Encore un attentat commis contre Tarzan. Les auteurs sont capables de bien mieux, mais ici ils ont concocté des situations sans queue ni tête. Edgar Rice Burroughs est suffisamment riche pour inspirer d'innombrables histoires possibles, nul besoin d'y greffer des personnages et des ressources d'autres écrivains célèbres.
Les dessins aussi sont parfois maladroits, et mes principales critiques concernent le corps du héros dans les scènes d'action, avec des perspectives et des positions improbables. Cependant, certaines images et même des pages entières qui ne sont pas centrées sur l’action font un clin d’œil aux illustrateurs et peintres du XIXe siècle et sont même réussies.
Avec Stephen Desberg au scénario, j'étais assez curieux de découvrir cet album de SF à l'ancienne. Malheureusement, si le dessin de Xavier Musquera m'a plutôt séduit, le reste m'a laissé beaucoup plus perplexe.
Graphiquement, c'est une belle bande dessinée, très marquée par les années 70 avec un côté académique qui rappelle Eddy Paape (Luc Orient). Le trait est précis, les décors sont soignés et les personnages ont une vraie présence. On sent aussi le passé de Musquera dans l'érotisme, avec quelques poses très typées (comme dès la deuxième page, cette femme représentée dans une torsion improbable permettant de mettre en valeur à la fois ses formes et son dynamisme), qui manquent parfois de naturel, mais témoignent d'une vraie maîtrise du dessin.
En revanche, la mise en page est catastrophique. Les cases et les bulles s'enchevêtrent régulièrement, au point qu'il faut parfois chercher l'ordre de lecture, ce qui rend la narration encore plus difficile à suivre. Un vrai problème pour un scénario qui est déjà extrêmement confus.
L'intrigue est en effet le gros point faible de l'album. Elle est kitsch au possible, accumule les changements de direction, les nouveaux enjeux et les retournements sans réelle cohérence, donnant l'impression d'un récit improvisé au fil des pages. On commence avec une ambiance de disparition mystérieuse et de vestiges d'une ancienne civilisation, puis l'histoire part dans une succession de directions différentes sans jamais réussir à construire un véritable intérêt. Les personnages comme les situations manquent de profondeur et il devient rapidement impossible de s'investir dans cette aventure.
Un album sauvé par le bon travail graphique de Musquera, mais dont la narration et le scénario rendent la lecture particulièrement laborieuse.
Envahisseurs sur Janus est une bande de SF assez méconnue.
Elle a été publiée en 1981 mais il faut avouer qu'elle fait beaucoup plus que son âge.
On ne s'ennuie pas, malgré une absence d'ambition et d'enjeux assez frappante.
Ça démarre avec une petite ambiance "Guerre des mondes" prometteuse pour finalement basculer sur les pérégrinations du chef extraterrestre (qui nous ressemble comme deux gouttes d'eau) pour accéder au pouvoir.
Le dessin en noir et blanc de Musquera est de grande qualité, mais reste sous-exploité à cause d'une narration vieille école.
On a droit à l'apparition fugace d'une pieuvre géante - qui donne sa couverture à l'album - maigre consolation.
Une bande qui n'a pas laissé de grands souvenirs, et je comprends pourquoi.
Le scénariste est visiblement avant tout un cinéaste (je ne le connaissais pas), et ça se voit un peu, dans sa volonté de montrer – en les exagérant souvent – des cadrages très « cinématographiques ». Il a aussi « embauché » comme personnage principal un acteur connu, Pascal Légitimus, dans le rôle de l’inspecteur en charge de cette enquête débile, des vols de « croûtes », au sein d’un musée qui se fait fort de le rassembler.
C’est dire qu’on est dans la veine absurde de l’humour, un créneau qui a priori m’intéresse beaucoup. Mais qui aussi est passablement utilisé ces dernières années, avec le risque de ne pas être très original.
Et ici la déception prédomine largement. Certes, il y a bien quelques situations/gags qui font sourire, en particulier lorsque notre inspecteur – près de la retraite et peu au fait des nouveautés technologiques – se débat avec les demandes de bots pour s’identifier sur des sites.
Mais le plus souvent j’ai trouvé l’humour poussif : remarque valable pour le texte lui-même, mais aussi pour les poses des acteurs, souvent surjouées (l’adjoint de l’inspecteur en particulier), sans que ça n’apporte quelque chose de drôle. C’est aussi assez répétitif, et du coup, ce manque d’originalité et de punch, fait que l’humour débile, con, absurde est comme anesthésié, et finalement je me suis lassé.
Bof bof donc…
J'avais vraiment envie d'aimer cet album. D'abord parce que j'apprécie les recueils de courts récits fantastiques conçus pour faire frissonner, ensuite parce que ce cadre de réveillon de Noël dans l'Angleterre de 1843, où l'on se raconte des histoires étranges au coin du feu, avait tout pour me plaire. Enfin parce que les auteurs réunis ici sont des noms que j'apprécie habituellement. Pourtant, malgré toute ma bonne volonté, je ne suis jamais vraiment entré dedans.
Le récit-cadre, qui met en scène les quatre conteurs sous les traits de leurs propres auteurs, est plutôt sympathique. L'ambiance très british fonctionne bien, le dessin est agréable et les échanges sarcastiques entre les personnages apportent une petite touche d'humour. Mais cela reste surtout un prétexte pour relier les différentes histoires et l'ensemble n'apporte finalement pas grand-chose.
Le premier conte est celui que j'ai préféré. Son mélange de voyage spatial dans l'éther, de dirigeable et de fantômes lui donne un charme steampunk évoquant à la fois Jules Verne et Méliès. Le dessin est sympathique et l'histoire se lit agréablement, même si elle reste un peu courte pour vraiment marquer. J'ai toutefois tiqué sur une référence à l'ère victorienne alors que le récit-cadre se déroule avant 1843, donc au mieux au tout début du règne de Victoria.
Le deuxième conte est sans doute le plus beau graphiquement. Becky Cloonan y installe une ambiance sombre et réussie autour du Kelpie, mais le récit se résume finalement à la façon dont cette créature attire puis piège sa victime. C'est joliment raconté, mais beaucoup trop bref pour laisser une véritable impression.
Le troisième récit adapte librement Jabberwocky de Lewis Carroll. Comme le poème original, il accumule les mots inventés, le non-sens et les situations absurdes. Le problème est que cela donne une histoire assez confuse, vite lue et finalement peu intéressante.
Le dernier conte est le plus développé. Il raconte l'histoire d'un major revenu des colonies avec une étrange malédiction qui l'empêche de dormir sous un toit sans risquer la mort. La mise en scène est correcte et l'atmosphère fonctionne, mais l'intrigue manque un peu de souffle et le dénouement tombe assez à plat.
Au final, j'ai plutôt apprécié l'ambiance générale, les graphismes et cette volonté de renouer avec la tradition des histoires de fantômes racontées à Noël. Mais les quatre récits souffrent selon moi du même problème : ils sont soit trop courts, soit pas assez riches pour devenir mémorables. Avec de tels auteurs et un contexte aussi séduisant, j'espérais davantage. Une lecture agréable par moments, mais globalement assez décevante.
Une histoire de sorcellerie, de désir et de puritanisme dans l'Angleterre du XVIIe siècle.
Cet album m'a laissé complètement froid.
Le principal problème vient pour moi du choix graphique des séquences de rêve. Je déteste ce rendu numérique que je trouve à la fois trop informatique, trop sombre, trop flou et artificiel. J'ai largement préféré les scènes d'éveil, dessinées dans un style plus classique avec un encrage bien plus clair et agréable à regarder. Malheureusement, une bonne partie du récit se déroule justement dans ces rêves qui m'ont rebuté visuellement. Entre les couleurs obscures, les contours flous, les textes parfois peu lisibles et la mise en scène confuse, j'ai eu du mal à comprendre ce qu'il s'y déroulait. À tel point que j'ai fini par zapper ces passages.
L'histoire ne m'a pas davantage convaincu. Toute l'intrigue repose sur l'opposition entre le puritanisme religieux et le désir féminin, mais le problème est qu'on en devine immédiatement tous les développements. Dès les premières pages, j'avais l'impression de connaître la fin. Rien ne m'a surpris par la suite : pas de véritable rebondissement, pas d'évolution inattendue, seulement le déroulement très prévisible d'un scénario rempli de clichés. Le révérend accusateur, hypocrite et sournois, semble sorti d'un manuel du personnage antipathique tant il est caricatural.
Quant à l'aspect prétendument sulfureux du récit, je l'ai trouvé particulièrement fade. Les scènes de rêve accumulent les monologues grandiloquents, les dialogues ampoulés et un érotisme que j'ai trouvé bien peu inspiré. Rien qui ne parvienne réellement à créer du trouble, de la sensualité ou de l'inquiétude.
Je me suis ennuyé du début à la fin. Je retiendrai seulement la partie graphique des scènes diurnes, nettement plus réussie à mes yeux. Mais cela ne suffit pas à sauver une histoire que j'ai trouvée à la fois laborieuse, prévisible et finalement sans intérêt.
Ce recueil rassemble cinq courtes histoires qui ont toutes le même objectif : montrer un maximum de scènes de sexe et pas grand-chose d'autre. Il n'y a pratiquement aucune mise en place, aucun véritable scénario ni construction des personnages. Chaque récit fonce droit au but et enchaîne les partenaires, les positions ou les situations comme un catalogue destiné à multiplier les scènes explicites plutôt qu'à raconter quoi que ce soit. J'ai eu l'impression que tout reposait davantage sur l'envie du dessinateur d'accumuler les séquences de sexe que sur une quelconque ambition narrative.
Le problème est que le dessin n'est pas séduisant. Les visages sont régulièrement caricaturaux, avec des expressions exagérées qui les rendent presque ridicules, tandis que les anatomies elles-mêmes sont assez ratées. Du coup, même sur le plan érotique, l'ensemble ne fonctionne pas vraiment sur moi et finit par devenir monotone d'une histoire à l'autre.
Paradoxalement, ce sont les illustrations de couverture et des pages séparant les chapitres qui m'ont davantage intéressé. Réalisées dans un style beaucoup plus réaliste et élégant, elles dégagent une belle personnalité graphique que je n'ai pas retrouvée dans le reste de l'album. Une bande dessinée entière dessinée dans cet esprit m'aurait sans doute plus convaincu.
Le Cauchemar d'Innsmouth n'est pas ma nouvelle préférée de Lovecraft, mais c'est l'une de ses plus célèbres. Mathieu Sapin et Patrick Pion ont choisi de la transposer dans un univers de space opera tout en conservant fidèlement sa structure et même une partie de ses dialogues. Pourquoi pas ?
Sur le plan graphique, l'album possède effectivement des qualités. Patrick Pion livre un travail solide avec une véritable personnalité visuelle. J'ai bien aimé les vaisseaux, les décors futuristes et l'atmosphère de la planète Innsmüt, qui parvient à conserver quelque chose de l'étrangeté du récit original. Les personnages sont également réussis, même si les mutations des habitants sont parfois tellement marquées qu'il devient difficile de croire qu'elles puissent réellement passer inaperçues.
Là où l'adaptation me paraît beaucoup moins convaincante, c'est dans son principe même. En déplaçant presque à l'identique l'intrigue de Lovecraft dans un contexte de science-fiction spatiale, les auteurs détruisent selon moi une grande partie de ce qui faisait la force du texte d'origine. Déjà, l'idée qu'une planète entière se résume à une sorte de petite bourgade délabrée avec un unique hôtel miteux paraît ridicule. Mais surtout, comment éprouver le même sentiment d'horreur face à des mutants ou à des êtres semi-extraterrestres dans un contexte où l'on est censé voyager régulièrement entre les étoiles et croiser toutes sortes d'espèces différentes ? Toute la dimension d'horreur indicible et de découverte progressive de l'altérité se trouve complètement désamorcée.
Du coup, ce qui fonctionnait dans la nouvelle devient ici beaucoup plus plat et prévisible. L'ambiance inquiétante subsiste par moments, mais elle ne débouche jamais sur un véritable sentiment de malaise ou d'effroi. L'histoire avance alors de façon assez mécanique, sans retrouver la puissance du matériau d'origine.
Les auteurs ont en outre choisi de modifier la conclusion de Lovecraft. Malheureusement, cette nouvelle fin ne m'a pas davantage convaincu. Je l'ai trouvée tout aussi bancale que la transposition elle-même et elle soulève des questions auxquelles le récit ne répond pas.
Malgré un dessin réussi et quelques belles idées visuelles, transposer Le Cauchemar d'Innsmouth dans un cadre de space opera n'était pas une bonne idée parce que son concept même n'y fonctionne plus.
C'était clairement une série pour remplir les pages dans le journal de Tintin. Les dessins de Tibet sont corrects, sans plus. Il manque de l'imagination et de la surprise dans les histoires ; l'humour est souvent forcé et les jeux de mots sont secs. Chick Bill et son petit ami Indien cédaient de plus en plus la place à Kid Ordinn et au shérif Dog Bull dans leur relation et leur réaction bêtise-colère, de plus en plus prévisible. Je suis encore étonné que la série ait duré si longtemps, avec autant d'épisodes !
L'auteur Livio Labuz nous présente une variation de l'histoire de Coppelia. Ici, il ne s'agit pas d'une poupée dansante, mais d'un robot sexuel. Cela m'a fait penser à B.O. comme un dieu, que j'ai lu il y a quelque temps. Elle part à la recherche de son créateur, Coppelius, et d'elle-même, en croisant des humains et des extraterrestres. Tout n'est qu'un prétexte pour des scènes de sexe qui sont, on le comprend, le véritable objectif de l'album.
Le dessin est bien défini avec un trait épais et un noir et blanc bien marqué. L'auteur revendique l'influence de Baldazzini et aussi de Didier Comès ! Sans être désagréable, j'ai trouvé le tout assez froid, artificiel et mécanique. Mais peut-être ne pouvait-il pas en être autrement. Je suis d'accord avec l'avis de Noirdésir que le développement au niveau de l'histoire, des motivations des personnages est limité et tout reste trop superficiel. À la fin, quelques surprises ne suffisent pas à changer cette impression.
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Tarzan
Encore un attentat commis contre Tarzan. Les auteurs sont capables de bien mieux, mais ici ils ont concocté des situations sans queue ni tête. Edgar Rice Burroughs est suffisamment riche pour inspirer d'innombrables histoires possibles, nul besoin d'y greffer des personnages et des ressources d'autres écrivains célèbres. Les dessins aussi sont parfois maladroits, et mes principales critiques concernent le corps du héros dans les scènes d'action, avec des perspectives et des positions improbables. Cependant, certaines images et même des pages entières qui ne sont pas centrées sur l’action font un clin d’œil aux illustrateurs et peintres du XIXe siècle et sont même réussies.
Envahisseurs sur Janus
Avec Stephen Desberg au scénario, j'étais assez curieux de découvrir cet album de SF à l'ancienne. Malheureusement, si le dessin de Xavier Musquera m'a plutôt séduit, le reste m'a laissé beaucoup plus perplexe. Graphiquement, c'est une belle bande dessinée, très marquée par les années 70 avec un côté académique qui rappelle Eddy Paape (Luc Orient). Le trait est précis, les décors sont soignés et les personnages ont une vraie présence. On sent aussi le passé de Musquera dans l'érotisme, avec quelques poses très typées (comme dès la deuxième page, cette femme représentée dans une torsion improbable permettant de mettre en valeur à la fois ses formes et son dynamisme), qui manquent parfois de naturel, mais témoignent d'une vraie maîtrise du dessin. En revanche, la mise en page est catastrophique. Les cases et les bulles s'enchevêtrent régulièrement, au point qu'il faut parfois chercher l'ordre de lecture, ce qui rend la narration encore plus difficile à suivre. Un vrai problème pour un scénario qui est déjà extrêmement confus. L'intrigue est en effet le gros point faible de l'album. Elle est kitsch au possible, accumule les changements de direction, les nouveaux enjeux et les retournements sans réelle cohérence, donnant l'impression d'un récit improvisé au fil des pages. On commence avec une ambiance de disparition mystérieuse et de vestiges d'une ancienne civilisation, puis l'histoire part dans une succession de directions différentes sans jamais réussir à construire un véritable intérêt. Les personnages comme les situations manquent de profondeur et il devient rapidement impossible de s'investir dans cette aventure. Un album sauvé par le bon travail graphique de Musquera, mais dont la narration et le scénario rendent la lecture particulièrement laborieuse.
Envahisseurs sur Janus
Envahisseurs sur Janus est une bande de SF assez méconnue. Elle a été publiée en 1981 mais il faut avouer qu'elle fait beaucoup plus que son âge. On ne s'ennuie pas, malgré une absence d'ambition et d'enjeux assez frappante. Ça démarre avec une petite ambiance "Guerre des mondes" prometteuse pour finalement basculer sur les pérégrinations du chef extraterrestre (qui nous ressemble comme deux gouttes d'eau) pour accéder au pouvoir. Le dessin en noir et blanc de Musquera est de grande qualité, mais reste sous-exploité à cause d'une narration vieille école. On a droit à l'apparition fugace d'une pieuvre géante - qui donne sa couverture à l'album - maigre consolation. Une bande qui n'a pas laissé de grands souvenirs, et je comprends pourquoi.
Vols au musée de la croûte
Le scénariste est visiblement avant tout un cinéaste (je ne le connaissais pas), et ça se voit un peu, dans sa volonté de montrer – en les exagérant souvent – des cadrages très « cinématographiques ». Il a aussi « embauché » comme personnage principal un acteur connu, Pascal Légitimus, dans le rôle de l’inspecteur en charge de cette enquête débile, des vols de « croûtes », au sein d’un musée qui se fait fort de le rassembler. C’est dire qu’on est dans la veine absurde de l’humour, un créneau qui a priori m’intéresse beaucoup. Mais qui aussi est passablement utilisé ces dernières années, avec le risque de ne pas être très original. Et ici la déception prédomine largement. Certes, il y a bien quelques situations/gags qui font sourire, en particulier lorsque notre inspecteur – près de la retraite et peu au fait des nouveautés technologiques – se débat avec les demandes de bots pour s’identifier sur des sites. Mais le plus souvent j’ai trouvé l’humour poussif : remarque valable pour le texte lui-même, mais aussi pour les poses des acteurs, souvent surjouées (l’adjoint de l’inspecteur en particulier), sans que ça n’apporte quelque chose de drôle. C’est aussi assez répétitif, et du coup, ce manque d’originalité et de punch, fait que l’humour débile, con, absurde est comme anesthésié, et finalement je me suis lassé. Bof bof donc…
Petits Contes Macabres
J'avais vraiment envie d'aimer cet album. D'abord parce que j'apprécie les recueils de courts récits fantastiques conçus pour faire frissonner, ensuite parce que ce cadre de réveillon de Noël dans l'Angleterre de 1843, où l'on se raconte des histoires étranges au coin du feu, avait tout pour me plaire. Enfin parce que les auteurs réunis ici sont des noms que j'apprécie habituellement. Pourtant, malgré toute ma bonne volonté, je ne suis jamais vraiment entré dedans. Le récit-cadre, qui met en scène les quatre conteurs sous les traits de leurs propres auteurs, est plutôt sympathique. L'ambiance très british fonctionne bien, le dessin est agréable et les échanges sarcastiques entre les personnages apportent une petite touche d'humour. Mais cela reste surtout un prétexte pour relier les différentes histoires et l'ensemble n'apporte finalement pas grand-chose. Le premier conte est celui que j'ai préféré. Son mélange de voyage spatial dans l'éther, de dirigeable et de fantômes lui donne un charme steampunk évoquant à la fois Jules Verne et Méliès. Le dessin est sympathique et l'histoire se lit agréablement, même si elle reste un peu courte pour vraiment marquer. J'ai toutefois tiqué sur une référence à l'ère victorienne alors que le récit-cadre se déroule avant 1843, donc au mieux au tout début du règne de Victoria. Le deuxième conte est sans doute le plus beau graphiquement. Becky Cloonan y installe une ambiance sombre et réussie autour du Kelpie, mais le récit se résume finalement à la façon dont cette créature attire puis piège sa victime. C'est joliment raconté, mais beaucoup trop bref pour laisser une véritable impression. Le troisième récit adapte librement Jabberwocky de Lewis Carroll. Comme le poème original, il accumule les mots inventés, le non-sens et les situations absurdes. Le problème est que cela donne une histoire assez confuse, vite lue et finalement peu intéressante. Le dernier conte est le plus développé. Il raconte l'histoire d'un major revenu des colonies avec une étrange malédiction qui l'empêche de dormir sous un toit sans risquer la mort. La mise en scène est correcte et l'atmosphère fonctionne, mais l'intrigue manque un peu de souffle et le dénouement tombe assez à plat. Au final, j'ai plutôt apprécié l'ambiance générale, les graphismes et cette volonté de renouer avec la tradition des histoires de fantômes racontées à Noël. Mais les quatre récits souffrent selon moi du même problème : ils sont soit trop courts, soit pas assez riches pour devenir mémorables. Avec de tels auteurs et un contexte aussi séduisant, j'espérais davantage. Une lecture agréable par moments, mais globalement assez décevante.
Somna
Une histoire de sorcellerie, de désir et de puritanisme dans l'Angleterre du XVIIe siècle. Cet album m'a laissé complètement froid. Le principal problème vient pour moi du choix graphique des séquences de rêve. Je déteste ce rendu numérique que je trouve à la fois trop informatique, trop sombre, trop flou et artificiel. J'ai largement préféré les scènes d'éveil, dessinées dans un style plus classique avec un encrage bien plus clair et agréable à regarder. Malheureusement, une bonne partie du récit se déroule justement dans ces rêves qui m'ont rebuté visuellement. Entre les couleurs obscures, les contours flous, les textes parfois peu lisibles et la mise en scène confuse, j'ai eu du mal à comprendre ce qu'il s'y déroulait. À tel point que j'ai fini par zapper ces passages. L'histoire ne m'a pas davantage convaincu. Toute l'intrigue repose sur l'opposition entre le puritanisme religieux et le désir féminin, mais le problème est qu'on en devine immédiatement tous les développements. Dès les premières pages, j'avais l'impression de connaître la fin. Rien ne m'a surpris par la suite : pas de véritable rebondissement, pas d'évolution inattendue, seulement le déroulement très prévisible d'un scénario rempli de clichés. Le révérend accusateur, hypocrite et sournois, semble sorti d'un manuel du personnage antipathique tant il est caricatural. Quant à l'aspect prétendument sulfureux du récit, je l'ai trouvé particulièrement fade. Les scènes de rêve accumulent les monologues grandiloquents, les dialogues ampoulés et un érotisme que j'ai trouvé bien peu inspiré. Rien qui ne parvienne réellement à créer du trouble, de la sensualité ou de l'inquiétude. Je me suis ennuyé du début à la fin. Je retiendrai seulement la partie graphique des scènes diurnes, nettement plus réussie à mes yeux. Mais cela ne suffit pas à sauver une histoire que j'ai trouvée à la fois laborieuse, prévisible et finalement sans intérêt.
Chaleurs estivales
Ce recueil rassemble cinq courtes histoires qui ont toutes le même objectif : montrer un maximum de scènes de sexe et pas grand-chose d'autre. Il n'y a pratiquement aucune mise en place, aucun véritable scénario ni construction des personnages. Chaque récit fonce droit au but et enchaîne les partenaires, les positions ou les situations comme un catalogue destiné à multiplier les scènes explicites plutôt qu'à raconter quoi que ce soit. J'ai eu l'impression que tout reposait davantage sur l'envie du dessinateur d'accumuler les séquences de sexe que sur une quelconque ambition narrative. Le problème est que le dessin n'est pas séduisant. Les visages sont régulièrement caricaturaux, avec des expressions exagérées qui les rendent presque ridicules, tandis que les anatomies elles-mêmes sont assez ratées. Du coup, même sur le plan érotique, l'ensemble ne fonctionne pas vraiment sur moi et finit par devenir monotone d'une histoire à l'autre. Paradoxalement, ce sont les illustrations de couverture et des pages séparant les chapitres qui m'ont davantage intéressé. Réalisées dans un style beaucoup plus réaliste et élégant, elles dégagent une belle personnalité graphique que je n'ai pas retrouvée dans le reste de l'album. Une bande dessinée entière dessinée dans cet esprit m'aurait sans doute plus convaincu.
La Planète aux cauchemars
Le Cauchemar d'Innsmouth n'est pas ma nouvelle préférée de Lovecraft, mais c'est l'une de ses plus célèbres. Mathieu Sapin et Patrick Pion ont choisi de la transposer dans un univers de space opera tout en conservant fidèlement sa structure et même une partie de ses dialogues. Pourquoi pas ? Sur le plan graphique, l'album possède effectivement des qualités. Patrick Pion livre un travail solide avec une véritable personnalité visuelle. J'ai bien aimé les vaisseaux, les décors futuristes et l'atmosphère de la planète Innsmüt, qui parvient à conserver quelque chose de l'étrangeté du récit original. Les personnages sont également réussis, même si les mutations des habitants sont parfois tellement marquées qu'il devient difficile de croire qu'elles puissent réellement passer inaperçues. Là où l'adaptation me paraît beaucoup moins convaincante, c'est dans son principe même. En déplaçant presque à l'identique l'intrigue de Lovecraft dans un contexte de science-fiction spatiale, les auteurs détruisent selon moi une grande partie de ce qui faisait la force du texte d'origine. Déjà, l'idée qu'une planète entière se résume à une sorte de petite bourgade délabrée avec un unique hôtel miteux paraît ridicule. Mais surtout, comment éprouver le même sentiment d'horreur face à des mutants ou à des êtres semi-extraterrestres dans un contexte où l'on est censé voyager régulièrement entre les étoiles et croiser toutes sortes d'espèces différentes ? Toute la dimension d'horreur indicible et de découverte progressive de l'altérité se trouve complètement désamorcée. Du coup, ce qui fonctionnait dans la nouvelle devient ici beaucoup plus plat et prévisible. L'ambiance inquiétante subsiste par moments, mais elle ne débouche jamais sur un véritable sentiment de malaise ou d'effroi. L'histoire avance alors de façon assez mécanique, sans retrouver la puissance du matériau d'origine. Les auteurs ont en outre choisi de modifier la conclusion de Lovecraft. Malheureusement, cette nouvelle fin ne m'a pas davantage convaincu. Je l'ai trouvée tout aussi bancale que la transposition elle-même et elle soulève des questions auxquelles le récit ne répond pas. Malgré un dessin réussi et quelques belles idées visuelles, transposer Le Cauchemar d'Innsmouth dans un cadre de space opera n'était pas une bonne idée parce que son concept même n'y fonctionne plus.
Chick Bill
C'était clairement une série pour remplir les pages dans le journal de Tintin. Les dessins de Tibet sont corrects, sans plus. Il manque de l'imagination et de la surprise dans les histoires ; l'humour est souvent forcé et les jeux de mots sont secs. Chick Bill et son petit ami Indien cédaient de plus en plus la place à Kid Ordinn et au shérif Dog Bull dans leur relation et leur réaction bêtise-colère, de plus en plus prévisible. Je suis encore étonné que la série ait duré si longtemps, avec autant d'épisodes !
Coppelia
L'auteur Livio Labuz nous présente une variation de l'histoire de Coppelia. Ici, il ne s'agit pas d'une poupée dansante, mais d'un robot sexuel. Cela m'a fait penser à B.O. comme un dieu, que j'ai lu il y a quelque temps. Elle part à la recherche de son créateur, Coppelius, et d'elle-même, en croisant des humains et des extraterrestres. Tout n'est qu'un prétexte pour des scènes de sexe qui sont, on le comprend, le véritable objectif de l'album. Le dessin est bien défini avec un trait épais et un noir et blanc bien marqué. L'auteur revendique l'influence de Baldazzini et aussi de Didier Comès ! Sans être désagréable, j'ai trouvé le tout assez froid, artificiel et mécanique. Mais peut-être ne pouvait-il pas en être autrement. Je suis d'accord avec l'avis de Noirdésir que le développement au niveau de l'histoire, des motivations des personnages est limité et tout reste trop superficiel. À la fin, quelques surprises ne suffisent pas à changer cette impression.