Dominique Hé fait partie de ces auteurs qui ne m'ont pas marqué et dont le nom me dit vaguement quelque chose. Je ne dis pas ça par méchanceté, mais pour indiquer que je ne me suis jamais rendu compte que c'était mine de rien un auteur qui a eu une longue carrière qui débute dans les années 70.
Cette autobiographie retrace les premiers pas de Hé dans la bande dessinée, un art qu'il a vraiment découvert sur le tard. En effet, il se voyait plutôt peintre ou à la limite sculpteur, mais les nombreux refus des écoles d'arts vont faire changer son plan de carrière. Au travers de Dominique Hé, on va rencontrer des auteurs établis, ceux qui vont chambouler le monde de la BD dans les années 70 et aussi des débutants qui vont finir connus dans la décennie suivante. Il y a des anecdotes savoureuses, on fait le tour de plusieurs magazines de l'époque et on aura droit à des portraits peu flatteurs de Jacques Martin et Philippe Manœuvre.
C'est intéressant de voir le parcours d'un auteur qui a publié à droite et à gauche et qui n'a jamais produit une BD ultrapopulaire. Le ton de l'album m'a surpris. Il y a un côté satire sociale de la société des années 70 (Hé se fout de la gueule des étudiants révolutionnaires plusieurs fois) et il utilise souvent des métaphores. Par exemple, Goscinny le grand patron de Pilote est assis sur son trône au sommet d'un long escalier. Hé ne raconte pas sa vie de manière 100% réaliste. J'ai bien aimé son dessin qui est mieux en noir et blanc qu'avec des couleurs informatisées comme dans la dernière série que j'ai lue de lui et qui donnait un résultat moche.
À lire pour découvrir comment pouvait être la vie d'un dessinateur débutant dans les années 70.
La quatrième de couverture du premier album annonçait une série en cinq albums, qui s’est finalement vu raccourcir (c’est acté dès l’album suivant) pour ne faire que trois tomes. Pour le coup, moi qui peste souvent contre les rallonges inutiles, j’ai trouvé ça dommage. Car le portrait d’Hoover – selon moi un des grands salauds de l’Histoire du XXème siècle (qui a joué l’essentiel de sa carrière dans l’ombre et les coups fourrés) – aurait amplement pu remplir ces deux tomes supplémentaires.
Le premier tome pose les bases, montre comment, dès le départ (l’immédiat après première guerre mondiale), Hoover a montré son savoir-faire pour dégommer ses adversaires – identifiés aux adversaires de l’Amérique. Dès le départ on voit aussi son arrivisme, son absence totale de scrupules, et certaines de ses idées fixes qui ne le quitteront jamais : un anti communisme maladif, voire délirant (plus tard McCarthy le rejoindra dans ce délire), et une obstination à constituer des dossiers compromettants – que les « preuves » soient vraies ou fausses importe peu – contre ses adversaires, mais aussi contre tous ceux qui pourraient éventuellement lui nuire (politiques et nouveaux et anciens amis compris), puisque ce monsieur, au gré de ses intérêts, est aussi le roi des retournements de veste. Bref, un être méprisable, abjecte, prêt à tout pour se maintenir au pouvoir, fut-ce dans l’ombre. Ce premier tome est intéressant, car c’est la partie de la vie/carrière d’Hoover que je ne connaissais pas.
Le deuxième tome se concentre sur les années 1930, avec les efforts d’Hoover pour se maintenir à son poste (face à Roosevelt qui s’en débarrasserait bien), en faisant tout pour que ses services soient reconnus, armés, en cherchant à faire des coups face à des gangs de braqueurs, tout en se rapprochant de la mafia.
Comme le resserrement de l’intrigue de 5 à 3 tomes le laissait craindre après un tiers de la série consacrée au « lancement » de la carrière d’Hoover, le dernier tome, traitant de la partie a priori la plus connue de son « œuvre » est trop ramassée. En particulier, je trouve extrêmement dommageable l’occultation des magouilles et autres persécutions contre les mouvements défendant les droits des minorités (Amérindiens : AIM, Noirs : MLK ou Black Panthers, etc.), actions qui s’opposent pourtant frontalement aux valeurs autoproclamées des États-Unis – qu’Hoover prétendait défendre (on ne parle même pas des organisations taxées de communistes, cibles habituelles d’Hoover depuis ses débuts. Même si cet aspect est sans doute plus connu, je trouve étonnant de ne pas en faire état de façon appuyé dans une biographie d’Hoover.
On reste donc concentré sur les relations entre Hoover et certains dirigeants politiques (la série est un vaste flash-back, certains anciens proches d’Hoover étant « cuisinés » par des sbires de Nixon pour le faire tomber). On retrouve donc Hoover dans pas mal d’événements connus et dérangeants (petit scoop me concernant de la voir averti en avance de l’attaque japonaise sur Pearl Harbor ; l’assassinat de JFK ; l’affaire du Watergate, etc.).
Le dessin n’est pas désagréable et se laisse lire. Mais je ne suis pas fan des yeux des personnages, et les visages des nombreux personnages connus ne sont pas toujours ressemblants aux originaux (et changent parfois d’une case à l’autre).
Une série qui se laisse lire donc, mais qui m’a laissé un peu sur ma faim, en laissant trop à mon goût de côté un e part non négligeable de l’action de Hoover dans les années 1950-1970.
Féru d'Histoire et de géopolitique et grand fan de Bilal à l'époque, j'abordais "Partie de chasse" avec une confiance aveugle. Entre la réputation de l'album, le duo Christin/Bilal et les nombreux avis élogieux, je m'attendais à une lecture marquante. Au final, mon ressenti est un peu plus nuancé.
Je reconnais sans difficulté les qualités de l'œuvre. Le contexte politique est passionnant et le regard porté sur les dernières années du bloc soviétique est particulièrement intéressant, surtout lorsque l'on pense que l'album est paru bien avant la chute de l'URSS. On sent une vraie réflexion sur le pouvoir, les compromis, les trahisons et la faillite progressive d'un système, un condensé des joies du communisme.
Comme souvent avec le Bilal de cette époque, le dessin est également un immense point fort. Les visages semblent sculptés dans la pierre, les ambiances hivernales sont magnifiques et une impression de froideur se dégage, qui colle parfaitement au sujet.
Là où j'ai davantage décroché, c'est dans la narration très monolithique. Pendant une bonne partie de l'album, on assiste essentiellement à une succession de dialogues, de souvenirs et d'explications historiques. C'est intéressant intellectuellement, mais il y a un manque de relief et de rythme. J'avais parfois davantage l'impression de lire une démonstration politique qu'un véritable récit de bande dessinée.
C'est une œuvre importante de la BD politique, intelligente, ambitieuse et remarquablement dessinée. Mais malgré ses qualités évidentes, je suis resté un peu à distance de cette lecture dont j'ai davantage admiré la construction que véritablement apprécié le déroulement.
Nootilus est un nouveau label des éditions Bamboo qui a pour ambition de donner une nouvelle vie aux grands classiques de la littérature en les adaptant en bande dessinée jeunesse. Ils démarrent avec L’Odyssée d’Homère, notamment dans l'idée de surfer un peu sur la sortie du film de Nolan.
On est ici face à une adaptation résolument moderne dans sa forme, mais qui se distingue d’autres tentatives comme la série Télémaque par exemple. Cette dernière modernisait complètement le fils d’Ulysse et l’entraînait dans des aventures très dynamiques et spectaculaires, mais simplement inspirées de l’œuvre d’Homère. Ici, il s’agit bien d’une véritable adaptation de L’Odyssée, qui suit de manière assez rigoureuse le déroulé du récit original, en commençant comme chez Homère au moment où Ulysse est délivré de Calypso, puis en le suivant lorsqu’il raconte son périple au roi Alcinoos, le père de Nausicaa.
Le dessin et les couleurs de Thomas Labourot participent pleinement à cette modernisation. On est clairement dans une approche visuelle jeune et contemporaine, très éloignée d’un traitement académique qui aurait pu rendre l’ensemble statique ou ennuyeux. Certains choix de design vont même vers un charadesign influencé par les mangas ou les comics. J’apprécie cette approche, notamment dans des personnages comme la néréide Leucothoé, dont le design est vraiment réussi, mais aussi Circée ou Éole, qui bénéficient de représentations originales et marquantes.
Côté récit, le défi est énorme : condenser L’Odyssée en deux tomes de moins de 60 pages (les dernières pages de chaque album étant consacrées à un petit dossier documentaire et des quiz). Malheureusement, ce format contraint se ressent, l’adaptation resserrant fortement les événements : on ne voit quasiment rien du voyage lui-même, passant d'une île à la suivante parfois sans transition, comme une suite d’escales traitées de manière très rapide, allant directement à l’essentiel au détriment du temps nécessaire pour installer l’ambiance de chaque évènement. L'île des Lotophages est traitée en une paire de pages environ, l'affrontement et la fuite du cyclope se déroulent à grande vitesse, même le séjour chez Circée ressemble presque à un stop and go. Tout est là et reste compréhensible, mais l’ensemble manque de respiration. Le récit donne parfois l’impression d’être plus trimbalé d’une étape à l’autre que véritablement emporté par l’ampleur épique et la profondeur du voyage.
Et cette réserve est bien dommage car j'apprécie grandement l'initiative de moderniser et rendre accessible à de jeunes lecteurs contemporains l'œuvre d’Homère. Après tout, c'est bien grâce au dessin animé Ulysse 31 que je l'avais découverte moi-même et qu'elle m'avait passionnée. Le travail est propre, le dessin est très réussi et l’adaptation est globalement solide. Mais il en ressort une impression de narration un peu trop empressée, qui empêche l’épopée de prendre pleinement son envol. À voir si le second tome reprendra davantage son souffle avant la fin pour mieux l’apprécier.
Il y a des bandes dessinées que l'on admire davantage qu'on ne les aime réellement. Monsieur Mardi-Gras Descendres fait partie de celles-là en ce qui me concerne.
D'abord, impossible de ne pas saluer le travail graphique d'Éric Liberge. L'univers qu'il imagine est absolument fascinant : un étrange purgatoire peuplé de squelettes, perdu dans des paysages désolés sous un ciel d'encre. Les décors sont somptueux, les jeux de noir et blanc impressionnants, et l'auteur parvient à donner une incroyable expressivité à des personnages pourtant réduits à quelques ossements. Certaines planches sont tout simplement magnifiques et méritent à elles seules le détour.
Le récit possède lui aussi de nombreuses qualités. L'idée de suivre Victor Tourterelle, projeté dans cet au-delà absurde et mélancolique, permet d'aborder des thèmes rarement traités en BD : la mort, le sens de l'existence, la mémoire ou encore la croyance. L'ensemble dégage une ambiance singulière, à la fois poétique, inquiétante et parfois même humoristique. Malheureusement, je suis resté davantage spectateur qu'acteur de cette aventure. Le principal reproche que je ferais à la série est son côté parfois très bavard. Les dialogues et les réflexions philosophiques prennent régulièrement le pas sur l'action, au point de casser le rythme. À plusieurs reprises, j'ai eu l'impression que l'auteur développait ses idées plus qu'il ne racontait son histoire. Cela donne de la profondeur à l'univers, mais cela peut aussi rendre la lecture laborieuse. La richesse du monde imaginé par Liberge est indéniable, mais elle demande un réel investissement de la part du lecteur. On sent que tout est pensé avec cohérence, toutefois le cheminement n'est pas toujours limpide et il faut parfois s'accrocher pour ne pas décrocher.
"Monsieur Mardi-Gras Descendres" est ambitieux, original et visuellement exceptionnel mais une lecture qui ne m'a pas totalement convaincu.
Très fortement inspiré du genre comics, ce récit, mélange d’aventure fantastique, de mythologie nordique et de politique contemporaine, est d’une tonalité extrêmement sombre. Se déroulant à notre époque, il raconte comment un groupe de crypto-nazis va tenter de s’emparer d’une épée magique pour dominer le monde. Face à eux, la « jeune Lif », une elfe âgée de 1500 ans qui ne fait pas du tout son âge, hésite à s’engager dans la lutte, pas loin d’y renoncer pour fuir un monde en pleine débâcle. Difficile de ne pas faire le lien avec le contexte international actuel. On peut donc dire que cette bande dessinée reflète parfaitement l’air du temps, hélas peu favorable aux âmes généreuses.
Le point fort de « Je suis la dernière elfe » est clairement le dessin, qu’on peut qualifier de stylé. Loin d’être un débutant avec une bonne dizaine de publications à son actif, Marion Mousse dispose d’une palette stylistique très variée pour chacun de ses projets, palette qu’il sait adapter en fonction du propos. Ici, on pense beaucoup aux comics noirs « made in US », dont le digne représentant serait Mike Mignola. Le bémol, car il y a un bémol, se situerait au niveau de la lisibilité. Ici, le clair-obscur est trop envahissant à mon goût, gênant parfois l’identification des personnages. L’enchaînement des cases est par ailleurs trop elliptique, et les séquences de combat souffrent selon moi d’un manque de synchronisation, ce qui nuit à la fluidité de la lecture.
Cela semble par ailleurs rejaillir sur la narration de Martin Quenehen, qui peut apparaître quelque peu confuse à certains moments. C’est dommage, parce qu’en dézoomant, on se rend compte que le scénario conserve une certaine cohérence. De plus, pour quiconque n’est pas familiarisé avec la mythologie nordique qui domine toute l’histoire, il faudra sans doute se documenter à propos de plusieurs termes, tout est présenté ici avec le postulat que, par exemple, tout le monde a une bonne connaissance du sujet.
L’histoire n’est pas mauvaise en soi et l’idée de départ est loin d’être inintéressante (vraiment !), mais « Je suis la dernière elfe » nécessitera peut-être une deuxième lecture, forcément plus confortable. Au final, les amateurs de fantastique comme de politique peineront néanmoins à s’y retrouver, et même si l’héroïne Lif est assez attachante, il manque un petit plus à cette histoire qui recélait pourtant du potentiel. Ce qui domine ici hélas, c’est l’impression que le projet est inabouti et a été traité de manière un peu superficielle.
Au premier abord, cette série peut provoquer du rejet. Les dessins, surtout les personnages principaux, sont laids et ont toujours l'air tristes, voire profondément malheureux. Et la bichromie n’arrange rien ici !
Un groupe de musiciens incompétents, chacun jouant de son côté... heureusement que cette BD n'a pas de son !
Ensuite, toutes les deux pages, on a droit à la présentation de nouveaux personnages, des hurluberlus chacun avec des occupations toujours plus délirantes et absurdes. Cela rappelle tous les grands maîtres du conte surréaliste et même plus encore. La BD est très culte (?!), les références littéraires et artistiques sont presque infinies. Mais cela peut constituer une limite pour les lecteurs qui ne veulent pas trop réfléchir ou enquêter. En termes de limites, je me demande aussi si J. C. Fernandes aurait dû prolonger autant la série. Mais pour ceux qui aiment, pas de soucis, tout est dans le monde le plus aberrant possible.
P. S. : Fernandes a réussi à faire des histoires avec des dessins encore plus horribles que ceux-ci, et elles sont publiées ! Par contre, il a écrit quelques textes qui ont été dessinés par d'autres auteurs et qui présentent beaucoup d'intérêt et de beauté.
Je récupéré par le plus grand des hasards les albums de Gully – en édition originale et en excellent état - dans une boîte à livres. Bonne pioche me direz-vous ! Et bien oui. Cette trouvaille, c’est un come back d’une quarantaine d’années en arrière ! Wahou cela ne me rajeuni pas !
Cette série a en effet bercé toute une génération de jeunes lecteurs. Née dans les années 1980, cette bande dessinée signée Pierre Makyo au scénario et Alain Dodier au dessin incarne à elle seule l’esprit de la BD jeunesse de l’époque : des histoires courtes, pleines de malice et de fraîcheur, où chaque album se dévorait d’une traite.
Gully, le héros, est un garçon débrouillard et facétieux dont les aventures oscillent entre farces, défis entre amis et petites énigmes du quotidien. Pierre Makyo y déploie un talent certain pour captiver les enfants avec des scénarios simples mais efficaces, où l’humour et l’action se mêlent sans jamais lasser. Les dialogues, vifs et directs, donnent un rythme entraînant à chaque épisode, tandis que les chutes de gag, souvent inattendues, provoquent immanquablement le sourire.
Le dessin d Alain Dodier, quant à lui, apporte une touche à la fois réaliste et chaleureuse à l’ensemble. Ses traits précis et ses expressions exagérées rendent les personnages attachants, tandis que les décors, bien que parfois minimalistes, suffisent à planter le décor de chaque aventure. Les planches, aérées et dynamiques, guident le regard du jeune lecteur avec fluidité, sans le perdre dans des détails superflus.
Ce qui frappe dans Gully, c’est sa capacité à rester intemporelle. Sans prétention, sans message moralisateur, la série se contentait d’offrir du divertissement pur, et c’est précisément ce qui en fait encore aujourd’hui un plaisir de lecture. Pour les enfants, c’est une excellente introduction à la BD. Pour les adultes, c’est un voyage nostalgique vers une époque où les histoires savaient se contenter d’être drôles, légères et bien racontées.
Pour les vieux comme moi, cette aparté nostalgique est délicieuse.
Un diptyque étonnant, qui mélange plusieurs genres et multiplie les références. Une sorte de survival à la Lost, avec quelque chose de « Seuls » (mais ça s’écarte de ces influences assez rapidement) et, comme aime le faire Silas, une plus ou moins grosse dose d’humour noir ou grinçant, avec quelques petits passages trashouilles.
Je ne suis a priori pas fan du dessin (avec de fortes influences manga) ou de la colorisation informatique, mais je dois reconnaitre que le rendu est très lisible et dynamique, expressif – ce qui est l’essentiel après tout.
Silas ne se contente pas d’empiler références et clins d’œil, il prend le temps d’installer un univers à la fois loufoque et angoissant, fantastique, SF et un peu absurde. Et des personnages aussi. Très bonne idée au passage dans les premières pages de chaque album de présenter – sous forme de cartes (genre cartes Pokemon) chacun des « Alevins », avec leurs qualités et leurs défauts – et leurs « chances » de s’en sortir). Et le second tome apporte une nouvelle fournée, complexifiant encore plus ce struggle for life improbable.
C’est parfois du n’importe quoi assumé – en tout cas l’intrigue est dense (avec une très forte pagination pour chaque album) – mais la lecture est plutôt sympathique.
Cette même histoire, sous le titre Terre 2, a effectivement été intégrée dans une autre compilation de JLA. Réalisée par deux Écossais, Grant Morrison et Frank Quitely qui ont collaboré sur plusieurs sagas, elle finira par conduire à des développements dans l'univers DC, comme la Crise sur les Terres Infinites. Le concept d'univers parallèles et inversés n'est pas totalement nouveau, je me souviens du Superman Bizarro, par exemple. Les dessins de Quitely sont bons et comportent certaines séquences spectaculaires, comme celles du Green Lantern ou du Flash. Cependant, il me semble qu'il abuse des images panoramiques et les expressions des personnages sont parfois très figées.
Mais la nouveauté ici réside, je crois, dans la remise en question par Morrison du schéma habituel des histoires de super-héros. Lex Luthor comme le seul véritable héros face au Syndicat du Crime d'Amérique ? Dans quel univers sommes-nous ? Au-delà du bien et du mal ? Cette histoire est trop courte pour répondre à toutes ces questions et est en fin de compte un peu simpliste, elle nécessiterait plus de développements.
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La Porte Ouverte
Dominique Hé fait partie de ces auteurs qui ne m'ont pas marqué et dont le nom me dit vaguement quelque chose. Je ne dis pas ça par méchanceté, mais pour indiquer que je ne me suis jamais rendu compte que c'était mine de rien un auteur qui a eu une longue carrière qui débute dans les années 70. Cette autobiographie retrace les premiers pas de Hé dans la bande dessinée, un art qu'il a vraiment découvert sur le tard. En effet, il se voyait plutôt peintre ou à la limite sculpteur, mais les nombreux refus des écoles d'arts vont faire changer son plan de carrière. Au travers de Dominique Hé, on va rencontrer des auteurs établis, ceux qui vont chambouler le monde de la BD dans les années 70 et aussi des débutants qui vont finir connus dans la décennie suivante. Il y a des anecdotes savoureuses, on fait le tour de plusieurs magazines de l'époque et on aura droit à des portraits peu flatteurs de Jacques Martin et Philippe Manœuvre. C'est intéressant de voir le parcours d'un auteur qui a publié à droite et à gauche et qui n'a jamais produit une BD ultrapopulaire. Le ton de l'album m'a surpris. Il y a un côté satire sociale de la société des années 70 (Hé se fout de la gueule des étudiants révolutionnaires plusieurs fois) et il utilise souvent des métaphores. Par exemple, Goscinny le grand patron de Pilote est assis sur son trône au sommet d'un long escalier. Hé ne raconte pas sa vie de manière 100% réaliste. J'ai bien aimé son dessin qui est mieux en noir et blanc qu'avec des couleurs informatisées comme dans la dernière série que j'ai lue de lui et qui donnait un résultat moche. À lire pour découvrir comment pouvait être la vie d'un dessinateur débutant dans les années 70.
La Main de Dieu
La quatrième de couverture du premier album annonçait une série en cinq albums, qui s’est finalement vu raccourcir (c’est acté dès l’album suivant) pour ne faire que trois tomes. Pour le coup, moi qui peste souvent contre les rallonges inutiles, j’ai trouvé ça dommage. Car le portrait d’Hoover – selon moi un des grands salauds de l’Histoire du XXème siècle (qui a joué l’essentiel de sa carrière dans l’ombre et les coups fourrés) – aurait amplement pu remplir ces deux tomes supplémentaires. Le premier tome pose les bases, montre comment, dès le départ (l’immédiat après première guerre mondiale), Hoover a montré son savoir-faire pour dégommer ses adversaires – identifiés aux adversaires de l’Amérique. Dès le départ on voit aussi son arrivisme, son absence totale de scrupules, et certaines de ses idées fixes qui ne le quitteront jamais : un anti communisme maladif, voire délirant (plus tard McCarthy le rejoindra dans ce délire), et une obstination à constituer des dossiers compromettants – que les « preuves » soient vraies ou fausses importe peu – contre ses adversaires, mais aussi contre tous ceux qui pourraient éventuellement lui nuire (politiques et nouveaux et anciens amis compris), puisque ce monsieur, au gré de ses intérêts, est aussi le roi des retournements de veste. Bref, un être méprisable, abjecte, prêt à tout pour se maintenir au pouvoir, fut-ce dans l’ombre. Ce premier tome est intéressant, car c’est la partie de la vie/carrière d’Hoover que je ne connaissais pas. Le deuxième tome se concentre sur les années 1930, avec les efforts d’Hoover pour se maintenir à son poste (face à Roosevelt qui s’en débarrasserait bien), en faisant tout pour que ses services soient reconnus, armés, en cherchant à faire des coups face à des gangs de braqueurs, tout en se rapprochant de la mafia. Comme le resserrement de l’intrigue de 5 à 3 tomes le laissait craindre après un tiers de la série consacrée au « lancement » de la carrière d’Hoover, le dernier tome, traitant de la partie a priori la plus connue de son « œuvre » est trop ramassée. En particulier, je trouve extrêmement dommageable l’occultation des magouilles et autres persécutions contre les mouvements défendant les droits des minorités (Amérindiens : AIM, Noirs : MLK ou Black Panthers, etc.), actions qui s’opposent pourtant frontalement aux valeurs autoproclamées des États-Unis – qu’Hoover prétendait défendre (on ne parle même pas des organisations taxées de communistes, cibles habituelles d’Hoover depuis ses débuts. Même si cet aspect est sans doute plus connu, je trouve étonnant de ne pas en faire état de façon appuyé dans une biographie d’Hoover. On reste donc concentré sur les relations entre Hoover et certains dirigeants politiques (la série est un vaste flash-back, certains anciens proches d’Hoover étant « cuisinés » par des sbires de Nixon pour le faire tomber). On retrouve donc Hoover dans pas mal d’événements connus et dérangeants (petit scoop me concernant de la voir averti en avance de l’attaque japonaise sur Pearl Harbor ; l’assassinat de JFK ; l’affaire du Watergate, etc.). Le dessin n’est pas désagréable et se laisse lire. Mais je ne suis pas fan des yeux des personnages, et les visages des nombreux personnages connus ne sont pas toujours ressemblants aux originaux (et changent parfois d’une case à l’autre). Une série qui se laisse lire donc, mais qui m’a laissé un peu sur ma faim, en laissant trop à mon goût de côté un e part non négligeable de l’action de Hoover dans les années 1950-1970.
Partie de chasse
Féru d'Histoire et de géopolitique et grand fan de Bilal à l'époque, j'abordais "Partie de chasse" avec une confiance aveugle. Entre la réputation de l'album, le duo Christin/Bilal et les nombreux avis élogieux, je m'attendais à une lecture marquante. Au final, mon ressenti est un peu plus nuancé. Je reconnais sans difficulté les qualités de l'œuvre. Le contexte politique est passionnant et le regard porté sur les dernières années du bloc soviétique est particulièrement intéressant, surtout lorsque l'on pense que l'album est paru bien avant la chute de l'URSS. On sent une vraie réflexion sur le pouvoir, les compromis, les trahisons et la faillite progressive d'un système, un condensé des joies du communisme. Comme souvent avec le Bilal de cette époque, le dessin est également un immense point fort. Les visages semblent sculptés dans la pierre, les ambiances hivernales sont magnifiques et une impression de froideur se dégage, qui colle parfaitement au sujet. Là où j'ai davantage décroché, c'est dans la narration très monolithique. Pendant une bonne partie de l'album, on assiste essentiellement à une succession de dialogues, de souvenirs et d'explications historiques. C'est intéressant intellectuellement, mais il y a un manque de relief et de rythme. J'avais parfois davantage l'impression de lire une démonstration politique qu'un véritable récit de bande dessinée. C'est une œuvre importante de la BD politique, intelligente, ambitieuse et remarquablement dessinée. Mais malgré ses qualités évidentes, je suis resté un peu à distance de cette lecture dont j'ai davantage admiré la construction que véritablement apprécié le déroulement.
L'Odyssée - D'après le récit d'Homère
Nootilus est un nouveau label des éditions Bamboo qui a pour ambition de donner une nouvelle vie aux grands classiques de la littérature en les adaptant en bande dessinée jeunesse. Ils démarrent avec L’Odyssée d’Homère, notamment dans l'idée de surfer un peu sur la sortie du film de Nolan. On est ici face à une adaptation résolument moderne dans sa forme, mais qui se distingue d’autres tentatives comme la série Télémaque par exemple. Cette dernière modernisait complètement le fils d’Ulysse et l’entraînait dans des aventures très dynamiques et spectaculaires, mais simplement inspirées de l’œuvre d’Homère. Ici, il s’agit bien d’une véritable adaptation de L’Odyssée, qui suit de manière assez rigoureuse le déroulé du récit original, en commençant comme chez Homère au moment où Ulysse est délivré de Calypso, puis en le suivant lorsqu’il raconte son périple au roi Alcinoos, le père de Nausicaa. Le dessin et les couleurs de Thomas Labourot participent pleinement à cette modernisation. On est clairement dans une approche visuelle jeune et contemporaine, très éloignée d’un traitement académique qui aurait pu rendre l’ensemble statique ou ennuyeux. Certains choix de design vont même vers un charadesign influencé par les mangas ou les comics. J’apprécie cette approche, notamment dans des personnages comme la néréide Leucothoé, dont le design est vraiment réussi, mais aussi Circée ou Éole, qui bénéficient de représentations originales et marquantes. Côté récit, le défi est énorme : condenser L’Odyssée en deux tomes de moins de 60 pages (les dernières pages de chaque album étant consacrées à un petit dossier documentaire et des quiz). Malheureusement, ce format contraint se ressent, l’adaptation resserrant fortement les événements : on ne voit quasiment rien du voyage lui-même, passant d'une île à la suivante parfois sans transition, comme une suite d’escales traitées de manière très rapide, allant directement à l’essentiel au détriment du temps nécessaire pour installer l’ambiance de chaque évènement. L'île des Lotophages est traitée en une paire de pages environ, l'affrontement et la fuite du cyclope se déroulent à grande vitesse, même le séjour chez Circée ressemble presque à un stop and go. Tout est là et reste compréhensible, mais l’ensemble manque de respiration. Le récit donne parfois l’impression d’être plus trimbalé d’une étape à l’autre que véritablement emporté par l’ampleur épique et la profondeur du voyage. Et cette réserve est bien dommage car j'apprécie grandement l'initiative de moderniser et rendre accessible à de jeunes lecteurs contemporains l'œuvre d’Homère. Après tout, c'est bien grâce au dessin animé Ulysse 31 que je l'avais découverte moi-même et qu'elle m'avait passionnée. Le travail est propre, le dessin est très réussi et l’adaptation est globalement solide. Mais il en ressort une impression de narration un peu trop empressée, qui empêche l’épopée de prendre pleinement son envol. À voir si le second tome reprendra davantage son souffle avant la fin pour mieux l’apprécier.
Monsieur Mardi-Gras Descendres
Il y a des bandes dessinées que l'on admire davantage qu'on ne les aime réellement. Monsieur Mardi-Gras Descendres fait partie de celles-là en ce qui me concerne. D'abord, impossible de ne pas saluer le travail graphique d'Éric Liberge. L'univers qu'il imagine est absolument fascinant : un étrange purgatoire peuplé de squelettes, perdu dans des paysages désolés sous un ciel d'encre. Les décors sont somptueux, les jeux de noir et blanc impressionnants, et l'auteur parvient à donner une incroyable expressivité à des personnages pourtant réduits à quelques ossements. Certaines planches sont tout simplement magnifiques et méritent à elles seules le détour. Le récit possède lui aussi de nombreuses qualités. L'idée de suivre Victor Tourterelle, projeté dans cet au-delà absurde et mélancolique, permet d'aborder des thèmes rarement traités en BD : la mort, le sens de l'existence, la mémoire ou encore la croyance. L'ensemble dégage une ambiance singulière, à la fois poétique, inquiétante et parfois même humoristique. Malheureusement, je suis resté davantage spectateur qu'acteur de cette aventure. Le principal reproche que je ferais à la série est son côté parfois très bavard. Les dialogues et les réflexions philosophiques prennent régulièrement le pas sur l'action, au point de casser le rythme. À plusieurs reprises, j'ai eu l'impression que l'auteur développait ses idées plus qu'il ne racontait son histoire. Cela donne de la profondeur à l'univers, mais cela peut aussi rendre la lecture laborieuse. La richesse du monde imaginé par Liberge est indéniable, mais elle demande un réel investissement de la part du lecteur. On sent que tout est pensé avec cohérence, toutefois le cheminement n'est pas toujours limpide et il faut parfois s'accrocher pour ne pas décrocher. "Monsieur Mardi-Gras Descendres" est ambitieux, original et visuellement exceptionnel mais une lecture qui ne m'a pas totalement convaincu.
Je suis la dernière elfe
Très fortement inspiré du genre comics, ce récit, mélange d’aventure fantastique, de mythologie nordique et de politique contemporaine, est d’une tonalité extrêmement sombre. Se déroulant à notre époque, il raconte comment un groupe de crypto-nazis va tenter de s’emparer d’une épée magique pour dominer le monde. Face à eux, la « jeune Lif », une elfe âgée de 1500 ans qui ne fait pas du tout son âge, hésite à s’engager dans la lutte, pas loin d’y renoncer pour fuir un monde en pleine débâcle. Difficile de ne pas faire le lien avec le contexte international actuel. On peut donc dire que cette bande dessinée reflète parfaitement l’air du temps, hélas peu favorable aux âmes généreuses. Le point fort de « Je suis la dernière elfe » est clairement le dessin, qu’on peut qualifier de stylé. Loin d’être un débutant avec une bonne dizaine de publications à son actif, Marion Mousse dispose d’une palette stylistique très variée pour chacun de ses projets, palette qu’il sait adapter en fonction du propos. Ici, on pense beaucoup aux comics noirs « made in US », dont le digne représentant serait Mike Mignola. Le bémol, car il y a un bémol, se situerait au niveau de la lisibilité. Ici, le clair-obscur est trop envahissant à mon goût, gênant parfois l’identification des personnages. L’enchaînement des cases est par ailleurs trop elliptique, et les séquences de combat souffrent selon moi d’un manque de synchronisation, ce qui nuit à la fluidité de la lecture. Cela semble par ailleurs rejaillir sur la narration de Martin Quenehen, qui peut apparaître quelque peu confuse à certains moments. C’est dommage, parce qu’en dézoomant, on se rend compte que le scénario conserve une certaine cohérence. De plus, pour quiconque n’est pas familiarisé avec la mythologie nordique qui domine toute l’histoire, il faudra sans doute se documenter à propos de plusieurs termes, tout est présenté ici avec le postulat que, par exemple, tout le monde a une bonne connaissance du sujet. L’histoire n’est pas mauvaise en soi et l’idée de départ est loin d’être inintéressante (vraiment !), mais « Je suis la dernière elfe » nécessitera peut-être une deuxième lecture, forcément plus confortable. Au final, les amateurs de fantastique comme de politique peineront néanmoins à s’y retrouver, et même si l’héroïne Lif est assez attachante, il manque un petit plus à cette histoire qui recélait pourtant du potentiel. Ce qui domine ici hélas, c’est l’impression que le projet est inabouti et a été traité de manière un peu superficielle.
Le Plus mauvais groupe du monde
Au premier abord, cette série peut provoquer du rejet. Les dessins, surtout les personnages principaux, sont laids et ont toujours l'air tristes, voire profondément malheureux. Et la bichromie n’arrange rien ici ! Un groupe de musiciens incompétents, chacun jouant de son côté... heureusement que cette BD n'a pas de son ! Ensuite, toutes les deux pages, on a droit à la présentation de nouveaux personnages, des hurluberlus chacun avec des occupations toujours plus délirantes et absurdes. Cela rappelle tous les grands maîtres du conte surréaliste et même plus encore. La BD est très culte (?!), les références littéraires et artistiques sont presque infinies. Mais cela peut constituer une limite pour les lecteurs qui ne veulent pas trop réfléchir ou enquêter. En termes de limites, je me demande aussi si J. C. Fernandes aurait dû prolonger autant la série. Mais pour ceux qui aiment, pas de soucis, tout est dans le monde le plus aberrant possible. P. S. : Fernandes a réussi à faire des histoires avec des dessins encore plus horribles que ceux-ci, et elles sont publiées ! Par contre, il a écrit quelques textes qui ont été dessinés par d'autres auteurs et qui présentent beaucoup d'intérêt et de beauté.
Gully
Je récupéré par le plus grand des hasards les albums de Gully – en édition originale et en excellent état - dans une boîte à livres. Bonne pioche me direz-vous ! Et bien oui. Cette trouvaille, c’est un come back d’une quarantaine d’années en arrière ! Wahou cela ne me rajeuni pas ! Cette série a en effet bercé toute une génération de jeunes lecteurs. Née dans les années 1980, cette bande dessinée signée Pierre Makyo au scénario et Alain Dodier au dessin incarne à elle seule l’esprit de la BD jeunesse de l’époque : des histoires courtes, pleines de malice et de fraîcheur, où chaque album se dévorait d’une traite. Gully, le héros, est un garçon débrouillard et facétieux dont les aventures oscillent entre farces, défis entre amis et petites énigmes du quotidien. Pierre Makyo y déploie un talent certain pour captiver les enfants avec des scénarios simples mais efficaces, où l’humour et l’action se mêlent sans jamais lasser. Les dialogues, vifs et directs, donnent un rythme entraînant à chaque épisode, tandis que les chutes de gag, souvent inattendues, provoquent immanquablement le sourire. Le dessin d Alain Dodier, quant à lui, apporte une touche à la fois réaliste et chaleureuse à l’ensemble. Ses traits précis et ses expressions exagérées rendent les personnages attachants, tandis que les décors, bien que parfois minimalistes, suffisent à planter le décor de chaque aventure. Les planches, aérées et dynamiques, guident le regard du jeune lecteur avec fluidité, sans le perdre dans des détails superflus. Ce qui frappe dans Gully, c’est sa capacité à rester intemporelle. Sans prétention, sans message moralisateur, la série se contentait d’offrir du divertissement pur, et c’est précisément ce qui en fait encore aujourd’hui un plaisir de lecture. Pour les enfants, c’est une excellente introduction à la BD. Pour les adultes, c’est un voyage nostalgique vers une époque où les histoires savaient se contenter d’être drôles, légères et bien racontées. Pour les vieux comme moi, cette aparté nostalgique est délicieuse.
Lozère apocalypse
Un diptyque étonnant, qui mélange plusieurs genres et multiplie les références. Une sorte de survival à la Lost, avec quelque chose de « Seuls » (mais ça s’écarte de ces influences assez rapidement) et, comme aime le faire Silas, une plus ou moins grosse dose d’humour noir ou grinçant, avec quelques petits passages trashouilles. Je ne suis a priori pas fan du dessin (avec de fortes influences manga) ou de la colorisation informatique, mais je dois reconnaitre que le rendu est très lisible et dynamique, expressif – ce qui est l’essentiel après tout. Silas ne se contente pas d’empiler références et clins d’œil, il prend le temps d’installer un univers à la fois loufoque et angoissant, fantastique, SF et un peu absurde. Et des personnages aussi. Très bonne idée au passage dans les premières pages de chaque album de présenter – sous forme de cartes (genre cartes Pokemon) chacun des « Alevins », avec leurs qualités et leurs défauts – et leurs « chances » de s’en sortir). Et le second tome apporte une nouvelle fournée, complexifiant encore plus ce struggle for life improbable. C’est parfois du n’importe quoi assumé – en tout cas l’intrigue est dense (avec une très forte pagination pour chaque album) – mais la lecture est plutôt sympathique.
Justice League - L'Autre Terre
Cette même histoire, sous le titre Terre 2, a effectivement été intégrée dans une autre compilation de JLA. Réalisée par deux Écossais, Grant Morrison et Frank Quitely qui ont collaboré sur plusieurs sagas, elle finira par conduire à des développements dans l'univers DC, comme la Crise sur les Terres Infinites. Le concept d'univers parallèles et inversés n'est pas totalement nouveau, je me souviens du Superman Bizarro, par exemple. Les dessins de Quitely sont bons et comportent certaines séquences spectaculaires, comme celles du Green Lantern ou du Flash. Cependant, il me semble qu'il abuse des images panoramiques et les expressions des personnages sont parfois très figées. Mais la nouveauté ici réside, je crois, dans la remise en question par Morrison du schéma habituel des histoires de super-héros. Lex Luthor comme le seul véritable héros face au Syndicat du Crime d'Amérique ? Dans quel univers sommes-nous ? Au-delà du bien et du mal ? Cette histoire est trop courte pour répondre à toutes ces questions et est en fin de compte un peu simpliste, elle nécessiterait plus de développements.