Moi aussi je ne suis pas particulièrement attiré par le personnage de Docteur Strange même si j'ai apprécié certaines de ses aventures, notamment celles dessinés par Steve Ditko et Marie Severin.
Ce one-shot avait attiré mon attention à cause de son beau dessin qui me rappelle une version modernisé du Docteur Strange de Ditko. Il faut savoir que le personnage est devenu populaire uniquement grâce au design étrange de Ditko et le scénario était presque facultatif. Heureusement, il y a un vrai scénario dans cette minisérie et c''est pas juste une suite de scènes cosmiques qui servent de prétexte pour que l'auteur montre qu'il sait bien dessiner. Il y a un histoire très dense qui brasse plusieurs thèmes. Peut-être même un peu trop parce que c'est facile de s'y perdre. Il faut vraiment rester concentré, rien que mal lire une ou deux cases peut vous faire perdre le cours du récit !
Un album qui sort du lot des récits de super-héros habituel. Sans avoir été enthousiasmé au point d'avoir trouver le récit exceptionnel, c'est à lire au moins une fois si on veut découvrir quelque chose de différent qui vient de chez Marvel.
Cette fiction adaptée du best-seller empruntant à des faits historiques nous plonge dans les coulisses du Kremlin, au moment où Poutine succède à Boris Elstine, après sa démission après huit années de présidence. Vladimir Baranov, le protagoniste principal a bien existé mais fut plutôt inspiré par Vladislav Sourkov que Baranov, qui lui n’a jamais fréquenté les instances du pouvoir russe. On assiste ainsi au moment où l’homme rencontre pour la première fois le futur maître du Kremlin. Lors de cet échange, Poutine adoube Baranov en lui proposant d’être son éminence grise, mais on comprend vite que celui qui sera bientôt surnommé « le tsar », n’est pas du genre à s’en laisser conter. Ici, Jacamon a su parfaitement reproduire et souligner son regard d’acier, reflétant son absence totale d’états d’âme, comme on pourra s’en rendre compte dans la suite du récit.
Entre les deux hommes, on sent une sorte de fascination réciproque. Baranov est un type brillant, issu du monde du spectacle, qui connaît parfaitement les rouages de la manipulation et possède l’éloquence. Poutine sent très vite le bénéfice qu’il tirerait de l’avoir à ses côtés, mais pour cela, il n’hésitera pas à imposer ses conditions : Baranov devra travailler « exclusivement » pour lui !
Sous les traits de Jacamon, Baranov apparaît comme un personnage totalement romanesque et séducteur, qui aspire à faire partie des hautes sphères du pouvoir. Son regard bleu acier, à l’instar de Poutine, évoque celui des loups, des animaux que le co-auteur du « Tueur » utilise avec pertinence comme métaphore tout au long du récit. Mais Baranov, contrairement au dictateur, a des états d’âme, lesquels contribueront à son éviction… le conseiller de l’ombre, perdra les faveurs du chef et finira par démissionner, comme « ces loups qui abandonnent la meute sans raison apparente »…
Dans cette adaptation plutôt fluide, les dialogues restent de haut vol et la réflexion sur le pouvoir passionnante. On ne doute pas de la réalité dépeinte dans une séquence saisissante où Baranov visite les bureaux de Prigojine, propagandiste et chef du groupe Wagner de sinistre mémoire. Comme on le voit, les Russes avaient depuis longtemps compris comment ils pouvaient agir sur la géopolitique via les réseaux sociaux en créant leurs « usines à trolls ».
Le dessin réaliste de Luc Jacamon, non dénué d’un certain académisme, recèle une finesse dans le trait, avec une maîtrise des effets visuels et de la couleur qui révèle l’étendue de son talent. Les premières scènes se déroulant dans les paysages de Sibérie sont particulièrement réussies.
Alors que le « tsar » est dans la vingt-sixième année de son règne sans partage, « Le Mage de Kremlin » n’est pas de nature à nous rassurer sur ses intentions, notamment en ce qui concerne la guerre en Ukraine, dont nous saisissons ici les raisons. Mais en basant son histoire sur des faits réels, da Empoli s’est efforcé dans une tonalité littéraire de nous livrer une reconstitution fidèle de cette plongée au cœur du pouvoir russe, qui fait froid dans le dos, certes, mais demeure instructive pour tenter de comprendre ce qui se passe dans la tête d’un autocrate tel que Poutine.
Décidément, j'aime mieux le Fabien Toulmé qui fait des documentaires que celui qui fait de la fiction.
On va donc suivre le parcours d'un ancien ingénieur qui s'est reconverti et travaille maintenant dans une classe qui sert à accompagner les enfants en situations d'handicaps. Comme on lui explique rien lorsqu'il commence son job, il va petit à petit découvrir son nouveau métier et environnement et le lecteur avec lui. Toulmé a le ton juste pour raconter un sujet grave sans tomber dans le pathos facile. Il ne fait pas dans la morale non plus et montre les forces et les faiblesses de ce type de classes et du système français en général qui est à bout de souffle.
Il y a des bons moments, mais j'ai trouvé que ce n'était pas particulièrement passionnant à lire et c'est un problème pour un album qui fait plus de 300 pages. Je comprends le but de l'auteur de prendre son temps et de montrer une année scolaire complète, mais cela a quand même pris trop de temps pour qu'il se passe enfin quelque chose qui a attiré mon attention. Il y a des passages un peu mous et j'étais bien content lorsque c'était fini.
La lecture est sympathique – même si elle n’est pas inoubliable non plus.
Zabus nous présente un gamin, Germain qui, à l’âge de 10 ans, ressent le besoin de « faire le point », et de rédiger ses « mémoires ». A raison d’un chapitre par année (les quatre dernières en tout cas – autour d’un événement marquant à chaque fois), Germain présente et analyse ce qui l’a marqué et ce qui a pu faire de lui cet enfant mature (au point qu’il ait souhaité faire une « pause » et ne plus grandir).
Alors, certes, on peut être étonné de suivre ce gamin, et ses réflexions dignes d’un adulte. Ce décalage n’est finalement pas gênant, on s’y fait, licence créatrice… Et ça se laisse lire, avec un gamin jouant le rôle de Candide, mais aussi de commentateur, et qui livre des moments forts (comme après la mort de son chat, ou pour l’événement final, qui a sans doute déclenché ce processus d’autoanalyse).
La narration est fluide et plaisante, et le dessin est agréable, avec un trait fin, plusieurs bichromies (qui changent avec les chapitres), un rendu ressemblant à celui de certains albums autobiographiques récents de Sattouf.
Comme pour les autres albums de William Augel chez la Boite à Bulles, le principe consiste ici à imaginer une enfance fantasmée d'Agatha Christie à travers une succession de petites histoires humoristiques et de mini-enquêtes. On retrouve plein de clins d'oeil à son univers futur, à Miss Marple, Hercule Poirot ou certains titres de ses romans, avec aussi quelques énigmes interactives dont le lecteur trouvera la solution en fin d'album.
C'est une BD jeunesse agréable à feuilleter, surtout grâce au dessin de William Augel que j'aime beaucoup. Son trait est à la fois rond, souple et très assuré, avec des personnages immédiatement attachants, des décors simples mais soignés, et une palette de couleurs douces et élégantes qui donne énormément de charme à l'ensemble. Visuellement, c'est un album chaleureux et très plaisant à parcourir.
En revanche, je reste un peu perplexe sur le public réellement visé. D'un côté, l'humour et plusieurs gags sont très enfantins, avec des histoires courtes et des énigmes qui semblent pensées pour des lecteurs de moins de dix ans. Mais à côté de ça, d'autres références ou enquêtes demandent déjà un peu plus d'attention, et surtout le simple fait de s'intéresser à une version romancée de la jeunesse d'Agatha Christie parlera probablement davantage à des lecteurs plus âgés que le ton général de l'album.
Du coup, j'ai parfois eu l'impression d'un léger décalage entre le sujet traité et la manière très jeunesse de l'aborder. Cela reste une lecture sympathique, fraîche et pleine de bonne humeur, mais je suis resté un peu circonspect sur l'équilibre global de l'ensemble.
Un jeune garçon, visiblement de bonne famille, fuit en train la ville de New York et se retrouve pris sous l'aile d'un vétéran hobo charismatique, Arizona Joe.
On croit au départ que cette série va s'attacher aux aventures de hobos sillonnant clandestinement les États-Unis à la fin du XIXe siècle. Mais on découvre assez vite que ce n'est en réalité qu'un prologue, et que le véritable récit porte sur ce même garçon devenu adulte, revenu dans son riche milieu de banquiers new-yorkais tout en conservant de cette courte errance un goût du risque, des combats clandestins et une fascination persistante pour ces vagabonds du rail.
Le mélange est assez étrange et parfois difficile à cerner. Le personnage principal reste très distant tout au long du récit, parlant peu et laissant beaucoup de zones d'ombre. Comme il ne dit quasiment rien dans toute la partie introductive, il faut avoir lu le résumé de l'album pour bien comprendre les raisons profondes de sa fuite. De la même manière, la relation avec Arizona Joe m'a paru un peu artificielle : on ne saisit pas vraiment pourquoi ce vétéran hobo à l'allure de Richard Bronson s'attache aussi vite à lui, ni pourquoi, une fois adulte, Newland ressent ce besoin permanent de mettre sa vie en danger dans des quartiers présentés comme extrêmement violents voire mortels pour les autres que lui. Ce côté héros romantique, torturé mais constamment protégé par le scénario et sa position sociale, ne m'a pas énormément touché.
En revanche, j'ai trouvé intéressante la plongée dans cette Amérique de la fin du XIXe siècle, qui rappelle déjà celle de la crise de 1929 alors que les grandes fortunes bancaires se construisent sur un pays traversé par des inégalités énormes. Tout l'aspect documentaire sur les hobos, les débuts de Wall Street et cette société fracturée apporte une richesse au récit, d'autant que le dossier en fin d'album est particulièrement instructif.
Graphiquement, Fabrice Meddour livre un beau travail. Les couleurs désaturées sur lesquelles contrastent le roux intense des cheveux du héros lui donnent des petits airs de Sambre, ce qui participe à l'atmosphère mélancolique et poussiéreuse du récit. Et la couverture est très belle.
Ce fut une lecture intéressante et assez atypique, mais je reste un peu à distance du personnage principal et de ses motivations. Je suis curieux malgré tout de voir où les auteurs veulent aller avec le second et dernier tome.
Quand je suis allez chez mon libraire spécialisé je ne m’attendais pas à retrouver cette agneau qui m’est familier.
Ayant joué, et beaucoup apprécié, au jeu vidéo, je n’imaginais pas ne pas acheter cette BD.
Bon…
La lecture m’a un peu déçu. En effet, dans le jeu vidéo, les difficultés sont les suivantes :
- s’agissant d’un Rogue Like, l’objectif est de parcourir un donjon, de tuer des créatures, obtenir des récompenses puis finir par mourir avant de recommencer
- en parallèle de quoi nous avons pour objectif de sauver des animaux en voie d’être sacrifié afin d’en faire des fidèles
- à qui nous devons fournir un foyer, de la nourriture, un nettoyage des excrément (oui oui) et un travail en échange de leur foi et leur force de travail
La narration du jeu nous fais incarner un agneau qui devient sauveur et espoir des siens pour un monde libéré d’une doctrine sanglante.
Autant dire tout de suite que rien (ou presque rien) n’est retenu et que l’on a presque affaire à une œuvre complètement différente. Pas mauvaise. Mais différente.
C’est fois l’agneau devient loup et surtout une menace pour les siens : il n’ont rien à manger ? Tant pis. Ils sont malade ? Tant pis. Il ne veulent rien faire d’autre que prier ? Tant pis.
J’espère que ce premier tome n’était qu’une mauvaise introduction et que la suite saura rattraper tout ça
En revanche l’immense point fort est visuel : tout est bon selon moi. Le dessin, les décors, la couleurs, etc… me donnent envie d’en voir plus et me font mettre une 3ème étoile à cet album
J'ai plutôt aimé ma lecture qui y intègre des personnages réels comme Louis Riel dans différents récits autour de Luke. Bien sûr le graphisme de Brüno est particulier, on a un Luke qui fait très jeune mais on s'y fait en quelques pages. Pour autant l'humour est peu présent, Lucky Luke lui-même est assez transparent et parfois faillible, il subit plus qu'il n'est acteur de ces aventures.
J'ai déjà pu entendre ses chroniques et voir un spectacle d'Aymeric Lompret mais pas Yolo dont c'est ici l'adaptation en bande dessinée. On suit un sans-abri qui arrive à Paris en blablacar conduit par un facho. On ne sait pas grand chose sur son parcours de vie, tout ce qu'on voit est qu'il cherche son chien. Ou bien il parle tout seul pour tromper la solitude. Tout l'album est d'ailleurs un quasi monologue, comme un one man show mais dans la rue. Sauf qu'on n'a pas la voix et l'intonation de Lompret.
Le dessin est simple disons, mais on ne vient pas chercher un graphisme incroyable, on reconnait bien les différentes cibles telles que Hanouna, Pascal Praud, Gad Elmaleh ou l'abbé Pierre entre autres. Pas particulièrement hilarant et certaines blagues seront obsolètes à court terme mais ça plaira aux fans de l'auteur et de son humour parfois corrosif envers la droite. Le travail salarié c'est pour les abrutis et tous les patrons sont des nazis qui s'enrichissent sur leurs dos, les proprios profitent des locataires etc. Même si c'est un discours que je n'approuve pas forcément, l'ensemble se lit bien.
Je ne sais pas ce que Sophie Adriansen a mis d’elle-même dans le personnage d’Alix (ou plutôt ce qu’elle a mis de sa mère dans celle d’Alix !), mais j’imagine (à tort ?) qu’il y a peut-être quelque chose d’autobiographique dans ce récit.
Un récit qui prend le temps d’installer le « problème », de le marteler, de façon répétitive, tant le comportement de la mède d’Alix s’apparente à un harcèlement systématique. Une dépréciation des autres, une accumulation d’idées et de mots négatifs, de mauvaises ondes, qui finissent par saper le moral de celle qui reçoit en pleine figure ces baffes virtuelles. L’album affirme que 20 % de la population aurait grandi aux côtés d’un parent aussi « toxique ». Ça n’a heureusement pas été mon cas (et je n’en connais pas non plus), mais ça fait froid dans le dos, tant c’est destructeur.
Le dessin use d’un trait léger, qui évacue souvent détails et décors. Pas forcément mon truc, mais il est lisible et fluide. Et le choix de ne faire apparaitre la mère toxique uniquement sous la forme d’une ombre, un personnage tout noir au visage sans trait, est plutôt bon.
Le récit est intéressant, et le « problème » est traité de façon agréable.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Doctor Strange - Fall Sunrise
Moi aussi je ne suis pas particulièrement attiré par le personnage de Docteur Strange même si j'ai apprécié certaines de ses aventures, notamment celles dessinés par Steve Ditko et Marie Severin. Ce one-shot avait attiré mon attention à cause de son beau dessin qui me rappelle une version modernisé du Docteur Strange de Ditko. Il faut savoir que le personnage est devenu populaire uniquement grâce au design étrange de Ditko et le scénario était presque facultatif. Heureusement, il y a un vrai scénario dans cette minisérie et c''est pas juste une suite de scènes cosmiques qui servent de prétexte pour que l'auteur montre qu'il sait bien dessiner. Il y a un histoire très dense qui brasse plusieurs thèmes. Peut-être même un peu trop parce que c'est facile de s'y perdre. Il faut vraiment rester concentré, rien que mal lire une ou deux cases peut vous faire perdre le cours du récit ! Un album qui sort du lot des récits de super-héros habituel. Sans avoir été enthousiasmé au point d'avoir trouver le récit exceptionnel, c'est à lire au moins une fois si on veut découvrir quelque chose de différent qui vient de chez Marvel.
Le Mage du Kremlin
Cette fiction adaptée du best-seller empruntant à des faits historiques nous plonge dans les coulisses du Kremlin, au moment où Poutine succède à Boris Elstine, après sa démission après huit années de présidence. Vladimir Baranov, le protagoniste principal a bien existé mais fut plutôt inspiré par Vladislav Sourkov que Baranov, qui lui n’a jamais fréquenté les instances du pouvoir russe. On assiste ainsi au moment où l’homme rencontre pour la première fois le futur maître du Kremlin. Lors de cet échange, Poutine adoube Baranov en lui proposant d’être son éminence grise, mais on comprend vite que celui qui sera bientôt surnommé « le tsar », n’est pas du genre à s’en laisser conter. Ici, Jacamon a su parfaitement reproduire et souligner son regard d’acier, reflétant son absence totale d’états d’âme, comme on pourra s’en rendre compte dans la suite du récit. Entre les deux hommes, on sent une sorte de fascination réciproque. Baranov est un type brillant, issu du monde du spectacle, qui connaît parfaitement les rouages de la manipulation et possède l’éloquence. Poutine sent très vite le bénéfice qu’il tirerait de l’avoir à ses côtés, mais pour cela, il n’hésitera pas à imposer ses conditions : Baranov devra travailler « exclusivement » pour lui ! Sous les traits de Jacamon, Baranov apparaît comme un personnage totalement romanesque et séducteur, qui aspire à faire partie des hautes sphères du pouvoir. Son regard bleu acier, à l’instar de Poutine, évoque celui des loups, des animaux que le co-auteur du « Tueur » utilise avec pertinence comme métaphore tout au long du récit. Mais Baranov, contrairement au dictateur, a des états d’âme, lesquels contribueront à son éviction… le conseiller de l’ombre, perdra les faveurs du chef et finira par démissionner, comme « ces loups qui abandonnent la meute sans raison apparente »… Dans cette adaptation plutôt fluide, les dialogues restent de haut vol et la réflexion sur le pouvoir passionnante. On ne doute pas de la réalité dépeinte dans une séquence saisissante où Baranov visite les bureaux de Prigojine, propagandiste et chef du groupe Wagner de sinistre mémoire. Comme on le voit, les Russes avaient depuis longtemps compris comment ils pouvaient agir sur la géopolitique via les réseaux sociaux en créant leurs « usines à trolls ». Le dessin réaliste de Luc Jacamon, non dénué d’un certain académisme, recèle une finesse dans le trait, avec une maîtrise des effets visuels et de la couleur qui révèle l’étendue de son talent. Les premières scènes se déroulant dans les paysages de Sibérie sont particulièrement réussies. Alors que le « tsar » est dans la vingt-sixième année de son règne sans partage, « Le Mage de Kremlin » n’est pas de nature à nous rassurer sur ses intentions, notamment en ce qui concerne la guerre en Ukraine, dont nous saisissons ici les raisons. Mais en basant son histoire sur des faits réels, da Empoli s’est efforcé dans une tonalité littéraire de nous livrer une reconstitution fidèle de cette plongée au cœur du pouvoir russe, qui fait froid dans le dos, certes, mais demeure instructive pour tenter de comprendre ce qui se passe dans la tête d’un autocrate tel que Poutine.
Ulis
Décidément, j'aime mieux le Fabien Toulmé qui fait des documentaires que celui qui fait de la fiction. On va donc suivre le parcours d'un ancien ingénieur qui s'est reconverti et travaille maintenant dans une classe qui sert à accompagner les enfants en situations d'handicaps. Comme on lui explique rien lorsqu'il commence son job, il va petit à petit découvrir son nouveau métier et environnement et le lecteur avec lui. Toulmé a le ton juste pour raconter un sujet grave sans tomber dans le pathos facile. Il ne fait pas dans la morale non plus et montre les forces et les faiblesses de ce type de classes et du système français en général qui est à bout de souffle. Il y a des bons moments, mais j'ai trouvé que ce n'était pas particulièrement passionnant à lire et c'est un problème pour un album qui fait plus de 300 pages. Je comprends le but de l'auteur de prendre son temps et de montrer une année scolaire complète, mais cela a quand même pris trop de temps pour qu'il se passe enfin quelque chose qui a attiré mon attention. Il y a des passages un peu mous et j'étais bien content lorsque c'était fini.
Mémoires d'un garçon agité
La lecture est sympathique – même si elle n’est pas inoubliable non plus. Zabus nous présente un gamin, Germain qui, à l’âge de 10 ans, ressent le besoin de « faire le point », et de rédiger ses « mémoires ». A raison d’un chapitre par année (les quatre dernières en tout cas – autour d’un événement marquant à chaque fois), Germain présente et analyse ce qui l’a marqué et ce qui a pu faire de lui cet enfant mature (au point qu’il ait souhaité faire une « pause » et ne plus grandir). Alors, certes, on peut être étonné de suivre ce gamin, et ses réflexions dignes d’un adulte. Ce décalage n’est finalement pas gênant, on s’y fait, licence créatrice… Et ça se laisse lire, avec un gamin jouant le rôle de Candide, mais aussi de commentateur, et qui livre des moments forts (comme après la mort de son chat, ou pour l’événement final, qui a sans doute déclenché ce processus d’autoanalyse). La narration est fluide et plaisante, et le dessin est agréable, avec un trait fin, plusieurs bichromies (qui changent avec les chapitres), un rendu ressemblant à celui de certains albums autobiographiques récents de Sattouf.
Les Petits Génies - Little Agatha Christie
Comme pour les autres albums de William Augel chez la Boite à Bulles, le principe consiste ici à imaginer une enfance fantasmée d'Agatha Christie à travers une succession de petites histoires humoristiques et de mini-enquêtes. On retrouve plein de clins d'oeil à son univers futur, à Miss Marple, Hercule Poirot ou certains titres de ses romans, avec aussi quelques énigmes interactives dont le lecteur trouvera la solution en fin d'album. C'est une BD jeunesse agréable à feuilleter, surtout grâce au dessin de William Augel que j'aime beaucoup. Son trait est à la fois rond, souple et très assuré, avec des personnages immédiatement attachants, des décors simples mais soignés, et une palette de couleurs douces et élégantes qui donne énormément de charme à l'ensemble. Visuellement, c'est un album chaleureux et très plaisant à parcourir. En revanche, je reste un peu perplexe sur le public réellement visé. D'un côté, l'humour et plusieurs gags sont très enfantins, avec des histoires courtes et des énigmes qui semblent pensées pour des lecteurs de moins de dix ans. Mais à côté de ça, d'autres références ou enquêtes demandent déjà un peu plus d'attention, et surtout le simple fait de s'intéresser à une version romancée de la jeunesse d'Agatha Christie parlera probablement davantage à des lecteurs plus âgés que le ton général de l'album. Du coup, j'ai parfois eu l'impression d'un léger décalage entre le sujet traité et la manière très jeunesse de l'aborder. Cela reste une lecture sympathique, fraîche et pleine de bonne humeur, mais je suis resté un peu circonspect sur l'équilibre global de l'ensemble.
La Vie extraordinaire d'Arizona Joe
Un jeune garçon, visiblement de bonne famille, fuit en train la ville de New York et se retrouve pris sous l'aile d'un vétéran hobo charismatique, Arizona Joe. On croit au départ que cette série va s'attacher aux aventures de hobos sillonnant clandestinement les États-Unis à la fin du XIXe siècle. Mais on découvre assez vite que ce n'est en réalité qu'un prologue, et que le véritable récit porte sur ce même garçon devenu adulte, revenu dans son riche milieu de banquiers new-yorkais tout en conservant de cette courte errance un goût du risque, des combats clandestins et une fascination persistante pour ces vagabonds du rail. Le mélange est assez étrange et parfois difficile à cerner. Le personnage principal reste très distant tout au long du récit, parlant peu et laissant beaucoup de zones d'ombre. Comme il ne dit quasiment rien dans toute la partie introductive, il faut avoir lu le résumé de l'album pour bien comprendre les raisons profondes de sa fuite. De la même manière, la relation avec Arizona Joe m'a paru un peu artificielle : on ne saisit pas vraiment pourquoi ce vétéran hobo à l'allure de Richard Bronson s'attache aussi vite à lui, ni pourquoi, une fois adulte, Newland ressent ce besoin permanent de mettre sa vie en danger dans des quartiers présentés comme extrêmement violents voire mortels pour les autres que lui. Ce côté héros romantique, torturé mais constamment protégé par le scénario et sa position sociale, ne m'a pas énormément touché. En revanche, j'ai trouvé intéressante la plongée dans cette Amérique de la fin du XIXe siècle, qui rappelle déjà celle de la crise de 1929 alors que les grandes fortunes bancaires se construisent sur un pays traversé par des inégalités énormes. Tout l'aspect documentaire sur les hobos, les débuts de Wall Street et cette société fracturée apporte une richesse au récit, d'autant que le dossier en fin d'album est particulièrement instructif. Graphiquement, Fabrice Meddour livre un beau travail. Les couleurs désaturées sur lesquelles contrastent le roux intense des cheveux du héros lui donnent des petits airs de Sambre, ce qui participe à l'atmosphère mélancolique et poussiéreuse du récit. Et la couverture est très belle. Ce fut une lecture intéressante et assez atypique, mais je reste un peu à distance du personnage principal et de ses motivations. Je suis curieux malgré tout de voir où les auteurs veulent aller avec le second et dernier tome.
Cult of the Lamb
Quand je suis allez chez mon libraire spécialisé je ne m’attendais pas à retrouver cette agneau qui m’est familier. Ayant joué, et beaucoup apprécié, au jeu vidéo, je n’imaginais pas ne pas acheter cette BD. Bon… La lecture m’a un peu déçu. En effet, dans le jeu vidéo, les difficultés sont les suivantes : - s’agissant d’un Rogue Like, l’objectif est de parcourir un donjon, de tuer des créatures, obtenir des récompenses puis finir par mourir avant de recommencer - en parallèle de quoi nous avons pour objectif de sauver des animaux en voie d’être sacrifié afin d’en faire des fidèles - à qui nous devons fournir un foyer, de la nourriture, un nettoyage des excrément (oui oui) et un travail en échange de leur foi et leur force de travail La narration du jeu nous fais incarner un agneau qui devient sauveur et espoir des siens pour un monde libéré d’une doctrine sanglante. Autant dire tout de suite que rien (ou presque rien) n’est retenu et que l’on a presque affaire à une œuvre complètement différente. Pas mauvaise. Mais différente. C’est fois l’agneau devient loup et surtout une menace pour les siens : il n’ont rien à manger ? Tant pis. Ils sont malade ? Tant pis. Il ne veulent rien faire d’autre que prier ? Tant pis. J’espère que ce premier tome n’était qu’une mauvaise introduction et que la suite saura rattraper tout ça En revanche l’immense point fort est visuel : tout est bon selon moi. Le dessin, les décors, la couleurs, etc… me donnent envie d’en voir plus et me font mettre une 3ème étoile à cet album
Dakota 1880
J'ai plutôt aimé ma lecture qui y intègre des personnages réels comme Louis Riel dans différents récits autour de Luke. Bien sûr le graphisme de Brüno est particulier, on a un Luke qui fait très jeune mais on s'y fait en quelques pages. Pour autant l'humour est peu présent, Lucky Luke lui-même est assez transparent et parfois faillible, il subit plus qu'il n'est acteur de ces aventures.
Yolo
J'ai déjà pu entendre ses chroniques et voir un spectacle d'Aymeric Lompret mais pas Yolo dont c'est ici l'adaptation en bande dessinée. On suit un sans-abri qui arrive à Paris en blablacar conduit par un facho. On ne sait pas grand chose sur son parcours de vie, tout ce qu'on voit est qu'il cherche son chien. Ou bien il parle tout seul pour tromper la solitude. Tout l'album est d'ailleurs un quasi monologue, comme un one man show mais dans la rue. Sauf qu'on n'a pas la voix et l'intonation de Lompret. Le dessin est simple disons, mais on ne vient pas chercher un graphisme incroyable, on reconnait bien les différentes cibles telles que Hanouna, Pascal Praud, Gad Elmaleh ou l'abbé Pierre entre autres. Pas particulièrement hilarant et certaines blagues seront obsolètes à court terme mais ça plaira aux fans de l'auteur et de son humour parfois corrosif envers la droite. Le travail salarié c'est pour les abrutis et tous les patrons sont des nazis qui s'enrichissent sur leurs dos, les proprios profitent des locataires etc. Même si c'est un discours que je n'approuve pas forcément, l'ensemble se lit bien.
Chère Maman - Les mères aussi peuvent être toxiques
Je ne sais pas ce que Sophie Adriansen a mis d’elle-même dans le personnage d’Alix (ou plutôt ce qu’elle a mis de sa mère dans celle d’Alix !), mais j’imagine (à tort ?) qu’il y a peut-être quelque chose d’autobiographique dans ce récit. Un récit qui prend le temps d’installer le « problème », de le marteler, de façon répétitive, tant le comportement de la mède d’Alix s’apparente à un harcèlement systématique. Une dépréciation des autres, une accumulation d’idées et de mots négatifs, de mauvaises ondes, qui finissent par saper le moral de celle qui reçoit en pleine figure ces baffes virtuelles. L’album affirme que 20 % de la population aurait grandi aux côtés d’un parent aussi « toxique ». Ça n’a heureusement pas été mon cas (et je n’en connais pas non plus), mais ça fait froid dans le dos, tant c’est destructeur. Le dessin use d’un trait léger, qui évacue souvent détails et décors. Pas forcément mon truc, mais il est lisible et fluide. Et le choix de ne faire apparaitre la mère toxique uniquement sous la forme d’une ombre, un personnage tout noir au visage sans trait, est plutôt bon. Le récit est intéressant, et le « problème » est traité de façon agréable.