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Les dernier avis (6452 avis)

Par Gaston
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Le Vagabond des Étoiles
Le Vagabond des Étoiles

Encore une adaptation d'une histoire de Jack London que je ne connaissais pas. Ce romancier que je connais peu était vraiment prolifique. J'attendais avec impatience de lire cet album, non seulement parce que les avis sur ce site étaient très positifs, mais parce que j'adore le dessin de Riff Reb's, qui fait partie selon moi des meilleurs dessinateurs actuels. Je ne fus pas du tout déçu. London décrit bien la dureté du milieu carcéral de son époque et aussi l'absurdité de notre société car le personnage principal, qui est lui-même loin d'être un ange, car il a tout de même tué quelqu'un, va subir les pires tortures en prison, pour avouer quelque chose qu'il ne sait pas du tout et personne ne va le croire ! La description du milieu pénitentiaire et des souffrances du personnage principal est bien faite et tout le long j'ai ressenti ses émotions. Le récit est captivant et le personnage principal a une personnalité à la fois intéressante et intrigante. J'ai tout de même un peu peur pour la suite. Pour s'en sortir, le héros finit par s'évader de la réalité pour s'imaginer qu'il a vécu dans d'autres époques (quoique pour l'instant je trouve que c'est un peu ambiguë et que ce n'est pas certain s'il imagine tout ça ou s'il s'est vraiment réincarné des centaines de fois au fil de l'histoire de l'humanité). Ces passages ne sont pas mauvais (j'aime beaucoup celui qui se passe en Égypte), mais je trouve que c'est moins passionnant que ce qui arrive dans le présent. J'ai donc un peu peur que le second album porte principalement sur ça et que je finisse par trouver le récit moins bon. En tout cas, pour l'instant c'est excellent et un des meilleurs albums de 2019 que j'ai lus jusqu'à présent.

23/02/2020 (modifier)
Par sloane
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Clinton Road
Clinton Road

C'est à Angoulême cette année, alors que je trainais sur le stand des éditions Ankama que j'ai été attiré par cet album dont la couverture m'a tout de suite accroché. Une nuée de corbeaux et un pastel vert qui augurait du meilleur. L'auteur étant en dédicace je n'ai pas hésité et grand bien m'en a pris. La Clinton Road, imaginez donc une portion de route sensée être la plus hantée des États Unis: des disparitions inquiétantes y surviennent bien souvent et des phénomènes paranormaux s'y produisent. Un ranger du comté, John, patrouille tous les jours après avoir pris un café chez son pote Sam. Qui plus est, Benjamin, son fils, a été vu pour la dernière fois sur cette route. Entre fantasmes et réalité et une impossibilité à faire son deuil John est bien en peine d'y voir clair. Vous aimez Stephen King ? Vous avez particulièrement accroché à la saison un de True Detective ? Si oui alors cet album est pour vous, il y règne un climat, une atmosphère envoutante. L'album se lit relativement rapidement mais il possède un pouvoir hypnothique évident qui fait qu'une fois la lecture entamée vous ne lâcherez plus le truc. Tout en pastel, la colorisation donne au graphisme aux traits acérés un je ne sais quoi qui provoque un sentiment d'étouffement, d'oppression, bref on ne rigole pas dans cette histoire qui jusqu'au retournement final vous prend aux tripes. Certains pourraient trouver le scénario un peu mince, alors certes, mais il se dégage une telle ambiance de l'ensemble que je ne saurais que trop vous conseiller cette lecture et assurément un auteur à suivre, ce que pour ma part je ferai.

22/02/2020 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Paul à la maison
Paul à la maison

Si vous ne connaissez pas encore cet auteur québécois, je vous invite vivement à vous y intéresser de plus près. Véritable star dans son pays, il a en France son petit cercle de fans depuis un bon moment. Depuis sa première BD publiée par l’éditeur montréalais La Pastèque en 1998, Michel Rabagliati a engrangé les récompenses, notamment au Festival d’Angoulême en 2010 avec le prix du public pour Paul à Québec. Il faut préciser que les dix albums sont consacrés à Paul (Rifiorati de son nom), à la fois son personnage fétiche et double de lui-même. A travers son œuvre, l’auteur a développé un univers très personnel et extrêmement attachant, dans lequel il évoque régulièrement ses souvenirs de jeunesse, principalement son enfance et son adolescence. On se régale de ces anecdotes narrées avec un humour à la fois grinçant, subtil et souvent jubilatoire. Puis, les années passant, Paul Rifiorati est devenu, presque sans que l’on s’en aperçoive, un quinqua moins insouciant avec des problèmes de quinqua. Et c’est ce qui fait le sujet de son dernier opus, « Paul à la maison », qui se déroule en 2012 et où il aborde la question de cette fameuse crise de la cinquantaine avec son lot de petits bobos, de tracas existentiels et du quotidien, mais également la vieillesse et le cancer incurable de sa mère. Dit comme ça, ça ne vend pas du rêve, mais ceux qui connaissent le travail de Michel Rabagliati savent qu’il a plus d’un tour dans son carton à dessin. Et c’est bien là que réside une partie de son talent : cette capacité à traiter avec sensibilité de sujets plus ou moins graves sans plomber l’ambiance, bien au contraire. On notera le passage extrêmement hilarant où Paul, vivant mal un célibat forcé après la séparation d’avec sa femme, s’inscrit sur un site de rencontres, ou encore celui où il teste un appareil pour traiter son apnée du sommeil… En traitant parallèlement de tous les petits faits du quotidien vécus par son double, dans son quartier de Montréal, l’auteur sait se faire le témoin acerbe de notre société contemporaine, déplorant sa transformation en une sorte de « meilleur des mondes ». Il pointe du doigt l’atomisation et l’isolement croissants de chacun, les plus jeunes repliés sur leurs écrans et les anciens remisés dans les CHSLD (l’équivalent de nos fameux EHPAD français), une vision peu réjouissante et pourtant lucide, masqué par le discours dominant et une bonne couche de vernis publicitaire. Et comme toujours, on adore cette ligne claire et ce sens du détail, tous ces objets anodins qui en disent autant sur notre époque qu’une longue étude sociologique, tout ce qui fait le charme et l’intérêt du travail de Rabagliati. Observateur fin et désabusé par le manque d’humanité du monde moderne, celui-ci parvient à insuffler à son récit une certaine poésie pour en réduire la pesanteur, de façon très touchante. On se souviendra de l’hommage pudique rendu à sa mère, un des moments les plus bouleversants du livre. « Paul à la maison », c’est tout cela. Des rires et des sourires, de la mélancolie et de l’émotion, pour décrire un quotidien assez ordinaire, pas vraiment rose mais pas déprimant non plus. En ce sens, Rabigliati vise très juste et parle un langage universel qui fait que chacun se reconnaîtra. Le monde est véritablement devenu un village global, avec les mêmes problématiques partout, et ce Québec si lointain nous apparaît d’un seul coup extrêmement proche.

20/02/2020 (modifier)
Couverture de la série Catharsis
Catharsis

J'ai découvert et apprécié il y a quelques années l'univers de Luz avec son Cambouis. C'est donc en confiance que je me suis lancé dans "Catharsis" sans en connaître le sujet. Et bien on ne joue plus du tout dans le même registre. Son récit post charlie touche comme un direct au coeur. Bourré de poésies graphiques inlassablement contrées par la bêtise ordinaire, la violence des souvenirs. Le sexe dans l'amour comme ultime refuge à la barbarie sanguinaire. Oeuvre personnelle et nue qui en fait une BD vivante!

19/02/2020 (modifier)
Couverture de la série Le Voyageur
Le Voyageur

Belle surprise cette lecture! Particulièrement apprécié l'ambiance qui rappelle un peu Moebius. Traits sobres et monde futuriste en déclin. Puis le mystère qui entoure notre voyageur jusqu'aux dernières planches nous pousse à poursuivre la lecture sans interruption jusqu'à la fin. Il m'a peut-être manqué un peu plus de développement psychologique du héros et son évolution face à son éternel problème, mais je pense que l'auteur souhaitait garder cette histoire à un niveau de 1er degré. Tel un simple récit où ce sont les ressentis du lecteur qui combleraient les vides.

19/02/2020 (modifier)
Par Erik
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Cesare
Cesare

Que se passe t-il avec les mangas ? Je constate que certains titres ont tout pour plaire tant la qualité peut être au rendez-vous. Cesare était d'ailleurs recommandé par Historia. Or, les recommandations ne sont pas toujours très satisfaisantes. Bref, je me suis laissé surprendre et le résultat a dépassé toutes mes espérances. C'est le meilleur manga de toutes ces dernières années. On va suivre le parcours que n'aurait pas renié un certain Machiavel et son fameux Prince. Récemment, j'avais avisé un manga sur Le Prince et j'en avais appris un peu plus l'oeuvre de cet auteur si critiqué. Il est vrai que César Borgia est un homme fascinant et talentueux derrière son côté froid et calculateur. C'est une personnalité que l'on prend plaisir à découvrir. Bien que le titre du manga soit Cesare, on le voit au travers des yeux d'un certain Angelo Da Canossa dont le grand-père était tailleur de pierre au service de la famille des Médicis. Ce jeune homme est naïf et met souvent les pieds dans le plat au milieu des différentes factions politiques. Il fait office de narrateur ou de reporter afin d'avoir un point de vue neutre. C'est bien pensé. L'auteur Fuyumi Soryo a fait appel à un spécialiste de la renaissance italienne qui est également professeur d'université à savoir Motoaki Hara. On constate bien un parcours sans faute qui respecte jusqu'à la typologie des lieux. Et puis, on va faire des rencontres tout à fait intéressantes et qui vont marquer à tout jamais la renaissance à savoir Christophe Colomb ou Léonard de Vinci sans parler de Machiavel. Comme dit, je ne suis pas hostile aux mangas lorsqu'ils parviennent à égaler une richesse historique rare. Par ailleurs, j'ai aimé la beauté et l'élégance du trait. Décors, vêtements, personnages : rien n'est laissé au hasard. En un mot : c'est réellement passionnant ! Déjà 8 tomes avec un rythme de parution assez rapide. La trame narrative est plutôt longue mais cela crédibilise le récit. On fait également plus ample connaissance avec les différents personnages qui se rajoutent au fil des tomes et dont on sent qu'ils vont jouer un grand rôle dans la guerre qui se prépare. Certains personnages comme Angelo évoluent également. Par ailleurs, le contexte historique est de plus en plus enrichi. C'est que du bonheur pour ceux qui aiment l'Histoire. Bref, je ne regrette pas mon achat. La série s'arrête brutalement au 10ème tome. J'avoue le regretter car j'aurais eu envie de connaître la suite du destin de ce personnage hors du commun des mortels. On ne saura rien de ce qu'il advient également de son père alors que les jeux vont se faire au Vatican à l'occasion d'un futur conclave. C'est une tranche de vie qui va se refermer de façon assez classique comme pour marquer une étape. Des lecteurs ou certains sites de bd n'ont d'ailleurs toujours pas compris que c'est bel et bien terminé. On les entend déjà crier au scandale car ils sont en rade ! Bref, il y a comme une impression d'inachevée. Or, ce n’était que la fin d’un cycle. Un peu plus d’information et de communication n’aurait pas fait de mal à l’attention des lecteurs. Le tome 11 marque le début d’un second cycle qui commence avec la mort de l’un des piliers et soutien de la famille des Borgia. On se demande comment va évoluer la succession ainsi que la politique à mener alors que tout semble explosif. Les intrigues vont se multiplier notamment au niveau du clergé. Cela va au-delà du simple report d’événements historiques. On a du plaisir à suivre cette lecture. On retiendra au final la beauté graphique pleine de poésie d'une œuvre historique passionnante ! Il a fallu attendre presque 5 ans pour avoir droit au tome 12 alors que nous étions au cœur de l’action avec le pape Innocent VIII au chevet de la mort et surtout la disparition du grand Lorenzo de Médicis ce qui redistribue les cartes. Enfin, le fameux conclave de 1492 a commencé et on entre dans les manigances du pouvoir et des intrigues politiciennes pour se faire élire pape. Le parti pris est de soutenir Rodriguo Borgia face à son principal ennemi qui ne fait pas dans la finesse et qui semble avoir l’avantage des alliances de la péninsule italienne. Bref, on atteint le point culminant de ce récit entamé en 2013. Cette lecture m’avait manqué, je dois bien l’avouer. Je rehausse la note à 5 étoiles car de tous les mangas que j’ai lu, c’est le meilleur et dans tous les domaines. La qualité graphique est époustouflante. La mangaka a effectivement fait une pause de quelques années pour se consacrer à une étude historique approfondie afin de coller au plus près de la réalité. J’apprécie beaucoup cette rigueur et cela se voit au résultat. Note Dessin: 4.5/5 - Note Scénario: 4.5/5 - Note Globale: 4.5/5

10/11/2013 (MAJ le 19/02/2020) (modifier)
Par canarde
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série La Dernière Vie
La Dernière Vie

Contrairement à mes deux prédécesseurs, je n'étais pas en attente de Giménez et assez sceptique sur le sujet, n'étant pas moi-même pratiquante des jeux vidéo (mais appelle-t-on encore cela comme ça?). J'ai donc été harponnée en feuilletant les premières pages par un dessin aquarellé contrasté, des dialogues et une esthétique assez "années quatre-vingt". Par ailleurs le contraste entre le sujet qui apparaissait comme science-fictif, ou d'anticipation et le mode de représentation très traditionnel (mais dont la reproduction n'a été réellement possible en BD qu'assez tardivement avec Bilal, dans le début des années 80, non ? ) créait comme un bug bizarre et attirant. Le scénario n'est pas original, mais les deux tomes le servent bien avec des dialogues simples et efficaces et un dessin assez sensuel qui nous remet dans le bain de notre adolescence, un peu primaire et mal assurée. Une famille avec deux ados, une voisine dans l'immeuble d'en face, des gros ordinateurs à disquettes, et un jeu terrifiant qui attire les petit-e-s con-ne-s en mal de sensations fortes. Rien de neuf mais en même temps un tableau très juste de la société de l'époque. Effectivement on est plus dans la rétro-anticipation que dans le steampunk. Loin le dix-neuvième siècle inventif qui aurait pu faire d'autres découvertes et d'autres choix. Ici ce sont les années 80 qui déraillent, mais pourquoi pas ? Pourquoi ce fétichisme du 19ème siècle? Ce qui peut sembler vieillot, m'a simplement paru salutaire : prenons conscience de l'obsolescence très rapide de ce qui parait à la pointe de la technologie, et des peurs que cela suscite. A ceux qui trouvent que cette BD a mal vieilli, je réponds : " Ne sont-ce pas plutôt nos visions de l'avenir qui ont mal, et très vite, vieilli ? "

16/02/2020 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Peau de Mille Bêtes
Peau de Mille Bêtes

C'est l'adaptation d'un conte que je ne connaissais pas et après avoir lu sur internet le résumé du conte original, je dois dire que j'apprécie bien mieux cette version moderne. Le ton est moderne et du coup la princesse va être mise en avant. Sa personnalité est intéressante, son histoire captivante et elle est très jolie. Je ne vois pas trop quoi ajouter de plus à ce que les autres posteurs ont déjà écrit hormis qu'ils ne parlent pas de l'élément que j'ai le plus apprécié dans cet album : la romance entre la princesse et le prince qui est beaucoup plus sympathique que le père incestueux de la pauvre héroïne. Leur relation m'a touché et j'ai bien aimé la poésie qui en ressortait. Ils sont vraiment très attachants. Le dessin est spécial. Je pense que si on était dans un autre genre que le conte, j'aurais probablement détesté le dessin, mais je trouve que ce style va très bien pour un conte. Bref, un conte intelligent et moderne.

14/02/2020 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Aventures en Chartreuse
Aventures en Chartreuse

Une série jeunesse dont les histoires se déroulent dans le massif de la Chartreuse, à côté duquel j’ai grandi, il n’en fallait pas plus pour piquer mon intérêt. Je vois que les auteurs habitent d’ailleurs dans la région (à Chambéry et Aix-les-Bains). Les intrigues sont parfaites pour le public visé : de l’aventure, du mystère, de l’humour, des vilains en tout genre… le tout dans un cadre magnifique et verdoyant, superbement mis en image par Nicolas Julo. On retrouve une ambiance très « Club des 5 », mais plus moderne (nos enquêteurs en herbe se servent de tablettes, GPS etc.) L’histoire du tome 3 est particulièrement intéressante. Elle se déroule pendant l’occupation, avec au programme les caches de réfugiés juifs, la milice, la résistance etc. Les tomes 1 et 2 se terminent sur des cahiers de jeux pédagogiques (créés en partenariat avec le Parc de Chartreuse), alors que le 3 propose un mini reportage sur Le régime de Vichy... super éducatif ! Une chouette série jeunesse.

06/02/2017 (MAJ le 13/02/2020) (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
Couverture de la série Héroïque Fantaisie
Héroïque Fantaisie

Voilà bien un objet des plus inattendus et des plus audacieux qu’il m’ait été donné de lire depuis longtemps, échappant à toute tentative de catégorisation… Un objet hors-normes, extrêmement libre, qui ne gagnera certainement pas ses galons dans une actu BD souvent dominée par une forme de politiquement correct, même parmi la production LGBT qui cherche le plus souvent à se faire accepter par les tenants d’une optique « inclusive », le nouveau terme à la mode dans un monde de marketing lisse jusqu’à l’insipide. Dans des termes moins consensuels, cette nouvelle doxa pourrait se refléter dans le conseil suivant : vous avez toute notre bienveillance, mais jouez le jeu en rentrant dans le rang avec des choses « présentables », afin de ne pas choquer le « bourgeois ». Si l’histoire donne l’impression de n’être qu’un prétexte aux délires sexuels de l’auteur, ce dernier fait pourtant preuve d’une imagination débridée, même si cela tend à partir en peu dans tous les sens… De fait, l’existence d’un fil narratif ne permet pas vraiment de classer « Héroïque Fantaisie » comme du porno de base, dont la seule fonction est de vendre des contenus à fantasme, le dessin étant de toute façon bien trop crasseux pour attirer le business du sexe. Du reste, Olivier Texier ne revendique rien (d’ailleurs on ne sait même pas s’il est vraiment gay), se fiche d’être présentable autant que classé X, se plaît à représenter la baise homo crade, et là on est plus proche de l’érotisme trash d’un The Hun que de celui à tendance cuir clean d’un Tom of Finland. Dans une Vendée post-apocalyptique où la barbarie règne en maître, les héros suivent leur quête et n’échappent pas aux mauvaises rencontres qui leur font perdre à chaque fois, qui un bras, qui une main, qui un œil… Cela n’amoindrit en rien leur désir sexuel, qui bien au contraire semble décuplé dans ce contexte menaçant et mortifère. De plus, les passions amoureuses entre nos mâles ne sont pas absentes, comme un clin d’œil ironique aux navets « porno chic » à l’eau de rose. Sujet incontournable en Vendée (l’auteur est nantais et donc voisin de cette région très imprégnée de catholicisme), la religion est également évoquée, avec la vision récurrente de la Vierge dont les statues sont régulièrement défigurées par l’ennemi et ses armées de démons. Telle une provocation ultime de Texier, ces héros amoraux, grands « pécheurs » devant l’éternel, la vénèrent et déplorent évidemment la mutilation de leurs icônes, ne faisant que motiver leur détermination à combattre leurs ennemis. Le dessin, typiquement underground, est paradoxalement pas très sexy et mal fichu au premier abord, dans une présentation basique en gaufrier à huit cases, avec quelques incohérences (pourquoi d’une case à l’autre, un des personnages apparaît nu puis habillé ?) mais qui révèle néanmoins un style, dont le pouvoir de séduction tient beaucoup par son urgence et sa liberté absolue. Un dessin punk à chien qui pue la sueur, le sang et le sperme, un dessin à la machette qui taille dans le vif et qui défriche. « Héroïque Fantaisie » déroute car il échappe à toute classification, et c’est bien ce que semble avoir recherché ici Olivier Texier, un sale gosse qui revendique l’auto-édition comme le seul antidote à l’auto-censure et à l’étiquetage, se moquant bien d’être qualifié de pervers dégénéré. Imaginer qu’une telle BD puisse passer sous les fourches caudines de la bien-pensance ne pourra que réjouir les esprits libres. D’ailleurs, qui d’autre que les Requins Marteaux, pouponnière la plus notoire de la BD dissidente dans l’Hexagone, aurait accepté de publier un tel ouvrage ? Comme le Marquis de Sade en son temps, Olivier Texier fait ce qu’il veut, envers et contre tout, prônant par son seul dessin la liberté sexuelle comme moyen d’émancipation.

11/02/2020 (modifier)