Aliénor, adolescente persuadée d'être malade depuis des années, voit son quotidien bouleversé le jour où son père, inventeur de génie un peu inquiétant, lui offre pour son anniversaire un petit frère au corps de métal. Le garçonnet s'appelle Blaise, comme le frère qu'elle n'a jamais connu, et son père affirme qu'il possède une âme. Lorsqu'elle découvre que sa maladie dissimule en réalité un mensonge bien plus grave, elle s'enfuit dans les bois avec ce frère mécanique.
Avec cette BD, on est dans un registre gothico-mélancolique pour adolescents qui aurait parfaitement trouvé sa place dans la collection Métamorphoses des éditions Soleil. L'ambiance est sombre, légèrement brumeuse, entre conte macabre et fable initiatique, mais clairement destinée à un jeune public (Young Adult, comme on dit).
Le dessin s'inscrit pleinement dans cette tonalité popularisée par plusieurs autrices italiennes nourries de littérature gothique, de Disney et de manga : un imaginaire romantique sombre assumé, porté par un graphisme accessible aux jeunes lecteurs. Visuellement, cela fonctionne plutôt bien, même si l'ensemble reste très balisé dans ses codes.
Sur le fond, le récit aborde le deuil, la frontière entre l'humain et la machine, ainsi que la tentation prométhéenne d'un inventeur qui rappellera inévitablement Frankenstein. L'intention est louable et les thèmes sont forts, mais il se dégage de l'ensemble une tonalité légèrement mièvre, celle d'un récit davantage destiné aux adolescents qu'aux adultes. Le personnage du père, notamment, m'a semblé stéréotypé dans son rôle à la fois autoritaire et manipulateur, tout en revendiquant un amour absolu pour sa famille afin de justifier ses actes. Il incarne presque trop parfaitement la figure du savant aveuglé par son propre génie, ce qui enlève un peu de subtilité à l'ensemble.
Je ne peux pas dire que ce soit raté : le dessin est mignon et d'une belle qualité technique. Mais je trouve le tout trop tendre et convenu dans sa manière d'aborder des thèmes pourtant largement exploités, comme si la noirceur était constamment adoucie pour rester accessible.
2.5
J'avais lu l'autre l'album autobiographique de cette autrice il y a quelques années et j'avais bien aimé. C'est donc avec une bonne impression que j'ai commencé la lecture de cet album
La première chose qui m'a frappé est le choix des couleurs. Le rouge et le vert sont beaucoup trop flashy, du moins dans l'exemplaire que j'ai vu et j'ai presque eu peur d'avoir un problème de vue après avoir fini l'album. Heureusement, ça se lit rapidement vu qu'il y a deux-trois gros dessins par pages. J'ai moins accroché aux thèmes de cet album que dans l'autre one-shot de cette autrice. Elle raconte comment durant son adolescence et ses premières années de jeune adulte elle était facilement influençable et changé de look et de gouts pour plaire aux garçons qu'elle aimait ou tout simplement pour que les autres ados ne la jugent pas en aimant ce que les autres aiment. La pression de groupe est un truc que tout ado a du vivre et justement ce que montre l'autrice est la plupart du temps un peu trop banal pour être passionnant.
Le truc le plus intéressant est qu'on voit un aperçu un peu glauque de ce que pouvaient vivre des ados dans les années 80. Non seulement il y a des jeunes qui boivent et fument en public dans l'indifférence générale, mais la meilleur amie de l'autrice est sorti avec un homme 10 ans plus vieux qu'elle lorsqu'elle avait seulement 14 ans ! Sinon, cela se laisse lire si on est pas allergique à l'autobiographique. Il faut dire que ça se lit vite... un peu trop vite. Parfois, l'autrice rencontre un garçon et quelques pages plus loin il y a un nouveau gars qui apparait !
2.5
J'ai remarqué que ces dernières années il y a eu plusieurs bandes dessinées sur les problèmes que les femmes rencontrent lorsqu'elles sont enceinte et aussi après l'accouchement. Est-ce que c'est parce que le monde de la BD est de plus en plus féminin et qu'on a donc des autrices qui peuvent parler de choses que les auteurs ne vivent pas ?
En tout cas, ici, l'autrice raconte la dépression qu'elle a vécue après son accouchement et il semblerait que plusieurs femmes souffrent de ce type de dépression. Je ne connaissais pas du tout la dépression post-partum et ça me rends triste de savoir qu'autant de femmes se sentent inutiles et tristes après avoir donné naissance à un être humain. Cela dit, ce n'est pas parce qu'une BD parle d'un sujet intéressant que cela donne automatiquement une BD intéressante.
Le dessin est minimaliste au possible, mais au moins c'est lisible et ce n'est pas très moche. Les anecdotes de l'autrice sont inégales avec certaines qui sont meilleurs que d'autres. Au bout d'un moment, je trouvais que ça tournait un peu en rond. Peut-être que les femmes qui ont vécu une expérience similaire à celle de l'autrice vont plus accrocher et se sentir moins seules en voyant que d'autres ont vécu la même chose.
« Instants d’années » est l’ouvrage qui accompagne l’exposition « L’Aventure éditoriale – Delcourt, 40 ans au rythme du 9e art », qui a lieu du 29 janvier au 15 novembre à la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image d’Angoulême. Celle-ci devait inaugurer le FIBD, qui par les malheureuses circonstances que l’on connaît, a été annulé cette année.
Il faut voir le livre davantage comme un objet souvenir, une fantaisie autopromotionnelle sans doute, un « beau livre » pourquoi pas, que comme une véritable bande dessinée, le seul critère étant le format du gaufrier. Le choix éditorial s’est porté sur un leporello muet pouvant se lire un peu dans tous les sens, comme un assemblage de dessins parfois esquissés, qui semblent avoir été griffonnés sur le coin d’une table, avec toute la sensibilité et le talent d’Alfred que l’on connaît bien à travers des œuvres comme Pourquoi j'ai tué Pierre, Come Prima, deux albums récompensés par des Fauves à Angoulême, ou encore Le Désespoir du Singe.
Guy Delcourt s’est fait plaisir avec cette autocélébration et il a bien eu raison. La bande dessinée ne serait pas tout à fait ce qu’elle est sans cet homme qui a transformé sa petite entreprise en machine de guerre incontournable parmi des éditeurs installés depuis plus longtemps dans le paysage, tels Casterman ou Dargaud. Et tout cela grâce à sa passion pour le médium, sa rigueur et son dynamisme, son éclectisme et sa curiosité, sa capacité à allier le populaire et l’avant-garde, et sans doute aussi un certain flair pour détecter les auteurs les plus talentueux.
Si malgré les apparences, la chronologie est respectée, les images, bien souvent dépourvues de texte ou en mode « private joke », ne parleront pas forcément à tout le monde. Pour en savoir plus, il faudra se référer aux notes à l’arrière de la couverture. Il y a évidemment beaucoup de clins d’œil et de références à des instants marquants, des fiestas joyeuses ou des œuvres iconiques — La Bande à Renaud (Renaud - BD d'enfer) (son premier succès !), les « Donjon », De Cape et de Crocs — qui ont jalonné le parcours de l’éditeur, et Alfred en sait quelque chose puisque son tout premier album, Abraxas, a été publié chez Delcourt en 2000, soit seulement 14 ans après la création de la maison.
On regrettera cependant le côté un brin foutraque du projet pour la partie textuelle, où le lien n’est pas fait entre les images et les notes explicatives : celles-ci sont bien numérotées mais pas les dessins… Il faudra donc être quelque peu motivé pour leur lecture. On aurait également apprécié un découpage chronologique plus explicite et une taille de police augmentée. Cela ne devrait pas empêcher les collectionneurs de curiosités et les nostalgiques d’apprécier.
Dessin et colorisation font vraiment leur âge ! Mais je trouve que l’ensemble passe encore très bien. Adamov nous propose quelque chose d’assez travaillé, et la vision qu’il donne d’un Paris post-apocalypse est souvent saisissante.
Un univers noir, glauque, dans lequel Cothias développe une intrigue un peu foutraque. Comme une fin du monde, une agonie flamboyante. Au milieu des ruines, des loques humaines en quête d’eau et de nourriture (il y a quelque chose du film « Delicatessen » - la couleur sombre et l’humour noir en moins – dans certaines scènes où le boucher Pancrasse prépare sa barbaque…), et des notabilités déconnectées de la réalité de la plèbe, multipliant orgies et caprices mortels.
Il y a dans certaines scènes, et dans le dessin des choses qui m’ont aussi fait penser à Neige (une série qu’il faudra bien que j’avise, au passage !).
Si dessin et colorisation font leur âge donc, j’ai trouvé dans une lecture récente (je ne sais pas pourquoi j’étais passé à côté de cette série depuis si longtemps !?) que l’intrigue et certains personnages étaient presque intemporels. En tout cas qu’hélas on pouvait trouver quelques points communs avec notre époque contemporaine. Une société et des valeurs en déliquescence, des dirigeants méprisants envers le « peuple » (« Sans dent », immigrés, pauvres, etc.) : si pas mal de personnages font étalage de cynisme, de mépris de classe et de folie, c’est le duc Malik qui incarne le « méchant », gros salaud méprisant, ambitieux, égoïste, sadique, massacrant à tour de bras pour s’amuser avec son train blindé. Son personnage est fascinant – et repoussant – et s’intègre parfaitement dans cet univers où tout semble partir en vrille, où tout s’écroule dans la fange (dans tous les sens du terme). Malik est aussi garant de surprises, puisqu’on ne sait trop à l’avance qui il va tuer (parfois des personnages qui semblaient importants pour l’intrigue).
A l’inverse, Jérôme, Prince de Mortelune, gagne en consistance, et surtout en « positivité » au fur et à mesure qu’avance le récit – et qu’il devient une proie traquée, entourée de quelques personnages longtemps énigmatiques, alors qu’au départ il avait lui aussi un comportement méprisable.
Pour revenir sur le côté graphique, Adamov nous balade pas mal dans ce Paris déglingué, pourrissant, démantibulé. On a même droit à de longues virées dans les sous-sols (égouts, métro – avec un improbable contrôleur des Lilas), il se fait plaisir, et les connaisseurs de la capitale peuvent s’amuser à reconnaitre monuments et quartiers dévastés (j’ai plutôt bien aimé cet aspect) – je ne connais pas Lyon, et j’ai donc été moins captivé lorsque l’intrigue s’y est projetée dans le quatrième tome, ou comme lorsque par la suite nous voit traverser la France, avec ces insectes mutants.
Le tome 5 conclut un cycle. J’allais dire la série – et sans doute aurait-il dû en être ainsi, et les auteurs auraient produit une bien belle œuvre, certes pessimiste, mais originale et plaisante à lire.
Et du coup, difficile d’envisager une suite après ce cinquième tome. Pourtant les auteurs ont remis le couvert. La rupture est brutale, il faut s’y remettre. Mais le ton et les décors sont très – trop différents. Ça part vers quelque chose de plus rationnel au départ (on cherche à expliquer le pourquoi de l’apocalypse dans les premières pages – inutile et cela tue l’imagination du lecteur) et plus classique et moins noir, de la SF moins originale clairement. Et qui m’a en tout cas moins attiré.
Et puis, les touches d’humour – avec ce robot en forme de pingouin par exemple – et les dérives un peu foutraques du scénario m’ont peu à peu mis de côté. Faire revenir les personnages du premier cycle m’est apparu artificiel et vain, et l’histoire – en plus d’être moins facile à suivre – m’a moins intéressé. Sans être inintéressant, ce second cycle forme presque une série à part. en tout cas je pense que les cinq premiers albums, qui se suffisent à eux-mêmes, auraient pu et dû clore la série. Ce second cycle s’embarque dans les rêveries, mais les personnages de Nicolas et de Violhaine ne sont pas assez forts (ils sont même fades dans le premier cycle).
Dans ce second cycle, le dessin d’Adamov est toujours très bon – mais j’aime moins ses décors, j’avais préféré les ruines urbaines. Et la colorisation de Chagnaud (qui remplace ici Adamov) donne un rendu plus net, pas désagréable, mais cela accentue encore la rupture entre les deux cycles).
Vous l’avez compris, j’ai surtout été marqué par les cinq premiers albums (j’aurais sans doute mis une étoile supplémentaire sur ce seul cycle). Les suivants sont peut-être plus dispensables.
Pfff … encore une énième déclinaison de l’univers, d’un côté j’ai envie de sabrer un peu mais d’un autre je n’ai rien à dire de méchant. Ça va être même plutôt l’inverse.
A défaut de surprises, je reconnais le savoir faire des auteurs dans le registre Fantasy. Avec les terres d’Ynuma, nous l’explorerons à la mode asiatique, au programme oni, yokai, samouraï, prêtre, honneur … mais aussi trolls, elfes, gobelins …
Un mélange qui se marrie plutôt pas mal dans le cas présent.
Un 1er tome efficace à tout point de vue, dans son récit, dans la mise en place de ce nouveau monde, dans sa réalisation … la recette est largement éprouvée mais elle continue de m’emporter. J’ai bien accroché avec notre héros rouge.
L’intrigue est classique et linéaire, chasseurs de monstres style Okko, mais ça pose les bases et enjeux de ce nouveau monde sans lourdeur. Quoique je me demande encore comment ils vont le connecter avec celui d’Aquilon (et du coup Arran et Ogon).
La petite et bonne surprise a été dans la construction de l’album, des chapitres qui rappellent des haïkus, et surtout la partie graphique soignée et détaillée de Vax.
Je ne m’enthousiasme pas plus mais une belle entame de série pour les amateurs.
Ce qui m'a attiré vers cette BD, c'est le fait qu'elle retrace la vie pour le moins étonnante du chanteur d'un obscur groupe de rock bordelais des années 80, forcément culte, qui, en ce qui me concerne, était jusqu'à présent complètement inconnu au bataillon. Il n'en fallu pas davantage pour me convaincre de repartir avec la chose sous le bras.
Et c'est pas mal. Le dessin est plutôt cool, rappelant un peu le travail de Mezzo, à savoir un traitement "à l'américaine", y compris dans le traitement des couleurs.
Le scénar est fluide même s'il manque globalement de souffle. Et puis perso, j'aurais aimé que ça cause un peu plus de musique. Je ne sais pas au juste ce que j'attendais, mais cette BD est vraiment centrée sur Gilles Bertin, le braquage de la Brinks, et son exil au Portugal. Le lecteur taquin fera à raison remarquer qu'en cela le titre ne trompe pas...
Mais je ne sais pas, peut-être à cause de la personnalité insaisissable du chanteur... Ouais, je suis resté un peu sur ma faim...
On tient là une bonne BD, un brin linéaire et convenue, mais qui offre l'avantage de raconter une histoire pas banale tout en exhumant un petit morceau de rock'n'roll.
Il y a une erreur dans la base de données.
Autonomes est le premier volume d'une série qui s'appelle Chroniques de fin de siècle.
Le tome 2 est "Mourir à Creys-Malville" et le tome 3 Chooz.
Je n'ai lu que les deux premiers tomes.
Cette série de Bucquoy a de forts accents de phamplet d'extrême gauche. On ne sait jamais trop si c'est de l'art ou de la politique.
La voix off est assez mal employée aussi, et nous tient trop à distance.
Ce qui m'a le plus intéressé, c'est ce basculement d'un récit dystopique vers un récit post apocalyptique.
Le dessin de Santi est superbe. Il se dégage une ambiance unique de ces pages et ça c'est assez rare.
On a droit à pas mal de scènes très crues, le sexe et la violence sont utilisées dans une sorte d'immoralité assumée.
Le personnage principal a les traits de Patrick Dewaere (on croise aussi Miou Miou, Depardieu, Philippe Leotard...) et je mentirai si je disais que ça ne m'avait pas aidé à rester dans l'histoire. C'est un hommage aux Valseuses qui avait cette même veine anarchisante. Bon là on a pas l'humour et le second degré qui va avec.
Ce n'est vraiment pas pour tout le monde, il y a souvent à juste titre la mention "pour public averti" quand vous apercevez la bd sur un site de vente en ligne : concrètement Bucquoy légitime l'idée de l'attentat en tant qu'acte révolutionnaire. Pour aller encore plus loin, il faut savoir que celui-ci sera plus tard de la bande à Godin dans les "attentats" de tartes à la crème.
C'est pour le reste assez figé dans une époque, mais c'est aussi pour moi un exemple dans ce que la bd adulte peut offrir de différent.
Pas facile d'écrire un avis sur cette bande... Je vais m'expliquer.
Anibal 5 est le fruit de la seconde collaboration entre Jodorowsky et Bess. La publication du lama blanc est déjà en cours quand le binôme démarre donc cette nouvelle série.
Anibal 5 est un patchwork réussi d'action, de comédie et de SF.
Le héros éponyme est une sorte de James Bond obsédé sexuel du futur, envoyé en mission à chaque fois qu'un grand méchant élabore un plan diabolique mettant en péril la terre et les humains.
Il y aura quatre enquêtes en tout, 2 dans chaque tome. Le tome 1 est vraiment génial. Après ça dérape un peu... Disons juste qu'Anibal, pour vaincre le dernier méchant qui est une femen assez énervée, va littéralement l'enc...
HA.Ha.ha...
Amis de l'humour bonsoir.
Bref il y a un humour noir assez misogyne dans cette bande qui aurait dû mal à passer aujourd'hui...
Et je n'ai pas évoqué le boss d'Anibal qui est un vieux constamment en train de tripoter sa maîtresse androïde aux allures de lolita.
Le dessin oscille entre le bon et le très bon, Bess propose un style inédit pour l'occasion qui fonctionne plutôt bien.
Un troisième tome est annoncé en dernière page "la mère ventre de fer et ses momies romantiques" mais ne verra jamais le jour.
Une bonne bd mais à recontextualiser avant lecture.
J’avais découvert les deux auteurs avec l’album La Chair des dieux. Je les retrouve sur un projet une nouvelle fois lié à une divinité, mais celle-ci égyptienne (après les divinités nordiques). Le dessin de Winona est plutôt chouette (malgré quelques menus défauts pour certains visages). Cela ressemble à des crayonnés rehaussés à l’aquarelle. C’est parfois assez gras et chargé, tout en étant réellement très beau – mais cela peut sans doute surprendre et dérouter pas mal de lecteurs.
Mais, comme pour La Chair des dieux, je me prends à penser qu’un travail uniquement en Noir et Blanc m’attirerait davantage encore (sa colorisation me satisfait clairement moins). Si dans la version plus « soft » publiée par Graph Zeppelin Winona jouait sur un dessin très sensuel, un érotisme latent, on a là plusieurs scènes plus qu’explicites. Là aussi la colorisation m'a un peu gêné.
L’intrigue d’Emka est pour le moment un peu obscure, pas toujours facile à suivre. Il mêle vie des dieux et celle des Égyptiens. Mais, après tout, les deux étaient sans doute imbriquées, la frontière entre les deux univers était probablement moins claire que ce que nous pensons aujourd’hui. C’est ainsi qu’Emka propose à la fois une « biographie » d’Isis, mais aussi une vision quelque peu fantasmée, fantastique (ce dernier aspect est très présent), de l’Égypte ancienne.
Une vision ésotérique, érotique et fantastique de l’Égypte antique qui sort des sentiers battus.
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Les Enfants du bois
Aliénor, adolescente persuadée d'être malade depuis des années, voit son quotidien bouleversé le jour où son père, inventeur de génie un peu inquiétant, lui offre pour son anniversaire un petit frère au corps de métal. Le garçonnet s'appelle Blaise, comme le frère qu'elle n'a jamais connu, et son père affirme qu'il possède une âme. Lorsqu'elle découvre que sa maladie dissimule en réalité un mensonge bien plus grave, elle s'enfuit dans les bois avec ce frère mécanique. Avec cette BD, on est dans un registre gothico-mélancolique pour adolescents qui aurait parfaitement trouvé sa place dans la collection Métamorphoses des éditions Soleil. L'ambiance est sombre, légèrement brumeuse, entre conte macabre et fable initiatique, mais clairement destinée à un jeune public (Young Adult, comme on dit). Le dessin s'inscrit pleinement dans cette tonalité popularisée par plusieurs autrices italiennes nourries de littérature gothique, de Disney et de manga : un imaginaire romantique sombre assumé, porté par un graphisme accessible aux jeunes lecteurs. Visuellement, cela fonctionne plutôt bien, même si l'ensemble reste très balisé dans ses codes. Sur le fond, le récit aborde le deuil, la frontière entre l'humain et la machine, ainsi que la tentation prométhéenne d'un inventeur qui rappellera inévitablement Frankenstein. L'intention est louable et les thèmes sont forts, mais il se dégage de l'ensemble une tonalité légèrement mièvre, celle d'un récit davantage destiné aux adolescents qu'aux adultes. Le personnage du père, notamment, m'a semblé stéréotypé dans son rôle à la fois autoritaire et manipulateur, tout en revendiquant un amour absolu pour sa famille afin de justifier ses actes. Il incarne presque trop parfaitement la figure du savant aveuglé par son propre génie, ce qui enlève un peu de subtilité à l'ensemble. Je ne peux pas dire que ce soit raté : le dessin est mignon et d'une belle qualité technique. Mais je trouve le tout trop tendre et convenu dans sa manière d'aborder des thèmes pourtant largement exploités, comme si la noirceur était constamment adoucie pour rester accessible.
Bouées - Dérives identitaires, amours imaginaires et détours capillaires
2.5 J'avais lu l'autre l'album autobiographique de cette autrice il y a quelques années et j'avais bien aimé. C'est donc avec une bonne impression que j'ai commencé la lecture de cet album La première chose qui m'a frappé est le choix des couleurs. Le rouge et le vert sont beaucoup trop flashy, du moins dans l'exemplaire que j'ai vu et j'ai presque eu peur d'avoir un problème de vue après avoir fini l'album. Heureusement, ça se lit rapidement vu qu'il y a deux-trois gros dessins par pages. J'ai moins accroché aux thèmes de cet album que dans l'autre one-shot de cette autrice. Elle raconte comment durant son adolescence et ses premières années de jeune adulte elle était facilement influençable et changé de look et de gouts pour plaire aux garçons qu'elle aimait ou tout simplement pour que les autres ados ne la jugent pas en aimant ce que les autres aiment. La pression de groupe est un truc que tout ado a du vivre et justement ce que montre l'autrice est la plupart du temps un peu trop banal pour être passionnant. Le truc le plus intéressant est qu'on voit un aperçu un peu glauque de ce que pouvaient vivre des ados dans les années 80. Non seulement il y a des jeunes qui boivent et fument en public dans l'indifférence générale, mais la meilleur amie de l'autrice est sorti avec un homme 10 ans plus vieux qu'elle lorsqu'elle avait seulement 14 ans ! Sinon, cela se laisse lire si on est pas allergique à l'autobiographique. Il faut dire que ça se lit vite... un peu trop vite. Parfois, l'autrice rencontre un garçon et quelques pages plus loin il y a un nouveau gars qui apparait !
Chère Scarlet - L'Histoire de ma dépression post-partum
2.5 J'ai remarqué que ces dernières années il y a eu plusieurs bandes dessinées sur les problèmes que les femmes rencontrent lorsqu'elles sont enceinte et aussi après l'accouchement. Est-ce que c'est parce que le monde de la BD est de plus en plus féminin et qu'on a donc des autrices qui peuvent parler de choses que les auteurs ne vivent pas ? En tout cas, ici, l'autrice raconte la dépression qu'elle a vécue après son accouchement et il semblerait que plusieurs femmes souffrent de ce type de dépression. Je ne connaissais pas du tout la dépression post-partum et ça me rends triste de savoir qu'autant de femmes se sentent inutiles et tristes après avoir donné naissance à un être humain. Cela dit, ce n'est pas parce qu'une BD parle d'un sujet intéressant que cela donne automatiquement une BD intéressante. Le dessin est minimaliste au possible, mais au moins c'est lisible et ce n'est pas très moche. Les anecdotes de l'autrice sont inégales avec certaines qui sont meilleurs que d'autres. Au bout d'un moment, je trouvais que ça tournait un peu en rond. Peut-être que les femmes qui ont vécu une expérience similaire à celle de l'autrice vont plus accrocher et se sentir moins seules en voyant que d'autres ont vécu la même chose.
Instants d'années
« Instants d’années » est l’ouvrage qui accompagne l’exposition « L’Aventure éditoriale – Delcourt, 40 ans au rythme du 9e art », qui a lieu du 29 janvier au 15 novembre à la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image d’Angoulême. Celle-ci devait inaugurer le FIBD, qui par les malheureuses circonstances que l’on connaît, a été annulé cette année. Il faut voir le livre davantage comme un objet souvenir, une fantaisie autopromotionnelle sans doute, un « beau livre » pourquoi pas, que comme une véritable bande dessinée, le seul critère étant le format du gaufrier. Le choix éditorial s’est porté sur un leporello muet pouvant se lire un peu dans tous les sens, comme un assemblage de dessins parfois esquissés, qui semblent avoir été griffonnés sur le coin d’une table, avec toute la sensibilité et le talent d’Alfred que l’on connaît bien à travers des œuvres comme Pourquoi j'ai tué Pierre, Come Prima, deux albums récompensés par des Fauves à Angoulême, ou encore Le Désespoir du Singe. Guy Delcourt s’est fait plaisir avec cette autocélébration et il a bien eu raison. La bande dessinée ne serait pas tout à fait ce qu’elle est sans cet homme qui a transformé sa petite entreprise en machine de guerre incontournable parmi des éditeurs installés depuis plus longtemps dans le paysage, tels Casterman ou Dargaud. Et tout cela grâce à sa passion pour le médium, sa rigueur et son dynamisme, son éclectisme et sa curiosité, sa capacité à allier le populaire et l’avant-garde, et sans doute aussi un certain flair pour détecter les auteurs les plus talentueux. Si malgré les apparences, la chronologie est respectée, les images, bien souvent dépourvues de texte ou en mode « private joke », ne parleront pas forcément à tout le monde. Pour en savoir plus, il faudra se référer aux notes à l’arrière de la couverture. Il y a évidemment beaucoup de clins d’œil et de références à des instants marquants, des fiestas joyeuses ou des œuvres iconiques — La Bande à Renaud (Renaud - BD d'enfer) (son premier succès !), les « Donjon », De Cape et de Crocs — qui ont jalonné le parcours de l’éditeur, et Alfred en sait quelque chose puisque son tout premier album, Abraxas, a été publié chez Delcourt en 2000, soit seulement 14 ans après la création de la maison. On regrettera cependant le côté un brin foutraque du projet pour la partie textuelle, où le lien n’est pas fait entre les images et les notes explicatives : celles-ci sont bien numérotées mais pas les dessins… Il faudra donc être quelque peu motivé pour leur lecture. On aurait également apprécié un découpage chronologique plus explicite et une taille de police augmentée. Cela ne devrait pas empêcher les collectionneurs de curiosités et les nostalgiques d’apprécier.
Les Eaux de Mortelune
Dessin et colorisation font vraiment leur âge ! Mais je trouve que l’ensemble passe encore très bien. Adamov nous propose quelque chose d’assez travaillé, et la vision qu’il donne d’un Paris post-apocalypse est souvent saisissante. Un univers noir, glauque, dans lequel Cothias développe une intrigue un peu foutraque. Comme une fin du monde, une agonie flamboyante. Au milieu des ruines, des loques humaines en quête d’eau et de nourriture (il y a quelque chose du film « Delicatessen » - la couleur sombre et l’humour noir en moins – dans certaines scènes où le boucher Pancrasse prépare sa barbaque…), et des notabilités déconnectées de la réalité de la plèbe, multipliant orgies et caprices mortels. Il y a dans certaines scènes, et dans le dessin des choses qui m’ont aussi fait penser à Neige (une série qu’il faudra bien que j’avise, au passage !). Si dessin et colorisation font leur âge donc, j’ai trouvé dans une lecture récente (je ne sais pas pourquoi j’étais passé à côté de cette série depuis si longtemps !?) que l’intrigue et certains personnages étaient presque intemporels. En tout cas qu’hélas on pouvait trouver quelques points communs avec notre époque contemporaine. Une société et des valeurs en déliquescence, des dirigeants méprisants envers le « peuple » (« Sans dent », immigrés, pauvres, etc.) : si pas mal de personnages font étalage de cynisme, de mépris de classe et de folie, c’est le duc Malik qui incarne le « méchant », gros salaud méprisant, ambitieux, égoïste, sadique, massacrant à tour de bras pour s’amuser avec son train blindé. Son personnage est fascinant – et repoussant – et s’intègre parfaitement dans cet univers où tout semble partir en vrille, où tout s’écroule dans la fange (dans tous les sens du terme). Malik est aussi garant de surprises, puisqu’on ne sait trop à l’avance qui il va tuer (parfois des personnages qui semblaient importants pour l’intrigue). A l’inverse, Jérôme, Prince de Mortelune, gagne en consistance, et surtout en « positivité » au fur et à mesure qu’avance le récit – et qu’il devient une proie traquée, entourée de quelques personnages longtemps énigmatiques, alors qu’au départ il avait lui aussi un comportement méprisable. Pour revenir sur le côté graphique, Adamov nous balade pas mal dans ce Paris déglingué, pourrissant, démantibulé. On a même droit à de longues virées dans les sous-sols (égouts, métro – avec un improbable contrôleur des Lilas), il se fait plaisir, et les connaisseurs de la capitale peuvent s’amuser à reconnaitre monuments et quartiers dévastés (j’ai plutôt bien aimé cet aspect) – je ne connais pas Lyon, et j’ai donc été moins captivé lorsque l’intrigue s’y est projetée dans le quatrième tome, ou comme lorsque par la suite nous voit traverser la France, avec ces insectes mutants. Le tome 5 conclut un cycle. J’allais dire la série – et sans doute aurait-il dû en être ainsi, et les auteurs auraient produit une bien belle œuvre, certes pessimiste, mais originale et plaisante à lire. Et du coup, difficile d’envisager une suite après ce cinquième tome. Pourtant les auteurs ont remis le couvert. La rupture est brutale, il faut s’y remettre. Mais le ton et les décors sont très – trop différents. Ça part vers quelque chose de plus rationnel au départ (on cherche à expliquer le pourquoi de l’apocalypse dans les premières pages – inutile et cela tue l’imagination du lecteur) et plus classique et moins noir, de la SF moins originale clairement. Et qui m’a en tout cas moins attiré. Et puis, les touches d’humour – avec ce robot en forme de pingouin par exemple – et les dérives un peu foutraques du scénario m’ont peu à peu mis de côté. Faire revenir les personnages du premier cycle m’est apparu artificiel et vain, et l’histoire – en plus d’être moins facile à suivre – m’a moins intéressé. Sans être inintéressant, ce second cycle forme presque une série à part. en tout cas je pense que les cinq premiers albums, qui se suffisent à eux-mêmes, auraient pu et dû clore la série. Ce second cycle s’embarque dans les rêveries, mais les personnages de Nicolas et de Violhaine ne sont pas assez forts (ils sont même fades dans le premier cycle). Dans ce second cycle, le dessin d’Adamov est toujours très bon – mais j’aime moins ses décors, j’avais préféré les ruines urbaines. Et la colorisation de Chagnaud (qui remplace ici Adamov) donne un rendu plus net, pas désagréable, mais cela accentue encore la rupture entre les deux cycles). Vous l’avez compris, j’ai surtout été marqué par les cinq premiers albums (j’aurais sans doute mis une étoile supplémentaire sur ce seul cycle). Les suivants sont peut-être plus dispensables.
Terres d'Ynuma
Pfff … encore une énième déclinaison de l’univers, d’un côté j’ai envie de sabrer un peu mais d’un autre je n’ai rien à dire de méchant. Ça va être même plutôt l’inverse. A défaut de surprises, je reconnais le savoir faire des auteurs dans le registre Fantasy. Avec les terres d’Ynuma, nous l’explorerons à la mode asiatique, au programme oni, yokai, samouraï, prêtre, honneur … mais aussi trolls, elfes, gobelins … Un mélange qui se marrie plutôt pas mal dans le cas présent. Un 1er tome efficace à tout point de vue, dans son récit, dans la mise en place de ce nouveau monde, dans sa réalisation … la recette est largement éprouvée mais elle continue de m’emporter. J’ai bien accroché avec notre héros rouge. L’intrigue est classique et linéaire, chasseurs de monstres style Okko, mais ça pose les bases et enjeux de ce nouveau monde sans lourdeur. Quoique je me demande encore comment ils vont le connecter avec celui d’Aquilon (et du coup Arran et Ogon). La petite et bonne surprise a été dans la construction de l’album, des chapitres qui rappellent des haïkus, et surtout la partie graphique soignée et détaillée de Vax. Je ne m’enthousiasme pas plus mais une belle entame de série pour les amateurs.
Les Héros du peuple sont immortels - La Cavale de Gilles Bertin
Ce qui m'a attiré vers cette BD, c'est le fait qu'elle retrace la vie pour le moins étonnante du chanteur d'un obscur groupe de rock bordelais des années 80, forcément culte, qui, en ce qui me concerne, était jusqu'à présent complètement inconnu au bataillon. Il n'en fallu pas davantage pour me convaincre de repartir avec la chose sous le bras. Et c'est pas mal. Le dessin est plutôt cool, rappelant un peu le travail de Mezzo, à savoir un traitement "à l'américaine", y compris dans le traitement des couleurs. Le scénar est fluide même s'il manque globalement de souffle. Et puis perso, j'aurais aimé que ça cause un peu plus de musique. Je ne sais pas au juste ce que j'attendais, mais cette BD est vraiment centrée sur Gilles Bertin, le braquage de la Brinks, et son exil au Portugal. Le lecteur taquin fera à raison remarquer qu'en cela le titre ne trompe pas... Mais je ne sais pas, peut-être à cause de la personnalité insaisissable du chanteur... Ouais, je suis resté un peu sur ma faim... On tient là une bonne BD, un brin linéaire et convenue, mais qui offre l'avantage de raconter une histoire pas banale tout en exhumant un petit morceau de rock'n'roll.
Autonomes
Il y a une erreur dans la base de données. Autonomes est le premier volume d'une série qui s'appelle Chroniques de fin de siècle. Le tome 2 est "Mourir à Creys-Malville" et le tome 3 Chooz. Je n'ai lu que les deux premiers tomes. Cette série de Bucquoy a de forts accents de phamplet d'extrême gauche. On ne sait jamais trop si c'est de l'art ou de la politique. La voix off est assez mal employée aussi, et nous tient trop à distance. Ce qui m'a le plus intéressé, c'est ce basculement d'un récit dystopique vers un récit post apocalyptique. Le dessin de Santi est superbe. Il se dégage une ambiance unique de ces pages et ça c'est assez rare. On a droit à pas mal de scènes très crues, le sexe et la violence sont utilisées dans une sorte d'immoralité assumée. Le personnage principal a les traits de Patrick Dewaere (on croise aussi Miou Miou, Depardieu, Philippe Leotard...) et je mentirai si je disais que ça ne m'avait pas aidé à rester dans l'histoire. C'est un hommage aux Valseuses qui avait cette même veine anarchisante. Bon là on a pas l'humour et le second degré qui va avec. Ce n'est vraiment pas pour tout le monde, il y a souvent à juste titre la mention "pour public averti" quand vous apercevez la bd sur un site de vente en ligne : concrètement Bucquoy légitime l'idée de l'attentat en tant qu'acte révolutionnaire. Pour aller encore plus loin, il faut savoir que celui-ci sera plus tard de la bande à Godin dans les "attentats" de tartes à la crème. C'est pour le reste assez figé dans une époque, mais c'est aussi pour moi un exemple dans ce que la bd adulte peut offrir de différent.
Anibal Cinq
Pas facile d'écrire un avis sur cette bande... Je vais m'expliquer. Anibal 5 est le fruit de la seconde collaboration entre Jodorowsky et Bess. La publication du lama blanc est déjà en cours quand le binôme démarre donc cette nouvelle série. Anibal 5 est un patchwork réussi d'action, de comédie et de SF. Le héros éponyme est une sorte de James Bond obsédé sexuel du futur, envoyé en mission à chaque fois qu'un grand méchant élabore un plan diabolique mettant en péril la terre et les humains. Il y aura quatre enquêtes en tout, 2 dans chaque tome. Le tome 1 est vraiment génial. Après ça dérape un peu... Disons juste qu'Anibal, pour vaincre le dernier méchant qui est une femen assez énervée, va littéralement l'enc... HA.Ha.ha... Amis de l'humour bonsoir. Bref il y a un humour noir assez misogyne dans cette bande qui aurait dû mal à passer aujourd'hui... Et je n'ai pas évoqué le boss d'Anibal qui est un vieux constamment en train de tripoter sa maîtresse androïde aux allures de lolita. Le dessin oscille entre le bon et le très bon, Bess propose un style inédit pour l'occasion qui fonctionne plutôt bien. Un troisième tome est annoncé en dernière page "la mère ventre de fer et ses momies romantiques" mais ne verra jamais le jour. Une bonne bd mais à recontextualiser avant lecture.
Isis - Les Mystères dévoilés (Tabou)
J’avais découvert les deux auteurs avec l’album La Chair des dieux. Je les retrouve sur un projet une nouvelle fois lié à une divinité, mais celle-ci égyptienne (après les divinités nordiques). Le dessin de Winona est plutôt chouette (malgré quelques menus défauts pour certains visages). Cela ressemble à des crayonnés rehaussés à l’aquarelle. C’est parfois assez gras et chargé, tout en étant réellement très beau – mais cela peut sans doute surprendre et dérouter pas mal de lecteurs. Mais, comme pour La Chair des dieux, je me prends à penser qu’un travail uniquement en Noir et Blanc m’attirerait davantage encore (sa colorisation me satisfait clairement moins). Si dans la version plus « soft » publiée par Graph Zeppelin Winona jouait sur un dessin très sensuel, un érotisme latent, on a là plusieurs scènes plus qu’explicites. Là aussi la colorisation m'a un peu gêné. L’intrigue d’Emka est pour le moment un peu obscure, pas toujours facile à suivre. Il mêle vie des dieux et celle des Égyptiens. Mais, après tout, les deux étaient sans doute imbriquées, la frontière entre les deux univers était probablement moins claire que ce que nous pensons aujourd’hui. C’est ainsi qu’Emka propose à la fois une « biographie » d’Isis, mais aussi une vision quelque peu fantasmée, fantastique (ce dernier aspect est très présent), de l’Égypte ancienne. Une vision ésotérique, érotique et fantastique de l’Égypte antique qui sort des sentiers battus.