Dans un futur où l'humanité s'est réfugiée sur Mars, une femme endeuillée, réfugiée dans un vieux château, tente de ramener sa fille à la vie avec l'aide d'un scientifique contraint de repousser les limites de la biologie.
Graphiquement, c'est une vraie réussite. Le dessin est somptueux, avec un travail de hachures et de rayures qui évoque fortement la gravure ancienne. Ce style donne une identité visuelle très forte à l'album, à la fois froide, précise et profondément immersive. Cela m'a rappelé le travail d'Andreas sur Cromwell Stone que j'adore, avec cette même capacité à créer une atmosphère dense et presque hypnotique.
Profitant de ce superbe dessin, j'ai beaucoup apprécié les deux premiers tiers de l'album. L'intrigue y est posée avec rigueur, dans un cadre intrigant et maîtrisé, presque hors du temps, et je me suis laissé porter sans difficulté malgré un certain classicisme et un lien avec Frankenstein parfois un peu trop appuyé. J'ai en revanche eu plus de mal à percevoir clairement le rattachement à l'univers de Niourk, au point de le trouver assez artificiel dans un premier temps, comme s'il s'agissait davantage d'un prétexte que d'une véritable continuité.
Malheureusement, le dernier tiers de l’album m'a complètement déçu. Le récit bascule dans quelque chose de beaucoup plus excessif et, à mes yeux, beaucoup moins maîtrisé. L'intrigue prend une tournure presque série B, mêlant horreur et science-fiction de manière grossière, où tout devient possible et surtout trop facile pour l'antagoniste. C'est trop irréaliste et surtout en décalage total avec l'élégance et la retenue de la première partie.
Cela me laisse sur une impression contrastée, entre la fascination d'un début captivant, porté par une direction artistique remarquable et une ambiance maîtrisée, et la forte déception d'une conclusion qui dilue tout ce qui faisait la force du récit pour basculer dans quelque chose de presque grotesque et facile. Au final, c'est la déception qui prime à mes yeux.
note : 2,5/5
Dans une uchronie rétrofuturiste située au début du XXe siècle, on suit Maddie, jeune inventrice, et Lewis, motard cascadeur un peu marginal, engagés dans une course transcontinentale à travers les États-Unis. L’enjeu : déterminer quelle technologie dominera les transports de demain, avec en toile de fond l’opposition entre une innovation plus propre et des intérêts financiers déjà largement acquis à la cause du pétrole.
Le dessin est sans doute l’un des aspects les plus marquants de l’album. Les décors, presque vectoriels, très propres et géométriques, contrastent avec des personnages plus typés animation avec un trait un peu anguleux évoquant celui d'Olivier Vatine. Il en résulte un style assez singulier, avec une vraie identité visuelle. J’ai trouvé cela intéressant et plutôt réussi, même si je comprends que cet aspect numérique pourrait rebuter tant il peut paraître froid ou artificiel par moments.
Sur le fond, on est face à un récit d’aventure et d’action clairement orienté vers un public adolescent. La grande course qui structure l’histoire évoque un peu Les Fous du Volant, avec une galerie de concurrents et de machines lancés à toute vitesse à travers des environnements variés. L’intrigue reste assez classique, avec des outsiders opposés à de puissants intérêts financiers peu scrupuleux, mais elle fonctionne : le rythme est soutenu, les personnages sont sympathiques quoique certains un peu trop manichéens, et l’ensemble se lit avec plaisir.
En revanche, quelque chose m’a vraiment manqué dans la narration. Si l’on nous présente rapidement les grandes figures industrielles qui financent les différents concurrents, on ne bénéficie jamais d’une explication claire des technologies en jeu, ni d’une identification précise des pilotes et de leurs véhicules. On comprend progressivement qui est qui au fil de la lecture, mais cela reste flou. C’est dommage pour un récit centré sur une course, où l’on a justement envie de savoir clairement quels concurrents s’affrontent et avec quels atouts, afin de mieux s’impliquer dans la compétition.
Cela reste donc une lecture sympathique, dynamique et accessible, portée par un univers visuel original, mais qui manque un peu de clarté et de précision dans sa mise en scène pour pleinement embarquer le lecteur dans sa course.
Une histoire qui commence comme un conte à la Dickens, puis qui bascule rapidement vers un univers fantastique/SF, tout en gardant en filigrane quelque chose de classique (le vieux milliardaire qui recueil une fille des rues et en fait son héritière).
Chaque tome décrit l’évolution de l’univers, en suivant l’héroïne, d’abord enfant des rues, puis femme et mère, pour enfin être presque éjectée/rejetée par sa famille.
Il y a des facilités, qu’il faut accepter. La quasi unité de lieu – comment sont ravitaillés les habitants de la tour, longtemps assiégés ? Mais aussi cette « fabrication » semble-t-il aisée de personnes mi-robots mi-golem – les « Porcelaines », et les pouvoirs que possède l’héroïne pour les commander.
Mais cette histoire se laisse lire, avec une héroïne qui n’est pas monolithique et qui, voulant se maintenir à l’abri des conflits, et vivre simplement, va au contraire progressivement se trouver à faire des choix brutaux, existentiels, et devoir se comporter comme une cheffe de guerre, sacrifiant perdant successivement – au propre comme au figuré – ceux qu’elle aime ou a aimés.
Le dessin est plutôt sympa, agréable à l’œil, fluide, avec une colorisation assez lumineuse (qui lisse quand même parfois un peu trop les détails). Mais les décors sont un peu escamotés, et j’ai été surpris par ces corps aux longues jambes.
Premier album de cette nouvelle collection de Dargaud que je lis et qui semble s'adresser au public de young adult si je me fie aux fiches des séries de cette collection que j'ai aperçues sur BDTheque.
Le dessin est dans le pur style que l'on retrouve dans les comics young adult depuis quelques années. Ce n'est pas un style que j'affectionne particulièrement, mais c'est lisible et ça fait le job. Pour ce qui est du scénario, c'est encore une fois une aventure qui met en vedette un personnage jeune (et ici c'est une fille) auquel le lectorat ado peut s'identifier et qui va subir une quête qui va lui faire comprendre plusieurs leçons de la vie. Ce n'est pas original comme trame narrative, mais son traitement l'est. L'héroïne va se retrouver obligée de faire en sorte que le vœu de trois personnes soient exaucé, et elle le fait sans magie, elle ne peut qu'utiliser son cerveau pour réussir.
Le scénario est vraiment prenant pendant une bonne partie du récit... Malheureusement tout s'écroule lorsqu'on arrive au troisième vœu. Le scénario devient plus classique et conventionnel. Les dernières péripéties m'ont semblé précipitées, comme si les auteurs en avaient eu marre, et voulaient finir leur récit le plus rapidement possible. Bref, tout l'enthousiasme que j'ai ressenti a fini par disparaitre lorsque j'ai refermé l'album.
Au final, c'est pas trop mal, mais je conseillerais surtout un emprunt.
Jusqu'à la tombée de la nuit, un titre poétique pour un récit intime sur le deuil et la quête de réponses.
David, un jeune homme à l'approche de la quarantaine, revient dans le village où enfant il passait toutes ses vacances d'été. Ce voyage fait remonter à la surface de joyeux souvenirs d'enfance, comme des rires et des jeux avec ses cousins. Ce village est surtout le lieu qui a vu disparaitre sa soeur il y a 25 ans. Ce voyage initiatique sur les lieux du drame est surtout motivé par le besoin de réponses : que s'est il passé cet été là ?
On suit un homme perdu qui erre dans le village et aux alentours à la recherche d'un déclic. Tantôt en se remémorant les souvenirs de cet été tragique, à la recherche d'une piste. Tantôt en s'interrogeant sur les conséquences de ce traumatisme sur l'homme qui l'est devenu et le lien entre ce drame et les blessures qui le troublent actuellement. Cette dualité est bien exploitée, les doutes et le mal être de David se ressentent bien.
Coté dessin, on sent quelques défauts de jeunesse. Des perspectives un peu ratées au début et un trait qui manque globalement d'assurance. Cela dessert un peu le récit qui y perd pas mal de son potentiel dramatique. On est sur un terrain déjà pas mal exploré en BD, celui du drame intime et du deuil, l'histoire a quelques atouts mais au final il manque un petit quelque chose pour sortir du lot des romans graphiques traitant d'un sujet similaire.
BD dont j'espérais bien davantage. Une telle unanimité critique était parvenue à mettre en sourdine ma fâcheuse tendance à relativiser et restreindre mon horizon d'attente.
Tout commençait fort bien, et la gourmandise annoncée m'apparaissait en effet bien appétissante : une mise en page très cinématographique mettant en valeur une originalité de traitement du texte et déjà un humour ironiquement ravageur dès les toutes premières pages. Et puis... tout s'étiola à mesure que la BD empruntait le chemin par trop balisé du shonen d'action.
Moi qui viens de publier la critique de Silent Jenny, je me surprends à faire la fine bouche sur une BD au positionnement exactement inversé : tout ici n'est que divertissement, sans finesse ni richesse, est vu et déjà vu, et malheureusement pas aussi bien agencé qu'espéré. L'habileté n'aura finalement été présente qu'en de rares occasions, l'humour aussi, les extravagances formalistes également.
Attendons le tome 2 pour déterminer ce qu'il en sera véritablement, mais en l'état, je viens à regrets nuancer les avis très positifs ici postés.
Comme souvent, les romans graphiques de Mathieu Bablet ne se laissent pas aisément apprivoiser. Il cultive une forme de SF ambitieuse, volontiers vertigineuse dans sa manière de développer (voire d'affronter) ses thématiques, mais c'est généralement pessimiste, sinon glauque et quelque peu fastidieux à lire. Les amples paginations, les teintes fades des couleurs, les illustrations au trait extrêmement fin dépourvu de dynamisme n'aident pas à l'émergence du plaisir de lire. Mais inversement, cela ajoute de la cohérence à l'ensemble, indirectement de la profondeur à ses récits.
J'espérais que cette BD-ci, via la thématique de la biodiversité, de l'espoir habitant les initiatives des personnages, de ce voyage dans l'infiniment petit, parviendrait à limiter les "défauts" de cet auteur, qu'il pourrait trouver-là matière à satisfaire le fan hardcore de SF et le public moins familier des dystopies, soucieux d'y trouver une richesse de récit passionnante, mais aussi divertissante. Malheureusement, toutes les thématiques sociétales et écologiques de son récit, ainsi que l'aspect véritablement ludique des voyages dans le "millimonde" sont peu développés, au profit d'un univers laissé volontairement mystérieux, de personnages renfermés sur leurs motivations essentialistes, d'une aventure empêtrée dans l'ombre d'un monde gagné par le nihilisme.
La conclusion renforce le nihilisme initial, sans chercher à dramatiser l'abattement de certains personnages : le constat désabusé l'emporte, l'ironie dépourvue de mordant s'invite et la BD se referme avec le sentiment d'avoir été plongé dans un univers d'une richesse davantage supposée que constatée, d'un auteur jusqu'au-boutiste ayant refusé toutes les facilités s'offrant à lui.
Saluons l'intégrité, l’intransigeance, en ces heures de compromissions et de duperies généralisées, l'on ne saurait maugréer sur de telles qualités !
Une anthologie soignée de Chantal Montellier comprenant 1996, Shelter Market, Wonder City et pas mal de petits bonus (hommages, histoires courtes....)
Ce ne sont pas de simples rééditions, mais plutôt des nouvelles versions avec un dessin revisité.
1996 est une suite d'histoires courtes assez pénibles à lire. Ca date de 1978 et c'est intello à mort.
Puis Wonder City publié originalement en 1984, qui est un récit dystopique assez visionnaire mais pas évident à aborder (il y a un enrobage politique et intellectuel constant chez Montellier).
Souvent je me suis dis à la lecture que si Montellier avait su rendre ses bandes légèrement plus accessibles, elle serait aujourd'hui connu mondialement.
Parce que ses thématiques et son dessin étaient tellement précurseurs.
Parlons en du dessin. Un mélange de street art à slogans et de constructivisme russe. Une sorte de version No Hope du style Shepard Fairey mais dessinée 40 ans plus tôt.
Petit bémol : je préfère nettement le graphisme de l'édition originale avec une trichromie qui utilise du bleu, du jaune et du rouge. Dans la version récente on n'a plus que du rouge...
Enfin on termine par Shelter market, version augmentée de 37 pages comparé à l'édition originale de 1980.
Des détails sont remis au goût du jour : on aperçoit Trump, des drones...
Le style général est différent du trait habituel de Montellier, celui déjà vu dans Wonder City ou Rupture.
Ici la technique du collage est utilisée avec plus ou moins de réussite. Les visages ressemblent à des photos retouchées.
C'est l'histoire la plus facile à suivre même si ça peut paraître très déroutant visuellement pour un non initié.
Un bel objet pour les fans et les curieux.
2.5
C'est le nom de Jacques Lamontagne qui a attiré mon attention lorsque je cherchais de nouvelles séries à lire dans une des bibliothèques de ma ville. C'est un auteur que j'apprécie même si sa production est inégale.
J'ai été un peu déçu de voir qu'il ne signe que le scénario parce que j'adore son dessin, mais le dessinateur s'en tire bien et au final le problème vient du scénario de Lamontagne. Les personnages sont des archétypes et les thèmes abordés dans les deux tomes sont du déjà vu. Tout est trop classique et léger pour que ça soit mémorable. Je ne dirais pas que tout est prévisible, mais lorsqu'on avait une révélation je n'étais pas surpris. Si le premier tome est pas trop mal, le rythme du deuxième tome est trop rapide et tout ce conclus d'une manière trop facilement.
Ça se laisse lire si on a rien à faire.
Je rejoins l'avis des autres sur cet one-shot.
J'ai lu cet album parce que j'ai vu que c'était de Binet et je ne connaissais pas du tout l'histoire de Marion. Cette pauvre femme a été victime d'un AVC à l'âge de 18 ans et qui durant une longue réhabilition a correspondu avec Binet, un des ses auteurs de bandes dessinées préférés. Binet a donc produit ce témoignage sur ce qui lui est arrivé.
Le résultat est correct. On retrouve le dessin de Binet que j'aime bien et son humour permet de passer au travers les choses horribles qui sont arrivés à Marion après avoir eu son AVC. On retrouve l'humour jaune qu'il y avait dans l'autobiographie de Binet ``L'institution''. La lecture est cependant trop légère pour être mémorable, J'aurais aimé que la partie où on découvre qu'une pilule contraceptive serait la cause de l'AVC et le procès qui s'en est suivie soit plus approfondie. Ça va tellement vite qu'en refermant l'album je n'étais pas convaincu de la culpabilité de la compagnie pharmaceutique. La fin est trop abrupte même si je comprends que le fait que la procédure judiciaire soit toujours en cours fait en sorte que l'histoire personnelle de Marion n'avait pas de conclusion durant la production de cet album.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
La Mort vivante
Dans un futur où l'humanité s'est réfugiée sur Mars, une femme endeuillée, réfugiée dans un vieux château, tente de ramener sa fille à la vie avec l'aide d'un scientifique contraint de repousser les limites de la biologie. Graphiquement, c'est une vraie réussite. Le dessin est somptueux, avec un travail de hachures et de rayures qui évoque fortement la gravure ancienne. Ce style donne une identité visuelle très forte à l'album, à la fois froide, précise et profondément immersive. Cela m'a rappelé le travail d'Andreas sur Cromwell Stone que j'adore, avec cette même capacité à créer une atmosphère dense et presque hypnotique. Profitant de ce superbe dessin, j'ai beaucoup apprécié les deux premiers tiers de l'album. L'intrigue y est posée avec rigueur, dans un cadre intrigant et maîtrisé, presque hors du temps, et je me suis laissé porter sans difficulté malgré un certain classicisme et un lien avec Frankenstein parfois un peu trop appuyé. J'ai en revanche eu plus de mal à percevoir clairement le rattachement à l'univers de Niourk, au point de le trouver assez artificiel dans un premier temps, comme s'il s'agissait davantage d'un prétexte que d'une véritable continuité. Malheureusement, le dernier tiers de l’album m'a complètement déçu. Le récit bascule dans quelque chose de beaucoup plus excessif et, à mes yeux, beaucoup moins maîtrisé. L'intrigue prend une tournure presque série B, mêlant horreur et science-fiction de manière grossière, où tout devient possible et surtout trop facile pour l'antagoniste. C'est trop irréaliste et surtout en décalage total avec l'élégance et la retenue de la première partie. Cela me laisse sur une impression contrastée, entre la fascination d'un début captivant, porté par une direction artistique remarquable et une ambiance maîtrisée, et la forte déception d'une conclusion qui dilue tout ce qui faisait la force du récit pour basculer dans quelque chose de presque grotesque et facile. Au final, c'est la déception qui prime à mes yeux. note : 2,5/5
L'Equipée du siècle
Dans une uchronie rétrofuturiste située au début du XXe siècle, on suit Maddie, jeune inventrice, et Lewis, motard cascadeur un peu marginal, engagés dans une course transcontinentale à travers les États-Unis. L’enjeu : déterminer quelle technologie dominera les transports de demain, avec en toile de fond l’opposition entre une innovation plus propre et des intérêts financiers déjà largement acquis à la cause du pétrole. Le dessin est sans doute l’un des aspects les plus marquants de l’album. Les décors, presque vectoriels, très propres et géométriques, contrastent avec des personnages plus typés animation avec un trait un peu anguleux évoquant celui d'Olivier Vatine. Il en résulte un style assez singulier, avec une vraie identité visuelle. J’ai trouvé cela intéressant et plutôt réussi, même si je comprends que cet aspect numérique pourrait rebuter tant il peut paraître froid ou artificiel par moments. Sur le fond, on est face à un récit d’aventure et d’action clairement orienté vers un public adolescent. La grande course qui structure l’histoire évoque un peu Les Fous du Volant, avec une galerie de concurrents et de machines lancés à toute vitesse à travers des environnements variés. L’intrigue reste assez classique, avec des outsiders opposés à de puissants intérêts financiers peu scrupuleux, mais elle fonctionne : le rythme est soutenu, les personnages sont sympathiques quoique certains un peu trop manichéens, et l’ensemble se lit avec plaisir. En revanche, quelque chose m’a vraiment manqué dans la narration. Si l’on nous présente rapidement les grandes figures industrielles qui financent les différents concurrents, on ne bénéficie jamais d’une explication claire des technologies en jeu, ni d’une identification précise des pilotes et de leurs véhicules. On comprend progressivement qui est qui au fil de la lecture, mais cela reste flou. C’est dommage pour un récit centré sur une course, où l’on a justement envie de savoir clairement quels concurrents s’affrontent et avec quels atouts, afin de mieux s’impliquer dans la compétition. Cela reste donc une lecture sympathique, dynamique et accessible, portée par un univers visuel original, mais qui manque un peu de clarté et de précision dans sa mise en scène pour pleinement embarquer le lecteur dans sa course.
Porcelaine
Une histoire qui commence comme un conte à la Dickens, puis qui bascule rapidement vers un univers fantastique/SF, tout en gardant en filigrane quelque chose de classique (le vieux milliardaire qui recueil une fille des rues et en fait son héritière). Chaque tome décrit l’évolution de l’univers, en suivant l’héroïne, d’abord enfant des rues, puis femme et mère, pour enfin être presque éjectée/rejetée par sa famille. Il y a des facilités, qu’il faut accepter. La quasi unité de lieu – comment sont ravitaillés les habitants de la tour, longtemps assiégés ? Mais aussi cette « fabrication » semble-t-il aisée de personnes mi-robots mi-golem – les « Porcelaines », et les pouvoirs que possède l’héroïne pour les commander. Mais cette histoire se laisse lire, avec une héroïne qui n’est pas monolithique et qui, voulant se maintenir à l’abri des conflits, et vivre simplement, va au contraire progressivement se trouver à faire des choix brutaux, existentiels, et devoir se comporter comme une cheffe de guerre, sacrifiant perdant successivement – au propre comme au figuré – ceux qu’elle aime ou a aimés. Le dessin est plutôt sympa, agréable à l’œil, fluide, avec une colorisation assez lumineuse (qui lisse quand même parfois un peu trop les détails). Mais les décors sont un peu escamotés, et j’ai été surpris par ces corps aux longues jambes.
Le Puits
Premier album de cette nouvelle collection de Dargaud que je lis et qui semble s'adresser au public de young adult si je me fie aux fiches des séries de cette collection que j'ai aperçues sur BDTheque. Le dessin est dans le pur style que l'on retrouve dans les comics young adult depuis quelques années. Ce n'est pas un style que j'affectionne particulièrement, mais c'est lisible et ça fait le job. Pour ce qui est du scénario, c'est encore une fois une aventure qui met en vedette un personnage jeune (et ici c'est une fille) auquel le lectorat ado peut s'identifier et qui va subir une quête qui va lui faire comprendre plusieurs leçons de la vie. Ce n'est pas original comme trame narrative, mais son traitement l'est. L'héroïne va se retrouver obligée de faire en sorte que le vœu de trois personnes soient exaucé, et elle le fait sans magie, elle ne peut qu'utiliser son cerveau pour réussir. Le scénario est vraiment prenant pendant une bonne partie du récit... Malheureusement tout s'écroule lorsqu'on arrive au troisième vœu. Le scénario devient plus classique et conventionnel. Les dernières péripéties m'ont semblé précipitées, comme si les auteurs en avaient eu marre, et voulaient finir leur récit le plus rapidement possible. Bref, tout l'enthousiasme que j'ai ressenti a fini par disparaitre lorsque j'ai refermé l'album. Au final, c'est pas trop mal, mais je conseillerais surtout un emprunt.
Jusqu'à la nuit tombée
Jusqu'à la tombée de la nuit, un titre poétique pour un récit intime sur le deuil et la quête de réponses. David, un jeune homme à l'approche de la quarantaine, revient dans le village où enfant il passait toutes ses vacances d'été. Ce voyage fait remonter à la surface de joyeux souvenirs d'enfance, comme des rires et des jeux avec ses cousins. Ce village est surtout le lieu qui a vu disparaitre sa soeur il y a 25 ans. Ce voyage initiatique sur les lieux du drame est surtout motivé par le besoin de réponses : que s'est il passé cet été là ? On suit un homme perdu qui erre dans le village et aux alentours à la recherche d'un déclic. Tantôt en se remémorant les souvenirs de cet été tragique, à la recherche d'une piste. Tantôt en s'interrogeant sur les conséquences de ce traumatisme sur l'homme qui l'est devenu et le lien entre ce drame et les blessures qui le troublent actuellement. Cette dualité est bien exploitée, les doutes et le mal être de David se ressentent bien. Coté dessin, on sent quelques défauts de jeunesse. Des perspectives un peu ratées au début et un trait qui manque globalement d'assurance. Cela dessert un peu le récit qui y perd pas mal de son potentiel dramatique. On est sur un terrain déjà pas mal exploré en BD, celui du drame intime et du deuil, l'histoire a quelques atouts mais au final il manque un petit quelque chose pour sortir du lot des romans graphiques traitant d'un sujet similaire.
Knight club
BD dont j'espérais bien davantage. Une telle unanimité critique était parvenue à mettre en sourdine ma fâcheuse tendance à relativiser et restreindre mon horizon d'attente. Tout commençait fort bien, et la gourmandise annoncée m'apparaissait en effet bien appétissante : une mise en page très cinématographique mettant en valeur une originalité de traitement du texte et déjà un humour ironiquement ravageur dès les toutes premières pages. Et puis... tout s'étiola à mesure que la BD empruntait le chemin par trop balisé du shonen d'action. Moi qui viens de publier la critique de Silent Jenny, je me surprends à faire la fine bouche sur une BD au positionnement exactement inversé : tout ici n'est que divertissement, sans finesse ni richesse, est vu et déjà vu, et malheureusement pas aussi bien agencé qu'espéré. L'habileté n'aura finalement été présente qu'en de rares occasions, l'humour aussi, les extravagances formalistes également. Attendons le tome 2 pour déterminer ce qu'il en sera véritablement, mais en l'état, je viens à regrets nuancer les avis très positifs ici postés.
Silent Jenny
Comme souvent, les romans graphiques de Mathieu Bablet ne se laissent pas aisément apprivoiser. Il cultive une forme de SF ambitieuse, volontiers vertigineuse dans sa manière de développer (voire d'affronter) ses thématiques, mais c'est généralement pessimiste, sinon glauque et quelque peu fastidieux à lire. Les amples paginations, les teintes fades des couleurs, les illustrations au trait extrêmement fin dépourvu de dynamisme n'aident pas à l'émergence du plaisir de lire. Mais inversement, cela ajoute de la cohérence à l'ensemble, indirectement de la profondeur à ses récits. J'espérais que cette BD-ci, via la thématique de la biodiversité, de l'espoir habitant les initiatives des personnages, de ce voyage dans l'infiniment petit, parviendrait à limiter les "défauts" de cet auteur, qu'il pourrait trouver-là matière à satisfaire le fan hardcore de SF et le public moins familier des dystopies, soucieux d'y trouver une richesse de récit passionnante, mais aussi divertissante. Malheureusement, toutes les thématiques sociétales et écologiques de son récit, ainsi que l'aspect véritablement ludique des voyages dans le "millimonde" sont peu développés, au profit d'un univers laissé volontairement mystérieux, de personnages renfermés sur leurs motivations essentialistes, d'une aventure empêtrée dans l'ombre d'un monde gagné par le nihilisme. La conclusion renforce le nihilisme initial, sans chercher à dramatiser l'abattement de certains personnages : le constat désabusé l'emporte, l'ironie dépourvue de mordant s'invite et la BD se referme avec le sentiment d'avoir été plongé dans un univers d'une richesse davantage supposée que constatée, d'un auteur jusqu'au-boutiste ayant refusé toutes les facilités s'offrant à lui. Saluons l'intégrité, l’intransigeance, en ces heures de compromissions et de duperies généralisées, l'on ne saurait maugréer sur de telles qualités !
Social fiction
Une anthologie soignée de Chantal Montellier comprenant 1996, Shelter Market, Wonder City et pas mal de petits bonus (hommages, histoires courtes....) Ce ne sont pas de simples rééditions, mais plutôt des nouvelles versions avec un dessin revisité. 1996 est une suite d'histoires courtes assez pénibles à lire. Ca date de 1978 et c'est intello à mort. Puis Wonder City publié originalement en 1984, qui est un récit dystopique assez visionnaire mais pas évident à aborder (il y a un enrobage politique et intellectuel constant chez Montellier). Souvent je me suis dis à la lecture que si Montellier avait su rendre ses bandes légèrement plus accessibles, elle serait aujourd'hui connu mondialement. Parce que ses thématiques et son dessin étaient tellement précurseurs. Parlons en du dessin. Un mélange de street art à slogans et de constructivisme russe. Une sorte de version No Hope du style Shepard Fairey mais dessinée 40 ans plus tôt. Petit bémol : je préfère nettement le graphisme de l'édition originale avec une trichromie qui utilise du bleu, du jaune et du rouge. Dans la version récente on n'a plus que du rouge... Enfin on termine par Shelter market, version augmentée de 37 pages comparé à l'édition originale de 1980. Des détails sont remis au goût du jour : on aperçoit Trump, des drones... Le style général est différent du trait habituel de Montellier, celui déjà vu dans Wonder City ou Rupture. Ici la technique du collage est utilisée avec plus ou moins de réussite. Les visages ressemblent à des photos retouchées. C'est l'histoire la plus facile à suivre même si ça peut paraître très déroutant visuellement pour un non initié. Un bel objet pour les fans et les curieux.
Le Manoir Sheridan
2.5 C'est le nom de Jacques Lamontagne qui a attiré mon attention lorsque je cherchais de nouvelles séries à lire dans une des bibliothèques de ma ville. C'est un auteur que j'apprécie même si sa production est inégale. J'ai été un peu déçu de voir qu'il ne signe que le scénario parce que j'adore son dessin, mais le dessinateur s'en tire bien et au final le problème vient du scénario de Lamontagne. Les personnages sont des archétypes et les thèmes abordés dans les deux tomes sont du déjà vu. Tout est trop classique et léger pour que ça soit mémorable. Je ne dirais pas que tout est prévisible, mais lorsqu'on avait une révélation je n'étais pas surpris. Si le premier tome est pas trop mal, le rythme du deuxième tome est trop rapide et tout ce conclus d'une manière trop facilement. Ça se laisse lire si on a rien à faire.
Marion
Je rejoins l'avis des autres sur cet one-shot. J'ai lu cet album parce que j'ai vu que c'était de Binet et je ne connaissais pas du tout l'histoire de Marion. Cette pauvre femme a été victime d'un AVC à l'âge de 18 ans et qui durant une longue réhabilition a correspondu avec Binet, un des ses auteurs de bandes dessinées préférés. Binet a donc produit ce témoignage sur ce qui lui est arrivé. Le résultat est correct. On retrouve le dessin de Binet que j'aime bien et son humour permet de passer au travers les choses horribles qui sont arrivés à Marion après avoir eu son AVC. On retrouve l'humour jaune qu'il y avait dans l'autobiographie de Binet ``L'institution''. La lecture est cependant trop légère pour être mémorable, J'aurais aimé que la partie où on découvre qu'une pilule contraceptive serait la cause de l'AVC et le procès qui s'en est suivie soit plus approfondie. Ça va tellement vite qu'en refermant l'album je n'étais pas convaincu de la culpabilité de la compagnie pharmaceutique. La fin est trop abrupte même si je comprends que le fait que la procédure judiciaire soit toujours en cours fait en sorte que l'histoire personnelle de Marion n'avait pas de conclusion durant la production de cet album.