Le scénariste est visiblement avant tout un cinéaste (je ne le connaissais pas), et ça se voit un peu, dans sa volonté de montrer – en les exagérant souvent – des cadrages très « cinématographiques ». Il a aussi « embauché » comme personnage principal un acteur connu, Pascal Légitimus, dans le rôle de l’inspecteur en charge de cette enquête débile, des vols de « croûtes », au sein d’un musée qui se fait fort de le rassembler.
C’est dire qu’on est dans la veine absurde de l’humour, un créneau qui a priori m’intéresse beaucoup. Mais qui aussi est passablement utilisé ces dernières années, avec le risque de ne pas être très original.
Et ici la déception prédomine largement. Certes, il y a bien quelques situations/gags qui font sourire, en particulier lorsque notre inspecteur – près de la retraite et peu au fait des nouveautés technologiques – se débat avec les demandes de bots pour s’identifier sur des sites.
Mais le plus souvent j’ai trouvé l’humour poussif : remarque valable pour le texte lui-même, mais aussi pour les poses des acteurs, souvent surjouées (l’adjoint de l’inspecteur en particulier), sans que ça n’apporte quelque chose de drôle. C’est aussi assez répétitif, et du coup, ce manque d’originalité et de punch, fait que l’humour débile, con, absurde est comme anesthésié, et finalement je me suis lassé.
Bof bof donc…
J'avais vraiment envie d'aimer cet album. D'abord parce que j'apprécie les recueils de courts récits fantastiques conçus pour faire frissonner, ensuite parce que ce cadre de réveillon de Noël dans l'Angleterre de 1843, où l'on se raconte des histoires étranges au coin du feu, avait tout pour me plaire. Enfin parce que les auteurs réunis ici sont des noms que j'apprécie habituellement. Pourtant, malgré toute ma bonne volonté, je ne suis jamais vraiment entré dedans.
Le récit-cadre, qui met en scène les quatre conteurs sous les traits de leurs propres auteurs, est plutôt sympathique. L'ambiance très british fonctionne bien, le dessin est agréable et les échanges sarcastiques entre les personnages apportent une petite touche d'humour. Mais cela reste surtout un prétexte pour relier les différentes histoires et l'ensemble n'apporte finalement pas grand-chose.
Le premier conte est celui que j'ai préféré. Son mélange de voyage spatial dans l'éther, de dirigeable et de fantômes lui donne un charme steampunk évoquant à la fois Jules Verne et Méliès. Le dessin est sympathique et l'histoire se lit agréablement, même si elle reste un peu courte pour vraiment marquer. J'ai toutefois tiqué sur une référence à l'ère victorienne alors que le récit-cadre se déroule avant 1843, donc au mieux au tout début du règne de Victoria.
Le deuxième conte est sans doute le plus beau graphiquement. Becky Cloonan y installe une ambiance sombre et réussie autour du Kelpie, mais le récit se résume finalement à la façon dont cette créature attire puis piège sa victime. C'est joliment raconté, mais beaucoup trop bref pour laisser une véritable impression.
Le troisième récit adapte librement Jabberwocky de Lewis Carroll. Comme le poème original, il accumule les mots inventés, le non-sens et les situations absurdes. Le problème est que cela donne une histoire assez confuse, vite lue et finalement peu intéressante.
Le dernier conte est le plus développé. Il raconte l'histoire d'un major revenu des colonies avec une étrange malédiction qui l'empêche de dormir sous un toit sans risquer la mort. La mise en scène est correcte et l'atmosphère fonctionne, mais l'intrigue manque un peu de souffle et le dénouement tombe assez à plat.
Au final, j'ai plutôt apprécié l'ambiance générale, les graphismes et cette volonté de renouer avec la tradition des histoires de fantômes racontées à Noël. Mais les quatre récits souffrent selon moi du même problème : ils sont soit trop courts, soit pas assez riches pour devenir mémorables. Avec de tels auteurs et un contexte aussi séduisant, j'espérais davantage. Une lecture agréable par moments, mais globalement assez décevante.
Une histoire de sorcellerie, de désir et de puritanisme dans l'Angleterre du XVIIe siècle.
Cet album m'a laissé complètement froid.
Le principal problème vient pour moi du choix graphique des séquences de rêve. Je déteste ce rendu numérique que je trouve à la fois trop informatique, trop sombre, trop flou et artificiel. J'ai largement préféré les scènes d'éveil, dessinées dans un style plus classique avec un encrage bien plus clair et agréable à regarder. Malheureusement, une bonne partie du récit se déroule justement dans ces rêves qui m'ont rebuté visuellement. Entre les couleurs obscures, les contours flous, les textes parfois peu lisibles et la mise en scène confuse, j'ai eu du mal à comprendre ce qu'il s'y déroulait. À tel point que j'ai fini par zapper ces passages.
L'histoire ne m'a pas davantage convaincu. Toute l'intrigue repose sur l'opposition entre le puritanisme religieux et le désir féminin, mais le problème est qu'on en devine immédiatement tous les développements. Dès les premières pages, j'avais l'impression de connaître la fin. Rien ne m'a surpris par la suite : pas de véritable rebondissement, pas d'évolution inattendue, seulement le déroulement très prévisible d'un scénario rempli de clichés. Le révérend accusateur, hypocrite et sournois, semble sorti d'un manuel du personnage antipathique tant il est caricatural.
Quant à l'aspect prétendument sulfureux du récit, je l'ai trouvé particulièrement fade. Les scènes de rêve accumulent les monologues grandiloquents, les dialogues ampoulés et un érotisme que j'ai trouvé bien peu inspiré. Rien qui ne parvienne réellement à créer du trouble, de la sensualité ou de l'inquiétude.
Je me suis ennuyé du début à la fin. Je retiendrai seulement la partie graphique des scènes diurnes, nettement plus réussie à mes yeux. Mais cela ne suffit pas à sauver une histoire que j'ai trouvée à la fois laborieuse, prévisible et finalement sans intérêt.
Ce recueil rassemble cinq courtes histoires qui ont toutes le même objectif : montrer un maximum de scènes de sexe et pas grand-chose d'autre. Il n'y a pratiquement aucune mise en place, aucun véritable scénario ni construction des personnages. Chaque récit fonce droit au but et enchaîne les partenaires, les positions ou les situations comme un catalogue destiné à multiplier les scènes explicites plutôt qu'à raconter quoi que ce soit. J'ai eu l'impression que tout reposait davantage sur l'envie du dessinateur d'accumuler les séquences de sexe que sur une quelconque ambition narrative.
Le problème est que le dessin n'est pas séduisant. Les visages sont régulièrement caricaturaux, avec des expressions exagérées qui les rendent presque ridicules, tandis que les anatomies elles-mêmes sont assez ratées. Du coup, même sur le plan érotique, l'ensemble ne fonctionne pas vraiment sur moi et finit par devenir monotone d'une histoire à l'autre.
Paradoxalement, ce sont les illustrations de couverture et des pages séparant les chapitres qui m'ont davantage intéressé. Réalisées dans un style beaucoup plus réaliste et élégant, elles dégagent une belle personnalité graphique que je n'ai pas retrouvée dans le reste de l'album. Une bande dessinée entière dessinée dans cet esprit m'aurait sans doute plus convaincu.
Le Cauchemar d'Innsmouth n'est pas ma nouvelle préférée de Lovecraft, mais c'est l'une de ses plus célèbres. Mathieu Sapin et Patrick Pion ont choisi de la transposer dans un univers de space opera tout en conservant fidèlement sa structure et même une partie de ses dialogues. Pourquoi pas ?
Sur le plan graphique, l'album possède effectivement des qualités. Patrick Pion livre un travail solide avec une véritable personnalité visuelle. J'ai bien aimé les vaisseaux, les décors futuristes et l'atmosphère de la planète Innsmüt, qui parvient à conserver quelque chose de l'étrangeté du récit original. Les personnages sont également réussis, même si les mutations des habitants sont parfois tellement marquées qu'il devient difficile de croire qu'elles puissent réellement passer inaperçues.
Là où l'adaptation me paraît beaucoup moins convaincante, c'est dans son principe même. En déplaçant presque à l'identique l'intrigue de Lovecraft dans un contexte de science-fiction spatiale, les auteurs détruisent selon moi une grande partie de ce qui faisait la force du texte d'origine. Déjà, l'idée qu'une planète entière se résume à une sorte de petite bourgade délabrée avec un unique hôtel miteux paraît ridicule. Mais surtout, comment éprouver le même sentiment d'horreur face à des mutants ou à des êtres semi-extraterrestres dans un contexte où l'on est censé voyager régulièrement entre les étoiles et croiser toutes sortes d'espèces différentes ? Toute la dimension d'horreur indicible et de découverte progressive de l'altérité se trouve complètement désamorcée.
Du coup, ce qui fonctionnait dans la nouvelle devient ici beaucoup plus plat et prévisible. L'ambiance inquiétante subsiste par moments, mais elle ne débouche jamais sur un véritable sentiment de malaise ou d'effroi. L'histoire avance alors de façon assez mécanique, sans retrouver la puissance du matériau d'origine.
Les auteurs ont en outre choisi de modifier la conclusion de Lovecraft. Malheureusement, cette nouvelle fin ne m'a pas davantage convaincu. Je l'ai trouvée tout aussi bancale que la transposition elle-même et elle soulève des questions auxquelles le récit ne répond pas.
Malgré un dessin réussi et quelques belles idées visuelles, transposer Le Cauchemar d'Innsmouth dans un cadre de space opera n'était pas une bonne idée parce que son concept même n'y fonctionne plus.
C'était clairement une série pour remplir les pages dans le journal de Tintin. Les dessins de Tibet sont corrects, sans plus. Il manque de l'imagination et de la surprise dans les histoires ; l'humour est souvent forcé et les jeux de mots sont secs. Chick Bill et son petit ami Indien cédaient de plus en plus la place à Kid Ordinn et au shérif Dog Bull dans leur relation et leur réaction bêtise-colère, de plus en plus prévisible. Je suis encore étonné que la série ait duré si longtemps, avec autant d'épisodes !
L'auteur Livio Labuz nous présente une variation de l'histoire de Coppelia. Ici, il ne s'agit pas d'une poupée dansante, mais d'un robot sexuel. Cela m'a fait penser à B.O. comme un dieu, que j'ai lu il y a quelque temps. Elle part à la recherche de son créateur, Coppelius, et d'elle-même, en croisant des humains et des extraterrestres. Tout n'est qu'un prétexte pour des scènes de sexe qui sont, on le comprend, le véritable objectif de l'album.
Le dessin est bien défini avec un trait épais et un noir et blanc bien marqué. L'auteur revendique l'influence de Baldazzini et aussi de Didier Comès ! Sans être désagréable, j'ai trouvé le tout assez froid, artificiel et mécanique. Mais peut-être ne pouvait-il pas en être autrement. Je suis d'accord avec l'avis de Noirdésir que le développement au niveau de l'histoire, des motivations des personnages est limité et tout reste trop superficiel. À la fin, quelques surprises ne suffisent pas à changer cette impression.
Je ne connais pas du tout l'histoire du Brésil, et cette BD ne vas pas particulièrement m'aider en ce sens. Parce que sous couvert de raconter une histoire du Brésil par le prisme d'une famille, c'est avant tout l'histoire familiale qui semble prédominer dans ce récit.
Matthias Lehmann veut nous faire une petite histoire inspirée par sa famille et des oncles qu'il a eu, deux versions différentes de l'histoire du Brésil alors que le pays connait un coup d’État suivi d'années de plomb durant lesquelles la répression sera violente. Mais en même temps, c'est clairement un récit qui s'en inspire seulement et veut parler d'autres choses, que ce soit avec les personnages secondaires, avec la politique qui s'invite. Et l'ensemble est un peu fourre-tout sans grand liens directeurs, ce qui est pas facile à suivre lors de la lecture. La famille de cinq enfants (deux garçons et trois filles) est le cœur du récit mais en proportion disparate : Severino se taille la première place, comme en couverture, Ramirez est plus figurant à partir de la moitié du récit, de même que sa vie qui part en vrille, tandis que les trois sœurs font de la figuration dans le fond. L'équilibre est clairement en faveur de Severino, auquel l'auteur semble accorder plus de sympathie, mais je l'ai trouvé assez vite pathétique, tandis que Ramirez n'était pas mieux. Les personnages les plus attachants au final sont les sœurs, auquel on ne donne que peu de places, ainsi que la mère qui n'est pas assez creusé non plus.
Le tout repose donc sur les transformations politiques et la dictature brésilienne, là encore pas très bien abordée au final. On a d'abord un père pro-fasciste qui tente de les soudoyer pour servir ses intérêts de patrons, puis son fils dans un journal de gauche qui doit les fuir, et les opposants planqués dans la jungle qui attendent. Je ne sais pas trop quelle était la volonté de l'auteur, mais on a l'impression que l'opposition de gauche alternait entre des revendicateurs très politisés qu'on écoutait pas vraiment et des gens pas très doués d'une façon ou d'une autre, qui n'ont rien changé au cours de choses. Je ne sais pas si c'est le cas, mais l'ensemble à une drôle de tournure : Severino semble de gauche par principes mais on se demande ce qui lui fait garder ces idées, surtout lorsqu'il commence à écrire, tandis que Ramirez est un gros dragueur de droite, là encore en contradiction plus d'une fois avec ce qu'il fait. La BD fait donc assez vite retomber le soufflé politique qu'elle installe au début du récit et manque de consistance là encore sur les enjeux globaux. On est clairement sur l'histoire des personnages, à échelle humaine, mais avec des comportements parfois étrange et surtout un manque d'intérêt assez flagrant. Lorsque je trouve la plupart des personnages peu intéressants, j'ai du mal à me concentrer sur leur vie et au final la BD m'a semblé longue et parfois redondante. Les enjeux politiques s'évanouissent vite, les deux frères ne font pas grand chose et leurs sœurs subissent leurs comportements et le reste. Et puis voila, à la fin il y en a un qui est devenu écrivain célèbre et j'ai l'impression que la BD nous dit que ce n'est pas forcément une bonne chose, que lui même était plus intéressé par la gloire que par les idées de ses livres.
En fait, je crois que j'ai du mal à voir où la BD veut en venir, en dehors de cette inspiration d'histoire familiale. Si c'est pour parler du Brésil de ces années-là, je n'ai pas appris grand chose si ce n'est qu'il y a eu une dictature soutenue par les États-Unis contre le Brésil, pour éviter l'invasion communiste. Mais l'idée effleuré dans la BD de l'exploitation des terres notamment celles des autochtones n'est par exemple pas plus exploitée. Il manque tout un contexte autour de la politique de ces années-là, de la répercussion de la répression au quotidien (assez peu visible).
Donc qu'en tirer ? Personnellement j'ai la frustration de ne pas avoir appris grand chose politiquement parlant, le tout autour de gens que je n'ai pas plus appréciés que ça et qui forment le cœur du récit. Donc pas pour moi, quoi.
Céline est avant tout un auteur, et qu'avons nous ? Ses grands textes, type Voyage au bout de la nuit ? L'abject Bagatelle pour un massacre ? Pas un extrait, rien, on doit croire sur parole que l'auteur est un génie, et se déterminer sur son cas sans rien voir à charge ou à décharge, ramené à un médecin, ce qui est un peu court… Dans ce sillage, tous les personnages sont à la fois caricaturaux, des trognes, et sans profondeur. Quand on reste dans une œuvre par désir pervers de voir à quoi elle mène, on n'est ni très satisfait de l'œuvre, ni de soi. Il faudrait s'échapper, comme le seul personnage un peu vivant de la bd, comme le chat, bondissant à travers la vitre pour retrouver son écrivain de compagnie !
Margot est ce qu'on appelle communément un nanar. Mais un nanar agréable à lire, et ce uniquement grâce au superbe dessin de Frezzato.
L'auteur a un souci du détail impressionnant et réussit à rendre attractive la moindre scène banale (et Dieu sait s'il y en a beaucoup).
La plastique de Margot envoie du pâté. Notre héroïne éponyme est une figure de papier glacé aux réactions désarmantes, sorte d'hybride entre une icône de Serpieri et de Tetsuo Hara. Enfin, ça, c'est au début. Ensuite, Frezzato décide de lui couper les cheveux : on passe alors de Druuna à Desireless, et c'est tout de suite moins sympa.
Le scénario, lui, ne vaut pas un radis. Margot veut être actrice mais finit par rejoindre une communauté d'ouvriers du bâtiment. Ok, pourquoi pas.
Comme le dit Noirdésir avant moi, rien n'est crédible dans ce récit en roue libre totale. Charyn lui-même n'y croit pas mais sait faire preuve d'autodérision, en témoigne la voix off magique qui clôt le premier tome :
"Que va-t-il arriver ensuite à notre héroïne ? Elle-même ne le sait pas."
En tout cas, Charyn ne le savait pas non plus quand il a écrit ça !
Le deuxième tome ne va rien arranger. Cette fois, Margot essaie de changer de métier pour ouvrir une sorte d'antenne des Restos du Cœur.
Détail amusant : le récit multiplie les gros sous-entendus sur le fait que Margot se tape tous ses collègues, mais tout est traité sous forme d'ellipse. Déception...
Bizarrement, je ne compte pas me séparer de cette BD. Elle a un charme unique, allez comprendre...
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Vols au musée de la croûte
Le scénariste est visiblement avant tout un cinéaste (je ne le connaissais pas), et ça se voit un peu, dans sa volonté de montrer – en les exagérant souvent – des cadrages très « cinématographiques ». Il a aussi « embauché » comme personnage principal un acteur connu, Pascal Légitimus, dans le rôle de l’inspecteur en charge de cette enquête débile, des vols de « croûtes », au sein d’un musée qui se fait fort de le rassembler. C’est dire qu’on est dans la veine absurde de l’humour, un créneau qui a priori m’intéresse beaucoup. Mais qui aussi est passablement utilisé ces dernières années, avec le risque de ne pas être très original. Et ici la déception prédomine largement. Certes, il y a bien quelques situations/gags qui font sourire, en particulier lorsque notre inspecteur – près de la retraite et peu au fait des nouveautés technologiques – se débat avec les demandes de bots pour s’identifier sur des sites. Mais le plus souvent j’ai trouvé l’humour poussif : remarque valable pour le texte lui-même, mais aussi pour les poses des acteurs, souvent surjouées (l’adjoint de l’inspecteur en particulier), sans que ça n’apporte quelque chose de drôle. C’est aussi assez répétitif, et du coup, ce manque d’originalité et de punch, fait que l’humour débile, con, absurde est comme anesthésié, et finalement je me suis lassé. Bof bof donc…
Petits Contes Macabres
J'avais vraiment envie d'aimer cet album. D'abord parce que j'apprécie les recueils de courts récits fantastiques conçus pour faire frissonner, ensuite parce que ce cadre de réveillon de Noël dans l'Angleterre de 1843, où l'on se raconte des histoires étranges au coin du feu, avait tout pour me plaire. Enfin parce que les auteurs réunis ici sont des noms que j'apprécie habituellement. Pourtant, malgré toute ma bonne volonté, je ne suis jamais vraiment entré dedans. Le récit-cadre, qui met en scène les quatre conteurs sous les traits de leurs propres auteurs, est plutôt sympathique. L'ambiance très british fonctionne bien, le dessin est agréable et les échanges sarcastiques entre les personnages apportent une petite touche d'humour. Mais cela reste surtout un prétexte pour relier les différentes histoires et l'ensemble n'apporte finalement pas grand-chose. Le premier conte est celui que j'ai préféré. Son mélange de voyage spatial dans l'éther, de dirigeable et de fantômes lui donne un charme steampunk évoquant à la fois Jules Verne et Méliès. Le dessin est sympathique et l'histoire se lit agréablement, même si elle reste un peu courte pour vraiment marquer. J'ai toutefois tiqué sur une référence à l'ère victorienne alors que le récit-cadre se déroule avant 1843, donc au mieux au tout début du règne de Victoria. Le deuxième conte est sans doute le plus beau graphiquement. Becky Cloonan y installe une ambiance sombre et réussie autour du Kelpie, mais le récit se résume finalement à la façon dont cette créature attire puis piège sa victime. C'est joliment raconté, mais beaucoup trop bref pour laisser une véritable impression. Le troisième récit adapte librement Jabberwocky de Lewis Carroll. Comme le poème original, il accumule les mots inventés, le non-sens et les situations absurdes. Le problème est que cela donne une histoire assez confuse, vite lue et finalement peu intéressante. Le dernier conte est le plus développé. Il raconte l'histoire d'un major revenu des colonies avec une étrange malédiction qui l'empêche de dormir sous un toit sans risquer la mort. La mise en scène est correcte et l'atmosphère fonctionne, mais l'intrigue manque un peu de souffle et le dénouement tombe assez à plat. Au final, j'ai plutôt apprécié l'ambiance générale, les graphismes et cette volonté de renouer avec la tradition des histoires de fantômes racontées à Noël. Mais les quatre récits souffrent selon moi du même problème : ils sont soit trop courts, soit pas assez riches pour devenir mémorables. Avec de tels auteurs et un contexte aussi séduisant, j'espérais davantage. Une lecture agréable par moments, mais globalement assez décevante.
Somna
Une histoire de sorcellerie, de désir et de puritanisme dans l'Angleterre du XVIIe siècle. Cet album m'a laissé complètement froid. Le principal problème vient pour moi du choix graphique des séquences de rêve. Je déteste ce rendu numérique que je trouve à la fois trop informatique, trop sombre, trop flou et artificiel. J'ai largement préféré les scènes d'éveil, dessinées dans un style plus classique avec un encrage bien plus clair et agréable à regarder. Malheureusement, une bonne partie du récit se déroule justement dans ces rêves qui m'ont rebuté visuellement. Entre les couleurs obscures, les contours flous, les textes parfois peu lisibles et la mise en scène confuse, j'ai eu du mal à comprendre ce qu'il s'y déroulait. À tel point que j'ai fini par zapper ces passages. L'histoire ne m'a pas davantage convaincu. Toute l'intrigue repose sur l'opposition entre le puritanisme religieux et le désir féminin, mais le problème est qu'on en devine immédiatement tous les développements. Dès les premières pages, j'avais l'impression de connaître la fin. Rien ne m'a surpris par la suite : pas de véritable rebondissement, pas d'évolution inattendue, seulement le déroulement très prévisible d'un scénario rempli de clichés. Le révérend accusateur, hypocrite et sournois, semble sorti d'un manuel du personnage antipathique tant il est caricatural. Quant à l'aspect prétendument sulfureux du récit, je l'ai trouvé particulièrement fade. Les scènes de rêve accumulent les monologues grandiloquents, les dialogues ampoulés et un érotisme que j'ai trouvé bien peu inspiré. Rien qui ne parvienne réellement à créer du trouble, de la sensualité ou de l'inquiétude. Je me suis ennuyé du début à la fin. Je retiendrai seulement la partie graphique des scènes diurnes, nettement plus réussie à mes yeux. Mais cela ne suffit pas à sauver une histoire que j'ai trouvée à la fois laborieuse, prévisible et finalement sans intérêt.
Chaleurs estivales
Ce recueil rassemble cinq courtes histoires qui ont toutes le même objectif : montrer un maximum de scènes de sexe et pas grand-chose d'autre. Il n'y a pratiquement aucune mise en place, aucun véritable scénario ni construction des personnages. Chaque récit fonce droit au but et enchaîne les partenaires, les positions ou les situations comme un catalogue destiné à multiplier les scènes explicites plutôt qu'à raconter quoi que ce soit. J'ai eu l'impression que tout reposait davantage sur l'envie du dessinateur d'accumuler les séquences de sexe que sur une quelconque ambition narrative. Le problème est que le dessin n'est pas séduisant. Les visages sont régulièrement caricaturaux, avec des expressions exagérées qui les rendent presque ridicules, tandis que les anatomies elles-mêmes sont assez ratées. Du coup, même sur le plan érotique, l'ensemble ne fonctionne pas vraiment sur moi et finit par devenir monotone d'une histoire à l'autre. Paradoxalement, ce sont les illustrations de couverture et des pages séparant les chapitres qui m'ont davantage intéressé. Réalisées dans un style beaucoup plus réaliste et élégant, elles dégagent une belle personnalité graphique que je n'ai pas retrouvée dans le reste de l'album. Une bande dessinée entière dessinée dans cet esprit m'aurait sans doute plus convaincu.
La Planète aux cauchemars
Le Cauchemar d'Innsmouth n'est pas ma nouvelle préférée de Lovecraft, mais c'est l'une de ses plus célèbres. Mathieu Sapin et Patrick Pion ont choisi de la transposer dans un univers de space opera tout en conservant fidèlement sa structure et même une partie de ses dialogues. Pourquoi pas ? Sur le plan graphique, l'album possède effectivement des qualités. Patrick Pion livre un travail solide avec une véritable personnalité visuelle. J'ai bien aimé les vaisseaux, les décors futuristes et l'atmosphère de la planète Innsmüt, qui parvient à conserver quelque chose de l'étrangeté du récit original. Les personnages sont également réussis, même si les mutations des habitants sont parfois tellement marquées qu'il devient difficile de croire qu'elles puissent réellement passer inaperçues. Là où l'adaptation me paraît beaucoup moins convaincante, c'est dans son principe même. En déplaçant presque à l'identique l'intrigue de Lovecraft dans un contexte de science-fiction spatiale, les auteurs détruisent selon moi une grande partie de ce qui faisait la force du texte d'origine. Déjà, l'idée qu'une planète entière se résume à une sorte de petite bourgade délabrée avec un unique hôtel miteux paraît ridicule. Mais surtout, comment éprouver le même sentiment d'horreur face à des mutants ou à des êtres semi-extraterrestres dans un contexte où l'on est censé voyager régulièrement entre les étoiles et croiser toutes sortes d'espèces différentes ? Toute la dimension d'horreur indicible et de découverte progressive de l'altérité se trouve complètement désamorcée. Du coup, ce qui fonctionnait dans la nouvelle devient ici beaucoup plus plat et prévisible. L'ambiance inquiétante subsiste par moments, mais elle ne débouche jamais sur un véritable sentiment de malaise ou d'effroi. L'histoire avance alors de façon assez mécanique, sans retrouver la puissance du matériau d'origine. Les auteurs ont en outre choisi de modifier la conclusion de Lovecraft. Malheureusement, cette nouvelle fin ne m'a pas davantage convaincu. Je l'ai trouvée tout aussi bancale que la transposition elle-même et elle soulève des questions auxquelles le récit ne répond pas. Malgré un dessin réussi et quelques belles idées visuelles, transposer Le Cauchemar d'Innsmouth dans un cadre de space opera n'était pas une bonne idée parce que son concept même n'y fonctionne plus.
Chick Bill
C'était clairement une série pour remplir les pages dans le journal de Tintin. Les dessins de Tibet sont corrects, sans plus. Il manque de l'imagination et de la surprise dans les histoires ; l'humour est souvent forcé et les jeux de mots sont secs. Chick Bill et son petit ami Indien cédaient de plus en plus la place à Kid Ordinn et au shérif Dog Bull dans leur relation et leur réaction bêtise-colère, de plus en plus prévisible. Je suis encore étonné que la série ait duré si longtemps, avec autant d'épisodes !
Coppelia
L'auteur Livio Labuz nous présente une variation de l'histoire de Coppelia. Ici, il ne s'agit pas d'une poupée dansante, mais d'un robot sexuel. Cela m'a fait penser à B.O. comme un dieu, que j'ai lu il y a quelque temps. Elle part à la recherche de son créateur, Coppelius, et d'elle-même, en croisant des humains et des extraterrestres. Tout n'est qu'un prétexte pour des scènes de sexe qui sont, on le comprend, le véritable objectif de l'album. Le dessin est bien défini avec un trait épais et un noir et blanc bien marqué. L'auteur revendique l'influence de Baldazzini et aussi de Didier Comès ! Sans être désagréable, j'ai trouvé le tout assez froid, artificiel et mécanique. Mais peut-être ne pouvait-il pas en être autrement. Je suis d'accord avec l'avis de Noirdésir que le développement au niveau de l'histoire, des motivations des personnages est limité et tout reste trop superficiel. À la fin, quelques surprises ne suffisent pas à changer cette impression.
Chumbo
Je ne connais pas du tout l'histoire du Brésil, et cette BD ne vas pas particulièrement m'aider en ce sens. Parce que sous couvert de raconter une histoire du Brésil par le prisme d'une famille, c'est avant tout l'histoire familiale qui semble prédominer dans ce récit. Matthias Lehmann veut nous faire une petite histoire inspirée par sa famille et des oncles qu'il a eu, deux versions différentes de l'histoire du Brésil alors que le pays connait un coup d’État suivi d'années de plomb durant lesquelles la répression sera violente. Mais en même temps, c'est clairement un récit qui s'en inspire seulement et veut parler d'autres choses, que ce soit avec les personnages secondaires, avec la politique qui s'invite. Et l'ensemble est un peu fourre-tout sans grand liens directeurs, ce qui est pas facile à suivre lors de la lecture. La famille de cinq enfants (deux garçons et trois filles) est le cœur du récit mais en proportion disparate : Severino se taille la première place, comme en couverture, Ramirez est plus figurant à partir de la moitié du récit, de même que sa vie qui part en vrille, tandis que les trois sœurs font de la figuration dans le fond. L'équilibre est clairement en faveur de Severino, auquel l'auteur semble accorder plus de sympathie, mais je l'ai trouvé assez vite pathétique, tandis que Ramirez n'était pas mieux. Les personnages les plus attachants au final sont les sœurs, auquel on ne donne que peu de places, ainsi que la mère qui n'est pas assez creusé non plus. Le tout repose donc sur les transformations politiques et la dictature brésilienne, là encore pas très bien abordée au final. On a d'abord un père pro-fasciste qui tente de les soudoyer pour servir ses intérêts de patrons, puis son fils dans un journal de gauche qui doit les fuir, et les opposants planqués dans la jungle qui attendent. Je ne sais pas trop quelle était la volonté de l'auteur, mais on a l'impression que l'opposition de gauche alternait entre des revendicateurs très politisés qu'on écoutait pas vraiment et des gens pas très doués d'une façon ou d'une autre, qui n'ont rien changé au cours de choses. Je ne sais pas si c'est le cas, mais l'ensemble à une drôle de tournure : Severino semble de gauche par principes mais on se demande ce qui lui fait garder ces idées, surtout lorsqu'il commence à écrire, tandis que Ramirez est un gros dragueur de droite, là encore en contradiction plus d'une fois avec ce qu'il fait. La BD fait donc assez vite retomber le soufflé politique qu'elle installe au début du récit et manque de consistance là encore sur les enjeux globaux. On est clairement sur l'histoire des personnages, à échelle humaine, mais avec des comportements parfois étrange et surtout un manque d'intérêt assez flagrant. Lorsque je trouve la plupart des personnages peu intéressants, j'ai du mal à me concentrer sur leur vie et au final la BD m'a semblé longue et parfois redondante. Les enjeux politiques s'évanouissent vite, les deux frères ne font pas grand chose et leurs sœurs subissent leurs comportements et le reste. Et puis voila, à la fin il y en a un qui est devenu écrivain célèbre et j'ai l'impression que la BD nous dit que ce n'est pas forcément une bonne chose, que lui même était plus intéressé par la gloire que par les idées de ses livres. En fait, je crois que j'ai du mal à voir où la BD veut en venir, en dehors de cette inspiration d'histoire familiale. Si c'est pour parler du Brésil de ces années-là, je n'ai pas appris grand chose si ce n'est qu'il y a eu une dictature soutenue par les États-Unis contre le Brésil, pour éviter l'invasion communiste. Mais l'idée effleuré dans la BD de l'exploitation des terres notamment celles des autochtones n'est par exemple pas plus exploitée. Il manque tout un contexte autour de la politique de ces années-là, de la répercussion de la répression au quotidien (assez peu visible). Donc qu'en tirer ? Personnellement j'ai la frustration de ne pas avoir appris grand chose politiquement parlant, le tout autour de gens que je n'ai pas plus appréciés que ça et qui forment le cœur du récit. Donc pas pour moi, quoi.
La Cavale du Dr Destouches
Céline est avant tout un auteur, et qu'avons nous ? Ses grands textes, type Voyage au bout de la nuit ? L'abject Bagatelle pour un massacre ? Pas un extrait, rien, on doit croire sur parole que l'auteur est un génie, et se déterminer sur son cas sans rien voir à charge ou à décharge, ramené à un médecin, ce qui est un peu court… Dans ce sillage, tous les personnages sont à la fois caricaturaux, des trognes, et sans profondeur. Quand on reste dans une œuvre par désir pervers de voir à quoi elle mène, on n'est ni très satisfait de l'œuvre, ni de soi. Il faudrait s'échapper, comme le seul personnage un peu vivant de la bd, comme le chat, bondissant à travers la vitre pour retrouver son écrivain de compagnie !
Margot
Margot est ce qu'on appelle communément un nanar. Mais un nanar agréable à lire, et ce uniquement grâce au superbe dessin de Frezzato. L'auteur a un souci du détail impressionnant et réussit à rendre attractive la moindre scène banale (et Dieu sait s'il y en a beaucoup). La plastique de Margot envoie du pâté. Notre héroïne éponyme est une figure de papier glacé aux réactions désarmantes, sorte d'hybride entre une icône de Serpieri et de Tetsuo Hara. Enfin, ça, c'est au début. Ensuite, Frezzato décide de lui couper les cheveux : on passe alors de Druuna à Desireless, et c'est tout de suite moins sympa. Le scénario, lui, ne vaut pas un radis. Margot veut être actrice mais finit par rejoindre une communauté d'ouvriers du bâtiment. Ok, pourquoi pas. Comme le dit Noirdésir avant moi, rien n'est crédible dans ce récit en roue libre totale. Charyn lui-même n'y croit pas mais sait faire preuve d'autodérision, en témoigne la voix off magique qui clôt le premier tome : "Que va-t-il arriver ensuite à notre héroïne ? Elle-même ne le sait pas." En tout cas, Charyn ne le savait pas non plus quand il a écrit ça ! Le deuxième tome ne va rien arranger. Cette fois, Margot essaie de changer de métier pour ouvrir une sorte d'antenne des Restos du Cœur. Détail amusant : le récit multiplie les gros sous-entendus sur le fait que Margot se tape tous ses collègues, mais tout est traité sous forme d'ellipse. Déception... Bizarrement, je ne compte pas me séparer de cette BD. Elle a un charme unique, allez comprendre...