Le début de cette histoire est un peu déroutant. On s'attend à voir dépeindre une actrice avec une intelligence particulière mais on a finalement l'impression de suivre une énième diva insupportable.
Dans l'ordre on voit Ava Gardner :
- frapper un chauffeur pour qu'il accélère au milieu de la foule
- piquer une crise pour changer de palace
- frapper encore, cette fois ci Howard Hughes (non là je déconne, c'est à cause de la folie amoureuse de Hughes, très bien dépeinte d'ailleurs).
C'est à partir de ce moment que le portrait dressé devient plus intéressant, ambivalent.
Emilio Ruiz y ajoute aussi une dimension géopolitique qui donne un peu d'envergure au récit.
On regrette en fin de compte le format one shot. Un deuxième tome, sur sa vie en Espagne par exemple, aurait peut-être permis d'en faire quelque chose de plus mémorable.
Le dessin est superbe. Énorme travail d'Ana Miralles. Beaucoup de techniques différentes pour jouer avec l'obscurité et la lumière, c'est impressionnant.
Il y a pas mal de cases qui prennent toute la largeur de la page. Certaines m'ont scotché, je pense à celle où Ava Gardner contemple la lune sur un balcon. Mais aussi ces détails sur de simples coussins. Ces arrières plan lors d'une balade en voiture à Rio... Dresser une liste exhaustive des plaisirs visuels serait trop fastidieux.
Le deuxième tome de la trilogie sur les saints, écrit par Dufaux et illustré par Jamar.
La qualité baisse un peu, le récit est assez linéaire. Le dossier de fin d'album a disparu.
On nous avait déjà fait le coup quand Dufaux avait écrit une série sur des personnages célèbres dans les années 90, avec un premier tome (Sade) assez génial et le reste dispensable.
C'est marrant de voir que tous les grands de la bd se sont copiés entre eux.
Adamov a copié Bilal à ses débuts et ici on constate que Bilal a copié Moebius.
Il y a une vraie ambiance qui se dégage des pages mais aussi des soucis au niveau du récit malgré un bon départ.
C'est simple, on dirait que le storyboard a été bâclé et qu'il manque des cases pour faire la transition entre certaines séquences.
Au moment de refermer cette bande, on regrette la dispersion des enjeux et le manque de clarté global.
Très beaux dessins néanmoins.
3
Deux ans après le premier recueil d'histoires courtes, Albin Michel publie un second recueil de Gimenez en 1987.
Celui-ci est toujours au four et au moulin, c'est à dire qu'il assure aussi la partie scénario.
Le dessin reste sublime mais malheureusement les histoires ne sont pas au niveau des précédentes publications et sont même un peu difficile à suivre pour certaines.
Ca reste très recommandable quand on aime Gimenez !
Serge Morand est un détective créé par Duchateau qui va aider la veuve et l'orphelin (surtout la veuve) durant quatre tomes.
Avec son blaze des années 80, Serge Morand peut se ranger à côté de l'affiche du film Le Solitaire avec Jean Paul Belmondo.
Mais Serge Morand peut aussi se ranger à côté de la bd Le Solitaire de Brunel et Mounier, parce qu'elle partage une charte graphique similaire.
Les couvertures de Serge Morand ont des lettrages iconiques, avant les drames du 4eme tome et la réédition du tome 2.
Les sujets des intrigues de Serge Morand ont étonnamment bien vieilli. Le récit est sans envergure malheureusement.
Le beau Serge n'est pas très compatible avec l'époque Me Too : quand sa copine lui avoue qu'elle vient de se faire violer par les hommes qui le recherchent, il lui répond deux cases plus loin "Tu vas rester chez des amis [...] Ta présence est un handicap". On a connu plus galant !
Serge Morand rend un peu nostalgique mais pas trop quand même.
A le mérite d'attirer l'attention sur un aspect méconnu de l'Histoire, soit la propagande nazie sur le front et une déviation face à cela, des images que les propagandistes faisaient pour eux-mêmes. De plus, l'action montre bien la situation de Berlin et des Américains et des Russes dans les ruines des vaincus. Je confonds un peu les Berlinois entre eux et leurs vainqueurs entre eux : ils ne parviennent pas à m'intéresser comme individus, et ce n'est pas la faute du dessin, assez bon, ni d'un rythme traînant mais de quelque chose de plus subtil et que je ne vais pas me casser la tête à chercher. Comme souvent, la couverture est plus dramatique et plus esthétique que le reste de l'ouvrage.
Comme pour ses deux ouvrages précédents — dont "l’Appel à Cthulu", encore non avisé sur BDT —, ce monsieur, né au Canada mais résident au Royaume-Uni, a conçu le scénario, c’est donc un auteur complet auquel nous avons affaire. Il réussit ici à nous captiver dès les premières pages avec cette histoire très intrigante au pitch imparable : un garçon disparu mystérieusement réapparaît 12 ans plus tard sans avoir changé d’un iota. Comme celui-ci semble avoir totalement perdu la mémoire, les enquêteurs vont s’efforcer de résoudre cette énigme en décortiquant son journal intime. Une tâche ardue puisque le document ne respecte aucune chronologie, citant des lieux totalement inconnus, notamment Kirby Junction, la ville où le garçon aurait séjourné durant ces douze années. De même, les événements relatés sont de l’ordre du surnaturel : des maisons apparaissant comme par magie en l’espace d’une nuit, avec leurs occupants venus d’on ne sait où, des livres aux pages entièrement blanches, ou encore des nains de jardin qui se mettent à parler…
On n’est pas vraiment sûr de ce que l’on doit retenir de cette bande dessinée, mais sans dévoiler l’intrigue, on peut dire qu’il est question du deuil, avec cette impossibilité à accepter la mort d’un être aimé. Aucune violence ici, ce récit est comme un va-et-vient entre le réel et l’imaginaire, le passé et le présent, une invitation à passer de l’autre côté du miroir, vers une dimension parallèle… Certes, l’atmosphère reste vaguement inquiétante mais globalement paisible.
Si ce récit fantastique est prenant, il a également cette faculté à nous envoûter, et la partie visuelle y est pour beaucoup. Tout à fait original, le dessin de Norm Konyu est très graphique, poétique aussi, avec une maîtrise de la couleur exceptionnelle, mais il n’y a pas de quoi être surpris quand on est au fait du parcours de l’auteur. Le trait géométrique, qui s’applique aussi bien aux décors qu’aux personnages, est pour le moins audacieux, se révélant souvent poétique avec des textures joliment travaillées. Dans un cahier graphique en fin d’ouvrage, Konyu livre quelques secrets sur sa technique de travail, assez singulière, qui mêle l’encre et le numérique. Ma seule réserve portera sur l’aspect un peu froid et inexpressif des personnages, qui rejaillit sur leur personnalité déjà pas très fouillée à la base, et peut parfois gêner leur identification.
Cela étant, « The Junction » constitue une lecture plaisante, dont l’originalité de l’approche graphique reste le gros point fort, ainsi que son aptitude à vous embarquer dans la narration. Norm Konyu a déjà prévu de publier un nouvel ouvrage fin 2026, qui s’intitulera « L’Espace entre les arbres ». Avec un tel titre, on ne doute pas un instant qu’il saura à nouveau nous surprendre.
L'album porte bien son titre : Parody !
Contrairement à l'album anniversaire "traquenards et sentiments" qui était pathétique tant au niveau de la forme que du scénario, ici Van Hamme assume ici l'autodérision! Et c'est pas mal fichu.
Nous avons certes droit à un véritable catalogue des principaux personnages apparus dans la série mais c'est assez drôle.
C'est vite lu (trois vignettes par page) et le dessin de Philippe Xavier est à la hauteur. Il faut dire que cette histoire était d'abord destinée à être éditée dans un format plus petit (le mini-récit présent dans le journal Spirou n° 4495 du 5 juin 2024) avant de connaitre l'honneur du format cartonné.
A réserver aux inconditionnels et collectionneurs de XIII évidement, car cet album n'est pas indispensable pour les simples amateurs du plus célèbre des amnésiques de la bande dessinée.
Oscar Martin s'attaque à l'univers de Conan le Barbare en proposant une histoire inédite, et quand on apprécie l'univers qu'il a créé avec Solo, forcément ça attise la curiosité. Il se consacre ici au scénario et laisse les pinceaux à son ami Leonel Castellani, à qui il avait déjà confié le dessin du spin off Solo - Lyra.
Ce récit s'ouvre avec un Conan fatigué, en quête de repos, qui débarque dans une cité aux prises à différents clans de voleurs. Et de repos il n'aura point. A peine arrivé, ça va déjà cogner, et en plus il accepte rapidement une mission : délivrer la fille d'un chef de gang prisonnière d'un rival. Appâté par la récompense promise, il se lance alors à la recherche de la jeune fille.
Simple et efficace, Conan doit jouer des muscles et de l'épée. Pas de surprise de ce coté là : ceux qui vont se dresser sur sa route se feront découper les uns après les autres, et l'issue du récit ne fait pas trop de doute. On n'est pas bien inquiet pour Conan. L'hémoglobine va couler, le récit carbure à la testostérone. Tout comme le dessin : Muscles saillants, cadrages et découpages dynamiques, le visuel est lui aussi efficace. Niveau ambiance c'est réussi.
Le scénario est bien construit et les rebondissements qui accompagnent la quête de notre héros pimentent l'intrigue juste ce qu'il faut. Quelques petites surprises, et autres déconvenues au programme, permettent d'éviter un simple enchainement de scènes de baston. Au final, une histoire inédite plutôt sympa, joliment illustrée, qui se lit d'une traite.... si bien sûr vous n'avez rien contre ce genre de récit de fantasy avec des coups d'épées à chaque double page.
Ma seconde lecture de la collection "Simenon, les romans durs" après l'excellent La Neige était sale.
Une BD classée dans le genre policier. D'un crime il sera question, mais il n'interviendra qu'à la fin de l'album et en sera la conclusion.
Le récit se déroule en Flandre belge. Edmée, une jeune fille de seize ans, quitte Bruxelles à la mort de son père pour s'installer chez son oncle qui dirige le domaine des irrigations. Un oncle qu'elle n'aura pas le temps de rencontrer, il meurt encorné par une vache. Edmée va découvrir la vie à la campagne avec son ciel bas et gris juste éclairé par les bougies et la pluie incessante qui la déprime. L'intrigue donne la part belle à Edmée et ses interactions avec sa famille d'adoption, entre manipulations et l'envie d'une vie meilleure. Du coup le rythme est lent et repose essentiellement sur l'ambiance grisâtre et les non-dits. L'atmosphère malsaine est bien rendue, mais aucun des personnages ne m'a réellement intéressé et je ne suis jamais vraiment entré dans cette histoire intimiste.
Le dessin d'Édith est très agréable, mais allez savoir pourquoi, je fais une fixette sur sa représentation des "nez", et sa gâche un peu mon plaisir. Le choix des couleurs plonge le lecteur dans la grisaille du plat pays.
Nez-en-moins, c'est du bon boulot.
Une lecture sympathique qui ne me restera pas en mémoire.
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Ava - Quarante-huit heures dans la vie d'Ava Gardner
Le début de cette histoire est un peu déroutant. On s'attend à voir dépeindre une actrice avec une intelligence particulière mais on a finalement l'impression de suivre une énième diva insupportable. Dans l'ordre on voit Ava Gardner : - frapper un chauffeur pour qu'il accélère au milieu de la foule - piquer une crise pour changer de palace - frapper encore, cette fois ci Howard Hughes (non là je déconne, c'est à cause de la folie amoureuse de Hughes, très bien dépeinte d'ailleurs). C'est à partir de ce moment que le portrait dressé devient plus intéressant, ambivalent. Emilio Ruiz y ajoute aussi une dimension géopolitique qui donne un peu d'envergure au récit. On regrette en fin de compte le format one shot. Un deuxième tome, sur sa vie en Espagne par exemple, aurait peut-être permis d'en faire quelque chose de plus mémorable. Le dessin est superbe. Énorme travail d'Ana Miralles. Beaucoup de techniques différentes pour jouer avec l'obscurité et la lumière, c'est impressionnant. Il y a pas mal de cases qui prennent toute la largeur de la page. Certaines m'ont scotché, je pense à celle où Ava Gardner contemple la lune sur un balcon. Mais aussi ces détails sur de simples coussins. Ces arrières plan lors d'une balade en voiture à Rio... Dresser une liste exhaustive des plaisirs visuels serait trop fastidieux.
Foucauld - Une tentation dans le désert
Le deuxième tome de la trilogie sur les saints, écrit par Dufaux et illustré par Jamar. La qualité baisse un peu, le récit est assez linéaire. Le dossier de fin d'album a disparu. On nous avait déjà fait le coup quand Dufaux avait écrit une série sur des personnages célèbres dans les années 90, avec un premier tome (Sade) assez génial et le reste dispensable.
Exterminateur 17
C'est marrant de voir que tous les grands de la bd se sont copiés entre eux. Adamov a copié Bilal à ses débuts et ici on constate que Bilal a copié Moebius. Il y a une vraie ambiance qui se dégage des pages mais aussi des soucis au niveau du récit malgré un bon départ. C'est simple, on dirait que le storyboard a été bâclé et qu'il manque des cases pour faire la transition entre certaines séquences. Au moment de refermer cette bande, on regrette la dispersion des enjeux et le manque de clarté global. Très beaux dessins néanmoins. 3
Titania
Deux ans après le premier recueil d'histoires courtes, Albin Michel publie un second recueil de Gimenez en 1987. Celui-ci est toujours au four et au moulin, c'est à dire qu'il assure aussi la partie scénario. Le dessin reste sublime mais malheureusement les histoires ne sont pas au niveau des précédentes publications et sont même un peu difficile à suivre pour certaines. Ca reste très recommandable quand on aime Gimenez !
Serge Morand
Serge Morand est un détective créé par Duchateau qui va aider la veuve et l'orphelin (surtout la veuve) durant quatre tomes. Avec son blaze des années 80, Serge Morand peut se ranger à côté de l'affiche du film Le Solitaire avec Jean Paul Belmondo. Mais Serge Morand peut aussi se ranger à côté de la bd Le Solitaire de Brunel et Mounier, parce qu'elle partage une charte graphique similaire. Les couvertures de Serge Morand ont des lettrages iconiques, avant les drames du 4eme tome et la réédition du tome 2. Les sujets des intrigues de Serge Morand ont étonnamment bien vieilli. Le récit est sans envergure malheureusement. Le beau Serge n'est pas très compatible avec l'époque Me Too : quand sa copine lui avoue qu'elle vient de se faire violer par les hommes qui le recherchent, il lui répond deux cases plus loin "Tu vas rester chez des amis [...] Ta présence est un handicap". On a connu plus galant ! Serge Morand rend un peu nostalgique mais pas trop quand même.
La 3e Kamera
A le mérite d'attirer l'attention sur un aspect méconnu de l'Histoire, soit la propagande nazie sur le front et une déviation face à cela, des images que les propagandistes faisaient pour eux-mêmes. De plus, l'action montre bien la situation de Berlin et des Américains et des Russes dans les ruines des vaincus. Je confonds un peu les Berlinois entre eux et leurs vainqueurs entre eux : ils ne parviennent pas à m'intéresser comme individus, et ce n'est pas la faute du dessin, assez bon, ni d'un rythme traînant mais de quelque chose de plus subtil et que je ne vais pas me casser la tête à chercher. Comme souvent, la couverture est plus dramatique et plus esthétique que le reste de l'ouvrage.
The Junction
Comme pour ses deux ouvrages précédents — dont "l’Appel à Cthulu", encore non avisé sur BDT —, ce monsieur, né au Canada mais résident au Royaume-Uni, a conçu le scénario, c’est donc un auteur complet auquel nous avons affaire. Il réussit ici à nous captiver dès les premières pages avec cette histoire très intrigante au pitch imparable : un garçon disparu mystérieusement réapparaît 12 ans plus tard sans avoir changé d’un iota. Comme celui-ci semble avoir totalement perdu la mémoire, les enquêteurs vont s’efforcer de résoudre cette énigme en décortiquant son journal intime. Une tâche ardue puisque le document ne respecte aucune chronologie, citant des lieux totalement inconnus, notamment Kirby Junction, la ville où le garçon aurait séjourné durant ces douze années. De même, les événements relatés sont de l’ordre du surnaturel : des maisons apparaissant comme par magie en l’espace d’une nuit, avec leurs occupants venus d’on ne sait où, des livres aux pages entièrement blanches, ou encore des nains de jardin qui se mettent à parler… On n’est pas vraiment sûr de ce que l’on doit retenir de cette bande dessinée, mais sans dévoiler l’intrigue, on peut dire qu’il est question du deuil, avec cette impossibilité à accepter la mort d’un être aimé. Aucune violence ici, ce récit est comme un va-et-vient entre le réel et l’imaginaire, le passé et le présent, une invitation à passer de l’autre côté du miroir, vers une dimension parallèle… Certes, l’atmosphère reste vaguement inquiétante mais globalement paisible. Si ce récit fantastique est prenant, il a également cette faculté à nous envoûter, et la partie visuelle y est pour beaucoup. Tout à fait original, le dessin de Norm Konyu est très graphique, poétique aussi, avec une maîtrise de la couleur exceptionnelle, mais il n’y a pas de quoi être surpris quand on est au fait du parcours de l’auteur. Le trait géométrique, qui s’applique aussi bien aux décors qu’aux personnages, est pour le moins audacieux, se révélant souvent poétique avec des textures joliment travaillées. Dans un cahier graphique en fin d’ouvrage, Konyu livre quelques secrets sur sa technique de travail, assez singulière, qui mêle l’encre et le numérique. Ma seule réserve portera sur l’aspect un peu froid et inexpressif des personnages, qui rejaillit sur leur personnalité déjà pas très fouillée à la base, et peut parfois gêner leur identification. Cela étant, « The Junction » constitue une lecture plaisante, dont l’originalité de l’approche graphique reste le gros point fort, ainsi que son aptitude à vous embarquer dans la narration. Norm Konyu a déjà prévu de publier un nouvel ouvrage fin 2026, qui s’intitulera « L’Espace entre les arbres ». Avec un tel titre, on ne doute pas un instant qu’il saura à nouveau nous surprendre.
XIII Parody
L'album porte bien son titre : Parody ! Contrairement à l'album anniversaire "traquenards et sentiments" qui était pathétique tant au niveau de la forme que du scénario, ici Van Hamme assume ici l'autodérision! Et c'est pas mal fichu. Nous avons certes droit à un véritable catalogue des principaux personnages apparus dans la série mais c'est assez drôle. C'est vite lu (trois vignettes par page) et le dessin de Philippe Xavier est à la hauteur. Il faut dire que cette histoire était d'abord destinée à être éditée dans un format plus petit (le mini-récit présent dans le journal Spirou n° 4495 du 5 juin 2024) avant de connaitre l'honneur du format cartonné. A réserver aux inconditionnels et collectionneurs de XIII évidement, car cet album n'est pas indispensable pour les simples amateurs du plus célèbre des amnésiques de la bande dessinée.
La Bête du nord
Oscar Martin s'attaque à l'univers de Conan le Barbare en proposant une histoire inédite, et quand on apprécie l'univers qu'il a créé avec Solo, forcément ça attise la curiosité. Il se consacre ici au scénario et laisse les pinceaux à son ami Leonel Castellani, à qui il avait déjà confié le dessin du spin off Solo - Lyra. Ce récit s'ouvre avec un Conan fatigué, en quête de repos, qui débarque dans une cité aux prises à différents clans de voleurs. Et de repos il n'aura point. A peine arrivé, ça va déjà cogner, et en plus il accepte rapidement une mission : délivrer la fille d'un chef de gang prisonnière d'un rival. Appâté par la récompense promise, il se lance alors à la recherche de la jeune fille. Simple et efficace, Conan doit jouer des muscles et de l'épée. Pas de surprise de ce coté là : ceux qui vont se dresser sur sa route se feront découper les uns après les autres, et l'issue du récit ne fait pas trop de doute. On n'est pas bien inquiet pour Conan. L'hémoglobine va couler, le récit carbure à la testostérone. Tout comme le dessin : Muscles saillants, cadrages et découpages dynamiques, le visuel est lui aussi efficace. Niveau ambiance c'est réussi. Le scénario est bien construit et les rebondissements qui accompagnent la quête de notre héros pimentent l'intrigue juste ce qu'il faut. Quelques petites surprises, et autres déconvenues au programme, permettent d'éviter un simple enchainement de scènes de baston. Au final, une histoire inédite plutôt sympa, joliment illustrée, qui se lit d'une traite.... si bien sûr vous n'avez rien contre ce genre de récit de fantasy avec des coups d'épées à chaque double page.
La Maison du canal
Ma seconde lecture de la collection "Simenon, les romans durs" après l'excellent La Neige était sale. Une BD classée dans le genre policier. D'un crime il sera question, mais il n'interviendra qu'à la fin de l'album et en sera la conclusion. Le récit se déroule en Flandre belge. Edmée, une jeune fille de seize ans, quitte Bruxelles à la mort de son père pour s'installer chez son oncle qui dirige le domaine des irrigations. Un oncle qu'elle n'aura pas le temps de rencontrer, il meurt encorné par une vache. Edmée va découvrir la vie à la campagne avec son ciel bas et gris juste éclairé par les bougies et la pluie incessante qui la déprime. L'intrigue donne la part belle à Edmée et ses interactions avec sa famille d'adoption, entre manipulations et l'envie d'une vie meilleure. Du coup le rythme est lent et repose essentiellement sur l'ambiance grisâtre et les non-dits. L'atmosphère malsaine est bien rendue, mais aucun des personnages ne m'a réellement intéressé et je ne suis jamais vraiment entré dans cette histoire intimiste. Le dessin d'Édith est très agréable, mais allez savoir pourquoi, je fais une fixette sur sa représentation des "nez", et sa gâche un peu mon plaisir. Le choix des couleurs plonge le lecteur dans la grisaille du plat pays. Nez-en-moins, c'est du bon boulot. Une lecture sympathique qui ne me restera pas en mémoire.