Le Grand Pouvoir du Chninkel
Angoulême 1989 : Alph-Art du public Aventure médiéval fantastique, un anti-héro de base, élu malgré lui...
Angoulême : récapitulatif des séries primées Auteurs polonais Best of 1980-1989 Casterman Esclavage Les années (A SUIVRE) Les Meilleures Trilogies Noir et blanc On en parle... Spiritualité et religion Van Hamme
Dans le monde de Daar, s’affrontent quotidiennement trois immortels: Zeugma, Barr-Find et Jargoth. Les victimes de ces guerres sont entre autres les Chninkels et les Tawals. Etant esclaves, ils constituent l’essentiel des fantassins de toutes les armées, et sont donc régulièrement massacrés. Une nuit après une de ces sempiternelles batailles le seul survivant, un Chninkel du nom de J’ON, reçoit la visite d’un monolithe noir se présentant comme le maître créateur des mondes. J’ON a cinq jours pour mettre fin aux querelles des trois groupes. S’il échoue le monolithe, détruira ce monde. Un problème se pose alors au Chninkel : Comment pourra-t-il convaincre les trois immortels de faire la paix alors que lui-même n’est qu’un pauvre Chninkel et esclave de surcroît ?
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| Date de parution | Avril 1988 |
| Statut histoire | Série terminée (un seul tome à l'origine, ensuite divisé en 3) 3 tomes parus |
© Casterman 1988
21/06/2001
| heureux qui comme ulysse...
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Les avis
La paix reviendra quand les trois uniras… - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Cette histoire a été sérialisée dans le magazine (À suivre) du numéro 105 en octobre 1986, au numéro 114 en juillet 1987. Il a fait l’objet d’une édition intégrale en noir & blanc en 1988. Il a été réalisé par Jean van Hamme pour le scénario, et par Grzegorz Rosinski pour les dessins. Il compte environ cent-soixante pages de bande dessinée. Il a bénéficié d’une édition en couleurs en trois tomes (2001-2002, Le Commandement, Le Choisi, Le Jugement), la mise en couleurs ayant été réalisée par Graza (Grazyna Foltyn-Kasprzak), avec une édition intégrale en 2006. La dernière édition intégrale en noir & blanc s’ouvre avec une introduction de trois pages, rédigée par Benoît Mouchart, intitulée : Genèse du premier récit de Theologic Fantasy. Cet album a reçu le prix Alph'Art du public au festival d'Angoulême de 1989. D’aussi loin que se souvenaient les ancêtres de des ancêtres, Daar avait toujours été un monde en guerre. Une guerre dont nul de se rappelait l’origine, une guerre sans trêve ni merci, sans quartier ni vainqueurs, que ne cessaient de se livrer entre eux trois les immortels. À chaque croisée des soleils, lorsque les ombres se rejoignent, le grondement de leurs armées en marché s’élevait aux trois points cardinaux. De Sep venait Barr-Find main noire et la masse écrasante de ses légions d’airain. De hor fondait Jargoth le parfumé et l’escadre mortelle de ses archers volants. De far se ruait Zembra la cyclope et la horde déchaînée de ses guerrières borgnes. Brutes sans visages, bardées de fer, juchées sur leurs pesants womochs cracheurs de feu… Cruels androgynes aux traits empoisonnés, fendant les airs sur les voiles végétales des orphyx carnivores… Féroces amazones à la paupière cousue, emportées au massacre par le galop d’acier de leurs traganes sauvages… Sous le commandement des trois immortels, les armées s’affrontent : horreur absurde de la mort donnée et reçue sans même savoir pourquoi ! Qui étaient-ils donc qui avaient condamné ce monde à une telle infamie ? De quel néant d’abjection étaient-elles issues, ces races supérieures qui avaient contraint les différents peuples à une si atroce servitude ? Qui avait permis l’existence de ces trois immortels dont l’appétit de massacre et de sang semblait ne jamais devoir connaître de fin ? Quel crime abominable avaient donc commis ces peuples pour mériter cela ? À chaque croisée des soleils, recommençait la guerre. Une guerre sans quartier ni vainqueurs, dont il ne restait au soir des batailles, que le charnier des vaincus abandonnés aux dents de ronce des sheershecks bicéphales. C’est pourtant dans cette désolation qu’un jour se produisit ce que l’on appela plus tard le miracle. Alors que les charognards ont commencé à dépecer les cadavres, un petit homme, un Chninkel, se met à gesticuler, encore vivant, en effectuant de larges moulinets de hache pour les forcer à s’écarter et ainsi se frayer un chemin pour fuir. Il prend ses jambes à son cou, repère un énorme animal qu’il parvient à faire cracher en l’air, ce qui disperse enfin les volatils prédateurs. J’On peut s’éloigner du champ de bataille et trouver un endroit pour réfléchir. Un peu intimidant d’entamer la lecture d’un tel classique, à la fois de savoir s’il sera à la portée du lecteur, à la fois la crainte de la déception du fait d’un horizon d’attente très élevé généré par les excellentes critiques innombrables. Le lecteur se sent vite rasséréné : la lecture est aisée et facile d’accès. Le style de la voix omnisciente ressort comme un langage un peu soutenu, avec une saveur littéraire, conférant une forme de solidité et de consistance aux composantes de ce monde imaginaire. De prime abord, les dessins peuvent sembler un peu denses, ou chargés en traits, pour autant le lecteur assimile ce qui est représenté au premier coup d’œil, pouvant décider de ralentir son rythme de lecture s’il souhaite s’immerger plus profondément dans chaque case en en scrutant les détails. L’artiste utilise une technique éprouvée : délimiter chaque forme par un trait encré, puis ajouter des informations visuelles supplémentaires dans chacune de ses formes. Dès les premières pages, le lecteur se dit qu’il pourrait toucher chaque surface, grâce au très gros travail de textures réalisé par l’artiste. Les aspérités des pierres du désert, la rugosité d’écorce des arbres sur lesquels sont perchés des charognards, les rares nuages dans le soleil, la carapace tannée des Womochs, la dense fourrure à poils longs des Tawals, le métal froid de l’armure de Barr-Find main noire, la fraise vaporeuse de Jargoth, etc. Ainsi mis en confiance par une narration prévenante, le lecteur part à l’aventure aux côtés de ce drôle de jeune individu ressemblant à un croisement entre un nain et lutin, sympathique, générant une empathie découlant de son sentiment d’être dépassé et écrasé par des responsabilités démesurées par rapport à sa petite personne. Le lecteur ressent la connivence et la coordination entre dessinateur et scénariste qui travaillent ensemble depuis le premier tome de la série Thorgal paru en 1977. Que ce soient les races exotiques, les trois immortels, le bestiaire ou les Chninkels eux-mêmes, cela saute aux yeux qu’ils ont été conçus avec le souci d’être aisément différenciables et mémorisables. Le visage un peu allongé des Chninkels, leurs grands pieds, leur gros nez et leurs pupilles énormes comme dépourvues d’iris, l’aspect simiesque de Tawals, la morphologie gironde de G’wel, l’anatomie tentaculaire de Volga la devineresse, l’espèce de robot oiseau-véhicule doté de conscience, l’apparence efféminée de Jargoth, la vilaine maladie de peau de N’Ôm, autant de personnages inoubliables. Chaque lieu présente également des caractéristiques marquées, donnant ainsi corps au voyage de la quête du héros, du charnier du champ de bataille initial à la colline finale, en passant par Maelar le village des Chninkels, la Grande Eau, la fleur télépathe, les rameaux des branches de Sualtam, les arènes de Jargoth le palais de Zembria, le non-mode, etc. Les auteurs savent marier l’intention de réaliser une bande dessinée de nature adulte, c’est-à-dire abordant des thèmes adultes, avec le sens de l’aventure et du spectacle. Le lecteur perçoit qu’ils ont pris plaisir à imaginer ce monde, et à concevoir des péripéties divertissantes, et parfois dramatiques. Tout commence avec les six pages qui introduisent la bataille, toutes construites sur le même découpage, trois cases de largeur de la page, des visions panoramiques donnant l’idée de l’ampleur de ce qui se déroule. S’il entretenait des réserves, le lecteur les voit s’envoler lors des deux pages où J’On est agenouillé devant U’N un grand parallélépipède noir immobile, où la prise de vue et le lettrage rendent la scène vivante. Le dessinateur se montre également un excellent directeur d’acteurs : le lecteur peut ressentir toute la bienveillance de J’On pour Bom-Bom et réciproquement même si ce dernier ne parle que par onomatopée. L’art de la mise en scène atteint un sommet lors des cinq pages dans le Non-monde, où chaque case est dépourvue de tout arrière-plan, et pourtant le lecteur peut voir les personnages se déplacer et bouger. Les auteurs abordent également la question de la sexualité soit empêchée (pauvre J’On) soit inventive lors de la relation de Volga avec le Chninkel, une séquence drôle, imaginative et émouvante, questionnant gentiment quelques représentations stéréotypées avec malice et humour. La lecture s’avère fort plaisante, un drame reposant sur une question spirituelle (un individu désigné par une entité omnipotente, pour être le sauveur de son peuple et même de la planète), avec des moments d’humour (les tentatives empêchées de relation entre J’On et G’wen), et une intrigue très bien construite. Le personnage principal accomplit sa quête cahin-caha, presqu’à son corps défendant. Certains mystères qui peuvent sembler artificiels ou paradoxaux (l’origine des trois immortels par exemple), trouvant tout naturellement leur explication en cours de récit. L’issue est inéluctable, en cohérence avec les références revendiquées des auteurs. La question de la religion, ou tout du moins de la genèse d’un messie, est abordée sous l’angle plutôt social : Comment J’On se retrouve à incarner le point focal des espérances des Chninkels, et de leur ferveur ? Le lecteur sourit en constatant la malice du scénariste qui place son personnage dans un mécanisme de prophétie autoréalisatrice bien huilée et inéluctable. Toutefois… La couverture met en évidence l’une des références principales du récit : le monolithe du film 2001, l'Odyssée de l'espace (1968) réalisé par Stanley Kubrick (1928-1999), d’après deux nouvelles deux nouvelles d’Arthur C. Clarke (1917-2008), À l'aube de l'histoire (1953) et La Sentinelle (1951). Les auteurs s’en servent comme un raccourci narratif leur permettant d’utiliser ce qu’il représente dans l’imaginaire collectif, sans avoir à réexposer les explications nécessaires. Il est possible que le lecteur s’attende à un usage plus sophistiqué que sa simple valeur visuelle, à un questionnement de la nature de celui du réalisateur, ou à des pistes d’interprétations du monolithe différentes de celle de Kubrick. Il restera alors sur sa faim. L’autre référence évidente et assumée par les auteurs réside dans le Nouveau Testament, et plus particulièrement le parcours du messie, de sauveur d’un peuple. Le lecteur relève par exemple les miracles, l’hésitation dans le désert, le rejet et condamnation à mort, la trahison par un proche, et le sort final du personnage principal. Le scénariste révèle la nature du grand pouvoir mentionné dans le titre, et celle-ci est en parfaite cohérence avec le message du Nouveau Testament, du moins sur le plan moral, sans grande consistance religieuse. Là aussi, les auteurs utilisent le déroulement d’un récit célèbre au premier degré, sans questionnement ou réflexion sur la foi ou sur la religion. En fonction de la sensibilité du lecteur, cela peut produire un effet étrange, comme s’il avait projeté un horizon d’attente trop ambitieux sur la base de ces deux références, alors que l’intention des auteurs avait été différente. Ce point de vue peut être corroboré par les motivations de l’omniscient, l’omniprésent, l’omnipotent maître créateur : mesquines et infantiles. C’est toujours délicat de découvrir un chef d’œuvre des décennies après, une lecture déconnectée des conditions initiales de sa réalisation et de sa réception. Le lecteur ressent immédiatement un vrai plaisir dans ces pages que ce soit le personnage principal très humain dans son comportement et ses réactions, l’inventivité et la solidité du monde imaginé et de ses représentations, le déroulement bien construit de l’intrigue avec une logique interne à toute épreuve, ou encore les touches d’humour ; tout fonctionne. Il tombe sous le charme de la qualité de la narration visuelle, d’une lisibilité de qualité même si les planches peuvent sembler un peu chargées au feuilletage. Il est possible que tout aussi satisfaisante que soit la conclusion du récit, elle le laisse un peu sur sa faim au regard de l’attente générée par les références affichées à 2001 l’odyssée de l’espace, et aux Évangiles.
J'ai enfin lu cette œuvre de référence obligatoire, vu la quantité d'opinions enthousiastes. En noir et blanc, comme il se doit. Les dessins sont de qualité et, pour une fois, avec Rosinski, je n'ai pas eu de problèmes concernant l'anatomie étrange des personnages: cela fait partie du genre. La narration se laisse lire, mais la juxtaposition avec certains éléments bibliques m'a un peu dérangé. C'est subtil, certes, mais cela pourrait être plus pleinement assumé par les auteurs ou simplement évité. Dans la sensation finale et le bilan de tout, je suis resté un peu déprimé et je ne sais pas comment expliquer complètement pourquoi...
Le grand pouvoir est étonnant, mais logique, et arrive à la fin, comme il se doit. En attendant, on ne s'ennuie pas, on plaint les opprimés, et même… les oppresseurs, car comme ceux qui ne l'ont pas lu pourront le découvrir… Le héros et l'héroïne ressemblent aux Hobbits, mais en plus révoltés et plus méritants vu leurs conditions de vie rien moins que riantes. L'action ne nuit pas aux interrogations métaphysiques et réciproquement. Le sang ne coule pas plus que dans d'autres récits épiques, mais vu la fin, j'ai envie de dire âmes sensibles s'abstenir. Une œuvre qu'on oublie pas et qu'on voudrait inciter tous ceux qui ne l'ont pas encore eue entre les mains à lire.
J'avais trouvé cette BD sur une braderie à l'époque sans savoir à quoi m'attendre. Appréciant l'heroïc fantasy sans autant en être un fan inconditionnel.. Je suis resté subjugué par cette histoire. De son trait jusqu'à la trame, cet anti héro attachant, l'ambiance apocalyptique, l'alliance et la trahison.. Franchement, quelque chose de grand !
Qu'on se rassure, je ne serai pas long car tout à déjà été dit sur le Chninkel. Le Chninkel, que j'ai lu jeune ado, m'a littéralement transporté. J'aimais ce personnage tout à fait insignifiant qui se retrouve embarqué dans une aventure qui le dépasse. C'est basique, solide, et ça évolue dans un univers bien ancré. Les références à Tolkien, que j'ai découvert plus tard, sont nombreuses (et Van Hamme lui-même ne le cachait pas), tout comme les références bibliques. Le mélange est réussi, la sauce prend vite, tout cela agrémenté du puissant dessin de Rosinski. Oui, je crois qu'on peut raisonnablement qualifier cette BD de Culte !
J'ai été vraiment séduit par cette adaptation décalée du Nouveau Testament proposée par JVH et Rosinski. Pourtant le pari était osé entre caricature grossière et copie sans âme ni recul, le chemin est étroit et rempli d'embuches. Mais le personnage de J'on est si attachant et si profond qu'il est difficile d'y rester insensible. Pris dans une destinée qui le dépasse mais qu'il ne refuse pas malgré les frustrations de ses propres désirs, J'on est une belle image de l'insignifiante faiblesse qui transforme l'Histoire. La narration est vive, précise et toujours relancée à chaque nouveau court chapitre. L'ensemble est d'une grande cohérence et l'auteur a su y ajouter une belle touche d'humour dans ce running gag des frustrations sexuelles de J'on vis à vis de G'wel. Les épisodes s'enchainent avec une telle fluidité sans facilité incongrue pour un final à la fois attendu et déroutant qui ouvre à la méditation. La série n'aurait pas ce niveau d'excellence sans le formidable graphisme de Rosinski. J'ai lu la version intégrale en N&B qui m'a saisi dès la première case. Le trait est fin, élégant, souple et vif. Il apporte une grande expressivité et une fort dynamisme à la narration. Rosinski distribue temps forts de l'action et situations méditatives avec justesse pour un récit très équilibré. Ses personnages féminins sont tous d'une grande beauté, très sexy mais sans voyeurisme marchand. C'est un dessin qui n'a pas vieilli d'une ride, à faire pâlir d'envie nombre d'IA ou de tablettes numériques. A chaque nouvelle lecture on y découvre un nouvel élément. Personnellement une très grande lecture toujours aussi moderne.
De l'association Van Hamme-Rosinski était sorti au début des années 80 le légendaire Thorgal. C'est vers la fin des années 80 que les deux artistes (génies ?) se lancèrent un nouveau défi avec "Le Grand Pouvoir du Chninkel" J'ON est une petite créature, un Chninkel, réduit en esclavage et servant de chair à canon dans son monde en guerre perpétuelle. Laissé pour mort, J'ON se verra confié une tache importante: ramener la paix sur DAAR sous peine de destruction complète du monde. Charmant programme pour un " pauvre petit Chninkel" Une fois n'est pas coutume, je commencerai par le dessin. Rosinski maitrise ici parfaitement son art. C'est clairement plus beau que Thorgal. Pour ma part, et remis dans l'époque, je trouve l'utilisation du noir et blanc excellente tant j'ai eu du mal avec la colorisation de Légendes des Contrées Oubliées sorti à peu près à la même époque. Dans la préface de l'intégrale, on annonçait un scénario plutôt "tolkien". Et s'il est vrai que de par sa stature et sa mission J'ON se rapproche de Frodon, qu'ils évoluent l'un comme l'autre dans un monde fantastique on en restera là pour l'inspiration La faute à un autre ouvrage, et non des moindres, dont la présence est encore plus grande : LA BIBLE Et oui jusque dans son dénouement "Le Grand Pouvoir du Chninkel" est biblique. Pêle-mêle j'ai retrouvé Moise et l'exode des Juifs, les apôtres, etc... Il n'en demeure pas moins que Van Hamme arrive à nous captiver et à nous maintenir en haleine "Le Grand Pouvoir du Chninkel" a donc du être à sa sortie, j'imagine, un ovni dans le paysage. Et c'est peut être cette interprétation "païenne" du livre sacré qui aura marqué les lecteurs de la fin des années 80. Pour ma part, découvrant l'ouvrage 36 ans après sa sortie et à un âge raisonnable, je n'ai pas été gêné par ces références, par contre elles m'ont clairement surpris, car complètement inattendues (je n'avais pas lu les avis précédents). Il en reste aujourd'hui une belle aventure d'Héroic-fantasy, à découvrir absolument. Et si l'on s'en donne la peine, un questionnement sur le divin, les croyances, le mystique
Voilà une lecture que j'ai longtemps repoussée pour profiter d'un après midi calme de vacances et pouvoir le lire d'une traite. Classique parmi les classiques, il faisait partie des rares oeuvres aussi classiques absentes de ma biblio municipale quand j'étais plus jeune. Je peux me rattraper quelques dizaines d'années après. Et c'est clairement un classique que j'aurais classé culte à cette époque. Depuis, d'autres oeuvres d'Heroic Fantasy réussies sont sorties et mes critères ne peuvent plus être vraiment les mêmes. J'on, petit Chninkel insignifiant, devient le porteur d'un destin qui le dépasse, en étant choisi pour apporter la paix à un monde ravagé par des guerres sans fin. Van Hamme, fidèle à son style, revisite les mythes religieux avec ironie, transformant cette quête épique en une réflexion sur le pouvoir, la foi et le libre arbitre. Chaque rebondissement du scénario nous plonge un peu plus dans l'absurdité de cette mission divine, où l'espoir et le désespoir se côtoient sans cesse. J'ai personnellement trouvé que les références bibliques manquent un peu de subtilité et que la référence à 2001 l'odyssée de l'espace arrive comme un cheveu sur la soupe... Le dessin de Rosinski, tout en noir et blanc, sublime le récit. C'est une œuvre d'une densité graphique rare. Les ombres profondes, les détails minutieux, tout contribue à créer une atmosphère immersive. Le choix du noir et blanc n'est pas anodin : il renforce le caractère intemporel et universel de l'histoire. Je n'irai donc pas essayer la version colorisée. Le scénario, bien qu'enraciné dans des références bibliques évidentes, parvient à surprendre. Van Hamme joue avec les attentes du lecteur, en construisant une histoire qui, sous des airs de fable religieuse, interroge notre rapport au divin et au pouvoir. L'humour noir et le cynisme sont omniprésents, notamment dans la façon dont J'on, ce petit être frêle et craintif, se voit attribuer une mission impossible. La fin, magistrale, vient bouleverser toutes les certitudes accumulées au fil des pages. Je comprends clairement pourquoi "Le Grand Pouvoir du Chninkel" a marqué des générations de lecteurs. C'est une bande dessinée qui ne laisse pas indifférent en offrant un spectacle visuel de premier ordre. Une œuvre qui mérite amplement sa place dans le panthéon de la bande dessinée.
Cette bande dessinée m'a profondément marqué. Dès les premières pages, j'ai été transporté dans le monde de Daar, un univers médiéval fantastique où s'affrontent trois immortels et où les esclaves Chninkels sont malheureusement les premières victimes. Le récit de J'ON, ce Chninkel élu malgré lui pour une quête épique, m'a touché par sa justesse et son humanité. La narration est fluide et riche en rebondissements, mêlant habilement action, philosophie, et humour. Les illustrations de Rosinski sont un véritable régal pour les yeux, chaque case regorgeant de détails qui donnent vie à cet univers captivant. La version noir et blanc que j'ai lue ajoute une intensité dramatique et une beauté saisissante à l'histoire. Ce qui m'a le plus ému, c'est la façon dont l'histoire aborde des thèmes universels comme la liberté, la paix, et la quête de sens dans la vie, tout en restant accessible et divertissante. J'ai ri, j'ai été surpris, et j'ai même réfléchi sur ma propre existence à travers les aventures de J'ON. En bref, c'est une expérience de lecture inoubliable qui mérite amplement la note maximale. C'est une BD que je recommande chaleureusement à tous, que vous soyez un amateur de fantasy ou simplement à la recherche d'une histoire bien racontée et magnifiquement illustrée.
Il y a bien longtemps que je ne l'ai pas relu, j'hésite entre 4 et 5. Mais je mettrai 5 car c'est l'une des BD qui m'a fait découvrir que le monde du 9ème art ne s'arrêtait pas aux séries traditionnelles comme Astérix ou les Marvel des années 80. Une sacrée claque qui m'a ensuite incité à lire Bilal, Tardi... c'était l'illumination, j'étais devenu BD-woke. Une couverture m'évoquant 2001 de Kubrick et une marionette Dark Crystal, c'est intriguant. Avec la scène d'ouverture de bataille, j'entrevoyais les séries B italiennes de dark fantasy. En feuilletant et me spoliant bêtement la fin, j'ai un flash biblique. Wow, soit ça va envoyer du lourd soit ça part dans les mains de quelqu'un d'autre. Eh bien ce magnifique album est resté dans les miennes et trône maintenant au milieu de ma bilbiothèque dans une pochette plastique, l'unique livre que je conserve ainsi. Je ne pense pas que ce livre soit à glorifier à ce point mais il a été un marqueur dans ma vie de lecteur. Le dessin, que dire d'autre que c'est du Rosinski à son meilleur, aucune case n'est bâclée au détriment d'une autre. Le scénario de son compère n'est pas en reste, foisonnant d'idées recoupant des thèmes pourtant déjà vus mais dont le mélange est détonnant: de l'action, de la philosophie, de l'humour, de l'aventure, du romantisme... c'est envoutant et addictif. Notre (anti-)héros est magnifique de justesse, pris dans la tourmente d'une quête sui semble le dépasser et que, comme son homologue Frodon, il saura prendre à bras le corps. Merci messieurs, c'est avec de telles oeuvres que vous avez contribué à faire rentrer des bandes dessinées de qualité sur les étagères de nos librairies.
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