L'Odeur du fer

Note: 3.67/5
(3.67/5 pour 3 avis)

L’odeur du fer est une bande dessinée de fantasy qui prend le contre-pied des récits épiques, dans lequel l’héroïsme se manifeste par l’entraide et l’empathie.


Les coups de coeur des internautes Les petits éditeurs indépendants Young Adult

La jeune Élaine est une renifleuse, une synesthète capable de sentir la magie. Ambre est son maître, chargée de lui apprendre les rudiments du commerce d’objets magiques. Ensemble, elles parcourent le royaume pour vendre leurs breloques… Mais bien vite, le paisible voyage tourne à la course-poursuite mortelle.

Scénario
Dessin
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution Octobre 2025
Statut histoire One shot 1 tome paru

Couverture de la série L'Odeur du fer © Même Pas Mal 2025
Les notes
Note: 3.67/5
(3.67/5 pour 3 avis)
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22/11/2025 | Canarde
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Par gruizzli
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
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J'achète rarement des BD en ce moment, faute de place et de moyens, empruntant massivement à la bibliothèque municipale. Mais j'ai fait une exception pour celle-ci. Parce que j'avais envie de soutenir l'auteur, Bathroom Quest, que je suis assidument depuis ses débuts sur Glory Owl. En effet, j'ai découvert l'auteur avec ce fameux blog de gags trash, potache et scato, mais jamais débile non plus. En les relisant, il y a déjà en essence dedans des thématiques qu'on retrouvera ici, comme la solitude contemporaine, l'absurdité de notre monde ou les considérations politiques. Et justement, c'est toute cette richesse sous-jacente d'un blog BD défouloir qui se retrouve ici. La BD est bien plus sérieuse que son autre œuvre, avec une œuvre de fantasy qui parle avant tout de notre monde de la réalité véritable, parce que l'auteur à des choses à en dire. Cette histoire-ci est un détournement des récits de fantasy classique, avec ici une histoire principale dont nous sommes volontairement privés pour nous concentrer sur des gens du communs, de simples passants de cette grande histoire qui se déroule derrière. D'ailleurs tout ceci peut être frustrant pour certains, notamment parce qu'on sent qu'une vraie histoire se dessine derrière celle-ci, une histoire de trahison, de puissance et de monde qui change. Mais intelligemment, cette frustration du lecteur apporte le message de la BD : ne sommes-nous pas constamment spectateurs du monde, sans y participer et souvent en en subissant les effets ? Car c'est bien le propos de la BD : les petites gens tentent de survivre, dans un monde où ceux qui ont le pouvoir s'arrogent des droits, et ceux qui trinquent, c'est ceux d'en bas. La BD montre un pouvoir utilisant l'énergie ... pardon, la magie pour son prestige plutôt que pour son peuple, des guerriers dont la violence se répercute sur ceux qui veulent juste vivre tranquillement, tandis que les guerres se font pour des égos de princes, etc ... C'est une critique de l'arrogance et de la morgue des puissants qui ne se soucient pas le moins du monde des conséquences de leurs actes, clairement, mais la BD va plus loin et c'est ce qui me l'a fait apprécier pleinement. La BD ne se contente pas de dire que le pouvoir c'est mal, il montre aussi une société qui est pleine de faille, à cause du capitalisme. Je sais, on peut vite m'accuser d'extrapoler et d'appliquer ma propre vision du monde à une œuvre qui n'est pas explicite, mais franchement je ne pense pas être à côté de la plaque en disant que cette BD parle de capitalisme. Si l'histoire de la BD montre des gens subirent les conséquences des puissants, elle montre aussi un monde avide, rongé par l'argent et la cupidité, l'envie de toujours avoir plus quitte à arnaquer des gens ou les rouler. La guilde des marchands, présenté comme un mal nécessaire, exploite aussi la misère, s'enrichit sur les guerres et profite des autres. Comme la morale de "Mère courage et ses enfants", les gens qui profitent en marge des guerres se trompent tout autant que ceux qui font la guerre. Et j'aime bien que la BD soit surtout l'évolution de Elaine, personnage qui refuse ce monde parce qu'elle le trouve amoral. D'ailleurs la fin est assez explicite sur le sujet : presque brutal avec sa coupure par rapport au reste, Elaine prend une décision qui va dans le sens du reste : refus de la guerre, de la violence de l'argent, de l'hégémonie des guildes et des pouvoirs. J'extrapole sans doute, mais je trouve que le récit à un propos anarchiste, qui propose une lecture sans concession de notre réalité. Et ça fait plaisir ! Au-delà de cette lecture que j'ai apprécié et qui transpire à toute les pages, le récit prend le temps de se poser avec des jolies planches muettes et un voyage qui permettra de multiplier les rencontres enrichissant les points de vue proposés. Une très bonne façon de faire, au vu des thématiques abordées. Mais en parlant du dessin, je vais encore faire un écart bien trop long. L'auteur a exposé dans ses remerciements d'ouvertures une personne pour lui avoir soufflé l'idée de mettre des femmes en avant. L'idée est chouette mais j'ajouterais que le trait de Bathroom Quest propose un bestiaire étrange, une sorte de fantasy loin des codes. En dépouillant le dessin de bon nombre de détails, il propose des gens dont la race n'est jamais clairement identifié dans un bestiaire de fantasy classique (pas d'elfes, de nains, de trolls ...) mais des propositions de formes et morphologies étranges. Et combiné au ton du récit, l'ensemble donne quelque chose de très peu genré. Les personnages principaux sont des femmes, clairement, mais le récit ne prend aucun parti de genre. Ce serait des hommes, des trans, des non-binaires qu'on ne changerait ni le récit ni le déroulé. Et c'est franchement agréable de voir des récits qui embrassent pleinement cette idée : n'attacher aucune notion au genre du personnage. Contrairement à d'autres récits qui veulent trop appuyer le genre et finissent par tomber dans le cliché, même positif, ici Bathroom Quest arrive à faire un récit de personnages dont le lecteur peut se foutre du genre. C'est le genre de BD que j'aurais envie d'utiliser comme exemple pour montrer ce qu'est la déconstruction des genres, et je ne m'y attendais pas. Un excellent point selon moi. Bon, je chante les louanges de la BD depuis un petit moment et maintenant, je dois bien dire en conclusion que cette BD est bonne, même très bonne. Mais pas parfaite, ni excellente non plus. Elle me plait beaucoup par ce qu'elle dit et la façon dont elle le dit. Cependant, la BD peut frustrer par l'absence de présentation du background qui fait riche et dense mais n'est pas le sujet, de même que la fin me parait un poil brutal. J'aurais apprécié deux trois pages de plus sur chaque personnage qui quitte l'histoire trop vite à mon gout. Cela dit, ça fait ressortir encore plus brutalement le choix de Elaine, ce qui est aussi un bon point. Le problème d'écrire cet avis, c'est que je sens que je suis trop enthousiaste par rapport aux attentes que d'autres auront ensuite. C'est une bonne BD, qui a des choses à dire et le fait bien, présente une histoire au point de vue originale mais sans non plus en faire trop. Si vous en attendez plus, vous serez sans doute déçu. Mais pour ma part, je n'en attendais pas grand chose et je suis comblé, donc je m'épanche un peu trop sur ce qui ressort de bien. Et puis honnêtement, si ça vous encourage à la lire, je ne peux qu'être content !

28/03/2026 (modifier)
Par grogro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
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Globalement, je suis du même avis que Canarde, sans compter qu'à moi aussi, L'odeur du fer a rappelé bien des références dont Christopher Hittinger et Joe Daly (Dungeon Quest) sont les principales. Mais le charme de cette BD a su produire chez moi un effet narcotique certain. Même ses défauts m'ont séduit, c'est dire... Tout d'abord, il y a l'édition en elle-même : le format est agréable, tout comme cet effet Grip quand on l'empoigne. M'est avis que ça ne doit pas être super écolo, mais bon, si on compare l'industrie BD à celle de la bagnole, y a point photo ! La couverture est très chouette : effet métallique du titre légèrement gaufré, couleurs chatoyantes. Et bien entendu, c'est le dessin la raison principale de ma satisfaction. Il est plein de finesse. Le mélange des genres, en ce qui concerne le traitement des visages des personnages, ne m'a absolument pas perturbé, bien au contraire. J'ai trouvé ça vraiment original, ce qui m'a d'ailleurs rappelé une autre BD : Les derniers jours d'un immortel. Oui, ce dessin est plein de charmes avec son petit côté indé : finesse des traits je le disais, mais aussi justesse des pauses, expressions des visages dont les formes sont quelquefois à la limite de l'abstraction, détails des paysages ou des contextes urbains, quand il faut, où il faut, sans écraser les cases, juste ce qu'il faut pour générer une ambiance forte... Bref : c'est frais comme un gardon. Le scénario est bien et dit quelque chose de notre époque, surtout dans sa conclusion (mais chuuuuutttt). On pourra aisément formuler des griefs concernant les situations qui se dénouent parfois trop rapidement (la rencontre avec le mage), ou bien contre certains événements peu voire pas expliqués du tout, au risque de rendre l'histoire un brin opaque (on ne saura pas grand chose du réveil du fameux démon...). Mais c'est aussi ce qui fait la force de cette histoire : on est avec les protagonistes, on suit leurs aventures qui percutent parfois les événements (la "Grande Histoire" dirait-on d'une BD historique), mais les personnages s'efforcent de tracer leur propre chemin (ce qui est une philosophie de vie à laquelle je suis très sensible). C'est très jeuderolesque. Enfin, j'aime les personnages Ambre et Elaine, originaux à souhait. J'aime les questionnements d'Elaine, questionnements qui la conduiront à l'émancipation de ses maitres et de la guilde à laquelle elle appartient. Un coup de cœur n'est pas nécessairement une œuvre parfaite, mais il est coup de cœur parce qu'il sait toucher une part intime en soi. Alors oui, je crois pouvoir dire que L'odeur du fer est un coup de cœur.

10/12/2025 (modifier)
Par Canarde
Note: 3/5
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Une atmosphère originale surtout grâce au dessin noir et blanc, dans une stylisation inhabituelle. La division des genres est indiscernable pour beaucoup de personnages et cela contribue aussi à ce léger trouble pas désagréable et peu courant dans le fantasy. L'ambiance et le ressort dramatique m'ont fait pensé à deux BD. D'abord à Traquemage pour ce monde où les guerriers et les magiciens foutent le bordel alors que le reste du monde essaye simplement de survivre à leurs conneries, mais ici avec beaucoup moins d'humour. Et ensuite à Poisson à Pattes, de Blonk ( moins connu) pour un pseudo moyen-age, glauque et sanguinolant, aux personnages volontairement peu séduisants, comme si le drame devait tenir sans la puissance expressive des visages. Mais ce défit est assez difficile à tenir, les dialogues ne sont pas assez travaillés pour pouvoir remplacer les expressions des visages, ici ultra-simplifiés ( sans nez, comment s'exprimer ?). Je ne sais pas qui se cache derrière Bathroom Quest (quel pseudo !) Mais on sent que ça bouillonne dans son cerveau, et il en sortira quelque chose... Le dessin essaye différentes voies, du minimal, à de beaux morceaux de bravoure ( le démon du trône ou le panorama de la capitale). Le scénario, sur le mode d'un road movie fantasy, reste attachant et agréable même si l'histoire des personnages avant le cours des événements n'est pas assez campée pour que l'identification puisse réellement se faire. Bref un auteur à tenir à l'œil et une belle ( première ?) expérience éditoriale en solo.

22/11/2025 (modifier)