J’avais beaucoup aimé ce diptyque lors d’une première lecture en 2003, lui allouant la note de 4/5… mais du haut de mes 50 ans, la relecture fut douloureuse.
La faute au protagoniste insupportable, et au côté gnangnan voire déplacé de ses amourettes incessantes. C’est dommage, le scenario de Rodolphe est certes classique, et pas toujours très crédible, mais il a su retenir mon attention, et le dénouement est toujours aussi joli.
De plus, j’adore le dessin de Florence Magnin, le style et surtout les couleurs se marient parfaitement à ce genre d’histoire teintée de fantastique.
Bref, j’enlève un point à la note à cause de Lord James, malheureusement.
Un album relativement surprenant. Car je n’avais pas fait trop attention à la couverture…
Et sur la dizaine de premières pages, le récit est très classique, calme, enfantin – avec un graphisme qui colle au côté « gentil » (genre Le Vent dans les Saules, pour rester dans le récit animalier pour jeune public). Et du coup, le long monologue de Samantha, présentant de façon presque plan plan sa petite bourgade sans histoire, où tout le monde est mignon, me laissait à penser que j’allais un peu – beaucoup – m’ennuyer.
Et la transition est violente lorsqu’on découvre ce qu’il en est réellement. En effet, le public visé n’est clairement très jeune ! Car il est question de tueurs en série (ils sont deux à se partager le « marché » - un de trop !), d’une grande perversité – et sans mobile apparent réel, si ce n’est l’ennui ou le sadisme. Ce basculement m’a un peu fait penser à certains épisodes de « Desperate Housewives », où un monologue d’introduction tout tranquille amenait à quelques petites perversités des certains habitants d’une banlieue sans histoire – en moins gore quand même !
Une fois embarqué dans le délire, c’est gentiment rythmé, les rebondissements s’enchainent, on ne s’ennuie pas du tout. La fin est un chouia trop brutale, et m’a laissé un peu perplexe. Mais les derniers dialogues, et le point d’interrogation suivant le mot « Fin » laissent à penser que l’auteur envisage (ou envisageait ?) une suite des aventures de Samantha. Même si du coup la surprise ne jouerait plus.
Une lecture originale, assez rapide, mais prenante.
Note réelle 3,5/5.
Dans un univers d'heroic-fantasy volontiers parodique, Agnès tente de devenir chevalier malgré le mépris général et l'aide très relative d'un mentor particulièrement lamentable.
Damien Geoffroy signe ici un album de fantasy humoristique en auteur complet, assurant non seulement le scénario et le dessin mais également les couleurs. Celles-ci sont d'ailleurs réussies et participent pleinement à la qualité visuelle de l'ensemble. Son trait fin et expressif, qui me rappelle toujours celui de David Ratte (Le Voyage des Pères), fonctionne très bien dans ce registre. Les décors sont soignés, les créatures convaincantes, et les personnages bénéficient de visages vivants dont les expressions renforcent souvent l'effet comique des scènes.
L'idée de départ est sympathique : dans un univers médiéval-fantastique profondément misogyne, Agnès rêve de gloire et d'honneur chevaleresque alors que personne ne la prend au sérieux. Humiliations, remarques condescendantes et vexations jalonnent son parcours, mais elle les encaisse avec une sagesse désarmante, oscillant entre naïveté apparente et intelligence bien plus fine qu'il n'y paraît. Face à tous ces mâles persuadés de leur supériorité, elle semble souvent être la seule à réellement comprendre ce qui se passe.
À ses côtés, Geoffroy lui adjoint un mentor savoureux : Gérard, un vieux chevalier qui évoque physiquement Don Quichotte mais dont la personnalité est à l'exact opposé. Là où l'hidalgo espagnol poursuivait des idéaux chevaleresques, Gérard ne pense qu'à boire, courir les prostituées et gagner de l'argent facile non sans se ridiculiser la majorité du temps. Le contraste entre les deux personnages fonctionne bien et nourrit une bonne partie des situations comiques.
L'album multiplie les piques contre la misogynie et les préjugés, mais l'humour ne repose pas uniquement sur cet aspect. Agnès est une héroïne attachante et il est difficile de ne pas avoir envie de la voir faire mentir tous ceux qui la méprisent, qu'il s'agisse des chevaliers machos qui croisent sa route ou même des monstres et dragons qui ignorent encore qu'ils ont affaire à celle qui va les massacrer.
La structure du récit trahit clairement sa prépublication dans Fluide Glacial : l'aventure est découpée en courtes séquences de quelques pages qui fonctionnent comme autant de saynètes dotées de leur propre chute. Cela donne un rythme agréable et une lecture fluide.
C'est toutefois sur l'humour que l'album m'a davantage laissé sur ma faim. Les noms de lieux et de nombreux personnages reposent presque systématiquement sur de gros jeux de mots. À force d'être omniprésents et très appuyés, ils m'ont régulièrement sorti de l'univers plutôt que de m'y plonger. De même, une partie des gags tourne beaucoup autour du sexe, des fesses ou d'un humour volontairement gras qui ne correspond pas à ce qui me fait rire, d'autant plus que le ton du récit autour d'Agnès elle-même semble en désaccord avec cet humour. J'ai trouvé cela parfois un peu lourdingue, alors que l'album possède par ailleurs suffisamment de qualités pour se passer de ce type de facilité.
Au final, mon sentiment reste assez partagé. J'ai beaucoup aimé le dessin, l'univers, les personnages et le principe même de cette héroïne qui avance avec obstination dans un monde qui refuse de la reconnaître à sa juste valeur. J'avais sincèrement envie de poursuivre l'aventure à ses côtés. En revanche, les jeux de mots incessants et un humour trop basique ou trop gras ont plusieurs fois freiné mon enthousiasme. Malgré ces réserves, l'album possède un vrai charme, une héroïne réussie et une personnalité bien affirmée. Je n'ai pas passé un mauvais moment, loin de là, mais j'ai eu l'impression de voir une bonne bande dessinée parfois desservie par un humour qui ne correspondait tout simplement pas à ma sensibilité.
Je suis un grand fan de Jean-Claude Fournier qui pour moi est un auteur qui n'a pas la reconnaissance qu'il mérite et dont les excellents albums de Spirou sont moins reconnu que ceux de Franquin ou Tome et Janry. C'est donc avec enthousiasme que j'ai commencé à lire cet album d'anecdotes.
Le résultat est une lecture agréable, mais pas particulièrement marquante. Il faut dire que Fournier passe beaucoup de temps à montrer sa jeunesse et si certaines anecdotes de son enfance sont touchantes, il y en a d'autres dont l'intérêt me semblait limité. La partie qui m'a le plus intéressé est lorsque Fournier devient un professionnel, mais je connaissais déjà plusieurs informations que Fournier avait déjà données dans les textes de présentations des intégrales de ses différentes sortis chez Dupuis ou dans l'excellent ''Dans l'atelier de Fournier''.
C'est pas mauvais, on ressent la sincérité de l'auteur et le dessin de Fournier est toujours aussi excellent, c'est un des grands de l'école Marcinelle, mais ce n'est pas ce qu'il a fait de mieux. Je pense aussi que j'avais des attentes un peu trop élevé vu que c'est un auteur que j'admire beaucoup. Cela reste une lecture agréable si on est fan de Fournier.
On retrouve là les qualités habituelles des auteurs de l’univers de Criminal. A savoir un scénario bien ficelé, un dessin fluide et agréable. Et une colorisation très colorée et sombre.
De vieux routards du polar donc, qui nous proposent encore quelque chose d’agréable à lire. Ils prennent un peu plus le temps que pour les autres one-shots du même univers, avec une pagination très conséquente. Et aussi une construction un peu longue (un chouia trop quand même je pense), pour présenter successivement Jacob et Angie, jusqu’à leur rencontre, au moment où l’intrigue s’emballe.
Après un début un peu longuet, le récit devient rythmé, bien huilé, et globalement très plaisant. Il y a quelques petites facilités quand même. Comme les visites d’Angie dans l’appartement du caïd, ou alors cet ancien des forces spéciales qui miraculeusement dépanne Jacob en faisant le « ménage ».
Même si ça n’est pas le meilleur album de l’univers « Criminal », ça reste quand même un album que les amateurs des bonhommes – et de polars « classiques » - apprécieront probablement.
Derrière une superbe couverture, Rossi nous propose une nouvelle aventure de Woan, jeune apache que l'on avait découvert dans Golden West.
Graphiquement c'est superbe, les couleurs sont aussi sublimes que dans Golden West, bref un régal pour les yeux. Non, ce qui m'a gêné dans ce récit, c'est le manque de fluidité dans le scénario, reproche que l'on pouvait déjà faire sur son précédent album. Il m'a fallu plusieurs fois retourner en arrière pour savoir à quel tribu appartenait tel ou tel personnage. Des ellipses parfois hasardeuses viennent aussi nuire à la qualité de lecture de ce one shot. (comme au début, aucune explication sur le scalp qui pend)
Je suis donc assez mitigé sur cet album au dessin irréprochable mais avec un scénario qui aurait mérité d'être plus travaillé.
Roxalane est un plaisir coupable qui a le charme rustique de la fantasy des années 80/90.
Le premier tome m'a passionné même si les éléments fantastiques sont très caricaturaux : une armure magique, un corbeau qui parle...
A partir du second volume, Galliano enrichit son histoire en rajoutant la trame des croisades, mais en faisant cela, il dilue les enjeux du récit qui perd de son souffle épique.
Le dernier tome retrouve la verve heroïc fantasy des débuts avec cependant une fin ouverte qui déçoit un peu.
Le dessin perd en détail au fur et à mesure, et j'ai préféré le trait hachuré du premier album qui fait penser à Rosinski.
Les décors sont cependant moins élaborés que chez ce dernier. Les plans larges déçoivent par leur manque de détails.
Il y a un attrait certain des auteurs à dévêtir leur héroïne, sans tomber dans le graveleux.
À mon sens, cette proposition érotique enrichit plus qu'elle ne dénature les aventures de Roxalane.
Tome 1 : ****
Tome 2 : ****
Tome 3 : ***
Tome 4 : ***
Une bonne pioche dans le catalogue pléthorique des Humanoïdes associés.
J'ai trouvé cette lecture à la fois instructive et profondément triste. Instructive parce que Sixtine Dano s'appuie sur de nombreux témoignages réels pour montrer une réalité dont on parle peu : celle de jeunes étudiants qui se tournent vers l'escorting, les mécanismes qui les y conduisent, la manière dont ils rationalisent leurs choix et les conséquences que cela peut avoir sur leur vie. Triste parce que tout ce qui est montré ici entre en collision avec ma propre vision des relations humaines, du couple et du désir.
Graphiquement, l'album est une réussite. Le noir et blanc à l'encre et au fusain est agréable, avec des planches élégantes, parfois même poétiques. Les jeux de lumière, les silences et certaines pages muettes créent une atmosphère particulière qui accompagne bien le récit.
Sur le fond, en revanche, je suis resté à distance de Raphaëlle. Je n'ai jamais réellement réussi à m'attacher à elle. Son approche de l'escorting m'a souvent paru très froide, presque clinique. Le livre montre une jeune femme qui envisage son corps et sa jeunesse comme une ressource dont il faut tirer profit tant qu'il est encore temps, une opportunité économique parmi d'autres. J'ai trouvé cette logique profondément déprimante. Elle m'a donné l'impression d'observer une existence où le capitalisme finit par contaminer jusqu'à l'intimité, le désir et les relations humaines elles-mêmes.
Le récit ne juge jamais son héroïne, ce qui est évidemment un choix délibéré de l'autrice. Mais cette neutralité m'a parfois mis mal à l'aise. Rien n'indique clairement que Raphaëlle n'avait aucune autre option, même si les difficultés financières étudiantes sont bien montrées. Le terme de "choix" paraît donc lui-même imparfait : il y a évidemment des contraintes économiques à l'oeuvre, mais l'album laisse volontairement une grande part d'ambiguïté. Cette absence de prise de position pourra séduire certains lecteurs ; pour ma part, elle a renforcé mon malaise.
J'ai également ressenti une profonde tristesse face à la vision des relations sentimentales qui se dégage de l'ouvrage. Les clients recherchent une présence féminine comme un service marchand parmi d'autres, parfois simplement pour gagner du temps plutôt que d'investir ce temps dans de vraies relations. Les hommes mariés qui fréquentent ces services m'ont également inspiré du mépris, tant cela va à l'encontre de mes principes personnels. Quant aux escorts elles-mêmes, l'ouvrage évoque des séquelles durables, une difficulté à vivre des relations amoureuses normales ou à retrouver un rapport sain au désir. Même lorsque ces conséquences ne sont qu'esquissées, elles m'ont semblé constituer la partie la plus tragique du livre.
Paradoxalement, c'est aussi ce qui rend l'album intéressant. Sixtine Dano montre sans voyeurisme ni sensationnalisme un phénomène de société bien réel. Elle expose des trajectoires, des raisonnements, des compromis et des contradictions. J'aurais toutefois aimé que certains aspects soient davantage approfondis : les motivations réelles des clients, les conséquences psychologiques à long terme, les raisons qui poussent certains à commencer ou à arrêter. À plusieurs reprises, j'ai eu l'impression que le récit restait à la surface des choses alors qu'il touchait à des questions extrêmement complexes.
Je referme donc Sibylline avec un sentiment mitigé. C'est un ouvrage beau, sincère et documenté, qui m'a appris des choses. Mais c'est aussi une lecture qui m'a laissé une impression de froideur et de désenchantement. J'y ai vu des personnages qui semblent considérer comme normale une vision du corps, du désir et des relations humaines que je trouve profondément triste. C'est sans doute la force du livre : montrer cette réalité sans chercher à l'adoucir. Mais cette réalité m'a davantage déprimé qu'ému.
C’est une aventure classique. Une bonne aventure destinée avant tout à un public adolescent.
Bien sûr, certains aspects pourraient être critiqués : les antagonistes manquent parfois de profondeur, l’évolution intérieure des héros et leur maturation au cours du voyage auraient pu être davantage développées, l’univers et l’histoire des différentes races ne sont qu’esquissés, et l’idée de cette « maturation magique » aurait pu être exploitée de manière plus originale.
Malgré cela, l’impression générale reste très positive. L’œuvre se lit facilement et avec plaisir, et fonctionne bien en tant qu’histoire cohérente dans la catégorie à laquelle elle appartient.
Pendant ma lecture, j’ai ressenti exactement la même chose que lorsque j’ai lu Les Feux d’Askell. On y retrouve les mêmes sensations d’aventure légère : un danger modéré pour les héros, de l’intrigue, des moments humoristiques qui font réellement sourire, ainsi que des passages romantiques adolescents plutôt bien amenés.
Dans l’ensemble, on croit à ce qui se passe. Les personnages sont bien développés et il est agréable de suivre leur parcours. Les cinq tomes constituent un format idéal pour ce type d’histoire : suffisamment long pour éviter une narration précipitée, mais pas au point de devenir répétitif ou fatigant.
Concernant le dessin, il est net, moderne, réalisé dans un style numérique agréable et efficace.
Il ne faut toutefois pas oublier qu’il s’agit avant tout d’une histoire destinée aux adolescents. Inutile donc de lui appliquer les mêmes exigences qu’à une œuvre visant un public adulte. Dans le cadre d’un récit jeunesse et d’une aventure légère, c’est une réussite.
J'ai surtout aimé la blague finale ! L'histoire est courte (trop ?) et se lit bien, c'est une brique de plus dans la légende du Joker. Les dessins de Bolland sont bons et heureusement qu'il a changé les couleurs par rapport à la première version. Elles étaient vraiment horribles !
Mais, une fois de plus, je considère qu'A. Moore est un auteur de bande dessinée surestimé. Et les films basés sur ses histoires sont assez faibles, malgré tant de moyens et de stars hollywoodiennes.
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Mary la Noire
J’avais beaucoup aimé ce diptyque lors d’une première lecture en 2003, lui allouant la note de 4/5… mais du haut de mes 50 ans, la relecture fut douloureuse. La faute au protagoniste insupportable, et au côté gnangnan voire déplacé de ses amourettes incessantes. C’est dommage, le scenario de Rodolphe est certes classique, et pas toujours très crédible, mais il a su retenir mon attention, et le dénouement est toujours aussi joli. De plus, j’adore le dessin de Florence Magnin, le style et surtout les couleurs se marient parfaitement à ce genre d’histoire teintée de fantastique. Bref, j’enlève un point à la note à cause de Lord James, malheureusement.
Beneath The Trees - Where Nobody Sees
Un album relativement surprenant. Car je n’avais pas fait trop attention à la couverture… Et sur la dizaine de premières pages, le récit est très classique, calme, enfantin – avec un graphisme qui colle au côté « gentil » (genre Le Vent dans les Saules, pour rester dans le récit animalier pour jeune public). Et du coup, le long monologue de Samantha, présentant de façon presque plan plan sa petite bourgade sans histoire, où tout le monde est mignon, me laissait à penser que j’allais un peu – beaucoup – m’ennuyer. Et la transition est violente lorsqu’on découvre ce qu’il en est réellement. En effet, le public visé n’est clairement très jeune ! Car il est question de tueurs en série (ils sont deux à se partager le « marché » - un de trop !), d’une grande perversité – et sans mobile apparent réel, si ce n’est l’ennui ou le sadisme. Ce basculement m’a un peu fait penser à certains épisodes de « Desperate Housewives », où un monologue d’introduction tout tranquille amenait à quelques petites perversités des certains habitants d’une banlieue sans histoire – en moins gore quand même ! Une fois embarqué dans le délire, c’est gentiment rythmé, les rebondissements s’enchainent, on ne s’ennuie pas du tout. La fin est un chouia trop brutale, et m’a laissé un peu perplexe. Mais les derniers dialogues, et le point d’interrogation suivant le mot « Fin » laissent à penser que l’auteur envisage (ou envisageait ?) une suite des aventures de Samantha. Même si du coup la surprise ne jouerait plus. Une lecture originale, assez rapide, mais prenante. Note réelle 3,5/5.
Agnès la Chevaleresse
Dans un univers d'heroic-fantasy volontiers parodique, Agnès tente de devenir chevalier malgré le mépris général et l'aide très relative d'un mentor particulièrement lamentable. Damien Geoffroy signe ici un album de fantasy humoristique en auteur complet, assurant non seulement le scénario et le dessin mais également les couleurs. Celles-ci sont d'ailleurs réussies et participent pleinement à la qualité visuelle de l'ensemble. Son trait fin et expressif, qui me rappelle toujours celui de David Ratte (Le Voyage des Pères), fonctionne très bien dans ce registre. Les décors sont soignés, les créatures convaincantes, et les personnages bénéficient de visages vivants dont les expressions renforcent souvent l'effet comique des scènes. L'idée de départ est sympathique : dans un univers médiéval-fantastique profondément misogyne, Agnès rêve de gloire et d'honneur chevaleresque alors que personne ne la prend au sérieux. Humiliations, remarques condescendantes et vexations jalonnent son parcours, mais elle les encaisse avec une sagesse désarmante, oscillant entre naïveté apparente et intelligence bien plus fine qu'il n'y paraît. Face à tous ces mâles persuadés de leur supériorité, elle semble souvent être la seule à réellement comprendre ce qui se passe. À ses côtés, Geoffroy lui adjoint un mentor savoureux : Gérard, un vieux chevalier qui évoque physiquement Don Quichotte mais dont la personnalité est à l'exact opposé. Là où l'hidalgo espagnol poursuivait des idéaux chevaleresques, Gérard ne pense qu'à boire, courir les prostituées et gagner de l'argent facile non sans se ridiculiser la majorité du temps. Le contraste entre les deux personnages fonctionne bien et nourrit une bonne partie des situations comiques. L'album multiplie les piques contre la misogynie et les préjugés, mais l'humour ne repose pas uniquement sur cet aspect. Agnès est une héroïne attachante et il est difficile de ne pas avoir envie de la voir faire mentir tous ceux qui la méprisent, qu'il s'agisse des chevaliers machos qui croisent sa route ou même des monstres et dragons qui ignorent encore qu'ils ont affaire à celle qui va les massacrer. La structure du récit trahit clairement sa prépublication dans Fluide Glacial : l'aventure est découpée en courtes séquences de quelques pages qui fonctionnent comme autant de saynètes dotées de leur propre chute. Cela donne un rythme agréable et une lecture fluide. C'est toutefois sur l'humour que l'album m'a davantage laissé sur ma faim. Les noms de lieux et de nombreux personnages reposent presque systématiquement sur de gros jeux de mots. À force d'être omniprésents et très appuyés, ils m'ont régulièrement sorti de l'univers plutôt que de m'y plonger. De même, une partie des gags tourne beaucoup autour du sexe, des fesses ou d'un humour volontairement gras qui ne correspond pas à ce qui me fait rire, d'autant plus que le ton du récit autour d'Agnès elle-même semble en désaccord avec cet humour. J'ai trouvé cela parfois un peu lourdingue, alors que l'album possède par ailleurs suffisamment de qualités pour se passer de ce type de facilité. Au final, mon sentiment reste assez partagé. J'ai beaucoup aimé le dessin, l'univers, les personnages et le principe même de cette héroïne qui avance avec obstination dans un monde qui refuse de la reconnaître à sa juste valeur. J'avais sincèrement envie de poursuivre l'aventure à ses côtés. En revanche, les jeux de mots incessants et un humour trop basique ou trop gras ont plusieurs fois freiné mon enthousiasme. Malgré ces réserves, l'album possède un vrai charme, une héroïne réussie et une personnalité bien affirmée. Je n'ai pas passé un mauvais moment, loin de là, mais j'ai eu l'impression de voir une bonne bande dessinée parfois desservie par un humour qui ne correspondait tout simplement pas à ma sensibilité.
Fournier - Ma vie de rêves
Je suis un grand fan de Jean-Claude Fournier qui pour moi est un auteur qui n'a pas la reconnaissance qu'il mérite et dont les excellents albums de Spirou sont moins reconnu que ceux de Franquin ou Tome et Janry. C'est donc avec enthousiasme que j'ai commencé à lire cet album d'anecdotes. Le résultat est une lecture agréable, mais pas particulièrement marquante. Il faut dire que Fournier passe beaucoup de temps à montrer sa jeunesse et si certaines anecdotes de son enfance sont touchantes, il y en a d'autres dont l'intérêt me semblait limité. La partie qui m'a le plus intéressé est lorsque Fournier devient un professionnel, mais je connaissais déjà plusieurs informations que Fournier avait déjà données dans les textes de présentations des intégrales de ses différentes sortis chez Dupuis ou dans l'excellent ''Dans l'atelier de Fournier''. C'est pas mauvais, on ressent la sincérité de l'auteur et le dessin de Fournier est toujours aussi excellent, c'est un des grands de l'école Marcinelle, mais ce n'est pas ce qu'il a fait de mieux. Je pense aussi que j'avais des attentes un peu trop élevé vu que c'est un auteur que j'admire beaucoup. Cela reste une lecture agréable si on est fan de Fournier.
Criminal - Les Acharnés
On retrouve là les qualités habituelles des auteurs de l’univers de Criminal. A savoir un scénario bien ficelé, un dessin fluide et agréable. Et une colorisation très colorée et sombre. De vieux routards du polar donc, qui nous proposent encore quelque chose d’agréable à lire. Ils prennent un peu plus le temps que pour les autres one-shots du même univers, avec une pagination très conséquente. Et aussi une construction un peu longue (un chouia trop quand même je pense), pour présenter successivement Jacob et Angie, jusqu’à leur rencontre, au moment où l’intrigue s’emballe. Après un début un peu longuet, le récit devient rythmé, bien huilé, et globalement très plaisant. Il y a quelques petites facilités quand même. Comme les visites d’Angie dans l’appartement du caïd, ou alors cet ancien des forces spéciales qui miraculeusement dépanne Jacob en faisant le « ménage ». Même si ça n’est pas le meilleur album de l’univers « Criminal », ça reste quand même un album que les amateurs des bonhommes – et de polars « classiques » - apprécieront probablement.
Comanche trail
Derrière une superbe couverture, Rossi nous propose une nouvelle aventure de Woan, jeune apache que l'on avait découvert dans Golden West. Graphiquement c'est superbe, les couleurs sont aussi sublimes que dans Golden West, bref un régal pour les yeux. Non, ce qui m'a gêné dans ce récit, c'est le manque de fluidité dans le scénario, reproche que l'on pouvait déjà faire sur son précédent album. Il m'a fallu plusieurs fois retourner en arrière pour savoir à quel tribu appartenait tel ou tel personnage. Des ellipses parfois hasardeuses viennent aussi nuire à la qualité de lecture de ce one shot. (comme au début, aucune explication sur le scalp qui pend) Je suis donc assez mitigé sur cet album au dessin irréprochable mais avec un scénario qui aurait mérité d'être plus travaillé.
Roxalane
Roxalane est un plaisir coupable qui a le charme rustique de la fantasy des années 80/90. Le premier tome m'a passionné même si les éléments fantastiques sont très caricaturaux : une armure magique, un corbeau qui parle... A partir du second volume, Galliano enrichit son histoire en rajoutant la trame des croisades, mais en faisant cela, il dilue les enjeux du récit qui perd de son souffle épique. Le dernier tome retrouve la verve heroïc fantasy des débuts avec cependant une fin ouverte qui déçoit un peu. Le dessin perd en détail au fur et à mesure, et j'ai préféré le trait hachuré du premier album qui fait penser à Rosinski. Les décors sont cependant moins élaborés que chez ce dernier. Les plans larges déçoivent par leur manque de détails. Il y a un attrait certain des auteurs à dévêtir leur héroïne, sans tomber dans le graveleux. À mon sens, cette proposition érotique enrichit plus qu'elle ne dénature les aventures de Roxalane. Tome 1 : **** Tome 2 : **** Tome 3 : *** Tome 4 : *** Une bonne pioche dans le catalogue pléthorique des Humanoïdes associés.
Sibylline - Chroniques d'une escort girl
J'ai trouvé cette lecture à la fois instructive et profondément triste. Instructive parce que Sixtine Dano s'appuie sur de nombreux témoignages réels pour montrer une réalité dont on parle peu : celle de jeunes étudiants qui se tournent vers l'escorting, les mécanismes qui les y conduisent, la manière dont ils rationalisent leurs choix et les conséquences que cela peut avoir sur leur vie. Triste parce que tout ce qui est montré ici entre en collision avec ma propre vision des relations humaines, du couple et du désir. Graphiquement, l'album est une réussite. Le noir et blanc à l'encre et au fusain est agréable, avec des planches élégantes, parfois même poétiques. Les jeux de lumière, les silences et certaines pages muettes créent une atmosphère particulière qui accompagne bien le récit. Sur le fond, en revanche, je suis resté à distance de Raphaëlle. Je n'ai jamais réellement réussi à m'attacher à elle. Son approche de l'escorting m'a souvent paru très froide, presque clinique. Le livre montre une jeune femme qui envisage son corps et sa jeunesse comme une ressource dont il faut tirer profit tant qu'il est encore temps, une opportunité économique parmi d'autres. J'ai trouvé cette logique profondément déprimante. Elle m'a donné l'impression d'observer une existence où le capitalisme finit par contaminer jusqu'à l'intimité, le désir et les relations humaines elles-mêmes. Le récit ne juge jamais son héroïne, ce qui est évidemment un choix délibéré de l'autrice. Mais cette neutralité m'a parfois mis mal à l'aise. Rien n'indique clairement que Raphaëlle n'avait aucune autre option, même si les difficultés financières étudiantes sont bien montrées. Le terme de "choix" paraît donc lui-même imparfait : il y a évidemment des contraintes économiques à l'oeuvre, mais l'album laisse volontairement une grande part d'ambiguïté. Cette absence de prise de position pourra séduire certains lecteurs ; pour ma part, elle a renforcé mon malaise. J'ai également ressenti une profonde tristesse face à la vision des relations sentimentales qui se dégage de l'ouvrage. Les clients recherchent une présence féminine comme un service marchand parmi d'autres, parfois simplement pour gagner du temps plutôt que d'investir ce temps dans de vraies relations. Les hommes mariés qui fréquentent ces services m'ont également inspiré du mépris, tant cela va à l'encontre de mes principes personnels. Quant aux escorts elles-mêmes, l'ouvrage évoque des séquelles durables, une difficulté à vivre des relations amoureuses normales ou à retrouver un rapport sain au désir. Même lorsque ces conséquences ne sont qu'esquissées, elles m'ont semblé constituer la partie la plus tragique du livre. Paradoxalement, c'est aussi ce qui rend l'album intéressant. Sixtine Dano montre sans voyeurisme ni sensationnalisme un phénomène de société bien réel. Elle expose des trajectoires, des raisonnements, des compromis et des contradictions. J'aurais toutefois aimé que certains aspects soient davantage approfondis : les motivations réelles des clients, les conséquences psychologiques à long terme, les raisons qui poussent certains à commencer ou à arrêter. À plusieurs reprises, j'ai eu l'impression que le récit restait à la surface des choses alors qu'il touchait à des questions extrêmement complexes. Je referme donc Sibylline avec un sentiment mitigé. C'est un ouvrage beau, sincère et documenté, qui m'a appris des choses. Mais c'est aussi une lecture qui m'a laissé une impression de froideur et de désenchantement. J'y ai vu des personnages qui semblent considérer comme normale une vision du corps, du désir et des relations humaines que je trouve profondément triste. C'est sans doute la force du livre : montrer cette réalité sans chercher à l'adoucir. Mais cette réalité m'a davantage déprimé qu'ému.
Angor
C’est une aventure classique. Une bonne aventure destinée avant tout à un public adolescent. Bien sûr, certains aspects pourraient être critiqués : les antagonistes manquent parfois de profondeur, l’évolution intérieure des héros et leur maturation au cours du voyage auraient pu être davantage développées, l’univers et l’histoire des différentes races ne sont qu’esquissés, et l’idée de cette « maturation magique » aurait pu être exploitée de manière plus originale. Malgré cela, l’impression générale reste très positive. L’œuvre se lit facilement et avec plaisir, et fonctionne bien en tant qu’histoire cohérente dans la catégorie à laquelle elle appartient. Pendant ma lecture, j’ai ressenti exactement la même chose que lorsque j’ai lu Les Feux d’Askell. On y retrouve les mêmes sensations d’aventure légère : un danger modéré pour les héros, de l’intrigue, des moments humoristiques qui font réellement sourire, ainsi que des passages romantiques adolescents plutôt bien amenés. Dans l’ensemble, on croit à ce qui se passe. Les personnages sont bien développés et il est agréable de suivre leur parcours. Les cinq tomes constituent un format idéal pour ce type d’histoire : suffisamment long pour éviter une narration précipitée, mais pas au point de devenir répétitif ou fatigant. Concernant le dessin, il est net, moderne, réalisé dans un style numérique agréable et efficace. Il ne faut toutefois pas oublier qu’il s’agit avant tout d’une histoire destinée aux adolescents. Inutile donc de lui appliquer les mêmes exigences qu’à une œuvre visant un public adulte. Dans le cadre d’un récit jeunesse et d’une aventure légère, c’est une réussite.
Killing Joke (Batman - The Killing Joke/Rire et Mourir/Souriez !)
J'ai surtout aimé la blague finale ! L'histoire est courte (trop ?) et se lit bien, c'est une brique de plus dans la légende du Joker. Les dessins de Bolland sont bons et heureusement qu'il a changé les couleurs par rapport à la première version. Elles étaient vraiment horribles ! Mais, une fois de plus, je considère qu'A. Moore est un auteur de bande dessinée surestimé. Et les films basés sur ses histoires sont assez faibles, malgré tant de moyens et de stars hollywoodiennes.