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Le Loup

Note: 3.88/5
(3.88/5 pour 8 avis)

Rochette questionne la place de l’homme face au règne animal.


Casterman Futurs immanquables La Montagne Les Alpes Les loups One-shots, le best-of

Comme dans son précédent album, l’action se déroule au cœur du Massif des Écrins, dans la vallée du Vénéon. Un grand loup blanc et un berger vont s’affronter passionnément, jusqu’à leurs dernières limites, avant de pactiser et de trouver le moyen de cohabiter. Rochette célèbre une nouvelle fois la haute montagne, sa beauté, sa violence ; l’engagement et l’humilité qu’il faut pour y survivre. Il tente aussi, par la fiction, de trouver une porte de sortie au conflit irréductible de deux points de vues, justes l’un et l’autre : les bergers qui veulent protéger la vie de leurs bêtes, les parcs qui tentent de sauver des espèces en voie d’extinction.

Scénariste
Dessinateur
Coloriste
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 15 Mai 2019
Statut histoire One shot 1 tome paru
Couverture de la série Le Loup
Les notes (8)
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29/05/2019 | Blue Boy
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Par Ju
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
L'avatar du posteur Ju

Hé ben.. Décidément je vais me mettre à suivre tout ce que fait Jean-Marc Rochette avec une grande attention. Pourtant, le sujet, de prime abord, ne me passionnait pas. Mais après avoir été conquis par “Ailefroide - Altitude 3954”, je me suis lancé dans cette lecture. Et grand bien m’en a pris. Rochette nous narre l’histoire d’un berger qui est à bout. La réintroduction des loups dans le parc national des Ecrins, et la protection de leur espèce, menace directement son activité de berger. Plus que financièrement, il se sent en danger car le loup pénètre dans son territoire, il revendique une partie, voire la totalité de son espace et de son troupeau. On sent à travers la description du berger que c’est ça qui l’insupporte le plus, qu’il trouve le plus intolérable. Le loup vient mettre le bazar dans ses affaires alors qu’il n’y était pas invité. La première moitié du récit se concentre sur l’escalade de la situation, la montée de la violence. La deuxième se concentre sur le dénouement, la résolution, bonne ou mauvaise, douce ou violente, de la situation. Rochette réussit bien à nous faire comprendre le berger mais aussi le loup. Les deux sont des personnages à part entière, et il est difficile de juger ce que fait Gaspard. Dans sa logique, qui nous est parfaitement présentée, son comportement est naturel. Les deux personnages sont liés du début à la fin de l’histoire, qui devient presque une fable au fur et à mesure. Cela donne un récit très bien construit et captivant. Je n’ai ainsi pas levé le nez lors de ma lecture, et c’est aussi en raison du dessin. Celui-ci est encore une fois très beau. Les expressions du loup sont terrifiantes et criantes de vérités. Les personnages ont un trait dur, mais pour le coup ça va très bien au solitaire Gaspard, qui vit seul avec son chien en chassant du chamois. Il y a juste une case qui m’a un peu dérangé, quand le jeune loup attaque un alpha, la case où il lui tranche la gorge n’est pas très claire. Mais je chipote. Et ce qui ressort encore une fois le plus du dessin de Rochette, c’est la montagne. On est embarqué dans cet univers qu’il affectionne, on sent qu’il adore la dessiner, et ça ne la rend que plus belle. En résumé, c’est un bien bel objet graphique que voilà, accompagné d’une histoire prenante et, au final, assez poétique.

20/03/2020 (modifier)
Par Erik
Note: 4/5
L'avatar du posteur Erik

L'auteur avait plutôt marqué un bon point avec son Ailefroide - Altitude 3954 qui avait reçu un excellent accueil de la critique de manière générale. On reste toujours dans la montagne avec ce récit mettant en scène le combat d'un berger et d'un loup. Il est vrai qu'au début, on arrive vraiment à ressentir ce que le berger Gaspard ressent avec cette réintroduction du loup dans nos montagnes et pâturages. Cela va être une confrontation dans les hauteurs sans merci et assez bestiale où personne ne ressortira vraiment indemne. J'ai beaucoup aimé cet album assez intense bien que la fin soit plutôt assez improbable et presque folklorique dans un délire onirique. Cependant, un récent film dénommé Alpha nous a prouvé le contraire. Le chien descend du loup qui a été domestiqué. Et puis, dans tout conflit, il y a parfois une voie de réconciliation. J'apprécie bien cette morale qui offre une solution au-delà de la colère et de la rancune. On peut aller de la haine au respect. C'est un album naturaliste qui reste dans la droite ligne du précédent avec une belle réussite à la clé. Superbe ouvrage sur le fond et la forme.

03/01/2020 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
L'avatar du posteur Ro

L'affrontement d'un homme et d'un animal dans la nature presque sauvage, à la manière d'un récit de Jack London ou d'un Moby Dick mais dans nos Alpes bien modernes. Un berger qui se replie sur lui-même suite à la mort de son fils et à la folie de sa femme n'hésite plus à tuer la louve qui attaque son troupeau malgré le fait qu'elle évoluait dans un parc naturel protégée. Le louveteau orphelin de cette dernière grandit et, après l'avoir initialement épargné, le berger voit bientôt en lui une bête rusée et avide de venger la mort de sa mère. Le berger part alors dans une lutte sans pitié afin de tuer l'animal, même si cela implique pour lui de s'enfoncer dans la montagne la plus isolée en plein hiver. Le dessin de Rochette fonctionne bien. Je n'en suis pas totalement fan car je trouve ses encrages un peu trop charbonneux et certaines plans serrés sont parfois assez difficiles à déchiffrer, mais quand il s'agit de mettre en scène des personnages de montagnes enneigées, il est très bien. J'ai apprécié cette plongée dans l'atmosphère des Alpes isolées de la civilisation : les grands espaces, le froid intense, la nature aussi belle que dangereuse, et l'âme rude d'un homme qui n'hésite pas à vivre seul et coupé du monde durant les mois d'hiver. C'est plutôt beau et le lecteur est facilement transporté. La fin m'a un petit peu surpris mais je ne suis pas mécontent de la quasi happy-end qu'elle offre.

25/11/2019 (modifier)
L'avatar du posteur Mac Arthur

Une fois de plus, j’ai été estomaqué par la maîtrise dans la narration de cet auteur. Car il faut bien avouer que le synopsis de ce récit est loin d’être original puisqu’il nous propose un conte construit autour de l’affrontement entre un chasseur et un prédateur. Conte écologique, conte philosophique, conte humaniste… mais conte basique tout de même. Seulement, Jean-Marc Rochette a l’art de raconter une histoire. Son récit devient passionnant et il est difficile de lâcher l’album avant d’avoir tourné la dernière page. Et même la dernière page tournée, je me suis encore surpris à réfléchir au sens profond du titre (le loup désigne-t-il uniquement le prédateur ?) C’est un conte, mais un conte moderne qui ferait presque oublier sa forme pour laisser le lecteur se concentrer sur le fond. La morale de cette histoire, très dans l’air du temps (nous ne sommes pas propriétaire de la terre mais nous devons apprendre à la partager avec d’autres êtres vivants), plaira à un large public. L’histoire se centrant principalement sur le chasseur, nous sommes avant tout devant le portrait d’un homme, qui va évoluer au fil des événements. Il est facile de se projeter, de juger et d’apprécier le personnage central comme son évolution. Le dessin n’est pas ma tasse de thé (un trait trop charbonneux pour vraiment me séduire) mais il est diantrement efficace. Et le découpage est excellent. Un très bon album, donc, difficile à lâcher dès qu’on en entame la lecture.

11/09/2019 (modifier)
L'avatar du posteur Guillaume.M

« Le Loup » aborde une thématique qui suscite le débat en Suisse comme en France depuis des années. Le loup a-t-il encore sa place dans nos contrées ? En résumé, d’un côté, les bergers et éleveurs y sont farouchement opposés en raison des dégâts que le loup inflige aux troupeaux. De l’autre, des écologistes et associations de protection de la nature, entre autres, soutiennent sa réintroduction et sa protection. Le débat est vif et émotionnel. À titre purement personnel, je suis dans le camp des protecteurs du loup. Ce magnifique animal était là bien avant nous, mais surtout avant que nos activités humaines et notre développement galopant ne limitent son habitat et ses sources de nourriture et le force à disparaître ou presque. Comme bien souvent, l’homme s’oppose à une situation problématique, ici les attaques sur les troupeaux, qu’il a lui-même engendrée, ce que Baptiste Morizot explique très bien dans la postface de l’album. Les autres exemples sont légions à travers le monde, comme le « problème » des attaques de requins à la Réunion ou d’ours polaires dans le Grand Nord. Bref, revenons à nos moutons si j’ose dire. Avec ce one shot, Jean-Marc Rochette livre un récit âpre, rude, brut et intense, comme la montagne qu’il aime tant. Le scénario est relativement simple mais puissant. Gaspard, berger solitaire écorché par la vie, va affronter un loup blanc venu s’installer dans sa vallée et qui décime son troupeau. Le combat gagne en intensité, page après page, jusqu’à un paroxysme presque absurde mais finalement assez poétique. L’homme contre la bête ? Pas tout à fait. Le manichéisme que je craignais n’est finalement pas de la partie. Le dénouement m’a également beaucoup plu et offre, selon moi, une fin satisfaisante bien qu’utopique, quand on la met en perspective avec l’actualité. Quant au dessin, là encore, Jean-Marc Rochette fait dans l’authenticité et l’intensité. Le trait est gras, épais et puissant, comme tracé par la roche et les éléments. Les personnages ont des gueules et sont teintés de mélancolie, sans doute due à la dureté de la vie en montagne. Le loup dégage une vraie force et une grande noblesse. Le milieu montagnard est représenté dans toute sa majesté, son immensité et sa rudesse. « Le Loup » nous raconte une bien belle histoire et devrait combler tant les amateurs de montagne que les adeptes de la plaine. Le coup de cœur est mérité.

27/08/2019 (modifier)
Par montane
Note: 4/5
L'avatar du posteur montane

Lorsqu'on entre dans ce récit on pense immédiatement à la lutte menée par le Capitaine Achab contre la baleine dans Moby Dick de Melville, ou au film de Jean-Jacques Annaud, "L'Ours". Car cette histoire est bien celle d'une lutte entre l'homme et l'animal, une histoire de vengeance, de combat sans merci. Et pourtant, il est également question de respect pour son adversaire, pour sa résilience, pour son endurance. Cette histoire de Rochette est absolument remarquable et fait échos à l'actualité du moment, où des éleveurs s'élèvent contre la présence du loup dans les Pyrénées faisant valoir que la cohabitation entre l'homme et l'animal est impossible. Dans un style réaliste qui le caractérise, Rochette nous raconte la vengeance d'un homme retiré du monde contre un loup dont il tua la mère, et qui a lui même contribué à décimer une partie de son troupeau. Qui de l'homme ou de l'animal l'emportera? A vous de le découvrir en lisant cette histoire palpitante dont les critiques élogieuses ne furent pas usurpées.

15/08/2019 (modifier)
L'avatar du posteur Noirdésir

Après Ailefroide, Rochette récidive avec un album dans lequel il peut nous montrer tout son talent (son dessin, très sombre, avec un trait très gras, est vraiment très bon !), et surtout son amour et sa connaissance de la montagne. Au milieu de ce décor magnifié par le dessin de Rochette, celui-ci a placé une histoire simple, opposant deux solitaires, deux écorchés de la vie, âpres, durs comme la roche qui les entoure : nous suivons la haine/amour qui unit un éleveur de mouton et un jeune loup orphelin. Le traitement de leur relation, de la lutte qui les oppose, m’a fait penser au livre d’Ernest Hemingway « Le vieil homme et la mer ». On y trouve en effet le même bras de fer entre deux volontés, jusqu’à l’absurde. Et Rochette n’abuse pas de pathos, de manichéisme, car les personnalités de l’homme et du loup sont riches, surprenantes, et montrent des fêlures, un monolithe qui s’effrite. Voilà un album qui se laisse lire rapidement, mais très agréablement. Note réelle 3,5/5.

23/06/2019 (modifier)
Par Blue Boy
Note: 4/5
L'avatar du posteur Blue Boy

Après le très remarqué « Ailefroide », qu’il avait publié l’an dernier en collaboration avec Olivier Boquet, Jean-Marc Rochette rend une fois encore hommage à la montagne, s’inscrivant dans la tradition des récits à la Frison-Roche où l’homme se retrouve seul, confronté à l’immensité, à la nature, aux bêtes sauvages, et in fine, à lui-même. Pas sûr que le genre soit vraiment renouvelé ici, mais l’histoire, très bien menée, se lit sans déplaisir. Les personnages, ou plutôt le personnage, celui de Gaspard (on ne voit que lui pendant la majeure partie du récit) sauf si l’on est antispéciste primaire et que l’on considère le loup comme tel (je blague, je blague…), paraissent assez crédibles, même si la psychologie du vieux berger reste un peu taillée à la serpe… Reste que sur le fond, cette confrontation entre l’homme et le loup reste captivante, brouillant les frontières séparant l’humanité de la sauvagerie, nous faisant pénétrer une zone inconnue de nous, citadins, où l’homme redevient animal et où l’animal se fait homme. Ici, le loup n’est pas tout à fait le monstre sanguinaire des contes de notre enfance. Tout comme l’homme, il sait se montrer rancunier mais aussi faire preuve d’empathie quand il sent la détresse humaine. Car après tout, le loup n’est qu’un chien resté à l’état sauvage… Rochette a probablement dû longtemps étudier le comportement du canidé pour concevoir une telle histoire, une histoire de haine féroce transformée en histoire d’amitié qu’Herman Melville, l’auteur de « Moby Dick », n’aurait pas reniée. « C’est une histoire entre le loup et moi. » dit Gaspard lui-même, à l’instar du capitaine Achab vis-à-vis du cachalot qu’il suit à la trace. Quant au dessin, qui semble avoir été réalisé au couteau, il colle parfaitement avec l’âpreté du récit, avec ce côté vintage voire intemporel qui place le livre aux côtés des classiques du genre, quand bien même il n’atteint pas la puissance du roman précité. Mais le rendu des expressions, celle du loup notamment, oscillant entre la douceur d’un chien de compagnie et la férocité la plus primale, est impressionnant de réalisme. Et c’est davantage ce qui marque ici, bien plus que le texte, se contentant la plupart du temps d’être descriptif. « Le Loup », c’est une histoire simple, un récit humaniste (je ne dirai pas « écologiste », ce qui pour certains apparaîtrait peut-être comme un gros mot), qui, au lieu d’être dans le jugement, cherche à comprendre une problématique qui fait régulièrement surface dans l'actualité : la réintroduction des loups dans des zones où ils avaient depuis longtemps disparu et les conséquences parfois dramatiques pour les éleveurs. Oui, le loup a le droit d’exister dans la nature. Oui, le berger a des raisons d’être excédé. Mais n’y a-t-il pas une voie médiane pour permettre à l’animal et à l’homme de coexister de façon viable, sans que la légitimité de l’un ne soit remise en question au détriment de l’autre, à l’heure où l’extinction des espèces animales atteint un rythme effréné ? La vraie question serait peut-être : ça se passait comment avant ?

29/05/2019 (modifier)