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Les dernier avis (6663 avis)

Par Josq
Note: 3/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Zaï Zaï Zaï Zaï
Zaï Zaï Zaï Zaï

Hésitant beaucoup entre 3 et 4 étoiles (on est à 3,5/5), j'avoue être un tout petit peu moins enthousiaste que la moyenne. Mais cela ne change rien au fait que j'ai passé un excellent moment en lisant cette bande dessinée, qui nous offre un bon paquet de fous rires. J'ai simplement deux petites réserves : tout d'abord, le dessin de Fabcaro, qui colle certes assez bien, mais dont le côté volontairement brouillon ne me séduit pas toujours. J'aurais préféré une patte graphique un poil plus réaliste ou cartoonesque, au choix. L'autre (toute) petite réserve est que je trouve ce type d'humour plus adapté à un style "un gag par page" plutôt qu'à une histoire complète, et d'ailleurs, cela se voit dans la structure narrative, puisque presque chaque page nous fait changer de scène pour nous présenter un gag différent, mais qui s'insère dans l'histoire globale. Toutefois, cette insertion au récit global est parfois un peu forcée, ce qui me fait dire que ça aurait mieux marché si l'auteur avait tranché carrément entre un gag par page ou une histoire complète plus unifiée. Bon, après ces quelques réserves formulées, il y a quand même plus de positif que de négatif. L'humour de Fabcaro fait souvent mouche et suscite une hilarité parfois difficile à maîtriser : on est vraiment face à une BD qui fait parfois éclater de rire, vraiment. Et ça, c'est toujours précieux ! L'humour totalement absurde et décalé de Fabcaro fait souvent merveille, avec ce ton à la fois pince-sans-rire et complètement délirant. L'odyssée homérique et très déjantée à laquelle nous convie l'auteur-dessinateur est un merveilleux moment de bande dessinée, qui nous fait voir d'un œil parfois un peu énervé, mais souvent attendri ce monde fantasmé qui correspond si bien à notre réalité tout en s'en échappant complètement. On reconnaît tellement ces politiciens qui alignent des mots sans cohérence, ces policiers qui agissent avant de réfléchir, ces bobos qui prônent la tolérance et refusent d'aider leur prochain, etc... C'est bel et bien notre monde qui est dépeint dans cette bande dessinée, mais vu sous l'angle du miroir déformant, ce qui nous garantit un rire de presque tous les instants. Au bilan, je rejoins totalement l'avis général sur le fait que cette bande dessinée constitue une vraie pépite d'humour absurde où l'on trouve tout son plaisir et je la recommande tout-à-fait à la lecture. Toutefois, je recommande encore davantage l'hilarant 1er tome de Faut pas prendre les cons pour des gens, tout aussi absurde (voire plus) et au ton bien plus mordant.

20/10/2020 (modifier)
Par Jetjet
Note: 3/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Pinocchio (Foerster)
Pinocchio (Foerster)

Contrairement aux apparences, cette version de Pinocchio s'apparente plus au monstre de Frankenstein qu'à la marionnette de Carlo Collodi. Philippe Foerster s'approprie le récit d'origine qu'il cite d'ailleurs par cette petite gitane qui a eu vent de cette histoire et se renomme Gepetta. Méprisée de tous, cette petite femme qui ressemble curieusement à Edith Piaf par la taille et l'argot qu'elle utilise réanime une mandragore qui va pousser et devenir un colosse.... le fameux Pinocchio. Muet et imposant, la créature cherche des émotions qu'elle ne trouvera jamais. En voulant serrer contre lui tout âme charitable, il les tue accidentellement et déclenche une véritable vendetta des proches de ses victimes qui ne cessent de le traquer.... Véritable condensé du savoir faire de Philippe Foerster dans une trentaine de pages, les dessins sont fidèles au maître. Son Pinocchio est effrayant, les cités qu'il dessine ont des verticalités vertigineuses et le tout est emballé dans une joli bichromie aux dominantes rouges (refaites en 2020 près de 40 ans après sa première édition). Seul le personnage de la gitane me semble loupé graphiquement, l'auteur étant bien plus doué pour dessiner ses Freaks que la beauté féminine. Bien sur l'histoire est violente, cruelle voire même gore avec cette touche si particulière de poésie macabre et d'humour noir qui fait tout le charme de ses oeuvres. Voici un classique qui mérite d'être redécouvert et dont le seul véritable défaut est d'être hélas bien trop vite lu.

19/10/2020 (modifier)
Par Jetjet
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série La Couleur tombée du ciel
La Couleur tombée du ciel

Seconde salve me concernant après mon retour enthousiaste sur L'Appel de Cthulhu toujours adapté par Gou Tanabe. Si le bouquin est un peu moins épais, il n'en est pas moins palpitant avec cette histoire de météorite tombée en plein milieu d'une campagne uniquement peuplée de quelques masures paysannes. La famille Gardner va en faire les frais après quelques faits insolites (une drôle de couleur inconnue sur terre en émane et va métamorphoser nature et êtres vivants) et sur un ton montant crescendo. Encore ici le dessinateur profite de cet environnement rupestre pour tisser de splendides décors aussi détaillées qu'inquiétants. Dans un noir et blanc superbement contrasté, on devine même cette couleur inconnue qui va laisser de profondes cicatrices aux autochtones ainsi qu'au lecteur pris au piège d'une histoire simple mais diablement orchestrée. Le mérite en revient à l'histoire de Lovecraft en premier lieu (qui a été également adaptée cette année dans un film contemporain plutôt réussi malgré un budget que l'on devine maigrelet et la présence d'un Nicolas Cage aux antipodes de ses rôles les plus mémorables) mais également au talent de Gou Tanabe. Si on ajoute à l'ensemble une qualité exceptionnelle du travail de l'éditeur avec ce rendu imitation cuir et la qualité du papier utilisé, il ne devrait plus subsister beaucoup de sceptiques. Vivement le prochain opus !

19/10/2020 (modifier)
Couverture de la série Cochléa & Eustachia
Cochléa & Eustachia

J’avais découvert cet auteur avec l’album La Machine Écureuil, qui visiblement s’est avéré très clivant. Je pense que celui-ci va l’être tout autant. Ou plutôt, je crois qu’il ne va encore une fois révéler ses merveilles qu’à certains initiés. Non qu’il s’agisse d’une secte ou d’un quelconque club d’happy few, mais plutôt que Hans Rickheit développe un univers très personnel, original et quelque peu dérangeant, qui attire ou repousse, mais qui ne saurait laisser indifférent. C’est un univers franchement marqué par un surréalisme noir – ou violet, puisque cette teinte domine, avec le marron, les deux albums de lui que je connais. Et j’aime beaucoup ces couleurs ici ! Elles s’accommodent parfaitement à l’ambiance développée par Rickheit – puisqu’il s’agit ici davantage d’ambiance que d’intrigue à proprement parler. Une longue histoire occupe les deux-tiers de l’album, durant laquelle nous suivons deux jeunes filles – Cochléa et Eustachia donc, deux jumelles qui suivent une sorte d’homme-taupe se déplaçant sur un fauteuil roulant, dans un manoir improbable. Tout est à moitié cassé, animaux et machines fusionnent pour former des êtres hybrides, des décors un peu steampunk ou simplement décalés habillent murs et sols, couloirs, tuyaux ou simples planches posées entre deux bouts de planchers éventrés servent à relier les pièces entre elles. Nous pénétrons même dans le corps de certains animaux comme on ouvre un tiroir ou comme on regarde dans une longue-vue… Très peu de dialogues, encore moins « d’explications ». En quatrième de couverture est inscrit : « Qui sont Cochléa & Eustachia ? ». Il faut dire que nous n’aurons jamais la réponse. Et que pour apprécier cet album, il ne faut pas la chercher, du moins, elle ne doit pas être nécessaire pour apprécier cette sorte de long poème visuel, noir et décalé, parfois trash (mais moins que dans La Machine Écureuil). Œuvre déroutante, mais dans laquelle je suis entré aisément, captivé. Le dernier tiers de l’album reprend plusieurs histoires courtes dans lesquelles apparaissent nos deux filles énigmatiques, dans des univers toujours aussi étranges. Cette partie m’a peut-être un peu moins accroché. D’abord parce que la colorisation, moins homogène, joue sur des couleurs un peu moins à mon goût. Ensuite parce que les cases sont cette fois-ci très – trop – petites, on apprécie moins bien le dessin, et les textes sont du coup plus difficiles à lire. Enfin, comme visiblement cela semble être des petites histoires parues en revue, Huber aurait peut-être pu en signaler l’origine en fin de volume. Mais là je chipote, car le travail éditorial est remarquable, la qualité de l’album, avec une couverture cartonnée très épaisse, un dos renforcé, la qualité du papier et des reproductions permettent d’apprécier toutes les qualités de l’œuvre de Rickheit. A feuilleter avant d’acheter, car c’est assez particulier. Mais moi j’en redemande, et j’espère que d’autres albums de cet auteur paraîtront rapidement en France.

19/10/2020 (modifier)
Couverture de la série Shirtless Bear Fighter !
Shirtless Bear Fighter !

Comment résister à pareille couverture ? « Shirtless Bear Fighter ! », c’est du grand n’importe quoi réalisé avec une belle maîtrise. Je dirais même presque trop de maîtrise car le scénario est finalement tellement solide que l’album en perd un peu en déconne totale. Oui, bon, d’accord, il reste quelques scènes d’anthologie, comme la cuvette de wc volante de Bucheron, le méchant de l’histoire… mais les moments les plus hilarants sont à aller chercher en début de récit. Sinon, et bien je dirais simplement que cet album est à essayer. Ce mélange d’action et d’humour à deux balles, aux scènes de combat directement empruntées au catch américain, aux dialogues dont la gravité du ton ne fait que renforcer l’absurdité du propos, est des plus digestes. Ce qui, quelque part, est quand même un réel exploit lorsqu’on songe deux minutes au scénario. Du coup, même si le scénario est très classique dans son déroulement (ben oui, on est quand même devant une sorte de parodie des films d’action made in USA), même si l’humour n’est pas spécialement fin (et c’est un euphémisme), cet album m’a offert un agréable moment de lecture. Et puis, franchement, jetez un œil à la couverture. Moi je dis : « quand on fait du grand n’importe quoi avec autant d’application, on mérite autre chose qu’un simple regard distrait ! »

19/10/2020 (modifier)
Couverture de la série Les Spectateurs
Les Spectateurs

Là, clairement, il s’agit d’un album qui laissera plus d’un lecteur de marbre. Amateurs de bandes dessinées classiques, d’aventure et d’action, je n’aurai qu’un mot à vous dire : FUYEZ ! Car cet album est une petite perle… poético-philosophico-contemplative. Son auteur, Victor Hussenot, nous parle de son amusement à observer son entourage. Ses pensées donnent lieu à de courts récits tantôt poétiques (lorsqu’il regarde le jeu de lumières qui s’allument et s’éteignent dans un bloc d’immeubles alors qu’il passe la nuit dehors), tantôt philosophiques (la manière dont on perçoit les inconnus en fonction de trois âges, soit jeune, soit adulte, soit vieux, alors que nous apportons plus de nuances vis-à-vis de nos proches) mais toujours contemplatives. Pas d’agressivité, pas de jugement, juste de simples réflexions. Ces courts récits sont entrecoupés par des sortes d’entractes dans lesquels ses personnages vont sauter d’une apparence à une autre. C’est bien joli mais je vous concède que là, j’ai pas toujours tout capté. Mais bon, c’est pas trop grave car j’ai vraiment bien apprécié le reste. Enfin, un mot sur le dessin qui m’a beaucoup plu. Chaque case est un tableau dont les teintes n’ont pas été sans me rappeler Jean-Michel Folon. Il s’en dégage souvent la même douceur et un peu de sa poésie. Petit bémol toutefois : à cause d’un des courts récits, j’ai eu « Les Villes de grande solitude » de Michel Sardou en tête durant une bonne partie de la soirée. Et pour ça, franchement, je ne remercie pas Victor Hussenot ! (Mais si vous aimez ce genre de récit très contemplatif, c’est vraiment un album à essayer).

16/10/2020 (modifier)
Par Josq
Note: 3/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Don Vega
Don Vega

Il est toujours difficile de faire revivre une légende qui a déjà été rebattue des dizaines de fois. Pierre Allary s'en sort pourtant avec les honneurs, tout en laissant un très léger sentiment d'incomplétude. Allary signe un western dans la grande tradition du genre. C'est dire que le récit sera efficace, et fonctionne à merveille. Tous les éléments du mythe sont là : des riches propriétaires qui achètent toutes les terres qu'ils peuvent, des paysans qui essayent tant bien que mal d'y résister, un justicier masqué qui accomplit à la fois une vengeance collective et personnelle... Bref, tout est là et garantit un plaisir de tous les instants. On peut néanmoins trouver que l'histoire de Pierre Allary pèche par un certain manque d'originalité. Et de fait, la volonté de l'auteur n'est pas ici de "relire" un mythe déjà connu, mais simplement d'en raconter une nouvelle fois l'histoire, afin de ressusciter les codes d'un genre qu'on n'arrive décidément pas a faire tomber en désuétude. Donc non, ce n'est pas très original, mais ce classicisme assumé, s'il pourra en décevoir certains, me plaît bien. J'aime le fait qu'Allary n'essaie pas de nous surprendre à tout moment mais se contente de marcher sur une voie déjà connue, mais bien plus certaine. Le principal intérêt de Don Vega se situe donc avant tout dans ses indéniables qualités graphiques. La narration témoigne certes de quelques faiblesses (ellipses maladroites ou légères confusions dans l'action), mais les images d'Allary sont très belles. Assez stylisé pour ne pas être trop réaliste tout en restant élégant, le trait du dessinateur est vraiment sûr et crée une belle atmosphère. Il est très facile de se plonger dans cet univers brutal et miséreux, si caractéristique du western. Ainsi, Don Vega constitue une expérience de lecture très agréable et perpétue de belle manière une aventure à l'ancienne. D'un grand classicisme, c'est peut-être ce classicisme qui impose ses limites à ce récit quelque peu dénué de surprise. Pour autant, je ne considère cela comme un défaut majeur, car ainsi, Allary peut assumer ses influences et les laisser s'épanouir dans cette bande dessinée qui ne marquera certes pas l'histoire du 9e art mais reste une jolie pépite pour tout amateur d'aventures et de western.

15/10/2020 (modifier)
Par Spooky
Note: 3/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Les Frères Rubinstein
Les Frères Rubinstein

Cette série marque le retour de Luc Brunschwig chez Delcourt, après environ 20 ans chez d'autres éditeurs. La collaboration avec Etienne Le Roux se place également dans une fidélité à son éditeur pour le dessinateur. Et ce retour est rien moins qu'ambitieux, puisque "Les Frères Rubinstein" est prévu en 9 tomes. Une vraie saga familiale, nourrie en partie par la relation qu'entretient le scénariste avec son frère, dans un contexte historique lourd, celui de la seconde guerre mondiale. On retrouve la patte Brunschwig, mêlant chronique sociale et arrière-plan historique, avec des personnages plutôt riches. Une patte que j'apprécie toujours autant, puisque j'ai eu du mal à lâcher ma lecture. On ne s'ennuie jamais à la lecture de ce tome 1 des Frères Rubinstein, et même si je n'ai pas été "surpris" outre mesure par l'histoire (d'où également mon ton modérément enthousiaste), je suis en situation d'attente de la suite, n'ayant pas encore, à ma grande honte, lu le tome 2. Le travail graphique d'Etienne Le Roux, à l'aise dans tous les univers, est impeccable, on sent qu'il est en confiance dans ce type de récit. Partageant la tâche avec Loïc Chevallier, cela permet des sorties rapprochées, pour notre plus grand plaisir. Avec un peu de chance les 9 tomes prévus sortiront en moins de 5 ans. Encore une belle série à suivre.

15/10/2020 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Les Frères Rubinstein
Les Frères Rubinstein

J’ai retrouvé dans « Les Frères Rubinstein » tous les ingrédients que j’aime tant dans les BDs de Luc Brunschwig. L’histoire suit les périples de deux frères juifs pendant la montée et le règne du nazisme. Le ton est très humain, le background historique est intéressant et bien documenté. Comme à son habitude Luc prend le temps de développer ses personnages, au point qu’il devient difficile de croire qu’il s’agit d’une fiction, que Salomon et Moïse n’ont jamais vraiment existé. Le résumé de l’éditeur parle d’ « auteurs au sommet de leur art », ce qui est particulièrement évident dans la narration, fluide et scotchante au possible. L’histoire passe d’une époque à une autre sans jamais perdre le lecteur, et j’ai englouti d’une traite les 140 pages de ces deux premiers tomes. Au dessin on retrouve Etienne Le Roux (qui avait déjà collaboré avec Luc sur le superbe La Mémoire dans les poches). Il est ici assisté de Loïc Chevallier (décoriste) et d’Elvire De Cock (coloriste), et le moins qu’on puisse dire c’est que le résultat est sublime. Cette approche « à 6 mains » permet une spécialisation des rôles qui sublime le rendu des planches, mais aussi un rythme de parution soutenu, ce qui n’est pas négligeable pour le lecteur. Matez donc cette excellente vidéo « Making-of » pour en apprendre plus sur l’aspect graphique de cette série. Voilà, avec 9 tomes prévus, nous sommes embarqués dans une grande fresque historique et humaine… Vivement la suite !

15/10/2020 (modifier)
Couverture de la série Harleen
Harleen

Harleen Quinzel alias Harley Quinn, la femme devenue ce qu'elle voulait guérir. La trame de base est connue. Harleen est une psychologue compétente, pleine de bonnes intentions, mais empreinte d’une certaine fragilité affective et d’une forme d’idéalisme (inhérente à son métier ?). Le Joker, Monsieur J. ou encore « Poussin », comme aime l’appeler l'intéressée, est le plus grand ennemi de Batman, un génie du mal, un méchant de légende, un homme d’une rare dangerosité, diaboliquement intelligent, dénué d’empathie et manipulateur émérite. La première tombera sous le charme et l’emprise du premier, pour devenir au moins aussi folle et dangereuse que lui. Malgré mes connaissances de base de cet univers, c’est la première fois que je lis une histoire traitant des origines d’Harley Quinn. De ce que j’ai pu glaner comme information ici et là, il ne semble pas que le récit soit révolutionnaire dans son déroulement, objectivement assez classique mais très équilibré. Cependant, le traitement des personnages est magistral et d’une rarissime finesse. Le glissement d’Harleen vers son destin inéluctable est lent et progressif. À chaque page, on se dit qu’Harleen va s’en sortir. On veut y croire. Elle est trop intelligente. Elle va comprendre et se ressaisir. On le sait pourtant… Elle sombrera, mais on espère… en vain ! Le récit s’arrête là, à juste titre. L’atmosphère est lourde et oppressante. Certains passages sont malsains tout en sachant rester fluides et attrayants. Cet équilibrisme narratif est à saluer. Graphiquement, je ne peux pas passer sous silence la magnifique couverture qui résume d’ailleurs parfaitement les 180 planches composant cet album. Le dessin est largement au-dessus de ce que j’ai l’habitude de voir dans les comics de super héros. Le trait est fin et assez doux, malgré la force de certains passages. Le découpage est varié et soutient bien l'histoire et la manière dont elle est racontée. Les couleurs sont beaucoup plus variées et travaillées que d’ordinaire. Je regrette seulement un dessin entièrement numérique. J’aurais davantage savouré une approche plus traditionnelle, moins lisse et brillante. Contrairement à l’extrême majorité des histoires de super héros, je suis convaincu que ce one shot saura plaire à une large audience. En effet, l’univers de Batman reste ici en second plan par rapport au développement psychologique des personnages. Celles et ceux qui sauront passer outre leur a priori ne seront donc pas déçus. Dans ce genre d'univers, « Harleen » est sans doute l’un des meilleurs comics que vous pourrez lire, ni plus, ni moins.

13/10/2020 (modifier)