Noir blanc et gris, dessin assez brutal pour s'accorder à celle de l'histoire sans parler d'un style reconnaissable : je dis que ça vaut au moins une lecture. Sans être un chef d'œuvre, il y a le pitch relativement original : une histoire de survie dans un train lancée dans le froid, arche de survie avec lutte entre les riches et les pauvres pour les ressources. Et qui accroche : on reste assis comme actuellement, sauf qu'on voyage vers nulle part : ce qui est absurde face au monde contemporain, mais qui ne l'est pas dans ce monde car cela assure la survie.
Le dernier des derniers, un des passagers de dernière classe remonte jusqu'à la première, on découvre ce monde, on s'attache au survivant, et peut-être surtout à une idéaliste promouvant de meilleures conditions de vie pour les dernières classes. Sinon, beaucoup de choses sont téléphonées, l'attitude des dirigeants, des privilégiés, de leurs servants. Cette bd me fait penser que j'aimerais en lire de meilleures sur la survie après quelque catastrophe, sur le train, ou un mélange des deux si cette bd et ses suites n'ont pas trop gâchées le sujet.
La superbe couverture a de suite attiré mon attention avec ce guerrier Iroquois sur un cheval.
L'histoire se déroule pendant la guerre de sept ans (1756-1763). Pierre Archange est un français expatrié en Nouvelle France, il a adopté la vie de coureur des bois. Il passe l'hiver chez les Shawnees où il trouve l'amour en la personne de Lune Pâle qui lui donne un fils. La guerre va le rattraper, il va devoir retourner sur le continent européen pour se battre contre les prussiens, en laissant son enfant au père de sa défunte épouse. Il aura eu le temps de se faire pour ennemi Akaash, un Iroquois qui ne rêve que de vengeance. A son retour en Nouvelle France, après plusieurs années, Archange part à la recherche de son fils.
Une fresque Historique, Stephen Desberg a bien bossé son sujet. Lieux, personnages illustres et batailles : rien à redire. Par contre, pour la géopolitique c'est plus succinct.
Un récit qui part sur de bonnes bases, mêmes si très classiques, mais il s'essouffle vite hélas. Une narration trop centré sur la partie Histoire et sur la dénonciation de la guerre, elle en devient trop studieuse, chaotique et manquant de lyrisme. Un coureur des bois qui m'a laissé indifférent. Je trouve la conclusion fade et prévisible.
Le point fort de cet album c'est le dessin de Bernard Vrancken, il est magnifié par des couleurs directes, je pense même à l'aquarelle pour certains paysages. Le rendu est magnifique avec le travail sur la luminosité et le dépaysement est garanti (forêt enneigée). La mise en page aérée fait la part belle aux grands espaces en n'omettant pas les gros plans sur les personnages.
Je me dois de louer la qualité du bouquin des éditions Daniel Maghen, comme toujours.
Pour les amateurs du genre.
Un album étrange, original, sur une personne et un sujet qui l’est tout autant.
Dabitch a visiblement été envoûté par le personnage d’Eugénie. Elle a laissé très peu de traces – essentiellement dans quelques archives de police, mais suffisamment pour intriguer l’auteur, qui cherche à nous transmettre le virus. Il faut dire qu’Eugénie est des plus atypiques. Ayant reçu une très bonne éducation, mais ayant souffert du déclassement consécutif à la ruine de ses parents, elle devient nonne, puis, peu à peu de retour à Paris, devient une sorte de prostituée/proxénète, adepte d’un certain SM.
Peu de document pour étayer cette biographie. Dabitch invente donc pas mal, et développe, en plusieurs chapitres, une sorte de dialogue entre lui et Eugénie, comme s’il recevait témoignage ou confession, comme si d’enquêteur -et elle en a connu des enquêteurs de police qui la traquait !) il se transformait en confident. Le procédé est étonnant, mais donne vie à cette femme à la fois libre et pleine de contradictions, emportée par son élan, se cherchant jusqu’au bout.
L’ensemble est inégal, avec des longueurs, des passages un peu obscurs (à plusieurs reprises Dabitch intercale entre les chapitres quelques pages de texte, mêlant monologue et commentaires ressemblant à un documentaire). Mais ça se laisse lire agréablement, on est immanquablement intrigué par cette destinée improbable.
Pour accompagner ce récit, je retrouve le dessin de Jorge Gonzalez. Un travail à l’aquarelle, qui vire parfois à l’abstrait. Comme pour la vie d’Eugénie, on ne peut qu’être intrigué par l’aspect graphique. Gonzalez a vraiment beaucoup de talent. Son style ne conviendra sans doute pas à tous (on est à des années lumières du franco-belge classique, et parfois proche de la peinture), mais on ne peut lui dénier de la force et de la beauté. Il convient bien au sujet, avec une ambiguïté, une vision un peu diaphane des choses – même si parfois éclate la couleur.
A noter que les auteurs, sur un sujet qui aurait pu être scabreux, ne tombent jamais dans le voyeurisme, l’obscénité.
Bon, ça se laisse lire, c’est dynamique, et les amateurs de comics moderne tendance violente y trouveront sans doute leur compte – d’où les trois étoiles. Me concernant, je suis resté un chouia sur ma faim.
Le dessin n’est pas forcément mon truc, mais c’est vraiment dans la lignée des comics modernes, et c’est globalement lisible. Mais colorisation et dessin ne cherchent pas à peaufiner les détails, c’est du travail à gros trait je trouve.
Mais c’est raccord avec l’intrigue et le ton développé finalement, car là aussi on ne joue pas dans la finasse (voir en particulier les nombreux gros plans sur les personnages massacrés à coups de battes, ou sur les personnages marchant dans de la merde de chien !).
Une ambiance violente et presque nihiliste, dans une Amérique profonde quasi caricaturale. On est dans du thriller poisseux, dans lequel la frontière entre Bien et Mal est tenue, où la morale et la loi se sont égarées, loin.
Aaron use d’une technique classique faisant intervenir les uns après les autres les personnages, qui n’apparaissent qu’une fois que le personnage précédent a épuisé toutes les possibilités scénaristiques. C’est un peu artificiel, mais globalement efficace (voir par exemple la fille du héros), même si je ne suis pas convaincu par certains personnages – comme le sauve qui vit et chasse à l’arc dans les marais par exemple).
Par-delà les facilités habituelles (c’est fou quand même ce qui peut se passer dans ce type de coin paumé, sans que cela ne transpire « à l’extérieur » - police, justice, etc…), les très très nombreux passages autour du football américain m’ont lassé. C’est trop long (parfois répétitif) et cela aurait pu et dû être élagué. Outre que le sujet ne me passionne pas a priori, c’est long et n’apporte pas toujours quelque chose à l’intrigue, cela fait parfois un peu remplissage.
Et l'abandon nous laisse en plan concernant le pétage de plomb annoncé de la fille...
Rhésus, un singe issu d'une capsule spatiale, atterrit au sein d'une tribu de macaques dominée par un chef brutal. Profitant de leur crédulité, il se fait passer pour un prophète et fonde un culte qui, de croyances en dogmes, finit par installer un nouveau système de pouvoir, tout aussi oppressif que l'ancien.
Athée depuis toujours, et ayant déjà beaucoup réfléchi aux religions comme mécanismes sociaux et politiques de domination, je n'ai rien trouvé de vraiment édifiant ou nouveau dans le propos. La démonstration est limpide, mais très frontale, presque scolaire par moments. Tout ce qui arrive est prévisible : l'invention du dogme, l'assimilation par une populace trop naïve, la récupération du pouvoir, la concurrence entre prêtres, la manipulation des foules... J'avais souvent l'impression d'assister à une thèse illustrée plutôt qu'à un vrai récit. En plus, j'avais déjà lu il y a longtemps le diptyque Destin Farceur dans la série Pacush Blues, qui racontait sensiblement la même chose dans un décor animalier comparable, avec plus de finesse et de mordant. Du coup, difficile pour moi de ne pas ressentir un fort goût de déjà-vu.
Côté dessin, c'est plutôt réussi. Le trait est dynamique, expressif, les singes sont très vivants et les planches à l'aquarelle apportent une belle atmosphère. La lecture est fluide et agréable. Cela dit, la mise en scène reste assez répétitive et les décors évoluent peu, ce qui accentue encore la sensation de longueur sur près de 300 pages. Par ailleurs, cette société de singes comme miroir instinctif de l'humanité m'a aussi rappelé Le Singe qui aimait les fleurs du même auteur, ce qui renforce cette impression de redite.
Au final, je reconnais la cohérence et l'efficacité du propos, mais entre la longueur, le côté démonstratif et le déjà-vu, je ne me suis certes pas ennuyé mais je n'ai jamais été vraiment transporté.
Avec un dessin et une intrigue tout en épure, presque stylisés et minimalistes, j’ai trouvé que cet album ressemblait un peu à ce que peuvent nous proposer Nury et Brüno (sur Tyler Cross par exemple).
C’est plutôt agréable à regarder et à lire, globalement bien fichu. Le seul hic, c’est que c’est très très vite lu. Les 80 pages sont lues en peu de temps, tant l’intrigue en elle-même est squelettique, avec des personnages taiseux. C’est presque un exercice de style. Mais qui vaut quasi exclusivement par son ambiance – belle et noire au demeurant.
A emprunter, la lecture – rapide – est plaisante. Mais elle n’est pas inoubliable – même pour le rebondissement final, qui se laisse deviner longtemps à l’avance.
Dans ce monde de fantasy existent trois nations : celle des Anges, celle des Démons leurs ennemis, et la nation des animistes qui est coincée entre les deux. Dans celle-ci, les jeunes humains découvrent leur animal totem lors d'un rite de passage marquant leur transformation dans la forme humanoïde de cet animal, chacun ayant un rôle spécifique dédié au service de leur pays. Sauf que lorsque Kaël passe enfin ce rituel, aucun animal-totem ne s'offre à lui et il se retrouve avec le statut de Sans-totem, voué aux plus basses tâches de la société et au mépris de ses anciens pairs. Mais en réalité quelque chose s'est bien offert à lui, une entité différente qui va tenter de le corrompre.
C'est un récit de fantasy tous publics mais plutôt adressé aux jeunes lecteurs ados et préados. Cela se retrouve dans la légèreté de son ton mais aussi dans son dessin.
Le style de Kan-J est moderne, fait de nombreuses influences, franco-belge pour les décors et la mise en scène, manga pour les visages, et Disney pour l'aisance à représenter des personnages animaliers. C'est du bon boulot, avec une narration graphique claire et bien rythmée. J'aime beaucoup la représentation graphique de l'entité qui accompagne le héros et des ailes qu'elle lui donne. Seul les décors un peu trop souvent vides réduisent mon enthousiasme.
L'histoire est sympathique. Si elle part d'un concept assez original, avec cette nation coincée entre deux dangereuses rivales et ses habitants se transformant définitivement en leur animal totem, elle emprunte ensuite quelques sentiers convenus dans les récits de fantasy jeunesse. Certaines scènes et comportements de personnages sont très cousues de fil blanc. Difficile de ne pas soupirer devant le harcèlement caricatural que subit le héros (qui trouve toutefois plus tard une explication), ou devant la réaction des autorités qui sont comme par hasard au bon endroit au bon moment, devant le manichéisme des démons méchants par nature, ou encore devant les facilités scénaristiques qu'implique la révélation de fin du premier tome quand on pense aux pouvoirs de ses instigateurs et comment avec de tels capacités ils auraient pu faire les choses de manière bien moins alambiquée. Là encore, cela trouve une explication par la suite, mais celle-ci n'est pas très convaincante. Ces points un peu immatures laissent penser que le public visé est jeune. Et enfin, les évènements s'enchainent un peu trop vite et facilement dans la dernière partie du second tome. Et comme celui-ci se termine sur un mot Fin qu'il n'y avait pas dans le premier tome, on dirait bien que c'est soit une fin de série, soit au minimum une fin de diptyque, et cette fin un peu trop abrupte est un peu frustrante, même si sa dernière page laisse une porte ouverte vers plus de développements.
Bref, j'ai été diverti par cette série qui présente quelques idées sympathiques et un rythme assez prenant, mais aussi pas mal de facilités ou de séquences clichés qui laisse sur un léger sentiment de manque de maturité et qui semble indiquer que la série s'adresse avant tout à un public jeune.
Je n'ai jamais regardé la série Batman des années 90, mais je connais bien son influence et son aura. Elle aura imposé un style pour Batman dans les années suivantes et contribué à diffuser l'aura du Chevalier noir, devenu l'un des super-héros les plus populaires de l'univers DC pour les années suivantes.
C'est dans cette série que naitra donc Harley Quin, acolyte du Joker excentrique mais également développée en profondeur. Par rapport à beaucoup de personnages crée auparavant, les créateurs (Paul Dini et Bruce Timm) ont pu développer son origine et son caractère de façon plus poussé. Harley Quinn devient la psychiatre du Joker, personnage étant tombé amoureuse de son patient et vivant une relation d'amour toxique avec ce dernier. C'est son origine développée dans cette BD, avec Harley se remémorant son parcours tandis qu'elle tente de capturer Batman pour faire plaisir à son amour. Si l'histoire est assez basique, hélas, j'aime bien le fait que les créateurs aient eut cette idée de noirceur dans le ton. Harley Quinn est un archétype de femme dans une relation toxique, mélange entre la femme battue et l'amoureuse perpétuellement rejetée. Une figure qui va être reprise de façon très intéressante pour dire des choses dans d'autres oeuvres, notamment l'excellent Harleen.
Maintenant, la Bd en elle-même est assez moyenne. L'origine est bien faite, mais dans une histoire assez banale et qui n'a pas grand intérêt en dehors de cette explication du passée de Harley Quinn. De même, le volume est une petite arnaque avec les planches crayonnées et les planches colorisées, qui sont intéressantes pour les collectionneurs mais gonflent aussi le pages artificiellement. Je suis content de ne pas l'avoir acheté pour le coup ! Deux autres histoires sont présentes, en peu de pages, mettant en scène d'autres personnages de Gotham mais c'est clairement plus dispensable et ça fait un peu ajout pour mettre du gras.
Niveau dessin, c'est celui du dessin animé pur jus, avec ce trait assez cartoon dans la forme mais restant en style polar pour enfant. C'est un style qu'on peut ne pas aimer, mais c'est propre dans le traitement et carrément réussi en terme de cohérence. Harley Quinn est un personnage iconique notamment par ce dessin qui joue sur l'aspect enfantin et la gravité de ce qui se passe, contraste qui forgera sa personnalité.
Une BD pour curieux du personnage et fan de Batman, mais pas indispensable en l'état.
2.5
Encore une fois, Nicolas Pitz adopte un roman jeunesse en BD.
Je n'ai pas lu l'œuvre originale donc je ne peux pas comparer, mais ce qui m'a frappé est à quel point tout va rapidement dans le scénario. La plupart des éléments du récit sont survolés. Le meilleur exemple est qu'à un moment Sam se bats avec un autre chien qu'on n'a jamais vu avant. On ne sait même pas trop pourquoi les deux chiens se battent, on pense que Sam a un coté sombre et puis c'est vite balayé par les personnages et on ne reparlera plus de l'incident ! Le seul moment qui a retenu mon attention est lorsque le vrai propriétaire du chien revient et se révèle plus complexe qu'il semblait de prime à bord.
Le scénario ne m'a pas trop excité, mais je ne fais parti du public-cible à savoir les jeunes qui adorent les chiens. Un truc bizarre est que le résumé mets en avant le grand frère de la famille qui est mise en avant alors qu'au final c'est sa petite sœur qu'on voit surtout.
2.5
Les auteurs rendent hommage à Orson Welles, un réalisateur-acteur qui a marqué l'histoire du cinéma. Personnellement, de ce que j'ai vu de son travail, je trouve que c'est efficace, mais ça ne m'a pas marqué plus que ça hormis son adaptation du Procès de Kafka et certaines scènes de Citizen Kane.
Comme il était aussi un personnage hauts-en-couleurs, faire une biographie de lui est une bonne idée tellement sa vie regorge d'anecdotes. Rien qu'avec tous ses films qu'il n'a pas tourné je pense qu'on pourrait faire un album complet. Sauf que voilà on est encore une fois dans une biographie en BD qui manque de saveur. En gros, on va voir les moments les plus marquants de la vie de Welles, parfois même pas dans un ordre chronologique, et rien ne semble vraiment développé. Il y a quelques scènes pas trop mal, mais la plupart du temps c'est peu palpitant. Au niveau du dessin, j'adore les couleurs, mais les personnages manquent un peu de dynamisme.
Ça se laisse lire sans plus.
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Le Transperceneige
Noir blanc et gris, dessin assez brutal pour s'accorder à celle de l'histoire sans parler d'un style reconnaissable : je dis que ça vaut au moins une lecture. Sans être un chef d'œuvre, il y a le pitch relativement original : une histoire de survie dans un train lancée dans le froid, arche de survie avec lutte entre les riches et les pauvres pour les ressources. Et qui accroche : on reste assis comme actuellement, sauf qu'on voyage vers nulle part : ce qui est absurde face au monde contemporain, mais qui ne l'est pas dans ce monde car cela assure la survie. Le dernier des derniers, un des passagers de dernière classe remonte jusqu'à la première, on découvre ce monde, on s'attache au survivant, et peut-être surtout à une idéaliste promouvant de meilleures conditions de vie pour les dernières classes. Sinon, beaucoup de choses sont téléphonées, l'attitude des dirigeants, des privilégiés, de leurs servants. Cette bd me fait penser que j'aimerais en lire de meilleures sur la survie après quelque catastrophe, sur le train, ou un mélange des deux si cette bd et ses suites n'ont pas trop gâchées le sujet.
Nouvelle France
La superbe couverture a de suite attiré mon attention avec ce guerrier Iroquois sur un cheval. L'histoire se déroule pendant la guerre de sept ans (1756-1763). Pierre Archange est un français expatrié en Nouvelle France, il a adopté la vie de coureur des bois. Il passe l'hiver chez les Shawnees où il trouve l'amour en la personne de Lune Pâle qui lui donne un fils. La guerre va le rattraper, il va devoir retourner sur le continent européen pour se battre contre les prussiens, en laissant son enfant au père de sa défunte épouse. Il aura eu le temps de se faire pour ennemi Akaash, un Iroquois qui ne rêve que de vengeance. A son retour en Nouvelle France, après plusieurs années, Archange part à la recherche de son fils. Une fresque Historique, Stephen Desberg a bien bossé son sujet. Lieux, personnages illustres et batailles : rien à redire. Par contre, pour la géopolitique c'est plus succinct. Un récit qui part sur de bonnes bases, mêmes si très classiques, mais il s'essouffle vite hélas. Une narration trop centré sur la partie Histoire et sur la dénonciation de la guerre, elle en devient trop studieuse, chaotique et manquant de lyrisme. Un coureur des bois qui m'a laissé indifférent. Je trouve la conclusion fade et prévisible. Le point fort de cet album c'est le dessin de Bernard Vrancken, il est magnifié par des couleurs directes, je pense même à l'aquarelle pour certains paysages. Le rendu est magnifique avec le travail sur la luminosité et le dépaysement est garanti (forêt enneigée). La mise en page aérée fait la part belle aux grands espaces en n'omettant pas les gros plans sur les personnages. Je me dois de louer la qualité du bouquin des éditions Daniel Maghen, comme toujours. Pour les amateurs du genre.
Mécaniques du fouet
Un album étrange, original, sur une personne et un sujet qui l’est tout autant. Dabitch a visiblement été envoûté par le personnage d’Eugénie. Elle a laissé très peu de traces – essentiellement dans quelques archives de police, mais suffisamment pour intriguer l’auteur, qui cherche à nous transmettre le virus. Il faut dire qu’Eugénie est des plus atypiques. Ayant reçu une très bonne éducation, mais ayant souffert du déclassement consécutif à la ruine de ses parents, elle devient nonne, puis, peu à peu de retour à Paris, devient une sorte de prostituée/proxénète, adepte d’un certain SM. Peu de document pour étayer cette biographie. Dabitch invente donc pas mal, et développe, en plusieurs chapitres, une sorte de dialogue entre lui et Eugénie, comme s’il recevait témoignage ou confession, comme si d’enquêteur -et elle en a connu des enquêteurs de police qui la traquait !) il se transformait en confident. Le procédé est étonnant, mais donne vie à cette femme à la fois libre et pleine de contradictions, emportée par son élan, se cherchant jusqu’au bout. L’ensemble est inégal, avec des longueurs, des passages un peu obscurs (à plusieurs reprises Dabitch intercale entre les chapitres quelques pages de texte, mêlant monologue et commentaires ressemblant à un documentaire). Mais ça se laisse lire agréablement, on est immanquablement intrigué par cette destinée improbable. Pour accompagner ce récit, je retrouve le dessin de Jorge Gonzalez. Un travail à l’aquarelle, qui vire parfois à l’abstrait. Comme pour la vie d’Eugénie, on ne peut qu’être intrigué par l’aspect graphique. Gonzalez a vraiment beaucoup de talent. Son style ne conviendra sans doute pas à tous (on est à des années lumières du franco-belge classique, et parfois proche de la peinture), mais on ne peut lui dénier de la force et de la beauté. Il convient bien au sujet, avec une ambiguïté, une vision un peu diaphane des choses – même si parfois éclate la couleur. A noter que les auteurs, sur un sujet qui aurait pu être scabreux, ne tombent jamais dans le voyeurisme, l’obscénité.
Southern Bastards
Bon, ça se laisse lire, c’est dynamique, et les amateurs de comics moderne tendance violente y trouveront sans doute leur compte – d’où les trois étoiles. Me concernant, je suis resté un chouia sur ma faim. Le dessin n’est pas forcément mon truc, mais c’est vraiment dans la lignée des comics modernes, et c’est globalement lisible. Mais colorisation et dessin ne cherchent pas à peaufiner les détails, c’est du travail à gros trait je trouve. Mais c’est raccord avec l’intrigue et le ton développé finalement, car là aussi on ne joue pas dans la finasse (voir en particulier les nombreux gros plans sur les personnages massacrés à coups de battes, ou sur les personnages marchant dans de la merde de chien !). Une ambiance violente et presque nihiliste, dans une Amérique profonde quasi caricaturale. On est dans du thriller poisseux, dans lequel la frontière entre Bien et Mal est tenue, où la morale et la loi se sont égarées, loin. Aaron use d’une technique classique faisant intervenir les uns après les autres les personnages, qui n’apparaissent qu’une fois que le personnage précédent a épuisé toutes les possibilités scénaristiques. C’est un peu artificiel, mais globalement efficace (voir par exemple la fille du héros), même si je ne suis pas convaincu par certains personnages – comme le sauve qui vit et chasse à l’arc dans les marais par exemple). Par-delà les facilités habituelles (c’est fou quand même ce qui peut se passer dans ce type de coin paumé, sans que cela ne transpire « à l’extérieur » - police, justice, etc…), les très très nombreux passages autour du football américain m’ont lassé. C’est trop long (parfois répétitif) et cela aurait pu et dû être élagué. Outre que le sujet ne me passionne pas a priori, c’est long et n’apporte pas toujours quelque chose à l’intrigue, cela fait parfois un peu remplissage. Et l'abandon nous laisse en plan concernant le pétage de plomb annoncé de la fille...
Le Crépuscule des Idiots
Rhésus, un singe issu d'une capsule spatiale, atterrit au sein d'une tribu de macaques dominée par un chef brutal. Profitant de leur crédulité, il se fait passer pour un prophète et fonde un culte qui, de croyances en dogmes, finit par installer un nouveau système de pouvoir, tout aussi oppressif que l'ancien. Athée depuis toujours, et ayant déjà beaucoup réfléchi aux religions comme mécanismes sociaux et politiques de domination, je n'ai rien trouvé de vraiment édifiant ou nouveau dans le propos. La démonstration est limpide, mais très frontale, presque scolaire par moments. Tout ce qui arrive est prévisible : l'invention du dogme, l'assimilation par une populace trop naïve, la récupération du pouvoir, la concurrence entre prêtres, la manipulation des foules... J'avais souvent l'impression d'assister à une thèse illustrée plutôt qu'à un vrai récit. En plus, j'avais déjà lu il y a longtemps le diptyque Destin Farceur dans la série Pacush Blues, qui racontait sensiblement la même chose dans un décor animalier comparable, avec plus de finesse et de mordant. Du coup, difficile pour moi de ne pas ressentir un fort goût de déjà-vu. Côté dessin, c'est plutôt réussi. Le trait est dynamique, expressif, les singes sont très vivants et les planches à l'aquarelle apportent une belle atmosphère. La lecture est fluide et agréable. Cela dit, la mise en scène reste assez répétitive et les décors évoluent peu, ce qui accentue encore la sensation de longueur sur près de 300 pages. Par ailleurs, cette société de singes comme miroir instinctif de l'humanité m'a aussi rappelé Le Singe qui aimait les fleurs du même auteur, ce qui renforce cette impression de redite. Au final, je reconnais la cohérence et l'efficacité du propos, mais entre la longueur, le côté démonstratif et le déjà-vu, je ne me suis certes pas ennuyé mais je n'ai jamais été vraiment transporté.
Calle Málaga
Avec un dessin et une intrigue tout en épure, presque stylisés et minimalistes, j’ai trouvé que cet album ressemblait un peu à ce que peuvent nous proposer Nury et Brüno (sur Tyler Cross par exemple). C’est plutôt agréable à regarder et à lire, globalement bien fichu. Le seul hic, c’est que c’est très très vite lu. Les 80 pages sont lues en peu de temps, tant l’intrigue en elle-même est squelettique, avec des personnages taiseux. C’est presque un exercice de style. Mais qui vaut quasi exclusivement par son ambiance – belle et noire au demeurant. A emprunter, la lecture – rapide – est plaisante. Mais elle n’est pas inoubliable – même pour le rebondissement final, qui se laisse deviner longtemps à l’avance.
Kaël
Dans ce monde de fantasy existent trois nations : celle des Anges, celle des Démons leurs ennemis, et la nation des animistes qui est coincée entre les deux. Dans celle-ci, les jeunes humains découvrent leur animal totem lors d'un rite de passage marquant leur transformation dans la forme humanoïde de cet animal, chacun ayant un rôle spécifique dédié au service de leur pays. Sauf que lorsque Kaël passe enfin ce rituel, aucun animal-totem ne s'offre à lui et il se retrouve avec le statut de Sans-totem, voué aux plus basses tâches de la société et au mépris de ses anciens pairs. Mais en réalité quelque chose s'est bien offert à lui, une entité différente qui va tenter de le corrompre. C'est un récit de fantasy tous publics mais plutôt adressé aux jeunes lecteurs ados et préados. Cela se retrouve dans la légèreté de son ton mais aussi dans son dessin. Le style de Kan-J est moderne, fait de nombreuses influences, franco-belge pour les décors et la mise en scène, manga pour les visages, et Disney pour l'aisance à représenter des personnages animaliers. C'est du bon boulot, avec une narration graphique claire et bien rythmée. J'aime beaucoup la représentation graphique de l'entité qui accompagne le héros et des ailes qu'elle lui donne. Seul les décors un peu trop souvent vides réduisent mon enthousiasme. L'histoire est sympathique. Si elle part d'un concept assez original, avec cette nation coincée entre deux dangereuses rivales et ses habitants se transformant définitivement en leur animal totem, elle emprunte ensuite quelques sentiers convenus dans les récits de fantasy jeunesse. Certaines scènes et comportements de personnages sont très cousues de fil blanc. Difficile de ne pas soupirer devant le harcèlement caricatural que subit le héros (qui trouve toutefois plus tard une explication), ou devant la réaction des autorités qui sont comme par hasard au bon endroit au bon moment, devant le manichéisme des démons méchants par nature, ou encore devant les facilités scénaristiques qu'implique la révélation de fin du premier tome quand on pense aux pouvoirs de ses instigateurs et comment avec de tels capacités ils auraient pu faire les choses de manière bien moins alambiquée. Là encore, cela trouve une explication par la suite, mais celle-ci n'est pas très convaincante. Ces points un peu immatures laissent penser que le public visé est jeune. Et enfin, les évènements s'enchainent un peu trop vite et facilement dans la dernière partie du second tome. Et comme celui-ci se termine sur un mot Fin qu'il n'y avait pas dans le premier tome, on dirait bien que c'est soit une fin de série, soit au minimum une fin de diptyque, et cette fin un peu trop abrupte est un peu frustrante, même si sa dernière page laisse une porte ouverte vers plus de développements. Bref, j'ai été diverti par cette série qui présente quelques idées sympathiques et un rythme assez prenant, mais aussi pas mal de facilités ou de séquences clichés qui laisse sur un léger sentiment de manque de maturité et qui semble indiquer que la série s'adresse avant tout à un public jeune.
Batman - Mad Love
Je n'ai jamais regardé la série Batman des années 90, mais je connais bien son influence et son aura. Elle aura imposé un style pour Batman dans les années suivantes et contribué à diffuser l'aura du Chevalier noir, devenu l'un des super-héros les plus populaires de l'univers DC pour les années suivantes. C'est dans cette série que naitra donc Harley Quin, acolyte du Joker excentrique mais également développée en profondeur. Par rapport à beaucoup de personnages crée auparavant, les créateurs (Paul Dini et Bruce Timm) ont pu développer son origine et son caractère de façon plus poussé. Harley Quinn devient la psychiatre du Joker, personnage étant tombé amoureuse de son patient et vivant une relation d'amour toxique avec ce dernier. C'est son origine développée dans cette BD, avec Harley se remémorant son parcours tandis qu'elle tente de capturer Batman pour faire plaisir à son amour. Si l'histoire est assez basique, hélas, j'aime bien le fait que les créateurs aient eut cette idée de noirceur dans le ton. Harley Quinn est un archétype de femme dans une relation toxique, mélange entre la femme battue et l'amoureuse perpétuellement rejetée. Une figure qui va être reprise de façon très intéressante pour dire des choses dans d'autres oeuvres, notamment l'excellent Harleen. Maintenant, la Bd en elle-même est assez moyenne. L'origine est bien faite, mais dans une histoire assez banale et qui n'a pas grand intérêt en dehors de cette explication du passée de Harley Quinn. De même, le volume est une petite arnaque avec les planches crayonnées et les planches colorisées, qui sont intéressantes pour les collectionneurs mais gonflent aussi le pages artificiellement. Je suis content de ne pas l'avoir acheté pour le coup ! Deux autres histoires sont présentes, en peu de pages, mettant en scène d'autres personnages de Gotham mais c'est clairement plus dispensable et ça fait un peu ajout pour mettre du gras. Niveau dessin, c'est celui du dessin animé pur jus, avec ce trait assez cartoon dans la forme mais restant en style polar pour enfant. C'est un style qu'on peut ne pas aimer, mais c'est propre dans le traitement et carrément réussi en terme de cohérence. Harley Quinn est un personnage iconique notamment par ce dessin qui joue sur l'aspect enfantin et la gravité de ce qui se passe, contraste qui forgera sa personnalité. Une BD pour curieux du personnage et fan de Batman, mais pas indispensable en l'état.
Le Choix de Sam
2.5 Encore une fois, Nicolas Pitz adopte un roman jeunesse en BD. Je n'ai pas lu l'œuvre originale donc je ne peux pas comparer, mais ce qui m'a frappé est à quel point tout va rapidement dans le scénario. La plupart des éléments du récit sont survolés. Le meilleur exemple est qu'à un moment Sam se bats avec un autre chien qu'on n'a jamais vu avant. On ne sait même pas trop pourquoi les deux chiens se battent, on pense que Sam a un coté sombre et puis c'est vite balayé par les personnages et on ne reparlera plus de l'incident ! Le seul moment qui a retenu mon attention est lorsque le vrai propriétaire du chien revient et se révèle plus complexe qu'il semblait de prime à bord. Le scénario ne m'a pas trop excité, mais je ne fais parti du public-cible à savoir les jeunes qui adorent les chiens. Un truc bizarre est que le résumé mets en avant le grand frère de la famille qui est mise en avant alors qu'au final c'est sa petite sœur qu'on voit surtout.
Orson Welles - L'Inventeur de rêves
2.5 Les auteurs rendent hommage à Orson Welles, un réalisateur-acteur qui a marqué l'histoire du cinéma. Personnellement, de ce que j'ai vu de son travail, je trouve que c'est efficace, mais ça ne m'a pas marqué plus que ça hormis son adaptation du Procès de Kafka et certaines scènes de Citizen Kane. Comme il était aussi un personnage hauts-en-couleurs, faire une biographie de lui est une bonne idée tellement sa vie regorge d'anecdotes. Rien qu'avec tous ses films qu'il n'a pas tourné je pense qu'on pourrait faire un album complet. Sauf que voilà on est encore une fois dans une biographie en BD qui manque de saveur. En gros, on va voir les moments les plus marquants de la vie de Welles, parfois même pas dans un ordre chronologique, et rien ne semble vraiment développé. Il y a quelques scènes pas trop mal, mais la plupart du temps c'est peu palpitant. Au niveau du dessin, j'adore les couleurs, mais les personnages manquent un peu de dynamisme. Ça se laisse lire sans plus.