J’ai adoré Shubeik Lubeik, et plus j’y pense, plus je me dis que c’est une œuvre vraiment à part. Au-delà de son concept génial autour des vœux vendus comme des produits de consommation, ce qui m’a profondément marqué, c’est la richesse culturelle et spirituelle du récit. Le fait que l’histoire se déroule en Égypte n’est pas anecdotique du tout : au contraire, c’est central et extrêmement bien exploité.
La place de la religion, et en particulier de l’islam, est traitée avec beaucoup de finesse. Ce n’est jamais caricatural, jamais moralisateur. La foi est montrée comme quelque chose de profondément intime, parfois rassurant, parfois source de doutes, parfois même de conflits intérieurs. Les personnages s’interrogent sur le destin, la volonté divine, la légitimité de vouloir changer leur vie par un vœu… et j’ai trouvé ces questionnements passionnants. Ça apporte une dimension philosophique et spirituelle très forte à l’histoire, qui distingue clairement Shubeik Lubeik d’autres œuvres fantastiques plus occidentales.
La culture égyptienne est omniprésente : dans les décors, les dialogues, les habitudes du quotidien, les références religieuses et sociales. Tout semble authentique et vivant. On sent que l’univers a été pensé avec énormément de soin, et ça rend le worldbuilding encore plus crédible. Les vœux ne sont pas juste un élément magique : ils s’insèrent dans une société déjà structurée par la foi, les classes sociales, les traditions et les inégalités.
J’ai aussi énormément apprécié la narration chorale. Chaque personnage entretient un rapport différent aux vœux, mais aussi à la religion et au sens de la vie. Certains espèrent une solution miracle, d’autres refusent presque l’idée même de formuler un vœu, par conviction ou par peur. Il n’y a jamais de jugement : simplement des trajectoires humaines, complexes, parfois douloureuses, toujours crédibles.
Visuellement, le dessin reste simple mais extrêmement expressif, au service des émotions et du propos. Rien n’est superflu. Et surtout, le fond du récit est d’une intelligence rare : Shubeik Lubeik parle de déterminisme social, de libre arbitre, de foi, de désir, de solitude et d’espoir, sans jamais donner de réponses faciles.
C’est une BD qui m’a profondément touché et qui m’a fait réfléchir longtemps après l’avoir refermée. Un univers original, une approche culturelle et religieuse passionnante, des personnages humains et nuancés : pour moi, c’est un immense coup de cœur, et un 5/5 totalement mérité !
J'ai énormément aimé cette BD, les dessins sont magnifiques et l’histoire est agréable, j'aime beaucoup la relire de temps en temps, j'aime énormément que ça parle de nature et que pourtant ce soit en noir et blanc jusqu'à là presque fin de l’œuvre.
Pendant le (court) règne d'Henri II et celui de ses fils, son épouse Catherine de Médicis a joué un rôle politique très important. On lui prête ainsi la création d'une brigade informelle, surnommée l'Escadron volant, au sin duquel un certain nombre de ses dames de compagnie ont joué le rôle d'espionnes, jouant les bretteuses et obtenant des secrets stratégiques sur l'oreiller. Techniquement, cela faisait de la Médicis une mère maquerelle, utilisant les charmes de ses courtisanes pour obtenir plus de pouvoir.
Si cet escadron a réellement existé, il fut l'objet de nombreuses fables, certaines allant parfois très loin. Raule, scénariste espagnol connu notamment pour Jazz Maynard, s'en est emparé pour tourner l'idée à sa sauce, et nous livrer un récit d'aventure historique ma foi pas mal troussé, mêlant intrigues de la Cour et combats d'épées dans les rues de Paris. Avec en prime la présence d'une tueuse venue visiblement d'Orient. Le récit est mis en images par José Muñoz, vétéran de la BD argentine, qui a notamment travaillé avec Breccia et Pratt. Son style s'est affiné dans cette série, pour ressembler à ce que l'on faisait il y a une vingtaine d'années dans la collection (A suivre). C'est très plaisant, et on voit que le dessinateur s'amuse beaucoup à varier sa mise en scène, pour nous offrir de belles planches assez classiques.
Curieux de savoir ce qu'il va arriver à Victoria, l'audacieuse débutante, dans la suite d ela série.
Le premier chef d'oeuvre du duo Christin-Bilal.
Après la trilogie Légendes d'aujourd'hui, c'est l'épisode de la maturité.
Christin livre un scénario sans fantastique mais fait cohabiter l'Histoire avec les histoires grâce à l'utilisation d'une voix off qui fonctionne comme un monologue intérieur. C'est précurseur et en plus le procédé est parfaitement maîtrisé, jusqu'à la conclusion magistrale du récit.
Guerre d'Espagne, brigades rouges... On est en 1979 et on se rend compte qu'on peut traiter de tous les sujets à travers la bd pour adultes.
Bilal utilise pour la dernière fois les bleus de coloriage avant le passage en couleurs direct.
Disons juste que le soin apporté aux détails est exceptionnel et que la comparaison avec ses dernières productions peut être assez choquante si on ne connait que sa dernière période artistique.
Arrières plans, nuages, chemins de traverses, péniches, bâtisses isolées, toitures au coeur de la ville; tout est sujet à émerveillement.
C'est la clôture parfaite d'un premier âge d'or démarré en 1975 avec la Croisière des Oubliés.
Le duo Christin-Bilal fait maintenant partie des précurseurs et le montrera encore quelques années plus tard avec Partie de Chasse.
NB : à noter que la dernière édition de 2002 nous gratifie d'une longue interview (9 pages !) de Christin et Bilal ensemble très intéressante.
Claude Paiement et Jean-Paul Eid collaborent encore une fois et donne un très bon one-shot qui traite d'un sujet actuel à savoir la dénonciation anonyme d'un réalisateur très populaire qui aurait abusé une femme il y a de cela plusieurs décennies.
Le scénario est efficace et très crédible. Les événements qui se produisent après la dénonciation sont réalistes avec ceux qui le défendent et ceux qui le jugent immédiatement. Ajoutons qu'en plus le réalisateur en question vient de sortir un film qui récolte des prix et des nominations alors plusieurs voudraient bien que cette accusation passe sous le tapis en se foutant si c'est vrai ou non, ce qui est important est que ce célèbre réalisateur fait honneur au Québec en gagnant l'oscar du meilleur film étranger !
Je ne sais pas si un lecteur européen va bien comprendre toutes les subtilités de la société québécoise. En gros, avant les années 60 le Québec francophone était dominé par la minorité anglophone et hormis une minorité de bourgeois, la plupart des francophones étaient des prolétaires et tout a changé en seulement quelques décennies. Le personnage principal fait parti de cette génération qui a souvent eu la vie dur avant de pouvoir s'épanouir durant les changements sociaux des années 60-70 et je comprends parfaitement qu'il soit traité comme un bijou national et qu'il faut que sa réputation soit irréprochable. Sauf que sa génération a aussi connue une époque où pouvait faire des choses qu'on ne peut plus faire aujourd'hui....
Le scénario est prenant et les personnages sont complexes. Il y a des dialogues qui font mal parce qu'elles disent des vérités que parfois on ne voudrait pas entendre. Le seul défaut selon moi est que l'identité de la mystérieuse femme qui dénonce et harcèle le réalisateur me semble facile à deviner.
Une lecture dense, qui nécessite de prendre son temps – il m’a fallu quelques heures pour la finir. Mais c’est une lecture recommandable.
Je lis régulièrement le Canard enchaîné, et surtout le Monde diplomatique, et l’essentiel des faits repris ici ne m’a pas surpris. Mais les voir compilés, remis en perspective donne du sens à des déclarations, des événements, des personnages épars. Par-delà la personne de Macron, c’est le néolibéralisme à l’œuvre, mais aussi le cynisme et le mépris de classe, la collusion des « journalistes » de révérence, le dévoiement de ce qui se fait appeler démocratie, l’omniprésence d’une communication aux airs de novlangue, la généralisation de violences policières pour juguler toute contestation ou maîtriser les « classes dangereuses », qu’il nous est donné à lire dans ce pavé, jamais indigeste, mais souvent – toujours – plus qu’énervant ! Quand l’envie de vomir nous quitte, on a alors une haine à canaliser pour ne pas se ruer sur ceux qui se fouttent de notre gueule à ce point.
Les auteurs font ce que devrait faire les journalistes : ils utilisent leur mémoire, ils contextualisent les déclarations, et ils décrivent les conséquences de celles-ci, comparant les objectifs annoncés et les résultats constatés. Leur travail de présentation et de décryptage de ce dont Macron est le nom est vraiment bien fichu.
La narration est fluide, factuelle et jamais barbante, le dessin est agréable, lui aussi fluide. A lire et faire lire…
Etant un fan absolu de Gaël Séjourné - je n’hésite jamais une seconde avant d’acheter ses albums – cet album confirme une fois de plus que je ne peux pas être déçu par ce garçon ! Dès les premières pages, on est transporté dans une ambiance soignée, où chaque détail des décors respire l’authenticité des années 50-60. Tout est dessiné avec un souci du réalisme et une richesse visuelle qui font honneur à cette époque mythique. Les couleurs chaudes et les jeux d’ombre et de lumière ajoutent une vraie profondeur aux planches, et on a presque l’impression de feuilleter un album de photos d’époque, mais avec l’énergie et l’humour si caractéristiques de Gaël.
L’histoire, qui mêle habilement fiction et références au cinéma français, est un pur délice. Les monstres sacrés sont croqués avec tendresse et malice, et le scénario, bien que l’arnaque soit un peu prévisible, reste captivant du début à la fin. On se laisse porter par le rythme, les dialogues savoureux et les rebondissements, sans jamais s’ennuyer. Pas possible de lâcher l’album avant la fin !
Et puis je dois vous le dire – cela n’a pas trop de rapport avec cet album – mais je vous invite ardemment à aller à la rencontre de Gaël si vous avez l’opportunité de le voir dans un festival. Il a cette touche humaine qui fait toute la différence lors des dédicaces : disponibilité et gentillesse. Rencontrer un auteur aussi passionné et accessible, ça rend chaque album encore plus précieux. Pour les fesses à Bardot – c’était à Angoulême. Il a pris du temps pour m’expliquer son travail, ou encore comment se font les échanges avec Philippe Pelaez le scénariste. Des échanges qui font que tu abordes un album un peu différemment en appréhendant les difficultés de l’auteur.
Cet album est un vrai bijou, à la fois drôle, beau et intelligent. Et si vous êtes un peu (ou beaucoup) fan de cinéma et de nostalgie bien dosée, sans hésitez, cette BD est pour vous. Merci Gaël pour ce voyage en images et en émotions. A bientôt sur un autre festival !
Jacques Ramirez est un as du service après vente de la Robotop, entreprise d'électroménager. Sauf qu'il est aussi le portrait craché de son père qui, lui, est également un as dans son domaine : le nettoyage pour les cartels. S'ensuivra toute une série de quiproquos entrainants notre brave Jacquo dans une folle chevauchée.
C'est quoi cette put… de BD ?
Nicolas Pétrimaux rend un hommage magnifique au cinéma d'action des 80's-90's mais également à ses premiers amours, le jeu vidéo en plongeant son héros dans une sorte de GTA absolument délirant et par conséquent délicieux.
Quel régal que de suivre les aventures complètement folles de cet employé modèle et surtout qu'est ce que l'on se marre.
Nicolas Pétrimaux a pensé à absolument tout. Les clins d'œil à la culture pop sont ultra présents (Magnum par exemple) y compris dans les fausses pubs qui sont justes … exceptionnelles
Enfin le dessin est hyper dynamique, à l'image de l'intrigue , les différentes gueules des protagonistes sont géniales, les décors bien modélisés, les couleurs parfaites. On sent un vrai talent chez l'auteur
Alors pourquoi ne pas mettre la note maximale à cette série qui aura su me transporter avec bonheur dans son univers ?
Et bien juste parce que je réserve le "culte" lorsque la série sera enfin finie.
Espérons qu'elle le soit un jour car elle le mérite 10 000 fois
https://www.flinguerramirez.com/iffr-3-chargement-toujours-en-cours/#:~:text=L'attente%20de%20l'acte,Le%2011%20avril%202025.
'Dans la tête de Sherlock Holmes' brille surtout, il faut l'avouer, par l'originalité de sa mise en page qui se retrouve jusque dans la première de couverture dont la tête de Sherlock Holmes est découpée, comme une fenêtre ouverte dans l'esprit du célèbre détective. Esthétiquement, tout est parfait, du vieillissement artificiel des pages avec des jaunissements et des taches d'encre, en passant par les cases dont les formes rappellent le sujet de l'intrigue, jusqu'au trait des personnages très original et collant parfaitement à l'esprit de la bande dessinée.
Ici, comme indiqué au dos des ouvrages, tout est voué et dédié au déroulement et à la mécanique de l'enquête. Le parti-pris initial est ainsi d'immerger le lecteur dans la tête de Sherlock Holmes en le faisant pénétrer à l'intérieur de son mental et en déroulant avec lui le fil des indices et des déductions qui en découlent. Cet enchainement est d'ailleurs matérialisé par un fil rouge qui se déroule tout au long des pages des deux tomes composant chaque histoire. L'enquête est également agrémentée de quelques cartes très esthétiques situant les déplacements effectués par le détective et son partenaire, le docteur Watson. Ce duo est d'ailleurs assez comique avec un Sherlock rabrouant régulièrement Watson et se moquant de son manque de flair.
De part l'idée de départ des auteurs, cette série qui, rappelons-le, ne fait que débuter (trois tomes parus à ce jour), possède toutefois le défaut de ses qualités à savoir un certain classicisme dans l'histoire traitée qui pourra manquer, selon certains, de dramaturgie ou de quelques retournements de situations. Mais cela n'a pas été préjudiciable concernant ma lecture. J'ai tout de même une petite préférence pour l'intrique du tome 3 dont l'univers écossais et le mystère du loch Leathan ajoutent à l'ambiance de la BD.
En conclusion, je ne peux attribuer que la note maximale pour saluer l'originalité de la démarche et la qualité de la réalisation. Vivement les prochains tomes !
SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 8/10
GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 10/10
NOTE GLOBALE : 18/20
Au hasard d'un certain site de vente en ligne, je suis tombé sur cette bande. Les couvertures ont électrisé mon regard et j'ai craqué. Alors qu'est ce que ça vaut?
Blue est une bande appartenant au genre SF post apo, réalisée en 85 et 87 par deux jeunes auteurs. On les sent complètement passionnés par ce premier pied dans la bande dessinée.
Le style visuel m'a épaté. C'est un cocktail de plein d'influences. Un des personnages ressemble à Robert Smith. L'ambiance générale fait penser à des mangas comme Cobra ou Ken le survivant.
Les décors et les voitures sont sublimes tandis que les corps et les visages sont... Aléatoires. Parfois très beau et parfois dessinés en dépit du bon sens niveau proportions.
Le dessinateur a du mal à dessiner le mouvement. Les personnages de loin sont moches. Les coupes de cheveux sont ultra kitch.
Et pourtant on décèle l'influence de Klimt pour dessiner les visages, un peu comme dans Slaine.
Et pourtant il y a ce travail sur les tons de couleurs bleu et violet qui crée à lui tout seul tout un univers. Qui nous plonge dans une ambiance barbare faisant penser aux Guerriers de la nuit de Walter Hill...
Le scénario a été la bonne surprise. Je m'attendais à un navet de série Z mais on est plus sur de la série B ambiance fin du monde avec quelques touches de fun.
Bon je m'arrête là. J'ai adoré découvrir cette petite pépite qui a plein de défauts mais un charme unique. Avec cette impression d'être un archéologue dénichant un pur artefact des années 80.
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La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Shubeik Lubeik
J’ai adoré Shubeik Lubeik, et plus j’y pense, plus je me dis que c’est une œuvre vraiment à part. Au-delà de son concept génial autour des vœux vendus comme des produits de consommation, ce qui m’a profondément marqué, c’est la richesse culturelle et spirituelle du récit. Le fait que l’histoire se déroule en Égypte n’est pas anecdotique du tout : au contraire, c’est central et extrêmement bien exploité. La place de la religion, et en particulier de l’islam, est traitée avec beaucoup de finesse. Ce n’est jamais caricatural, jamais moralisateur. La foi est montrée comme quelque chose de profondément intime, parfois rassurant, parfois source de doutes, parfois même de conflits intérieurs. Les personnages s’interrogent sur le destin, la volonté divine, la légitimité de vouloir changer leur vie par un vœu… et j’ai trouvé ces questionnements passionnants. Ça apporte une dimension philosophique et spirituelle très forte à l’histoire, qui distingue clairement Shubeik Lubeik d’autres œuvres fantastiques plus occidentales. La culture égyptienne est omniprésente : dans les décors, les dialogues, les habitudes du quotidien, les références religieuses et sociales. Tout semble authentique et vivant. On sent que l’univers a été pensé avec énormément de soin, et ça rend le worldbuilding encore plus crédible. Les vœux ne sont pas juste un élément magique : ils s’insèrent dans une société déjà structurée par la foi, les classes sociales, les traditions et les inégalités. J’ai aussi énormément apprécié la narration chorale. Chaque personnage entretient un rapport différent aux vœux, mais aussi à la religion et au sens de la vie. Certains espèrent une solution miracle, d’autres refusent presque l’idée même de formuler un vœu, par conviction ou par peur. Il n’y a jamais de jugement : simplement des trajectoires humaines, complexes, parfois douloureuses, toujours crédibles. Visuellement, le dessin reste simple mais extrêmement expressif, au service des émotions et du propos. Rien n’est superflu. Et surtout, le fond du récit est d’une intelligence rare : Shubeik Lubeik parle de déterminisme social, de libre arbitre, de foi, de désir, de solitude et d’espoir, sans jamais donner de réponses faciles. C’est une BD qui m’a profondément touché et qui m’a fait réfléchir longtemps après l’avoir refermée. Un univers original, une approche culturelle et religieuse passionnante, des personnages humains et nuancés : pour moi, c’est un immense coup de cœur, et un 5/5 totalement mérité !
Verts
J'ai énormément aimé cette BD, les dessins sont magnifiques et l’histoire est agréable, j'aime beaucoup la relire de temps en temps, j'aime énormément que ça parle de nature et que pourtant ce soit en noir et blanc jusqu'à là presque fin de l’œuvre.
L'Escadron de la Reine
Pendant le (court) règne d'Henri II et celui de ses fils, son épouse Catherine de Médicis a joué un rôle politique très important. On lui prête ainsi la création d'une brigade informelle, surnommée l'Escadron volant, au sin duquel un certain nombre de ses dames de compagnie ont joué le rôle d'espionnes, jouant les bretteuses et obtenant des secrets stratégiques sur l'oreiller. Techniquement, cela faisait de la Médicis une mère maquerelle, utilisant les charmes de ses courtisanes pour obtenir plus de pouvoir. Si cet escadron a réellement existé, il fut l'objet de nombreuses fables, certaines allant parfois très loin. Raule, scénariste espagnol connu notamment pour Jazz Maynard, s'en est emparé pour tourner l'idée à sa sauce, et nous livrer un récit d'aventure historique ma foi pas mal troussé, mêlant intrigues de la Cour et combats d'épées dans les rues de Paris. Avec en prime la présence d'une tueuse venue visiblement d'Orient. Le récit est mis en images par José Muñoz, vétéran de la BD argentine, qui a notamment travaillé avec Breccia et Pratt. Son style s'est affiné dans cette série, pour ressembler à ce que l'on faisait il y a une vingtaine d'années dans la collection (A suivre). C'est très plaisant, et on voit que le dessinateur s'amuse beaucoup à varier sa mise en scène, pour nous offrir de belles planches assez classiques. Curieux de savoir ce qu'il va arriver à Victoria, l'audacieuse débutante, dans la suite d ela série.
Les Phalanges de l'ordre noir
Le premier chef d'oeuvre du duo Christin-Bilal. Après la trilogie Légendes d'aujourd'hui, c'est l'épisode de la maturité. Christin livre un scénario sans fantastique mais fait cohabiter l'Histoire avec les histoires grâce à l'utilisation d'une voix off qui fonctionne comme un monologue intérieur. C'est précurseur et en plus le procédé est parfaitement maîtrisé, jusqu'à la conclusion magistrale du récit. Guerre d'Espagne, brigades rouges... On est en 1979 et on se rend compte qu'on peut traiter de tous les sujets à travers la bd pour adultes. Bilal utilise pour la dernière fois les bleus de coloriage avant le passage en couleurs direct. Disons juste que le soin apporté aux détails est exceptionnel et que la comparaison avec ses dernières productions peut être assez choquante si on ne connait que sa dernière période artistique. Arrières plans, nuages, chemins de traverses, péniches, bâtisses isolées, toitures au coeur de la ville; tout est sujet à émerveillement. C'est la clôture parfaite d'un premier âge d'or démarré en 1975 avec la Croisière des Oubliés. Le duo Christin-Bilal fait maintenant partie des précurseurs et le montrera encore quelques années plus tard avec Partie de Chasse. NB : à noter que la dernière édition de 2002 nous gratifie d'une longue interview (9 pages !) de Christin et Bilal ensemble très intéressante.
Crue
Claude Paiement et Jean-Paul Eid collaborent encore une fois et donne un très bon one-shot qui traite d'un sujet actuel à savoir la dénonciation anonyme d'un réalisateur très populaire qui aurait abusé une femme il y a de cela plusieurs décennies. Le scénario est efficace et très crédible. Les événements qui se produisent après la dénonciation sont réalistes avec ceux qui le défendent et ceux qui le jugent immédiatement. Ajoutons qu'en plus le réalisateur en question vient de sortir un film qui récolte des prix et des nominations alors plusieurs voudraient bien que cette accusation passe sous le tapis en se foutant si c'est vrai ou non, ce qui est important est que ce célèbre réalisateur fait honneur au Québec en gagnant l'oscar du meilleur film étranger ! Je ne sais pas si un lecteur européen va bien comprendre toutes les subtilités de la société québécoise. En gros, avant les années 60 le Québec francophone était dominé par la minorité anglophone et hormis une minorité de bourgeois, la plupart des francophones étaient des prolétaires et tout a changé en seulement quelques décennies. Le personnage principal fait parti de cette génération qui a souvent eu la vie dur avant de pouvoir s'épanouir durant les changements sociaux des années 60-70 et je comprends parfaitement qu'il soit traité comme un bijou national et qu'il faut que sa réputation soit irréprochable. Sauf que sa génération a aussi connue une époque où pouvait faire des choses qu'on ne peut plus faire aujourd'hui.... Le scénario est prenant et les personnages sont complexes. Il y a des dialogues qui font mal parce qu'elles disent des vérités que parfois on ne voudrait pas entendre. Le seul défaut selon moi est que l'identité de la mystérieuse femme qui dénonce et harcèle le réalisateur me semble facile à deviner.
Res Publica
Une lecture dense, qui nécessite de prendre son temps – il m’a fallu quelques heures pour la finir. Mais c’est une lecture recommandable. Je lis régulièrement le Canard enchaîné, et surtout le Monde diplomatique, et l’essentiel des faits repris ici ne m’a pas surpris. Mais les voir compilés, remis en perspective donne du sens à des déclarations, des événements, des personnages épars. Par-delà la personne de Macron, c’est le néolibéralisme à l’œuvre, mais aussi le cynisme et le mépris de classe, la collusion des « journalistes » de révérence, le dévoiement de ce qui se fait appeler démocratie, l’omniprésence d’une communication aux airs de novlangue, la généralisation de violences policières pour juguler toute contestation ou maîtriser les « classes dangereuses », qu’il nous est donné à lire dans ce pavé, jamais indigeste, mais souvent – toujours – plus qu’énervant ! Quand l’envie de vomir nous quitte, on a alors une haine à canaliser pour ne pas se ruer sur ceux qui se fouttent de notre gueule à ce point. Les auteurs font ce que devrait faire les journalistes : ils utilisent leur mémoire, ils contextualisent les déclarations, et ils décrivent les conséquences de celles-ci, comparant les objectifs annoncés et les résultats constatés. Leur travail de présentation et de décryptage de ce dont Macron est le nom est vraiment bien fichu. La narration est fluide, factuelle et jamais barbante, le dessin est agréable, lui aussi fluide. A lire et faire lire…
Les Fesses à Bardot
Etant un fan absolu de Gaël Séjourné - je n’hésite jamais une seconde avant d’acheter ses albums – cet album confirme une fois de plus que je ne peux pas être déçu par ce garçon ! Dès les premières pages, on est transporté dans une ambiance soignée, où chaque détail des décors respire l’authenticité des années 50-60. Tout est dessiné avec un souci du réalisme et une richesse visuelle qui font honneur à cette époque mythique. Les couleurs chaudes et les jeux d’ombre et de lumière ajoutent une vraie profondeur aux planches, et on a presque l’impression de feuilleter un album de photos d’époque, mais avec l’énergie et l’humour si caractéristiques de Gaël. L’histoire, qui mêle habilement fiction et références au cinéma français, est un pur délice. Les monstres sacrés sont croqués avec tendresse et malice, et le scénario, bien que l’arnaque soit un peu prévisible, reste captivant du début à la fin. On se laisse porter par le rythme, les dialogues savoureux et les rebondissements, sans jamais s’ennuyer. Pas possible de lâcher l’album avant la fin ! Et puis je dois vous le dire – cela n’a pas trop de rapport avec cet album – mais je vous invite ardemment à aller à la rencontre de Gaël si vous avez l’opportunité de le voir dans un festival. Il a cette touche humaine qui fait toute la différence lors des dédicaces : disponibilité et gentillesse. Rencontrer un auteur aussi passionné et accessible, ça rend chaque album encore plus précieux. Pour les fesses à Bardot – c’était à Angoulême. Il a pris du temps pour m’expliquer son travail, ou encore comment se font les échanges avec Philippe Pelaez le scénariste. Des échanges qui font que tu abordes un album un peu différemment en appréhendant les difficultés de l’auteur. Cet album est un vrai bijou, à la fois drôle, beau et intelligent. Et si vous êtes un peu (ou beaucoup) fan de cinéma et de nostalgie bien dosée, sans hésitez, cette BD est pour vous. Merci Gaël pour ce voyage en images et en émotions. A bientôt sur un autre festival !
Il faut flinguer Ramirez
Jacques Ramirez est un as du service après vente de la Robotop, entreprise d'électroménager. Sauf qu'il est aussi le portrait craché de son père qui, lui, est également un as dans son domaine : le nettoyage pour les cartels. S'ensuivra toute une série de quiproquos entrainants notre brave Jacquo dans une folle chevauchée. C'est quoi cette put… de BD ? Nicolas Pétrimaux rend un hommage magnifique au cinéma d'action des 80's-90's mais également à ses premiers amours, le jeu vidéo en plongeant son héros dans une sorte de GTA absolument délirant et par conséquent délicieux. Quel régal que de suivre les aventures complètement folles de cet employé modèle et surtout qu'est ce que l'on se marre. Nicolas Pétrimaux a pensé à absolument tout. Les clins d'œil à la culture pop sont ultra présents (Magnum par exemple) y compris dans les fausses pubs qui sont justes … exceptionnelles Enfin le dessin est hyper dynamique, à l'image de l'intrigue , les différentes gueules des protagonistes sont géniales, les décors bien modélisés, les couleurs parfaites. On sent un vrai talent chez l'auteur Alors pourquoi ne pas mettre la note maximale à cette série qui aura su me transporter avec bonheur dans son univers ? Et bien juste parce que je réserve le "culte" lorsque la série sera enfin finie. Espérons qu'elle le soit un jour car elle le mérite 10 000 fois https://www.flinguerramirez.com/iffr-3-chargement-toujours-en-cours/#:~:text=L'attente%20de%20l'acte,Le%2011%20avril%202025.
Dans la tête de Sherlock Holmes
'Dans la tête de Sherlock Holmes' brille surtout, il faut l'avouer, par l'originalité de sa mise en page qui se retrouve jusque dans la première de couverture dont la tête de Sherlock Holmes est découpée, comme une fenêtre ouverte dans l'esprit du célèbre détective. Esthétiquement, tout est parfait, du vieillissement artificiel des pages avec des jaunissements et des taches d'encre, en passant par les cases dont les formes rappellent le sujet de l'intrigue, jusqu'au trait des personnages très original et collant parfaitement à l'esprit de la bande dessinée. Ici, comme indiqué au dos des ouvrages, tout est voué et dédié au déroulement et à la mécanique de l'enquête. Le parti-pris initial est ainsi d'immerger le lecteur dans la tête de Sherlock Holmes en le faisant pénétrer à l'intérieur de son mental et en déroulant avec lui le fil des indices et des déductions qui en découlent. Cet enchainement est d'ailleurs matérialisé par un fil rouge qui se déroule tout au long des pages des deux tomes composant chaque histoire. L'enquête est également agrémentée de quelques cartes très esthétiques situant les déplacements effectués par le détective et son partenaire, le docteur Watson. Ce duo est d'ailleurs assez comique avec un Sherlock rabrouant régulièrement Watson et se moquant de son manque de flair. De part l'idée de départ des auteurs, cette série qui, rappelons-le, ne fait que débuter (trois tomes parus à ce jour), possède toutefois le défaut de ses qualités à savoir un certain classicisme dans l'histoire traitée qui pourra manquer, selon certains, de dramaturgie ou de quelques retournements de situations. Mais cela n'a pas été préjudiciable concernant ma lecture. J'ai tout de même une petite préférence pour l'intrique du tome 3 dont l'univers écossais et le mystère du loch Leathan ajoutent à l'ambiance de la BD. En conclusion, je ne peux attribuer que la note maximale pour saluer l'originalité de la démarche et la qualité de la réalisation. Vivement les prochains tomes ! SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 8/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 10/10 NOTE GLOBALE : 18/20
Blue (Humanos)
Au hasard d'un certain site de vente en ligne, je suis tombé sur cette bande. Les couvertures ont électrisé mon regard et j'ai craqué. Alors qu'est ce que ça vaut? Blue est une bande appartenant au genre SF post apo, réalisée en 85 et 87 par deux jeunes auteurs. On les sent complètement passionnés par ce premier pied dans la bande dessinée. Le style visuel m'a épaté. C'est un cocktail de plein d'influences. Un des personnages ressemble à Robert Smith. L'ambiance générale fait penser à des mangas comme Cobra ou Ken le survivant. Les décors et les voitures sont sublimes tandis que les corps et les visages sont... Aléatoires. Parfois très beau et parfois dessinés en dépit du bon sens niveau proportions. Le dessinateur a du mal à dessiner le mouvement. Les personnages de loin sont moches. Les coupes de cheveux sont ultra kitch. Et pourtant on décèle l'influence de Klimt pour dessiner les visages, un peu comme dans Slaine. Et pourtant il y a ce travail sur les tons de couleurs bleu et violet qui crée à lui tout seul tout un univers. Qui nous plonge dans une ambiance barbare faisant penser aux Guerriers de la nuit de Walter Hill... Le scénario a été la bonne surprise. Je m'attendais à un navet de série Z mais on est plus sur de la série B ambiance fin du monde avec quelques touches de fun. Bon je m'arrête là. J'ai adoré découvrir cette petite pépite qui a plein de défauts mais un charme unique. Avec cette impression d'être un archéologue dénichant un pur artefact des années 80.