2.5
Le point fort de cet album est sans contredit son dessin. Je l'ai aimé dès les premières cases. J'ai adoré l'atmosphère étrange qui se dégage du dessin et qui allait à merveille pour ce type de récit où on ne sait pas ce qui est vrai ou non.
En fait, le problème vient du scénario qui au final est une histoire banale sur des hallucinations. Le récit est pas mauvais en tant que tels, mais le manque d'originalité fait en sorte que ce n'est pas très palpitant à lire et en plus j'ai fini par deviner un peu trop facilement ce qui se passait. Ce qui n'aide pas est que l'auteur semble préféré enchainer les scènes spectaculaires au lieu de bien approfondir ses idées. Je suis resté sur ma faim, on dirait que ça se termine en milieu de récit.
Pas vraiment au fait des histoires des dynasties romaines, j'avoue m'être fait surprendre par l'histoire de Poppée que je ne connaissais pas.
Poppée, connue pour avoir été la compagne de Néron, fut une femme ambitieuse et calculatrice, qui ne recula devant rien pour parvenir à ses fins.
Issue d'une famille prestigieuse remontant à Alexandre Le Grand, tombée en disgrâce à cause d'une machination de l'épouse de l'empereur Claude, Poppée en gardera une rancœur tenace qui nourrira sa soif de vengeance et de pouvoir. Ce qu'elle parviendra merveilleusement à faire, mais à quel prix...
Je vous laisse la surprisse de sa seconde vie, pour ceux qui ne la connaissent pas, je ne vais pas vous spoiler !
C'est plutôt bien mené, tant sur le dessin que sur le scénario : la colorisation un peu terne de Lou surprend au début mais est finalement bien trouvée pour imposer une ambiance globale qui se marie parfaitement avec nos personnages et leurs péripéties.
Voilà en tout cas un personnage historique que je ne connaissais pas, très bien mis en lumière par cet album.
(3.5/5)
Rosa traverse son année de collège en sixième avec son ami imaginaire, Aldo, en naviguant entre école, famille, nouvelles amitiés et un quotidien légèrement décalé.
C'est un récit plein de charme et de douceur. Il y a quelque chose de poétique dans ce quotidien un peu loufoque, avec des idées qui frôlent gentiment l’absurde (la professeure qui donne uniquement des cours sur elle-même, les parents qui vident méthodiquement leur maison pour faire de l'espace…), et qui m’ont fait penser par moments à l’univers de Boris Vian. Dans un registre différent, j’ai aussi retrouvé une forme de douceur dans le ton et le rythme, un mélange de légèreté et de petites touches d’humour qui, associé à la structure en courts chapitres, au graphisme et à la colorisation, m’a évoqué certains films du Studio Ghibli, notamment Mes voisins les Yamada.
C’est plaisant à lire, souvent mignon, et visuellement assez joli, avec une vraie cohérence entre le fond et la forme. Mais en même temps, j’ai eu du mal à être totalement embarqué. Le récit donne l’impression de multiplier les pistes sans jamais vraiment en creuser une en profondeur. Il n’y a pas de véritable intrigue qui s’installe, ni de thématique centrale qui s’impose clairement, plutôt un ensemble de sujets effleurés (l’amitié, la différence, l’entrée dans l’adolescence, la famille…) qui restent à l’état d’ébauche. Même certains éléments intéressants, comme le fait que Rosa tienne fermement à s'habiller et se coiffer comme un garçon, restent finalement assez neutres dans le propos. C’est un trait de personnage plutôt agréable, traité sans lourdeur, mais qui ne semble pas porter de réflexion particulière sur l'identité sexuelle, les enfants de cet âge-là s'en moquant bien.
C'est un album au charme indéniable, et j’ai souvent eu l’impression d’être à deux doigts de me laisser emporter par son ambiance et sa poésie… sans que cela prenne complètement. Il m'a manqué une intrigue plus concrète, ou quelque chose de plus structurant, pour que l’ensemble dépasse le stade de la jolie esquisse et me marque vraiment.
Voilà un ovni que je conseille de feuilleter avant d’acheter, tant le contenu de ce petit pavé peut aisément rebuter nombre de lecteurs.
L’album s’écarte des sentiers battus dans tous les domaines.
Visuellement d’abord, puisque c’est une sorte de roman-photo. Mais Lecointre semble avoir retravaillé tout ça pour accentuer certains côtés vieillots, j’ai parfois eu l’impression qu’il faisait en sorte de nous donner des images de mauvaise qualité. Retravaillées aussi ces photos car on a droit à pas mal de « collages », auxquels s’ajoute les dessins de Lecointre, et son personnage principal, Poulenc, avec une tête bizarre, un peu de travers, toujours l’air renfrognée.
Le récit est difficilement appréhendable, même si la fin livre quelques clés – mais pas toutes. Une sorte de voyage dans la psyché, l’inconscient du héros, rêves et réalité se mêlent sans que le lecteur ne soit toujours informé ou conscient des limites ou des liens entre les deux.
Formellement et en partie narrativement, il y a pas mal d’accointances avec une sorte de surréalisme (parfois aussi on pense aux situationnistes). Il est clair qu’il ne faut pas ne jurer que par un récit cartésien, sinon vous allez souffrir !
C’est une expérience de lecture originale. L’intrigue et l’esthétique amènent vers une sorte de SF rétro, souvent asphyxiante, absurde, et très noire.
Lénaïc Vilain développe gentiment une œuvre de plus en plus autobiographique, mélangeant sociologie et humour, avec généralement une critique sociale marquée à gauche.
On le retrouve ici pour nous présenter son expérience de supporter. Mais pas forcément au sens où le grand public l’entend. Et pourtant, il est bien membre d’un « kop », c’est une sorte « d’ultra ». Mais d’un club satellite de la banlieue parisienne, au très fort ancrage local et politique, le Red Star : c’est deux aspects sont au cœur de son récit, alors même que le vieux stade – historique et presque anachronique – est en « rénovation », et alors qu’un fonds d’investissement américain semble vouloir redéfinir les priorités du club.
Le récit transpire la sincérité, et donne un éclairage intéressant sur la survivance d’une conscience politique et éthique au sein des supporters du clubs, qui sont éloignés des néo-nazis racistes auxquels on pense lorsqu’on évoque les ultras – mais aussi éloignés des bobos voire grands bourgeois peuplant certaines tribunes pêchues du Parc des Princes.
Une petite lecture sympathique.
Au départ, Le Village prend les allures d’un thriller mystérieux plutôt classique : une ambiance pesante, des événements inquiétants et une intrigue qui installe progressivement le doute. Puis le récit glisse peu à peu vers la science-fiction, donnant une autre ampleur à l’histoire et apportant une dimension inattendue. Ce mélange fonctionne bien et maintient le lecteur dans l’attente des révélations jusqu’au bout.
Pour ma part, j’ai tout de suite été attiré par cette BD grâce à sa couverture, que j’ai trouvée particulièrement réussie et intrigante. Une fois lancé dans la lecture, je me suis laissé embarquer facilement. Le récit est bien mené, le suspense fonctionne et on ne décroche pas. L’histoire est prenante, efficace, et j’ai passé un bon moment du début à la fin.
Le dessin est lui aussi à la hauteur : sans être exceptionnel, il est largement convaincant et accompagne bien l’ambiance du récit. Il fait le travail avec sérieux et participe à rendre la lecture agréable.
Malgré cela, il m’a manqué un petit quelque chose pour que cette BD me marque davantage. Tout est bien fait, l’ensemble est solide, mais il manque cette étincelle qui aurait pu la rendre vraiment mémorable. Cela reste malgré tout une lecture agréable et efficace, qui remplit bien son rôle.
Une BD prenante et bien construite, qui mélange habilement thriller et science-fiction. Il lui manque un supplément d’âme pour se hisser au-dessus du lot, mais cela reste une lecture très agréable.
Hard Boiled est une œuvre qui m’a laissé un sentiment très contrasté. D’un côté, le scénario de Frank Miller m’a paru franchement bancal : volontairement chaotique, parfois presque abscons, il peine à créer une véritable implication émotionnelle. J’ai eu du mal à entrer dans le récit, tant l’intrigue semble éclatée, confuse, et au final assez creuse. Là où l’histoire cherche sans doute à provoquer une sensation de vertige cyberpunk, elle finit surtout par perdre le lecteur.
En revanche, graphiquement, c’est une véritable claque. Le travail de Geof Darrow est tout simplement magistral. Chaque planche déborde de détails, de richesse visuelle, de folie graphique. On peut rester de longues minutes sur une seule page à admirer la densité du trait, la profusion d’éléments, l’énergie qui s’en dégage. C’est un travail d’orfèvre, impressionnant de maîtrise.
Le paradoxe de Hard Boiled , c’est que le dessin porte entièrement l’œuvre, au point d’éclipser le récit. Habituellement, le visuel sert l’histoire ; ici, c’est l’histoire qui semble n’être qu’un prétexte à la démonstration graphique de Darrow. Et quelle démonstration ! Malgré mes réserves sur le fond, j’ai pris un immense plaisir à tourner les pages tant le spectacle visuel est saisissant.
Au final, Hard Boiled est pour moi une BD fascinante visuellement mais frustrante narrativement : un scénario confus et peu engageant sublimé par des planches d’une virtuosité exceptionnelle. Une œuvre que je peine à aimer dans son ensemble, mais que j’admire profondément pour sa puissance graphique.
Après le premier tome (« Disparition en Corse ») était annoncé (dans la biographie de l’héroïne placée en fin de chaque tome) un autre album censé se dérouler 13 ans plus tard et intitulé « « Noël sans Melinda ». Il y a eu visiblement des bisbilles entre auteurs, puisque l’album en question a changé de titre (devenu « Neiges mortelles » donc), et surtout d’auteurs : seul Lecigne reste au scénario, avec une nouvelle coauteure et surtout un nouveau dessinateur/coloriste. Je ne suis a priori pas fan de ce genre de changements en court de série (surtout que les styles graphiques changent quand même pas mal !). Et, globalement, j’ai clairement préféré le travail de Cittadini (au dessin) et Labriet (aux couleurs) sur le premier album.
Les deux histoires/enquêtes se laissent lire. Mais ça ronronne quand même un peu trop. Disons que c’est un peu du téléfilm ou polar France Télévision amélioré. Avec une gendarme qui sort heureusement des bimbos habituelles, et qui n’est pas non plus une super mère (le deuxième album la voit même presque rejetée par sa fille (qu’elle a élevée seule).
C’est du polar pépère qui m’a laissé sur ma faim. Comme pour le dessin, j’ai quand même préféré le premier album.
Note réelle 2,5/5.
Dans un village enneigé d'inspiration médiévale, le jeune Pieter brave les interdits en recueillant une étrange créature capable de donner forme à ses rêves, au risque de déclencher un danger plus grand que prévu.
J'aime beaucoup le travail graphique d'Olivier Supiot, et c'est clairement la grande force de cet album. Son dessin m'accroche immédiatement, avec un vrai plaisir dans la mise en couleur, des teintes chaudes qui contrastent avec les paysages d'hiver, et une matière presque palpable dans les textures. J'ai aussi beaucoup apprécié les nombreux clins d'œil aux peintures de Pieter Brueghel l'Ancien : les scènes de village, les foules, les compositions… jusqu'au prénom du héros, dont je suppose que ce n'est pas un hasard. L'hommage est évident et vraiment réussi, au point de donner envie de s'attarder sur chaque planche.
Du côté du récit, on est sur un conte assez classique dans sa structure, avec une morale sur l'enfance, l'interdit et la désobéissance. L'histoire se lit facilement, avec quelques idées intéressantes et un déroulé qui fonctionne plutôt bien pour un jeune public. J'ai aussi apprécié que la figure du père ne soit pas caricaturale : il y a chez lui une forme de bon sens et de protection qui évite le cliché de l'adulte autoritaire et borné.
Cela dit, j'ai quand même ressenti une certaine frustration. D'abord parce que l'ensemble se lit bien vite, ce qui laisse peu de place au développement. Ensuite parce que certains éléments restent assez flous, en particulier autour des lokkens eux-mêmes : leur nature, ce qu'ils représentent vraiment, ce qu'ils font aux hommes, rien n'est jamais vraiment clarifié. Du coup, le message du conte m'a semblé un peu en retrait, me laissant assez circonspect.
Ça reste une lecture agréable, portée par un chouette graphisme et une ambiance de conte bien installée, mais avec un fond qui m'a laissé un peu plus perplexe que convaincu.
Sombre conspiration vietnamienne, espionnage industriel, affrontement idéologique est-ouest... il n'y a vraiment pas d'histoire ici, tout est farfelu!
Daniel Torres s'amuse avec les clichés et les utilise comme prétexte pour une démonstration de son style atome. Tout est dans l'esthétisme du design : voitures de rêve, architecture moderniste, personnages stéréotypés et fortement marqués par les années 50 américaines. Comble du sarcasme: au final, les « jaunes » sont prêts a gagner les 24 heures !
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Clinton Road
2.5 Le point fort de cet album est sans contredit son dessin. Je l'ai aimé dès les premières cases. J'ai adoré l'atmosphère étrange qui se dégage du dessin et qui allait à merveille pour ce type de récit où on ne sait pas ce qui est vrai ou non. En fait, le problème vient du scénario qui au final est une histoire banale sur des hallucinations. Le récit est pas mauvais en tant que tels, mais le manque d'originalité fait en sorte que ce n'est pas très palpitant à lire et en plus j'ai fini par deviner un peu trop facilement ce qui se passait. Ce qui n'aide pas est que l'auteur semble préféré enchainer les scènes spectaculaires au lieu de bien approfondir ses idées. Je suis resté sur ma faim, on dirait que ça se termine en milieu de récit.
Poppée - La femme qui vécut deux fois
Pas vraiment au fait des histoires des dynasties romaines, j'avoue m'être fait surprendre par l'histoire de Poppée que je ne connaissais pas. Poppée, connue pour avoir été la compagne de Néron, fut une femme ambitieuse et calculatrice, qui ne recula devant rien pour parvenir à ses fins. Issue d'une famille prestigieuse remontant à Alexandre Le Grand, tombée en disgrâce à cause d'une machination de l'épouse de l'empereur Claude, Poppée en gardera une rancœur tenace qui nourrira sa soif de vengeance et de pouvoir. Ce qu'elle parviendra merveilleusement à faire, mais à quel prix... Je vous laisse la surprisse de sa seconde vie, pour ceux qui ne la connaissent pas, je ne vais pas vous spoiler ! C'est plutôt bien mené, tant sur le dessin que sur le scénario : la colorisation un peu terne de Lou surprend au début mais est finalement bien trouvée pour imposer une ambiance globale qui se marie parfaitement avec nos personnages et leurs péripéties. Voilà en tout cas un personnage historique que je ne connaissais pas, très bien mis en lumière par cet album. (3.5/5)
Aldo et Rosa
Rosa traverse son année de collège en sixième avec son ami imaginaire, Aldo, en naviguant entre école, famille, nouvelles amitiés et un quotidien légèrement décalé. C'est un récit plein de charme et de douceur. Il y a quelque chose de poétique dans ce quotidien un peu loufoque, avec des idées qui frôlent gentiment l’absurde (la professeure qui donne uniquement des cours sur elle-même, les parents qui vident méthodiquement leur maison pour faire de l'espace…), et qui m’ont fait penser par moments à l’univers de Boris Vian. Dans un registre différent, j’ai aussi retrouvé une forme de douceur dans le ton et le rythme, un mélange de légèreté et de petites touches d’humour qui, associé à la structure en courts chapitres, au graphisme et à la colorisation, m’a évoqué certains films du Studio Ghibli, notamment Mes voisins les Yamada. C’est plaisant à lire, souvent mignon, et visuellement assez joli, avec une vraie cohérence entre le fond et la forme. Mais en même temps, j’ai eu du mal à être totalement embarqué. Le récit donne l’impression de multiplier les pistes sans jamais vraiment en creuser une en profondeur. Il n’y a pas de véritable intrigue qui s’installe, ni de thématique centrale qui s’impose clairement, plutôt un ensemble de sujets effleurés (l’amitié, la différence, l’entrée dans l’adolescence, la famille…) qui restent à l’état d’ébauche. Même certains éléments intéressants, comme le fait que Rosa tienne fermement à s'habiller et se coiffer comme un garçon, restent finalement assez neutres dans le propos. C’est un trait de personnage plutôt agréable, traité sans lourdeur, mais qui ne semble pas porter de réflexion particulière sur l'identité sexuelle, les enfants de cet âge-là s'en moquant bien. C'est un album au charme indéniable, et j’ai souvent eu l’impression d’être à deux doigts de me laisser emporter par son ambiance et sa poésie… sans que cela prenne complètement. Il m'a manqué une intrigue plus concrète, ou quelque chose de plus structurant, pour que l’ensemble dépasse le stade de la jolie esquisse et me marque vraiment.
Barcarolle
Voilà un ovni que je conseille de feuilleter avant d’acheter, tant le contenu de ce petit pavé peut aisément rebuter nombre de lecteurs. L’album s’écarte des sentiers battus dans tous les domaines. Visuellement d’abord, puisque c’est une sorte de roman-photo. Mais Lecointre semble avoir retravaillé tout ça pour accentuer certains côtés vieillots, j’ai parfois eu l’impression qu’il faisait en sorte de nous donner des images de mauvaise qualité. Retravaillées aussi ces photos car on a droit à pas mal de « collages », auxquels s’ajoute les dessins de Lecointre, et son personnage principal, Poulenc, avec une tête bizarre, un peu de travers, toujours l’air renfrognée. Le récit est difficilement appréhendable, même si la fin livre quelques clés – mais pas toutes. Une sorte de voyage dans la psyché, l’inconscient du héros, rêves et réalité se mêlent sans que le lecteur ne soit toujours informé ou conscient des limites ou des liens entre les deux. Formellement et en partie narrativement, il y a pas mal d’accointances avec une sorte de surréalisme (parfois aussi on pense aux situationnistes). Il est clair qu’il ne faut pas ne jurer que par un récit cartésien, sinon vous allez souffrir ! C’est une expérience de lecture originale. L’intrigue et l’esthétique amènent vers une sorte de SF rétro, souvent asphyxiante, absurde, et très noire.
Tribune(s) - Chroniques de gradins
Lénaïc Vilain développe gentiment une œuvre de plus en plus autobiographique, mélangeant sociologie et humour, avec généralement une critique sociale marquée à gauche. On le retrouve ici pour nous présenter son expérience de supporter. Mais pas forcément au sens où le grand public l’entend. Et pourtant, il est bien membre d’un « kop », c’est une sorte « d’ultra ». Mais d’un club satellite de la banlieue parisienne, au très fort ancrage local et politique, le Red Star : c’est deux aspects sont au cœur de son récit, alors même que le vieux stade – historique et presque anachronique – est en « rénovation », et alors qu’un fonds d’investissement américain semble vouloir redéfinir les priorités du club. Le récit transpire la sincérité, et donne un éclairage intéressant sur la survivance d’une conscience politique et éthique au sein des supporters du clubs, qui sont éloignés des néo-nazis racistes auxquels on pense lorsqu’on évoque les ultras – mais aussi éloignés des bobos voire grands bourgeois peuplant certaines tribunes pêchues du Parc des Princes. Une petite lecture sympathique.
Le Village (Delcourt)
Au départ, Le Village prend les allures d’un thriller mystérieux plutôt classique : une ambiance pesante, des événements inquiétants et une intrigue qui installe progressivement le doute. Puis le récit glisse peu à peu vers la science-fiction, donnant une autre ampleur à l’histoire et apportant une dimension inattendue. Ce mélange fonctionne bien et maintient le lecteur dans l’attente des révélations jusqu’au bout. Pour ma part, j’ai tout de suite été attiré par cette BD grâce à sa couverture, que j’ai trouvée particulièrement réussie et intrigante. Une fois lancé dans la lecture, je me suis laissé embarquer facilement. Le récit est bien mené, le suspense fonctionne et on ne décroche pas. L’histoire est prenante, efficace, et j’ai passé un bon moment du début à la fin. Le dessin est lui aussi à la hauteur : sans être exceptionnel, il est largement convaincant et accompagne bien l’ambiance du récit. Il fait le travail avec sérieux et participe à rendre la lecture agréable. Malgré cela, il m’a manqué un petit quelque chose pour que cette BD me marque davantage. Tout est bien fait, l’ensemble est solide, mais il manque cette étincelle qui aurait pu la rendre vraiment mémorable. Cela reste malgré tout une lecture agréable et efficace, qui remplit bien son rôle. Une BD prenante et bien construite, qui mélange habilement thriller et science-fiction. Il lui manque un supplément d’âme pour se hisser au-dessus du lot, mais cela reste une lecture très agréable.
Hard Boiled
Hard Boiled est une œuvre qui m’a laissé un sentiment très contrasté. D’un côté, le scénario de Frank Miller m’a paru franchement bancal : volontairement chaotique, parfois presque abscons, il peine à créer une véritable implication émotionnelle. J’ai eu du mal à entrer dans le récit, tant l’intrigue semble éclatée, confuse, et au final assez creuse. Là où l’histoire cherche sans doute à provoquer une sensation de vertige cyberpunk, elle finit surtout par perdre le lecteur. En revanche, graphiquement, c’est une véritable claque. Le travail de Geof Darrow est tout simplement magistral. Chaque planche déborde de détails, de richesse visuelle, de folie graphique. On peut rester de longues minutes sur une seule page à admirer la densité du trait, la profusion d’éléments, l’énergie qui s’en dégage. C’est un travail d’orfèvre, impressionnant de maîtrise. Le paradoxe de Hard Boiled , c’est que le dessin porte entièrement l’œuvre, au point d’éclipser le récit. Habituellement, le visuel sert l’histoire ; ici, c’est l’histoire qui semble n’être qu’un prétexte à la démonstration graphique de Darrow. Et quelle démonstration ! Malgré mes réserves sur le fond, j’ai pris un immense plaisir à tourner les pages tant le spectacle visuel est saisissant. Au final, Hard Boiled est pour moi une BD fascinante visuellement mais frustrante narrativement : un scénario confus et peu engageant sublimé par des planches d’une virtuosité exceptionnelle. Une œuvre que je peine à aimer dans son ensemble, mais que j’admire profondément pour sa puissance graphique.
Les Enquêtes de Louise Beauvoir
Après le premier tome (« Disparition en Corse ») était annoncé (dans la biographie de l’héroïne placée en fin de chaque tome) un autre album censé se dérouler 13 ans plus tard et intitulé « « Noël sans Melinda ». Il y a eu visiblement des bisbilles entre auteurs, puisque l’album en question a changé de titre (devenu « Neiges mortelles » donc), et surtout d’auteurs : seul Lecigne reste au scénario, avec une nouvelle coauteure et surtout un nouveau dessinateur/coloriste. Je ne suis a priori pas fan de ce genre de changements en court de série (surtout que les styles graphiques changent quand même pas mal !). Et, globalement, j’ai clairement préféré le travail de Cittadini (au dessin) et Labriet (aux couleurs) sur le premier album. Les deux histoires/enquêtes se laissent lire. Mais ça ronronne quand même un peu trop. Disons que c’est un peu du téléfilm ou polar France Télévision amélioré. Avec une gendarme qui sort heureusement des bimbos habituelles, et qui n’est pas non plus une super mère (le deuxième album la voit même presque rejetée par sa fille (qu’elle a élevée seule). C’est du polar pépère qui m’a laissé sur ma faim. Comme pour le dessin, j’ai quand même préféré le premier album. Note réelle 2,5/5.
Pieter et le Lokken
Dans un village enneigé d'inspiration médiévale, le jeune Pieter brave les interdits en recueillant une étrange créature capable de donner forme à ses rêves, au risque de déclencher un danger plus grand que prévu. J'aime beaucoup le travail graphique d'Olivier Supiot, et c'est clairement la grande force de cet album. Son dessin m'accroche immédiatement, avec un vrai plaisir dans la mise en couleur, des teintes chaudes qui contrastent avec les paysages d'hiver, et une matière presque palpable dans les textures. J'ai aussi beaucoup apprécié les nombreux clins d'œil aux peintures de Pieter Brueghel l'Ancien : les scènes de village, les foules, les compositions… jusqu'au prénom du héros, dont je suppose que ce n'est pas un hasard. L'hommage est évident et vraiment réussi, au point de donner envie de s'attarder sur chaque planche. Du côté du récit, on est sur un conte assez classique dans sa structure, avec une morale sur l'enfance, l'interdit et la désobéissance. L'histoire se lit facilement, avec quelques idées intéressantes et un déroulé qui fonctionne plutôt bien pour un jeune public. J'ai aussi apprécié que la figure du père ne soit pas caricaturale : il y a chez lui une forme de bon sens et de protection qui évite le cliché de l'adulte autoritaire et borné. Cela dit, j'ai quand même ressenti une certaine frustration. D'abord parce que l'ensemble se lit bien vite, ce qui laisse peu de place au développement. Ensuite parce que certains éléments restent assez flous, en particulier autour des lokkens eux-mêmes : leur nature, ce qu'ils représentent vraiment, ce qu'ils font aux hommes, rien n'est jamais vraiment clarifié. Du coup, le message du conte m'a semblé un peu en retrait, me laissant assez circonspect. Ça reste une lecture agréable, portée par un chouette graphisme et une ambiance de conte bien installée, mais avec un fond qui m'a laissé un peu plus perplexe que convaincu.
Sabotage
Sombre conspiration vietnamienne, espionnage industriel, affrontement idéologique est-ouest... il n'y a vraiment pas d'histoire ici, tout est farfelu! Daniel Torres s'amuse avec les clichés et les utilise comme prétexte pour une démonstration de son style atome. Tout est dans l'esthétisme du design : voitures de rêve, architecture moderniste, personnages stéréotypés et fortement marqués par les années 50 américaines. Comble du sarcasme: au final, les « jaunes » sont prêts a gagner les 24 heures !