Une jeune femme découvre après la mort de son père que celui-ci faisait partie d'un groupe protecteurs secrets combattant une armée de démons capables de se cacher parmi les humains, et qu'il lui lègue malgré elle cette lutte contre les forces démoniaques.
L'idée la plus intéressante du récit réside dans l'association entre l'héroïne et l'ancien partenaire de son père, une créature issue d'une ancienne branche de l'humanité contaminée par la Corne mais qui tente de résister à sa nature démoniaque. Ce personnage apporte une certaine nuance au conflit manichéen, puisqu'il n'est ni totalement humain ni totalement démon, et doit constamment lutter contre ses propres pulsions lorsqu'il n'est pas maintenu par un contrôle magique. La mythologie autour de la Corne et de l'Auréole, deux forces primordiales qui influencent l'humanité vers le Mal ou le Bien, apporte également une légère dimension métaphysique, renforcée par la notion de Foi nécessaire pour utiliser les armes des guerriers de l'Auréole.
Mais il ne faut pas s'y tromper : malgré ce background, on reste avant tout dans un pur divertissement d'action. Le récit privilégie les combats spectaculaires, les créatures monstrueuses et une bonne dose de gore plutôt qu'une véritable réflexion sur la nature du Bien et du Mal. L'ensemble fonctionne comme un blockbuster de comics, efficace mais assez classique, avec une intrigue finalement très linéaire qui se résume à une unique mission ponctuée de quelques rebondissements pour éviter un déroulement trop prévisible. Avec un univers aussi riche, il aurait été intéressant de voir davantage d'exploration de ce monde et des personnages, notamment de la relation entre l'héroïne et son partenaire démoniaque.
Le principal atout de l'album reste donc son dessin. Greg Capullo livre des planches impressionnantes, dynamiques et très détaillées, avec des créatures démoniaques assez réussies qui font forcément penser aux démons de Spawn. C'est une lecture agréable et spectaculaire, mais qui laisse aussi l'impression d'être davantage un épisode pilote qu'une aventure pleinement développée.
Spider-Man pas à la hauteur devant Superman
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Il s'agit d'un récit complet et indépendant de tout autre, paru initialement en 1976. Il constitue la première rencontre entre les deux personnages, et la première rencontre entre un personnage de l'univers partagé DC, et un autre de Marvel. Le scénariste est Gerry Conway, le dessinateur Ross Andru, et l'encreur Dick Giordano. Neal Adams a redessiné plusieurs apparitions de Superman, et John Romita junior a apporté des améliorations sur les visages de quelques personnages.
Ce tome est découpé en quatre chapitres, pour une histoire de 92 pages. Dans le premier chapitre, Superman doit se battre contre Lex luthor qui a dérobé un mystérieux composant électronique dans les laboratoires STAR de Metropolis, à bord d'un robot géant. Dans le deuxième chapitre, Spider-Man se bat contre le docteur Octopus dont les hommes de main sont en train de dévaliser le Metropolitan Museum à New York. Les deux criminels se retrouvent dans la même prison, dans des cellules voisines. De son côté, Clark Kent est envoyé à New York pour couvrir une conférence mondiale de reportages, avec l'équipe du Daily Planet. Sur place il croise Peter Parker et l'équipe du Daily Buggle. Lois Lane et Mary-Jane Watson sont enlevées sous leurs yeux par un individu portant le costume de Superman. Il n'en faut pas plus pour que les deux héros revêtent leur costume de Superman et Spider-Man, et bien sûr commencent à se taper dessus suite à une méprise.
Dans son introduction, Gerry Conway explique très bien les règles du jeu de cette histoire, premier crossover du genre, fixant les règles pour tous ceux qui suivront. L'histoire doit être approuvée dans ses moindres détails par les deux équipes de responsables éditoriaux, celle de DC, et celle de Marvel. Les deux superhéros doivent disposer de la même exposition, en termes de nombre de pages (et même de cases) sans que l'un soit mis en avant au détriment de l'autre (les différentes versions de travail de la couverture sont très édifiantes sur ce point). Et bien sûr, l'histoire ne doit absolument rien modifier du statu quo puisque l'accord passé pour cette co-publication est ponctuel, donc Spider-Man ne pourra pas faire référence à Superman dans ses aventures mensuelles, et réciproquement.
Au premier niveau de lecture, il s'agit d'un récit à destination d'un public jeune, avec des superhéros aux valeurs morales sans ambiguïté. Les criminels sont irrémédiablement méchants et rêvent soit de s'enrichir par le vol, soit de devenir maître du monde. Le faux Superman enlève Mary Jane Watson, sans qu'il ne soit jamais expliqué le pourquoi de son acte. Le lecteur a bien sûr le droit au cliché des clichés, avec les deux superhéros qui se tapent dessus avant de discuter. Les personnages se conduisent plus en adolescents (et même en enfants) qu'en adultes (ah ! le fameux coup du seau d'eau au dessus de la porte entrebâillée). Quelques éléments laissent songeur : pourquoi Spider-Man s'est-il tissé des skis en toile pour glisser sur l'air quand il est tiré par Superman ? Mystère, mais ça fait joli. L'intrigue et très linéaire et fourni une escalade de menaces, jusqu'au tsunami se dirigeant sur New York. Les rencontres entre les personnages secondaires des deux séries sont également très superficielles, à un niveau d'interaction limité à l'échange de deux phrases entre d'un côté J. Jonah Jameson, Robbie Robertson, et de l'autre Morgan Edge, Steve Lombard et Perry White.
Les dessins sont moins naïfs que le scénario et bénéficient d'un encrage des plus soignés. Ross Andru réalise des planches à la lisibilité immédiate, avec des superhéros aux postures très iconiques, et des mouvements très fluides. En fonction du scénario, il ne peut faire autrement que de dessiner à deux ou trois reprises des dispositifs enfantins (le vaisseau d'Octopus caché dans l'enveloppe d'un ballon dirigeable, crédibilité zéro, ou encore le vaisseau spatial de Luthor frappé du sigle de l'Injustice Gang, quelle discrétion !). Giordano réalise un encrage d'une précision époustouflante, clair et méticuleux. Si la scène du tsunami manque d'ampleur, les acrobaties de Spider-Man sont très enlevées et Superman impressionne par sa puissance.
Pour un lecteur plus âgé, il se produit un phénomène plus étrange au fil des séquences. Gerry Conway met en scène Superman tel qu'il était défini à l'époque : tout puissant ou presque, avec des utilisations de superpouvoirs très imaginatives. Par contraste, Spider-Man reste un simple être humain doté "uniquement" d'une grande agilité, d'une force surhumaine, d'un sixième sens l'avertissant du danger et de ses lance-toiles. Cet état de fait génère un étrange décalage entre Spider-Man qui doit visiblement faire de vrais efforts pour triompher de ses ennemis, et Superman qui encaisse sans coup férir jusqu'à temps de trouver la bonne manière d'utiliser ses pouvoirs. Ça commence avec la bagarre entre les deux où Luthor a trouvé le moyen d'augmenter la force de Spider-Man pour qu'il tienne le choc face à Superman. D'un côté, le lecteur se rend bien compte que le choix de faire se rencontrer ces deux superhéros est dicté par leur niveau de notoriété similaire, plus que par une logique narrative ; de l'autre côté Spider-Man n'est pas à la hauteur (avec un moment magnifique lorsque Superman prend conscience que si son poing touche le visage de Spider-Man à pleine puissance, il va le pulvériser). Or ce gouffre de niveau de puissance (ou de capacité) ressort à chaque scène où ils sont présents ensemble. Dans l'une des bases de Luthor, un ordinateur explose détruisant les données qu'ils recherchaient. Non seulement Superman pousse Spider-Man pour le mettre en sécurité hors d'atteinte du souffle de l'explosion, mais en plus il reconstruit l'ordinateur à super-vitesse, après coup grâce à sa super-mémoire, sans parler du fait que Spider-Man a mis 10 minutes pour parvenir jusqu'à cette pièce, alors qu'il a suffi à Superman de passer à travers mur.
Du coup cette rencontre qui devait mettre les deux superhéros sur un pied d'égalité se transforme en une série d'humiliations involontaires vis-à-vis de Spider-Man, tout juste bon à retarder les supercriminels pendant que Superman fait le gros du travail. Ils se rencontreront une deuxième fois en 1981, dans une histoire écrite par Jim Shooter, dessinée par John Buscema, et encrée par Joe Sinnott, Terry Austin, Klaus Janson, Bob McLeod, Al Milgrom, Steve Leialoha, Walt Simonson, Bob Layton, Joe Rubinstein et Bob Wiacek.
Même si elle est très courte, cette histoire et les dessins de Tardi m'ont transporté vers une expérience forte que j'ai vécue il y a quelques années. Sans planifier à l'avance, j'ai visité le cimetière du Père-Lachaise un matin d'hiver brumeux. Tout était désert mais le croassement des corbeaux au-dessus de ma tête m'a accompagné tout le temps. Après avoir trouvé les tombes de certains de mes artistes, écrivains et philosophes préférés, j'ai été impressionné par la taille des mausolées de certains présidents de la République. Encore plus, par le mur où les révolutionnaires de la Commune ont été fusillés. Les dessins de Tardi, si caractéristiques, peuvent ne pas plaire à tout le monde, mais sur moi, ils ont exercé ce fort pouvoir d'évocation.
Un recueil de trois histoires courtes, publié en 1981 en format broché (donc après Champakou).
Une fable guerrière de 10 pages, intitulée "Chevaliers, premières armes". Sans grand intérêt, à l'exception du dessin caractéristique de Jeronaton.
Une fable sensuelle de 10 pages, avec pour titre "Femme". Un homme escalade une géante, il n'y a pas de dialogue. Très réussie, dernière planche frappante.
Une fable mystique de 20 pages qui porte le nom de l'album. Pas mal. La fin est attendue, c'est du Jeronaton en mode hippie.
Les planches des deux derniers récits sont de toute beauté, et rivalisent sans problème avec l'esthétique formelle de Champakou.
Une bande recommandée pour parfaire sa connaissance sur cet auteur.
Pas mal est une bonne définition de la BD : j'ai aimé certains aspects mais pas au point de la considérer comme bonne. En fait, c'est typiquement le genre de BD avec pleins de bons sentiments qui ne m'a pas satisfait outre mesure.
La BD est sur les urgences, ou plus globalement les servies hospitaliers, avec toutes les considérations sur l'humain que ça engendre. Les maladies, les morts, les accidents bêtes, les personnes parfois pas malines, etc ... C'est plein de petites anecdotes du milieu, qui se tient avec une histoire centrale de dame qui meurt d'un cancer au dernier étage. Bon, l'ensemble a de la gueule mais ça fait un peu trop "cahier des charges" bien respectés, que ce soit dans le mode de narration ou le côté petite collection d'histoire. De fait, l'intérêt est la façon dont tout ceci est raconté, avec Baptiste Beaulieu qui a une narration portée sur la poétique et les belles lettres. De fait, l'histoire est très bavarde, verbeuse même, avec un ton parfois trop poétique pour son bien. L'ensemble a parfois un parler très terre-à-terre, parfois très élancé dans le lyrisme. Je pense que ça vient de l'adaptation qui a du mettre certains passages et en couper d'autres, le livre étant sans doute plus consistant dans le ton général.
Le dessin va assez bien à la BD de manière générale, même s'il semble plus adapté à une petite BD humoristique qu'a une BD assez lourde (même si elle essaye d'être positive et plus légère). L'ensemble a un charme, le dessin essaye aussi parfois d'être plus sympathique que de simples juxtapositions de cases carrées. Cela dit ça reste pas inoubliable et j'ai noté que l'auteur s'est sacrément amélioré dans ses productions plus récentes
En définitive, je n'ai pas été marqué ni très touchée par la BD. J'ai senti la sincérité du propos, la volonté de ne pas tomber dans le misérabilisme ou le voyeurisme (regardez toutes les façons de mourir !), mais pour autant je pense que je ne retiendrais pas énormément de choses de cette BD. C'est mignon dans sa façon de faire, ça ne remet pas spécialement en question mes croyances et connaissances sur le milieu médical. Voila, une lecture distrayante, quoi.
Bon, la série se laisse lire, mais je l’ai finie quand même assez laborieusement. Il y a quand même des longueurs. Par exemple toute la partie dans le deuxième tome se déroulant dans un ersatz de camp de vacances m’est apparu comme du remplissage n’apportant pas grand-chose à l’histoire.
L’intrigue est un peu fouillis, foutraque, balade le lecteur dans un monde post-apocalypse indéfini, multiplie les personnages et les termes plus ou moins perchés.
Plusieurs choses aèrent quand même un peu le récit. Quelques traits d’humour, des allusions à d’autres univers (paroles de chanson – de Téléphone par exemple – glissées dans un dialogue, personnages jouant avec des bouts de cartes de divers jeux de société connus, etc.).
Le dessin n’est pas forcément mon truc. Très moderne, parfois hésitant. Mais bon, ça passe quand même. Un peu du trait de Strzepek de la série Etoile du Chagrin, pour rester dans un univers proche, même si plus axé fantasy.
Du même auteur, j’avais préféré Pouvoirpoint, série avec laquelle je l’avais découvert je crois.
Note réelle 2,5/5.
Plusieurs choses me font penser que le scénario a été brusquement resserré. D’abord l’indication « Histoire complète en deux tomes » qui ne figure qu’au dos du second. Ensuite une conclusion que j’ai trouvé un peu brutale, trop de choses se « résolvant » en peu de cases et, même s’il y a bien le mot « fin », une suite était tout à fait envisageable, il reste en suspens certaines choses.
Mais, après tout, les auteurs avaient aussi choisi de concentré le récit sur Ellis Island, dans une sorte de huis-clos (que quelques échappées vers la Sicile aèrent un peu), ce qui limitait un peu le développement du récit. Car, forcément, on imagine que les principaux acteurs ont quand même envie de quitter Ellis Island et de mettre les pieds à New-York même.
Ellis Island est pour moi immanquablement marquée par quelques scènes/images de deux films : « L’émigrant » de Chaplin, et « Le Parrain II » de Coppola. Les auteurs ont choisi de rester sur cette île de transit, pour y développer leur récit, même si on y retrouve le traitement inégalitaire (seuls les plus pauvres devaient y passer, contrairement aux catégories plus aisées), inhumain et souvent source de quiproquos aux conséquences catastrophiques pour les migrants (alors que ça a sauvé la vie de Vito Corleone dans le Parrain). On y retrouve aussi l’emprise de la pègre (ici liée à un chef mafieux sicilien).
Le récit se laisse lire, c’est assez fluide et agréable, même si ça manque parfois de rythme et de densité.
Dessin et colorisation sont eux aussi plaisants.
Une lecture agréable, mais la fin qui m’a semblé quelque peu forcée m’a un peu frustré.
Décidément, j’aime bien ces éditions Bandes Détournées, qui publient depuis quelques temps pas mal de choses qui sortent de l’ordinaire. De l’humour con et/ou noir, au service de messages tout ce qu’il y a de plus engagé – à gauche s’entend.
Et cet album ne déroge pas à la règle, qui a fait le succès des précédentes publications. Comme pour leurs précédentes collaborations chez le même éditeur, les auteurs, Bertier et Girard, utilisent des illustrations tirées de vieux magazines américains, libres de droits, qu’ils modifient quelque peu, en y ajoutant des dialogues et textes qui n’ont évidemment rien à voir avec les originaux.
Le décalage est souvent savoureux, d’autant plus qu’on a là des textes moins consensuels et niaiseux je présume que dans les publications originales.
Ces détournements, associés à des textes engagés, font immanquablement penser aux Situationnistes (même si c’est moins théorique et percutant). Le rendu n’est en tout cas pas désagréable.
La petite particularité de cet album est qu’il ajoute une petite contrainte amusante au patchwork de départ. En effet, il est bâti sur le modèle des « livres dont vous êtes le héros », avec en fin de beaucoup de pages plusieurs possibilités offertes au lecteur pour poursuivre sa lecture. J’ai testé plusieurs bifurcations pour une même page, ça fonctionne, même si de toute façon ça renvoie au final à peu près au même délire. D’ailleurs les auteurs encouragent le lecteur à s’émanciper de ce petit « guide ».
Le résultat est inégal, mais globalement amusant, parfois franchement drôle, avec des commentaires pleins d’autodérision, et quelques clins d’œil à des personnes ou situations connues de tous.
Des auteurs et une maison d’édition à suivre !
Note réelle 3,5/5.
Paru en 1990, cet unique album d'Arkan est une curiosité. Il se situe à un moment charnière où la bande dessinée d'aventure commence à aborder des thèmes plus modernes (ici les dérives scientifiques, la pollution et les risques bactériologiques), tout en conservant de nombreux codes hérités des décennies précédentes. Le résultat donne une œuvre à la fois étonnamment datée et attachante.
L'introduction est d'ailleurs assez représentative de ce mélange de tons. On découvre une bande de villageois mutants, fourches à la main et sourire aux lèvres, poursuivant une famille un peu beauf dans une ambiance presque clownesque, renforcée par des chansons menaçantes qui paraissent plus ridicules qu'inquiétantes. Puis, brutalement, la scène bascule dans une violence inattendue lorsque les parents sont massacrés sous les yeux de leurs enfants qui sont sauvés in extremis par les prouesses martiales d'Arkan et Maud. Cette alternance permanente entre aventure sérieuse et éléments presque involontairement comiques ne quittera jamais vraiment l'album.
Les pages suivantes ne sont pas plus naturelles. Une longue conversation avec leur commanditaire sert essentiellement à présenter les héros, leur agence et le contexte de l'enquête. Toutes les informations nécessaires sont là, mais elles sont intégrées de manière assez artificielle et donnent l'impression que les personnages récitent leur fiche de présentation. L'action ne démarre réellement qu'aux alentours de la page 14, ce qui laisse finalement peu d'espace à l'intrigue pour se développer et explique probablement une conclusion très abrupte où tous les problèmes sont miraculeusement réglés en quelques cases seulement, sans aucun suivi des conséquences ni du devenir des personnages.
L'album apparaît également comme un témoin d'une autre époque par son traitement des héros. Arkan est le prototype du héros viril et musclé qui affronte l'adversité à coups de poings, de courage et de techniques de karaté. Plus amusant encore, la série porte son nom (ou plutôt son surnom, que le personnage lui-même trouve ridicule), alors qu'il forme en réalité un duo avec Maud, avec qui il est visiblement en couple. Celle-ci est pourtant tout aussi compétente que lui dans l'action et le combat, mais elle reste constamment reléguée au second plan parce qu'elle est la femme de l'équipe. Un fonctionnement qui rappelle fortement les séries d'aventure des décennies précédentes.
Le dessin d'Edouard Aidans est en revanche d'un bon niveau. Son trait a légèrement vieilli et porte la marque des années 1980-1990, mais l'ensemble est très professionnel et agréable à regarder. Certains visages manquent parfois un peu de finesse, notamment celui d'Arkan qui peut paraître assez niais par moments, tandis que les villageois contaminés ont souvent un aspect un peu grotesque. Maud, en revanche, bénéficie d'un traitement beaucoup plus réussi et se révèle charmante.
C'est donc un album assez curieux, oscillant constamment entre le ridicule plus ou moins assumé et une aventure semi-fantastique racontée avec un sérieux imperturbable. Malgré ses maladresses narratives, son exposition laborieuse et sa fin précipitée, sa lecture conserve un certain charme grâce à ce décalage permanent et au solide dessin d'Aidans. Cette étrange tentative n'aura toutefois pas de suite, la série s'étant arrêtée après ce seul volume. Une curiosité oubliée, imparfaite mais suffisamment atypique pour retenir l'attention des amateurs de bandes dessinées d'aventure de cette période.
Un témoignage intéressant. Et que j’imagine particulièrement intéressant pour quiconque atteint par cette cochonnerie.
Kazu est un jeune assistant mangaka lorsqu’il découvre son cancer des testicules. Il nous raconte donc comment cela a bouleversé sa vie à la fois personnelle et professionnelle. C’est justement parce qu’il ne peut plus assurer ses fonctions d’assistant dessinateur qu’il entame ce récit.
Récit dont on sent qu’il est pour lui à la fois un moyen de reprendre la main sur sa vie, tant au niveau occupation de son temps, maîtrise des évènements médicaux et espoir d’être édité en son nom propre à l’issue de son parcours de soins.
Force est de lui reconnaître un grand courage, heureusement soutenu par son épouse.
Nous suivrons donc l’auteur, essentiellement lors de son hospitalisation et ses soins médicaux. Et également ses relations avec les autres patients atteints eux aussi de cancer.
Cette maladie implique un parcours difficile et long. Et on le sent avec ce récit. Je ne nie pas l’importance que cela a eu pour l’auteur de montrer ce combat, mais je dois avouer que j’aurais bien vu un récit plus condensé.
Ajouté à cela un graphisme que j’ai trouvé un peu simple, où j’ai parfois eu du mal à reconnaître certains personnages, et (mais c’est tout personnel), toujours de la difficulté à m’adapter aux mangas, je sais que je ne le relirai pas.
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Une jeune femme découvre après la mort de son père que celui-ci faisait partie d'un groupe protecteurs secrets combattant une armée de démons capables de se cacher parmi les humains, et qu'il lui lègue malgré elle cette lutte contre les forces démoniaques. L'idée la plus intéressante du récit réside dans l'association entre l'héroïne et l'ancien partenaire de son père, une créature issue d'une ancienne branche de l'humanité contaminée par la Corne mais qui tente de résister à sa nature démoniaque. Ce personnage apporte une certaine nuance au conflit manichéen, puisqu'il n'est ni totalement humain ni totalement démon, et doit constamment lutter contre ses propres pulsions lorsqu'il n'est pas maintenu par un contrôle magique. La mythologie autour de la Corne et de l'Auréole, deux forces primordiales qui influencent l'humanité vers le Mal ou le Bien, apporte également une légère dimension métaphysique, renforcée par la notion de Foi nécessaire pour utiliser les armes des guerriers de l'Auréole. Mais il ne faut pas s'y tromper : malgré ce background, on reste avant tout dans un pur divertissement d'action. Le récit privilégie les combats spectaculaires, les créatures monstrueuses et une bonne dose de gore plutôt qu'une véritable réflexion sur la nature du Bien et du Mal. L'ensemble fonctionne comme un blockbuster de comics, efficace mais assez classique, avec une intrigue finalement très linéaire qui se résume à une unique mission ponctuée de quelques rebondissements pour éviter un déroulement trop prévisible. Avec un univers aussi riche, il aurait été intéressant de voir davantage d'exploration de ce monde et des personnages, notamment de la relation entre l'héroïne et son partenaire démoniaque. Le principal atout de l'album reste donc son dessin. Greg Capullo livre des planches impressionnantes, dynamiques et très détaillées, avec des créatures démoniaques assez réussies qui font forcément penser aux démons de Spawn. C'est une lecture agréable et spectaculaire, mais qui laisse aussi l'impression d'être davantage un épisode pilote qu'une aventure pleinement développée.
Superman vs the Amazing Spider-Man - La Bataille du Siècle
Spider-Man pas à la hauteur devant Superman - Il s'agit d'un récit complet et indépendant de tout autre, paru initialement en 1976. Il constitue la première rencontre entre les deux personnages, et la première rencontre entre un personnage de l'univers partagé DC, et un autre de Marvel. Le scénariste est Gerry Conway, le dessinateur Ross Andru, et l'encreur Dick Giordano. Neal Adams a redessiné plusieurs apparitions de Superman, et John Romita junior a apporté des améliorations sur les visages de quelques personnages. Ce tome est découpé en quatre chapitres, pour une histoire de 92 pages. Dans le premier chapitre, Superman doit se battre contre Lex luthor qui a dérobé un mystérieux composant électronique dans les laboratoires STAR de Metropolis, à bord d'un robot géant. Dans le deuxième chapitre, Spider-Man se bat contre le docteur Octopus dont les hommes de main sont en train de dévaliser le Metropolitan Museum à New York. Les deux criminels se retrouvent dans la même prison, dans des cellules voisines. De son côté, Clark Kent est envoyé à New York pour couvrir une conférence mondiale de reportages, avec l'équipe du Daily Planet. Sur place il croise Peter Parker et l'équipe du Daily Buggle. Lois Lane et Mary-Jane Watson sont enlevées sous leurs yeux par un individu portant le costume de Superman. Il n'en faut pas plus pour que les deux héros revêtent leur costume de Superman et Spider-Man, et bien sûr commencent à se taper dessus suite à une méprise. Dans son introduction, Gerry Conway explique très bien les règles du jeu de cette histoire, premier crossover du genre, fixant les règles pour tous ceux qui suivront. L'histoire doit être approuvée dans ses moindres détails par les deux équipes de responsables éditoriaux, celle de DC, et celle de Marvel. Les deux superhéros doivent disposer de la même exposition, en termes de nombre de pages (et même de cases) sans que l'un soit mis en avant au détriment de l'autre (les différentes versions de travail de la couverture sont très édifiantes sur ce point). Et bien sûr, l'histoire ne doit absolument rien modifier du statu quo puisque l'accord passé pour cette co-publication est ponctuel, donc Spider-Man ne pourra pas faire référence à Superman dans ses aventures mensuelles, et réciproquement. Au premier niveau de lecture, il s'agit d'un récit à destination d'un public jeune, avec des superhéros aux valeurs morales sans ambiguïté. Les criminels sont irrémédiablement méchants et rêvent soit de s'enrichir par le vol, soit de devenir maître du monde. Le faux Superman enlève Mary Jane Watson, sans qu'il ne soit jamais expliqué le pourquoi de son acte. Le lecteur a bien sûr le droit au cliché des clichés, avec les deux superhéros qui se tapent dessus avant de discuter. Les personnages se conduisent plus en adolescents (et même en enfants) qu'en adultes (ah ! le fameux coup du seau d'eau au dessus de la porte entrebâillée). Quelques éléments laissent songeur : pourquoi Spider-Man s'est-il tissé des skis en toile pour glisser sur l'air quand il est tiré par Superman ? Mystère, mais ça fait joli. L'intrigue et très linéaire et fourni une escalade de menaces, jusqu'au tsunami se dirigeant sur New York. Les rencontres entre les personnages secondaires des deux séries sont également très superficielles, à un niveau d'interaction limité à l'échange de deux phrases entre d'un côté J. Jonah Jameson, Robbie Robertson, et de l'autre Morgan Edge, Steve Lombard et Perry White. Les dessins sont moins naïfs que le scénario et bénéficient d'un encrage des plus soignés. Ross Andru réalise des planches à la lisibilité immédiate, avec des superhéros aux postures très iconiques, et des mouvements très fluides. En fonction du scénario, il ne peut faire autrement que de dessiner à deux ou trois reprises des dispositifs enfantins (le vaisseau d'Octopus caché dans l'enveloppe d'un ballon dirigeable, crédibilité zéro, ou encore le vaisseau spatial de Luthor frappé du sigle de l'Injustice Gang, quelle discrétion !). Giordano réalise un encrage d'une précision époustouflante, clair et méticuleux. Si la scène du tsunami manque d'ampleur, les acrobaties de Spider-Man sont très enlevées et Superman impressionne par sa puissance. Pour un lecteur plus âgé, il se produit un phénomène plus étrange au fil des séquences. Gerry Conway met en scène Superman tel qu'il était défini à l'époque : tout puissant ou presque, avec des utilisations de superpouvoirs très imaginatives. Par contraste, Spider-Man reste un simple être humain doté "uniquement" d'une grande agilité, d'une force surhumaine, d'un sixième sens l'avertissant du danger et de ses lance-toiles. Cet état de fait génère un étrange décalage entre Spider-Man qui doit visiblement faire de vrais efforts pour triompher de ses ennemis, et Superman qui encaisse sans coup férir jusqu'à temps de trouver la bonne manière d'utiliser ses pouvoirs. Ça commence avec la bagarre entre les deux où Luthor a trouvé le moyen d'augmenter la force de Spider-Man pour qu'il tienne le choc face à Superman. D'un côté, le lecteur se rend bien compte que le choix de faire se rencontrer ces deux superhéros est dicté par leur niveau de notoriété similaire, plus que par une logique narrative ; de l'autre côté Spider-Man n'est pas à la hauteur (avec un moment magnifique lorsque Superman prend conscience que si son poing touche le visage de Spider-Man à pleine puissance, il va le pulvériser). Or ce gouffre de niveau de puissance (ou de capacité) ressort à chaque scène où ils sont présents ensemble. Dans l'une des bases de Luthor, un ordinateur explose détruisant les données qu'ils recherchaient. Non seulement Superman pousse Spider-Man pour le mettre en sécurité hors d'atteinte du souffle de l'explosion, mais en plus il reconstruit l'ordinateur à super-vitesse, après coup grâce à sa super-mémoire, sans parler du fait que Spider-Man a mis 10 minutes pour parvenir jusqu'à cette pièce, alors qu'il a suffi à Superman de passer à travers mur. Du coup cette rencontre qui devait mettre les deux superhéros sur un pied d'égalité se transforme en une série d'humiliations involontaires vis-à-vis de Spider-Man, tout juste bon à retarder les supercriminels pendant que Superman fait le gros du travail. Ils se rencontreront une deuxième fois en 1981, dans une histoire écrite par Jim Shooter, dessinée par John Buscema, et encrée par Joe Sinnott, Terry Austin, Klaus Janson, Bob McLeod, Al Milgrom, Steve Leialoha, Walt Simonson, Bob Layton, Joe Rubinstein et Bob Wiacek.
20 ans en mai 1871
Même si elle est très courte, cette histoire et les dessins de Tardi m'ont transporté vers une expérience forte que j'ai vécue il y a quelques années. Sans planifier à l'avance, j'ai visité le cimetière du Père-Lachaise un matin d'hiver brumeux. Tout était désert mais le croassement des corbeaux au-dessus de ma tête m'a accompagné tout le temps. Après avoir trouvé les tombes de certains de mes artistes, écrivains et philosophes préférés, j'ai été impressionné par la taille des mausolées de certains présidents de la République. Encore plus, par le mur où les révolutionnaires de la Commune ont été fusillés. Les dessins de Tardi, si caractéristiques, peuvent ne pas plaire à tout le monde, mais sur moi, ils ont exercé ce fort pouvoir d'évocation.
L'OEuf du Monde
Un recueil de trois histoires courtes, publié en 1981 en format broché (donc après Champakou). Une fable guerrière de 10 pages, intitulée "Chevaliers, premières armes". Sans grand intérêt, à l'exception du dessin caractéristique de Jeronaton. Une fable sensuelle de 10 pages, avec pour titre "Femme". Un homme escalade une géante, il n'y a pas de dialogue. Très réussie, dernière planche frappante. Une fable mystique de 20 pages qui porte le nom de l'album. Pas mal. La fin est attendue, c'est du Jeronaton en mode hippie. Les planches des deux derniers récits sont de toute beauté, et rivalisent sans problème avec l'esthétique formelle de Champakou. Une bande recommandée pour parfaire sa connaissance sur cet auteur.
Les Mille et une vies des urgences
Pas mal est une bonne définition de la BD : j'ai aimé certains aspects mais pas au point de la considérer comme bonne. En fait, c'est typiquement le genre de BD avec pleins de bons sentiments qui ne m'a pas satisfait outre mesure. La BD est sur les urgences, ou plus globalement les servies hospitaliers, avec toutes les considérations sur l'humain que ça engendre. Les maladies, les morts, les accidents bêtes, les personnes parfois pas malines, etc ... C'est plein de petites anecdotes du milieu, qui se tient avec une histoire centrale de dame qui meurt d'un cancer au dernier étage. Bon, l'ensemble a de la gueule mais ça fait un peu trop "cahier des charges" bien respectés, que ce soit dans le mode de narration ou le côté petite collection d'histoire. De fait, l'intérêt est la façon dont tout ceci est raconté, avec Baptiste Beaulieu qui a une narration portée sur la poétique et les belles lettres. De fait, l'histoire est très bavarde, verbeuse même, avec un ton parfois trop poétique pour son bien. L'ensemble a parfois un parler très terre-à-terre, parfois très élancé dans le lyrisme. Je pense que ça vient de l'adaptation qui a du mettre certains passages et en couper d'autres, le livre étant sans doute plus consistant dans le ton général. Le dessin va assez bien à la BD de manière générale, même s'il semble plus adapté à une petite BD humoristique qu'a une BD assez lourde (même si elle essaye d'être positive et plus légère). L'ensemble a un charme, le dessin essaye aussi parfois d'être plus sympathique que de simples juxtapositions de cases carrées. Cela dit ça reste pas inoubliable et j'ai noté que l'auteur s'est sacrément amélioré dans ses productions plus récentes En définitive, je n'ai pas été marqué ni très touchée par la BD. J'ai senti la sincérité du propos, la volonté de ne pas tomber dans le misérabilisme ou le voyeurisme (regardez toutes les façons de mourir !), mais pour autant je pense que je ne retiendrais pas énormément de choses de cette BD. C'est mignon dans sa façon de faire, ça ne remet pas spécialement en question mes croyances et connaissances sur le milieu médical. Voila, une lecture distrayante, quoi.
Les Sauroctones
Bon, la série se laisse lire, mais je l’ai finie quand même assez laborieusement. Il y a quand même des longueurs. Par exemple toute la partie dans le deuxième tome se déroulant dans un ersatz de camp de vacances m’est apparu comme du remplissage n’apportant pas grand-chose à l’histoire. L’intrigue est un peu fouillis, foutraque, balade le lecteur dans un monde post-apocalypse indéfini, multiplie les personnages et les termes plus ou moins perchés. Plusieurs choses aèrent quand même un peu le récit. Quelques traits d’humour, des allusions à d’autres univers (paroles de chanson – de Téléphone par exemple – glissées dans un dialogue, personnages jouant avec des bouts de cartes de divers jeux de société connus, etc.). Le dessin n’est pas forcément mon truc. Très moderne, parfois hésitant. Mais bon, ça passe quand même. Un peu du trait de Strzepek de la série Etoile du Chagrin, pour rester dans un univers proche, même si plus axé fantasy. Du même auteur, j’avais préféré Pouvoirpoint, série avec laquelle je l’avais découvert je crois. Note réelle 2,5/5.
Ellis Island
Plusieurs choses me font penser que le scénario a été brusquement resserré. D’abord l’indication « Histoire complète en deux tomes » qui ne figure qu’au dos du second. Ensuite une conclusion que j’ai trouvé un peu brutale, trop de choses se « résolvant » en peu de cases et, même s’il y a bien le mot « fin », une suite était tout à fait envisageable, il reste en suspens certaines choses. Mais, après tout, les auteurs avaient aussi choisi de concentré le récit sur Ellis Island, dans une sorte de huis-clos (que quelques échappées vers la Sicile aèrent un peu), ce qui limitait un peu le développement du récit. Car, forcément, on imagine que les principaux acteurs ont quand même envie de quitter Ellis Island et de mettre les pieds à New-York même. Ellis Island est pour moi immanquablement marquée par quelques scènes/images de deux films : « L’émigrant » de Chaplin, et « Le Parrain II » de Coppola. Les auteurs ont choisi de rester sur cette île de transit, pour y développer leur récit, même si on y retrouve le traitement inégalitaire (seuls les plus pauvres devaient y passer, contrairement aux catégories plus aisées), inhumain et souvent source de quiproquos aux conséquences catastrophiques pour les migrants (alors que ça a sauvé la vie de Vito Corleone dans le Parrain). On y retrouve aussi l’emprise de la pègre (ici liée à un chef mafieux sicilien). Le récit se laisse lire, c’est assez fluide et agréable, même si ça manque parfois de rythme et de densité. Dessin et colorisation sont eux aussi plaisants. Une lecture agréable, mais la fin qui m’a semblé quelque peu forcée m’a un peu frustré.
Le Royaume aux mille réformes
Décidément, j’aime bien ces éditions Bandes Détournées, qui publient depuis quelques temps pas mal de choses qui sortent de l’ordinaire. De l’humour con et/ou noir, au service de messages tout ce qu’il y a de plus engagé – à gauche s’entend. Et cet album ne déroge pas à la règle, qui a fait le succès des précédentes publications. Comme pour leurs précédentes collaborations chez le même éditeur, les auteurs, Bertier et Girard, utilisent des illustrations tirées de vieux magazines américains, libres de droits, qu’ils modifient quelque peu, en y ajoutant des dialogues et textes qui n’ont évidemment rien à voir avec les originaux. Le décalage est souvent savoureux, d’autant plus qu’on a là des textes moins consensuels et niaiseux je présume que dans les publications originales. Ces détournements, associés à des textes engagés, font immanquablement penser aux Situationnistes (même si c’est moins théorique et percutant). Le rendu n’est en tout cas pas désagréable. La petite particularité de cet album est qu’il ajoute une petite contrainte amusante au patchwork de départ. En effet, il est bâti sur le modèle des « livres dont vous êtes le héros », avec en fin de beaucoup de pages plusieurs possibilités offertes au lecteur pour poursuivre sa lecture. J’ai testé plusieurs bifurcations pour une même page, ça fonctionne, même si de toute façon ça renvoie au final à peu près au même délire. D’ailleurs les auteurs encouragent le lecteur à s’émanciper de ce petit « guide ». Le résultat est inégal, mais globalement amusant, parfois franchement drôle, avec des commentaires pleins d’autodérision, et quelques clins d’œil à des personnes ou situations connues de tous. Des auteurs et une maison d’édition à suivre ! Note réelle 3,5/5.
Arkan - L'Ecume du diable
Paru en 1990, cet unique album d'Arkan est une curiosité. Il se situe à un moment charnière où la bande dessinée d'aventure commence à aborder des thèmes plus modernes (ici les dérives scientifiques, la pollution et les risques bactériologiques), tout en conservant de nombreux codes hérités des décennies précédentes. Le résultat donne une œuvre à la fois étonnamment datée et attachante. L'introduction est d'ailleurs assez représentative de ce mélange de tons. On découvre une bande de villageois mutants, fourches à la main et sourire aux lèvres, poursuivant une famille un peu beauf dans une ambiance presque clownesque, renforcée par des chansons menaçantes qui paraissent plus ridicules qu'inquiétantes. Puis, brutalement, la scène bascule dans une violence inattendue lorsque les parents sont massacrés sous les yeux de leurs enfants qui sont sauvés in extremis par les prouesses martiales d'Arkan et Maud. Cette alternance permanente entre aventure sérieuse et éléments presque involontairement comiques ne quittera jamais vraiment l'album. Les pages suivantes ne sont pas plus naturelles. Une longue conversation avec leur commanditaire sert essentiellement à présenter les héros, leur agence et le contexte de l'enquête. Toutes les informations nécessaires sont là, mais elles sont intégrées de manière assez artificielle et donnent l'impression que les personnages récitent leur fiche de présentation. L'action ne démarre réellement qu'aux alentours de la page 14, ce qui laisse finalement peu d'espace à l'intrigue pour se développer et explique probablement une conclusion très abrupte où tous les problèmes sont miraculeusement réglés en quelques cases seulement, sans aucun suivi des conséquences ni du devenir des personnages. L'album apparaît également comme un témoin d'une autre époque par son traitement des héros. Arkan est le prototype du héros viril et musclé qui affronte l'adversité à coups de poings, de courage et de techniques de karaté. Plus amusant encore, la série porte son nom (ou plutôt son surnom, que le personnage lui-même trouve ridicule), alors qu'il forme en réalité un duo avec Maud, avec qui il est visiblement en couple. Celle-ci est pourtant tout aussi compétente que lui dans l'action et le combat, mais elle reste constamment reléguée au second plan parce qu'elle est la femme de l'équipe. Un fonctionnement qui rappelle fortement les séries d'aventure des décennies précédentes. Le dessin d'Edouard Aidans est en revanche d'un bon niveau. Son trait a légèrement vieilli et porte la marque des années 1980-1990, mais l'ensemble est très professionnel et agréable à regarder. Certains visages manquent parfois un peu de finesse, notamment celui d'Arkan qui peut paraître assez niais par moments, tandis que les villageois contaminés ont souvent un aspect un peu grotesque. Maud, en revanche, bénéficie d'un traitement beaucoup plus réussi et se révèle charmante. C'est donc un album assez curieux, oscillant constamment entre le ridicule plus ou moins assumé et une aventure semi-fantastique racontée avec un sérieux imperturbable. Malgré ses maladresses narratives, son exposition laborieuse et sa fin précipitée, sa lecture conserve un certain charme grâce à ce décalage permanent et au solide dessin d'Aidans. Cette étrange tentative n'aura toutefois pas de suite, la série s'étant arrêtée après ce seul volume. Une curiosité oubliée, imparfaite mais suffisamment atypique pour retenir l'attention des amateurs de bandes dessinées d'aventure de cette période.
Mon cancer couillon
Un témoignage intéressant. Et que j’imagine particulièrement intéressant pour quiconque atteint par cette cochonnerie. Kazu est un jeune assistant mangaka lorsqu’il découvre son cancer des testicules. Il nous raconte donc comment cela a bouleversé sa vie à la fois personnelle et professionnelle. C’est justement parce qu’il ne peut plus assurer ses fonctions d’assistant dessinateur qu’il entame ce récit. Récit dont on sent qu’il est pour lui à la fois un moyen de reprendre la main sur sa vie, tant au niveau occupation de son temps, maîtrise des évènements médicaux et espoir d’être édité en son nom propre à l’issue de son parcours de soins. Force est de lui reconnaître un grand courage, heureusement soutenu par son épouse. Nous suivrons donc l’auteur, essentiellement lors de son hospitalisation et ses soins médicaux. Et également ses relations avec les autres patients atteints eux aussi de cancer. Cette maladie implique un parcours difficile et long. Et on le sent avec ce récit. Je ne nie pas l’importance que cela a eu pour l’auteur de montrer ce combat, mais je dois avouer que j’aurais bien vu un récit plus condensé. Ajouté à cela un graphisme que j’ai trouvé un peu simple, où j’ai parfois eu du mal à reconnaître certains personnages, et (mais c’est tout personnel), toujours de la difficulté à m’adapter aux mangas, je sais que je ne le relirai pas.