Pas mal est une bonne définition de la BD : j'ai aimé certains aspects mais pas au point de la considérer comme bonne. En fait, c'est typiquement le genre de BD avec pleins de bons sentiments qui ne m'a pas satisfait outre mesure.
La BD est sur les urgences, ou plus globalement les servies hospitaliers, avec toutes les considérations sur l'humain que ça engendre. Les maladies, les morts, les accidents bêtes, les personnes parfois pas malines, etc ... C'est plein de petites anecdotes du milieu, qui se tient avec une histoire centrale de dame qui meurt d'un cancer au dernier étage. Bon, l'ensemble a de la gueule mais ça fait un peu trop "cahier des charges" bien respectés, que ce soit dans le mode de narration ou le côté petite collection d'histoire. De fait, l'intérêt est la façon dont tout ceci est raconté, avec Baptiste Beaulieu qui a une narration portée sur la poétique et les belles lettres. De fait, l'histoire est très bavarde, verbeuse même, avec un ton parfois trop poétique pour son bien. L'ensemble a parfois un parler très terre-à-terre, parfois très élancé dans le lyrisme. Je pense que ça vient de l'adaptation qui a du mettre certains passages et en couper d'autres, le livre étant sans doute plus consistant dans le ton général.
Le dessin va assez bien à la BD de manière générale, même s'il semble plus adapté à une petite BD humoristique qu'a une BD assez lourde (même si elle essaye d'être positive et plus légère). L'ensemble a un charme, le dessin essaye aussi parfois d'être plus sympathique que de simples juxtapositions de cases carrées. Cela dit ça reste pas inoubliable et j'ai noté que l'auteur s'est sacrément amélioré dans ses productions plus récentes
En définitive, je n'ai pas été marqué ni très touchée par la BD. J'ai senti la sincérité du propos, la volonté de ne pas tomber dans le misérabilisme ou le voyeurisme (regardez toutes les façons de mourir !), mais pour autant je pense que je ne retiendrais pas énormément de choses de cette BD. C'est mignon dans sa façon de faire, ça ne remet pas spécialement en question mes croyances et connaissances sur le milieu médical. Voila, une lecture distrayante, quoi.
Bon, la série se laisse lire, mais je l’ai finie quand même assez laborieusement. Il y a quand même des longueurs. Par exemple toute la partie dans le deuxième tome se déroulant dans un ersatz de camp de vacances m’est apparu comme du remplissage n’apportant pas grand-chose à l’histoire.
L’intrigue est un peu fouillis, foutraque, balade le lecteur dans un monde post-apocalypse indéfini, multiplie les personnages et les termes plus ou moins perchés.
Plusieurs choses aèrent quand même un peu le récit. Quelques traits d’humour, des allusions à d’autres univers (paroles de chanson – de Téléphone par exemple – glissées dans un dialogue, personnages jouant avec des bouts de cartes de divers jeux de société connus, etc.).
Le dessin n’est pas forcément mon truc. Très moderne, parfois hésitant. Mais bon, ça passe quand même. Un peu du trait de Strzepek de la série Etoile du Chagrin, pour rester dans un univers proche, même si plus axé fantasy.
Du même auteur, j’avais préféré Pouvoirpoint, série avec laquelle je l’avais découvert je crois.
Note réelle 2,5/5.
Plusieurs choses me font penser que le scénario a été brusquement resserré. D’abord l’indication « Histoire complète en deux tomes » qui ne figure qu’au dos du second. Ensuite une conclusion que j’ai trouvé un peu brutale, trop de choses se « résolvant » en peu de cases et, même s’il y a bien le mot « fin », une suite était tout à fait envisageable, il reste en suspens certaines choses.
Mais, après tout, les auteurs avaient aussi choisi de concentré le récit sur Ellis Island, dans une sorte de huis-clos (que quelques échappées vers la Sicile aèrent un peu), ce qui limitait un peu le développement du récit. Car, forcément, on imagine que les principaux acteurs ont quand même envie de quitter Ellis Island et de mettre les pieds à New-York même.
Ellis Island est pour moi immanquablement marquée par quelques scènes/images de deux films : « L’émigrant » de Chaplin, et « Le Parrain II » de Coppola. Les auteurs ont choisi de rester sur cette île de transit, pour y développer leur récit, même si on y retrouve le traitement inégalitaire (seuls les plus pauvres devaient y passer, contrairement aux catégories plus aisées), inhumain et souvent source de quiproquos aux conséquences catastrophiques pour les migrants (alors que ça a sauvé la vie de Vito Corleone dans le Parrain). On y retrouve aussi l’emprise de la pègre (ici liée à un chef mafieux sicilien).
Le récit se laisse lire, c’est assez fluide et agréable, même si ça manque parfois de rythme et de densité.
Dessin et colorisation sont eux aussi plaisants.
Une lecture agréable, mais la fin qui m’a semblé quelque peu forcée m’a un peu frustré.
Décidément, j’aime bien ces éditions Bandes Détournées, qui publient depuis quelques temps pas mal de choses qui sortent de l’ordinaire. De l’humour con et/ou noir, au service de messages tout ce qu’il y a de plus engagé – à gauche s’entend.
Et cet album ne déroge pas à la règle, qui a fait le succès des précédentes publications. Comme pour leurs précédentes collaborations chez le même éditeur, les auteurs, Bertier et Girard, utilisent des illustrations tirées de vieux magazines américains, libres de droits, qu’ils modifient quelque peu, en y ajoutant des dialogues et textes qui n’ont évidemment rien à voir avec les originaux.
Le décalage est souvent savoureux, d’autant plus qu’on a là des textes moins consensuels et niaiseux je présume que dans les publications originales.
Ces détournements, associés à des textes engagés, font immanquablement penser aux Situationnistes (même si c’est moins théorique et percutant). Le rendu n’est en tout cas pas désagréable.
La petite particularité de cet album est qu’il ajoute une petite contrainte amusante au patchwork de départ. En effet, il est bâti sur le modèle des « livres dont vous êtes le héros », avec en fin de beaucoup de pages plusieurs possibilités offertes au lecteur pour poursuivre sa lecture. J’ai testé plusieurs bifurcations pour une même page, ça fonctionne, même si de toute façon ça renvoie au final à peu près au même délire. D’ailleurs les auteurs encouragent le lecteur à s’émanciper de ce petit « guide ».
Le résultat est inégal, mais globalement amusant, parfois franchement drôle, avec des commentaires pleins d’autodérision, et quelques clins d’œil à des personnes ou situations connues de tous.
Des auteurs et une maison d’édition à suivre !
Note réelle 3,5/5.
Paru en 1990, cet unique album d'Arkan est une curiosité. Il se situe à un moment charnière où la bande dessinée d'aventure commence à aborder des thèmes plus modernes (ici les dérives scientifiques, la pollution et les risques bactériologiques), tout en conservant de nombreux codes hérités des décennies précédentes. Le résultat donne une œuvre à la fois étonnamment datée et attachante.
L'introduction est d'ailleurs assez représentative de ce mélange de tons. On découvre une bande de villageois mutants, fourches à la main et sourire aux lèvres, poursuivant une famille un peu beauf dans une ambiance presque clownesque, renforcée par des chansons menaçantes qui paraissent plus ridicules qu'inquiétantes. Puis, brutalement, la scène bascule dans une violence inattendue lorsque les parents sont massacrés sous les yeux de leurs enfants qui sont sauvés in extremis par les prouesses martiales d'Arkan et Maud. Cette alternance permanente entre aventure sérieuse et éléments presque involontairement comiques ne quittera jamais vraiment l'album.
Les pages suivantes ne sont pas plus naturelles. Une longue conversation avec leur commanditaire sert essentiellement à présenter les héros, leur agence et le contexte de l'enquête. Toutes les informations nécessaires sont là, mais elles sont intégrées de manière assez artificielle et donnent l'impression que les personnages récitent leur fiche de présentation. L'action ne démarre réellement qu'aux alentours de la page 14, ce qui laisse finalement peu d'espace à l'intrigue pour se développer et explique probablement une conclusion très abrupte où tous les problèmes sont miraculeusement réglés en quelques cases seulement, sans aucun suivi des conséquences ni du devenir des personnages.
L'album apparaît également comme un témoin d'une autre époque par son traitement des héros. Arkan est le prototype du héros viril et musclé qui affronte l'adversité à coups de poings, de courage et de techniques de karaté. Plus amusant encore, la série porte son nom (ou plutôt son surnom, que le personnage lui-même trouve ridicule), alors qu'il forme en réalité un duo avec Maud, avec qui il est visiblement en couple. Celle-ci est pourtant tout aussi compétente que lui dans l'action et le combat, mais elle reste constamment reléguée au second plan parce qu'elle est la femme de l'équipe. Un fonctionnement qui rappelle fortement les séries d'aventure des décennies précédentes.
Le dessin d'Edouard Aidans est en revanche d'un bon niveau. Son trait a légèrement vieilli et porte la marque des années 1980-1990, mais l'ensemble est très professionnel et agréable à regarder. Certains visages manquent parfois un peu de finesse, notamment celui d'Arkan qui peut paraître assez niais par moments, tandis que les villageois contaminés ont souvent un aspect un peu grotesque. Maud, en revanche, bénéficie d'un traitement beaucoup plus réussi et se révèle charmante.
C'est donc un album assez curieux, oscillant constamment entre le ridicule plus ou moins assumé et une aventure semi-fantastique racontée avec un sérieux imperturbable. Malgré ses maladresses narratives, son exposition laborieuse et sa fin précipitée, sa lecture conserve un certain charme grâce à ce décalage permanent et au solide dessin d'Aidans. Cette étrange tentative n'aura toutefois pas de suite, la série s'étant arrêtée après ce seul volume. Une curiosité oubliée, imparfaite mais suffisamment atypique pour retenir l'attention des amateurs de bandes dessinées d'aventure de cette période.
Un témoignage intéressant. Et que j’imagine particulièrement intéressant pour quiconque atteint par cette cochonnerie.
Kazu est un jeune assistant mangaka lorsqu’il découvre son cancer des testicules. Il nous raconte donc comment cela a bouleversé sa vie à la fois personnelle et professionnelle. C’est justement parce qu’il ne peut plus assurer ses fonctions d’assistant dessinateur qu’il entame ce récit.
Récit dont on sent qu’il est pour lui à la fois un moyen de reprendre la main sur sa vie, tant au niveau occupation de son temps, maîtrise des évènements médicaux et espoir d’être édité en son nom propre à l’issue de son parcours de soins.
Force est de lui reconnaître un grand courage, heureusement soutenu par son épouse.
Nous suivrons donc l’auteur, essentiellement lors de son hospitalisation et ses soins médicaux. Et également ses relations avec les autres patients atteints eux aussi de cancer.
Cette maladie implique un parcours difficile et long. Et on le sent avec ce récit. Je ne nie pas l’importance que cela a eu pour l’auteur de montrer ce combat, mais je dois avouer que j’aurais bien vu un récit plus condensé.
Ajouté à cela un graphisme que j’ai trouvé un peu simple, où j’ai parfois eu du mal à reconnaître certains personnages, et (mais c’est tout personnel), toujours de la difficulté à m’adapter aux mangas, je sais que je ne le relirai pas.
Un album qui parle du complotisme en général et notamment celui venant de l'extrême-droite en particulier qui devient de plus en plus dangereux chaque année.
J'avoue que j'étais un peu déçu lorsque je me suis rendu compte que c'était une œuvre de fiction et pas un documentaire. Si le dessin est pas trop mal pour du dessin de presse ou un documentaire, cela l'est moins pour de la fiction. Oui cela peut paraitre étrange pour certains lecteurs, mais il y a des choses dans un BD-documentaire que je pardonne et pas dans une BD-fiction parce que mon état d'esprit durant ma lecture de l'album. Pour un documentaire, tout ce que je demande est un dessin lisible qui sert à quelques choses et qui est pas juste là comme illustration parce qu'on pense que le grand public est trop con pour lire un livre sans images et que les informations soit montré de manières claires et précis.
Ici, on a droit à un bon résumée de plusieurs complots, mais la manière dont ils sont présentés manque parfois de naturels parce qu'on est dans une œuvre de fiction où des personnages sont sensés avoir des discussions qu'on pourrait avoir dans la vraie vie. La mise en scène est plate et on ne ressent pas la course contre la montre que vit l'héroïne pour retrouver son frère disparu qui est tombé dans le complotisme.
Donc voilà si le propos de l'album est intéressant, même si quelqu'un de politisé comme moi ne va pas apprendre grand chose de bien nouveau, la manière dont les auteurs présentent ces informations m'a semblé moyenne.
2.5
Vanoli est un auteur dont j'aime le dessin, mais il fait souvent des bandes dessinées qui m'ennuient. Cet album est un de ceux auxquels j'ai le plus accroché sans toutefois trouver que c'était formidable.
On retrouve le dessin particulier de l'auteur qui est bien expressif et qui crée une ambiance particulière au récit. Le scénario est basé sur des souvenirs d'enfance de Vanoli et on a donc droit à des anecdotes plus ou moins intéressantes. Personnellement, j'aime bien les histoires se passant dans la campagne française, surtout si l'action se situe dans le milieu du 20ème siècle. Sans doute à cause de toutes les bd ou films français de la période 30-70 qui se passent dans ce milieu que j'ai vus depuis que je suis jeune. C'est un monde maintenant disparu que je trouve fascinant. J'ai donc un préjugé favorable pour apprécier l'album, mais on retrouve ce que j'aime pas trop chez Vanoli.
En gros, parfois je ne comprenais pas trop le comportement de certains personnages et certains passages m'ont semblé un peu étranges. Je pense que c'est lié au dessin de Vanoli qui est très bon pour des récits de type contes, mais moins pour de l'autobiographie à cause de la manière dont il dessine les personnages. Des gestes ordinaires deviennent bizarres ou sur-joués avec son dessin. La narration manque de fluidité.
Avec les dessins de Papazoglakis et Paquet, on ne peut pas attendre grand-chose en termes de portraits des personnages. Cependant, l’album n’est pas inintéressant, et les automobiles et courses sont même bien dessinées. Mais il souffre un peu de la comparaison avec le tome 6 des dossiers Michel Vaillant, lui-même non exempt de nombreux défauts. À réserver aux fans du malheureux champion brésilien. Et ils sont encore très nombreux!
P.S. Au Brésil, une série BD, le petit Senna, a été publiée avec succès pendant plusieurs années, à partir des studios Maurício de Sousa.
La Vérité selon B. Vivès : j’avais peur que nous soyons face à un nouveau affaire Dreyfus!
Le livre, composé de courtes scènes avec un dessin minimaliste et presque immobile, se lit très bien. Autour de l’accusation de pédopornographie dont il a été l’objet, Vivès construit des scènes vraiment absurdes, exagérées et avec beaucoup d’humour. J’ai bien ri parfois!
J’ai chez moi les trois corps du délit, mais je garderai l’occasion d’en parler plus tard. En attendant, je pense que l’une des questions sérieuses en jeu concerne la censure et la manière dont elle peut affecter tout un moyen d’expression, une société, une culture.
Je relis et recommande deux numéros hors-série des cahiers de la BD : « Censuré ! » et « Interdit ! ». Vivès y est très présent.
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Les Mille et une vies des urgences
Pas mal est une bonne définition de la BD : j'ai aimé certains aspects mais pas au point de la considérer comme bonne. En fait, c'est typiquement le genre de BD avec pleins de bons sentiments qui ne m'a pas satisfait outre mesure. La BD est sur les urgences, ou plus globalement les servies hospitaliers, avec toutes les considérations sur l'humain que ça engendre. Les maladies, les morts, les accidents bêtes, les personnes parfois pas malines, etc ... C'est plein de petites anecdotes du milieu, qui se tient avec une histoire centrale de dame qui meurt d'un cancer au dernier étage. Bon, l'ensemble a de la gueule mais ça fait un peu trop "cahier des charges" bien respectés, que ce soit dans le mode de narration ou le côté petite collection d'histoire. De fait, l'intérêt est la façon dont tout ceci est raconté, avec Baptiste Beaulieu qui a une narration portée sur la poétique et les belles lettres. De fait, l'histoire est très bavarde, verbeuse même, avec un ton parfois trop poétique pour son bien. L'ensemble a parfois un parler très terre-à-terre, parfois très élancé dans le lyrisme. Je pense que ça vient de l'adaptation qui a du mettre certains passages et en couper d'autres, le livre étant sans doute plus consistant dans le ton général. Le dessin va assez bien à la BD de manière générale, même s'il semble plus adapté à une petite BD humoristique qu'a une BD assez lourde (même si elle essaye d'être positive et plus légère). L'ensemble a un charme, le dessin essaye aussi parfois d'être plus sympathique que de simples juxtapositions de cases carrées. Cela dit ça reste pas inoubliable et j'ai noté que l'auteur s'est sacrément amélioré dans ses productions plus récentes En définitive, je n'ai pas été marqué ni très touchée par la BD. J'ai senti la sincérité du propos, la volonté de ne pas tomber dans le misérabilisme ou le voyeurisme (regardez toutes les façons de mourir !), mais pour autant je pense que je ne retiendrais pas énormément de choses de cette BD. C'est mignon dans sa façon de faire, ça ne remet pas spécialement en question mes croyances et connaissances sur le milieu médical. Voila, une lecture distrayante, quoi.
Les Sauroctones
Bon, la série se laisse lire, mais je l’ai finie quand même assez laborieusement. Il y a quand même des longueurs. Par exemple toute la partie dans le deuxième tome se déroulant dans un ersatz de camp de vacances m’est apparu comme du remplissage n’apportant pas grand-chose à l’histoire. L’intrigue est un peu fouillis, foutraque, balade le lecteur dans un monde post-apocalypse indéfini, multiplie les personnages et les termes plus ou moins perchés. Plusieurs choses aèrent quand même un peu le récit. Quelques traits d’humour, des allusions à d’autres univers (paroles de chanson – de Téléphone par exemple – glissées dans un dialogue, personnages jouant avec des bouts de cartes de divers jeux de société connus, etc.). Le dessin n’est pas forcément mon truc. Très moderne, parfois hésitant. Mais bon, ça passe quand même. Un peu du trait de Strzepek de la série Etoile du Chagrin, pour rester dans un univers proche, même si plus axé fantasy. Du même auteur, j’avais préféré Pouvoirpoint, série avec laquelle je l’avais découvert je crois. Note réelle 2,5/5.
Ellis Island
Plusieurs choses me font penser que le scénario a été brusquement resserré. D’abord l’indication « Histoire complète en deux tomes » qui ne figure qu’au dos du second. Ensuite une conclusion que j’ai trouvé un peu brutale, trop de choses se « résolvant » en peu de cases et, même s’il y a bien le mot « fin », une suite était tout à fait envisageable, il reste en suspens certaines choses. Mais, après tout, les auteurs avaient aussi choisi de concentré le récit sur Ellis Island, dans une sorte de huis-clos (que quelques échappées vers la Sicile aèrent un peu), ce qui limitait un peu le développement du récit. Car, forcément, on imagine que les principaux acteurs ont quand même envie de quitter Ellis Island et de mettre les pieds à New-York même. Ellis Island est pour moi immanquablement marquée par quelques scènes/images de deux films : « L’émigrant » de Chaplin, et « Le Parrain II » de Coppola. Les auteurs ont choisi de rester sur cette île de transit, pour y développer leur récit, même si on y retrouve le traitement inégalitaire (seuls les plus pauvres devaient y passer, contrairement aux catégories plus aisées), inhumain et souvent source de quiproquos aux conséquences catastrophiques pour les migrants (alors que ça a sauvé la vie de Vito Corleone dans le Parrain). On y retrouve aussi l’emprise de la pègre (ici liée à un chef mafieux sicilien). Le récit se laisse lire, c’est assez fluide et agréable, même si ça manque parfois de rythme et de densité. Dessin et colorisation sont eux aussi plaisants. Une lecture agréable, mais la fin qui m’a semblé quelque peu forcée m’a un peu frustré.
Le Royaume aux mille réformes
Décidément, j’aime bien ces éditions Bandes Détournées, qui publient depuis quelques temps pas mal de choses qui sortent de l’ordinaire. De l’humour con et/ou noir, au service de messages tout ce qu’il y a de plus engagé – à gauche s’entend. Et cet album ne déroge pas à la règle, qui a fait le succès des précédentes publications. Comme pour leurs précédentes collaborations chez le même éditeur, les auteurs, Bertier et Girard, utilisent des illustrations tirées de vieux magazines américains, libres de droits, qu’ils modifient quelque peu, en y ajoutant des dialogues et textes qui n’ont évidemment rien à voir avec les originaux. Le décalage est souvent savoureux, d’autant plus qu’on a là des textes moins consensuels et niaiseux je présume que dans les publications originales. Ces détournements, associés à des textes engagés, font immanquablement penser aux Situationnistes (même si c’est moins théorique et percutant). Le rendu n’est en tout cas pas désagréable. La petite particularité de cet album est qu’il ajoute une petite contrainte amusante au patchwork de départ. En effet, il est bâti sur le modèle des « livres dont vous êtes le héros », avec en fin de beaucoup de pages plusieurs possibilités offertes au lecteur pour poursuivre sa lecture. J’ai testé plusieurs bifurcations pour une même page, ça fonctionne, même si de toute façon ça renvoie au final à peu près au même délire. D’ailleurs les auteurs encouragent le lecteur à s’émanciper de ce petit « guide ». Le résultat est inégal, mais globalement amusant, parfois franchement drôle, avec des commentaires pleins d’autodérision, et quelques clins d’œil à des personnes ou situations connues de tous. Des auteurs et une maison d’édition à suivre ! Note réelle 3,5/5.
Arkan - L'Ecume du diable
Paru en 1990, cet unique album d'Arkan est une curiosité. Il se situe à un moment charnière où la bande dessinée d'aventure commence à aborder des thèmes plus modernes (ici les dérives scientifiques, la pollution et les risques bactériologiques), tout en conservant de nombreux codes hérités des décennies précédentes. Le résultat donne une œuvre à la fois étonnamment datée et attachante. L'introduction est d'ailleurs assez représentative de ce mélange de tons. On découvre une bande de villageois mutants, fourches à la main et sourire aux lèvres, poursuivant une famille un peu beauf dans une ambiance presque clownesque, renforcée par des chansons menaçantes qui paraissent plus ridicules qu'inquiétantes. Puis, brutalement, la scène bascule dans une violence inattendue lorsque les parents sont massacrés sous les yeux de leurs enfants qui sont sauvés in extremis par les prouesses martiales d'Arkan et Maud. Cette alternance permanente entre aventure sérieuse et éléments presque involontairement comiques ne quittera jamais vraiment l'album. Les pages suivantes ne sont pas plus naturelles. Une longue conversation avec leur commanditaire sert essentiellement à présenter les héros, leur agence et le contexte de l'enquête. Toutes les informations nécessaires sont là, mais elles sont intégrées de manière assez artificielle et donnent l'impression que les personnages récitent leur fiche de présentation. L'action ne démarre réellement qu'aux alentours de la page 14, ce qui laisse finalement peu d'espace à l'intrigue pour se développer et explique probablement une conclusion très abrupte où tous les problèmes sont miraculeusement réglés en quelques cases seulement, sans aucun suivi des conséquences ni du devenir des personnages. L'album apparaît également comme un témoin d'une autre époque par son traitement des héros. Arkan est le prototype du héros viril et musclé qui affronte l'adversité à coups de poings, de courage et de techniques de karaté. Plus amusant encore, la série porte son nom (ou plutôt son surnom, que le personnage lui-même trouve ridicule), alors qu'il forme en réalité un duo avec Maud, avec qui il est visiblement en couple. Celle-ci est pourtant tout aussi compétente que lui dans l'action et le combat, mais elle reste constamment reléguée au second plan parce qu'elle est la femme de l'équipe. Un fonctionnement qui rappelle fortement les séries d'aventure des décennies précédentes. Le dessin d'Edouard Aidans est en revanche d'un bon niveau. Son trait a légèrement vieilli et porte la marque des années 1980-1990, mais l'ensemble est très professionnel et agréable à regarder. Certains visages manquent parfois un peu de finesse, notamment celui d'Arkan qui peut paraître assez niais par moments, tandis que les villageois contaminés ont souvent un aspect un peu grotesque. Maud, en revanche, bénéficie d'un traitement beaucoup plus réussi et se révèle charmante. C'est donc un album assez curieux, oscillant constamment entre le ridicule plus ou moins assumé et une aventure semi-fantastique racontée avec un sérieux imperturbable. Malgré ses maladresses narratives, son exposition laborieuse et sa fin précipitée, sa lecture conserve un certain charme grâce à ce décalage permanent et au solide dessin d'Aidans. Cette étrange tentative n'aura toutefois pas de suite, la série s'étant arrêtée après ce seul volume. Une curiosité oubliée, imparfaite mais suffisamment atypique pour retenir l'attention des amateurs de bandes dessinées d'aventure de cette période.
Mon cancer couillon
Un témoignage intéressant. Et que j’imagine particulièrement intéressant pour quiconque atteint par cette cochonnerie. Kazu est un jeune assistant mangaka lorsqu’il découvre son cancer des testicules. Il nous raconte donc comment cela a bouleversé sa vie à la fois personnelle et professionnelle. C’est justement parce qu’il ne peut plus assurer ses fonctions d’assistant dessinateur qu’il entame ce récit. Récit dont on sent qu’il est pour lui à la fois un moyen de reprendre la main sur sa vie, tant au niveau occupation de son temps, maîtrise des évènements médicaux et espoir d’être édité en son nom propre à l’issue de son parcours de soins. Force est de lui reconnaître un grand courage, heureusement soutenu par son épouse. Nous suivrons donc l’auteur, essentiellement lors de son hospitalisation et ses soins médicaux. Et également ses relations avec les autres patients atteints eux aussi de cancer. Cette maladie implique un parcours difficile et long. Et on le sent avec ce récit. Je ne nie pas l’importance que cela a eu pour l’auteur de montrer ce combat, mais je dois avouer que j’aurais bien vu un récit plus condensé. Ajouté à cela un graphisme que j’ai trouvé un peu simple, où j’ai parfois eu du mal à reconnaître certains personnages, et (mais c’est tout personnel), toujours de la difficulté à m’adapter aux mangas, je sais que je ne le relirai pas.
Ils sont partout
Un album qui parle du complotisme en général et notamment celui venant de l'extrême-droite en particulier qui devient de plus en plus dangereux chaque année. J'avoue que j'étais un peu déçu lorsque je me suis rendu compte que c'était une œuvre de fiction et pas un documentaire. Si le dessin est pas trop mal pour du dessin de presse ou un documentaire, cela l'est moins pour de la fiction. Oui cela peut paraitre étrange pour certains lecteurs, mais il y a des choses dans un BD-documentaire que je pardonne et pas dans une BD-fiction parce que mon état d'esprit durant ma lecture de l'album. Pour un documentaire, tout ce que je demande est un dessin lisible qui sert à quelques choses et qui est pas juste là comme illustration parce qu'on pense que le grand public est trop con pour lire un livre sans images et que les informations soit montré de manières claires et précis. Ici, on a droit à un bon résumée de plusieurs complots, mais la manière dont ils sont présentés manque parfois de naturels parce qu'on est dans une œuvre de fiction où des personnages sont sensés avoir des discussions qu'on pourrait avoir dans la vraie vie. La mise en scène est plate et on ne ressent pas la course contre la montre que vit l'héroïne pour retrouver son frère disparu qui est tombé dans le complotisme. Donc voilà si le propos de l'album est intéressant, même si quelqu'un de politisé comme moi ne va pas apprendre grand chose de bien nouveau, la manière dont les auteurs présentent ces informations m'a semblé moyenne.
La Grimace
2.5 Vanoli est un auteur dont j'aime le dessin, mais il fait souvent des bandes dessinées qui m'ennuient. Cet album est un de ceux auxquels j'ai le plus accroché sans toutefois trouver que c'était formidable. On retrouve le dessin particulier de l'auteur qui est bien expressif et qui crée une ambiance particulière au récit. Le scénario est basé sur des souvenirs d'enfance de Vanoli et on a donc droit à des anecdotes plus ou moins intéressantes. Personnellement, j'aime bien les histoires se passant dans la campagne française, surtout si l'action se situe dans le milieu du 20ème siècle. Sans doute à cause de toutes les bd ou films français de la période 30-70 qui se passent dans ce milieu que j'ai vus depuis que je suis jeune. C'est un monde maintenant disparu que je trouve fascinant. J'ai donc un préjugé favorable pour apprécier l'album, mais on retrouve ce que j'aime pas trop chez Vanoli. En gros, parfois je ne comprenais pas trop le comportement de certains personnages et certains passages m'ont semblé un peu étranges. Je pense que c'est lié au dessin de Vanoli qui est très bon pour des récits de type contes, mais moins pour de l'autobiographie à cause de la manière dont il dessine les personnages. Des gestes ordinaires deviennent bizarres ou sur-joués avec son dessin. La narration manque de fluidité.
Ayrton Senna - Histoires d'un mythe
Avec les dessins de Papazoglakis et Paquet, on ne peut pas attendre grand-chose en termes de portraits des personnages. Cependant, l’album n’est pas inintéressant, et les automobiles et courses sont même bien dessinées. Mais il souffre un peu de la comparaison avec le tome 6 des dossiers Michel Vaillant, lui-même non exempt de nombreux défauts. À réserver aux fans du malheureux champion brésilien. Et ils sont encore très nombreux! P.S. Au Brésil, une série BD, le petit Senna, a été publiée avec succès pendant plusieurs années, à partir des studios Maurício de Sousa.
La Vérité sur l'affaire Vivès
La Vérité selon B. Vivès : j’avais peur que nous soyons face à un nouveau affaire Dreyfus! Le livre, composé de courtes scènes avec un dessin minimaliste et presque immobile, se lit très bien. Autour de l’accusation de pédopornographie dont il a été l’objet, Vivès construit des scènes vraiment absurdes, exagérées et avec beaucoup d’humour. J’ai bien ri parfois! J’ai chez moi les trois corps du délit, mais je garderai l’occasion d’en parler plus tard. En attendant, je pense que l’une des questions sérieuses en jeu concerne la censure et la manière dont elle peut affecter tout un moyen d’expression, une société, une culture. Je relis et recommande deux numéros hors-série des cahiers de la BD : « Censuré ! » et « Interdit ! ». Vivès y est très présent.