Margot est ce qu'on appelle communément un nanar. Mais un nanar agréable à lire, et ce uniquement grâce au superbe dessin de Frezzato.
L'auteur a un souci du détail impressionnant et réussit à rendre attractive la moindre scène banale (et Dieu sait s'il y en a beaucoup).
La plastique de Margot envoie du pâté. Notre héroïne éponyme est une figure de papier glacé aux réactions désarmantes, sorte d'hybride entre une icône de Serpieri et de Tetsuo Hara. Enfin, ça, c'est au début. Ensuite, Frezzato décide de lui couper les cheveux : on passe alors de Druuna à Desireless, et c'est tout de suite moins sympa.
Le scénario, lui, ne vaut pas un radis. Margot veut être actrice mais finit par rejoindre une communauté d'ouvriers du bâtiment. Ok, pourquoi pas.
Comme le dit Noirdésir avant moi, rien n'est crédible dans ce récit en roue libre totale. Charyn lui-même n'y croit pas mais sait faire preuve d'autodérision, en témoigne la voix off magique qui clôt le premier tome :
"Que va-t-il arriver ensuite à notre héroïne ? Elle-même ne le sait pas."
En tout cas, Charyn ne le savait pas non plus quand il a écrit ça !
Le deuxième tome ne va rien arranger. Cette fois, Margot essaie de changer de métier pour ouvrir une sorte d'antenne des Restos du Cœur.
Détail amusant : le récit multiplie les gros sous-entendus sur le fait que Margot se tape tous ses collègues, mais tout est traité sous forme d'ellipse. Déception...
Bizarrement, je ne compte pas me séparer de cette BD. Elle a un charme unique, allez comprendre...
Avec un titre pareil, difficile de ne pas être attiré : la rencontre entre Superman et Spider-Man représente forcément un fantasme de lecteur de comics, puisqu'il s'agit de réunir les deux plus grandes icônes de DC Comics et Marvel dans une même aventure. Paru initialement en 1976 aux USA, puis en format cartonné chez Sagédition en France en 1979, cet album a d'ailleurs une vraie importance historique puisqu'il constitue l'une des premières grandes collaborations entre les deux éditeurs.
Il faut toutefois le prendre comme un véritable produit des années 70. Le très grand format (340mm de haut) et la nouvelle colorisation d'Urban Comics rendent hommage à l'objet original, et le dessin de Ross Andru possède une vraie élégance classique, avec une mise en scène claire et efficace qui a plutôt bien traversé les décennies. C'est d'ailleurs ce charme rétro qui permet de prendre un certain plaisir à la lecture.
En revanche, le scénario a très mal vieilli. L'intrigue est extrêmement simple, avec des héros qui monologuent en permanence, des méchants caricaturaux, des motivations assez absurdes et une succession de situations typiques des comics de l'époque. La rencontre entre les deux héros est très artificielle ; ne cherchez pas de complication, Metropolis est simplement sur la même terre que la New York de Spiderman. Leur affrontement initial repose sur un malentendu très forcé et des réactions de colère violente auxquelles on ne croit pas un instant venant de ces personnages. Et il faut l'aide d'un rayon magique sorti du chapeau de Lex Luthor pour que Spider-man soit ramené à un niveau lui permettant de ne pas se faire écraser en une seconde par Superman.
Tout le reste du récit accumule les clichés du genre : les vilains qui veulent détruire le monde, les héroïnes kidnappées, les retournements prévisibles... Tout est ultra naïf, parfois même franchement kitsch, avec une logique qui semble destinée à des lecteurs de moins de 12 ans.
Certes, ce côté très daté fait aussi partie de l'intérêt de cet album. Voir Superman et Spider-Man réunis dans une même aventure conserve une vraie valeur historique et nostalgique, car il témoigne d'une époque où un tel crossover constituait encore un événement éditorial majeur. C'est donc surtout une curiosité à découvrir pour ce qu'elle représente dans l'histoire des comics et pour son élégant graphisme rétro, plus que pour la qualité de son intrigue. Le charme peut fonctionner si l'on accepte sa grande naïveté, mais personnellement j'ai eu beaucoup de mal à ne pas décrocher avant la fin.
Mouais. Voilà une série qui ne m'a pas convaincu. Je vais m'arrêter après la lecture des deux premiers recueils (six histoires en tout).
En fait, c'est surtout l'habillage que j'ai trouvé intéressant. Auteurs et éditeur parviennent bien à coller au modèle des magazines cheap d'horreur ou de fantastique. Des couvertures souples, une foule de petits plus plus ou moins foutraques et intéressants entre les histoires.
Mais si je me focalise sur ces histoires justement, et bien là ça m'emballe nettement moins. Là aussi on lorgne sur les récits de genre, l'ambiance, le rythme, une atmosphère plus ou moins fantastique et inquiétante. Mais les intrigues ne m'ont pas du tout accroché. Elles vont du très quelconque au sans intérêt. Quelques idées surnagent (comme ce Japonais frustré de n'attirer l'attention de personnes, et qui patiemment se fabrique une arme pour devenir une sorte d'ange exterminateur, avec comme bonne idée le fait que sa peau devienne de plus en plus translucide), mais c'est bien trop peu, et je me suis rapidement lassé.
Même le dessin m'a déçu. En particulier de la part de certains auteurs habitués de l’éditeur, comme Singelin, où je n'ai pas retrouvé son trait caractéristique.
Un recueil de très courtes histoires muettes d'horreur et d'humour noir qui évoquent les Contes de la Crypte.
Chaque récit repose sur une idée simple menant à une chute macabre ou ironique. Cela se lit très vite, trop vite, et j'ai surtout eu l'impression d'attendre la dernière case pour découvrir où l'auteur voulait en venir. Malheureusement, je n'ai trouvé ni les situations particulièrement surprenantes, ni l'humour vraiment drôle.
Le dessin à la carte à gratter de Thomas Ott est très reconnaissable et crée une atmosphère sombre efficace, mais ce n'est pas un style auquel je suis particulièrement sensible. Quant au format muet, il ne m'attire pas davantage.
Une lecture qui se laisse parcourir sans déplaisir, mais qui m'a laissé assez indifférent.
Après le crash de sa navette, un simple éboueur du futur se retrouve naufragé dans la gigantesque décharge toxique qu'est devenue la Terre et entreprend une longue marche à travers des paysages de ruines, de déchets et de pollution, tandis que son esprit vacille peu à peu.
Le récit repose presque entièrement sur l'errance du personnage et sur ses réflexions intérieures, sans véritable intrigue à laquelle se raccrocher, et je n'ai jamais réussi à m'investir dans son voyage. Viktor Hachmang cherche clairement à proposer autre chose qu'un simple récit post-apocalyptique classique. Son album fonctionne davantage comme une allégorie écologique, une réflexion sur la solitude, la folie et le rapport de l'homme à une nature qu'il a détruite. Mais cette approche très symbolique et volontairement énigmatique m'a laissé à quai. J'ai bien compris qu'il y avait des références et peut-être une réinterprétation partielle de La Tempête de Shakespeare, mais connaissant mal cet ouvrage, je n'ai pas su l'apprécier ni en tirer quoi que ce soit.
Une des raisons de mon rejet vient sans doute de cette narration omniprésente qui s'adresse constamment au héros en le tutoyant et qui m'a très vite agacé. Au lieu de renforcer son isolement ou sa descente progressive vers la folie, cette voix off permanente m'a surtout tenu à distance de ce qu'il vivait.
Le graphisme ne m'a pas davantage séduit. Je reconnais volontiers certaines influences prestigieuses. J'ai notamment retrouvé par moments quelque chose de Katsuhiro Otomo par exemple. Mais malgré ces références perceptibles, le résultat ne m'a jamais vraiment parlé. Les couleurs sont certes originales et participent à l'identité de l'album, mais elles m'ont davantage laissé une impression de malaise visuel que d'émerveillement.
Cinq histoires courtes scenarisées par Abuli (Torpedo) et dessinées par Puech (Wolfram), l'association de départ était séduisante.
Malheureusement Abuli était en vacances niveau écriture.
L'auteur nous plonge dans les déboires de Jo, un type lambda souvent scotché au volant de sa caisse. Porté par un ton graveleux et glauque digne d'un mauvais pulp, le récit évite au moins de sombrer dans la banalité.
Les dialogues sont vraiment niveau zéro, j'ai pas vu pire pour le moment.
Le dessin de Puech fait très deuxième division mais possède un charme. Par contre la mise en scène fait de la peine.
Je n'ai pas mis 1/5 car il y a un peu de cul gratuit et Jo peut parfois nous faire esquisser un sourire, mais ça ne rembourse pas l'achat.
Pour l'instant, c'est album de Frans Masereel auquel j'ai le moins accroché. Il faut dire aussi qu'au lieu de suivre un personnage, on va voir ce qui arrive dans une grande ville tout le long de la même journée.
Si au début il y a de l'art séquentiel avec des cases qui se suivent plus ou mois bien (par exemple, une page on voit un gros building et dans la suivante on voit l'intérieur du dit building), il y a des passages où on saute du coq à l'âne et on est à la limite de ce qu'on peut considérer comme de la BD. Mais bon les images racontent vraiment une histoire (une journée complète) et au fil des pages il y a des personnages qui reviennent (enfin, c'est l'impression que j'ai eue, les personnages de Masereel ayant un peu tendance à se ressembler un peu trop) alors on est dans une zone floue sur si c'est vraiment de la BD ou non.
De toute façon, l'album ne m'a pas trop intéressé. Suivre la vie dans une ville pendant une journée est pas mal, mais le fait que tout est muet et qu'on saute vite d'un endroit à l'autre fait en sorte qu'aucun personnage n'est attachant ou qu'on prend bien le temps de développer quelque chose. Sinon, il y a un coté adulte qui m'a un peu surpris. En effet, on voit des seins nus ! Si le style de Masereel n'est pas très émoustillant, c'est rigolo de trouver des images comme ça dans un truc aussi vieux.
Guy Delisle est décidément un auteur touche à tout qui change souvent de genre. Malheureusement, le résultat n'est pas toujours excellent et ce fut le cas ici.
L'album adapte une courte nouvelle et on précise qu'il y a le texte intégral. Disons que ça se voit un peu trop. Il y a des tournures de phrases qui sonnent bien dans une œuvre littéraire et qui sonnent moins naturelles dans une BD. La présentation est simple: il y a des images et en dessous il y a du texte. Heureusement, la présentation est aérée et il y a seulement quelques phrases par case, contrairement à certains vieux illustrés du genre Les Pieds Nickelés qui mettaient des pavés en dessous des images. Lorsqu'un personnage parle, il y a une bulle...et le texte qui accompagne la case commence avec des 's'écria' ou des 'dit'. C'est bien d'être fidèle au texte, mais parfois cela donne des situations incongrues. En BD, pas besoin de préciser quand un personnage parle !
Ça fait un peu penser à tous ces albums qui adaptent des poèmes et des chansons en BD et souvent le dessin ne sert à rien. J'aime bien le style de Delisle, mais hormis donner un physique aux personnages, je ne vois pas en quoi les dessins apportent un plus à cette nouvelle. Mais bon tous ces problèmes ne m'auraient pas trop dérangé si au moins l'histoire était pas mal, mais je ne suis jamais rentré dans le récit. Je n'ai rien ressenti au cours de ma lecture hormis l'ennui, je ne me suis pas attaché aux personnages et je me foutais de tout ce qui leur arrivait. Je ne suis pas certain d'avoir très bien compris où l'auteur de la nouvelle voulait en venir avec son récit et franchement je m'en fous.
Heureusement que ça se lit vite !
Mélange d'Orwell pour la réécriture du passé, et de Huxley pour le bonheur obligatoire et de ressemblance avec notre société avec la mise à l'écart des vieux. Le dessin est lisible, c'est tout ce qu'on peut en dire. Je ne me rappelais plus de cette bd, c'est en furetant dans le site que je suis tombé dessus et alors mon devoir m'est apparu : dissuader de lire ça si on peut trouver mieux. Ne pas même l'ouvrir ! En tout cas quand on est comme moi : les dystopies ont quelque chose de fascinant, mais en somme, beaucoup n'en valent pas la peine.
Le tétrarque est mou et peut-être dépressif, sa femme a des comptes à régler, entre autre avec le prophète qui ne fait pas que dire du mal d'elle et d'autres mais aurait déclenché un lynchage contre sa personne - et celle de sa fille ? Je ne m'en rappelle plus. J'aimerais savoir si ce fait est historique : si oui, on se demande pourquoi Jésus serait censé avoir estimé le prophète, si non, pourquoi les auteurs font qu'il n'y pas un personnage pour en racheter un autre…. Quand le truc se présente comme historique, pas comme une charge.
Tous les personnages sont un mélange de déplaisant et d'ennuyeux, et ce n'est pas possible : si Rome n'avait pas eu mieux en stock, elle n'aurait pas conquis et administré le monde, si les Juifs n'avaient pas plus intéressants non plus, ils n'auraient pas résisté si longtemps.
Les dessins ne semblent pas mal, mais finalement, ils sont loin de valoir Murena, et j'en dirais de même de l'intrigue. Quand on pense aux enjeux : Rome, le judaïsme au moment où Jésus prêche, le mythe d'Hérodiade, et on n'obtient que de l'ennui, le seul intérêt, pervers, est de se demander où vont nous mener les auteurs.
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Margot
Margot est ce qu'on appelle communément un nanar. Mais un nanar agréable à lire, et ce uniquement grâce au superbe dessin de Frezzato. L'auteur a un souci du détail impressionnant et réussit à rendre attractive la moindre scène banale (et Dieu sait s'il y en a beaucoup). La plastique de Margot envoie du pâté. Notre héroïne éponyme est une figure de papier glacé aux réactions désarmantes, sorte d'hybride entre une icône de Serpieri et de Tetsuo Hara. Enfin, ça, c'est au début. Ensuite, Frezzato décide de lui couper les cheveux : on passe alors de Druuna à Desireless, et c'est tout de suite moins sympa. Le scénario, lui, ne vaut pas un radis. Margot veut être actrice mais finit par rejoindre une communauté d'ouvriers du bâtiment. Ok, pourquoi pas. Comme le dit Noirdésir avant moi, rien n'est crédible dans ce récit en roue libre totale. Charyn lui-même n'y croit pas mais sait faire preuve d'autodérision, en témoigne la voix off magique qui clôt le premier tome : "Que va-t-il arriver ensuite à notre héroïne ? Elle-même ne le sait pas." En tout cas, Charyn ne le savait pas non plus quand il a écrit ça ! Le deuxième tome ne va rien arranger. Cette fois, Margot essaie de changer de métier pour ouvrir une sorte d'antenne des Restos du Cœur. Détail amusant : le récit multiplie les gros sous-entendus sur le fait que Margot se tape tous ses collègues, mais tout est traité sous forme d'ellipse. Déception... Bizarrement, je ne compte pas me séparer de cette BD. Elle a un charme unique, allez comprendre...
Superman vs the Amazing Spider-Man - La Bataille du Siècle
Avec un titre pareil, difficile de ne pas être attiré : la rencontre entre Superman et Spider-Man représente forcément un fantasme de lecteur de comics, puisqu'il s'agit de réunir les deux plus grandes icônes de DC Comics et Marvel dans une même aventure. Paru initialement en 1976 aux USA, puis en format cartonné chez Sagédition en France en 1979, cet album a d'ailleurs une vraie importance historique puisqu'il constitue l'une des premières grandes collaborations entre les deux éditeurs. Il faut toutefois le prendre comme un véritable produit des années 70. Le très grand format (340mm de haut) et la nouvelle colorisation d'Urban Comics rendent hommage à l'objet original, et le dessin de Ross Andru possède une vraie élégance classique, avec une mise en scène claire et efficace qui a plutôt bien traversé les décennies. C'est d'ailleurs ce charme rétro qui permet de prendre un certain plaisir à la lecture. En revanche, le scénario a très mal vieilli. L'intrigue est extrêmement simple, avec des héros qui monologuent en permanence, des méchants caricaturaux, des motivations assez absurdes et une succession de situations typiques des comics de l'époque. La rencontre entre les deux héros est très artificielle ; ne cherchez pas de complication, Metropolis est simplement sur la même terre que la New York de Spiderman. Leur affrontement initial repose sur un malentendu très forcé et des réactions de colère violente auxquelles on ne croit pas un instant venant de ces personnages. Et il faut l'aide d'un rayon magique sorti du chapeau de Lex Luthor pour que Spider-man soit ramené à un niveau lui permettant de ne pas se faire écraser en une seconde par Superman. Tout le reste du récit accumule les clichés du genre : les vilains qui veulent détruire le monde, les héroïnes kidnappées, les retournements prévisibles... Tout est ultra naïf, parfois même franchement kitsch, avec une logique qui semble destinée à des lecteurs de moins de 12 ans. Certes, ce côté très daté fait aussi partie de l'intérêt de cet album. Voir Superman et Spider-Man réunis dans une même aventure conserve une vraie valeur historique et nostalgique, car il témoigne d'une époque où un tel crossover constituait encore un événement éditorial majeur. C'est donc surtout une curiosité à découvrir pour ce qu'elle représente dans l'histoire des comics et pour son élégant graphisme rétro, plus que pour la qualité de son intrigue. Le charme peut fonctionner si l'on accepte sa grande naïveté, mais personnellement j'ai eu beaucoup de mal à ne pas décrocher avant la fin.
Lowreader
Mouais. Voilà une série qui ne m'a pas convaincu. Je vais m'arrêter après la lecture des deux premiers recueils (six histoires en tout). En fait, c'est surtout l'habillage que j'ai trouvé intéressant. Auteurs et éditeur parviennent bien à coller au modèle des magazines cheap d'horreur ou de fantastique. Des couvertures souples, une foule de petits plus plus ou moins foutraques et intéressants entre les histoires. Mais si je me focalise sur ces histoires justement, et bien là ça m'emballe nettement moins. Là aussi on lorgne sur les récits de genre, l'ambiance, le rythme, une atmosphère plus ou moins fantastique et inquiétante. Mais les intrigues ne m'ont pas du tout accroché. Elles vont du très quelconque au sans intérêt. Quelques idées surnagent (comme ce Japonais frustré de n'attirer l'attention de personnes, et qui patiemment se fabrique une arme pour devenir une sorte d'ange exterminateur, avec comme bonne idée le fait que sa peau devienne de plus en plus translucide), mais c'est bien trop peu, et je me suis rapidement lassé. Même le dessin m'a déçu. En particulier de la part de certains auteurs habitués de l’éditeur, comme Singelin, où je n'ai pas retrouvé son trait caractéristique.
Tales of error
Un recueil de très courtes histoires muettes d'horreur et d'humour noir qui évoquent les Contes de la Crypte. Chaque récit repose sur une idée simple menant à une chute macabre ou ironique. Cela se lit très vite, trop vite, et j'ai surtout eu l'impression d'attendre la dernière case pour découvrir où l'auteur voulait en venir. Malheureusement, je n'ai trouvé ni les situations particulièrement surprenantes, ni l'humour vraiment drôle. Le dessin à la carte à gratter de Thomas Ott est très reconnaissable et crée une atmosphère sombre efficace, mais ce n'est pas un style auquel je suis particulièrement sensible. Quant au format muet, il ne m'attire pas davantage. Une lecture qui se laisse parcourir sans déplaisir, mais qui m'a laissé assez indifférent.
L'Arpenteur
Après le crash de sa navette, un simple éboueur du futur se retrouve naufragé dans la gigantesque décharge toxique qu'est devenue la Terre et entreprend une longue marche à travers des paysages de ruines, de déchets et de pollution, tandis que son esprit vacille peu à peu. Le récit repose presque entièrement sur l'errance du personnage et sur ses réflexions intérieures, sans véritable intrigue à laquelle se raccrocher, et je n'ai jamais réussi à m'investir dans son voyage. Viktor Hachmang cherche clairement à proposer autre chose qu'un simple récit post-apocalyptique classique. Son album fonctionne davantage comme une allégorie écologique, une réflexion sur la solitude, la folie et le rapport de l'homme à une nature qu'il a détruite. Mais cette approche très symbolique et volontairement énigmatique m'a laissé à quai. J'ai bien compris qu'il y avait des références et peut-être une réinterprétation partielle de La Tempête de Shakespeare, mais connaissant mal cet ouvrage, je n'ai pas su l'apprécier ni en tirer quoi que ce soit. Une des raisons de mon rejet vient sans doute de cette narration omniprésente qui s'adresse constamment au héros en le tutoyant et qui m'a très vite agacé. Au lieu de renforcer son isolement ou sa descente progressive vers la folie, cette voix off permanente m'a surtout tenu à distance de ce qu'il vivait. Le graphisme ne m'a pas davantage séduit. Je reconnais volontiers certaines influences prestigieuses. J'ai notamment retrouvé par moments quelque chose de Katsuhiro Otomo par exemple. Mais malgré ces références perceptibles, le résultat ne m'a jamais vraiment parlé. Les couleurs sont certes originales et participent à l'identité de l'album, mais elles m'ont davantage laissé une impression de malaise visuel que d'émerveillement.
Joe Breakdown
Cinq histoires courtes scenarisées par Abuli (Torpedo) et dessinées par Puech (Wolfram), l'association de départ était séduisante. Malheureusement Abuli était en vacances niveau écriture. L'auteur nous plonge dans les déboires de Jo, un type lambda souvent scotché au volant de sa caisse. Porté par un ton graveleux et glauque digne d'un mauvais pulp, le récit évite au moins de sombrer dans la banalité. Les dialogues sont vraiment niveau zéro, j'ai pas vu pire pour le moment. Le dessin de Puech fait très deuxième division mais possède un charme. Par contre la mise en scène fait de la peine. Je n'ai pas mis 1/5 car il y a un peu de cul gratuit et Jo peut parfois nous faire esquisser un sourire, mais ça ne rembourse pas l'achat.
La Ville (Frans Masereel)
Pour l'instant, c'est album de Frans Masereel auquel j'ai le moins accroché. Il faut dire aussi qu'au lieu de suivre un personnage, on va voir ce qui arrive dans une grande ville tout le long de la même journée. Si au début il y a de l'art séquentiel avec des cases qui se suivent plus ou mois bien (par exemple, une page on voit un gros building et dans la suivante on voit l'intérieur du dit building), il y a des passages où on saute du coq à l'âne et on est à la limite de ce qu'on peut considérer comme de la BD. Mais bon les images racontent vraiment une histoire (une journée complète) et au fil des pages il y a des personnages qui reviennent (enfin, c'est l'impression que j'ai eue, les personnages de Masereel ayant un peu tendance à se ressembler un peu trop) alors on est dans une zone floue sur si c'est vraiment de la BD ou non. De toute façon, l'album ne m'a pas trop intéressé. Suivre la vie dans une ville pendant une journée est pas mal, mais le fait que tout est muet et qu'on saute vite d'un endroit à l'autre fait en sorte qu'aucun personnage n'est attachant ou qu'on prend bien le temps de développer quelque chose. Sinon, il y a un coté adulte qui m'a un peu surpris. En effet, on voit des seins nus ! Si le style de Masereel n'est pas très émoustillant, c'est rigolo de trouver des images comme ça dans un truc aussi vieux.
L'Occupation des sols
Guy Delisle est décidément un auteur touche à tout qui change souvent de genre. Malheureusement, le résultat n'est pas toujours excellent et ce fut le cas ici. L'album adapte une courte nouvelle et on précise qu'il y a le texte intégral. Disons que ça se voit un peu trop. Il y a des tournures de phrases qui sonnent bien dans une œuvre littéraire et qui sonnent moins naturelles dans une BD. La présentation est simple: il y a des images et en dessous il y a du texte. Heureusement, la présentation est aérée et il y a seulement quelques phrases par case, contrairement à certains vieux illustrés du genre Les Pieds Nickelés qui mettaient des pavés en dessous des images. Lorsqu'un personnage parle, il y a une bulle...et le texte qui accompagne la case commence avec des 's'écria' ou des 'dit'. C'est bien d'être fidèle au texte, mais parfois cela donne des situations incongrues. En BD, pas besoin de préciser quand un personnage parle ! Ça fait un peu penser à tous ces albums qui adaptent des poèmes et des chansons en BD et souvent le dessin ne sert à rien. J'aime bien le style de Delisle, mais hormis donner un physique aux personnages, je ne vois pas en quoi les dessins apportent un plus à cette nouvelle. Mais bon tous ces problèmes ne m'auraient pas trop dérangé si au moins l'histoire était pas mal, mais je ne suis jamais rentré dans le récit. Je n'ai rien ressenti au cours de ma lecture hormis l'ennui, je ne me suis pas attaché aux personnages et je me foutais de tout ce qui leur arrivait. Je ne suis pas certain d'avoir très bien compris où l'auteur de la nouvelle voulait en venir avec son récit et franchement je m'en fous. Heureusement que ça se lit vite !
Utopie
Mélange d'Orwell pour la réécriture du passé, et de Huxley pour le bonheur obligatoire et de ressemblance avec notre société avec la mise à l'écart des vieux. Le dessin est lisible, c'est tout ce qu'on peut en dire. Je ne me rappelais plus de cette bd, c'est en furetant dans le site que je suis tombé dessus et alors mon devoir m'est apparu : dissuader de lire ça si on peut trouver mieux. Ne pas même l'ouvrir ! En tout cas quand on est comme moi : les dystopies ont quelque chose de fascinant, mais en somme, beaucoup n'en valent pas la peine.
La Légende de Salomé
Le tétrarque est mou et peut-être dépressif, sa femme a des comptes à régler, entre autre avec le prophète qui ne fait pas que dire du mal d'elle et d'autres mais aurait déclenché un lynchage contre sa personne - et celle de sa fille ? Je ne m'en rappelle plus. J'aimerais savoir si ce fait est historique : si oui, on se demande pourquoi Jésus serait censé avoir estimé le prophète, si non, pourquoi les auteurs font qu'il n'y pas un personnage pour en racheter un autre…. Quand le truc se présente comme historique, pas comme une charge. Tous les personnages sont un mélange de déplaisant et d'ennuyeux, et ce n'est pas possible : si Rome n'avait pas eu mieux en stock, elle n'aurait pas conquis et administré le monde, si les Juifs n'avaient pas plus intéressants non plus, ils n'auraient pas résisté si longtemps. Les dessins ne semblent pas mal, mais finalement, ils sont loin de valoir Murena, et j'en dirais de même de l'intrigue. Quand on pense aux enjeux : Rome, le judaïsme au moment où Jésus prêche, le mythe d'Hérodiade, et on n'obtient que de l'ennui, le seul intérêt, pervers, est de se demander où vont nous mener les auteurs.