C'est déjà la deuxième histoire de Liu Cixin que je lis où la Chine et les personnages chinois sont totalement absents. Cette fois, le récit nous emmène dans l'ex-Yougoslavie des années 1990, où un mathématicien serbe tente de sauver son pays et sa famille en utilisant la théorie du chaos pour provoquer un brouillard capable de gêner les bombardements de l'OTAN. On retrouve d'ailleurs le regard très critique de l'auteur envers l'Occident : l'OTAN y apparaît comme une force déshumanisée qui bombarde indistinctement les civils, sans véritable mise en contexte ni nuance.
L'idée de départ est typiquement du Liu Cixin : à partir de calculs d'une précision inimaginable, déterminer quel minuscule événement provoquer à un endroit précis du globe pour modifier, par effet papillon, la météo à des milliers de kilomètres. Le concept est séduisant et suffisamment original pour donner envie de suivre le récit. Malheureusement, il reste très largement sous-exploité. L'intrigue se résume essentiellement au héros qui parcourt le monde à la recherche des différents points d'intervention pendant que, parallèlement, sa famille subit les conséquences de la guerre. Le scénario ne développe finalement ni les implications scientifiques de son invention, ni ses conséquences géopolitiques, ni même réellement ses personnages.
Le dessin de Dan Panosian est agréable à regarder. Son trait réaliste est solide, les décors sont soignés et la colorisation fonctionne bien. L'ensemble se lit sans difficulté et bénéficie d'une mise en scène efficace, même si elle reste assez académique.
Mais j'ai trouvé ce tome plutôt décevant. Derrière une idée de science-fiction bonne mais pas si originale, le récit raconte très peu de choses et s'interrompt abruptement quand le héros apprend que son périple ne sert plus à rien. C'est tout. Pas grand chose à se mettre sous la dent.
Alors qu'un mystérieux objet extraterrestre attire vers lui une gigantesque montagne d'eau menaçant la Terre, un ancien alpiniste tente de l'escalader afin d'établir un premier contact.
Cet album m'a profondément déçu, et ce pour plusieurs raisons.
La première est graphique. J'ai eu beaucoup de mal à croire qu'il s'agissait du même Ruben Pellejero dont j'adore le dessin sur la majorité de ses oeuvres précédentes. Son trait m'a semblé étonnamment faible, imprécis, bâclé. Au point que je suis allé vérifier son âge en me demandant s'il n'avait pas tout simplement perdu de ses moyens. Il réalise aussi la mise en couleurs et je l'ai trouvée franchement ratée. L'ensemble dégage un aspect numérique très artificiel, sans relief ni élégance, jusque dans certains éléments du dessin comme les vagues, qui paraissent elles aussi peintes à la va-vite de façon informatique. Je trouve le résultat particulièrement disgracieux.
Le problème est que cette faiblesse graphique ne compense même pas une véritable adaptation en bande dessinée. L'essentiel de l'album consiste à regarder deux personnages assis face à face pendant que l'un raconte une très longue histoire. Les images se contentent souvent d'illustrer les visages des interlocuteurs tandis que le texte occupe toute la place. J'ai davantage eu l'impression de lire un récit illustré qu'une bande dessinée exploitant les possibilités du médium.
La mise en scène elle-même m'a laissé perplexe. Alors que la Terre entière est confrontée à un phénomène extraordinaire susceptible de provoquer sa destruction à court terme, le héros, qui vient de risquer sa vie en gravissant cette incroyable montagne d'eau, s'assoit tranquillement avec un extraterrestre qui entreprend immédiatement de lui raconter dans le détail toute l'histoire de sa civilisation. La situation m'a paru complètement artificielle et presque ridicule.
Pourtant, tout n'est pas à jeter. Une fois qu'on accepte de se contenter de lire des pavés de texte illustré plutôt qu'une BD, le récit que raconte cet extraterrestre constitue finalement la partie la plus intéressante de l'album. Liu Cixin imagine une civilisation née dans un univers ne connaissant que la matière solide et le vide, sans liquide, sans océans, et sans ciel. Le postulat me paraît totalement invraisemblable : j'ai beaucoup de mal à imaginer comment une forme de vie pourrait seulement apparaître, évoluer ou se déplacer dans de telles conditions. Mais une fois cette énorme concession acceptée, l'exercice intellectuel devient assez amusant. Il est intéressant de voir comment un environnement radicalement différent conduit à une autre manière de penser, d'explorer le monde et de développer les sciences, tout en aboutissant finalement à certaines conclusions comparables aux nôtres.
Malheureusement, cette idée ne suffit pas à sauver l'ensemble. Entre un concept de départ auquel je ne crois pas, une narration très statique, une mise en scène bancale et un dessin qui m'a énormément déçu, cet album fait clairement partie des plus faibles de la collection à mes yeux. Je lui reconnais un exercice de réflexion intéressant, mais certainement pas un récit que j'aurais envie de recommander.
Alors que la Terre est condamnée à être dévorée par une gigantesque entité cosmique, l'humanité tente de gagner du temps face aux représentants d'un empire extraterrestre dont toute la civilisation repose sur la prédation des mondes qu'elle rencontre.
Je ne sais pas trop quoi penser de cet album. Il alterne des idées de science-fiction assez intéressantes avec des choix scénaristiques et de mise en scène qui m'ont paru franchement kitsch, voire risibles.
Liu Cixin propose une réflexion sur la nature prédatrice de toute civilisation, voire de toute espèce vivante. Pour survivre et prospérer, faut-il forcément exploiter d'autres formes de vie ? Par extension, il pose un dilemme entre l'acceptation de devenir du bétail, vivant dans des conditions idéales jusqu'au jour inévitable où l'on sera abattu et consommé, ou préférer une existence libre mais beaucoup plus difficile et incertaine ? Derrière son habillage de space opera, l'album soulève donc quelques questions philosophiques qui donnent matière à réflexion.
Malheureusement, la forme ne suit pas. J'ai eu beaucoup de mal à prendre cette histoire au sérieux tant elle accumule des éléments qui semblent sortis d'une vieille série Z de science-fiction : cette race de dinosaures spatiaux, le gigantesque vaisseau évoquant forcément Galactus, le gros méchant guerrier qui révèle tranquillement à son adversaire tout ce qu'il faut savoir pour le vaincre avant de faire mine d'être surpris lorsque celui-ci applique exactement ce qu'il avait annoncé, ou encore ce combat final de mécha contre dinosaure... Autant de scènes ridicules qui nuisent fortement à la crédibilité de l'ensemble.
Le dessin ne m'a pas davantage convaincu. Il est lisible et raconte correctement l'histoire, mais je le trouve très quelconque. Les personnages manquent de personnalité, les décors ne marquent jamais l'œil et l'ensemble dégage une impression trop générique. Rien de franchement raté, mais rien non plus qui donne envie de s'attarder sur une case.
Un album très moyen donc, avec quelques réflexions de fond intéressantes noyées dans un récit qui accumule les clichés et les invraisemblances au point de rendre difficile toute immersion.
Bon, mon ressenti n'est pas pleinement positif, c'est même plutôt une sacrée déception, mais je vais quand-même commencer par pointer du doigt les qualités.
En fait, surtout l'idée de base. Le sujet de l'individualité, de l'être en tant qu'amoncellement de souvenirs et d'expériences, et par conséquent de la mort de l'être suite à l'amnésie et la perte du passé est un sujet qui me fascine au plus haut point. C'est un sujet de pensée riche et passionnant qu'il me fait toujours plaisir de lire et découvrir, encore plus si c'est pour amener le débat vers des horizons qui m'étaient encore jusque là inconnu. Bref, on ne va pas passer par quatre chemins : le postulat de base de l’œuvre - une réécriture du mythe de la créature de Frankenstein pour parler de la création et d'une renaissance - m'a vendu du rêve. Si on joint à ça le fait que l'autrice est ouvertement queer et que l’œuvre aurait facilement pu bénéficier de cet angle de lecture (notamment en utilisant à bon escient la dichotomie corps et être ou encore la relation conflictuelle entre ce que les autres imaginent de nous et ce que nous sommes réellement), je m'étais lancé dans cet album avec toutes les meilleures intentions du monde.
Et pourtant… Et pourtant l'album est plat.
D'abord parce qu'il est convenu, ne proposant pas vraiment de pensée un tant soit peu originale pour son sujet, ne grattant à peine que la surface dudit sujet par ailleurs, et qu'il nous laisse au final un sentiment de pétard mouillé. Les dialogues ne sont pas affligeants mais m'ont tout de même parus bien trop souvent artificiels, privilégiant l'exposition verbale à tout prix plutôt que la mise en scène un tant soit peu subtile ; alors que, merdouille, une histoire centrée sur les méandres de la psychée humaines, la peur des attentes des autres et la recherche de son être c'est un terreau on ne peut plus fertile à de beaux moments de silences évocateurs et réflexifs. Qui nous poussent, nous, spectateur-ice-s, à nous interroger aussi d'ailleurs.
En fait, voilà : l'album n'est pas mauvais en soi (tout du moins dans son concept), mais son exécution est si décevante, si convenue, si simpliste aussi (désolée d'employée ce mot) qu'au final on referme le tout en se disant "mouais…".
Après un cataclysme ayant rendu la Terre inhabitable, le dernier survivant d'une arche spatiale revient sur sa planète d'origine et découvre qu'une partie de l'humanité a survécu... sous une forme totalement inattendue.
Il s'agit d'une science-fiction spéculative bâtie autour d'une idée assez étonnante : une humanité miniaturisée jusqu'à devenir microscopique. Le concept n'est pas inintéressant. On peut facilement imaginer qu'une civilisation aussi petite n'aurait plus les mêmes problèmes de ressources, de pollution ou de conflits territoriaux qui rythment notre histoire. En revanche, toute la construction de cet univers m'a paru beaucoup trop bancale pour être crédible. L'idée que ces humains minuscules deviendraient presque indestructibles, capables notamment de survivre à un gigantesque flash solaire ayant ravagé la Terre simplement grâce à leur changement d'échelle, m'a laissé très sceptique. Leur société, présentée comme une communauté perpétuellement joyeuse et presque enfantine, où tout le monde chante en chœur, évoque davantage un manga jeunesse qu'une réflexion de SF. Et malgré leur taille infinitésimale, ils semblent capables d'accomplir autant, voire davantage, qu'une civilisation normale, comme si les distances démultipliées n'avaient aucune conséquence sur leurs transports, leur industrie ou leurs capacités d'action. Leur comportement dans son ensemble paraît d'ailleurs tellement étrange qu'il devient difficile de prendre cette science-fiction au sérieux.
Le récit souffre également d'un vrai manque de matière. Une fois la rencontre effectuée, il ne se passe quasiment rien : les survivants expliquent leur mode de vie, tout le monde se réjouit de cette découverte, évoque quelques projets communs... puis l'album s'arrête. Il n'y a ni péripéties, ni tension dramatique, ni aucun développement.
Le dessin est passable assez quelconque, avec un contraste parfois déroutant entre le traitement plutôt réaliste du monde "normal" et l'esthétique très colorée, manga, réservée aux humains miniaturisés.
J'ai refermé cet album avec perplexité. Son postulat de départ suscite la curiosité, mais son développement manque de crédibilité comme d'ambition narrative. Une étrange utopie miniature, pas foncièrement mauvaise mais vraiment pas convaincante.
Le récit n’est pas extraordinaire en soi, et la narration pas vraiment emballante non plus, avec des commentaires en off trop présents (globalement c’est trop verbeux !).
Je n’ai jamais pu réellement m’intéresser à l’histoire, brouillonne et sans intérêt, et on ne s’attache pas non plus aux personnages – à commencer par le héros. La narration (souvent en off) est souvent déclamatoire, empile mots, noms sans vrai liant, je me suis progressivement détaché de cette histoire, que j’ai finie en lisant parfois en diagonale.
Le dessin n’est pas forcément mauvais (il est même techniquement bon), mais il est inégal et pas assez fouillé à mon goût. La colorisation fait plus que son âge – mais j’aime assez ces couleurs pétantes très sixties/seventies (même si je trouve bizarre – et parfois pénible à lire – de coloriser – parfois en vert ou en rouge sombres !? – le fond de certains pavés de textes, et même si le contraste est parfois violent entre ces couleurs et les parties importantes de certaines planches laissées en blanc).
Gros bof au final.
Un album emprunté au hasard (et j’aime assez le format à l’italienne).
Le premier tiers (les quatre premiers chapitres) est intrigant, dynamique. L’intrigue n’est pas très fouillée, use de facilités. On est prié d’accepter sans comprendre techniquement cette capacité à « bloquer le temps » pour tout le monde sauf celui qui porte un bracelet spécial – ce qui lui permet d’avoir de super pouvoirs et de faire pas mal de chose (ici une affaire de vengeance assez lose). Mais disons que ça se laisse lire.
Et puis brusquement, ça se dégrade – mais alors beaucoup ! D’abord (et je n’avais pas fait attention au casting) à partir du cinquième chapitre, c’est un autre dessinateur qui officie. Je n’aime absolument pas ce genre de changement en cours de série – ici en cours d’album même. Mais en plus la qualité dudit dessin est franchement moins bonne, moins agréable à l’œil – pour ne pas dire mauvaise parfois.
Ensuite ce dernier tiers se résume le plus souvent à des bastons, l’intrigue n’est pas plus étoffée qu’avant, mais elle a perdu tout intérêt je trouve.
Bref, je suis sorti bien déçu de cette lecture, alors que le départ pouvait avoir du potentiel.
Une rencontre dispensable, à mon avis. Dans le texte, un Frank Miller élevé au rang de star et se croyant autorisé à réaliser ses fantasmes les plus délirants. Dans le dessin, Todd McFarlane, baroque et excessif comme d'habitude. L'histoire (?) se réduit presque à une succession de combats et de grimaces.
Quelques dessins en double page, plus calmes, sauvent un peu le tout et me permettent de ne pas attribuer la note minimale. En plus, j'ai toujours aimé le travail de Klaus Janson en tant qu'encreur, et pas seulement.
Houla la lecture douloureuse que voilà ! Je n’aime pas bien ça, coller des sales notes, et je suis bien désolé pour Julien Magnani (qui est aussi l’éditeur), mais bon, dans le cas présent, je ne vois guère que le dessin pour sauver in extremis cette BD du naufrage complet. Et encore !
Qu’est-ce qui cloche avec Manhattan Driver ? D’abord, il y a le texte. Ça, c’est le premier truc qui m’a cueilli à froid. Après une préface peu inspirée signée Jean-Baptiste Thoret, on entre dans la BD pour constater très vite que de larges parties des dialogues ne sont pas traduites ce qui fait qu’on a l’impression d’assister à une interview de Jean-Claude Vandamne en pire ! Un exemple avec cette réplique : « All Right Johnnie. Did you notice que Stumpie avait une jambe foutue ? He’s got no other choice que de trimer au dépôt. » Hé oh ! C’est un intérimaire le traducteur ? Outre le fait que ça m’a TRES rapidement agacé, je n’ai absolument pas compris ce que cela pouvait bien apporter au récit. En réalité, je crois que la seule justification à un tel parti pris est esthétique, pour faire genre. C’est complètement raté ! Perso, j'ai plutôt l'impression d'avoir eu entre les pattes un objet arty qui se la raconte
On l’aura compris : on est aux « States, man » ! Du coup, en plus de ces horripilants textes en english (en « american » plutôt), le récit accumule les clichés, à commencer par des successions d’images qu’on a toutes et tous vu mille et une fois dans moults films. Pour ce qui est de l’originalité, on repassera.
En ce qui concerne le récit en lui-même, il est bourré de petites incohérences et de marches inégales sur lesquelles la lecture vient buter, et cela dès la toute première case où il est précisé que l’histoire se passe en 1932, année où notre héros Johnnie prend le train. Pourtant, le reste du récit se déroule dans le New York des 70ies, et le personnage principal s’appelle bien Johnnie. Ok, d’accord. Bon, j’en prends mon parti et me dis qu’il s’agit d’un récit croisé, avec deux Johnnie différents, dont l’un serait l’ancêtre de l’autre… Voilà ! en tant que lecteur, on passe une partie de son temps à ne pas savoir, à ne pas comprendre, tout en pressentant que cette incompréhension provient d’avantage d’un travail scénaristique branlant que d’une quelconque volonté de l’auteur, sensation pénible, on en conviendra.
Quoi d’autre ? Ah oui ! quelques scènes sont carrément lunaires comme cet épisode où un des chauffeurs de la compagnie de taxis, afin d’éviter un retard trop important, coupe à travers Central Park, manquant d’écraser promeneurs et cyclistes. Ben ouais quoi ! On est aux States man ! Fallait bien une scène de poursuite en bagnole façon Bullitt !
Globalement, on s’emmerde sec à la lecture, parce qu’en plus de ne pas être certain de suivre le même personnage qu’au début, en plus d’avoir le sentiment qu’il y a des trous dans la narration (…), rien ne vient titiller la curiosité : les protagonistes sont tristes, chiants, pénibles, terriblement clichés, et ânonnent à longueur de page ce franglais si irritant pour les nerfs.
Bref ! Il y aurait encore beaucoup à dire, mais je préfère arrêter là ! Cette énumération me fatigue, tout comme cette lecture que je n’ai bien évidemment pas poussée à son terme. Mon seul et unique motif de satisfaction provient du dessin, réalisé principalement au pastel gras avec des touches de crayons de couleurs et de fusain, sans doute. De ce côté-là, c’est chouette, maitrisé, très vivant. Il y aussi la qualité d'édition qu'il faut souligner. Malgré tout, la bouée est crevée et ne parvient pas à maintenir cette BD hors de l’eau.
Amie lectrice, ami lecteur, si ce sont les récits de taxi qui vous font kiffer, orientez-vous plutôt vers la BD Un taxi nommé Nadir de Romain Multier et Gilles Tévessin, ou bien encore vers le surprenant film Ten de Kiarostami qui, lui, casse tous les clichés. On pourra aussi revoir Taxi Driver ou l’excellent Night On Earth de Jarmusch… Tout ça pour dire qu’avec un tel sujet, il y avait quand même matière à faire quelque chose de bien.
Je ressors franchement déçu du récit. Passé l'introduction et les explications de ce qui va avoir lieu (l'intrusion dans la psyché d'une personne coincée dans le coma), le récit prend très vite une tournure linéaire pas super intéressante, le tout débouchant sur une fin assez convenue et qui m'interroge sur le sens global du récit. Au point de me faire demander s'il y en a un.
Soyons honnête, malgré son pitch intéressant, la BD est un récit linéaire dans un monde post-apo où l'on recherche quelqu'un. Le reste est de la fioriture autour de ce récit central qui va être le cœur de l'histoire. Sauf que c'est vite linéaire, répétitif et pas super intéressant à suivre. L'idée qui aurait rendue ça intéressant à suivre aurait été les questions que ça soulevait sur la représentation mentale, la cartographie des souvenirs, émotions, etc ... Sauf que le récit ne développe jamais le moindre aspect de ce qu'on voit dans le monde mental, on en ressortira sans aucune clé de compréhension et le tout semble plus être là pour introduire le récit que pour réfléchir à l'ensemble. D'ailleurs le questionnement final, sur le poids de supporter toutes ces personnes disparus, me semble assez peu développé notamment parce qu'il me semble que des réponses concrètes et un peu évidentes peuvent apparaitre. Plusieurs choses auraient pu être soulevées par le récit, mais au final rien n'en ressort. C'est dommage, l'idée de base était une occasion en or pour extrapoler.
Le dessin est étrange, très schématique dans les cases et ne s'attardant pas sur les détails. C'est un peu difficile de rentrer dedans dans des premières pages assez chargées mais finalement j'ai été assez vite habitué, même si je n'en ressors pas convaincu par le style. C'est assez froid, et si les personnages ont tout de même assez d'expressions pour qu'on s'y attache, le reste est souvent trop schématique pour que j'arrive à m'y projeter vraiment. De fait, ma lecture est assez anecdotique, je ne pense pas que je retiendrais beaucoup de choses de cette BD si ce n'est l'impression qu'il y aurait eu tellement plus à faire.
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Le Calcul Du Papillon
C'est déjà la deuxième histoire de Liu Cixin que je lis où la Chine et les personnages chinois sont totalement absents. Cette fois, le récit nous emmène dans l'ex-Yougoslavie des années 1990, où un mathématicien serbe tente de sauver son pays et sa famille en utilisant la théorie du chaos pour provoquer un brouillard capable de gêner les bombardements de l'OTAN. On retrouve d'ailleurs le regard très critique de l'auteur envers l'Occident : l'OTAN y apparaît comme une force déshumanisée qui bombarde indistinctement les civils, sans véritable mise en contexte ni nuance. L'idée de départ est typiquement du Liu Cixin : à partir de calculs d'une précision inimaginable, déterminer quel minuscule événement provoquer à un endroit précis du globe pour modifier, par effet papillon, la météo à des milliers de kilomètres. Le concept est séduisant et suffisamment original pour donner envie de suivre le récit. Malheureusement, il reste très largement sous-exploité. L'intrigue se résume essentiellement au héros qui parcourt le monde à la recherche des différents points d'intervention pendant que, parallèlement, sa famille subit les conséquences de la guerre. Le scénario ne développe finalement ni les implications scientifiques de son invention, ni ses conséquences géopolitiques, ni même réellement ses personnages. Le dessin de Dan Panosian est agréable à regarder. Son trait réaliste est solide, les décors sont soignés et la colorisation fonctionne bien. L'ensemble se lit sans difficulté et bénéficie d'une mise en scène efficace, même si elle reste assez académique. Mais j'ai trouvé ce tome plutôt décevant. Derrière une idée de science-fiction bonne mais pas si originale, le récit raconte très peu de choses et s'interrompt abruptement quand le héros apprend que son périple ne sert plus à rien. C'est tout. Pas grand chose à se mettre sous la dent.
Au-delà des montagnes
Alors qu'un mystérieux objet extraterrestre attire vers lui une gigantesque montagne d'eau menaçant la Terre, un ancien alpiniste tente de l'escalader afin d'établir un premier contact. Cet album m'a profondément déçu, et ce pour plusieurs raisons. La première est graphique. J'ai eu beaucoup de mal à croire qu'il s'agissait du même Ruben Pellejero dont j'adore le dessin sur la majorité de ses oeuvres précédentes. Son trait m'a semblé étonnamment faible, imprécis, bâclé. Au point que je suis allé vérifier son âge en me demandant s'il n'avait pas tout simplement perdu de ses moyens. Il réalise aussi la mise en couleurs et je l'ai trouvée franchement ratée. L'ensemble dégage un aspect numérique très artificiel, sans relief ni élégance, jusque dans certains éléments du dessin comme les vagues, qui paraissent elles aussi peintes à la va-vite de façon informatique. Je trouve le résultat particulièrement disgracieux. Le problème est que cette faiblesse graphique ne compense même pas une véritable adaptation en bande dessinée. L'essentiel de l'album consiste à regarder deux personnages assis face à face pendant que l'un raconte une très longue histoire. Les images se contentent souvent d'illustrer les visages des interlocuteurs tandis que le texte occupe toute la place. J'ai davantage eu l'impression de lire un récit illustré qu'une bande dessinée exploitant les possibilités du médium. La mise en scène elle-même m'a laissé perplexe. Alors que la Terre entière est confrontée à un phénomène extraordinaire susceptible de provoquer sa destruction à court terme, le héros, qui vient de risquer sa vie en gravissant cette incroyable montagne d'eau, s'assoit tranquillement avec un extraterrestre qui entreprend immédiatement de lui raconter dans le détail toute l'histoire de sa civilisation. La situation m'a paru complètement artificielle et presque ridicule. Pourtant, tout n'est pas à jeter. Une fois qu'on accepte de se contenter de lire des pavés de texte illustré plutôt qu'une BD, le récit que raconte cet extraterrestre constitue finalement la partie la plus intéressante de l'album. Liu Cixin imagine une civilisation née dans un univers ne connaissant que la matière solide et le vide, sans liquide, sans océans, et sans ciel. Le postulat me paraît totalement invraisemblable : j'ai beaucoup de mal à imaginer comment une forme de vie pourrait seulement apparaître, évoluer ou se déplacer dans de telles conditions. Mais une fois cette énorme concession acceptée, l'exercice intellectuel devient assez amusant. Il est intéressant de voir comment un environnement radicalement différent conduit à une autre manière de penser, d'explorer le monde et de développer les sciences, tout en aboutissant finalement à certaines conclusions comparables aux nôtres. Malheureusement, cette idée ne suffit pas à sauver l'ensemble. Entre un concept de départ auquel je ne crois pas, une narration très statique, une mise en scène bancale et un dessin qui m'a énormément déçu, cet album fait clairement partie des plus faibles de la collection à mes yeux. Je lui reconnais un exercice de réflexion intéressant, mais certainement pas un récit que j'aurais envie de recommander.
Proies et prédateurs
Alors que la Terre est condamnée à être dévorée par une gigantesque entité cosmique, l'humanité tente de gagner du temps face aux représentants d'un empire extraterrestre dont toute la civilisation repose sur la prédation des mondes qu'elle rencontre. Je ne sais pas trop quoi penser de cet album. Il alterne des idées de science-fiction assez intéressantes avec des choix scénaristiques et de mise en scène qui m'ont paru franchement kitsch, voire risibles. Liu Cixin propose une réflexion sur la nature prédatrice de toute civilisation, voire de toute espèce vivante. Pour survivre et prospérer, faut-il forcément exploiter d'autres formes de vie ? Par extension, il pose un dilemme entre l'acceptation de devenir du bétail, vivant dans des conditions idéales jusqu'au jour inévitable où l'on sera abattu et consommé, ou préférer une existence libre mais beaucoup plus difficile et incertaine ? Derrière son habillage de space opera, l'album soulève donc quelques questions philosophiques qui donnent matière à réflexion. Malheureusement, la forme ne suit pas. J'ai eu beaucoup de mal à prendre cette histoire au sérieux tant elle accumule des éléments qui semblent sortis d'une vieille série Z de science-fiction : cette race de dinosaures spatiaux, le gigantesque vaisseau évoquant forcément Galactus, le gros méchant guerrier qui révèle tranquillement à son adversaire tout ce qu'il faut savoir pour le vaincre avant de faire mine d'être surpris lorsque celui-ci applique exactement ce qu'il avait annoncé, ou encore ce combat final de mécha contre dinosaure... Autant de scènes ridicules qui nuisent fortement à la crédibilité de l'ensemble. Le dessin ne m'a pas davantage convaincu. Il est lisible et raconte correctement l'histoire, mais je le trouve très quelconque. Les personnages manquent de personnalité, les décors ne marquent jamais l'œil et l'ensemble dégage une impression trop générique. Rien de franchement raté, mais rien non plus qui donne envie de s'attarder sur une case. Un album très moyen donc, avec quelques réflexions de fond intéressantes noyées dans un récit qui accumule les clichés et les invraisemblances au point de rendre difficile toute immersion.
M is for Monster
Bon, mon ressenti n'est pas pleinement positif, c'est même plutôt une sacrée déception, mais je vais quand-même commencer par pointer du doigt les qualités. En fait, surtout l'idée de base. Le sujet de l'individualité, de l'être en tant qu'amoncellement de souvenirs et d'expériences, et par conséquent de la mort de l'être suite à l'amnésie et la perte du passé est un sujet qui me fascine au plus haut point. C'est un sujet de pensée riche et passionnant qu'il me fait toujours plaisir de lire et découvrir, encore plus si c'est pour amener le débat vers des horizons qui m'étaient encore jusque là inconnu. Bref, on ne va pas passer par quatre chemins : le postulat de base de l’œuvre - une réécriture du mythe de la créature de Frankenstein pour parler de la création et d'une renaissance - m'a vendu du rêve. Si on joint à ça le fait que l'autrice est ouvertement queer et que l’œuvre aurait facilement pu bénéficier de cet angle de lecture (notamment en utilisant à bon escient la dichotomie corps et être ou encore la relation conflictuelle entre ce que les autres imaginent de nous et ce que nous sommes réellement), je m'étais lancé dans cet album avec toutes les meilleures intentions du monde. Et pourtant… Et pourtant l'album est plat. D'abord parce qu'il est convenu, ne proposant pas vraiment de pensée un tant soit peu originale pour son sujet, ne grattant à peine que la surface dudit sujet par ailleurs, et qu'il nous laisse au final un sentiment de pétard mouillé. Les dialogues ne sont pas affligeants mais m'ont tout de même parus bien trop souvent artificiels, privilégiant l'exposition verbale à tout prix plutôt que la mise en scène un tant soit peu subtile ; alors que, merdouille, une histoire centrée sur les méandres de la psychée humaines, la peur des attentes des autres et la recherche de son être c'est un terreau on ne peut plus fertile à de beaux moments de silences évocateurs et réflexifs. Qui nous poussent, nous, spectateur-ice-s, à nous interroger aussi d'ailleurs. En fait, voilà : l'album n'est pas mauvais en soi (tout du moins dans son concept), mais son exécution est si décevante, si convenue, si simpliste aussi (désolée d'employée ce mot) qu'au final on referme le tout en se disant "mouais…".
L'Humanité invisible
Après un cataclysme ayant rendu la Terre inhabitable, le dernier survivant d'une arche spatiale revient sur sa planète d'origine et découvre qu'une partie de l'humanité a survécu... sous une forme totalement inattendue. Il s'agit d'une science-fiction spéculative bâtie autour d'une idée assez étonnante : une humanité miniaturisée jusqu'à devenir microscopique. Le concept n'est pas inintéressant. On peut facilement imaginer qu'une civilisation aussi petite n'aurait plus les mêmes problèmes de ressources, de pollution ou de conflits territoriaux qui rythment notre histoire. En revanche, toute la construction de cet univers m'a paru beaucoup trop bancale pour être crédible. L'idée que ces humains minuscules deviendraient presque indestructibles, capables notamment de survivre à un gigantesque flash solaire ayant ravagé la Terre simplement grâce à leur changement d'échelle, m'a laissé très sceptique. Leur société, présentée comme une communauté perpétuellement joyeuse et presque enfantine, où tout le monde chante en chœur, évoque davantage un manga jeunesse qu'une réflexion de SF. Et malgré leur taille infinitésimale, ils semblent capables d'accomplir autant, voire davantage, qu'une civilisation normale, comme si les distances démultipliées n'avaient aucune conséquence sur leurs transports, leur industrie ou leurs capacités d'action. Leur comportement dans son ensemble paraît d'ailleurs tellement étrange qu'il devient difficile de prendre cette science-fiction au sérieux. Le récit souffre également d'un vrai manque de matière. Une fois la rencontre effectuée, il ne se passe quasiment rien : les survivants expliquent leur mode de vie, tout le monde se réjouit de cette découverte, évoque quelques projets communs... puis l'album s'arrête. Il n'y a ni péripéties, ni tension dramatique, ni aucun développement. Le dessin est passable assez quelconque, avec un contraste parfois déroutant entre le traitement plutôt réaliste du monde "normal" et l'esthétique très colorée, manga, réservée aux humains miniaturisés. J'ai refermé cet album avec perplexité. Son postulat de départ suscite la curiosité, mais son développement manque de crédibilité comme d'ambition narrative. Une étrange utopie miniature, pas foncièrement mauvaise mais vraiment pas convaincante.
Wolff et la Reine des Loups
Le récit n’est pas extraordinaire en soi, et la narration pas vraiment emballante non plus, avec des commentaires en off trop présents (globalement c’est trop verbeux !). Je n’ai jamais pu réellement m’intéresser à l’histoire, brouillonne et sans intérêt, et on ne s’attache pas non plus aux personnages – à commencer par le héros. La narration (souvent en off) est souvent déclamatoire, empile mots, noms sans vrai liant, je me suis progressivement détaché de cette histoire, que j’ai finie en lisant parfois en diagonale. Le dessin n’est pas forcément mauvais (il est même techniquement bon), mais il est inégal et pas assez fouillé à mon goût. La colorisation fait plus que son âge – mais j’aime assez ces couleurs pétantes très sixties/seventies (même si je trouve bizarre – et parfois pénible à lire – de coloriser – parfois en vert ou en rouge sombres !? – le fond de certains pavés de textes, et même si le contraste est parfois violent entre ces couleurs et les parties importantes de certaines planches laissées en blanc). Gros bof au final.
Stand Still
Un album emprunté au hasard (et j’aime assez le format à l’italienne). Le premier tiers (les quatre premiers chapitres) est intrigant, dynamique. L’intrigue n’est pas très fouillée, use de facilités. On est prié d’accepter sans comprendre techniquement cette capacité à « bloquer le temps » pour tout le monde sauf celui qui porte un bracelet spécial – ce qui lui permet d’avoir de super pouvoirs et de faire pas mal de chose (ici une affaire de vengeance assez lose). Mais disons que ça se laisse lire. Et puis brusquement, ça se dégrade – mais alors beaucoup ! D’abord (et je n’avais pas fait attention au casting) à partir du cinquième chapitre, c’est un autre dessinateur qui officie. Je n’aime absolument pas ce genre de changement en cours de série – ici en cours d’album même. Mais en plus la qualité dudit dessin est franchement moins bonne, moins agréable à l’œil – pour ne pas dire mauvaise parfois. Ensuite ce dernier tiers se résume le plus souvent à des bastons, l’intrigue n’est pas plus étoffée qu’avant, mais elle a perdu tout intérêt je trouve. Bref, je suis sorti bien déçu de cette lecture, alors que le départ pouvait avoir du potentiel.
Batman / Spawn 1994
Une rencontre dispensable, à mon avis. Dans le texte, un Frank Miller élevé au rang de star et se croyant autorisé à réaliser ses fantasmes les plus délirants. Dans le dessin, Todd McFarlane, baroque et excessif comme d'habitude. L'histoire (?) se réduit presque à une succession de combats et de grimaces. Quelques dessins en double page, plus calmes, sauvent un peu le tout et me permettent de ne pas attribuer la note minimale. En plus, j'ai toujours aimé le travail de Klaus Janson en tant qu'encreur, et pas seulement.
Manhattan Driver
Houla la lecture douloureuse que voilà ! Je n’aime pas bien ça, coller des sales notes, et je suis bien désolé pour Julien Magnani (qui est aussi l’éditeur), mais bon, dans le cas présent, je ne vois guère que le dessin pour sauver in extremis cette BD du naufrage complet. Et encore ! Qu’est-ce qui cloche avec Manhattan Driver ? D’abord, il y a le texte. Ça, c’est le premier truc qui m’a cueilli à froid. Après une préface peu inspirée signée Jean-Baptiste Thoret, on entre dans la BD pour constater très vite que de larges parties des dialogues ne sont pas traduites ce qui fait qu’on a l’impression d’assister à une interview de Jean-Claude Vandamne en pire ! Un exemple avec cette réplique : « All Right Johnnie. Did you notice que Stumpie avait une jambe foutue ? He’s got no other choice que de trimer au dépôt. » Hé oh ! C’est un intérimaire le traducteur ? Outre le fait que ça m’a TRES rapidement agacé, je n’ai absolument pas compris ce que cela pouvait bien apporter au récit. En réalité, je crois que la seule justification à un tel parti pris est esthétique, pour faire genre. C’est complètement raté ! Perso, j'ai plutôt l'impression d'avoir eu entre les pattes un objet arty qui se la raconte On l’aura compris : on est aux « States, man » ! Du coup, en plus de ces horripilants textes en english (en « american » plutôt), le récit accumule les clichés, à commencer par des successions d’images qu’on a toutes et tous vu mille et une fois dans moults films. Pour ce qui est de l’originalité, on repassera. En ce qui concerne le récit en lui-même, il est bourré de petites incohérences et de marches inégales sur lesquelles la lecture vient buter, et cela dès la toute première case où il est précisé que l’histoire se passe en 1932, année où notre héros Johnnie prend le train. Pourtant, le reste du récit se déroule dans le New York des 70ies, et le personnage principal s’appelle bien Johnnie. Ok, d’accord. Bon, j’en prends mon parti et me dis qu’il s’agit d’un récit croisé, avec deux Johnnie différents, dont l’un serait l’ancêtre de l’autre… Voilà ! en tant que lecteur, on passe une partie de son temps à ne pas savoir, à ne pas comprendre, tout en pressentant que cette incompréhension provient d’avantage d’un travail scénaristique branlant que d’une quelconque volonté de l’auteur, sensation pénible, on en conviendra. Quoi d’autre ? Ah oui ! quelques scènes sont carrément lunaires comme cet épisode où un des chauffeurs de la compagnie de taxis, afin d’éviter un retard trop important, coupe à travers Central Park, manquant d’écraser promeneurs et cyclistes. Ben ouais quoi ! On est aux States man ! Fallait bien une scène de poursuite en bagnole façon Bullitt ! Globalement, on s’emmerde sec à la lecture, parce qu’en plus de ne pas être certain de suivre le même personnage qu’au début, en plus d’avoir le sentiment qu’il y a des trous dans la narration (…), rien ne vient titiller la curiosité : les protagonistes sont tristes, chiants, pénibles, terriblement clichés, et ânonnent à longueur de page ce franglais si irritant pour les nerfs. Bref ! Il y aurait encore beaucoup à dire, mais je préfère arrêter là ! Cette énumération me fatigue, tout comme cette lecture que je n’ai bien évidemment pas poussée à son terme. Mon seul et unique motif de satisfaction provient du dessin, réalisé principalement au pastel gras avec des touches de crayons de couleurs et de fusain, sans doute. De ce côté-là, c’est chouette, maitrisé, très vivant. Il y aussi la qualité d'édition qu'il faut souligner. Malgré tout, la bouée est crevée et ne parvient pas à maintenir cette BD hors de l’eau. Amie lectrice, ami lecteur, si ce sont les récits de taxi qui vous font kiffer, orientez-vous plutôt vers la BD Un taxi nommé Nadir de Romain Multier et Gilles Tévessin, ou bien encore vers le surprenant film Ten de Kiarostami qui, lui, casse tous les clichés. On pourra aussi revoir Taxi Driver ou l’excellent Night On Earth de Jarmusch… Tout ça pour dire qu’avec un tel sujet, il y avait quand même matière à faire quelque chose de bien.
Le Long des ruines
Je ressors franchement déçu du récit. Passé l'introduction et les explications de ce qui va avoir lieu (l'intrusion dans la psyché d'une personne coincée dans le coma), le récit prend très vite une tournure linéaire pas super intéressante, le tout débouchant sur une fin assez convenue et qui m'interroge sur le sens global du récit. Au point de me faire demander s'il y en a un. Soyons honnête, malgré son pitch intéressant, la BD est un récit linéaire dans un monde post-apo où l'on recherche quelqu'un. Le reste est de la fioriture autour de ce récit central qui va être le cœur de l'histoire. Sauf que c'est vite linéaire, répétitif et pas super intéressant à suivre. L'idée qui aurait rendue ça intéressant à suivre aurait été les questions que ça soulevait sur la représentation mentale, la cartographie des souvenirs, émotions, etc ... Sauf que le récit ne développe jamais le moindre aspect de ce qu'on voit dans le monde mental, on en ressortira sans aucune clé de compréhension et le tout semble plus être là pour introduire le récit que pour réfléchir à l'ensemble. D'ailleurs le questionnement final, sur le poids de supporter toutes ces personnes disparus, me semble assez peu développé notamment parce qu'il me semble que des réponses concrètes et un peu évidentes peuvent apparaitre. Plusieurs choses auraient pu être soulevées par le récit, mais au final rien n'en ressort. C'est dommage, l'idée de base était une occasion en or pour extrapoler. Le dessin est étrange, très schématique dans les cases et ne s'attardant pas sur les détails. C'est un peu difficile de rentrer dedans dans des premières pages assez chargées mais finalement j'ai été assez vite habitué, même si je n'en ressors pas convaincu par le style. C'est assez froid, et si les personnages ont tout de même assez d'expressions pour qu'on s'y attache, le reste est souvent trop schématique pour que j'arrive à m'y projeter vraiment. De fait, ma lecture est assez anecdotique, je ne pense pas que je retiendrais beaucoup de choses de cette BD si ce n'est l'impression qu'il y aurait eu tellement plus à faire.