Fidèle à sa couverture, cette BD se présente modestement comme une pantalonnade divertissante autour d'une invraisemblable escroquerie.
Par son titre et ses illustrations excessivement caricaturales, cette BD impose son horizon d'attente et sa grille de lecture autour de la notion de divertissement.
Si les illustrations peuvent légèrement déplaire dans certains de leurs excès (la bouche de l'acolyte plus large que celle d'un métro), leur imitation trop révérencieuse de Blain, les couleurs sembler bien ternes pour le genre, l'on se réjouit du rythme enlevé déployé, sans lequel l'exubérance aurait perdu bien de son charme. Ainsi, la dramaturgie intègre habilement cette nécessité rythmique via le personnage de l'inspecteur et toutes les péripéties en découlant. Par ailleurs, le cinéphile que je suis goûte grandement l'inattendu hommage au chef-d’œuvre de Lubitsch "Trouble in paradise / Haute pègre" distillé par le beau personnage de Miss Tam-Tam, meneuse de revue à la cleptomanie des plus charmantes.
Léger, assez amusant et parfaitement divertissant, ni plus ni moins.
Comme beaucoup d’autres avant lui ces derniers temps, Rudy Spiessert nous propose ici un condensé d’humour con et surtout absurde. Je ne sais pas si cela vient du fait que je lise beaucoup d’albums de ce type, et que du coup je suis blasé, mais je suis sorti un chouia déçu de cette lecture.
Spiessert va souvent jusqu’au bout d’idées totalement farfelues, loufoques. Il dépasse la simple parodie décalée d’un super-héros débile, pour empiler dialogues et situations absurdes. On atteint même parfois quelque chose de poétique, presque surréaliste, un univers dans lequel humains et objets du quotidien et personnages plus ou moins hybrides (voire parties du corps humain) ont le même statut.
L’humour en lui-même ne fonctionne pas forcément – en tout cas je n’ai pas vraiment ri. J’ai par contre souri à plusieurs reprises, et j’ai jusqu’au bout été curieux de voir jusqu’où Spiessert aller pouvoir pousser le curseur.
Au final, même si je m’attendais à trouver cet album plus drôle, je reconnais son originalité – qui ne plaira sans doute pas à tous les lecteurs habituels de Fluide.
Note réelle 2,5/5.
J'aime bien l'idée que l'Europe finisse par avoir ses superhéros, ce qui en plus avec le lâchage américain de l'Europe aujourd'hui, tombe bien... Une Défense... et des héros a soi ne sont pas de trop. Et donc cette bd et d'autres du même genre sont, en somme, une mise à niveau bien nécessaire. De plus le dessin est bien, on ne dira pas génial. Il y a l'idée de base aussi : les superhéros seraient générés par les villes, quand on en a d'assez grosses, ils adviennent. La puissance est une question d'échelle, ce qui est largement le cas, dans la vie.
Cependant, crouler sous le nombre de prestigieux invité dans cette histoire ne garantit pas qu'elle soit passionnante. Assez intéressante, c'est tout… Tandis que dans Fables ( je suis au quatrième tome ) je suis avec entrain voire passion les aventures de nos fables, parole de commun !
Un documentaire sur les anxieux et cela tombe bien je suis souvent anxieux moi-même !
J'ai appris des trucs dans ce one-shot qui est dans la moyenne des documentaires en BD. Ceux qui sont habitués à ce type de BD ne vont pas être dépaysagé. Le dessin est simple et parfois même un peu trop, ça manque un peu de décors par moment c'est un peu vide. On explique les choses de manières simples et efficaces et on ajoute un peu d'humour pour détendre l'atmosphère. Comme c'est trop souvent le cas, le dossier en fin d'album est plus intéressant que la BD elle-même.
Comme je l'ai écrit, on est dans un niveau correcte, mais la narration manque de dynamisme et c'est pas très palpitant à lire.
Une BD qui revisite le conte « la belle au bois dormant ».
Un récit dont la narratrice n'est autre que Briar, une princesse plongée dans un sommeil léthargique. Elle n'attend qu'un baiser de son prince charmant pour se réveiller. Son prince viendra, mais pas fou le gars, point de baiser, juste un mariage pour s'octroyer quelques pouvoirs et ainsi guerroyer au nom du roi. Vous l'aurez compris notre jeune princesse va finir par se réveiller après un siècle de sommeil, mais son monde aura changé.
Un conte qui commence avec ces quelques mots « J'ai le regret de vous informer que le narrateur de mon conte de fées est mort ». Des fées seront présentes et évidemment, dans le lot, il y aura la méchante de service. Une histoire qui va s'éloigner du conte originel au fur et à mesure que l'intrigue avance. La belle va devenir rebelle. Une réécriture qui nous feras découvrir une princesse ambiguë, des compagnons de route originaux et la violence omniprésente dans les différents royaumes. Une intrigue au rythme soutenu qui m'a accroché malgré le fait qu'elle fasse un peu du surplace (ça tourne en rond par moment). Je suis contrarié pour le côté enfantin qui sévit par moment (et donc des dialogues qui vont avec). Le résultat, c'est une histoire de vengeance qui ne sait pas si elle doit viser un jeune public ou un autre plus mâture.
La partie graphique a du charme, elle apporte sa pierre à cet univers médiéval et fantastique.
J'ai une préférence pour le tome 1 et le dessin de German Garcia qui sous une apparence "bâclée" est efficace, expressif et tout en finesse. La colorisation nuancée de Matheus Lopes est réussie.
Pour le second opus, c'est Alex Lins qui est au crayon. Son dessin est plus classique dans un style dynamique et démonstratif. De même pour les couleurs plus tape à l'œil.
Sympathique, sans plus.
Cette intégrale des Lettres de mon moulin a été pour moi une triple découverte. D'abord celle du contenu de ces trois fameux "Meilleurs récits du journal Spirou" dont j'avais tant vu les couvertures dans ma jeunesse sans jamais pouvoir les lire. Ensuite celle des très célèbres Lettres de mon moulin d'Alphonse Daudet, dont j'ai énormément entendu parler sans les avoir jamais lues, au point de ne même pas savoir que La Chèvre de Monsieur Seguin, que je récitais pourtant presque par cœur étant plus jeune, en était issue. Enfin, celle d'une facette de Mitteï que j'ignorais complètement. Je ne le connaissais que comme scénariste et je ne m'attendais pas à découvrir un dessinateur aussi proche de l'École de Marcinelle que j'affectionne tant.
Les premières pages m'ont même fait croire un instant que je lisais du Walthéry, avec quelques accents de Gos et de Will. Son trait est rond, chaleureux, expressif, baigné de ces couleurs lumineuses qui évoquent immédiatement le Spirou de cette époque. C'est un vrai plaisir à parcourir et cela convient parfaitement aux contes provençaux de Daudet. À partir du deuxième tome, en revanche, le dessin évolue vers un style un peu plus réaliste lorsque Mitteï met davantage en scène Daudet lui-même et ses voyages. Personnellement, j'ai trouvé cette évolution moins séduisante et je préfère largement son approche plus franco-belge à gros nez de ces récits de contes.
J'ai ressenti la même chose concernant le contenu. Les adaptations des légendes provençales sont celles qui m'ont le plus plu. Malgré une ambiance souvent très catholique, elles dégagent ce parfum de merveilleux, de traditions populaires et parfois même de conte de Noël qui faisait tout le charme du Spirou d'autrefois. Les récits plus directement consacrés à Daudet, à ses rencontres ou à ses souvenirs de Provence (et un peu de Corse dans le troisième tome) ont un intérêt historique indéniable et permettent de découvrir la vie locale au XIXe siècle, mais ils m'ont moins captivé. J'y ai trouvé un peu trop de conversations, d'anecdotes ou de chroniques locales qui, sans être déplaisantes, peinent davantage à m'embarquer.
Je ne regrette absolument pas cette découverte, ne serait-ce que pour son dessin et pour le plaisir de parcourir enfin une oeuvre aussi emblématique du patrimoine franco-belge que de la littérature française. J'espérais toutefois être un peu plus emporté par les récits eux-mêmes, dont seuls les contes les plus poétiques m'ont réellement marqué.
Comme si souvent avec les albums collectifs, le résultat est assez hétéroclite. Les quarante auteurs réunis ici mettent leur talent au service d'une belle cause (la lutte contre le cancer des enfants), mais chacun le fait à sa manière. Certains racontent des histoires mettant en scène de véritables enfants atteints de la maladie, d'autres évoquent plus largement des enfants malades ou fragilisés, tandis que quelques-uns s'éloignent complètement du sujet pour livrer un récit qui cherche simplement à réchauffer le cœur ou à transmettre un message positif. Certains ressortent des personnages déjà bien connus de leur univers, d'autres créent des histoires inédites spécialement pour l'occasion.
Cette diversité fait à la fois la richesse et la limite de l'album. Les styles graphiques changent à chaque histoire, les sensibilités aussi. Certaines planches sont excellentes, aussi bien sur le fond que sur la forme, d'autres sont plus anecdotiques, parfois un peu convenues ou moins inspirées, même si elles sont toujours portées par de bonnes intentions. Chacun y trouvera sans doute ses préférées en fonction de ses goûts.
Au bout du compte, c'est un recueil inégal, comme le sont souvent les ouvrages de ce genre, mais dont la sincérité et la générosité ne font jamais de doute. L'ensemble se lit agréablement, permet de découvrir ou de retrouver de nombreux auteurs, et surtout de soutenir une initiative qui mérite largement d'être encouragée.
Après plusieurs lecture d'albums d'Emily Carroll, je pense qu'elle est mieux dans les one-shot que dans les histoires courtes. Avec une longue histoire, elle a plus le temps pour bien aborder les thèmes et traiter la psychologique de ses personnages. De plus, ses histoires courtes sont rarement marquantes, du moins celles que j'ai lues.
Dans le lot, seulement la dernière de cet album m'a semblé vraiment bonne. La première est pas mal non plus. Tout ce qui est au milieu est franchement oubliable. On retrouve le défaut récurrent des histoires courtes qui ne semblent pas terminer, on arrête juste brutalement le récit. La principale qualité est le dessin élégant de Carroll qui est un vrai plaisir pour les yeux. Elle sait aussi créer une atmosphère glauque, mais les récits ne sont pas vraiment effrayants. Il faut dire aussi que je trouve que le format BD n'est pas le meilleur medium pour effrayer. J'ai trouvé bien des bandes dessinées glauques, malsaines et dégoutantes, mais j'ai rarement eu vraiment peur en lisant une bd.
C'est un recueil qui se laisse lire.
La présentation de l’éditeur met en avant une proximité avec la Nouvelle vague cinématographique. Pourquoi pas ? On peut y retrouver certaines préoccupations de Rohmer, autour des relations amoureuses. Ou aussi une certaine vision cruelle du couple selon Chabrol.
Toujours est-il que nous suivons – au milieu d’autres personnages, un couple nouvellement formé, sur des bases pas forcément fragiles, mais en tout cas parfois étonnantes. Adam, qui vient de rompre, est amoureux de Juliette (sentiment largement partagé). Alors que le couple semble se lancer dans une relation assez libre, mais classique, Adam se met en tête de « tester » la solidité des sentiments de Juliette et sous une fausse identité, lui tend des « pièges » en lui écrivant une lettre, puis des mails. Il pousse même le vice jusqu’à inciter un de ses potes à se faire passer pour son double, pour voir jusqu’où Juliette résisterait à une éventuelle tentation. Adam dévoile ainsi une personnalité paranoïaque et perverse, malsaine en tout cas.
J’ai un temps cru à une mise en abimes. En effet, les principaux protagonistes masculins étant acteurs ou scénaristes, je me suis demandé si l’on n’avait pas ici une intrigue gigogne dans laquelle réalité et fiction n’auraient fait qu’une. Mais en fait non.
Je n’ai pas trop aimé le procédé consistant parfois à avoir des commentaires de ce que font Juliette ou Adam. C’est artificiel et cela assèche et ralentit la narration. Cela fait bizarre.
Et puis le dernier tiers du second album m’a laissé sur ma faim. Ou plutôt j’ai trouvé étrange cette fin, cette évolution d’un amour qui meure bizarrement.
Reste que l’histoire se laisse globalement lire, et que Bonneval nous propose une comédie sentimentale à laquelle il manque peut-être quelque chose qui l’aurait fait sortir d’une certaine léthargie. Mais malgré mes remarques, la lecture n’est pas si désagréable.
Le dessin de Sterckman n’est pas forcément mon truc, mais il est lisible, avec un trait à la fois moderne et classique, mais qui manque de détails. Qui est aussi parfois un chouia trop figé. Surtout, j’ai plusieurs fois eu du mal à distinguer plusieurs personnages masculin (le héros et un de ses potes), ce qui m’a forcé à quelques retours en arrière.
Note réelle 2,5/5.
Bon, le dessin de Frétet est vraiment le principal attrait de cet album. Quel coup de crayon. Pourtant, pas exempt de menus défauts, mais plus que de qualités techniques proprement dites (parce que certains détails ne sont pas forcément réussis ou « beaux » en eux-mêmes), c’est le rendu que je trouve très beau, avec cette colorisation un peu cuivrée, proche parfois de photos insolées. C’est original et attractif en tout cas.
L’intrigue de la principale histoire (qui donne son titre à l’album) est, comme le dessin, intéressante par certains à-côtés. En effet, la construction du récit est relativement originale, puisque chaque chapitre du principal récit donne successivement le point de vue d’un protagoniste, comme si c’était une course de relai. Cela dynamise ce récit, et renouvelle régulièrement centres d’intérêt et points de vue. Par contre la conclusion est franchement confuse et part dans tous les sens.
« African Queen » est une histoire un peu bizarre. Nous suivons une Diane qui s’occupe de gorilles dans la jungle africaine. On part sur une sorte de récit d’une Diane Fossey (fantasmée par une jeune yougoslave !?) – mais qui aurait des allures de Druuna et des fantasmes bestiaux. C’est court, délirant, et plus illustré que construit.
« Journal intime d’un dessinateur licencieux » présente une série de rencontres qu’aurait fait une sorte de double de l’auteur : des dames de la haute société le plus souvent. Un court texte, un ou deux dessins présentant les relations sexuelles entre eux. C’est probablement un carnet d’esquisses (d’histoires et de dessins) placé ici pour compléter l’album. Il n’y a pas en tout de réelle intrigue.
Au final, c’est globalement plaisant à lire, même si ça reste très léger – en matière d’intrigue essentiellement.
Note réelle 2,5/5.
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L'Homme qui vendit la Tour Eiffel
Fidèle à sa couverture, cette BD se présente modestement comme une pantalonnade divertissante autour d'une invraisemblable escroquerie. Par son titre et ses illustrations excessivement caricaturales, cette BD impose son horizon d'attente et sa grille de lecture autour de la notion de divertissement. Si les illustrations peuvent légèrement déplaire dans certains de leurs excès (la bouche de l'acolyte plus large que celle d'un métro), leur imitation trop révérencieuse de Blain, les couleurs sembler bien ternes pour le genre, l'on se réjouit du rythme enlevé déployé, sans lequel l'exubérance aurait perdu bien de son charme. Ainsi, la dramaturgie intègre habilement cette nécessité rythmique via le personnage de l'inspecteur et toutes les péripéties en découlant. Par ailleurs, le cinéphile que je suis goûte grandement l'inattendu hommage au chef-d’œuvre de Lubitsch "Trouble in paradise / Haute pègre" distillé par le beau personnage de Miss Tam-Tam, meneuse de revue à la cleptomanie des plus charmantes. Léger, assez amusant et parfaitement divertissant, ni plus ni moins.
Bruno le barbare
Comme beaucoup d’autres avant lui ces derniers temps, Rudy Spiessert nous propose ici un condensé d’humour con et surtout absurde. Je ne sais pas si cela vient du fait que je lise beaucoup d’albums de ce type, et que du coup je suis blasé, mais je suis sorti un chouia déçu de cette lecture. Spiessert va souvent jusqu’au bout d’idées totalement farfelues, loufoques. Il dépasse la simple parodie décalée d’un super-héros débile, pour empiler dialogues et situations absurdes. On atteint même parfois quelque chose de poétique, presque surréaliste, un univers dans lequel humains et objets du quotidien et personnages plus ou moins hybrides (voire parties du corps humain) ont le même statut. L’humour en lui-même ne fonctionne pas forcément – en tout cas je n’ai pas vraiment ri. J’ai par contre souri à plusieurs reprises, et j’ai jusqu’au bout été curieux de voir jusqu’où Spiessert aller pouvoir pousser le curseur. Au final, même si je m’attendais à trouver cet album plus drôle, je reconnais son originalité – qui ne plaira sans doute pas à tous les lecteurs habituels de Fluide. Note réelle 2,5/5.
La Brigade Chimérique
J'aime bien l'idée que l'Europe finisse par avoir ses superhéros, ce qui en plus avec le lâchage américain de l'Europe aujourd'hui, tombe bien... Une Défense... et des héros a soi ne sont pas de trop. Et donc cette bd et d'autres du même genre sont, en somme, une mise à niveau bien nécessaire. De plus le dessin est bien, on ne dira pas génial. Il y a l'idée de base aussi : les superhéros seraient générés par les villes, quand on en a d'assez grosses, ils adviennent. La puissance est une question d'échelle, ce qui est largement le cas, dans la vie. Cependant, crouler sous le nombre de prestigieux invité dans cette histoire ne garantit pas qu'elle soit passionnante. Assez intéressante, c'est tout… Tandis que dans Fables ( je suis au quatrième tome ) je suis avec entrain voire passion les aventures de nos fables, parole de commun !
Le Club des anxieux qui se soignent - Comment combattre l'anxiété
Un documentaire sur les anxieux et cela tombe bien je suis souvent anxieux moi-même ! J'ai appris des trucs dans ce one-shot qui est dans la moyenne des documentaires en BD. Ceux qui sont habitués à ce type de BD ne vont pas être dépaysagé. Le dessin est simple et parfois même un peu trop, ça manque un peu de décors par moment c'est un peu vide. On explique les choses de manières simples et efficaces et on ajoute un peu d'humour pour détendre l'atmosphère. Comme c'est trop souvent le cas, le dossier en fin d'album est plus intéressant que la BD elle-même. Comme je l'ai écrit, on est dans un niveau correcte, mais la narration manque de dynamisme et c'est pas très palpitant à lire.
Briar - La Rebelle au bois dormant
Une BD qui revisite le conte « la belle au bois dormant ». Un récit dont la narratrice n'est autre que Briar, une princesse plongée dans un sommeil léthargique. Elle n'attend qu'un baiser de son prince charmant pour se réveiller. Son prince viendra, mais pas fou le gars, point de baiser, juste un mariage pour s'octroyer quelques pouvoirs et ainsi guerroyer au nom du roi. Vous l'aurez compris notre jeune princesse va finir par se réveiller après un siècle de sommeil, mais son monde aura changé. Un conte qui commence avec ces quelques mots « J'ai le regret de vous informer que le narrateur de mon conte de fées est mort ». Des fées seront présentes et évidemment, dans le lot, il y aura la méchante de service. Une histoire qui va s'éloigner du conte originel au fur et à mesure que l'intrigue avance. La belle va devenir rebelle. Une réécriture qui nous feras découvrir une princesse ambiguë, des compagnons de route originaux et la violence omniprésente dans les différents royaumes. Une intrigue au rythme soutenu qui m'a accroché malgré le fait qu'elle fasse un peu du surplace (ça tourne en rond par moment). Je suis contrarié pour le côté enfantin qui sévit par moment (et donc des dialogues qui vont avec). Le résultat, c'est une histoire de vengeance qui ne sait pas si elle doit viser un jeune public ou un autre plus mâture. La partie graphique a du charme, elle apporte sa pierre à cet univers médiéval et fantastique. J'ai une préférence pour le tome 1 et le dessin de German Garcia qui sous une apparence "bâclée" est efficace, expressif et tout en finesse. La colorisation nuancée de Matheus Lopes est réussie. Pour le second opus, c'est Alex Lins qui est au crayon. Son dessin est plus classique dans un style dynamique et démonstratif. De même pour les couleurs plus tape à l'œil. Sympathique, sans plus.
Les Lettres de mon Moulin
Cette intégrale des Lettres de mon moulin a été pour moi une triple découverte. D'abord celle du contenu de ces trois fameux "Meilleurs récits du journal Spirou" dont j'avais tant vu les couvertures dans ma jeunesse sans jamais pouvoir les lire. Ensuite celle des très célèbres Lettres de mon moulin d'Alphonse Daudet, dont j'ai énormément entendu parler sans les avoir jamais lues, au point de ne même pas savoir que La Chèvre de Monsieur Seguin, que je récitais pourtant presque par cœur étant plus jeune, en était issue. Enfin, celle d'une facette de Mitteï que j'ignorais complètement. Je ne le connaissais que comme scénariste et je ne m'attendais pas à découvrir un dessinateur aussi proche de l'École de Marcinelle que j'affectionne tant. Les premières pages m'ont même fait croire un instant que je lisais du Walthéry, avec quelques accents de Gos et de Will. Son trait est rond, chaleureux, expressif, baigné de ces couleurs lumineuses qui évoquent immédiatement le Spirou de cette époque. C'est un vrai plaisir à parcourir et cela convient parfaitement aux contes provençaux de Daudet. À partir du deuxième tome, en revanche, le dessin évolue vers un style un peu plus réaliste lorsque Mitteï met davantage en scène Daudet lui-même et ses voyages. Personnellement, j'ai trouvé cette évolution moins séduisante et je préfère largement son approche plus franco-belge à gros nez de ces récits de contes. J'ai ressenti la même chose concernant le contenu. Les adaptations des légendes provençales sont celles qui m'ont le plus plu. Malgré une ambiance souvent très catholique, elles dégagent ce parfum de merveilleux, de traditions populaires et parfois même de conte de Noël qui faisait tout le charme du Spirou d'autrefois. Les récits plus directement consacrés à Daudet, à ses rencontres ou à ses souvenirs de Provence (et un peu de Corse dans le troisième tome) ont un intérêt historique indéniable et permettent de découvrir la vie locale au XIXe siècle, mais ils m'ont moins captivé. J'y ai trouvé un peu trop de conversations, d'anecdotes ou de chroniques locales qui, sans être déplaisantes, peinent davantage à m'embarquer. Je ne regrette absolument pas cette découverte, ne serait-ce que pour son dessin et pour le plaisir de parcourir enfin une oeuvre aussi emblématique du patrimoine franco-belge que de la littérature française. J'espérais toutefois être un peu plus emporté par les récits eux-mêmes, dont seuls les contes les plus poétiques m'ont réellement marqué.
La BD qui fait du bien
Comme si souvent avec les albums collectifs, le résultat est assez hétéroclite. Les quarante auteurs réunis ici mettent leur talent au service d'une belle cause (la lutte contre le cancer des enfants), mais chacun le fait à sa manière. Certains racontent des histoires mettant en scène de véritables enfants atteints de la maladie, d'autres évoquent plus largement des enfants malades ou fragilisés, tandis que quelques-uns s'éloignent complètement du sujet pour livrer un récit qui cherche simplement à réchauffer le cœur ou à transmettre un message positif. Certains ressortent des personnages déjà bien connus de leur univers, d'autres créent des histoires inédites spécialement pour l'occasion. Cette diversité fait à la fois la richesse et la limite de l'album. Les styles graphiques changent à chaque histoire, les sensibilités aussi. Certaines planches sont excellentes, aussi bien sur le fond que sur la forme, d'autres sont plus anecdotiques, parfois un peu convenues ou moins inspirées, même si elles sont toujours portées par de bonnes intentions. Chacun y trouvera sans doute ses préférées en fonction de ses goûts. Au bout du compte, c'est un recueil inégal, comme le sont souvent les ouvrages de ce genre, mais dont la sincérité et la générosité ne font jamais de doute. L'ensemble se lit agréablement, permet de découvrir ou de retrouver de nombreux auteurs, et surtout de soutenir une initiative qui mérite largement d'être encouragée.
Dans les bois
Après plusieurs lecture d'albums d'Emily Carroll, je pense qu'elle est mieux dans les one-shot que dans les histoires courtes. Avec une longue histoire, elle a plus le temps pour bien aborder les thèmes et traiter la psychologique de ses personnages. De plus, ses histoires courtes sont rarement marquantes, du moins celles que j'ai lues. Dans le lot, seulement la dernière de cet album m'a semblé vraiment bonne. La première est pas mal non plus. Tout ce qui est au milieu est franchement oubliable. On retrouve le défaut récurrent des histoires courtes qui ne semblent pas terminer, on arrête juste brutalement le récit. La principale qualité est le dessin élégant de Carroll qui est un vrai plaisir pour les yeux. Elle sait aussi créer une atmosphère glauque, mais les récits ne sont pas vraiment effrayants. Il faut dire aussi que je trouve que le format BD n'est pas le meilleur medium pour effrayer. J'ai trouvé bien des bandes dessinées glauques, malsaines et dégoutantes, mais j'ai rarement eu vraiment peur en lisant une bd. C'est un recueil qui se laisse lire.
Adam et Elle
La présentation de l’éditeur met en avant une proximité avec la Nouvelle vague cinématographique. Pourquoi pas ? On peut y retrouver certaines préoccupations de Rohmer, autour des relations amoureuses. Ou aussi une certaine vision cruelle du couple selon Chabrol. Toujours est-il que nous suivons – au milieu d’autres personnages, un couple nouvellement formé, sur des bases pas forcément fragiles, mais en tout cas parfois étonnantes. Adam, qui vient de rompre, est amoureux de Juliette (sentiment largement partagé). Alors que le couple semble se lancer dans une relation assez libre, mais classique, Adam se met en tête de « tester » la solidité des sentiments de Juliette et sous une fausse identité, lui tend des « pièges » en lui écrivant une lettre, puis des mails. Il pousse même le vice jusqu’à inciter un de ses potes à se faire passer pour son double, pour voir jusqu’où Juliette résisterait à une éventuelle tentation. Adam dévoile ainsi une personnalité paranoïaque et perverse, malsaine en tout cas. J’ai un temps cru à une mise en abimes. En effet, les principaux protagonistes masculins étant acteurs ou scénaristes, je me suis demandé si l’on n’avait pas ici une intrigue gigogne dans laquelle réalité et fiction n’auraient fait qu’une. Mais en fait non. Je n’ai pas trop aimé le procédé consistant parfois à avoir des commentaires de ce que font Juliette ou Adam. C’est artificiel et cela assèche et ralentit la narration. Cela fait bizarre. Et puis le dernier tiers du second album m’a laissé sur ma faim. Ou plutôt j’ai trouvé étrange cette fin, cette évolution d’un amour qui meure bizarrement. Reste que l’histoire se laisse globalement lire, et que Bonneval nous propose une comédie sentimentale à laquelle il manque peut-être quelque chose qui l’aurait fait sortir d’une certaine léthargie. Mais malgré mes remarques, la lecture n’est pas si désagréable. Le dessin de Sterckman n’est pas forcément mon truc, mais il est lisible, avec un trait à la fois moderne et classique, mais qui manque de détails. Qui est aussi parfois un chouia trop figé. Surtout, j’ai plusieurs fois eu du mal à distinguer plusieurs personnages masculin (le héros et un de ses potes), ce qui m’a forcé à quelques retours en arrière. Note réelle 2,5/5.
Sex Addict Story
Bon, le dessin de Frétet est vraiment le principal attrait de cet album. Quel coup de crayon. Pourtant, pas exempt de menus défauts, mais plus que de qualités techniques proprement dites (parce que certains détails ne sont pas forcément réussis ou « beaux » en eux-mêmes), c’est le rendu que je trouve très beau, avec cette colorisation un peu cuivrée, proche parfois de photos insolées. C’est original et attractif en tout cas. L’intrigue de la principale histoire (qui donne son titre à l’album) est, comme le dessin, intéressante par certains à-côtés. En effet, la construction du récit est relativement originale, puisque chaque chapitre du principal récit donne successivement le point de vue d’un protagoniste, comme si c’était une course de relai. Cela dynamise ce récit, et renouvelle régulièrement centres d’intérêt et points de vue. Par contre la conclusion est franchement confuse et part dans tous les sens. « African Queen » est une histoire un peu bizarre. Nous suivons une Diane qui s’occupe de gorilles dans la jungle africaine. On part sur une sorte de récit d’une Diane Fossey (fantasmée par une jeune yougoslave !?) – mais qui aurait des allures de Druuna et des fantasmes bestiaux. C’est court, délirant, et plus illustré que construit. « Journal intime d’un dessinateur licencieux » présente une série de rencontres qu’aurait fait une sorte de double de l’auteur : des dames de la haute société le plus souvent. Un court texte, un ou deux dessins présentant les relations sexuelles entre eux. C’est probablement un carnet d’esquisses (d’histoires et de dessins) placé ici pour compléter l’album. Il n’y a pas en tout de réelle intrigue. Au final, c’est globalement plaisant à lire, même si ça reste très léger – en matière d’intrigue essentiellement. Note réelle 2,5/5.