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Les derniers avis (6998 avis)

Couverture de la série Un homme qui passe
Un homme qui passe

Je précise que j'ai lu l'album de l'édition d'origine de 2020 ; je trouve d'ailleurs curieux que Dupuis ait déjà réédité cette Bd un an après la parution. Je vois que cette Bd n'est pas tellement appréciée, je vais donc remonter le niveau. On dirait que Denis Lapière a écrit cette histoire calquée sur les thèmatiques habituelles traitées par Dany, en exploitant l'aspect sexy qui sévit dans toutes ses créations, et ce depuis Olivier Rameau, rappelez-vous de Colombe Tiredaile, elle faisait fantasmer le pré-ado que j'étais lorsqu'elle est apparue dans le journal Tintin en 1968. On reconnait donc ici le goût de Dany pour dessiner de belles jeunes femmes, parfois peu vêtues. Mais Lapière inclue un élément supplémentaire avec cet homme mature, un photographe de renom qui a sillonné la planète dans des endroits de rêve et qui a séduit une ribambelle de beautés féminines. On dirait qu'on est à priori face à un énorme cliché, en somme le fantasme masculin dont on rêve tous, puisque toutes ces femmes sont des bombasses aux poitrines triomphantes, on n'y voit aucun thon, ni une femme ordinaire ou naturelle ; bah il faut bien faire rêver le lecteur, c'est comme au cinéma ! On peut penser aussi que cette intrigue est cousue de fil blanc et qu'elle n'innove en rien, il me semble avoir vu déjà ça dans des films, le mec à femmes qui emballe facile et qui vit de belles histoires, il raconte son parcours à quelqu'un etc... mais d'un autre côté, il a raison de se défendre d'être un prédateur égoïste, car toutes ces meufs ont été consentantes et ont bien cherché à se faire dorloter, elles ont autant utilisé le héros charmeur que lui a profité de leurs corps. Je ne le défend pas, je constate les faits. Oui, tout ceci peut paraitre ennuyeux au premier abord ou sans grande originalité, mais allez savoir pourquoi, ce récit m'a plu. L'album est construit selon un récit en flashbacks, un peu comme une succession d'anecdotes sur les filles rencontrées et aimées. Je peux encore concevoir qu'à ce stade, cette succession a quelque chose de répétitif, et on peut se dire que Lapière aurait pu se creuser un peu plus la tête pour offrir un récit plus costaud pour le crayon sublime de Dany ; mais cette narration n'est au final pas si désagréable à suivre, et devient même assez prenante, j'y ai succombé sans problème. Alors évidemment, le plus, c'est le dessin de Dany, ça m'a immédiatement tapé dans l'oeil dès l'ouverture de l'album, quand on pense que ce gars a près de 80 ans et qu'il est capable de dessiner encore de cette façon, c'est proprement du génie graphique, il a conservé toute sa fraîcheur et toute sa dextérité, non seulement dans les représentations de ces filles certes un peu trop belles, trop gravures de mode (mais je pense que c'est dû aussi au milieu que fréquentait ce photographe), mais aussi dans certaines images pleines de force, mélangées à l'exotisme des décors et au côté sauvage normand des îles Chausey (la première page de tempête est vraiment superbe). Un très bel album qui au-dela de son intrigue un peu convenue j'en conviens, affiche un petit côté mélancolique, n'oublions pas que le héros au début était parti pour se suicider face à la mer déchainée. Et d'ailleurs le seul truc qui me gêne un peu, c'est la fin, j'aurais préféré que le héros meurt d'une balle comme il le souhaitait au lieu de finir comme un légume dans un ehpad, mais bon ça reste quand même une belle histoire, bien contée et surtout magnifiquement illustrée par un des derniers grands dessinateurs de cette génération.

19/06/2021 (modifier)
Par PAco
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Sideshow
Sideshow

Houuuuu mais c'est que ça part très très bien cette nouvelle série ! Voilà longtemps que Corbeyran n'avait pas réussi à m'embarquer d'emblée dans une de ses séries ! Il faut dire que le trait semi réaliste d'Emmanuel Despujol et la superbe colorisation de Fabien Alquier y sont aussi pour quelque chose. L'album s'ouvre sur une scène d'enterrement un peu pathétique, une seule personne est présente aux obsèques de Charly. Arrive alors au dernier moment une femme : Trixie. Ne se connaissant pas ils décident d'aller manger un bout pour faire connaissance, car s'ils ont tous deux connus Charly, ils ne se sont jamais rencontré. Commence alors le récit de la découverte du "pouvoir" de Charly qui va lui permettre pendant cette période très dure de la Grande Dépression américaine de s'en sortir plutôt pas mal grâce à son aptitude à annihiler les pouvoirs des créatures surnaturelles. C'est d'ailleurs au cours d'une de ses missions qu'il fera la connaissance de Trixie, une femme tatouée de la tête aux pieds faisant partie d'une troupe de Freaks qui tourne dans le Sud profond américain. C'est dans cette caravane de "monstres" que Charly va trouver refuge avec la petite fille qui l'accompagne ; mais ce n'est pas sa fille : c'est sa prisonnière... J'ai vraiment apprécié la construction narrative de cet album où temps présent et flashbacks sont vraiment bien gérés et donnent au récit toute la fluidité attendue. De même, l'équilibre entre réalité historique et personnages fantastiques est bien dosé rendant la lecture de ce premier tome très agréable. Ajoutez à cela le graphisme de Despujol et la mise en couleur de Fabien Alquier qui à eux deux imposent des ambiances qui collent à merveille au récit que leur a servi Corbeyran, et nous avons là un très bon album qui lance une série déjà très haut en orbite ! Il ne reste plus qu'à espérer que la suite soit du même tenant, en tout cas pour ma part j'attends la suite avec impatience !

18/06/2021 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Fondu au noir
Fondu au noir

Je suis étonné par les notes relativement faibles de ce polar du duo Brubaker / Phillips. L’histoire est plus longue que le format d’un album de Criminal (12 fascicules comics, contre 4 ou 5 habituellement). Le rythme est donc beaucoup plus lent, les auteurs prennent le temps de planter le décor (le monde du cinéma Hollywoodien d’après-guerre) avec un réalisme impressionnant. Ils introduisent également une galerie de personnages assez conséquente. Ce dernier point rend la lecture un peu plus ardue, même si un trombinoscope en début d’album est là pour nous rafraîchir la mémoire… un album à lire au calme, bien concentré, c’est sûr. L’intrigue est prenante et remarquablement construite. L’ambiance est très noire : protagoniste vétéran soufrant du trouble de stress post-traumatique, chasse aux communistes, place de la femme objet dans le monde du cinéma de l’époque, magouilles et étouffages d’affaires sordides pour protéger la réputation du studio… et au milieu de tout ça, une starlette assassinée et un scénariste qui refuse d’accepter la version officielle des évènements. Le dénouement est logique et bien amené, mais sans surprise… A ce titre il fait plus l’effet d’un « fondu au noir » réaliste que d’une fin hollywoodienne alambiquée et remplie de révélations fracassantes. Une histoire qui m’a beaucoup marqué. Sa longueur a fait que je me suis intéressé et attaché aux personnages, et l’univers décrit m’a fasciné. Un coup de cœur !

18/06/2021 (modifier)
Par Josq
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Comment faire fortune en juin 40
Comment faire fortune en juin 40

Etonnamment, j'ai découvert Fabien Nury par le cinéma et la télévision. D'abord, j'ai vu (et apprécié) le film La Mort de Staline, en ignorant même que c'était adapté d'une bande dessinée. Ensuite, j'ai regardé l'excellente série Canal+ Paris Police 1900 (créée par Nury), car j'ai vu que mon auteur favori, Alain Ayroles, avait participé au scénario. Puis dans la foulée, j'ai enchaîné avec la précédente création de Fabien Nury, toujours pour Canal+, la formidable série Guyane (il n'a écrit que la première saison, mais c'est justement celle-là qui est exceptionnelle). Je me suis alors tourné vers la bande dessinée et j'ai adoré Silas Corey. Aussi, quand j'ai gagné le chèque cadeau après le concours des 20 ans de bdtheque, j'ai regardé du côté de Fabien Nury. Difficile de savoir quoi prendre, tant son œuvre est prolifique, mais mon choix s'est finalement arrêté sur "Comment faire fortune en juin 40", et bien m'en a pris. Le scénario, écrit à quatre mains par Nury et Dorison, contient tout ce que j'avais adoré dans les précédentes œuvres de Fabien Nury. Comment faire fortune en juin 40 est une pure bande dessinée d'aventures. C'est de l'Aventure, avec un grand A. Beaucoup de références ont été citées, comme évidemment De l'or pour les braves, mais aussi de manière plus générale, le cinéma d'Audiard et de Lautner, ou surtout de Verneuil (qui est sans doute l'influence majeure ici), et elles sont toutes vraies. Bien sûr, les dialogues n'ont pas le génie d'un Audiard, mais la manière dont Nury, Dorison et Astier dirigent leurs personnages évoque forcément ce cinéma bien franchouillard d'après-guerre, avec ses anti-héros qui, parfois, se révèlent des salauds accomplis, mais peuvent aussi de temps à autre, trouver une forme de rédemption, en révélant plus de noblesse que ce dont on les croyait capables. C'est toute l'ambiguïté de ce scénario brillant : les personnages sont pour la plupart des types sans aucune morale, mais pas forcément des criminels accomplis non plus. Non, ils cherchent juste à profiter de la débâcle de juin 1940 pour se faire de l'argent illégalement, en braquant la plus grosse institution financière du pays, qui a commis une légère erreur au milieu de la tourmente... A priori, on n'a pas trop de quoi s'attacher à eux, pourtant les auteurs savent très bien mettre en valeur les qualités et les défauts de chacun des personnages : leur loyauté, leur bravoure, leur honnêteté, qui, à un moment ou à un autre, ressurgit au sein d'une foule de défauts plus visibles. Ainsi, chaque personnage a droit à son petit morceau de bravoure, et c'est ce que j'aime vraiment. Cela prive cette histoire de tout manichéisme, et rend les personnages d'autant plus humains et plus compréhensibles. Scénaristiquement, donc, Comment faire fortune en juin 40 est une merveille. Mais sur le plan graphique, il est loin d'être en reste. Le dessin d'Astier est très bon, réaliste mais pas trop, avec de bonnes gueules et des décors bien croqués. L'ensemble est joliment mis en couleur par Laurence Croix, qui retranscrit parfaitement les atmosphères nocturnes, notamment, par un magnifique travail sur les lumières (les phares, les lueurs de balles et d'explosion, etc. sont très maîtrisés). D'ailleurs, j'ai bien aimé l'alternance de fonds blancs et fonds noirs selon que la scène se déroule de jour ou de nuit, c'est tout simple mais extrêmement immersif. Graphiquement, c'est donc vraiment tout ce que j'aime, ni trop caricatural, ni trop réaliste, et en plus, le choix des cadrages est parfois très intéressant ou original, permettant de donner au récit un vrai dynamisme et d'échapper à un dessin trop conventionnel. Ici, tout est très cinématographique, et le dessin s'échappe régulièrement (mais pas toujours) des limites de la case pour nous envelopper davantage et nous immerger toujours plus dans cette atmosphère fascinante, à la fois drôle et tragique. On a même droit à un plan-séquence lors de la très belle scène de fusillade dans l'escalier, dans le manoir nazi, à la fin, avec cette succession de vignettes où le décor continue sur l'ensemble des cases, formant un ensemble cohérent, tandis qu'on voit s'y déplacer les personnages d'une case à l'autre. Comment faire fortune en juin 40 m'a donc séduit à la fois sur le fond et sur la forme. L'histoire est extrêmement bien menée, avec une grande rigueur, en donnant un maximum de place à l'action, déjantée mais jamais trop délirante. Le dessin, lui, suit parfaitement la dynamique lancée par les auteurs, en renforçant ainsi la puissance d'une histoire tragicomique fascinante, fantaisie historique très ironique et grinçante, mais jamais totalement désespérante. Et la fin est absolument parfaite.

16/06/2021 (modifier)
Par fuuhuu
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Aldobrando
Aldobrando

C'est l'histoire d'Aldobrando, jeune orphelin recueilli par un vieillard/sage/sorcier, qui est envoyé par ce dernier chercher l'herbe du loup. Hélas, il ne trouvera pas cette plante si facilement et sera rapidement embarqué dans un tas d'événements les plus improbables. Les auteurs ont su créer leur propre univers et pour ma part, je l'ai adoré. J'ai apprécié découvrir chacun des personnages de l'histoire, découvrir le système politique en place, la nature flamboyante, les états d'âmes de notre héros, l'ambiance de la taverne du village, et j'en passe. Alors certes, l'histoire (et la fin) n'est pas des plus originale. Et pourtant, j'ai vraiment été embarqué dans cette aventure. Au point où j'ai été triste de déjà arriver à la fin. Malgré les 200 pages de l'album, j'en voulais plus. Je ne voulais pas quitter cet univers et Aldobrando. Un véritable coup de cœur pour ma part 4 étoiles MAUPERTUIS, OSE ET RIT !

16/06/2021 (modifier)
Par Benjie
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Bartleby, le scribe
Bartleby, le scribe

Cette adaptation d’une courte nouvelle d’Herman Melville nous emmène tout droit dans le New York de la fin du XIXe siècle. Et plus exactement dans le quartier de Wall Street où règne l’effervescence des quartiers d’affaires. Un notaire dont l’étude déborde d'activité vient d’intégrer à sa petite équipe de copistes un jeune homme d’allure fort banale. Consciencieux, travailleur, un employé modèle… du moins au début. Au fil des pages, la machine si bien huilée se dérègle et alors que Bartleby se révèle de plus en plus étrange, on s’enfonce dans l’intrigue aux côtés du notaire qui petit à petit perd pied face à cet homme déstabilisant qui répond à chaque fois qu’il lui donne un ordre : « Je ne préfèrerais pas ». C’est bien écrit, subtil et la nouvelle de Melville est une réflexion profonde sur la société. Qu’est-ce que la liberté ? Quelle est la force de la désobéissance ? Une histoire qui montre la part absurde de nos sociétés modernes dévorées par la bureaucratie. Le dessin qui accompagne cette histoire est franchement beau et l’ambiance des rues new-yorkaises est super bien rendue et les personnages ont de l’épaisseur. Un album à lire sans hésiter !

15/06/2021 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Pulp
Pulp

La couverture et les premières pages font effectivement penser à un changement de style pour le duo Brubaker/Phillips, mais on revient très vite vers quelque chose de plus habituel : un polar bien noir et remarquablement bien écrit, se déroulant à New-York en 1939 sur fond de montée du nazisme. Le protagoniste principal vend des histoires de cowboy inspirées de sa jeunesse à un magazine « pulp », mais son passé le rattrape bientôt, et les évènements s’emballent et nous entrainent vers un dénouement bien amené… L’histoire est prenante et superbement mise en image par Phillips père et fils (au dessin et à la couleur respectivement). Un one-shot de qualité, à ne pas manquer si vous êtes amateur de polars ou de ce duo d’auteurs (ou « trio » devrais-je dire - Jacob semble être un membre permanent de l’équipe).

14/06/2021 (modifier)
Par Jetjet
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Colt & Pepper
Colt & Pepper

Après l'excellente surprise Nous, les morts et entre deux albums de Marshal Bass, le duo Macan & Kordey s'octroie une jolie pause récréative avec un nouveau titre suffisamment surprenant et original pour attirer de nouveau l'attention du lecteur avide de curiosités que je suis. En effet Colt & Pepper est amplement barré de la première à la dernière page en proposant un univers atypique dont on survole très rapidement les règles tout en les assimilant sur un rythme plutôt effréné. De curieux évènements inexpliqués ont durablement transformé l'Amérique du XVIIème siècle en une terre de fantaisies en ouvrant la porte à de nouvelles créatures fantastiques. Fées, dragons, licornes et lycans côtoient dorénavant les humains de façon tout à fait naturelle dans un monde propice à la magie mais également aux complots politiques. C'est dans un tel contexte que l'intrépide Capitaine Culpepper, fidèle homme de l'ordre, s'apprête à trahir son maitre pour secourir son neveu Coltrayne imbriqué dans une tentative d'attentat. C'est le début des ennuis et d'une cavale pour Colt et Pepper dans un univers rocambolesque laissant place à l'imagination débridée de Macan sous le trait inspiré de Kordey. Quelle aventure ! Si on sent que la place laissée à l'improvisation est assez importante et que la page suivante peut nous amener aux antipodes de la précédente, il n'y a par contre nulle place pour l'ennui. En seulement deux tomes (qui auraient pu bénéficier sans déplaisir d'un ou de deux autres supplémentaires pour développer davantage cet univers), les auteurs vont droit au but sans fioritures et sans s'encombrer d'un postulat complexe ou d'un esprit cartésien. Ici les chats se nourrissent du sang des hommes, les nécromanciens manipulent les foules et ça tranche à tout va dans le gras. Pepper, hardi mousquetaire intrépide forme un curieux duo avec un neveu désabusé à la recherche de son âme perdue. Chaque chapitre pourrait presque se lire indépendamment tant les situations proposées sont différent du précèdent. Certains pourraient trouver l'ensemble sans queue ni tête et on peut déplorer une fin définitive tout en restant malgré tout ouverte. Place ici au fun, à un humour noir discret mais bien présent et surtout au dépaysement. Colt & Pepper cristallise tous les espoirs fondés avec Nous, les morts avec un dessin encore plus détaillé et léché par un Kordey affranchi de toute limite et la construction d'un monde encore plus taré que dans l'oeuvre précitée. En résulte un OVNI copieux mais succinct, une mise en bouche jouissive et bordélique. Une véritable petite pépite qui nous apprend de surcroit que notre cher Gaston international possède une bien mauvaise vue ! Richard Corben peut reposer tranquillement en paix, Macan et Kordey prennent le relais !

13/06/2021 (modifier)
Par Silas
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Philosophix
Philosophix

Franchement, si mes cours de philo avaient été aussi brillants que cette version en bd, j'aurais vraiment aimé la matière... Une bd au dessin soigné, plein de détails super fouillés, et des clins d'oeil marrants. On est pas dans le comique des bd de philo mais ça reste intéressant, on suit une sorte de guide qui nous facilite le voyage, et on passe de Platon à Matrix, de Thalès à Wall Street. La philo mais adaptée au public du XXIème. Et comme il y a 10 chapitres, correspondant à 10 histoires de philosophes, on n'a pas le temps de s'ennuyer. On peut les lire séparément d'ailleurs si on est plus intéressé par la liberté ou l'identité (j'aime bien le bateau de Thésée, ma préférée, je crois). Bon, donc, vraiment génial pour revenir dans la philo, se refaire une culture. De quoi attendre un "Philosophix II" pour 10 histoires de plus!!!!

13/06/2021 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série L'Attente
L'Attente

On entend régulièrement parler de la Corée du Nord, ce pays devenu étrange et anachronique à force d’être resté sous cloche pendant tant de décennies, à la faveur d’une dictature d’opérette prétendant faire du communisme une vitrine pour le monde. Mais on entend beaucoup moins parler de la période où la Corée fut coupée en deux par une frontière extrêmement étanche que même le chant des oiseaux ne semble pas pouvoir traverser. Le récit commence en 2018. Madame Lee est nonagénaire, apparaissant courbée sous le poids des ans. La vieille dame vaque difficilement à ses occupations dans son petit appartement, à moitié aveugle en raison d’une cataracte mal soignée, constamment aux prises avec la télécommande ou le téléphone. Sa fille, accaparée par son travail qui lui rapporte peu, n’a pas toujours le temps de s’occuper d’elle, et se fait mille reproches. Mais malgré ses désagréments liés à l’âge, Madame Lee veut rester coquette et s’accroche à la vie, car elle entretient l’espoir intime de revoir son fils et son mari, qu’elle a perdus lors de l’exode pendant la guerre de Corée, au début des années 50. Le temps de s’écarter du chemin pour donner le sein à son nourrisson, ces derniers avaient disparu corps et biens, sans laisser aucune trace, au beau milieu de la cohue des civils fuyant le Nord tenu par les communistes... Cinq petites minutes qui suffirent pour séparer à tout jamais une famille. Le mystère ne sera jamais élucidé et Madame Lee passera sa vie à attendre les siens, qui vraisemblablement étaient restés du mauvais côté, captifs de cette prison à ciel ouvert qu’était devenue la Corée du nord. C’est cette histoire terrible que Keum Suk Gendry-Kim va nous narrer, une histoire qui laisse le lecteur interloqué, non seulement par les conséquences immédiates de cette guerre et notamment l’exode (avec un passage terrible et révoltant où les civils sont bombardés par l’aviation américaine), mais également par la période de silence qui s’ensuivit des décennies durant, Guerre froide oblige, et engendra un véritable traumatisme moral pour les familles séparées. En 2018, des rencontres au compte-goutte vont finalement être organisées pour ces dernières, sous la supervision extrêmement stricte, on s’en doute, de la police politique du Nord. Cela donnera lieu à la scène peut-être la plus poignante du récit, lors de laquelle une amie de Mme Lee évoque sa rencontre avec sa sœur, qu’elle n’avait jamais revue depuis soixante-huit années. Un événement qui en dit assez long sur la cruauté et la paranoïa du gouvernement nord-coréen, d’abord parce que les rencontres furent très brèves en plus d’être surveillées, et qu’en plus, on demandait aux citoyens du nord de ne pas accepter de présents de leurs proches du sud. En revanche, ceux-ci recevaient tous un cadeau semblable : un foulard bon marché de même couleur et un drap-housse distribué par Pyongyang histoire que les familles aient quelque chose à offrir, une bienveillance de façade sans doute destinée à masquer la grande misère dans laquelle le peuple est maintenu… A mille lieues de tout artifice et de toute mièvrerie, le trait en noir et blanc un peu charbonneux dégage une poésie fragile, plus douce ou plus âpre selon les passages. Certaines planches sont de toute beauté, en particulier dans les représentations de paysages, avec un leitmotiv à la symbolique pleine de sens, l’arbre, évoquant les gravures de l’art asiatique. On ignore si « L’Attente » aura permis à l’autrice (sud-)coréenne de se réconcilier avec elle-même et de dépasser la culpabilité qui la taraudait, mais indubitablement l’ouvrage est une réussite. Nous avons là un hommage magnifique et tout en émotion retenue, sans larmoiements inutiles, à une femme « forte (…) malgré une constitution d’apparence fragile (…) qui ne se plaignait jamais ». Pour réaliser cet album, Gendry-Kim s’est inspirée des témoignages de sa mère, de Mme Lee et de M. Kim en les réorganisant. La culpabilité dont elle parle est liée principalement à la promesse faite à sa mère d’intercéder auprès de la Croix rouge pour lui permettre de revoir sa sœur restée en Corée du nord, promesse qui, les années passants, ne fut pas tenue, comme l’autrice le confie courageusement. Avec « L’Attente », l’autrice a su révéler un pan de l’Histoire coréenne qui marquera le lecteur pour longtemps, et permettra d’appréhender — très modestement — l’insondable solitude des familles concernées par cette déchirure à la fois physique et morale, s’apparentant à une douleur lancinante et sans fin, d’une cruauté inhumaine, où l’espoir prend la forme d’un clown sinistre et grimaçant. A l’image de Kim Jong-il ou de son « fifils » Kim Jong-un peut-être.

12/06/2021 (modifier)