L'histoire se déroule juste après la bataille d’Hastings, pendant la conquête des Normands du royaume d'Angleterre par Guillaume le Bâtard. On va suivre deux femmes et un homme dans un triangle amoureux, et en parallèle ils vont s'atteler à améliorer les défenses de leur village pour résister à l'envahisseur. L'une est la veuve du seigneur de ce village et l'autre est une simple habitante de ce bourg. Lui est un mercenaire danois au sombre passé. Le décor est planté. Une rivalité amoureuse qui donne, comme bien souvent, le mauvais rôle au genre masculin.
Le récit se laisse lire mais je le trouve mal équilibré à mon goût, la partie sentimentale prenant trop le pas sur la partie historique hélas. Un choix assumé de l'auteur, mais il me laisse sur ma faim. Les histoires de cœur (et un peu de cul) de ce trouple ne m'ont pas vraiment passionné (jalousie et non-dits), le rythme est lent, les rebondissements sont attendus et une fin ouverte qui ne laisse guère d'espoir. Mais étrangement, je ne me suis jamais ennuyé et j'ai pris un certain plaisir à suivre les destins tragiques de nos protagonistes.
Un plaisir qui doit beaucoup au dessin de Félix The Rover. Un trait fin à la ligne claire, certes, il est parfois grossier, quelques problèmes de proportions apparaissent ci et là mais son graphisme dégage une identité qui me plaît, elle m'a rappelé sur certaines planches celle de Philip Craig Russel (couleurs et encrage). Une narration qui s'appuie sur cette partie graphique avec de nombreuses planches sans texte.
Par contre, il a déjà la science de la mise en page, simple et efficace.
Un artiste à surveiller.
Pour une première œuvre, c'est plutôt pas mal.
Je vais commencer par une tirade extraite de cette BD : "______________________________________". Vous l'aurez compris, cette BD est muette et cela lui confère de la personnalité.
J'ai été attiré par cette magnifique couverture et le feuilletage rapide m'a vite décidé de repartir avec cet album.
Un résumé rapide : deux huissiers (un homme et une femme) viennent d'expulser une famille, un couple âgé et leur petite-fille, de leur habitation. Nos deux huissiers partent ensuite à la recherche d'une maison pour exécuter une autre expulsion, mais rien ne va se passer comme prévu.
N'ayons pas peur des mots, nos deux huissiers sont des saloperies de la pire espèce, ils appliquent les sentences sans la moindre once d'humanité. Vous croyez au karma ? Parce qu'il va frapper, il sera généreux pour cette jeune femme mise à la rue et terriblement horrible pour notre exécrable binôme. La première va s'extirper de sa misérable condition grâce à la musique, tandis que les seconds vont connaître l'enfer. Nos deux huissiers vont se retrouver dans un lieu hors du temps, une sorte de cour de Dionysos où l'alcool coule à flot évidemment et où le sexe est religion. On pourrait croire qu'ils (les huissiers) vont passer du bon temps, que nenni ! Ils vont être torturé et subir des sévices BDSM. Un récit très violent avec une succession de scènes cruelles. Vraiment !
La narration repose entièrement sur le dessin et elle n'est pas sujet à interprétation. Tout est on ne peut plus limpide. Des destins opposés qui vont se répondre au file des pages. Il va être question de karma, on doit évidemment répondre de ses actes, de musique, de persévérance, mais aussi de pardon et de rédemption. La conclusion avec cette attraction pour l'argent fait mouche. C'est une vision sombre de notre société. Un récit manichéen, ce qui ne m'a pas empêché de prendre du plaisir.
La force de cette BD est incontestablement son graphisme. Un noir et blanc avec toutes les nuances de gris qui dégage une certaine froideur. Un trait fin et soigné qui occupe toute la surface des vignettes avec de superbes arrière-plans. Mais surtout, les postures et l'expressivité des visages permettent de ressentir les émotions de nos protagonistes.
De l'excellent travail.
Simon Bogojevic Narath est un artiste à suivre.
Pour les curieux, les vicieux ou les deux. ;-)
Note réelle : 3,5.
Un Japon contemporain où le folklore japonais vient s'inviter avec les yokais, vous savez ces monstres bizarres, et plus particulièrement les kappas, sortes de tortues semi humaines. Un récit qui va nous faire découvrir cette culture animiste à travers les différentes tribus qui vivent dans le marais. Mais l'avidité humaine mettra en péril ce microcosme. En effet, après le décès d'un kappa une sphère apparaît, elle renferme les souvenirs du défunt et ces souvenirs peuvent être absorbés par celui qui ingurgite cette sphère.
Un récit en lien avec la nature et la famille (et ses secrets). Le rythme est soutenu, mais rien de bien surprenant malgré la diversité des kappas (nombreux clans) et la présence d'une sorcière, ça reste trop convenu. Un récit qui conviendra plutôt à des adolescents ou à de jeunes adultes.
Un dessin un typé manga avec beaucoup de charme. Ramiro Borrallo s'inspire des Tortues Ninja pour créer les kappas, sans pour autant les plagier. Il crée un univers riche et varié. Un trait souple, parfois maladroit, qui rend bien l'atmosphère inquiétante du marais. Une colorisation réussie.
Du bon boulot.
Une lecture sympathique, mais je n'y reviendrai pas.
Un manga (mais un animé aussi) qui se lit à la mode européenne.
Pourquoi ce titre Afro Samurai ? Afro est un samouraï noir à la tignasse crépue.
Un récit basé sur la vengeance, notre Afro (et aussi affreux) veut venger la mort de son père, pour cela il va partir à la recherche de son meurtrier : N°1 (un homme avec le pouvoir d'un dieu). Une numérotation (qui rappellera une célèbre série pour les plus anciens) non expliquée, mais on devine une hiérarchisation dans ce "panthéon". J'ai oublié de vous signaler que le papa d'Afro était N°2.
On va donc assister - dans un Japon féodal où vient se greffer une technologie XXe siècle (téléphone à clapet par exemple) - à une succession de scènes de combat très violente, ça découpe et charcute à tout va. Un scénario très mince même s'il tente d'explorer les limites de cette quête vengeresse. Le personnage d'Afro, avec son allure dégingandé et son mégot au bec, est tout sauf sympathique, mais bon, ce n'est pas le but de ce récit où l'action prime sur le fond.
La narration ultra dynamique, malgré quelques rares moments d'accalmie, m'a permis de passer un agréable moment sans prise de tête.
Le point fort de ce manga est sans conteste son graphisme. Un très beau noir et blanc, avec toutes les nuances de gris, au trait anguleux et énergique. La couleur rouge n'apparaît que pour les nombreuses flaques de sang. J'ai aimé le soin apporté aux décors et la diversité des faciès. Un petit bémol tout de même pour les scènes de combat, elles sont très sombres et manquent souvent de lisibilité.
Une curiosité.
Pavel Bart signe sa première BD avec ce "Belle de soie". Il va nous plonger dans un univers moyenâgeux où tous les ingrédients du conte sont présents : conspirations, princes et princesse, mariage arrangé, retournements de situation, épidémie avec la terrible Peste de pierre (elle transforme petit à petit les personnages en pierre), destins tragiques, du mystère et bien sûr un peu de magie. Deux femmes, une mère et sa fille, seront au centre de cette histoire au scénario surprenant. La mère est une tisserande qui produit une étoffe unique, la soie précieuse, celle-ci a la particularité d'être douce, lumineuse et d'une robustesse à toutes épreuves (et bien plus encore, mais ça je vous laisse le découvrir). Elle veut transmettre son savoir à sa fille, mais cette dernière va choisir d'accompagner une duchesse et son fils chez le roi, sa fille doit se choisir un mari. Deux femmes avec la même particularité physique, les yeux vairons, autour desquelles gravitent toute une kyrielle de personnages. Des personnages qui ne veulent pas forcément faire leur bonheur.
Un début de récit très classique qui va vite bifurquer dans une autre direction, puis une autre et encore une autre. Bref, un scénario inventif ponctué de nombreuses surprises, il est difficile de les voir venir. C'est vraiment ces retournements de situations successifs qui m'ont tenu en haleine. Le scénario est bien construit, les petits retours dans le passé permettent d'éclaircir les zones d'ombre. La narration non académique prend le temps de développer les personnages, de brasser de très nombreux thèmes et de faire de brèves références à d'autres contes.
Le dessin aussi est surprenant avec ce trait rêche, souvent statistique et à l'aspect grossier. Pourtant, c'est bien ce dessin et ces tristes couleurs qui rendent crédible cette période féodale. Un visuel avec une vraie patte graphique.
Un artiste à suivre !
Un album qui sort du lot. Je conseille !
"Pensez-vous qu'il suffise d'attacher un fil d'or à la patte d'un être pour que celui-ci vous appartienne ?"
Voici l'ultime œuvre de Richard Corben, et comme souvent, celle-ci reprend tous les codes du récit d'horreur. On va y retrouver une forêt inquiétante, une sordide demeure, un sinistre cimetière, des monstres horribles et une jeune femme au milieu de cet imbroglio. La touche de nouveauté sera ce champignon aux effets destructeurs. Je disais donc la dernière œuvre de Corben, il n'a pas pu la terminer complètement puisque Beth Corben Reed et José Villarrubia réaliseront la colorisation des pages 98 à 120 (on ne s'aperçoit pas du passage de témoin).
Un déroulé très classique qui ne surprendra guère les aficionados du genre. Le rythme et les rebondissements (souvent prévisibles) sont maîtrisés. Par contre, la narration est à l'ancienne avec ce petit goût désuet des années 70, ce qui pourra en rebuter certains.
Il fallait bien que notre héroïne se retrouve les seins à l'air (le pêcher mignon de Corben) ce qui déclenchera la seule touche d'humour de l'album : « heureusement je n'ai pas perdu mon pantalon ».
Pour ses dernières planches, Richard Corben nous fait étalage de son talent. Un style inimitable qui m'émerveille à chaque fois. Toujours ces visages expressifs taillés dans un rectangle et ces corps aux postures théâtrales et parfois improbables. Les couleurs made in Corben sont un ravissement. Cette fois-ci la mise en page est plus éclatée que d'ordinaire.
Le GROS point fort de ce comics.
On est loin du chef-d’œuvre, mais je conseille aux inconditionnels du Maître.
Ça a le goût, la simplicité et l'intimité d'un Rochette, mais ce n'est pas un Rochette.
Éric Savoldelli est un enfant de la montagne où sa mère a été gardienne du refuge de l'Aigle, dans le massif des Écrins. C'est en lisant Ailefroide - Altitude 3954 qu'il trouve sa voie, il sera bédéiste. Sa rencontre avec Jean-Marc Rochette ne fera que conforter cette vocation. Savoldelli va reprendre un thème cher à Rochette : la montagne. Il va puiser dans son passé familial pour sa première BD. Un récit qui commence en 1938 avec trois gamins de 14 et 10 ans (dont le grand-père de Savoldelli), ils vont quitter leur Italie natale après le décès de leurs pères suite à un accident en forêt. Un récit qui se poursuit en France dans le massif des Écrins, nous sommes en 1954. Nos trois expatriés vont faire fassent à la défiance, les ritals ne sont pas le bienvenu. Son grand-père changera de prénom pour s'intégrer, il délaissera Melchissedecco pour Romano.
Un album qui met en lumière la rudesse du travail de bûcheron avec pour tout moyen la hache et la force physique et pour seul aide le cheval. Ce lien fort homme / cheval (ici la jument Mona) est très bien retranscrit. Il sera aussi question des dernières exploitations minières de la région. Le travail manuel dans les Alpes des années 50, très loin du tourisme de masse, est un microcosme où l'entraide vaut tout l'or du monde. Un récit authentique qui transpire la nature et l'amitié.
Je regrette simplement ce saut temporel de 1943 à 1954...
Un dessin à la texture rugeuse où le bleu, l'ocre et le noir sont les couleurs dominantes. Un rendu qui sublime la beauté des paysages et de sa faune. Il en ressort une noirceur qui témoigne de la difficulté à vivre à cette époque en milieu alpin. J'ai eu quelques difficultés à reconnaître certains personnages à de rares moments, mais rien de bien gênant. Par contre, je tiens à souligner le travail de recherche sur les lieux visités et sur la technique d'abattage des arbres et du transport des grumes, en particulier sur ce téléphérique.
Du très bon boulot.
Une BD à découvrir.
Nous sommes sur une planète fraîchement colonisée par ce qui reste de l'espèce humaine, une colonisation qui se fera aux dépens des autochtones. Voici pour les grandes lignes.
Maintenant, penchons-nous sur le personnage principal. L'énergumène criblé de flèches en couverture sur un élan, c'est Goetz, un bâtard né d'une mère terrienne et d'un seigneur local. Que dire de plus sur ce Goetz ? Ben... c'est une ordure de la pire espèce, sans une once de bonté, un guerrier sanguinaire et redouté.
Vous allez me dire, encore un album violent qui ne réjouira que les inconditionnels de sang, de lutte de pouvoir et de batailles. Y a de ça, mais pas que. Ce « Goetz » se veut philosophique aussi, étant donné qu'il s'inspire d'une pièce de Jean-Paul Sartre : le diable et le bon dieu, une œuvre ayant un reître, inspiré de Gotz von Berlichingen, pendant la guerre des paysans allemands au XVIe siècle. Fane transpose l'œuvre originale sur une planète lointaine en associant science-fiction et fantasy, mais c'est bien cette dernière qui prend le dessus. Une BD avec une portée philosophique sur le faux dilemme entre le bien et le mal. La liberté (la vraie) ne serait-elle pas notre bien le plus précieux ? Mais aussi une BD qui fait écho à l'actualité (et à de nombreux autres faits historiques), le vol des terres et de ses matières premières par tous les moyens.
Un album ambitieux qui ne m'a pas totalement convaincu, je suis resté perplexe devant le revirement à 180 degrés de Goetz en quelques cases (son passage du pire des salauds en bon samaritain). De plus, la fluidité de la narration n'est pas toujours au rendez-vous et les personnages manquent de crédibilité par moment. Des reproches qui n'empêchent pas la réflexion, même si cela est trop léger à mon goût.
J'ai apprécié le travail de Didier Cassegrain, en particulier sur la partie Fantasy où son trait puissant et sale est un régal. Un petit bémol sur les décors, ils sont souvent minimalistes.
Les dernières pages sont dédiées à une interview de Fane sur la genèse de son "Goetz".
Un album qui mérite un petit détour.
Richard Corben collabore avec son scénariste fétiche : Jan Strnad (pas facile à prononcer à haute voix). Ils nous proposent une histoire d'horreur où se mélangent les univers d'Edgar Allan Poe et de H.P. Lovecraft. Pour Poe, le rapprochement avec la nouvelle La Chute de la Maison Usher est une évidence, le château de Ragemoor joue un rôle important dans ce récit. Et comment ne pas avoir une pensée pour H.P. Lovecraft et ses entités venues des confins de l'espace, avec toujours ce château maléfique en ligne de mire. Un beau programme que voilà pour l'amateur passionné d'histoires d'horreur que je suis.
Le scénario pour ce type de récit reste très classique et suit une trame déjà vue à maintes reprises : des rebondissements (prévisibles dans l'ensemble), un zeste d'amour (non partagé), du mystère et une atmosphère oppressante qui va crescendo. Rien d'extraordinaire, mais ça fait le job. J'ai suivi avec plaisir les destins tragiques des personnages.
C'est surtout la partie graphique et le style inimitable de Corben qui m'ont envoûté. Un noir et blanc somptueux où toutes les nuances de gris font ressortir les tourments des protagonistes.
J'aime tout chez Corben. Que ce soit sa maîtrise de la lumière ou son côté réaliste et soigné, en particulier pour les superbes décors, et ceux-ci contrastent avec les silhouettes bien charpentées et les visages carrés des personnages. On peut lui reprocher un côté statique et un peu théâtral, mais c'est ce qui rend son style si unique et qui ne cesse de m'émerveiller.
Du très très bon travail.
Un 4 étoiles généreux, mais j'assume !
Quel beau voyage que ce "Dieu vagabond".
Un voyage qui fait se côtoyer la mythologie grecque et notre monde contemporain. On va suivre Eustis, un satyre du cortège de Dionysos qui s'est fait bannir du monde des dieux pour se retrouver parmi les mortels. Un récit qui passe successivement du monde réel à la mythologie au fur et à mesure des pérégrinations d'Eustis et de ses diverses rencontres, mais il n'oubliera pas de taquiner la bouteille dès que cela est possible (on ne se refait pas). Le récit aux nombreuses références est bien structuré, onirique, poétique et il n'omet pas une petite dose de réflexion. Autres atouts : les protagonistes, ils sonnent justes et on peut s'identifier facilement à eux.
Une bien belle et touchante odyssée.
Si ma lecture fut si plaisante, elle doit énormément au graphisme singulier de Fabrizio Dori. Un dessin au trait fin, détaillé et expressif au rendu légèrement statistique. À cela s'ajoute un choix judicieux des couleurs qui lui donne du cachet. Mais surtout, ces deux composantes fluctuent suivant l'évolution du récit. Superbe !
Vraiment le point fort de cet album.
Une BD à découvrir !
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Les Cendres du Nord
L'histoire se déroule juste après la bataille d’Hastings, pendant la conquête des Normands du royaume d'Angleterre par Guillaume le Bâtard. On va suivre deux femmes et un homme dans un triangle amoureux, et en parallèle ils vont s'atteler à améliorer les défenses de leur village pour résister à l'envahisseur. L'une est la veuve du seigneur de ce village et l'autre est une simple habitante de ce bourg. Lui est un mercenaire danois au sombre passé. Le décor est planté. Une rivalité amoureuse qui donne, comme bien souvent, le mauvais rôle au genre masculin. Le récit se laisse lire mais je le trouve mal équilibré à mon goût, la partie sentimentale prenant trop le pas sur la partie historique hélas. Un choix assumé de l'auteur, mais il me laisse sur ma faim. Les histoires de cœur (et un peu de cul) de ce trouple ne m'ont pas vraiment passionné (jalousie et non-dits), le rythme est lent, les rebondissements sont attendus et une fin ouverte qui ne laisse guère d'espoir. Mais étrangement, je ne me suis jamais ennuyé et j'ai pris un certain plaisir à suivre les destins tragiques de nos protagonistes. Un plaisir qui doit beaucoup au dessin de Félix The Rover. Un trait fin à la ligne claire, certes, il est parfois grossier, quelques problèmes de proportions apparaissent ci et là mais son graphisme dégage une identité qui me plaît, elle m'a rappelé sur certaines planches celle de Philip Craig Russel (couleurs et encrage). Une narration qui s'appuie sur cette partie graphique avec de nombreuses planches sans texte. Par contre, il a déjà la science de la mise en page, simple et efficace. Un artiste à surveiller. Pour une première œuvre, c'est plutôt pas mal.
Karma (Bogojevic Narath)
Je vais commencer par une tirade extraite de cette BD : "______________________________________". Vous l'aurez compris, cette BD est muette et cela lui confère de la personnalité. J'ai été attiré par cette magnifique couverture et le feuilletage rapide m'a vite décidé de repartir avec cet album. Un résumé rapide : deux huissiers (un homme et une femme) viennent d'expulser une famille, un couple âgé et leur petite-fille, de leur habitation. Nos deux huissiers partent ensuite à la recherche d'une maison pour exécuter une autre expulsion, mais rien ne va se passer comme prévu. N'ayons pas peur des mots, nos deux huissiers sont des saloperies de la pire espèce, ils appliquent les sentences sans la moindre once d'humanité. Vous croyez au karma ? Parce qu'il va frapper, il sera généreux pour cette jeune femme mise à la rue et terriblement horrible pour notre exécrable binôme. La première va s'extirper de sa misérable condition grâce à la musique, tandis que les seconds vont connaître l'enfer. Nos deux huissiers vont se retrouver dans un lieu hors du temps, une sorte de cour de Dionysos où l'alcool coule à flot évidemment et où le sexe est religion. On pourrait croire qu'ils (les huissiers) vont passer du bon temps, que nenni ! Ils vont être torturé et subir des sévices BDSM. Un récit très violent avec une succession de scènes cruelles. Vraiment ! La narration repose entièrement sur le dessin et elle n'est pas sujet à interprétation. Tout est on ne peut plus limpide. Des destins opposés qui vont se répondre au file des pages. Il va être question de karma, on doit évidemment répondre de ses actes, de musique, de persévérance, mais aussi de pardon et de rédemption. La conclusion avec cette attraction pour l'argent fait mouche. C'est une vision sombre de notre société. Un récit manichéen, ce qui ne m'a pas empêché de prendre du plaisir. La force de cette BD est incontestablement son graphisme. Un noir et blanc avec toutes les nuances de gris qui dégage une certaine froideur. Un trait fin et soigné qui occupe toute la surface des vignettes avec de superbes arrière-plans. Mais surtout, les postures et l'expressivité des visages permettent de ressentir les émotions de nos protagonistes. De l'excellent travail. Simon Bogojevic Narath est un artiste à suivre. Pour les curieux, les vicieux ou les deux. ;-) Note réelle : 3,5.
Kappa (Komics Initiative)
Un Japon contemporain où le folklore japonais vient s'inviter avec les yokais, vous savez ces monstres bizarres, et plus particulièrement les kappas, sortes de tortues semi humaines. Un récit qui va nous faire découvrir cette culture animiste à travers les différentes tribus qui vivent dans le marais. Mais l'avidité humaine mettra en péril ce microcosme. En effet, après le décès d'un kappa une sphère apparaît, elle renferme les souvenirs du défunt et ces souvenirs peuvent être absorbés par celui qui ingurgite cette sphère. Un récit en lien avec la nature et la famille (et ses secrets). Le rythme est soutenu, mais rien de bien surprenant malgré la diversité des kappas (nombreux clans) et la présence d'une sorcière, ça reste trop convenu. Un récit qui conviendra plutôt à des adolescents ou à de jeunes adultes. Un dessin un typé manga avec beaucoup de charme. Ramiro Borrallo s'inspire des Tortues Ninja pour créer les kappas, sans pour autant les plagier. Il crée un univers riche et varié. Un trait souple, parfois maladroit, qui rend bien l'atmosphère inquiétante du marais. Une colorisation réussie. Du bon boulot. Une lecture sympathique, mais je n'y reviendrai pas.
Afro Samurai
Un manga (mais un animé aussi) qui se lit à la mode européenne. Pourquoi ce titre Afro Samurai ? Afro est un samouraï noir à la tignasse crépue. Un récit basé sur la vengeance, notre Afro (et aussi affreux) veut venger la mort de son père, pour cela il va partir à la recherche de son meurtrier : N°1 (un homme avec le pouvoir d'un dieu). Une numérotation (qui rappellera une célèbre série pour les plus anciens) non expliquée, mais on devine une hiérarchisation dans ce "panthéon". J'ai oublié de vous signaler que le papa d'Afro était N°2. On va donc assister - dans un Japon féodal où vient se greffer une technologie XXe siècle (téléphone à clapet par exemple) - à une succession de scènes de combat très violente, ça découpe et charcute à tout va. Un scénario très mince même s'il tente d'explorer les limites de cette quête vengeresse. Le personnage d'Afro, avec son allure dégingandé et son mégot au bec, est tout sauf sympathique, mais bon, ce n'est pas le but de ce récit où l'action prime sur le fond. La narration ultra dynamique, malgré quelques rares moments d'accalmie, m'a permis de passer un agréable moment sans prise de tête. Le point fort de ce manga est sans conteste son graphisme. Un très beau noir et blanc, avec toutes les nuances de gris, au trait anguleux et énergique. La couleur rouge n'apparaît que pour les nombreuses flaques de sang. J'ai aimé le soin apporté aux décors et la diversité des faciès. Un petit bémol tout de même pour les scènes de combat, elles sont très sombres et manquent souvent de lisibilité. Une curiosité.
Belle de soie
Pavel Bart signe sa première BD avec ce "Belle de soie". Il va nous plonger dans un univers moyenâgeux où tous les ingrédients du conte sont présents : conspirations, princes et princesse, mariage arrangé, retournements de situation, épidémie avec la terrible Peste de pierre (elle transforme petit à petit les personnages en pierre), destins tragiques, du mystère et bien sûr un peu de magie. Deux femmes, une mère et sa fille, seront au centre de cette histoire au scénario surprenant. La mère est une tisserande qui produit une étoffe unique, la soie précieuse, celle-ci a la particularité d'être douce, lumineuse et d'une robustesse à toutes épreuves (et bien plus encore, mais ça je vous laisse le découvrir). Elle veut transmettre son savoir à sa fille, mais cette dernière va choisir d'accompagner une duchesse et son fils chez le roi, sa fille doit se choisir un mari. Deux femmes avec la même particularité physique, les yeux vairons, autour desquelles gravitent toute une kyrielle de personnages. Des personnages qui ne veulent pas forcément faire leur bonheur. Un début de récit très classique qui va vite bifurquer dans une autre direction, puis une autre et encore une autre. Bref, un scénario inventif ponctué de nombreuses surprises, il est difficile de les voir venir. C'est vraiment ces retournements de situations successifs qui m'ont tenu en haleine. Le scénario est bien construit, les petits retours dans le passé permettent d'éclaircir les zones d'ombre. La narration non académique prend le temps de développer les personnages, de brasser de très nombreux thèmes et de faire de brèves références à d'autres contes. Le dessin aussi est surprenant avec ce trait rêche, souvent statistique et à l'aspect grossier. Pourtant, c'est bien ce dessin et ces tristes couleurs qui rendent crédible cette période féodale. Un visuel avec une vraie patte graphique. Un artiste à suivre ! Un album qui sort du lot. Je conseille ! "Pensez-vous qu'il suffise d'attacher un fil d'or à la patte d'un être pour que celui-ci vous appartienne ?"
Dimwood
Voici l'ultime œuvre de Richard Corben, et comme souvent, celle-ci reprend tous les codes du récit d'horreur. On va y retrouver une forêt inquiétante, une sordide demeure, un sinistre cimetière, des monstres horribles et une jeune femme au milieu de cet imbroglio. La touche de nouveauté sera ce champignon aux effets destructeurs. Je disais donc la dernière œuvre de Corben, il n'a pas pu la terminer complètement puisque Beth Corben Reed et José Villarrubia réaliseront la colorisation des pages 98 à 120 (on ne s'aperçoit pas du passage de témoin). Un déroulé très classique qui ne surprendra guère les aficionados du genre. Le rythme et les rebondissements (souvent prévisibles) sont maîtrisés. Par contre, la narration est à l'ancienne avec ce petit goût désuet des années 70, ce qui pourra en rebuter certains. Il fallait bien que notre héroïne se retrouve les seins à l'air (le pêcher mignon de Corben) ce qui déclenchera la seule touche d'humour de l'album : « heureusement je n'ai pas perdu mon pantalon ». Pour ses dernières planches, Richard Corben nous fait étalage de son talent. Un style inimitable qui m'émerveille à chaque fois. Toujours ces visages expressifs taillés dans un rectangle et ces corps aux postures théâtrales et parfois improbables. Les couleurs made in Corben sont un ravissement. Cette fois-ci la mise en page est plus éclatée que d'ordinaire. Le GROS point fort de ce comics. On est loin du chef-d’œuvre, mais je conseille aux inconditionnels du Maître.
Mona
Ça a le goût, la simplicité et l'intimité d'un Rochette, mais ce n'est pas un Rochette. Éric Savoldelli est un enfant de la montagne où sa mère a été gardienne du refuge de l'Aigle, dans le massif des Écrins. C'est en lisant Ailefroide - Altitude 3954 qu'il trouve sa voie, il sera bédéiste. Sa rencontre avec Jean-Marc Rochette ne fera que conforter cette vocation. Savoldelli va reprendre un thème cher à Rochette : la montagne. Il va puiser dans son passé familial pour sa première BD. Un récit qui commence en 1938 avec trois gamins de 14 et 10 ans (dont le grand-père de Savoldelli), ils vont quitter leur Italie natale après le décès de leurs pères suite à un accident en forêt. Un récit qui se poursuit en France dans le massif des Écrins, nous sommes en 1954. Nos trois expatriés vont faire fassent à la défiance, les ritals ne sont pas le bienvenu. Son grand-père changera de prénom pour s'intégrer, il délaissera Melchissedecco pour Romano. Un album qui met en lumière la rudesse du travail de bûcheron avec pour tout moyen la hache et la force physique et pour seul aide le cheval. Ce lien fort homme / cheval (ici la jument Mona) est très bien retranscrit. Il sera aussi question des dernières exploitations minières de la région. Le travail manuel dans les Alpes des années 50, très loin du tourisme de masse, est un microcosme où l'entraide vaut tout l'or du monde. Un récit authentique qui transpire la nature et l'amitié. Je regrette simplement ce saut temporel de 1943 à 1954... Un dessin à la texture rugeuse où le bleu, l'ocre et le noir sont les couleurs dominantes. Un rendu qui sublime la beauté des paysages et de sa faune. Il en ressort une noirceur qui témoigne de la difficulté à vivre à cette époque en milieu alpin. J'ai eu quelques difficultés à reconnaître certains personnages à de rares moments, mais rien de bien gênant. Par contre, je tiens à souligner le travail de recherche sur les lieux visités et sur la technique d'abattage des arbres et du transport des grumes, en particulier sur ce téléphérique. Du très bon boulot. Une BD à découvrir.
Goetz
Nous sommes sur une planète fraîchement colonisée par ce qui reste de l'espèce humaine, une colonisation qui se fera aux dépens des autochtones. Voici pour les grandes lignes. Maintenant, penchons-nous sur le personnage principal. L'énergumène criblé de flèches en couverture sur un élan, c'est Goetz, un bâtard né d'une mère terrienne et d'un seigneur local. Que dire de plus sur ce Goetz ? Ben... c'est une ordure de la pire espèce, sans une once de bonté, un guerrier sanguinaire et redouté. Vous allez me dire, encore un album violent qui ne réjouira que les inconditionnels de sang, de lutte de pouvoir et de batailles. Y a de ça, mais pas que. Ce « Goetz » se veut philosophique aussi, étant donné qu'il s'inspire d'une pièce de Jean-Paul Sartre : le diable et le bon dieu, une œuvre ayant un reître, inspiré de Gotz von Berlichingen, pendant la guerre des paysans allemands au XVIe siècle. Fane transpose l'œuvre originale sur une planète lointaine en associant science-fiction et fantasy, mais c'est bien cette dernière qui prend le dessus. Une BD avec une portée philosophique sur le faux dilemme entre le bien et le mal. La liberté (la vraie) ne serait-elle pas notre bien le plus précieux ? Mais aussi une BD qui fait écho à l'actualité (et à de nombreux autres faits historiques), le vol des terres et de ses matières premières par tous les moyens. Un album ambitieux qui ne m'a pas totalement convaincu, je suis resté perplexe devant le revirement à 180 degrés de Goetz en quelques cases (son passage du pire des salauds en bon samaritain). De plus, la fluidité de la narration n'est pas toujours au rendez-vous et les personnages manquent de crédibilité par moment. Des reproches qui n'empêchent pas la réflexion, même si cela est trop léger à mon goût. J'ai apprécié le travail de Didier Cassegrain, en particulier sur la partie Fantasy où son trait puissant et sale est un régal. Un petit bémol sur les décors, ils sont souvent minimalistes. Les dernières pages sont dédiées à une interview de Fane sur la genèse de son "Goetz". Un album qui mérite un petit détour.
Ragemoor
Richard Corben collabore avec son scénariste fétiche : Jan Strnad (pas facile à prononcer à haute voix). Ils nous proposent une histoire d'horreur où se mélangent les univers d'Edgar Allan Poe et de H.P. Lovecraft. Pour Poe, le rapprochement avec la nouvelle La Chute de la Maison Usher est une évidence, le château de Ragemoor joue un rôle important dans ce récit. Et comment ne pas avoir une pensée pour H.P. Lovecraft et ses entités venues des confins de l'espace, avec toujours ce château maléfique en ligne de mire. Un beau programme que voilà pour l'amateur passionné d'histoires d'horreur que je suis. Le scénario pour ce type de récit reste très classique et suit une trame déjà vue à maintes reprises : des rebondissements (prévisibles dans l'ensemble), un zeste d'amour (non partagé), du mystère et une atmosphère oppressante qui va crescendo. Rien d'extraordinaire, mais ça fait le job. J'ai suivi avec plaisir les destins tragiques des personnages. C'est surtout la partie graphique et le style inimitable de Corben qui m'ont envoûté. Un noir et blanc somptueux où toutes les nuances de gris font ressortir les tourments des protagonistes. J'aime tout chez Corben. Que ce soit sa maîtrise de la lumière ou son côté réaliste et soigné, en particulier pour les superbes décors, et ceux-ci contrastent avec les silhouettes bien charpentées et les visages carrés des personnages. On peut lui reprocher un côté statique et un peu théâtral, mais c'est ce qui rend son style si unique et qui ne cesse de m'émerveiller. Du très très bon travail. Un 4 étoiles généreux, mais j'assume !
Le Dieu vagabond
Quel beau voyage que ce "Dieu vagabond". Un voyage qui fait se côtoyer la mythologie grecque et notre monde contemporain. On va suivre Eustis, un satyre du cortège de Dionysos qui s'est fait bannir du monde des dieux pour se retrouver parmi les mortels. Un récit qui passe successivement du monde réel à la mythologie au fur et à mesure des pérégrinations d'Eustis et de ses diverses rencontres, mais il n'oubliera pas de taquiner la bouteille dès que cela est possible (on ne se refait pas). Le récit aux nombreuses références est bien structuré, onirique, poétique et il n'omet pas une petite dose de réflexion. Autres atouts : les protagonistes, ils sonnent justes et on peut s'identifier facilement à eux. Une bien belle et touchante odyssée. Si ma lecture fut si plaisante, elle doit énormément au graphisme singulier de Fabrizio Dori. Un dessin au trait fin, détaillé et expressif au rendu légèrement statistique. À cela s'ajoute un choix judicieux des couleurs qui lui donne du cachet. Mais surtout, ces deux composantes fluctuent suivant l'évolution du récit. Superbe ! Vraiment le point fort de cet album. Une BD à découvrir !