave. La construction du scénario n'est pas très robuste, avec une fin un peu rapide et inexpliquée, mais les personnages sont plutôt attachants. Le dessin ne m'a pas enthousiasmé. Un peu inégal suivant les pages, avec un essai pas très concluant de rougir les traits à l'intérieur des personnages dont le contour est noir. Mais j'avoue que la colorisation numérique ménageant des flous en arrière plan est bien utilisée. En fin de compte, j'attendais peut-être trop de cet album, je pense qu'il ferait un très beau cadeau pour un enfant de 12 ans, avec plein de mystères à élucider ... mais pour les adultes, je suis moins emballée.
Le Chemisier
Compliqué de lire Vivès aujourd'hui tant l'auteur est devenu sulfureux. C'est un auteur qui met mal à l'aise et cette BD ne fait pas exception. Dans sa thématique d'abord (un chemisier qui gratifierait d'une aura érotique la femme qui le porte), dans son traitement surtout. Vivès, comme à son habitude, décrit une situation possiblement gênante en recherchant l'effacement : pas de position, pas d'intention, libre au lecteur d'interpréter les situations, de juger en fonction de son propre point de vue. Est-ce acerbe et critique, ou étrangement complaisant ? Le style de Vivès est au diapason : une ligne épurée, des textes rares, une froideur indéniable. Et l'envie de choquer et émoustiller salement avec une sexualisation du récit volontiers crûe, à l'occasion inattendue. C'est parfois fort pertinent, impertinent aussi, à même de satisfaire des personnes éloignées des opinions de l'auteur, et discutable dans certains de ses implicites. Déstabilisant, évidemment intéressant, regrettablement ambigu.
Tchesmé
Une bataille et une guerre sur lesquelles je n’avais quasiment aucune connaissance. J’ai donc appris quelques petites choses sur cette lutte entre l’Empire russe et l’Empire ottoman (qui est déjà sur le déclin). Delitte se fait plaisir au dessin avec ses vieux gréements. Et, une fois n’est pas coutume dans cette collection, il laisse une place relativement importante à la bataille elle-même, et donc son dessin se révèle un atout. Mais, revers de la médaille, toute la partie « romancée » censée densifier le récit et donner plus de corps à la bataille, est maigre. Et « l’embrouille » entre l’officier russe et le matelot est à la fois artificielle, trop « longue » et sans réel intérêt, si ce n’est remplir quelques vides du récit. L’album se laisse lire, est agréable à feuilleter (même si les têtes des personnages sont comme à l’accoutumée chez Delitte toutes sorties du même moule « carré »). Mais la bataille elle-même – et la guerre dont elle est l’une des scories – manquent quand même de force, d’importance, pour totalement nous captiver. Comme d’habitude un petit dossier historique clôt l’album, Delitte s'en chargeant lui-même cette fois-ci (il aurait sans doute pu y ajouter une petite bibliographie…). Note réelle 2,5/5.
Bellem
Du Servais classique, au niveau des thématiques et du dessin, les amateurs de l’auteur y trouveront leur compte. Surtout que là, contrairement à quelques récentes lectures de cet auteur, j’ai trouvé qu’on ne tombait pas dans le n’importe quoi, l’histoire – sans être trop originale – se laisse lire agréablement. Il faut dire que Servais joue ici en terrain connu. A savoir les contes se déroulant dans les forêts des Ardennes (ici une légende locale), avec décors forestiers, vieux châteaux, etc. C’est encore l’occasion d’admirer son trait léché, « apprêté » – un chouia trop sans doute, un peu statique. Mais qui fait merveille dès qu’il s’agit de nous plonger dans les sous-bois, et la « nature » en général (je trouve ses personnages moins captivants, même s’ils sont quand même réussis). L’histoire se laisse lire donc – même si je n’y reviendrai pas – mais elle est joliment mise en image, et donc la lecture est toujours plaisante.
Le Transperceneige
Noir blanc et gris, dessin assez brutal pour s'accorder à celle de l'histoire sans parler d'un style reconnaissable : je dis que ça vaut au moins une lecture. Sans être un chef d'œuvre, il y a le pitch relativement original : une histoire de survie dans un train lancée dans le froid, arche de survie avec lutte entre les riches et les pauvres pour les ressources. Et qui accroche : on reste assis comme actuellement, sauf qu'on voyage vers nulle part : ce qui est absurde face au monde contemporain, mais qui ne l'est pas dans ce monde car cela assure la survie. Le dernier des derniers, un des passagers de dernière classe remonte jusqu'à la première, on découvre ce monde, on s'attache au survivant, et peut-être surtout à une idéaliste promouvant de meilleures conditions de vie pour les dernières classes. Sinon, beaucoup de choses sont téléphonées, l'attitude des dirigeants, des privilégiés, de leurs servants. Cette bd me fait penser que j'aimerais en lire de meilleures sur la survie après quelque catastrophe, sur le train, ou un mélange des deux si cette bd et ses suites n'ont pas trop gâchées le sujet.
Nouvelle France
La superbe couverture a de suite attiré mon attention avec ce guerrier Iroquois sur un cheval. L'histoire se déroule pendant la guerre de sept ans (1756-1763). Pierre Archange est un français expatrié en Nouvelle France, il a adopté la vie de coureur des bois. Il passe l'hiver chez les Shawnees où il trouve l'amour en la personne de Lune Pâle qui lui donne un fils. La guerre va le rattraper, il va devoir retourner sur le continent européen pour se battre contre les prussiens, en laissant son enfant au père de sa défunte épouse. Il aura eu le temps de se faire pour ennemi Akaash, un Iroquois qui ne rêve que de vengeance. A son retour en Nouvelle France, après plusieurs années, Archange part à la recherche de son fils. Une fresque Historique, Stephen Desberg a bien bossé son sujet. Lieux, personnages illustres et batailles : rien à redire. Par contre, pour la géopolitique c'est plus succinct. Un récit qui part sur de bonnes bases, mêmes si très classiques, mais il s'essouffle vite hélas. Une narration trop centré sur la partie Histoire et sur la dénonciation de la guerre, elle en devient trop studieuse, chaotique et manquant de lyrisme. Un coureur des bois qui m'a laissé indifférent. Je trouve la conclusion fade et prévisible. Le point fort de cet album c'est le dessin de Bernard Vrancken, il est magnifié par des couleurs directes, je pense même à l'aquarelle pour certains paysages. Le rendu est magnifique avec le travail sur la luminosité et le dépaysement est garanti (forêt enneigée). La mise en page aérée fait la part belle aux grands espaces en n'omettant pas les gros plans sur les personnages. Je me dois de louer la qualité du bouquin des éditions Daniel Maghen, comme toujours. Pour les amateurs du genre.
Mécaniques du fouet
Un album étrange, original, sur une personne et un sujet qui l’est tout autant. Dabitch a visiblement été envoûté par le personnage d’Eugénie. Elle a laissé très peu de traces – essentiellement dans quelques archives de police, mais suffisamment pour intriguer l’auteur, qui cherche à nous transmettre le virus. Il faut dire qu’Eugénie est des plus atypiques. Ayant reçu une très bonne éducation, mais ayant souffert du déclassement consécutif à la ruine de ses parents, elle devient nonne, puis, peu à peu de retour à Paris, devient une sorte de prostituée/proxénète, adepte d’un certain SM. Peu de document pour étayer cette biographie. Dabitch invente donc pas mal, et développe, en plusieurs chapitres, une sorte de dialogue entre lui et Eugénie, comme s’il recevait témoignage ou confession, comme si d’enquêteur -et elle en a connu des enquêteurs de police qui la traquait !) il se transformait en confident. Le procédé est étonnant, mais donne vie à cette femme à la fois libre et pleine de contradictions, emportée par son élan, se cherchant jusqu’au bout. L’ensemble est inégal, avec des longueurs, des passages un peu obscurs (à plusieurs reprises Dabitch intercale entre les chapitres quelques pages de texte, mêlant monologue et commentaires ressemblant à un documentaire). Mais ça se laisse lire agréablement, on est immanquablement intrigué par cette destinée improbable. Pour accompagner ce récit, je retrouve le dessin de Jorge Gonzalez. Un travail à l’aquarelle, qui vire parfois à l’abstrait. Comme pour la vie d’Eugénie, on ne peut qu’être intrigué par l’aspect graphique. Gonzalez a vraiment beaucoup de talent. Son style ne conviendra sans doute pas à tous (on est à des années lumières du franco-belge classique, et parfois proche de la peinture), mais on ne peut lui dénier de la force et de la beauté. Il convient bien au sujet, avec une ambiguïté, une vision un peu diaphane des choses – même si parfois éclate la couleur. A noter que les auteurs, sur un sujet qui aurait pu être scabreux, ne tombent jamais dans le voyeurisme, l’obscénité.
Southern Bastards
Bon, ça se laisse lire, c’est dynamique, et les amateurs de comics moderne tendance violente y trouveront sans doute leur compte – d’où les trois étoiles. Me concernant, je suis resté un chouia sur ma faim. Le dessin n’est pas forcément mon truc, mais c’est vraiment dans la lignée des comics modernes, et c’est globalement lisible. Mais colorisation et dessin ne cherchent pas à peaufiner les détails, c’est du travail à gros trait je trouve. Mais c’est raccord avec l’intrigue et le ton développé finalement, car là aussi on ne joue pas dans la finasse (voir en particulier les nombreux gros plans sur les personnages massacrés à coups de battes, ou sur les personnages marchant dans de la merde de chien !). Une ambiance violente et presque nihiliste, dans une Amérique profonde quasi caricaturale. On est dans du thriller poisseux, dans lequel la frontière entre Bien et Mal est tenue, où la morale et la loi se sont égarées, loin. Aaron use d’une technique classique faisant intervenir les uns après les autres les personnages, qui n’apparaissent qu’une fois que le personnage précédent a épuisé toutes les possibilités scénaristiques. C’est un peu artificiel, mais globalement efficace (voir par exemple la fille du héros), même si je ne suis pas convaincu par certains personnages – comme le sauve qui vit et chasse à l’arc dans les marais par exemple). Par-delà les facilités habituelles (c’est fou quand même ce qui peut se passer dans ce type de coin paumé, sans que cela ne transpire « à l’extérieur » - police, justice, etc…), les très très nombreux passages autour du football américain m’ont lassé. C’est trop long (parfois répétitif) et cela aurait pu et dû être élagué. Outre que le sujet ne me passionne pas a priori, c’est long et n’apporte pas toujours quelque chose à l’intrigue, cela fait parfois un peu remplissage. Et l'abandon nous laisse en plan concernant le pétage de plomb annoncé de la fille...