Une comédie absurde dans un restaurant d'autoroute à thème américain déserté par les clients, où une petite équipe de marginaux tente de faire survivre un rêve un peu pathétique entre burgers, astrologie et fantasmes des États-Unis des années 50.
La lecture n'est pas désagréable et l'idée de départ a une certaine originalité, autant dans son ambiance que dans ses personnages. Le dessin de Pochep fonctionne plutôt bien avec son trait caricatural et ses gueules improbables, même si l'humour m'a assez peu touché. J'ai rarement ri et je suis resté assez extérieur à l'ensemble.
Le problème principal vient surtout du fait que j'ai eu du mal à comprendre où l'auteur voulait réellement en venir. Entre satire sociale, chronique de loosers, réflexion sur les rêves ratés et nostalgie américaine, le récit donne l'impression de tourner autour de son sujet sans vraiment le développer. Il y a quelques idées et moments amusants, mais pas forcément assez pour justifier une histoire étirée sur autant de pages. J'ai lu l'album sans déplaisir, mais ça m'a laissé une impression assez vague une fois terminé.
Note : 2.5/5
Un petit recueil collectif, qui souffre comme la plupart du temps de proposer des choses éclectiques, avec une place allouée à chaque auteur pas toujours propice à de bons développements.
Je suis d’accord avec Paco sur son ressenti globalement décevant. Et aussi sur le fait que la deuxième et la quatrième histoire sont celles qui se révèlent les plus intéressantes – que ce soit le récit lui-même ou le dessin. Les deux autres (décevantes dans les deux mêmes domaines) sont clairement dispensables (ça n’est pas la première fois que Mignola me déçoit sur ce type de récits courts (dans « Le carnaval des cadavres » récemment par exemple).
La deuxième histoire aurait mérité un plus ample développement. Mais elle est intéressante et Becky Cloonan est parvenue à bien installer une ambiance noire, inquiétante, fantastique (et dessin et colorisation sont réussis). Cette histoire a d’ailleurs semble-t-il reçu un Eisner Award de la meilleure histoire courte (j’avais découvert cette auteure avec l’intéressant Somna).
La quatrième histoire est aussi intéressante, même si le dessin, bon dans l’ensemble, est inégal.
Entre chacun des récits, une courte histoire voit Powell dialoguer avec ses co-auteurs (là aussi avec costumes et ambiance victorienne). Cela « gonfle » un peu la pagination, sans apporter grand-chose en fait je trouve.
Note réelle 2,5.
Je ne pense pas être le cœur de cible de cet album, mais il peut trouver son public. Un public que je verrais adolescent en priorité.
L’idée de mettre en avant quatre ados qui se serrent les coudes face au rejet – voire au harcèlement – dont ils sont victimes, car tous « en marge » à différents degrés, est plutôt louable, et parlera au public visé.
Mais j’ai trouvé que le récit manquait de nuance, était souvent trop caricatural. Chaque gamin est ainsi trop « typé », presque « essentialisé » (ses goûts scolaires, vestimentaires, etc.). De même, madame Bonasera, la prof de Maths, qui débarque dans leur collège, casquette de travers sur la tête, salopette et santiags, et la clope au bec, avec une attitude démago, désolé, mais je n’y ai pas cru un instant.
A un moment, l’un des ados est violemment attaqué, et il va, avec l’aide de ses camarades, mettre au point une machine pour « égaliser les chances » (que ça ne soit pas toujours eux qui souffrent de quelque chose dans la vie). Ce choix parait bizarre, vu qu’il ne vise pas à améliorer leur situation à tous les quatre, mais bien à rééquilibrer en faisant souffrir d’autres enfants – ce qui du coup semble les faire passer de victimes à bourreaux, tout en perpétuant l’idée que des gens doivent souffrir dans la vie. C’est quand même assez moyen je trouve. Indépendamment bien sûr de la crédibilité d’une telle machine…
La fin est un peu naïve et facile, happy-end maladroit. Ça passe sans doute mieux avec un jeune lectorat. Mais cette lecture m’a laissé sur ma faim.
Comme Pol, je suis resté un peu à côté de cette histoire.
Oscar Martin semble nous proposer une version originale du « Petit chaperon rouge ». ça m’a intrigué, et j’étais curieux de voir comment il allait traiter sa version, d’un conte connu et déjà pas mal adapter (sur tous les supports – voir les délires de Tex Avery).
Mais voilà, cette lecture m’a grandement laissé sur ma faim.
D’abord la narration est assez lourde, avec un texte très présent en off. Et une héroïne ambiguë et peu attachante. Sa relation avec le loup est originale – y compris sa façon de le nourrir, aux détriments de chasseurs… – mais sorti de ça, c’est un peu confus et ça ne m’a pas captivé plus que ça.
Le mal-être de « Capuche » est fort, mais du coup on aurait tout aussi bien pu n’y voir qu’une illustration de ses cauchemars et de ses frustrations. Jusqu’à la chute et la rupture entre Capuche et le loup, forcément sanglante.
Peut-être faudrait-il que j’y revienne pour mieux comprendre et apprécier cette histoire, à la fois riche et obscure. Mais je n’en ferai pas une priorité.
Note réelle 2,5/5.
Je rejoins l'avis de Noirdésir.
C'est typique le genre d'œuvre de jeunesse qui est rééditée uniquement parce depuis l'auteur est devenu très connu. Est-ce que ce one-shot aurait été publié en français si le dessinateur avait été un inconnu et pas Tim Sale ? En tout cas, si vous adorez son style vous allez être déçu parce qu'ici il est non seulement encore loin de son style très personnel qu'il a développé ensuite, mais sur plusieurs cases le trait fait franchement amateur. C'est un dessin qu'on retrouvait souvent chez les éditeurs américains indépendants durant les années 80-90. C'est bien de laisser des jeunes auteurs s'exprimer et de faire autre chose que du DC ou du Marvel, mais parfois cela donnait des trucs franchement amateurs.
Quant au scénario, on est dans un polar très stéréotypé, où chacun des personnages joue son rôle de façon très stéréotypée. Ajoutons qu'en plus le rythme est inutilement long. Sérieux, après avoir seulement le lu premier chapitre, j'ai eu l'impression que je lisais l'album depuis des heures et que pas grand chose se passait. Je ne veux pas être insultant envers les auteurs, mais on dirait vraiment un film amateur tourné par une bande de potes intellos qui pensent faire une œuvre plus profonde qu'elle ne l'est.
Je ne suis jamais rentré dans ce récit que j'ai fini par feuilleter.
Oui bon pas vraiment convaincu de la nécessité du bousin. Ça peut être une porte d’entrée pour ceux ne connaissant pas l’histoire (qui ?), mais pour les autres l’ennui l’emportera.
Malgré une partie graphique correcte, c’est plutôt fade à suivre et plat dans la narration. Les personnages ont zéro charisme et les auteurs ne s’autorisent vraiment aucune fantaisie. Donc voilà c’est bien respectueux mais pas vraiment convaincant dans la forme.
Bien trop scolaire donc.
Il y a quand même le dossier final que j’ai bien aimé, les prémices de l’histoire remontant au temps d’Ovide et de Babylone, j’ai appris quelques trucs.
Même si on sort de l’antiquité, cette déclinaison de la collection reste conforme à son style et rendu. Mauvaise pioche pour le présent album mais je reste curieux d’en découvrir d’autres dont le sujet me sera moins familier.
J'ai déjà lu des histoires de Zentner plus inspirées. Elles se laissent lire mais manquent, pour la plupart, de suspense ou d'imprévisibilité. « Carmen » et « Comédies » se distinguent un peu. Le dessin de Pellejero, à cette époque, rappelle beaucoup celui d'autres auteurs hispaniques et sud-américains comme Mandrafina ou Altuna, principalement les expressions des personnages. Avec un trait fin et en noir et blanc, il est très différent de celui des périodes ultérieures. Je pense que le thème Radio, fréquence modulée, n'a pas été suffisamment exploré ou développé. Il ne fonctionne ici maintes fois que comme un bruit de fond ou parasite.
Une femme flamande vivant dans un village ravagé par la peste se lance dans une poursuite hallucinée à travers l'enfer et les paysages de l'Apocalypse pour tenter de retrouver son mari emporté par les spectres de la mort.
Je reconnais sans difficulté le travail ambitieux réalisé autour de cet album. Muriel Blondeau construit un univers médiéval fantastique très personnel, nourri de folklore flamand, de visions apocalyptiques et surtout d'un hommage permanent à l'univers pictural de Pieter Brueghel. Toute la BD fonctionne comme une réinterprétation libre et fiévreuse de Margot l'enragée, mais aussi de quelques autres œuvres du peintre, avec des références visuelles évidentes à ses enfers grouillants, à ses monstres, à ses scènes de chaos et à cette représentation très organique de l'Apocalypse. On sent aussi fortement l'influence de Jérôme Bosch dans le bestiaire et certaines visions grotesques ou cauchemardesques.
Visuellement, l'album possède une vraie identité. Le grand format carré accentue cette impression d'objet atypique et permet à l'autrice de construire des planches très libres, pleines de débordements graphiques, de personnages qui envahissent les cases, de créatures absurdes, de détails partout et de compositions volontairement désorientantes. Il y a un vrai travail pour donner vie à une espèce de conte médiéval halluciné où le lecteur traverse un monde de peste, de mort, de superstition et de visions infernales.
Mais malgré tout ça, je n'ai jamais réussi à entrer dans le récit. J'ai trouvé l'ensemble beaucoup trop fantasque, onirique et volontairement confus. Les péripéties s'enchaînent dans une logique de rêve fiévreux où l'on passe sans arrêt d'une rencontre absurde à une autre, d'un symbole à un autre, sans structure claire ni montée dramatique qui me donne envie de suivre l'aventure. Je comprends que cette désorientation fasse partie du projet, mais elle ma empêché de rentrer dans le récit.
Le langage utilisé n'a pas aidé non plus. Les dialogues sont remplis d'expressions flamandes et de références culturelles nécessitant constamment de revenir au lexique placé en début d'album. Je peux comprendre que cela participe à l'ambiance folklorique, mais j'ai trouvé ça assez pénible et cassant pour la lecture. J'avais régulièrement l'impression qu'il me manquait des références culturelles, historiques ou picturales pour réellement apprécier ce que l'album essayait de raconter.
Même si je respecte la proposition artistique et le travail d'hommage à Brueghel, cette BD m'a laissé une impression de confusion et d'ennui. J'y ai davantage vu un exercice graphique et culturel érudit qu'un récit capable de réellement me captiver.
Nous sommes à un an de l'élection présidentielle. A l'heure où les candidat(e)s présomptifs/ves sont nombreux/ses, certains essaient de se démarquer, de sortir du lot. Sans clamer que je sois particulièrement fan du personnage, force est de constater que François Ruffin, député écologiste de la Somme, essaie de se démarquer. Journaliste et documentariste de formation, il s'est engagé depuis une dizaine d'années en politique, et est député de la Somme depuis 2017. Ce mandat lui permet de se mêler à la population locale, lors d'évènements divers, de manifestations ou encore d'immersions avec des travailleurs et des travailleuses de la première ligne, salué(e)s durant la crise Covid, mais jamais rétribué(e)s de manière substantielle.
On a donc une suite d'instantanés, certains uniques, d'autres découpés en plusieurs segments, qui montrent son écoute, son talent pour le dialogue et l'esprit de synthèse qui lui permet d'être pertinent et percutant dans ses interventions et ses analyses. Des anecdotes racontées par Ruffin lui-même, et transformées en segments narratifs par le talentueux et chevronné Laurent Galandon. Des anecdotes, des témoignages parfois poignants, tous intéressants. Ruffin s'y montre donc attentif, offensif, mais jamais injurieux ou agressif comme il peut l'être dans d'autres circonstances. C'est donc un peu policé, une bonne chose, mais Ruffin y est aussi, par moments, un peu pédant, ce qui est dommage.
EDIT : A la lumière de la relecture dans un autre angle, et différents témoignages, dont celui d'une personne présente dans le récit se déroulant dans un train, il semblerait qu'en plus de jouer au sauveur blanc, Ruffin ait bien bien contrefait certaines choses, en sa faveur. Je ne peux que condamner ce comportement, car si on a coutume de romancer les choses en BD, c'est pour que le récit soit meilleur ; si c'est à des fins électoralistes, cela pose un gros problème pour moi. Je baisse donc ma note initiale de 3 à 2/5, ne voulant pas sanctionner le travail de la douzaine d'auteurs qui ont participé à ce collectif, et que Ruffin semble invisibiliser quand il fait la promo de l'album.
Le travail graphique des onze dessinatrices et dessinateurs qui ont accepté de le suivre dans l'aventure est vraiment bon, quoique très diversifié (on a Pendanx et Jul, par exemple...). Ils ont fait du bon boulot sur des formats courts, voire très courts.
En bref, un album à prendre avec beaucoup de pincettes.
Caritte est un auteur assez inégal. S’il parvient à me faire sourire, voire rire, j’ai souvent du mal à accrocher sur la durée. Et cet album ne dérogera pas à cette règle.
En effet, ses histoires courtes, parodiques, foutraques, flirtant avec l’absurde et l’humour con ne sont pas assez percutantes, et l’humour peine à être efficace. Il y a bien quelques idées vraiment amusantes (par exemple l’histoire avec Davy Crockett et les jingles de la série parodiés qui se lancent à tout bout de champ jusqu’à devenir volontairement relou et débile) et sur certaines histoires, quelques gags fonctionnent.
Mais globalement ça m’a laissé sur ma faim. Pourtant Caritte pioche un peu partout pour ses histoires/personnages, des personnages historiques aux héros de romans ou séries télé. Mais ce créneau a déjà été pas mal traité, et faire preuve d’originalité – tout en restant drôle – n’est pas aisé. Et ici l’essai est loin d’être toujours transformé.
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Donny Diner
Une comédie absurde dans un restaurant d'autoroute à thème américain déserté par les clients, où une petite équipe de marginaux tente de faire survivre un rêve un peu pathétique entre burgers, astrologie et fantasmes des États-Unis des années 50. La lecture n'est pas désagréable et l'idée de départ a une certaine originalité, autant dans son ambiance que dans ses personnages. Le dessin de Pochep fonctionne plutôt bien avec son trait caricatural et ses gueules improbables, même si l'humour m'a assez peu touché. J'ai rarement ri et je suis resté assez extérieur à l'ensemble. Le problème principal vient surtout du fait que j'ai eu du mal à comprendre où l'auteur voulait réellement en venir. Entre satire sociale, chronique de loosers, réflexion sur les rêves ratés et nostalgie américaine, le récit donne l'impression de tourner autour de son sujet sans vraiment le développer. Il y a quelques idées et moments amusants, mais pas forcément assez pour justifier une histoire étirée sur autant de pages. J'ai lu l'album sans déplaisir, mais ça m'a laissé une impression assez vague une fois terminé. Note : 2.5/5
Petits Contes Macabres
Un petit recueil collectif, qui souffre comme la plupart du temps de proposer des choses éclectiques, avec une place allouée à chaque auteur pas toujours propice à de bons développements. Je suis d’accord avec Paco sur son ressenti globalement décevant. Et aussi sur le fait que la deuxième et la quatrième histoire sont celles qui se révèlent les plus intéressantes – que ce soit le récit lui-même ou le dessin. Les deux autres (décevantes dans les deux mêmes domaines) sont clairement dispensables (ça n’est pas la première fois que Mignola me déçoit sur ce type de récits courts (dans « Le carnaval des cadavres » récemment par exemple). La deuxième histoire aurait mérité un plus ample développement. Mais elle est intéressante et Becky Cloonan est parvenue à bien installer une ambiance noire, inquiétante, fantastique (et dessin et colorisation sont réussis). Cette histoire a d’ailleurs semble-t-il reçu un Eisner Award de la meilleure histoire courte (j’avais découvert cette auteure avec l’intéressant Somna). La quatrième histoire est aussi intéressante, même si le dessin, bon dans l’ensemble, est inégal. Entre chacun des récits, une courte histoire voit Powell dialoguer avec ses co-auteurs (là aussi avec costumes et ambiance victorienne). Cela « gonfle » un peu la pagination, sans apporter grand-chose en fait je trouve. Note réelle 2,5.
Le Club des inadapté.e.s
Je ne pense pas être le cœur de cible de cet album, mais il peut trouver son public. Un public que je verrais adolescent en priorité. L’idée de mettre en avant quatre ados qui se serrent les coudes face au rejet – voire au harcèlement – dont ils sont victimes, car tous « en marge » à différents degrés, est plutôt louable, et parlera au public visé. Mais j’ai trouvé que le récit manquait de nuance, était souvent trop caricatural. Chaque gamin est ainsi trop « typé », presque « essentialisé » (ses goûts scolaires, vestimentaires, etc.). De même, madame Bonasera, la prof de Maths, qui débarque dans leur collège, casquette de travers sur la tête, salopette et santiags, et la clope au bec, avec une attitude démago, désolé, mais je n’y ai pas cru un instant. A un moment, l’un des ados est violemment attaqué, et il va, avec l’aide de ses camarades, mettre au point une machine pour « égaliser les chances » (que ça ne soit pas toujours eux qui souffrent de quelque chose dans la vie). Ce choix parait bizarre, vu qu’il ne vise pas à améliorer leur situation à tous les quatre, mais bien à rééquilibrer en faisant souffrir d’autres enfants – ce qui du coup semble les faire passer de victimes à bourreaux, tout en perpétuant l’idée que des gens doivent souffrir dans la vie. C’est quand même assez moyen je trouve. Indépendamment bien sûr de la crédibilité d’une telle machine… La fin est un peu naïve et facile, happy-end maladroit. Ça passe sans doute mieux avec un jeune lectorat. Mais cette lecture m’a laissé sur ma faim.
Capuche Blanche
Comme Pol, je suis resté un peu à côté de cette histoire. Oscar Martin semble nous proposer une version originale du « Petit chaperon rouge ». ça m’a intrigué, et j’étais curieux de voir comment il allait traiter sa version, d’un conte connu et déjà pas mal adapter (sur tous les supports – voir les délires de Tex Avery). Mais voilà, cette lecture m’a grandement laissé sur ma faim. D’abord la narration est assez lourde, avec un texte très présent en off. Et une héroïne ambiguë et peu attachante. Sa relation avec le loup est originale – y compris sa façon de le nourrir, aux détriments de chasseurs… – mais sorti de ça, c’est un peu confus et ça ne m’a pas captivé plus que ça. Le mal-être de « Capuche » est fort, mais du coup on aurait tout aussi bien pu n’y voir qu’une illustration de ses cauchemars et de ses frustrations. Jusqu’à la chute et la rupture entre Capuche et le loup, forcément sanglante. Peut-être faudrait-il que j’y revienne pour mieux comprendre et apprécier cette histoire, à la fois riche et obscure. Mais je n’en ferai pas une priorité. Note réelle 2,5/5.
Billi 99
Je rejoins l'avis de Noirdésir. C'est typique le genre d'œuvre de jeunesse qui est rééditée uniquement parce depuis l'auteur est devenu très connu. Est-ce que ce one-shot aurait été publié en français si le dessinateur avait été un inconnu et pas Tim Sale ? En tout cas, si vous adorez son style vous allez être déçu parce qu'ici il est non seulement encore loin de son style très personnel qu'il a développé ensuite, mais sur plusieurs cases le trait fait franchement amateur. C'est un dessin qu'on retrouvait souvent chez les éditeurs américains indépendants durant les années 80-90. C'est bien de laisser des jeunes auteurs s'exprimer et de faire autre chose que du DC ou du Marvel, mais parfois cela donnait des trucs franchement amateurs. Quant au scénario, on est dans un polar très stéréotypé, où chacun des personnages joue son rôle de façon très stéréotypée. Ajoutons qu'en plus le rythme est inutilement long. Sérieux, après avoir seulement le lu premier chapitre, j'ai eu l'impression que je lisais l'album depuis des heures et que pas grand chose se passait. Je ne veux pas être insultant envers les auteurs, mais on dirait vraiment un film amateur tourné par une bande de potes intellos qui pensent faire une œuvre plus profonde qu'elle ne l'est. Je ne suis jamais rentré dans ce récit que j'ai fini par feuilleter.
Roméo et Juliette (La sagesse des mythes, contes et légendes)
Oui bon pas vraiment convaincu de la nécessité du bousin. Ça peut être une porte d’entrée pour ceux ne connaissant pas l’histoire (qui ?), mais pour les autres l’ennui l’emportera. Malgré une partie graphique correcte, c’est plutôt fade à suivre et plat dans la narration. Les personnages ont zéro charisme et les auteurs ne s’autorisent vraiment aucune fantaisie. Donc voilà c’est bien respectueux mais pas vraiment convaincant dans la forme. Bien trop scolaire donc. Il y a quand même le dossier final que j’ai bien aimé, les prémices de l’histoire remontant au temps d’Ovide et de Babylone, j’ai appris quelques trucs. Même si on sort de l’antiquité, cette déclinaison de la collection reste conforme à son style et rendu. Mauvaise pioche pour le présent album mais je reste curieux d’en découvrir d’autres dont le sujet me sera moins familier.
FM
J'ai déjà lu des histoires de Zentner plus inspirées. Elles se laissent lire mais manquent, pour la plupart, de suspense ou d'imprévisibilité. « Carmen » et « Comédies » se distinguent un peu. Le dessin de Pellejero, à cette époque, rappelle beaucoup celui d'autres auteurs hispaniques et sud-américains comme Mandrafina ou Altuna, principalement les expressions des personnages. Avec un trait fin et en noir et blanc, il est très différent de celui des périodes ultérieures. Je pense que le thème Radio, fréquence modulée, n'a pas été suffisamment exploré ou développé. Il ne fonctionne ici maintes fois que comme un bruit de fond ou parasite.
Margot la folle
Une femme flamande vivant dans un village ravagé par la peste se lance dans une poursuite hallucinée à travers l'enfer et les paysages de l'Apocalypse pour tenter de retrouver son mari emporté par les spectres de la mort. Je reconnais sans difficulté le travail ambitieux réalisé autour de cet album. Muriel Blondeau construit un univers médiéval fantastique très personnel, nourri de folklore flamand, de visions apocalyptiques et surtout d'un hommage permanent à l'univers pictural de Pieter Brueghel. Toute la BD fonctionne comme une réinterprétation libre et fiévreuse de Margot l'enragée, mais aussi de quelques autres œuvres du peintre, avec des références visuelles évidentes à ses enfers grouillants, à ses monstres, à ses scènes de chaos et à cette représentation très organique de l'Apocalypse. On sent aussi fortement l'influence de Jérôme Bosch dans le bestiaire et certaines visions grotesques ou cauchemardesques. Visuellement, l'album possède une vraie identité. Le grand format carré accentue cette impression d'objet atypique et permet à l'autrice de construire des planches très libres, pleines de débordements graphiques, de personnages qui envahissent les cases, de créatures absurdes, de détails partout et de compositions volontairement désorientantes. Il y a un vrai travail pour donner vie à une espèce de conte médiéval halluciné où le lecteur traverse un monde de peste, de mort, de superstition et de visions infernales. Mais malgré tout ça, je n'ai jamais réussi à entrer dans le récit. J'ai trouvé l'ensemble beaucoup trop fantasque, onirique et volontairement confus. Les péripéties s'enchaînent dans une logique de rêve fiévreux où l'on passe sans arrêt d'une rencontre absurde à une autre, d'un symbole à un autre, sans structure claire ni montée dramatique qui me donne envie de suivre l'aventure. Je comprends que cette désorientation fasse partie du projet, mais elle ma empêché de rentrer dans le récit. Le langage utilisé n'a pas aidé non plus. Les dialogues sont remplis d'expressions flamandes et de références culturelles nécessitant constamment de revenir au lexique placé en début d'album. Je peux comprendre que cela participe à l'ambiance folklorique, mais j'ai trouvé ça assez pénible et cassant pour la lecture. J'avais régulièrement l'impression qu'il me manquait des références culturelles, historiques ou picturales pour réellement apprécier ce que l'album essayait de raconter. Même si je respecte la proposition artistique et le travail d'hommage à Brueghel, cette BD m'a laissé une impression de confusion et d'ennui. J'y ai davantage vu un exercice graphique et culturel érudit qu'un récit capable de réellement me captiver.
Les Aventures de François Ruffin, député-reporter
Nous sommes à un an de l'élection présidentielle. A l'heure où les candidat(e)s présomptifs/ves sont nombreux/ses, certains essaient de se démarquer, de sortir du lot. Sans clamer que je sois particulièrement fan du personnage, force est de constater que François Ruffin, député écologiste de la Somme, essaie de se démarquer. Journaliste et documentariste de formation, il s'est engagé depuis une dizaine d'années en politique, et est député de la Somme depuis 2017. Ce mandat lui permet de se mêler à la population locale, lors d'évènements divers, de manifestations ou encore d'immersions avec des travailleurs et des travailleuses de la première ligne, salué(e)s durant la crise Covid, mais jamais rétribué(e)s de manière substantielle. On a donc une suite d'instantanés, certains uniques, d'autres découpés en plusieurs segments, qui montrent son écoute, son talent pour le dialogue et l'esprit de synthèse qui lui permet d'être pertinent et percutant dans ses interventions et ses analyses. Des anecdotes racontées par Ruffin lui-même, et transformées en segments narratifs par le talentueux et chevronné Laurent Galandon. Des anecdotes, des témoignages parfois poignants, tous intéressants. Ruffin s'y montre donc attentif, offensif, mais jamais injurieux ou agressif comme il peut l'être dans d'autres circonstances. C'est donc un peu policé, une bonne chose, mais Ruffin y est aussi, par moments, un peu pédant, ce qui est dommage. EDIT : A la lumière de la relecture dans un autre angle, et différents témoignages, dont celui d'une personne présente dans le récit se déroulant dans un train, il semblerait qu'en plus de jouer au sauveur blanc, Ruffin ait bien bien contrefait certaines choses, en sa faveur. Je ne peux que condamner ce comportement, car si on a coutume de romancer les choses en BD, c'est pour que le récit soit meilleur ; si c'est à des fins électoralistes, cela pose un gros problème pour moi. Je baisse donc ma note initiale de 3 à 2/5, ne voulant pas sanctionner le travail de la douzaine d'auteurs qui ont participé à ce collectif, et que Ruffin semble invisibiliser quand il fait la promo de l'album. Le travail graphique des onze dessinatrices et dessinateurs qui ont accepté de le suivre dans l'aventure est vraiment bon, quoique très diversifié (on a Pendanx et Jul, par exemple...). Ils ont fait du bon boulot sur des formats courts, voire très courts. En bref, un album à prendre avec beaucoup de pincettes.
Les Légendes des Siècles
Caritte est un auteur assez inégal. S’il parvient à me faire sourire, voire rire, j’ai souvent du mal à accrocher sur la durée. Et cet album ne dérogera pas à cette règle. En effet, ses histoires courtes, parodiques, foutraques, flirtant avec l’absurde et l’humour con ne sont pas assez percutantes, et l’humour peine à être efficace. Il y a bien quelques idées vraiment amusantes (par exemple l’histoire avec Davy Crockett et les jingles de la série parodiés qui se lancent à tout bout de champ jusqu’à devenir volontairement relou et débile) et sur certaines histoires, quelques gags fonctionnent. Mais globalement ça m’a laissé sur ma faim. Pourtant Caritte pioche un peu partout pour ses histoires/personnages, des personnages historiques aux héros de romans ou séries télé. Mais ce créneau a déjà été pas mal traité, et faire preuve d’originalité – tout en restant drôle – n’est pas aisé. Et ici l’essai est loin d’être toujours transformé.